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FOUNOEO BY
GOLDVVIN SMITH
HARRIET SiHITH
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Digitized by the Internet Archive
in 2013
http://archive.org/details/dictionnairedarcv1 p1 cabr
DICTIONNAIRE
D'ARCHÉOLOGIE CHRÉTIENNE
ET
DE LITURGIE
TOME PREMIER
PREMIÈRE PARTIE
A AMENDE
C
DICTIONNAIRE
D'ARCHÉOLOGIE CHRETIENNE
ET
DE LITURGIE
PUBLIl': PAR
du Rme dom Fernand CABROL
ABBÉ DE SAINT-MICHEl, DE FARNBOROUQH (ANGLETERRE)
et du R. P. dom Henri LECLERCQ
AVEC LE CONCOURS D'UN CRAND NOMBRE DE COLLABORATEURS
TOME PREMIER
PREMIÈRE PARTIE
A - AMENDE
^1
V
PARIS, VI
LIBRAIRIE LETOUZEY ET ANE
87, Boulevard Raspail, 87
1924
TOUS DROITS RÉSERVÉS
PRÉFACE
On peut dire quo depuis le xvic siècle les sciences historiques se renouvellent tous
les cinquante ans. Tandis que les savants, les critiques et les érudils sont à l'œuvre,
des documents inconnus sont mis en lumière, d'autres sont rejetés comme apocryphes
ou interpolés, quelques-uns interprétés d'une façon nouvelle. Des dissertations de
détail éclairent des coins obscurs de l'histoire, des travaux d'ensemble révèlent des lois
historiques non encore soupçonnées ou donnent aux événements leur véritable portée.
Ce renouvellement continu rend nécessaires des répertoires du genre de celui auquel
ces lignes vont servir de préface.
Sans donner à ces réflexions préliminaires toute l'étendue qu'elles comporteraient,
nous devons cependant nous expliquer sur le but que nous poursuivons et les moyens
que nous mettons en œuvre.
Qu'il soit utile, même nécessaire d'avoir aujourd'hui un nouveau Dictionnaire
d'archéologie chrétienne et de liturgie, il suftit pour en convenir de jeter un coup d'œil
sur les travaux composés dans la deuxième moitié du xixe siècle, en archéologie et en
liturgie.
Le premier Dictionnaire d'archéologie chrétienne, parmi ceux qui comptent, est celui
■de l'abbé Martigny, sous le titre de : Dictionnaire des antiquités chrétiennes, en 1864.
La deuxième édition, qui date de 1877, a été considérablement améliorée1.
Ce qui étonne en parcourant ce travail, c'est qu'un simple prêtre de province,
réduit à ses seules forces, ait pu arriver à construire une œuvre qui suppose tant de
recherches, patiemment poursuivies, avec un esprit éclairé, curieux, ingénieux et
i. Martigny avait d'abord été choisi pour rédiger dans le Dictionnaire des antiquités grecques et
romaines de Daremberg et Saglio la partie chrétienne. Mais la collaboration parut si importante que l'on
irouva préférable de la publier à part, de là l'origine du Dictionnaire des antiquités chrétiennes.
a
n PRÉFACE
La meilleure preuve de son mérite, en dehors des appréciations bienveillantes qui
en oui été portées par les gens compétents, peut être tirée de ce fait qu'en Angleterre
et en Allemagne, les érudits ont voulu tout de suite doter leur pays d'un ouvrage
analogue, et qu'ils ont pris pour base de leur travail le Dictionnaire de Martigny qu'ils
se sont contentés de développer et de mettre au courant.
La première en date de ces imitations parut, en Angleterre sous ce titre : Dictionary
of Christian Antiquities , en 2 vol. gros in-8°, London, 1875, sous la direction de William
Smith et de Samuel Cheetam.
On était étonné ajuste titre que, dans l'ouvrage français, le même auteur eût écrit
tous les articles. Cela supposait un esprit d'une nature encyclopédique, une grande sou-
plesse d'intelligence, en même temps qu'une extraordinaire facilité d'assimilation et
une érudition aussi variée qu'étendue.
Mais pour cette raison même on était un peu mis en garde contre cette compétence
presque universelle, n'y ayant guère d'apparence que le même homme pût traiter
avec une égale sûreté de main tant de questions diverses. Les directeurs anglais se
sont entourés au contraire d'un grand nombre de collaborateurs, la plupart sortis de
ces excellentes écoles de Cambridge et d'Oxford, et dont quelques-uns étaient des maîtres
comme Fremantle, Haddan, Lighlfoot, Stubbs, Swainson, 'Wcslcott, Wordsworth, etc.
Les articles distribués aux hommes compétents, d'après un plan judicieux, sont géné-
ralement très bien faits, quelques-uns sont des travaux d'une rare valeur, qui aujour-
d'hui encore seront consultés avec fruit; dans la plupart apparaissent les qualités de
l'esprit scientifique anglais, le sens pratique, l'allure méthodique, la précision et le
soin du détail, la sagesse des appréciations. Mais il faut avouer que si le grand nombre
des collaborateurs a un avantage, il a un grave inconvénient auquel les éditeurs anglais
n'ont pas su se soustraire; il y a parfois entre les collaborateurs des contradictions, et
sur des points graves, dont quelques-unes ont déjà été relevées.
Le Dictionnaire allemand, venu en 1882, et qui pouvait profiler de l'ouvrage anglais,
est dû en grande partie à un homme qui a laissé une trace profonde dans l'étude des
antiquités chrétiennes, et à qui il n'a manqué, pour être tout à fait de premier ordre,
qu'un peu plus de patience et de suite dans les travaux, Xavier Kraus. C'est à lui
que revient la part principale dans la Real-Encyklopâdie der christlichen Alterthùmer,
2 vol. in-8°, Freiburg im Breisgau, 1882-1886, qui réalise, comme esprit critique el
comme science, un nouveau progrès. L'unité de vues dans les différents articles, qui
faisait défaut au Dictionnaire anglais, est ici remarquable, grâce à une révision sévère
de l'éditeur '.
Même en supposant que ces Dictionnaires aient tenu compte de tous les travaux,
de tous les progrès accomplis jusqu'à l'année 1882, époque où parut le dernier d'entre
eux, ce qui du reste n'est pas le cas, comme nous le montrerons tout à l'heure, depuis
cette date que de recherches, que de résultats nouveaux dans le champ de l'archéologie
chrétienne ! Des travailleurs pleins d'ardeur, appliquant les méthodes les plus ingé-
1. Nous ne parlerons pas du Wel/.eru. Welte's Kiirhenlr.viron oder Encyklopûdie der katholischen Theo-
lo<jic. a. Huer Hùlfswissenschaften, 2e édit. sous la direction de Hergenrôthei cl Kaulen, \2 vol., Freiburg un
Breisgau, Berder, 1882-1901, ni de la Realencyklopâdie f&r protestantische Théologie n. Kirche d'il.
3* édit., sous la direction de A. Ilauck, commencée en 1890, parvenue actuellement 1906 au 17* volume,.
on voit par leur titre même que ces ouvrages répondent à une conception différente.
PRÉFACE m
nieuses et les plus sûres des sciences philologiques, ont fait progresser ces études.
Nous ne donnerons pas une bibliographie complète de ces travaux1, mais nous
citerons les plus intéressants pour montrer combien il devenait urgent d'en consigner
les résultats dans un travail d'ensemble.
L'année môme où paraissait le 2e volume de la Real-Encyklopâdie de Kraus, Lo
Blant publiait ses Eludes sur les sarcophages chrétiens de la Gaule, in-4°. Paris, 1886,
que suivront bientôt le Nouveau recueil des inscriptions de la Gaule, in-i°, Paris, 1892,
les 750 inscriptions de pierres gravées inédites ou peu connues, in-4°, Paris, 1896.
Kraus lui-même éditait peu de temps après ses Inscriptions chrétiennes de la région
du Rhin [Die christlichen Inschriflen der Iiheinlande, 2 vol. in-i°, Freiburg im Breis-
gau, 1890), puis son Histoire de l'art chrétien [Geschichtc der christlichen Kunst, in-S0,
Freiburg im Breisgau, 1893, t. u).
Rohauit de Fleury, en 18 grands volumes, nous donnait la documentation monu-
mentale de la messe : La messe. Etudes archéologiques sur ses monuments, 8 in-i°,
Paris, 1882-1888 ; Les saints de la messe et leurs monuments, 10 vol. in-4°, Paris, 1883-
1890.
De Rossi ajoutait à son œuvre quelques pages importantes : La Bibbia offerta da
Ceolfrido abbate al sepolcro di S. Pietro, in-fol., Rorna, 1888; La capsella argentea
africana, in-fol., Roma, 1889
Des disciples fidèles complétaient ses travaux et les continuaient, tandis que quel-
ques adversaires en contestaient certains points2.
D'autre part, l'art byzantin inspirait des œuvres de grand mérite :
Ch. Bayet, L'art byzantin, in-8°, Paris, 1882.
Kondakov, Histoire de l'art byzantin considéré principalement dans les miniatures
2 vol. in-4°, Paris, 1886-1891.
Pokrovskij, Peintures murales dans les anciennes églises grecques et russes, in-8%
Moscou, 1890.
Kondakov, Description des monuments de l'antiquité dans quelques églises et monas-
1. On la trouvera sous forme chronologique dans le Manuel d'archcol. cltrét., que dom Leclercq va
faire paraître et dontil a bien voulu mettre à notre disposition les bonnes feuilles.
2. Schultze, Die Katakomben, die altchristlichen Grabstàlten , ihre Geschichte u. ihre Monumente, in-S",
Leipzig-, 1882; Die theologische Ertrag der Katakomben forschung, in-8°, Leipzig, 1882; Die altchristlichen
Bildwerke u. die wissenschaft licite Forschung, in-8°, Leipzig, 1889; Archàologie der altchristl. Kunst, in-8°,
Miinchen, 1895. Lefort, Etudes sur les monuments primitifs de la peinture chrétienne en Italie, in-12, Paris,
1885 ; Grousset, Etude sur l'histoire des sarcophages chrétiens, in-S, Paris, 1885 ; Armelliui, Lechiesedi Roma
dalle loro origine sino al secolo xvi, in-8°, Roma, 1887, 1891 (2e édit.) ; Lezioni di archeologia cristiana, in-8%
Homa, 1898; Wilpert, Principienfragen der christl. Archàologie, in-8°, Freiburg-im-Breisgau, 1889-1890;
Ein Cyklus christologiscîicr gemàlde aus der Katacomben der heiligen Petrus u. Marcellinus, in-8°, Freiburg
im Breisgau, 1891 ; Die Katakombengemâlde u. iltre alten Copien, in-4°, Freiburg im Breisgau, 1891 ;
Die gotgeweihten Jungfraucn in den ersten Jahrhuriderte der Kirche, in-i°, Freiburg im Breisgau, 1892 ;
Fraclio panis, die atteste Darstellung des eucharistischen Opfers, in-4°, Freiburg im Breisgau, 1895;
trad. française, Paris, 1896 ; Die Mtdereien in der Sahramentskapelle in der Katak. d. heiligen Callistus, in-8%
Freiburg im Breisgau. 1897; Die Malereien der Katakomben Rom, 2 vol. in-fol., Freiburg im Breisgau,
1903 : Msr Arthur Barnes, St. -Peter in Rome and his tomb on the Vatican Hill, in-8°, London, 1900 ; Maruc-
chi, l'un des plus féconds disciples du Maître, Il cimetero e la basilica di sun Valentino, in-8°, Borna, 1890;
Guida del Museo cristiano lateranense, in-12, Homa, 1898; Eléments d'archéologie chrétienne, 3 vol. in-8°,
Rome, 1900-1903.
IV PRÉFACE
tères de Géorgie (en russe), Pétersbourg, 1890. Le même, Les émaux byzantins, collec-
tion de M. A. W. Zweriigorodskol, in-4°, Francfort, 1892.
Strzygowski, Die byzantinische Wasserbehàlter vonKonstantinopel , in-8°, Wien, 1893.
Lethaby et Swainson, The Church of sancta Sophia, in-8°, London et New-York, 1894.
Uvarow, Monuments chrétiens, matériaux pour V archéologie du Caucase, in-4°, Saint-
Pétersbourg (en russe), 1894.
Bock, Die byzantinische Zeilenschmelze der Sammlung Dr. A. W., in-4°, Aacbcn, 189G.
Rddin, Die Mosaïken der ravennatischen Kirche, in-8°, Petersburg, 1896.
Stassoff, Gesch. des Huches : Byzantinische Zellenernails, A. V. Zwcnigorodskoï,
in-4°, Petersburg, 1898.
Van Millingen, Byzantine Constantinople. The Walls of the city and adjoining his-
torical sites, in-8°, London, 1899.
Ainalov, Fondements hellénistiques de fart byzantin, Pétersbourg, 1900.
Diebl, Justinien et la civilisation byzantine au ve siècle, in-4°, Paris, 1901.
Diez et Quitt, Urspruny und Sieg der altbyzantinischen Kunst, in-4°, Wien, 1903.
G. Millet, La collection chrétienne et byzantine des Hautes-Etudes, in-8°, Paris, 1903.
De Reylié, L'habitation byzantine, in-4°, Paris, 1903.
Errard et Gayel, L'art byzantin d'après les monuments de l'Italie, de fis trie et de
la Dalmatie, l. i, Venise, la basilique de Saint-Marc; t. n, Parenzo, in-fol., Paris, 1903.
E. Millet, L'art byzantin, dans A. Michel, Histoire générale de l'art, t. i, Paris,
1905.
Les procèdes architectoniques des édifices chrétiens et l'histoire des basiliques
étaient étudiés avec plus de méthode et de suite dans une série de travaux importants.
Dehio et IJezold, Kirchliche Dau kunst des Abcndlandes, in-8°, Stuttgart, 1884-1899,
avec un atlas in-fol.
Adamy, Architektonik der altchristl. Zeit, in-8", Hannovcr, 1884.
Lange (K.), Bans und Halle. Studien zur Geschichte des antiken Wohnhauscs it. der
Basilika, in-8°, Leipzig, 1885.
Jakson, The Architecture of Dalmatia, Londres, 1887.
Cattaneo, L'architettura in Italia dal sec. n al mille circa, in-80, Venczia, 1889.
De Lasteyrie, La basilique de Saint-Martin de Tours, in-4°, Paris, 1892.
Dehio, Die christliche Baulcunst des Abcndlandes, in-8", Stuttgart. 1892.
Crostarosa, Le basilichc crisliane, in-8", Roma, 1892.
Clausse, Basiliques et mosaïques chrétiennes, Italie-Sicile, 2 vol. in-8°, Paris. 1895.
Giovenale, La basilica di S. Maria in Cosmedin, in-8°, Roma, 1895.
Diepolder, Der Tempelbau der vorchristtichen u. christlichen Zeit oder die bitdenden
Iîïoisleim Dicnste der Religion bei den Ileiden, luden, Muhammendannern, u. Christian,
in-8°, Leipzig, 1900.
Rivcira, Le origini délia architettura Lombarda, in-4", Roma, 1901.
Lella, Contribute alla storia de If arte médiévale ne Uà bassa Italia. L'antica basilica
cristiana di Sessa Aurunca cd i suoi monumenti, in-8°, Cftuino, 1901.
Cram, Church Building, a study of the principles of architecture in their relations
to the Church, in-8", Roston, 1901.
Macs, Basilica pap;v Julii l juxta Forum, in-8", Roma, 1901
PRÉFACE V
Agapito y Revilla, La basilica visigoda de San Juan Bautista en Bahos de Cerrato,
in-8°, Valladolid, 1902.
Witfing, F)ie An/ange christlicher Architektur. Gedanken liber Wesen u. Enstehunn
der christlichen Basilika, in-8°, Strasburg, 1902.
Du même, Westfranziïsischen Knppelkirchen, in-S°, Strasburg, 190£.
Bortaux, L'art dans l'Italie méridionale, in-8°, Paris, 1904
Les catacombes, que l'on croyait un sujet épuise après De Rossi, ont livré soit à
Rome, soit dans d'autres villes, de nouveaux secrets, et les ouvrages où ces fouilles sont
consignées méritent d'être dépouillés.
Germano, Memorie archeologiche e critiche sopra gli atti e il cimitero di S. Gentizio
di Ferento precedute da brevi notizie sul territorio dell' antica via Ferentana, in-8°,
Roma, 1886.
Von Wilmousky, Das Cômeterium S. Eucharii. Ein Beitrag zur àltesten christl.
Geschichte Triers, in-i°, Trier, 1886.
Marucchi, El Cimitero e la basilica di San Valentino, in-8°, Roma, 1890.
A De Waal, Diepostclgruft ad catacumbas an der via Appia, eine hist. arch. Unter-
snchnng auf Grand der neuesten Ausgrabungen, in-8°, Roma, 18*94.
Germano, La casa Cœlimontana dei SS. martiri Giovanni e 'Paolo, in-8°, Roma,
1891.
Strazzula, Dei recenti scavi eseguiti nei cimiteri délia Sicilia, in-8°, Palermo, 189(5.
Jozzi, Snpplemento alla Borna sotterranea cristiana dei G.-B. De Bossi, in-8°, Roma,
1897 (2péd. 1898).
Fubrcr, Forschungen zur Sicilia sotterranea, in-4°, Miinchen, 1897.
Tumiati, La chiesa dei SS, Abbondio ed Abboudanzio in Bignano Flaminio, presso
Roma, dans Carte, 1898.
De Rock, Matériaux pour servir à l'archéologie de l'Egypte chrétienne, Saint-Péters-
bourg, 1901.
Fûhrer, Ein altcliristliches Ilgpogœum im Bereiche der Vigna Cassia, in-8°, Miin-
chen, 1902.
Lanciani, Storia degli scavi di Borna e notizie interno le collezioni Bomani di anti-
data, Roma, 1902.
Kaufmann, Ein altcliristliches Pompeij in der libyschen Wïiste, in-8°, Mainz, 1902.
Jerovsek, Die rômischen Katakomben, in-8°, Marburg.
Enfin, et avant tout autre, il faudrait citer le nouveau bulletin d'archéologie (Nuovo
bulleltino di archeol. crist.; ufftciale per i reseconli délia commissione di archeol. sacra
sugli scavi e sulle scoperle nelle catacombe romane, 1895 sq.), qui enregistre les décou-
vertes, et donne de bonnes dissertations sur divers points d'arcbéologie chrétienne, et la
Rùmischc Quartalschrift fur christl. Alterthumskunde u.f. Kirchengeschichte, commencée
en 1887 à Rome.
Il faut rappeler aussi que nos colonies du nord de l'Afrique ont été explorées avec
une patience et une sagacité qui ont obtenu les plus beaux résultats et ouvert de
nouveaux horizons sur l'histoire de l'archéologie et de l'art chrétien. Nous ne ferons
vi PRÉFACE
que citer les noms de Gsell1, et ceux d'Audollent et du P. Delattre2, qui ont ressuscité
en quelque sorte l'Afrique chrétienne.
Enfin dans cette enquête sommaire sur les ouvrages qui ont apporté une contribu-
tion nouvelle à l'archéologie chrétienne, on ne saurait oublier les travaux de Muntz3,
dont l'activité s'est portée à plusieurs reprises sur l'archéologie chrétienne, et surtout
ceux de M. Strzygowski qui, par ses recherches, a modifié si profondément nos concep-
tions4 et a retrouvé les origines de l'art chrétien, non pas à Rome ou en Italie, mais
en Egypte et surtout en Asie-Mineure.
On ne peut disconvenir que ces travaux constituent un vaste et riche ensemble, et
qu'il n'est pas inutile d'en enregistrer les conclusions. Cette seule raison suffirait, selon
nous, à justifier la création d'un nouveau Dictionnaire d'archéologie.
Mais de plus, on se tromperait si l'on supposait que nos prédécesseurs ont usé de
toutes les richesses qu'avaient accumulées les travaux de leurs devanciers; que de
riches épis à glaner derrière eux! La génération savante du xixe siècle, poussée par un
esprit de nouveauté, qui est un peu celui de toutes les époques, par un sentiment de
dédain pour les anciens, et par une certaine suffisance que lui donnaient des conquêtes
d'une incontestable valeur dans le domaine des sciences philologiques et historiques,
s'est montrée en général trop oublieuse du passé, et cette disposition, il faut le dire, ne
semble pas devoir disparaître parmi nos jeunes générations studieuses. Quand on est
à portée de l'une ou l'autre des trois ou quatre grandes bibliothèques d'Europe,
comme le British Muséum, où s'entassent depuis des siècles les richesses du xvic, du
xvne et du xviue siècle, on est étonné de trouver parmi les travaux de ces savants
d'ordinaire si probes, si consciencieux, si appliqués, des œuvres fortes et judicieuses, des
dissertations très bien menées, qui ont été peu exploitées jusqu'ici et où l'on rencontre
sinon résolus, au moins soulevés avec une grande perspicacité, un grand nombre de
problèmes que nous étudions on histoire, en archéologie, en liturgie et que nous
croyons nouveaux '.
1. Recherches archéologiques en Algérie, in-8°, Pans, 1893. Les monuments antiques de VAIgërie, 2 vol.
in-8°, Paris, 1901. « Ouvrage, dit justement dom Leclercq, Manuel d'archéologie, t. i, p. 27, qui lait
revivre l'Afrique monumentale du passé. »
2. Audollent, Carlhage romaine, 446 avant Jésus-Christ, 698 après Jésus-Christ; il y faut joindre Car-
ton. Découvertes archëol. et èpigraphiques faites en Tunisie, in-8°, Paris, 189o; (iauckler, L'archéologie de
la Tunisie, in-8°, Paris, 1896; de la Blanchère, Tombes en mosaïque de Thabarca, in-8°, Paris, 1897; et
plusieurs mémoires et travaux de détails parus dans les revues africaines.
Pour le P. Delattre qui a publié un grand nombre de dissertations et de travaux, on trouvera une
bibliographie complète de ses œuvres sous ce titre : Musée Lavigerie, Publications des Pèrts blancs, à la
fin de l'opuscule : Un pèlerinage aux ruines de Carthage et au Musée Lavigerie, par le R. P. Delattre,
Lyon, 1902.
3. E. Muntz, Études sur l'histoire de la peinture et de l'iconographie chrétienne, in-8°, Paris, 1886; Les
sources de l'archéologie chrétienne, dans les Mélanges d'archéol. et d'hist., 1884; La mosaïque chrétienne des
premiers siècles, in-8°, Paris, 1893; Une industrie ancienne à ressusciter (la mosaïque), in-8°, Paris, 1898.
4. On peut voir les résultats de ces recherches heureusement consignés dans dom Leclercq, Manuel
d'archéol. chrét., t. i, p. 27 sq. Les principaux ouvrages de Strzygowski sonl, outre celui cilé plus haut,
Strzygowski, Die Kalenderbilder des chronographs von Jahre 354, in-8°, Berlin, 1888; Die Etschmiadzin
Evangeliar, in-4°, Wien, 1891 ; Orient oder Rom, in-8", Leipzig, 1901 ; Klein Asicn, 1903.
o. Parmi tant de personnes qui se sont intéressées à notre œuvre, il n'est que juste de remercier
ici les administrateurs de la Bibliothèque tlu British Muséum, auprès desquels nous avons toujours trouvé
un accueil aussi sympathique qu'intelligent.
PREFACE vu
II
Pour la liturgie il faut affirmer avec plus de force encore ce que nous disions à
propos des études archéologique. Dans la seconde moitié du xixc siècle, après une
période de stagnation à peu près complète, de 1800 à 1850, ces études ont été
renouvelées. J'ai ailleurs dressé le bilan assez complet des travaux accomplis
dans celte période1. Je ne citerai ici que ceux qui ont marqué un progrès vraiment
sérieux.
Nous donnerons la première place à la publication des documents nouveaux. Il
faut avouer que depuis le xvne on avait peu fait dans ce sens; nous vivions un peu
trop sur ce que nos prédécesseurs nous ont légué. Notre base d'opération paraissait
donc étroite. Or la seconde partie du xix° siècle et les premières années de celui-ci. ont
été marquées en liturgie par quelques découvertes retentissantes.
En premier lieu il faut citer la Aioayrj tcov 'A-octo'Xcov - qui est probablement de la
fin du Ier siècle, et qui, avec quelques règlements sur la liturgie primitive, nous donne
des fragments de prières du plus grand intérêt.
Les canons dits de saint Hippolyte contiennent aussi des prescriptions très anciennes
sur l'ordination, sur le baptême, et quelques autres points de liturgie 3.
Les diverses constitutions anciennes, sous quelque nom qu'on les désigne, éta-
blissent aussi des règles liturgiques qui ne sont pas sans intérêt pour nos études4.
L'Anaphore de Sérapion ou prières de la messe, dues à cet évoque de Thmuis au
ivc siècle, sans doute la plus ancienne formule connue du canon 5, le Testamentum
D. N. Jesu Christi, étroitement apparenté aux constitutions apostoliques et qui, comme
elles, contient une liturgie du ivc ou du vc siècle6.
Bickell a donné, d'après un papyrus du commencement du ive siècle, deux courtes
antiennes qui sont parmi les plus anciens monuments de la liturgie écrite, l'une en
1. Introduction aux études liturgiques, in-12, Paris, 1900.
2. Édilée la première fois par Philothe'e Bryennios, Constantinople, 1883, plusieurs fois ensuite.
Cf. Funk, Opéra PalrumapostoL, Tubhngœ, 1887, 1. 1, p. cxl.
3. La date et l'origine de ces canons a donné lieu à d'érudites discussions qui ne sont pas près de
finir, voir surtout Arhelis, Die canones Hippohjti, dans Texte u. Untersuchungen, Leipzig, 1891 ; Funk, Die
Apostolischen Konstitutionen, Rotlenburg, 1 891 , et A. d'Alès, La théologie de saint Hippolyte, Paris, 1900,
p. 169 sq.
4. Cf. outre l'ouvrage de Funk déjà nommé : E. Hauler, Didascalia apostat, fragmenta Veronensla
Latina, Leipzig, 1900; G. Horner, The statutes of the apostles or Canones ecclesiastlci, London, 1904;
Unbekaunte Fragmente altchristl. Gemeindeordnungen, dans Sitzungsb. de l'Ac. royale de Rerlin, 1900;
el un résumé de tous ces travaux dans Funk, Didascalia et Constitutiones Apostolorum, 2 vol. in-8°,
Paderborn, 1900.
ii. Publié par G. Wobbermin, dans Texte u. Untersuchungen, 1899, puis à nouveau par Brightman,
dans Journal of thcolog. Studies, 1889, p, 88.
0. La première édition avec traduction latine donnée par M«r Ign. Hliamani, Mayence, 1899 ; cf. aussi
Funk, Das Testament unseres Herm u. die verwandten Schriften, dans Forschungen z. christi. Litcratur
u. Dogmengesch., Mainz, 1901.
vin PRÉFACE
l'honneur de la Nativité, l'autre de saint Jean-Baptiste1; de nouveaux Ordines romani
ont été publiés par M. De Rossi et par M*T Duchesne2.
La Peregrinatio ad loca sancta contient une liturgie de Jérusalem nu ivc siècle, qui
ouvre des perspectives nouvelles sur ces questions3.
Les liturgies gallicanes se sont enrichies de fragments qui nous permettent d'en
mieux apprécier les caractères. En premier lieu il faut placer les messes de Mone, Latei-
nische i(. grir.se/nc/ic Messen ans dem zweiten bis sechsten Jahrk., Frankfurt, 1850, dans
Migne, P. L., t. cxxxvm, col. 8G3, qui sont d'une importance caj itale dans l'histoire do
l'eucologie latine. Puis quelques autres fragments de moindre importance :
Un fragment dans Mai, Script, vet. >wva collectw, Rome, 1828. t. m, 2e partie, p. 2i~r
dans Iîammond, Liturgies eastern and western, p. lxxxi, et dans Migne. P. L.t
t. cxxxvm, col. 803.
Dans Bunsen, Analecta antenicœna, t. m, Ueiiquix liturgies:, Lond., 1854, et dans
Iîammond, Liturgies eastern and western, p. 53.
Le fragment publié par Peyron, M. T. Ciceronis oration. fragment., Stuttg., 182'k
p. 226, reproduit dans Iîammond, The ancient liturgy of Anlioch, p. 51.
Les fragments de Priscillicn publiés par Schepss : Priscilliani quse supersunt (dans
Corpus scriplor. ecclesiast. lalinor. de Vienne), Vienne, 18S9, contiennent une Dene-
diclio super fidèles, sous forme de préface qui n'a pas encore, que je sache, été signa-
lée (p 103-106).
La liturgie celtique qui se rattache à la liturgie romaine d'une part, et aux liturgies
gallicanes de l'autre, a été découverte dans ces dernières années. La plupart des frag-
ments ont été publiés par F. E. Warren, The liturgy and ritual of the celtic Church,
in-8°, Oxford, 1881.
De tous ces fragments le plus célèbre est le missel de Slowe qui a été aussi publié
(pour les messes seulement) par le Dr Mac Carthy, dans Transactions of the Royal [risfi
Aeademy, vol.xxvu (n°G, Dublin, 188G), p. 192-232. C'est la meilleure édition. Quelques
autres fragments celtiques ont été découverts par Meyer et Bannister, cf. Journal of
thcological sludies, 1003, p. 49 sq. et G10.
The Prayer Boo/c of Mdelwald the bishop, commonly eu lied the Booh of Cerne, edited
by A. B. Kuypers, in-i", Cambridge, 1902.
La liturgie ambrosienne dont presque aucun monument ancien n'avait été publié,
peut être étudiée maintenant sur quelques-uns de ses principaux documents.
M. Magislretti, Monumenta veteris Ecclesie ambrosianœ . Manuale Ambrosianum.
2 vol. gr. in-8", Mcdiolani, 1905.
Du môme, Pontificale in usum Ecclesix Mcdiolanrnsi* neenon ordines Ambrosiani,
1 vol. in-8°, 1897.
1. Mitlheil. ans der Sammlung der Papyrus Erzh. Renier, 1S87, cf. Ilarnack, Gesch. der altchr. Lllteratur,
t. i, p. 407.
2. De Iîossi, Inscriptiones christianx urbis Romx, l. n, p. 31, 33; Dueliesne, Origines du culte chrétien.
appendice, Ordines du manuscrit de Saint-Amand (éd. angl., l'JOi, p. b'.i'ô sq.).
3. Publié par F. Gamurrini, dans Bibliothcca dell' Accademia storico-giuridica, Roma, 1887, t. iv. Cf.
Sie duti documenti di storia e diritto, 1888, et notre élude sur la Peregrinatio Silvix. Les eylises de Jéru-
salem, la discipline et la liturgie au jva siècle, in-8°, Paris, 1895.
PRÉFACE ix
Dcroldus sive EcclesisR ambrosianœ Kalendarium et ordincs sxc. xu, Milano (édité
d'abord par Muràtori), in-4°, 1894, par Magistretti.
On doit aux Bénédictins do Solesmes la publication de plusieurs autres monuments
de cette liturgie, un sacramentaire, des capitulaires. un antipbonaire, etc.'.
Quant à la liturgie mozarabe, trop peu connue aussi jusqu'ici, les publications de
dom Germain Morin, et de dom Férotin nous permettent de l'étudier dans ses grandes
lignes.
Dom Germain Morin, Liber comicus sive lectionarius misses quo Toletana Ecclesia
ante annos mille et ducentos utebatur, in-8°, Maredsoli, 1893.
Dom Férotin, Liber ordinnm, dans le t. vde nos Monumenta Ecclesiœ liturgiea*. Plus
récemment encore on nous a donné un psautier et un bymnairc de cette église3
A une liturgie de l'Italie du centre, probablement Bavenne, appartiennent une série
d'oraisons publiées par Ceriani*, et qui se rapprochent de la liturgie romaine.
On a retrouvé aussi quelques fragments de liturgie assez étroitement apparentés au
léonien5.
Enfin il faut signaler la publication de collections d'inédits liturgiques qui, pour
n'avoir pas la même valeur que les précédents, forment une base plus solide pour l'étude
des liturgies locales.
Au premier rang nous placerons les publications de la Bradshaw Society, qui a réé-
dité des textes comme Y Antiphonaire de Bangor6, édité pour la première fois le Missel
de Robert de Jumièges'1 et quelques autres documents de la liturgie d'Angleterre9.
La Stirtees Society a publié aussi quelques textes liturgiques, entre autres le Ponti-
fical d'Egbert9, un psautier et des hymnes de l'Église anglo-saxonne10, le Missel et le
Pontifical de l'Église d'York, etc.".
1. Auctarium Solesmense, Codex sacrnmentorum Bergomensis, etc. fascic. i (seul paru), in-S°, Solesmis,
1900. Les tomes v et vi de la Paléographie musicale contiennent l'antiphonaire ambrosien, avec une
savante introduction sur ces ouvrages; sur la bibliographie du rit ambrosien en général, cf. P. Lejay,
Ambrosien (Rit), col. 1439 sq.
2. Un vol. in-fol., Paris, 1904.
3. Clemens Blume, Hymnodia Gothica, Die Mozarabischen Ilymnen, etc., in-8°, Leipzig-, 1897; The Sfoza-
rabic Psalter, éd. by J. P. Gilson, dans la Bradshaw Society, Londres, 1903.
4. Il rololo opistografo del principe Antonio Pio di Savoia, in-fol., Milan, 1883; rée'dité dans VArckivio
storico lombardo, 1884, p. 1 sq. J'ai même essayé de démontrer que les oraisons pourraient être de saint
Pierre Chrysologue. Cf. Revue bénédictine, oct. 1906, p. 1-12.
5. Msr Mercati, Antiche reliquie liturgiche, Rome, 1902, p. 65 sq.
6. Magnifique reproduction du manuscrit de l'Ambrosienne, 2 vol. in-4°, London, 1893.
7. Édité par Wilson, London, 1896.
8. Voir notre article Bradshaw Society, dans le Dictionnaire d'arch. et de lit., et notre Introduction
aux études liturgiques.
9. Vol. xxvu. The Pontifical of Egbert, arch. ofYork, a. 732-766, éd. by W. Greenwell, 1853.
10. Vol. xvi-xix. Anglo saxon and early English Psalter, etc., éd. by Stevenson, 2 vol. 1843-1847.
Vol. xxiii. The Latin hymns of the anglo saxon church, éd. by Stevenson, 1851.
11. Vol. lix. Missalead us. insignis Ecclesiœ Eborac., éd. by W. G. Henderson, 2 vol. 1874.
Vol. lxi. Liber pontificalis C. Bainbridge arch. Ebor., éd. by W. G. Henderson, 1875.
Vol. lxiii. Manuale et Processionale ad us. insignis Ecclesiœ Eborac, éd. by W. G. Henderson, 1875.
Vol. lxxi, lxxv, lxxviii. Breviarium ad us. insignis Ecclesiœ Eborac, éd. by Lawlez, 1880-1883, 3 voi
Vol. x. Rituale Ecclesiœ Dunelmensis, éd. by Stevenson, 1841.
x PRÉFACE
Sur la môme ligne nous signalerons les publications liturgiques de l'abbé Ulysse
Chevalier dans sa Bibliothèque liturgique, notamment le Missel de l'Église de Vienne,
le Sacramenlaire de Saint-Remg de Reims, etc. l.
Citons encore dans la même catégorie :
The Léo fric Missal as used in the Cathedral of Exeter during the Episcopate of its
ftrst bishop, A. D. 1050-1072, edited by W. E. Warren. in-i°, Oxford, 1883.
The Missal of St. Augustine's Abbey Canterbury, edited by M. Rule, 1 vol. gr. in-8°,
Cambridge, 1896.
Paléographie musicale. — Les principaux manuscrits de chant grégorien, ambrosien,
mozarabe, gallican, publiés en fac-similés phototypiques par les Bénédictins de Solesmes
(en cours de publication), 8 vol. in-4°, Solesmes, 1889-1900.
Paléographie musicale des Bénédictins de Solesmes. Deuxième série [Monumentale).
1. Antiphonale du B. Harther, in-4°, Solesmes, 1900.
Mentionnons quelques autres publications qui intéressent plus spécialement l'étude
des liturgies locales, mais qui sont à encourager :
A. Collette, Histoire du Bréviaire de Rouen, in-8°, Rouen, 1902.
M. Pellecbet, Notes sur les livres liturgiques des diocèses d'Autan, Chalon et
Mâcon, etc., in-8°, Autun-Paris, 1883.
V. Dubarat, Le Bréviaire de Lescar de 1541 , réédité avec une introd. et des notes, etc.,
in-i°, Pau-Paris, 1891.
L.Marcel, Les livres liturgiques du diocèse de Langres, etc., in-8°, Paris, 1892 2.
Parmi les documents liturgiques édités, quelques-uns l'ont été aux siècles derniers
d'une façon très insuffisante3. Il était donc urgent de les rééditer avec plus de soin et
suivant les méthodes imposées par la philologie moderne. Nous citerons parmi ces
rééditions :
II. A. Wilson, The Gelasian sacramentary, in-8°, Oxford, 1894.
Ch. Lett Feltœ, Sacramentarium Leonianum, edited wilh Introduction, notes and
three Photographs, in-8°, Cambridge, University Press, 1896.
C. E. Hammond, Liturgies Eastern and Western. in-12°, Oxford, 1878.
Vol. xiii. Liber vitx Ecclesix Dunclmensis; nec non obiluaria duo ejusdem ecclesix, éd. by Stevenson.
1841.
Vol. xv. A description... of ail the ancient monuments, rites and customes within the monastical
church of Durham before the sujipression, etc., edit. by Raine, 18i'2.
Sur l'ensemble de ces publications, sur le but de la Surlees Society, voir The Publications of the
Surtccs Society, vol. cv, éd. by F. W. Dendy Durham, 1001, in-8°.
\. Bibliothèque liturgique, commencée en 1893, Paris, Picard, arrivée aujourd'hui à son dixième
■volume. Voir le détail de celte publication dans notre Introduction aux études liturgiques.
2. Pour le détail des publications liturgiques en général, voir le Mémoire de M. L'. Chevalier dans
l'Université cathol. du 15 sept. 1897 et dans le Compte rendu du IVe Congrès scientifique international des
catholieptes i89~-1898, in-8°, Fribourg, 1898; pour les publications de liturgie locale, voir un autre
mémoire du même, Renaissance des études liturgiques, dans les Mélanges de littérature et d'histoire reli-
gieuses (Mélanges Cabrières), Paris, 1889, tome ni, p. 2G1-303, et pour l'ensemble notiv Introduction
aux études liturgiques.
3. Voyez sur ces rééditions, dans nos Origines liturgiques, l'appendice A, Documents liturgiques, et
l'appendice B, sur la méthode en liturgie.
PRÉFACE xi
F. E. Brightman, Liturgies Eastern and Western being the texts original or transla-
tedof the principal liturgies of the Church. Vol. i, Eastern Liturgies, in-8°, Oxford, 1890.
Pour les liturgies orientales : Rituale Armenorum being the administration of the
sacraments and the breviary rites of the Armenian Church together with the Greek rites
of Baptism and Epiphany, by F. C. Conybeare, and the East Syrian Epiphany rites,
translatcd by A. J. Maclean, in-8°, Oxford, Clarendon Press, 1905.
Quelques utiles collections de documents prendront place à côté de celles de
Renaudot :
H. A. Daniel, Codex liturgicus Ecclesiee romano-catholicœ in epitomen redactus,
4 vol. in-8°, Lipsiae, 1847-1853.
H. Denzinger, Ritus Orientalium coptornm, syrorum et armenorum in administrandis
sacrameutis, 2 vol. in-8°, Wirceburgi, 1863-1864.
Il faut voir aussi les documents ou articles publiés dans Y Oriens Christianns,
Rumische Halbjahrhefte fur die Kunde des christl. Orients... unter der Schriftleitung von
Ant. Baumstark, in-8°, Rom, 1901, et qui complète la collection de Renaudot :
ire année, 1901. Baumstark, Eine âgyptische Mess u. Taufliturgie vermutlich des vi.
Jahr., 1901, p. 1 sq.; Le même 1901. Dos maronitische Synaxar zum 29. Juni verof-
fentlicht, von Ant. Baumstark, p. 314 sq.; Die neslorianischen Schriften « de causis
festorum », von Ant. Baumstark, ibid., p. 320 sq.
2e année, 1902. Eine syrische « Liturgia S. Athanasii », p. 90 sq. ; Ugolini, Due fram-
menti di un antichissimo salterio Nestoriano, ibid., p. 179 sq.
3e année, ly03. Schermann, Die grieschischen Kyprianosgebelc, p. 303 sq. (laisser,
Les Bermoi de Pâques dans f office grec, p. 416 sq.
4e année, 1904. Baumstark. « Liturgia S. Gregorii Magni », eine griechische Ueber-
setzung der rômischen Messe, p. 1 sq. ; Baumstark, Eine syrisch-melchitische Allerheili-
genlitanei, ibid., p. 98 sq. ; Altlibanesische Liturgie ^Baumstark), p. 190 sq.
Des travaux comme ceux de Léopold Delisle, d'Ebner, d'Ehrensberger, sont de
nature, mieux que tous autres, à faire avancer la science liturgique1.
Parmi les travaux et les dissertations publiées pendant ce demi-siècle, nous ne rap-
pellerons que les principaux, ceux de Probst, dont l'ensemble forme une histoire de
la liturgie jusqu'au vie siècle2; celui de M»r Duchesne, qui a ouvert des voies nou-
velles aux investigations des liturgistes1, quelques ingénieuses dissertations de dont
1. Delisle, Mémoires sur d'anciens sacramenlaires, dans les Extraits des Mémoires de l'Acad. des ins-
cript, et belles-lettres, i vol. in-4°, Pari-s, 1886, t. xxxn. — H. Ehrensberger, Libri liturgici bibliothecx
apostoliese vaticanse, gr. in-8°, Freilmrg-i.-B., 1897. — A. Ebner, Quellen und Forscfiungcn zur Gesddchlc
und Kunstgeschichte des Missale Eomanum im Miltelalter, 1 vol. in-8°, Freiburg-i.-B., 18%.
2. F. Probst, Exequien, in-8°, Tiibingen, 1856; Brevier und Breviergebet,2c éd., in-8°, Tiibingen, 1808;
Liturgie der drei ersten christliclien Jahrhundcrtc, in-8°, TLibingen, 1870; Sakramente und Salcramentalien in
den drei ersten chrisUichen Jahrhundcrten, in-8°, Tiibingen, 1872; Lchre und Gebet in den drei ersten
christlichen Jaluhundirten, in-8°, Tiibingen, 1871; Kirchliche Disciplin in den drei ersten cluisllichen
Jahrhundcrten, in-8°, Tiibingen, 1873; Die abendldndische Messe vom jiïnften bis zum achten Jahrltundert,
in-8°, Mùnster-i.-W., 1896; Liturgie des vierUn Jahrh. u. deren Iieform, in-8°, Mùnster-i.-W., 1893; Die
altesten rômischen Sacramentarien u. Ordines, in-8°, Munster, 1892.
3. Les origines du culte chrétien, première édition 1889, 26 1898; éd. anglaises 1903 et 1904 (diverses
additions).
xir PREFACE
Germain Morin, qui jettent un jour sur des coins ignorés de cette histoire'; l'ouvrage
de Nilles, qui permet de comparer la liturgie occidentale aux liturgies orientales2,
celui de Bâumer3, et tant d'autres études qui ont enrichi nos connaissances dans le
domaine lilurgique*.
Ce n'c.il pas le lieu ici d'apprécier ces divers écrits. Mais quelle que soit leur valeur
respective, il est incontestable que dans l'ensemble ils ont changé la conception des
études liturgiques, ils ont soulevé des problèmes nouveaux et sur quelques points ap-
porté des solutions dont il faut tenir compte.
Mais il y a plus que cela. La science liturgique est en train de se créer :i. Il existe
d'admirables travaux auxquels il serait puéril de ne pas rendre pleine justice, il y a
quelques bons répertoires, des œuvres de détail dont quelques-unes sont fort remar-
quables.
Cependant il faut bien le dire, cette science n'est pas encore organisée. Il ne semble
pas que les principes soient établis solidement, la méthode fait souvent défaut, les lois
de l'évolution des rites ont été d'ordinaire méconnues, même les instruments de tra-
vail sont insuffisants. Il y a donc beaucoup à faire.
On nous permettra de rappeler ici ce que nous disions quand nous tracions le pro-
gramme de ce Dictionnaire :
« A Dieu ne plaise que nous méconnaissions les admirables travaux des litur-
gistes anciens, mais les spécialistes [sont d'accord pour dire que, comme science, la
liturgie est encore à ses débuts. A ce titre, elle est en droit de réclamer certaines
recherches préliminaires dont on trouvera le résultat, nous l'espérons, dans cet
ouvrage.
« En premier lieu, il faut dresser le bilan de ce que l'on sait, de science certaine, en
liturgie, établir bien nettement où l'on en est, sur chaque point, afin d'épargner aux
commençants et même parfois à des maîtres, de fausses démarches et des éludes inu-
tiles. Ceci demande d'ordinaire une initiation de plusieurs années. La forme du diction-
1. Publiées dans la Revue bénédictine; nous en avons donné le détail dans noire Introduction aux
éludes liturgiques déjà citée, où l'on trouvera une bibliographie plus complète des œuvres liturgiques.
2. Nicolas Nilles, Kalendarium mannale utriusque Ecclesix orientatis et occidentalis, 2 vol. in-8°,
Œniponte, 4896-1897.
3. Damner, Geschichte des Dreviers, Freib.-i.-B., 1892; traduction française par dom Giron, 2 vol
in-S°, Paris, Letouzey et Ané, 190a.
4. Citons seulement J. M. Neale, A history of the hohj eastern Church — General introduction, 2 vol.
in-S», London, 1850. — A history of the holy eastern Church — The patriarchate of AUwandria, 2 vol.
in-8°, London, 1847. — A history of the holy eastern Church — The patriarchate of Anti«ch posthumouj
fragment)..., edited by G. Williams, in-8°, London, 1873. — S. -G. Pimont, Les hnmirstlu bréviaire romani,
2 vol. in-8°, Paris, 1874-1884. —John Wordsworth, The ministry of Grâce, 2' édit., 1903. — V, Thalhofer,
llandbuch der kalholischen LUurgik, 2 vol. in-8°, Kreiburg-i.-B., 1890-1893, t. u; 1894, t. i lrt partie
rééditée par A. Ebner). — V. E. Warren, The liturgy and rilunl ofAntc-Mrene Church, 1 vol. in-8°, London,
1897. F. Magani, L'antica liturgia Romana, 3 vol. in-8°, Miluno, 1899. — J. Corblet, Recherches histo-
riques sur les rites, cérémonies et coutumes de l'administration du baptême, in-8°, Paiis, 1840.
Nous ne citons pas dom Guéranger, dont les Institutions liturgiques ont eu une séiieuse inlluence,
parce que celte œuvre est antérieure à la période que nous étudions.
Sur les hymnes, un grand nombre de publications, au premier rang John Julian, A dictionary ofhym-
nology, Londres, 1892, in-8°, et pour la littérature du sujet l'article de lîaumer, llymnen, dans Kirchen-
Icxicon.
5. C'est ce que j'ai essayé de montrer dans Les origines liturgiques [conférences à l'Institut catholique
de Paris), 1 vol. in-S°, Paris, 1905.
PREFACE xin
naire se prête admirablement à cette partie cki travail, et la lecture de quelques
articles suffira pour mettre au courant ceux qui désirent se renseigner.
« Le dictionnaire permettra aussi, à notre avis, de procéder à un classement chrono-
logique et géographique des rites, des formules, des textes, des documents. La con-
fusion qui existe sur ce point dans nos connaissances et les erreurs qui ont été commises,
viennent le plus souvent de ce que l'on n'a pas assez soigneusement discerné les temps
et les lieux. Quand tous les faits auront été classés, on pourra philosopher plus aisé-
ment et plus sûrement.
« Enfin si ce dictionnaire répondait à nos espérances, nous aurions l'ambition sur
plus d'un point de faire avancer la science. La méthode comparée qui, dans les sciences
naturelles et en philologie, a conduit à de si merveilleux résultats, peut, en liturgie,
découvrir des points de vue nouveaux. La classification des rites et des formules per-
mettra de reconnaître des parentés, de dresser des généalogies liturgiques. Enfin nous
savons que quelques-uns de nos collaborateurs nous apporteront des idées neuves et
fécondes, fruit de recherches originales et personnelles.
(c II faudra quand l'occasion se présentera montrer les analogies entre la liturgie
catholique et celle des juifs, à laquelle il est incontestable que les chrétiens ont fait de
très larges emprunts ; du reste une partie de ces questions ont déjà trouvé place dans
le Dictionnaire de la Bible ; dans ce cas, nous y l'enverrons purement et simplement.
Certains rites païens eux-mêmes ne sauraient être négligés.
« Il faudra traiter aussi de la liturgie chez les hérétiques, et ceci est un terrain jus-
qu'ici peu exploré et qui donnera lieu à des inductions très fécondes pour l'histoire de
la liturgie catholique.
« Les rites proprement dits comprennent l'histoire des sacrements, baptême, confir-
mation, pénitence, extrême-onction, ordre, mariage cl surtout l'eucharistie et la
messe qui sont vraiment le centre de la liturgie, et les autres riLes, consécration des
vierges, bénédictions, etc.
« Les formules sont intimement liées aux rites ; il faut comprendre sous ce chef les
acclamations liturgiques, les oraisons, les exorcismes, les préfaces, la psalmodie, les
antiennes, les répons, les hymnes, etc.
« Ces formules sont contenues dans les livres liturgiques qui auront une large place
dans ce dictionnaire, les sacramentaires, les lectionnaircs, les évangéliaircs, les mis-
sels, les pontificaux, les bréviaires, les rituels, etc. Il y a beaucoup à dire sur ce point
et à ajouter à tous les ouvrages connus. Autant qu'il sera possible, nous ferons même
entrer dans notre travail des dépouillements de catalogues de manuscrits et des des-
criptions de manuscrits qui seront pour les travailleurs de la plus grande utilité. Nous
y ajouterons une autre partie nouvelle, des notices sur les documents ou sources litur-
giques, comme la Didaché, la Peregrinatio ad loca sancla, les ouvrages de Cassien, en
indiquant bien exactement ce qu'on y trouve au point de vue liturgique.
« Les gestes liturgiques, génuflexions, prostrations, signes de croix, ont jusqu'ici été
peu étudiés et méritent cependant d'attirer l'attention des liturgistes.
« Sous ce titre, choses et éléments, nous comprenons le sel, l'eau, l'huile, l'encens, le
feu, les cendres, les rameaux qui jouent aussi un grand rôle dans la liturgie ; les édi-
fices, catacombes, chapelles, basiliques, églises, autels, baptistères, lieux de pèlerinage,
vases sacrés, mobilier des églises.
siv PRÉFACE
« C'est d'après ces différents éléments que l'on arrive à constituer les caractères des
principales familles liturgiques, les liturgies orientales, la liturgie grecque, les litur-
gies latines (romaine, ambrosienne, gallicane, mozarabe). Sur ce point aussi, si nous
ne nous trompons, le Dictionnaire fournira des éléments nouveaux et décisifs aux con-
troverses si importantes que soulèvent ces questions.
« Une autre catégorie liturgique comprend les personnes, la hiérarchie (pape, évoques,
prêtres, diacres, et autres ministres), les moines qui ont toujours eu une liturgie spé-
ciale, question fort peu étudiée encore et qui fournira une importante contribution à la
liturgie; les fidèles, les catéchumènes, les vierges et les veuves, les voyageurs et les
pèlerins, les pénitents, les énergumènes, les malades. La liturgie des morts est si
étendue qu'à elle seule, elle peut prétendre à former une branche à part.
« Le culte du Père, du Fils et du Saint-Esprit, celui de Marie, des martyrs et des
saints est à proprement parler l'objet de la liturgie.
« Le temps forme un autre chapitre qui comprend les heures canoniques, la semaine
et l'année liturgiques, et les fêtes. Celles-ci surtout méritent d'être étudiées de plus
près qu'on ne l'a fait jusqu'ici.
« Enfin, pour ne laisser de côté aucun élément d'information, nous avons l'intention
de consacrer des notices biographiques aux principaux liturgistes, non pour donner le
détail de leur histoire que l'on retrouvera dans tous les dictionnaires biographiques,
mais pour exposer aussi clairement que possible ce que leur doit la science liturgique
et en quoi ils l'ont fait progresser. Nous laisserons donc de côté tous les écrivains de
deuxième ou de troisième ordre, dont le nom ne ferait qu'encombrer les colonnes de
ce dictionnaire sans apporter aucun renseignement utile aux travailleurs1. »
III
Je sais les objections que l'on peut faire, et que l'on n'a pas manqué de faire, contre
la forme du dictionnaire. Au xvue et au xviu0 siècle, on fit campagne contre les dic-
tionnaires, avec une vivacité et en des ternies qui aujourd'hui nous étonnent. Baylc
défend Moréri, auteur d'un Dictionnaire fameux, que lui-même attaquait du reste
quelques pages plus loin. « Je ne saurais souffrir, dit-il, l'injuste caprice de ceux qui
se plaignent des fréquentes éditions de Moréri, et qui regardent les libraires qui les
procurent comme des empoisonneurs publics2. »
On appelait encore le dictionnaire « l'égout des recueils, une rapsodie des copistes »
et les auteurs étaient traités eux-mêmes de compilateurs sans initiative, ni invention,
de « portefaix des grands hommes », de « crocheteurs » \
Mais le public tenait bon contre les critiques, et il a en somme donné raison aux
faiseurs de dictionnaires. Ce serait écrire une page curieuse et intéressante de l'érudi-
tion et de la littérature française, que de faire l'histoire de ces publications, et l'on
1. On le voit, nous n'étudions ici que la liturgie historique ou scientifique. F. es questions de liturgie
pratique ou de rubrique ne sont Das de notre ressort.
i. Dictionnaire historique et critique, Rotterdam, lf>97, p. 10.
3. Bayle, loc. cit., p. 11.
PRÉFACE xv
peut s'étonner que le sujet n'ait encore tenté personne. L'auteur anonyme de la préface
du Dictionnaire de Furetiôre, pouvait écrire : « Le public est assez convaincu qu'il n'y
a point de livres qui rendent de plus grands services, ni plus promptement, ni à plus
de gens que les dictionnaires. »
Il paraît évident, au premier aspect, qu'un imposant ouvrage qui présenterait une
belle synthèse, qui se développerait avec aisance, dans l'harmonieuse proportion de
toutes ses parties, serait préférable.
Mais tout d'abord le Dictionnaire est à peu près la seule forme pratique quand on
est obligé de recourir, comme dans l'espèce, à un grand nombre de collaborateurs.
De plus, l'avantage est que dans un dictionnaire chaque article forme un tout, et si
le plan est bien exécuté et réalisé, il contient un sujet étudié avec soin, et dans toutes
ses parties, muni, si l'on peut dire, de tous ses organes, définition, bibliographie, his-
toire, etc.
En outre chaque pierre est à sa place, cette place n'est déterminée, je le veux bien,
que par le hasard de l'alphabet, mais elle est connue. Rien n'empêchera plus tard do
reconstituer, à l'aide d'une table méthodique, la synthèse qu'a dû se former l'auteur
avant de commencer. son dictionnaire.
El la preuve que cette forme est vraiment la meilleure, c'est que plusieurs des
grandes œuvres d'érudition du xvn° au xxe siècle, qui ont gardé jusqu'à ce jour leur
valeur, sont des dictionnaires, comme ceux de du Gange, de Littré, de Viollet-le-
Duc, de Bayle et cet autre admirable monument non encore acbevé, le Diction-
naire des antiquités grecques et romaines de Dàremberg et Saglio. Mais si, comme le dit
encore Bayle, rien n'est plus facile à faire qu'un dictionnaire historique où l'on se
contente de répéter les précédents, il n'en va pas de même si l'on veut dire le dernier
mot sur un sujet, être au courant de tous les travaux parus sur la matière, et même,,
si possible, faire avancer la science sur un point particulier.
IV
Et c'est en somme ce que nous avons voulu faire dans cette œuvre. Nous avons
cherché dans nos collaborateurs des spécialistes, disposés à mettre leurs connaissances
à la portée dû public, des hommes si au courant de la question qu'ils traitent, qu'ils
ne laissent rien passer d'important sur le sujet, si bien que ceux qui lisent un article
peuvent croire légitimement qu'ils ont sous la main tous les éléments de la question,
et sont dispensés par là même d'un long et pénible travail.
On peut même nous rendre cette justice, et on a bien voulu nous la rendre de divers
côtés, c'est que souvent nos collaborateurs ne se sont pas contentés de remplir ces pre-
mières et indispensables conditions de tout bon dictionnaire. Tel de ces articles est une
savante monographie qui après avoir résumé tout ce qui est connu sur le sujet, donne
des résultats nouveaux et présente de vraies découvertes. De telle sorte que le Diction-
naire, qui ne prétendait qu'à être un répertoire utile, devient quelque chose comme
le recueil des Archives des missions scientifiques, ou la collection des mémoires de telle
société savante
xvi PREFACE
On verra aussi par le simple examen de la table du premier volume, combien d'ar-
ticles y ont trouvé place qui ne sont même pas mentionnés dans les Dictionnaires anciens
(v. g. Ad sanctos, Agaune, Amours, Antinoë, Apa, etc.).
Nous avons cherché à limiter avec précision notre travail. L'archéologie chrétienne,
telle qu'elle est ordinairement comprise', embrasse l'élude des institutions anciennes,
les mœurs et les coutumes des âges primitifs chrétiens, dans la vie sociale et dans la
vie privée, l'architecture ancienne dans ses rapports avec la liturgie et l'art chrétien de
la première époque; l'iconographie, les symboles et les figures, l'épigraphie, la paléo-
graphie, la sigillographie, la numismatique dans leurs relations avec l'antiquité chré-
tienne, l'art chrétien dans ses diverses représentations; enfin la liturgie, c'est-à-dire
l'élude des rites et des formules, telle que nous l'avons définie plus haut.
De ce plan, on le voit, nous avons éliminé l'étude des dogmes, des hérésies, des
opinions théologiques, qui appartiennent au Dictionnaire de théologie catholique'1; les
questions purement littéraires et philologiques, l'étude de la littérature chrétienne, des
ouvrages des Pères et des premiers écrivains chréliens, ont été aussi volontairement
exclus de notre domaine, ainsi que les questions de législation et de droit canonique,
qui seront réservées les unes et les autres pour un autre Dictionnaire. Enfin, l'étude des
événements historiques dans leurs causes et leurs conséquences, et des personnages,
constituent l'histoire de l'Eglise, et ne touchent à l'archéologie qu'indirectement.
La limite de l'antiquité chrétienne n'est pas rigoureusement tracée. Les uns l'arrêtent
à saint Grégoire le Grand, d'autres antérieurement, quelques-uns la font descendre
jusqu'à Gharlcmagne. C'est une question d'appréciation. Nous avons choisi de préférence
celte dernière date, car à partir de ce moment les institutions primitives, que l'on pouvait
considérer comme encore en formation, et qui dans tous les cas subissaient encore bien
des changements, tendent à se fixer dans une forme à peu près définitive; c'est le
commencement d'une période historique marquée par des traits bien distincts. Nous
laissons donc de côté les institutions d'âge postérieur, comme les universités: nous
n'avons que rarement dépassé celte fronti;,a ,, et seulement pour résumer en quelques
mots l'histoire d'une institution qui n'eût pas été complète sans cette explication.
Cependant la question change d'aspect pour la liturgie. Celle-ci n'est pas renfermée,
comme l'archéologie, dans une période de l'histoire ecclésiastique. Nous avons donc
l'intention de l'embrasser tout entière, tout en donnant plus' d'étendue à la période
ancienne qui est beaucoup plus importante.
Depuis que le Dictionnaire a commencé sa publication (1903), l'opinion a eu le
temps de se prononcer. Nous ne résumerons pas ses jugements, cependant nous pouvons
dire que d'ordinaire ils ont été favorables3.
■i. Voir cependant la définition qu'en donne Kraus au mot Archéologie dans sa Real-Encyklopàdir.
2. Ce Dictionnaire commencé par M. Vacant, et continué sous la direction de M. Mangenot, en est
arrivé avec, son 20e fascicule au mot Confession.
3. Je citerai presque au hasard les appréciations du Guardian, du Journal of theological ftudirs, de la
Dublin Rcvicw, du Mont h, de la Church quarterly Review, de la Theologische R^vue, de la Revue de l'Instruc-
tion publique en Belgique, celles de plusieurs revues françaises, Revue des éludes historiques, Revue des
questions historiques, Revue du clergé frunçais, etc.
PRÉFACE xvii
Mais le contraire serait arrivé que nous n'en eussions pas été élonnés. Un ouvrage
comme celui-ci doit faire ses preuves; c'est le temps qui consacre les réputations on
matière d'érudition ou de science. Tel ouvrage qui a eu à lutter à ses' débuts contre
les attaques de la critique, pis que cela, contre l'indifférence du public, est arrivé à s'im-
poser à l'attention des contemporains et même de la postérité.
L'accueil a donc été meilleur que nous n'étions en droit de l'espérer; non seule-
ment les souscriptions sont venues en nombre, le nombre s'accroissant à cbaque fasci-
cule, mais encore on a bien voulu nous dire que notre œuvre rappelait par sa solidité
celle des anciens bénédictins.
Il était inévitable que des critiques se fissent entendre. Si les articles avaient clé
abrégés, et les proportions du Dictionnaire réduites, on eût dit que nous étions super-
ficiels, et que nous ne faisions guère que rééditer les encyclopédies déjà existantes. On
ne pouvait vraiment nous faire ce reproche avec quelque apparence de vérité. Mais au
contraire on nous a dit que notre Dictionnaire serait énorme, que nous n'en verrions
pas la fin. Quand le P. Richard, dominicain du xvme siècle, lançait un dictionnaire, du
reste un pou oublié, mais qui n'était pas sans mérite, le Dictionnaire universel dogma-
tique, canonique, historique, géographique et chronologique des sciences ecclésiastiques,
en six volumes in-folio1, ce fut un cri universel. « La première pensée qui s'ollVe à
l'esprit, écrit-il lui-même, ou du moins celle qui le frappe le plus vivement, et qui y
laisse des traces plus profondes, c'est l'impossibilité de la réussite. Le projet est beau,
mais il est vaste, immense, impossible dans l'exécution. Voilà le cri public, général,
uniforme, constant. » 11 ne se laissa pas décourager et il lit bien, et la suite montra
qu'il avait eu raison contre la critique.
La critique et l'opinion publique ont souvent tort en ces matières. Outre que le temps
compte peu dans des entreprises semblables, et qu'une fois l'œuvre terminée on ne
s'enquiert pas du temps qu'elle a duré, mais seulement si elle est utile et solide, en
calculant le temps consacré à la première lettre, en faisant la part des retards inévi-
tables au début, de l'inexpérience des imprimeurs ou des éditeurs, on peut déterminer
à peu près le nombre des années que demandera l'exécution, on verra que ce nombre
n'atteint même pas le grande ?nor(alis œvi spatium. Nous n'avons donc môme pas
besoin d'avoir recours à un autre argument, comme les éditeurs du Dictionnaire de
Trévoux qui disaient bravement dans leur édition de 1771 (qui du reste était la sixièmo
ou la septième) : « Il en est en général des grands dictionnaires comme de ces vastes
édifices qui n'ont jamais été l'ouvrage d'une seule génération, mais d'une longue suite
d'architectes. »
Notre Dictionnaire prétend être pour l'archéologie chrétienne et la liturgie un réper-
toire complet. 11 ne dépassera pas les limites que réclame un pareil dessein. Je dirai
même, encore que cela paraisse une gageure, que dans l'espèce il serait plutôt court.
Du moment que l'on s'adressait à des bénédictins qui se font honneur de marcher sur
les traces de leurs ancêtres, on devait bien s'attendre que ce Dictionnaire ne serait pas
une simple encyclopédie, comme le dernier siècle en a tant vu, rééditant les notices
que se transmettent ces sortes d'ouvrages depuis environ trois cents ans.
Or si l'on compare notre œuvre aux 32 volumes de X Histoire littéraire de la France,
i. Dont un volume de supplément, 1"60.
xviii PRÉFACE
aux 24 volumes in-folio des Historiens des Gaules, aux 9 volumes in-folio des Acta san-
ctorum de Mabillon, sans parler des énormes ouvrages de Montfaucon, on verra que
notre Dictionnaire est de proportions modestes.
On nous dit en Angleterre et en Allemagne que ni l'une ni l'autre de ces nations ne
peut pour le moment et sur ce terrain nous opposer une œuvre comparable, ce compli-
ment pourrait nous servir d'excuse auprès de ceux qui trouvent notre plan trop
étendu, et assurément on ne pouvait le mériter qu'à la condition de recueillir tous les
renseignements sur un sujet et d'épuiser la matière. Qu'on lise des articles comme
Acémètes, Archimandrite, Ambrosien (Bit), Apocrisiaire, Apodeipnon, Ad sanctos, Alexan-
drie, Amulettes, Anges, Aquariens, pour ne citer que ceux-là, et l'on verra que non seu-
lement tout l'essentiel est dit, mais encore qu'il faudra recourir de toute nécessité à
ces articles pour avoir le dernier mot sur la question.
VII
Je dirai peu de chose des principes qui nous ont guidé. On a bien voulu reconnaître
que notre ouvrage était conçu dans un esprit strictement scientifique. Il ne peut y
avoir conflit entre la vérité historique et les vérités de l'ordre surnaturel, les unes et
les autres ayant la même source qui est Dieu et un domaine bien distinct. Dès lors,
sur le terrain historique, c'est la vérité de cet ordre qu'il faut chercher avec tous les
moyens à notre disposition et sans préoccupation ni préjugé.
Nous disions à nos débuts : « On s'efforcera de ne rien avancer qu'avec preuves à
l'appui : on peut, on doit même, en ces questions, faire pour ainsi dire table rase des
opinions reçues, qui la plupart se transmettent des dictionnaires aux manuels, depuis
des générations, sans qu'on ait souvent songé à en examiner le bien fondé. On évitera
des généralisations hâtives, des rapprochements forcés entre des monuments et des
lextes, des rites ou des formules, qui ne se ressemblent qu'en &\ parence, tentation
dangereuse en liturgie et en archéologie, et qui a souvent induit en erreur les meilleurs
esprits. On ne marchera qu'appuyé sur des textes que l'on aura soigneusement revisés
soi-même et étudiés dans leur contexte, lequel souvent prouvera que le texte avait été
cité à tort ou détourné de son sens véritable. »
Après la publication des onze premiers fascicules, nous croyons pouvoir maintenir
dans son ensemble cette assertion.
Au sujet de l'illustration du Dictionnaire nous aurons moins encore à dire : chacun
peut en juger facilement. Nous n'avons pas craint de multiplier les représentations des
monuments. Ils forment à eux seuls une leçon de choses que l'archéologue ne saurait
négliger; mieux que cela, ils font partie essentielle de son éducation.
On se convaincra par un simple coup d'œil que bien loin de nous contenter des
gravures de Martigny, de Smith ou de Kraus, nous avons puisé aux sources les plus
variées, souvent les plus difficiles à atteindre. Notre sièclejustement soucieux de l'exac-
titude, et armé de merveilleux instruments photographiques, a définitivement remplacé
les dessins à la plume ou au crayon de nos prédécesseurs, où la fantaisie se donnait
trop souvent carrière, par des reproductions d'une vérité mathématique. Sur ce point
PREFACE XIX
nos éditeurs n'ont rien ménagé pour mettre notre Dictionnaire au niveau des derniers
perfectionnements de la gravure et de la. chromolithographie.
C'est donc avec une certaine confiance que nous allons continuer notre œuvre. Les
encouragements précieux qui l'ont accueillie à ses débuts, ne lui manqueront pas, nous
l'espérons, dans la suite. Ceux qui nous ont le plus touché, nous l'avouerons, ce sont
moins les éloges pourtant bien précieux des hommes compétents, que les remercie-
ments de modestes travailleurs qui ont bien voulu nous dire tous les services que leur
rend le Dictionnaire. Après tout, on ne compose pas un ouvrage de celte sorte pour
quelques douzaines de savants, qui sont déjà armés de toutes pièces ou croient l'être,
et savent où trouver les sources de la science, mais pour ceux qui débutent, pour ceux
qui cherchent, pour ceux qui, ne se croyant pas encore arrivés, ne dédaignent pas de
trouver les éléments de leurs connaissances dans les plus humbles travaux.
Il est temps de conclure cette préface. Nous ne sommes qu'au début de notre
oeuvre, nous ne savons s'il nous sera donné de la terminer. Mais celui, quel qu'il soit,
qui sera chargé d'y mettre la dernière main, après un juste hommage rendu aux
dévoués collaborateurs du Dictionnaire, aux éditeurs qui l'ont soutenue avec énergie,
aux souscripteurs que n'ont pas découragés les lenteurs de la publication, pourra dire
aux lecteurs que les promesses du début ne les ont pas trompés, et que, dans cette masse
de faits et de citations, ils ont la synthèse de l'archéoiogie et de la liturgie chrétienne.
A eux d'en tirer toutes les conséquences pour l'histoire de la vie chrétienne, et de
l'art, pour l'apologétique et pour la théologie.
Fehnand CABHOL.
farnborough.
DICTIONNAIRE
D'ARCHÉOLOGIE CHRÉTIENNE
ET
DE LITURGIE
-«**Kx>ca«<=*
AQ.-I. Sens de ce symbole. II. Épigraphio. III. Objets
mobiliers. IV. Particularités. V. Numismatique. VI. Sigil-
lographie. VII. Monuments figurés. VIII. Glyptique.
IX. Paléograpbie. X. A et Q dans la liturgie.
I. Sens de ce symbole : syà) xb aXcpa xatl tb <L, é Trpuvro:;
xai 6 k'cryjrroç, r, àpyji xot\ tg téXoç1, « Je suis l'alpha et
l'oméga, le premier et le dernier, le commencement et la
fin.» — iytô s![j.c rô aXça xoù xb ù 2 ; — èvù) xb aXapa xai xb
ù, v) àpyô xa't xb xéXoç 3. Le développement de la formule
pourrait aider à se représenter la chronologie des diffé-
rents chapitres de l'Apocalypse : I, èyw e!|j.i xb aXça xoù
xb (L...; — XXII, èyà>... xb aXça xai xb a>... r; apyr, xa\
xb téào;; — xxil, èyù... xb aXœa xa'i xb (L, ô itpwxo; xa\
ô ËTyaxoç, T| àpx'1 *aV' Tô xÉXo;.
Les vers de Prudence montrent que l'interprétation
est demeurée stationnaire : Apoc, I, 8. èyw e'tjj.i xb
a/.yx -/.ai tô ù>, ô a>v xai ô r|V xai 6 èpyô(j.svo;.
Corde natus ex parentis ante micndi exordium,
Alpha et Q cognominatus, ipse fons et clausula,
Omnium quse sunt, fuerunt, quœque post futura sunt *.
Il ne parait pas que le type ait souffert aucune incer-
titude, car il n'y a pas d'exemple que l'échange e u> pour
a (o, général dans les anciens dialectes et dans le grec,
se soit produit. Ceci achève de déterminer le sens sacré
de ces lettres.
II. Épigraphie. — i.da tes. — On a entendu le signe dont
il est parlé dans l'Apocalypse du chrismon )£, ainsi on
pourrait faire remonter à l'époque apostolique l'usage
1 Apoc, xxil, -13. — s Tbid., i, 8. — 3 Ibid., xxi, 6. — * Cathe-
merinon, hymn. ix, Hymnus omni hora, vers "10, P. L.,
t. lix, col. 863. Voy. Tertullien, De monogamia, c. v, P. L.,
t. il, col. 935. S. Jérôme, Contra Jovinianum, 1. I, P. L.,
t. xxui, col. 237; S. Paulin, Poema xxx, v. 89, P. L., t. lxi,
col. 673; Bède, In Apocalypsim, i, 8, P. L., t. xcm, col. 135. —
5 Léon Renier, Explication des inscriptions chrétietines conte-
nues dans le t. v du recueil de L. Perret, intitulé Les cata-
combes de Rome, in-fol., Paris, 1852, t. vi, p. 98. — • Voy. Boldetti,
Osservaziom sopra i cimiteri de'santi martiri ed antichi cris-
tiani di Roma, in-fol., Roma, 1720 : « Quanto aile lettere « et u,
non v'ha dubhio che quei primi cristiani le presero dall' Apoca-
lisse. » — " 0. Bayet, De titalis Atticx christianis antiquissimis,
in-8°, Lutetiœ Parisiorum, 1878, p. 56, 58, n. 31, 45, 60. — 8E. Re-
nan, Mission de Phénicie, in-fol., Paris, p. 350. — 9 Le Bas et
Waddington, Voyage archéologique en Grèce et en Asie Mi-
neure, gr. in-4\ Paris, n. 2663. — 10 Klôn Stéphanos, 'Ei^yo. Tr;
vii<Tou Eûpou, Athènes, n. 60; C. Bayet, dans la Revue archéolo-
gique, Paris, 1876, p. 289. — " J. T. Wood, Modem discoveries
DICT. D'ARCH. CIIRÉT.
do l'accoster des lettres Ad)5. Ceci n'est qu'une conjec-
ture 6. En Attique, on rencontre A+ûO vers la fin du
ive siècle ', et en Asie Mineure, sur une inscription de
l'an 313 (si toutefois ce n'est pas de l'ère des Séleucides
qu'il y est fait mention 8) et sur une autre inscription de
la fin du IVe siècle 9. On trouve l'emploi avec le chrismon
dans un titulus de Syros qui parait ancien10; autre
exemple à Ephèse ".En Phrygie, les exemples sont rares
et tardifs, le plus ancien est probablement sur un berna
du IVe siècle, à Aidan,près Euménie : XP IC TOYACO I2 ;
en Phénicie, épitaphe du vie siècle (ère d'Antioche, 577;
ère de Sidon, 514) : A+ûO 13; en Pisidie, une inscription
probablement antique u ; En Palestine, les exemplaires
rencontrés sont généralement de basse époque. En Ara-
bie et dans la péninsule sinaïtique à Wady-Mokatteb
A+CO en tête d'une acclamation liturgique de type an-
cien on lit 'I[ï)(70-j]; Xp[l<TTp, [] ÈXÉtlTOV (I xfbv Ô]oO'/[oV (?) 1S.
En Nubie, une épitaphe découverte à Colasucia et posté-
rieure au ve siècle 16 porte en tête : + A + Cû +.
En Afrique, nous trouvons les lettres a u> entourées
d'une couronne dans l'inscription dédicatoire de Césarée
de Mauritanie |C^^J n (258-304) et dans une épitaphe
plus récente, à Rusicade „j~)4»xl_ ' 8 > même exemple à
Rome qu'en Mauritanie. Les autres exemples en Afrique
on the site of ancient Ephesus, in-16, London, 1890 ; Inscrip-
tions front tonibs, n. 21. — '* W. Rarasay, Cities and bishopries
of Phrygia being an essay ofthe local history of Phrygia from
the earliest Urnes to the Turkish conquest, in-8", Oxford, 1895-
1897, t. i, n. 382. Voyez cependant dans la banlieue de Prym-
nessos; J. B. Lightfoot, The apostolic Fathers, in-8*, London.
1885-1890, part. II, t. i, p. 485. — ,3E. Renan, Mission de Phé-
nicie, p. 390. — 1* Ch. Lanckoronski, Les villes de la Pamphilie
et de la Pisidie, in-fol., Paris, 1890, t. Il, p. 244, n. 235. — « Cor-
pus inscriptwnum grxcarum, in-fol., Berolini, 1877, t. iv,
n. 8947. — ,6 A.-J. Letronne, Analyse du Recueil d'inscriptions
de M. le comte Vidua, in-8\ Paris, 1828, p. 14, propose la date
692; Kirchhoff, loc. cit., n. 9121, adopte l'année 492; E. Le Blant,
préfère le v siècle. Étude sur les sarcophages chrétiens antiques
de la ville d'Arles, in-4'., Paris, 1878, introd., p. xxm sq. —
*' Léon Renier, Recueil des inscriptions romaines de l'Algérie,
in-fol., Paris, 1855, n. 4025; De Rossi, But. di archeologia cris-
tiana, 1864, p. 28 ; L. Perret. Catacombes de Rome, t. VI, p. 12.
— <8 Corp. inscr. lat., in-fol., Berolini, t. vin, n. 8190
i.-l
3
A Q
sont moins anciens et ne s'éloignent plus des types re-
çus, saul quelques variantes accidentelles : A+CO, Corp.
inscr. lat., t. vin, n. 56, 674, 1767, 2009. A-f-00, ibid., n. 453,
456, 670, 672, 839, 1105, 2017, 4671, 4762, 4799, 5669,
9590, 9591 ;Add., n. 926, 10516, 10540-10548, 10665, 10713;
Ephem.cpigr., t. vu, n. 1 167, 551, 591. 1041. A^CO, Corp.
insc. lat., t. vin, n. 749, 1156, 1246, 1247, 2189, 2272, 5176,
8427, 8709. 8730, 8757, 9714, 9715, 9717, 10686 [10688],
Add., n. 10933; Ephem.epigr., t.vn, n. 70,488. A 00, Corp.
insc. lai., t. VIII, n. 8638, 8C39, 8649, 9716.
En Espagne, on ne peut rien trouver d'antique. Les
types ordinaires reparaissent, échelonnés entre le Ve et
le IXe siècle. A+00, Hùbner, Inscr. Hisp. christ., n. 21,
73, 74, 86, 91, 119. A-£oO, Hiibner, Inscr. Hisp. chris.
n. 2, 3, 9, 14, 22, 28, 33, 44, 45, 66, 67, 68, 87, 98, 99,
125, 186. A)^C0, ibid., n.18, 23, 60, 61, 71, 72, 75, 78,84,
127, 151, 164, 180, 193, 197, 198, 203, 203 b. Ephem.
epigr., t. vm, n. 259. A. 00, Hubner, ibid., n. 92, 95, 154.
Dans les Gaules, a <o apparaissent sur les inscriptions
datées de l'an 377 à l'an 547 '. A+00, Le Blant, Inscr.
chrét. de la Gaule, n. 551 a. A-J-00, ibid., n. 15, 46,
55, 92, 239, 244, 250, 270, 273,295, 346.355. A^OO, ibid.,
n.49,50, 73, 77, 86, 202, 230 a, 236, 246, 255, 275, 281,
291, 299, 300, 306, 323, 326, 329, 331, 336c, 337 a, 338,
369. 370, 399, 423, 460 /;. 466, 501, 509, 572, 575, 583 a.
A 00, ibid., n.266, 283,351.
En Angleterre, les monuments sont tardifs et appar-
tiennent plus à l'art du dessin qu'à l'épigraphie -. La
première et la deuxième Germanie sont comprises dans
les relevés des Gaules, donnés ci-dessus3.
Dans l'Italie du Nord, où Ravenne (Classis), Milan,
Aquilée, Brescia, Vérone semblent les seuls sièges épis-
copaux que l'on puisse faire remonter par des arguments
sérieux au delà du IVe siècle, les exemples deviennent
innombrables, mais ils sont tardifs, Ravenne et Milan qui
paraissent avoir eu leur communauté chrétienne orga-
nisée vers le commencement du IIIe siècle et même un
peu plus tôt. Clusium (Cltiusi) dont les cimetières de
Santa-Catarina et Santa-Mustiola contiennent des tombes
du ni" siècle, n'offrent pas un seul exemple. A Vérone.
on trouve une pierre portant A)(f 00 et qui semble anté-
rieure à la paix de l'Église4. En Thrace, on signale les
lettres a 'w sur un titulus qui paraît ancien 5; en Pan-
nonie, un marbre d'époque peut-être antérieure à la
paix de l'Eglise6. Dans l'Italie méridionale et en Sicile.
on retrouve les types reçus, principalement en Sicile ".
à Capoue 8. A Rome, on trouve les lettres a <■> dans une
épitaphe datée de l'an 295, mais dissimulées, dans les
noms des consuls : ....VIRGO MOR[T]VA ES(l) TVS00
ETA || NVLLINO CON[s]S qu'il faut lire: ...virgo
' E. Le Blant, Manuel d'épigraphie chrétienne d'après les mar-
bres île lu Caille, accompagné d'une bibliographie, in-12, Paris,
1869, p. 27, 29; Inscriptions chrétiennes de lu Gaule anté-
Heures au vm' siècle, in-4", Paris, 1856-1865, n. 369, 167;
Nouveau recueil tirs inscriptions chrétiennes de la Gaule anté-
rieures au vin siècle, in-4*, Paris, 1892, préf., p. n. — «Cf. E,
Hiibner, Inscriptiones Britannùe christianse, gr. in-4*, Berolini,
1871), et Pétrie. Christian inscriptions m the irish language,
in-4", Dublin, 1872-1878. — 'Vive/, encore F. X. Kraus, Die
christliche Inschriften, in-4", Freiburg im Breisgau, 1800.
•Dom F. Cabrol et dom H. Leclercq, Monumenta Ecclesix litur-
iina. gr. in-4', Paris 1902, i. i. n. 2848, — SA. Dumont, Inscript
île 'l'heure, dans les Archives iirs missions scientifiques, in-8%
Palis, 1870, n. 72. — ''• Minium. Eccl. lit., t. I. n. 2775. — " Sa-
tinas, dans VArchivio storico per le provinde napoletane, publi-
roto a cura délia società di storia patria, in-8*, Napoli, 1876,
anno i, p. 481; Pitra, Analecta sacra Spicilegio solcsmensi pa-
rata, in-4% Typis tusculanis, 1884, t. n, p. 178; Torremuza,
Siciliie et uhjacentium insularuin vet. inscriptionutn COllecttO,
in-fol., Panormi, 1609, p. xvn, 8, 45. — * Mommsen, Corp. inscr.
lat., in-fol., Berolini, 1883, t. x, n. 4494, 4526. — » De Rossi, Inscrip-
mortua est Tus [co] et Anullino (consuhbu)s 9. Toutefois
cette interprétation est contestable. Le symbole A00 se
rencontre à Rome, sur les inscriptions datées de 355 (?)
360 à 509 10. A+00, De Rossi, Inscr. christ, urb. Romse,
t. i, n. 249, 941. A-|^00, ibid., n. 218", 22">, >70, 275,
276, 325, 411, 587, 661, 666, 847. A^00, ibid., n. 127,
143, 153, 178, 187, 191, 197, 213, 214, 223, 248, 281, 283,
304, 308, 326, 341, 345, 378, 445, 473, 510, 589, 594, 776.
A00, ibid., n. 172. Parmi les inscriptions non datées
les plus antiques : MODESTINA A00 (cimetière de
Priscille12. A-j-00, Monumenta Ecclesiœ liturgica, t. i.
n. 3109, 3122. A^00, Ibid., n. 3016, 3046, 3097. 3144, 3161,
3173, 3242, [3279 (?)].
Les statistiques ont démontré que Rome précéda tou-
jours la province dans l'adoption des formules, des sym-
boles lapidaires et les abandonna avant elle. Ce fait est
évident, tant pour l'Occident que pour l'Orient13. Il
suflira de borner l'histoire chronologique du symbole
a (■> à l'épigraphie romaine (inscriptions datées). Le
symbole a eu entre ses limites extrêmes une période de
vogue, vers 365-385, et un retour de mode coïncidant
probablement avec l'époque à laquelle on commença de
suspendre par des chaînettes A et 00 aux croix station-
nais l*. A partir de l'année 430, nous ne rencontrons
plus a o) que cinq lois, et quatre fois on les représente
au bout de chaînettes 15.
Pour les autres symboles voici leur répartition chro-
nologique. (Le chiffre en coefficient indique le nombre
de tituli d'une même date portant le symbole.') De l'année
340 à l'année 355 : en 340; — de 355 a 365 : en 355, 360,
362, 364; de 365 à 385 : en 365, 366, 367-. 3703, 371-',
375^, 377, 378-\ 379^, 3812, 3S33, 38-4; - de 385 à 405 :
en 389, 393, 399, 402; - de 405 à 425 : en 408, 409; — de
425 à 509 : en 472. Parmi les pierres Funéraires portant
plusieurs symboles, la plus antique (uie siècle probable-
ment) provient de la catacombe de Callixte; il y a lieu
de rapprocher l'inversion de lettres de l'inscription de
l'année 295, citée plus haut16 :
LJ • A •
U D
r~
A 'cJ
//. PARTICULARITÉS. — Les lettres a w ont été souvent
et diversement altérées, aucun indice ne permet d'en
donner une autre raison que l'inhabileté ou la négli-
gence des lapicides. La lettre A garde partout et toujours
l'essentiel de ses lignes, parfois la ligature est omise,
tioncs christianœ urbis Ronnv septimo sseculo antiquiores,
in-fol., Romœ, 18M, t. i, p. 25, n. 20, — '"Le Blant, Manuel
d'épigr. chrét., p. 29. — "De Rossi, loc. cit., p. lin, n. -jis.
— "Davin, La cappella greca, p. 323, et Wilpert, dans Zeit-
schriftf.kath. 77ie<if.,rnnsbruck,1888,p.l60. — l:'i: Le niant. Ma-
nuel d'épigr. chrét.. p. 29; navet. De tttutfa Attictt christianis
antiquissiniis, c. V, in-8', Paris, 1878, p. 56: Fr. Cumont, Les
inscriptions chrétiennes de l'Asie Min uri . dans les Wi langea
de l'École française de Rome, in-s-, Rome, 1805. — "Bottâri,
Sculture et pitture sagre estrate dei cimiteri di Roma, publi-
eute già dagli autori délia Roma sotterranea ed'ora nuo-
uamente date in luce colle spiegazioni, in-fol.. Renia. I7;t7, pi.
xi.iv; Cf. lîesio. Roma sotterranea, in-fol., Roma, 1632, p. 131;
E. Le Blant. Inscriptions chrétiennes de la Gaule antérieures
au vue siècle. 2 in-4% Paris, 1856-1865. t. il. p. 126, n. 157. — '■ De
nussi. Inscr. christ, urhis Roma', t. I. années 430, 431, 455, 5un.
— "Boldetti, Osservazioni sopra i cimiterj, 1. M, e. m. p
Cf. A. Dûment (Homélie), Mélanges d'archéologie et d'histoire,
in-8", Paris, 1892; Inscriptions de la Thrace, n. 743*; C, Ha\ot
Detitul. Ait. christ., n. 78: C. Jullian. Inscriptions romaine»
de Bordeaux, 2 in-4", Bordeaux, 1887-1890, n. 850
A Q
une seule fois on trouve M '. La lettre 00 est représentée
quelquefois par Q en Afrique2, en Espagne 3. Peut-être
faut-il considérer la représentation fréquente CO comme
un acheminement vers cette forme4; mais elle fait dé-
faut sur les monuments de l'antiquité proprement dite.
Cet argument a suffi à Garrucci et Rossi pour rejeter
comme fausse une gemme portant le dauphin entre A et
Q s. Une pierre du vne ou vme siècle, en Angleterre,
figure r<o sous cette forme : (D 6. A Rome, on rencontre
LU 7, à Catane et à Rome C 8. Cette dernière figure se
retrouve en France et en Espagne : A+O 9 ; elle n'est peut-
être pas sans rapport avec le fait qu'à la même époque
(ve, VIe, VIIe siècles), on ohserve en Orient, principalement
en Syrie, la substitution de l'o à l'w ,0; en Germanie, à
Cologne, on trouve W ", et à Aquilée (Grado) V 12.
Quant à l'interversion des lettres, elle ne témoigne que
de l'ignorance des lapicides pour lesquels a et a> n'étaient
plus qu'un motit de décoration qu'ils accommodaient
à la symétrie de leurs ouvrages, comme on le voit dans
une inscription dédicace à sainte Justine de Padoue13 :
J7T
~TX
(dédicace.)
FT
7L
11 suffit de signaler quelques erreurs grossières et
sans portée, telles que A+A en Viennoise14.
On rencontre le chrismon accosté de a a> sur l'un
des côtésdu titulus trilingue juif de Tortose 15; dans une
inscription d'Aquilée où les symboles juits se rencontrent
avec les symboles chrétiens16; enfin sur un anneau
d'ivoire trouvé à Arles, datant du IVe siècle et portant en
outre le mot gnostique ABPACAZ, ce qui peut s'expli-
quer assez facilement, Mithra (Abraxas) étant regardé
dans plusieurs groupes gnostiques comme type du Christ,
créateur et conservateur de l'univers 17. La lettre S que
l'on rencontre plusieurs fois composée avec le chrismon
et a H se rapporte au monogramme 18. Deux inscrip-
tions de l'hypogée de Poitiers portent les mentions sui-
vantes >9 : l)jj-h3 Alpha et 00 + initium et finis, qui
-E-
est la iormule de l'Apocalypse; 2)
A Ico
ALFA ET
1 E. Le Blant, Inscriptions chrétiennes de la Gaule, n. 49, 356.
Cf. Corp. irtscr. lat., t. vin, n. 864t. — 2 A Hanschir Makter, en
Byzacène; Io. Schmj,dt, dans l'Ephemeris epigraphica, in-8°,
Romae, 1892. t. vu, n. 70; Le Blant^ Journal des savants, 1828,
et Corp. inscr. lat., t. vm, n. 9716. — 3E. Hiibner, Inscriptiones
Hispanix ehristianx, in-4°, Berolini, 1871, n. 91, 119, 151,
197. — * De Rossi, Inscr. christ, urb. Rom., t. 1, n. 213; E. Le
Blant, Inscr. chrét., n. 337 a, 565. — 5 Macarius, Hugioglypta,
sive picturx et sculpturx sacrse antiquiores, prxsertim qux
Bomx reperiuntur, edidit R. Garrucci, in-8°, Lutetiaî Parisio-
rum, 1856, p. 168, note. — BE. Hùbner, Inscr. Brit. christ.,
n. 189, 194, manque dans 202 et 205. — 7 De Rossi, Inscr.
christ, urb. Rom., n. 473. — *Torremuza, loc. cit., p. xvm, 8,
45; De Rossi, loc. cit., n. 546. Peut-être cependant, qu'à Catane,
n'est-ce qu'un sigma lunaire Ç, servant d'S au chrismon. Voy.
Bull, di archeologia crist., 1870. pi. ni, n. 1 ; G. Kaibel. Inscrip-
tiones grxcx Sicilix, et Italix additis grxcis Gallix, Hispa-
nix, Britanniœ, Germanix inscr iptionibus, in-fol., Berofini,
1S90, n. 524, 546. — » E. Hiibner, Inscr. Hisp. christ., n. 106;
E. Le Blant, Nouveau recueil des inscriptions chrétiennes an-
térieures au vm' siècle, n. 294. — '"Corp. inscr. grxc, n. 8853.
Cf. E. Renan, Mission de Phénicie, et inversement Le Bas et
Waddington, Voyage archéol. en Grèce et en Asie Mineure;
Inscript., t. III. n. 2160. — " E. Le Blant. Inscriptions chrétiennes
de la Gaule, n. 356: à Ravenne on trouve le chrismon
entre M-M. Voy. Corp. inscr. lat., t. xi, n. 332. — ,2 Corp.inscr.
lat., t. v, n. 1663. — « Corp. inscr. lat., t. v, n. 3100; Bull,
di archeologia crist., 1873, pi. vm, n. 1, 2. — ,4E. Le Blant,
Inscriptions chrétiennes de la Gaule, n. 467, et Études sur les
sarcophages chrétiens de la ville d'Arles, p. 23. Voy. aussi Ma-
L'état de dispersion des inscriptions grecques et la
négligence avec laquelle la publication en a été trop
souvent faite, ne permet pas le travail de classement
auquel se prêtent les inscriptions latines.
En l'absence de monuments datés, on ne saurait ré-
soudre définitivement le problème de la date de l'appa-
rition des lettres A et CO. Menken 20 et Ramirez 21 d'une
part défendent la postériorité de la sigle à l'hérésie d'Arius.
Allegranza 22 est d'une opinion contraire, que le P. Gar-
rucci 23 renforce de deux textes importants et dont il est
difficile de contester les caractères antéconstantiniens.
1) A | 00
Q.PETICIVS HABENTIVS
Q.PETICIVS NAVICIVS PATER
DEP- III ID -SEP
2) Ai» CS Jl/00
VALERIA RODE
VALERIAE RODE
NI- MATRI. CAR
BEN
MERENTI FC.
I
Plusieurs poètes ont fait rentrer a et w dans leurs
compositions. Nous les citons afin de ne rien omettre
de ce qui peut renseigner les archéologues24.
Sur la forme Ci. — En Italie, à Verceil, on trouve
cette forme sur une inscription de l'année 471 portant
le chrismon accosté de a a> 2S, sur une autre inscription,
à San-Pietro di Acqui Biorci, de l'an 488, en Gaule, sur
une brique découverte à Nantes portant le chrismon
accosté 26 et sur une monnaie de Dagobert Ier (G25-638)
portant la croix accostée de Q, A 21.
///. composition. — L'emploi de différents motifs or-
nementaux avec a w donne lieu, dans chaque pays, à
des séries, dont les résultats ne paraissent plus pouvoir
être sérieusement modifiés.
On se demande s'il faut introduire dans cette série deux
compositions ainsi libellées 1) : Ji>)^§3;2) /^rç . 1
sir- >Xê3;2)/^.L;
mière décore la panse d'un vase gravé sur une épitaphe
de Lyon, de l'année 510 28, la seconde, que M. Le Blant lit
j-nj , provient d'une épitaphe grecque de Trêves 29. On
peut compter parmi les monuments épigraphiques les
trois tables de bronze du Touron (Seconde Aquitaine 30).
Chacune d'elles porte en tête, gravé au pointillé, le chris-
machi, Origines et antiquitates christianx, éd. Matranga,
in-4% Romœ, 1844, t. ni, pi. 1, n. 1. — 's E. Renan et E. Le
Blant, Inscription trilingue de Tortose, dans la Revue archéo-
logique, nouv. sér., 1860, p. 345 sq. — ,6 Corp. inscr. lat.,
t. v, n. 1645. — " C. W. King's, Antiq. gems., in-8°, London,
p. 358. — ,8E. Hiibner, Inscr. Hisp. christ., n. 151 ; E. Le Blant,
Inscriptions chrétiennes de la Gaule, n. 92-96, pi. Lxvn; Torre-
muza, loc. cit., p. 257, n. 8. — ,9E. Le Blant, Nouveau recueil
des inscriptions chrétiennes de la Gaule, 1892, n. 248, 249. —
*° Menken, Opusc, t. 1, Diatriba de monogrammate Christi,
c. H, n. 2. — «' Ramirez, Notx in Chron. Liutprandi, p. 362. Cf.
P. L., t. cxxxvi, col. 1040. — 22 Allegranza, Spiegazione e rifles-
sioni sopra alcuni sacri monumenti antichi di Mitano, in-4',
Milano, 1757, p. 18. 77. — 23 Garrucci, Storia dell'arte cristiana,
t. 1, p. 169. — 2* Ant. basil. Vincent. Med., p. 24; Sedulius, m,
285 sq., P. L., t. xix, col. 664; S. Paulin, P. L., t. LXI, col. 673.
— *« Gazzera, Délie iscrizioni cristiane antiche del Piemonte
discorso, in-4°, Torino, 1849, p. 86. — 2fl De Caumont, Bulletin
monumental, in-8\ Paris et Caen, 1867, p. 310. — 27 Garrucci, Sto-
ria dell'arte cristiana, t. I, p. 567. Cf Clermont-Ganneau, Un
chapitre de l'histoire de l'ABC. Origine des caractères complé-
mentaires de l'alphabet grec r*X>KQ, dans les Mélanges Graux,
in-8% Paris, 1884, p. 415-440; Haussoullier, Note sur la forma-
tion des caractères complémentaires de l'alphabet grec d'après
un mémoire de M. Clermont-Ganneau, dans la Revue archéo-
logique, Paris, 1884, IIP série, t. H, p. 286 sq. — 28E. Le Blant, In-
script, chrét. de la Gaule, n. 61. — 29 Ibid., n. 267. Pour les
adaptations simplement capricieuses, voy. de Rossi, Bullett. di
arch. crist-, 1880, pi. iv, 4 et p. 75. — 30E. Le Blant, Nouveau
recueil des inscriptions chrétiennes de la Gaule, n. 286. 287, 288.
A Q
s
mon accosté des lettres AOO. Ces plaques appartiennent
au ive siècle; elles sont, en Gaule, des premières, avec
l'inscription de Sion ' (Première Germanie), où figu-
rent les lettres symboliques.
' E. Le Blant, Inscriptions chrétiennes de la Gaule, n. 369.
L'importance des symboles pour la détermination de
l'origine et de l'âge des inscriptions engage à dresser ici
le catalogue de chaque série de compositions par pays.
Il ne peut rentrer dans les limites de ce travail de faire
plus, c'est-à-dire d'entreprendre la critique de chaque
inscription non datée.
SYMBOLES
A 00.
A + Où.
A + O.
Tfra . .
A |(J . .
A I CJ
A )f G3.
INSCRIPTIONS DATEES
AFRIQUE '
Ann. 405 K
£5/526.
384.
419.
258-304.
588, 622,
Ann. 504
566, 584,
649.
578, 627.
VIe s.
466, 520, 530, 544, 562,
567, 662.
510, 517, 578, 586, 632.
[388?]
482, 500?, 521, 525.
544, 562, 666.
545.
VIe-VIIe s.
6 'il.
Ann. 504
an, IVe s., Ve s.
Î93.
454 ou 540.
Ann. 364.
375.
ROME"
377, 383, 393, 472.
340, 355, 360, 362, 365, 366.
367*, 370 2, 371, 372, 375.
377. 379*, 380 2. 3332, 384,
389, 397, 398, 402, 4C8.
409.
377.
{71.
384, 385.
370.
130, 508.
431.
145.
■ A. Wilmanns, dans le Corp. inscr. lat., t. vin. — ' E. Ilùtmer, Inscr. Hispan. christ. — ' E. Le Blant, Inscriptions chré-
tiennes de lu Gaule. Cf. Itev. archâol., 1S76, p. 111. — "De Rossi, Inscr. christ, urb. Rome, I. 1, et Bull, ili urch. crist..
186R. p. 13, 1800, p. 18. — 'Cf., C. Jullian, Inscriptions romaines de Bordeaux, t. Il, n. 852 sq. ; Blavignac, Histoire de
Varchitectwc sacrée dans les anciens crèches de Genece. Lausanne et Sion, in-8% Lausanne, lS.">;i, atlas, pi. 1. n. :i.
Le chiffre en coefficient marque le nombre de tituli de la même date portant le symbole.
A Q
10
SYMBOLES
A 00.
A + CO
rf
A+GÛ
A^OO
A L)
rasa
'AI
aX Rn
INSCRIPTIONS NON DATEES
AFRIQUE
Corp. iriser, lat., t .vin.
n. 8638, 8639, 8649, 9716.
n. 56, 674, 1767, 2009.
. 453,
1 105,
4799,
10516
10713
t. VII,
1167.]
. 749,
2189,
8709,
9715,
10933
t. vu,
456, 670, 672, 839,
2017, 4671, 4762,
5669, 9590, 9591,
10540-10548,10665,
[Epltem. epigr.,
n. 551, 591, 1041,
1156, 1246, 1247,
2272, 5176, 8427,
8730, 8757, 9714,
9717, 10686, 10688,
add. [Eplt. epigr.,
n. 70, 488.]
n. 453, 455, 456, 458, 839,
1247, 4671, 4762, 4799,
5669, 9590, 9591, 10516,
[Epheni. epigr., t. vu,
n. 591, 1167.]
n. 5176.
n. 603,671, 705, 2009.
n.670, 672,1105, 10665,107 13.
n. 749, 2189, 8427, 8709.
8730, 8757, 9714, 9717.
10686, 10688. 10933.
n. 674.
n. 1767.
n. 2017.
n. 2272.
n. 4473.
n. 8641.
n. 9716.
ESPAGNE
Hûbner, Inscr. Hisp.
n. 92, 95, 154
n. 21, 73, 74, 86, 91, 119.
n. 2, 3, 9, 14, 22, 28, 33,
44, 45, 66, 67, 68, 87,
98, 99, 125, 186.
n. 18, 23, 60, 61, 71, 72,
75, 78, 84, 127, 151, 164,
180, 193, 197, 198, 203,
203 b, [Ephem. epigr.,
t. vin, n. 259.]
GAULES
Le Blant, Inscr. chr.
n. 266, 283, 351.
n. 551 a.
n. 15, 46, 55, 92, 239,
244, 250, 270, 273, 295,
346, 355. [Kraus, n. 52,
59, 100, 101, 103, 117",
142, 151, 156, 176, 207,
230 ,232, 267.]
n. 49, 86, 202, 230a, 236,
246, 255, 275, 281, 291,
300, 306, 323, 336 c, 366,
369, 370, 509, 572, 575,
583 a [Kraus : n. 15, 24,
47, 48, 50, 51, 53, 91,
117 41,123, 133,144, 147.
148, 155, 160, 171, 173,
190, 20812.21.62].
n. 15, 46, 239, 244, 249,
250. 270, 273, 275, 340,
439.
n. 264.
[Kraus, n. 178.]
n. 583a.
n. 551 a.
n. 92-96.
n. 365.
[Kraus, n. 284.]
n. 50, 73, 77, 326, 328.
329, 331, 336 a, 337 a, 338
356, 399, 423, 460 6, 491,
498, 501.
Monum. Éccl.
liturg., t. i.
n. 3109, 3122.
n. 3M6, 3046,
3097. 3144,
3161, 3242,
3279 (?).
• On s'est restreint, pour Rome, à la période préconstantinienne.
Les coefficien'.s reproduisent le classement adopté par F. X. Kraus.
11
A Q
12
SYMBOLES
AXXL
INSCRIPTIONS NON DATEES
AFRIQUE
Corp. inscr. lut., t. vin.
[Ephem. epigr., t. vil, n. 70.
[Ephem. epigr., t. vu, n,
551.1
ESPAGNE
Hubner. Inscr. Hisp.
n. 151. [Eph. epigr., t. vm,
n. 259.]
n. 23.
n. 106.
GAUI.ES
Le Blant, Inscr. chr.
[Nouveau recueil, n. 294.]
n. 363.
n. 331.
n. 202, 246, 575.
Monum. Eccl.
liturg. t. i.
[De Rossi.
Bull., 1879.
pi. VI.]
Perret, Catac.
t. vi. p. 12.
1 On s'est restreint, pour Rome, à la période préemstantinienne.
Il faut signaler encore une classe de compositions,
celle des figures triangulaires que l'on trouve en Afri-
que
à Rome2
, en Gaule s/^)^^.
(Curube) (Rome) (Lyon)
On peut interpréter cette figure soit d'après sa valeur
géométrique; elle signifierait alors le mystère de l'éga-
lité des personnes divines; soit d'après sa valeur paléo-
graphique. En ce cas, elle représenterait, dans le monu-
ment le plus caractéristique de la série, la lettre latine
(A) D et ferait fonction du mot Dieu, D[ews]. Cette der-
nière interprétation, qui appartient au P. Lupi, est fon-
dée sur la paléographie de l'inscription composée en
langue latine avec des caractères grecs.
Roldetti 4, dont il faut toujours se défier un peu, à
cause de sa négligence 5, a publié une épitaplie romaine
T
de l'année 370 portant ce symbole : A JL CJ, dont on
1 De Rossi, De titulis christianis carlhaginiensibns, $ I,
dans Pilra. Spicilegiurn solesmense, in-4". Parisiis, 1858, t. iv,
p. 514, et la figure v de la page 499. Cf. Revue archéologique,
Paris, 1878, nouv. série, t. xxxvi, p. 37. — * Aringhi, Homa sub-
terranea, in-fol., Lutetiae Parisiorum, 1659, p. 605; Boldetti,
Osservazioni sopra i cimiteri, p. 402; Lupi, S. J., Dissei-tatio
et animadversationes ad vuper inventum Severse marturis
epitaphium, in-fol., Panormi, 1734, p. 64. 102; R. Garrucci, Sto.
ria deli'arte cristiana, in-fol., Prato, Î872, i. 1, p. 168. — ' Le
blant, Inscriptions chrétiennes de la Gaule, t. 1, p. 107, n. 49.
— * Osservazioni sopra i cimiteri, p. 80, 353; De Rossi,
Inscr. christ, urb. Boni., t. 1, n. 218. — s De Rossi, loc. cit.,
peut rapprocher un titulus très antique d'un cimetière
de Rome 6.
Cette dernière pierre nous amène à étudier les ori-
gines du symbole : AC0. Si l'on réunit les moninm ats
les plus anciens, antérieurs à la paix de l'Église, on ob-
tient l'ensemble suivant : 00 ETA" — CûA» — 00)|(A9
— )((A 10. Cette interversion de lettres en <■> a ne laisse
pas d'être balancée par des exemples du contraire plus
nombreux", mais d'une paléographie moins ancienne
pour la plupart. J.-B. Rossignol en a donné une expli-
cation fort recherchée et qui nous parait peu fondée l2.
Nous croyons que le symbole n'a commencé à se fixer.
p. 2'i, 54. — • De Rossi, De titul. christ. Carth.. dans Pitra.
loc. cit.. t. iv, p. 527, note 4; n museo epigrafico cristiana
Pio-Lateranense, in-fol. Roma, pi. xiv, n. 32. — ''De B
Inscr. christ, urb. Rom., t. I, p. 20. — " Boldetti, Osservaziont
sopra i cimiteri, 1. IL c. m, p. 353. — °De Rossi, De titul.
christ. Carth.. p. .V27. note \: Roma s, <t .. t. in, pi. xxx, n. 35.
— '" De Rossi, liull. di arch. crist., 1874, p. 109 et pi. vi ;
1878, pi. x, n. 1". Cf. Me Vogué, Syrie centrale, pi. 42,
43. — "Voy. Monum. Eccl. liturg., t.' 1. n. 3016,
3144, 3161, 3242 <:tJ70 ?). — «J.-B. Rossignol, Des services que
peut rendre l'archéologie aux études classiques, in-8', Paris,
1878, p. 421 sq.
13
a a
u
tel que nous l'employons encore, que vers le temps où il
lit son apparition sur les monnaies impériales, c'est-à-
dire après la paix de l'Eglise.
On ne peut songer à épuiser ici la longue série des
variations d'un type avant l'époque où il commença à se
fixer, bornons-nous à signaler les variantes notables,
sans nous occuper de leur signilication possible '. Une
inscription du cimetière de Cyriaque donne la variante
qui suit
. Un cartouche retiré du cimetière de
UJ
Callixte représente un olivier accosté des lettres A ûO 3.
Deux marbres du cimetière de Sainte-Agnès représentent
des on.nt.'s, l'un d'eux donne le chrisme au-dessus de la
tète, et A 00 à hauteur des yeux; l'autre ne conserve
que Où, la partie droite, manquante, devait offrir l'A*.
A Modène et en Espagne on trouve cette forme
: ~lSy£
A Carthagène, on a estampé le symbole suivant :
dans lequel A et R n'ont pas besoin d'être expliqués ici ;
quant à la lettre Q elle pourrait bien être un simple
oméga. On trouve le cas d'une médaille sur laquelle
cette erreur de lecture fut faite. Dans Supplemenhtm
Inscript. HifpanisB christ., Hùbner lit : ora.
Les inscriptions du Rheinland offrent quelques types
notables :
■4-^®- À
p u p i2 p
V
v
CJ V
13
I
vio
v ;
v
En tête, de chacun des livres du sacrarnentaire dit
gélasien on trouve A+CO u.
Voici quelques types, sur lesquels on pourra recourir
aux explications de M. De Rossi :
~PtJ ;A^
^J
; A
ÛJ[
En Espagne on ne relève pas de nouveaux types dans
le Supplementum inscript. Hispaniee christ, publié
par Hùbner en 1900, sauf sur une tuile où Yalpha parait
transformé en lambda /
\%
t,,19, semble-t-il. A Rome.
on a trouvé un type qui ne parait nulle part ailleurs, à
P20
notre connaissance,
OU
et le suivant dans lequel le
' V. Davin, Les antiquités chrétiennes rapportées à ta Cap-
pella greca du cimetière apostolique de Priscille, in-8°, Paris,
1892, p. 319. — * J. Allegranza, De monogrammate D. N. Jesu
Christi, in-4°, Mediolani, 1773, p. 50. — 3 R. Fabretti, Inscriptio-
num antiquarum, qux in sedibus paternis asservantur, ex-
plicatio, in-fol., Romae, 1702, p. 580, n. i.xxx, et De Rossi, Ro-
ma sotterr., t. n, p. 323. — * M. Armellini, /( cimitero di
S. Agnese, in-8% Roma, 1880, pi. xiv, n. 5, 7. — 5 Corp.
inscr. lat., t. xu, n. 941 ; E. Hùbner, Inscr. Hisp. christ.,
n. 2, 99. — 6F. X. Kraus, Die christlichen Inschriften der
Rheinlande, in-4°, Freiburg im Breisgau, 1890, n. 41. — 7 Ibid.,
n. 82. — *Ibid., n. 117 a'. — » lbid., n. 143. — "> tjbid., n. 177,
deux fois. — " Ibid., n. 289. — '- Ibid., n. 290. — «» Ibid., n. 152.
— u Muratori, Liturgia romana vêtus, in-fol.. Venetiis,
1748, t. i, p. 493, 635, 687; cf. édit. C. L. Feltoe : Sacramen-
tarium Leonianum, edited tOith introduction, notes, ami three
photograplis, in-8% Cambridge, 1896. — ,5De Rossi, Roma sot-
P. Garruccivoit le symbolisme du serpent d'airain réa-
lisé dans la croix qui forme ici un T 21 :
[T
X-
SALVS
III. Objets mobiliehs. — Dans le nombre assez consi-
dérable d'objets compris sous cette catégorie, que les
épigraphistes désignent sous le nom de inslrumentum
domeslicum, quelques spécimens remarquables sont
fournis par chaque classe.
/. tuiles El- BMQUES. — En Espagne, une ou plusieurs
officines doliaires avaient adopté le symbole a to. Plu-
sieurs des tuiles semblent dater de la fin du iv« siècle. Le
type suivant a été retrouvé à Arunda, à Uipa, à Séville, à
Ecija et plusieurs exemplaires enfin dans la Bétique 22.
#
A Cordoue, une série de tuiles munies de petites anses
(aldabones) aux quatre angles23.
w
VAG
v»
^
G L
«1
A Bujalance -i :
marciane
a£w
VIVAS >N
à Ecija23.
En Italie, on a trouvé des tuiles ou des briques à
Plaisance26, à Syracuse 21. Dans la tuile de Plaisancï
l'ù) est réduit au sigma lunaire ^ dans la cavité duquel
on a tracé un bâtonnet W . En outre la lettre A entre
en composition du mot NIKA dont les lettres achèvent
d'envelopper le monogramme.
//. amphores. — Une amphore trouvée dans le cellier
de la maison des saints Jean et Paul, au Célius, porte,
au-dessus de l'indication de la contenance du vase en
lettres grecques numérales, le chrismon accosté de a w 2S.
C'est le troisième exemplaire du monogramme accosté
que l'on trouve dans cette maison du IVe siècle. Outre le
plat et les deux amphores qu'elle a fournis, on a trouvé
terr., t. il, pi. xlix-l, n. 29. — ,6De Rossi, Ruti. di arch.
crist., 1872, p. 83. - "Ibid., 1877, p. 151 et pi. x. — ls Ibid.,
1877, p. 134. — i9E. Hùbner, Inscr. Hisp. christ., Supplemen-
tum, grand in-4% Berolini, 1900, n. 431; cf. n. 325, 326, 330,
432 tuile, 437, 453 lampe. Un sarcophage du IV siècle dans K. Joa-
chim Botet y Siso, Noticia historica y arqueologica de Empo-
rion, Madrid, 1879, p. 122, et J. Ficker, Mittheilungeii des kaiser-
lich deutschen arcliœologischen Instituts. Roinische Abthei-
lung, in-8°, Rom., t. iv, p. 77; cf. E. Hùbner, loc. cit. — -° R.
Garrucci, Storia dell'arte cristiana, 1. 1, p. 169-173. — -l R. Garnie-
ci, Storia dell'arte cristiana, t. i, p. 173. — "E. Hùbner, Inscr.
Hisp. christ., n. 193. — 23 Ibid., n. 198. — " Hùbner, n. 203.
— -'Ibid., n. 203b. — '-•■ De Rossi, Bull, di arch. crist.. (870,
p. 15 sq., pi. n, n. 2; p. 32. — -7 C. Cavedoni, Annotazioni al
fascicolo del Corpus inscriptionum grmearum continente le
iscrizioni cristiane, in-8", Modena, 1860, p. 18. — *8 De Russi,
Bull, di arch. crist., 1890, p. 39 et t.. m, pi. n.
15
A G
une autre amphore, à Rome, portant A;fcGO au-dessus
des lettres marquant la capacité du vase '.
m. ANNEAUX. —Nous retrouvons les principales compo-
sitions de l'épigraphie dans la gravure du cliaton de plu-
sieurs anneaux
ACO 2 _ a\J/£>3 _ ^qn t Qn a
tionné déjà un anneau d'ivoire trouvé à Arles 5. Voir
col. 6.
iv. vases ET divers AUTRES. — Un petit vase de bronze
de forme cylindrique (fig. 1), trouvé dans le lit du Rhin,
prés de Benfeld 6 (hauteur 0,38), et que la paléographie
de l'inscription permet de faire remonter au i\" ou Ve siè-
cle, était une mesure légale, probablement un de ces éta-
lons dont la garde passa des temples aux églises lors de
l'avènement des empereurs chrétiens 7 ; la présence du
monogramme fut la seule raison qui fit considérerquelque
temps ce vase comme ayant servi à administrer le bap-
tême. Citons encore : une coupe provenant de la cata-
combe de Callixte8; un fond de coupe de verre où. et
guise de nimbe, saint Laurent porte le monogramme;
un peu plus bas, à hauteur des épaules on trouve dans
16
Nazaire, eu 1S'i5 20, on voit un monogramme qui est
accosté de l'A 00 et de sept étoiles. Ce dernier symbole
est une application aux bienheureux de l'idée d'éternité
que les lettres a ui appliquent pour leur, part au Christ.
En effet, dans la symbolique des premiers chrétiens,
à laquelle on peut rapporter ce monument, la constel-
lation des sept étoiles de la Grande-Ourse ne disparais-
sant jamais de l'horizon 21 représentait la gloire indéfec-
tible du ciel22. Ce n'était que l'adaptation d'une pensée
païenne analogue 23. En Syrie, on signale la présence du
chrismon sur la plupart des portes des habitations rui-
nées depuis l'invasion musulmane 2* ; à Serdjilla on relève
la combinaison :
Le Liber revelaûonum de
sainte Elisabeth de Schbnau 2e mentionne des épitaphes
découvertes à Cologne en 1151 27. Dans l'une d'elles, et
d'après la description par Egbert du monogramme indi-
qué au bas de la première épitaphe, Brovver a pensé
reconnaître le chrismon accosté de l'A et de l'CO et
Masenius 2S a restitué, d'après un manuscrit du Liber
reveLationum la figure Deu certaine du monogramme
^fPTlPlIV5THEODOLYJCORP£CroRVEN£T]AEETISTRfAEEXAG
1. -- Mesure légale. D'après Le Blant, nscrïp. c'ir''\ de la Gaule, t. i, pi. 41.
le fragment subsistant l'CO 9; une cuiller niellée du
musée Campana porte A-(-CO 10; un collier d'esclave
ft^Q. X." : unetransenna de marbre A LU 12;des plaques
de métal dont la destination n'apparaît pas clairement
Aîtc"13; (vfcW; (m^):5; un poids
ixgyc \±y ^y
lampe n.
IV. Particularités. — A GO entrent fréquemment dans
des combinaisons assez curieuses pour être signalées.
A Plaisance, on lit sur une tuile NIKACO18; à Rome;
dans une area à ciel ouvert: 6 JU 19. Sur l'une des parois
d'une crypte découverte à Milan, près de l'église Saint-
• Ballet, di arch. crist., 1890, p. 41 sq. — 'Boldetti, Osser-
vazioni supra i cimiteri, p. 502, n. 32. — 3 Vettori, Nutn-
rnus sereus veterum Christianorum explicatus, in-4\ Romae,
1737, p. 52. — * Collection Fortnum, n. 30. Cf. Fortnura (G.
Drury. E.), On finger rings of the early Christian period,
in-8\ London, 1869, et du même auteur : On some antique gold
finger rings found at Palestrina in Italy, in-4*, London, 1876.
— BC.W. King's. Antiq. gems, in-8*, London, 1860, p. 358. —
"Bulletin des comités historiques, t. iv, p. 37-38; E. Le
Blant, Inscriptions chrétiennes de la Gaule, t. I, n. 351 et
pi. 244; De Rossi, Bull, di arch. crist., 1864, p. 58. — ' E. Le
Blant, loc. cit., p. 466, notes 2, 3. — 8 Boldetti, Osservazioni
sopra i cimiteri cristiani, pi. ni, n. 4, p. 194. — • Grimouard
de Saint-Laurent, Guide de l'art chrétien, in-8', Paris, 1872-1875,
t. v. p. 27, 255. — ,0De Rossi, Bull, di archeologia crist., 1868,
p. 81. — " Ibid., 1874, p. 44, 63. — "Ibid., 1881. pi. x. — ,3F. X.
Kraus, Die christlichen Inschriftcn der Rheinlande, n. 190'.
— '* Ibid., n. 19C. — «» Ibid., n. 190». — IB G. Kaibel, Inscr.grxc.
Sicil., n. 25793. — "Mélanges de l'École française de Borne,
in-8% Rome, 1886. — "Voyez col. 14. — '"De Rossi, Borna sot-
terr., t. ni, pi. l, n. 19. — "Biraghi, Sopra alcuni sepolcri
ci-contre. Signalons un seul détail dans ce
' monogramme très suspect, ce sont les lettres
"^ A X accostant la traverse de la haste P. On re-
^* trouve en effet ce rapprochement de lettres
M dans des inscriptions de Pompei et d'Hercula-
num 29, dans une série de monnaies de l'époque
y républicaine 30. Cette combinaison est née de
l'usage qu'avaient les pédagogues de faire répéter
par les enfants les lettres de l'alphabet deux par deus en
les accouplant par ordre d'éloigneinent, par exemple : AX,
BV, CT, DS. ER, FQ, GP, HO, IN, KM »«. On procédait
de même pour l'enseignement des lettres latines el des
lettres grecques32. « C'est l'usage parmi nous, raconte
saint Jérôme, de faire réciter l'alphabet grec, par ordre,
jusqu'à la dernière lettre, c'est-à-dire, alpha, béta et le
reste jusque oméga, et ensuite, comme exercice de mé-
antichi cristiani scoperli presso la basilica degli apostoli e di
San Nazaro in Milano, dtssertazioni, Milano, 1845. — " Virgile,
Georg., 1. I, 246; Ovide, Mélamorph., xm, 295. — "L. Polii
Sepolcri Nazariani, p. 51. — " Passeri, De gemmis astriferis
veterum christianorum, dans le Thésaurus gemmarum astri-
ferarum, in-fol., Florentia-, 1750, t. n, p. 36. — s* M. de Vogué,
Syrie centrale. Architecture cirile et religieuse, grand in-4*,
Paris, pl.31. — "E. Le Blant, Inscriptions chrétiennes de la
Gaule, t. i, n. 356, pi. 41, fig. 245. — "Egbertus, Liber révéla-
tionum Elisabeth de sacro exercitu virginum Colonensium,
c. xi ; Acta SS., jun. t. m, p. 604-606 ; Crombach, S. Ursula vindi-
cata, in-fol.. Colon. Agripp., 1647, t. n, p. 733 sq. — «Browar,
Antiquitatum et annalium trevirensium lib. XX. 2 in-fol.,
Coloniae, 1628; t. i, p. 288 b. — *• Antiquit t. 1,
p. 593 sq. — S9 Corp. inscr. lat., t. IV, n. 2542-48. — " J.
Eckhel, Doctrina nttmmorum veterum, in-4', Yindobome, 1792-
1798, t. v, p. 76. — 31 J. Eckhel, loc. cit.; C. Cavedoni, Ripostigk
antichi, p. 172; Mommsen, Geschichte des r&n. Ifumwesena,
p. 561; cf. De Rossi, Bull, di arch. crist., 1881, p. 133. — " C. Cave-
doni, dans le Bullettino dell'lstituto di correspondenza archeo-
logica,\n-S', Roma, 1853, p. 175.
17
A Q
18
moire, on change l'ordre, mêlant les premières lettres
avec les dernières, en sorte qu'on épelle alpha, oméga;
béta. psi '. » Cet usage aura pu suggérer le rapproche-
ment avec les textes de l'Apocalypse et devenir l'origine
historique du symbole. Quoi qu'il en soit la parité de
situation entre A et a, X et io put entraîner parité d'at-
tribution d'autant plus facilement que les méthodes
pédagogiques se conservèrent presque sans aucun chan-
gement depuis le premier siècle jusque vers le sixième.
Dans l'opuscule étrange de Rhaban Maur : De laudi-
bus sanclse Crucis, le nimbe crucifère de Jésus porte
ia combinaison A M Q dont l'auteur donne cette expli-
cation : In cruce namque quse iuocla caput posita est
sunt 1res lilterse, hoc est : A, M et Q, quod signi/ical
initium et médium et finem2.
Une inscription préconstantinienne du cimetière de
Thrason 3 est ainsi conçue .
MERCVRIANE
QVAE VIXITANNIS
XXXI
m *- ta
« Mercuriana, qui a vécu trente et un ans. Le Christ,
l'alpha et l'oméga, est la vie. »
A Pologne, on trouve B aJ?00 M *. Enfin une in-
scription relatant un baptême in extremis :
PVER NATVS A 00
DIVO IOVIANO AVG-ET
VARRONIANO COSS
ORA NOCTIS-IIII
IN VXIT Vill-IDVS MADIAS
DIE SATVRNIS LVNA VIGESIMA
SIGNO-APIORNO NOM-INE SIMPL-CIVS s.
La sigle A 00 a eu à suhir tant de caprices, que dans
plusieurs cas on n'entrevoit pas les raisons qui ont pu
les inspirer. Chez les gnostiques, dans la Pistis-Sophia
le nom de l'Immortel est AAA GO0O0O 6. Un sarcophage
découvert à Paris sur l'emplacement du cloître Saint-
2. — Monogramme accosté d'une étoile et d'A et Q.
D'après la Revue archéologique, 1873, p. 191.
Marcel (2 septembre 1871) présentait une combinaison
nouvelle de la sigle avec un chrismon astrifère (fig.2).
Cette forme de monogramme, qui se trouve comme type
' S. Jérôme, In Jerem., xxv, 26. P. L., t. xxiv, col. 838. —
Rhaban, Opéra, Col. Agrip., 1617, t. I, p. 282, P.L., t. cvn, col.
'IIâ. — 3Marangoni, Acta S. Victorini, in-4% Roma, 1740, appen-
dix, p. 98; V. Davin, Les antiquités chrétiennes rapportées à la
Cappella greca du cimetière apostolique de Priscille, p. 273 et
pi. XI, ri. 8; Monumenta Eccl. lit., t. i, n. 3097. — * Corp. inscr.
lat., t. xi, n. 802. — 5Guasco, Musset capitolini antiquse inscrip-
tiunes, in-fol., Romae, 1775, t. m, p. 141 et de Rossi, Inscr. christ.
urb. Rom., t. i, n. 172, p. °f>.. — 6C.-W. King's, Antiq. gems,
in-8% London, 2' édit., p. 199. — T A. de Longpérier dans la Revue
archéol., 1873, p. 191. — » Sathas, dans la Rev. archéol., 1877,
accessoire sur les monnaies d'Arcadius (395-408), constitue-
le type principal de plusieurs petites monnaies d'argent
frappées au nom de Justin Ier (518-527). Sur ces der-
nières le monogramme (dont la croix est pattée) se voit
accosté de Valpha et de l'oméga ou de deux astres7.
C'est plus tard que la sigle disparut des monnaies de Con-
stantinople 8. Un type est resté inexpliqué, malgré les
ingénieuses suggestions de J.-B. De Rossi, c'est le sui-
vant 9
M
Un collier d'esclave fugitif, publié par Giorgi 10, porte
la légende :
TENE ME QVIA FVGI ET REVO
CA ME DOMINO MEO BONIFATIO
LINARIO
A|QX'
Les inscriptions de Syrie présentent quelques variétés
notables :
?
VÏ?
LU
CJ
Enfin, sur une maison construite en l'année 420 à
Deïr-Sanbil,se lit cette inscription triomphale lfj (fig. 3) :
TOYTOhKÀ
R -#
A
lu
3. — Inscription triomphale.
D'après de Vogué, Syrie centrale, pi. 151.
et sur l'église d'Ezra, en l'année 510 n : A IN; enfin
sur une inscription de Palmyre dont l'explication parait
digne d'être tentée18 • T (inscription) T
A | I m
V. Numismatique. — /. médailles. — Une médaille
publiée plusieurs fois, représentant le supplice de saint
Laurent, porte les lettres 00 A, d'autres fournissent les
compositions suivantes : A)]<00, A+00, A+00 19. Une
plaque d'identité à l'usage d'un esclave porte à la partie
inférieure A 00 de chaque côté d'une couronne 20.
En l'état où se trouvent nos monuments, il ne faut pas
songer à réduire en doctrine ce que nous pouvons con-
clure de quelques faits. La matière subjective et la destina-
tion des médailles de dévotion rendent impossibles, dans
presque tous les cas, les déterminations fondamentales
du temps et du lieu de fabrication ; à défaut de celles-ci,
on ne peut, sous peine de discréditer immédiatement
les recherches, se contenter de présomptions vagues.
p. 97. — "L. Lefort, Revue archéol., 1878, p. 81. — "> De mono-
grammate Clo'isti Domtni dissertatio, in-4°, Romae, 1737,
p. 40. — " M. de Vogué, Syrie centrale, Ai hitecture civile et
religieuse, in-fol., Paris, pi. 31. — 13 Ibid., pi. 33. Voyez aussi la
pi. 42. — *3Ibid., pi. 45. — <*Ibid., pi. 46. — "-Ibid., pi. 99. Ci.
Le Blant, hiscri/dions chrétiennes de la Gaule, n. 319, fig. 209
et n. 466, 616. — "> M. de Vogué, Syrie centrale, pi. 151. — "Ibid.,
pi. 21. — ltCorp. inscr. lat., t. m, suppl.,n. 0000. — ,9De Rossi,
Bull, di arch. crist., 1869, pi. m, et p. 4'i. Cf. Lupi, Dissertazioni,
lettere ed altre opérette, in-4°, Faenza, 1785, t. I, p. 197. —
!° Ibid., 1879, pi. xi, n. 1.
19
A Q
20
11 ne reste des lors qu'à considérer chaque monument
isolement, ou bien dans ses rapports avec quelques
autres types; pour1 des ('tuiles de cette nature, rien ne
supplée a l'observation directe du document. Il y a lieu
d'en signaler quelques-uns des plus dignes d'attention :
1° l'n médaillon de bronze (iig.4), travaillé à jours,
portant le monogramme accosté de a <o dans une bor-
dure circulaire de feuilles de viçne courantes. La haste
4. — Denarium avec aco. D'après De Rossi, Bullet. di archeolog.
cristiana, 1871, pi. v, n. 2.
et les pattes du chrismon ainsi que la bordure sont per-
cés de quatorze jours destinés à recevoir des gemmes,
au centre un cabochon ovale1. Ce médaillon provient
d'Aquilée, il a fait partie des collections Obizzi et d'Esté
et a été décrit par Mozzoni 2, Bertoli 3, Cavedoni4 et De
Rossi 5. Ce dernier parait avoir identifié l'usage de cet
objet dans lequel on avait vu un enseigne militaire de
l'armée romaine et qui serait un plat d'offrande comme
en témoignent les deux pattes perforées destinées à
recevoir des anneaux d'attache. Ce monument est du
iv" ou du commencement du Ve siècle.
2° Un moule en pierre destiné à recevoir le plomb en
fusion dans un canal creusé en forme de croix avec les
lettres a a> et a> a. Chaque médaille avait la forme de
croix, elle était munie d'un anneau. Ces moules parais-
sent n'être pas antérieurs au vi« siècle; ils proviennent
de Carlhage6.
3° Ces croix étaient quelquefois des encolpia ou reli-
quaires7 suspendus sur la poitrine, et à cette catégorie
se rattachent deux petites boites d'or, souvent reprodui-
tes, portant le citrismon accosté de a w. Ces objets ont
été trouvés à Rome, ils remontent au ive siècle8.
//. monnaies. — Des recherches entreprises par
Cavedoni9, Feuardent lu et Garrucei11 il ressort que
l'introduction de a a> aux côtés du chrismon dans les
monnaies impériales s'est produite dans l'année même
qui suivit la mort de Constantin le Grand. Ce type
se voit au revers d'une médaille d'or de Constance1-.
Quant à la médaille de même métal, à l'effigie de Con-
stantin le Grand avec la légende VICTORIA MAXVMA
et le monogramme A;J(Gù 1:1. son authenticité ne parait
pas démontrée, malgré l'opinion de Garrucei 1+; le type fut
toujours assez rare après son apparition; on le retrouve
sur la médaille d'argent, commémorative de la victoire
'De Rossi, Bull, di arch. crist., 1871, pi. v, n. 2 et p. 67-68:
Epigrafe d'un sacro donario in lettere d'argento sopra tabelle
di bronzo. — - Tavole cronologiche anticlie délia storia dclla
Chiesa, sec. îv. in-4% Venezia, 1856, p. 41, note 19. — •'< Dans les
Memorie délia società colombaria Fiorenttna, in-4°, Fircnze,
t. i, p. 127 sq. — ' Dell'origine ed incrementi dell'odiemo r.
museo Estense, Modena, tx'iii. p. j:i, et dans les Memorie <ii reli-
gione e letteratura, Modena, t. i\, p. 431. — *Loc. cit., p. 68;
Venturi, Storia dell'arte italiana, in-8% Milano, 19Q1, 1. 1, p. 527,
552, flg. 458 et p. 558. — "H. P. Delattre, Cosmos, 2 oct. 1889;
Revue de l'art chrétien, 1890, p. 129; De Rossi, Bull, di arch.
crist., 1891, p. 146 sq. -- 'De Rossi, llull. di arch. crist.,
1863. p. 31. — 8Bosio, Borna sotterr., p. 105; De Rossi, Bull, di
arch. crist... 1872, pi. u, n. 2, 3. — 'Ricerche critiche intorno
aile medaglie di ConstantinoMagnoede'suoiftgliuoli insignite
di tipi e di si)»boli cristia)ii, in-8», Modena, 1858. — "Essai sui-
de Constance sur Constantin en 'SiOls; sur un médail-
lon d'argent du musée de Vienne au revers duquel on
voit, outre la légende VIRTVS EXERCITVM, quatre en-
seignes militaires portant la lettre A sur la seconde en-
seigne, la lettre CO sur la troisième et le chrismon en
haut10. Ce médaillon fut frappé à Rome et l'on a des
raisons solides de penser •" que ce choix lut inspiré à
Constant par le souci de témoigner publiquement son
adhésion au dogme catholique sur l'éternité et la divi-
nité du Verbe incarné, combattu par l'arianisme que
soutenait l'empereur Constance son frère. Ceci nous
conduirait au lendemain du concile de Sardique, en
3i7. Le symbole A 00 était en effet inacceptable par les
ariens et repoussé par eux 1S. Sa vogue doit dater pro-
bablement du temps du concile de Nicée (325), bien
qu'aucun monument de cette période ne nous soit par-
venu. Constance II fait usage, lui aussi, du citrismon ac-
costé ' s (fig. 5). A partir de Magnence et Decentius (350-353 1
les symboles se multiplient. Magnence reprend un type
déjà connu sous Constance II 20 et supprimé peu après la
5. — Monnaie de Constance II.
DN CONSTANTIVS PF AUG. Buste de Constance II diadème à
droite. — fi SALUS AUG NOSTRI. Dans le champ, le mono-
gramme du Christ accosté de l'A et de l'a ; dans l'exergue : TRS
mort de l'usurpateur. On retrouve le type parmi les
monnaies byzantines de Justin Ie1, petite monnaie d'argent
portant A)J<Gù2i, et de Justinien I", A+OO22.
L'usage assez rare de l'emblème sur les monnaies, à
l'époque de sa plus grande vogue, tient vraisemblable-
ment à la raison que les graveurs, devant loger dans un
assez petit module une composition représentant une
scène déjà encombrée, n'avaient que l'habileté suffisante
pour se ménager l'espace nécessaire au chrismon ; on ob-
serve en elfet que dans les médaillons de grand module,
ou bien lorsqu'ils disposent du champ entier, ils gravent
un monogramme accoste.
Parmi les monuments numismatiques de la Gaule nous
6. — Tiers de sou de Dagobert d'Ausuasie (623-639).
DAGOBERTHUS R1X. Tète diadémée à gauche. 1$. Légende peu
lisible. Croix accostée des lettres QA.
rencontrons quelques compositions originales. La mon-
naie des Dagobert d'Austrasie fou mit le type suivant (fig. 6):
l'époque ù laquelle ont été frappés les médaillons de Constant
nu et de ses ftls portant des signes de christianisme, in-8 . 1857.
— «< Esame critico e ci I lia numismatica Custanti-
111,111,1 portante segni di cristianesimo, ln-4*, Roma, 1858. —
'*A.Banduri, ivumismata imperatorum R . 1. 11. p.227.
— "Tanini, Supplementum à l'ouvrage de Banduri, Num. imp.
Rom., in-fol-, Roma, 1791, p. 265. — «* hoc. cil . 142. "J.Eckhel,
Doctrina nummorum veterum, in-4*, Vindobonœ, 1792-98, t. vin,
p. 112. — *• H. Cohen, Description his s monnaies fttip-
dans l'empire romain, communément a\
t, in-8*, Paris, 1882-92, t. VI, n. 28. ' C. Cavedoni
appendice, p. 15. — "Giorgi, De monogrammate Christi
Domini, p. 10. — '»H. Cohen, loc. cit., t. vi, n. 250 \ Ban-
duri, Num. imp. Rom . t. 11, p. 368. — -' Saba iptton
générale des monnaies byzantines frappées sous ■'
main, iii-8*, Paris, 1802. pi. i\, 11. 25. — -: Ibul . \ I. \\ 11. 11. 91 B.
21
A Q
22
Celle de Sigebert II présente un type dans lequel on
semble avoir combiné grossièrement y (lig. 7) :
7. - Tiers de sou d'or de Sigebert III (634-656).
SIGIBERTIS R1X. Tête diadtmée, à droite. fi. GAIALETANO.
Dans l'exergue BAH.
Dans la monnaie de Clovis II nous relevons ce type
(fig. 8) :
âfïïz
8. — Tiers de sou d'or de Clovis II (639-657).
CLODOVEVS REX FR. Buste diadème à droite. fi). / [PARI]SIVS
IN CI VI l|||. Ciux ancrée accostée des lettres EL / IGI.
Enfin la monnaie du pape Adrien (772-795) porte au
revers (fig. 9 ) :
9. — Monnaie d'argent du pape Adrien.
D.N. ADRI.I.ANUS P + P +. Buste de face accosté des lettres
I.B. fi. VICTORIA DHN : Croix sur deux degrés, au-dessous
CONOB. Dans le champ : A/û.
VI. Sigillographie. — Sceau des bulles papales. —
Sceau de plomb du pape Deusdedit : DEVSDEDIT PAPA
(bon pasteur) AQ1. Sceau d'Adrien II, la croix dans
un cercle avec A 00 2.
VI. Monuments figurés. — /. peintures. — La crux
nuda et le chrismon représentés dans les peintures
antiques des catacombes n'y paraissent jamais accostés
de l'a et l'w.
Il faut descendre jusqu'au VIIIe siècle pour trouver à
l'entrée du cimetière de Pôntien, sur la paroi du fond
du baptistère, une croix gemmée et fleurie portant A et 00
suspendus à ses bras par des chaînettes 3. Une fresque,
unique dans l'art des catacombes, datant du Ve siècle, et
reproduisant fidèlement les ouvrages des mosaïstes con-
temporains, représente le Christ donnant la Loi; le
nimbe est accosté de A 00 4; de même dans une fresque
de la catacombe de Saint-Janvier à Naples, représentant
ce martyr avec le nimbe crucifère chargé du chrismon
accosté 5. Dans la fresque du cimetière des Saints-Pierre-
' Doni, Inscriptiones antiquse cum votis, edidit Gorius, in-fol.,
Florentine, 1731, préf., p. 22. — 2 Moroni, Dizionario, t. lxvi,
p. 49 ; F. Ficoroni, Gemmm antiquse litteraturse, in-4\ Romaa, 1757,
pi. wiii, 3. — *Aringhi, Roma subt., t. i, p. 381 ; Venturi, Storia
dell'arte ilaliana, t. i, fig. 49. — 'Bottari, Scult. e pitt. saçjre,
t. i, pi. iv. — 5Méme peinture. — 6 Le catacombe di Siracusa
confrontate nelle loro forme architettonice, e ne' monument!
chc le adomano, co' sotterranei cimiteri délia Chicsa romana,
disputazione letta ttell'accademia d'archeologia dal Mi; uo-
menico Bartolini. in-8°, Roma. — 'J. Allegranza, Spiegazione e
riflessioni, p. 18, pi. i. — g Ciampini, Vetera monimenta in
quibus prœcipue musiva opéra sacrarum profanarumque
et-Marcellin, un agneau nimbé du chrismon accosté5.
A Syracuse, la vierge assise, ayant l'entant sur ses genoux
et à côté A^Q 6.
;/. mosaïques. — Les mosaïques présentent un grand
nombre d'exemples de l'emploi des lettres symboliques.
Une mosaïque de Saint-Aquilin de Milan (ve-vie s.) repré-
sente le Sauveur avec le nimbe décoré du monogramme
accosté7. Un médaillon qui occupe l'entrecroisement
de la croix dans la mosaïque absidale de l'église de
Saint-Apollinaire in classe près de Ravenne8, repré-
sente la croix surmontée de IX0YC, accostée de
A00; au-dessous on lit SALVS MVNDI. Une mosaïque
p
de Sétif (Algérie) porte9 -
///. sarcophages. — Quelques localités d'Afrique,
comme Tabarca et Sfax, possèdent des sarcophages
dont le couvercle est orné de mosaïques. Une tombe
de Tabarca représente une orante accostée de quatre
colombes et deux cierges 10. Dans un cartouche au-
dessus de sa tète on lit CRESCONIA INNOCENS IN
PACE A 00 (fig. 10).
10. — Mosaïque de Tabarca.
D'après Peraté, Archéologie chrétienne, fig. 325.
Un sarcophage de Venasque (Deuxième Narbonnaise)
ayant servi de tombeau à l'évêque de Carpentras, Bœ-
thius (lin du VIe siècle), représente sur la partie for-
mant couvercle une longue croix gemmée, aux branches
de laquelle un 00 et un A sont suspendus par des chaî-
nettes". Un sarcophage d'Autun, qui parait antique,
oflre le monogramme accosté dans un encadrement
circulaire; de chaque côté se dressent deux branches
de palmier surmontées de colombes 12.
On pourrait aussi ranger parmi les sarcophages une
pierre haute d'un mètre, déposée au musée du Vatican.
Deux soldats sont accoudés sur leurs boucliers levant
les yeux vers les lettres A et 00 qui surmontent la tra-
verse d'une croix monogrammatique gemmée13.
Plusieurs sarcophages de Ravenne représentent le
chrismon accosté, mais ces compositions, pour la plu-
part, n'ont d'intérêt qu'au point de vue des arts indus-
triels. On peut rappeler cependant Yurna di San Bar-
baziano, Varna di San Teodoro. Un sarcophage déposé au
Museo nazumale représente sur l'une des faces latérales
le Christ ressuscitant Lazare. Le nimbe du Sauveur
porte le monogramme accosté de A 00, et ceci nous
amène à un autre ordre d'observations.
iv. sculptures en bas-reliefs. — La porte de la ba-
silique Sainte-Sabine sur l'Aventin, construite dans la
première moitié du Ve siècle, offre dans un des petits
sedium structura ac nonnulli antiqui ritus dissertationibus
iconibusque illustrantur, 2 in-fol., Romse, 1690, t. n, pi. xxiv;
E. Didron, Iconographie chrétienne, in-8°, Paris, p. 396; Gri-
mouard de Saint-Laurent, Guide de l'art chrétien, t. II, p. 341.
— 9 Revue archéologique, IIP série, t. xx, p. 397. — 10 A. Pératé,
L'archéologie chrétienne, in-8», Paris, 1892, p. 325. — "E. La
Blant, Les sarcophages de la Gaule, in-4°, Paris, 1886, n. 199.
Voyez aussi le n. 7. — '*Bulliot, Notice sur un sarcophage en
marbre blanc du musée d'Autun, dans les Annal, de la Soc.
éduenne, 1802-64, p. 237. — ,3Grimouard de Saint-Laurent,
Guide de l'art chrétien, t. VI, note P', p. 356, communiqué à l'au-
teur par Didron.
23
A Q
24
Y2
n
y
panneaux une représentation de l'apparition de T<*sn? su
cénacle. Le Christ n'a pas de nimbe, m<û» ta wir -r •-!.<-
tache sur un monogramme accosté de A Gù. Un autre
panneau, l'un des huit grands qui se sont conservés,
représente à la partie supérieure, dans une couronne de
laurier, le Christ debout et bénissant; de chaque côté
du personnage sont l'A et l'Où. Sur le frontispice d'une
petite basilique des premiers siècles, à Announah, en
Algérie, a et w sont suspendus aux bras d'une croix lé-
gèrement pattée '.
v. sculpture sur bois. — Un crucifix très ancien,
signalé par Borgia 2, et le crucifix connu sous le nom de
Nicodème 3 portent le symbole a et u>.
VI. ivoire. — Le feuillet d'un diptyque conservé au mu-
sée du Louvre* (vi« siècle) porte S PETRVUUlAOù.
C S
S CS
Un large anneau d'ivoire trouvé à Arles, porte le chris-
mon accosté de l'A et Où de la manière qu'il est repré-
senté sur les coins des princes gaulois Magnentius et
Decentius, au ive siècle; mais il se trouve accompagné
de la légende ABPACAZ qui montre une fois de plus
que, comme beaucoup de contemporains, le proprié-
taire de cet anneau confondait le Christ avec Mithra
(Abraxas), à titre de créateur et modérateur de l'uni-
vers 5.
Ceinture de saint Césaire d'Arles6. Elle porte
ce curieux ornement qui ne laisse pas d'avoir son
importance dans la question de savoir à quelle
époque on commença de suspendre a et a> aux
croix stationales.
vu. orfèvrerie. — On ne mentionne ici que pour
éviter les malentendus un reliquaire qui jouit d'une
certaine célébrité et qui d'après la Chronique de
Conques aurait été donné à ce monastère par Charle-
magne. Cette attribution est erronée. La mention de la
Chronique date du xve siècle et le travail d'orfèvrerie
de l'A de Conques ne peut remonter au delà du xie siè-
cle. On voit la valeur qu'il convient d'attacher aux his-
toires qui se sont accumulées autour de cet A auquel,
sans doute, faisait pendant un 00 7.
vin. ÉPITAPBE juive. — On doit ranger dans une
catégorie spéciale ce monument d'une identification
difficile et sur lequel on trouve notre symbole avec
divers emblèmes dont deux paraissent astriformes
plutôt que monogrammatiques, deux autres sont les
chandeliers à sept branches caractéristiques des pierres
juives, enfin l'orante. Voici leur disposition 8 : _J —
VIII. Glyptique. — Une pierre gravée antique du mu-
sée Barberini représente le chrismon surmonté de la
barre transversale du tau, accoste de A Où, la haste
porte un serpent enroulé, allusion évidente au poteau
du serpent d'airain devenu la croix du Christ. L'exiguité
de cette gemme ne permet pas d'assurer si le serpent
fascine les colombes qui se tiennent de chaque côté
de la croix sous laquelle ont lit SALVS9.
IX. Paléographie. — Le Sacramentaire gélasien (Bibl.
Vatic.jiîegrm. cod. 316 membran.) du VIIe siècle donne ï'al-
1 Hev. arch., 6* ann., 2' part., pi. m, fig. 1, 2. — «Borgia, De
cruce Veliterna conimentarius, in-4°, Romse, 1780, p. xxxm.
— 3 Angelo Rocca, Opéra, 2 in-4°, Roma, 1719, t. i, p. 153. —
*Molinier, Catalogue des ivoires du Louvre, în-12, Paris, 1896,
p. 4 et pi. i. — 5C. W. Ring's, Antiq. gerns, p. 358. — 6R. Gar-
rucci, Storia dell'arte cristiana, t. I, p. 535. — 7 G. Desjardiris,
Cartulaire de l'abbaye de Conques, en Bouergue, in-8% 1879,
p. v et note 2. Cf. Darcel dans les Annales archéologiques, in-4%
Paris, t. xx, p. 264-274. — 8 Corp. inscr. lat., t. v, n. 1645. .Serf quis
scit. dit justement C. Bayet, an non hoc candclabri sjnitaiwii
christiani nonnunquam arripuerint. (De titul. Au. christ.,
p. 123.) Cf. De Rossi, Inscr. christ, u. R., n. 38. — 9 Gori, Thesau-
pha-nmsqa sous la forme inattendue de poissons (fig. 11).
Un irianu.-.mt de la bibliothèque de Laon, qui remonte au
11. — Sacramentaire gélasien, Bibl. Vaticane.iîegn!. codex 316.
vine siècle (n° 137), donne l'a et l'w suspendus par des
chaînettes aux bras de la croix; l'a est formé par deux
poissons et l'u> par deux oiseaux, des colombes peut-
être10. H. Leclercq.
IX. A et Où dans la liturgie. — La liturgie a conservé
aussi le souvenir de ce symbole fameux et en donne en
même temps un commentaire qui s'éloigne parfois de
la signification primitive, mais qui a son intérêt. C'est
surtout dans la liturgie mozarabe que nous en trouvons
les traces. Notons entre autres cette oraison : A et Q,
inilium et finis, Deus et honio, infinitus et prse/inilus ;
in quo et principium Deitatis, et ultimum sentitur
humanitas ; excedens omnia,vivificans cuncta, et conli-
nens universa, miserere nobis qui mânes et nobis ap-
pares, etc. Il est à noter, ce qui, je crois, n'avait pas été
encore remarqué et ce qui fournit un précieux indice
sur l'origine du Libellus orationum, que cette même
oraison se retrouve à la fête de l'Apparition au bréviaire
mozarabe '*.
Un peu plus loin on lit une antienne et une oraison
sur l'A et l'Q : Ego sum alpha et oméga... ego sum
radix et genus David, Stella splendida et malutina...
ego sum alpha et oméga. Oratio : Alpha et oméga,
principium et finis, radix et gémis, filius, Dominusque
David, Christus Deus et liomo, etc. '-.
Dans le Libellas, l'oraison est suivie de cette béné-
diction : Benedical nobis A et il cognominatus, omni-
potentis Dei Patris unigenitus filius : qui est initium
et finis, ipse vos secuni victores adtollat, etc. Nous
trouvons dans le même ouvrage de Thomasi-Bianchini
ces autres oraisons : Ego sum alpha et oméga, prt-
mus et novissimus, initium et finis; qui ante mundi
principium, et in sseculum sseculi vivo in xternum.
Antiphona in quadragesima 13.
Citons encore dans le missel mozarabe cette oraison
post nomina au dimanche avant l'Epiphanie : Christe,
rus uet. diptychorum consul, et ecclesiastic. in-fol.
1759, t. m, p. 160; E. Didron, Iconograpliic chrétienne, in-8\
Paris, 1. 1, p. 396. — 10E. Fleury, Les manuscrits de Laon, in-V,
Laon, 1863, t. I, pi. 2. Le commentaire de cette planche en ce qui
concerne a et u est rempli d'erreurs. Cf. A. Darcel, dans la Ga-
zelle des beaux-arts. \" mai 1803. et P.-.l. R. *>icn. I. Des ser-
vices que peut rendre l'archéologie aux études
in-8°, Paris, 1878, p. 421-429. — " Oratio vm id. J atio-
nes indie apparitionis Domini ad vesper., dans Thomasi-1
chini. Opéra cmmî'a, 6 in-fol. ,Romavl7'i l.i'. l7.Cf. ] ■ < < iaire
mozarabe, P. L., t. lxxw i.c I. 170. — "P. L.. t. i.ww i. col. Iffl
— 4S Thomasi-Bianchini, loc. cit., p. 74, 494.
23
AU— ABBAYE
26
qui est aipha et o : imtium et. finis : tu benedicito his
sacrifiais ob principiwm presentis anni tibi oblalis ;
et ila off'erenlium vocabula in libro vitse conscribens,
ut defunctis requiem prestes, etc. '.
Peut-être faut-il attribuer la présence de ce sigle
liturgique de l'A et de l'û à ce fait que dans le lec-
tionnaire de l'Église mozarabe l'Apocalypse d'où ce
texte est tiré semble occuper une place plus importante
que dans les autres liturgies2. C'est aussi pour cette
raison sans doute qu'il a été plus commenté par les
Pères et les écrivains espagnols qui ne manquent pas de
signaler ce passage. Nous ne citerons comme exemple
que le fameux commentaire de Beatus dont on a récem-
ment retrouvé la source dans Apringius 3.
L'antiphonaire de Bangor dans une hymne ancienne
et très remarquable de la liturgie celtique pour la com-
munion, contient cette strophe :
Alpha et oméga
Ipse Christus dontinu
Venit, venturus
Judicare hommes.
Le savant éditeur — qui, par parenthèse, ne connaît
d'autre emploi liturgique de ces deux lettres qu'un seul
des textes que nous citons ci-dessus, l'oraison post no-
mina mozarabe — fait remarquer à propos de cette strophe
que l'A et l'û étaient probablement imprimés sur les
pains de communion et cite à l'appui un canon d'un
concile de Dublin 4. Dans tous les cas les rapproche-
ments que nous avons cités entre les deux liturgies
ne manqueront pas d'attirer l'attention.
Notons pour mémoire que le Processionale monasli-
cum, Solesmes, 1888, p. 80, a donné, d'après des manu-
scrits du moyen âge, le texte et le chant d'une antienne
ainsi conçue : Ego sum alpha et ô, primus et novis-
simus, initium et finis, qui ante mundi principium, et
in sseculum sseculi vivo in œtemum. Ego sum vestra
redemptio, ego sum rex vester, ego vos ressuscilabo
in die novissimo, alléluia. Les vers de Prudence, don-
nés au commencement de cet article, ont sans doute,
comme quelques autres du même auteur, été chantés
dans certaines églises, et telle des formules que nous
avons citées, en est peut-être dérivée.
L'ACO se trouve souvent sur les hosties (voir Fers
d'hostie); dom Martène en cite un exemple très an-
cien5. Il retrouve le même sigle inscrit, en plusieurs
lieux, sur le cierge pascal 6, et aussi à la cérémonie de
la dédicace dans un manuscrit du Xe siècle; mais ici ce
n'est que l'abrégé de l'alphabet grec dont on connaît
bien l'usage. Voyez Dédicace1.
F. Cabrol.
ABACUC. Voir Habacuc.
ABACUS. Voir Autel.
ABBAYE. — I. Définition et site. IL Fondation.
III. Monastères doubles. IV. Construction. V. Laures.
VI. Architecture. VIL Mur d'enceinte. VIII. Portes.
IX. Parloir. X. Hôtellerie. XL Oratoire. XII. Béfectoire.
XIII. Cuisine. XIV. Dortoir. XV. Salle capitulaire.
XVI. Cloître. XVII. Maison des novices. XVIII. Maison
des infirmes. XIX. Cimetière. XX. Cellier, ateliers.
XXI. Plan. XXII. Plan de Tébessa. XXIII. Plan de Saint-
1 P. L., t. lxxxv, col. 225. — *Ct. dom G. Morin, Anecdota
Maredsolana, t. I, Liber comicus sive lectionarius Missx,
in-8", Marcdsous, 1893, passim, notamment p. 202. — 3 Sancti
beati presbyteri Hispani Liebanensis, in Apocalypsin, ac plu-
rimis utriusque fœderis paginas commentaria, ex veteribus
nonnullisque desideratis patribus mille rétro annis collecta,
nunc primum. édita, in-8°, Madrid, 1770, xlviii-584 pages. Cf.
A. Firmin-Didot, Les Apocalypses figurées, in-8", Paris, 1870,
et Léopold Delisle, Mélanges de paléographie et de bibliogra-
Biquier. XXIV. Plan de Saint-Gall et légende. XXV. Bi-
bliographie.
I. Définition et site des abbayes. — L'abbaye est un
monastère gouverné par un abbé, c'est-à-dire monastère,
érigé canoniquement, jouissant de son autonomie, et
composé ordinairement d'au moins douze moines. La
distinction des monastères en abbayes et en prieurés
était inconnue durant les premiers siècles de l'histoire
monastique. Nous réunissons sous ce titre tout ce qui
se rapporte aux monastères ou demeures des moines.
Le terme monaslerium, lAovaurTJpiov, servait à désigner
indifféremment chez les orientaux et les occidentaux
l'habitation d'un seul moine et celle d'une communauté
monastique. Les mots cœnobium , congregatio, synodus,
fraternilas, asceterion, etc., étaient réservés aux édifices
renfermant une communauté. Chaque monastère portait
le nom du lieu où il se trouvait. On leur donnait encore
celui de leur fondateur ou d'un religieux éminent, qui
les avait illustrés. On eut de bonne heure la coutume de
leur attribuer le vocable d'un saint, dont ils conservaient
le tombeau ou les reliques, ou qui était de la part de
leurs habitants l'objet d'une vénération particulière. Cette
coutume se généralisa avec le culte des saints eux-
mêmes; l'érection d'un monastère en leur honneur
devint l'une des marques les plus éclatantes de la dévo-
tion publique. C'est ainsi que s'élevèrent autour des ba-
siliques des saints un grand nombre de monastères à
Constantinople, à Borne et dans les principales cités de
la France mérovingienne. D'après la Peregrïnatio
SilviiB, nous voyons qu'une autre préoccupation des
moines, en Egypte et en Palestine, fut de choisir comme
emplacement l'un des lieux où s'était accompli un évé-
nement de la Bible, ou qui gardait quelque souvenir
d'un personnage biblique.
Les premiers moines fixèrent volontiers leur séjour à
la campagne, souvent même dans des lieux inhabités. La
solitude avait pour ces âmes contemplatives des charmes
irrésistibles. Ils ne tardèrent pas néanmoins à s'établir
dans les pays habités, voire même dans les grandes
villes de l'Empire, telles qu'Alexandrie, Antioche,
Constantinople, Borne, Milan, Cartilage, Marseille, Lyon,
sans parler d'une multitude de cités moins importantes,
qui eurent bientôt un ou plusieurs monastères. Les
monastères urbains se trouvaient généralement dans un
faubourg, et en dehors de l'enceinte. Il y en eut cepen-
dant au cœur même des villes. Ce fut le casa Verceil,
à Hippone, à Tébessa, à Tagaste, à Calama, et dans les
autres villes de l'Afrique romaine où la maison de
l'évêque fut transformée en monastère, habité par les
moines clercs attachés au service de l'Église. Ces monas-
tères cathédraux, situés par conséquent au centre de la
cité, furent nombreux en Angleterre; il y en eut plu-
sieurs en Allemagne. Des basiliques urbaines moins
importantes eurent aussi leur monastère.
Les monastères, situés à la campagne, devinrent sou-
vent un noyau autour duquel se formèrent des agglomé-
rations humaines. Ce fut, en France, en Angleterre, en
Allemagne, l'origine de villes, qui prirent, dans le cou-
rant du moyen âge, un grand développement. L'Afrique
romaine et l'Orient chrétien ne virent rien de semblable.
Si les moines furent souvent attirés par des sites pit-
toresques, qui parlent a l'âme et la portent vers Dieu,
il ne faudrait pas cependant généraliser et conclure à
phie, in-8' avec atlas, Paris, 1880, p. 117-148. Le texte im'd.t
d'Apringius a été publié pour la première fois par dom M. Fér<>-
tin : Apringius de Béja, son commentaire sur l'Apocalypse
écrit en 531-548, Paris, 1900 (dans la Bibliothèque patrologique
d'U. Chevalier, t. i), voyez notamment p. 5. — * The antipho-
nary of Bangor, édité par F. E. Warren, in-4% London, 1895,
part. 2, p. 11 et note p. 45. — 'Martène, De antiquis Ecclesix
ritibus, in-fol., Bassano, 1788, t. I, p. 116. — • Ibid., t. m, p. 146.
— ' lbid., t. II, p. 246.
27
AlïBAYE
28
une préoccupation esthétique universelle parmi eux.
Les déserts affreux et les solitudes sans horizon ne leur
déplaisaient pas toujours. Quelques orientaux allèrent
même jusqu'à les rechercher. Les Africains et la plupart
des occidentaux eurent une prédilection pour les con-
trées fertiles, propres à la culture et à l'élevage. C'est ce
qui les fit s'établir fréquemment dans les larges vallées,
traversées par les rivières. Ils y avaient, en outre, des
communications beaucoup plus faciles. Nos grands
Meuves, la Garonne, la Loire, la Seine surtout, coulaient
à travers une haie monastique. La nécessité de se forti-
fier ou d'utiliser des constructions antérieures les porta
aussi à se fixer sur des collines ou des montagnes.
II. Fondation. — Les premiers monastères eurent
pour londateur un solitaire qui groupa auprès de sa
cellule des moines désireux de suivre ses exemples et sa
doctrine. Les communautés nombreuses déversèrent
dans des fondations leur trop plein. Des évèques prirent
l'initiative de nombreux établissements monastiques.
D'autres étaient dus à des princes ou à de grands pro-
priétaires. Évêques, fidèles généreux, princes, dotaient
le monastère fondé par eux. Pour échapper aux graves
inconvénients de fondations multiples, abandonnées au
caprice de chacun, le concile de Chalcédoine (451) inter-
dit d'établir un nouveau monastère, sans l'autorisation
de l'évêque du lieu. Cette défense, plusieurs fois renou-
velée depuis, est devenue une loi générale. Les monas-
tères ainsi fondés étaient une institution sacrée et défi-
nitive, qu'il fallait mettre à l'abri de la ruine ou de la
disparition. De là, les privilèges que les fondateurs leur
obtenaient des pontifes et des rois. Ceux qui étaient
placés sous la sauvegarde des rois recevaient le titre
d'abbayes royales, et on nommait abbayes épiscopales
ceux qui étaient sous la protection unique de l'évêque.
Cette distinction ne commença guère qu'au vm* et au
IXe siècle.
III. Monastères doubles. — Quelques monastère s
portaient le nom de monastères doubles, parce qu'ils
abritaient à la fois une communauté d'hommes et une
de femmes, sous le gouvernement d'un seul abbé ou
d'une seule abbesse. L'empereur Justinien les supprin a
en Orient, à cause des abus qui pouvaient s'y manifester.
Cette institution dura plus longtemps en France, en
Angleterre et en Espagne où des règles sages et ferons
prémunissaient les moines et les moniales contre ces
dangers. Les communautés restaient séparées l'une de
l'autre. On peut citer Faremoutier, Chelle, Remiremont,
Saint-Jean-lîaptiste de Laon, etc. 11 en allait autrement
des monastères mixtes, où hommes et femmes vivaient
en commun. Ils ne reçurent jamais l'approbation ecclé-
siastique.
IV. Construction. — Au début, les moines n'atta-
chèrent aucune importance à leur logement. Ils Utilisaient
volontiers celui que la nature leur pouvait avoir préparé
ou que les circonstances mettaient à leur disposition.
Les tombeaux abandonnés, nombreux autour des grandi s
villes orientales, fournirent un refuge à des solitaire-
illustres; saint Antoine adopta une retraite semblable;
il se renferma plus tard dans les ruines d'un château. Il
y eut des essaims monastiques dans les grottes funé-
raires, dont sont criblées les collines qui bordent la
vallée du Nil. Ermites et cénobites trouvèrent ailleurs
des cavernes naturelles. Ils surent en creuser eux-mêmes
dans le rocher friable de certains coteaux, en particu-
lier sur les bords de la Loire à Marmoutier. Le monas-
tère se forma plus tard autour de ces habitations primi-
tives. Plusieurs des solitaires dont Grégoire de Tours
raconte l'existence, se ménagèrent un logement analogue.
Quelques monastères célèbres de l'Orient, Saint-Sabbas,
par exemple, accrochés à des rochers abrupts, renfer-
ment encore dans leur enceinte de ces grottes naturelles.
Ceux qui eurent à bâtir le firent avec une grande
simplicité. Il ne leur vint pas à l'esprit de se créer une
architecture spéciale. Les matériaux et le mode de
construction de tout le inonde leur suffisaient. A la
campagne ou dans les solitudes, quand ils ne trouvaient
pas une demeure toute faite, les ermites se bâtissaient
eux-mêmes, avec le secours de quelques confrères, une
modeste cabane, pouvant les loger et au besoin leur per-
mettre d'offrir l'hospitalité à un disciple ou à un reli-
gieux de passage. Ils se servaient pour cela de branches,
de bois, de terre ou de briques, rarement de pierres. Le
mobilier de ces cellules était fort simple : une ou deux
nattes, pour s'asseoir et dormir, un faisceau de joncs,
qui tenait lieu de siège et d'oreiller. Une porte et une
lenètre les mettaient en communication avec l'extérieur.
Lorsque les moines étaient nombreux dans une même
localité, ils multipliaient ces huttes monastiques, les
éloignant plus ou moins les unes des autres, en raison
de leur besoin personnel d'isolement. A Scété et à
Nitrie, elles étaient distribuées sans ordre dans l'immen-
sité du désert. Une vaste église réunissait les solitaires
pour les offices du dimanche. A Tabenne, tout était
sagement organisé. La congrégation se composait de
plusieurs monastères; dans chaque monastère, les reli-
gieux habitaient des cabanes distribuées en quartiers.
Quarante quartiers environ formaient un monastère; et
dans chaque quartier il y avait une quarantaine de cel-
lules. Les moines occupaient leurs cellules pendant le
s >mnieil et pour certains travaux. Ils avaient, pour leurs
réunions, de vastes édifices : l'église, le réfectoire et la
cuisine, sans parler de la maison des infirmes et de
l'hospice où l'on recevait les étrangers. Un mur
d'enceinte entourait toutes ces constructions, qui pré-
sentaient l'aspect d'un grand village monacal.
V. Laures. — Cette disposition du monastère se répan-
dit en Palestine, où on lui donna le nom de laure. La
plus célèbre est celle de Pharaon, qui servit de type aux
autres. Elle eut pour fondateur et organisateur l'abbé
Gérasime. Il y avait en outre un cœnobium, monastère
où tous les trères vivaient en commun; personne n'était
admis à se retirer dans les cellules de la laure avant
d'y avoir fait un séjour assez long. Saint Martin, à
Ligugé et à Marmoutier, logea ses moines dans des
cabanes ainsi distribuées. Ce fut le système d'habitation
qu'adoptèrent les premiers moines de Lérins et de Con-
dat. 11 n'était pas sans de graves inconvénients. Aussi
lui préféra-t-on bientôt le cœnobiam, qui imposait dans
toute sa rigueur la vie commune. Les moines en firent
usage dès le ive siècle en certaines contrées et dans
les villes. Les prescriptions de saint Benoit et celles de
saint Césaire d'Arles contribuèrent à le généraliser.
VI. Architecture. — On ne suivit aucune règle spé-
ciale pour la construction des premiers cœnobia; nous
l 's appellerons désormais monastères. Les moines adop-
tèrenl simplement la maison et la villa romaine, qui
étaient construites d'après un type à peu près uniforme
sur toute l'étendue de l'empire romain.
Les fondateurs de monastère n'eurent souvent qu'à
installer leurs moines dans une cilla toute construite,
et munie de tous ses services, comme le fit Sulpice
Sévère à Prumilhac. C'est ce qui eut lieu plus tard à
Glanfeuil. Ils purent la reproduire assez fidèlement
toutes les fois qu'il leur fallut bâtir eux-mêmes. Si des
constructions en plus ou moins bon état occupaient
l'emplacement choisi par eux. ils en tiraient d'ordinaire
le meilleur parti possible; ainsi agit saint Benoit au
Mont-Cassin; saint Valfroy, saint l'air, saint Amand
utilisèrent même des édifices consacrés au culte des
idoles.
La vie monastique, en s'épanouissant au sein de l'an-
tique villa romaine, finit par lui imposer des modifica-
tions profondes. Elle entraînait avec elle des fonctions
variées, qui ne tardèrent [m- àse créer des organes adé-
quats, Cela se lit sans effort, comme de soi-même, par
la seule force des choses. Ces besoins, qui étaient un
29
ABBAYE
30
peu partout les mêmes, agissant dans un cadre presque
identique, aboutirent à des résultats semblables ; c'est
ainsi que le monastère apparut, sous tous les climats,
avec un ensemble de caractères qui ne variaient pas. On
ne constate nulle part l'action d'un homme ou d'une école
imprimant cette direction unique et la faisant prévaloir.
Les législateurs orientaux ne disent rien qui per-
mette de retrouver les principaux organes dont se com-
posait le monastère. Saint Benoît est le premier qui
nous renseigne en Occident. Il le fait avec sa précision
habituelle. On trouve mentionnés dans sa règle l'oratoire,
le dortoir, le réfectoire avec la cuisine, un lieu où se fait
la lecture, les ateliers où les frères travaillent, le cellier
où sont renfermées les provisions, la maison des in-
firmes, la maison des novices et la maison des hôtes. La
plupart de ces pièces se retrouvent dans la rè^le de
saint Césaire, qui en ajoute plusieurs autres. Impossible
de se faire une idée exacte de la distribution de tous
ces lieux dans l'unité du monastère. Ils ne pouvaient
être placés au hasard. Saint Benoit, quand il fonda le
monastère de Terracine, voulut fixer lui-même le plan
par terre de la construction.
Il nous reste plusieurs documents qui sont de nature
à nous fixer sur cette disposition intérieure des monas-
tères. Avant de les étudier, examinons en détail chacun
des organes dont se composait le monastère.
VII. Mur d'enceinte. — Les laures et les cœnobia
avaient un mur d'enceinte en pierres ou en terre, qui
séparait leurs habitants du reste des hommes; ce pou-
vait n'être qu'un fossé ou un talus. C'était la clôture
que le moine ne franchissait pas sans permission. Elle
le protégeait contre l'indiscrétion des séculiers et la ra-
pine des voleurs. Saint Césaire la voulut très rigou-
reuse pour ses moniales et saint Aurélien, pour ses
moines. Aussi les murs étaient-ils assez élevés. Il y avait,
à Sainte-Croix de Poitiers, des tours munies de fenêtres,
dans ce mur de clôture. Les moines de cette époque
attachaient une importance capitale à cette séparation
d'avec le monde. Les femmes ne franchissaient jamais
le seuil des monastères d'hommes; l'accès de l'église
leur était même interdit. Les séculiers en général en
étaient quelquefois éloignés avec autant de rigueur. On
était encore plus sévère, quand il s'agissait de la de-
meure des moniales. A cette préoccupation d'isoler les
moines, les orientaux en ajoutèrent une autre. Leurs
monastères de la campagne étaient en plusieurs con-
trées fréquemment exposés aux attaques subites des
Sarrasins et d'autres barbares, non moins redoutés.
Les invasions musulmanes accrurent ce danger. Force
fut donc de se mettre à l'abri derrière de hautes mu-
railles, munies d'une seule ouverture placée à plusieurs
mètres au-dessus du sol. On ne pouvait y accéder
qu'au moyen d'une corbeille tirée de l'intérieur à l'aide
d'une corde et d'une poulie. Les moines occidentaux
n'éprouvèrent pas le besoin de se fortifier ainsi chez
eux. Ils attendirent pour cela leur entrée dans la féoda-
lité sous les Capétiens.
VIII. Portes. — Il y avait la porte principale et une
ou plusieurs accessoires; saint Césaire, qui n'en voulait
qu'une, fit fermer celles-ci. Un religieux, homme mûr,
capable de servir d'intermédiaire entre la communauté
et l'extérieur, était préposé à sa garde. Il avait son lo-
gement à proximité. C'est lui qui recevait les pauvres et
annonçait l'arrivée des hôtes. Saint Isidore voulait que
la porte fût fermée durant les repas.
IX. Parloir. — Saint Césaire place un parloir tout
auprès de la porte. C'est là que les moniales reçoivent
les visites de leurs parents ou amis, en présence de
l'abbesse ou d'une ancienne. On y sert à manger aux
personnes du dehors dans les cas prévus par la règle
ou quand l'abbesse le juge nécessaire. Il devait y avoir
plusieurs pièces. On y renfermait les moniales qui
avaient mérité la peine de l'excommunication.
X. Hôtellerie. — f.n Egypte, l'hôtellerie, placée sous
la surveillance du portier, aidé par les novices, avait sa
place marquée auprès de la porte. Saint Benoit en fait
une maison distincte du monastère lui-même, située
néanmoins dans l'enclos. Il y avait une cuisine, où deux
frères, désignés pour une année entière, préparaient les
repas des hôtes; un réfectoire, où l'abbé prenait ses re-
pas avec eux, invitant au besoin quelques anciens de la
communauté; une salle pour la réception solennelle des
hôtes et le lavement des pieds, auquel prenaient part
l'abbé et les religieux; un dortoir avec des lits et tout
le mobilier que demande l'exercice convenable de l'hos-
pitalité. Dans ces conditions, les hôtes recevaient tous
les soins imposés par la charité; le monastère avait tous
les mérites d'une hospitalité exercée largement et les
moines n'étaient point troublés dans leur quiétude ré-
gulière.
Durant tout le moyen âge et pendant la période anté-
rieure, l'hospitalité fut l'un des principaux moyens par
lesquels les moines exercèrent leur action sociale. Les
monastères placés auprès des voies de communication
eurent à lui donner une importance beaucoup plus
grande. On trouve, à partir du vie et du vne siècle, la
mention fréquente des ; xenodochia joints aux monastères.
Saint Ansbert (678-684) en fit construire un à Fontenelle,
près de la porte d'entrée. Lorsque les hôtes affluaient en
un lieu, il fallait une vaste hôtellerie pour les recevoir
dignement. Il y avait parmi eux des personnages voya-
geant avec leur suite; les moines ne leur refusaient ja-
mais l'hospitalité ; de là, les écuries et autres dépen-
dances qui étaient le complément de la maison des
étrangers. Les xenodochia monastiques tenaient encore
lieu d'hospices, où les voyageurs et les étrangers infirmes
recevaient de la main des moines et aux frais du monas-
tère les soins indispensables. Voir Hospice.
XI. Oratoire. — Après saint Augustin, saint Benoit et
saint Césaire veulent que l'oratoire du monastère soit ce
que son nom indique, un lieu exclusivement destiné à la
prière publique ou privée. C'était, à l'origine, un sanc-
tuaire aux proportions restreintes, pouvant contenir les
t— "T
12. — Triclinium de Saint-Jean-de-Latran.
D'après Lenoir, Architecture monastique.
seuls religieux, puisque les fidèles n'y étaient pas admis.
Les moines multiplièrent chez eux les oratoires, pour
répondre aux nécessités liturgiques et satisfaire leur
dévotion. L'un de ces oratoires avait la forme et portait
le nom de basilique. Voir Basilique. Il y en avait ordi-
nairement un hors la clôture, où les femmes pouvaient
m
ABBAYE
32
entrer. On trouve deux oratoires au Mont-Cassin en l'hon-
neur de saint Jean-Baptiste et de saint Martin; deux à
Marmoutier, en l'honneur de saint Jean-Baptiste et de
snnt Pierre; quatre à Glanfeuil, en l'honneur de saint
Pierre, de saint Martin, de saint Séverin et de saint Mi-
chel; les fouilles récemment exécutées par le père de la
Croix ont mis à jour les fondations de ces deux der-
niers. L'abbaye de Fontenelle en eut jusqu'à sept. Voir
Église.
XII. Béfectoire. — Salle commune où les moines
prennent leur repas. On y gardait un silence absolu.
Pendant que les frères mangeaient, ils écoutaient une
lecture faite par un religieux, installé par une tri-
bune ou dans une chaire. Le réfectoire était, après
l'oratoire, la pièce la plus vaste du monastère. On le
construisait, en Occident du moins, parallèlement à
repos. Le grand nombre des moines et la disposition des
lieux ne permettaient pas toujours de les réunir tous
dans un même dortoir. On les distribuait alors par
groupe de dix ou de vingt, sous la surveillance des
doyens. Les constructeurs d'abbayes prenaient leurs me-
sures pour n'avoir cependant qu'un seul dortoir. Aussi
dans les grands monastères carolingiens avait-il des
proportions considérables. Celui de Jumièges avait
290 pieds de long sur 50 de large. L'abbé Anségise en fit
construire un à Fontenelle, qui avait 208 pieds de long
sur 27 de large et 64 de haut. Au milieu se trouvait
une pièce en saillie avec un pavé en mosaïque, un pla-
fond peint et de belles boiseries; ce devait être un ora-
toire. Le dortoir était habituellement au premier étage
de l'édifice qui reliait l'église au réfectoire; un escalier
le mettait en communication directe avec le chœur. Une
Enceinte fortifiée
13. — Plan par terre du monastère de TeBessa. D'après Ab. Ballu, Le monastère byzantin de Tebessa. pi. il.
l'église principale sur le côté opposé du cloître. Il garda
longtemps la forme de l'ancien triclinium des Bornains,
se terminant par une abside (fig. 12). Les tables étaient
distribuées sur trois surfaces, de manière à laisser un
côté ouvert pour le passage des serviteurs. Dans quelques
monastères, il y avait une table spéciale pour les hôtes.
Le plan du réfectoire de Saint-Gall permet de juger de sa
disposition intérieure. Voir le plan col. 32. Les construc-
teurs d'abbayes, au temps de Charlemagne, donnaient à
cette pièce une décoration intérieure. L'abbé Anségise fit
exécuter dans le réfectoire de Fontenelle des peintures
par Madalulfe de Cambrai. Ce même artiste orna les
réfectoires de Luxeuil et de Saint-Germain-de-Flaix.
XIII. Cuisine. — La cuisine est le complément néces-
saire du réfectoire. On la plaçait de manière à en faci-
liter le service. Il y avait dans les grands monastères la
cuisine des moines, celle de l'abbé, celle des infirmes et
celle des hôtes. Les frères remplissaient tour à tour les
fonctions de cuisinier; chacun avait sa semaine de ser-
vice dans la cuisine des moines. Il y avait, outre la vais-
selle, tous les ustensiles nécessaires à la préparation et
à la cuisson des aliments. La règle de saint Benoit re-
commande de les traiter avec un soin religieux et de les
conserver très propres.
■ XIV. Dortoir. — Salle où les frères prennent leur
lampe éclairait le dortoir pendant la nuit et facilitait la
surveillance. Chaque religieux avait son lit composé d'un
matelas, d'un drap, d'une couverture et d'un traversin.
Ils dormaient vêtus. On intercalait les couches des jeunes
entre celles des anciens. L'abbé, souvent, partageait le
dortoir de ses religieux. Ailleurs, c'était le cas au Mont-
Cassin, il avait une cellule particulière. L'usage des cel-
lules privées, qui semblait cher aux premiers moines,
parut dans la suite incompatible avec les exigences de
la vie cénobitique. L'abbé pouvait néanmoins le per-
mettre à quelques moines désireux d'une solitude plus
grande. On en vit s'ensevelir pour le reste de leur exis-
tence dans une cellule de reclus, où ils priaient, man-
geaient, travaillaient et dormaient. Voir Reçu s.
XV. SALLE C/vpitulaire. — Il fallait au moins une pièce
où les moines se réunissaient pour recevoir les instruc-
tions de l'abbé et délibérer sur les intérêts du monas-
tère; saint Benoit ne la mentionne point; elle ne figure
pas sur le plan de Saint-Gall; cette réunion devait pri-
mitivement se tenir dans une aile du cloître. Mais la
nécessité imposa bientôt un local à part. Il est mentionné
au concile d'Aix-la-Chapelle (817). Il eut sa place au-
dessous du dortoir, au même niveau que le cloître sur
lequel il avait accès et parallèlement au chevet de
l'église.
33
ABBAYE
34
XVI. Cloître. — Galerie couverte ou portique disposé
autour de l'église et des édifices monastiques et les met-
tant en communication les uns avec les autres; c'est
l'ancien atrium des Romains transformé. Un puits ou
une fontaine se trouvait dans la cour intérieure ou préau.
La communauté religieuse se tenait sous le cloître en
dehors des offices, des repas, des travaux des champs et
des heures consacrées au sommeil, soit pour lire, soit
pour entendre les leçons d'un maître : c'était une sorte
de salle de travail. Le samedi soir, les serviteurs de
table y lavaient les pieds de tous les frères. Voir Cloître.
Le séjour du cloître pouvait être pénible en hiver. On
ménagea, dans les régions froides, une salle nommée
chaufloir, où les religieux se tenaient auprès du feu.
recevoir la sépulture dans l'enceinte des monastères.
Les princes et les évêques réclamèrent parfois cet hon-
neur. Les familles royales choisirent une abbaye pour
leur nécropole. Les cimetières publics furent plus d'une
fois placés auprès de la demeure des moines. Voir
Cimetière, Sépulture.
XX. Cellier et ateliers. — Tout monastère avait un
cellier où les diverses provisions étaient conservées dans
des coffres ou d'autres récipients. Le cellérier en avait
la garde. Il y avait encore la cave avec les vasa vinaria,
le grenier, où se conservait le grain, le fenil, et toutes
les dépendances nécessaires à une exploitation agricole.
Le jardin entourait les édifices monastiques. Les travaux
des champs et le jardinage n'occupaient pas continuel-
■"£■7 ■»;
14. — Projet de restauration du monastère de Tebessa. D'après Alb. Ballu, Le monastère byzantin de Tebessa, pi. xiv.
Saint Gervold en fit construire une à Fontenelle, au
vin- siècle.
XVII. Maison des novices. — Les novices, ne faisant
point encore partie de la communauté monastique, ne
vivaient pas dans l'intérieur du monastère. Ils avaient
leur place au chœur durant les offices; mais ils passaient
le reste du temps au noviciat, où un ancien veillait sur
eux et les formait à la vie monastique. Cette épreuve
durait un an. Le noviciat avait son dortoir, sa cuisine,
son réfectoire, une salle de travail et quelquefois un
cloître; c'était comme un petit monastère dans le grand.
XVIII. Maison des infirmes. — Saint Benoît veut que
l'on prenne le plus grand soin des infirmes; saint Au-
gustin et saint Césaire font à leur sujet des recomman-
dations espresses. Ils eurent, dans les grands monastères,
un logement à part, avec toutes les dépendances né-
cessaires, cuisine, salle de bain, jardin médicinal. Dans
tous les monastères on avait la pieuse coutume de laver
les cadavres des moines défunts avec une eau parrumée;
il devait y avoir une installation spéciale pour taciliter
cet acte de piété.
XIX. Cimetière. — Les moines ne furent pas les seul? \
DICT. D'ARGH. CHRÉT.
lement les religieux. Ils exerçaient divers métiers;
quelques-uns, tels que la boulangerie, étaient nécessaires
à la vie de chaque jour. Il y avait les menuisiers, les
charrons, etc. On trouvait un moulin dans la plupart des
monastères; parfois les frères tournaient la meule à
bras. Quand ils avaient l'eau à leur portée, ils se ména-
geaient une chute, soit en élevant une écluse, soit en
creusant un canal. Dans les lieux où l'eau manquait, ils
fonçaient un puits ou ils creusaient une citerne.
En somme, le monastère, surtout quand il avait de
nombreux habitants, devenait une grande cité cherchant
à se suffire. Les services qu'il fallait organiser nécessi-
taient un développement architectural considérable.
Très primitif au début, surtout dans les contrées pauvres,
l'ensemble des constructions monastiques progressa
avec le temps. Les grands monastères du vne siècle
présentaient un aspect imposant. Ceux de la période
carolingienne furent plus vastes et plus beaux. Les moines,
pour les élever, usèrent de toutes les ressources que
leur offrait la nature. Ils étudièrent les procédés des
anciens conservés en Italie et dans la Gaule méridio-
nale. Ils les introduisirent dans le nord de la France,
I. - 2
35
ABBAYE
36
en Angleterre et en Allemagne. Les gens au milieu
desquels ils vivaient leur durent un progrès incon-
testable dans la civilisation.
XXI. Plans. — Les parties nombreuses et variées
dont se composait le monastère étaient distribuées par
Tebessa, sur les confins de la Byzacène et de la Numidie,
possédait un monastère épiscopal, qui fut détruit par
les Maures en 535, avec la ville elle-même. Il fut réédi-
fié quelque temps après et muni d'une enceinte forti-
fiée, en attendant sa ruine définitive pendant l'invasion
15. — Plan du monastère de Saint-Riquier. D'après Le Noir, Architecture monastique, t. i. p. 27.
l'architecte avec une grande liberté, en tenant compte
de la disposition des lieux, de la nature des matériaux
et des exigences de la communauté. On eut soin de con-
server aussi fidèlement que possible le type primitif de
la maison romaine. Quelques plans des monastères de
cette époque reculée sont parvenus jusqu'à nous. Ils ont
ici leur place marquée.
XXII. Plan du monastère *>e Tebessa. — La ville de
arabe (683). C'est le monument monastique le plus an-
rien que nous connaissions. Des fouilles, conduites avec
intelligence, l'ont mis à jour. M. Albert Ballu lui a con-
sacré une étude ' (fig. 14).
Le monastère formait un quadrilatère de 100 mètres
sur 200. Il comprenait les éléments sous-indiqués qui se
* Le monastère byzantin de Tebessa, ùi-fol., Paris .Leroui, 1897
n
F
n
1
16. — Plan du monastère de Saint-Gall. D après Mabillon. Annales, t. n.
39
ABBAYE
ABBE
40
retrouvent dans la planche ci-joinle : cour d'entrée, et
bâtiments destinés aux serviteurs; porte monumen-
tale, donnant accès au monastère: Gmitre, au centre
duquel étaient creusées plusieurs pièces d'eau; écuries
et granges, situées à gauche; portique, exposé au midi,
où les étrangers pouvaient entretenir les moines; esca-
lier de dix-sept marches donnant accès à la basilique,
portique d'entrée, encadré de deux tours; atrium avec
ses quatre galeries, son préau et sa fontaine; baptistère,
à droite de l'atrium; basilique, ayant 46 mètres de long
sur 22 de large; chapelle funéraire; bâtiments acces-
soires; cellules, destinées aux moines; elles sont au
nombre de vingt-trois, dont l'une plus grande que les
autres; petit oratoire; grande cour intérieure, enceinte
fortifiée et chemins de ronde. Nous donnons une partie
du monastère de Tebessa reconstitué, d'après les plans
de M. Ballu (fig. 14).
XXIII. Plan de l'abbaye de Saint-Riquier. — Angil-
bert, qui avait reçu de Charlemagne ce monastère à
gouverner, le fit construire à neuf (799). Son royal bien-
faiteur lui fournit tout ce qui fut nécessaire, pierres,
bois, marbres. La construction parut une merveille aux
contemporains. Il y avait trois églises : celle de Saint-
Riquier, la plus importante, celle de la Vierge, située
en bas du plan ci-contre, et celle de Saint-Benoit et de
tous les saints abbés. Un cloître triangulaire conduisait
à ces trois édifices. Un ruisseau le traversait. L'église de
Saint-Riquier comptait onze autels; celle de la Vierge,
treize; celle de Saint-Benoit, trois. On trouvait encore
dans le monastère des oratoires dédiés aux saints anges
Gabriel, Michel et Raphaël. Le dessin que nous donnons
a été pris par P. Petau dans un document manuscrit,
qui a depuis disparu1 (fig. 15).
XXIV. Plan de Saint-Gall. — L'auteur de ce plan est
inconnu. Il l'a composé vers l'année 820; conservé
aux archives de Saint-Gall, il n'a probablement jamais
été exécuté. Ce n'en est pas moins un document des
plus curieux, qui nous renseigne sur les dispositions
des constructions monastiques et la configuration d'une
grande abbaye sous les Carolingiens. Les indications
minutieuses qui l'accompagnent en augmentent encore
l'intérêt. On sera bien aise de les trouver ici (fig. 16).
XXV. Bibliographie. — Règle de saint Benoit et les
autres règles : Holstenius, Codex regularum, éd. Broc-
kie (réédition augmentée du précédent, Lucae Holstenii
Codex regularum, 5 in-fol., Augsbourg, 1759, Mabil-
lon, Annales ordinis S. Benedicli, in-fol., Lucques,
1739, t. i et n; Lenoir, Architecture monastique, 2 in-4°,
Paris, 1852; Dictionnaire de l'Académie des beaux-
arts; Ballu, Le monastère byzantin de Tebessa, in-fol.,
Paris, 1897; dom Besse, Les moines d'Orient, Paris,
1900; Les premiers monastères de la Gaule méridio-
nale dans Revue des questions historiques, avril 1902.
Voyez aussi, pour les autres détails, les règles, les an-
tiquités, la liturgie, la liste des plus anciens monastères,
etc., les articles Bénédictins, Moines et Monastkres.
J.-M. Besse.
ABBÉ. — I. Titre. II. Élection. III. Bénédiction.
IV. Autorité. V. Bibliographie.
I. Titre. — L'abbé est le supérieur d'une communauté
monastique, jouissant de son autonomie et composée
généralement d'au moin6 douze religieux. Ce mot vient
du syriaque, abba, et signifie pater, père. On le donnait,
en Egypte et en Syrie, aux moines que l'âge et la vertu
rendaient particulièrement vénérables. Beaucoup parmi
eux avaient un ou plusieurs disciples. Mais le titre lui-
même n'impliquait en rien le gouvernement d'une com-
munauté proprement dite.
Il y avait toujours un chef à la tète d'un cœnobium ou
d'un groupe érémitique; c'était dans la nature des
choses. On le nommait généralement chez les Orientaux
• De mithardo illiusque prosopa, Paris, 1612.
7tpoe<jTO)ç, ou encore senior qui prœeet, ou pater mo-
nasterii. Les termes archimandrites et hégoumènes
prévalurent en Asie Mineure et chez les Grecs. Cassîen
nomme le supérieur du monastère prœpositus, mot qui
se retrouve dans l'Afrique romaine et ailleurs en Occi-
dent, où il finit bientôt par désigner un supérieur avant
au-dessus de lui un chef hiérarchique. Dans la règle de
saint Benoît, c'est le nom de celui qui est le second au
monastère; elle réserve le titre d'abbé au seul chef de
la communauté. C'est elle qui a généralisé cet usage
dans le monde latin.
On trouve dans quelques groupes monastiques de
l'Orient, à Scété et à Nitrie, par exemple, un gouverne-
ment aristocratique, exercé par un sénat d'anciens. Mais
ce furent des cas exceptionnels. Le gouvernement mo-
narchique fut adopté dans les monastères orientaux et
occidentaux. Il n'est même pas rare de rencontrer un
seul homme à la tête de deux ou de plusieurs monastères.
Cela s'imposait aux monastères fondés par le même abbé
tant que leur fondateur vivait; ils avaient après sa mort
un supérieur à eux. Un abbé, gouvernant avec succès un
monastère, pouvait en recevoir un ou plusieurs autres
qui avaient besoin de réforme. Mais ce sont des faits
rares dans le cours de l'histoire monastique.
Les abbés d'une même région éprouvèrent souvent le
besoin de se concerter pour le bien de leurs commu-
nautés. Il y eut à Tabenne une hiérarchie, très habile-
ment organisée, qui maintenait les supérieurs locaux
dans une étroite union sous la dépendance d'un supé-
rieur général; les monastères formaient une véritable
congrégation. Saint Basile se bornait à recommander
aux archimandrites des réunions assez fréquentes. Les
moines de certains diocèses orientaux tonnaient une
fédération, présidée par l'évêque ou par son délégué,
nommé exarque des moines ou encore archimandrite
des monastères. On trouve quelque chose d'analogue
dans la France mérovingienne, où l'évêque réunissait
tous les ans le synode des abbés de son diocèse et leur
donnait les instructions qu'il jugeait utiles. Ce besoin
d'union pour les abbés se fit sentir plus encore dans la
suite, et il aboutit à un résultat éphémère, l'autorité sur
tous ceux de l'Empire donnée par Louis le Pieux à saint
Benoit d'Aniane.
II. Élection. — Le moine, fondateur d'un monastère,
en devenait naturellement le chef. Dans tous les autres
cas, on procédait à une élection. Certains abbés ont dé-
signé leur successeur avant de mourir. Dans quelques
contrées l'évêque choisissait les supérieurs des commu-
nautés religieuses de son diocèse. Mais ce choix était le
plus souvent laissé aux moines eux-mêmes. C'est le
mode d'élection adopté par saint Benoit. Il s'est répandu
dans tous les monastères avec sa règle. Les abbés et les
chrétiens éminents du voisinage pouvaient, de concert
avec l'évêque, s'opposer à une élection scandaleuse et
faire prévaloir le choix de la partie saine d'une commu-
nauté, fut-elle la moins nombreuse. Malgré les disposi-
tions de la règle, les princes essayèrent de substituer
leur choix à celui des religieux. C'est ainsi que Charles
Martel distribua des monastères aux officiersdont il vou-
lait récompenser les services. Charlemagne nomma lui
aussi plusieurs abbés; mais ce furent d'ordinaire des
choix très heureux. On peut citer Alcuin et Anségise.
La situation faite aux mona6tères dans la société par
l'étendue de leurs domaines et par leur influence portail
les chefs d'État à leur imposer eux-mêmes des abbés de
leur choix. Ce tut le point de départ de la commende,
de la distinction des menset, de l'institution des abbés
chevaliers, toutes choses qui se développèrent dans la
suite, au grand détriment de la vraie discipline mo-
nastique.
Saint Benoît accorde à l'abbé d'avoir une table à part,
quand il reçoit des hôtes. Des abbés se donnèrent un
loccment distinct de celui de la communauté. Le con-
41
ABBE — ABDON ET SENNEN
42
cile d'Aix-la-Chapelle supprima cet abus. Les abbés
furent soumis au régime commun; ce qui, du reste, se
pratiquait dans un grand nombre de monastères.
L'abbé gouvernait ses moines, nommait et révoquait
les officiers, administrait les biens, faisait observer la
règle, punissait et au besoin excommuniait les coupables,
recevait l'aveu de leurs fautes, présidait les offices, don-
nait certaines bénédictions. Ces divers actes n'impli-
quaient en rien la dignité sacerdotale. Par le fait, on
pourrait citer de nombreux abbés qui ne furent jamais
prêtres.
On ne tarda pas longtemps néanmoins soit à les choisir
parmi les prêtres, soit à leur conférer le sacerdoce après
leur élection. Presque tous étaient prêtres en Orient dès
le \' siècle; ils le furent en très grand nombre à la fin
du VIIe siècle dans les monastères occidentaux. Le concile
romain de l'année 826 l'exige. Il arrive souvent que ces
abbés prêtres sont désignés avec leur seul titre sacerdo-
tal sans aucune mention de leur profession monastique
et de leur dignité abbatiale. Plusieurs abbés lurent à
cette époque revêtus de la dignité épiscopale. Quelques-
uns, après avoir été mis à la tête d'un diocèse, conser-
vèrent le gouvernement de leur abbaye. Dans les mo-
nastères cathédraux d'Angleterre, le supérieur était à la
fois évèque et abbé. Il y eut des abbés évêques sans dio-
cèse, par exemple saint Ursmer de Lobbes.
III. Bénédiction. — Les abbés recevaient aussitôt
après leur élection une bénédiction spéciale, une ordi-
nalio. Saint Benoit la mentionne. C'est l'évèque qui la
conférait à l'élu dans son propre monastère, pendant la
messe; saint Grégoire Ier l'atteste dans sa lettre à Urbi-
cus. D'après le pénitentie! de Théodore de Cantorbéry, le
pontife était assisté de deux ou trois évêques, qui furent
dans la suite remplacés par des abbés. La cérémonie avait
lieu après i'épitre. L'évèque livrait à l'abbé le bâton pas-
toral et les sandales, baculum et pedules. C'étaient déjà
les insignes de sa dignité- Voir Bénédiction des
Abbés.
IV. Autorité. — Les abbés eurent dans l'Église une
grande autorité. Ils exercèrent une influence prépondé-
rante sur les élections épiscopales. Ils prirent part aux
délibérations des conciles. Vingt-trois archimandrites
assistent, en 448, au synode de Constantinople, présidé par
le patriarche Flavien, et signent la condamnation d'Euty-
chès. Ils figurent d'abord aux conciles de la France mé-
rovingienne comme délégués des évêques. Il en fut de
même en Espagne. Mais au huitième concile de Tolède
(653), dix abbés furent présents en vertu de leur charge.
Cela devint une règle dans les églises d'Occident. Comme
la profession monastique équivalait alors à la cléricature,
voire même au sous-diaconat, on reconnaissait aux abbés
qui la recevaient le droit de conférer les ordres mineurs.
L'ensemble des privilèges dont ils jouissaient permet de
dire qu'ils héritèrent des pouvoirs des chorévèques.
Quelques abbés eurent dans les diocèses une très
grande autorité: celui de l'Ile-Barbe, à Lyon, administrait
ce vaste diocèse pendant la vacance du siège épiscopal;
celui d'Iona avait sous ses ordres les évêques d'Ecosse,
en souvenir de saint Colomban, apôtre de ce pays. Les
rois, les évêques et les papes confièrent à des abbés des
missions importantes.
Si durant les premiers siècles de l'histoire monastique
l'on constate à la tète de quelques monastères des abbés
faibles ou médiocres, il est juste de reconnaître qu'il y
eut parmi eux un grand nombre de saints et d'hommes
qui exercèrent sur l'Eglise et la société civile une très
heureuse inlluence. Ils lurent, avec les évêques, les pro-
moteurs actifs de la civilisation chrétienne.
Pendant cette période, le titre d'abbé ne fut pas donné
exclusivement à des supérieurs de monastères ou à des
moines. Saint Grégoire de Tours l'emploie pour dési-
gner des prêtres séculiers préposés au gouvernement
d'une église, probablement desservie par un groupe de
clercs. Sous les Mérovingiens, le prêtre qui dirigeait le
service religieux de l'oratoire du palais portait le nom
d'abbé du palais, abbas palatinus; et on nommait abbas
castrensis celui qui remplissait les mêmes fonctions au-
près de l'armée.
V. Bibliographie. — Régula S. Benedicti, P. L., t. lxvi,
col. 215 sq., Mabillon, Annales ordinis S. Benedicti,
6 in-fol., Lucques, 1739, 1. 1, n; Thomassin, Vêtus et mova
Ecclesiœ disciplina, in-fol., Paris, 1688, t. I; Martène,
De antiquis Ecclesiœ ritibus, 4 in-fol., Bassano, 1788, t. n,
Ducange, Qlossarium mediœ et infimœ latinitatis, au mot
Abbas, dom Chamard, Les abbés au moyen âge, dans
Rev. des questions historiques, t. xxxvm, p. 71-108; dom
Besse, Les moines d'Orient, Paris, 1 900.
J.-M. Besse.
ABBESSE, supérieure d'un monastère, qui jouis-
sait de son autonomie, et composé de douze reli-
gieuses au moins. La fonction est moins ancienne que
les monastères eux-mêmes. Mais le mot. créé pour la
chose, à l'imitation du titre correspondant de abbas, ap-
paraît pour la première fois dans l'inscription de l'ab-
besse Serena, découverte à Sainte-Agnès-hors-les-murs.
Elle fut enterrée vers 514. On nommait auparavant la
supérieure des moniales mater monasterii, mater mo-
nacharum, prseposita. Elle avait sur sa communauté
une autorité semblable à celle de l'abbé. Son élection
était soumise aux mêmes règles. Le rôle qui fut assigné
aux abbesses dans l'Église rappelle celui des anciennes
diaconesses, dont elles sont, sous une forme et dans
des conditions différentes, les héritières.
Leur entrée en fonction prit de bonne heure, comme
celle des abbés, un caractère liturgique.
Sainte Radegonde, dans une lettre publiée par Gré-
goire de Tours, déclare qu'Agnès, abbesse de Sainte-
Croix, reçut, à son entrée en charge, la bénédiction de
saint Germain, évèque de Paris. D'après saint Grégoire
le Grand, cette bénédiction ou ordinalio était réservée
à l'évèque du lieu, qui devait au préalable s'enquérir
des qualités de l'élue. Un simple prêtre pouvait, selon
Théodore de Cantorbéry, conférer cette bénédiction. La
cérémonie avait lieu pendant la messe. On ne leur livrait
pas le bâton pastoral. Voir Bénédiction des abbesses.
Comme les abbés, les abbesses pouvaient infliger à leurs
moniales le châtiment de l'excommunication régulière.
Elles entendaient leurs coulpes et leur donnaient une
punition. Cet aveu ne doit pas être confondu avec celui
qui se fait au tribunal de la pénitence. Il y eut néan-
moins des abbesses qui intervinrent dans l'administration
de ce sacrement, soit en écoutant l'aveu avec le prêtre,
soit en le lui transmettant. Quelques-unes prétendirent
même absoudre; ce qui leur fut sévèrement interdit.
Charlemagne, dans ses capitulaires (t. i, c. lxxiv, Balu/.e,
1780, p. 715), condamne d'autres usurpations dont les
abbesses se rendaient coupables; elles donnaient des
bénédictions, imposaient les mains et conféraient aux
moniales le voile avec la solennité de la consécration
religieuse.
Les abbesses eurent en Angleterre une très grande
autorité. Elles siégèrent dans plusieurs conciles à la
suite des évêques et des abbés. Il y en eut cinq au con-
cile de Bacanceld (694), et une à celui de Nidd (705);
à Rome, elles prenaient part avec leurs moniales aux
processions solennelles. Pour la bibliographie, voir
Abbé et Bénédictins. J.-M. Besse.
ABBUNA. Voir Catholicus.
ABDON ET SENNEN. Les deux martyrs de ce
nom eurent leur sépulture à Rome, dans le cimetière
de Pontien, sur la voie de Porto.
Leurs noms se rencontrent au 30 juillet dans le Mar-
tyrologe Iiiôronymien : m kl. Ags. in cimit. Fontiani
ad Ursum pilealum natal. Abdonis et Sennis martyr.,
43
ABDON ET SENNEN
44
et dans la Deposilio martyrum du chronographe de
354 : /// kal. Ang. Abdon et Scnnen in Pontiani, quod
est ad Ursum pileatum. Ils sont nommés dans les di-
vers itinéraires rédigés à l'usage des pèlerins du
viie siècle ', et commémorés dans les martyrologes,
de date plus récente, de Bède, d'Adon et d'Usuard.
L'histoire d'Abdon et Sennen est connue seulement
par la Passion de saint Laurent, pièce dont la rédaction
parait remonter à la lin du Ve siècle ou au commence-
ment du VIe. Cette Passion les représente comme des
subreguli de Corduba, en Perse, captivés par Dèce :
circonstance évidemment fabuleuse, puisque Dèce ne fit
aucune guerre persique. Elle ajoute qu'ils furent mar-
tyrisés à Rome sous Dèce, Valérien étant préfet. Cette
seconde indication est encore inexacte, puisque Valérien
ne fut pas préfet de Rome pendant le règne de Dèce;
mais la mention de ces deux noms engage à placer le
martyre d'Abdon et de !•. ennen sous Dèce, en 250, ou
sous Valérien, en 258.
Ce qui est à retenir, c't>st l'origine orientale d'Abdon
et de Sennen, suffisamment attestée par leurs noms.
Peut-être furent-ils d'illustre origine, princes ou sa-
trapes, soit réfugiés à Rome à la suite de quelque révo-
lution ou de quelque disgrâce, soit amenés de Perse
comme prisonniers ou comme otages, non par Dèce,
qui n'y alla pas, mais par son prédécesseur immédiat,
l'empereur Philippe. S'ils vécurent à la cour de ce der-
nier, ils peuvent avoir péri victimes non seulement de
leur foi, mais aussi de la rancune que les écrivains
chrétiens attribuent à Dèce contre tout ce qui touchait
à la personne de son prédécesseur2. M. Albert Dufourq3
propose une autre hypothèse. La situation du cimetière
de Pontien, au cœur des quartiers ouvriers, dans le
voisinage des entrepots, lui fait se demander si Abdon
et Sennen n'auraient pas été des ouvriers orientaux. La
Passion donne un rôle à un certain Galba. Ce nom peut
avoir été suggéré au passionnaire par la proximité des
horrea Galbai, docks pour le vin, l'huile et autres den-
rées.
Quoi qu'il en soit de ces hypothèses, la sépulture de
ces deux martyrs peut aujourd'hui encore être vérifiée.
Rs reposèrent dans l'une des chambres du cimetière de
Pontien, au pied de l'escalier. Ce cimetière fut décoré
de peintures à l'époque byzantine, entre le VIIe et le
IXe siècle, d'après M. Lefort; vers le milieu du VI8 siècle,
selon M. Marucchi et Mo1' Wilpert. La chambre funé-
raire des deux martyrs est particulièrement remar-
quable. Au fond est un baptistère creusé dans une
niche : la paroi intérieure de la niche est couverte par
une peinture représentant une croix ornée de pierreries,
qui semble sortir de l'eau même, et porte sur ses bras
deux candélabres, auxquels sont suspendues les lettres
A et Q : au-dessus de la niche est peint le baptême du
Christ. Le tombeau d'Abdon et de Sennen occupe la
muraille de gauche : il est surmonté d'une fresque re-
présentant Jésus-Christ, sortant d'un nuage à mi-
corps, et déposant des couronnes sur la tête des deux
saints. Près de l'un est écrit SCS ABDO, près de l'autre
SCS SENNE... Eux-mêmes sont flanqués de deux autres
personnages, désignés par les noms de SCS MILIX et
SCS BI(w)CE(n)TIVS, le premier portant une tunique
courte avec une chlamyde agrafée sur l'épaule droite,
le second un vêtement ecclésiastique. Bien différent est
le costume donné par le peintre à Abdon et à Sennen. Il
semble asiatique. L'un et l'autre sont coiffés d'une sorte
de capuchon recourbé en forme de bonnet phrygien, et
rappelant les tiares toujours données par les anciens aux
personnages orientaux, sacrés ou profanes, aussi bien les
trois Hébreux dans la fournaise de Babylone ou les
1 De Rossi, Roma sotterranea, t. I, p. 182. — * Allard, Histoire
desyri séditions pendant la première moitié du nr siècle. 2* éd.,
p. 312-314. — 3htude sur lesGesta martyrum romains, gr. in-8*.
Mages qu'Orphée, Linus et Attis. Le reste de leur vête-
ment se compose d'un manteau prolongeant ce capuchon
et ouvrant sur une tunique de peau, déchiquetée par le
bas, de manière à laisser les cuisses à découvert4.
Ces particularités de costume montrent qu'au mo-
ment où la muraille fut peinte la tradition de l'origine
orientale d'Abdon et de Sennen ne faisait point de
doute. Mais elles concordent imparfaitement avec l'ori-
gine illustre que la Passion attribue aux deux saints.
Le capuchon, la courte tunique laissant les cuisses nues
semblent un accoutrement d'homme du peuple. Au con-
traire, un autre monument iconographique serait, s'il
se rapporte vraiment à l'un de nos saints, en harmonie
avec la Passion. Il s'agit d'une lampe en terre cuite,
que le P. Bruzza croit du Ve ou plus probablement du
vie siècle (fig. 17). Un personnage orant y est représenté.
17. — Lampe en terre cuite représentant saint Abdon.
D'après Bruzza, Studi e document! di storia e diritto, p. 416-485.
portant le candys, manteau persan, ordinairement de
peau, orné d'orbiculi, de calliculx et de pierreries. On
y reconnaît volontiers saint Abdon, car il a la barbe
courte et ronde, comme celui-ci dans la fresque du ci-
metière de Pontien (où saint Sennen l'a au contraire
pointue) : le vêtement fait penser à un détail de la Pas-
sion, disant qu'on présenta les martyrs à Dèce dans le
splendide costume national qu'ils portaient comme sub-
reguli en Perse. Cette lampe fut peut-être inspirée
par une peinture plus ancienne que la fresque du cime-
tière de Pontien, laquelle en serait aussi une imitation5.
La fresque du cimetière de Pontien a été si souvent re-
produite que nous préférons donner le monument très
peu connu du P. Bruzza. Une note de M. De Rossi,
jointe à cette publication posthume du P. Bruzza, dil
qu'une lampe de type semblable fut aussi découverte à
Lambèse, en Numidie.
Paris,1900, p. 239.— «Garrucci, Storia dell'artecristiatia, pi cxvu
1; Roller, Catacombes de Rome, pi. xcvn, xoviu. — 'Bruzxa,
dans Studi e documenti di storia ediiitto, 1888, p. 416-425.
45
ABDON ET SENNEN
ABECEDAIRE
46
Les corps d'Abdon et de Sennen ne restèrent pas
dans le sarcophage de briques encore visible à gauche
de la chambre. Après la paix de l'Eglise, on les trans-
porta dans une basilique construite au-dessus de la ca-
tacombe. L'itinéraire de Salzbourg l'indique clairement
quand, après avoir dit que Milix, Pymenius, et beaucoup
d'autres martyrs reposent encore dans le souterrain,
spelunca, il invite les pèlerins à remonter, tune as-
cendis, et à visiter dans une grande église les tom-
beaux d'Abdon et de Sennen, et intrabis in ecclesiam
magnant : ibi sa>icli martyres Abdo et Sennes quies-
(.11 h t. Cette église, avec une autre basilique, celle de Sainte-
Candide, construite également au-dessus du cimetière
de Pontien, fut restaurée par le pape Adrien Ior, à la lin
du vin0 siècle '.Il ne reste plus de traces de l'une ou
de l'autre.
Une autre église avait été construite à Rome en l'hon-
neur des saints Abdon et Sennen. On n'en connaît que
l'emplacement; mais on sait qu'elle était voisine du
Cotisée : SS. Abdon e Sennen al Colisco. M. Armellini
en a retrouvé la mention dans un manuscrit du Vatican,
contenant le catalogue des églises de Rome, dressé par
l'ordre de saint Pie V. Probablement à l'époque de ce
pape l'église était-elle encore debout et ouverte au culte :
elle peut avoir été abattue vers la lin du xvie siècle ou
le commencement du xvn°. Peut-être avait-elle été con-
struite pour rappeler une tradition conservée par la Pas-
sion. Celle-ci dit que les cadavres des deux martyrs
furent jetés ante simulacruni Salis. Cette statue n'é-
tait autre que le colosse de Néron, placé par cet empe-
reur devant le vestibule de sa Maison d'Or, et transporté
par l'empereur Adrien entre le Colisée et le temple de
Vénus et Rome. Il se peut que l'église intra-urbaine des
S;iints-Abdon et Sennen ait été élevée à l'endroit où une
tradition locale plaçait leur exécution2.
Bibliographie. — Tillemont, Histoire des empereurs,
t. rv, p. 348, 661 ; Martigny, Dictionnaire des antiquités
chrétiennes, art. Abdon et Sennen, 2e éd., 1877; Smith
et Cheetain, Dictionary of Christian antiquities, t. i,
p. 8; Kraus, Real-Encyklopâdie der christliclien
Alterthumer, in-8». Freib-'in-R. 188-2, t. i, p. 1; Le fort,
Elude sur les monuments primitifs de la peinture
ihrétienne en Italie, p. 96; Allard, Histoire des persé-
i h lions pendant la première moitié du ut* siècle, 2e édit.,
p. 312; Bruzza, dans Studi e documenli di storia e di-
ritto, 1888, p. 416; Dufourq, Etude sur les Gcsla mar-
hjrum romains, in-8°, Paris, 1901, p. 237; Marucchi, Les
catacombes romaines, in-8°, Paris, 1900, p. 61.
Paul Allard.
ABÉCÉDAIRE. — I. Épigraphie. II. Épigraphistes.
III. Paléographes. IV. Nombre des lettres. V. Nombre
d'alphabets. VI. Esquisses. VII. Essai de classement.
VIII. Abécédaire dans l'antiquité ecclésiastique. IX. Abe-
cedaria liturgiques. X. Curiosités.
Les personnes qui sont quelque peu familiarisées avec
les monuments de toute sorte que l'antiquité nous a
laissés savent que ces monuments, quels qu'ils soient,
avant d'être mis à profit par l'historien, doivent avoir
subi une série de vérifications préalables qu'on nomme
la critique d'un texte. Du résultat de cette critique dépen-
dra le classement du monument en question parmi les
pièces certaines, douteuses ou fausses. Les pièces de
cette dernière catégorie n'ont guère d'intérêt que pour
l'époque plus ou moins tardive de leur rédaction; celles
des deux premières catégories ne peuvent être employées
utilement qu'après un examen dont l'objet sera de déter-
1 Dueliesne, Liber pontiftealis , t. I, p. 509. — - Armellini, Le
Cliiese di Roma, 2' éd., p. 523. Cf. Analecta Bollandiana,
1897, t. xvi, p. 228-230, 250. — 3 Corpus itiscriptionum latina-
rum, in-fol., Berolini, t. xi, p. t. — * Ms. du Vatic, n. 6852
édité par R. Schœne, Ephemeris epigraphica. in-8", Romae,
1872, t. I, p. 255 sq. avec planches. — sVoy. Sotzmann, Ueber
miner : 1° le lieu d'origine, 2° la date de la co position,
3° (s'il est possible) l'auteur du document. Un pareil
examen, pour être conduit avec compétence et adopté
par les savants, ne peut être entrepris sans le secours
d'instruments de précision nombreux et délicats, parmi
lesquels il faut compter la connaissance de tout ce qui
a trait aux conditions d'exécution matérielle d'un docu-
ment.
Les anciens collecteurs de monuments n'apportèrent
pas tout le soin désirable en relevant les types qui
s'offraient à eux; il en résulte, pour un grand nombre
de textes, disparus depuis, une incertitude souvent trop
grande pour nous permettre de faire usage des rensei-
gnements de cette nature. C'est l'unique raison qui fera
écarter de ces recherches plusieurs travaux considérables,
mais peu sûrs, que l'on pourrait être surpris de ne pas
voir citer.
I. Épigraphie. — Le pèlerin d'Einsiedeln et quelques-
uns de ses contemporains, l'auteur du Sylloge de Milan,
Agnellus de Ravenne, d'autres plus récents, comme
Nicolas Laurentius, paraissent n'avoir jamais songé à
reproduire dans leurs recueils la forme des lettres des
textes qu'ils copiaient. Leurs successeurs illustres du
XVe siècle, Pogge et Cyriaque d'Ancône, purent faire
autrement, malheureusement leurs autographes ont
péri; ce fut du moins la préoccupation de Didier Spreti,
de Ravenne3; mais un grand nombre, parmi lesquels
Michel Fabricius de Ferrare, Jean Jucundus de Vérone
et le «collecteur espagnol», ne se soucièrentpas de voir
les monuments : ils composèrent leurs recueils à l'aide
d'autres recueils. Néanmoins, vers ce temps-là même,
la préoccupation commençait à naître. Félix Félicien de
Vérone composa dans la seconde moitié du xv siècle
un recueil clans lequel il avait dessiné et peint les lettres
latines d'après les inscriptions antiques * et où il s'ef-
forçait d'en retrouver les formules géométriques. Plusieurs
de ses observations sont devenues classiques, en parti-
culier sur E, F, G, M, O, P, Q, R; d'autres, il faut le
dire, sont moins heureuses, par exemple celles sur C
et K. Lucas Paciolus reprit ce sujet auquel il ajouta
assez peu de chose 3. Au XVIe siècle, nous voyons les
représentants de l'épigraphie en user encore assez
librement dans la transcription linéaire des textes.
L'un d'eux cependant, Martin Smet, avait entrevu les
exigences légitimes de la science sur ce point; parlant
de ceux qui l'avaient précédé, il disait: prseterita omni
temporum alque œlalum ralione, omnes inscripliones
eadem characterum forma delineaverunt quod equideni
non probo ; quum ex ipsa lilterarum forma tempus seu
œlas qua quœque res scripta est cognosci fere jm^sii.
Anliquissimis enim teniporibus (ante Ccesares videlicet)
utebantur lit teris plane simplicibus alque inforniîbus...,
a tempore Augusli usque ad Anloninos, florenlissima
scilicet setale, characteres formosissimos, quadralos
alqueomni ex parte optime dimensos effigiabanl. Inde
iterum cum setale et imperio ipso Romano paulatim
characteres declinabant /iebanlque primo obliquiores
solito, ac deinde oblongiores, ac tandem ad extremam
barbariem delabebautur, ut lilteris Gothicis quant
simillimi evaserint... Quse quidem scriplurx dirersilas,
si a describentibus observaretur, midlam ipsis in-
scriptionibus gratiam lucemque, et non minimam
legentibus adderet voluptalem6. On peut constater la
vérité de celte opinion dans un manuscrit épigraphique
des inscriptions de la Norique".
L'étude de progrès trop lentement réalisés, d'un re-
dis àltesten meistxylographischen SehreibbjXcher der Italiener
aus der ersten Hiilfte desxvrJahrh. und Hugo da Carpi's Antheil
daran, dans R. Naumann et R. Weigel, Archiv. fur zeichnenden
Kùnste. Leipzig, 1856, t. Il, p. 275-303. — ° .M. Smetius, Epist. ad
Marcum Lauri un m. dansE.Hûbner, Exempta script, eptgraph,
lut., in-fol. .Berolini, 1885, p. xiv. — ' Curp. inscript. lat.,t. m,p.587.
a
ABECEDAIRE
48
cueil au recueil suivant, formerait un chapitre curieux
de l'histoire de la typographie. Ce n'est guère qu'avec
R. Sabretti1, le P. A. Lupi2, que l'on assiste aux
premiers essais sérieux qui font entrevoir tout ce qui
se cache ici de difficultés 3. Maffei* les suivit dans cette
voie où l'imperfection des moyens servait si mal les
hommes de science et de goût qu'elle les détourna d'en
faire un usage étendu 5.
II. Épigraphistes. — Il n'y a pas lieu de classer dans un
travail scientifique les travaux épigraphiques de Piranesi,
de Pistolesi, de Canina. Le livre célèbre de Cajetan Ma-
rini sur les frères Arvales inaugure la période moderne
des reproductions. On ne peut omettre de mentionner
ici les observations judicieuses de Zaccaria, Islituzione
antiquario-lapidaria, in-4°, Romre, 1770, et Venetiis, 1793,
p. 314-337 (2e édit., p. 261-284), ou quelques tentatives
méritoires de Hagenbuch, Orelli, Borghesi. Ce fut Fré-
déric Ritschl qui inaugura la paléographie épigraphique
dans une série de travaux : Inscriptio quse fertur Co-
lumnee Rostratee duellianee, in-4°, Berlin, 1852; Monu-
menta epigraplrica tria, in-4", Berlin, 1852; De ficli-
libus litteratis, in-4°, Berlin, 1853; Anthologies latines
corollarium epigraphicum, in-4", Berlin, 1853; De declv-
natione quadam lalina questio epigraplrica, in-4°, Berlin,
1861; Supplem. questionis de declinalione quadam
latina recondiliore, in-4°, Berlin, 1861; Priscee latinita-
tis monumenla epigraplrica ad archetyporum fidem
exemplis litogr. reprsesenlala, in-4°, Berlin, 1862 : Ie' sup-
plem. 1862; 2e supplém. 1864. — Le P. Garrucci, Syl-
loge inscriptionum latinarum esvi romanes reipubli-
ess usque ad C. Julium Ceesarem plenissima, 2 parties,
in-8°, Taurini, 1875- 1877, 655 p., 2 pi.; AriodanteFabretti,
Osservazioni paleografiche e grammaticali, in-4°,
Turin, 1874; et Paleograplrische Sludien ans dem ltalie-
nischen ùberselzt, in-8°, Leipzig, 1877, 165 p., complé-
tèrent la théorie sur quelques points. Plusieurs ouvra-
ges furent entrepris coup sur coup par MM. de Boissieu,
Inscriptions antiques de Lyon, in-4°, 1846-1854; J.-B. De
Rossi, Inscriptiones chrisiianee iwbis Romgs seeculo vu
antiquiores, in-fol., 1857-1861, t. i; Ed. Le Blant, In-
scriptions chrétiennes de la Gaule, 2 in-4°, Paris, 1856-
1865, et Nouveau recueil des inscriptions chrétiennes de
la Gaule antérieures au vme siècle, in-4°, Paris, 1892;
Hubner, Inscriptiones Hispanise christianic, in-4°, Berlin,
1871 ; Inscriptiones Britannise christianœ. \n-l°, Berlin,
1876; G. Pétrie, Christian inscriptions in the irish Lan-
guage, chiefly collected and drawn by G. Pétrie, in-i°,
Dublin, 1872. Il faut citer encore : J. C. Bruce, dont les
reproductions doivent être vérifiées : Lapidarium septen-
trionale : or, Description of the monuments of roman
rule in the north of England, pubiished by the So-
ciety of anliquarics of Newcastle-upon-Tyne, in-fol.,
London and Newcastle, 1875, xvi-i-92 p. et pi.; A. AU-
mer et A. de Terrebasse, Inscriptions antiques et du
moyen âge de Vienne, 6 in-8°, Vienne, 1875-1876,
pi. in-4°; P. Charles Bobert, Epigraphie gallo-romaine
de la Moselle, 2 in-4°, Paris, 1873 et 1883 ; le même,
Les étrangers à Bordeaux, élude d'inscriptions de la
période romaine portant des ethniques, dans les Mé-
moires de la Société archéologique de Bordeaux,
in-8°, Bordeaux, 1883, t. vin, 109 p. Ces trois ouvrages, à
notre point de vue, paraissent irréprochables. Citons
encore : M. Munier, Tabulée photographes XI, materiam
paleographicam œtatis imperatoria exhibentes, in-4°,
Moguntiaci, 1873; F. H. Kraus, Die Christlichen In-
1 Inscriptionum antiquarum, qux in xdibus paternix as
vantur, explicatio, in-fûl., Romœ, 1702. — 2 Disscrtatio et anU
madversiones ad nuper inventum Scverœ Martyris epita-
phium, in-tol.,Paiiormi, 1734. — 'Maffei, Artis critiese lapidariœ
quse extant, dans Donati, Veterum inscriptionum grxcarum
et latinarum novissimus thésaurus, 1. III, c. it, in-fol., Lucae,
1775, p. 158 sq. — * S. Maflei, Muséum Veronense, in-fol., Ve-
1749, p. 97, 400, 402. Ci. C.urp. inscr. lut., t. îv, et
schriften der Rheinlande, in-4°, Freiburg im Breisgau,
1890, dont il faut rapprocher la notice de C. Bone : An-
leitung zum Lesen, Ergânzen and Dalieren romischer
Inschriften mit besonderer Berùcksichtigung der Kai-
serzeil und der Rheinlande, in-8°, Trier, 1880, 9i- p.;
E. Hubner, Inscriptionum Hispaniœ christianarwm
supplementum, in-4», Berolini, 1900, xvi-162 p. ; enfin,
quelques revues dont les reproductions sont d'un
mérite fort inégal : Nuovo Bullettino di archeologia
cristiana; Bulletin épigraphique de la Gaule; Bulle-
tin du Comité; Revue archéologique*. Le sujet ré-
sumé ici a été traité avec l'ampleur et la science dont
il était digne par Emile Hubner : Exempla scriplures
epigraphiese latines a Cessaris dictatoris morte ad
eetalem Iustiniani, consilio et auctoritate Académies
litterarum Regiœ Borussices edidit Aem. Hubner.
Auctarium Corporis inscriptionum latinarum , in-fol.,
Berlin, 1895, lxxxiv-458 p. et 1215+13 pi. Voyez du
même savant TJebcr mechanische Copieen von Ins-
chriften, in-8°, Berlin, 1880, 28 p.
C'est une question aujourd'hui résolue que celle de
l'édition des monuments épigraphiques et paléographi-
ques. Hubner se félicitait quelques mois avant sa mort
d'avoir pu employer dans son Supplément aux Inscrip-
tiones Hispanise chrislianee un procédé dont il n'avait
pu faire usage trente ans plus tôt. La publication de
YAntiphonary of Bangor par Warren est inspirée par
une semblable préoccupation scientifique. De même
M. Renan avait voulu que toutes les inscriptions sémi-
tiques connues et données dans le Corpus, même fis
simples fragments, fussent reproduits par l'héliogravure,
au lieu de se contenter, comme dans les publications
similaires, de la transcription en caractères spéciaux.
Mommsen lui ayant demandé pourquoi il avait adopté
un système aussi coûteux : « C'est, dit Benan, parce que
nos explications feront peut-être sourire nos enfants,
quand la science aura fait des progrès par de nouvelles
trouvailles; mais nos héliogravures seront toujours bon-
nes; c'est la part de vérité définitive dans notre recueil. »
III. Paléographes. — Les écrivains qui ont traité de la
paléographie en général n'ont pu se dispenser d'accorder
quelque attention aux exemples épigraphiques. Leurs
observations ne contiennent rien de notable. Bornons-
nous à les mentionner ici : Mabillon, De re diploynatica.
2° éd., in-fol., Paris, 1709, p. 454; donne une inscription
romaine de l'année 338 écrite en capitales et en onciales '.
Hermann Hugo S. .T., De prima scribendi origine, in-S°,
Utrecht, 1738, p. 108 sq. Les auteurs du Nouveau trait*,
de diplomatique, D. Toustain et D. Tassin, ont montr*
dans leurs choix (t. il, p. 1 sq., pi. xx. xxi, xxiv-xxxi)
une certaine inexpérience, in-4°, Paris, 1750-1765, t. vi.
A. Aldenbrùck S. .1., In artem diplomalieam isagoge,
in-8°, Colonia\ 1789. a donné un travail sans valeur. Lue
légion d'érudits espagnols s'attacha à cette étude. Ce furent
Christophe Rodriguez, dont le travail fut amélioré par
son éditeur Joseph Nasarre, Polijgraphia Espaïiola,
in-fol., Madrid, 1738, 2 pi. ; Etienne de rerreros, son con-
temporain, qui put mettre à profit les notes manuscrites de
Palomares conservées à l'Académie royale de l'histoire,
à Madrid, malheureusement il fut trop bref. Paleogra-
phia Espanola, in-4», Madrid, 1758, p. 120. pi. \\i.
xvii. Andréas Merino ne sut pas mieux utiliser le :
Palomares, Escudo de leer letras cursivas antiguas,
in-fol., Madrid, 1780, pi. v, 1; pi. lix, p. 126. H suffira
de citer encore Mirambell, Tabulée paleeographicee,
E. Hubner, loc. cit., n. 1X7; Corp. inscr. lot., t. v, n. 4919-4920, et
E. Hubner, loc. cit., n. 8G7, 868. — ■Passionei, (scritionianlicha
disposte per ordine (M oarie d<i*si. etc., in-fi I., i
p. 185. — '■ Y'iy. li. Cagnat, Cours d'éptgraphie latine. Paris,
1889, p. \\\; F. Cumont, Les inscriptions
Mineure, dans les Mélanges île VÉc. franc, de Rome, in-8*,
Rome, 1895, lassim. — • Pe Rossi, Inscrip. christ, urb. Romx,
in-fol., Rom», 1861, t. i, p. 43, 50.
49
ABÉCÉDAIRE
50
in-8°, Vich, 1811 ; Alvera Delgras, Escrilura y lenguaje
de Espana, in-8°, Barcelone, 1859; Paluzie, Compendio
de paleographia Espanola, in-8° et in-fol., Madrid,
1857.
La théorie des lettres majuscules a été reprise par
J.-B.Trecco, Regole pratiche per disegnare gli alfabeti
majuscoli ad uso di compartire con esatezza e brevità
le iscrizioni sopra qualunque data superficie, opéra
corredata di tavole xxvin in rame autore ed editore
G. B. T., in-4°, Vicenza, 1820, 100 p. Kopp apporta à
l'étude en question les développements que son érudition
rendait faciles : Palœographia critica, in-4», Mannheim,
1817-1824, t. I, p. 83; t. ni, p. 235, 254, 502 sq., et Bilder
und Schriften der Vorzeit, in-8», Mannheim, 1819-1821,
t. i, p. 225, 265. Natalis de Wailly, Éléments de paléo-
graphie, in-4°, Paris, 1838, t. i, p. 409 sq., 467 sq.,
fut très bref, et le recueil de Silvestre, Paléographie
universelle, 4 vol. in-fol., Paris, 1841, ne donna aucune
place à l'épigraphie, à moins que ce ne soit déjà lui en
faire une que de reproduire des manuscrits dont la
filiation paléographique est évidente '. Hans Ferdinand
Massmann étudia les formes cursives dans son Libellus
aurarius sive tabulai ceratœ et antiquissimœ et unicœ
Romanœ in fodina auraria apud Abrudbanyam oppi-
didum Transsylvanum nuper repertœ, quas nunc pri-
mus enucleavit, depinxit, edidit H. F. Maasmann, in-4°,
Leipzig, 1840. La doctrine épigraphique de l'écriture
eursive dans l'antiquité a été donnée depuis par
Charles Zangmeister, dans le quatrième volume du Cor-
pus inscriptionum latinarum : Inscriptiones parie-
tarise Pompeianse, Berculanenses, Slabianae, consilio et
auctorilate Academise litterarum regiœ Borussicœ. Ac-
cedunt vasorum ficlilium ex eisdem oppidis erutorum
inscriptiones éditée a Richardo Schoene, in-fol., Berolini,
1871.
Le perfectionnement apporté aux procédés mécaniques
a rendu possible les reproductions photographiques et
phototypiques telles que les ont données G. Arndt,
Schrifttafeln zum Gebrauch bei Vorlesungen und zum
Selbslunterricht, in-fol., Berlin, 1874, 1878, fasc. i, ri;
Ch. Zangmeister et G. Wattenbach, Exempla codicum
Latine, um litleris maiusculis scriptorum, in-fol., Hei-
delberg, 1876, 1879, et supplément, in-fol., 1879; la
société paléographique de Londres, The palgeographical
sociely, facsimiles of manuscripts and inscriptions,
édités par E. A. Bond et E. M. Thompson, in-fol., Lon-
dres, 1873-1878, part. I-VIII; Césare Foucard, Elementi
di paleografia, la scrittura in Italia sino a Carlo Ma-
gna, parte 1 (dal il secolo avanti l'era volgare sino al
v dopo), 10 pi., in-fol., Milan, 1879.
IV. Du nombre de lettres. — Il n'entre pas dans les
limites de ce travail de rechercher les origines de l'al-
phabet. A l'époque où la religion chrétienne transcrit
ses pensées sur la pierre et les métaux, cet alphabet
avait subi ses changements les plus importants et vers
la fin de la république, c'est-à-dire à l'époque la plus
féconde en inscriptions romaines, le système alphabé-
tique latin était arrêté définitivement presque en entier 2.
L'alphabet archaïque n'était que l'alphabet grec légè-
rement modifié, il ne compta pendant presque toute la
période républicaine que vingt et une lettres. Vers la
fin du viiie siècle de Rome, on ajouta le Y et le Z. Vers
la même époque, les formes perdirent leur aspect raide
et étriqué et l'écriture monumentale prit ce cachet d'élé-
gance qu'on mit grand soin à lui conserver pendant les
' \V. Wattenbach, Anleitung zur lateinischen Palseographix,
in-8", Leipzig, 1869, p. 1 sq. — 2 Voy. Mommsen, Die Unterital.
Dialekte, in-8% Leipzig, 1850, p. 26 sq. ; Ritschl, Priscx latini-
tatis documenta epigraphica, Berlin, 1862, p. 111 sq. ; Zur
Geschichte des lat. Alphabets, dans les Opuscula, Berlin, 1809,
t. iv, p. 691 sq. ; A. Fabretti, Primo supplemento alla raccolta
délie antichissimi scrizioni italiche, in-4% Torino, 1872; R.
Garrucci, Sylloge inscr. lat., in-8°, Taurini, 1875-1877; Fr. Le-
deux premiers siècles de l'empire. Malgré nos recherches,
nous n'avons pu rencontrer parmi les inscriptions chré-
tiennes un seul cas certain de l'emploi des trois lettres
introduites par l'empereur Claude dans l'alphabet lalin,
d'où elles disparurent après sa mort 3. Ces lettres étaient
les suivantes : 1° le digamma inversum, d, destiné à
remplacer le V consonne, par exemple : JVLGVS *; —
itUOiiiuiiKM/vo/^RUV*
A r) cw F q h i r- V /WV0PO N[V^
WVvN
mu.
18. — Alphabets pompéiens
D'après le Corpus inscriptionum latinarum, t. iv, pi. XL.
2° Yantisigma, O destiné à exprimer le son ps 3 ; — 3U
le signe i- (demi-aspiration) destiné à donner le son
intermédiaire entre i et u comme dans optwmus pour
optimus 6.
V. Du nombre d'alphabets. — On ne saurait con-
fondre l'alphabet monumental et l'alphabet cursil; il
faut faire une place aussi à l'alphabet oncial qui n'appa-
normant, dans leDictionn. des antiq. grecq. et rom. de Daremberg
aumot Alpliabctum ;R.. Cagnat, Cours d'èpigr. latine, in-8-, Paris,
1889, p. 2 sq. — 3Tacite, Ann., xi,14: Claudius très litteras adiecit
qux usui, imperitante eo, post obliteratse, adspiciuntur nunc
etiam in xre. — * Priscien, Inst. grammat., I, 4, 20. Cf. Quinti-
lien, Inst. orat., I, 7, 27; Aulu-Gelie, Noct. attic, xïv, 2, 5. —
5 Priscien, Inst grammat., i, 7, 42. — 6Mai'iiiïVictorinus,p. 2465,
éd. Putsch, dans Corpus scriptor. eccles. latinor., Vienne.
51
ABECEDAIRE
52
rait guère avant le IVe siècle 1 et le celtique, mais on ne
peut tenir compte ici de quelques essais d'inscriptions
qui révèlent une main presque ignorante des rudiments
de l'alphabet ou de ceux de l'art du graveur ou bien
encore de jeux épigraphiques qui ne sont pas du do-
maine de la science, niais de celui de la curiosité. On
sait d'ailleurs, que nombre d'inscriptions sont l'ouvrage
de particuliers .(iii ne pouvaient ou ne voulaient pas se
servir des lapicides -.
VI. Des esquisses. — Quant à la persistance des
mêmes types, il est possible, mais peu probable, que les
anciens aient fait usage du moule; on n'a aucune preuve
positive à en donner 3. Pour les esquisses tracées ù
l'aide de la craie, de la brique, du charbon ou autre-
ment, il n'en reste pas trace ; mais, eu égard au peu de
fixité de ces matières, on n'en saurait rien conclure
6. ABCDEFGHIKLMNOPQRTVX 2518
7. ABCDIII'GHIKkMNOPQRSi»» 2519
8. ABCDIII'GHIKLMN 2520
9. I LDI-GIIII.MNOIOP 2520a
io. k%wmmmio\\Y,\w\ 25206
11. ABCDIIIiCHUiilI 2521
12. ABCDIIIiGHl«iil 2522
13. ABCDIrGHHl« 2523
14. ABCDIIIHG 2524
15. ABCDIII'GHHSIIVAA»» 2525
16. ABCDIIFG 252(5
17. ABCDII 2527 et 2527a
18. ABCDII 2528, 2530
19. ABCDII 2529
20. ABCD 2531, 2533. 2534
21. ABCD 2532, 2532a
vm\^&
V
Umnwï^^^hf^M
M/
r
W^B®llCC3îp^E®p-ip^-:pt
kBCDECGlQoïKLrw^ao
19. — Alphabets grecs. D'après Kaibel, Itiscriptiunes yraecœ aiciliœ, Italix, n. 2020-2624.
■contre cet usage. Aucune inscription chrétienne ne nous
est d'ailleurs parvenue dans des conditions de conser-
vation analogues à celles des inscriptiones parietarix de
Pompéi, sauf toutefois les quelques graffiti chrétiens
découverts dans cette ville.
L'emploi des instruments de géométrie n'est pas dou-
teux, tire-ligne, équerre, compas. Il se pourrait bien que
les instruments indiqués sur la tombe du fossoyeur Dio-
gène lui aient servi à tracer les inscriptions plus qu'à
autre chose. Outre les inscriptions tracées au pinceau,
il s'en trouve quelques-unes dans lesquelles la partie
creusée a été peinte soit avec le rouge, soit avec l'or.
Voyez Inscriptions. Voici quelques-uns de ces abécé-
daires trouvés à Pompéi (fig. 19).
VII. Essai de classement.
1. ABCDIIrGHIKkMNOPQRS7VZ 251i
2. ABCDMrGHIKkMNOPvRsTVX .,-,-
3. ABCDIIrGHIKkMNOPQR2TVX 2516
4. ABCDEF<=HIKLMNOPQRSTVX 251,
5. ABCDIII'CCHIKLMNOPQRSTVX »
1 De Kossi, Inscr., t. i, p. 43, 50; Corp. inscr. lat., t. vm,
n.2391 ; Comptes rendus de l'Académie des inscr. et belles-lettres,
in-8% Paris, 1884, p. 64; Ephem. epigr., t. v, p. 279; t vu,
p. 6t. Un exemple dans Hiibner, Inscr. Hïsp. suppl., 1900,
n. 294, qui croit cette écriture contemporaine du ni" siècle, en
Afrique. Voy. Exempt script Int.. p. xxxvm et n. 1146-1152.
— * E. Le Blant, Sur tes graveurs des inscriptions antiques,
22. ABCD" n 2535
23. ABCI 2536
24. A B 2537-2539
25. ABC 2540
26. aA 2540 b
27. AXBVC«« 2542
28. AXBVCD 2543
ABVCTDSIIRFIQ 251 V
uasaiDAaxv ^^
2549
29.
30.
31- OHOH/.//0-
32. vSNQRTAXBS
33. ASx'vRBV
34. AX
35. AX.
36.
37.
38.
25i5
2546
25V7
2548
OPQR 2549a
IHKLMNO 25-496
RRRRRR 9549c
OPQER
11 n'existe dans l'épigraphie occidentale quun petit
nombre d'abécédaires grées. En voici quelques-uns :
1. Mélaponte, sur la panse d'un vase ;
a P y ô £ F î H i v. ). ii v o ^ S p s : 'J ? y •
G. Kaibel, Inscr. grmc. Sicil.. n. 2420.
dans la Revue de VArt chrétien, Paris, 1859; Hiibner, Exem-
iraphicx, in-fol., Berolini, 1885, p xxv. Voy.
inscr. lot., t. n„n. 391, 416,738 3222; t. ni,n.79,80;tv,n.
"160; t. vi. n. 9102. 10761, 11131 ; t vm, n. 2026, 2874,
4120; Kenzen, n. 7215, ouHûbner, toc. cit., u. 1100; Corp. inscr.
lat., t. m. n «36, 5196; t. v. n. 8856; t. VI, n. B861; t. vm
i, 684, 2756, fâW, 4-410. — 'Hiibner, toc. cit., p.xxvu.
53
ABÉCÉDAIRE
54
2. Melllcha.
a] p y S [s] F [C] fc [0] i y. X u, vo fi] 1 p o t[u E ç] X
G. Kaibel, Insc. grœc. Sicil., n. 2420 5.
3. Misanelli, « vaso di crota gre/.za. »
a [J y ô < r, > e F î -i) 8 ' * ^ v 5 "^ P 5 " " ? ? Z w
G. Kaibel, l»scr. grœc. Sicil., n. 2420°.
"VIII. L'abécldaire dans l'antiquité ecclésiastique.
— Un vase chrétien trouvé à Carthage, il y a peu d'an-
nées ' (fig. 19), portait représenté sur la panse une croix
équilatérale entre deux poissons accostés des lettres A
20. — Vase chrétien trouvé à Carthage.
D'après le Bull, di arch. crist., 1880, pi. vin.
B C, le tout, d'une facture assez grossière. Le lieu où fut
faite la trouvaille étant à proximité d'un baptistère, on
crut pouvoir conjecturer que l'on se trouvait en présence
d'un ustensile destiné à accomplir les rites baptismaux.
On sait en effet la signification des poissons. Dans le
plus antique symbolisme chrétien ils représentent les
fidèles régénérés et enfantés dans le Christ par le bap-
tême ; pisdculi secundum !^8'jv. Aux Ve et vie siècles, les
poissons devinrent l'ornement principal des baptistères.
Les caractères de l'inscription ne répugnent pas à cette
date; en outre, nous savons qu'on faisait usage de vases
pour le baptême par immersion, et si nous ne sommes
pas renseignés sur cette partie du mobilier liturgique,
nous ne pouvons être surpris de le rencontrer tellement
pauvre et grossier, car l'Eglise de Carthage vivait alors
sous la menace de la persécution des Vandales. Enfin,
* De Rossi, Bull, di arch. crist., in-8°, Roma, 1880, pi. vm. —
*J. J. Ciampini, Vetera monimenta, in quibus prsecipue musiva
opéra sacrarum profanarumque xdium structura ac nonnulli
antiqui ritus dissertationibus iconibusque illustrantur, in-fol.,
Romuî, 1690, t. Il, pi. iv, v. — 3Clermont-Ganneau, Un cha-
pitre de l'histoire de l'A B C, dans les Mélanges Charles
Graux, in-8", Paris, 1884; Du Cange, Glossarium, au mot
abecdarium, abcturium ; Martène, De antiquis Ecclesiseritibus,
1. 11, c. xni. iu-fr.l.. Rouen, 1700-1702; Lyon, 1706; Anvers-Milan,
1736-1738. — * Gregorii M. Opéra, P. L., t. lxxviii, col. 53. —
la forme du vase s'éloigne assez peu de celle d'un vase
employé à un usage semblable que nous voyons dans un
monument qui peut être du vne siècle2. Il reste à expli-
quer les lettres ABC.
Ces lettres servent généralement à désigner toute la
série alphabétique. On dit Yabc ou Yabcd3. On trouve
fort anciennement dans les livres liturgiques ces
mêmes lettres employées pour désigner un rite dont
nous aurons à parler. Le sacramentaire publié par
dom Ménard prescrit pour la consécration des églises
l'inscription des seules lettres ABC au lieu de l'alphabet
en entier, qui était tracé sur la croix faite de cendres4.
Cette double rencontre de la croix et des lettres ABC
mérite attention.
Les exemplaires d'anciens alphabets grecs eu romains 5
offrent des combinaisons variées. Henzen a trouvé une
pierre qui avait servi à un apprenti lapidice pour s'es-
sayer à graver l'abécédaire latin et le sigle L). M. S. 6.
On connaît une tablette portant ces lettres :
ABrAeZHGIKAM....
nONTII
C'est probablement une tablette scolaire qui a servi
ensuite de pierre sépulcrale7.
Deux tombes chrétiennes sont plus dignes d'attention,
l'une provenant du cimetière Ostrien :
A B
l'autre du cimetière de Sainte-Christine de Bolsène 8 ;
De Bossi a vu la combinaison suivante sur la bordure
inférieure d'un loculus 9 :
ABCDEGKFLMNP
A+©A
ABCDEfC
Enfin, une pierre du cimetière de Saint-Alexandre au
septième mille de la voie Nomentane porte les graffites
suivants :
a) AXBVCTESDR
EQGPH M
b) -"BCCEECHI
MNOPQ
RSTVXYZ
Il y a ici deux groupes abécédaires différents. Le pre-
mier a déjà attiré l'attention du P. Garrucci 10 et de De
Bossi il après lesquels il ne reste d'ordinaire que bien
peu de chose de nouveau à dire. Cet alphabet est le même,
sauf une variante, que le n° 30 de notre classement des
alphabets latins : S3SaX0A9XV- Cette bizarrerie s'ex-
plique par une coutume des pédadogues que nous trou-
vons en vigueur à Stabies, c'est-à-dire au plus tard au
premier siècle de notre ère, et dont saint Irénée et saint
Jérôme nous donnent l'explication. "Opa oùv xsçaXv
avw, to. aXça x«i xb £3, ■zpiyriXov Se B xoù W, oj^io-j;
â[j.a '/spac r xoù K, <ttt|8y) A xoù •£, 5i7.fpctyy.oi. E xoù Y,
vâ)xov Z xat T, xoiXîav H xoù S, (xripouç 0 xoù P, yôvoctoc
I xoù II, xvrj[j.aç K xoù O, <j;pupà A xai S, ■rcô'ô'aç M xoù
N. ToOto" èarc xb o~<JijJ.a tyj? xatà tôv \i.âyov 'AXï)8£i'aç 12.
Ces inscriptions sont assez fréquentes parmi les graf-
5 Kaihel, Inscr. grxc. Sicil., n. 2420 '-6 ; Zangraeister, Corp. inscr
Int., t. IV, p. 164, 165 ; Benndorf et Hirschfeld, Archàol.-epigraph.
Mittheil. aus Œsterreich, in-8», Wien, 1881, p. 124, n. 16 ; Henzen,
Bull, dell' Istit. di correspond, archeol. di Borna, m-8',Roma, 1862.
p. 29; De Rosti, Bull, di arch. crist., 1880, pi. vu. — 6 Henzen,
Bull, dell' Istit., 1862, p. 29. — ' De Rossi, Bull, di arch. crist.,
1881, p. 131. — 8 Stevenson, Nelle notizie di scavi del Fiorelli,
août 1880, p. 276. — 9 De Rossi, loc. cit., p. 132. — '»R. Gar-
rucci, dans le Bull, dell' Ist., 1861, p. 38. — "De Rossi, loc. cit.,
p. 132. — '= Irénée, Contr. hseres., i, 14, 3, P. L., t. vu, col. 601,
55
ABÉCÉDAIRE
56
frtes '. Nous en trouvons d'autres exemples en numisma-
tique. Sur un denier de L. Cassius Cœcinianus 2 on lit
ces sigles
AX, BV, CT, DS, ER. FQ, GP- HO, IN, KM 3.
Cavedoni 4 avait conjecturé une explication que les
textes de saint Jérôme ont démontrée juste. Sicul apud
nos. dit saint Jérôme, Grsecum alphabelum usque ad
novissimam litteram per ordinem legitur, hoc est Al-
pha, Bêla et cetera usque ad Q, : rursumque propter
mernoriam parvulorum solemus lectionis ordinem
vertere et primis exlrema miscere, ut dicamus Alpha
Û, Beta, Psi : sic et apud Hebrœos, etc. 5. Et dans une
lettre à Léta à qui il donne des conseils pour l'éducation
de sa petite fille : non solum ordinem leneat littera-
rum, ut memoria nominum in canticum transeat, sed
ipse inter se ordo crebre lurbetur, et mediis ultima,
primis média misceantur ' G . M. De Rossi a conclu que
l'auteur du graffite du cimetière Saint-Alexandre était
sans doute un enfant qui, ne voulant pas s'éloigner sans
laisser lui aussi son proscynème sur la muraille, y a
écrit tout ce qu'il savait, Yabc, suivant les deux modes
qu'il avait appris : per ordinem et ordine verso primis
extremas litteras jungens. Il est à remarquer que dans
le second groupe on lit la lettre Z, tandis que dans le
premier groupe c'est encore la combinaison de Stabics
qui est en vigueur, c'est-à-dire l'antique alphabet de
vingt et une lettres allant de A à X. Ce petit détail a son
intérêt pour l'histoire de la pédagogie, il nous montre
qu'en quatre ou cinq siècles les modèles dans les écoles
n'avaient pas été modifiés et ce n'étaient pas seulement
les rudiments qui restaient dans cette stagnation. Vers
le Ve siècle on constatait dans les programmes un
retard de cinq ou six cents ans. Ennodius de Pavie,
évëque et grammairien, tenait l'art de la parole pour le
premier de tous. Ses clercs devaient avoir fait leurs
classes sans en rien omettre. Toute la friperie littéraire,
dont Tacite et Pétrone se plaignaient de leur temps,
était encore à la mode. Cette persistance des coutumes
les plus insignifiantes doit être quelquefois rappelée,
ne fût-ce que pour tempérer un peu la tendance de
quelques-uns à pourvoir la doctrine de l'évolution d'une
chronologie souvent trop rapide.
Du vase marqué ABC. — On ne saurait omettre le
rapprochement entre la croix accostée de ABC et la crux
decussata, le long des branches de laquelle l'évêque con-
sécrateur d'une église trace les lettres de l'abécédaire. Un
fait très différent et qui semble fournir le trait d'union
nécessaire est la persistance dans la langue populaire en
Italie de la locution santa croce, croce sanla pour dési-
gner par antonomase la table abécédaire1. Une explica-
tion se présente naturellement des sigles du vase bap-
tismal de Carthage. Les pisciculi représentent les
baptisés que l'on désignait du nom de infantes et aux-
quels on apprenait pendant la semaine inalbis le rudi-
ment de la vie spirituelle. L'abécédaire symbolise cet
enseignement rudimenlnire qui allait leur être donné.
Peut-être faut-il rapprocher encore un usage, tardif as-
surément, mais qui parait inspiré par la même pensée.
A Milan, au XIe siècle, on commençait l'instruction des
catéchumènes par l'explicntion du monogramme accosté
•Cf. l'Essai de classement, n. 27-30, 32-35. — «a. J. Gruter,
p. 864, n. 11 ; J. Eckhel, Doctr. num.vet., t. v, p. 166. — 3Momm-
sen, Geschichte des Rom. Munzwcsens, p. 561, trad. de Blacas,
Histoire de la monnaie romaine, in-8% Paris, 18(i5--18?3, t. n,
p. 387, n. 103. Voy. Friedlânder, Oskieche Mùnzen, p. 87 ; Riccio,
Cat., p. 63 ; prem. suppl., p. 6 ; J. Kvklicl, Doctrina vetcrum num-
morum, in-4°, Vindiibonœ, 1702-1798, t. v, p. 76; C. Cavedoni.
Bipostigli antichi, p. 172, cf. De Rossi, Bull, di arch. crist.,
18S1, loc. cit. — lC. Cavedoni, Bull. delV Ist., 1893, p. 17:.;
1865, p. 256. — SS. Jérôme. In Jerem., xxv, 26, P. L., t. xxiv.
col. 838. — "S. Jérôme. Epist., xvn, P. L., t. xxn, col. 867.
— ' Verattl, dans les Opuscoli religiosi letterari c morali, in-S%
des lettres AQ1, Enfin une explication très nette est
donnée au ixe siècle par Rémy d Auxerre, lorsqu'il ex-
plique le rite de l'inscription de l'alphabet le long de
la Crux decussata : Quid auleni per alphabetum nisi
initia et rudimenla doctrines sacrœ intelligi conveniO?
Le rapprochement de l'abécédaire et de la croix a eu
lieu d'assez bonne heure et d'une manière un peu diffé-
rente, mais qui cependant doit être notée. Une serrure
à secret du IVe siècle nous donne cinq abécédaires10;
chacun d'eux est précédé d'une palme. Deux matrices
en marbre servant à faire empreinte sur une matière
amollie ont été trouvées sur l'antique emplacement
d'Erice en Sicile. Ces moules portaient l'abécédaire
gravé en bordure et allant de A à Z. Ces abécédaires
étaient encadrés chacun par deux croix, une au commen-
cement et une à la fin J1 (fig. 21).
\7aD :LAaoa^A*/
FIHC
xxn
AZDaZ'ïïgMJCtmno
XX *
21. _ Moules d' abécédaires.
D'après le Corpus inscriptionum latinarum, t. x, n. 8001.
Un monument plus curieux a été trouvé à Rome en
1877. Sa paléographie le fait dater du vi« ou du vir siè-
cle, mélange de capitales et de cursives, le S pour le Q
et le x pour le X. Toutes les fois que l'O latin s'est ren-
contré il a été remplacé par le 0 grec, de plus l'alpha-
bet est de vingt et une lettres et s'arrête à X. C'est un
nouvel exemple de la persistance des vieux modèles dans
la pédagogie romaine. Cette pierre contient trois lé-
gendes distinctes : 1° un abécédaire, 2» deux formules.
Chaque groupe débute par une croix '- (fig. 22).
Il semble légitime de conclure que cette pratique
était ordinaire à l'époque et dans la région où la pierre
fut couverte d'inscriptions; or on sait qu'à Rome cette
coutume apparaît vers la fin du Ve siècle. C'est à la même
époque qu'il faut probablement rapporter l'usage de
marquer une croix en tète de l'alphabet. A vrai dire, le
vase de Carthage offre une différence, puisque la croix
s'y trouve non au commencement mais entre les lettres
de l'abécédaire, de même à Bolsène. Il n'y a peut-être
pas eu d'autre raison que la recherche d'une certaine
svmétrie.
Un rite de la liturgie romaine semble olliir mati.
rapprochement avec les usages rapportés ci-dessus. La
dédicace des églises comporte la cérémonie suivante :
l'évêque écrit sur le sol en se servant de l'extrémité de
son bâton pastoral deux abécédaires, un grec et un latin.
Modena, 1882, p. 56, 57. — 8 J. Allegranza, Spicnazioni e
ri/lcssioni sopra alcuni sacri monumenti antichi di Milano,
in-'r, Milano, 1757, p. 18 sq. — ll Remv d'Aï] ict. de
dedic. ceci., dans Martène, Dé antiq. /.' s, 1. II. 13;
Ord. xi. — ,0 De Rossi, Bull, di arch. crist.. 1880, pi. VU. —
" Mommsen, Corp. inscr. lut., t. x, n. S064 \5. — '«Fiorelli,
Notizie degli scavi di antichità commtinicate alla rcale acca-
demia dei lineei, in-4% Roma, 181 I meiani, Bullcttino
archeologico municipale, m-i\ Roma, 1877, p. 56: De 1.
Bull, tlt arch. crist.. 1881, p. 137. Cf. Jordan dans Jahresbe-
richt ilcr kl. Alterthumsw., 1878, t. xv, p. 416. Corp. inscr.
Int., t. vi, paru 4, n. 29849
57
ABECEDAIRE
58
le Ions de deux lignes tracées avec de la cendre en
forme de crux decussata (X). Les abécédaires doivent
avoir leur point de départ du côté de l'orient et se diri-
ger vers l'occident.
Le sacramentaire dit léonien, qui n'est à vrai dire
qu'un recueil de préfaces et d'oraisons du type romain,
ne renferme aucune prière ayant rapport à cette céré-
monie. Le sacramentaire grégorien porte la rubrique
suivante : Deinde incipiat pontifex de sinislro angulo
22. — Pierre trouvée à Rome avec abécédaire.
D'après le Bull, di archeologia cristiana, 1881, p. 137.
ab Oriente scribens per pavimentum cum cambutla
sua, A, B, C, usque in dextrum angulum Occidenlis ;
incipiens ilerum similiter a dextro angulo Orienlis,
A, B, C, scribit usque in sinistrum angulum Occi-
dentis BasiUcx '. On avait alors la liberté d'écrire
seulement ABC ou bien l'abécédaire entier, en latin et
en grec, ou deux lois en latin.
Ce rite fut à un moment donné, raconte dom Ménard,
modifié par certains évèques qui ajoutèrent l'alphabet
hébraïque 2 ce dont on trouva aussitôt la raison mys-
tique : quia ecclesiaslica doclrina Hebraïco, Graeco l.a-
tinoque sermone utitur, maxime ideo a quibusdam
episcopis tria hsec alphabeta conscribuntur 3. Une re-
marque plus importante a été laite à propos de ce rite
qui manque dans l'édition du sacramentaire grégorien
de Pamélius, dans celle de Rocca et dans un des plus
anciens manuscrits que Ménard a consulté *. Ce n'est
pas ici le lieu d'aborder la question de l'époque à laquelle
le rite de la dédicace a été inauguré, à quelle époque il
a reçu ses derniers accroissements. L'usage dont nous
recherchons les origines ne parait pas se rattacher aux
rites de la prise de possession des temples païens. Les
indications fournies par les textes ne permettent pas
d'établir la parité. Varron dît : locus augurii aut aus-
picii causa quibusdam conceptis verbis finitis et il
' Gregorii M. Opéra, P. L., t. lxxviii, col. 53. — * Martène,
De antiquis Eccl. ritib., 1. II, c. xm; Catalani, Pontificale Ro-
manum, in-tol., Rome, 1739. t. Il, p. 63. — 3 Gregorii M. Opéra,
P. L., t. lxxviii, col. 414. Cf. Galluzzi, /( rito di consecrare le
chiese, Roma, 1722; Cecconi, Il sacro rito, etc., Roma, 1722;
De Ruoi, Sulla consecrazione délie chiese, dans la Haccolta di
diss. distoria eccl. de Zaccaria, t. vm, p. 51 sq. — 'Pietro Lazeri,
Délia consecrazione del Panteon lutta dal Ronifacio IV, p. 27,
raconte comment on s'y prenait pour limiter le terrain :
[auguri] spectabant conversi a septentrione inaustrum,
sinistra ab oriente, dexlra ab occasu, antica ad meri-
diem postica ad septenlrionem 5. Fcstus écrit : templa
l'unit ab auguribus, cum loca aliqua tabulis aut linteis
sepiuntur cerlis verbis definita 6. Et Servius : loca
sacra, id estab auguribus inaugurata, efl'ata dicuntur1.
Or, on ne trouve rien de semblable dans le rite de la
dédicace, ni concepta verba, ni locus e/falus, la crux
decussata est tracée sur le sol en silence.
Isidore de Séville ayant la préoccupation des temples
chrétiens change les dispositions indiquées par Varron;
il place Yanlica ad orlum et la postica ad occasion,
puis il ajoute : unde et quando templum construebant,
orientent spectabant sequinoclialem, ita ut hneec ab
orlu ad occidentem missse fièrent partes ceeli dexlra
alque sinistra xqualcs s . Les lignes qu'Isidore a en vue
sont le cardo maximus etle decumanus maximus dont
faisaient usage les agrimensores, ce qui forme la <-)-ii.c
decussata^1. C'étaient des choses d'usage vulgaire et dont
faisaient usage non seulement les augures, mais les ar-
penteurs pour l'établissement de ce que nous appellerions
aujourd'hui le « cadastre 10. » Les arpenteurs avaient
coutume de repérer leurs mesures avec des lettres
auxquelles ils donnaient entre eux une valeur particu-
lière; ils les appelaient casse litterarum u et y compre-
naient tout l'alphabet grec et tout l'alphabet latin. Le
X (decussis) était la lettre la plus importante de leur
système.
Il est évident que la crux decussata, accostée des
deux abécédaires, disposée d'après les points cardinaux,
que nous avons trouvée dans un rite liturgique dérive
d'une pratique identique, en usage dans la corporation
des agrimensores latins.
Comme il arrive trop souvent des convenances aper-
çues après coup donnèrent lieu à une explication mys-
tique visiblement superposée au fait et accommodée à ce
qui était établi. Nous avons vu par Rémi d'Auxerre
qu'au IXe siècle le sens primitif du rite était oublié :
Quid autem per alphabetum nisi initia et rudimenta
doctrinœ sacrai intelligi convenit 12?A la même époque,
un pontifical anglais prescrit au chœur de chanter une an-
tienne relative à la pose de la première pierre et au fonde-
ment symbolique qui est le Christ (X) 13. Le decussis X
devint ainsi signum Chrisli et la prise de possession
simplement conforme à la vieille coutume, parut une
sorte de cérémonie symbolique longuement préméditée.
Peut-être une autre étape fut-elle marquée par la substi-
tution, d'après le même ordre d'idées, des lettres ini-
tiales et finales A 00, à la série abécédaire, en raison de
la signification symbolique que l'auteur de l'Apocalypse
donnait à ces lettres. Voy. A 00, col. 1. Il n'y avait plus
qu'un pas à faire pour remplacer A 00 par ABC, aflaire
d'ignorance, ou d'oppo6ition. C'est peut-être l'explication
des sigles du vase de Carthage.
IX. Abecedaria liturgiques. — On trouve au Bréviaire
mozarabe une composition abécédaire qui appelle un
mot d'explication. C'est à l'office des morts après le pre-
mier répons que s'ouvre une s«rie des Abicidaria. Voici la
trame de l'office entier :
In agenda mortuorum.
Antiphona. Requiem aeternam.
Psalmus I. (To lus cum Gloria.)
Antiphona. Requiem œte.rnam, etc.
Responsorium . Surgam, etc.
28, cf. De Bull, di arch. crict., 1881, loc. cit. — 5 Varron, De
Ungua latina, vu, 2. — ° Festus, éd. Mûller, p. 157. — 'Ser-
vius, Ad Mneidem, m, p. 463. — 8 Isidorus, Origines, xv, 4,
7; Etymologiarum, I. XV, c. IV, n. 7, P. L., t. lxxxh, p. 544.
— 8De Rossi, Roma sotterranea , t. m, p. 704. — «> De Rossi, Plante
di Roma, in-fol., Roma, p. 9, 12. — " Gramatici veteree, éd.
Lachmann, t. I, p. 309 sq. ; t. H, p. 235, p. 268, 409 sq. — '« Rémi
d'Auxerre, loc. cit. — "Catalani, loc. cit., p. 64.
59
ABECEDAIRE
60
Abicidaria. Deus miserere, ueus miserere : heu me!
[Reiteretur. Deus miserere.]
P. Miser, infelix, malum quod gessi, non intellexi :
heu me!
t Ad te Domine animam levo :
lieu me!
Occulta cordis jam reus pando
heu me!
P. Miser, infelix.
f 0 vita omnis valde amara!
heu me!
In qua comisi plurima mala :
heu me!
P. Miser infelix.
f Oculi mei, fundite quas :
heu me!
Forsitan Deus delet peccata :
heu me!
P. Miser, infelix.
Viennent ensuite deux répétitions de tout ceci, mais
avec des formules nouvelles et les psaumes il et cxxvi.
A l'office de Matines on retrouve les mêmes composi-
tions intercalées à trois reprises entre les psaumes. Les-
ley a déjà attiré l'attention sur ces psaumes dont la
composition semhle inspirée par le psaume de saint
Augustin adversus Bonalistas. Ce sont des centons,
tirés de tout le psautier, avec cette préoccupation de
les grouper d'après l'initium du verset qui est inva-
riable. On ne trouve qu'à vêpres et à laudes ces cento-
nisations, car, à l'office de vigile on s'est contenté de
trois psaumes empruntés au psautier de David (i, il,
cxxvi). Voici le système adopté :
Ad vesperas :
Psalmus. Eripe animam meam ab impio, "frameam
tuam ab inimicis manus tuœ.
Eripe me de manu inimicorum nostrorum'
et a persequentibus me.
Eripe.
Psalmus. Usquequo exaltabitur inimicus meus super
me* respice et exaudi me Domine Deus
meus.
Usquequo Domine oblivisceris.
Usquequo.
Psalmus. Red[ime me, redimet, redemisti, redemptio-
nem]
Psalmus. Numquid.
Ad matutinum.
Psalmus L (Miserere mei Deusjcitm Gloria.
Psalmus. Ad te.
Psalmus. Miserere mei.
Psalmus. Libéra.
Psalmus. Tu Domine.
Psalmus. Tu.
Psalmus. Ad.
Psalmus. Domine.
Psalmus. Respice.
Psalmus. Laeta[bitur, lanabimur, laetamini, l.Ttentur,
laetetur.]
Quelques-uns de ces centons paraissent avoir subi des
intercalations assez maladroites, comme le verset Illus-
tra faciem dans le psaume : Eripe. Dans deux cas l'er-
reur est le fait de l'éditeur; numquid du psaume Ad te
appartient au verset deuxième; ecce sicut et sicut du
psaume Ad appartiennent au premier verset. Il faut
1 Breviarium gothicum, P. L., t. lxxxvi, col. 980-989. —
■Ibid.. col. 969-970. — 3 Ms. irlandais du XV siècle, p. 31.
Voy. W. Stokes, Three middle-irish homilies, in-8-, Calcutta,
1877, p. 102; cf. H. Gaidoz, Les gâteaux alphabétiques, dans
Mélanges Rénier, Bibliothèque de l'École des hautes études,
in-8\ Paris, 1887, p. 1 sq. — * « Sur l'étymologie ù'elementa
enfin signaler une particularité très digne de remarque
Le premier verset du psaume Tu Domine offre cette
légère variante : Quia tu Domine. Le Quia s'explique
ici parce qu'il se rattache étroitement à l'antienne du
centon. Voici ce fait assez rare pour être relevé :
Antiphona : Sedentes in tenebris, et umbra mortis :
vinctos vinculis tu résolve Domine.
Quia tu Domine suavis, ac mitis...
Tu Domine Deus miserator...
Tu Domino adjuvisti '.
Il faut remarquer que ces compositions ne justifient
guère dans leur rédaction actuelle leur titre d' Abeceda-
ria. Mais on ne doit pas oublier que toutes ces pièces
ont été tellement remaniées ou abrégées, qu'elles ont
à peu près perdu leur caractère primitif. Pour retrou-
ver ce caractère on peut remonter aux manuscrits litur-
giques. Voici les trois premières invocations du rituel
des funérailles, tirées d'un manuscrit visigothique du
xic siècle (codex 56 de l'Académie de l'Histoire, Madrid)
dont nous devons la communication à dom Férotin :
Ad te clamantes exaudi, Christe, o Jhesu boue! tu illi parce.
Bénigne Deus, aurem appone :rugitum nostrum plus intende.
Celitus aime rex omnis terre, januam vite tu illi pande.
et ainsi de suite sur toutes les lettres de l'alphabet. On
en trouvera d'autres exemples dans ce manuscrit qui
sera bientôt édité dans notre collection des M'onumenla
Ecclesix liturgica.
Sous cette forme, ces prières rappellent les Miserationes
ou les preces de la Liturgie mozarabe-. Voyez Accla-
mations, et surtout Litanies et Mozarabe (Liturgie).
X. Curiosités. — On lit dans une ancienne vie de saint
Colomba conservée dans le Lebar Brecc 3 le récit sui-
vant : « Quand vint pour lui [Colomba] le temps d'ap-
prendre à lire, le prêtre alla trouver un certain devin
qui demeurait dans le pays, pour lui demander quand
il serait bon que l'enfant commençât à apprendre. Le
devin examina le ciel; puis il dit : Écris pour lui main-
tenant son alphabet. On l'écrivit sur un gâteau. Et voici
comment Colomba mangea le gâteau, la moitié à l'est
de l'eau, et l'autre moitié à l'ouest (c'est-à-dire en
Irlande). »
Il n'y a aucune apparence que cette pratique d'écrire
l'abécédaire sur les gâteaux des petits infants, qui
constitue une classe épigraphique très spéciale, ait été
imaginée par les Celtes, gens peu inventifs, dont l'art
fut de conserver obstinément les coutumes qu'on leur
avait fait une fois adopter.
Peut-être y a-t-il une allusion à un usage identique
dans ces vers d'Horace, Satir., 1. I, i. v. 25, iti :
Ut puais olim dant crustula blandi
Doctores, elcmenta1 velint ut discere prima.
L'ingénieux érudit à qui sont empruntés tes éléments
de cette note fait remarquer que les Romains em-
ployaient des lettres d'ivoire pour apprendre l'abécédaire
aux enfants. Nous avons sur ce point le témoignag
Quintilien ' etde saint Jérôme ''■ ; une pratique semblable
existait au moyen âge comme le montrent les méreaux
de plomb retirés de la Seine à Paris, et marqués d'une
lettre en relief". « Des lettres en ivoire ou en plomb
peuvent se conserver, mais des lettres en pâte de li-
teau ne servent qu'une fois et disparaissent. Leur sou-
venir ne se garde que par des anecdotes. De l'anecdote
de Cruithnechan, nous sommes forcés de descendre au
xviiic siècle, où un écrivain anglais, Olivier Goldsmith
nous fournit un texte des plus probants. Goldsmith était
comme provenant du groupe de* lettres i.mn (de même que nous
disons un abc), voir une note de M. Ilavet dans les Mém.de la Soc.
de linguist., t. v, p. 45. » Note de H. Gaidoz, toc. cit.. p. 6 —
■■Quinù'Uien. Inst. or., 1. I,c. 1,826. — «S. Jérôme, Epist.,CVU, 4,
/' /... t. xx, col. 871. — ; Plomba historiés de lu Sambre, dans la
Soc. d'arcli. aeNamur, t. xm,p. iô'2, cf. G. Bapst. L'êtain, p. 184.
61
ABÉCÉDAIRE — ABEL DANS LA LITURGIE
62
né en Irlande, mais je ne prétends pas pour cela que la
pratique qu'il rapporte dérive du Cruithnechan, L'usage
était certainement plus général, car un écrivain écossais
du même temps, Smollett, y fait également allusion.
« Il apporta à mes enfants, dit M. Primrose (le héros de
Goldsmith), deux sous de pain d'épice chacun; ma
femme résolut de le mettre de côté pour eux et de leur
donner de temps en temps par lettres (c'est-à-dire par
morceaux) L » Et un personnage de Smollett dit : « Je lui
apportai un ABC en pain d'épice2. » En Allemagne à la
même époque, le pédagogue Basedow faisait apprendre
l'alphabet aux enfants en leur donnant, pendant un mois
et l'une après l'autre, les lettres de l'alphahet en pâte
de gâteau3. Basedow n'avait certainement pas inventé
le procédé; il l'avait seulement systématisé 4.
C'est encore d'un document d'origine anglaise qu'il
nous reste à parler en finissant. Un poète inconnu, con-
temporain des derniers temps de la renaissance caro-
lingienne, nous a laissé une composition, sous forme
d'une série de tristiques, dans laquelle il expose les dif-
férentes propriétés des lettres 5. Ce poème nous est par-
venu dans plusieurs manuscrits du Xe siècle0. Le litre
ne nous apprend rien sur l'auteur, sinon sa nationalité ' .
Seul, le ms. de Chartres fait suivre le poème d'un com-
mentaire contemporain sous ce titre : Incipit exposi-
lio prescHpti alfabeli, ce commentaire s'arrête à la
lettre R. Le ms. de Paris 2773 se dislingue des autres
leçons par l'addition de vingt-cinq vers pour les deux
lettres Y et Z, dérangeant sur ce point l'ordonnance des
tristiques. Cette pièce a été éditée par Mùller 8 et
H. Omont. Cette dernière édition rend superflue la con-
sultation de celle qui l'avait précédée. En voici [un spé-
cimen :
vTRSUS CV1VSDAM SCOTI DE ALPHABETO
i Principium vocis velerum que inventio prima,
Nomen habens Domini sum felix voce pelasga,
Exsecrantis ilem dira interjectio dico.
j Principium libri, mulis caput alter et ordo,
B l Terlia felicis vere sum syllaba seniper,
' Si me grse.ce legas viridi tum nascor in horto.
INCIPIT EXPOSITIO PRESCRIPTI ALFABETI
1) Principium vocis, id est quia infans mox ut nasci-
tur prima vocedicitA. Veterumque invsntio prima, hoc
est quia A littera prima litterarum inventa est, et ideo
prima scribitur in alphabeto. — 2) Nomen habens Do-
mini s. f.v.p., id est quia apud Pelasgos, hoc est Grae-
cos, Alpha appellatur A, et in apocalipsi Johannis Do-
minus dicit : Ego sum A et û. — 3) Exsecrantis item
d. i. d. hoc est quia interdum A interjectio est exsecran-
tis, sicut habens in propheta : Et dixi A, A, A, domine
Deus.
Nous aurons l'occasion de revenir à diverses reprises
sur quelques indications fournies par le poème ou par-
le commentaire. H. Leclercq.
ABEL ET CAIN. Les sarcophages qui représentent
Abel et son frère se sont bornés à un seul trait de leur vie,
l'oblation des prémices au Seigneur, et ils se sont tenus
très près du texte sacré : « Il advint que Caïn offrit au
1 0. Goldsmith, Vicar of Wakefield, c. xn. — 2 Smollett, Hurn-
pltrey Clinker, éd. Tauchnitz, p. 122. — 3 Grassberger. Er-
ziehung und Unterricht im klassischen Alterthume, t. n,
p. 267. — * H. Gaidoz, toc. cit., p. 7, 8. — 5 Voy. H. Omont,
Poème anonyme sur les lettres de l'alphabet, dans la Biblio-
thèque de l'École des chartes, Paris, 1S81, p. 429 sq. -- 6 Pa-
ris, Biblioth. nationale, ms. lat. 2773 et 5001 ; Chartres, n.55;
Leyde, ms. Voss., q. 33. — 7 Ms. lat. ôOOl, fol. 23 : « Versus
Seigneur les produits de la terre. Abel choisit parmi les
premiers-nés et les plus gras de ses troupeaux. Dieu
regarda l'offrande d'Abel et il ne regarda pas celle de
Caïn9. »
Deux sarcophages d'Arles reproduisent cette scène 10
(fig. 23 et 24). Si l'on s'en rapporte aux monuments les
moins mutilés, Caïn porte une gerbe d'épis et quelque-
fois des fruits. Abel présente un agneau. Le reste de la
23.
Anel et Caïn. Sacorphage du musée d'Arles.
D après une photographie.
composition varie sans qu'il soit possible de dégager un
canon symbolique. Le sacrifice est généralement offertà
Dieu représenté assis soit sur un rocher, soit sur un siège
recouvert d'un voile, les pieds reposent sur le suppcda-
neum. Tantôt on voit le Christ portant un volumen,
tantôt Adam et Eve, tantôt Adam seul.
Ces indications suffisent, d'autant que les monuments
reproduits dans les anciens ouvrages de Bottari et ses
•contemporains laissent souvent à désirer pour l'exacti-
tude. Une mosaïque de Bavenne, déjà signalée par Mar-
tigny, montre Melchisédech offrant le pain et le vin, et de
l'autre côté Abel présentant un agneau lI. L'allusion au
sacrifice eucharistique n'est pas douteuse. Voir Abel
DANS LA LITURGIE.
ABEL DANS LA LITURGIE. Quoique la per-
sonne d'Abel ne tienne pas dans la liturgie et dans fart
chrétien primitif une place aussi importante que celle
d'Abraham, elle mérite cependant d'être étudiée à part.
Le chapitre qui contient l'histoire d'Abel dans la Ge-
nèse ne paraît pas avoir fait partie en général des lec-
tures du samedi saint qui ont rendu si populaire l'his-
toire de Noé ou celle d'Abraham. Naturellement la lec-
ture du livre de la Genèse, à l'office de nuit durant la
septuagésime et le carême, amène le chapitre d'Abel,
mais cette lecture n'était pas encore pour lui donner
un grand relief, au point de vue liturgique.
Ce qui est d'une importance beaucoup plus grande,
c'est la mention du sacrifice d'Abel, à côté de ceux d'A-
cujus dam Scothi de AB » ; ms. Leyde, fol. 176 : « Incipiunt
versics cujusdam Scotti de alfabeto. » Le mss. lat. 2773,
fol. 108 v, et le ms. de Chartres, fol. 1, n'ont aucun titre. —
8 L. Millier, dans les Rheinisehes Muséum fiir Philologie,
Frankfurt a. M., 1865, t. xx, p. 357-365, 640. — » Gen., iv, 3 sq.
— ,0Le Blant, Étude sur les sarcophages d'Arles, in-fol.,
Paris, 1878, pi. vi, xxvi. — " Ciampini, Vetera monimenta,
in-fol., Romae, 1690, t. n, pi. xxi.
63
ABEL DANS LA LITURGIE
C4
braham et de Melchisédech, dans la prière du canon
romain : Supra guœ propitio ac sereno vultu respicere
digneris et accepta liabcre, sicuti accepta habere di-
gnatus es mimera pueri tui justi Abel et sacrificium
patriarchœ noslri Abrahse, et quod tibi obtulit sum-
nus sacerdos tuus Melchisédech, sanctum sacrificium,
imniaculatam hostiam.
L'auteur du Liber ponlificalis nous dit que ces der-
nières paroles : sanctwm sacrificium, imniaculatam
hostiam, lurent ajoutées par saint Léon, et il n'y a pas
lieu de mettre en doute son assertion. Quelques litur-
gistes se sont demandé si la pensée de l'auteur du Li-
ber ponlificalis n'était pas d'attribuer à saint Léon
toute la prière Supra quse '. Mais cette prière dans son
ensemble paraît certainement antérieure, car il y est
fait allusion dans un écrivain delà fin du IVe siècle, an-
térieur à saint Léon, l'auteur des Quœstiones Veteris et
Novi Testamenti 2, insérées parmi les œuvres de saint
gie n'a jamais eu l'importance du sacrifice d'Abraham,
voyez Abraham dans la littogie.
Voici maintenant comment se partagent les liturgies
au sujet du sacrifice d'Abel. Dans la liturgie ambro-
sienne, le canon du jeudi saint, qui est peut-être 11
lorme la plus antique, ne mentionne pas les sacrifices
de l'Ancien Testament3. Cependant deux autres manu-
scrits ambrosiens s'expriment comme la liturgie ro-
maine 6, et de plus le Liber de sacramentis, que nous
venons de citer et qui touche de près au rite milanais,
mentionne Abel dans la formule Post pridie "•. Enfin le
très ancien manuscrit donné dans YAuctarium soles-
mense, contient, dans une missa cotidiana, cette orai-
son super oblata, qui est caractéristique : Dcus, qui
legalium differcntias hostiarum unius sacrificii per-
feclione sanxisli, accipe sacrificium a devotis tibi
famidis, et pari benediclione sicut munera Abel santi-
fica. Ut quod optulerunt ad maiesialis tuse honorera
mtoËamm^sumÊmmÈasmmÊÊir '^
24. — Abel et Caïn. Sarcophage de l'église Saint-Trophime. D'après Le Bknt, Les sarcophages d'Arles, pi. xxvi.
Augustin, et encore dans le Liber de sacramentis qui est
quelque peu antérieur. C'est aussi l'avis du cardinal
Bona et de Thomasi 3. Nous pouvons donc dater cette
mention au canon romain au moins du milieu du
IVe siècle. Par cette allusion, le sacrifice d'Abel nous est
donc donné comme une figure et une préparation du
sacrifice du Christ.
Procope de Gaza, P. L., t. lxxxvii, col. 689 sq.
(Lévilique, c. vin, 28), fait aussi allusion à cette prière
en ces termes : Pater pacatus per mortem Filii, eum,
ceu gralissimum accipiebat odorem, siquidem bcnigno
vultu qucmadnwdum sacrificium Abelis, aspexit sacri-
ficium Filii*-. Cette mention nous rappelle qu'il est à
deux reprises question d'Abel dans l'épitre aux Hébreux,
Xi, 4, et xn, 24, la première fois pour rappeler son
sacrifice, la seconde pour rapprocher sa mort de celle
de Notre-Seigneur. Mais toutefois ces deux allusions sont
très discrètes, si on les compare à l'importance donnée
dans la même épitre aux sacrifices d'Abraham et de
Melchisédech et à leur valeur figurative. C'est peut-être
■ce qui expliquerait que le sacrifice d'Abel dans la litur-
' Pamelius, Liturgica latinorum, Colonise, 1571, 1. 1, p. 572. —
«Dans la 109- question. P. L., t. xxxv, col. 2324 sq. — 3Bona,
Rerum liturgicorum,3,Xl, c. xm, n. 3; Thomasi-Vezzosi, Opéra
omnia, t. VI, p. 175. n. 1. — *Bona, Rerum liturgicarum,
éd. Sala, 1. II, c. XIII, § 3, in-fol., Turin, 1753, t. m, p. 293. —
5 Paléographie musicale, Solesmes, 1896, t. v, p. 66. — e Auc-
cunctis proficiat ad salutem. Per Dom. nost , etc. 8.
Cette même oraison se retrouvera au Gélasien dans la
série des oraisons pour les dimanches (3a missa) e et dans
l'ancien Grégorien, au VIIIe dimanche après la Pentecôte,
également dans l'oraison Super oblata 10. Aujourd'hui,
par suite de certains déplacements dans la série des
oraisons et des lectures de ces dimanches, dont nous
n'avons pas pour le moment à étudier la cause, elle est
devenue la secrète du VIIe dimanche11.
Signalons aussi dans la liturgie ambrosienne une pré-
face, actuellement à la fête de saint Sylvestre (31 dé-
cembre) et à celle de la Christophoria (7 janvier), où
se lit la mention des sacrifices d'Abel, d'Abraham et de
Melchizédech : JEterne Dcus, Majestati tux hostiam
immolantes ; eu jus figurant Abel juslus instituit, agnus
quoque legalis ostendit, celcbravit AbraJiam, Melchisé-
dech sacerdos exhibuit; agnus vero immacidatus. et
xternus Pontifex, natus hodie Christus implevit. Et
ideo 12... Ce qui est plus curieux et nous donne une date
antérieure, c'est que cette préface se retrouve au Géla-
sien, exactement dans les mêmes termes13.
tarium solesmense, Solesmes, 1900, t. i, p. 94. — ' iv, 6, P. L.,
t. xvi, col. 464. — » Auctarium solesmense, t. I, p. 96. — • Mu-
ratori. Liturgia romana vêtus, 1. 1, p. 688. — ">/6id., t. n, p. 168.
— <• Au missel de Li'olric. olle est au IX' dimanche, The Leofric
tnissal, < IMord, 1883, p. 118. — ■• Missalc ambrosianum, in-fol..
Milan, 1712, p. 33 et p. 46. — "Thomasi-Vezzosi, Opéra, t. vi,p. 6.
65
ABEL DANS LA LITURGIE — ABERCIUS
66
Dans la liturgie mozarabe, les formules Post pridie,
qui répondent généralement à l'anamnèse et à l'épiclèse
romaine, portent plusieurs fois la mention des sacrifices
de l'Ancien Testament. Le souvenir d'Abel se lit entre
autres à la feria II post Pascha ' . Quant aux manuscrits
gallicans, dans lesquels, comme dans le mozarabe,
le Post pridie varie chaque jour, le missale gothicum
n'a pas une seule fois la mention d'Abel, le missale
Francorum la porte une fois dans le Super oblata de la
troisième niissa cotidiana -, le missale gallicanum vê-
tus ne l'a pas une fois; cependant il faut remarquer que,
dans une Collectio post nomina, nous trouvons cette
allusion très claire, quoique le texte soit mutilé : ...sicut
munus Abel justi sui... benedicat 3. Le Bobbiense y
fait allusion dans la contestatio d'une messe votive *,
dans la contestatio de la missa dominicalis 5, enfin
dans une benedictio ad omnia*. Le Gélasien contient
aussi la mention d'Abel au canon 7.
L'absence de la mention d'Abel dans l'un ou l'autre
des manuscrits gallicans que nous venons de citer n'est
jas très significative, étant donné l'état fragmentaire de
ces manuscrits. Ce qui a une tout autre valeur, c'est le
texte du second concile de Mâcon : ut omnibus domi-
nicis diebus, altaris oblalio ab omnibus viris et mulie-
ribus offeratur, tam panis quam vini, ut per has im-
molationes et peccatorum suorum fascibus careant, et
cum Abel vel ceteri juste offerentibus promereantur
esse consortes 8. Ce texte, dont l'importance n'échappera
pas aux liturgistes pour l'histoire du canon romain,
prouve d'une façon décisive qu'au VIe siècle, en Gaule,
l'offrande du pain et du vin par les fidèles est considérée
comme un souvenir du sacrifice d'Abel aussi bien que
dans la liturgie romaine, et que le canon employé chaque
dimanche porte, comme le canon romain actuel, l'al-
lusion aux sacrifices des justes de l'Ancien Testament.
Ainsi donc on peut dire que, d'une façon générale,
les liturgies gallicanes, et à leur tête Le canon romain,
suivent une ligne parallèle : le pontife demande à Dieu
le Père qu'il daigne regarder le sacrifice d'un œil pro-
pice, qu'il l'agrée comme il daigna agréer les sacrifices
de l'ancienne alliance, celui d'Abel, celui d'Abraham,
celui de Melchisédech.
Or les liturgies orientales, suivent une marche toute
différente. Tandis que l'Occident insiste tout particu-
lièrement sur l'idée du sacrifice, la confirmatio sacri-
fiai, l'Orient, comme on l'a remarqué très ingénieuse-
ment, ne mentionne jamais dans ses épiclèses les sa-
crifices de l'Ancien Testament, préoccupé presque uni-
quement qu'il paraît être de porter la pensée des fidèles
sur l'idée du sacrement et de la communion9. Ainsi ni
les Alexandrins (Sérapion, saint Marc, etc.), ni les By-
zantins (liturgies grecques anciennes ou en usage ac-
tuellement), ni les Syriens (sauf peut-être la seule excep-
tion des maronites que nous signalerons tout à l'heure)
ne font allusion dans leurs épiclèses au sacrifice d'Abel,
ni à ceux d'Abraham et de Melchisédech. Ceci, comme
l'a fait remarquer dom Cagin, dans le passage que nous
avons cité, a une importance capitale, parce que c'est
une preuve que, si l'on veut classer ces liturgies, il fau-
dra mettre d'un côté la liturgie romaine avec les litur-
gies occidentales ou latines, et de l'autre les liturgies
< P. L., t. lxxxv, col. 491. Cf. Paléographie musicale, t. v,
p. 88-91, où l'on étudie un certain nombre de ces Post pridie. —
'P. L., t. lxxii, col. 337. — 3 Thomasi-Vezzosi, loc. cit., t. VI,
p. 415. — *P. L., t. lxxii, col. 542. — '■Ibid., col. 549. — * Ibid.,
col. 571. — 'Muratori, loc. cit., t. i, p. 696. — «En l'an 585.
Cf. Labbe, Concilia, can. 4, Venetiis, t. VI, p. 674, Cette of-
frande avait lieu après la préface. Thomasi-Vezzosi, loc. cit., p. lv.
— "Paléographie musicale, Solesmes, 1896, t. v, p. 88-89. — i0 F.
E. Brightman, Liturgies eastern and western, in-4% Oxford, 1896,
p. 41. — " Ibid., p. 320, 401. — ,! Ibid., p. 199, 420. — "Ibid.,
p. 17. — d* Paléographie musicale, t. v, p. 89. — l5Bona, loc.
cit., 1. II, c. xiu, § 3, t. m, p. 291. — 16 The antiphonary of
DICT. D'ARC!!. CHRÉT.
grecques et orientales. C'est une des différences les
plus frappantes entre l'euchologie occidentale du canon
et l'euchologie orientale.
En dehors de l'épiclèse, on rencontre parfois dans ces
liturgies la mention d'Abel. L'ancienne liturgie de saint
Jacques en parle dans la prière du Chérubicon ou
grande entrée 10. Saint Basile la lui a empruntée, et la
liturgie actuelle qui pouîe son nom, l'a conservée ". Les
Abyssins et les arméniens rappellent le sacrifice d'Abel
à la cérémonie de la préparation des oblats à la pro-
thèse 12. Enfin une seule fois il est mentionné dans l'ana-
phore,mais avant le Trisagion, dans la liturgie des con-
stitutions apostoliques 13.
Nous avons parlé d'une exception dans la liturgie
maronite : voici ce texte tel qu'il est cité par Bona, et
d'autant plus curieux que l'allusion à Hélie pourrait être
rapprochée de textes mozarabes14 : Deus qui acceptasti
sacrificium Abel in planitie, et Noe in Arca, et Abra-
hœ in summitate montis, et Davidis in area Doson
Jebussei, et Heliee in monte Carmelo, et quadrantes
viduse in gazophilacio, tu Dhe Deus accipe oblationes
istas, quse offeruntur tibi per manus meas nefarias et
peccatrices, et fac in eis Dhe Deus memoriam bonam
vivis et defunctis, pro quibus offeruntur, et benedic
habitationes offerentium eas. Amen16.
Il faut signaler enfin la présence du nom d'Abel, à
côté de quelques-uns des principaux patriarches, dans
certaines litanies d'époque relativement récente, mais
ce n'est pas là en liturgie un fait bien significatif. Car
les litanies ont été de bonne heure hospitalières, et se
sont ouvertes à tous les noms de saints, du Nouveau ou
de l'Ancien Testament, à l'expression de toutes les dé-
votions publiques ou privées. Ce qui est plus curieux,
c'est son absence dans nombre de cas, à propos de rites
plus anciens et plus importants, où le patriarche Abra-
ham intervient. Voyez Abraham dans la liturgie. Nous
citerons parmi ces litanies l'une des plus anciennes :
Abel justus et Noe Abraham atque isac iacob cum
ioseph sacerdos Melchisédech intercédant pro me. Ces
precationes, dont le début est : Te deprecor, pater sancte,
sont données d'après un très ancien manuscrit par
Warren 16. Dans la liturgie romaine, les litanies de la
commendatio animée, qui sont anciennes par leurs ori-
gines, contiennent, parmi les patriarches de l'Ancien
Testament, les deux seules invocations : Sancte Abel,
sancte Abraham, omnis chorus justorum.
F. Cabrol.
ABERCIUS. — I. Les actes. IL La vie. III. L'épi-
taphe. IV. Interprétation. V. Explication. VI. Le sym-
bolisme. VIL Bibliographie.
I. Les actes. — L'histoire de ce personnage est
contenue dans deux écrits de valeur inégale : une vie
que l'on trouve dans tous les passionnaires grecs au
22 octobre et une épitaphe retrouvée depuis l'année 1883.
IL La vie. — Cette pièce existe dans le texte grec
original, elle fut donnée au public par Lipomannus et
par Surius 17 dans une traduction latine. Baronius 18 la
signale en marquant quelque défiance à son égard. Til-
lemont1^ la traite sévèrement tout en la qualifiant de
célèbre. Peut-être l'étude directe du texte grec, qu'il
n'a pas connu 20, lui eût-elle inspiré des observations
Bangor, éd. Warren, in-4% Londres, 1893, t. Il, p. 91. — •' Surius,
Vit. SS., au 22 octobre, p. 334-340. — ,s Baronius, Martyro-
log. roman., au 22 octobre; Annales, ann. 163, 1588, t. III,
p. 10-15. — ,9Tillemont, Mémoires pour servir à l'hist. ecclés.,
16 in-4% Paris, 1694 et 1701, t. H, p. 299-300, 621-623; 12 in-fol.,
Bruxelles, 1732, t. Il, p. 137, 298-299. — 2° Cave, Hist. litt. scrip-
tor. eccl., 1741, t. I, p. 66, fut dans le même cas; au contraire
P. Halloix, Illustrium ecclesix orientalis scriptorum vitse et
documenta, in-fol., Duaci, 1636, t. n, p. 137 sq., avait eu le texte
grec entre les mains ; de même L. Allatius, Diatriba de Symeo-
num scriptis, 1664, p. 124, 130, et Agapius de Crète, IlaçàStuoç,
1683, p. 147-162.
r. -a
67
ABERCIUS
68
plus profitables. Boissonnade ', mis en éveil par l'épi-
thète que Tillemont appliquait à cette vie, publia le texte
gre son édition, établie d'après un seul manuscrit, le
110 du fonds Coislin, est peu satisfaisante. Le bollan-
diste Bossue donna le texte du codex parisinus 14842.
Il y aurait eu à collationner pour ces éditions un certain
nombre de leçons contenues dans les manuscrits sui-
vants :
Codd. Parisini (Bibl. Nationale, fonds Coislin),
xe-xie siècles : cod. 1480, f. 171 verso; — xie siècle :
cod. 1484, cod. 1494, cod. 1495, cod. 1501 ; — xn9 siècle :
cod. 1503, f. 140 recto; cod. 1543, f. 172 recto; —
xme siècle : cod. 1540, f. 129 verso; — xive siècle :
cod. 110, f. 105.
Codd. Vaticani grsec, XIe et XIIe siècles : cod. 798,
f. 202; cod. 799, f. 172; cod. 801, f. 136; cod. 802, f. 129.
La valeur historique de cette vie a été réhabilitée,
pour une de ses parties au moins, de telle façon que
l'on ne peut la traiter avec le dédain dont elle parais-
sait digne jusqu'en ces dernières années. Cette pièce
raconte avec une visible complaisance que l'évêque Aber
cius, après avoir converti par ses prédications et ses
miracles la ville de Hiérapolis en Phrygie, fut mandé à
Rome par Marc-Aurèle qui lui demanda de délivrer sa
fille Lucille du démon qui la possédait. Abercius fit
l'exorcisme, puis il imposa au démon de transporter
près de Hiérapolis un énorme autel de pierre qui ornait
l'hippodrome de Rome. A son retour, il passa par la
Syrie et la Mésopotamie, où il reçut le titre de IrjanoG-
toXo;. Il mourut peu après être rentré dans sa ville
épiscopale où, par son ordre, l'autel miraculeusemen-
apporté de Rome lui servit de stèle funéraire. On y lisait
une inscription que l'évêque avait composée. Cette int
scription, transcrite par le rédacteur de la Vie, fut tenue
dans le même discrédit que le reste du document dans
lequel on l'avait insérée. On a signalé dans la vie d'Aber-
cius des traits communs avec la Passion de saint Cy-
riaque qui fait partie des actes de saint Marcel3; en
outre, on a tenté de rattacher le voyage à Rome à une
tradition du Talmud de Babylone A.
La Vie d'Abercius présente quelques garanties qui
doivent être notées. L'auteur a rédigé son récit sur les
lieux, en présence du monument, encore intact, d'Aber-
cius. Il suit de là que les indications topographiques
qu'il nous donne ont une valeur réelle, les traditions
locales qu'il recueille méritent attention. Mais la date
de la rédaction du document affaiblit un peu la valeur
de ces légendes. M. Ramsay avait jugé tout d'abord que
la Vie avait été rédigée dans sa forme actuelle entre les
années 363 et 385 ■>. Ma' Duchesne abaisse avec vraisem-
blance la date du récit jusqu'au VIe siècle. M. Ramsay
a abandonné sa première opinion pour faire descendre
ce document à une date postérieure. Lightfoot propose
d'attribuer cet ouvrage à l'un des écrivains du groupe
d'où sortit la Vie de Polycarpe (deuxième moitié du
IVe siècle) 6.
La Vie tout entière pourrait bien s'être inspirée de
' Boissonnade, Anecdota grseca, Paris, 1833, t. v, p. 462-488.
— • Acta SS., au 22 octobre; 1858, oct., t. ix, p. 484 sq.;
p. 515 sq., de la réédition do 1809. Texte reproduit par P. (>'.,
t. cxv, col. 1211 sq. — 3 L. M. Hartmann, Abercius und Cy-
riacus, dans Serta harteliana, 1896, p. 142, 144. — * Meila, 17 b.
Voy. Conybeare dans The Academy, juin 6, lN!Hi, p, 468, n. 70.
Cf. Anal, boll., t. XVI, 1897, p. 76, et une version arménienne
de la Vie d'Abercius, publiée par Conybeare dans le Classical
lUview, 1895. — "Ramsay, The taie of saint Abercius, p. 6
(tirage à part). — ° Duchesne, dans la Rev. des quest. hist., juil-
let 1883, p. 20-21, et Ramsay, dans le Journ. of lieUcuic stu-
dies, 1883, p. 245 sq. ; Lightfoot, Apost. Fathers, part. II, t. I,
p. 483. — ' Analecta bollandiana, 1897, t. XVI, p. 76. — "Ram-
say, dans le Journal of hellenic studies, 1883, p. 424 sq. —
11 Pitra, Analecta sacra Spicilegio solesmensi parafa, in-8",
Typis tusculanis, 1884, t. H, p. 180 sq. — l0Loc. cit., p. 485. —
" Baronius, Martyrol. rom., oct. 22. — "Annales, année 163,
l'épitaphe exclusivement, car tous les épisodes qu'elle
contient appartiennent à un fonds commun de lé-
gendes hagiographiques; il est possible qu'il y ait là un
élément de détermination chronologique7. On croit
même saisir quelque chose de cette amplification dans
le rapprochement des noms de Nisibe et de saint Paul,
dans l'épitaphe et la collation du titre de l(ra7rô<TToXo;
à Abercius par les habitants de Nisibe, émerveillés du
récit de ses voyages qui ressemblaient aux pérégrinations
des apôtres. Un fait matériel ajoute à cette vraisemblance.
La Vie raconte qu'Abercius obtint, de l'impératrice dont
il avait guéri la fille, la construction d'un établissement
de bains auprès d'une source thermale qu'il avait fait
jaillir par sa prière; or, le fragment d'épitaphe fut re-
trouvé encastré dans le mur du Hammam ou établisse-
ment de bains chauds s. Nouvel indice d'une informa-
tion prise sur les lieux mêmes où avait vécu Abercius.
On peut enfin rapprocher de cette Vie la composition
métrique de Clément l'hymnologue qui vivait au IXe siècle
et qui en a eu connaissance 9. Lightfoot 10 présume que
la lettre d'Abercius à Marc-Aurèle, à laquelle Baronius
trouvait une saveur apostolique : apostolicum redolens
spiritumil, et qu'il égara 12, n'avait guère plus de valeur
que la lettre du même empereur à Euxenianus, rappor-
tée dans la Vie. On attribue, à Abercius, dans sa Fie13, un
flc'ëXoç SiSaakaXiaç, dont Clément parle en ces termes,
je ne sais sur quel fondement : fii'ëXov tepàv SiSa<jxa>.ia;
xaTÉXme; 7TpaxTiXY|V otôay^v Ttâirt xoï; stù yrtt xaxayfé).-
).o\jcrav ,4.
III. Épitaphe. — Cette épitaphe, dont la teneur avait
surpris Tillemont, fut remarquée par dom Pitra, attiré
alors vers ce genre de compositions par ses recherches
sur un document similaire, l'épitaphe de Pectorius
d'Autun, et sur le symbolisme chrétien de l'époque pri-
mitive. Ce document fut détaché de la Vie et étudié iso-
lément d'après un texte constitué à l'aide des manu-
scrits de la Bibliothèque nationale 15. Les erreurs et les
manipulations dont le texte avait été victime au cours
des transcriptions avaient tellement déformé l'oeuvre
primitive que l'éditeur se crut en droit de supposer le
dommage plus grand encore qu'il n'était en réalité. Il
parvint, à l'aide de Dùbner, à recomposer vingt-deux
vers qu'il s'efforça, sans y réussir toujours, de faire hexa-
mètres. Cette reconstitution n'a plus, en majeure partie,
qu'un intérêt littéraire16; l'effort tenté à son sujet ne
pouvait vaincre les difficultés nombreuses qu'entraînait
bien moins l'état précaire du document que Le récit
qu'il contenait. En 1883, à la suite de la découverte
d'une stèle phrygienne offrant plusieurs points de con-
tact avec l'épitaphe d'Abercius, M. Duchesne s'essaya à
reproduire l'inscription d'Abercius telle que la donnent
les manuscrits, en tenant compte des conjectures de
dom Pitra et du document nouvellement découvert dont
il vient d'être parlé '"..Ce fut la dernière tentative faite
dans ce genre un peu conjectural.
En 1882, M. Ramsay 18 découvrit à Kélendres. prés de
Synnade, dans la Phrygie Salutaire, une stèle chré-
n. 15. — ,3§ 39. — '* Anal, sacra Spicil. solesm. parata, t. u.
p. 185. — "Pitra, Spicilegium solesmense, in-4*. Paris. 1855,
t. in, p. 533, note 1. Pitra ne put retrouver le manuscrit dont
Boissonnade avait fait usage pour son édition. — '• Voy. Pitra,
loc. cit., p. 533-534. — "Duchesne, dans la Revue des quest
historiques, 1" juillet 1883, p. 8. — '" W. Hamsay. Bulletin de
correspondance hellénique, 1882. t. VI, p. 518; L. Duchesne,
dans le BuUetitl critique. 1882, t. m. p. 185; De Rossi, llull. di
arch. CtiSt., 1882, p. 77 ; W. Hamsay. d.'iis le Journal of hellinic
studies, 18<S2, t. vi, p. 27; L. Duchesne, tans La Revue des ji
liist., juill. 1883, p. 11; De Rossi, Inscript, christ, urb. Rom.,
t. n, proœm., p. xvm; F. Cumont. Les inscript, chrétiennes dé
l'Asie Mineure, n. 178; L. Duchesne. dans les Mélanges d'ar-
chéol. et d'hist. de l'École de Rome, is;t;>; w . Ramsay, Cities
ami bishoprics of Phrygia, n. 656; Monum. Eccl. Hturgica, t. i,
n. 2790. Pour l'ère de Phrygie, voy. Waddington, Voyage archéoL.
en Grèce et en Asie Mineure, gr. in-4', Paris, t. m, n. 980.
69
ABERCIUS
70
tienne portant une inscription datée de l'an 300, ère de
Phrygie, qui est l'année 216 de l'ère chrétienne. L'in-
scription était ainsi conçue :
10
10
20
tAEKTHZTTO
IŒGÛZOTTOAEI
'ETTOIHIi
JEXGÙ(i>ANEI
ZGùMA TOI EN0A
OEIINOYNOMA
AAE2ANAPOZAN1
NIOY MAOHTHZ
TTOIMENOZ ATNOY
OYMENTOITYMBGO
TIZEM0ÛETEPON1
NAOHIEIEIAOYNPGO
MAIGÛNTA««EIGûOi
AIZXEIAIAIHIPYZA
KAIM«PHITHTTATPU
IEPOnOAEIXEIAIA
XPYZA ETPAd)HETEIT
MHNKZONTOI
EIPHNH TTAPArOYZINKAfii
MNHZKOMENOIZ TTEPIHMCON
( 'E)jiXextt|Ç Ttô().)cto; ô 7toXE!'(Tr)ç) toOt' E7iotï)(sa)
(Zûv tjv'à'yti) cpavsp(ri);?) irwij.ato; k'vôa Ôétiv.
Oi'vo|xa 'AXÈS;av6po? 'Avtojvîo-j [j.a6r)Tr|Ç tcoijjlévoç âyvov.
OÙ (AÉVTOt T\)\1.UU> TIÇ È|X(ô ETEpOV l(c)va 8r|<7El.
Eîo'o'jv 'Ptoaaiwv Ta((A)si'to 6i^cr(st) Sc<j^EÎ),ia (yjpucrâ
Kai (/)pY)<7Tï) 7raTptS(i) 'Iepo7tôXsi ^eiXta ^pucrâ.
'Eypdctpr] stei t' (iijvi ç' Çôvtoç.
Eipïjvr) irapâyoumv x«('i) [ivr, txo;j.Évoiç rcep'i r,(xâ>v.
Electse civitatis civis hoc feci
vivens, ut habcam palam corporis hic sedem.
Nomen (mihi) Alexander Anlonii, discipulus (sum)
[pastoris immaculati.
Nemo autem sepulcro meo alterum quemvis superim-
\ponat.
Sin vero (id fecerit) inférât serario Romanorum aureos
et optimae patmse Éieropoli aureos mille [bis mille.
Scriptum est anno CCC, mense VI (me) vivente.
Pax prselereunlibus et iis qui meminerint mei.
MM. De Rossi et Duchesne annoncèrent simultané-
ment la découverte et l'intérêt qu'elle avait pour l'épi-
taphe d'Abercius. Les lacunes étaient rares et faciles à
suppléer; on put donc adopter la lecture suivante :
« Citoyen d'une ville distinguée, j'ai fait ce [monu-
nenl] de mon vivant afin d'y avoir (.... ?) une place pour
mon corps. Mon nom est Alexandre, fils d'Antoine, dis-
ciple d'un saint pasteur. On ne doit pas mettre un autre
tombeau au-dessus du mien, sous peine d'amende :
deux mille pièces d'or pour le fisc romain, mille pour
ma chère patrie, Hiéropolis. — Écrit l'an 300, le sixième
mois, de mon vivant. Paix aux passants qui se sou-
viennent de moi. »
Rapprochée du texte des manuscrits, cette inscription
s'adaptait presque exactement avec les premiers et les
derniers vers de l'épitaphe d'Abercius. Toute la partie
intermédiaire restait douteuse.
L'année suivante (1883), le même voyageur, M. Ram-
say, revint à Hiéropolis et découvrit deux fragments de
l'épitaphe d'Abercius encastrés dans la maçonnerie de
l'établissement des bains publics. Ces fragments sont
déposés depuis 1892 dans les galeries du Vatican. Ils
contenaient les caractères suivants :
EIZ PGÙMH
EMEN BAZIA
KAI BAZIAIZ
TOAON XP
B AAON A EIAON
ZcpPATEIAAN E
KAI ZYPIHZ TTE
KAI AZTEA TTA
EY<J>PATHN AIA
10 TH A EZXON ZYNO
TTAYAON EXON ETTO
niZTII
KAI TTAPHOHKE
fTANTH IX0YN A
15 TTAN METE0H KAO
EAPAZATO TTAPO
KAI TOYTON ETTE
AOIZ EZ0
Ceci formait la partie centrale de l'épitaphe. Plusieurs
lacunes auxquelles le texte des manuscrits ne s'adaptait
pas exactement furent l'objet de discussions approfon-
dies qui ont aidé à établir le texte que l'on peut tenir
pour définitif. Nous le reproduisons à cette place. Les
caractères majuscules ordinaires représentent l'in-
scription d'Alexandre, fils d'Antoine; les caractères d'épi-
graphie, l'inscription d'Abercius; les caractères minus-
cules, la leçon des manuscrits ou bien la restitution
conjecturale du texte primitif.
IxAEKTHS IIOàeQS O IIOAEI
tïktOYT ElIOIIlo-a
Çûjv i'N EXQ xaipû
SÛMATOS EN0A 0E2IN
5 OTNOM Aêlpxioç wv SI
MAQHTH2 II0IMEN02 ArNOY
ô; fidtTXEi TrpoêaTiov àyéXaç
opeatv raSioti; te
içGaXfjioùç oç ïyii («yâXou-
10 TrdcvTT) xa6opà>VTa;
outo; yàp [>.' È6;8aEc
(xà Çtoïjç) ypâ[j.[j.aT0< lutrrâ
EIZ PGûMHv Ôç eto(j.^ev
EMEN BAZIAEiav à8pfj<7ai
15 KAI BAZIAIZa-av ÎSeïv içvaèa-
TOAON XPvsottéSiXov
AAON A EIAON Èxsï Xa|jL7rpàv
Z<f>PArEIAAN EXovTa
KAI ZYPIHZ TTESov EÏ8a
20 KAI AZTEA TTAvxa Niaiëiv
EY(J>PATHN AlAêaçTOiv-
TH A EZXON ZYNOp-iXou;.
TTAYAON EXON ETT01HII«
TTIZTIZ 7râvcr| Se 7tpor|y£
25 KAI TTAPHOHKE xpotpV
T7ANTH IX0YN Atù> T^yîjç
nAN METEOH KAOapov ôv
EAPAZATO TTAPOevoç àyvri
KAI TOYTON ETTEStoxE <pt'-
30 AOIZ EZOtEiv 8ià toxvtô;
oivov )(pr|<TTbv s-/ov<ra
xÉpa<T[/.a SiSoOira ^et' apTou
-raûxa 7tap£(TTÙ); ei7rov
'AëÉpxto; â)OE ypaçfvai
35 lëSojxrixoaTOV stoç xa'i
ÔEÛTEpOV ^yOV àXï]6â>Ç
TaOÔ' ô vowv eû'Çaixo imèp
'AoEpxiov Tuâp 6 ctuvgjSoç
OT MENTOI TTMB-o TIS EMÛ
40 ETEPON TiNA 0H2EI
EIA OYN PQMAIQN TApiEIÛ
OHEEi AISXEIAIA PY2A
KAI xPHSTH nATPIAi IEPO
nOAÈI XEIAIA XPY2A
Electse civitatis civis
hoc feci
vivens ut habeam (quum tempus erit}
corporis hic sedem
71
ABERCIUS
72
5 Noraen mihi Abercius
discipulus (sum) pastoris casti
qui pascit ovium grèges
in nwntibus et agrîs
eut oculi sunt grandes
10 ubique conspicientes.
Js me docuit
lit ter as fidèles (vitse).
Qui Romani me misit
regnum contentplaturuni
15 visurumque reginam aurea-
stola aureis calceis decoram.
lbique vidi populum splendido
sigillo insigneni
et Syriœ vidi canipos
26 urbesque cunctas Nisibin quoque.
Transgresso Euphrate, U-
bique vero nactus sum (familiariter) colloquentes
Paulum habens...
Fides vero ubique mihi dux fuit
25 Prœbuique cibunt
ubique piscem e fonte
Ingénient purum quem
prehendit virgo casta;
deditque a-
30 tuicis perpetuo edendum,
Vinum optimum habens
ministrans mixlum cum pane.
Usée adstans dictavi
Abercius heic inscribenda
35 Annuni agens septuagesimum et
(uere) secundum.
Hsec qui inlelligit euique eadem sentit oret pro
Abercio.
Neque quisquam sepulcro meo
10 alterum superimponat.
Sin autem inférât œrario Romanorum
aureos bis mille
Et optimœ palrise Hiero-
poli aureos mille
Les sources à l'aide desquelles le texte a été établi
sont : 1° les. manuscrits dont le détail a été donné
plus haut; 2° les épilaphes d'Alexandre et d'Abercius;
3° les commentaires dont les noms suivent : H = Bol-
landistes, Acla sanctorum, oct., t. ix, notes au c. îv;
P = Pitra, Spicilegium solesmense, in-4°, Paris, 1855,
t. m, p. 533 sq. ; G = Garrucci, dans la Civiltà catto-
lica, Roma, 1856; D1 = Duchesne, dans la Revue des
questions historiques, 1883; L = Lightfoot, Apostolic
Falltcrs, 2e éd., London, 1890; R = De Rossi, Inscrip-
liones christianss urbis Romee, in-fol., Romse, 1888,
t. il, proœminm; W ' — Wilpert, Principienfragen <I<t
christlichen Arcliœologie, in-4°, Freiburg im Breisgau,
1889; K=Harnack, dans les Texte und Untersuc/tungen,
in-8°, Leipzig, 1895; M = Marucclii, dans le Nuovo bullet-
lino diarcheologiacrisliana, in-8°, Roma, 1895; D2 = Du-
chesne, dans les Mélanges de l'École française de Rome,
1895; \V - = Wilpert, Fraclio panis, Die atteste Dar-
slellung des encaristisclien Opfers in der « Capella
greca » enldeckt und erlàutert, in-fol., Freiburg-im-B.,
1896 ; B ! = Batiflbl, La littérature grecque, in-12, Paris,
1897; B 2 = Batiflbl, dans le Dictionnaire de théologie
catholique, in-4°, Paris, 1897; B 3 = Batiflbl, dans la Re-
vue de l'histoire des religions, Paris, 1897.
Ligne 1. — 'ExXejcrîiç rcôXeoç 7toXît/);, cod. 1484; 'E. u.
[ ] TtoXiiYiç. H, P, G.; 'Ex. h. w. D1; O TTOAEItï];.
Les mss. avaient supprimé l'article 6 avant icoXfTriç ne
faisant égard qu'au sens, la quantité impose cet article
afin que la première syllabe de iroXtTïj; soit comptée
comme longue. Cf. A, R, W l K, M; ô itoXiT^ç L, D2,
B2.
Ligne 2. — tôS éitonr)(ia, cod. 1484; t($8e [ ] 7iofr)<ja.
H; t'oSe [ ] èTTOÉ-oo-a, P, G; tOYT ETTOIHfra, A, D»,2,
R, L, W,2, K, M, B2.
Ligne 3. — Ç6W, i'v ïytx> xoupôi, cod. 1484; Ç<Sv Ttoiïiua
7toXiTT)ç io( àv ïyo> xatptô, H; Çtôv, îv'ïyoi xaipai. P; Ç. îva
£yu> x. G; Çû>v i'NEXGO..., A; Çûv, ï.e.x.,D>, L; ç<5v ".ex.
R, W, K, D2, M, B; xaipài; tous les codd., H, P, G;
<pANEI....A- <pavEp[a>ç], Rossi, Rull., 1882, p. 79; epavs-
p[av] Maunoury; Ramsay, Journ. of hell. stud., 1883,
p. 481 sq.), hésite entre ces deux lectures. Tous les
manuscrits s'accordent à repousser ce mot de l'épitaphe
d'Abercius et à employer xaiptô dans lequel Ramsay croit
retrouver les vestiges de la paléographie épigraphique
du mot çavepfoç; xaipôn D1,2, L, K, M, B*; xatpù (?),
R, W».
Ligne 4. — <7â>p.aToç èv8â8s ôlaiv, cod. 1484;a. ÊvôâSe
ÔYJxrjv, H; <?. k'vâa 6é<tiv, P. G, A; ex. âvôàos 6., D 4 ; a. evôa.
6., L, R, W»,K. D2, B2.
Ligne 5. — TO'jvop.a 'Aêspxidç- ô wv, cod. 1484 ; Tovvop.'
'Aëepxtoç, tî>v ô, H; Toû'vop.' 'Aêepxtôç e!u.c, P,; Toû'vop.a
'Aëspxtôç etfjLt, G; OYNOM, A; o'jvop.' 'AêÉpxtoç 6 <ï>v,
D' ; o. 'A, EÎfit, L ; o. 'A. Ûv ô, R, W, M, K, D2, B, Bamsay
(dans Academy, 1884, p. 174). Cod. 1540 et Coisl. 110
s'accordent avec le titulus d'Alexandre o'j'vop.'; les au-
tres portent Toû'vop.a. Les Vatic. gr. 199 et 801 ont
'Auspxtoç. Ramsay a rencontré deux fois en Phrygie — à
Prymnessos et aux environs — la leçon 'Aêipxto; (voy.
Lightfoot, op. cit., p. 485). Eusèbe, Rist. eccl., 1. V,
c. xvi, mentionne un 'Aouitouoç MâpxsXXoç. Les inscrip-
tions nomment un AVIRCIVS (Corp. înscr. lat., t. VI, n.
12923) et un AVERCIVS (Corp. inscr. lat., t. xn, n. 1052).
Ligne 6. — |xa6ï)Tri; rioipivoç âyvo-j, cod. 1484, H, P, G,
A et tous désormais.
Ligne 7. — o; (36<rxêi upoêdmov àyiXaç, cod. 1484, H, P
et les autres (excepté G qui ne reprend qu'au v. 10).
Ligne 8. — oû'pEai Trsoioiç te. cod. 1484; opso-iv 7tc8:ot;
te, cod. 110; opefft, Vat. gr. 799; ô'pso-tv te 7rÉ6otç te, II;
0pE(7tV TTEÔiot; TE, P (opEdl 7C. T., D1), L, R, W1,2, K, D2,
M, B2; o'jpEo-i n. t., B1 ; oû'pEtnv o; fiôcrxsi TcpoëÔTuv à.yi-
Xaç tceSi'oi;; te, Ramsay.
Ligne 9. — 6ç8aX(j.o-j; ôç ë/ec |j.EyâXovç, cod. 1484 ; et
tous.
Ligne 10. — itdtvTa xa8op6a>vTaç, cod. 1484; nàvr'
EÎ<ropô(>ivTa;, II ; xaTa 7râv6'ôpowvTaç, P., Ramsay (op. cit.),
ex coniectura, remarque R. Tous les mss. repoussent
cette lecture, la plupart portent tovti, cod. 110 .-TcâvTT),
et L, D1,2, R, W, M, K, B1,2 ont la même leçon.
Ligne 11. — outoç yctp jj.e àSi8a!U, cod. 1484; o. y. y.'e8.,
H, P; fis È8., G; o.i'.^.' ÈSiSaUv, D1; o. y. p.' è8ioaU>
L, R, "W, K, D2, B',2; o. y- ixÈSiSaEs, M.
Ligne 12. — ypâp-ixaTa •reicrà, cod. 1484, et de même
les autres mss.;... y. ir„ Il ; [tôc '<or,c] y. it. , P; [8eo0 to] y,
tc., G;... y. jt., D1,2, L, R, W1, K, Iji.2; Sioiixtov, Ram-
say (op. cit.); [tî< Ç^;] y. ti., M, Lingens, W2.
Ligne 13. — EI2 PCOMHv o; k'iuix'J/sv, épitaph. et
cod. i484, H; (e. T. o. ëtce^é, P, G, D1), et les autres.
Ligne 14. — EMEN BAIIA, épitaph.; Eiav àSprpx:,
cod. 1484; eiov àO., H; Etav, P, D1,-; »j«v, L; Etav, la plu-
part des manuscrits, et D2, M, Lingens. W-, B*, ' ; |3«criX>]
àva8pT,<jat, Zahn, K; pxtrtX^av R, W1, Dieterich, B1.
Ligne 17. — AAON A EIAON, épitaph.; Xaôv, popu-
lum, tous, à l'exception de Hirschfeld et Dieterich qui
traduisent Xâov, lapident.
Ligne 18. — l4>PAI~EIAAN E., épitaphe; <jçpayEt5a.
mss.; E/ovTa, tous.
Ligne'l9-20. - KAI 2YPIHI 17E [Sov eïSa] KAI A2TEA
TTA[vTa Niatoiv], épitaphe avec les suppléments proposés
par L, R, W, M, B2. Tous les mss. portent e!8ov, quel-
ques-uns (p. ex. cod. 1484) le font précéder de yù>pa.t;;
TCÉSov EtTSiSov, P, G; tceSov eIoov, DV-,K ; uàvTa NtOI
cod. 1484. L'inscription confirme la lecture des mss. La
quantité du mot Nisibe a fait quelques difficultés; en sy-
riaque N'tsibhin, en grec Nauiët^, NEo-iëi;, NitcSiî
(Etienne de Byz., à ce mpt, cf. Mùller, Frag. histor. grive.
i
, ".- i
r
i 4 . .,. » «
• MP I
■*r+:
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T -*
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«w*r
INSCRIPTION D'ABERCIUS
CONSERVÉE AU MUSÉE DU VATICAN
73
ABERCIUS
74
t. m, p. 571; t. IV, p. 526, et Assémani, Bibl. orient., k
t. il, De monophys.) Après Nio-iëtv plusieurs mss. ont 8',
le t' serait préférable.
Ligne 22. — TH A EZXON ZY NO, épitaphe; [«âv]'1*?'
cod. 1484 et presque tous les mss; [uavj-ù pour [Ttav]ry).
cod. 110; voyez plus bas, ligne 24; a,jMO[i.-t\y\ipo\>c, cod.
1484, 110 et les autres mss.; ecr^ov i[j.rjYEpÉaç, H; a\rjo\i.r\-
'•jpéaç,P;« ici, dit D ',1e texte est en trop mauvais état pour
que l'on puisse rétablir le vers avec certitude. » ZYNO,
épitaphe; <rjvo[7taSoû;], Ramsay; iruvofuu'Xouç], L (ou bien
<ruvo[/.ï|peeç et auvo\i.rfiui;), R, "W, M; cruvo[7ra6o-ji;], D2; cru-
vo[jj.-oyupou;], B2 ; <ruvo[(iriyiJpouç], K; cnjvo[6c'Ta;], Dieterich.
Ligne 23. — IlaOXov k'o-wOev, cod. 1484 et la plupart
des mss.; cod. 110 omet la ligne 23; Colleclosque habui
cunctos, intus quoque Paulum, H; II. s., P; k'uOsv, Dub-
ner; xai auvop.ï]Y'JpÉaç IIsTpov xoù IlaOXov k'trtoÔEv, G;
ETTO [nrjv], Ramsay, L; ETTOf/tov] (èir'ôjreôv), Hirschfeld;
EnO[n:T-ov], Hilgenfeld; EnÔfpeJOïiv], Lingens; EfTO
f-/ov], B1; ces lectures semblent peu satisfaisantes, R,
W1,2, D2, K, M, B2. Clément l'hymnographe a pu s'in-
spirer de ce passage lorsqu'il dit d'Abercius : xXv;pojo-à-
[aevov sv Tcve-j(j.aTi to toO llavXou xaûyrjua, liseredem fa-
ctuminspiritu glorise Pauli.PUra, Anal., t. il, p. 184.
Ligne 24. - TTIZTIZ, Ramsay, R, L, D2, M, W»,2,
Lingens, Zabn, B1; iotiç,B2; y]oti;, K; vïio-tiçou tcio-tcç,
Dietericb. « Il n'y a de visible, dit D2, avant les lettres
ZTIZ, que la partie inférieure des deux jambages verti-
caux : la ligne oblique où M. Dieterich voit l'indication
d'un N est une cassure de la pierre en dehors de l'ali-
gnement horizontal des lettres. Ainsi le marbre ne
donne ni BAZIAHAN ni NHZTIZ. Pour savoir ce que
portait l'inscription nous n'avons d'autre ressource
que de consulter la vie d'Abercius. Or celle-ci donne
pao-tXeiav et 7110-71;. » Codd. : Sa navre, Vatic. 198, irâvTïj
6s, de même L, R, W, M, K, D2, B1,2; iravrï npar^,
cod. 1484; niatiç 5ï npor^z, H, G (ir. 8. -Epurai, P), D1;
mat. rcavT. 8. np., R, W1,2 D2, K, M, B',2.
Ligne 25. — KAI TTAPHOHKE, épitaphe; Tpo<pY|v,
cod. 1484, 110, H, P, G, D1,2 R, L et tous les autres.
Ligne 26. — TTANTH IXOYN A, épitaphe; tocvtt)
(mavxc), Cod. paris. 1540, tous les autres mss. omettent
et H, P, G; D1 : Tpoç))v Ttâv-r), ï/Bùv; C'est ici proba-
blement, et dans les livres sybillins, vil, 217 sq., les plus
anciennes citations de l'i^Suç; ànhyr^, cod. 1484, Vat.
798; àno ttjç ytjç, Vat. Beg. gr. 50; «.no n^ff^, H, P, G,
D1 et tous désormais.
Ligne 28. — où, cod. 110; les autres comme dans
l'épitaphe.
Ligne 30. — AOIZ EIO, épitaphe; [yi]\oiz Èo-8:siv 81a-
vavtôç, mss., H, P, M; ecjOeiv, G, D',2, L, R, W, K, M,
B1,2, et les autres.
Ligne31. — Cod. IlOomet; olvov -/pï]aTbv lyovact, cod.
1484 et plusieurs autres mss., H, P,' G, D»,2, L, R, AV,
K, M, B1,2 et les autres.
Ligne 32. — Cod. 110 omet; xÉpa<j|xa SiôVJu-a \j.tt'
aptou, cod. 1484 (x£pa<7[j.a ï/oucra, Paris. 1540), H, P,
G, D1 et les autres.
Ligne 35. — S'è'-to;, cod. 110.
Lignes 37-38. — TocùS' ô voùv eu?ano ûnèp 'Aëspxto'j
tt5.; ô cuvwSôç, cod. 1484; raOra ô vo<3v euÇai, la plupart
des mss.; H, P, D1,2, R, L, K, M conservent, sauf quel-
ques modifications, la leçon du cod. 1484 : -jttep (jlccj, H, P ;
GometeviEou; cod. 110 et plusieurs mss. de Paris, à l'ex-
ception du cod. 1484, eù'lai-ro, Vatic, L, R, M; eù'Çaiô'
•juep, D1,2, K, Dieterich, Lingens, B1,3, tous les mss. ;
vmp 'Aêepv.iov, D1,2, R, "W, L qui juge probable ûusp
(j.o0 au lieu de ÛTtsp 'Aëspxt'ov, M, K, B1,2 ; Taù8'6pôwv
ed^ait' ÛTièpaiJToO, Bamsay ; cod. 110 omet mai; ô o-uva>ôo;.
1 Fractio panis, Die atteste Darstellung des eucharistischen
Opfers in der « Cappella greca 0 entdeckt und erlàutert,
mit 17 Tafeln und 20 Abbildungen, in-fol., Freiburg im Breis-
gau, 1895, p. 124 pi. xvn. — * Rumische Quartalschiift fur
Ligne 39. — où (jlévtoc vi\i.ëai [var. T'jy.ëov) -rt; è(j.w
(var. ê[xoO) jusque exepov (ligne suivante) le litulus
d'Alexandre est d'accord avec le cod. 110, les autres mss.
ont Tijjxëov etepdv tiç etc' è(x.ou, ou bien T'j(iëov xi; âgioû
é'iEpov, ou au 'ejxoO.
Ligne 40. — Tous les mss. : èmivto 8y)o-ei; êxepov ht'
èjjLoO è7n8r)0-et, H; é't. etc. 6/jo-ece, P, G; Te NA, épitaphe
d'Alexandre et dans l'épit. d'Abercius, D1,2, Ramsay,
R,W, B1,2, M; É'tepov èm^an, L; ÈTtàvto G^ctei, K.
Lignes 41-42. — Tous les mss. et l'épitaphe d'Alexandre :
Eî 8'o'jv, 'P<i>(j.ata)v Ta|j.eco) Orjiret Std^cXia ypuiâ. C'est
ici un vers de sept pieds et demi. La faute est évidente;
pour rétablir le texte primitif il faut substituer aux
mots : cPo>[Aac'a)v xanEtci» l'expression t(û çio-y.q> qui est
fréquente dans les mentions du même genre que celle
d'Abercius.
Lignes 43-44. — îepÔTroXei, Al.; tepâuoXet, tous les
mss.; le cod. 110 omet ce dernier vers.
Ce commentaire critique peut être contrôlé à l'aide
des divers fac-similés publiés par MM. Wilpert ', de
Waal 2, Marucchi3, et par celui que nous donnons nous-
mêmes d'après un estampage pour l'inscription d'Aber-
cius (fig. 25); par les reproductions de De Rossi 4 et
M9r Duchesne5, pour celle d'Alexandre.
'Ex),EXTr|Ç uoXea); ô TroXetTï); to-jt' inoirtaa,
Ç<3v îv' É'/(o xocipô) cû)[J.aToç k'vôa 6É<7tv.
ouvôjj.' 'AëÉpxtoç âv, ô [AaÔïjTïK Tcotfxâvoç aYvoû
'0; pôa-xei 7ipoëâTtov aYÉXaç opscrtv 7tEoîoi; te.
àçOaXjxoù; bç e'j^si |XEY<iXou; TtâvT^ xaGoptovraç
oûtoç yàp (j.'È6c6a?E (xâ Çwr];) YpâjJLfxaTa 7ti(TTâ.
EIC POOMHv oc ette^ev EMEN BACIAEtav à8pr,(Tat
KAI BAIIAI2<7av cSsïv xpuo-btrTOAON XPuo-ottéSiXov.
AAON A EIAON Èxeî Xa^upàv ZcpPATEIAAN E/ovra
KAI IYPIHI HEoov EÎSa KAI AZTEA ÏÏAvxa, NtViëiv,
EY(pPATHN AlAëaç- TidtvTH A EZXON lYNOjiiXouç.
FTAYAON EXON ETlOWmB., niZTIZ Trâvtï) 6È npor,^,
KAI nAPHOHKE Tpotp^v TTANTH IXOYN Aub nr^c
nANMErE0H, KAOapbv'ovEAPAZATOTTAPeévocàY^
KAI TOYTON EnESwxE tpiAOI EZOtsiv Sia toxvt<$;,
otvov /pyia-TÔv ïyjivaa., xÉpa<T[xa ôtSoûa-a |XEt' aptou.
TaOra irapEarà); eïttov 'AëÉpxio; wSe Ypa??vai*
ÉëSo[xr|XoaTOV é'-oç xai SE'jTEpov ^yov àXr)6â>ç.
Taû8' ô voàiv E'j^acto ûuÈp 'AëEpxt'ou Tcâç ô 0"uvco8ô;.
ou ]j.évTOi TÛ|j.êa) tiç è|j.à) ÊTEpbv xtva 6r]o-Ef
si 6' ouv, 'Pto|j.a:cûv Ta|j.E[(o Ô-^ctei 6c(j/_tXia ypxtaà,
xa\ XP'1<7T'(i it*Tpf8t "iEpoTtbXEC x'^ia XP1J0'°'
« Citoyen d'une ville distinguée, j'ai fait ce [monu-
ment] de mon vivant afin d'y avoir un jour une place
pour mon corps. Je me nomme Abercius; je suis disci-
ple d'un saint, pasteur, qui fait paître ses troupeaux de
brebis sur les montagnes et dans les plaines, qui a de
grands yeux dont le regard atteint partout. C'est lui qui
m'a enseigné les écritures sincères. C'est lui qui m'en-
voya à Rome contempler la majesté souveraine, et voir
une reine aux vêtements d'or et aux chaussures d'or. Je
vis là un peuple qui porte un sceau brillant. J'ai vu
aussi la plaine de Syrie et toutes les villes, Nisibe au
delà de l'Euphrate. Partout j'ai trouvé des confrères.
J'avais Paul... la foi me conduisait partout. Partout elle
m'a servi en nourriture un poisson de source, très grand,
très pur, péché par une vierge sainte. Elle le donnait
sans cesse à manger aux amis; elle possède un vin déli-
cieux qu'elle donne avec le pain. — J'ai fait écrire ces
choses moi, Abercius, à l'âge de soixante-douze ans. Que
le confrère qui les comprend, prie pour Abercius. On ne
doit pas mettre un autre tombeau au-dessus du mien
christl. Alterthumskunde und fur Kirchengesch., in-8*, Rom.,
1894, t. vin, p. 328. — 3Nuovo bull. di arch. crist., 1895, pi.
iii-vi, vu. — * Inscript, christ, urb. Romse, 1. 11, part. 1, proœm.,
p. xviii. — 5 Mélanges de l'École de Rome, t. xv (1895), pi. 1.
75
ABERCIUS
76
sous peine d'amende, deux mille pièces d'or pour le fisc
romain, mille pour ma chère patrie Hiéropolis '. »
IV. L'interprétation. — L'interprétation de cette épi-
taphe a donné lieu à plusieurs tentatives. Leur audace
a provoqué chaque fois une polémique très vive à la-
quelle se sont mêlés des savants d'une compétence telle,
que, la lutte achevée, il est permis de n'accorder plus
aux vaincus qu'une simple mention. En effet, la dis-
cussion est close.
1° En 1894, M. G. Ficker s'efforça de démontrer qu'A-
bercius fut un prêtre de Cybèle dont l'épitaphe vante le
zèle au service de la déesse 2. Quelques jours plus tard,
0. Hirschfeld appuya cette thèse d'un nouvel argument3.
Malgré ce renfort, le système fut traité avec une extrême
rigueur '*. De Rossi ferma la discussion par ces pa-
roles : Lo stravagante paradosso è di tanta e cosi ma-
nifesta assurdità, che stimevei perdere il tempo, se mi
accingessi a confutarlo5.
2° En 1895, M. Ad. Harnack reprit en l'atténuant la
thèse de M. Ficker6. Il substitua à l'origine païenne
'inlluence d'un syncrétisme particulier dont on trouve-
rait d'autres traces en Asie Mineure, et se borna au rôle
d'amonceleur de nuages. M. Zahn fit observer l'arbi-
traire et l'insuffisance de l'hypothèse de cette sorte de
syncrétisme dans lequel entreraient certains éléments
chrétiens, à peu près juste ce qu'il faut pour expliquer
les parties de l'inscription manifestement rebelles à
toute autre interprétation 7. M. Duchesne acheva de
déblayer la route 8. Les Bollandistes adoptèrent ses con-
clusions avec quelques réserves en ce qui concerne le
culte d'Abercius à Hiéropolis9.
3° En 1896, M. Dieterich transforma la théorie, qu'il
présenta étayée d'arguments nouveaux et à laquelle il
attira des adhésions éclatantes et enthousiastes 10. Sui-
vant M. Dieterich, le saint pasteur dont le regard atteint
partout, n'est pas, comme on le croyait, le Christ, mais
Attis dont Abercius était prêtre. Les écritures sin-
cères que le dieu phrygien lui a apprises, sont les for-
mules sacrées enseignées dans ses mystères.
Ce même dieu ou, en d'autres termes, la communauté
de ses fidèles, l'envoya à Rome pour assister au mariage
que l'empereur Héliogabale fit célébrer solennellement
en 216 entre Elagabal, son idole syrienne, et la déesse
Cmlestis de Carthage. Ce sont là le roi et la reine aux
vêtements d'or, aux chaussures d'or, et celle-ci ne dé-
signe donc pas l'Église romaine qu'on avait voulu y
reconnaître. Le Xaôç que vit Abercius est la pierre sa-
crée d'Émèse, qui fut à cette occasion promenée sur un
char dans les rues de Rome. Plus tard Abercius a visité
les sanctuaires de Syrie, conduit par Nestis, la déesse de
l'eau et du jeûne; il a mangé non pas l'î^O'j; des chré-
tiens, né de la Vierge, mais les poissons sacrés d'Atar-
galis, que les prêtresses seules avaient le droit de pêcher.
Il a consommé aussi du pain et du vin, mais il
s'est soigneusement abstenu de viande, nourriture
prohibée.
Cette interprétation, « appuyée sur un appareil d'éru-
dition extraordinaire 41, » fut réfutée par M. Fr. Cumont,
' L. Duchesne, dans les Mélanges de l'École de Rome, 1895,
p. 157; Salomon Reinach, dans la Revue critique, 1896, t. H,
p. 448; Fr. Cumont, L'inscription d'Abercius et son dernier
exégète, dans la Revue de l'instruction publique en Belgique,
1897, p. 89 sq. — « Gerhardt Ficker, Der heidenische Charade-
ter der Abercius-Inschrift, dans 1rs Sitzungeberichte der kb-
niglich-preussischen Akademie der Wisaenschaften tu Berliru
in-8", Berlin, 1" févr. 1894, p. 87-112 — 'O. Hirschfeld, Zu der
Abercius-Inschrift, dans le même recueil, 22 février, p. 213. —
* Duchesne, dans le Bulletin critique, 15 mars 1894, p. 117;
V. Schultze, A berkios von Hiéropolis, dans Theologisches Lite-
raturblatt, 1894, n. 18, 19, cf. n. 30. Analecta bollandiana,
Bruxellis, 1894, t. XIII, p. 402; Wilpert, Fractio panis, appen-
dice : Inscription d'Abercius; Marucchi, dans le NiloVO bull,
di arch. crist., 1895, t. I, p. 17-41. — 5De Rossi, Bull. Ai arch.
crist-, 1894, p. 68. — • Zur Abercius-Inschrift, dans les Texte
à qui j'ai emprunté le résumé de l'explication de
M. Dieterich 12. Nous avons dit quelles raisons nous
croyons avoir de tenir cette réfutation pour définitive 13
et, en adoptant l'opinion commune, nous nous joignons
à ceux qui pensent « qu'il y a quelque présomption que
ce n'est point sur des solutions fausses que s'accordent
tant de spécialistes et de bons esprits qui se sont occupés
récemment de la fameuse inscription 14 ».
V. L'explication. — L'état dans lequel se trouve la
matière subjective de l'épitaphe, la collation du texte
des manuscrits avec le texte lapidaire d'Alexandre ont
donné lieu à plusieurs questions.
1° De la date de l'épitaphe. — Le titulus d'Alexandre
trouvé à Kélendres, l'ancienne Hiéropolis, contient huit
vers dont six reproduisent à très peu de chose près l'épi-
taphe d'Abercius. La question d'antériorité pour l'une
ou l'autre ne repose sur aucun argument objectif : dès
lors, elle est, comme toute critique interne, à la merci
des systèmes. Un esprit critique ne peut s'avancer sur
ce terrain16; quoi qu'il en soit, la conclusion générale-
ment admise en faveur de l'antériorité d'Abercius peut
être maintenue et par conséquent l'épitaphe considérée
comme antérieure à l'année 216 de notre ère.
2° L'identification du personnage. — Plusieurs docu-
ments mentionnent un personnage nommé 'AoÉpxio;.
a) L'épitaphe ne lui donne aucun titre.
b) L'auteur de la Vie qui accueille l'épitaphe comme
étant celle de son héros ne met pas en doute sa qualité
d'évêque.
c) L'historien Eusèbe a conservé des fragments d'un
traité- antimontaniste, écrit dans la région où vécut
Abercius et adressé à un certain Abercius Marcellus
('AouipKie MâpxeXXe) 16. Le prologue de cet écrit constate
que son auteur, Abercius et un troisième personnage
nommé Zotique d'Otrous étaient prêtres, c'est-à-dire très
probablement évêques. Abercius parait avoir joui d'une
certaine autorité sur ses collègues, puisque l'un d'eux
recevait ses désirs comme des ordres : h/uxarfiêic, ùità
<to0 <ruYYp:i?at- De ces linéaments nous pouvons rappro-
cher plusieurs observations. M. Ramsay a identifié la
ville d'Otrous dont Zotique était évéque. Otrous était
située en Phrygie Salutaire et relevait de la métropole
de Synnade; l'emplacement de l.i ville donne encore lieu
à quelque hésitation, toutefois on ne saurait le chercher
ailleurs que dans la vallée de Sandukly. Le siège épi-
scopal d'Abercius, Hiéropolis, était voisin de ces lieux.
Cette première constatation donne à la suscription du
traité antimontaniste un intérêt particulier, puisque
l'époque à laquelle il fut écrit doit aider à déterminer
l'époque exacte où vécut Abercius. Le traité fut écrit
plus de treize ans après la mort de la prophétesse mon-
taniste Maximille, pendant ce laps de temps aucune des
prédictions sinistres de celte femme ne s'était réali
on n'avait vu « ni guerre locale, ni guerre générale; les
chrétiens eux-mêmes jouissaient d'une tranquillité per-
sévérante par la grâce de Dieu17 » : o-j'te |j.spixb; o-'j-i
xaGoXixb; xô<tu.<;> ysyovs •rco'Xeu.o;, à).Xà xa'i "/piTTiavo:;
u,»).).ov eïpïjvri 6idtu,ovo;. On a placé cette longue période
und {/nfers.,1895,t. xn, fasc. 4, 28 p. — 'Th. Zahn, Einealtchristl.
Grabinschrift und ihrjûngstes Auslegen, dans la Neue kirchL
Zeitschrift, 1895, t. vi, p. 863-886. — » L'épitaphe d'Abercius.
dans les Mélanges de l'École de Rouir, ii IS9.">, |>. IV,-
182. — «Anal, bolland.. 1896, t. xv, p. 333. — 10 A. Dieterich, Die
Grabschrift des Aberkios, 1896, p. va, 54. Cf. SaL Reinach, toc
cit.;C. Weymann, dans VHiStor. Jahrbuch, in-8*, Munster, 1896,
p. 904. — « Anal, bolland., 1897, L x\ i, p. 74, ,; L'inscription
d'Abercius et son dernier exégète, dans la Revue de l'instr.
publ. en Belgique, in-8°, Bruxelles. 1897, p. 91. — " Voy. aussi
Anal, bolland., 1897, t. xvi, p. 74-77. — "Ibid.. 1896. t. xv,
p. 332. — l5Fr. Cumont, op. cit., p. 92, note de la page 91; Piolin.
dans Pitra, Anal. sacr. Spicil. Solesm. parata, I. u. p. \\\n;
J. B. Lightfoot, Apostol. Fathers, part. II, t. I, p. 479, note I ;
Anal, bolland., 1897, t. xvi, p. 75. — '«Eusèbe, Eist. «ci., V,
xvi, P. G., t. xx, col. 464-466. — " Rtid.
77
ABERGIUS
78
de paix entre les années 198-211', ce qui semble peu
compatible avec la longue guerre de Bretagne (207 à
210), assez grave pour réclamer la présence de l'empe-
reur, et d'autre part avec les persécutions en Afrique et
en Asie à la suite de l'édit de 202 2. A vrai dire les ob-
jections de ce genre n'ont le plus souvent qu'une im-
portance subjective; quoi qu'il en soit, un autre intervalle
chronologique a été plus généralement regardé comme
satisfaisant à la remarque de l'anonyme antimontaniste3;
on a adopté le règne de Commode qui dura près de
treize ans (17 mars 180-31 décembre 192), fut relativement
pacifique et sur la politique religieuse duquel l'influence
de Marcia eut le plus heureux effet 4. On peut donc
accepter la date 193 pour la rédaction du traité. Cette
chronologie s'accorde avec la Fie d'Abercius pour lui faire
exercer son ministère sous Marc-Aurèle, elle s'accorde
aussi avec la paléographie de l'épitapbe. En effet, l'in-
scription d'Alexandre qui remonte à l'année 216 est no-
toirement plus récente que celle d'Abercius qui a encore
les formes archaïques supplantées dans l'autre par les
formes lunaires.
Abercius
E. .
2. . .
Alexandre
. . .e
. . . C et même C
Abercius est également seul à offrir les formes an-
tiques suivantes :
H, O, P, Y, cp
autant de traits qui démontrent que l'inscription a dû
être gravée vers la fin du ne siècle 5.
3° Du siège épiscopal d'Abercius. — 'ExXexTriç ttô-
Xeioç ô TtoXEiT/}; yor^rj-^ nocxpiSt 'lEpouôXsi. Tous les
manuscrits de la Vie portaient TepârcoXei, on appliqua
cette lecture au texte de l'épitaphe bien qu'il portât 'Ie-
pÔTtoXst. Cette lecture fautive entraînait de grosses diffi-
cultés lorsqu'il fallait donner une place à Abercius dans
le catalogue des évêques de Hiérapolis, en Phrygie Paca-
tienne. Cette difficulté s'évanouit lorqu'on rendit Aber-
cius à son véritable siège, Hiéropolis, en Phrygie Salu-
taire. La découverte de l'inscription d'Alexandre au
village tout moderne de Kélendres dans la vallée de
Sandukly fit tout d'abord préjuger que l'épitaphe d'Aber-
cius avait dû se trouver au même endroit, à cause de
l'identité de leur formulaire 6. En outre, il était évident
que la pierre portant l'inscription d'Alexandre avait été
transportée à Kélendres, probablement avec des maté
riaux de construction, il fallait donc chercher ailleurs
mais à peu de distance sans doute, et à coup sûr dans
la Phrygie Salutaire. La Phrygie fut incorporée pour la
plus grande partie à la province d'Asie, au premier siè-
cle de notre ère. Elle portait diverses dénominations sui-
vant les subdivisions qui la partageaient; dans la Grande
Phrygie se trouvaient deux villes nommées Hiérapolis et
Hiéropolis, la première appartenant à la subdivision
judiciaire (conventus) de Laodicée, la seconde à celle de
Synnade, villes qui devinrent, au IVe siècle, les capitales
de la Phrygie Ile ou Pacatienne et de la Phrygie IIe ou
Salutaire, Hiérapolis était située dans la Phrygie Paca,
' Bonwetsch, Die GeschicMe der Montanismus, 1881, p. 146
sq. ; cf. L. Duchesne. Rev. des quest. hist., juillet 1883, p. 29. —
1 J. B. Lightfoot, Apostolic Fathers, part. II, t. I, p. 482. Cf. P. Al-
lard, Histoire des persécutions, c. H, in-8°, Paris, 1886, t. n,
p. 55 sq. — 3 Hilgenfekl, Ketzergeschichte, p. 565; Keim, Rom.
und das Christenthum, p. 638 sq. ; Voltei', dans la Zeitschrift
fur wissenschaftlichen Théologie, 1883, t. xxvn, p. 27 ; Gorres,
dans Jahrbuch fur protest. Théologie, 1884, p. 234, 424 sq.
J. B. Lightfoot, Apostolic Fathers, part. II, t. I, p. 483; De
Bossi, Inscr. christ, urbis Romx, t. n, proœm., p. xvm. —
* B. Aube, Le christianisme de Marcia, clans la Revue archéo-
logique, mars 1879, p. 154-175; De Celeuneer, dans la Revue des
quest. hist., juillet 1876, p. 156-168. — 5 De Bossi, Inscr. christ,
urb. Hum., t. n, procem., p. xvil-xvm. — 6 De Bossi, Bull, di
tienne, Hiéropolis dans la Phrygie Salutaire. La distinc-
tion se retrouve dans le iSynecdemus d'Hiéroclès, sous
Justinien et dans les catalogues épiscopaux du moyen
âge byzantin; cependant Le Quien confondit les deux
villes et transporta à Hiéropolis la ville de Hiérapolis ad
Lycum et toute sa longue histoire sacrée et profane7.
Les deux villes ont été distinguées de nouveau par
Mur Duchesne8.
Tous les documents hagiographiques qui mentionnent
Abercius dépendent de sa Vie; les églises de Hiéra-
polis et de Hiéropolis sont détruites depuis longtemps
et leurs traditions disparues. La Vie portait 'IgpaTtoXsi;
au contraire l'inscription, dans les manuscrits, portait
'IspÔTtoXst. Le ms. de Paris 1484 désignait en outre la
province sous le nom de Petite Phrygie y\ u.r/.pâ «tp-jyia,
le 110 disait simplement <ï>pvyia, mais il omettait le der-
nier vers de l'inscription, celui qui contient le nom de
la ville bénéficiaire de l'amende. Le 110 et le 1540
olfrent en ce qui regarde l'épitaphe des variantes, qui
s'accordent avec l'inscription d'Alexandre mieux que les
autres mss. Cette circonstance donna une autorité par-
ticulière, dès le début, à ce groupe de manuscrits9. Or,
le 1540 indique la patrie d'Abercius comme située dans
la Phrygie Salutaire 10. D'autres traits concourent à dési-
gner Hiéropolis. Les messagers de Marc-Aurèle venus à
la recherche de l'évêque passent à Byzance, Nicomédie
et Synnade, métropole de la province : k'çûaaav xarà tï)v
SvvàSetov (xrjTpÔTtoXtv xf\i Xs^OséoT); 'tpuyi'aç " ; de là ils se
font conduire à Hiéropolis en quelques heures. Cet iti-
néraire et ces distances sont incompréhensibles, si l'on
substitue Hiérapolis ad Lycum à Hiéropolis 12. La men-
tion d'un gouverneur de la Phrygie Salutaire en rési-
dence à Synnade n'a d'autre valeur que de présenter un
émoin de la distinction des deux villes pour le Ve siècle.
4° Sur le mot BAIIA du vers 7. — La cassure de la
pierre en coupant ce mot à été l'occasion de longues
discussions. Cette cassure est extrêmement ancienne13.
On a proposé pour y suppléer pa<TiXY)<xv et pa<nXeiav, au
vers suivant BAIIAIZ est complété en pacriXiTa-av. La
deuxième expression reste obscure malgré les tentatives
les plus subtiles et les plus consciencieuses de l'exégèse.
Il n'y a pas de raison qui impose l'interprétation natu-
relle ou l'interprétation symbolique. Cette épithète est
adressée à Rome (fîaa-iXtç) par Justin Martyr u. De plus,
on trouve un emploi analogue dans une inscription lue
sur un des syringes de Thèbes.
ANTCûNIO[ç
©CWAOPOC
O AlACHMOraToç
KA0OAIKOC T[ïjç Aî-yu
nTOY [xa\] cpOINIKHC
rTOAITHC €N TH
BACIA[eu]0[:]CH PÛÙMH
XPONCÙ TTOAAG0
AIATPIYAC KAI
TA €K€I 0AYMAT[a
eiAON KAI TA ENTAY0A16
« Antonios Théodoros, le plus illustre catholicos de
arch. crist., 1882, p. 77 sq. — 'Le Quien, Oriens christianus,
1740, t. i, p. 832; Gams, Séries episcoporum ecclesise catholicse,
p. 446. — 'Duchesne, Hiéropolis, patrie d'Abercius, dans la
Revue des quest. hist., juillet 1883, t. n, p. 16 sq.; W. Bamsay,
The cities and bishoprics of Phrygia, part. II, p. 16, 17, ou
Journal of hellenic studies, 1887. — 9 De Bossi, Bull, di ar-
cheologia crist., 1882, p. 79. — l0L. Duchesne, dans la Revue des
quest. hist., juillet 1883, p. 19; cf. Cod. paris, gr. I5U0, f> 129.
— uCod. paris, gr. 15i0, f° 144; U-/iiiar,i; manque dans Cod.
par. Ii84. — ,2L. Duchesne, loc. cit., p. 19; W. Bamsay, The
taie of saint Abercius, p. 9. — l3 F. Cumont, loc. cit., p. 93,
note 1. — "Justin Martyr, Apolog. I, 26, 56, P. L., t. vi, coL
368. 413. — ,s Archives des missions scientifiques, 2' série,
1866, t. n, p. 481.
79
ABERGIUS
80
l'Egypte et de la Phénicie, j'ai vécu longtemps citoyen
de la cité royale de Rome et j'y ai vu des merveilles. »
5° Sur le mot AAON. — Hirschfeld ' et Dieterich 2
ont traduit ce mot par : pierre; ce qui fournissait la
pierre noire d'Émèse, c'est là un « sens insolite, mal
attesté, presque barbare 3 » et « l'unique exemple de
Xâo; dans le sens de pierre, relevé dans toute la littéra-
ture grecque, est contesté4 ». L'inscription a été traitée
au point de vue de la philologie avec une compétence
reconnue par Th. M. Wehofer 5 qui, à propos de lec-
tures telles que ),âov dans le sens exceptionnel de pierre,
a lait observer que c'est l'usage de citer ces curiosités phi-
lologiques à des commençants afin de leur ouvrir des
horizons, mais qu'en aucun cas, dans un passage con-
troversé, ces textes, soi-disant parallèles, ne sauraient
être acceptés comme des preuves.
6° Sur le mot TTIITII. — On a voulu lire ici NHITIX
ou NIITI2, divinité aquatique qui a nourri Abercius, de
poisson, de pain et de vin. Il n'y a pas lieu de discuter
l'interprétation fondée sur cette lecture qu'un examen
attentif de la pierre démontre erronée. Ce qui aura
trompé, c'est que sur ce coin du bloc de pierre il s'est
formé un dépôt calcaire de couleur brune, dont un
bout semble former la barre transversale du N. Mais ce
dépôt ne correspond à aucun trait de gravure. Il se
retrouve sur d'autres parties de la stèle et il y affecte
les formes les plus diverses 6.
7° Sur les mots ).au.iipoiv Z<pPAI~EIAAN Eyovra. — On
a interprété ces mots, d'après le canon de la symbolique
primitive, dans le sens du sceau éclatant du baptême.
On a conjecturé 7 qu'il pourrait s'agir ici de ces tro-
phées (ta rp^Ttata) dont parle le prêtre Caius et qui sont
les tombeaux des saints apôtres Pierre et Paul 8. C'est
une hypothèse que rien ne corrobore.
8° Sur l'amende au profit du fisc impérial et du fisc
municipal. — Cette mention a surpris Tillemont : « Ce
ne sont pas là, écrivait-il, les pensées ordinaires des
saints quand ils se préparent à la mort9 ; » cependant elle
est très fréquente en Phrygie, à la même époque l0. Cette
préoccupation touchant l'inviolabilité des sépultures
s'explique par la persistance des idées et des coutumes
antiques. Le christianisme s'était développé dans ces
contrées dans des conditions spéciales. Pendant que les
persécutions sévissaient par intermittence sur toutes
les provinces de l'empire, la Phrygie fut presque con-
stamment épargnée. Depuis l'époque des Antonins jus-
qu'à la persécution de Dioctétien, nous voyons s'y éta-
blir et s'y implanter une église chrétienne qui, peu à
peu, abandonna ses allures mystérieuses pour affirmer
ouvertement sa croyance. A la fin du 11e siècle, on lit
dans l'inscription d'Abercius : TaûO' ô voûv eù'Saixo ÛTrèp
1 O. Hirschfeld, dans les Sitzungberichte der kôniglich-preus-
sisclien Akademie der Wissenschaften zu Berlin, in-8°, 1894.
— * A. Dieterich, Die Grabschrift des Aberkios, 1896. —
3 L. Duchesne, dans les Mélanges de l'École de Rome, 1895. —
* L. de Grandmaison, dans les Études ■publiées par des Pères de
la C" de Jésus, Paris, t. LXXI, p. 450. Cf. Œdipe à Colone,
v. 196 : Ae/ptôç y'êtu' axpou Xâoy fJçccxùç ôxXàaa;, ce que Benloew
traduit ainsi : Humilis eœtremo in saxo obliquus subside. —
"Wehofer, Philologischc Bemerkungen zur Abercius Inschrift,
dans la Rômische Quartalschrift, 1896, t. x, p. 61-84; Wehofer,
Eineneue Aberkioshypothese, dans la Rômische Quartalschrift,
1896, p. 351-378. — 6 F. Cumont, loc. cit., p. 93, note 2. — ' Ma-
rucchi, dans le Nuovo bull. di arcli. crist., 1895, p. 40; voy.
Pitra. Anal, solesm., t. il, p. 173; J. B. Lightfoot, Apost. Fatli.,
part. II, t. I, p. 482. 11 faut rapprocher ces mots : .Wov Xaimpbv
fffpayrSetv f/ovrct, de ceux de l'Apocalypse, vu, 2 : "Ayyiîiov f^ona
irsjçnYïXa 9îo3 Çu.vto;, et encore vu, 3, ix, 4, sur les serviteurs de
Dieu marqués d'un sceau sur le front. SîfaYÎ; s'entend par anto-
nomase du signe de la croix; cf. Garrucci, Mélanges d'épigraphie
ancienne, 1856, p. 12, et De Rossi, dans Pitra, Spicil. solesm.,
t. iv, p. 519 sq. C'est aussi le nom du signe de croix dans la litur-
gie grecque. Cf. Bri^litman, Eastern liturgies, p. xlvii, lig. 14;
Smith, Diction, of cliristian antiquities, au mot Seal. La Didas-
calie l'emploie dans le sens de baptême. — 'Eusèbe, Hist. eccl., II,
'Agspxt'ou rcSç ô o-uvwîôç. Quele confrère qui comprend
\ces choses] prie pour Abercius. A la fin du IIIe siècle,
nous possédons trois épitaphes, dont l'une de l'année
279 après J.-C, sur lesquelles on lit les épithètes /pr)<T-
Tiavoî, ^pïiOTiavâ), y_pr,iTTiavo\, ypr.ortavy; et y_p/|«jnavoïç ".
A la même époque, il exista en Phrygie des cimetières
chrétiens à ciel ouvert12 et ce fait n'est pas pour nous
surprendre puisque nous savons que la population de
certaines villes, y compris les magistrats, professait le
christianisme. A Eumeneia, au IIIe siècle, sur 71 épitaphes
classées comme païennes ou douteuses, 11 seulement
sont certainement postérieures à 215. Pour cette même
période nous relevons 26 épitaphes chrétiennes. Dès le
IIe siècle, nous y rencontrons trois sénateurs parmi les
chrétiens13, pendant le siècle suivant nous en rencon-
trons six '*. Eusèbe nous parle d'une ville de Phrygie
dont, en l'an 303, toute la population était chrétienne 15.
Par goût et par politique on était tolérant. On comprend
que ces relations amicales avec l'État romain aient
donné aux communautés de Phrygie une susceptibilité
moins ombrageuse à l'égard de tout ce qui touchait à
l'administration et au culte officiels. L'incorporation du
pays à la province d'Asie était assez ancienne, — elle da-
tait du premier siècle avant notre ère, — on s'était ac-
coutumé à la puissance romaine et on lui faisait sa part
d'impôt d'assez bonne grâce. La vie municipale surtout
s'était conservée intacte, l'idiome indigène était parlé
par tous les esclaves et les paysans 16. De là, quelques
anomalies. Eumeneia, ville chrétienne, garda ses vieilles
empreintes monétaires qu'on remplaça à Apamée11 de-
puis le règne de Septime Sévère. De même, les chré-
tiens avaient mis à leur usage les noms à'episcopos**,
geraios19, des noms d'associations20, et usaient de plu-
sieurs formules telles que itîai çi/.o; -xa\ oùSevl iyôpôç,
u.r,&£va XuTtr'iraç u.t)8ev1 Tîpoaxpo'Jaa;, évidemment cal-
quées sur des éloges païens comme celui-ci : Mipxo-j
IloXtïjto'j çtXoo'ôçoy Tràvrwv çi/.o'j 2I ; ou bien ils em-
pruntaient des sentences aux écrivains profanes, comme
celle-ci, à Eumeneia, empruntée à Ménandre :
xaXbv to yripiv, xa\ xb u.T) YriP°'v TP'î X£'-Pu *a*<>v
xa).ôv tô ôvrçfjxeiv ot; tô Çtjv ûëpcv <p£pei
Il est bon de vieillir, ne pas vieilir est trois fois pire.
La mort est un bien à ceux que maltraite la vie 22.
L'opposition entre les devoirs du chrétien et ceux du
citoyen parait n'avoir pas été soupçonnée, on aimait sa
ville natale 23, on se plaisait à rappeler les charges mu-
nicipales qu'on y avait exercées2*, on confiait à ses ar-
chives la copie de son testament25, on se souvenait de
son budget qu'on instituait son héritier éventuel26. La
conservation du monument funéraire rentrait dans le
xxv, P. G., t. xx, col. 208-209. — «Tillemont, Mém. hist. eccl.,
t. 11, p. 621. — " Monum. Eccles. Iit.,l. 1. n. 2789, 2790, 2793 bis;
Vidal Lablache, Comment, detitulisfunebribus in Asiaminore,
p. 50-68. — « Corp. inscr. grxc, t. m, n. 3857 g, 3865 l, 3857
p. — "F. Cumont, Les inscr. clirét. de l'Asie Mineure, p. 26
(tirage à part). — ,3 W. Ramsay, Cities and bishoprics of Phry-
gia. n. 204, 210, 219. — «* Wid., n. 359, 361, 364, 368, 371. —
15 Eusèbe, Hist. eccl., VIII, xi, t. xx, col. 768. Cf. Lactance. Tnst.
divin., V, 11, P. L., t. VI, col. 585. — ,0E. Renan, Origines du
christianisme, t. m, p. 23. — " J. Eckhel, Dortrina vrtrrum
nummorum, part. I, in-4*, Vindobonae, 1792-1798. t. m. p. 130
sq. Cf. de Witte, Ch. Lenormant, dans les Met. d'archc<
des PP. Cahier et Martin, gr. in-4% Paris, 1846 sq., t. m, p. 169
sq., 199 sq. — '* W. Ramsay, loc. cit.. n. 382. — " Ibid., n. 361,
364.- î0 Ibid. ,n. 411 f, 455. — »' Corp. inscr. grtec., t. m, n. 3865.
— '-'-Monum. Eccles. lit., t. 1. n. 2788. — " Vi.y. M<num. Eccles.
lit., t. I, n. 2787, lig. 1, 22, cf. n. 2790; A Eumeneia : EÙ|l«iù< .ù
au» TToXtuv TToiiTr,;. Bull, de corresp. hellénique, t. vin, p. 234. —
"F. Cumont, Les inscript, de l'Asie Mineure, n. 137, 140, 162,
168 (?) : Po-jitimiî ; n. 140, 146 : ?««,:,; m TiP«.oS. — «To^ou
4vTi'ypa=ov à-^iOr, es -.à if/!Îa (249 après J.-C.), Journal of hell.
stud., t. iv, p. 401. — -" Amendes au profit de la ville, F. Cu-
mont, loc. cit.. n. 146, 177,178; au profit du t«n«rov (itfùïcrai tapiT»,
■Phium» wniTov), n. 141. 147, 157, 176-178, 209, 214, 215, 395.
81
ABERCIUS
82
même ordre d'idées, à peine modifiées par le christia-
nisme. Les païens redoutaient dans la privation de sépul-
ture les conséquences d'outre-tombe; ils se voyaient er-
rants et besogneux, mêlés au troupeau des âmes en peine
qui voltigent sur les bords du Styx1. Les chrétiens re-
doutaient de n'avoir point de part à la résurrection de
la chair si le corps était arraché à la tombe2. On ne
peut être surpris de rencontrer l'expression de celte
crainte chez un évêque d'Asie précisément à l'époque
où nous relevons d'autres témoignages favorables ou
contraires à cette croyance dans plusieurs églises3. La
coutume d'imposer des amendes à ceux qui détruiraient
ou dégraderaient les sépultures s'est conservée long-
temps.
La mention que nous venons d'expliquer implique
l'existence d'un répertoire des lituli portant description
et copie du monument, autrement, comme on l'a fait
observer, la défense écrite pœnœ nomme disparaissant
avec l'objet lui-même qu'elle était destinée à sauvegar-
der, le fait du sacrilège en eût assuré l'impunité*.
9° Dernières observations. — La forme carrée de la
stèle n'est pas, comme on l'a insinué5, l'indice d'une
origine païenne. On la trouve à Sandukly et à Prym-
nessos dans la Phrygie Salutaire 6.
L'épithète xaXdç que l'on a réclamée pour le mot Pas-
teur est rendue impossible par la mesure du vers, c'est
pourquoi on lui a substitué âyvdç.
La vierge pure ne peut être confondue avec l'Église
désignée par sa fonction de donner aux fidèles la nour-
riture que Marie, la vierge pure, lui a procurée 7.
10° Le formulaire. — L'épitaphe d'Abercius com-
prend deux parties nettement distinctes et réunit à elle
seule les deux types de la littérature épigraphique. Elle
utilise le formulaire adopté et y insère une composition
personnelle8. Pour dégager le formulaire courant, il
suffit de rapprocher les deux tituli d'Abercius et d'Alexan-
dre, on obtient le résultat suivant :
Abercius.
1) 'ExXexTrj; TtdXetoî ô 7roXetTï)ç tout' é7ronq<7a
2) Çùv "v é'xo) xaipû (?) <T<ji(j.aTo; ev8a 6é<riv.
3) ovvou.' 'A6lpxio; (i'v, o u,a8ï]TY|ç Ttoiuivo; àyvoO
Une pièce de 16 vers.
20) où p.svtot TÛ(j.ëoj tc; è[jLà> ÉTepôv Ttva 6'<î(Tef
21) e! 8* oùv, 'Pa)|j.aca)v ■za\ieiw 0-r\ae.i Sic/îXia ^p'juâ,
22) xac xpY)o-Tîj TtaxpiSi 'Iepo7:ô),et x'^'a XP^0*1
Alexandre.
1) ('Ex)XexTïj; Tz6(\)i(aç 6 7toXet'(t/i;) Towz'iTto(r\(<ja)
2) (Zàiv î)v ex10 <pavep(ûi;?) aoSu.aTOç k'vôa 6£<tiv.
3) Oûvojxa 'AXéijavSpoç 'Avtwviou u.a8T]Tï); Troiuivoç âyvr>ij.
4) Où uivxoi T\ju,ëo> ti; èu.w êtepdv xcva ôrjdEi
5) EiS' oùv, "Pa)|iaî(ov Ta((j.)sca> 8r|0-£(i) 8io-xs'Xia (x)pua'à
6) Kai (x)PTTT^l t«TptS(i) 'IepoTro'Xei yiiXia. XPU0"5.
«E. Le Blant, L'épigraphie chrétienne en Gaule, 1890, p. 52 sq.;
C. Bay et, \De titulis Atticse christianis antiquissimis, in-8% Lute-
tiae Parisiorum, 1876, p. 52 ; O. Hirschfeld, Zur Gescliichte des
Christenthums in Lugdunum vor Constantin, in-8% Berlin, 1895,
p. 20. — *E. Le Blant, Les persécuteurs et les martyrs, c. xxm,
1893, p. 251 sq. Cf. Corpus inscriptionum grœcarum, t. m,
n. 3890, 3891, 3902, 3902 f, 3902n, 3963, t. iv; n. 9135, 9266, 9270,
9288, 9289, 9298 ; Le Bas et Waddington, Voyage archéologique
en Grèce et en Asie Mineure, gr. in-4% Paris, 1899, n. 1654 a,
1703. Voyez E. Le Blant, Inscriptions chrétiennes de la Gaule
antérieures au vm" siècle, Paris, 1856-1865, t. i, n. 207, p. 289 sq.,
cf. n. 13, p. 37 et n. 216, p. 312; Mabillon, De re diplomatica,
p. 96; G. Marini, Papiri diplomatici, n. 263 a; cf. p. 120,285;
Wassersehleben, Bussordnungen, p. 639, cf. p. 690. — 3 G.
Marini, Iscrizioni antiche délie ville e de' palazzi Albani,
in-4% Roma, 1785, p. 37-77 ; S. Maffei, Muséum Veronense, in-fol.,
Veronae, 1749, p. 364 ; Orelli, Inscriptionum latinarum selectarum
amplissimacollectio, in-8', Turici, 1828,, n. 4393, 4432 ; R. Fabretti,
Inscriptionum antiquarum, quse in sedibus paternis asservan-
Les deux premiers vers ne font pas de difficulté. Le
troisième peut subir la modification : 'Aêépxioç ô ûv...
Dans l'inscription d'Alexandre la difficulté est suppri-
mée; au nom d'Abercius on a substitué celui du défunt
auquel on a ajouté celui de son père, le vers n'existe
plus. Les trois derniers vers sont exactement semblables.
Le pénultième a été manifestement altéré. Il contient
sept pieds et demi. Les deux textes ont la même faute
dont l'origine est claire. A l'expression t<S cpt'axw qui est
fréquente sur les marbres portant la mention d'une
amende, on a substitué les mots 'Piouat'wv ranec'w qui
ont la même signification mais avec une valeur proso-
dique toute différente. Le vers doit donc être restitué
ainsi qu'il suit :
El S' oùv T<ô çicnuo O^o-et SidxtXta XPUlT*
Le dernier vers paraît un peu forcé par l'intrusion du
nom de la ville 'IepoTréXec, — trois brèves consécutives,
— il y a lieu de penser que le formulaire n'avait pas été
destiné primitivement à cette ville. L'épitaphe d'A-
lexandre se termine par une mention en prose de la
date du monument et une acclamation liturgique. Il est
possible que ces deux phrases se trouvassent également
sur la stèle d'Abercius.
Nous pouvons donc restituer ainsi un formulaire épi-
graphique chrétien en usage dans une ville de l'Asie
Mineure, vers le milieu du IIe siècle :
'ExXexTrjç iréXecoç ô Tzo\tix/)i toOt' knoi^aa.
Zùv tv é'xto xatpû (?) 0-cou.aTo; È'v8a 8l<jtv.
O'j'vo|xa ûv, ô paOriTT); Troijisvo; àyvoû.
Où uivTot TU(J.êa> Tt; èu.ù> Êxepov riva 8rio-£r
El8 ' oùv, tu <pt<TXa> 8ïj<re(i) Smt/J.'mx. xpu<râ-
Ka\ xP*)*71*) taiptSt. . . . x£''la XPuff*'
VI. Le symbolisme. — Le poème de seize vers com-
posé par Abercius renferme plusieurs indications encore
reconnaissables pour les initiés sous le style convention-
nel dont l'auteur faisait usage :
Toc'jS' ô vo<Sv eù'ÇatTO ùirkp 'Aêepxîou itâç ô (ruvfoSôç,
Que tout confrère comprenant ceci prie pour Abercius.
L'itinéraire de voyage d'Abercius à l'aller n'est pas
indiqué, il serait oiseux de faire des conjectures. Au re-
tour, Abercius s'arrêta sur la côte de Syrie, peut-être à
Antioche, d'où il se rendit à Nisibe après avoir arpenté
la Syrie en tous sens (vers 10). On peut présumer que
le retour à Hiéropolis se fit par Édesse. Il ne serait
pas impossible que le passage concernant l'apôtre Paul
doive être complété de manière à indiquer que l'évêque
suivit, pour entrer dans sa patrie, l'itinéraire parcouru
par saint Paul dans sa troisième mission. Abercius au-
rait donc rejoint Antioche par Édesse d'où il serait
remonté par Issus, Tarse, Derbé, Iconium, Antioche de
Pisidie et Apamée Kibotos jusqu'au cœur de la Phrygie.
On peut rapprocher la mention des églises lointaines,
réunies dans le rite unique de la manducation de Jésus-
tur, explicatio, in-fol., Roraae, 1702, t. I, p. 309 ; t. H, p. 175, 190,
253. Cf. Huschke, J urisprudentise anteiustinianex quse super-
sunt, in-8% Stuttgart, 1882, p. 432 ; Cod. Theodos., 1. III, tit. XVI ;
1. IX, tit. xvii, 1 et 4, et tit. xxxvm. — * E. Le Blant, Inscr. chrét.
de la Gaule, 1. 1, p. 293. Cf. G. Marini, Papiri diplomatici raccolti
ed illustrati, in-fol., Roma, 1805, p. 142, et Atti e monumenti
degli fratelli Arvali, in-4% Roma, 1795, p. 330, cite une donation
gravée sur marbre et une épitaphe renvoyant toutes deux à des
actes écrits. On connaît l'usage des Grecs de déposer en lieu sûr
des reproductions de leurs tituli. Voir Boeckb, Corp. inscr. grsec,
t. il, n. 3266, 3281, 3282, 3401, 3509, 3515, 3516. — 'Harnack, Zur
Abercius-Inschrift., p. 5, n. 3. — 6 Corp. inscr. grsec, t. iv,
n. 9266; J. B. Lightfoot, Apostolic Fathers, part. II, t. i, p. 485.
— 'De Rossi, Inscr. christ, urb. Rom.se, t. n, proœm., p. xxm;
J. B. Lightfoot, Apost. Fathers, part, n, 1. 1, p. 481 ; cf. Riickert,
dans la Theologische Quartalsclirift, Tùbingen, 1886, p. 395 sq. ;
F. W. Fai-rar, Lifes of the Saints, t. I, p. 10. — «E. Le Riant, Ma-
nuel d'épigraphie chrétienne d'après les marbres de la Gaule,
in-12, Paris, 1869.
83
ABERCIUS
84
Christ, Fils de Dieu, Sauveur (IX0YN), du récit de
la réception faite à Rome à saint Polycarpe par le pape
Anicet1. Cette mention de la diffusion des communautés
chrétiennes au 11e siècle est d'accord avec les témoigna-
ges des écrivains contemporains ou postérieurs de peu
d'années 2.
Nous relevons un double usage liturgique : le mélange
de vin et d'eau dans le calice et la communion sous les
deux espèces, oivov jy>r,arôv ïyovaa., *Epacru.a oiSoûija
(j.et' apto-j (vers 16).
Il n'entre pas dans la nature de ce travail de recher-
cher ce que l'épitaphe d'Abercius peut fournir de
textes neufs et formols à la science théologique assez
pauvre en matière d'épigraphie. Citons toutefois l'opi-
nion d'un philologue distingué opposé au christia-
nisme d'Abercius : « Tous ceux qui jusqu'à M. Ficker
(1894) se sont occupés de ce texte, catholiques, protes-
tants ou juifs, ont admis, avec des divergences insigni-
fiantes, les explications que voici : 1° Abercius a été à
Rome et y a vu la majesté de l'Église romaine, reine du
monde chrétien; 2° il y a vu aussi le peuple des fidèles,
marqué du sceau éclatant du baptême; 3° il a trouvé
partout des chrétiens; 4° la foi lui a servi de guide;
5° elle l'a nourri du poisson (J.-C.) né de la sainte Vierge ;
6° Abercius et les autres lidèles recevaient Jésus-Christ
sous les espèces du pain et du vin. Ainsi, la primauté
du siège de Rome, le symbolisme du Poisson, le bap-
tême, l'eucharistie, tout cela était attesté par l'inscrip-
tion d'Abercius pour le milieu du IIe siècle [après]
J.-C. 3. » (Salomon Reinach.)
Les vers 12 à 16 du poème d'Abercius sont obscurs et
leur sens véritable paraît se dégager avec plus de clarté
si on les compare à une épigramme composée dans le
mètre élégiaque et trouvée à Autun en 1839 4. Ces deux
compositions sont, à ce qu'il semble, presque contem-
poraines, mais celle d'Autun parait tronquée de sa fi-
nale (peut-être quatre vers) 5. Quoi qu'il en soit, voici ces
deux fragments tels que nous les possédons :
Abercius.
ui'oti; raxvTrç 3s TrpoTjye,
xai 7:apl0r)x£ Tpoçrjv 7râvrr] lyôùv aTtb mr)yr|<;
7rav(j.£-fÉ9ri, y.aOapbv, bv èSpiÇaro Ttapôsvo; àyvï],
15 xai to-jtov àTréôtDXE cpfXoc; k'aOeiv Stà 7ravTÔç,
oivov -/p*]<rcbv ê'y_o'j<Ta, xEpa<Tu.a StSoûa-a jjlet' àptou.
la foi me conduisait partout; partout
elle m'a servi en nourriture un poisson de source, très
grand, très pur, péché par une vierge sainte. Elle le
donnait sans cesse à manger aux amis; elle possède un
vin délicieux qu'elle donne avec le pain.
Pectorius d'Autun.
Tyôùo; o(ùpavt'ou 6s)ïov ysvoç î}Topt <teu.v<J>
Xpyj<jE- Xaë(î)(v 7rriyT))v ajiëpoTov Èv fSpoTÉot;
0e<T7r£<Tca>v ûôâxuv ttjv <tt|V çi'Xe 0iX7tso ^(X'W
'TSaiTtv àevdcoe; TtXouToSÔTou aocpi/);-
5 Su)TT|po; àyitov u.EXir)3sa Xâu,ëavE (3(pù<r.v)
"E<t8ie irivâtov, \yO\iw ïyu>v itaXâ u.a i ; 6
Race céleste du Poisson divin, fortifie ton cœur, puisque
tu as reçu au milieu des mortels la source immortelle
de l'eau divine. Ami, réjouis ton âme par l'eau toujours
jaillissante de la sagesse qui donne les trésors. Reçois
ce mets doux comme le miel du sauveur des saints,
mange avec délices tenant dans tes mains le Poisson.
La source divine et intarissable à laquelle le peuple
' S. Irénée, Lettre au pape Victor, dans Eusèbe, Hist. eccl.,
V, xxiv, P. G., t. xx, col. 493. — *E. Renan, Origines du chris-
tianisme, c. xxv, t. vu, p. 447 sq. — 3Cf. dans la Revue critique,
1896, t. n, p. 449. — * Pitra, dans Annales de philos, chrét.,
1" septembre 1839, série II, t. xix, p. 195; Monum. Eccles. lit.,
t. i, n. 2826. — 5 De Rossi, Inscr. christ, urb. Rom., t. u,
élu du Poisson puise ia sagesse et la sainteté est repré-
sentée dans les fresques de la chambre des Sacrements,
au cimetière de Callixte. Le pêcheur jette son hameçon
vers le poisson qui baigne dans la source sortie du ro-
cher et dans laquelle un enfant, le petit poisson selon
le Christ, reçoit le baptême. C'est la représentation d'un
mot de Tertullien : « Nous naissons dans l'eau petits
poissons selon le Christ, et nous ne pouvons nous sau-
ver si nous n'y demeurons. Aussi les élus seront-ils la
race céleste du Poisson divin, ils seront les petits pois-
sons nés dans l'eau qui découle de cette Pierre qui est
le Christ, formés à sa ressemblance, affermis dans sa
vertu, puisant à la source intarissable la science de la
sagesse éternelle. »
Abercius parle de la même source et du même Pois-
son très pur qu'il ne confond pas avec les petits pois-
sons. Aussitôt après il dit que ce poisson a été péché par
une vierge sainte, autre trait qui doit être rapproché de
la fresque de Callixte.
L'accord devient plus étroit lorsque Pectorius et Aber-
cius parlent de la manducation du Poisson par ceux
que conduit la foi. A ce point de vue l'épigramme d'Au-
tun est de beaucoup plus obscure que l'autre, la méta-
phore y est si bien soutenue que la confusion serait
facile si Abercius ne nous apprenait que ce Poisson se
mange sous la forme du pain et du vin mélangé d'eau,
c'est-à-dire les espèces de l'eucharistie. Ces trois élé-
ments se trouvent réunis dans une fresque de la cata-
combe de Lucine qui représente le Poisson nageant,
derrière lequel est placée une corbeille contenant du vin
et trois pains 1. Dans les chambres des Sacrements on
trouve à plusieurs reprises 8 la mensa portant pains
et poissons, une fresque entre autres représente un
prêtre pendant l'acte de la consécration, il a devant
lui un pain et un poisson 9. L'épigraphie donne sa part de
lumière, grâce à un marbre de Modène qui remonte au
me siècle. Il représente deux petits poissons se nour-
rissant de pain l0 (fig. 26).
26. — Marbre de Modène du nr siècle.
D'après le Bull, di archeol., 1865, p. 76.
Cet accord rigoureux entre des monuments séparés
par de si grandes distances justifie l'observation d'Aber-
cius après son voyage à Rome, en Syrie, en Mésopota-
mie et son retour par l'Asie -Mineure : « Partout j'ai trouvé
des confrères... Partout [on] m'a servi en nourriture un
Poisson de source, très grand, très pur, péché par une
vierge sainte. Elle le donnait sans cesse à manger aux
amis, elle possède un vin délicieux qu'elle donne avec
le pain. »
VIL Culte. — Le culte liturgique d'Abercius ne pré-
sente aucune particularité digne d'attention. Son nom
apparaît pour la première fois dans les ménologes et
synaxaires grecs du x« siècle. Le martyrologe hiérony-
proœm., p. xx-xxi. — a D' O. Pohl, Das Ichthys Monument
von Autun, in-8", Berlin, 1880. — 'F.X. Kranss, Die rômischen
Katakomben, 1873, pi. vm, n. 1 ; De Rossi, Roma sotterranea
cristiana, t. H, p. 349, et pi. vm. — "De Rossi, Roma sotterr.,
t. Il, pi. xiv, 4; xv, 2: xvi, 2. — " Ibid., pi. xvi, 1. — ,0 De
lW>i, Rull. di arch. crist., 1865, p. 76.
85
ABERCIUS
86
mien n'en fait pas mention. Les martyrologes des VIIIe et
ixe siècles ne l'ont pas connu '.
VIII. Bibliographie. — Surius (L.), Vitae sancto-
rwm, au 22 octobr., p. 334-340. — Baronius (C), Mar-
lyrologium romanum, ad novam kalendarii rationem
et ecclesiasticee historiée veritatem restilutum, Gre-
gorii XIII papee iussu editum, accès, notationes atque
tractatio de Martyrologio romano, in-fol., Bomse,
1586, 22 octobr.; Annales ecclesiastici, a Christo nato
ad annum H98, année 163, in-fol., Borna?, 1588-1593,
p. 10-15. — Halloix (G.), Illustrium Ecclesiee orientalis
scriptorum gui sanctitale juxta et erudilione, primo
Chris ti sœcido floruerunt et Apostolis convixerunt vitee
et documenta, 2 in-fol., Duaci, 1633-1636, t. h, p. 137
sq. — Allatius (L.), Diatriba de Symeonum scriptis,
in-4», Parisiis, 1664, p. 124, 130. — Agapius Cretensis,
IIapâ8si(xoç, Venetiis, 1683, p. 147-162. — Cave (G.),
Historia litteraria scriptorum ecclesiasticorum, 2 in-
fol., Londini, 1688-1689; Oxford, 1741, t. i, p. 66. -
Pagi (A.), Crilica historico-chronologica in Annales
ecclesiasticos Baronii, in-fol., Paris, 1689, p. 11. —
Tillemoiu, Mémoires pour servir à l'histoire ecclésias-
tique des six premiers siècles, justifiez par les citations
des auteurs originaux, avec une chronologie et des
notes pour éclaircir les difficultés des faits et de la
chronologie, 16 in-4», Paris, 1694-1712, t. n, p. 299-300,
621-623; 16 t. en 10 in-fol., Bruxelles, 1732, t. n,
p. 137, 298-299. — Fabricius, Bibliotheca greeca, 3e édit.
14 in-4», Hamburgi, 1718, t. v, p. 188; ibid., 1719, t. ix,
p. 49; 4e édit. curante G.-C. Harles, 12 in-4°, Hamburgi,
1790-1811. — Canisius (H.), Thésaurus monumentorum
ecclesiasticorum, 7 in-fol., Amsteloedami, 1725, t. m,
p. 481. — Le Quien, Oriens christianus, 3 in-fol., Pari-
siis, 1740, t. i, col. 833 sq. — Scholze, De menologis
duorum codicum grœcorum bibl. regiee Parisiensis,
in-4», Paris, 1823, p. 45. — Boissonnade (J.-F.), Anec-
dota greeca, 5 in-8», Paris, 1833, t. v, p. 462-488. — Pi-
tra (J.-B.), Spicilegium solesmense, in-4", Paris, 1855,
t. m, p. 533; 1858, t. iv, p. 483. — Garrucci (B.), dans
la Civillà caltolica, in-8°, Borna, 1856, t. i, p. 685 sq.;
t. n, p. 83 sq.; Mélanges d'épigraphie ancienne,
in-4°, Paris, 1856, p. 1, 31. — De Bossi, Roma sotter-
ranea crisliana, 3 in-fol., Borna, 1867, t. n, descrip-
tion des plancbes de la chambre des sacrements. —
Bossue, S. J., Acta sanctorum , oct. t. ix, 1858, p. 484
sq. ; 1869, p. 515 sq. — Patrologia greeca, t. cxv, col.
1211 sq. — Martinow (J.), Annus ecclesiasticus greeco-
slavicus, dans Acta sanctorum, 1864, oct. t. xi,
p. 257, 269. — Becker (G.), Die Darslellung Jesu
Chrisli unter dem Bilde des Fisches, in-8°, Mùn-
chen, 1866, p. 35. — Gams (P. B.), Séries episcoporum
Ecclesiee catholicee, in-4°, Batisbonnse, 1873, p. 446. —
Venables (E.), dans Smith, Dictionary of Christian bio-
graphy, in-8°, London, 1877, t. I, p. 5. — Spencer
Northcote (J.), Epilaphs of the catacombs, London,
1878, p. 134-136. — Benan (E.), Origines du chris-
tianisme, Paris, 1879, t. vi, p. 432, note 2. — Bam-
say (W.), dans le Bulletin de correspondance hellé-
nique de l'École française d'Athènes, juillet 1882, t. vi,
p. 518. — Schultze (V.), Die Katakomben, die altchrist-
lichen Grabstàtten, ihre Geschichte und ihre Monumente
dargestellt, Leipzig, 1882, p. 119. — Bamsay (W.), The
taie of saint Abercius, dans le Journal of hellenic stu-
dies, London, 1882, n. d'octobre. — Duchesne (L.), dans
le Bulletin critique, Paris, 1882, t. m, p. 135. — De
Bossi, Bullettino di archeologia cristiana, 1882, p. 77. —
Duchesne (L.), Abercius, évëque d'Hiéropolis en Phry-
gie, dans la Bévue des questions historiques, Paris, 1883,
t. xxxiv, p. 5-33. — Maunoury (A.), L'épitaphe de saint
Abercius, dans les Annales de philosophie chrétienne,
Paris, 1883, t. vm, p. 437-446. - Bamsay (W.), dans
«Bossue, dans Act. SS., oct. t. ix, p. 489-49-1.
la Revue archéologique, Paris, 1883, p. 194-195. — The
cities and bishoprics of Phrygia, dans le Journal of
hellenic studies, 1883, p. 424 sq. — Pitra (J.-B.),
Analecta sacra Spicilegio solesmensi parafa, in-4»,
Typis tusculanis, 1884, t. il, p. xxvi sq., 162 sq. —
Bamsay (W.), dans The Academy, London, 1884, p. 174.
— Lightfoot (J. B.), dans The Expositor, London, 1885,
p. 11; The apostolic Fathers, in-8°, London, 1885,
part. I, t. i, p. 476-485. — Krùger (G.), Abercius von
Hierapolis nic/il Hicropolis, dans la Tlteologische Lite-
raturzeitung, Leipzig, 1887, n. du 26 février. — Bam-
say (W.), The cit. and bish. of Phrygia, dans le Jour-
nal of hellenic studies, part. II, 1887, p. 16 sq. — De
Bossi, Inscriptiones christianee urbis Romee septimo
seeculo antiquiores, Bomae, 1888, t. il, part. 1, proœm.,
p. xn sq. — Achelis (H.), Das Symbol des Fisches und
die Fischdenkmâler der rômisch. Katakomben, 1888,
p. 16-18. — De Mély (F.), Le poisson dans les pierres
gravées, dans la Revue archéologique, 1889. — "Wilpert
(J.), Principienfragen der christlichen Archaeologie,
in-4°, Freiburg im Breisgau, 1889, p. 51-55. — Bamsay
(W.), dans The Expositor, 1889, p. 253 sq. — Farrar
(F. W.), Life of Fathers, in-12, Edinburgh, 1889, t. i,
p. 10. — Allard (P.), dans la Science catholique, in-8°,
Paris, 1889, p. 362 sq. - Thurston (H.), Tomb of saint
Abercius, dans The Month, mai 1890, p. 38-56, et The
story of saint Abercius : a Byzantine forgery? juil.,
p. 339-359. — Civiltà caltolica, in-8», Borna, 1890, p. 203.
— Minasi (J.-M.), La doltrina del Signore pei dodici
apostoli, bandita aile genti, detta la doltrina dei do-
dici apostoli, versione, note e commentario, in-8»,
Boma,1891, p. 289. — Analecta Bollandiana, gr. in-8°,
Bruxellis, 1891, t. x, p. 95. — Harnack (A.), Geschichte
der altchristlichen Literatur bis Eusebius, gr. in-8»,
Leipzig, 1893, t. i, fasc. 1, p. 259. — Marucchi (0.), La
regina délie iscrizioni cristiane venulaci dall' Asia,
dans la Nuova antologia, in-8», Firenze, 15 mars 1893.
— Cabrol (F.), Histoire du cardinal Pitra, c. XII,
in-8», Paris, 1893, p. 172 sq. — Zahn (Th.), Forschun-
gen zur Geschichte des n.-t. Rations, in-8», 1893, t. v,
p. 57. — Kraus (F. X), Christliche Archaeologie, dans
Bepertorium fur Kunstwissenschaft, in-fol., Stuttgart,
1893-1894, t. xvin, fasc. 1. — Bévue des questions ac-
tuelles, Paris, 1893, 5 mars, p. 293. — Ficker (G.), Die
heidenische Character der Abercius-Inschrift, dans les
Sitzungsberichte der kôniglich-preussischen Akademie
der Wissenschaften zu Berlin, in-8°, Berlin, 1er févr.
1894, p. 87 sq. — Duchesne (L.), dans le Bulletin cri-
tique, 1894, t. xv, p. 177. — De Bossi, Bullettino di
archeologia crisliana, 1894, p. 69 sq. — Schultze (V.),
dans le Theologische Literaturblatl, 1894, n. 18-19. —
Analecta Bollandiana, 1894, t. xm, p. 402. — Bobert,
dans VHermès, Berlin, 1894, p. 421 sq. — De Waal, dans
la Rômische Quartalschrift, Bom., 1894, t. vm, part. 3
et 4, p. 329. — Cinti, Historia crilica Ecclesiee catho-
licee, t. i, fasc. 7, p. 408 sq. Cf. Civiltà cattolica,
1890, t. vu, p. 592. - Hirschfeld (O.), dans les Sit-
zungsb. d. kônigl.-preuss. Akad. derWissensch., Berlin,
1894, p. 213 sq. — Harnack (A.), Zur Abercius-Inschrift,
dans les Texte und Unlersuchungen, in-8», Leipzig, 1895,
t. xn, fasc. 4, p. 3-28 (à la fin). — Duchesne (L.),
L'épitaphe d' Abercius, dans les Mélanges de l'Ecole
française de Rome : in-8», Borne, 1895, t. xv, p. 155 sq.
— Marucchi (O.), Nuove osservazioni sulla iscrizione di
Abercio, dans le Nuovo bullettino di archeologia cris-
tiana, Borna, 1895, p. 17 sq. — Grisar, dans la Civiltà
cattolica, Borna, 1895, p. 317-322. — Zahn (Th.), Fine
altchristliche Grabinschriftund ihr jùngstes Auslegen,
dans la Neue kirchliche Zeitschrift, 1895, p. 863-886. —
Conybeare, dans The Academy, London, juin 1896,
p. 468-470. — Lingens, dans la Zeitschrift fur katho-
lischen Théologie, Innsbriick, 1896, p. 305 sq. — Weho-
fer (Th.), Philologische Bemerkungen zur Abercius-In-
87
ABERCIUS — ABGAR (LA LÉGENDE D')
88
schrifl, dans la Rômisclie Quarlalschrift, 1896, t. x, p. 16-
84. — Hartmann (L. M.), Abercius und Cyriacus, dans
Serta harteliana, gr. in-8°, Wien, 1896, p. 142 sq. —
Analecla bollandiana, 1896, t. xv, p. 331. — Weymann
(C), dans YHistorisches Jahrbuch, Munster, 1896. —
Wehofer, Eine neue Aberkiosltypolhese, dans la Rô-
mische Quarlalschrift, 1896, t. x, p. 351-578. — Wilpert
(J.), Fraclio panis , in-fol., Freiburg im B., 1896, p. 96-
112. — Dieterich (A.), Die Grabschrift des Aberkios,
in-8", 1896, 54 p. — Reinach (S.), dans la Revue critique,
14 décembre 1896, p. 447. — Analecta bollandiana, 1897,
t. xvi, p. 74. — Duchesne (L.), dans le Bulletin critique)
1897, t. xvm, p. 101. — Batiffol (P.), dans la Revue de
l'histoire des religions, in-8°, Paris, 1897, t. xxxvi,
p. 112. 113. — Nuth, De Marci diaconi vita Porphyrii
Gazensis, etc.. thesis ix, in-8°, Bonnse, 1897. — Cumont
(Fr.), L'inscription d' Abercius et son dernier exégète,
dans la Revue de l'instruction publique en Belgique,
Bruxelles, 1897, p. 89 sq. — Kauffmann (C. M.), Die
Légende der Aberkiosstele im Lichle urchristlicher
Eschatologie, dans Der Katliolik, in-8°, Mainz, 1897,
p. 245 sq. — Berliner philologische Wochenschrift,
in-4°, Berlin, 1897, n. 13. — Lejay (P.), dans la Revue du
clergé français, Paris, 1897, t. xn. — L. de G.[rand-
maison], dans les Études publiées par des Pères de la
Compagnie de Jésus, Paris, 1897, t. lxxi, p. 433-461. —
Batiffol (P.), La littérature grecque, in-12, Paris,
1897, p. 116-118. - Batiffol (P.) et Bareille (G.), dans
le Dictionnaire de théologie catholique, in-4°, Paris,
1890, t. i, col. 57, au mot Abercius. — Batiffol (P.),
dans la Revue biblique, in-8°, Paris, 1898, t. vin,
p. 306. — Bamsay (W.), The ciliés and bishoprics of
Phrygia, in-8°, London, 1898, t. n, p. 722. n. 657, —
Kaullmann (C. M.), Die sepulcralen Jenseitsdenkmâler
der Anlike und der Urchristentums. Forschungen zur
monumentalen Théologie und vergleichenden Reli-
gionswissenschaft, gr. in-8°, Mainz, 1900, t. i, p. 79-89.
— D. Cabrol et D. Leclercq, Monumenta Ecclesix litur-
gica, in-4°, Paris, 1902, t. i, p. 4* sq. n. 2787.
11. Leclercq.
ABGAR (LA LÉGENDE D'). - I. Histoire littéraire
de la légende. II. Le contenu de la légende. III. Le déve-
loppement. IV. Valeur historique. V. Liturgie.
Eusèbe • a eu connaissance d'une tradition d'après
laquelle un toparque 2 de l'Osrboène, nommé Abgar 3, se
serait trouvé en relations épistolaires avec Jésus, son
contemporain*. Trois documents assignent à ce fait une
fabuleuse antiquité : 1° la lettre d'Abgar à Jésus; 2° la
réponse de Jésus; 3° un portrait de Jésus encore con-
servé de nos jours.
* Eusèbe, Hist. eccles., I, xm, P. G., t. xx, col. -12t. — 'Denys
de Telmahar (ix" siècle). Chronique, dans Assemani, Bibliutheca
orientalis, in-fol., Romae, 1719, t. i, p. 417-420. — 3 Gutschmidt,
Die Kbnigsnamen in den Apostelgeschichten, dans le Rheir
nisclie Muséum, nouv. série, t. xix, p. 171 ; Th. Sig. Bayer, His-
toria Osrlioena, p. 97; R. Lipsius, Die edessenische Abgarsage,
1880, p. 15, note. — 'Gutschmidt, Untersuchungen ùber die
Geschichte des Kœnigreiches Osrhoene, dans les Mémoires de
l'Acad. de Saint-Pétersbourg, 1887, — 8L.-J. Tixeront, Les ori-
gines de l'Eglise d'Édesse et la légende d'Abgar, étude cri-
tique suivie de deux textes orientaux inédits, c. i, in-8^
Paris, 1888, p. 9-19. — 6R. Duval, Histoire politique, religieuse et
litt. d'Éd., dans le Journal asiatique, 1892. — ' Loc. cit. —
» W. Cureton, Ancient syriac documents relative to theearliest
establishment of christianity in Edessa and the ncighbouring
countries, from the year after our Lord's ascension to the
beginning of the fourth ccntury discovered, edited, translated
and annotated; publié après la mort de Cureton, par Wright, in-4%
London, 1863, p. 5-23; trad. p. 6-23. — «British Muséum, ms.
addit. 1M5U, fol. 33. — «Brit. Mus., ms. addit. liGU, fol. 1-9.
Cf. W. Wright, Catal. of syr. mss. in the Drit. Mus. acquired
since the year 1838, t. m, p. 1081, 1083; Cureton, Ane. syr.
doc., p. 147, 149. — » Phillips, The doctrine of Addai. the
ovostle, in-8% London, 187G. — " Biblioth. nationale, anc. fonds
arménien, n. 88, fol. 112 v-, sq. — ,3J.-R. Émine dans
Le personnage d'Abgar sera identifié parmi ses homo-
nymes de la liste royale d'Edesse lorsque nous étudie-
rons les antiquités d'Édesse (voy. ce mot), premier centre
chrétien dans l'Asie antérieure. L'épisode légendaire
d'Abgar eut, aux dépens des origines historiques du
christianisme dans son pays5, un immense retentisse-
ment en Occident et en Orient6.
I. Histoire littéraire de la légende. — 1° Eusèbe '
nous apprend que les originaux de la correspondance
conservée dans les archives d'udesse étaient rédigés en
syriaque. Un texte incomplet en a été découvert et pu-
blié, en 1864 s, d'après deux mss., l'un du Ve9, l'autre
du siècle i0. Le texte complet a été retrouvé dans
un ms. de la Bibliothèque impériale de Saint-Péters-
bourg (vie siècle); il a été publié en 1876 " ; le texte est
long (53 p. in-8°) et dépend de la même rédaction que
les fragments de Cureton.
2° Il existe une traduction arménienne (ve siècle) as-
sez fidèle, sauf vers la fin du morceau 12. Elle a été
publiée dans une traduction française13 avec omission
de trois discours d'Addaï, son éloge et celui du clergé
édessénien. Cette lacune a été comblée dans une nou-
velle traduction française, parue l'année suivante 14 d'a-
près le ms. 88 (fol. 112 fc-126 b) de l'ancien fonds armé-
nien de la Bibliothèque nationale.
3° A. Eusèbe a traduit du syriaque en grec ce qu'il
rapporte dans son Histoire ecclésiastique lb.
B. Il existe deux rédactions grecques indépendantes :
a. le ms. 548 (xis siècle) de la Bibliothèque nationale 16
et le ms. de Vienne, Cod. hist. grsec. xlv (ixe ou Xe siè-
cle), que Lambecius a décrit et édité partiellement17,
que Tischendorfa collationné 18 et que Lipsius a repris
et donné définitivement 19; — p. Bibliothèque impériale
de Vienne, Cod. theol. grsec. 31520 (xiie siècle'?), fol.
596-61 b, en partie publié21.
Les textes grecs indépendants (B) sont beaucoup plus
courts que le syriaque. Les mss. Paris. 548 et Vindob.
xlv sont assez rapprochés du syriaque et de l'arménien;
le ms. Vienne 315 diffère un peu des précédents : il re-
présente l'état de la légende chez les auteurs byzantins
du Bas-Empire. Nous allons donner une rapide no-
menclature chronologique des écrivains principaux
syriens, arméniens, grecs, latins, arabes, persans qu'il
est plus à propos de consulter pour l'histoire de la
légende 22.
i. syriens. — 1° S. Éphrem (f 373) : a) Testament 23,
b )Sùgïthà sur la grande église d'Édesse 24. — 2° Jacques
de Sarug (452-521) : a) Homélie de Adseo apostolo et
Abgaro rege2!>; b) Cantique sur Edesse, lorsqu'elle en-
voya prier Noire-Seigneur de venir àelle-6;c) Discours
V. Langlois, Collection des historiens anciens et modernes de
l'Arménie, in-4", Paris, 1867, t. i, p. 317-325. Cf. Didot, Frag.
histor. grxc, t. v, part. 2, p. 317-325. Cl. Émine, Généalogie de
saint Grégoire et vie de saint Nersès. — uAlishan méchita-
riste, Laboubnia, Lettre d'Abgar ou histoire de la conve
des Edesséens par Laboubnia, écrivain contemporain des
apôtres, in-8*, Venezia, 1868. — " L. I, c. xm. Voy. 1. II, c. i. vi,
vu. — "C. Tischendorf, Acta apostolorum apocrypha, ex xxx
antiquis codicibus grxcis.vel mine primum eruit vel secundum
atque emendatius, in-8*, Lipsioc, 1851, prolegomena, p. i xm sq.;
texte, p. 261-265. — " Lambecius, Commentaria de biblio-
theca csesarea Vindobonensi, 1. VIII, in-fol., Vîndobonae, 1665-
1679, p. 202, éd. Kollar, p. 428 sq. — " Act. apost. apoc.,
loc. cit. — ,9R. Lipsius. Dir edessenische Abgarsage, p. '■'•><\-,
note. — *° Lambecius, loc. cit., i" édit., 1. V, c. ix. — " R. Lip-
sius, loc. cit. ; voir les notes des pages 16 s,;.. -Jl . 56, 59, 60, 62, —
"L.-J. Tixeront, loc. cit., p. 23, reproduit ptor A. Harnack, Ges-
cliichte der altchristl. Literatur, in-8% Leipzig, 1893, t. t, tasc 2,
p. 533 sq. — " Assemani, Bibl. orient., t. i, p. 141; Overl
Sancli Ephrxmi syri... op. sel., p. 141; Op. s. Ephr. grxce
édita, in-fol.. Rom.-e, 1743, t. n, p. 399, 235 sq. — s*Brit. Mus., ms.
ailtlit. lll.'il; Wrigfat, Catal.. t. il. n. CDL, | G Mo-
singer, Evangelii concordant in expositio, p. 287. - ,s Assemani,
Bibl. orient., t. i, p. Sis. — " w. Cureton, Anc. syr. doc,
text. p. 107, 108; trad. p. 106-107; Brit, Mus., ms. addit. i7158.
89
ABGAR (LA LÉGENDE D')
90
sur Habib ' ; d) Lettre aux Edcsséniens en un temps
d'invasion, pour leur rappeler la promesse de Jésus'2;
e) Discours sur la chute des idoles 3. — 3° Chronique 4
de Josué le Stylite (507). — 4° Chronique s de Denys
de Telmahar (f 845). — 5° Mares bar Salomonis (vers
■1135), Le livre de la Tour 6, t. il, c. v, sect. 5. — 6°
Salomon, de Bassore (vers 1222), dans L'Abeille, c.
xlviii et xlix1. — 7° Bar-Hebrœus (f 128G) : a) Historia
compendiosa dynastiarum (en arabe) 8 ; b) Chronicon
syriacum 9 ; c) Chronicon ecclesiasticum 10. — 8° Amrus
Bar-Matthaei (vers 1340). Dans son Livre de la Tour,
IIe part., c. vm; Ve part., fundament. 1; et dans VHistoria
arabica patriarcharum chaldseorum et nestoriano-
rumii. Amrus a connu la chronique de Jean Bar-Saïd
appelée Contextio gemmarum et composée en appen-
dice aux annales d'Eutychius d'Alexandrie. — 9° Tran-
situs Marise, apocr. du VIe siècle, 1. II 12, dont il existe
une recension arabe 13. — 10° Actes de saint Mares
(vc ou VIe siècle) 14. — 11° British Muséum, ms. addit.
14601 (IXe siècle), ff. 1636 et 164 a, contenant une sorte
de martyrologe des apôtres et des disciples13. — 12° Ms.
addit. 17218 (xe siècle), fol. 90 (rédaction abrégée de
la lettre) 16. — 13° Bibliothèque nationale, ms. 56 (an-
cien fonds 12, Colbert 4831, daté de 1264); fol. 191, la
lettre et la réponse 17. — 14° Un ms. syriaque signalé par
Assemani18 qui n'est autre, probablement, que le ms.
addit. 14654 édité par Cureton 19. — 15° Cureton a donné
trois fragments de la Doctrine d'Addaï, (extraits des
Catense patrum20 du British Muséum21,
//. arméniens. — 1° Moyse de Khorène (vers 470), au-
teur d'une histoire d'Arménie, 1. II, c. xxx-xxxv 22.
(Les éditions Langlois et Le Vaillant de Florival ont les
mêmes divisions, dans l'édition de Winston les chap. xxx-
xxxv correspondent à xxix-xxxu.)
///. grecs. — 1° Procope de Césarée (-f- 565) : De bello
persico, n, 12 23. — 2° Évagrius (vers 593) : Hist. eccles.,
iv, 27 24. — 3° S. Jean Damascène (f vers 760) : a) Expo-
1 Brit. Mus., ms. addit. 111 58; W. Cureton, Ane. syr. doc, texte
p. 92, 93 ; trad. p. 92, 93 — 5 Ms. addit. 14587; W. Wright, Catal.,
t. Il, n. dclxxii, p. 517; W. Cureton, Ane. syr. doc, p. 154.
— 3 P. Martin, dans la Zeitschr. der deutscli. Morgenl. Geseltsch.,
1875, t. xxix ; W. Cureton, Ane. syr. doc, texte, p. 112; trad.,
p. 112. — * W. Wright, The Chronicle of Joshua the Stylite,
Cambridge, 1882, n. v, LX, lxi ; Bibl. orient., t. I, p. 260-283.
Cf. P. Martin, Abhandlungen zur Kunde des Morgenlandes,
1876, t. VI, fasc. 1, p. xin de la trad. franc. — 5 Tullberg, Dionysii
Telmahar. chron. lib. I, in-8% Upsal, 1850; Bibl. orient., t. I,
p. 420. — «Assemani, Bibl. orient., t. m a, p. 584 en note;
t. m b, p. xi sq., xvii. — ' J. Schoenfelder, Salomonis episc
Bassor., liber Apis dans W. Cureton, Ane syr. doc, p. 163
sq. ; Bibl. orient., t. m a, p. 319 sq. — 8Ed. Pocock, Oxford,
1063, texte, p. 112; trad. lat., p. 71. — »Ed. Bruns et G. Kirsch,
Lipsiae, 1789, texte, p. 51; trad. lat., p. 48. — <• Ed. Abbeloos
et Lamy, Paris, 1877, t. m, p. 11-18. — » Assemani, Bibl.
orient., t. I, p. 587 sq. ; t. u, p. 393; t. mb, p. xm, xviu-xxt. —
"Cf. W. Wright, Journal of sacred literature, 4* série, t. VI,
vu, janvier et avril 1865; W. Cureton, Ane syr. doc, texte,
p. 110-112; trad., p. 110-111. Lems. addit. 14484, fol. 18-47, est
du VI* siècle; W. Wright, Catal., t. I, p. 99. Cf. sur cet apocry-
phe R. Lipsius, dans le Dict. of christ, biogr., t. u, p. 706-
707. — l3 Enger, Joannis apostoli de transitu beatx Marise
virginis liber, in-8% Eberfeld, 1854. Cf. Migne, Dict. des
apocryphes, t. Il, p. 505 sq., 511. — " Abbeloos dans les
Analecta bollandiana, 1885, t. îv, p. 50-128; t. v, p. 50-60. —
is w. Wright, Catal., t. n, n. dccxcv, p. 788, 17-. Voy. W. Cu-
reton, Ane syr. doc. texte, p. 110; trad., n. iv, p. 109. — la W.
Wright, Catal, t. i, n. clx, p. 100. — "Zotenberg, Catal. des
mss. syriaques et sabéens de la Bibl. nat., in-4% Paris, 1874,
n. 56, p. 21. Le texte à la fin du volume. — ,8 Bibl. orient., t. il a,
p. 19 en note. — i9 Ane syr. doc, p. 147. — 20 Loe cit.,
p. 108-110; trad., p. 108, 109 : 1° from his doctrine which he
delivered in Edessa before Abgar the King and the assembly
of the city ; 2° which was spoken in the city Edessa; 3° which
he spake in the city of Edessa. — " Ms. addit. 14612, fol. 165
(vr-vn* siècle); Wright, Catal., t. n, n. dccliii, p. 696; add.
12155, fol. 53 a (vm* siècle), Wright, n. dccclvii, p. 921 ; add.
14532, fol. 139 o (vnr s.), Wright, n. dccclvui, p. 955; add.
sitio accurata fidei orthodoxie, iv, 16 25; b) Priscorum
probalorumque SS. Patrum testimonia pro imagi-
nibus26. —4° Georges le Syncelle (fin du vines.) : Chrono-
graphia, ad annum nnmdi 5536, Christi 36 21. —
5° Théodore Studite (f 826) : a) sa Vie, écrite par Michel le
moine28; b) première Lettre au pape Pascal, Epist., 1. II,
n. xn 29; c) Lettre à Naucratius, Fpist.,\. II, n. lxv30. —
6° L'auteur de la Lettre à l'empereur Théophile (829-
842) parmi les œuvres de Damascène31. — 7° Pseudo-
Constantin Porphyrogénète (905-959) : Narratio diversis
ex historiis collecta de divina Christi Dei nostri imagine
non manufacta32. — 8° Le Métaphraste : a) Annales
pour faire suite à la Chronique de Théophane 3:i;
b) Martyre des saints Samona, Guria et Abibus,
n. xvi 34. — 9° Léon le grammairien : Chronographie 3S.
— 10° Georges le moine (vers 950) : Vitse recentiorum
imperatorum 36. — 11° Georges Hamartolus (vers 950) :
Chronique, m, 115; iv, 248; v, 1137. — 12° Le conti-
nuateur anonyme de la Chronique de Théophane, VI, 48
(après 960) 3S. — 13° Léon le diacre (vers 989) : Histoire,
iv, 10 39. — 14° Jean Seylitzes (vers 1081) : Breviarium
historicum 40. — 15° Georges Cedrenus (fin du xie siècle) :
Compendium historiarum °>l . — 16° Nicétas Choniata
(f 1204) : Historia byzantina, n, 12 42. — 17° Nicéphore
Calliste (vers 1333) : Hist. eccles., n, 7; xvn, 1643. —18° Pa-
pyrus d'El-Fayoum (iv-ve siècle) de la bibliothèque Bod-
léienne 44. — 19° Bibliothèque Bodléienne, cod. Baroc.
8 (contiennent l'un et l'autre la lettre et la réponse) 45.
— 20° Jules Africain, qui, au dire de Moyse de Khorène 46,
mit à profit les manuscrits et les archives d'Édesse.
iv. latins. — 1° La pèlerine franque connue sous le
nom de Sylvie (379-395) 41. — 2° Le comte Darius : Lettre
à saint Augustin (vers 429) 48. — 3° L'auteur du décret
dit gélasien De libris recipiendis et non recipiendis,
v (ann. 496 ?) 49. — 4° Le pseudo-Abdias (fin du
VIe siècle) : Historia apostolica, 1. IX50. — 5° Le pape
Adrien : Première lettre à Charlemagne (787) si. _
14535, fol. la (IX- s.), Wright, n. dccxcviii, p. 796; add. 17193,
fol. 36 b 37 b (ann. 874, (Wright, n. dccclxi, p. 10CH; add. 17194,
fol. 30 a (ann. 886). Wright, n. dccci.xii, p. 1002; add. 14538,
fol. 24 a (x* s.), Wright, n. dccclxih, p. 1003; add. 12161,
feuille volante. — S2V. Langlois, Coll. des hist. de l'Arménie,
in-4% Paris, 1869, t. i, p. 95-99. — " Corp. script, hist. byzant.
ex recens. Dindorfi, Bonn., 1838. — -'P. G., t. lxxxvi, col. 2745
sq. Cf. Mansi, Conc ampl. coll., t. xnr, p. 192. — S5P. G.,
t. xciv, col. 1173. — «P. G., t. xciv, col. 1261. — « Corp. script,
byzant., Bonn, 1829, t. i, p. 622. — «P. G., t. xcrx, col. 117.
— so Ibid., col. 1153. — 30 Ibid., col. 1288. — 3I P. G., t. xcv, col.
352. Suivant Combefis, ce serait la lettre écrite au nom des trois
patriarches : Job d'Alexandrie, Christophe dAntioche et Basile de
Jérusalem, et que mentionne le ps.-Const. Porphyrog., Narrât, de
divina Christi imagine. — 32 P. G., t. CXIII, col. 424 sq. Pièce
contemporaine de Constantin; Rambaud, L'empire grec au x' siè-
cle, in-8% Paris, 1870, p. 105 sq. — 33 P. G., t. cix, col. 809, 811.
— 3* P. G., t. cxvi, col. 145. Cf. Ignatius Ephraem II Rahmanl,
Acta sanctorum confessorum Gurix et Shamonx exarata sy-
riaca lingua a Theophilo Edesseno anno Christi 297, in-8*,
Romae, 1899. — 35P. G., t. cvm, col. 1160. — 38 P. G., t. cix, col.
980. — " P. G., t. ex, col. 381-920, 1185. — 3» P. G., t. cix, col.
449. — 3a P. G., t. cxvn, col. 764. — *° Baronius, Annal, eccl.,
ann.944,n. v. — *'P.G.,t. cxxi, col. 344 sq. — l-P. G., t. cxxxix,
col. 708. — *3 P. G., t. cxlv, col. 771 sq. ; t. cxlvii, col. 260 sq.
— " L.-J. Tixeront, toc cit., p. 27, n. 18; p. 192, 194. Cf. W. M.
Lindsay, dans VAthenseum du 5 sept. 1885, p. 304, et E. B.
Nicholson, dans la même revue, 17 octobre 1885, p. 506, 507. —
<5Grabe, Spicil. SS. Patrum, in-fol., Oxoniae, 1698, t. i, p. 6-8 en
note. — *• Moyse de Khorène, Hist., 1. IT, c. x. — *' J. F. Gamur-
rini, S. Sylvix peregrinatio, in-4% Romae, 1887, p. 62-68, et Corp.
Script, eccles., Vindob., 1898, t. xxxvm, p. 35-101. — M Epist.,
ccxxx (al. cclxiii), P. L., t. xxxm, col. 1022. — "Mansi, Conc
ampl. coll., t. vm, p. 152, 169, 170; Thiel, Epist. Bom. pontif.,
in-4% Leipzig, 1872, 1. 1, p. 469. — 50 J. A. Fabricius, Codex apocry-
phus Novi Testamenti, in-8% Hamburgi, 1703-1719, t. H, p. 688. —
51 Mansi, Conc ampl. coll., t. xm, p. 768; L.-J. Tixeront, loe
cit., p. 27, note 8, accepte la première des deux lettres écrites
sous le nom de Grégoire II (715-731) à l'empereur Léon l'Isau-
rien (Mansi, Conc, t. xn, p. 963; Duchesne, Le Liber pontifie,
91
ABGAR (LA LÉGENDE D')
92
6° Etienne III : Synod. lat. '. — 7° Haymon de Halberstadt
(853) : Historiie ecclesiaslicae breriarium 2. — 8° Ordéric
Vital (f 1141) : Hist. eccl, 1. II, c. xiv; 1. IX, c. xni1.
— 9° Vincent de Beauvais : Spéculum historiale, vin, 29 4.
— 10° Jacques de Voragine (1298) : Legenda aurea 5.
— 11° British Muséum, le Royal ms. 2, A, xx, fol. 12.
fort ancien (lettre de Jésus à Abgar) 6. — 12° Biblio-
thèque nationale, fonds latin, n. 1652, ancien Colbert
4044, Regius 4313, fol. 50 v° — 51 r° (xve siècle?) 7, trans-
cription d'après Bulin.
v. arabes. — 1° La Chronique d'Ibn-el-Athir (1160-
1233) ». — 2° Bibliothèque Vaticane, cod. 51, fol. 54 ».
— 3° Bibliothèque Vaticane, cod. 174, fol. 24 10. —
4° Brit. Muséum, ms. add. 9965, fol. 33 v° (une rela-
tion du commerce épistolaire entre Jésus et Abgar par
Macarius d'Antioche, laite sur celle du pseudo-Constan-
tin)11. — 5° Bibliothèque de .1. Eligmann (texte assez
différent des autres) 12.
vi. persans. — Hieronymus Xavier (f 1617) : Historia
Chrisli persice conscripta 13. « Enfin, ajoute M. Tixeront,
nommons encore, pour être moins incomplet dans un
sujet où on l'est nécessairement : chez les Arméniens,
la Géographie attribuée à Moyse de Khorène u; la
Géographie attribuée à Vartan et qui est probablement
de son disciple Pardserpertsi (xme siècle) •-. »
Enfin, les traductions anglaises, suédoises, allemandes,
saxonnes, néerlandaises16.
II. Le contenu de la légende. — Deux sources mé-
ritent seules d'être consultées sur ce point, c'est Eusèbe,
qui a traduit, dit-il, des pièces d'archives, et la Doctrine
d'Addaï, qui se donne comme contemporaine de l'évé-
nement. Nous verrons plus loin la valeur de ces affir-
mations.
lu Eusèbe. —Un roi des tribus placées au delà de l'Eu-
phrate, affligé d'une maladie incurable, mande Jésus par
lettre, afin d'être guéri par lui. Jésus s'en excuse par
une autre lettre (àiucrroÀfi; 3' ovv aùrbv l8i'aç xaxai;iùf),
mais promet d'envoyer quelqu'un des siens chargé de le
guérir et l'instruire. Ce fut Thaddée (0aî8aïov), l'un
des soixante-dix disciples, qui reçut cette mission, in-
spirée divinement à Thomas l'apôtre, après l'ascension
de Jésus. « On a encore, écrivait Eusèbe, le témoignage
écrit de ces faits; il est tiré des archives (ypajj.|xaTotp\;-
Xaxeiwv) d'Édesse, ville alors gouvernée par des rois. Là
donc, dans les actes publics (àr^onioi; yàpTou;) qui con-
tiennent les anciens faits et ceux d'Abgar, on trouve,
conservés depuis lors jusqu'à nos jours, ceux dont nous
parlons. Mais il faut entendre les lettres elles-mêmes
tirées par nous (oit pour nous, y;u.ïv àva/?)ç6si<T<<>v) des ar-
chives (à-rtb tcôv àpxe'.tov), et [que nous avons] traduites
mot à mot (a'Jxot; pr,|ia<nv) de la langue syriaque. »
La découverte du texte estranghelo de Saint-Péters-
bourg montre avec quelle fidélité Eusèbe a traduit les
documents qui lui furent communiqués.
2° La « Doctrine d'Addaï ». — Le texte complet de la
Doctrine d'Addaï est beaucoup plus détaillé que le récit
d'Eusèbe, quoiqu'il n'en diffère que sur des points
d'importance secondaire. Nous n'avons à en retenir ici
que ce qui a trait à la lettre d'Abgar. L'ambassadeur du
prince d'Edesse, Hannan, rencontre Jésus dans la maison
de'Gamaliel n et lui lit la lettre. Voici les deux textes :
in-8°, Paris, 1884, t. i, p. 413, note 45) comme faisant partie du dé-
veloppement de la légende, et témoin de la tradition byzantine. La
qualité d'apocryphe ne fait pas l'objet d'un doute. — ' P. L.. t. xcvni,
col. 1256. — « Ed. Dobschiitz, p. 201. — • P. 1... t. clxxxviii, col.
163, 690. — *Ed. Dobschùtz, p. 237. — "In-8% Leipzig, 1846, p. 39.
— 6 W. Cureton, Ane. syr. duc, p. 154. — 7J. C. Thilo, Codex
apocryphus Novi Testament i, e libris editis et mss., maxime
gallicanis et italicis collectas, recensitus notisque et prolego-
menis illustratus, in-8°, Lipsiac, 1832, t. i (seul paru), préf.,
p. cxxxix. — "Voy. Guttimj. Cul. Air... 1868, part. 16, p. 718;
R.Lipsius, Jahrb. fier protest. ÏVifoi.,1880, p. 192, note ; Ernstvoii
Dobschùtz, Christuibilder, in-8% Leipzig, 1899, p. 235*, 236*. —
EUSEBE DOCTRINE D'ADDAÏ
Abgar, toparque d'Édesse, à ^bgax Ouchamà, à Jésus, bon
Jésus, bon Sauveur, qui a paru médecin, qui a paru au pays de
au pays de Jérusalem, salut. Jérusalem, mon Seigneur, salut !
J'ai ouï parler de toi, et des j'ai ouï pal.ler de toi et de tes
guénsons opérées par toi, sans guérisons, comme quoi tu ne
remèdes et sans plantes médi- guérjg point avec des médica.
anales. Car, à ce que l'on dit, tu ments et des racines ; mais com-
tais voir les aveugles, marcher ment par ta paroie tu ouvres [les
les boiteux, tu purifies les lé- yeux] des aveuçles, tu fais mar-
preux, tu chasses les esprits im- cher Ies boiteux, tu purifies les
purs et les démons, tu guéris les lépreux, et tu fais entendre les
maladies invétérées, et tu ressu- sourds; comment, par ta parole
scites les morts. Apprenant donc [aussi], tu guéris des esprits
tout cela de toi, je me suis mis [mauvais] ef des démons luna-
dans l'esprit que de deux choses
l'une, ou tu es Dieu 0 8ibç), qui,
descendu du ciel, fais ces choses,
ou bien tu es le fils de Dieu (r,
uTo; si' toj 0£o3) qui opères ces
[merveilles].
C'est pourquoi doncje t'ai écrit
tiques ceux qu'ils tourmentent ;
et comment encore tu ressuscites
les morts. Et en apprenant ces
grands prodiges que tu fais, j'ai
mis dans mon esprit que [de deux
choses l'une], ou bien tu es Dieu
qui es descendu du ciel et qui
pour te prier de [prendre la peine fais ces [merveilles], on bien tu
de] venir vers moi, et de guérir es le fils de Dieu |oW, N ^
le mal dont je souffre. Car j'ai . ères tom ce,a c-'est
appris que les Juifs encore mur- . je f ^^ et fe ie de ve_
murent contre toi et veulent te nir à moi qui t'adore, et de gu.,,r
faire du mal. Je possède une tout le mal dont je souffre, selon
ville très petite [c'est vrai] mais ,a foi ..^ en toj J>ai ria
belle, qui suffira pour tous deux, également que les Juifs murmu-
rent contre toi et te persécutent,
qu'ils cherchent à te crucifier, et
songent [aux moyens] de te per-
dre. Je possède une seule ville
petite, mais belle, suffisante pour
tous deux, pour y habiter en paix.
Ici Eusèbe et la Doctrine d'Addaï deviennent inconci-
liables. Le premier parle d'une réponse écrite, l'autre
d'une réponse orale transmise à Abgar par Hannan.
Voici d'ailleurs les deux textes :
;eusèbe
Réponse de Jésus, par [l'inter-
médiaire du] courrier Ananias
au toparque Abgar.
Heureux [es-tu] d'avoir cru
(Mnrapia; ;- Hioweas)'* en moi
sans m'avoir vu. Car il est écrit
de moi que ceux qui m'auront vu
ne croiront point en moi, afin que
(xai "va) ceux qui ne m'auront
p.iint vu croient et vivent. Quant
a ce que tu m'as écrit de venir à
toi il faut que j'accomplisse [d'a-
liord] ici tout ce pourquoi j'ai été
envoyé, et après l'avoir accom-
pli, que je remonte ainsi vers
celui qui m'a envoyé. Et après y
être remonté.je t'enverrai un de
mes disciples, afin qu'il guérisse
ton mal et te procure la vie à toi
et aux tiens ((roi «a! -toi; o-ùv ooî).
Hannan prend soin de tra
et c'est là le détail qu'Eusèbe
DOCTRINE D'ADDAÏ
Et quand Jésus eut reçu la
lettre chez le prince ues prêtres
des Juits, il dit à Hannan le se-
crétaire : Va, et dis à ton maître
qui t'a envoyé vers moi :
Heureux es-tu d'avoir cm en
moi sans m'avoir vu : car il est
écrit de moi que ceux qui me
verront ne croiront point en moi,
et que ceux qui ne me verront
point croiront en moi. Quant a
tu m'écris de venir a toi,
[voilà que] tout ce pourquoi j'ai
été envoyé ici est maintenant
consommé et .que je remonte à
mon Père qui m'a envoyé; et
lorsque je serai remonté vers lui,
je t'enverrai un de mes disciples
qui guérira tentes tes souffrances
et [te] rendra la santé et conver-
tira tous ceux qui sent i !
toi à la vie éternelle. Et ta ville
sera bénie et l'ennemi ne s'en
rendra plus maître jamais.
nscrire les paroles de Jésus,
a légèrement altéré, en ima-
» Mai, Scriptorum vet. 7iova coll., in-4", Romes, 1830, t. iv,
p. 82; L.-J. Tixeront, toc. cit., p. 28, 197. — "> Mai, toc. cit.,
p. 313, n. 174; Assemani, Bill, orient., t. m », p. 286. — " W.
Cureton, Ane. syr. doc., p. 153.— '• Ed. Li.dev.de Dieu. Historia
Christi persice conscripta, Lugd. Batav., 1649. p. 611. "//m/.,
p. 354 sq. — •» Saint-Martin, Mémoires Inst. et géogr. sur r Ar-
ménie. in-8-, Paris. 1818-1819, t. II, p. 309. — "■ llo.l.. p. 106 sq.,
431 sq. — " Nestlé, Theol. Literaturzeit., 1877, n 4; Muller,
lect. anglo-Saxon., in-8", Havnix, !83ô:(î.Stephens, Abgarus I e-
genden pou Old-Éngelsk, in-s\ Kjobenbavn, 1853. — ,: Talmud,
Tr. Bereachit rabba, dit que GamaUel entretenait avec les roi»
d'Abiadène des relations amicales. — '* Beat us es, Rufin.
ABGAR (LA LEGENDE D'
94
ginant une réponse écrite de la main de Jésus. Un autre
trait identique a lieu à propos du portrait. Hannan était
archiviste et peintre du roi; il en profita pour peindre
un portrait de Jésus qui fut rapporté à Édesse et y de-
vint un objet de vénération croissante jusqu'au temps
où l'on imagina qu'il avait été l'ouvrage de Jésus lui-
même '.
La date à laquelle on rapporte cet épisode importe
peu, si l'on fait attention à l'incertitude persistante de
la chronologie de l'histoire de ces premiers temps. Eu-
sèbe place les faits en l'année 340 (ère des Séleucides)
= 29 de Jésus-Christ. Le cod. medicseus ajoute à la
marge rptaot soit 343
III. Le développement de la. légende. — Le succès
inouï obtenu par le thème assez simple d'Eusèbe et
d'Addaï a provoqué bientôt une végétation fantastique
autour de chacun des détails de la légende.
Eusèbe et la Doctrine d'Addai sont les sources pres-
que exclusives d'après lesquelles ont été faites les ampli"
fications postérieures 2.
Eusèbe parle d'une maladie incurable, la Doctrine
d'Addaï d'une maladie invétérée, Denys de Telmahar, le
cod. Paris, des Acta Thaddsei, Théodore Studite,
Hamartolus, Léon le diacre, Nicéphore Calliste, le comte
Darius, le pseudo-Abdias n'en disent pas plus. Le ms.
arabe 51 suppose plusieurs maladies. Cinq siècles après
l'événement, Moyse de Khorène découvre, on ne sait où,
que la maladie durait depuis sept ans et qu'elle avait été
contractée en Perse. Procope, au VIe siècle, les Actes de
Mares et Hierôme Xavier en font la goutte dont ils dé-
livrent Abdon pour la rejeter sur Abgar. Amrus parle
de la lèpre, et observe que le surnom du roi, Oucha-
mâ, le Noir, doit lui être venu de sa maladie, il a
donc la lèpre noire, mais Bar-Hebroeus remarque que le
surnom de Noir est ici par antiphrase, la lèpre était
donc la lèpre blanche. Enfin Pseudo-Constantin, Cedre-
nus et Mares Salomonis déclarent que le roi avait la
lèpre et la goutte, le codex Vindob. xlv n'en doute pas :
àpOptTY); ypovca, ËTspa te Se uiXatva [XÉ7rpa]. On voit,
d'après ces fantaisies, que nous sommes passés de l'his-
toire au folk-lore, nous ne pouvons donc nous attacher
qu'à ce qui concerne les trois documents qui font l'objet
de cette recherche.
1° Lettre d' Abgar à Jésus. — Deux variantes seule-
ment à retenir. Les Acta Thaddxi ont supprimé ce qui
concerne la divinité de Jésus et la maladie du roi 3. Hié
rôme Xavier, dans son histoire, faite d'après les traditions
locales, établit le texte suivant pour la lettre : « J'ai en-
tendu parler de ta sainte vie et des miracles que tu
opères, et [j'ai appris] de plus que les Juifs te persé-
cutent et veulent te tuer. Tu répondras à mon désir, si
tu te résous à venir dans mon pays. Et je promets de te
donner la moitié de mon royaume, et de mener une vie
digne de toi, si tu honores cette terre [de ta présence]. »
2° Lettre de Jésus à Abgar. — La Doctrine d'Addaï
parle d'une pièce écrite, mais elle ne dit pas où et quand
elle fut écrite par Hannan. Eusèbe laisse entrevoir, sans
s'expliquer assez clairement, que Jésus écrivit ou dicta
sa réponse.
Les Acta Thaddsei ont adopté, sur ce point, le récit de
la Doctrine *, mais la plupart des auteurs ont suivi le
récit d'Eusèbe : Jacques de Sarug, les Actes de Mares,
Procope, Évagrius, Théodore Studite, le Métaphraste,
Hamartolus, Sylvie (?), le comte Darius, le pseudo-Gélase
et le pseudo-Abdias.
Ici recommencent les imaginations et si on les trans-
crit à cette place c'est que nul exemple n'est plus propre
à mettre en garde les esprits contre un certain genre
de compositions historiques, basé sur de prétendues
1 Pianello, Portrait de Jésus-Christ, fait par lui-même, âgé de
32 ans et envoyé à Abagare, roi d' Édesse; histoire et disserta-
tion, in-12, Lyon, 1691. — * Matthes, Die edess. Abgarsage, in-8%
traditions. En histoire, pour îes esprits qui comptent, il
y a deux sources : les faits connus et les faits conclus, en
dehors desquels il n'y a rien qui mérite d'être employé.
Moyse de Khorène sait que ce fut saint Thomas qui tint
la plume pour Jésus; d'après lui, Mares Salomonis et
Amrus n'en doutent pas, ce dernier et Jean Bar-Saïd
ajoutent que les deux lettres furent écrites en syriaque,
sur parchemin disent Jean et Amrus, sur papyrus dit
Mares, au moins pour celle de Jésus. Un autre courant
fait écrire Jésus lui-même ; chez les Grecs : pseudo-
Grégoire (II), pseudo-Constantin, Nicétas Choniata et
Nicéphore Calliste l'afiirment; chez les Latins le très
ancien ms. du British Muséum et Ordéric Vital. Cedre-
nus et le second ms. grec bodléien 5 tiennent que la
lettre fut écrite par Jésus qui y apposa son sceau. Ce
sceau portait sept lettres hébraïques qu'ils traduisent :
6eou 8sa6èv 8a0|j.a 6eïov. Le cod. Vindob. 315 fait un
pas de plus, il fait interpréter le sceau par Jésus :
f.iF.X.Ë.T.P.A. « La f, dit Jésus, montre que j'ai
été volontairement attaché à la croix. Le W, que je ne
suis pas un homme [en apparence] simplement (iJuXôç
av6pto7roç), mais homme en vérité (-/.atà àXr,6[Etav]). Le
X, que je me suis reposé sur les Chérubins (^spouëtu.).
Le E : Je (Èyw) suis Dieu. Le Y : Roi grand (ùj/ï)Xôç), et
Dieu des dieux. Le P : Je suis Sauveur (pjaroç) du genre
humain. Le A : Partout et continuellement et toujours
je vis, et je persévère éternellement (si; tou; aîwvaç). »
Le contenu de la lettre a subi diverses manipulations,
mais on peut réserver les observations à faire sur ce
point pour une étude critique développée; telles quelles,
elles n'apportent aucune particularité notable à l'histoire
du texte. Il n'en est pas de même de quelques additions
manifestement tendancieuses. Nous voulons parler de la
sauvegarde donnée par Jésus à cette ville « petite, mais
belle », dont Abgar lui offrait la moitié. Elle constituait,
pour la cité bénéficiaire, un gage de prospérité générale,
une sorte de plus-value mobilière et immobilière que
l'on dut exploiter consciencieusement. Aussi cette addi-
tion, qui paraît d'abord dans la Doctrine d'Addaï, en-
vahit très vite tous les textes. Chez les Syriens, Jacques
de Sarug, Josué le Stylite, les Actes de Mares et, peut-
être, le Testament de saint Éphrem; chez les Grecs,
malgré le silence d'Eusèbe et les protestations de Pro-
cope, d'Évagrius et de Nicéphore Calliste, la mention de
la sauvegarde se retrouve dans les deux mss. de Vienne
xlv et 315 ; les deux mss. bodléiens, pseudo-Constantin,
le Métaphraste, Cédrénus; chez les Latins, Sylvie (?), le
comte Darius, le ms. du British Muséum; chez les
Arabes, le ms. 51 et celui d'Eligmann.
3° Le portrait de Jésus. — La Doctrine d'Addaï dit
que Hannan ne quitta Jésus qu'après avoir peint le por-
trait du Sauveur avec des couleurs choisies. Ce détail
est omis par Eusèbe, par les Syriens (sauf Bar-Hebraeus
et l'auteur des Actes de Mares), par Procope, Sylvie (?),
Darius et pseudo-Abdias. Tous les autres écrivains l'ont
connu et transmis avec quelques agréments. La Géo-
graphie de Moyse de Khorène dit que la ville d'Édesse
possède une image du Sauveur qui n'a pas été faite de
main humaine. Evagrius, Georges le Syncelle, pseudo-
Grégoire, Léon le diacre et Léon le lecteur disent
que l'image eut Dieu pour auteur (Oeôte'jxtoç eîxùv,
à-/EipoTConrroç). Saint Jean Damascène, Hamartolus et
Nicéphore Calliste ajoutent que Hannan avait entrepris
le portrait, mais l'éclat surnaturel de la ligure de Jésus
rendait la pose impossible; Cedrenus et Xavier assurent
que c'était la mobilité continuelle des traits qui rendait
toute ressemblance illusoire. Le cod. Vindob. XLV
réunit les deux raisons pour expliquer l'échec de Han-
nan à qui les Actes de Mares donnent plusieurs collègues,
Leipzig, 1882; L.-J. Tixeront, loc. cit., c. H, § 3, p. 45-81. — 3Codd.
Paris. 548 et Vindob. xlv. — * Ibid. — 5 Cod. Vindob. 315, se-
cond cod. Bodleian, Cedrenus, ms. arabe 51, et ms. d'Eligmann.
95
ABGAR (LA LÉGENDE D')
90
Alors Jésus se fait donner la toile réfractaire au pinceau,
et, se l'appliquant sur le visage, y laisse l'empreinte de
ses traits. Suivant le cod. Vindob. 315, Jésus procède
un peu différemment. Il demande de l'eau, se lave la
ligure, s'essuie avec la toile de Hannan (ou même avec
une serviette ') et y imprime son visage 2.
On pressent ici une bifurcation avec la légende de
Véronique 3. L'auteur de l'Épître à Théophile 4 dit que
Jésus essuya non de l'eau mais sa propre sueur; sueur
de sang de Gelhsémani, ajoute pseudo-Constantin.
Enfin le vartabied Vartan et Ibn-El-Athir font aboutir
au même fait les deux légendes : « Édesse, dit la Géo-
graphie de Vartan, est Ourrha où l'on apporta l'image
de Jésus-Christ qui n'a pas été faite par une main hu-
maine, et qui est de sainte Véronique. » On sait qu'au
début du Ve siècle Macarius Magnés faisait de Véronique
(Bérénice) une princesse d'Édesse 5 et, en outre, cette
Bérénice devient l'hémoroïsse de l'Evangile 6 qui éleva
une statue de bronze à Jésus 7.
D'autres légendes font tomber cette image entre les
mains d'une chrétienne nommée Hipathia 8. On suit son
histoire jusqu'à nos jours où nous la retrouvons en
même temps à Rome et à Gênes. Voyez le Dict. de
théol. cath., t. i, col. 71.
L"EopTo).ôfiovdes Grecs porte au 16 août la mention :
'II kl 'E8éiT<Tïjç àvaxO[XtSï) tyjç àyj.içi(n:oirlxo\t ecxôvoc toù
Kupîou r|[x.ôjv 'IïjdO'j XptdTO'j, r,Tot toC âycoy pLavSsXfou,
Translation d'Édesse de l'image de Jésus-Christ qui
n'est pas faite de main d'homme, c'est-à-dire le saint
suaire. C'est la même mention que l'on retrouve au
deuxième concile d'r-phèse, action 5e 9 : tt)v Oeére'jxTov
e!x<Sva, r,v àv9po>7ia>v "/£'?£î oùx'etpydia-avTO, divini tu s ima-
ginent fabricatam, quani hominum manus non effinxe-
runt. On a une histoire de cette translation de 944 10
qui est annoncée aujourd'hui sous ce titre : toO àyiou
jj.avreXiou ou |iav?£>,iou, le saint suaire ou le saint man-
teau qui est devenu saint Madelius et dont Ferrari fait
même un martyr d'Asie.
La légende d'Abgar a subi un dédoublement. En Orient
l'épisode capital demeure le fait de la correspondance;
dans le monde byzantin, c'est la sainte image qui devient
le centre de la légende *'.
A la correspondance d'Abgar avec Jésus on a rattaché
un événement qui a probablement quelque fondement
historique, l'apostolat de l'Osrhoène par un homme
de l'une des premières générations apostoliques, puisque
dès ce temps un trafic actif de soieries se faisait entre
les comptoirs juifs d'Antioche et l'Osrhoène, par la route
d'r.desse et Biédjick. On a fait plus. On a composé une
correspondance entre Abgar et Tibère César, une autre
entre Abgar et un roi d'Assyrie, Nersai ; enfin il existe
une dernière lettre d'Abgar à un roi de Perse, Ardaschès.
On a jugé, non sans fondement, que ces pièces étaient
de Moyse de Khorène.
Cette question des apocryphes primitifs recèle des no-
1 Acta Thaddxi (Codd. Paris. 548 et Vindob. xlv), ps.-Constan-
tin, Nicéphore, Cedrenus, Calliste. — * Matthes, Die Edess. Abgars.
auf ihre Fortbild. unters., in-8% Leipzig, 1882, p. 42 sq. — 3Tis-
chendorf, Evançielia apocrypha, adhibitis plurimis codicibus
grxcis et latinis, maximum partent nunc primum consultis
atque ineditorum copia insignibus, in-8% Lipsise, 1853, 1" édit..
Mors Pilati, p. 433; 2- éd., p. 456. Cf. Cura \sanitatis Tiberii,
dans Schœnbach, Anzeiç/er fur das deutsche Alterthum, t. Il,
p. 173 sq.; Tischendorf, Vindicta Salvatoris, p. 471 sq. — * De
même Orderic Vital. — '■Jahrbuchfur protestant. Theol., 1882,
p. 192. — 'Maxapîou Màvf^To; iroxptTixo; r, novoyivr.ç. MttCarii Ma-
gnctis quse supersunt, ex inedito codice, éd. C. Blondel, in-4%
1876, p. 1. — ' Eusèbe, Hist. eccl., VII, xvm, P. G., t. xx
col. 680. — "Land, Anecdota Syriaca, t. m, 324; cf. Noeldeke,'
dans le Jahrbuch fur protestant. Théologie, 1881, p. 189 sq. ;
Giachetti, Iconologia Salvatoris. De imagine Christi ad Ab.
garum missa, in-8% Rome, 1628; F. Reiske, Exercit. histo-
rica de imaginibus Jesu Christi, in-8% Iéna, 1685; W. Grimm,
Die Sage vom brsprung der Christusbilder, in-8% Berlin, 1842;
tions historiques qui ne se dévoilent que lentement à
nous. Il existe en effet entre un très grand nombre de
ces pièces qui nous sont parvenues, pour la plupart,
sans lieu, ni date, des attaches certaines, mais les inter-
médiaires sont à peine saisissables. En voici un
exemple : Un petit écrit latin intitulé Mors Pilati con-
tient le récit suivant : Tibère, gravement malade, envoie
en Judée un augustan nommé Volusianus qui doit en
ramener Jésus près de l'empereur. A l'arrivée de Volu-
sianus, Jésus vient d'être mis à mort, alors il ramène
Véronique avec le saint suaire. Tibère reçoit cette relique
avec de grands honneurs et il est guéri en la regardant.
Enfin, la légende d'Abgar parait avoir inspiré la
légende de Tiridate, roi d'Arménie 12, et celle de Constan-
tin. « Le parallélisme des trois légendes est on ne peut
plus exact. Il s'agit toujours de la conversion d'un
royaume; elle se produit invariablement dans les mêmes
circonstances. Le roi païen (Abgar) ou même persécu-
teur (Tiridate, Constantin), est atteint d'une maladie
honteuse, la lèpre ou la folie, que la médecine et la ma-
gie sont impuissantes à guérir. Il faut avoir recoure à
l'apôtre de Dieu (Addaï, Grégoire, Silvestre), qui guérit le
malade en le baptisant et convertit du même coup tout
le royaume 13. »
IV. Valeur historique de la légende. — Il est pos-
sible d'assigner à la lettre d'Abgar une limite chronolo-
gique maximum. La lettre contient le passage suivant :
« ...1° tu fais voir les aveugles, marcher les boiteux, tu
purifies les lépreux, 2° tu chasses les esprits impurs et
les démons, tu guéris les maladies invétérées, 3° et tu
ressuscites les morts. »
Le premier passage cité est un emprunt fait à l'Évan-
gile u, le second passage est un autre emprunt 13, le troi-
sième enfin reprend la suite du premier interrompu. Le
fait suffit pour faire rejeter l'authenticité de la lettre. Il
y a plus. Les Églises syriaques faisaient usage officielle-
ment d'une version des Évangiles connue sous le nom de
Diatessaron, dans laquelle, son auteur, Tatien, avait com-
biné les quatre textes dans un seul récit. Or, Abgar, dans
sa lettre, cite les évangiles d'après la version diatessa-
rique telle que, d'après le commentaire de saint Éphrem
et diverses collations, nous pouvons la reconstituer t6.
Enfin Abgar a pu emprunter à la version curetonienne.
Il est remarquable, en effet, que dans cette version,
Matth., xi, 5, ne suit pas notre texte grec qui porte : « les
sourds entendent, les morts ressuscitent; les pauvres
sont évangélisés, » mais elle dit : « les sourds entendent,
les pauvres sont évangélisés, les morts ressuscitent. »
Le faussaire a supprimé : « les pauvres sont évangélisés, »
et il a rempli le vide à l'aide d'un verset emprunté à
saint Luc : « et à cette heure même (Jésus) en guérit
plusieurs de maladies, de plaies et d'esprits mau-
vais. »
La réponse de Jésus devient apocryphe par le fait. Elle
contient, elle aussi, une allusion à un verset de saint Jean1 '.
Philol. und histor. Abhandluvgen der kônigl. Akademie
der Wissenschaften zu Berlin, 1844, p. 121-175; J. Chifflet, De
linteis seputcralibus Christi, Antwerp., 1624; Jibben, De ima-
gine Clu-isti Jesu Abgarena s. Edessena, Ienae, 1671. — • Kva-
grius, Hist. eccl, 1. IV, c. xxvn, P. G., t. lxxxvi, col. 274S-
2750. — ,0 P. G., t. cxili, col. 421-454. Cf. Baronius, Annal.,
ann. 31, n. 5-16; J. Gretser, De imaginibus non manu factis,
dans J. Hardouin, Conc, t rv, p. 674 sq. ; Nilles, dans la Zeits-
chriftf. k. Théologie, 1893, p. 135-136. — " L.-J. Tixeront, loc.
cit., p. 54 sq. — ,JAgathange, Hist. du règne de Tiridate, dans
V. Langlois, Coll. des hist. de l'Arménie, t. i, p. 125 sq. —
•* L. Duchesne, Le Liber pontificalis. Texte, introd. et com-
mentaire, in-4% Paris, 1884-1886, t. I, introd., p. cxvm. —
'♦Matth., xi, 5; Luc, vu, 22. — ,s Luc, vu, 21. — "Th. Zalin,
Tatian's Diatessaron, texte § 26 et note 2, p. 145, 146, dans les
Forschungen zur Geschichte des neutestamentlichen Kanons
und der altkirchlichen Literatur, Erlangen, 1SS1-1S84. Cf. dora
Cabrol et dom Leclercq, Monumenta liturgica, t. I, disserU
prélim. — " Joa., XX, 29.
97
ABGAR (LA LÉGENDE D') — ABJURATION
98
<< Heureux [es-tu] d'avoir cru en moi sans m'avoir
vu » et semble ne pouvoir être inspiré que par : Maxdt-
ptot oi [J.r| iSôvtec, y.at Jtiffteiia'avTeç.
Les données de l'histoire paraissent donc favoriser
l'opinion qui place la formation de la légende vers le
milieu du me siècle. Voy. Édesse.
V. Liturgie. — La lettre de Jésus fut reçue par
quelques églises parmi les lectures liturgiques1.
Ce fut probablement une intrusion liturgique que com-
battait le décret du pseudo-Gélase, reléguant cette lettre
parmi les apocryphes-.
Les liturgies syriennes font commémoraison de la cor-
respondance à l'Office du carême (lias), ms. non paginé.
D. Parisot, dans le Dict. de théol. cath. au mot Abgar.
Un usage moins officiel en fut fait encore. Cette lettre
fut considérée comme un talisman, une sorte d'amulette,
et cette superstition est assez ancienne. La tradition
persane (ms. d'Eligmann) disait que Jésus avait promis
à Abgar de le protéger en tous lieux où il placerait la
lettre; le ms. latin du British Muséum fait l'énumération
des circonstances dans lesquelles la lettre gardera le roi
et il conclut : Si quis hanc epistolam secum habuerit,
securus ambidet in face. Le ms. arabe 51 et le ms. de
Vienne 315 vont plus loin, la lettre devient un électuaire
à l'usage de tous ceux qui la porteront avec eux. Cureton
raconte qu'en Angleterre, jusqu'au siècle dernier, on
avait coutume de placarder cette lettre dans les maisons
particulières comme préservatif3. Cet usage qui n'a pas
encore disparu de quelques comtés parait avoir laissé
une trace dans la liturgie celtique. Le Liber hymnorum,
conservé en ms. à Trinity collège de Dublin (E, 4, 2),
xie-xne siècle, donne deux collectes à la suite d'une
copie de la lettre à Abgar, fol. 15 : Domine domine,
défende nos a malis, et cuslodi nos in bonis, ut simus
filii lui, hic et in futuro : salvator omnium, christe,
respice in nos, ihesu, et miserere nobis.
Evangelium Domini nostri ihesu christi, liberet nos,
protegat nos, cuslodiat nos, defendat nos, ab omni
mal.o, ab omni periculo, ab omni languore, ab omni
dolore, ab omni plaga, ab omni invidia, ab omnibus
insidiis diaboli, et malorum kominum hic et in futuro.
Amen t.
C'était une opinion répandue parmi les Pères que
Jésus n'avait laissé aucune pièce écrite de sa main 5.
Il n'y a pas lieu de rapporter ici les noms des auteurs
anciens qui ont pris parti en faveur de l'authenticité
de cette correspondance. Jusqu'à la publication intégrale
de la Doctrine d'Addaï, tous les jugements portés s'ap-
puyaient sur une enquête insuffisante 6.
La légende d'Abgar a été récemment étudiée par
MM. Grimm ', Matthes», Bonnet-Maury9, Tixeront10,
Rubens Duval11, Carrière12, Dobschûtz13, R. Pietsch-
mann '♦. H. Leclercq.
1 Bibl. nationale, fonds syriaque, n. 56. Lectionnaire. — * P.
L., t. lix, col. 164. Cf. Danko, Historia revelationis divinae N.
T., in-8", Vienne, 1867, t. Il, p. 306 ; Libri Carolini, 1. IV, c. x, P. L.,
t. xcvin, col. 1202, 1203. Cf. C. A. Credner, Zur Geschichte
des Kanons, gr. in-8°, Halle, 1847, p. 223. — 3 Jeremiah Jones,
New and fait method, Oxford, 1798, t. n, p. 6 ; cf. W. Cureton,
Ane. syr. doc., p. 155. — *F. E. Warren, The liturgy and ritual
of the celtic Church, in-8% Oxford-London, 1881, p. 196. —
•S. Augustin, Contra Faustum manichxum, xxvm, 4, P. L.,
t. xlii, col. 436-487; S. Jérôme, In Ezech., xliv, 29, P L.,
t. xxv, col. 443. — 6 Voy. Richardson, Bibliographical synopsis,
in-8°, 1887, p. 105; M. T. Albinus, De epistola Christi ad Abga-
rum, in-4% Wittembergœ, 1694; Frauendorf, De epist. Christi ad
Abgarum, speciatim contra G. Cave, Lipsiae, 1698; Heine, De
Christi ad Abgarum epist., 2' éd., Halae, 1768; Roni, Se Gesii
Cristu scrivene ad Abgaro principe di Edessa e se gV inviasse
la propria imagine, dans Zaccaria, Raccolta di dissertât, stor.
eccles., 1792, t. n, p. 116-154; Serpos, Sulle lettere delre Abgaro a
GesùCristo e di questo a quel re, dans Race, di dissert., p. 155.
166; Rinck, Zeitschr. f. d. hist. Theol., 1843, fasc. 2, p. 3 sq. —
'Grimm, Die Sagevom Ursprung der Christusbilder, in-8', Bertin,
ABJURATION. — I. Signification. IL Qualités. III.
Applications. IV. Peines. V. Rites dans l'ancienne Église.
VI. Note sur l'abjuration dans la liturgie mozarabe.
I. Signification. — Ce mot a été pris dans différentes
significations. Dans l'acception la plus générale on ap-
pelle ainsi toute rétractation, tout renoncement à des
personnes, à des idées ou à des choses que l'on aban-
donne. C'est ainsi que l'on dit : « Abjurer ses idées, ses
opinions, ses sentiments, sa patrie. » Dans une acception
moins générale, c'est une expression juridique, employée
autrefois par les jurisconsultes, qui signifie : « refuser
par un parjure une chose confiée, » ou : « refus d'une
chose prêtée, » selon l'explication de saint Isidore de
Séville : Abjuratio, id est rei créditée abnegatio 13. Dans
sa stricte acception, l'abjuration est une rétractation
externe d'erreurs contraires à la foi (hérésie, apostasie)
ou à l'unité hiérarchique (schisme). Celui qui veut ren-
trer dans le sein de l'Église ne doit pas seulement reje-
ter ses erreurs, mais il doit aussi s'engager par serment
à persévérer dans la foi catholique. Tous les exemples
d'abjuration dont l'histoire a conservé le souvenir
suivent cette marche.
IL Qualités. — Une ancienne formule d'abjuration,
concernant l'hérésie athingienne [= paulicienne], nous
indique toutes les qualités de cette importante action.
L'abjuration ne doit pas être violente, oj Stà ttva |3iav,
ni nécessitée, vi àvâyxY]v; elle ne doit pas être inspirée
par la crainte, r\ <f>66ov, ni par les menaces, r, àuripetav;
on ne doit pas non plus abjurer ses erreurs pour sortir
de la pauvreté, ■!] ravtav, ni pour se délivrer de ses dettes,
r] Stà XP^î» nl pour échapper à une accusation, î| k'yÀYiixa
Kot-c'êu-oû xivoûfXEvov, ni pour quelque autre motif illicite,
r\ Stà Exepov -riva xpÔ7rov a7rr)yopEuuivov . L'abjuration doit
être spontanée et libre ; elle doit partir d'une âme et
d'un cœur pénétrés de l'amour du Christ et de sa foi .
àXVw; i\ oXr|ç J/u^rjç, xai xapSt'aç TÔv Xpiarôv àyaTraxrrçç,
xa\ ty|v aÙToO tu'otiv 16. Ces conditions sont en définitive,
quant à la substance, les mêmes que celles du droit mo-
derne; l'abjuration : 1° doit se faire sur-le-champ;
2° elle doit être libre; 3° elle doit être publique; 4° elle
doit être suivie d'une pénitence, en guise de satisfaction 17.
Comme on le voit, la qualité fondamentale d'une bonne
abjuration c'est la spontanéité, qui seule est la marque
d'une vraie et sincère conversion.
III. Applications. — 1° En principe tous les héré-
tiques, quels qu'ils soient, sont tenus à l'abjuration; sans
cette formalité, ils ne pourraient pas être réconciliés
avec l'Église18. — 2° En pratique on distingue surtout trois
cas : 1. Si l'on confère le baptême, comme c'est le cas
pour ceux qui n'ont jamais été baptisés, aucune abjura-
tion n'est exigée de la part du néo-converti ; on ne lui
donne pas non plus l'absolution, car le baptême par lui-
même efface tous les péchés. 2. Si l'on réitère le bap-
1842. — 8 Matthes, Die edessenische Abgarsage aufihre Fort-
bildung untersucht, in-8% Leipzig, 1882. — 9 Bonnet-Maury, La
légende d'Abgar et de Thaddée et les missions chrétiennes à
Édesse, dans la. Revue de l'histoire des religions, 1887, p. 269-283.
— ,0L.-J. Tixeront, Les origines de l'Église d'Édesse et la lé-
gende d'Abgar, in-8", Paris, 1888. — H Rubens Duval, Histoire
politique, religieuse et littéraire d'Édesse, c. v : La légende
d'Abgar et les légendes qui y ont été rattachées, in-8", Paris, 1891.
— ' * Carrière, La légende d'Abgar dans l'histoire de Moyse de Klio-
rène, dans Centenaire de l'École des langues orientales vivent tes,
in-4% Paris, 1895, p. 357-414. — ,3E. von Dobschûtz, Christus-
bilder Untersuchungen zur christlischen Légende, c. v, Das
Christusbild von Edessa, dans Gebhardt et Harnack, Texte und
Untersuchungen, in-8% Leipzig, 1899, nouvelle série, t. ni, p. 102-
196. Cf. p. 158*-249*, 281-294. — "Les inscriptions coptes
de Faras, dans le Recueil de travaux relatifs à la philologie
et à l'archéologie égyptienne et. assyrienne, 1898, t. xx, p. 175-
176; 1899, t. xxi, p. 133-136. — "Etymol., 1. V, c. xxvi, n. 21,
P. L., t. lxxxii, col. 210; cf. aussi Ferraris, Prompta bibliot)ie-
ca canonica, in-fol., Rome, 1844, t. I, p. 33. — *• P. G., t. evi,
col. 1333. — » Ferraris, ibid., t. I, p. 33. — "Ferraris, ibid.
DICT. D'ARCH. CHRÉT.
I. - 4
99
ABJURATION
100
terne sous condition, comme c'est le cas pour ceux dont
le baptême est douteux, premièrement, le néo-converti
abjure son hérésie et émet la profession de foi, deuxiè-
mement, on lui confère le baptême sous condition, troi-
sièmement enfin, on l'absout de l'excommunication et
des censures, mais aussi sous condition. 3. Si le bap-
tême est valide, et si on le regarde comme tel, le néo-
converti abjure son hérésie et récite la profession de
foi ; ensuite on l'absout des censures. Pour les jeunes
personnes au-dessous de quatorze ans, il n'y a ni abju-
ration, ni absolution des censures, mais seulement
profession de foi1. La pratique des dillérents cas d'ab-
juration est encore plus détaillée, mais il n'est pas
nécessaire que nous insistions davantage2.
IV. Peines. — La discipline de l'Église sur ce point
n'a pas été toujours la même; avec les circonstances et
dans le cours des temps elle a reçu des mitigations. Les
dispositions pénales de l'ancienne Église ont été pro-
mulguées dans plusieurs conciles. Le concile d'Elvire
(305 ou 306), can. 22, impose à ceux qui abjurent
l'hérésie dix ans de pénitence, à l'exception des enfants
qui sont dispensés de toute peine : Qui eliam deceni
annis agat pœnilenliam. Cui post deceni annos prse-
starï communia débet. Si vero infantes transducti,
quod non suo vitio peccaverint, incunclanter recipi
délient*. Le concile de Nicée (325), can. 11, se montra
très sévère pour ceux qui étaient tombés pendant la
tyrannie de Licinius; il leur imposa trois ans de péni-
tence avec les audientes et sept ans avec les substrati ;
pendant les deux années suivantes ils pouvaient assister
avec le peuple au saint sacrifice, mais sans prendre
part à l'ofirande :... -rpia ë.zrt èv àxpoa>(xÉvotç 7rotrj(joiiiTcv ol
tckttcù, xoù imix ï-zr\ OnoustroOvTat' Sûo 6 k e'tyj yaçAç irpos-
tpopâç xotva>vr,(TO'j<7i to) Xaçi toïv 7tpo7Euy_û>v 4. Dans le ca-
non 8, le concile s'occupe de prêtres qui s'appellent
eux-mêmes cathares ; s'ils retournent à l'Église, on leur
imposera les mains, mais ils resteront dans le clergé :
Ilepi Ttov 6vo[xaÇ6vTd>v (isv éau-oj; Ka6apo-Jç ttotc, 7tpo<7Ep-
Y^iiÉvuv Se t?j xa6o),ixrj xa't àTroaroXtxrj 'ExxXy]0*(2, ËSols
T/j àyîa xa't [XEyâXï) duvoSio, <iS<jre y_£tpoOeTo-ju.Évo-j; oc'Jt&Ù;
(jléveiv oijt(oç èv tû> xX^po) 5. Le concile d'Agde (506), can.
60, réduit à trois ans la durée de la pénitence : deux
ans de pénitence proprement dite, et un an de jeûne
continuel : ...annorum multiludine breviala. Pœni-
tentiam biennii condilione infra scriptaa observationis
imponimus ut prsescripto biennio, tertio [anno] sine
relaxatione jejunent, et Ecclesiam studeant frequen-
tare6. Enfin le concile d'Epaone (517), can. 29, ramène
la pénitence à une durée de deux ans : ...ut prsescripto
biennio tertia die [hebdomadis] sine relaxatione jeju-
nent1.
La pénitence était plus ou moins sévère selon la con-
dition des personnes. Le troisième concile de Carthage
(397), can. 48, permet d'admettre à la cléricature les
enfants baptisés dans le donalisme, après leur conver-
sion, parce qu'ils ne doivent pas être victimes de l'er-
reur de leurs parents : De donatistis placuit ut consu-
lamus fratres et consacerdotes nostros Siricium et
Simplicium de salis infanlibus qui baplizanlur pênes
eosdem, ne, quod suo non fecerint judicio, eum ad
Ecclesiam Dei salubri proposito fucrint conversi, pa-
renlum illos error impediat ne provehantur sacri alla-
ris minislri 8. Le troisième concile de Rom* (487) dis-
tingue trois catégories : évêques, piètres et diacres; clercs,
' jErtnys, Theotogia pastoralis, in-8*, Tournai, 1892, p. 107,
108 — * Cf. Dictionnaire île théologie catholique, publié sous
la direction de Vacant, in-4°, Paris, 1899, t. I, col. 75; Maurel,
Guide pratique de la liturgie romaine, part.I.sect. II, c. IV, art. 6,
Paiis, 1878, p. 716; Dallcrini-Polmieri, Opus theologician mo-
rille, Uact. V, sect. i, n. 149, Prato, 1890, t. m. p. 65; Moroni,
Dizionario d'erudizione ecclesiastica, Venise, 1840, t. i, p. 33;
Hennit XIV, De synodo diœcesana, V, n, 9, 10; IX, IV, 3, Opéra
omuia, Prato, 1845, t. XI, p. 117, 298. — 3Labbe, Concilia, in-tol.,
moines et laïques, enfants et jeunes filles. Il décrète
qu'aucun de ceux qui sont tombés ne peut être admis
à la cléricature : De episcopis, presbijteris et diaconis
conslitutum est, ut quantumvis pœnis coacti misère
lapsifuerint, exclusi ab omni cœiu fldelium atque cate-
chumenorum usque ad finem vilse laica tanlum com-
munication imper lirenlur. — Reliqui inferioris ordinis
clerici, monachi vel laici triennio inler audientes per
severarent, inler pœnitentes peregrinse tanlum commit
nicalionis participes effecli, dum cum saecidaribus sinr
perceplione Eucharisties orare permit terentur. — Ad-
ditum neque pueros aut puellas, quas setas excusai,
sine pœnilentia ad Ecclesiam admittendos, sed inler
pœnitentes sub manus impositione retineri debere, ut
tandem conmiunicationis participes esse possint. — De-
nique constilulum fuit ut ejusmodi lapsisad clericatum
nullus unquam adilus pateret; sed inter laicos catlio-
licos tantummodo usque ad exitum vitse connumerari
deberent 9. Saint Augustin distingue entre les héré-
tiques qui ont appartenu à l'Église et ceux qui n'en ont
jamais fait partie; il est plus sévère pour les premiers
que pour les seconds; on ne peut pas les admettre à la
cléricature : Nec illud sine dislinclione preeterimus, ut
humiliorem agant pœnitentiam, qui jam fidèles Ec-
clesiam deseruerunt, quam qui in illanonchou fuerunt.
Nec ad clericatum admittuntur, sive ab hserelicis
rebaplizali sint, sive prius suscepli ad illos redierint,
sive apud illos clerici sive laici fucrint*0.
V. Rites dans l'ancienne Église. — Une lettre de
saint Grégoire le Grand nous servira de point de départ
pour nous orienter dans l'antiquité chrétienne". Cette
lettre est adressée à Quiricus et aux évêques d'Hibérie,
et traite de la réconciliation des hérétiques. Le saint
commence par rappeler les coutumes anciennes : Ab
antiqua Patrum inslilulione didicimus. Ensuite il
divise en trois classes les hérétiques : 1° Ceux qui ont
été baptisés au nom de la Trinité (baptême valide).
Lorsque ces hérétiques se convertissent, on doit se con-
tenter de l'onction du saint chrême, ou de l'imposition
des mains, ou de la profession de foi : aut unelione
e/irisnialis, aut impositione manus aut profession*
fidei ad sinum malris Ecclesise revocenlur. De là deux
applications : 1. Les ariens sont réconciliés en Occident
par l'imposition des mains : per inipositiunein manus,
en Orient par l'onction du saint chrême : per unctionem
chrismalis. 2. Les monophysites et autres sont récon-
ciliés par la seule profession de foi : sola vera confes-
sione recipit [Ecclesia]. — 2° Ceux qui n'ont pas été
baptisés au nom de la Trinité (baptême invalide);
tels sont les bonosiens, les cataphrygiens et autres; ils ne
peuvent entrer dans l'Église que par la réception du
baptême : cum ad sanctam Ecclesiam veniunt bapli-
zanlur. — 3° Les nestoriens. Ils doivent être instruits
dans la vraie foi : ad sanctam Ecclesiam catholicam
venientes de verse fidei firmitatc et confessionc docendi
surit. En écartant ceux qui étaient obligés de recevoir
le baptême, et qui ne rentrent pas directement dans la
question qui nous occupe, pour ceux qui avaient été
validement baptisés, les rites de la réconciliation se
réduisaient à trois :
/. la simple imposition des mains. — On l'employait
a l'égard de trois catégories d'hérétiques: — 1° Ceux qui
avaient été baptises dans l'Église cl étaient tombés
dans l'hérésie. — Saint Cyprien, dans sa lettre à 0">r>-
Paris, 1671, t. i, col. 973. — • Labbe, ibid.. t. u. col. 33. —
8 Labbe, ibid., t. n, col. 32. — «Labbe, Ibid., t. îv. .-ni. 1392. —
'Labbe, ibid., t. iv, col. 1579. — "l.abbo, ibid., t. il. roi. 1177.
— » Nota? ad capit. i, Labbe, ibid., t. iv, col. 1050. — "' / '
baptismate contra Pelilianum, c. xu, P. I... t. xi.iu, cal. 606.
Pour les peines infligées dans les temps modernes, on peut voir
Devoti, Institutioncs canonic.r, xn, 2 in-8-, Anvers. 1836, t. n,
p. 200. — " Epistolse,\. Xl.epist. i.xvii.P. L., t.i.xxvn. ad. 1204-
1208.
101
ABJURATION
102
tus, à laquelle nous avons déjà renvoyé1, dit que de
son temps on ne soumettait cette catégorie d'hérétiques
qu'à la simple imposition des mains : quod nos quoque
hodie observamus, ut quos constet hic baptizatos esse
et a nobis ad hœreticos transiisse, si postmodum, pec-
cato suo cognito et errore digesto, ad veritatem et
matricem redeant, salis sit in pœnitenliam manum
imponere 2; saint Augustin nous est un sûr garant de
saint Cyprien : Hoc enim ipse etiani Cyprianus cum
cssteris statuit, ut si ab hseresibus redirent ad Ercle-
siam, quicumque fuerant in ea baptizati, non jam per
baptismum, sed per pœnitentiani reciperenlur 3; le
même saint Augustin nous rapporte l'opinion de Cres-
cens de Cirta : Censeo ego omnes Itœreticos sive schis-
maticos, qui ad catholicam Ecclesiam venire voluerint,
non ante ingredi nisi exorcisati et baptizati fuerint;
exceptis his sane qui in Ecclesia catholica fuerint bap-
tizati, ita tamen ut per manus inipositionem in pœni-
tentiani Ecclesise reconcilientur * . Eusèbe, rappelant
la lettre de Denis au pape saint Etienne touchant la
controverse sur le baptême à conférer aux hérétiques
qui se convertissaient, observe que, d'après l'ancienne
coutume, les hérétiques étaient réconciliés par la seule
imposition des mains accompagnée de prières : uaXatoO
yé toc x£xpar/5XÔTo; k'Ôou; èisl -côiv TotovTwv iiôvt] j(pf,ir8at
tÎ] 6ià -/eipcôv ÈTCiBéaeuç £'JX*1 5-
' 2° Ceux qui avaient été baptisés dans l'hérésie. —
On connaît la règle imposée par saint Etienne aux Afri-
cains. Un concile tenu (entre 218 et 222) par Agrippinus
de Carthage, et trois autres conciles carthaginois, célé-
brés sous saint Cyprien, prescrivirent formellement de
rebaptiser les hérétiques convertis. Saint Etienne se pro-
nonça contre cette décision, en déclarant qu'il ne fallait
faire aucune innovation, mais se contenter de l'imposi-
tion des mains : Si quis a quacumque hxresi venerit
ad vos, nihil innovetur, nisi quod tradition est, ut ma-
nus illi imponatur in pœnitentiani6. Le premier con-
cile d'Arles (314), can. 8, énonça la même prescription :
De A fris quod propria lege sua utunlur ut rebapti-
zent, placuit ut si ad Ecclesiam aliquis de hseresi ve-
nerit, interrogent eum symbolum; et si perviderint
eum in Paire et Filio et Spiritu sancto esse baptizalum,
manus ei tantum imponatur ut accipiat Spiritum
sanctum. Quod si interrogatus non responderit hanc
Trinitatem, baptizetur '. Le pape Sirice, dans sa lettre
à Himérius, évèque de Tarragone, n'exige pas davantage :
...Quos (baptisés par les ariens) nos cum novatianis
aliisque hœreticis, sicut est in Synodo conslitutum, per
invocationem solani Septiformis Spiritus, episcopalis
manus impositions catholicorum conventui sociamus 8.
Enfin le pape Vigile, dans sa lettre à Euthérius, rappelle
et inculque la même prescription : Quorum (baptisés
par les ariens) tamen reconciliatio non per illam ini-
positionem manus, quse per invocationem Sancti Spi-
ritus fit, operatur, sed per illam qua pœnitentim fru-
ctus acquiritur, et sanctse communionis restitutio per-
ficitur 9.
3° Ceux qui à l'hérésie joignaient un autre crime. —
A l'imposition des mains on joignait une dure pénitence.
Comme nous l'apprend saint Augustin, c'était le cas des
1 Cf. aussi saint Cyprien, Epist., lxxi, P. L., t. iv, col. 408-
411. — * P. L., t. iv, col. 411. — 3 De baptisrno contra dona-
tistas, 1. m, c. XI, P. L., t. xliii, col. 145. — * Ibid., 1. VI, c. XV,
P. L., t. xliii, col. 208. — 5i/. E., VII, il, P. G., t. xx, col. 640, 641.
— • Sur cette décision, cf. S. Cyprien, Epist., lxxiv, P. L., t. iv,
col. 412, 413; Eusèbe, H. E., VII, m, P. G., t. xx, col. 641;
S. Augustin, De baptisrno contra donatistas, 1. V, c. xxm,
xxv, P. L., t. XLin, col. 192, 194. — ' Lâche, ibid., 1. 1, col. 1428 ;
Héfélé, Histoire des Conciles, trad. franc, par Goschler et De-
larc, Paris, 1869, t. i, p. 184. — 8 Epist., i, c. i, P. L., t. xm,
col. 1133, 1134. — » Epist., Il, c. m, P. L., t. lxix, col. 18. —
'"Epist., xxxv, Ad Euseb., n. 3, P. L., t. xxxm, col. 135. -
" Epist., xciii, Ad Vincent., n. 53, P. L., t. xxxm, col. 347. —
" Labbe, ibid., '.. I. col. 1497. — « Labbe, ibid., t. iv, col. 1013.
clercs devenus donatistes (hérétiques et apostats)
Leur réconciliation était un peu plus difficile : Elenin
ego, si Domino placet, istuni moduni servo, ut quis-
quisapud cos propter disciplinanidegradalus adcalho-
licani transire voluerit,in humiliatione pœnitentim,
recipiatur, quo et ipsi forsitan cogèrent, si apud eos
manerc voluisset10. La réconciliation des simples héré-
tiques était au contraire plus facile. C'est encore saint
Augustin qui nous l'apprend : Sed nimis impudens
crror est, hinc velle calumniari Ecclesiam... quod ali-
ter traclat illos qui eam deserunt, si hoc ipso pœni-
tendo corrigant, aliter illos qui ineanondum fuerunt,
et tune primum ejus pacem accipiunt; illos AMPLius
uumiliando, istos LENius suscipiendo, utrosque dili-
gendo, utrisque sanandis materna charitate serviendoli .
n. l'onction du cbbême. — Après l'arianisme on em-
ploie généralement l'onction du chrême, soit seule, soit
accompagnée de l'imposition des mains. Le concile de
Laodicée, can. 7, atteste cet usage, à propos de la ré-
conciliation des novatiens, des photiniens et des tessa-
redecatiens (quartodécimans) : xai 7tôte Xocttôv toïç
Xeyotiévoi; Ttpbç aùroî; tii(tto\ç, èxu.av6âvovTeç Ta r/jç nia-
T£u>; (TvttëoXa, xpiaôÉVTaç ts t<ô ày»i> y_pt<7|xaTi, o'jto) xoi-
vwveîv t<o paioropito t<ô âyi'w 12. Le 2e concile d'Arles
(452) porta, can. 17, la même prescription à propos des
Bonosiens, adversaires de la virginité de Marie : Bono-
sianos autem ex eodem errore venientes... si inlerro-
gati fidem nostram ex toto corde confessi fuerint, cum
chrismale et manus impositions in Ecclesia recipi suf-
fi cit13. Le concile d'Épaone, can. 16, permet le même
rite : Presbyteros, propter salutem animarum, quam
in cunclis optamus, desperatis et decumbentibus hse-
reticis, si conversionem subitam pétant, chrismate sub-
venire permittimus u. De ce mode de réconciliation
l'histoire nous offre plusieurs exemples célèbres; qu'il
nous suffise d'en rappeler quelques-uns : abjuration de
Clovis, roi des Francs, entre les mains de saint Rémi15;
abjuration de Gondebaud, roi des Burgondes16; abju-
ration de la reine Brunehild, arienne i7; abjuration de
Récharède, roi d'Espagne 18. Le Ier concile de Constanti-
nople (381), can. 7, indiqua même la manière dont de-
vait se faire cette onction; il prescrivit d'oindre le front,
les yeux, les narines, la bouche et les oreilles 19.
/;/. la profession de foi. — Ce procédé fut surtout
employé après l'hérésie de Nestorius et d'Eutychès. C'est
par la profession de foi que furent réconciliés les
évoques qui au IIe concile d'Éphèse avaient adhéré à
Eutychès et à Dioscore. C'est par la profession de foi
(dato libello : ù ttï) piëXiov 8oùç) que Cyrille d'Alexandrie
admit à sa communion Paul d'Émèse, partisan du nes-
torianisme20. Saint Léon ne demande pour la réconcilia-
tion des pélagiens que la profession de foi21. Remar-
quons pourtant que le concile d'Alexandrie (362) dans
sa lettre synodale avait exigé la profession de foi22. Il
en fut de même au concile de Rome (799), sous Léon III,
pour la réconciliation de Félix d'Urgel 23.
D'après tous les types qui nous restent dans les docu-
ments, cette cérémonie embrassait comme deux parties;
premièrement on anathématisait toutes les hérésies en
général, et surtout celle à laquelle on avait adhéré;
— u Labbe, ibid., t. iv, col. 1578. — 15 Grégoire de Tours, Hislo-
ria Francorum, 1. U, c. xxxn, P. L., t. lxxi, col. 227. —
,6 Grégoire de Tours, op. cit., 1. H, c. xxxiv, ibid., col. 230. —
" Grégoire de Tours, op. cit., 1. IV, c. XXVII, ibid., col. 291. —
"Grégoire de Tours, op. cit., 1. LX, c. xv, ibid., col. 493. Cf.
aussi S. Hildephonse, De cognitione baptismi, c. cxxi, : chris-
mate solo et manus impositione purgandi [hxretici] P. L.,
t. xevi, col. 161 — i9 Labbe, ibid., t. n, col. 951. De même le
concile Quinisexte, can. 95 ; Labbe, ibid., t. VI, col. 1323, 1324.
— 20 Epist., xlviii, Ad. Donat. episc. Nicopol., P. G.,
t. lxxvii, col. 252. — *' Epist., i, Ad. episc. Aquilens., c. n.
P. L., t. liv; col. 594. Cf. aussi Epist-, n, c. i, ibid., col. 598;
Epist. xvm, ibid., col. 707. — " Labbe, ibid., t. H, col. 811.
— !3 Actio n, Labbe, ibid., t. vu, col. 1150, 1151.
103
ABJURATION — ABLUTIONS
104
secondement on affirmait sa foi aux vérités enseignées
par l'Église. 11 nous suffira de rapporter quelques dé-
tails de la formule d'abjuration des athinganes, dont
nous avons déjà parlé, pour donner une juste idée de
toutes les autres. Le néo-converti anathématise (ôcvocOe-
[/.ariÇt») de nombreuses hérésies et tous ceux qui avaient
suivi les docteurs athinganes, qui ont existé dans le
passé (oo-oi xarà ysveàv sxâarï]v a-/pt xoû vOv yzyôvixai),
qui existent présentement (xoù 3<roi oTQjj.epo'v eîo-i), et qui
pourront exister à l'avenir (xoà y'vso-ôai piXlouo-iv).
Ensuite il reprend successivement chaque hérésie, erreur
ou fausse pratique et répète le mot : f anathématise
(àva6£[xaTÏi;a>); de plus, il anathématise toute coutume
(à'6oç), toute pratique (l-Kmfitv^a.) et toute action (rào-av
•rcpàliv), manifeste ou cachée (çavêp<T>; ?| Xaôpaîcoç) des
athinganes. Enfin il termine en prenant l'engagement
de s'attacher au Christ (<mvr(i(7<Tou.ai tû> Xptorôi), et de
croire en un seul Dieu, Père tout-puissant, créateur du
ciel et de la terre : xoù 7u<tt£Ûo> eïç Eva 0eov IlaTÉpa, irav-
Toxpâtopa 7totr|TYiv oùpavoû na\ yr)?1. Toutes les autres
formules ne présentent que des variantes accidentelles2.
VI. Abjuration dans la liturgie mozarabe. — La litur-
gie mozarabe du VIIe siècle nous a conservé plusieurs
formules d'abjuration, pour l'admission d'un arien, d'un
donatiste et d'un juif dans l'Église catholique. Ces for-
mules sont extrêmement intéressantes. Voici le commen-
cement du rit consacré à la réconciliation d'un arien :
In primis interrogat euni [episcopus] nomen suum
et aicit ei : Abrenuntias heresim Arrianorum, in qua
te hucusque fuisse penitet? — Abrenuntio. — Abre-
nuntias hisqui Filium Dei dicunt minorent esse Patri?
— Abrenuntio. — Abrenuntias his qui Spiritum San-
ctum Deum esse non credunt, vel minorent Patri aut
Filio dicunt? — Abrenuntio. — Iterum interrogat eum
nomen suum et dicit ei : Crcdis in Deum Patrem omni-
potentem? — Credo. — Credis in Ihesum Chris tum
Filiumeius? — Credo. — Credis et in Spiritum Sanctum,
Deum individue Trinitatis unius essentie, virtutis atque
potentie? — Credo. — Et ego te crismo in nomine Pa-
tris et Filii et Spiritus Sancti, in remissione omnium
peccatorum,ut habeas vilam eternam. Amen*. Voyez
aussi au mot Absolution. V. Ermoni.
ABLUTIONS. — I. Divers sens du mot. II. Capitila-
vium. III. Ab'utions de la messe chez les latins.
IV. Ablutions dans l'Église grecque.
I. Divers sens du mot. — Nous ne parlerons pas ici
des bains, ni des ablutions du baptême, ni du lavement
des pieds, chacun de ces sujets demandant un article à
part. Voir Bains, Baptême, Lavement des pieds. Il y
avait d'autres ablutions dans l'antiquité qui ont un ca-
ractère liturgique, et qui seront l'objet de cet article;
telles sont les ablutions de la tête, en dehors du rite du
baptême, et les ablutions de la messe.
IL Capitilavium. — Il était d'usage chez les chrétiens,
dans l'antiquité, de se préparer aux grandes fêtes par un
bain, comme le prouve Paciaudi * et comme on pourrait
du reste le conclure, en l'absence de tout témoignage,
des coutumes générales de l'époque. Cette pratique était
d'autant plus nécessaire que durant les temps de jeûne
et de pénitence, qui précèdent les grandes solennités,
le bain était généralement prohibé. Les catéchumènes se
préparaient, eux aussi, au baptême par un bain. Comme
le baptême avait lieu généralement la nuit pascale et
• P. G., t. cvi, col. -1333-1336. — 'Martène, De antiquis Ec-
clesise ritibus, 1. m, c. vi, 2 in-fol., Antuerp., -1736, t. H, p. 917-
926; .T. Bingham, The antiquities of the Christian Church,
l. XVI, c. vi, 2 in-4», Londres, 1878, t. Il, p. 949-968; W. Smith
S. Cheetham, A dictionary of Christian antiquities, 2 in-8%
Londres, 1880, t. I, p. 8, 9. — 3 D'après le Liber ordinum moza-
rabe inédit du vir siècle, dont l'édition est en préparation. (Note
de dom Férotin.) — * De sacris christianorum balneis, c. II.
in-4-, Rome, 1758. — B Tract., xxxv, P. L., t. XI, col. 481. —
qu'on s'était abstenu du bain par mortification durant le
carême, comme, par ailleurs, les catéchumènes recevaient
tous le baptême dans la même piscine, cette mesure de
propreté s'imposait naturellement. L'usage en est attesté
d'ailleurs par saint Zenon de Vérone 5 et par saint Au-
gustin; ce dernier nous dit que ce bain avait lieu le
jeudi saint, et qu'un certain nombre de fidèles profitaient
de cette licence donnée aux catéchumènes, pour re-
prendre l'usage du bain, si aulcm quœris, écrit-il à son
correspondant, cur etiam lavandi mos ortus sit : nilnl
mihi de hac re cogitanli probabilius occurrit, nisi quia
baptizandorum corpora per observationem quadrage-
simœ sordidata, cum offensione sensus ad fonteni tra-
ctarentur, nisi aliqua die lavarcntur6.
C'est probablement cet usage qui a donné naissance à
l'ablution semi-liturgique de la tête ou capitilavium.
Elle avait lieu dans certaines églises le dimanche des
Bameaux, qui de là a quelquefois pris le nom de dimanche
du capitilavium. Cette coutume liturgique est constatée
en Espagne par saint Isidore7, dans l'église gallicane
par Bhaban Maur 8et à Borne même par un Ordoroma
nus publié par Cassandre 9. On ne voit pas pourquoi
certains liturgistes, malgré ce témoignage, se refusent
à l'admettre pour Borne, car elle était, comme nous
l'avons dit, imposée par les circonstances; de plus, pour
l'Afrique, le témoignage de saint Augustin est une
preuve sans réplique, et on sait quelles étaient les affi-
nités entre les liturgies de Borne et d'Afrique. Visconti
pense que ce rite, qui ne parait jamais du reste avoir eu
une grande importance, ni joui d'une grande faveur, fut
supprimé par le concile de Mayence en 813 l0, du moins
quant à son caractère liturgique. Il en est un peu de
cette cérémonie comme de celle du lavement des pieds;
la crainte que des populations ignorantes n'y vissent un
complément nécessaire du baptême hâta sans doute la
suppression. Nous ne croyons pas que cet usage ait laissé
aucune trace dans les formules liturgiques,
III. Ablutions de la messe chez les latins. — Il faut
distinguer : 1° l'ablution des mains avant la messe;
2» l'ablution ou lavement des mains après l'offertoire;
3° la purification de vin et d'eau que le prêtre prend
après la communion, ou celle que le diacre donne aux
fidèles également après la communion.
1° Ablution des mains avant la messe. — "Wich-
mannshausen a écrit une longue dissertation pour dé-
montrer que le lavement des mains, avec un caractère
rituel de purification, existait chez les Hébreux aussi
bien que chez les païens. Nous renvoyons à son étude
pour les textes qui y sont diligemment réunis '*. Nous
voyons aussi par des témoignages très anciens que le
même usage existait chez les chrétiens, et nous consta-
tons en même temps que leurs pasteurs ne manquaient
pas de leur enseigner que cette ablution ne les lavait
que matériellement s'ils n'avaient soin de purifier leur
conscience : Cseterum quse ratio est, manibus quidem
ablulis, spiritu vero sordente orationem obire ? quando
et ipsis mariibus spiritales munditise sint necessarise,
ut a falso... cœterisque maculis quse spiritu conceptse
manuum opéra transiguntur, purœ alleventuri2. Quel-
ques-uns même y voient une coutume d'origine aposto-
lique et rappellent à ce propos le texte de saint Paul :
ysipa; ôdou; jua/pecv13. Les plus anciennes églises avaient
dans l'atrium une fontaine où les fidèles se lavaient les
mains avant les offices. Paulin, évéque de Tyr, commen-
« Epist., cxvrn, Ad Januar., P. L., t. xxxm, col. 204; cf. Epist.,
cxix, n. 33, ibid., col. 220. — 'De eeclesiast. officiisA. I, c. wvin,
P. L., t. lxxxiii, col. 763. — • De instit. clericor., 1. II, c. xxxv,
P. L., t. cvii, col. 347. — • Cassander, Opéra, Paris, 1616, p. 89.
— ,0 Vicecomes, De antiquis baptismirilibus,l. III, cxv, Rome,
1615, — " J. Chr. Wichmannshausen, De lotione manuum.
dans Volbeding, Thesaurtts commentationuru . Loipzig, 1847,
t. i, n. xxvi. — "Tertullien, De oratione, c. xm, P. L., t. i,
col. 1271. — "ITim., n.
1C5
ABLUTIONS
106
cément du IVe siècle, en fait construire une devant l'église
qu'il bâtit1. Saint Paulin de Noie, au même siècle, nous
décrit le bassin, cantharus, dans la cour de l'église qu'il
a fait construire, avec les eaux jaillissantes pour laver
les mains de ceux qui entrent 2. Il nous parle de celui qui
existait dans la basilique de Saint-Pierre à Rome où les
fidèles lavaient leurs mains et leur visage 3. Saint Jean
Chrysostome témoigne en faveur du même usage : Ut in
atriis domini in quibus oratur sint fontes constilutum
est, ut qui orare volunt, prius abluant manus et tune
démuni eas ad preces attollant 4. Dans un autre pas-
sage, il se moque agréablement, après Tertullien, de
ceux qui se lavent les mains sans purifier l'intérieur de
leur cœur5.
Ces fontaines portaient en grec le nom de Xomttjp ou de
xpYJvï] ou de çpecmov 6, etc. Voir IV. Ablutions dans
l'Église grecque, col. 109.
Mais ce qui dut rendre cet usage du lavement des
mains plus nécessaire encore, c'était l'habitude de rece-
voir la sainte eucharistie dans les mains : « Voudrais-tu,
dit saint Jean Chrysostome, voudrais-tu venir au sacri-
fice sans laver tes mains? Non, n'est-ce pas? Tu aime-
rais mieux ne pas venir que venir avec des mains sales.
Mais si tu es si soigneux pour de petites choses, com-
ment t'approcherais-tu avec une âme impure 7? » Saint
Césaire d'Arles fait le même raisonnement en Gaule :
« Tous les hommes, quand ils approchent de l'autel,
lavent leurs mains, et toutes les femmes apportent des
linges fins sur lesquels elles reçoivent le corps du Christ...
qu'ils lavent donc leurs âmes avec l'aumône, etc. 8. » Il
ne reste d'autre vestige de cette coutume dans la litur-
gie occidentale que la coutume des prêtres de se laver
les mains avant la messe, avec une prière adaptée à la
circonstance.
2° Le lavement des mains après l'offertoire. — Dans
la liturgie actuelle, le prêtre se lave les mains après
l'offertoire et l'encensement (aux grand'messes), en ré-
citant le psaume xxv : Lavabo inter innocentes manus
meas, qui fait allusion au rite usité chez les Hébreux.
Cf. le psaume xxxu,Ergo sine causa jus tificavi cor meum
et lavi inter innocentes manus meas. En dehors de sa
signification symbolique par laquelle le prêtre se purifie
avant de procéder au sacrifice proprement dit, ce rite
est rendu presque nécessaire ici par les circonstances.
Après l'encensement et surtout après avoir reçu dans ses
mains, d'après la coutume antique, le pain et les autres
offrandes des fidèles, il était décent que le pontife se
lavât les mains, ut qui cselestem panem accepturus
est, comme dit un des ordo publié par Mabillon, a ter-
reno pane, quemjam a laids accepit, manus lavando
expurget 9. Dom de Vert, avec l'esprit de système qu'il
apporte dans ses études sur la liturgie, voit même dans
cette nécessité la seule raison du rite, sans aucun carac-
tère de symbolisme; mais Le Brun, qui affecte de prendre
en tout l'opinion contraire, lui fait remarquer avec raison
que le lavement des mains est antérieur à la coutume
de recevoir les offrandes, et que les Pères n'en donnent
qu'une raison mystique de purification 10. Cependant la
vérité semble entre les deux, et ce rite, comme il arrive
pour plusieurs, a en même temps un but mystique et un but
pratique; l'éditeur de Bona rappelle à cet effet que,
même avant que la coutume se fût établie de recevoir
les dons, le pontife et les prêtres, après la messe des caté-
chumènes, imposaient les mains sur la tête des catéchu-
« Eusebe, H. E., I. X, c. iv, P.[G., t. xx, col. 865. — « Epist., xxxn,
15 Ad Sever. ep., P. L., t. lxi, col. 337. — 3 Epist., xin, 13 Ad Pam-
mach., P. L., t. lxi, col. 215. — l Hom. in II Cor., iv, 13, P. G.,
t.Li,col. 300. — "Hom., xv, InS. Mattk., xv, 17-20, P. G., t. lviii,
col. 516. — 6 Suicer, Thésaurus ecctesiasticus, 2" éd., Amster-
dam, 1728, t. i, p. 1276, au mot -,^/r, et au mot "/.w-p. — 7 Hom.,
m, Ad Eph., c. I, 20-23, P. G., t. lxii, p. 29. — 8 Serm., ccxxix,
8 5, dans l'app. iv aux œuvres de S. August., cf. Serm., ccxcn,
§ 6, P. L., t. xxxix, col. 2168, 2300. — • Ordo, n. vi, p. 74.
mènes et des pénitents, avant de les renvoyer, et cette
seule raison eût suffi pour obliger pontife et prêtres à
se laver les mains ". Aussi saint Cyrille de Jérusalem ne
parle-t-il pas seulement du lavement des mains de
l'évêque, mais encore de celui des prêtres 12.
Dans certaines églises on eut la coutume de se laver
une première fois les mains après les oblations des
fidèles, et une autre fois après l'encensement. Le Brun
a été encore témoin de cette pratique l3. Il faut rappeler
aussi qu'aux messes pontificales le prélat se lave les
mains au moment de l'offertoire, avant de quitter son
trône, sans préjudice du lavement des mains après l'en-
censement, au Lavabo.
Dans tous les cas, on le voit, l'origine en est fort an-
cienne. Sans parler de saint Cyrille de Jérusalem que
nous avons cité et qui fait même allusion au psaume
Lavabo inter innocentes manus meas, l'auteur de la
hiérarchie ecclésiastique, qui, à tout le moins, n'est pas
d'époque bien postérieure, en parle aussi14. Dans la li-
turgie de saint Jean Chrysostome, ce rite a lieu avant
le sacrifice, dès que le prêtre et le diacre sont revêtus
de leurs ornements ; c'est à la prothèse qu'ils se lavent les
mains avec le psaume Lavabo inter innocentes. Voir IV.
Ablutions dans l'Église grecque.
La liturgie mozarabe ne fait pas mention do l'ablution
des mains après l'offrande des fidèles; mais il y est
question de celle qui avait lieu avant que le prêtre re-
vêtit l'amict et l'aube. On peut avoir des doutes sur
l'antiquité de la formule imprimée dans le Mis^ale mix-
tum de Ximénès. Un manuscrit de 1039 nous donne
celle-ci : Lavabo inter innocentes, etc. Versus : Ad-
sperges me ysopo i[>.
Les évêques et les prélals qui ont l'usage des ponti-
ficaux ont, en outre, un autre lavement des mains, à la
lin de la messe après les ablutions. Cet usage est déjà
en vigueur au xie siècle, comme on le voit par le IVe
ordo romain16; à ce moment il n'était pas réservé aux
prélats et les simples prêtres le pratiquaient17.
3° La purification de vin et d'eau que prend le prêtre
après la communion, ou celle que le diacre présente
aux fidèles dans certaines circonstances. — Ce rite est
ainsi réglé dans la liturgie actuelle : après avoir com-
munié et donné, si c'est le cas, la communion aux fidèles,
le prêtre présente le calice au ministre, qui y verse un
peu de vin, et il récite ces paroles : Quod ore sumpsi-
mus, etc. Après quoi, il prend le vin, quo se purificat,
d'où le nom de purification donné plus spécialement
à cette partie du rite. Le prêtre dit ensuite ces paroles:
Corpus tuuni, Domine, etc., et en les prononçant il se
lave les doigs, les essuie, et prend cette ablution, sumit
ablutionem. Ainsi la première ablution a pour objet de
purifier le calice et la bouche du prêtre, la seconde de
purifier les doigts qui ont touché l'hostie.
Avant le xne siècle ce rite ne se célébrait pas sous la
même forme ni avec la même solennité. Il semble qu'à
mesure que la foi diminuait chez les fidèles l'Église ait
eu à cœur d'entourer d'un respect et d'une solennité
plus grande tout ce qui touchait à l'eucharistie, afin de
frapper l'esprit du peuple. Ainsi, avant cette époque, le
prêtre se lavait les mains seulement, et l'eau était jetée
dans la piscine. A partir du xie siècle et surtout du xine,
le rite prend les caractères qui se rapprochent du céré-
monial actuel. Saint Pierre Damien indique la purifica-
tion du calice 18. Innocent III écrit en 1212 à l'évêque de
Cf. Amalaire, De eccl. offic., 1. III, c. xix, P. L., t. cv, col. 1130.
— ,0 Explication de la messe, Liège, 1781, t. n, p. 343 sq. —
11 Bona, Rer. liturgicarum, 1. II, c. ix, éd. Sala, t. m, p. 223. —
18 Catech., mystag.,v, 2, P. G., t. xxxm, col.1109. — "Loc. cit., t. n,
p. 345-346. — >iDe hierarchia eccles., c. m, P. G., t. m, col. 425.
— i5Note de dom Férotin. — l6 Ordines romani, P. L., t. lxxviii,
col. 994. — » Martène, De antiquis Ecclesix ritibus, 1. n, c. iv,
§3, n. 15, et les autres textes ci tés dans le Dict. de théol. cathol. , t, i,
col. 91. — "Epist., xvm, Ad Ubertum, P. L., t. cxliv, col. 370.
107
ABLUTIONS
108
Maguelone que le prêtre doit faire l'ablution avec du vin
et l.i prendre, à moins qu'il ne dise une autre messe ce
même jour •. D'autres céréinoniaux, vers la même époque
(ceux de Cluny et de saint Bénigne de Dijon), pres-
crivent un rite plus compliqué : le prêtre absorbe le vin
avec lequel il purifie le calice, il lave ses doigts dans un
autre calice et après avoir pris cette ablution, il purifie
encore ce calice avec du vin, qu'il prend aussi 2. Il y
eut quelques autres divergences qui ne nous paraissent
pas d'un grand intérêt et dont on pourra trouver le dé-
tail dans les auteurs cités.
Ce rite de l'ablution n'a pas été réservé au prêtre qui
dit la messe. Quand on eut cessé de donner la commu-
nion sous les deux espèces aux fidèles, on leur présenta
du vin non consacré pour les aider à avaler l'hostie.
Alexandre de Halès, au xine siècle, dit que cet usage
est général de son temps dans l'Église latine 3. Cette pra-
tique fut usitée longtemps, et au siècle dernier de Mo-
léon et surtout Le Brun citent un grand nombre d'é-
glises où elle était encore en vigueur de leur temps4.
De nos jours, elle n'est plus conservée qu'aux messes
d'ordination, où le calice est présenté aux ordinands,
à la consécration des vierges, et dans quelques congré-
gations pour certains cas particuliers. Dom de Vert,
toujours en quête d'opinions singulières, a cherché à cette
coutume une autre origine beaucoup plus ancienne.
Selon lui, la prière qui se dit après la fraction : Hsec
commixtio et consecralio, etc., au moment où le prêtre
vient de déposer une partie de l'hostie dans le précieux
sang, aurait été instituée autrefois poup sanctifier par le
mélange de l'hostie ou du précieux sang le vin non
consacré. En effet, quand les fidèles communiaient sous
les deux espèces, l'espèce du vin leur était offerte ordi-
nairement dans un grand calice différent de celui
du prêtre et appelé calice ministériel. Voir Calice.
Comme il était difficile de prévoir quelle quantité
de vin il fallait consacrer pour la communion des fidèles,
surtout aux grandes fêtes, on en consacrait moins, et on
ajoutait au précieux sang, dans le calice ministériel, du
vin non consacré, de telle sorte que ce dernier était, en
quelque façon, sanctifié et consacré par ce mélange.
D'autres fois on sanctifiait ce vin en y mélangeant une
parcelle de la sainte hostie, comme cela a lieu encore à
la messe des présanctifiés, le vendredi saint. Selon dom
de Vert, la coutume de présenter le calice aux fidèles,
que nous avons appelée ablution ou purification, ne se-
rait qu'un souvenir de l'ancienne communion sous les
deux espèces 5.
Les faits cités par cet auteur, et, selon sa coutume,
très ingénieusement réunis, sont exacts, mais les con-
séquences qu'il en tire ne sont pas fondées. Il ne donne
aucune preuve qu'il y ait connexion entre les faits
qu'il cite et le rite du mélange de l'hostie au précieux
sang. La prière Hœc commixtio a une autre origine et
les termes mêmes dont elle est composée excluent l'ap-
plication qu'on en fait : Hsec commixtio et consecratio
corporis et sanguinit D. N. J. C. fiât accipienlibus,
etc. L'exemple tiré de la messe des présanctifiés prou-
verait le contraire, puisque ce jour-là on a précisément
retranché partout cette prière, et, dans les rares cas où
on ne l'a pas fait, c'est simplement une preuve d'inintelli-
1 Cf. Le Brun, Explication de la messe, 4 in-8% Liège, 1781,
t. n, p. 619. — * Martène, De ritibus monach., p. 189 sq. Cf.
aussi Le Brun, toc. cit., p. 619 ; Bona, 1. II, c. XX, éd. Sala, t. m,
p. 427. — ' Dans Le Brun, loc. cit., p. 634, et Bona-Sala, loc. cit.,
p. 428. — * De Moléon, Voyages liturgiques, in-8% Paris, 1718,
p. 127, 246, et Le Brun, loc. cit., 635-636. — "Dom Claude de Vert,
Explication simple, littérale et historique des cérémonies de
l'Eglise, Paris, 1713, t. iv, p. 268 sq. — «Cf. Le Brun, loc. cit.,
p. 566, 635, et Bona-Sala, loc. cit., p. 333 sq. — 7 Mabillon, In
ordinem romanum commentarius prxvius, P. L., t. lxxviii,
col. 870. — "Origines du culte chrétien, 2* éd., p. 177. — 9Ce
double mélange est constaté au moins jusqu'au ix* siècle, par le
gence liturgique 6. Voir Présanctifiés (Messe des).
Enfin l'origine des ablutions, telle que nous l'avons
exposée, est trop claire et trop bien connue pour qu'on
la confonde avec le rite de la communion sous les
deux espèces.
Aujourd'hui, du reste, après les études si pénétrantes
poursuivies sur la liturgie pontificale, il nous semble
qu'il ne peut plus y avoir de doute sur ce sujet. Le rite
du mélange de l'hostie consacrée au précieux sang,
qu'il faut bien distinguer du rite de la fraction, a une
tout autre portée que celle imaginée par de Vert. Il
était double en quelque sorte : d'abord le pape mêlait
au précieux sang une parcelle de l'hostie consacrée au
sacrifice précédent et qui était soigneusement conservée
fortasse, dit Mabillon, ut sacrificii unitas et perpetuitas
hoc ritu inculcaretur ">, et Msr Duchesne : « C'est
toujours, dans toutes les assemblées liturgiques, celle
d'aujourd'hui comme celle d'hier, le même sacrifice,
la même eucharistie, la même communion 8. » Puis, par
un nouveau mélange, le pontife déposait dans le même
calice une parcelle de l'hostie qu'il venait de consacrer 9.
Enfin, pour montrer d'une façon plus expressive l'unité
et l'égalité que la communion établissait entre le pon-
tife, les ministres et les fidèles, pour témoigner qu'ils
communiaient bien tous au même calice et au même
corps du Christ, les évêques et les ministres les plus
élevés recevaient une parcelle de l'hostie du pape et
buvaient le précieux sang dans son calice; quant aux
ministres inférieurs et aux fidèles, pour les faire parti-
ciper dans la mesure possible à cette communion, on
avait soin de verser quelques gouttes du précieux sang
du calice du pape dans le calice ou les calices destinés
à l'usage du peuple. Enfin, et toujours pour souligner la
signification d'unité, d'autres parcelles de pain consacré
(fermentum) étaient envoyées aux prêtres qui célébraient
à Rome dans les tituli10. Et le moyen le plus significa-
tif de montrer qu'on était en communion avec un autre
évêque consistait à lui envoyer aussi une parcelle de
l'eucharistie11. Dans les rites gallicans, la commixtion,
tout en étant moins compliquée et moins solennelle,
a pourtant la même signification. L'officiant trempe
dans le calice une ou plusieurs des parcelles consacrées,
puis les laisse tomber dans le calice en disant : Sancla
sanctis. Et conjunctio corporis D. N. J. C. sit sumen-
libits et potantibus nobis ad veniam, et defunclis fide-
libus prsesteturad requiem*'2. On aura du reste à re-
venir sur tous ces rites au sujet de la messe. Voir
Fraction et Communion.
Mais il est un autre texte, trop oublié des liturgistes,
qui donne pour le rite de l'ablution un témoignage de
quatre ou cinq siècles antérieur à ceux que l'on cite
d'ordinaire. Ce sont ces paroles de la Règle de saint Be-
noit (vie siècle) : Frater liebdomadarius accipiat Mixrr.v
priusquam incipiat légère phopter commvxioxem
sanctam. Après toutes les discussions auxquelles ce
texte a donné lieu parmi les commentateurs de la
Règle, il paraît certain qu'il faut entendre ces paroles
d'une sorte de rite d'ablution après la messe et avant le
repas 13.
Les formules que le prêtre prononce au moment des
ablutions sont les deux oraisons : Quod ore sumpsimus,
i" ordo romain, n. 18, 19, 22, et par le n, n. 12, 13, et aussi par
Amalaire : Bis posilus panis in calicem, dit-il ; De officiisEccles.,
1. III, c. xxxi, P. L., t. cv, col. 1152. — 10 Duchesne, loc. cit.,
p. 176 sq., et Liber pontificalis, t. I, p. 169, note 4. — " Dom
Cabrol, Le livre de la prière antique, p. 403-404. — "Cf. Du-
chesne, Orig. du culte chrét. : La messe gallicane, p. 211-212. —
"Mabillon, Traité où l'on réfute la nouvelle explication que
quelques auteurs donnent aux mots de messe et de commu-
nion dans la Règle de S. Benoit, in- 12, Paris, 1689. Cf. dom
Martène, Commentarius in Regulatn S. B., in-V, Paris, 1690,
p. 495 sq., et Explication ascétique et historique de la Règle
de S Benoit, Paris, 1901, t. il, p. 59.
109
ABLUTIONS
110
Domine, pura mente capiamus ; et de munere tempo-
ralifiat nobis remedium sempiternum,et : Corpus tuum,
Domine, quod sumpsi et sanguis quem potavi, etc.
On y a joint quelquefois une troisième oraison qui a été
bientôt abandonnée. Les deux oraisons que nous venons
de citer sont indépendantes du rite, en ce sens qu'elles
sont beaucoup plus anciennes et n'ont pas été com-
posées pour la circonstance, encore qu'elles s'y adaptent
bien. La première est une prière d'action de grâces ou
post-communion; elle est antique et d'un excellent style
liturgique; la phrase unique est bien cadencée, toutes les
parties se répondent, sans qu'il y ait dans les deux anti-
thèses rien de forcé ni de recherché. La pensée théolo-
gique, tout en étant très simple, est profonde et très
juste. Cette formule pourrait être classée dans une caté-
gorie d'oraisons qui ont la même touche de simplicité,
de sobriété, de brièveté, et sont composées cependant
avec beaucoup d'art et de science liturgique; elles doi-
vent remonter à une bonne époque classique, le IVe siè-
cle peut-être, et faire partie d'une même collection.
Dans tous les cas, et ce qui ne contribue pas peu à
confirmer cette preuve d'antiquité, elle apparaît en
même temps dans les plus anciens sacramentaires, le
léonien, le gélasien, le Missale gothicum, le grégorien ',
l'ambrosien, et dans quelques autres livres liturgiques
fort anciens 2. On y relève les cadences du cursus tri-
spondaïque (mente capiamus'. ..'.) et du cursus velox
médium sempilérnum ' . . ..'.)3.
La seconde est une oraison de même nature, em-
ployée très anciennement aussi comme post-communion,
mais moins caractéristique, liturgiquement parlant, que
la précédente, encore que le style et le rythme soient
de la bonne époque. Elle fut moins usitée aussi que la
précédente, aussi ne la trouve-t-on pas dans Wilson,
elle est donc absente des documents qu'il a dépouillés;
elle est cependant au Missale gothicum, dans la Missa
latina de Flaccus Illyricus 4, et dans le missel de Here-
ford 5. Dans le premier de ces sacramentaires elle se
présente sous une forme antique que nous croyons utile
de donner ici : Corpus tuum, Domine, quod accepimus
et calicem tuum, quem potavimus, hsereat in visceri-
bus nostris; prsesta, Deus omnipotens, ut non rema-
neat macula, ubi pura et sancta intraverunt sacra-
menla 6. F. Cabrol.
IV. Ablutions dans l'Église grecque. — Nous ne
parlerons ici que des ablutions 1° avant la messe,
2° après la communion.
1° Dès le IVe siècle, le peuple se lavait les mains avant
de pénétrer dans l'église, à une fontaine placée dans
l'atrium, xpîjvai, -/épvtêov, plus tard cptâXï) 7. Cet usage a
disparu, sans doute d'assez bonne heure, même là où
la çiâV/i subsiste encore. Il est probable que le clergé
agissait comme le' peuple. En outre les prêtres se lavaient
les mains dans le sanctuaire au commencement de
l'àvacpopà 8. La Siâ-ra^ç de la messe, du patriarche de
Constantinople Philothée, du XIVe siècle, ne dit rien
de ces ablutions; mais la première est indiquée par les
euchologes pour le prêtre et le diacre. Elle a lieu au
y<jov£UTT|piov placé près de la prothèse9, après que les
ministres ont revêtu les ornements sacrés; ils récitent en
y procédant les versets 6-12 du psaume xxv. Quelques
prêtres se lavent aussi les mains avant de prendre les
ornements. Seuls les évèques ont gardé l'usage ancien
1 Cf. H. A. Wilson, A classifled index to the léonine, gela-
sian, gregorian sacramentaries, in-8", Cambridge, 1892, p. 76.
— * Cf. Le Brun, loc. cit., p. 620-621 ; dom V. Maurice, dans le
Diction, de théologie catholique, t. i, col. 92. — 3 Paléographie
musicale, in-4% 1894, t. IV, p. 36 sq. — »P. L., t. cxxxvm,
col. 1333. — 5W. Maskell, The ancient liturgy of the Church of
England, in-8", Oxford, 1882, p. 195; dom Maurice, loc. cit.,
p. 93. — " Thomasi, t. vi, p. 335. Cf. quelques autres variantes
dans Bona-Sala, loc. cit., p. 428-429. — 7 Eusèbe, H. E., 1. X, c. IV,
P. G., t. xx, col. 865; S. Jean Clirys., De verbis ■ habentes eum-
de l'ablution des mains avant la grande entrée des oblats,
c'est-à-dire avant 1 offertoire; un sous-diacre, ou en pra-
tique tout autre clerc, leur apporte alors pour cela le
yeoviëd?s(7Tov. Dans certaines églises, les simples prêtres
pratiquent aussi à ce moment une nouvelle ablution, non
seulement des mains, mais aussi des yeux.
2° Les ablutions après la communion sont peut-être
moins anciennes que les précédentes. Un canon attri-
bué au patriarche de Constantinople saint Nicéphore,
IXe siècle, dit aux prêtres à leur sujet : Après avoir
communié (aux saintes espèces restant après la commu-
nion du peuple), faites l'ablution deux fois avec du vin
et une fois avec de l'eau10. La Stâtaliç de Philothée est
conforme à ce canon : le diacre lave trois fois le calice
avec du vin et de l'eau, l'essuie avec l'éponge, et se
lave les mains et les lèvres en disant le Nunc dimittis,
le trisagion, la petite doxologie, une triple invocation à
la Trinité, trois fois Kyrie eleison, de nouveau la pe-
tite doxologie, l'oraison dominicale et sa conclusion or-
dinaire, Y cfKo\'Jziy.iov et le xovTaxtov du jour, enfin
l'âmôXuffii;. Pour le prêtre, la StàraÇi; dit simplement :
aTtOVlTTTETat ".
De ce texte, fort précis, on rapprochera un autre publié
par Goar12, qui ordonne au diacre de laver trois fois le
calice, puis de se laver les mains au lieu ordinaire. Les
éditions usuelles de l'euchologe sont moins explicites;
elles se contentent de dire que le diacre se lave les
mains après avoir consommé les saints dons 13. On sait
d'ailleurs combien les rubriques sont vagues et incom-
plètes dans les manuscrits, et avec quel peu de soin ont
été faites les éditions imprimées. Telle est sans doute la
raison pour laquelle, à Constantinople du moins, la
pratique est loin de se conformer aux prescriptions dé-
taillées que nous avons citées. Les diacres se contentent
de faire avec le vin une seule ablution du calice, puis se
lavent les mains; le prêtre se lave simplement les mains:
quelques-uns boivent, après avoir mangé le pain bénit,
un peu de vin versé dans le calice. Cette dernière cou-
tume est générale en Russie pour l'évèque : le vin lui
est porté à son trône dans le vase qui sert à verser l'eau
bouillante dans le calice. Une ancienne Stâta^iç rfj; toû
uatpcâp-/ou Aeito'jpyt'aç, publiée de nouveau par A. Pa-
padopoulos-Kerameus i*, dit, p. 30, qu'après le transfert
des saintes espèces à la table de la prothèse les sous-
diacres entrent dans le sanctuaire et présentent l'aiguière
au patriarche; de même tous ceux qui ont communié
vont au lieu habituel et y lavent leurs mains et leurs lèvres,
en disant : Nunc dimittis, etc. Il nous reste à observer
qu'en l'absence de diacre le prêtre remplit bien enten-
du la fonction de celui-ci. Signalons enfin une pres-
cription du 'Iepa-cxbv déjà cité, p. 150 : dans le cas de
concélébration, chaque prêtre se lave les mains, lit
l'action de grâces, et, après avoir pris le pain bénit, se
lave la bouche avec du vin et de l'eau.
L'usage de prendre un peu de vin non consacré après
la communion s'est conservé plus fidèlement qu'en Oc-
cident en ce qui regarde les laïques. Ceux-ci se contentent
souvent du pain bénit; mais, en Russie par exemple, on
place au fond de l'église un vase de vin où ils vont
boire; à Constantinople, les jours de communion gé-
nérale, on sert dans les écoles du pain et du vin à tous
les enfants qui y ont participé, etc. L'ablution est de rè-
gle pour les communiants dans les monastères, d'après
dem spiritum, ni, 11, P. G., t. li, col. 300; Synesius, Epist.,
cxxi, P. G., t. lxvi, col. 1501, etc. — 8 S. Cyrille de Jérusa-
lem, Catech., mystagog., v, P. G., t. xxxm, col. 1109. —
»EÙ£<AoT,ov Tb tLÉTa, Rome, 1873, p. 33 ; Venise, 1851, p. 37, etc.
— 10Pitra, Juris ecclesiastici Grxcorum histor. et monum.,
t. Il, p. 341. — "Voir ce document dans l'édition de P. Sirkov,
Histoire de la correction des livres en Bulgarie au xiv* siècle
(en russe), Pétersbourg, t. I, 1890, p. 172. — 1î Euchologium,
Paris, 1647, p. 86. — >3 Rome, 1873, p. 77. De même 'Itjereixoy
Constantinople, 1895, p. 87, etc. — "Athènes, 1890.
111
ABLUTIONS
ABRAHAM
112
le Typikon de Saint-Sabbas, au moins à certains jours *•
Cf. mon article : Les ablutions chez les grecs, dans
Echos d'Orient, t. m, p. 106-108. S. Pétridès.
ABLUTORIUM. Voir Sacristie.
ABRAHAM. — I. LE SACRIFICE D'ABRAHAM.
— I. Symbolisme; II. Interprétation écrite; III. Inter-
prétation monumentale, fresques, mosaïques, sarco-
phages, etc.
L'interprétation symbolique du sacrifice d'Abraham
remonte à l'époque apostolique. Elle a été consignée
dans des écrits et figurée sur des monuments; il y a lieu
de rappeler les uns et les autres.
I. Symbolisme. — Dégagé de tous les raffinements
d'école, le sacrifice d'Abraham, tel que le récit en est
donné par le livre de la Genèse, apparaît comme réunis-
sant plusieurs circonstances figuratives de la passion du
Christ. Le Père consent au sacrifice et le Fils n'y oppose
pas de résistance; ce Fils porte lui-même le bois qui
doit servir à son immolation; enfin, le sacrifice d'Isaac
et celui de Jésus1 s'accomplissent chacun sur une
colline.
II. Interprétation écrite. —1° Pères. — L'auteur de
l'Epitre aux Hébreux nous dit 2 : oôev ccjtôv y. où èx uapoc-
êolrj ëxo[actoito, « [Isaac] fut rendu [à Abraham] comme
une figure mystérieuse. » Cette indication a déterminé la
plupart des Pères dans leur exégèse de ce passage, saint
lrénée 3, Tertullien 4, Méliton 6, Origène 6, saint Am-
broise1, saint Augustin8, saint Chrysostome 9, saint
Cyrille d'Alexandrie10, Théodoret11, Théophylacte 12,
saint Éphrem 13, saint Maxime de Turin '*, saint Paulin
de Noie '5, saint Isidore de Séville ,6, Rhaban Maur »L
Basile de Séleucie écrit : "Opa tô upôêarov wç ln\ toO
crraupoû toO çutoO y.pE|j.â[j.Evov, « voisle bélier suspendu à la
plante comme le Christ le fut à la croix ' 8. » De même les
épines de la couronne de Jésus étaient figurées par
celles du buisson 19.
2° Liturgies orientales et occidentales. — La question
d'Abraham dans la liturgie sera étudiée dans l'article
suivant; nous ne donnerons ici que trois textes qui
viennent à notre sujet et l'éclairent. On lit dans la litur-
gie de saint Cyrille d'Alexandrie 20 : Suscipe ea super
allare tuum spirituale, cseleste cum odore thuris, ad
majcstatem tuam cœlestem, per ministcrium Angelo-
rum et Archangelorum tuorum sanctorum, sicut ad
te suscepisti munera iusti Abel et sacrificium patris
nostri Abrahami, et minuta duo viduœ; formule appa-
rentée d'assez près à la formule romaine. L'Ordo corx-
munis de la liturgie des Syriens jacobites fait réciter
par le prêtre la prière suivante au moment où il prend
en mains l'oblation qui vient d'être déposée sur l'autel 21 :
Dcus qui sacrificium Abel in campo suscepisti, Noe in
arca, Abralise in montis cacuminr, Daridis in area
Doran Jebtissei, Elise in monte Carmelo, et minuta
vicluee in Gazophylacio. L'anaphore de Nestorius, qui ne
» Tux.xdv, Venise, H. Saros, 1691, p. 137 (|iit* Ma-ro?)- —
2 Hebr., xi, 19. — 3 Contr. hser., iv, 5, n. 4, P. G., t. vu, col. 986.
— » Adv. Judœos, -10, P. L., t. n, col. 626. — * P. G., t. v, col. 1216-
1217 ; J. Otto, Corpus apologetarum christianorum, in-8% lena>,
1872, t. ix, p. 419. — 8 In Genesim, hom. vm, 8, P. G., t. xn,
col. 208. — ■'De Cain et Abel, i, 8; P. L., t. XIV, col. 331 sq. ;
De Abraham, i, 8, ibid., col. 447, 449; In ps. xx.xix enarr., n. 12,
ibid., col. 1061 ; Epist.,LXXlI,l,P. L.,t. xvi, col. 1244; Deexcessu
Satyri, n, 98; ibid., col. 1343. — 'Serrn., Il, P. L., t. xxxvm,
col. 27; xix, ibid., col. 133. — 9 In Gènes., hom. xlvii, 3, P. G.,
t. i.iv, col. 432-433. — 10 Glaphyr. in Gènes., ni, P. G., t. lxix,
col. 140-144. —** Quœst. in Gènes., q. lxxiii, P. G., t. lxxx, col. 181-
184. — '* Enarr. in evang. Joannis, vin, P. G., t. cxxiv, col. 37.
— t3In Gènes., Opéra, Romœ, 1737, t. i, p. 77. — '» Homil., lv,
D. L., t. lvii, col. 356. — "JEpist., xxix, P. L., t. i.xi, col. 318.
- "Allégorie, n. 20, P. L., t. LXXXIII, col. 104. — ,7 Comm. in
^nes., m, P. L., t. cvn, col. 568 sq. — ,8 Oratio vu à la suite
S. Grég. le Thaumat., éd. de 1622, p. 43. — ,B Mabillon, De
s'emploie qu'à cinq fêtes chaque année, contient une orai-
son dont le début rappelle Yoblation d'Abraham, ce qui
pourrait être une allusion au sacrifice d'animaux décrit au
chapitre xv de la Genèse : Domine Deus fortis, susci-
piatur hase oblatio, ut ea Abel etNoë beati : Abrahamque
et Job justi : Isaac filii promissionis 22.
III. Interprétation monumentale. — Le sacrifice
d'Abraham ne fait partie de la symbolique monumentale
qu'à partir de la seconde phase qui s'étend entre l'an-
née 150 et l'année 258 23. Ce sujet n'obtint jamais la vogue
de plusieurs autres, tels que Jonas ou la multiplication
des pains, néanmoins il fut assez employé pour retenir
un nombre moyen, 9 (11), dans la statistique d'ensemble
des autres sujets qui s'échelonnent de 1 à 16 (1-23).
Le sujet est représenté avec une grande variété de
composition, néanmoins nous ne pensons pas qu'il y ait
lieu de soupçonner telle ou telle allusion dogmatique. Il
faut faire la part assez large à la fantaisie de l'artiste ou
à sa maladresse et rien n'autorise à épiloguer sur tel
détail insignifiant auquel on prête toutes les intentions
qu'il a pour nous seuls. La présence ou l'absence de l'au-
tel ou du bélier, la nudité complète ou partielle d'Isaac, la
forme du coutelas d'Abraham peuvent servir de thème
à des rêveries symboliques qui n'ont rien de commun
avec la science. Ce qui est possible et même probable,
c'est que le sujet lui-même tirait parfois sa signification
de son rapport avec l'ensemble dont il faisait partie.
4U Fresques. — La, représentation la plus remarquable,
peut-être aussi la plus antique, qui existe, et celle dont
la portée symbolique est la plus évidente, fait partie des
chambres des sacrements exécutées entre 198 et 222 2*;
elle se trouve faire vis-à-vis à la scène de la consécra-
tion; entre ces deux fresques est représenté le repas eu-
charistique de sept fidèles 25. Cette peinture ne paraît
pas souffrir d'autre interprétation 2B et, ainsi dégagée des
raffinements, le symbolisme y apparaît néanmoins assez
clair pour être reconnaissable et instructif.
Plusieurs autres ouvrages méritent d'être rappelés
comme n'étant pas indignes de tenir une place dans
l'histoire de l'art. Les divers moments de l'épisode ont
été reproduits, mais plus généralement on a choisi l'acte
même du sacrifice. Bosio '-"' a vu un morceau qui s'était
inspiré du premier moment marqué par ce texte : Dixil
Isaac patri suo : Pater mi. Al Me respondit : Quid vis,
fili? Ecce, inquit, ignis et ligna : ubi est victima holo-
causti**?
Le deuxième moment, celui du sacrifice, pourrait bien
n'avoir eu d'autre signification, aux yeux d'un certain
nombre de fidèles, que l'intervention providentielle de
Dieu dans le péril du corps ou de l'âme. Abraham im-
berbe ou barbu, vêtu de la tunique à l'exomide ou du
pallium, va frapper Isaac agenouillé, à terre ou sur un
autel, sur un fagot ou sur un rocher. Parfois une main
déchire la nuée précisant le sens de la scène29. Les va-
riations sur ce thème sont indéfinies : Isaac agenouillé
à deux genoux30, sur un seul genou31, les mains
liturgia galticana, in-4«, Parisiis, 1865, p. 255. — "Renaudot,
Liturg. orient, coll., in-4\ Francofurti, 1847, 1. 1, p. 42. — S1 Renau-
dut, ibid., t. n, p. 3. — "Renaudot, ibid., t. H, p. 631. — "Des-
bassyns de Richement, L'art chrétien pendant les trois premiers
siècles, dans la Rev. des questions hist.. 15 janv. ,1870, p. 30. Cf.
Lefort, Chronologie des peintures des catacombes, in-12, Paris,
1885, et P. Allard, dans les Lettres chrétiennes, 1881-1882,
p. 278. — 8* Phitosophuniena, îx, 11; cf. De Rossi, Bullett. di
arch. crist., 1866, passim, et Roina sotterr., t. n, p. 245, 249,
328, 345, 347, 372, 373, pi. XI, xm, n. 3: xvi, n. 3. — "De
Rossi, Roma sott., t. H, pi. xvi, 1, 2, 3 et p. 342-343. — *« Be-
cker, Die Darstellung Jcsu Christi unter ricin Bilde des Fia-
ches, in-8', Breslau, 1866, p. 118. — *' L. Perret, Catac. de
Rome, in-fol., Paris, 1852, t. m, pi. xx. — '-» Gen., xxn, 7. —
"Bosio, Roma sotterra>iea, in-fol., Roma, 1632. p. 231. — 30G.
Bottari, Sculture e pitture sagre estratte dei ciniiteri di Roma,
in-fol., Roma, 1737, pi. lxxix. — 3I Voy. Bosio, loc. cit., et De
Rossi, Rom. sott., t. in, pi. xvu, .r>.
113
ABRAHAM
114
liées', les mains libres3. On pourrait aisément mul-
liplier ces observations. Notons deux pièces, un médaillon
de bronze et un fond de coupe, qui représentent Isaac
les yeux bandés 3, détail aussi fréquent dans les écrits
qu'il est rare sur les monuments figurés4. Dans la ca-
tacombe de Generosa, il existe une représentation de la
scène avec cette inscription : [afo-JAHAM 5. Saint Gré-
goire de Nysse 6 a décrit un tableau représentant le sa-
crifice d'Abraham. Ses paroles furent citées au second
concile de Nicée 7 comme réfutation de la doctrine icono-
claste : EISov noXXâxcç im vpaç?,? eîxôva to-j 7:à9ouç, xat
oùx àSaxpvn tt|V 8Éav iraXîjXBov, ivapytô; tï)Ç ts/vt,; utc
oij/tv à^oûo-Y); tyjv îo-roptav. IlpcixetTat é I<jaàx tu rcarpt
Tiap' aurai T(ti 8'Jo-tao"rr]p»;> oxXàtraç èm fovj, xa't 7t£pir|y-
uiva; k'xwv e!? TO-Juidio xà; /sïpac ô 8è imëeër^ùti xarôiuv
tu) Tto'Se t7|; à-fX'jXï)Ç, xai tï) Xaià "/£'?"' ttjv xôjj.r]v toû
7raiSô; 7tpôç éavrbv àvaxXâ<7aç, èttix'jutîi tb tzço<jwku>,
ÈXgeivû; upô; aù-côv àvaëXÉTrovTi, xai ty]v SsÇiàv y.a8a>7tXi<j-
H£vt]v tw Çc<pet 7rpôç ty)v crçayriv xaTeuO'jvEi, xai auTEra:
r;C)ï) toû o-cou-ato; ï) toû Çt^oviç àxfj.ïi, xai -zôxe. aÙT<î> ytveTai
SeôSsv çtovT] tô k'pyov xwX'JOUTa.
M9r Wilpert a signalé dans le cimetière de Domitille
une fresque dans laquelle Abraham est coiffé d'un bon-
net à la juive, en outre la main divine qui perce la nue
est accompagnée d'une colombe qui représenterait,
croit-il, l'âme délivrée du corps 8. L'antique Biblia pau-
perum (fin du vu9 siècle) qui présente une concordia
veteris et novi testamenli offre en vis-à-vis le Sauveur
portant sa croix et Isaac portant le bois de son sacri-
fice 9. Bède fait allusion à cette gravure quand il écrit :
Isaac ligna, quibus immolaretur, porlantem et Domi-
nion crucem, in qua paterelur, seque portantem 10. Le
personnage d'Abraham est vêtu le plus souvent du pal-
liumii; néanmoins, on le voit portant la penula avec le
laticlave de pourpre ou bien vêtu comme le grand-prêtre
des Juifs12; ces deux derniers types n'existent qu'à un seul
exemplaire. On trouve encore Abraham avec la tunique
ce i i . .e aux reins et fort courte > 3 ou bien descendant j usque
sur les pieds 14. Une pierre gnostique représente Abraham
tout nu 15. On ne saurait entrer ici dans un plus grand
détail sans entamer un catalogue qui n'est pas l'objet de
ce travail. On ne peut rien dire du bélier sinon qu'il
est traité avec l'ignorance ordinaire aux dessinateurs
depuis la décadence du ne siècle de notre ère jusqu'aux
quatrocentisti. Néanmoins il a dû bénéficier dans une
certaine mesure de la signification symbolique de l'agneau
dont la fréquente représentation imposait, sinon l'étude
anatomique, du moins l'observation des formes. L'autel
se compose tantôt d'un autel profane avec patère et sim-
puluni sculptés sur les flancs 16, ou bien d'un bloc
équarri 17, ou encore de trois pierres, l'une posée en tra-
vers sur les deux autres, comme on en voit à cette époque
chez les chrétiens. Voyez le mot Autel. On ne rencontre
pas de cas d'arx cespiticiœ, c'est-à-dire l'autel composé de
mottes de gazon. Une analogie de forme, fournie par un
marbre de Rodez, laisse soupçonner que Pédicule où
apparaît la victime représente le saint sépulcre 18.
4 Voy. Bottari, loc. cit., et De Rossi, loc. cit.; Mansi, Concil.
ampl. coll., in-fol., Florentiis, 1776, t. XIII, p. 10. — «Bosio, loc. cit.
— 3Buonarotti, Osservazioni sopra alcuni frammenti di vasi
antichi di vetro ornati di figure trovati ne' cimiteri di Roma,
in-4% Firenze, 1716, pi. i, n. 13;Garrucci, Vetri ornati di figure
in oro trovati nei cimiteri dei cristiani primitivi di Roma,
in-fol., Roma, 1858, pi. Il, 8. — *E. Le Blant, Les persécuteurs
et les martyrs, in-8% Paris, 1893, p. 286 sq. -BDe Rossi, Roma
sotterr., t. m, p. 669; Rull. di arch. crist., 1868, p. 74, fig. 88.
Voy. en outre ibid., 1883, p. 73. — 6 De deitate Filii et Spiritus
sancti, P. G., t. xlvi, col. 572. — 7 Mansi, Conc. ampliss. coll.,
1767, t. xiii, p. 10. — 8 Wilpert, dans la Romische Quartalsclirift,
1887, pi. v-vi, p. 126 sq. ; De Rossi, Bull, di arch. crist., 1887,
p. 46. — 8 Laib et Schwarz, Biblia pauperum nach dem Origi-
nal zu Conslanzt; cf. de Rossi, Bull, di arch. crist., 1887, p. 56
sq. ; Heider, Beitràge zur christliche Typologie aus Bilderhand-
schriften des Mittelalters, in-S% 1861. — "Bède, Opéra, P. L.,
On a représenté enfin le troisième moment de l'épi-
sode. C'est un ouvrage un peu tardif sur lequel on voit
Abraham tenant par le bras son fils debout, le glaive
menace maintenant le bélier placé devant l'autel 19.
Un hypogée découvert à Reims en 1738, à la suite des
fouilles pratiquées sous la tour du clocher de Saint-Martin
au bord de la voie nommée, dans le testament interpolé
de saint Rémi, la via Csesarea20, offrait sur ses parois
une décoration à fresques dont un des sujets était le sa-
crifice d'Abraham; un contemporain en a gardé le des-
sin21, malheureusement peu fidèle à cause d'une restau-
ration maladroite de l'original22. Ce qui parait assuré,
c'est le personnage principal, Abraham, debout devant
un autel où brûle le feu du sacrifice 23.
2" Mosaïques. — Dans la rotonde de Saint- Vital à Ra-
venne, une mosaïque — terminée sous Justinien — repré-
sente dans un même cadre Abraham recevant les trois
anges et se préparant à immoler Isaac2*.
3° Sarcophages. — Ici, l'inhabileté des artisans a quel-
quefois tronqué la composition; nous assistons aux dé-
buts d'un style nouveau qui compensera l'impuissance
27. — Le sacrifice d'Abraham.
D'après un sarcophage du musée d'Aix.
à exprimer les objets réels par l'emploi de symboles ou
même de banderolles portant une légende. A Arles, sur
une tombe à sept arcades, la niche placée à l'extrémité
t. xciv, col. 720. — "G. Bottari, loc. oit., pi. clix. — "Ibid-,
pi. clvi. — "Ibid., pi. xlix. —''Ibid , pi. lix. — "Montlau-
con, L'antiquité expliquée, in-fol., Paris, 1724, Suppl.,t. n, pi. lv,
n. 6. — "Bosio, Roma sott., p. 231. — 17G. Bottari, loc. cit.,
pi. ci, n.5. — ,8E. Le Blant, Sarcoph. chrét. delà Gaule, in-fol.,
Paris, 1886, p. 101. — I9G. Bottari, ibid., pi. clxix, 2. — !°Fro-
doard, 1. I, c. vm P. L., t. cxxxv, col. 60 sq. ; cf. Pardessus,
Diplomata, t. i, p. 84. — S1 De Pouifly, Description d'un monu-
ment découvert dans la ville de Reims en 173S, pi. i et n, à la fin
des Théorie des sentiments agréables, 5" édition, in-8°, Paris,
1774 ; cf. E. Le Blant, Inscr. chrét. de la Gaule, in-4% Paris,
1856, t. i, p. 448. — "Liénard, dans Gérusez, Description histo-
rique et statistique de Reims, p. 707, 708, cf. E. Le Blant, loc. cit.
— "E. Le Blant, Inscr. chrét. de la Gaule, t. i, p. 448 sq. —
" Ciampini, Vetera monimenta in quibus prxcipue musiva
opéra sacrorum profanarumque sedium structura... illustran-
tur, in-fol., Romoe, 1690, t. i, pi. xx.
115
ABRAHAM
116
gauche renferme Abraham caractérisé par un glaive et par
un autel *. Le sacrifice d'Abraham présentait du reste un
détail qui provoquait la représentation du sujet, c'était
le cas des imagines clypeatse, c'est-à-dire lorsque le
sarcophage offrait le buste du défunt se détachant dans
un médaillon de forme circulaire aux côtés duquel se
développait la série des petits sujets. Au point où le ban-
deau supérieur du sarcophage affleure le sommet du mé-
daillon, il se produit à droite et à gauche un angle
aigu; pour remplir le vide on chercha un objet de iaible
volume qui occupât le haut de la scène. La main de
Dieu sortant d'un nuage pour retenir le bras d'Abraham
et pour remettre à Moïse les tables de la loi remplissait
la condition; aussi, dit Le Blant, c'est par exception
seulement que cette main ne se rencontre point dans
ces angles 2. Cette remarque montre qu'il faut réduire
notablement l'opinion qui voulait voir dans le choix
des groupes et leur agencement une intention sym-
bolique et un enseignement dogmatique. La précieuse
série des sarcophages chrétiens d'Arles fournit un type
resté sans explication satisfaisante. Abraham est accom-
pagné de deux assistants 3. Dans les sarcophages, comme
dans les fresques, le patriarche est le plus souvent figuré
avec le pallium *; cependant à Arles, à Clermont et à
Lucq de Béarn, on lui voit la tunique à l'exomide 5.
Parmi les sarcophages d'Italie, on rencontre notre sujet
au musée de Latran, n. 174; sur le sarcophage de Ju-
nius Bassus, au Vatican ; sur celui d'Adelfia, à Syracuse 6 ;
aux n. 178 et 222 du musée de Latran 7. Un très curieux
sarcophage de Sainte-Marie Majeure, publié par Bottari 8,
représente le Christ devant Pilate à l'instant du lavement
des mains, mais l'artiste, avec une intention symbolique, a
remplacé le Christ par Isaac maintenu à genoux par son
père dont une main céleste arrête le bras prêt à frapper.
Le sarcophage du Mas-d'Aire 9, du Ve siècle, a été com-
menté par Minasi 10, et après lui, Martigny n a reconnu
dans les oliviers chargés de fruits qui encadrent la scène
du sacrifice une allusion à la promesse de multiplica-
tion presque infinie de la race d'Abraham. C'est en effet
le symbole qui s'attache à l'olivier dans l'Écriture12.
Un sarcophage dans l'église de Santa-Maria dell'-
Anima 13 montre plusieurs moments de l'épisode réunis
dans la même scène. On voit Isaac gravir une pente
sous le poids d'un faisceau de branches, il touche déjà
Abraham, vêtu de l'exomide, qui, le bras tendu, va sacri-
fier le même Isaac accroupi et garrotté. Ce sarcophage est
du ive siècle, il a été découvert sur la via Marforio.
Un sarcophage d'Espagne, à Ecija, signalé par Ficker,
aujourd'hui au musée de Séville, du rve ou Ve siècle
(Hûbner), du VIIe ou vme siècle (Ficker), représente
dans le même panneau et sans aucune séparation trois
scènes : le sacrifice d'Abraham, le bon pasteur, Daniel
au milieu des lions u. Chaque sujet porte une inscription.
1 E. Le Blant, Sarcophages chrétiens de la ville d'Arles, in-fol.,
Paris, -1878, p. 20, pi. x. — 2 Ibid., p. xv. Voyez pi. vi et vm;
Buonarotti, Yetri, p. 1; Bottari, loc. cit., pi. xlix ; Rev. archéolo-
gique, déc. 1877, pi. xxiii, et trois sarcophages du musée de La-
tran, photogr. Parker, n. 2911, 2914, 2923. — 3E. Le Blant, loc.
cit., pi. ni, vi. — *E. Le Blant, Sarcoph. d'Arles, pi. VI, vm,
x, et Sarcoph. de la Gaule, n. 64, 200. — *Sarcoph. d'Arles, pi. m,
et Sarcoph. de la Gaule, n. 75, 121. — 6 Abraham vêtu à l'exomide.
Cf. De Bossi, Bull, di anii. crist., 1872. p. 81 sq. — ' Voy. Ven-
turi, Storia dell'arte italiana, in-8", Milano, 1901, t. i, p. 194 sq.
— 8G. Bottari, loc. cit., pi. XL VIII ; E. Le Blant, Les persécu-
teurs et les martyrs, p. 'isti; Fontana, Ckiese di ïtoma, t. ni,
pi. XLl; Boc;", Ruina sait., p. 155, cl la dissertation de N. Batti,
dans les Alti délia rom. acad. di arch., t. IV, p. 51; R. Gar-
rucci, Storia dell'arte cristiana, in-fol., Prato, 1873,pl.358,n.3. Cf.
Bosio, lioina sott., p. 87; Garrucci, loc. cit., pi. 323; De Rossi,
Bull., 1884-85, p. 93. — 9 A. Pératé, L'archéologie chrétienne,
in-8% Paris, 1892. fig. 210 ; E. Le Blant, Sarcoph. clirét. de la Gaule,
pi. xxvi. — "> Études religieuses publiées par les RR. PP. jé-
suites, 1872, t. n, p. 506 sq.; E. Le Blant, Sarcoph. chrét. de la
Gaule, p. 99. — "Martigny, Dictionnaire, au mot Abraham.
— <«Ps. cxxvu, 4; Jerem., xi, 16. Cf. Osée, xiv, 6. — ,3De
ABRAA
eiCAK
T7YMH
E
A ANI
'Aëpatx, Eco-àx, 7tuu.r|v (i. e. 7totu,r|v) AaviiqX
4° Graf fîtes. — Une série de dessins trouvés dans un
cubicule de la via Salaria vêtus parait avoir eu pour
auteur quelque écolier ou un fossoyeur à la main trem-
28. — Graffites représentant le sacrifice d'Abraham.
D'après le Bullett. di archeol. crist., 186, pi. m et iv.
blante (fig. 28). Ces essais informes représentent neuf
épisodes bibliques. Le sacrifice d'Abraham s'y trouve
deux fois. Ces curieux griffonnages sont certainement
postérieurs à la paix de l'Eglise15.
5° Plafond. — Voûte peinte d'un cubicule du cime-
tière d'Hermès 16.
6° Ivoire. — Une cassette d'ivoire de Brescia11. La
pixide du vie siècle trouvée à Vocera Umbra et conser-
vée au musée des Thermes de Dioclétien, à Rome 18.
7° Noix. — Quelques écrivains attachaient à la noix un
symbolisme assez compliqué (voir Symbolisme) et qui
lui valait d'être enfermée quelquefois dans les tombeaux.
Boldetti vit un de ces objets en marbre jaune (Martigny
écrit par erreur ambre) fixé à l'extérieur d'un loculus
des catacombes. Il en donna le dessin19, mais, depuis,
on croyait ce petit bijou perdu. Il a été retrouvé par
Edmond Le Blant dans la collection de M. Maxwell
Sommerville. Cette noix représente sur une section,
faite suivant l'axe, le sacrifice d'Abraham, dans un style
identique à celui des sarcophages du ve siècle. Le pa-
triarche, vêtu du pallium, brandit un couteau et tient
par les cheveux Isaac accroupi à ses pieds 20.
8° Orfèvrerie. — Le P. Mozzoni a publié trois exem-
plaires de cuillers d'argent antiques, trouvées en 1792 près
d'Aquilée, sur l'une desquelles est figuré le sacrifice d'Abra-
ham, les autres représentaient l'adoration des mages et le
baptême du Christ (?)21. Ces sujets sont niellés et datent
Rossi, Bull, di arch. crist., 1883, p. 87. — "De Bossi, Bull, di
arch. crist., 1888-89, p. 87 sq.; I. Ficker, dans les Mittheilungen
des rômischen Instituts, 1899, p. 77 sq. ; Die altchristliche Bild-
werke in Muséum des Laterans, Leipzig, 1890, p. 148; Sales et
Ferrer, dans la Rcvista de Espana, 1886, p. 486; Fita, dans le
Bolet, de la Acad., 1887, t. x, p. 267; cf. 1887, t. vin, p. 425;
Hubner, Inscr. Hisp. christ., Supplem., in-4% Berolini, 1900,
n. 370. — ,5 De Rossi, Bull, di arch. crist., 1865, p. 3, 4. — "M>e
Rossi, Bull, di arch. crist., 1894, p. 73, pi. v-vi. — " Moliniei .
Hist. gén. des arts appliques à l'industrie du V à la fin du
xviii' siècle, t. i. Ivoires, in-4% Paris, 1876, p. 60; Victor Schul/c.
Archàologie das altchristlichvn Kunst, gr. in-8', Wien, 1875,
p. 278 sq. — "Venturi, Storia detFarte italiana. in-8-, Milano,
1901, t. i, p. 534, fig. 406. — '* Boldetti, Osservaz. sopra i cimiten.
in-fol., Roma, 1720, p. 298, pi. I, n. 10. — *• E. Le Blant. Sw-
coi>h. chrét. de ta Gaule, p. 144, note 3. Cf. Martigny, Diction-
naire, au mot iVoix. — Sl Mozzoni, Tavole cronologiche critiche
délia storia delta Chiesa unieersale, secolo iv, Venezia. 1857,
p. 47; et avant lui le P. Cortenevis, Sopra una iserizione gn-ca
d'Aquilrja, con i disegni di alcune altre antidata, in-8\ Bas-
sano, 1792; K. Le Blant, Inscr. chrét. de la Gaule, t. n, p. 370; De
Rossi, Rull. di arch. crist., 1868, p. 81.
117
ABRAHAM
118
probablement de la moitié du IVe siècle. La cuiller repré-
sentant le sacrifice d'Abraham est de plus petit module
que les autres.
9° Fonds de coupe. — Un verre doré orbiculaire repré-
sente le sacrifice d'Abraham '. L'attitude du patriarche est
celle qu'on lui retrouve presque toujours, la tête rejetée
en arrière à l'instant où la main divine arrête son bras
tendu, mais à la place de la main divine on voit un
ciste renfermant des fruits et un cordeau roulé, sym-
bole de l'hérédité. Le double symbole dessiné ici parait
donc avoir pour signification la transmission de l'héri-
tage de Chanaan et la multiplication de sa postérité
presque à l'infini, comme les fruits. Cette coupe porte
la devise suivante: SPES HILARIS ZESES CVM TVIS.
Un autre verre, peu différent de celui-ci, se voit à
Florence chez le comte Gherardesco, provenant de la
collection du cardinal Guadagni 2. Une patène de verre,
trouvée à Cologne en 1864, est conservée dans les gale-
ries du Vatican 3. Un bol de verre blanc a été trouvé à
Boulogne-sur-Mer et remonte au Ve siècle; sur la partie
convexe est gravé le sacrifice d'Abraham. Celui-ci de-
bout, vêtu de l'exomide, tient le couteau, à ses pieds le
bélier, à côté de lui l'autel où brûle une flamme et Isaac
debout, entièrement nu, les mains liées derrière le dos
et parvenu à l'âge d'homme, à en juger par la taille. Une
main sort de la nuée. La légende porte : VI VAS IN
ETERNO Z [eses] pour tfyrctiç ou vivas.
Le monogramme du Christ est accosté du soleil, de la
lune et des étoiles; ce qui fait de ce barbare travail un
des prototypes de la représentation du soleil et de la
lune joints, dans la plupart des monuments du moyen
âge, à l'image du Christ en croix4.
A Trêves5, une tasse de verre blanc du Ve siècle, dont
la composition rappelle certains traits du bol de Bou-
logne, mériterait une confrontation attentive avec la
pièce précédente. Abraham est vêtu de la chlamyde,
Isaac, absolument nu et adulte, porte aussi une chla-
myde seulement indiquée sur l'épaule. L'autel est sur-
monté d'un édicule, et ici encore peut-être sommes-nous
en présence d'une allusion au saint sépulcre. La légende
porte : VIVAS IN DEO Z [eses].
Dans les deux tasses le Z est suivi d'un signe d'abré-
viation identique. On a déjà noté que, conformément au
récit de Flavius Josèphe, Isaac e>t représenté à l'âge
adulte6. Le verre de Trêves fait le jeune homme asexuel;
l'estampe donnée par E. Le Blant du verre de Boulogne
laisse soupçonner le même détail, que les chrétiens des
temps primitifs adoptèrent souvent pour Jonas et Daniel.
Ce monument est du vc siècle et paraît être un produit
de l'industrie locale, peut-être de l'officine de la région
du Bhin dont on a depuis plusieurs années reconnu
l'existence 7.
Sur une tasse de verre blanc trouvée à Podgoritza,
l'ancienne Doclea, dans lTllyricum oriental 8, un cycle
biblique se développe sur le bandeau extérieur encadrant
un médaillon central qui représente le sacrifice d'Abra-
ham, gravé au trait. C'est un ouvrage du ive ou du Ve siè-
cle, d'une étrange grossièreté.
Un fond de tasse en verre, avec lettres et sujets dorés
se détachant sur la teinte verdàtre, représente Isaac
'Buonarotti, Osservazioni sopra alcuni frammenti di vasi
anlichi de vetro, in-fol., Firenze, 1716, pi. il, n. 1; Garrucci,
Vetri ornati di flg. in oro, pi. II, 8 ; Storia dell'arte cristiana,
pi. 172, n. 8; Martigny, Dict., au mot Abraham; E. Le Blant,
Les persécuteurs et les martyrs, p. 287. — * De Rossi, Bull, di
arch. crist., 1868, p. 32. — 3 P. Allard, Rome souterraine,
p. 422; De Rossi, Bull, di arch. crist., 1864, p. 89 sq. — * Vaillant,
Epigraphie de la Morinie, p. 210; cf. E. Le Blant, Nouveau re-
cueil des inscr. chrét., in-4", Paris, 1892, p. 58. — s W ilmowsky,
Archàologisclie Funden inTrier und Umgegend, in-8°, Trier,
1873, p. 40-43 ; De Rossi, Bull, di arch. crist., 1873, p. 141 ; E. Le
Blant, Nouveau recueil des inscript, chrét., n. 43. — 6 Ant. jud.,
I, xiu. — ' Fr. Lenormant, dans la Revue archéologique, 1865,
nu, asexuel et garrotté. Au-dessus de sa tête on lit :
IZAC; la partie inlérieure du corp^ du patriarche
reste visible; la légende porte: [anima] AOYAKIC
HIE ZHCH [ç] (anima dulcis pie vivas). La lettre H est
une laute pour TT. Découvert en 1880 près de Casti-
glione délia Pescaia, il est conservé au musée de
Grosseto9.
Sur un verre quasi cylindrique, trouvé en 1884 sur l'Es-
quilin, Isaac est vêtu de l'exomide près d'un autel carré10.
10° Métal coulé. — Une soucoupe en plomb du IIIe siè-
cle acquise à Borne par Dressel porte sur un bandeau
étroit le cycle biblique; la partie centrale de la concavité
représente dans un médaillon orbiculaire le sacrifice
d'Abraham. Le patriarche détourne le regard vers le bé-
lier, tandis que la main divine va saisir son bras, qui
n'est qu'à quelques lignes de la tête de l'enfant complè-
tement nu et garrotté, mais non pas derrière le dos '*.
11° Terre cuite. — Un carreau, trouvé, en 1893, dans
les ruines d'une basilique à Haad'jeb-el-Aïsun, paraît
d'une époque assez rapprochée du VIe siècle 12.
12° Moule. — Un disque, travaillé en creux, du
IVe siècle, ayant servi à faire une empreinte, représente
le sacrifice d'Abraham (trouvé près du cimetière de
Sainte-Sotère 13).
13° Gravure sur métaux. — Le chaton d'un anneau
de la collection Drury Fortnum u, gravé en creux dans
le bronze, ouvrage du ive siècle, trouvé à Viterbe 15.
14° Médailles de dévotion. — La composition diffère
de tout ce que nous avons rencontré. Cette médaille de
bronze est un ouvrage fort soigné. Le sujet, encadré par
un filet de perles, représente sur un monticule Abraham
levant le couteau sur un enfant nu et debout. Abraham
29. — Médaille de dévotion.
D'après le Bullet. d'archéol. chrétienne, 1869, pi. ir, n. 3.
détourne la tête vers un bélier, alors que, devant luf ( la
nuée laisse passer le buste entier d'un homme, le bras
tendu vers le couteau. Au pied du monticule croît une
vigne qui encadre le côté gauche du médaillon, le côté
droit montre quelques branchages, dont l'un porte cer-
tainement une olive, comme sur le sarcophage du Mas-
d'Aire 16.
Une autre médaille de bronze porte en légende :
VRBICVSHHN et en exergue : OViUH".
15° Vitraux. — Quoique dépassant ici la limite chro-
nologique de nos recherches, nous devons noter un des
vitraux de la cathédrale de Bourges, sur lequel Isaac
p. 308. — 8A. Dumont, Bull, de la société des antiquaires de
France, 1873, p. 71 ; De Rossi, Bull, di arch. crist., 1874, p. 154
sq., pi. xi ; ibid., 1877, p. 77 sq., pi. v-vi. — "De Rossi, Bull,
di arch. crist., 1882, p. 135, pi. vm. — ,0R. Lanciani, dans
les Notizie degli scavi di antichità del comm. Fiorelli, juin
1884, p. 220, 221 ; Bull. arch. comunale, 1884, p. 272; De Rossi,
Bull, di arch. crist., 1884-85, p. 86 sq., pi. v-vi. — " De Rossi,
Bull, di arch. crist., 1879, p. 133, pi. xiv, 4. — "Bulletin cri-
tique, 1893, t. xiv, p. 399. — ,3 De Rossi, Roma sotterr., t. m,
p. 346, pi. xvu, n. 5. — "Martigny, Dict., au mot Abraham,
donne une empreinte. — <5Dfe Rossi, Bull, di arch. crist., 1870,
pi. vu, n. 3; 1871, p. 35. — <eDe Rossi, Bull, d'arch. chrét., 1869,
p. 40, pi. m, n. 3. — «7 Ibid.. p. 40, 49. pi. m. n. 5.
119
ABRAHAM
120
porte, non plus un fardeau de branchages, mais la croix
elle-même '.
16° Intaille. — Une pierre de travail et de style
oriental, antérieure à la persécution de Sapor II, l'an 340
de notre ère, faisant partie du cabinet des médailles et
antiques de la Bibliothèque nationale, n° 1330. « Le pa-
triarche est représenté le couteau à la main et s'apprè-
tant à immoler son fils couché sur un autel en forme de
pyrée. Abraham se retourne et aperçoit l'ange qui lui
montre le bélier qu'il retient par une de ses cornes. »
Sardonyx rubanée, diamètre 19mill. 2.
17° Cornaline (du cabinet de la Bibl. nationale) :
BPAM BAPOYXABPAM = mas \i~a d-d, « béni soit
Abram 3. »
"18° Pierre gnoslique. — Le « patriarche tient par les
cheveux Isaac, qui est à genoux, et lève l'autre bras
pour le frapper de son poignard. De l'autre côté de
l'image un ange lui présente un bélier et lui iait
signe de la main pour l'empêcher d'achever. Aux quatre
coins de la pierre sont quatre autres anges, qui ont les
ailes étendues et qui semblent voler. Il y a par-ci par-
là des caractères grecs inexplicables 4 ».
On ne sera pas surpris du développement donné à
cette élude si l'on observe l'importance du sacrifice
d'Abraham aux yeux des anciens. « Il a été répété dans
toutes les langues, dit saint Augustin, représenté par-
tout, afin que toutes les oreilles, tous les yeux en fussent
frappés5. » Il va sans dire qu'une telle vogue s'accom-
modait peu à l'adoption d'un type unique. Si réduit que
fût le thème, on trouvait le moyen de ne pas s'y tenir.
Le texte de la Genèse disait qu'Abraham, après avoir
lié son fils, le mit sur l'autel par-dessus le fagot de
bois; or parmi tant de monuments antiques, un seul,
entre ceux qui nous restent, s'est contormé aux données
du programme, c'est une fresque des catacombes de
Rome qui montre un autel formé de deux pierres plates
placées de champ et surmontées par une troisième 6.
C'était bien là le commentaire du texte : et venerunt
ad locum quem ostcnderat Deus, in quo œdificavit
allare 1. Peut-être la médaille de dévotion du v° siècle
est-elle plus près encore de la vérité historique lors-
qu'elle représente Isaac debout sur un tas de pierres s,
à moins que ce ne soit ici la montagne même qu'on ait
voulu figurer9. Un autre monument du même temps, le
sarcophage de Sanla-Maria dell' a?iimak Rome10, re-
présente derrière Isaac un autel fait de pierres brutes
superposées, ce que nous appelons aujourd'hui une
construction en « pierres sèches ».
II. ABRAHAM (LITTÉRATURE SUR).— Il existe, SOUS
le nom d'Abraham, une Apocalypse. C'est un ouvrage
fort méchant, dit saint Épiphane11 : àXX-rçv è£ ôvôu,aroç
'Aëpaàu,, r,v y.où 'A^oxàXu'1/tv çacy.ovijcv eîvoci, T.iat\c,
xaxiaç £|X7i).Ewv. Il accuse les Séthiens d'en être au-
teurs ainsi que de plusieurs autres pièces qui ne valent
pas mieux. C'est peut-être au même morceau qu'Origène
fait allusion lorsqu'il parle d'un écrit où l'on voyait
une dispute entre les anges et les démons au sujet de
la revendication d'Abraham par les deux camps 12.
1 A. Martin et C. Cahier, Monographie de la cathédrale de
Bourges, in-fol., Paris, 1841-44, p. 3, pi. 1. — 5Chabouillet, Ca-
talogue général et raisonné des camées, in-8", Paris, 1858,
p. 191. — iIbid., n. 2224. — * Montfaucon, L'antiquité ex-
pliquée, in-fol., Paris, 1724, suppl., t. n, p. 213, pi. LV, n. 6. —
5 S. Augustin, Contr. Faustum, xxu, 73, P. L., t. xi.n, col.
44G. — "Bosio, Borna sotterr., p. 339. — 7Gen., xxu, 7. —
8 Voyez fig. 29. Cf. E. Le Plant, De quelques représentations
du sacrifice d'Abraham, dans la Bev. archéol., 189C, série 111,
t. XXVIII, p. 154-109, p. 157, note 1. « Par trois fois dans les Argo-
nautiques, Apollonius de Rhodes mentionne des autels faits de
pierres brutes simplement entassées, alors que les héros s'arrê-
tent sur quelque plage déserte pour offrir un sacrifice aux dieux
0- I, v. 402, 403, 1123; 1. II, v. 694, 695). De ces textes peuvent
être rapprochés des monuments dont quelques-uns ont été figurés
En Occident on trouve cette allusion de Priscillien 13 :
Quando in canone projetée Noe liber lectus est"? quis
inter profetas dispositi canonis Abrahee libruni legit ?
quis quod aliquando Isac profetasset edocuit?
Il existe un Testament d'Abraham dont on a publié
deux recensions grecques : A. Aia8v/.r| 'Aëpaàu,. "Eî^o-îv
'Aëpaàu, xo uitpov. A la fin : Ko» Ça>T| àtÉXeuTo;. Resp.
ïïttcoç àSjiio6<5u,ev Tr,ç aîwviou Çtor,; et la doxologie. B.
AiaÔrjxr) toO uaTpiàp/o'j 'Aëpaàu.. 'Eyévsfo rpixa. rftyiaax.
A la fin : Sâppaç ôolâÇcov -/.où aivtSv tbv 8eôv et la doxolo-
gie. Pour les versions et l'histoire littéraire de ces écrits
nous ne pouvons entrer dans le détail, il suffira de se
reporter aux ouvrages spéciaux14, principalement à Fa-
bricius15 et à l'introduction de M. R. James16. La recen-
sion A se termine par la formule suivante qui appelle
quelques rapprochements.
"Apars oyv xbv ...eiusque ani- ...si; xôX-ov
<p:Xov u.ou xbv mam suscipi iu- Aëpaàu, xai Isaàx
'Aëpaàu. etç xbv béas per nianus xa\ 'Iaxcoê.
TtapiSsto-ov , evôa sanctorum ange- ...s'vôa à-nïopx
eïcr\v al o"^Tjva\ lorum tuorum ôSûvr,, xa\ Xuïci),
xùv Stxac'wv p.o'j deducendam in xai o-x£va-fu.6ç.
xaV u.ovai xûv sinum patriar- Const. Apost.
âyîajv [xou 'Io-aàx charum tuorum, vtii, 41.
xa'c 'Iaxwë bi xâ> Abrahse scilicet
xo'Xttù) aOxoû, é'vôa amici lui, et
oùx eoriv itô'voç, Isaac electi lui,
o-J X'jTtr), où are- atque Jacob di-
vayu.<5ç, àXX' e!prr lecti lui, quo au-
vt) xac àyaXXsacn; fugit dolor et tri-
xa\ Çio-r) àieXeii- stitia atque sus-
tï]to;. [Meô' ou xa\ pirium, fidelium
■r|U,sïç, aosXcpoi u.ou quoque animée
àya7:r)Toî, xoû 7ta- felici iocundilate
xpiâp-/ou 'Aëpaàu. Isetantur.
TY|V çiXoÇevîav u.i- Manuale Sarum
u.Y]o-tôu-E8a xai xï]v dans Maskell, Mo-
âvàpexov a-Jxoû numenta, 1. 1, p. 116.
xrrjo-ûu,E9â 7roX^-
xeiav, oitu; a?iu>-
6ô>u.ev Tr,ç aium'ou
ÇtoT)?, SoÇà^ovTE;
tôv TiarÉpa xai xbv
uibv xai xb âyiov
7rve0u.a- a-jT(ô t)
SoEa xai xb xpàxoç
Etç xouç aiulva;.
'Au.r,v.]
R. James, The
testament of Abra-
ham, p. 103-104.
On ne peut que signaler ici sans plus de détails l'in-
time connexion qui existe entre le Testament d'Abra-
ham et le Kavùv elç ^V/oppayoGvxa contenu dans VEu-
chologion, en particulier dans les passages qui parlent
de la résistance à la mort des anges qui châtient, et qui
pèsent les péchés et les bonnes actions, et des terribles
esprits qui se réunissent autour du lit du moribond17.
Les Extraits des testaments d'Abraham, d'Isaac et
par Zoé'ga, Bassirilievi, pi. x\ : Millingen, Peintures de v
pi. li, et dans l'Archaeologische Zeitung, 1853, pi. lix. » —
8 Comme dans la coupe de Potgoritza. — ,0E. Le lîlant, loc. cit.,
pi. vi. — «< Hxres., xxxix, 5, P. G., t. xu, col. 669. — '- II,',, ni..
xxxv, In Luc., et condamné aussi probablement par Nicéphore,
P. G., t. xm, col. 1889. Cf. Créditer, Y.vr Geschichte àer Kat
gr. in-8-, Halle, 18i7,p. 121, 145. —"Tract. IV.. p.46.
— "Cf. Hai-nack, Geschichte der altchristlichen Literatur, Leip-
zig. 1893, t. i, part. 2, p. 857 sq. ; Dictionnaire des apocryphes
publié par Migne, t. Il, au mot Abraham. — "Fabricius. Cod.
apocr. Vet. Test., p. 417 sq. — " The Testament of Abraham,*.
bij M. R. James, ivith an Appendi.r containing e.rtracts from
the arabic version of the Testaments of Abraham, Isaac and
Jacob bg W. E. Bernes, dans TeXtS and studies, Cambridge.
1892, t. Il, part. 2. — " lUid., p. 128-130.
121
ABRAHAM
122
de Jacob d'après la version arabe contiennent cette for-
mule * qui est exactement la même que celle de la litur-
gie de saint Marc.
And when Ile had fi- "Ayioç, â-fio;, Syio; Kû-
nished tins discourse the pcoç SocêacoO- uX^p^ç ô oùpa-
Heavenly Ones began to vb; xa'i r\ yr| -rf^ âytaç crou
cry out,saying,Holy, Holy, SdSjï];.
Holy is the Lord Sabaoth,
the Heaven and the Earth
are full of thy hallowed
Glory.
Il y a lieu de noter l'emploi de cselum et terra comme
dans les liturgies et le Te Deum, ce qui diffère de la
source probable où on lit : omnis terra2: et l'addition
de ây-a; qui paraît spéciale à l'usage d'Alexandrie.
Il importe de relever une expression que l'on a jugée
un moment tout à fait insolite, unique même 3 et qui se
retrouve dans le Testament, à la suite du passage cité :
The Father who holdeth ail answered from His hal-
lowed place and said : O Michael my faithful servant,
call together ail the Angels and ail the Saints, AND
RIDE UPON THE CHARIOT OF THE SERAPHIM and COm-
mand the cherubim to go before. On le voit, la for-
mule sedere super Seraphim a des ramifications plus
étendues qu'on ne l'avait tout d'abord un peu hâtivement
décidé.
Citons pour mémoire une Apocalypse dont la place
est incertaine dans la littérature chrétienne. Elle se
compose de deux parties ; l'une (1-8) est haggadique et
présente une refonte des éléments dispersés dans les
littératures juive, chrétienne et musulmane; l'autre
(9-32) est apocalyptique 4. H. Leclercq.
III. ABRAHAM DANS LA LITURGIE. — 1° La for-
mule Deus Abraham, Deus Isaac, Deus Jacob. 2° Autres
mentions et culte d'Abraham.
1° La formule Deus Abraham, Deus Isaac, Deus
Jacob, ou celle-ci : Deus Abraham et Deus Israël, ou
simplement Deus Abraham ou Deus Israël, sont des
formules scripturaires employées comme des invoca-
tions ou des prières. On en trouve des exemples dans
la Genèse, dans l'Exode et dans d'autres livres sacrés5.
Les chrétiens continuent à invoquer Dieu sous ce titre :
Deus Abraham, et Deus Isaac, et Deus Jacob, Deus
patrum nostrorum 6. Ego sum Deus patrum tuorum,
Deus Abraham, Deus Isaac et Deus Jacob 7. La for-
mule est restée dans quelques documents liturgiques.
On ne saurait affirmer que sa présence dans une pièce
est, absolument parlant, un signe d'antiquité et témoigne
d'une origine apostolique, car on a pu l'introduire dans
des formules d'époque postérieure par esprit d'imitation.
Cependant en général, et en dehors de ce cas, elle peut
être considérée comme un vestige ancien et une rareté
liturgique. Elle apparaît plus d'une fois dans les for-
mules d'exorcismes, qui d'ordinaire remontent très haut.
Les textes suivants d'Origène sont à noter au pre-
mier rang. Les païens eux-mêmes, d'après un passage
d'Origène, usaient de ces noms : Multis etiam eo-
rum qui incantant dxmonia, usurpatur illud :
Deus Abrahami; hincque indicant, qua cum Deo
vir Me justus familiaritate conjunctus. Quocirca
Deum Abrahami invocant etiamsi nesciant qui Me
fuerit Abrahamus. Quod idem de Isaac, de Jacob,
de Israël dicendum : quse nomina licet, ut in
confesso est, Hebraica sint, in suis tamen rilibus adhi-
' Ibid., p. 149 et 160. — * Isaïe, vi, 3. — 3 Voy. au mot Aca-
thistus. — *Bonwestch, Die Apokalypse Abrahams, dans les
Studien zur Geschichte des Théologie und d. Kirche, 1897. —
°Gen., xxvm, 13; xxxu, 9; xlviii, 15, 16; Ex., m, 6, 15, 16;
iv, 5; Tobie, vu, 15, etc. — «Act., m, 13. — 7Act., vu, 32. —
« Contra Ce/s., I, 22, P. G., t. xi, col. 698. — » Ibid., t. iv,
col. 33. — ">lbid., t. iv, col. 34. — « Ibid., t. v, col. 45. — "Ibid.,
bent JEgyplh, cum alir/uid mirabile polliccnlur 8.
Abraham, Isaac et Jacob, quorum nomina, si cum
Dei notnine coniunguntur , tamen uim habent, ut non
solum Iudaica gens in suis ad Deum precibus et in
excantandis dœmoniis usurpet istud : Deus Abraham
si' Deus Isaac et DEusJAC0B,sed etiam quotquot fere
incanlalionibus et magicis artibus operanlur^.
ToO 'Aëpaâ|x,xa\ to-j T?aa/., xai toj 'Iaxcoê, <J>v totoûtov
Sûvatat ta ôvô|J.axa CTUva7r-riu.sva tîj toO OsoO TtpoTriyopca,
ô)Ç où |j.ôvov touç à7tô to-j ëôvovi; y_pr,T6ai èv Taïç 7tpbç Osbv
E-jyouç, y.at ev t<ô xaiETiâoïtv Sataovaç, tô (( à 6sôç 'Aëpaâu:,
xa't ô 6îb; 'Icraây.,xai ô Gebç Taxa>6», àXXà yàp c^eSôv xai
toxvtgc; Toùçrà tûv âx<;>£<ôv xai ya^eccov Ttpay(J.aT£UO(J.évou;.
Seepe etiam contra dœmones aliasque noxias potes-
tates in usu est ista formula : Deus Israël, Deus
Hebr.eorum, Deus qui JEgyptiorum regem JEgyp-
tiosque submersisti in mari rubro 10.
Qui aut in incantando aut in iurando nominaverit
Deum Abraham, et Deum Isaac, et Deum Jacob, quse-
dam per naturam ucl potestalem illorum nominum
efficiet, adeo ut etiam victi ipsius jussis obtempèrent ll.
Nomina Abraham, Isaac et Jacob in grsecum conr-
versa aliquid significant... et qui nominaverit deum
Abraham, Deum Isaac, Deum Jacob... dsemones victi
ipsius jussis obtempèrent... Item nomen Israël si in
Grœcam aliamve linguam convertatur, nullius roboris
erit : servatum vero et conjunctum cum Us quibuscum
periti coniungere soient, efficiet id quod incantatores
ex quarumdam vocum pronunliatione sperandum esse
prœdicant. Idem dicendum et de voce Sabaoth in
incantationibus fréquenter usurpata. Nam si pro eadv-
catur, Dominus virtulum, aut Dominus exerciluum,
aut omnipolens (diverse enim illam interprètes ex-
plicant), nihil proficitur : quod secus adcidet, ut adfir-
mant harum arlium consulti, si propria sua lingua
pronuntietur. De Adonai idem quoque dicere licet.
Iam sineque Sabaoth, neque Adonai translata in eam
significalionem, quam Grgece habere videntur, nihil
efficiunt ; quanto minus efficient, quanto minori virtute
erunt apud eos qui nihil interesse autument, Iovem
aut Excelsum,aut Zenem.aut Adonseum,aut Sabaoth
appellari l2 ?
A ces textes saint Justin fait écbo par les paroles sui-
vantes adressées aux juifs : Sin vos per nomen quodvis
qui vobis fuere, regum, aut virorumjustorum, aut pro-
phetarum, aut patriarcharum adjuratis, non subjicie-
tur vobis dœmonium aliquid : cœterum si quis vestrum
adjuret per Deum Abrahm et Deum Isaac et Deum
Jacob, forte subjicietur13.
Une adjuration découverte à Hadrumète contient la
formule xbv 0sbv toû 'Aëpaàv u.
De ces textes il faut rapprocher les suivants, qui
sont tirés de liturgies occidentales, mais qui paraissent
dérivés des premiers : Deus Abraham, Deus Isaac,
Deus Jacob, Deus qui tribus Israël de JEgyptia
servilule librasti, et per Moysen famulum tuum de
custodia mandatorum tuorum in deserto monuisti et
Susanam de falso crimine liberasti, te supplex depre-
cor, Domine, ut libères hanc famulam tuam et perdu-
cere eam digneris ad graliam baptismi tuiis. Le sui-
vant est tiré du Gélasien : Deus Abraham, Deus Isaac,
Deus Jacob qui tribus Israël monuisti, et Surannam
de falso crimine liberasti, Te deprecor ut libères et
lias famidas tuas et perducere eas digneris ad gratiam
baptismi tui 16.
Le mozarabe nous fournit ce texte : Domine Deus
t v, col. 45-46. — i3Dialog. cum Thryphone, 85, P. G., t. vi,
col. 676. — •* R. de la Blanchère, Collections du. musée Alaoui,
1890, p. 103, lig. 38. — 1S D'après un manuscrit de l'église de Tours,
Martène, De antiquis Ecclesise ritibus, Bassano, 1788, t. i,
p. 16. — 16Gélasien, Muratori, Liturgia romana vêtus, in-fol.,
Venise, 1748, t. i, p. 536 : Thomasi-Vezzosi, Opéra omnia, Rome,
1751, t. VI, p. 40.
123
ABRAHAM
124
Patris nostri Abraham et Deus IsAAC,qui dixisti ut
benefaceres nobis, erue nos de manu iniquitalis noslrae1.
Et le suivant est tiré de la liturgie grecque, dans
Veuchologe : Domine Sabaoth, Deus Israël, qui omnem
languorem sanas 2.
La formule insérée au Gélasien et prononcée au bap-
tême est très caractéristique : Deus Abraham, Deus
Isaac, Deus Jacob, Deus qui Moysi famulo tuo in
monte Sinai apparuisti; et filios Israël de terra
JEgijpli eduœisti, depulans eis angelum pietatis tuœ
qui custodiret eos die ac nocte : Te queesumus, Domine,
ut mittere digneris sanclum angelum tuum; ut simi-
liter custodiat et hos famulos tuos, et perducat eos ad
graliam baptismi lui. Ergo maledicte diabole, etc. 3.
Elle est restée au formulaire romain actuel pour le bap-
tême des adultes, liée aussi à l'exorcisme : Ergo male-
dicte diabole, etc.
Les liturgies funéraires ont gardé la formule Deus
Abraham, Deus Isaac, Deus Jacob, dans cette oraison :
Oratio. Deus oui omnia vivunt et cui non pereunt
tnoriendo corpora nostra... eamque (scil. animant fa-
muli lui) suscipi jubeas per nianus sanctorum ange-
lorum tuorum, Abraham scilicet amici tui, et Isaac
electi tui, atque Jacob dilecti tui : quo aufugit dolor
et tristitia atque supirium, fidelium quoque animée
felici jocundilate Isetentur et in novissimo magni ju-
dicii die inter sanctos et electos tuos eam facias per-
pétuée gloriee percipere portionem, etc. 4.
L'office de la commendatio animée au romain contient
les mentions suivantes qui sont apparentées à d'autres
formules liturgiques fort anciennes aussi :
Libéra, Domine, animam Deus qui Abraliam puerum
servi tui sicut liberasti Abra- tuum de Ur Chaldœorum
h A-ii de Ur Chaldxorum. eductum -per omnes suœ pere-
Amen. grinationis vias illsesum cn-
stodisti (benedictio peregrino-
rwn, au rituel romain).
Libéra, domine, animant Deus Abraham, Deus Isaac,
servi tui sicut liberasti Su- Deus Jacob... qui Suzannam
zannam de falso crimine. de falso crimine liberasti 5.
Amen.
Nous laissons de côté les expressions comme celles-ci :
in sinu Abraham, ou in sinibus patriarcharum no-
strorum, id est Abraham, Isaac et Jacob, collocare di-
gneris, ou in sinum amici tui Patriarches Abrahee 6 et
d'autres analogues, dont on s'occupera au mot : Liturgies
FUNÉRAIRES.
De même clans la liturgie romaine du mariage on lit la
formule : Deus Abraham, Deus Isaac et Deus Jacob
sit vobiscum et ipse adimpleat benedictionem suam in
vobis (bénédiction donnée aux époux après la messe au
missel romain). L'introït de la même messe débute ainsi :
Deus Israël conjungat vos. Tob., vu, TOI.
Nous citerons quelques autres cas où la formule se
trouve employée. La bénédiction suivante de l'encens au
samedi saint est presque un exorcisme : Deus omnipotens,
Deus Abraham, Deus Isaac, Deus J acob .-inimitié in
liane creaturam incensi vim odoris tui, ut sit servulis
vel ancillis tuis munimenlum tutelaque defensionis :
ne intret hostis in viscera eorunt, etc. 1.
Le sacramentaire gallican (Bobbio) en contient un
grand nombre : Missa dominicalis (jpost nomina) :
1 rtreviarium gothicum, P. L., t. rxxxvi, col. 328, vêpres
du II* dimanche de carême. — 'Martène, loc. cit., t. i, p. 20. —
3Thomasi, loc. cit., p. 39. Cf. aussi la même formule dans deux
anciens manuscrits de l'Église des Gaules, Martène, loc. cit., t. i,
p. 16-19. — * Ex manuscr. monasterii sancli Benedicti flo-
riacensis annorum circiter 900. dans Martène, loc. cit.. t. u,
p. 382. — 'Martène, loc. cit., t. i, p. 16; Muratori, t. i, loc. cit.,
p. 536. — «Thomasi-Vezzosi, loc. cit., t. vi, p. 216, 217, 218,
219. — 'Martène, loc. cit., t. VI, p. 145. — 8 Sacrament. gallican um,
dans Muratori, loc. cit., t. H, p. 920. — "Ibid.. p. 935. — 10 Ibid, p. 936.
-- " Ibid., p. 958. — " Sacram. gallic, dans Muratori, loc. cit.,
Dne Deus Abraham, Deus Isaac, Deus Jacob, Deus
patriarcharum, Deus Prophelarum, Apostolorum et
Martyrum, omniumque sanctorum sicut pro piissima
misericordia tuadedisti eis voluntatem veniendi ad te;
ita, clementissime Pater, da servis tuis intellectum,
virtutem, etc. 8. Contestatio misses dominicalis : Vere
dignum et justum est omnipotens Deus, Deus Abra-
ham, Deus Isaac, Deus Jacob : cujus verbo universa
creata sunt; cujus spiritu omnia nuncianlur (munian-
tur?), etc. 9. Contestatio de Abraham : Vere d. et j. e.
omnipotens Deus qui Abrahee famulo tuo unicum
filium quem ipse dederas in sacrificium tibi victimam
esse jussisti. 0 Domine in promittendo fidelis... Con-
sulit victima sacerdotem, et percussorem suum nio-
riturus interrogat : Ecce adest ignis et ligna, ubi
est ovis quse est ad victimam, etc. 10. Benedictio super
puleunx : Domine sancte, Pater omnipotens, eeterne
Deus, qui Abraham, Isaac et Jacob, patres nostros pu-
teos fœderis fodere, atque ex his aquam bibere propicia
divinitale docuisti, te supplices deprecamur ; ut aquam
pulei hujus, etc. ll. Contestatio dominicalis : Vere
dignum et justum est... Tu in Noe rector arcee... in
Abraham fidelissimus patriarcha, in Isaac gloriosis-
sima hos lia patris, in Jacob summx potentiee magister,
in Joseph misericordiee preedicator, etc. 12. Cette préface
est à rapprocher pour le sens de la suivante : Vere
dignum et justum est, omnipotens Deus per Christum
Dominum nostrum cujus vocem Adam audivit... Abel
queesivit... cujus benedictionem Abraham vocatus ac-
cepit : ipsius caritatem Isaac probatus agnovit. Cujus
sanctificationem Jacob electus emeruit... etc. 13.
Missa pro principe : Regem regum atque cunctorum
regnantium dominum Deum omnipotentem... depre-
camur... qui Melchisedech et Abraham seterno tem-
pore féliciter regnare [fecit] in mundum. Per Domi-
num l*.
Le Léonien contient pour le baptême, en revenant des
fonts, cette formule : Benedic, domine, lias tuas crea-
turas fonlis, mellis et lactis; et pola famulos tuos ex
hoc fonle aquee vitee perennis, qui est spiritus verita-
tis, et enutri eos de hoc lacté et nielle, quemadmodunt
Patribus nostris Abraham, Isaac et Jacob... introdu-
cere te eos in terrant jjromissionis, terrant fluenlem
melle et lacté ,5.
Ipse est (se. Christus) vitulus saginatus qui in taber-
naculo patris nostrse Abrahee propter hospites est vi-
ctimatus ,6.
Dans les litanies la mention d'Abraham et des patriar-
ches est moins significative. Nous avons déjà cité celte
formule à propos d'Abel : Abel, Noe, Abraham, Isaac,
Jacob, Melchisedech, intercédant pro me l1, et, dans un
manuscrit Harléien :Deus Abraham, Deus Isaac, Deus
Jacob, miserere 18.
En dehors de cette formule où le nom d'Abraham se
trouve associé à ceux d'Isaac et de Jacob, on le rencontre
seul aussi. Nous lisons parfois ces invocations dans
l'Ancien Testament : Domine Deus Abraham, Deus
Abraham, ego sum Deus Abraham, Abraham Pater
noster, Pater Abraham, miserere, Abraham et semini
ejus 19. Ce dernier passage a donné naissance à une an-
tienne du Magni/icat : Abraham et semen ejus, usque
in aeternum magnificat dominum 20.
t. Il, p. 938. — "Ibid., p. 924. — '*/Wtf., p. 939.— " Ibid.. t. I,
p. 318, Contestatio misse ilnminicalis sacram. gallic, Muratori,
t. il, p. 924. — '• Gallic. vêtus, dans Thomasi, t. vi, p. 406 —
11 Antipltonary of Bangor, éd. Warren, t. n, p 91. Cf. aussi
Warren, The liturgy and ritual of the celtic Church, 1881,
p. 222, pour la mention d'Abraham au missel de Stowe, et Abel
dans LA liturgie, col. 62. — ls Ibid., p. 84. — '• I Par., xxix,
18; Esth , XIII, 15, XIV, 18; Matth , xxn. 32; M.uli., xn, 26;
.Tac, n, 21; Luc, i, 55, 73, etc. — " Autiplwnx de cantico
S. Mari.T, dans Paléographie musicale, in-4*, Solesmes, 1900,
2* série monumentale, t. i, Antiphonale du B. hartker,p. 425.
125
ABRAHAM
126
Trois grands faits liturgiques, en outre, assurent à
Abraham une place à part :
a) Le premier est la mention du sacrifice d'Abraham
au canon romain et dans d'autres canons latins, comme
type du sacrifice de Notre-Seigneur. Ce symbole a une
importance liturgique capitale dans la contexture du
canon occidental, comme nous l'avons expliqué à pro-
pos d'Abel. (Voir Abel dans la. liturgie.) Il faut ajouter
aux textes cités à cette occasion la formule suivante
tirée du missel mozarabe : Sacrificium. Edificavit Abra-
ham allare in locuni quem ostenderat ex Deus : et
obtulit super illud Isaac filium suum : et elevans ocu-
los vidit post tergum arieteni quem accepit : et obtu-
lit holocaustum pro filio, alléluia, f. Dixit dominus ad
Abraham : toile filium tuum unigenitum... etc.1;
l'allusion de la préface ambrosienne de Pâques : quem
(Chrislum in cruce) dudum Abraham prsefïgurabat in
filio...2, et celle du Gallicanum vêtus, sous une forme
un peu différente dans Yimmolatio : ipse (se. Christus)
est aries in vertice montis excelsi de vepre prolatus,
sacrificio destinatus 3.
b) Le second fait est la lecture de l'épisode d'Abraham
dans la Genèse. Tout nous porte à croire que la lecture
de la Genèse commençait, dans bien des églises au moins,
au premier jour du carême pour l'instruction des caté-
chumènes. La Peregrinatio Silvise l'indique formelle-
ment, et peut-être en faut-il voir un autre indice dans
le rite ambrosien et dans le rite mozarabe comme nous
allons le dire. Quand aux dimanches de carême on
ajouta la quinquagésime, la sexagésime et la septua-
gésime, la lecture de la Genèse dut rétrograder. On
sait qu'aujourd'hui dans la liturgie romaine on com-
mence la première lecture de ce livre au dimanche de
la septuagésime. L'épisode d'Abraham tombe au di-
manche de la quinquagésime et aux jours de cette
semaine. Cette lecture a été l'origine d'une série de
répons qui se trouvent dans le; livres anciens et dans
les livres récents à cette époque liturgique, et qui sont
réunis parfois sous ce titre : Responsoria de Abraham :
Locutus est Dominus ad Abraham... Egredere.
Temptavit Deus Abraham.
Deus Domini mei Abraham.
Veni hodie ad fontem aquse et oravi dominum di-
cens : Domine Deus Abraham tu prosperum fecisti
desiderium meum.
Dum staret Abraham ad radicern Membre.
Dixit Dominus ad Abraham : Ecce Sara uxor tua*.
Dixit Dominus ad Abraham: Egredere de terra.
Feria V, hebd. I quadrag5.
Fœtus sermo Dei ad Abraham dicens : Noli timere
Abram. Ibid., feria VI6.
Mais à l'ambrosien, comme vestige peut-être de cette
coutume de commencer la Genèse au premier dimanche
de carême, l'épisode d'Abraham, au lieu de tomber au
dimanche de la quinquagésime, fut lu au deuxième
dimanche de carême. Et ce fait est devenu si caractéris-
tique que dans les documents ambrosiens ce dimanche
est appelé couramment de Abraham1 . On trouve par
suite de ce fait un confractorium à ce second dimanche:
Abraham Pater rester exsultavit ut videret diem meum,
et vidit et gavisus est dicit Dnus 8. Et au même di-
manche le Psalmellus : Abraham Pater rester vidit
diem meum, et gravisus est dicit Dhus9. Dans la litur-
1 Missale mixtum (tertio dominico post octavas Epiphanie),
P. L., t. lxxxv. col. 254. — 2 Missale ambrosianum, éd.
1712, p. 163. — 3 Thomasi, toc. cit., t. VI, p. 406. — * Thomasi,
ftesponsorialia et antiphonaria Romanx Ecclesise, petit in-4%
Rome, 1686, p. lxxxih-lxxxiv, cci.xxvi, cclxxvii, et Thomasi-
Vezzosi, Opéra, t. iv, 70, 220, et aussi dans Ménard, P. L.,
t. lxxviii,co1. 749. — 5 Antiphonarium ambrosianum , Paléogr.
musicale, t. vi, p. 185. — 6 Ibid., p. 187. — ' Auclarium soles-
mense, Solesmes, 1900, t. i, p. 43, 180. — 8 Paléographie mu-
sicale, t. vi, p. 215. — 'Ibid., p. 216. — «"> Paléographie musi-
gie romaine le confractorium : Abraham Pater rester
exsultavit est devenu antienne du Magnificat au di-
manche de la Passion10.
Mais plus tard (voyez, par exemple, le missel ambro-
sien, éd. 1712), c'est le IIIe dimanche de carême qui
est devenu le dimanche d'Abraham. Le patriarche a été
supplanté au IIe dimanche par la Samaritaine et n'a
conservé qu'une mention dans l'offertoire, si tant
est qu'il y faille voir un reste de l'usage antique :
Precatus est Moyses... Mémento Abraham, Isaac
et Jacob quibus jurasti dare terram fluentem lac et
mel.
La lecture d'Abraham a entraîné avec elle au troi-
sième dimanche le confractorium et la préface conçue
en ces termes : Vere dignum... Domine... qui ante
multa lempora Abrahse in semine Christi tui, Deique,
natique advenlum clamasli. Jam jamque tenemus quod
olim Patribus promittebas. Nam quod Abrahse sancto
gentium populus pollicetur ; rerissime ex omni gente,
tribu et lingua, Christiana religio congregatur. O quant
perfidaet per tinax gens judseorum iniqua, etc.1*. L'Évan-
gile du même dimanche a été choisi à cause de ces pa-
roles : Responderunt ei (Jesu) : semen Abrahse sumus...
Pater noster Abraham est. Dicit eis Jésus : si filii
Abrahse estis, opéra Abrahse facile, etc. 12.
Le troisième fait qui a donné une si grande importance
liturgique à ce patriarche, c'est qu'une des leçons du
samedi saint lui est consacrée. Ces leçons, on le sait,
étaient quelques-uns des épisodes les plus célèbres et
les plus frappants de l'Ancien Testament, qu'on lisait
pour l'instruction des catéchumènes, et chacune de ces
pages, en vertu de ce fait, a joui d'une grande popula-
rité. Comme nous l'avons fait remarquer ailleurs, c'est
sans doute par la même raison qu'elles ont été si sou-
vent reproduites sur les murs des catacombes et sur les
sarcophages.
La liturgie mozarabe, autant qu'on peut en juger par
les documents incomplets que nous avons, semble com-
mencer aussi la lecture de la Genèse au commencement
du carême. L'histoire d'Abraham est lue la première
semaine aux fériés troisième, quatrième, cinquième13.
Quoi qu'il en soit, l'épisode d'Abraham est lu au sa-
medi saint dans la liturgie romaine et dans d'autres li-
turgies : ainsi dans la liturgie mozarabe14, dans la litur-
gie ambrosienne15, dans la liturgie gallicane16, au
Gélasien 17, au Grégorien. Et cette lecture a inspiré une
oraison, qui la résume. Elle est actuellement conçue en
ces termes au romain et ne présente que peu de va-
riantes avec les anciens textes, notamment le gélasien
et l'ambrosien 18: Deus fidelium Pater summe, qui in
toto orbe terrarum, promissionis tusei9 filios diffusa
adoptionis gratia-0 midtiplicas ; et peril paschale sacra-
mentum Abraham puerum tuum unirersarum, sicut
jurasti, gentium efficis palrem; da populis tuis digne
ad gralinm tuse rocationis inlroire 22. Per Dominum.
L'oraison même de la leçon suivante conserve encore le
souvenir d'Abraham : Deus cujus antiqua miracula
etiam nostris sseculis coruscare sentimus : dum quod
uni populo a persecutione segxjptiaca liberando, dex-
terse tuse polentia contulisti id in salutem gentium
per aquam regenerationis operaris : prsesta ut in
Abrahse filios, et in israeliticam dignitatem, totius
mundi transeat pleniludo. Per Dominum.
cale, in-4*, Solesmes, 1900, 2' série monumentale, t. i,Antiphonale
du B. Hartker, p. 167. — " Missale ambrosianum, édition 1782,
p. 90, 93. — ,s Joa., vm, 31. — >3 Breviarium gothicum, P. L.,
t. lxxxvi, col. 281 sq. — "Dans G. Morin, Liber comicus,
p. 186, et Missale mixtum, P. L., t. lxxxx. cnl. 449. — 1S Aucta-
rium solesmense, 66. — ,8 Lectionarium gillicanum, P. L.,
t. lxxii, col. 194. — "Muratori, loc. cit., t. î. p. 566. — 18 Géla-
sien, Muratori, t. i, p. 56; Thomasi-Vezzosi, t. VI, p. 71. —
19 Ambr., promissions — ï0Gél. etambr., diffusa adoplione. —
*' Gel. omis. — î2 Gel. et ambr. : Intrare.
127
ABRAHAM
ABRASAX
128
Les autres mentions liturgiques d'Abraham sont de
moindre importance : Lecture du passage de l'Épitre de
saint Jacques : Abraham Pater nosleri. Lecture de
l'Evangile : Numquid tu major es Abraham, Joa.,
vu, 50-53; vin, 58-59 2, et de saint Paul : Quoniam
Abraham duos filios habuit, Gai., iv (dom. in vice-
sima), et dans la liturgie romaine au IVe dimanche de
carême. Lecture de saint Paul : Abrahse dictée sunt
promissiones et semini ejus. Gai., m 3. Quelques-unes
au pontifical romain dans la Benediclio et coronatio
régis, dans la consécration des autels, dans la bénédic-
tion des cimetières.
Orationes ad missam pro sterilitate mulierum : Deus
qui emortuam vulvam Sarrœ ita per Abrahœ semen
fsecundare dignatus es; ut ei etiam contra spem sobo-
les nasceretur ; preces famulse tuse ILLIOS pro sita ste-
rilitate deprecantis propitius respice : et eijuxta teno-
rem prsecedentium Patrum et fsecunditatem tribuas;
et filium, quem donaveris benedicas. Per^.
Il faut rappeler pour mémoire la mention d'Abraham
à l'offertoire de la messe romaine des morts : Dhe J. C,
rex glorise... sed signifer S. Michael repraesentet eas
(animas) in lucem sanctam quam ohm Abrahœ promi-
sisti et semini ejus. Enfin les liturgies pour la recom-
mandation de l'âme contiennent aussi Abraham à côté
d'Abel, comme seuls représentants des justes de l'Ancien
Testament.
Les liturgies orientales ont aussi quelques allusions
au patriarche, mais la plupart du temps c'est à l'occa-
sion des morts, pour demander à Dieu de les placer dans
le sein d'Abraham, ou dans le sein d'Isaac, de Ja-
cob 5.
On rendit aussi à une époque fort ancienne un vrai
culte au saint patriarche : on croit posséder à Jérusa-
lem, encore au VIIe siècle, l'autel où Abraham devait
sacrifier Isaac et celui où Melchisédech offrit son sacri-
fice dans l'église duGolgotha6. Silvia dans sa Pcregrinaliu
nous parle d'une église qu'elle trouva à Carrhes dédiée
à saint Abraham.au IVe siècle1. Eusébe et Sozoméne
parlent d'un autre pèlerinage en l'honneur d'Abraham,
dans le val de Mambré, qui existait au commencement
du iv* siècle, et attirait juifs, chrétiens et païens 8. Chez
les latins, sa fête se trouve dans certains martyrologes
à partir du ixe siècle, par exemple dans Adon et Usuard,
et au romain au 9 octobre. Les ordres de Fontevrault et
de l'Oratoire avaient une fête en son honneur. Les
orientaux font sa fête le 9 octobre9. A la feria m» de
Vebdomas in albis, ils font mémoire d'Abraham, Isaac,
Jacob, Adam, Eve, Seth, et autres patriarches. Ils ap-
pellent le troisième dimanche de l'Avent le x-jp:axr, r«5v
àyicov iiponciLt6pu>v,propatrum Abraham, Isaac, Jacob ,0.
Dans les Menées, leur office se présente avec deux ca-
nons, un synaxaire et huit Oeotôxioc11. Dans l'église armé-
nienne le samedi de la semaine après la Transfiguration
est consacré à la fête des patriarches Adam et Abraham.
Le 2 septembre dans l'église copte est la fête d'Abraham,
Isaac et Jacob, ainsi que le 18 août. Dans l'église sy-
riaque, c'est le 20 janvier. F. Cabrol.
IV. ABRAHAM (SEIN D'). Voir LITURGIES FUNÉRAIRES.
ABRASAX. — 1. Orthographe. IL Étymologie. III. Té-
moignages. IV. Bibliographie. V. Signification. VI. Autres
'Liber comicus, loc. cit., p. 73. — *Ibid., p. 119. — 'Litur-
gie romaine, Dom. XIII post Pentec. — « Gélasien, Muratori, loc.
cit., 1. 1, p. 725. — 'Renaudot, Liturgiarum orientalium collectio,
in-4% Francofurti-sur-le-Mein, 1847, t. il, p. 181, 292, 327, 376, etc.,
et article Liturgies funéraires. — • P. L., t. lxxii, col. 906. —
'P. Geyer, Itinera hierosolymitana, dans Corpus ecclesiaet.
latinorum, Vienne, 1888, t. xxxvmi, p. 65. Voyez aussi Riant,
Invention des sépulcres des patriarches Abraham, Isaac et Jo-
cob à Hébron, 25 juin iiI9, dans Comptes rendus de l'Acad. des
inscr. et belles-lettres, 1883-1884, t. xi, p. 26-35; et Arcldves de la
légendes lapidaires. VII. Sens. VIII. Distribution.
IX. Gnose et kabbale. X. Vocabulaire.
C'est moins au point de vue de l'art qu'au point de
vue philosophique que les Abrasax méritent d'être étu-
diés. Ils sont, en effet, les témoins d'un système de gnose
que l'on prétendit opposer au magnifique ensemble de
croyances qu'offrait le christianisme. On a justement
observé les conditions défavorables dans lesquelles cette
classe de monuments se trouve par rapport à nous. Ils
traduisent l'expression souvent mystérieuse d'une pensée
encore incertaine à l'aide de représentations exiguës et
30. — Abrasax. D'après les originaux.
Cabinet des médailles à la Bibliothèque nationale.
de procédés techniques insuffisants. Los tentatives d'expli-
cation faites jusqu'ici ont eu le tort de préjuger sur les
classements archéologiques au bénéfice d'une synthèse
hâtive et incomplète.
Les A brasax sontjusqu'à ce jour, les seules productions
artistiques subsistantes du gnosticisme (fig. 30). Leur
nombre considérable permet une investigation étendue
et des comparaisons multiples. Les autres monuments
figurés qui nous restent de ces sectes ne sont trop sou-
vent que des unités et offrent matière plutôt à la curiosité
qu'à la science. Il faut peut-être une rare sagacité pour en-
tendre les signes gravés sur ces gemmes, il faut, croyons-
nous, plus encore de prudence. L'immense majorité de
ces amulettes n'admet probablement aucune explica-
tion. C'est là un jugement auquel se rangeront sans
doute ceux qui auront lu les fragments intelligibles de
Société de l'Orient latin, in-8",Gcncs,1883, 1 1, p. 13; 1884, t. n,
p. 411-421,512-513. — "Sozom., Hist. certes. ,u,iv ; P. G., t. i.xvii,
col. 944, cf. Eusèbe, De vita Constant., i III, c. Lt, P. G.,
t. xx, col. 1111 sq. ; Acta sanctor., oct. t. iv, p. 688, cf. Lu-
dolf, Ad historiam Œlhiopicam comment., 1691, p. 389-437;
Cornwallis Harris, Hiahlamls of Œtliiopia ; Neale, Eastrm
C/mrch, introd., p. 805-815. — aActasanctoriim, oct. t. iv, p. 571
Sq. — ">NiUes, Kalenrfuiium utriusque Ecclesim, Innsbruck,
1896, t. n, p. 539. — "a. P. G., t. CV, col. 1259-1262. Le titre
lautil d'Adam et Eve donné à cet endroit est une erreur de Maracci.
129
ABRASAX
130
la littérature gnostique. s Les débris des anciennes
religions, le naturalisme sensuel, le mysticisme exalté,
le panthéisme prolond, les textes de la Bible, les évan-
giles apocryphes, les dogmes des philosophes, les inter-
prétations symboliques, les rêveries astrologiques, dit
Taine. [s'y] fondaient en doctrines incohérentes, abîme
mouvant de disputes et d'extases, prodigieux chaos où
fermentaient confondus le divin et l'humain, la matière
et l'esprit, le surnaturel et la nature, parmi les ténèbres
et les éclairs. Quiconque lit les dogmes des gnostiques,
des valentiniens, des ophites, des esséniens, des carpo-
cratiens, respire l'odeur de la fièvre et se croit dans un
hôpital, parmi des hallucinés qui contemplent leur pensée
fourmillante et fixent sur le vide leurs yeux brillants1. »
Tout ce qu'on peut accorder à ces représentations sur le
vu d'une fresque et de quelques pierres, ce serait d'être
la parodie, dans différentes sectes gnostiques, des céré-
monies du christianisme. Une phrase de Tertullien 2 favo-
riserait assez cette manière de juger, si elle ne s'appli-
quait directement aux mithriaques et, peut-être, à des
groupes marcionites et autres plutôt qu'aux gnostiques.
Voir le mot Gnose.
I. Orthographe. — L'orthographe du nom ne fait au-
cun doute. Deux pierres données par King se lisent :
ABPACA2 3 et ABPACA3 *. Les Pères grecs qui se sont
occupés de ce nom et dont nous avons les écrits dans
le texte original l'écrivent toujours 'ASpanà! 5- La
substitution du mot Abraxas chez les Latins s'explique
par la confusion entre le S et le S. Elle aura dû se
faire avant que la forme lunaire du sigma (C) se fût
répandue. On trouve une fois ABPACAPE I 6, ABPA0AI 7,
ABPAIACs.
II. Étymologie. — Rabbi Abraham Geiger voit dans
Abrasax une forme grécisée de Ha Brachah, « la béné-
diction. » Bellermann a proposé une étymologie copto-
égyptienne tout à fait insoutenable [ab ou of, Bah, Say
pour Sadsh]. M. Schwab le fait dériver peut-être de 3N,
«père, » et de Nia, « créer9, » Beausobre propose 'Aëpôç,
beau, Sâw, sauver, le magnifique sauveur10.
III. Témoignages. — Plusieurs Pères se sont occupés
de ce nom : saint Irénée n, Tertullien 12, Épiphane13,
saint Jérôme u, saint Augustin 1B.
IV. Bibliographie. — Antoine Le Pois, Discours sur
les médailles et gravures, in-4°, Paris, 1579, 143 p., 8 fig.
— Baronius, Annales eccl., in-fol., Coloniae, 1624, t. n,
p. 72. — Cl. Salmasius, De annis climatericis et antiqua
aslrologia diatribe, in-8ù, Lugd. Batav., 1640. — Athan.
Kircher, Œdijms œgyptiacus, Romae, 1653, t. n, p. 2,
p. 461, 462, n. 2, 3, 4, 5, 6, 7, 14. - Io. Macarios
(L'Heureux), Abraxas seu apistopistus, quse est anti-
quaria de gemmis Basilidianis disquisitio, in-4°, Ant-
uerpiae, 1657. — J. Chifflet, Abraxas proteus, in-4°, Ant-
uerpiae, 1657. — Laur. Pignorii, Mensa Isiaca, gr.
in-4°, Amstelodami, 1669, pi. m, fig. 3, 4, 5, 6, 9, et
pi. v, fig. 7. — Jac. Spon, Voyage d'Italie, de Dalmatie,
de Grèce et du Levant, in-12, Lyon, 1678, t. m, p. 157
sq. Miscellanea erudilse antiquitatis, in-fol., Lugduni
Gallorum, 1679. — M. A. Causei (de la Chausse),
Bomanum muséum, sive thésaurus eruditee anti-
quitatis, in quo gemmai, idola, etc. 170 tabb. refe-
runtur, in-fol., Romae, 1690. — Du Molinet, Le cabi-
net de la Bibliothèque de Sainte-Geneviève, in-tol.,
Paris, 1692, pi. xxix, fig. 7, 8, 12, 14; pi. xxx, fig. 13,
15, 17, etc. — J. Gronovius, Gemmas et sculptural
'H. Taine, Essais de critique et d'histoire, in-12, Paris, 1898,
p. 292-293. — * Tertullien, Prsescr., XL, P. L., t. il, col. 66. —
3 W. King, The gnostics and tlieir remains, in-8°, London, 1887
(2- édit.), pi. A, fig. 4. — Ubid., pi. 3, fig. 1. — "Epiphane,
Hseres., xxiv, n. 7 et 8, P. G., t. XLI, col. 316 ; Théodoret, Hseret.
fabul., 1. I, c. iv, P. G., t. lxxx, col. 348; Jean de Damas,
Hier., xxiv, P. G., t. xciv, col. 692. — » Gori, Thésaurus
gemmarum astriferarum , in-4*, Florentiae, 1570, t. il, p. 254,
n. 27 ; t. m, p. 214-218. Cl. t. u, p. 251, n. 11 ; p. 252-279, n. 14, 15,
DICT. D'ARCH. CHRÉT.
antiquas depictas a Leonardo Augustino, Senensi, in-4*j
Francquerae, 1694, part. 1 et 2. — Abr. Gorlaei, Dac-
tyliotheca, seu gemmarum annulorumque sculptural,
in-4», Lugd. Batav., 1695, part. 1 et 2, 682 fig.— L.Begero
Thésaurus elecloralis Brandeburgicus selectus a L
Begero, -fol., Colonise Marchicœ [Berlin], 1696, p. 85. —
R. Fabretti, Inscript, antiq., quse in œdibus paierais
asservantur, in-fol., Romae, 1699. — **', Prodromus
iconicus sculptarum gemmarum Basilidiani, amuletici
atq. talismanici generis ex museo Ant. Capelli, in-
fol., Venetiis, 1702, 272 pierres gravées. — De Wilde,
Signa antiqua e museo Jacobi de Wilde per Mariam
filiam œri inscripta, in-4°, Amstelodami, 1700; Gemmai
antiquai e musmo de Wilde, etc., in-4°, Amstelodami,
1703. — De Rossi, Gemme anliche figurate da Dome-
nico de Bossi, colle sposizioni di Paolo Alessandro
Maffei, 4 in-4°, Roms, 1707-1709, t. n, n. 20, 21,
22. — De Montfaucon, Palseographia grseca, in-fol.,
Parisiis, 1708, p. 180. — Baier, Gemmarum thésaurus,
quem collegitJo. Mart. ab Ebérmayer, Norimbergensis,
recensuit Io. lac. Baier, in-fol.; Norimb., 1720. —
Capila Deorum et illustrium hominum, hieroglifica,
abraxeaet amuleta, collegit J. M. ab Ebérmayer, enar-
ravit Erhard Beusch, in-fol., Francoturti et Lipsiae,
1721, p. 199 sq. — De Montfaucon, L'antiquité expli-
quée et représentée en figures, 2e édit., gr. in-fol., Paris,
1722, t. n, part. 2 : Les abraxas, p. 353 sq. ; Suppl. 1724,
t. il, p. 209 sq. — Bernard Picard, Gemmai antiquai
cœlatse per Bern. Picard, e museis selegit, etc., Ph.
Stosch., in-fol., Amstelodami, 1724. — Conyers Middle-
ton, Germana antiquitatis monumenta, in-4°, London
1745, p. 73. — Passeri-Gori, Thésaurus gemmarum
antiq. astriferarum interprète J.-B. Passerio, cura et
stud. Ant. Franc. Gorii, 3 in-4°, Florentiae, 1750
t. i, pi. 189-193; les abrasax y sont appelés gemmai
magicse, pi. 186, 189, 199. — Marette, Traité des
pierres gravées, in-8°, 1750, p. 68-73. — Bartolo, Mu-
séum Odescalchum sive thésaurus antiquarum gem-
marum a Petro Sancte Bartolo, in-fol., Romae, 1751,
1. 1; 1752, t. n. — Lippert, Dactyliotheca universaiis,
gr. in-4°, Lipsiae, 1755, t. i; 1756, t. il; 1762, t. m; sup-
plem., Lipsiae, 1767, 1776. — Ficoroni, Gemmai anti-
quai litteratee aliœque rariores etc. ab A. P. Nicol.
Galeotli, in-4°, Romae, 1757. — Cte de Caylus, Be-
cueil d'antiquités égyptiennes, étrusques, grecques,
romaines et gauloises, in-4°, Paris, 1764, t. vi, p. 64-66,
pi. xix-xxn. — F. Mùnter, Versuch ûber d. kirchli-
chen Alterthïtmer der Gnostiker, in-12, Anspach, 1790.
— J. J. Bellermann, Versuch àber die Gemmen der
Alten mit dem Abraxas- Bilde, in-12, Berlin, 1817-1819,
part. 1 et 2. Frontispice de la lre et de la 3e par-
ties. — Kopp, Palseographia critica, 4 in-4°, Manhei-
mii, 1819-1829, t. m et iv, passim. — J. Matter, His-
toire du gnosticisme, 2 in-8°, Paris, 1828; 2e édit., 1843.
— Hammer, Deux coffrets gnostiques du moyen âge,
in-8°, 1832. — Ali. Maury, dans Y Encyclopédie moderne,
publiée sous la direction de M. Léon Renier, aux mots
Abraxas et Gnosticisme, in-8», Paris, 1846, t. i; 1848,
t. xvi. — Stickel, De gemma Abraxea nondum édita,
in-4°,Ienœ,1848. —J. Matter, Une excursion gnostique en
Italie, in-8», Strasbourg, 1852, 40 p., XII pi. — W. King,
The gnostics and their remains, ancient and mediseval,
in-8°, London, 1864,2= édit., 1887, 466p., xjii pi., 27 grav.
sur bois. — A. Chabouillet, Catalogue général et raisonné
26, 56, 59, 69, 112, 147, 158, 161, 177. — ' ChabouiUet, n. 2173. —
8/6('(i.,n. 2176.— 9 M. Schwab, Vocabulaire de l'angélologie, dans
Mém. de l'acad. des insc, 1897, p. 383. — 10J. de Beausobre,
Histoire de Manichée, in-4% Amst.,1739, t.n, p. 55. — ' ' Adv. hseres.,
1. 1, c. xxiii (al. xxiv), P. G., t. vu, col. 680. — '« De prsescript.
hxretic, c. xlvi, P. L., t. H, col. 62. — ,3 Hseres., xxiv, n. 7,
8. — M Comm. in Amos, c. m, P. L., t. xxv, col. 1018 sq. Voy.
Bellermann, 1" part., p. 27.— l6 De hsere cd « Quod vultDeus»,
c. iv, 24, P. L., t. xlii, col. 26.
I. -5
131
ABRASAX
132
des camées et pierres gravées de la Bibliothèque impé-
riale suivi de la description des autres monuments ex-
posés dans le cabinet des médailles et antiques, in-12,
Paris, 1858. — F. Lenormant, Catalogue d'une collection
d'antiquités égyptiennes rassemblée par M. d'Anastasi,
in-8°, Paris, 1857. — Barzilai, Gli A braxas, studio archeo-
logico, in-8°, Trieste, 1873. — Pellicioni, Atti délie depu-
tazioni di Storia patria dell' Emilia, in-8», 1880; cf.
A. de Longpérier, Œuvres, in-8°, Paris, 1884, t. m, p. 378.
— E. Le Blant, Revue archéologique, Paris, 1883, t. I,
p. 306, où il cite deux textes :
'Ava/topei, yo\r), zo 0E'ôv <7£ 6ia>xet.
«t'-jye, ■Koctxypa., Ilepcre'jç ce 8tu>xEi.
A. Dieterich, Abraxas. Studien zur Religionsge-
schichte des Spâtem Alterthums, in-8°, Leipzig, 1891,
vi-221 p. En appendice, p. 167 sq., le BiêXoç iepà êirixa-
),ou(jlévï) Movccçy) 'Oyoôr) Mo)u«(oç (édition critique).
V. Signification. — Il n'est pas bien certain qu' 'AêpaaàÇ
ait conservé le sens assez précis qu'il parait avoir eu dans
l'esprit de Basilidès et des premiers fidèles de la gnose.
Les témoignages des Pères sur ce point ont une valeur
décroissante à mesure que la chronologie les éloigne
des faits qu'ils rapportent ; nous les reproduisons ici
néanmoins, n'ayant rien de plus clair que ce qu'ils ont
dit : « A l'exemple des mathématiciens, dit saint Iré-
née, ils distribuent les positions locales des trois cent
soixante-cinq cieux; ils ont adopté leurs théorèmes pour
en faire le caractère de leur doctrine; ils prétendent que
le principal de ces cieux est Abrasax, et que c'est pour
cela qu'il contient en soi le nombre de trois cent
soixante-cinq1. » « Vint Basilidès, dit Tertullien 2. Il pro-
clama un Dieu suprême, du nom <ï Abrasax, par qui a
été créé l'Esprit qu'il appelle, du grec, voûv. De là, le
Verbe; de celui-ci, la Providence, la Vertu et la Sagesse.
De celles-ci, ensuite, les Principautés et les Puissances
et les Anges sont venus; après cela d'infinies éditions
d'Anges, et par ceux-ci ont été faits trois cent soixante-
cinq cieux, et un monde en l'honneur A' Abrasax, dont
le nom lient ce nombre compté en lui-même. Au reste,
parmi ces derniers anges, qui ont fait ce monde, il place
en dernière ligne le Dieu des Juifs, c'est-à-dire le Dieu
de la loi et des prophètes, qu'il nie être Dieu et qu'il
dit être ange. Il prétend que le sort lui a fait échoir la
race d'Abraham, et que c'est pourquoi de la terre
d'£.gypte il transporta les enfants d'Israël dans la terre
de Chanaan, qu'il est plus turbulent que les autres
anges, que c'est pourquoi il excite souvent des séditions
et des guerres et verse le sang humain; que le Christ a
été envoyé non point par celui qui a fait le monde, mais
par cet Abrasax; qu'il est venu en fantôme, qu'il a été
sans substance de chair; qu'il n'a point souffert chez les
Juifs, mais qu'à sa place a été crucifié Simon, en sorte
qu'il ne faut pas croire en celui qui a été crucifié, car
alors on confesserait que l'on croit en Simon. » Au
IVe siècle, Y Abrasax avait perdu en partie son impor-
tance dans la polémique; aussi, saint Jérôme et saint Au-
gustin s'arrétent-ils au côté archéologique : « Basilidès
appelle le Dieu tout-puissant du nom monstrueux d VI bra-
sax, et il prétend que, selon la valeur des lettres grecques
et le nombre des jours du cours du soleil, Abrasax se
trouve renfermé dans son cercle ; le même, selon la valeur
des autres lettres, est appelé Mithra par les gentils 3. »
« Basilidès, reprend saint Augustin 4, disait qu'il y avait
trois cent soixante-cinq cieux : le même nombre de
jours comprend toute l'année. C'est pour cela qu'il re-
gardait le nom Abrasax comme saint et vénérable. Les
lettres, dont ce nom se compose, selon la manière de
' Adv. Iiser., 1. I, c. xxiv, P. G., t. vu, col. 680. — * De
prtesçrivt., c. xlvi, P. L., t. Il, col. 62. — *Comm. in Amos,
c. m, P. L., t. x.w, cal. 101"' — 'Hœres., VI, P. L.. t. xi.n,
Col. 'ai. — » Montl'aucon, L'an.: uité expliquée, 1722-1824, t. u,
supputer des Grecs, donnent ce nombre : il y a sept
lettres, a, 6, p, a, a, a, \, lesquelles représentent :
a 1
6 2
p 100
a 1
g 200
a 1
È 60
365
Peut-être n'a-t-on pas remarqué comme il le faudrait
ce fait, en apparence accidentel, de la valeur numérale
égale pour aëpauod; et t«i6pa; (Mithra) : 365 c'est le
nombre des Éons créateurs, le Plérùme gnostique.
H 40
e 5
c 10
0 9
p 100
a 1
<j 20C
lÎGJf
et il y a de plus la double rencontre de sept lettres 5.
Cette parenté, au moins lointaine, avec le dieu Mithra
laisse entrevoir quelque chose des origines de la gnose
dont les idées religieuses et philosophiques eurent leurs
sources dans les doctrines de l'Assyrie, de la Perse, de
l'Inde et de l'Egypte. « C'est l'esprit de l'antiquité asia-
tique cherchant à s'emparer de l'Europe en pénétrant
dans l'Eglise6. » Le point commun entre le gnosticisme
et le mithriacisme fut non seulement leur immense dif-
fusion, mais leur adoration du soleil, qu'ils entendaient
en même temps du soleil matériel et de Jésus-Christ, le
Soleil de Justice. C'est cette étroite liaison qui semble
permettre de se relâcher un peu ici de la rigueur de
l'histoire pour faire l'application aux gnostiques de deux
textes patristiques qui visent directement les mi-
thriaques.
« Les Apôtres, dit l'apologiste Justin \ racontent dans
leurs Évangiles que Jésus ayant pris du pain et ayant
rendu grâces, leur dit : Faites ceci en mémoire de moi,
ceci est mon corps; et qu'après avoir pris le calice et
rendu grâces de même, il dit : Ceci est mon sang, et
qu'il le donna à eux seulement. Les mauvais démons ont
imité et enseigné la mémo chose dans les mystères et les
imitations de Mithra. Car vous savez, ou vous pouvez
savoir qu'on met du pain et de l'eau au sacrifice de
ceux qui sont à initier et qu'on y prononce quelques pa-
roles. » « On demande, écrit Tertullien, par qui est
interprété le sens des choses qui favorisent les hérésies.
C'est par le diable, dont le rôle est d'intervertir la vérité,
et qui, dans les cérémonies mêmes des idoles, veut imi-
ter les cérémonies des sacrements divins. Il baptise, lui
aussi, ses croyants et ses fidèles; il promet, par le bain,
l'expiation des délits, et, s'il me souvient encore de
Mithra, il signe au frontses soldats; il célèbre l'oblation
du pain; il offre l'image d'une résurrection et vous
ceint de la couronne sous le glaive s. o >• Sans doute,
dit très justement Chabouillcl. pour se conformer à un
usage que je n'ai pas voulu suivre, et parce que le mot
Abrasax se trouve sur un grand nombre de pierres ellip-
tiques, [dom Montfaucon] a intitulé : Les Abraxas son
livre III [de Y Antiquité expliquée] qui traite de- pierres
p. 356; W. King, The gnostics, 2' édit., 1887, pi. J, K. L, et
p. 442 sq. — • Cahier. Mélanges ([archéologie, d'histoire et (te
littterature, in-4\ Paris, 1848, t. I, p. 137. — ' Apol I. 66, P. G.,
t. VI, col. 429. — • De prxscrtpt., c. xl, l>. L., L n, col. 54.
133
ABRASAX
134
gnostiques. Cette dénomination, conservée jusqu'à nos
jours, n'est pas justifiable; Abraxas ou Abrasax sont
des termes qui ne conviennent pas mieux pour désigner
les pierres gnostiques que les noms de Jupiter ou de
Vénus ne conviendraient pour désigner un ensemble de
monuments du paganisme. Abrasax n'est pas le nom
d'une sorte de talisman, c'est, selon les Pères de l'Église,
cités par Montfaucon, le Dieu suprême des gnostiques l. »
Cette observation nous aide à ramener les pierres
gnostiques à leur juste valeur. Ce sont des talismans sur
lesquels beaucoup ont pu ne lire que le nom de Dieu,
car les sectes comprennent toujours un grand nombre
d'âmes bonnes et simples prédestinées au rôle de dupe
qu'elles jouent souvent avec une admirable sincérité.
Pour ces cœurs confiants et discrets, la mesure de mys-
tère, si minime fut-elle, qu'on leur révélait, suffisait à
les satisfaire
VI. De quelques autres légendes lapidaires. — La dé-
viation du gnosticisme et le simple entraînement logique
de ses doctrines donnèrent naissance de très bonne
heure à un pullulement de sectes dont on ne peut se
faire quelque idée de nos jours que par la statistique
des groupes dissidents dans les pays protestants piétistes
comme l'Angleterre. Saturnin et Bardesane, en Syrie et
en Phénicie; Cerdon et Marcion dans l'Asie Mineure et
l'Italie; en Egypte, Basilidès, Valentin, Secundus, Épi-
phane, Isidore, Marcos, Colarbasus, Héracléon, Théodote,
Carpocrate, les ophites, les séthiens, les caïnites, les
anlitactes, les borboniens, les phibionites, les adamites,
les prodiciens, les agapètes et d'autres qui remplissent
les catalogues hérésiologiques des Pères. Tous ces
groupes subdivisent, décomposent à l'infini le démiurge
basilidien laldabaoth, dont les émanations se dédoublent,
s'accouplent, se fractionnent, se rapprochent encore, se
multiplient sans fin dans une sorte de poussière de
féerie. La plupart n'ont pas attendu ce degré d'émiette-
ment social et intellectuel pour sombrer dans l'incohé-
rence. On ne peut songer à entreprendre ici le catalogue
fastidieux de ces folies; cependant, si on écarte les
inscriptions manifestement chimériques, il reste plu-
sieurs classifications qui offrent des apparences assez
scientifiques pour trouver ici leur place.
Parmi les génies émanés du démiurge laldabaoth se
trouvent : laô (Iehovah), Sabaoth, Adonaï, Eloi, Oraios,
Astophaios, dont les noms reviennent souvent.
Les influences planétaires, si importantes dans les doc-
trines de la gnose, sont rappelées par les sept voyelles
AEHIOTQ qui correspondent aux sept planètes. Mont-
faucon a divisé toutes les pierres gnostiques en sept
classes : « La première, dit-il, sera des Abrasax à tête
de coq. La seconde, de ceux qui ont ou la tète ou tout
le corps de lion, dont l'inscription est quelquefois Mi-
thra. La troisième de ceux qui ont ou l'inscription ou
la figure de Sérapis. La quatrième, des Anubis, des
escarbots, des serpents, des sphinx et des singes. La
cinquième, des figures humaines, soit avec ailes, soit
sans ailes. La sixième, des inscriptions sans figures et
des inscriptions hébraïques. La septième de quelques
Abrasax d'une espèce plus extraordinaire et plus bi-
zarre. »
D'ici longtemps on ne pourra tirer profit pour la science
des familles iconographiques et épigraphiques que nous
venons d'indiquer rapidement. Avant de nous demander
si nous avons bien compris la pensée qui guida la main,
il faudrait être bien assuré qu'il y a eu une pensée.
Avant tout autre classement, et les absorbant tous, on
peut en proposer un très concis : les supercheries et les
obscénités.
' Chabouillet, toc. cit., p. 283, 308, n. 2250, jaspe sanguin
sur lequel on lit : ©QrABPACAS, et Matter, pi. n, -13 : abpaeaï;
ELI, « Abrasas notre Dieu. » — !Tertullien, De prxscript., c. xlvi,
P. L., t. n, col. 62. Cf. Passeri, Diatriba de gemmis Bas ili (liants,
dans Gori, t. Il, p. 227. — 3S. Epiphane, Adv. hxr., 1. XXIV, vu,
Seul un inventaire figuré des pierres gnostiques per-
mettrait d'entreprendre des rapprochements et des com-
paraisons positives dont on peut espérer des conclusions
certaines, bien que rien actuellement ne les fasse pres-
sentir. La description graphique en ce qui concerne
plusieurs classes de monuments — et les pierres gnos-
tiques sont éminemment du nombre — paraît ne devoir
être plus désormais qu'une récréation littéraire, rien ne
devant suppléer à la reproduction mécanique des objets
inventoriés. L'épigraphie glyptique n'est pas dans les
mêmes conditions. Ici, au contraire, il y a tout avantage
à travailler, non sur les originaux, dont une étude
longue et spéciale peut seule permettre le déchiffrement,
mais sur des lectures certaines et universellement adop-
tées. Il y aurait lieu d'entreprendre pour les pierres
gnostiques ce qui a été fait pour les glandes.
Aucune preuve évidente de corrélation entre les figures
et les textes qui se remarquent sur les pierres gnosti-
ques n'a été donnée jusqu'à ce jour, et bien que cette
corrélation soit probable, et peut-être certaine pour quel-
ques types déterminés, il semble préférable de ne rien
préjuger pour les autres. Nous tenterons plus loin
d'éclaircir la question pour quelques types.
VII. Sens. — Le terme d' Abrasax est ainsi expliqué par
Tertullien2 : Ab angelis CCCLXV cœlos institutos et
mundum in honore Abraxe cujus nomen hune in se ha-
bebat numerum computatum. D'autres Pères préfèrent
l'explication numérale : A et B, unum et duo; P et A,
ducentum et unum; C et A, eentum et unum;l, 60,
sunt quse simul juncta efftciunt CCCLXV 3. « Cette
explication, pense M. Schwab, est plus ingénieuse que
plausible4. » Chabouillet estime que « c'est dans les
influences des nombres qu'on trouve la raison de ce nom
auquel on a vainement cherché une étymologie raison-
nable 5 ».
VIII. Distribution. — Quelque parti que l'on adopte, il
semble qu.J toute recherche doit être tentée en gardant
présente à la mémoire la distribution adoptée par Bel-
lermann dans son court et remarquable essai intitulé :
Drei Programmai ùber die Abraxas-gemmen6 : 1° les
Abraxas de provenance basilidienne; 2° les Abraxastes
provenant d'anciennes religions et adaptés par des
gnostiques à leurs propres opinions; 3° les Abraxoïdes
absolument étrangers aux doctrines basilidiennes.
1° Les Abrasax. Le nombre incalculable des gemmes
existant dans les musées et les collections particulières
laisse soupçonner la vogue que les pierres talismaniques
durent avoir vers les premiers siècles de notre ère. Un
hérésiarque nommé Basilidès, qui paraît avoir vécu vers
130, employa ce moyen pour répandre les types symbo-
liques adoptés par sa secte. Si l'on se reporte à l'histoire
religieuse de l'empire romain pendant la période qui
s'écoule entre le retour de ferveur païenne et la paix de
l'tglise, entre Trajan et Constantin (115-313), on s'expli-
quera sans peine qu'un très grand nombre de sectaires,
appartenant à des groupes distincts, aient partagé avec
Basilidès la fabrication des amulettes énigmatiques. On
pourrait même ajouter que plusieurs pierres gravées,
d'une orthodoxie certaine, ne laissent pas d'être aussi
bizarres que les pierres gnostiques. S'il fallait établir
une distinction, peut-ètrj pourr lit-on dire que les pierres
chrétiennes ne tombent jamais dans l'obscène ni dans
le grotesque.
2° Les Abraxastes appartiennent pour une bonne
part à l'ancienne iconographie égyptienne; leur adap-
tation n'a pu rien changer aux types qu'un art de déca-
dence ne permettait pas de retoucher sans les endom-
mager gravement et peut-être les détruire. On se con-
P. L., t. xli, col. 316. — * M. Schwab, Vocabulaire de l'angé-
lologie d'après les mss. hébreux, dans les Mémoires présentés à
l'acad. des inscr.,1" série, 1897, t. x, p. 383. — 5 Chabouillet, Ca-
talogue général et raisonné des camées et pierres gravées de
la Bibliothèque, in-12, Paris, 1858, p. 283. — «In-12, Berlin. 182U,
135
ABRASAX
136
tenta donc d'ajouter des inscriptions dans lesquelles les
initiés ont pu reconnaître le signe de passe1.
Le type le plus fréquent de cette catégorie est Anubis,
portant le caducée de Mercure insigne de son office de
conducteur des âmes, ou bien la palme due à sa victoire
sur les puissances du mal, ou enfin présidant à la psy-
choslasie, scène la plus fréquente du Rituel des morts.
Sa place, qui est devant le Christ-Juge, a été donnée, au
moyen âge, à l'archange Michel. Il ne faut pas être sur-
pris de cette adaptation, pas plus que de quelques autres
non moins inattendues, telles que la substitution sur
Certains monuments, de Jésus bon pasteur à Hermès
Criophore, ou encore celle du Sauveur aidant les âmes
à sortir du purgatoire en lieu et place du type que nous
offrent quelques pierres gravées antiques montrant Her-
mès assistant l'âme qui sort de l'Hadès. Ces rappro-
chements s'expliquent par les conditions d'existence des
chrétiens au milieu d'une société païenne à laquelle ils
avaient appartenu et qui les environnait de toutes parts,
si elle ne les pénétrait plus. En outre, les esprits pou-
vaient se plaire à ce que cette « christianisation » des
types païens offrait d'insolite. La philologie et la sym-
bolique nous montrent sur le vif cette méthode d'as-
similation rétrograde; ce fut ainsi que la pureté virgi-
nale fut symbolisée par la colombe, qui était autrefois
l'attribut des amours de Vénus, et que l'adoration fut
rendue à l'instrument qui servait au supplice des es-
claves. Quoique la doctrine elle-même fût arrêtée dans
ses lignes maîtresses, Origène vivant à Alexandrie,
confluent de tous les échanges, commerciaux et in-
tellectuels, a pu, de bonne foi, empruntera la doctrine
de Zoroastre, son lac enflammé, dans lequel Ahriman
et ses partisans devront se plonger au jour du juge-
ment, afin de s'y purifier et de se rétablir dans leur
ancien état. Mais les hommes de ce temps, loin de
s'alarmer, de se scandaliser peut-être, pour ces choses,
les approuvaient et, souvent, les favorisaient. Cela leur
semblait faire le service d'une passerelle qui devait
rendre plus facile le passage des gentils au christia-
nisme.
3° Les Abraxoides. La définition qui a été donnée ex-
clut de cette dissertation l'étude de cette série.
Bellermann a tenté une classification d'après Chifilet,
aux planches gravées duquel renvoient les numéros sui-
vants :
Abraxoides.
'AêpaSôjxoioi. Ayant quelque trait se rapportant au
type Chiffiet, n. 15, 34.
'Av6p(into[j.opipot. Chili'., n. 35-41.
'Affrpùoi. Chiff., n. 28-32.
•0?t6[i.op?oi. Chiff., n. 62-63, 64, 70-76.
'Eutfpajx[juiTia. Chiff., n. 65-69.
Abraxastes.
EÎSw).ô[iop?oi. Chiff., n. 1-5, 42, 44, 56-57, 77, 78, 84-
90, 92, 100, 105.
npiairiffxoi. Chiff., n. 25-26.
KuvoxéçaXoi. Chiff., n. 50-55, 115.
®au(j.aTÔ|j.optpoi. Chili'., n. Diss. socrat., t. VI.
•Opvc6ô|iopçoi. Chili'., n. 17-18, 20-23.
'AiiçiëtdiAopçii. Chili'., n. 88.
'I-/0uô(i.opçot.
Kapaêô(j.opçot. Chiff., n. 98, 99, 102.
Sxa)X-/]xi5jXopcpoi.
'AêiuTÔixopçoi. Chili'., n. 92.
noixtXojxopfoi. Chiff., n. 81-83, 93, 95.
TW6p.op9oc.
Contrairement à ce qui a été fait pour les travaux
donnés jusqu'à ce jour sur les Abrasax, nous allons
« Voy. Matter, Excurs. gnost., pi. i, n. 1 ; n, 1, 2, 3, 4. —*Loc.
cit., 3'fasc, p. 29-33. — 3 A. Franck, La kabbale ou la philosophie
des Hébreux, in-8% Paris, 1892, p. 166-169. — 'Séfer riaziel, éd.
grouper ici, non les incohérences, mais les très rares
inscriptions gnostiques qui offrent un sens acceptable.
IX. La gnose et la. kabbale. — Bellermann 2 a tenté un
classement alphabétique aujourd'hui complètement in-
suffisant. C'est ici assurément la partie la plus solide et,
à cause de cela, la plus obscure du gnosticisme. La mul-
titude d'êtres bizarres et repoussants qui composent le
personnel de la gnose n'est que la réalisation logique
des rêves spiritualistes tendant à se rendre visibles, sen-
sibles, tangibles sous la double pression de l'élément
superstitieux et de l'élément traditionnel. C'est ici,
comme plusieurs l'ont pressenti, le point de suture entre
la gnose et la kabbale. « La démonologie adoptée par
les kabbalistes, dit Adolphe Franck, n'est qu'une person-
nification tout à fait réfléchie des différents degrés de
vie et d'intelligence qu'ils apercevaient dans la nature
extérieure. Toutes les productions, toutes les forces et
tous les phénomènes de la nature sont ainsi représentés...
L'intention de ces allégories devient tout à fait évidente
lorsqu'il s'agit des esprits infernaux. Les démons, pour
les kabbalistes, sont les formes les plus grossières, les
plus imparfaites, les enveloppes (ms>bp) de l'existence 3. »
C'est un cadre systématique doué d'une aptitude d'exten-
sion indéfinie. De là cette intarissable fécondité qui n'est
autre chose qu'une manière de classer les accroissements
que l'expérience apporte périodiquement à la doctrine.
C'est le monde moral tout entier qui est analysé, cata-
logué, classé, avec quel succès, ce n'est pas ici le lieu
de le dire.
Les Pères nous ont transmis quelques embryons de
catalogues d'anges ou d'éons gnostiques, dans lesquels
on s'est obstiné depuis à ne voir que l'onomastique ba-
roque, négligeant le concept qu'elle tentait d'exprimer.
Sur ce point la gnose a tout à gagner d'être étudiée à
l'aide des méthodes que l'on a appliquées à la kabbale.
Nous retrouvons dans la kabbale le chiffre total
d'Abraxas, 365. Le Séfer Kaziel dit, en effet, qu'il y a
365000 anges*. Il est superflu d'instituer une compa-
raison sur le terrain commun de l'influence des planètes.
« Pour réussir dans les opérations de sortilège, dit en-
core Séfer Raziel, il faut prononcer les noms mystiques
des planètes ou de la terre » 5 et les pierres gnostiques
nous donnent fréquemment la devise composée des ini-
tiales des planètes. Un autre rapprochement ne fournit
pas peu de lumière sur l'onomastique de la gnose. On
sait que les Juifs avaient pour usage de remplacer la pro-
nonciation du nom de Jéhovah par un autre nom ou par
une périphrase. Cette restriction s'était étendue du nom
ineffable à ses dérivés, de ceux-ci aux noms qui s'y rat-
tachaient simplement. Pour tourner une difficulté, chaque
jour aggravée par les accroissements apportés à la liste,
on imagina les voies les plus compliquées, on traduisit, on
transposa, on altéra, on intercala, bref ce fut à chacun de
s'ingénier. Il ne pouvait en résulter qu'une immense con-
fusion à propos de laquelle furent imaginés quelques raf-
finements mnémoniques assez ingénieux. On ne peut
en donner la démonstration tiret- d'exemples empruntés
à l'épigraphie gnostique qui ne les fournira qu'après des
(•tudes spéciales dont il appartient à un dictionnaire de
suggérer l'idée en indiquant les moyens dont on dispose
pour l'exécuter. La connaissance des méthodes kabbalistes
pourra être ici d'un grand secours : « Leurs principaux
artifices à cet égard (et dont le Talmud offre déjà des
traces) sont, dit M. Wogue 6, le Notariqon, la Ghematria,
et la Temourah. Le Notariqon décompose un mot en
o o o
plusieurs; ainsi : DW = ïVWO irj ois ou mo m -en.
Ou, au contraire, il compose un mot avec les initiales,
ou avec les finales de plusieurs autres mots; ainsi, les
initiales de d;'j>7 mia isur, « levez en haut les yeux, »
d'Amsterdam, fol. 19 b. — */!>id. — 'Cf. Schwab, Vocabulaire de
l'angélolotjie, dans les Mémoires de l'académie des inscriptions,
1897, t. x, p. 126 sq.
137
ABRASAX
438
Is., xl, 26, égalent ynw, « écoute; » ou les linales de
-iwyb n>nbN tna, « que Dieu créa, » Gen., n, 3, équiva-
lent à nas, « vérité. » Le premier de ces mnémonismes,
donné par le liturgiste Abudarham, rappelle que la vue
du ciel étoile marque l'heure de la récitation nocturne
du schéma; le second que Dieu est la vérité absolue.
« La Ghematria suppute la valeur numérique des
lettres d'un mot, considéré en lui-même ou comparé à
d'autres, pour en tirer des inductions ou des assimila-
tions. Ainsi le mot m (Gen., xlii, 2) =210; ce nombre
est celui de la durée de l'esclavage égyptien; Drwin
(Deut., iv, 25) =852, durée du premier État juif; mura
= 358 = urnj, « serpent, » allusion à ce que le Messie
est vainqueur du serpent. — On calcule aussi par le
]isp -tsov, « nombre réduit, » c'est-à-dire en ramenant
les dizaines et les centaines aux unités simples, de
sorte que » ou p (10 ou 100) = M, 4; que :om (20 ou
200) = 3, 2, etc. ; si bien que mn> ou > = 1 [0] (avec le
reste 16) = 17 ou ans, « bon, » et pwio, « premier, »
soit 2 [00] + 1+3 [00] + 6 + 5 [0] = 17, nombre égal à
Jehova; ce qui prouve arithmétiquement que Dieu est
bon, et qu'il est le premier des êtres. L'on trouverait
encore par cette méthode que rns hn (Ps. xxxi, 6) =13
= inN, ou que le « Dieu de vérité » est « unique ».
>< Enfin la Temourah, « substitution » ou « permuta-
tion » alphabétique, consiste à transposer les lettres du
mot, ou, ce qui est plus fréquent, à les remplacer par
des équivalents artificiels, obtenus par des alphabets de
convention. »
Outre les permutations, il y a les supputations numé-
rales, les permutations de lettres, les substitutions, les
déplacements de lettres, les équivalences numériques et
les équivalences de forme.
Terminons par un seul exemple : le tétragramme Tn>
contenu dans le Schéma a été transcrit au revers des
Mezuzôth après avoir été soumis à la permutation : iris
itis 1D2TD3, « mots qui n'auraient pas de sens si l'on
ignorait leur origine '. »
X. Essai de vocabulaire gnostique
AAGONEZZ = « le violent ». Chifflet, n. 69; cf. Gori, t. h,
p. 263, n. 81.
ABAA ou ABAHN ou ABAI (?) = « affligé ». Gori, t. Il,
p. 250, n. 3; Chifflet, n. 35; cf. Gori, t. n, p. 252, n. 12;
p. 260, n. 65; ibid., n. 97; cf. Gori, t. n, p. 266, n. 96;
Cappello, n. 113-114, cf. Gori, t. n, p. 269, n. 114.
ABAANAOANA (?). Chabouillet, n. 2210.
ABAANA0ANAABA = « père, viens à nous » (?). Cha-
bouillet, n. 2179.
ABPACAE (?). Gori, t. n, p. 250, n. 3; p. 251, n. 11 ; p. 252-
279, n. 14, 15, 26, 56, 59, 69, 112, 147, 158, 161, 177.
ABP00AA MM. AOA = (?) « il a créé le monde ». Cap-
pello, n. 401; cf. Gori, t. n, p. 274, n. 145.
ACHAYTENA (?). Gori, t. n, p. 267, n. 404.
ACHIVC0 = (?) « faites revivre ». Passeri, n. 497; cf.
Gori, t. il, p. 255, n. 32.
ArANAKKA = &ïav, « fort ». Cappello, n. 26, et ATA-
NAXBA, Ibid., n. 208.
AITONI = « pensée ». Gori, t. n, p. 267, n. 402.
Arto = (?) « cercle ». Chifflet, n. 69; cf. Gori, t. n,
p. 263, n. 84.
AfOOPI *PAZI (?). Passeri, pi. 76; cf. Gori, t. n, p. 267,
n. 400.
AAONAI ou AAAG0 ou AOCONAI = « Seigneur ».
Gori, t. n, p. 254, n. 26; p. 259, n. 56; p. 264, n. 66;
p. 274, n. 424; p. 266, n. 97; Chabouillet, n. 2245.
AAZEME = « Éternel est son nom ». Passeri, n. 497;
cf. Gori, t. n, p. 255, n. 32.
AEHIOYCO G0YOIHEA (?). Chifflet, n. 4; cf. Gori, t. n,
1 Queh Binah, f. 34'. a. Schwab, Vocabulaire de Vangé-
lologie, dans les Mém. de l'acad. des inscvip., 1807, t. x, p. 140.
p. 257, n. 45. AIHCOV et COIEAI. Chifflet, n. 94; cf.
Gori, t. n, p. 265, n. 94.
AEIA = « je suis ». Gori, t. n, p. 256, n. 36.
AENI (?). Cappello, n. 472; cf. Gori, t. n, p. 277, n. 166.
AENIAMB0ùV(?).Chifflet,n.69;cf.Gori,t.n,p.263,n.81.
AENIOYZ ou AEHIOVS (?). Gori, t. n, p. 253, n. 22.
AEVfcOOV (?). Gori, t. n, p. 250, n. 3; AHECOA. Gori,
t. n, p. 251, n. 5.
AZAAAAK (?). Cappello, n. 29; cf. Gori, t. n, p. 271, n. 420.
AZPHIAONIIA = « secours divin ». Cappello, n. 23;
cf. Gori, t. n, p. 270, n. 446.
AHIC...EP. MIEC = « Dieu vainqueur du feu ». Cap-
pello, n. 23; cf. Gori, ibid.
AH00H. COACOA.H = «Iehova(?).»Gori,t.n,p.253,n.23
AGEPNQO (?). Chabouillet, n. 2482.
AIANAKA ou AIANAX*A (?). Cappello, n. 29; cf. Gori,
t. il, p. 271, n. 420; Chabouillet, n. 2206.
AlACù pour IAC0 = « Dieu éternel » suivi de AIAE
Gori, t. il, p. 249, n. 4.
AIH IAE = IACO = « Éternel ». Gori, t. H, p. 250, n. 3.
AIITVIDLYINI (?). Gori, t. n, p. 249, n. 2.
AINC0. Voy. IAHIE.
AITTOC (?). Capello, n. 28; cf. Gori, t. n, p. 274, n. 449.
AKPA et XAKPA = « sommet ». Cappello, n. 20, 28;
cf. Gori, t. n, p. 269, n. 413; p. 270, n. 445. Var. : AKPM.
Cappello, n. 443; cf. Gori, t. n, p. 276, n. 457.
AKPACAT (?). Cappello, n. 444; cf. Gori, t. n, p. 275,
n. 449.
AAEZ. Peut-être allusion à l'hospitalité. Cappello, n. 69;
cf. Gori, t. il, p. 273, n. 434.
A Al 00 = « élevée ». Passeri, n. 499; cf. Gori,t.n, p. 255, n. 34.
AAKANA = « Elcana ». Passeri, pi. 437; cf. Gori, t. h,
p. 267, n. 404.
AAOYOAY (?). Chabouillet, n. 2484. Cf. Montfaucon,
Antiq. expl., t. n b, p. 373.
AAA00 = « Dieu ». Gori, t. il, p. 267, n. 402.
AM AOPIO (?). Cappello, n. 28; cf. Gori, t. n, p. 274, n. 419.
AMOIPI (?). Chifflet, n. 57. AMOIPIMOIPPIOMIPIO-
MA. Reinach, Pierres gravées, pi. 89.
AMOPO ou AMAPOMA (?). Gori, t. n, p. 255, n. 33;
Chabouillet, n. 2181, 2215.
AMOOBAHM (?). Chifflet, n. 69; cf. Gori, t. n, p. 263, n. 81.
AMOPAXOi ou AMOPAXEI (?). Cappello, n. 26, 208;
cf. Gori, t. ii, p. 270, n. 118; p. 271, n. 120; p. 278,
n. 169. Var. : HN. AMOPCOI. Cappello, n. 98; cf. Gori,
t. n, p. 274, n. 144; Chabouillet, n. 2206.
ANAZPVC (?). Cappello, n. 92; cf. Gori, t. n, p. 274, n.142.
ANANAEL ou OTHONIEL (?). Chabouillet, n. 2179.
ANANIA — « Dieu exauce ». Cappello, n. 455; cf. Gori,
t. n, p. 277, n. 463.
ANAAPA = « la Vierge », constellation du Zodiaque.
Cappello, n. 20; cf. Gori, t. n, p. 269, n. 443.
AN AX = « je suis ». Cappello, n. 40; cf. Gori, t. n, p. 268,
n. 405.
ANAXOX = « je suis ». Gori, t. n, p. 252, n. 18.
ANNARIS = « reflux ». Revue de numismatique, 1892,
p. 246.
ANNVI (?). Gori, t. n, p. 249, n. 2.
ANOMENIO (?). Chifflet, n. 70; cf. Gori, t. n, p. 264,
n. 83.
ANOVBEI = « Anubis ». Chifflet, n. 74; cf. Gori, t. n,
p. 264, n. 86.
ANOX (?) = « je [suis] ». Chifflet, n. 76; cf. Gori, t. n,
p. 264, n. 87. Voy. ANAX.
ATTAPAITETOI 6eat. Conze, Reise auf Lesbos, in-4»,
Hannover, 1865, p. xvii, n. 4.
APAIC0 = « j'exauce les imprécations ». Chifflet, n. 14;
cf. Gori, t. n, p. 258, n. 54.
APAZA (?). Gori, t. h, p. 250, n. 3.
APAXNOVP = « toile d'araignée », P final pour <t>HE.
Gori, t. n, p. 254, n. 6.
APBAOEI (?). Chabouillet, n. 2224. Cf. Montfaucon.
Ant. expl., t. n b, p. 373.
139
ABRASAX
140
APBAPMA*COP = « quatre forteresses » (?). Chabouil
let, n. 2186.
APKAO ArPAMNHOlK (v-faix) = «... prudent ». Cap
pelle-, n. 113; cf. Gori, t. n, p. 275, n. 151.
APOTTAHZ = « aiguillon de labour ». Chabouillet
n. 2223.
APOY (ïpovp) = « maudit». Chifllet, n. 69; cf. Gori, t. n
p. 263, n. 81.
APPCOPIOIACIC (?). Cappello, n. 110; cf. Gori, t. il
p. 275, n. 148.
APTAMAXAMBPAQ (?). Chabouillet, n. 2Î23.
APXEO (?). Chifllet, n. 40; ci. Gori, t. n, p. 201, n. 69
AZA = « fort ». Passeri, n. 197; cf. Gori, t. n, p. 255
n. 32.
AZAEHI (?) = « sois fort ». Chifllet, n. 35; cf. Gori
t. n, p. 261, n. 66.
AZGû = « révérer ». Gori, t. il, p. 256, n. 40.
AYZ = « force ». Gori, t. n, p. 256, n. 39.
AOANOC0N suivi de A*PA = « beauté ». Cappello,
n. 171 ; cf. Gori, t. H, p. 277, n. 1C5.
B
BAMAIAZA = «dansl'eau rapide ». Chabouillet, n. 2206.
BAPBA ou BAPPABA = « Barrabas ». Chifllet, n. 76,
89; cf. Gori, t. n, p. 264, n. 87; p. 265, n. 92; Cha-
bouillet, n. 2176.
BAPBAPKEO = « agir en barbare ». Chabouillet,
n. 2224.
BAPOZZ = « en tête », symbole d'un souhait de supré-
matie. Gori, t. n, p. 252, n. 18.
BEPO0E (?) = « par le guérisseur ». Chifllet, n. 76; cf.
Gori, t. n, p. 204, n. 87.
BHBIO (?). Gori, t. n, p. 249, n. 1.
BIENV0 (?). Vov. NABIA.
BABA (?). Gori, t. n, p. 256, n. 40.
BOEMO — « animal » (dans le sens d'être) [Béhémoth?].
Cappello, n. 14; cf. Gori, t. n, p. 269, n. 111.
BPAM BAPOYXABPAM = « béni soit Abram ». Cha-
bouillet, n. 2224.
BZIAAOE VOI = (?). BIZME IAH.OYE = « au nom de
Dieu sacrifie ». Gori, t. n, p. 256, n. 39.
c, r
CAAAMAZA ou CAAAMAIA. = Cappello, n. 26, 208;
cf. Gori, t. n, p. 257, n. 42; p. 270, n. 118; p. 278,
n. 169 ; Chabouillet, n. 2193, 2206.
CAZOVA (?). Cappello, n. 101; cf. Gori, t. n, p. 274,
n. 145.
TAIXIAKTXI (?). Chifllet, n. 12; cf. Gori, t. n, p. 258, n. 50.
rAAIMOPYEN = xaUiixdpçriî, « belle ». Gori, t. n,
p. 257, n. 43.
TAMOVAAX (?) = «enta faveur». Gori, t.n,p.250, n.3.
rENBAPOAPANTHC = (?) « jardin issu d'un gouffre».
Chabouillet, n. 2181, 2224.
riTANTOPHKTA = « brise le géant ». Chifllet, n. 34,
76; cf. Gori, t. n, p. 260, n. 64; p. 264, n. 87.
TNEXICON = « générateur ». Gori, t. n, p. 254, n. 27.
rPAMN = ypâ(A|ia, « écrit ». Cappello, n. 130; et.
Gori, t. ii, p. 275, n. 153.
TPEMBAA = (?) « il l'a excité ». Chifllet, n. 69; cf.
Gori, t. ii, p. 2G3, n. 81.
AAMNA MENEYE (?). Chabouillet, n. 2181, 2250.
AIA OVAACCE = «... garde ». Cappello, n. 191; cf.
Gori, t. ii, p. 277, n. 167.
AIA (?). Gori, t. il, p. 257, n. 43.
AIA00PON (?). Gori, t. il, p. 268, n. 107.
AKP AZAZ AXBZI- =- (?) « mâle ». Chifllet, n. 13;
cf. Gori, t. n, p. 258, n. 52.
AOMAPYNO = « de notre maître » (?). Chifllet, n. 94;
cf. Gori, t. n, p. 266, n. 95.
EAITI 1VXII =... «je suis... ». Gori, t. n, p. 249, n. 2.
EBVLEB = (?) « par le cœur ». Revue de numisma-
tique, 1892, p. 247.
El MO (?). Gori, t. ii, p. 253, n. 22.
EIPHKACO (?). Cappello, n. 14; cf. Gori, t. n, p. 269,
n. 111.
EICù TAZA (?). De Saulcy, Numismatique de Terre-
Sainte, pi. xi, n. 10, 12.
EAANHMI (?). Chifllet, n. 70; cf. Gori, t. n, p. 264, n. 83.
EAOAI ou EAEOYE = « mon Dieu » (EXoi E>oi, Eli
Eli), Gori, t. n, p. 254, n. 25; Chabouillet, n. 2245.
E M ELI SI = (?) a vain est l'homme ». M pour B. Cap-
pello, n. 2; cf. Gori, t. il, p. 267, n. 104.
EMEZZIA, symbole d'impureté. Chifflet, n. 69; cf. Gori,
t. il, p. 263, n. 81. Cf. Is., xix, 14; xxvm, 8.
EOYN I ACO (?). Capello, n. 14; cf. Gori, t. n, p. 269, n. 111.
ECEK = « désir, passion ». Chifllet, n. 70; cf. Gori,
t. n, p. 264, n. 83.
EZIE MAAI = (?) « sera complet ». Z pour H. Gori,
t. n, p. 251, n. 6.
EZXET = « ton désir ». Gori, t. n, p. 267, n. 102.
ETirrA = « la couronne ». Gori, t. n, p. 267, n. 102.
EYAOY (?). Cappello, n. 35; cf. Gori, t. n, p. 271, n.122.
EYHMEPOY = « éphémère ». Cappello, n. 88; cf. Gori,
t. n, p. 273, n. 136.
EYHYIW = £Ù lato, «bon Dieu». Gori, t. il, p. 251, n. 10.
EVAAMGù = « Univers » (pour l'Universel, Dieu).
Schwab, à ce mot; Gori, t. n, p. 253, n. 22.
EVOVIA = (?) « l'Être suprême ». Gori, t. n, p. 250, n. 3.
EYrTAOlA (?). Ch. Lenormant, dans De "VVitte, Des-
cription des antiquités... E. Durand, p. 389-390,
n. 1777; S. Reinach, Traité d'épigraphie grecque,
p. 454.
EVZOAAIOI — (?) eO'too;, « heureux ». Passeri, n. 199;
cf. Gori, t. h, p. 255, n. 34.
E$PA ou Ephira. Voir OPIMZ.
EXNH = k'xiSva, e/'î, « vipère. » Cappello, n. 130; cf.
Gori, t. n, p. 275, n. 153.
Z, H
ZHAZHY (?), dieu égyptien. Cappello, n. 20; cf. Gori,
t. n, p. 209, n. 113.
ZODIACVC (?). Capello, n. 39; cf. Gori, t. n, p. 271,
n. 123.
HAVXH pour XO^n = « ombre ». Chifllet, n. 94; cf.
Gori, t. n, p. 266, n. 95.
HAYXH. Voir PCOZOMAAHAYXH.
HEEIKO... Chifflet, n. 13; cf. Gori, t. il, p. 258, n. 52
HEIC0, ou Elll, ou HICO, HIO, HHI = « je suis ». Chif
flet, n. 28; Cappello, n. 105, 113; cf. Gori, t. n, p. 255,
n. 35; p. 260, n. 59; p. 274, n. 147; p. 275, n. 151.
Cf. p. 249, n. 1; p. 203, n. 82; p. 274, n. 147.
HAENOV ... Gori, t. n, p. 250, n. 3.
H MAO = « complet ». Chifllet, n. 17; cf. Gori, t. H,
p. 259, n. 55.
HNNYZZG0P (?). = •< Genezar ». Chifllet, n. 9-1; cf. Gori,
t. n, p. 266, n. 95.
HTTEPEAAGûPrOAA = « ce qui est pris du sein ». Chif-
llet, n. 94.
HPOYCEA = >ipa>;, « l'Amour dieu ». Cappello, n. 96;
cf. Gori, t. Il, p. 274, n. lin
HYPIX, vent du sud-est. Chifllet, n. 77; cf. Gori, t. n,
p. 265, n. 88.
HVPGOONXPOO = « Europe... f, Cappello, n. 22; cf.
Gori, t. n, p. 270, n. 115.
HOIKA pour è?r,xa (aoriste de è.f:.i)\x.i) = « envoyé,
ange ». Cappello, n. 130; cf. Gori, t. n, p. 275. n. 153.
HXQAOMAPYNO=«cri de notre maitre». Chabouillet,
n. 2221.
HC0A (iin) AZC0 = « l'aurore ». Chifflet, n. 13; cf.
Gori, t. n, p. 258, n. 52.
141
ACRASAX
142
Q
©AAAKA = (?). Passeri, pi. 137; cf. Gori, t. ir, p. 267,
n. 101.
0EONOHLI = (?) (kdv, 4n, « Dieu fort ». Cappello,
n. 13; cf. Gori, t. n, p. 268, n. 110.
©ECO, IOPICO =nn>. Cappello, n. 219; cf. Gori, t. n,
p. 278, n. 172.
0I0IINEH (?). Gori, t. il, p. 255, n. 35.
OIOIO = (?) Qvw, « je sacrifie ». Passeri, dans Gori, t. n,
p. 251, n. 7.
0OY0 IOMBOYP = Thot, Mercure. Chifflet, n. 33.
©YPOMBH2 (?). Gori, t. n, p. 256, n. 41.
IAAI pour IACO = « Dieu ». Gori, t. n, p. 251, n. 11.
IAAM = Iao), Dieu. Gori, ibid.
IABA EAA (?). Chifflet, n. 30; cf. Gori, t. n, p. 260, n. 60.
IAEVI = n>n>, « il est. » IECOOV, IAEMOV = « à ja-
mais ». Gori, t. ii, p. 250, n. 3.
IAH, IAT — ->, « Dieu. » Gori, t. il, p. 249, n. 2.
IAHIE (n>n>) AINCO = aîvôç, « terrible. » Gori, t. n,
p. 249, n. l;p. 255, n. 30.
IAIA = « il est ». Gori, t. n, p. 258, n. 49.
IAAYA NAYM (?). Fabretti, lnscrip. antiq., p. 531.
IAPKAEA = « hanche de Dieu ». Cappello, n. 130;
cf. Gori, t. n, p. 275, n. 153.
IACOYHA = « Dieu aide '». Chabouillet, n. 2181.
1AT. E. Voir 17ABVKTCO.
IACO et IAE = « Dieu ». Cappello, passim; Gori, t. n,
p. 251-279. Var. : COAI. Gori, t. n, p. 254, n. 28; p. 263,
n. 82; Chabouillet, n. 2168-2180.
1BVIAIAIV = « Ibis Lililh ». Gori, t. n, p. 252, n. 13.
IAIHIEHIOYCOHIH ou IAIHXQYOIH (?). Chifflet, n. 65;
cf. Gori, t. n, p. 262, n. 77; Chabouillet, n. 2183.
1AIAI (?). Gori, t. il, p. 256, n. 38.
IENC0. HIAENI (?). Gori, t. n, p. 251, n. 10.
1 E O A M H I = « à jamais ». Le premier I pour A. Chifflet,
n. 68; cf. Gori, t. H, p. 263, n. 80.
10IAA (?). Gori, t. il, p. 255, n. 35.
IAAI = « mon Dieu ». Cappello, n. 14; cf. Gori, t. n,
p. 269, n. 111.
IAEMOV. Voir IAEVI.
IAXIA (?) « dévoré par Dieu ». Chabouillet, n. 2231.
IMXHAA = Mc/ar^, « Michel ». Chifflet, n. 67; cf. Gori,
t. n, p. 262, n". 79.
lNVTIO = im«w.Chifflet,n.77;cf.Gori,t.ii,p.265,n.88.
IOPICO. Voir ©ECO.
IOYIOY pour lao lao. Chifflet, n. 16; Passeri, dans
Gori, t. n, p. 259, n. 54.
IOYCO (?) Iau. Passeri dans Gori, t. h, p. 256, n. 40.
IPH.IOPEI = « respect, vénération » (d'où : idole).
Schwab; p. 405, cf. Gori, t. n, p. 278, n. 174.
ISA = « secours ». Passeri, n. 197; cf. Gori, t. Il, p. 255,
n. 32.
ICIC. *AP. =« Isis Pharia ». Gori, t. n, p. 279, n. 180.
IFDN (?). Gori, t. n, p. 249, n. 2.
I0INEYAE (?). Fabretti, Inscript, antiques, p. 531.
IXAPIN (?). Cappello, n. 14; cf. Gori, t. il, p. 269, n. 111.
IX© = î/B-jç, « poisson » (sur une sauterelle). Cappello,
n. 51 ; cf. Gori, t. n, p. 272, n. 128.
lYIIAlAllEY (?). Gori, t. n, p. 254, n. 26.
IYIBHA (?). Chabouillet, n. 2181.
ICOEP = « il éclaire » (-in>)- Gori, t. n, p. 249, n. 1.
« C'est le troisième terme de la bénédiction sacerdotale
juive. Num,, vi, 25. » Schwab, p. 405.
1COPICO. Voir ©ECO.
K
KAKAC.PEVC (?). Cappello, n. 143; et. Gori, t. n,
p. 276, n. 157.
KAKCO == « détourne le mal ». Gori, t. n, p. 255, n. 30.
KAAKAA = « il (Dieu) nourrit ». Cappello, n. 48; cf.
Gori, t. Il, p. 271, n. 125.
KAMAIAXA (?). Cappello, n. 26, 208; cf. Gori, t. il, p. 270,
n.H8;p. 278, n. 169.
KAMMAPA = « lune ». Chabouillet, n. 2237.
KAN0O (?). Gori, t. n, p. 256, n. 41.
KAVCOH =« Dieu jaloux ». A final élidé. Cappello, n.14;
cf. Gori, t. n, p. 269, n. 111.
KAPH VIX (?). Cappello, n. 14 ; cf. Gori, t. n, p. 269, n. 111.
KAPNI = « ma corne, ma force ». Chifflet, n. 70; cf.
Gori, t. n, p. 264, n. 83.
KEPIAEY = (?) « qui a de belles cornes ». Cappello,
n. 49; cf. Gori, t. n, p. 272, n. 126.
KIAAEEANAPA ou AEBZANAP = «... Alexandre ».
Cappello, n.14; cf. Gori, t. n, p. 269, n. 111 ; p. 27C, n. 115.
KIKAPHE = « circuit de Dieu ». HE pour EA. Cappello,
n. 14.
KIKION = « arbre mystérieux » (cf. Jonas, iv, 6-10).
KIPAAIHON; KIPIE = xûpie, « Seigneur; i> KO-
MENEP. Cappello, n.14.
KOMEPO (?). Gori, t. n, p. 253, n. 22.
KONTEYouKENTEY(?) de xovtôç, « épieu, » symbole
de l'Orient. Cappello, n. 49; cf. Gori, t. Il, p. 272, n.126.
KOVZTIHA = « subjugué par Dieu » (cf. II Reg.,
xiv, 7; I Par., iv, 18). Macarius, Abraxas, pi. vi,
n. 24; Chifflet, n. 24; Gori, t. n, p. 259, n. 57. « D'après
Bellermann, Baudissin, Studien zur semitischen Reli-
gionsgeschichte, t. i, p. 196, note 1, explique ce mot
par bMiawp, arc ou vérité de Dieu. » Schwab, p. 408.
KPAMMA = « écrit »; x pour y. Chifflet, n. 69; Gori,
t. n, p. 260, n. 65.
KPICmH.AZ (?). Cappello, n. 132; cf. Gori, t. n, p. 275,
n. 154.
KCOKKCONI.AOI (?). Cappello, n. 113; cf. Gori, t. u,
p. 275, n. 151.
AAOANAKA (?). Cappello, n. 112; cf. Gori, t. n, p. 275,
n. 150.
AAOVEI, AENOVI = « à qui m'aime », ou « cœur ».
Gori, t. n, p. 250, n. 3.
ABAA = (?) « léopard ». Chifflet, n. 35; cf. Gori, t. n,
p. 260, n. 65.
AEBZANAP pour AAE2ANAPOX.
AEINNC (?). Gori, t. il, p. 252, n. 18.
AEONTA ou AANTAAA « Nonien Decani alicujus, vel
epitheton dei lao, qui quandoque AeovTÔjjiopcpoç est. »
Passeri, n. 193; Gori, t. n, p. 255, n. 31; p. 271, n. 124.
AEP0MIN = « pluie ou rosée de Dieu ». Gori, t. il,
p. 256, n. 39.
AEVKAA BAACO = « image du Dieu pur ». Gori, t. n,
p. 250, n. 4.
AIOV (?), Gori, t. ii, p. 253, n. 21.
AOXNHM (?). Cappello, n. 113; cf. Gori, t. n, p. 275,
n. 151.
M
MAAACO = « science ». Chifflet, n. 35; cf. Gori, t. n,
p. 261, n. 66.
MArMVM =magnum, «grand ». Gori, t. Il, p. 258, n. 48.
MAAONetMAAXOI = «monroi».Gori,t.n,p.267,n.l02.
MAPINNI.MAV (?). Cappello, n. 92; cf. Gori, t. n, p. 274,
n. 142.
MAPMAPAOAM, de (/.apuaîpw = « briller». Chabouillet,
n. 2228.
MAPCOHNI (?). Cappello, n. 4; cf. Gori, t. n,p. 267, n. 103.
MAVI = « jour ». Chifflet, n. 32; cf. Gori, t. il, p. 260,
n. 61.
M AXPIEP(?). Cappello, n. 143; cf. Gori, t. n, p. 276, n. 157.
ME0I = Môtic, « prudence ». Chifflet, n. 33; cf. Gori,
t. il, p. 260, n. 63.
MEAfTOMENE = « Melpomène ». Cappello, n. 151;
cf. Gori, t. n, p. 276, n. 162.
143
ABRASAX
144
MENT.OGO (?). Gori, t. n, p. 2G7, n. 102.
MEPAAONOX r= (?) « il dit, ou commande au ser-
pent ». Chifflet, n. 94; cf. Gori, t. n, p. 266, n. 95.
MEPMENNGÙ ('?). Gori, t. n, p. 261, n. 69; Chifflet, n. 40.
MEZIE (?). Chifflet, n. 33; cf. Gori, t. n, p. 260, n. 63.
METIZ pour (iTjTtç = « sagesse ». Passeri, n. 199; cf.
Gori, t. n, p. 255, n. 34.
MI0PAZ = « Mithra ». Cappello, n. 19; cf. Gori, t. H,
p. 269, n. 112.
MIXAHA, rABPIHA, OYPIHA, PA*AHA, ANANHA,
TTPOCOPAIHA, YABCOHA, le 6" nom pourrait être
une altération de upô Iirpsc^X et le 7e une interversion
de Iaxup-e).. Chifflet, n. 15; cf. Gori, t. n, p. 259, n. 53.
MOIPPI (?). Chifflet, n. 57; cf. Gori, t. n, p. 262, n. 75.
MYCIKH.KIMK (?). Cappello, n. 24; cf. Gori, t. il,
p. 270, n. 116.
MVCTO (?). Cappello, n.146; cf. Gori, t. n, p. 276, n. 159.
MQcpAX = « il insuffle [la vie] », M pour N. Chabouil-
let, n. 2230.
N
NABIA.BIENVO ... Cappello, n. 193; cf. Gori, t. H
p. 279, n. 176.
NAOANAEA = NaOavoce/, « Dieudonné ». Gori, ibid.
Var. : A0ANAABA, Cappello, n. 48; cf. Gori, t. H,
p. 250, n. 3; p. 252, n. 12; p. 271, n. 125.
NA<tON = « caché », N pour Z. Passeri, n. 199; cf.
Gori, t. n, p. 263, n. 82.
NAXIAA = Nahiel, « repos de Dieu ». Passeri, p. 199;
cf. Gori, t. n, p. 255, n. 34.
NEMOVNO = « croyance, foi, vérité », avec N pro-
sthétique. Cappello, n. 14; cf. Gori, t. n, p. 269, n. 111.
NEYONHA ... Chifflet, n. 9i; cf. Gori, t. Il, p. 266,
n. 95; Chabouillet, n. 2221.
NIKAK ICIC = « Vincens Isis » (?). Gori, t. n, p. 276,
n. 160; Cappello, n. 152.
NIKNOTI (?). Cappello, n. 14; cf.. Gori, t. il, p. 2C9, n. 111.
NIKH* pour vtxï)<p<5poi;. Cappello, n. 87; cf. Gori, t. il,
p. 273, n. 135.
NIAIIM = « Nil ». Gori, t. n, p. 254, n. 27.
NIVHIXI = ... Chifflet, n. 77; cf. Gori, t. n, p. 265, n. 88.
NOI OINE = ... Gori, t. n, p. 250, n. 3.
NOICOAIA = « supérieur ». Cappello, n. 73; cf. Gori,
t. n, p. 273, n. 133.
NPOÙctXJOXGÙXCO (?)■ Cappello, n. 22; cf. Gori, t. n,
p. 270, n. 115.
NTOKON BAI = Toxeû;, parens. Gori, t. n,p. 258,n.51.
NYXErAB = (? «sortilège paternel ».Chabouillet,n.2204.
0
OAKACO (?). Gori, t. n, p. 254, n. 24.
OEYECO BEE = (?) « je suis », synonvme de Dieu.
Chifflet, n. 35; cf. Gori, t. n, p. 261, n.66.
OEC0V = fleùv (?). Chifflet, n. 94; cf. Gori, t. n, p. 265,
n. 94.
OITIE (?). Gori, t. n, p. 263, n. 82.
OIOT (?). Cappello, n. 14; cf. Gori, t. Il, p. 269, n. 111.
OMIPIOMA = Muptovotia, surnom de Diane. Chifflet,
n. 57; Gori, t. n, p. 262, n. 75.
ONBPYXACE (?). Chifflet, n. 70; cf. Gori, t. il, p. 264,
n. 83.
ON EN = (?) o|iev, « présage. » Gori, t. n, p. 254, n. 26.
ONKAIAAIX = « car il est un dieu jaloux ». Cappello,
n. 14; cf. Gori, t. n, p. 269, n. 111.
OPIMZ = « Ormuzd ». Cappello, n. 28; cf. Gori, t. n,
p. 271, n. 119.
OPGOPI ou OPQPIOY0 = (?) « aurore ». Gori, t. n,
p. 256, n. 40; Chabouillet, n. 2200, 2201, 2202.
OCAE (?). Chifflet, n. 70; cf. Gori, t. n, p. 264, n. 83.
OYAAIA = (?) « le lion ». Cappello, n. 90; cf. Gori, t. n,
p. 273, n. 138.
OVIAEM = « par crainte ». Gori, t. n, p. 250, n. 3.
OVIOVAI (?). Passeri, n. 199; dans Gori, t. il, p. 255, n. 34.
OVTAYP (?). Ibid.
OYO = 6J(D, « sacrifier. » Gori, t. n, p. 256, n. 40.
OYPEC MAPCA = « flamme du feu de Mars ». Cha-
bouillet, n. 2181.
OOEON =« serpentin » [ô'çiç). Chifflet, n. 61; cf. Gori,
t. n, p. 262, n. 76.
0*>HC HAH = ocptç Sn, « serpent de Dieu ». Chifflet,
n. 60; cf. Gori, t. n, p. 264, n. 83.
n
TTABVKTO) rTHKCON IAT.E = ... n^ôç (corlum), îat-
[po'c] (medicus). Gori, t. n, p. 249, n. 1.
TTIOVEOH s= irïov dans le sens de supérieur. Chifflet,
n. 13; cf. Gori, t. n, p. 258, n. 52.
NXIAI (?). Gori, t. n, p. 249, n. 2.
nONAN (?). Gori, t. n, p. 253, n. 22.
TTYNONIA (?). Gori, t. n, p. 254, n. 26.
PAIN (?). Chifflet, n. 7; cf. Gori, t. n, p. 257, n. 47.
PACAZAO = « majesté brillante », C pour n. Cappello
n. 22; cf. Gori, t. n, p. 270, n. 115.
PAZAZ = (?) « briser ». Gori, t. n, p. 254, n. 24.
PAXEI (?). Chifflet, n. 69; cf. Gori, t. n, p. 263, n. 81.
PECO = « je coule ». Gori, t. n, p. 263, n. 82.
PHAVKVPZKVN (?). Cappello, n. 49; cf. Gori, t. Ht
p. 272, n. 126.
PIKEA = « ciel », firmament. Cappello, n. 14; cf. Gori,
t. n, p. 269, n. 111.
PIM4>E (?). Gori, t. n, p. 256, n. 39.
PIOI0HQP = (?) « principe de lumière ». Gori, t. H,
p. 253, n. 21.
PQZOMAAHAYXH = « l'unique dieu du peuple se-
couru ». Chabouillet, n. 2221.
ZABAE IAC0 = « Iao Sabaoth ». Gori, t. n, p. 261', n.68;
Chifflet, n. 39.
CABIPAVrETA = (?) « tu es vaillant dans le feu ».
Chabouillet, n. 2230.
CAB O00N H0E = « Sab[aoth ». Chabouillet. n. 2099.
Schwab, ibid., p. 418 propose Çaboôn pour Sabaôt.
ZAKACOO = « Sabaoth », K pour B. Chifflet, n. 35,105;
cf. Gori, t. n, p. 261, n. 66; p. 266, n. 97.
ZAKIEA = « Dieu pur ». Chabouillet, n. 2249.
CAAA = « Selah ». Gori, p. 253, n. 21; Schwab, ibid.,
p. 418.
ZAMA (?). Chifflet, n. 31; cf. Gori, t. n, p. 260, n. 62.
CAMEAZA ou mieux CAMMAZ = « soleil ». Cappello,
n. 28; cf. Gori, t. n, p. 257, n. 42; p. 271, n. 120.
ZANI (?). Gori, t. n, p. 267, n. 102.
CANXNOVBI, dérivé de Clinoubis. Passeri, n. 199, dans
Gori, t. ii, p. 255, n. 34.
CAPATTIZ = « Sérapis ». Passeri, pi. 87, dans Gori,
t. H, p. 266, n. 99. Var. : CCPATT, Cappello, n. 22;
cf. Gori, t. n, p. 270, n. 115.
ZA ZACO = SaiiCu), « je sauve ». Chifflet, n. 69.
SATOVIEL = « Sataniel »; V pour N. Chifflet, n. 84-
cf. Gori, t. n, p. 265, n. 89.
ZBANA = « vieillard », symbole de vénération. Passeri,
n. 199, dans Gori, t. n, p. 255, n. 34.
CBRINACAS (?). Cappello, n. 52; cf. Gori, t. il, p. 272,
n. 129.
ZEIOAMY (?). Gori, t. n. p. 252, n. 17.
ZEME = (?) « cieux ». Ibidem.
CEMEOY = « soleil ». Cappello, n. 49; cf. Gori, t. n,
p. 272, n. 126.
ZE MEZE = (?) « ô toi! médiateur » (de [iewi-nrir, media-
tor, surnom de Mithra). Gori, t. n, p. 251, n. 11;
p. 254, n. 29.
ZEMEZEIAAMI = « cieux de la paix », ou « nom (divin)
de paix ». Chifflet, n. 38; cf. Gori, t. il, p. 201, n. 67.
145
ABRASAX
146
CECET ou CECEN, nom mystique de Babylone. Cha-
bouillet, n. 2181, 2224.
ZEZENIEMouZEZENIEMATA(?).Gori,t.ii,p.252,n.l4.
C0ENEAOAIC = (?). Gori, t. Il, p. 268, n. 110.
CITAPH (?). Gori, t. il, p. 271, n. 119.
ZiriPIM = « boucs ». Gori, t. h, p. 252, n. 14. Var. :
ZIZIPIM = ZEIPIM. Ibid., p. 261, n. 69.
CIMEAOCE = « feu perpétuel ». Cappello, n. 11; cf.
Gori, t. n, p. 268, n. 105.
CNIM (?). Cappello, n. 53; cf. Gori, t. n, p. 272, n. 130.
ZOMBOYP. Voir 0OY0.
COPHC = « racine ». Cappello, n. 69; cf. Gori, t. n,
p. 273, n. 134.
COPOOPMEP* (?) = « oppresseur ». Cappello, n. 28;
cf. Gori, t. n, p. 271, n. 119.
ZOYMAP (?). Chifilet, n. 35; cf. Gori, t. il, p. 260, n. 65.
COYPIHA = « mon roc est Dieu ». Cappello, n. 142;
cf. Gori, t. n. p. 276, n. 156; Chabouillet, n. 2245.
COOH = « voyan!, espérant ». Chifilet, n. 105; cf. Gori,
t. n, p. 266, n. 97.
ZTTOIIEZ — « Séisops ». Chifilet, n. 35; cf. Gori, t. u,
p. 261, n. 66.
ZVPPATHA = « image de Dieu ». Chifflet, n. 69; cf.
Gori, t. il, p. 263, n. 81.
COPATIC 0EOY = « sceau de Dieu ». Chabouillet,
n. 2218.
CXAPINA (?). Cappello, n. 22; cf. Gori, t. n, p. 270, n. 115.
ZCOTOYAP (?). Gori, t. n, p. 263, n. 82. Mieux écrit <r<L-
teipa au grand papyrus grec de la Bibl. nat., édit.
Wessely, lig. 2279.
TAABAANA0ANA = toc aêXavaGx a. Voir ce mot Chif-
flet, n. 35; cf. Gori, t. n, p. 260, n. 65.
TA AA = « élevé ». Chifilet, n. 14; cf. Gori, t. H, p. 248, n. 51.
TAVOCIFI (?). Cappello, n. 14; cf. Gori, t. h, p. 269,n.lll.
TEMAI (?). Chifilet, n. 69; cf. Gori, t. n, p. 263, n. 81.
TIOAATANAEI (?). Gori, t. n, p. 253, n. 22.
TOVNO (?). Cappello, n. 172; cf. Gori, t. u, p. 277, n. 166.
TVCTEPI (?). Chifilet, n. 70; cf. Gori, t. n, p. 264, n. 83.
T, V
YAAAAIA = « Dieu élevé ». Gori, t. n, p. 249, n. 2.
VAPVHCC(?). Chifflet, n. 89; cf. Gori, t. n, p. 265, n. 92.
YKAAH 5= « belle ». Gori, t. n, p. 256, n. 41.
VNA AAIX (?). Chifflet, n. 120; cf. Gori, t. il, p. 266, n. 98.
VON AEANI(?). Cappello, n.95; cf. Gori, t. il, p. 274, n. 141.
VTHEFVOT = « bandelettes ». Cappello, n. 14; cf.
Gori, t. n, p. 269, n. 111.
VTTNAPXIM = « les Chérubins ». Revue de numis-
matique, 1892, p. 243.
V0IXPO0 (?). Cappello, n.22;cf. Gori, t. n, p. 270, n.113.
V0NONONO = « exauce-nous donc ». Cappello, n. 14;
cf. Gori, t. ii, p. 269, n. 111.
YCOOAAB = « tente du père » (Ex., xxxi, 6). Gori, t. il,
p. 252, n. 18.
VAIVE TIZ = « je suis l'être ». Chifflet, n. 13; cf.
Gori, t. il, p. 258, n. 52.
VPO (?).Gori, t. n, p. 251, n. 7.
VXAVM = « Molokh ». Gori, t. H, p. 258, n. 48.
<t>AINTHZ (?). Chifflet, n. 76; cf. Gori, t. n, p. 264, n. 87.
OAPANTHZ (?). Chifflet, n. 69; Gori, t. n, p. 263, n. 81.
«DEPOYCANNIEIC (?). Cappello, n. 89; cf. Gori, t. n,
p. 273, n. 137.
«fclATGÙAV (?). Gori, t. n, p. 255, n. 35.
<t>AHNEA = (?) « Dieu de l'intelligence ». A pour P.
Gori, t. n, p. 269, n. 111.
<t>OPEN OEPCO = <Ppr,v : Chifflet, n. 36. Cappello, n. 24;
cf. Gori, t. n, p. 261, n. 71; p. 270, n. 117.
«PHO (?). Gori, t. n, p. 250, n. 3.
0PIMNY (?). Chifflet, n. 33; cf. Gori, t. n, p. 260, n. 63.
YOAAZE (de tpAâaaui) = « guéris ». Chifflet, n. 69; cl.
Gori, t. n, p. 263, n. 81. Var. : «DIAAEON, Chabouillet,
n. 2189.
4>YPA (?). Gori, t. n, p. 252, n. 18.
«fcOÛIAGO (?)• Cappello, n. 105; cf. Gori, t. n, p. 274,n. 147.
XAEAAA (?). Passeri,n. 197, dans Gori, t. il, p. 255, n. 32.
XAMAPI (?). Chifflet, n. 35; cf. Gori, t. il, p. 260, n. 65.
Var. : KAMAPIC, Chifilet, n. 69; cf. Gori, t. il, p. 263,
n. 81; Chabouillet, n. 2181.
XANAAW = « piédestal divin ». Gori, t. n, p. 254, n. 29.
XAAXA PEI = (?) « il (Dieu) nourrit ». Cappello, n. 20;
cf. Gori, t. n, p. 269, n. 113.
XEAGOMEPA = « sable de Gomorrhe », symbole de ma-
lédiction. Chabouillet, n. 2228.
XEPT00TE, de yipcoç = « queue ». Gori, t. Il, p. 267,
n. 102.
XIOIO IOX (?). Chifflet, n. 7. cf. Gori, t. il, p. 257, n. 47.
XNOVBIC ou XNOVMIZ = « Chnoubis ». Gori, t. n.
p. 254, n. 25; p. 264, n. 84-86; p. 271, n. 119; p. 277,
n. 164, 168; p. 279, n. 176. Chabouillet, n. 2185-
2190, 2194, 2200.
XONA CCV, peut-être XNOVBIS. Gori, t. n, p. 251, n. 6.
Var. : X<UNECX. Cappello, n. 22; et. Gori, t. n, p. 270,
n. 115.
XPAIXGÛ (?). Gori, t. n, p. 251, n. 6.
XCEYC XCEYCON (?). Cappello, n. 18, 55; Gori, t. n,
p. 268, n. 108-109.
XCOXVO (?) = Nekho(II Reg., xxm, 29). Chifflet,
n. 77; cf. Gori, t. n, p. 265, n. 88.
YAMMA0OY (?). Chabouillet, n. 2250.
Q
COAHO = « Iao ou Jehova ». Chifflet, n. 94; cf. Gori,
t. n, p. 266, n. 95.
COAAEP = « ton sanctuaire ». Chifflet, n. 97; cf. Gori,
t. il, p. 266, n. 96.
C0APAOPO (?). Gori, t. il, p. 258, n. 51.
C0ZOAAAA = (?) « ma force est Dieu » (Ex., vi, 18).
Chifflet, n. 94; cf. Gori, t. H, p. 266, n. 95.
OOHPOO = « ô Eros ». Cappello, n. 69; cf. Gori, t. n,
p. 273, n. 134.
GùZINAATICO = « tu as été élevé ». Gori, t. n, p. 255,
n. 34.
C0C0NIOY (?). Chifflet, n.16; cf. Gori, t. n,p. 258, n. 54.
L'importance des étymologies hébréo-kabbalistes pour
l'explication future des pierres gravées et de toute la
littérature gnostique a été mise en lumière par la
deuxième liste du Vocabulaire de l'angélologie de
M. M. Schwab. Si toutes ses conjectures ne sont pas pro-
bables au même degré, on peut néanmoins en tenir un assez
grand nombre pour acquises définitivement. Il faut faire
la même observation touchant les rapprochements pro-
posés entre les leçons épigraphiques et celles des papy-
rus magiques. Nous allons réunir ici quelques-unes de
ces étymologies et de ces comparaisons qui paraissent
assez solidement établies pour servir de type et de point
de départ à de nouvelles recherches.
AIA00 pour IACO =in>.
AAKANA =n:pbN.
AAACO =nb>s.
ANANAEL =bi«:n.
ANANIA =n>3:v.
ANAAPA =myjn.
APAIG0 = àpatov. Papyr. Z de Leyde (éd. Wessely,
12» partie, lig. 12).
APBAPMA<t>COP =TiX30 vans.
' APOY = -mu = apea, apet. Grand papyr. grec de la
147
ABRASAX
1£3
Bibl. nat., édit. Wessely, lig. 298 et 842 ; àpou?)p,
Papyr. de Londr., CXXI, lig. 751.
APPG0PI4>IACIC = «ppwptfpaffi. Papyr. de la Bibl.
nat., lig. 2234 et 2997.
AOANOCON..AOPA = N"iSN, acpavov Xt'Ôov. Papyr. Mi-
maut du Louvre, n. 2391, lig. 196.
BAPOZZ = mrD.
BOEMO =nnrn.
BPAM BAPOYXABPAM=d-on irama.
AIA OVAACCE = 8ia?y),a£ov. Papyr. de la Bibl. nat.,
lig. 921.
EAOAI =»mbN.
ECEK = pwn.
EIXET = Tpwn.
ETirrA =Ninn.
EVAAMCO = vhtr = eùXa(i(o<rt. Papyr. de Londres,
CXX1I1, lig. 8.
H MAO = Nba> pour xbo.
HPOYCEA =^pa);bN.
IAEVI =n>n>.
IAH = n».
IAPKAEA = W=-|>.
IACOYHA = Wiw».
IA0Ù = in>.
IEOAMHI = >av:iyb (le premier I pour A).
IMXHAA = b>o>a.
IIA =7W.
ICOEP = -n> = lu>epêv)6. Papyr. de la Bibl. Nat., lig. 184
et 279; Papyr. Bainer, XII, lig. 5; Papyr. de Londr.,
CXXI, 1010.
KAMMAPA = nap.
KAVOÛH =<Jn x:p.
KAPNI = >:-ip.
KIKAPHE =-n "an.
KIKION =]t;'-.
KOVZTIHA = Wrip>.
AAOVEI =»nnNb.
AEONTA == >govToicpôfftoitoî. Papyr. de la Bibl. nat.,
lig. 2113.
AEP0MIN =L»0'DD3 (lu de gauche à droite).
AEVKAA BAACO =bN-QT aSyN (lu de gauche à droite).
MAAAGù=y-to.
MAAON=>=ba.
MQ*AX = nsj (M pour N).
NAOON = pss.
NAXIAA = Wru.
NOI03AIA = ]v'*,7 (lu de gauche à droite).
ONKAIAAIX = s:p bsb >: (lu de gauche à droite).
OYAAZ = J^\.
O V I A E IVl = nn>Na (lu de gauche à droite) .
OOHC HAH =6'?t;bN.
PIKEA =ytp-i.
PQZOMAAHAYXH =iin ny bs tin> (lu de gauche à
droite).
ZAKIEA=Snot.
CAAA=nbD.
CAMMAZ =tyaur.
CAPAfTIZ = d'sx-id au Talmud Babyl., tr. Arboda
zara, f. 43 a.
SATOVIEL = Wjtow (V pour N).
ZBANA = N3D.
ZEMEZEIAAMI = ùiiv >aw == <T£[x£<7iXa[x. Papyr. de
Londres, CXXI, lig. 7120.
CIMEAOCE = rvabv/ us (lu de gauche à droite).
COPHC = w-iw.
COYPIHA=bsms.
COOH = nsis = (touçc. Papyr. de la Bibl. nat, lig. 1652.
ZVPPATHA =Sxn tw.
YAAA = nby.
VONONONO = nj 13>:si.
YCOOAAB — nx'bns.
VXAVM = -(Sa (lu de gauche à droite).
XEAQMEPA =moy Vin.
Ce qui fait la nouveauté de cette nomenclature ce sont
les étymologies hébraïques empruntées au Vocabulaire
de l'angélologie de M. Moïse Schwab '. On aura re-
marqué que les étymologies grecques sont rares : bon
nombre de termes, enfin, restent inexpliqués. Néan-
moins, avec ce que nous avons, nous pouvons tenter
quelques classements qui ne feront que confirmer, dans
l'ensemble, l'origine hébréo-kabbaliste d'un grand
nombre de termes gnostiques tenus jusqu'à ce jour pour
simplement incohérents.
Dans les séries qui vont suivre nous citerons les tra-
ductions adoptées dans le Vocabulaire. Les abréviations :
Capp., Chili'., Gori, Chab., renvoient aux ouvrages de :
Cappello, Chifflet, Gori, t. n, Chabouillet, mentionnés
dans la bibliographie.
/. Animaux. — Dieu Iao à tête de coq ; « animal, »
Capp., n. 14; — « mon Dieu, » Capp., n. 14; — « Dieu
jaloux, » Capp., n. 14; — « Mithra, » Capp., n. 19; —
« croyance, » Capp., n. 14; — « bandelettes, » Capp.,
n. 14; — « exauce-nous donc, » Capp., n. 14; — « Dieu
de l'intelligence,» Gori, p. 269, n.lll.
Serpent semordant la queue : « le violent, » Chiff. , n. 69 ;
— « pensée, » Gori, p. 267, n. 102; — « cercle, » Chiff., n. 69;
— « Dieu, » Gori, p. 267, n. 102; — « prudent, » Capp., n. 113;
— «maudit, » Chili'., n. 69; — «dans l'eau rapide, » Chab.,
n.2206; — « il l'a excité, » Chiff., n. 69; — sij.E<7<7ia: symbole
d'impureté, » Chiff. , n. 69 ; — « désir, » Chiff., n. 70 ; — « ton
désir, «Gori, p. 267, n.102; — « la couronne, » ibid.; — «je
suis, » Capp., n. 113; — « à jamais, «Chiff., n. 68; — «Mi-
chel, » Chili'., n. 67; — « ma force, «Chiff., n.70; — «écrit, »
Chili'., n.69; — «mon roi, «Gori, p. 267, n.102; —«soleil,»
Capp., n. 28; — « image de Dieu, » Gori, p. 263, n. 81 ; —
« guéris, » Chiff., n. 69; — « queue, » Gori, p. 267, n. 102.
Serpent radié : « fort, » Capp., n. 208; — « Anubis, »
Chiff., n. 74; — « toile d'araignée, » Gori, p. 251, n. 6;
— « sera complet, » Gori, p. 251, n.6; — « je suis, » Capp.,
n. 105; — « Ormuzd, » Capp., n. 28; — « oppresseur, »
Capp., n. 28. Chnoubis, cf. Schwab, à ce mot; Chab.,
n. 2185-2190, 2194-2200.
Serpent aux pieds d'homme : « force, » Gori, p. 256,
n. 39; — « au nom de Dieu, sacrifie, » ibid. ; — « pluie, »
Gori, p. 256, n. 39.
Soldat à tète de coq : « affligé, » Chiff., n. 97; — « abra-
sax, » Gori, p. 250, n. 3; — « Seigneur. » Gori, p. 254,
n. 26; p. 259, n. 56; p. 261, n. 66; p. 266, n. 97; p. 271,
n.124; — «je suis, » Gori, p. 256, n. 36; — « Dieu éter-
nel, » Gori, p. 249, n. 1 ; — « sommet, » Capp., p. 20, n. 28;
— « la Vierge, » Capp., n. 20; — « j'exauce les impréca-
tions, » Chili., n. 14; — « générateur, » Gori, p. 254, n. 27 ;
— « mâle, » Chili'., n. 13; — « mon Dieu, » Gori, p. 254,
n. 26; — « l'aurore, » Chiff., n. 13; — « il est, » Gori,
p. 258, n. 49; — « grand, » Gori, p. 258, n. 48; — « Nil, »
Gori, p. 254, n. 27; — « présage, » Gori, p. 254, n. 26;
— « serpentin, » Chiff., n. 61; — « élevé, » Chiff., n. 14;
— « je suis l'Être, » Chili'., n. 13; — « Molokh, » Gon,
p. 258, n. 48; — « ton sanctuaire, » Chiff., n. 97.
Lézard : « Seigneur, » Chab., n. 2245; — « mon
Dieu », Chab., n. 2245; — « mon roc est Dieu, » Capp.,
n. 142; Chab., n. 2245; — « belle, » Gori, p. 256, n. il.
//. ANGES. — « Les Chérubins, » Revue de numisma-
tique, 1892, p. 246. « Ananael » ou « Othoniel », Chah., n.
2179; — « Michel, » Chili'., n. 67; — « Koustiel, » Chiff.,
n. 24; — « Michel, Gabriel, Ouriel, Raphaël, Ananael,
Prosoraiel, Yabsoel, » Chiff., n. 15; — (?) « Nathanael, «
Capp., n. 48; — « Sakiel, » Chab., n. 2249; — « Satoviel »
ou « Sataniel », Chili'., n. 84; Capp.,n. 2; — « Surratel, »
Chili'., n. 69.
///. dieux. — Isis : « ablanathanafbla], » Chab., n. 2210;
— « Isis Phara, » Gori, p. 279, n. 180; — « Vincens,
Isis, » Gori, p. 276, n. 160.
Anubis : « tort, » Capp., n. 26; — « secours divin, »
« Loc. cit.
149
ABRASAX
150
Capp., n. 23; — «Dion vainqueur du feu, » Capp.,n. 23;
— « vain est l'homme, » Capp., n. 2; — « majesté bril-
lante, » Capp., n. 22; — « justice de Dieu, » Capp., n. 2.
Mercure : « éternel est son nom, » Gori, p. 255, n. 32;
— « fort, » ibid. — « univers, » Gori, p. 253, n. 22;
— « Thot, » Chili'., n. 33; — « vénération, » Gori, p. 278,
n. 174; — « secours, » Gori, p. 255, n. 32.
Chnouphis : « quatre forteresses, » Chab., n. 2186.
Sérapis : « ...garde, » Capp., n. 191; sur un Mercure
au bélier, Gori, p. 266, n. 99.
Mars : « éphémère, » Capp., n. 88.
Bacchus : « je suis, » Schwab, p. 401. HE 100 = « sa-
crifier », Gori, p. 256, n. 40.
Horus : « Dieu, » Gori, p. 249, n. 3; — « Dieu élevé, »
Gori, p. 249, n. 2.
Hermas adoré par quatre anges : « Vent du sud-est, »
Chiff., n. 77, Initio, ibid.
Melpomène (sur une figure d'homme à tète de lion),
Capp., n. 154.
Mithra : Capp., n. 19.
Ormuzd : Capp., n. 28.
Jupiter : « Satoviel, » Chiff., n. 84.
Harpocrate : APXEO, Chiff., n. 40; — « sois fort, »
Chiff., n.35; — «écrit, » Chiff., n.69; —«léopard, » Chiff.,
n.35; — « science, » Chiff., n. 3.5; — «je suis,» Chiff., n. 35;
— « Sabaoth, » Chiff., n. 35; — « Seisops, » Chiff.,
n. 35.
Hercule tuant un lion : « Barabbas, » Chiff., n. 89; —
oeuvra, Gori, p. 255, n. 31 ; — Xtou. Gori, p. 253, n. 21 ; —
« principe de lumière, » Gori, p. 253, n. 21;— « Selah, »
Gori, p. 253, n. 21.
Corne d'abondance d'où émerge une tête d'homme :
« Barabbas, » Chiff., n. 76; — « brise le géant, » ibid.
iv. constellations. — « la Vierge, » Capp., n. 20; —
« le lion, » Capp., n. 90 (sur un lion).
v. noms bibliques. — « Elcana, » Gori, p. 267, n. 101;
— « Ananael, » Chab., n.2179;— « Anania,»Capp., n.155;
— « Barabbas, » Chiff., p. 76, n. 89; — « Genezar[eth], »
Chiff., n. 94; — « Koustiel, » Chiff., n. 24; — « tente
du père, » Gori, p. 252, n. 18; — « Nekho, » Chiff., n. 77;
— « ma force est Dieu, » Chiff., n. 94.
vi. nom liturgique. — « Selah, » Gori, p. 253, n. 21.
vu. noms polythéistes. — AMOPO (Pan), Chab.,
n. 2181; (Mercure), Gori, p. 255, n. 33; (Anubis), Chab.,
n. 2215.
AMOPAX0I (Anubis), Capp., p. 26, n. 98; (serpent),
Chab., n. 2206.
KAMAIAXA (Anubis), Capp., n. 26; (serpent radié),
Capp. n. 208.
OPCOPI (Bacchus), Gori, p. 256, n. 40; (Chnoubis),
Chab., n. 2200, 2201, 2202.
SATOVIEL (Jupiter), Chiff., n. 84; (Anubis), Capp., n. 2.
vin. FORCES. — Beflux, Rev. de numismatique, 1892,
p. 246; — « toile d'araignée, » Gori, p. 251, n. 6; — « ai-
guillon de labour, » Chab., n. 2223; — « beauté, » Capp.,
n. 171 ; « force, » Gori, p. 256, n. 39; — « agir en barbare, »
Chab., n. 2224; « en tête » (gouverneur), Gori, p. 252, n. 18;
— « par le guérisseur, » Chiff., n. 76; — « de belle
ferme » (femme nue), Gori, p. 257, n. 43; — « en ta faveur, »
Gori, p. 250, n. 3; — « générateur, » Gori, p. 254, n. 27; —
« écrit,» Capp., n.130;— Chiff., n.69; — «garde, «Capp.,
n. 191; — « mâle, » Chiff., n. 13; — « par le cœur, » Rev.
de numism., 1892, p. 247; — « désir, passion, », Chiff.
n.70; — «ton désir, » Gori; p. 267, n.102; — « éphémère,»
Capp., n. 88; — « univers, » Gori, p. 253, n. 22; — « l'Être
[suprême],» Gori, p. 250, n. 3, — « vipère, » Capp., n. 130;
— « ombre, » Chiff., n. 94; — « l'Amour dieu » (adolescent
assis), Capp., n. 96; — « vent du sud-est, » Chiff., n. 77;
— « ange » (homme ailé), Capp., n. 130; — « aurore» (le
coq), Chili., n. 13; — « dieu, » Gori, p. 251, n.ll; p.249, n. 2;
passim; — « terrible, » Gori, p. 251, n. 10; — « hanche de
Dieu, » Capp., n. 130; — « ibis Lilith, » Gori,p.252,n.l3; —
« vénération, « Gori, p. 278, n. 174; — « secours, «Gori,
n. 177; — «poisson» (sur une sauterelle), Capp., n. 51; —
« lune » (et personnification), Chab., n. 2237; — « ma
force, » Chiff., n. 70; — « rayonnant » (sur le quadrige du
soleil), Capp. n. 49; — « épieu » (sur le quadrige du soleil),
Capp., n. 49; — « cœur » (sur un thorax humain), Gori,
p. 250, n. 3; — « pluie, » Gori, p. 256, n. 39; — « science, »
Chiff., n. 35; — « grand, » Gori, p. 258, n. 48; — « briller, »
Chab., n. 2228; — «jour, » Chili'., n.32; — «prudence, »
Chiff., n. 33; — « sagesse, » Gori, p. 255, n. 34; — « ca-
ché, » Gori, p. 263, n. 82; — « croyance, » Capp., n. 14; —
« Nil » (personnification), Gori, p. 254, n. 27; — « être
suprême » (femme portant une torche), Capp., n. 73; —
«.parens, » Gori, p. 258, n. 51; — « sortilège paternel, »
Chab., n. 2204; — « sacrifier, » Gori, p. 256, n. 40; —
« soleil, » Capp., p. 28, n. 49 (sur le quadrige du soleil);
— « vieillard, » Gori, p. 255, n. 34; — « boucs, »
Gori, p. 252, n. 14; — « racine, » Capp., n. 69; — « es-
pérant, » Chiff., n. 105; — «bandelettes, » Capp., n. 14;
— « piédestal divin, » Gori, p. 254, n. 29; — « sable de Go-
morrhe, » Chab., n. 2228; — « ton sanctuaire, » Chiff.,
n. 97.
ix. acclamations et prières. — « Il a créé le
monde » (Sphinx), Capp., n. 101; — « faites revivre »
(Mercure), Gori, p. 255, n. 32; — « je suis » (soldat à
tête de coq), Gori, p. 256, n.36; — (deux fortunes), Capp.,
n. 10; — (tète de bœuf), Gori, p. 252, n. 18; — « serpent, «
Gori, p.249, n. 2; — « Bacchus, » Chiff., n. 28; — « serpent
radié, » Capp.,n. 105; — « serpent se mordant la queue, »
Capp., n. 113; — « Dieu exauce, » Capp., n. 155; — « Dieu
vainqueur du feu » (Anubis), Capp., n. 23; — « éternel »
(bras humain), Gori, p. 250, n. 3; — «j'exauce les impré-
cations » (soldat à tête de coq), Chiff., n. 14; — « sois fort »
(Harpocrate), Chiff., n. 35; — « béni soit Abram, » Chab.,
n. 2224; — « au nom de Dieu, sacrifie » (serpent aux
pieds d'homme), Gori, p. 256, n. 39; — «jardin issu d'un
gouffre » (serpent foulé par un génie), Chab., n. 2181,
2224. Cf. Chab., n. 2250; — « brise le géant, » Chiff., p. 34,
n. 76; — « vain est l'homme, » Capp., n. 2 : — « bon
Dieu, » Gori, p. 251, n. 10; — « cri de notre maître, »
Chab. ,n. 2221; — « Dieu fort » (femme debout), Capp.,
n. 13; — « il est à jamais, » Gori, p. 250, n. 3; — « il
est, » Gori, p. 258, n. 49; — « Dieu aide, » Chab., n. 2181 ;
— « à jamais, » Chiff., n. 68; — « dévoré par Dieu, » Chab.,
n. 2231; — « il éclaire » (coq anguipède), Gori, p. 249,
n.l; — « il nourrit «(hommes nus), Capp., n.48; — « Dieu
jaloux, »Capp., n. 44; — « circuit de Dieu,» Capp., n.14; —
« mon roi, » Gori, p. 267, n.102; — « il commande au ser-
pent, » Chiff., n. 94; — « il insufile [lavie],»Chab., n. 2230;
— « dieu donné, » Gori, p. 279, n.176 ; — « repos de Dieu, »
Gori, p. 255, n.34; — «car il est un dieu jaloux, »Capp.,n.
14; — « flamme du feu de Mars, » Chab., n. 2181 ; — « ser-
pent de Dieu, » Chiff., n. 70 ; — « Dieu pur, » Chab., n. 2249 ;
— « nom [divin] de la paix, » Chiff., n.'38; — « mon roc est
Dieu, «Capp. ,n.!42;Chab.,n. 2245; — « image de Dieu, »
Chiff., n. 69; — « sceau de Dieu, » Chab., n. 2218; —
« exauce-nous donc, » Capp., n. 14; — « je suis l'Être, »
Chiff., n. 13; — « il nourrit, » Capp., n. 20.
CeiVieC eiAAMYC, « Soleil, répands ta lumière, »
Montf., pi. cxnv.
« Donnez-moi la grâce et la victoire puisque j'ai pro-
noncé votre nom caché et ineffable. » Montf., pi. cxlvii,
p. 359.
nrAN||TOPH||KTA, « Le massacreur des géants. »
Montf., pi. cl, p. 361.
???? AB||PACAZ AO||CXAPINA||AE 9 ZA || NAP,
« Donnez votre grâce à Alexandre. » Montf., pi. cliii,
p. 362.
MerAAH TYXH TOY ZYCTOY, « La fortune de Xyste
est grande. » Montf., pi. CLix,'p. 365.
EE||MEC||EIAA||MY, « Le soleil a répandu sa lu-
mière. » Montf., pi. eux, p. 366.
« Iao, Abrasas, Adonaï, saint nom, puissances favo-
rables, gardez Vibie Pauline de tout mauvais démon. »
151
ABRASAX
152
Montf., pi. clxiv, p. 368; Matter, pi. x, 6, p. 96-97; Du
Molinet, pi. 29, vu-vin (fig. 31).
31. — Abrasax. D'après Montfaucon, Antiq. expliq.,
pi. clxiv, fig. 1.
La 4e ligne manque dans Du Molinet. Spon la restitue
ainsi :
AACONAIA
TIONONOM
A AEEIAI AY
Dans la grande inscription de la pi. clxiv (p. 369), « la
prière ne s'entend qu'à demi ; voici ce qu'on en peut
tirer, Iao, Sabao, Adonaï Semés, Eilam Zurratel Kram-
ma, Kramma, Camaris... Michaël Amorarachei, gardez-
moi Moeano. »
Jésus Christus, Gabriel, Ananias, Amen. Montf.
pi. clxvii, p. 370 (fig. 32).
32. ^- Abrasax. D'après Montfaucon, Ant. expl., pi. clxvii.
TTAVCATE MOI TON Î70NON THcDOPOYCH CEN,
« Délivrez-moi de mes peines, moi qui porte [cette
pierre] Sen[tia?]. Montf., pi. clxviii, p. 371.
DN IHVXPS DEI FILIVS, Dominus noster Jésus
Christus Dei filius. Montf., pi. cxlviii, p. 372.
TAAA APAICO COAPAOPO NTOKO N BAI
Magnum apoua> apaujxat toxeuç
Pro magna solutione, seu expiatione vota fundo
Patri Iao. Gori, t. n, p. 258, n. 51.
Gori a fait suivre sa Diatriba de gemmis basilidia-
nis ' d'un recueil d'inscriptions empruntées aux pierres
gnostiques, sous le titre Sycophantia magica, dont Pas-
seri a tenté d'expliquer quelques-uns des textes. Nous
nous bornons à transcrire l'un d'eux dont il signalait
l'intérêt au cardinal Quirini; c'est une prière pour obte-
nir la santé, n. 82.
OiriE* Z00TOYAP3 IAC0
AICO AIH
COAI MACO
ICOA OYCO
COAI YEA
PECO* NAOONs
TOZ
HACO
OVE
HIO
AHE
HACO
THE
COHA
HACO
EMH
AIH
EEI
AEY
ECOI
COHN
YHA
AIA
HC0C0
COCO
YCOY
ECOE
AEE
MOI
AEY
OAY
COYH
IHH
EIH
Une serpentine (n. 2220) du cabinet des antiques de la
Bibliothèque nationale (fig. 33) offre « un trophée entre
deux monogrammes; l'un formé d'un N et d'un I, peut-
33. — Serpentine. Cabinet des antiques, n. 2220.
être « Jésus de Nazareth » ; l'autre est le chrisme ou mo-
nogramme de J.-C. ». Au bas du trophée un autre chrisme.
Une autre pierre présente un trophée sur un foudre;
au sommet X; au revers :
NEIXAPO
TTAHI
Le sens de l'inscription doit être « plénitude de grâce »
(Cbaboufllet, n. 2222).
Du Molinet, Montfaucon (pi. cxlix). Matter (pi. iv, 3)
et Chabouillet (p. 285) ont commenté une pierre dont le
* Thés. gemm. astrif., t. u, p. 2C3. — » SantiOB. — *Salvator,
dator divitiarum. — * Fluo. -*- * Divitise.
34. — Abrasax. Cabinet des antiques, n. 2169.
revers porte : IOYAAC (fig. 34). L'interprétation de ce
monument parait être la suivante : Judas, d'après la
doctrine des caïnites et des judaïtes, est victime d'un
malentendu. Lui seul a connu la personne et le but de
Jésus, seul il osa prendre les moyens pour lui faire at-
teindre ce but. — Ce fut de nos jours la pensée de
M. Renan. — La face de la gemme contient deux cartou-
ches répétant une inscription identique >un >bn 'an1-, « il
a combattu mes paroles et moi. » Les caractères qui
suivent pourraient être de simples initiales de O (é)
K(upto;) I(r,(70-j;) 0(eo:) X(ji*to;) N(ou;) ¥(|Xtv) E(ort)
I(a>r)) B(aiov). « Jésus-Christ, le Seigneur, Dieu, logos, a
été pour nous la vie et la palme de la victoire. » Matter,
Hist. crit. du gnost., t. n. p. 61-03. Cabinet de la Biblio-
thèque nationale, n. 2169.
Sur le mot Ablanathanalba. Ce mot peut être lu en
deux sens. Kopp en a établi l'orthographe d'après vingt-
huit leçons 6 : AB AAN AOANAABA. Bellermann ' l'inter-
prète d'après l'hébreu : Pater nobis tu [es\. Gesenius
"Kopp, Palseogr. crit.. t. m, n.
ii. 34.
580.
1 Loc. cit.. t il,
153
ABRASAX
154
donne le même sens1. La lettre 0 étant unique marque
une section et Kopp s'en autorise pour transcrire : «riN
fb 3X, et pour traduire : Pater ad nos veni, qui n'est pas
sans quelque analogie avec Mapocvocôa 2, que l'on traduit
ordinairement par : Dominus venit3. et auquel répond
d'une certaine façon l'acclamation liturgique Dominus
vobiscum.
Une curieuse pierre donnée par Du Molinet4 et Mont-
faucon 5 et ainsi conçue (fig. 35) :
35. — Abrasax. D'après Montfaucon, Ant. expliq., pi. clxvii.
parait donc pouvoir se lire avec Kopp c : Accède ad nos
Sol eeterne.
Ce mot a donné occasion à une combinaison analogue
à celle d'Abracadabra 7 avec lequel on l'a confondu 8 :
ABAANA0ANAABA
ABAANA0ANAAB
ABAANA0ANAA
ABAANA0ANA
ABAANA0AN
ABAANA0A
ABAANA0
ABAANA
ABAAN
ABAA
ABA
AB
x. cvbiosités. — Mots écrits dans les deux sens :
AEHIOYCO GÙYOIHEA, Chiff., n. 1. — AMOIPIMOIP-
PIOMIPIOMA, Chiff., n. 57.
Mots à rebours altérés : AITTOC = ao7ria = ao[tp]ia.
Capp., n. 28.
Mots intervertis : IMXHAA = Mw^X, Chiff., n. 67; —
M AVI = « jour, » Chiff., n. 32; — OY0 = « sacrifier, »
Gori, t. ii, p. 256, n. 40.
Mots à rebours : AEP0MIN = « pluie, » Gori, t. il,
p. 256, n. 39; — AEVKAA BAACO = « image du Dieu
pur, » Gori, t. n, p. 250, n. 4; — ONKAIAAIX, Capp.,
n. 14; — OVIAEM = « par crainte, » Gori, t. n, p. 250,
n. 3; PACAZAO = « majesté brillante, » Capp., n. 22;
— VXAVM = « Molokh, » Gori, t. il, p. 258, n. 48.
Mots altérés : MQcpAX =. « il insuffle la vie, » Chab.,
n.2230;- NA*ON = «caché,» Gori, p.263,n.82; — ON EN
= « présage, » Gori, t. n, p. 254, n. 26; — ZAKACO0 =
« Sabaoth, » Chiff., n. 35; — SATOVIEL=« Sataniel, »
Chiff., n. 84; — <DAHNEA= « Dieu de l'Intelligence, »
Gori, t. n, p. 269, n.lll.
' Gesenius, Allgem. 'lit. Zeit., Halle, 1818, t. n, n. 192, p. 703. —
*I Cor., xvi, 22. — 3 Suidas, Lexicon, 3 in-fol., Oxonii, 1634, à ce
mot; Leudens, Onom., Ultrajecti, 1868, p. 175. — lLoc. cit., pi. 50,
n. 7, 8. — 5 PI. clxvii. — • N. 582. — 7 Raspe, A descriptive ca-
talogue of anc. and mod. cameos, in-4% London, 1791, n. 616;
Kopp, t. m, n. 583. — 8 Baronius, ann. 220, ou en appendice au
t. xu, p. 1116; A. Kircher, Œdipus œgyptiacus, 3 in-fol., Romae,
1652, t. il, part. 2, p. 460 ; Saubert, De sacrifie, c. xxm, in-8%
Ienae, 1659, p. 579; Chifflet, Abraxas, p. 64 ; Selden, Opéra, in-fol.,
London. 1726, t. Il a, De diis Syris, p. 202 sq. — 9 De tnedicina,
clii, vers 941. — *°Preuschen, Denkm. v. alten Revolutionen in
xi. pierres cttratives. — Sept rais symbolisant les sept
planètes forment une auréole autour de la tête du ser-
pent à tête de lion qui se dresse. Prase du cabinet de
la Bibliothèque nationale (Chabouillet, n. 2186). Au
ive siècle, Marcellus Empiricus écrit : « Gravez sur une
pierre de jaspe imitant l'air, le signe indiqué plus bas
(c'est celui de la pierre décrite), et suspendez-la au cou
d'un malade souffrant du côté, vous obtiendrez des eflets
merveilleux. »
Montfaucon donne dans son Supplément, p. 213, pi. lv,
une pierre qu'il croit avoir été destinée à guérir de l'élé-
phantiasis. Au revers on lit la formule magique (fig. 36).
36. — Pierre magique.
D'après Montfaucon, Antiq. expl., Suppl., pi.
LV.
Le mot Abrasadabra parait avoir eu, lui aussi, une
vertu curative. Le médecin basilidien Quintus Servius
Samonicus l'avait adopté. Il prescrivait d'écrire ce mot
plusieurs fois sur un carré de papier en retranchant une
lettre à chaque ligne afin d'obtenir une figure conique
renversée et d'attacher le talisman au cou du malade.
Voici cette figure et l'explication de Sammonicus 9 :
ABPACAAABPA
ABPACAAABP
ABPACAAAB
ABPACAAA
ABPACAA
ABPACA
ABPAC
ABPA
ABP
AB
A
Mortiferum magis est, quod Graecis Hemitritœum
Vulgatur verbis : hoc nostra dicere lingua
Non potuere ulli, puto, nec voluere parentes
Inscribis chartse, quod dicitur Abracadabra
Sœpius : et subter repetis; sed detrahe summae
Et magis, atque magis desint elementa figuris
Singula, quae semper rapies, et cetera figes,
Donec in angustum redigatur littera conum :
His lino nexis collum redimire mémento.
Talia languenti conducent vincula collo
Lethalesque abigent (miranda potentia) morbos.
Nous donnons ici, à cause de son importance et bien
qu'elle ait été reproduite plusieurs fois, une amulette
gnostique gravée sur une plaque d'argent et trouvée, en
1784, dans les ruines des thermes romains de Baden-
weiler (Rheinland) '« (fig. 37).
Deutschl., in-12, Francf.-a.-Mein., 1787, p. 209-238; Gerbert, His-
toria Nigrse Silvse, in-4', S.-Blasii, 1783-1788, t. Il, p. 475 et pi. :
Kopp, Palxogr. crit., Mannheim, 1829, t. IV, p. 388; Kolb, Bad.
Lexik., t. i, p. 96; Frôhner, Sur une amulette basilidienne iné-
dite du musée Napoléon, dans le Bull, de la Soc. des antiq. de
Normandie, vu* année, p. 217 sq. ; G. Brambach, Corpus inscrip-
tionum rhenanarum, in-4*, Elberfeld, 1867, Appendix, p. 358,
vi"; A. Wiedeman, Die gnostische Silbertafel von Badenweiler,
dans le Rheinisches Jahrbuch, fasc. 79, p. 215 sq. ; F. X. Kraus,
Die altchristlichen Inschriften des Rheinlandes, in-4', Freiburg-
im-Breisgau, 1890, n. 13
155
ABRASAX — ABRÉVIATIONS
156
Enfin, citons une pierre conservée à l'Université de Fri-
bourg et qui porte : au droit le serpent à tête de coq
in|Ji * \ai A/ï * ica|B^ uig
A û Kj'a.o AIVA/\B a|a k p^'
^MeCi^AMCHc/lA/r (ÂAI
N r H( i OlOiO ttPor^-1 $ g
'ywKOUMn e n t'Pl j AeiBj
^ 80/v\M . /ie ?/ ko y^^|
\è x e i aqm o/cépot^
-- — --^— ^> n^*- .
37. — Amulette gnostique
D'après Kraus, Die altchrist. Insehr., n. 13.
avec l'exergue IACO-ABPAIAI; au revers la belle ac-
clamation :
AOIMO
1XAPIN
APXEO
IAM
8dç (xoi x*P,v> "P"/£0 'la**1.
H. Leclercq.
ABRÉVIATIONS. — I. Les noise et les sigla. IL Le
sigle VD. III. Le sigle T£. IV. De quelques sigles em-
ployés dans la liturgie mozarabe. V. Des sigles du
sacramentaire léonien. VI. Sur l'abréviation DM et
DMS; bibliographie sur le sigle DM; exemples de
formules DM. VII. La formule VQF et autres formules.
VIII. L'abréviation IHT ou IHS. IX. Le sigle XMr.
X. De deux inscriptions abrégées.
L'emploi des abréviations graphiques tient à plusieurs
causes, dont quelques-unes peuvent être assignées avec
certitude. Sans parler de l'inlluence des régions et des
époques, ces abréviations ont été déterminées par des
circonstances purement accidentelles, comme sont les
dégradations de la matière subjective, — pierre, métal,
parchemin, papyrus, — la régularité des lignes d'écri-
ture, la rareté et l'exiguité des matériaux imposant le
grattage de la première empreinte; enfin, la nécessité de
suivre la rapidité de la parole humaine a donné nais-
sance à la tachygraphie. Les textes épigraphiques sont
ceux pour lesquels les abréviations ont été le plus em-
ployées, c'est la majorité des mots qui s'y présente en
abrégé. Les anciens appelaient ces abréviations notx,
et, postérieurement, sigla 2. Ces deux termes ne doivent
pas être confondus.
I. Les NOT.e et les sigla. — Les sigles se composent
de l'initiale du mot (singula). Les notes ne sont pas des
lettres; notai litterx non sunt 3. C'est parmi les notes
que se range l'écriture tironienne principalement em-
ployée pour recueillir les paroles dictées, comme on le
voit dans le plus ancien témoignage que nous en ayons :
7ip(ûToç,J7too'ï)|j.EiO)(j(i(Ji£vo:Tà Xeyô|xeva EÎç àvQpÔ7rou;rli,aY£v.
Xénophon le premier, dit Laërce, nota les paroles pro-
noncées par [Socrate] et les rendit publiques '*. L'usage
de ces notations avait été introduit à Rome par Cicéron :
KixÉpcovoç xoû 'JTrctTO'j, toÙç Siayepovxaç ôI-jxïjxi tcôv YPa~
çéwv, <7ï](j.eïa 7rpo6i6àÇavToç, èv (juxpoï; xoù |3paywé<n tjttoc;,
TtoXXùv YP«H(iâT(ov e/ovra 8'jvau.tv, Etxa aXXov àXXa/ôaE
< F. X. Kraus, Die altchristlichen Inschriften, des Rheind-
laudes, in-4% Freiburg-im-Bresgau, 1890, t. i. p. 155. Cf. n. 6 et
pi. xxi, n. 2. — « R. Cagnat, Cours d'épigraphie latine, in-8%
Paris, 1889, p. 353; Cicéron, Orat. pro Mureno, c. XI ; Aulu-
Gelle, I. XVII, c. IX. — 3 Juste-Lipse, Epixt.. xxvm, Cent, i ad
Belgas. — * Laërce, 1. II, segm. 42. — 5 Plutarquc, In Catone.
— "Dion, 1. XV; Sénèque, Epist., xc. — 'Ovide, Trist., IV,
toO (3ouXeuTY]pi'o\j <T7ropâ8r)v iu,ëaXôvxoç- ou7tto yàp r,o-xouv,
où8' ÈxÉxxrjvxo xoùç xaXouuivovj; o"ï)u,sîoypc<çou;, àXXà
xdxE irpdiTov etç "xv°? T' xaxa(rtîjvai XÉ^oudiv 5. Peu après
on apporta divers perfectionnements à cette nouvelle
tachygraphie 6 qui devint commune du temps d'Auguste
où elle perdit son nom de <7ï)u.sîa et prit celui de signa 7
qu'elle conserva longtemps 8. L'usage néanmoins, mal-
gré l'exemple donné par quelques célébrités9, ne s'en
répandit jamais dans le monde romain comme celui des
sigles beaucoup plus ancien et d'une intelligence plus
facile. Plutarque rapporte que, pendant sa questure en
Sicile, Cicéron fit une offrande aux dieux sur laquelle il
fit inscrire les sigles de son nom M [arcus] T[idlius] et
remplaça C[icero] par un pois chiche (cicer) : xo:; ôeoîç
àva0r)u,a 7toioij(j.svoi; àpY^ipoCv, xà p-kv Ttpûixa tcôv 6yo ôvo-
(iitcov èirÉYpa^E, rdv te Mfâpxov], xal xôv T[oùXXtov],
avxi 8e t&O xpîxou axcoicxcov ipiêivôov exéXevse Trapà fà
Ypâp.u.axa xbv xsyvt'xry/ Èvx*op£wat 10. La même coutume
existait chez les Grecs, où nous voyons les Lacédémo-
niens porter un lambda, A, sur leur bouclier. AàjxêSa
Eut xaïç àffm'atv auxtôv, ec; 7iapâ(ro,u,ov Ëypaçov èx xoû
xaxâp'/ovtoç <rroiy_cfou /apaxxY)pi£ovxsç lauxoù; u. Il est
possible toutefois que sigla ait fait fonction pour sin-
gula et pour sigilla. A certaines époques, il a pu se faire
qu'au lieu de se borner à la lettre initiale on en ait
pris plusieurs dans le même mot. Quoi qu'il en soit, les
sigles faisaient concurrence aux notes, ainsi qu'en
témoigne Manilius :
Hic et erit fclix Scriptor, cm litera verbum,
Quique Notis linguam superet, cursimque loquentis
Excipiat longas nova per compendia voces 12...
et le mot nota prévalut définitivement sur sigla. Festus
dit à ce sujet :Nota nuncsigtii/icat signum,nunc literas
singulas, aut binas. M. Valérius Probus, qui vécut vers
l'an 60 de notre ère, rassembla les sigles alors en usage
et intitula son recueil : De notis Romanor-um interpre-
tandis. Justinien remarque à ce propos : xaxà xûv aripEioiç
xktiv ev -ç9\ YP2?*i xP°lJ-Évti)v, âirsp Si'YY^aî xaXoCert, xa\
Si'avTûjv cjvxapâxxEiv tt)v Ypot?ï)v iTziytiçiO'Jv-wi, àXXà u.Y|
Sl'Ô'XoU TO'JÇ TE àpi8u.0Ùç XCtXE ÔVÔU,axa TWV 7ïàXai <T03!ÔV,
tï)v te 8Xï)v vo(xo8E(Ttav ypa?(iv(j)v 13. Ailleurs Justinien
interdit l'emploi de la tachygraphie dans la transcription
des textes officiels : Jubemus non per Siglorum cap-
tiones et compendiosa senigmala, quai multas per se, et
per suum vitium antmoniias induxerunt, eiusdem Co-
dicis textum conscribi; etiamsi numerus Librorum
significctur, aut ahudquidquam , nec enini per spe-
cialia Sigla nunierorummanifestari;sedper literarwn
consequentiam explanari concedinnis u; et plus loin :
pœnam falsitatis constituimus adversus eos, qui in po-
sterum Leges nostras per Siglorum obscuritates oust
fuerint conscribere : omnia enim, id est nornina Pru-
dentum, et tilulos et Librorum numéros per eonse-
quenlias literarum volumus, non per Sigla manif'e-
slariië; enfin dans la Novelle CVIP : xoci to-j; o-JYxta<r-
|ioûç, ei; ou; YPa9El xXr]pov6u.ouç M xorç o-Ju.6ôXotç xoiv
àpiôfiwv <T/",(xaivoyu.Évouç, àXXà 8t' 8Xov YPK|iuL3T(ov 6r,Xou-
aévouç.
Il n'entre pas dans le plan de ce travail de rechercher
dans l'antiquité profane les origines d'une situation
donnée, au moment où le christianisme entre en scène;
mais les chrétiens apportèrent un tour d'esprit et des
habitudes dont il faut tenir compte, si l'on veut con-
naître ce qui a trait aux commencements des coutumes,
modifiées depuis.
£/eg., 4; Horace, Satyr.,n, 4. —"Sidoine Apollinaire, Epist.,\. IX,
vu, P. h., t. lviii. col. 021. —«Cicéron. Ad Attic. 1. XIII, Epiât.
xxxii. — '"Plutarque. In Cicer. — " Eustache, Ad Iliad. B. Les
Sycioniens, un -. Xénophon, Rer. Grœc, 1. IV. Cf. S. Reinach,
Traite d'épigraphie grecque, in-8% Paris, 1885, p. 225. — ".Mani-
lius, 1. IV, \ .297. — " Cod. Just., 1. 1, Ut. xvh. — •* Digcst., praeL,
I. — " Ibitl.. prof., H.
157
ABREVIATIONS
158
Toutes les abréviations d'un usage courant pouvaient
être ramenées à deux systèmes : 1° réduction du mot à
l'initiale, 2° réduction du mot à ses premières initiales
prises en groupe compact, ce qui est le cas le plus fré-
quent, ou bien réduction à plusieurs lettres prises à in-
tervalles, dans le corps du mot. Pendant la première
époque du christianisme, celle où la mention des choses
de ce monde est tout à fait rare, l'interprétation des
abréviations ne peut être donnée sans une connaissance
approfondie du formulaire épigraphique chrétien. Pour
la seconde époque, qui s'étend de la paix de l'Église à
la chute de l'empire d'Occident, une familiarité déjà
longue avec les institutions romaines ne suffira pas
toujours à donner la clef de ces énigmes rendues encore
plus difficiles par l'usage d'une langue qui s'altère de
plus en plus.
Les classements qui forment la plus grande partie de
cette dissertation ne peuvent prétendre dégager toutes
les inconnues; ils rendront du moins ce service de
fixer quelques cas non douteux et d'aider à résoudre
plusieurs autres. En une pareille matière, que les ac-
croissements journaliers modifient sans cesse, on ne
peut songer à être complet, mais on peut s'efforcer
d'être exact.
La principale différence entre le système d'abrévia-
viations des chrétiens et celui en usage chez les païens,
c'est que, chez ceux-ci, & le nombre des lettres conser-
vées dans l'abréviation est plus ou moins restreint, mais
aucune lettre intermédiaire n'y est omise1. » Les exemples
du contraire sont faciles à relever dans les plus an-
ciennes inscriptions chrétiennes. Peut-être cette rupture
avec l'usage courant est-elle une trace de plus des ruses
innocentes employées par les « frères en Christ » pour
communiquer entre eux sans être entendus des pro-
fanes. Il faut observer toutefois que cette remarque ne
porte que sur les mots dans lesquels des consonnes ont
été omises, car, s'il ne s'agit que de voyelles retranchées
dans le corps d'un mot, on peut en trouver une
autre raison. La langue latine comprend un nombre
assez considérable de mots composés qui furent con-
sidérés, soit comme simples, soit comme réellement com-
posés de plusieurs parties distinctes. Par exemple, ponti-
fex réduit à un groupe compact d'initiales pourra se
rendre par PON et PONT ou encore par PONTF qui
est formé de PONT, abréviation de pondis, et de F, abré-
viation de facere. Un mot qui appartient exclusivement
à l'épigraphie funéraire des chrétiens fournit la même
démonstration : depositus peut être abrégé en DEP ou
en DP qui sont les abréviations du mot décomposé de
et positus. Chez les païens comme chez les chrétiens les
mots terminés par une enclitique sont soumis au même
système, par exemple : populusque s'abrège en PQ.
A mesure que le niveau littéraire baissa, une altéra-
tion croissante de la langue se produisit autorisant de
nouvelles abréviations. Peut-être les abréviations cryp-
tographiques dont on a parlé donnèrent-elles l'idée de
supprimer dans un mot d'abord ses voyelles muettes, en-
suite toutes ses voyelles; on obtint alors les combinaisons
suivantes : « pedes qui s'était abrégé en P ou PED se
nota PD; legio se représenta par LG et non plus par L
ou LEG'.publicus qu'on exprimait par PVB ouPVBLIC
s'écrivit PBL; au lieu de V ou VlX.pour signifier vixit,
on écrivit VT, etc. Il ne restait plus dès lors qu'à représen-
ter en abrégé un mot par un nombre quelconque des
lettres qui le composaient, sans se soucier de la nature
ni de la position des lettres; c'est une conséquence à
laquelle on ne pouvait échapper et à laquelle on
n'échappa point en réalité; MCP signifia municipii,
PO prœtorio, GLRSMVS, gloriosissimus, etc. 2. »
* R. Cagnat, Cours d'cpigr. lat., loc. cit. — * Ibid., 2e éd.,
p. 355. Cf. E. Le Blant, L'épigraphie chrétienne en Gaule et
dans l'Afrique romaine in-8\ Paris, 1890. p. 121, note 1, cite
Un autre système d'abréviations consistait à redoubler
la consonne finale de l'abréviation autant de fois que le
nombre de personnes mentionnées par le mot contenait
d'unités, par exemple : AVG = Auguslus, et AVGG le
Augusti duo. Avec le temps, les graveurs oublièrent cet
artifice, ils en vinrent par suite à répéter non seulement
la dernière lettre, mais toutes les lettres de l'abréviation.
Ainsi COSS = consulibus duobus, s'écrira dans la suite
CCSS. Toutefois cette manière de l'aire devenait inap-
plicable s'il s'agissait de plus de quatre personnes, à
cause des proportions démesurées que prenait le mot
abrégé. Il arriva donc que le redoublement de la finale
devint simplement signe du pluriel, sans qu'elle cessât
d'être encore appliquée concurremment pour désigner
deux, trois, quatre personnes et au delà.
On employa encore comme abréviation la barre hori-
zontale surmontant une lettre ou un groupe de lettres;
cette coutume commença à s'introduire vers le n« siè-
cle. Voici quelques exemples concernant une partie de
la Gaule 3, mais tous postérieurs à cette date.
ABSID(em), Corp. inscr. DIAC(owws), 2132, 2700 (?),
lat., t. xii, n. 5336. 5862.
ADMINIST(rafùmis), 5336. EOR(t«n) SEQ(ew) TIB(ws),
AN (nos), 5351,5354,5400. 5336-
ANN(o), 1045. EP7(scopo), 591.
BIENN(iwm),5336. FVNDAM(en<is), 5336.
BON(ce), 1045. GkŒ(iarum), 5336.
COEP(it), COEPÏÏ(0, 5336. HABBÂT(issa), 5352.
DECEMB, DECE(m)BR. ID(MS) (l& 950) 1045,
DECEMBR, 954, 1045, 5^6-
5823. ' KAL(ewdrts), 5340, 5400.
DEPON(ere), 5336. MERCED(ewi), 5336.
Ml (nus), 2088.
NECESSAR(ia), 5336.
NÔS(tri), 5341.
PARIET(em), 5336.
PR(a)EBV(if), 5336.
PR{a)EF(ectus), 5336.
QVAD(rata), 5336.
REG(nt), 2700.
REGN(i),1045i
SEPTEMB(res), 2187.
SÔCI(ms), 5336.
SVSCTF(ere), 5336.
On rencontre aussi la barre horizontale sur la voyella
pour remplacer la lettre m ou n omise.
DECEBR(es),954.
DOMINECÂ, 5407.
ÏTEGRE, 2406.
[PJLACIDIÂ, 1798.
QVÂQVÀ", 1272.
QVONDÀ", 2361.
Dans quelques marbres, on trouve les lettres i, o, ur
supprimées avant Ys finale.
TEMPORALES, 2367
ANN(i)S, 2113.
LVPECIN(m)S, 232C.
MIN(u)S,5344.
ANN(o)S, 479, 975, 2326. m 5336
ARCADI(«)S. 2361. PL»S,'5344,"5351, 5K3.
BENIGN(m)S, 2361.
VLIAN~(m)S, 5351.
SINCIR(«)M, 2361.
Parfois la barre coupa la lettre abréviative dans sa
hauteur, tantôt au milieu, comme dans -§■ = bénéfi-
ciarius; © = obitus; tantôt suivant un angle aigu,
comme dans : & = dtes.
On peut citer dans les inscriptions païennes quelques
les types suivants: C.L.K.T; CDS; CLR; CRSM; BNMM ; MM;
PLM; PLS; SCL; SCRM; SPRTM. — s Otto Hir«chfeld, Corp
inscr. 'at., in-fol., Berolini. t. xii a : G allia narbonensis
159
ABREVIATIONS
160
cas, très peu nombreux, de l'emploi de l'apex ou accent
circonflexe KAL'DAS = Kalendasl.
II. Le sigle VD. — Le Missale Francorum- (fin duvne
ou première moitié du VIIIe siècle 3), dont l'origine
franque n'est pas douteuse *, offre plusieurs traits qui
appellent un rapprochement avec le sacramentaire géla-
sien, sans qu'on soit toutefois autorisé à les croire
copiés sur le même archétype. Ce manuscrit donne
en tète des préfaces une abréviation reproduite dix
fois8. Elle est ainsi faite : >£). Mabillon interprète
ce sigle par ces mots : Vere dignum et justum est
asquum et salutare. Le contexte imposait cette lec-
ture qui se retrouve également justifiée dans le sacra-
mentaire gélasien, où le même sigle est reproduit; et
cette parenté paléographique est un nouveau trait à no-
ter. Toutefois dans le gélasien nous lisons lorsque le
sigle est employé pour la première fois : >L) et jus-
tum est, œquum et salutare... tandis que dans le Mis-
sale Francorum l'abréviation est simplement écrite
et le reste de la formule est omis, comme cela a lieu
dans les pièces du gélasien qui suivent la première6. Il
y a là un indice presque certain que le fragment perdu
du Missale Francorum contenait une ou plusieurs pré-
faces. Vezzosi 7 a objecté que le même sigle se trouvant
dans le gélasien en plusieurs passages où l'interprétation
susdite peut être contestée, il semblait possible que
l'abréviation en question ait été détournée de son sens
originel. Nous ne partageons pas ce sentiment qu'aucun
fait positif n'appuie encore suffisamment à nos yeux.
On trouve le sigle orné x£J dans le cod. 1084 de
l'université de Bologne8, et encore : cod. 2247, fol. 9;
cod. 2679, fol. 286; Florence : Bibl. Laurentienne, Plut.,
xvi, cod. VJll, fol. 8; Bibl. JEdi\., cod. 111, fol. 9a;
Bibl. TEdil. cod. 123; Bibl. Coventi soppressi, cod. 223,
292; Bibl. Nazionale, B, A 2; Bibl. Biccard., cod. 299,
fol. 100; cod. 300, fol. 22a; Ivrea, Bibl. Capitolare,
cod. 19, fol. 7b; cod. 86, 593, 594; Milan: Bibl., Ara-
brosiana, D, 84, inferius, fol. 236,\D, 255, inlerius,fol. 126 ;
Modène. Bibl., Capitolare, cod. II, 7 ; II, 13; ici le D a
la forme onciale (0), mais à la préface cottidianis die-
bus il reprend la forme ordinairement employée; Bibl.,
Capitolare, cod.ll, 20; Mont-Cassin : cod. 127,339,426;
Monza: Bibl. Cattedrale; Capitolare, cod. C. 18 99, 104;
Padoue : Bibl. Capitolare, cod. D, 47, fol. 926; Bavenne:
Bibl. Comunale, cod. Seans., 131, ord.4, lett. D, fol. 48;
Rome: Bibl. Barberini, cod. XII, 4 (olim. 326); XIII,
13 (1853), fol. 60a; Bibl. Casanatense, cod. 1907 {B. II,
1); S. Pietro, cod. F, 13; F, 14; F, 15, fol. 111a, 1116;
F, 18, fol. 66a; Bibl. Vallicellane, cod. B, 23, fol. 143;
B, 24*; F, 4i0; Bibl. Vaticane, cod. lat. 3806, fol. 126" ;
cod. lat. 4772; Ottob., cod. 154, fol. 76 ; 113 • *; 356 ; Palat.,
cod. lat. 494; Salerne : Bibl. Capitolare, un sacramen-
taire du xiv-xve siècle, non coté; Udine : Bibl. Capitolare,
cod. 76, V 13 ; Venise : Bibl. Marciana, cod. L, (lat.) DIX^;
cod. lat.IIl,CXXIV,{o\. 77a,786; Verceil : Bibl. Capitolare,
cod. 192; Vérone, cod. LXXXV1 (olim 81); LXXXVJf
(ol. 82), fol. 136; XCVII (ol. 91), fol. 3a, 202; GX(ol.
103) '5; l'abréviation ne compte ici que pour le motrere.
L'emploi de la formule Vere dignum et justum est
' Inscriptiones Hispanise christianse, in-4\ Berolini, 1871,
n. 80. — * Sacramentaire d'une Église de France de l'époque
mérovingienne, ms. 257 du ionds de la Reine au Vatican. —
L. Delisle, Mémoire sur .d'anciens sacramentaires, dans les
Mém. de l'acad. des inscrip. et bel.-lettres, 1886, t. xxxn,
p. 71. — *L. Duchesne, Origines du culte chrétien, in-8\ Pa-
ris, 1898, p. 128. — B Muratori, Liturgia romana vêtus, in-tol.,
Venetiis, 1748, t. Il, col. 681-692. — « Sauf exceptions, p. ex., Fe-
rla V majoris hebdom., in nocte Sabbati sancti. — ' J. M.
Tommasi, Opéra omnia recensuit Vezzosi, in-4', Romae, 1747-
1769 (à prj-tir du tome vm le titre devient : Institution,* théolo-
gies antiquorum patrum), t. vi, p. 356, note 6. Cf. Ebner,
Quellen und Forschungen zur Geschichte und Kunstges-
est si fréquent dans la liturgie de a messe que les plus
anciens sacramentaires possèdent déjà une abréviation
pour désigner ces mots. L'état de la paléographie litur-
gique ne permet pas de reconstituer les modifications
successives subies par cette abréviation; on ne peut es-
sayer rien de plus pour le moment que de placer quelques
jalons qui aideront pour un travail plus complet.
Dans le plus grand nombre des cas VD remplace
toute la phrase : Vere dignum et justum est, eu sorte
qu'après le sigle on a : sequum et salutare, sous cet aspect
assez fréquent : VD ou V sequum et salutare.
Il ne semble pas qu'il y ait eu un type généralement
adopté pour l'abréviation. On trouve dans les manu-
scrits : YJ, u-J , et plus fréquemment Cx). Le der-
nier sigle forme naturellement une croix ; elle sera le
point de départ d'une végétation luxuriante et fan-
tastique dans laquelle il sera parfois malaisé de retrouver
l'abréviation primitive. La préoccupation soutenue des
hommes du moyen âge d'échalauder sur les moindres
détails toute une construction mystique et allégorique
trouva dans la circonstance ample matière à se satis-
laire. On attacha un sens profond à la forme devenue
typique de l'initiale de la préface. Les plus solides
esprits du temps se perdaient en considérations qui
semblent peu opportunes. JeanBeleth, recteur de l'école
de théologie de Paris, trouva une explication symbolique
qui fit fortune. Le D, dit-il, lettre fermée de toutes
parts, marque la divinité qui n'a ni commencement, ni
fin, le V qui reste entr'ouvert exprime l'humanité du
Christ qui a un commencement et qui n'a pas de fin.
le croisillon, enfin, qui coupe la haste commune de V et
de D symbolise la croix qui rend les hommes aptes à la
vie divine lc. Sicard de Crémone i7et Guillaume Durand li
ajoutèrent de nouveaux raffinements à ces subtilités.
Certains manuscrits comptent les préfaces de rechange
par centaines, mais les initiales n'y sont pas dessinées
sur un modèle uniforme. Le principal effort d'ornemen-
tation, le plus grand déploiement de richesse, et souvent
de mauvais goût, se concentre toujours sur la Prsefatio
communis qui précède immédiatement le canon. Les
autres préfaces, qu'elles formassent un supplément ou
qu'elles fussent distribuées dans tout le manuscrit
d'après le rang qu'y prenait chaque fête, ou enfin réu-
nies, comme ce fut l'usage depuis le XIe siècle, immédia-
tement avant la préface commune, n'étaient ornées que
d'enjolivements plus réduits, plus ou moins riches selon
le degré de la fête. Les unes et les autres sont dignes
d'attention. Elles ont un intérêt intrinsèque; en outre,
elles sont importantes pour déterminer l'âge et pour
grouper les manuscrits des sacramentaires et missels.
La forme laisse entrevoir son origine. Un élément
commun aux lettres V D ou V_J U, le trait oblique
ou vertical provoque à adosser les deux lettres sur
une haste commune l9. Au début on conserve au
signe d'abréviation le trait horizontal, et sa place
à peine changée au-dessus et dans l'embrasure du
V 20, puis il subit quelques variations et parait
enfin remplacé par le sigle suivant : vt/2i. Les
chichte des Missale Romanum im Mittelaller, in-8", Freib.-im-
Br., 1896, p. 318, 319, 320. — • Ebner, loc. cit., p. 10, pi. 2.
— 'Ibid., p. 197, pi. 9. — <» Cl. Ebner, loc. cit., p. 205. —"Loc.
cit., p. 214, pi. 11. — '* Ebner, loc. cit., p. 233, pi. 12. — ,s Eb-
ner, loc. cit., p. 264, pi. 17. — '* Ibid., p. 27ô, pi. 20. — '» Ibid.,
p. 294, pi. 23. — *• J. Beleth, Explicatio divinorum officioruni,
c. xliv, in-4*, Venetiis, 1572. — " Sicard de Crémone, Mi-
tralis, P. L., t. eexm, col. 122. — "G. Durand, nationale din-
norum offteiorum, 1. IV, c. xxxm, S "1, in-fol., Moguntia:, 1459.
— <• Voy. Bologne, ms. 108i; Florence, Laur. tâd. /:'/. /:':'.
Lucques, ms. 606; Padoue, ms. D 47; Rome, Ottobon, SIS;
S.-Gall, ms. 348; Zurich, Rheinau, 30. —"Rome, Vatic. lie-
gin.. 257. 316. — - Milan. Ambros. 24 bis. inf.
161
ABREVIATIONS
162
Jeux points se transforment assez vite en un croisillon
C£) et cette forme garde la vogue jusqu'au XIIe siècle l.
Vers la fin de ce siècle l'abréviation subit une grave
altération. Sous l'influence de la majuscule gothique le
CD se transforme en CD ou CQ2; enfin on trouve
(+) . Aux xive et XVe siècles le sigle disparait quel-
quefois complètement, parfois il affecte la forme d'une
majuscule U4 ou U '■'•, même il se confond avec la
lettre initiale à'/Eterne Deus en une majuscule avec
croix insérée, suivant ce modèle vfcl 6.
A l'époque carolingienne la forme typique \ÏJ se
conserve assez fidèlement; on y ajoute des cordons
tressés, des ajours '' vers la première moitié du IXe siècle.
Vers celte époque l'ornementation t'ait irruption hors de
la panse des lettres où elle s'était jusque-là confinée
(lig. 38). Au x° siècle apparaissent les vrilles très larges,
traitées, la plupart du temps, entièrement en métal, or
ou argent. Progressivement ces vrilles se couvrent de
38. — Sigle de préface.
F. 313 du cod. Ottobun., de la Bibliothèque vaticane.
bourgeons et de fleurs, mais elles deviennent plus grêles,
et s'enroulent avec une fantaisie grandissante autour du
noyau (fig. 39). Aux Xe, XIe et xn° siècles ce genre d'or-
nementation est représenté par des exemples nombreux
et parmi lesquels il s'en trouve qui témoignent d'une
réelle entente de la couleur. La décadence commence
avec l'ornementation vermillon-indigo. Le sigle de la
Préface disparait avec les premiers missels imprimés.
Cette vue d'ensemble est subordonnée, on le comprend,
à bien des restrictions. Il faudrait ici traiter à part et
avec un grand développement l'histoire du sigle dans
les écoles calligraphiques : la celtique, la lombarde,
l'école de Tours et plusieurs autres. Dans l'Italie au
Nord, au Xe siècle, l'ornementation a perdu les grandes
traditions romanes, le sigle est efflanqué, ses lignes es-
sentielles lloltantes; dans l'Italie du centre, l'initiale
s'est conservée plus conforme aux traditions ornema-
nistes. L'appauvrissement économique apparaît dans la
rareté de la couleur, la disparition des ors et des mé-
taux. C'est clans l'Italie du Sud que la superposition
d'un médaillon sur le croisillon parait s'être d'abord ré-
pandue vers le Xe siècle. Nous avons ici un nouveau
système d'ornementation. Le sigle de la préface va se
combiner avec un médaillon représentant le Seigneur
en buste ou en pied, la Majestas Domini. Le sigle
n'est plus désormais qu'un cadre dans lequel on repré-
sente Dieu le Père, plus tard le Christ. Le médaillon,
devenant de plus en plus absorbant, recouvre le sigle
1 Bologne, ms. 2247 ; Florence, Laur. JEd., 123 ; Riccard.,
299. — - Bologne, Bibl. arcivosc. ; Naples, ms. vi, E. 4; ms. vi,
G. 38; Rome, Angel., 3, 2, 6; Casan. 704; San Pietro, E, 2;
Vallicell., A. 21; Vatic. Paint., 505. — 3Naples, ms. vi, G, 2;
Rome, San Pietro, E, 3; Bibl. naz. Sess. 136. — * Modène,
DICT. û'ARCH. CHRÉT.
entier de telle sorte que le texte de la préface se rat-
tache immédiatement à la Majestas : et justuni est. Ex-
ceptionnellement on rencontre à la place de la Maje-
stas Domini d'autres représentations, par exemple le
portrait de la Vierge, ou bien encore des sujets biblique?
ou allégoriques.
Quelques riches manuscrits de l'époque romane n'ont
pas le sigle VD ornementé, mais le Per omnia. Bien
que le sigle de la préface lut généralement employé, il
ne manque pas de manuscrits qui ne l'ont pas : ainsi
les sacramenlaires gallicans qui écrivent Vere ou em-
ploient le D de Dignum comme initiale de la préface.
randc-piccanf vribudh ■ oprarr inTp
i'piâ bcnignuf effeetu . ^.VormAlîiu
f U fsfy&fy. airiDiiFs iwbisdLÇC (t eu
ÊmtJm) rfr. jrquum ccUlirvnrl /otf?
•n fc-nrpercrubiq^grandrdgrrr -
' dnr tcçpHtrr omjixpctcyxrKtcnicdf.
Pcrrpm drrni nrin ..^Xcrgm-jn. nniir»
fctrrrn nwtii Uuiddnr drurl! . ^\do
"s^ïjTanrrdmrniiicf- rrnntirrr poredarrs-
39. — Feuillet 103 du cod. ex de la Bibliothèque capitulaire
de Vérone (0"245 X 0"37).
Les sacramentaires ambrosiens forment un groupe de
mss. auquel manque habituellement le sigle de la Pré-
face; c'est que le texte do la préface ambrosienne Vere
quia s'opposait à l'abréviation. Mais aussi parmi les mss.
du Grégorien et en particulier parmi les mss. du
xe siècle et quelques-uns des siècles suivants on ef»
trouve qui, renonçant au sigle de la Préface, préfèrent
orner le V ou l'\J initial. Fréquemment, dans ce cas,
on écrivait les lettres ERE dans l'embrasure du V où
bien on les ornait de l'image du Sauveur bénissant dans
un médaillon circulaire 8.
III. Du sigle T£. — Ce sigle se compose des lettres
initiales du canon. Il a passé par des variations moins
curieuses que le précédent. Nous donnons simplement
ms. ;/, 13; Padoue, Bibl. del Santo, 77. — 5Rome, Casanat.
1103; Mont-Cassin, ms. 654. — 6 Mont-Cassin, ms. lï'8; Hume,
Casanat. 1103. — 'Rome, Ottobon. 313; Padoue, Cap. D. 41.
— » Ebner, Quellen und Forschungen zur Geschichte des « Mis-
sale Romanum » in Mittelalter, in-8% Freib. i.-B., 1896, p. 432- 1 V2
I. -6
163
ABRÉVIATIONS
164
ici une composition d'un sacramentaire de la biblio-
thèque capitulaire de Vérone, cod. lxxxvii (olim. 82),
mbr.io, fol. 14, Xe siècle (fig. 40).
IV. De quelques sigles employés dans la liturgie
mozarabe '. — 4° L'indication du diapsalma marque la
séparation entre deux versets d'un même psaume, elle
est destinée à annoncer le moment de la pause pendant
la psalmodie et à retarder le chant.
sigle K
2° Le sigle K. s'interprète repetitio. En effet, les chan-
tres étaient tenus à répéter l'antienne empruntée aux
40. — Feuillet 14 du cod. lxxxvii do la Bibliothèque capitulaire
de Vérone (0-27 x 0-34).
propres paroles du psaume. Ceci avait lieu dans les
psaumes longs afin de reposer l'attention et de réjouir
l'oreille par l'interruption de la monotone cantilène.
3° Le sigle 1 est une sorte de rappel qui se re-
trouve avant le numéro de chaque psaume.
4° Le sigle O s'interprète Pliietro; il a pour but de
réveiller l'attention devant les passages obscurs.
5° Le sigle (J) s'interprète Matutinum ; il désigne
aux lecteurs la partie assignée et en même temps les
antiennes qui répondent aux psaumes.
V. Les sigles du sacramentaire léonien. — Le Sa-
cramentaire léonien offre un certain nombre d'abrévia-
tions, parmi lesquelles plusieurs n'ont pu être interpré-
tées d'une façon définitive. Ces abréviations sont les
suivantes :
FESP • t, trois fois, à la fin de 3 messes.
P • SP • F ■ E ■ 3, une fois, fin de messe.
P • F • E . SP • *, une fois, après la i" collecte.
P • S • F • E • s, une fois, après le 2e collecte.
P • F • E • SP • 6, une fois, après la 3» collecte.
P • F • E • SP • 7, une fois, fin de messe.
' Lorenzana, Breviarium gothicum, préface, P. L., t. lxxxvi,
col. 21 sq. — * Feltoe, Sacramentariùm leonianum, in-8*, Cam-
brioYe, 1896, p. 41', 44", 44M. Voy. Paléographie musicale, in-4%
Solesmes, 1897, t. v, p. 53, note 1, de l'Avant-propos. — 3 Feltoe,
loc. cit., p. 47*'. — * Ibid., p. 48". — » [bid., p. 71<«. — • Pjid.,
8
10
la P • F • E ■ 8, une fois, après la 2« collecte.
7b PFE, une fois, à la fin de la messe.
F ■ E • ,9 commencement d'une messe.
PRECE • SF- *°, avant la 2e collecte d'une messe
sans préface.
SC F SP ", à la fin d'une prière : Sacnficium.
On remarquera : 1° que dans cette liste FE ne sont
pas séparés, de plus, au n. 8, ils sont liés par le trait
d'abréviation; 2° PFE sont rapprochés cinq fois, n. 3,
5, 6, 7 a et b séparés deux fois, n. 2, 4, par SP et par S;
3° ces lettres reviennent six fois sur dix à la fin des
messes; 4° elles sont toujours écrites à l'encre noire;
5° dans le n. 10, les lettres sont précédées du mot Pas-
cali, elles doivent être rapportées très probablement à
la préface qui suit et qui a un caractère pascal. Enfin,
au 18 des Calendes d'octobre, nous lisons : PC ES H
IN SCAE EVFYMIAE, qui, bien que placéesà la lin d'une
collecte, paraissent se rapporter à la préface qui vient
immédiatement après la rubrique.
Voici les interprétations de ces sigles proposées par
M. Feltoe :
super po-
3,5,6 P-FESP-
P-SFE'
P-F-Ë-
fê-
PRËCE
SF'
FESP = facla eucharistia
pulum.
P • SP • F • E • = preces sttper popidum farta eu-
charistia.
= preces facla eucharistia super
popidum.
= post sumplionem facla eucha-
ristia.
= preces facta eucharistia.
= facienda eucharistia.
preces super fralres ou preces
smritui fienda.
Il se pourrait que l'explication de ces preces fût four-
nie par le sacramentaire lui-même. On remarque en
effet vers le milieu du manuscrit 12 des signes inexpli-
qués, lettres de l'alphabet accolées à diverses oraisons,
mais sans suite; quelquefois ce sont des indications
comme celles-ci : — '— ou bien jp, ou encore "•' , ou 7,
tracées à l'encre noire. Il est tout à fait probable que
ces signes correspondaient à un index où étaient indi-
quées les preces à réciter suivant la circonstance. Peut-
être encore cet index se trouvait-il dans la partie perdue
du sacramentaire.
Les anciens livres liturgiques offrent un sigle dont
il est à propos de dire quelque chose. On trouve fré-
quemment des mentions analogues à celle-ci : Bap-
tizate, III. innomine Patris13... Cette abréviation doit
être lue Me ou Ma, elle peut servir d'indication chro-
nologique, car on sait que ce ne fut que vers le x* siè-
cle qu'on la remplaça par les sigles N ou NN. Mabillon
semble même porté à la faire disparaître vers le IXe siè-
cle. Ce point est difficile à décider à cause de l'état des
livres liturgiques qui nous sont parvenus, aucun d'eux
ne pouvant être daté avec une certitude absolue. Quoi
qu'il en soit, dom Ménard a pris avantage de cette abré-
viation contre Elaceus Illyricus. dont la célèbre messe
contenait à trois reprises le sigle N; il en reporte l'em-
ploi vers l'an 1000.
Cette abréviation se retrouve dans le recueil de Mar-
culfe. C'est qu'aux temps anciens, comme de nos jours,
on avait dressé des formules pour servir de modèles
aux actes courants de la vie privée ou publique. Les
p. 71". — ' Pjid., p. 749. — • Ibid., p. 76», 77». — • Poid., p. 40».
— •• Poid., p. 27". — " Ibid., p. 11". — » Voy. éd. Feltoe, p. 109,
115. — l3 Missale gothicum, éd. Tommasi-Vezzosi, t. VI, p. 290.
Ct. note 997 sur Gregorii sacramentarium, éd. Ménard, p. 572,
P. L., t. i.xxvm, col. 558.
165
ABRÉVIATIONS
166
désignations de personnes, de localités, de dates, néces-
sairement non remplies, au lieu d'être laissées en blanc,
y étaient représentées par le sigle Me. Par exemple :
Actum in illo loco... Ego atque ille, anno illo illius
régis Franchorum, mense illo, die illa, quod facil ipse
mensis, sub comité illo, scripsi et $ubscripsi féli-
citer '.
VI. Sur l'abréviation D. M. et D. M. S. — /. son ori-
gine. — Parmi les abréviations qui se rencontrent sur
les monuments chrétiens aucune n'est aussi célèbre
que le sigle D[is] M[anibus] S[acrum] et sa traduction
en grec 0[eoï;] K[aTa-/9ovt'ot;]. La présence de ce
sigle était à peine justifiable sur des monuments chré-
tiens; de là plusieurs tentatives d'explication. Mabillon
fut le premier à signaler cette bizarrerie, il n'hésita
pas à lire : DIS MANIBVS, car, observait-il : pri-
mas illis lemporibus, quibus cruda adhuc quorundam
in cordibus religio esset, tirones scilicet nonnullos ac
rudes e Clirislianis aliquid de paganici ritus supersti-
tione relinnisse2. Fabretti traduisit les sigles en : DEO
MAGNO sans manquer toutefois de faire observer que
l'on connaissait des marbres sur lesquels le mélange des
phraséologies païenne et chrétienne était évident :
1 DEBITA SACRATIS- MANIBVS -OFFICIA
VERE-QVIEVIT-CVMPACE3
2 NEC-CVRANT-CARMINA-MANES
DEP-IN-P-DIE etc.».
3 AETERNAMQVE-DOMVMCOMIENVS-
AMANTIVS-PARAVINOBISQVE-SANCTIQVE-
TVI-MANES-NOBIS-PETENTIBVS ADSINT5-
II remarquait en outre que c'étaient principalement les
tournures poétiques qui avaient passé, telles quelles,
dans le formulaire chrétien6. Doldetti 1 ne s'écarta pas
de l'interprétation de son maître Fabretti. Malheureu-
sement, ces deux archéologues paraissent s'être laissé
émouvoir plus que de raison par l'objection que tiraient
de la leçon Dis manibus contre l'origine chrétienne des
sépultures des catacombes les controversistes protes-
tants. Marangoni 8 et Gori 9 ne firent pas avancer la
question. Gori alla même, avec Muratori, jusqu'à trans-
former la formule : Do Mus AETerwa en : Deo Magno
AETerno10.
Mamachi admit les deux interprétations : Deo Magno
et Dis Manibus*1. Le principal argument apporté en
* E. de Rozière, Recueil général des formules usitées dans
l'empire des Francs du v au x' siècle, 3 gr. in-8°, Paris, 1G59,
1861, 1871, t. I, p. 240. — * Epistola ad Eusebium romanum de
cultu sanctorum ignotorum, in-8\ Parisiis, 1705, p. 38. — 3 J.
Gruter, Inscriptiones antiquse totius orbis Romani in absolutis-
simum corpus redactx, in-tol., Heidelbergae, 1601, p. mlviii, 1.
— iIbid., p. mlii, 10. — sibid., p. mlxi, 7. — «R. Fabretti. Inscrip-
tionum antiquarum, qux in sedibus paternis asservantur, ex-
plicatio, in-fol., Romae, 1699, p. 112, 563. — 'Boldetti, Osserva-
zioni sopra i cimiteri de' santi martiri ed antichi cristiani di
Roma, 1. H, c. XI : Del titolo D. M. o pure D. M. S. e di alcune
parole profane che tavolta s'incontrano in alcuna délie iscri-
zioni cristiani nei cimiterj, in-fol., Roma, 1720, p. 125, 145.
— * Acta S. Victorini, in-4', Romae, 1740. — 9 Inscriptiones an-
tiquai grxcx et romanx, qux exstant in Etrurix urbibus,
in-4-, Florentiae, 1727-1743, t. m, p. 360. — ,0 Muratori, Novus
thésaurus veterum inscriptionum, in-fol., Mediolani. 1739,
p. mmcii, 3. Pour la domus xterna, voy. Orelli, Inscriptionum
latinarum amplissima collectio, in-8\ Turici, 1828, n. 2522;
A. Lupi, Disserlatio et animadversiones ad nuper inventum
Severx martyris epitaphium, in-fol., Panormi, 1734, p. 173;
R. Fabretti. loc. cit., p. 113, n. 14; Boldetti, Osservazioni sopra
i cimiteri, p. 806. — " Mamachi, Origines et antiquitates
christianse, in-4-, Romae, 1749-1752; 2* éd., Roma;, 1846, t. m,
p. 15. — '« Muratori, Joe. cit., p. cv, 6; S. Maffei, Muséum Ve-
ronense, in-fol., Veronas, 1769, p. 178; G. Marini, Atti e tnonu-
faveur de Deo Magno était celui d'une épitaphe de
Vérone, ainsi libellée :
DEO MAG
NO ET ETERN
O STATIVS DI
ODORVS QVOT
5 SE PRECIBVS
COMPOTEM
FECISSET
V.S.L.M12.
Celle inscription, après les longues polémiques en-
gagées au sujet de son origine, paraît païenne, on peut
l'affirmer en toute certitude13.
Depuis lors presque tous les épigraphistes se tinrent
pour obligés de prendre part à la controverse, quoique
sans y rien changer14. Il reste finalement deux explica-
tions en présence, aussi vraies probablement l'une que
l'autre. Le D.M. était gravé d'avance sur les pierres sé-
pulcrales d'une manière presque automatique, personne
ne songeant plus à y attacher aucun sens 15; les chré-
tiens n'eurent même pas l'idée de prendre l'alarme au
sujet d'un sigle qui se voyait partout et que l'on traçait
souvent sans le comprendre. Cette observation parai-
trait peu fondée si l'on ne se souvenait de ce que peu-
vent être pour beaucoup de personnes quelques sigles,
tels que I.N.R.I. sur nos crucifix, D.O.M. sur quelques
frontons d'églises, R.I.P. sur les innombrables stèles des
cimetières. Nous avons d'ailleurs une autre preuve de
l'ignorance où l'on était alors du sens primitif de D.M.
Cette acclamation funéraire se trouvait en tète d'une
pierre qu'un lapicide détourna de sa destination pour
y graver l'enseigne de sa boutique :
D. M.
TITVLOS SCRI
BENDOS VEL
SI QVID OPE
5 RIS MARMOR
ARI OPVS FV
ERIT HIC HA
BES
Le D.M. se trouvait sans aucun doute l6 en tête de
tous les modèles contenus dans les formulaires épigra-
phiques 17 et les lapicides ne songeaient pas plus à s'en
aflranchir que les acheteurs à s'en offusquer. Nous
savons par Tertullien que l'on ne cherchait pas à rom-
pre avec l'usage païen de désigner les jours de la semaine
par les noms des dieux : Deos nationwm nominari
menti degli fratelli Arvali, in-4% Romae, 1795, n. 633 b; E. Le
Blant, Inscriptions chrétiennes de la Gaule antérieures au
vin' siècle, in-4% Paris, 1856-1865, t. I, p. 489, note 4. — ,3Dom
F. Cabrol et dom H. Leclercq, Monumenta Eccl. liturgica, in-4%
Paris, 1902, t. I, De titulis liturgicis antenicxnis, p. xcix. —
" Passionei, Iscrizioni antiche disposite per ordine di varie
classi ed illustrate con alcune notazioni, in-fol., Luca, 1763,
p. 120, n. 56; A. Zaccaria, Istituzione antiquario-lapidaria,
c. Il, vu, in-8", Roma, 1770; Marmora salonitana in ordinem
digesta, in-fol., s. 1., 1752, p. 40; De veterum christianarum
inscriptionum usu in rébus theologicis, c. i, in-4", Venetiis,
1761 ; Guasco, Musei capitolini antiqux inscriptiones, in-fol.,
Rome, 1775; Morcelli, Opéra epigraphica, in-4", Patavii, 1819, t. Il,
p. 72; Vermiglioli, Antiche iscrizioni Perugine, 1' éd., Perugia,
1833-34; Raoul-Rochette, Mémoires d'antiquité chrétienne
dans le tome xm des Mémoires de l'Académie des inscrip-
tions et belles-lettres. 1838. p. 179; G. B. Secchi, dans les Annales
de philosophie chrétienne, in-8", Paris, 1842, t. v, p. 298; Beller-
mann, Die àltesten christlichen Begràbnissstàtten zu Neapel.,
1834, p. 64 ; Zell, Handbuch der rômischen Epigraphik, c. n, 1850-
1857 ; Martigny, Dictionnaire des antiquités chrétiennes, au mot
D. M. — ,6 S. Maffei, Muséum veronense, in-(ol., Vérone, 1749,
p. 179. — "> C. Cavedoni, Ragguaglio storico archeologico di
due antichi cimiteri cristiani délia citta di Chiusi, Modena,
1853 ;R. Cagnat, Cours d'épigr. lat., in-8-, Paris, 1889. — "E. La
Blant, Inscriptions chrétienrts de la Gaule, t. i, p. 489.
167
ABRÉVIATIONS
168
lex prohibct ; non utique ne nomina eorum pronuntie-
mus, quse nobis ut dicamus conversatio extorquet '. Le
cas n'est pas différent pour le D.M.
En définitive la proportion du Dis manibus dans les
épitaphes est assez faible, comme on le verra dans notre
classement2.
Le D.M. disparait presque complètement des formu-
laires au commencement du ive siècle, au moment où
la paix de l'Église permet aux fidèles d'abandonner la
simplicité prudente des anciennes formules funéraires
pour en adopter de nouvelles dans lesquelles ils pussent
faire entrer la mention des dignités mondaines dont ils
avaient été revêtus. La refonte du formulaire antique
amena la disparition du sigle polythéiste qui peut, d'une
manière générale, servir à indiquer les marbres anté-
rieurs à l'an 313. Presque toutes les épitaphes chré-
tiennes du cimetière de Sainte-Catherine de Chiusi,
contemporain des Antonins, portent le sigle3. On le
retrouve, il est vrai, au Ve siècle, à Elcano 4 (dans le
royaume de Naples) et à Augst 5 (en Gaule), à Rome enfin
(cette dernière pierre est douteuse 6), et dans quelques
autres monuments. Dans la Pouille et la Calabre, on
voit le D.M. se transformer en BM et la filiation appa-
raît évidente dans un titulus d'Elcano qui porte B.M.S. 7.
Il est curieux de remarquer, au point de vue psycho-
logique, que les pierres qui portent la formule D. M.
oflrent quelques-unes des formules les plus intéressantes
«le l'épigraphie chrétienne pour la vie spirituelle. Leo-
pardum in pacem cum spirita sancta (=spirilibtis
sanclis) acceplum, eumle [ni\ (= euntem) a beatis (=arf
bealos) innocentent*. Une autre témoigne la sollicitude
d'une aïeule qui, « parce qu'elle aimait sérieusement »
son petit-fils, âgé de moins de deux ans, le voyant près
de mourir, « sollicita de l'Église qu'il ne quittât point la
vie sans baptême9. » Une pierre de forme circulaire et
portant le symbole du cheval passant (voir Cheval) fait
mention des œuvres de charité à l'égard des pauvres :
Spirilo requicscenticarissimiamicorum omnium pr[a]-
estatori bono pauperum mandalis serviens (=servicn-
tis) vit[a]e in omnibus Christi 10. La formule IX0YC
ZGONTCON ne pourrait être suffisamment éclaircie qu'en
1? rapprochant du symbolisme de deux poissons et de
l'ancre dont elle est ici la légende ". L'iyOùç, c'est la
nourriture, nous disent Abercius et Pectorius d'Autun,
ce poisson, c'est l'aliment de ceux qui vivent par la grâce
et dont l'ancre est le symbole, puisque, étant encore sur
la terre, ils habitent déjà par la pensée et l'attente in
cselestibus. Une inscription qui porte les deux symboles
du poisson et du navire présente une des formules les
plus attendries que la douleur ait pu trouver 12 :
MAVRELIO-ER
MAISCO
BENE NIERENT!»
5 QVEN OMNES SODALES
SVI QVERVNT
«A Marcus Aurelius Ermaiscus (=Mercuriolus)... que
tous ses compagnons cherchent [parmi eux]. « ha pré-
sence des trianomina et des deux symboles nous fait
remonter au moins au tie siècle de notre ère.
On fera observer ailleurs la plénitude d'enseignement
que renferment des formules telles que Dea reddidit
spiritum sanctum et claiiis est13. Un titulus conservé
au musée de Latran (xh, 25) J< fait cet éloge d'un détunt :
anima itmocens dulcis omnibus suis etamicis acceptas,
qui rappelle celui déjà cité : Spiritu carissimi amico-
rum omnium. La nature de ces éloges est curieuse à
noter. Ce que nos pères trouvaient dans leur souvenir,
c'était la douceur, l'innocence, la tendresse et la simpli-
cité de ceux qui étaient allés à Dieu. Une pierre fait
mémoire d'un adolescent, elle le qualifie de juvenis
simplici 15.
Un de nos marbres contient une des mentions les plus
rares dans l'épigraphie chrétienne, celle de la condition
sociale. Cette épitaphe dédiée par un libertus à sa pa-
tronne pourrait bien avoir quelque rapport avec la si-
tuation à laquelle le' célèbre décret de Callixte sur les
mariages entre esclaves et ingénues eut pour but de
remédier. La loi romaine était cette fois en retard sur le
droit ecclésiastique etSecundus n'avait peut-être pu ob-
tenir le titre de conjuxà cause de sa condition servile,
son titre de libertus ne datant que de la mort de
Marcia, sa maîtresse. Mais c'est ici le domaine de la con-
jecture 16. Un autre titulus nous fournit peut-être
l'exemple d'un usage inspiré par une pensée mystique
très élevée. Le fidèle meurt et renaît dans le baptême,
enseignait l'apôtre saint Paul, beaucoup de chrétiens
prirent donc la coutume de compter les années de leur
vie depuis le jour de leur baptême. Nous voyons ainsi
une entant de quinze ans à laquelle on fait un mérite de
sa virginité conservée jusqu'à cet âge où elle se maria.
Il est possible qu'il faille ajouter à ces quinze années de
virginité celles qui avaient précédé le baptême :
D. 171.
VIXITSABINA.VIR
GO AN XVET DIES XV
ET VIXIT CVM MARIT
VMSVVMANNOS lll-ET DIES XXV"
Une expression contemporaine de la précédente se
trouve dans l'épitaphede Campanus, dont le baptême est
désigné par le mot acceplio en sous-entendant Spirilus
sancti 18.
D M
EVFROSINE
COIVGI KA
RISSIMO
KAMPANO QVI VIXIT MECV AN
BENE XIIMESES DVO DIES V PERIT ANN XXXV
EX DIE ACCEPTIONES SVE VIXIT DIES LVII.
Nous trouvons plusieurs fois la formule dormit in
pace, caractéristique de la doctrine chrétienne d'outre-
tombe 19.
On rencontre enfin l'emploi du D.M. beaucoup au delà
de l'époque qui nous occupe. L'auteur de la solide disser-
tation '-'" à laquelle nous avons lait plusieurs emprunts
cite, à la page 64 de son travail, une inscription qui
constitue une petite curiosité épigraphique. La voici :
DM.
FELICIANIVERONEN-
MIHIMETFELICIANVSVERONEN-
.SACRVMCONST-
QVI INQVIETVS VIXI-
NVNC TANDEM MORTVVS
NON LVBENS QVIESCO
SOLVS CVR SIM QVAESERIS
VT-INDIECENSORIO- SINE
IMPEDIMENTOFACILIVS
RESVRGAM
Apianus et Amantius '-'. et Grater ■'-' eut jugé ce titulus
1 Tertullien, De idolatria, c. xx. dans Corp script, errl. lai.,
in-8* Vindobonx, t. I, p. ">'i : De Rossi, dans le Spiril -g. so*
lesmense, in-4», Paris, 1855, t. m, p. 55t. ->C. Cuvuduni, toc.
cit., p. 93. — * Mnmmsen, Imcript. rcijni Neapolitani kUinm,
in-lol., Lipsiœ, 1852, n. 1291, 1309. — «Le Riant, Inscript, chrii.
de la Gaule, t. i, p. 488. — 6 De Rossi, Inscr. christ, urb. Il MB,
t. i. p. 307. — 'De Rossi. Bullett. arch. Napoletano, in-4*, Na-
poii, 1857, septembre, n. 120. - • Voyez ci-dessous notre classe-
ment:^ 2.— »N. 3. — "N. 4. — "N" 13. — "N. 10. — "N. 1s
— «»N. 26. — "N.30. — '«N. 32. — «'N.39. — '«N.48. — "N.61.
64. — "Bêcher, Voir col. 169. — " Inscriplumes sacrosan<l;r
retustatis, in-(ol.,lngolstadii, 1534, p. 326. — "Loc. cit., p.MLii,8.
1G9
ABREVIATIONS
470
ancien. Fleetwood • prit l'éveil et le dénonça comme
moderne, mais Maitland 2 et Becker3 le donnent comme
antique, malgré une note de Mac Caul 4. En effet, le
personnage dont il est ici question est Félicien de Vé-
rone, qui vécut au xive siècle et publia en collaboration
avec Ziletli une traduction de Pétrarque intitulée :
Degli ttoniini famosi, Verona, 1476.
Le D.M. entre en combinaison, semble-t-il, avec des
symboles chrétiens dans quelques monuments. Le plus
célèbre est l'épitaphe de Vitalis sur laquelle on lit :
D M -j- S5. On a voulu traduire ces signes par Deo
Magno Chrislo Sacrum ou par Deus Magnus Christus
Salvator en s'aidant des paroles de saint Paul à Tite :
Magni Dei et Salvatoris nostri Jesu Christi 6.
Dans l'épitaphe de Clemenlia on a interprété
)K 0 M )k 7 par Dulci mémorise.
Ces explications pourront être appuyées quelque jour
sur des preuves sérieuses; jusqu'à ce moment elles ne
relèvent que de l'imagination.
On peut rappeler encore :DXIV|S;_DIV!+9; —
D + M 10; — D £r^TP^ M"; -+ D+ M +«!;-
D P * £5 M >3; - B M ;£'*.
Dans ces différentes compositions, le D. M. ne parait
pas fournir un sens favorable aux combinaisons dans
lesquelles on a tenté de le faire entrer. C'est probable-
ment une lourde erreur de mettre partout des raisons
profondes et de prêter aux anciens des intentions mys-
térieuses que rien ne révèle et qu'ils n'eurent sans doute
pas. Les pierres chrétiennes qui portent le sigle D.M.
en fournissent une preuve surabondante; comme l'es-
pace manque pour les rapporter toutes ici intégralement,
nous donnerons seulement les incipit avec la référence.
//. BIBLIOGRAPHIE DES SOURCES AUXQUELLES ON REN-
VOIE DANS LE CLASSEMENT DES INSCRIPTIONS PORTANT
D. M. — Apianus et Amantius, Inscripliones sacro-sanctee
vêtus talis, in-fol., Ingolstadii, 1534; — Aringhi (Paulus),
Romasublerranea novissima, inqua post Ant. Bosium,
Joa. Severanum et célèbres alios scriplores, anliqua
christianorum et prœcipue martyrum cœmeleria, tituli,
monimenta, epitap/iia, inscripliones ac nobiliora san-
clorum sepulchra VI libris ittustrantur, 2 gr. in-fol.,
Roma?, 1G51, fig.; 2 in-fol., Lutetia? Paris., 1659, fig. ; —
Barbier de Montault, Epigraphie et iconographie des
catacombes de Home, dans le Revue de l'art chrétien,
1858, t. il, p. 12-17, 317-323, et in-8°, tirage à part;
— Bartolini (Domenico), Le nuove [catacombe di
Chiusi recentemente scoperle nella contrada che appel-
lasi S. Caterina, illustrait da monsig. Domenico Bar-
tolini... disserlazione letla... il iOluglio 1852, dans les
Dissertazioni dell' accademia pontificia romana di
archeologia, in-4°, Borna, 1853, t. xm, 60 p.; — Becker
(Ferdinand), Die heidnische Weiheformel D. M. (Dus
manibus se. Sacrum) auf altchrisllichen Grabstein. Ein
Beilrag zur Kenntniss des christlichen Altcrlhums
von Ferdinand Becker, mit vielen Abbildungen in
Holzschnitt, in-8«, Géra, 1881, C8 p.; — G. Becker,
Die Darstellung Jesu Christi unter dem Bilde des
Fisches, in-8», Breslau, 18G6; — Bianchini (J.), De-
monstratio historiée ecclcsiaslicse quadripartite, in-fol.,
Borna?, 1752; — Boldetti (Mar. Ant.), Osservazioni sopra
* Sylloge inscriptionum antiquarum, in-8°, Londini, 1691,
p. 198. — - The Church in the catacombs, a description of the
primitive Church of Rome, illustrated by ils sepulchral re-
mains, in-81, London, 1846; 2« éd., in-8% -1847, p. 82. — » Die
heidnische Weiheformel D. M., in-8°, Géra, 1881, p. 64. — * Epi-
taphs of the catacombs, in-12, Toronto, 1869, Introd., p. iv. —
BJ. Lami, Novelle letterarie publicatp in Firenze, Firenze,
1770. p. 347. — • Tit. n, 13. — • G. Spano, Scoperte archeolo-
gicke fattesi in Sardegna in lutto l'anno 1813, in-8°, Cagliari,
1873, p. 39. — «R. Fabrelti, Inscr. domest., p. 504, n. 107. —
i cimiterj de'santi martiri ed antichi cristiani di
Roma, aggiunlavi la série di tutti quelli che in va-
rie parte dei mondo si trovano, 2 in-fol., Borna, 1720,
fig.; — Bosio (Antonio), Roma sollerranea, opéra pos-
tuma compila e disposita dal Giov. Severani da
S. Severino, nella quale si traita de'sacri cimiterii di
Roma, delsito, forma,ed uso a?Uico di essi.. . nuovamente
visitait ericonosciuti dal Oit. Pico, publicata da Carlo
Aldobrandino, in-fol., Borna, 1632; 2e éd., gr. in-4°,
Roma, 1650; — Brunati (Jos.), Museei Kircheriani
inscripliones, in-8°, Mediolani, 1837; — Bunsen (C-
J.), Beschreibung der Stadt Rom., 3 in-8°, Stuttgart,
1830-1837 (en collaboration avec Plaltner); — Cardinali
(C), Iscrizioni antiche Veliterne illustrate, in-4°, Roma,
1853; — Cavedoni (Celestino), Ragguaglio storico archeo-
logico di un anlico cimitero cristiano scopertosi di
récente nette vicinanze di Chiusi, dans le Messaggero di
Modena, Modena, 1852, réimprimé dans La scienza e la
fede, Napoli, 1852, t. xxiv, p. 217-240; enfin, avec des
additions et corrections, Ragguaglio storico archeologico
di due antichi cimiteri cristiani délia città di Chiusi,
Modena, 1853, dans le t. xiv de la 3e série des Me-
morie di rcligione, di morale e di letteratura, 99 p.;
— Chorier (N.), Recherches sur les antiquités de la
ville de Vienne, in-12, Lyon, 1659; nouvelle édition
avec les additions de Cochard, in-8", Lyon, 1828; — Col-
lombet (F.-Z.), Histoire de la sainte église de Vienne,
in-8°, Lyon, 1847; — Corpus inscriptionum latinarum ,
consilio et aucloritate Academiee litterarum regirn bo-
russiese edd. Theod. Mommsen, Guill. Henzen, Aem.
Ilùbner, Car. Zangemeister, R. Schône, Joh. Bapt. de
Bossi, Aug. Willmans, Eug. Bormann, Christ. Huelsen,
Otto Hirschfeld, H. Dessau, Ben. Cagnat, Joh. Schmidt,
H. Dressel, Fr. Bitschl, Berolini, in-fol., 1862-....; —
Fabretti (R.), Inscriptionum antiquarum, quee in eedi-
bus paternis asservanlur, explicatio, in-fol., Roma?,
1702; — Garrucci (Rail.), Sloria dell'arte cristiana, nei
primi olto secoli delta Chiesa corredata délia collezione
di tutti monumenti di pittura e scullura, incisi in
rame su 500 tavole ed illustrait, G in-fol . , Pra to, 1872-1 881 ;
— Gazzera, Dette iscrizioni cristiane antiche dei Pie-
monte discorso, in-4°, Torino, 1849; — Georgius (D.),
De monogrammate Christi Domini dissertalio, in-4°,
Romœ, 1737; — Gruter(Jan.), Inscriptiones antiques lotius
orbis romani in absolu lissimum corpus redactse olim
auspiciis Josephi Scaltgeri et Marci Velseri industria
autem et diligentia Jani Gruteri : nunc curis secundis
ejusdem Gruteri et notis Marquardi Gudii emendatse
et tabulis œneis a Boissardo confectis illustrâtes ; denuo
cura viri summi Joannis Georgii Greevii recensitx.
Accedunt adnotationum appendix et indices jxv emen-
dati et locupletati ut et Tironis Ciceronis lib. et Se-
necee notée, 4 in-fol., Amsteloedami, CID IOCC VII; —
Guarini (Raims), Alcuni monumenti antichi spiegati,
in-4°, Napoli, 1828, 40 p. ; — Guasco (F.-E), Musxi
Capilolini antiquee inscripliones, in-fol., Romœ, 1775;
— Kraus (F.-X.), Roma sollerranea, in-8°, Freiburg
im Breisgau, 1879; — Lami (.T.), Novelle letterarie pub-
blicate in Firenze, in-8°, 1770, t. xxx; — Le Blant
(E.), Inscriptions chrétiennes de la Gatde antérieures
au vin' siècle, 2 in-4», Paris, 1856-18G5; — Lupi (A.),
Dissertatio et animadversiones ad nuper inventum
Severee martxjris epitaphium, in-fol., Panormi, 1734;
9E. Le Blant, Inscriptions chrétiennes de la Gaule, t. i, p. 361.
— 10 E. Le Blant, loc. cit., t. n, p. 470; Corp. inscr. lat., t. ni,
n. 6042 ; Cotonna Ceccaldi, Ftev. archeol., nouv. série, 1869, t. xix,
p. 224 ; Wachsmuth dans le Rheinisches Muséum fur Philologie,
in-8% Frankfurt-a.-M., t. xxvii, p. 615. — " J. Gruter, Inscr.
antiq., p. dcxlii. — ** J. Guarini, Alcuni monumenti antichi
spiegati, in-4*, Napoli, 1828, p. 13. — i3 De Rossi, Bullettino di
archeologia cristiana, in-4", Roma, 1868, p. 88 sq. — '* De Rossi,
Inscriptiones Christian» urbis Romœ, in-fol., Roms, 1861, t. I,
n. 150.
171
ABREVIATIONS
172
— Mabillon (J.), Muséum italicum seu collectio vete-
rum scriplorum ex bibliolliecis italicis eruta, com-
plectens iter italicum litterarium, opuscula varia
Palrum et vetera monumenta, cum sacramenta-
rio et pœnitentiali gallicano, antiquos libros rituales
Romanse ecclesiœ, cum commentario prœvio in ordi-
nem romanum, 2 in-4°, Lutetiae Parisiorum, 1687-1689,
fig. ; 2 in-4», ibid., 1724, fig.; Epistola ad Eusebium
Romanum de cullu sanctorum ignotorum, in-8°, Pa-
risiis, 1705; — Mamachi (T. M.), Origines et antiquitates
christianse, in-4°, Roma:, 1749; 2" édition, in-4°, Roma?,
1846; -- Marangoni (,).), Acta S. Viclorini, in-4°, Roma?,
1740; Délie cose gentilcsche e profane trasporlate
ad uso e adornamento délie chiese, in-4°, Roma, 1744;
— Marini (G.), Atti e monumenli de 'fratelli Arvali, in-4°,
Roma, 1795; Inscriptionum christianarum pars /a,
publiée par le card. A. Mai, dans sa Scriplorum vete-
rum nova collectio, in-4°, Romoe, 1831, t. v; — Martigny,
Dictionnaire des antU/uilés chrétiennes, contenant le
résumé de tout ce qu'il est essentiel de connaître sur
les origines chrétiennes jusqu'au moyen âge exclus.
2 édit., gr. in-8°, Paris, 1877; — Morcelli (E. A.), Opéra
epigraphica, in-4°, Patavii, 1819; — Muratori (L. A.),
Novus thésaurus veterum inscriptionum in prsecipuis
earumdemcollectionibushactenuspraetermissarun:,col-
lectore Lud. Ant. Muratorio, 6 in-fol., Mediolani, 1739-
1742, fig.; — Passionei (D.), Iscrizioni antiche disposite
per ordine di varie classi ed illustra te con alcune nota-
zioni, in-fol., Luca, 1763; — Perret (L.), Les catacombes
de Rome, 6 in-fol., Paris, 1852, fig.; — Ravenez (L. W.),
L'Alsace illustrée (traduction de l'A Isatia illustrata de
Schœpllin), 5 in-8°, Mulhouse, 1849-1852; — ReinesiusfT.),
Synlagma inscriptionum antiquarum, in-fol., Lipsia\
1682; — Ritter, De compositione titulorum christianorum
sepulcralium in Corpore inscriptionum grsecarum edi-
torum,'m-8«, Berolini, 1877, 44 p.; — Schultze (V.), Ar-
chàologisclie Sludien ûber altchrislliche Monumente,
gr. in-8°, Wien, 1880; — Spano (G.), Scoperte archeolo-
giche fatlesi in Sardegna in tutto l'anno 1783, in-8°,
Cagliari, 1873; — Steiner, Inscriptiones Danubii et
Rheni, in-8°, Seligenstadt, 1751.
///. EXEMPLES DE FORMULES D. M. — 1. DIS MANI-
BVS PRINCIPIO FILIO. Lupi, Epit. Sev. mart.,
p. 105; Perret, Catacombes, t. v, pi. U, 35; cf. Mura-
tori, Thés., p. mcmxxviii, n. 4; Mamachi, Orig. christ.,
t. m, p. 20; Georgi, De Monogr. Chrisli, p. 52; Bru-
nati, Mus. Kircheriani inscr., p. 114, 263; Settele,
Sull'importanza, p. 60; Rcestell, dans Platner et Bun-
sen, Reschreibung der Stadt Rom., t. I, p. 390, etc. ;
F. Becker, n. 1, p. 10.
2. D MA SACRVM XL LEOPARDVM. Guasco, Musei
capitolini ant. inscr., t. m, n. 1268; Mabillon, Iter
italicum, p. 73; Fabretti, Inscr., t. vin, p. 574; De Rossi,
Il museo epigrafico crisliano Pio-Lateranense, p. 43;
F. Becker, n. 2, p. 10.
3. D.M.S. FLORENTIVS FILIO SVO. Boldetti,
Osservaz., p. 462; Muratori, Thés., p. mdccclxxv, 6;
Bianchini, Hist. eccl. quadr., t. il, p. 214, pi. I,
sdrc. I, n. 56; Marini, Alli degli frai. Arvali, p. 171;
Barbier de Montaull, Épigraphie eticonogr. des catac.
de Rome, p. 28; Perret, Catac, t. v, pi. xv, 9; De
Rossi, Museo. epigr., p. ix, n. 39; Ott, Die ersten
Christen i'iber und unter der Erde, p. 290; F. Recker,
p. 12, n. 3.
4. D M+S VITALIS DEPOSITA DIE. Lami, Novelle
letterarie publicale in Firenze, 1770, p. 347; Perret,
Catac, t. v, pi. vu, 11; De Rossi, Il museo epigr.
crist., p. 40; F. Becker, p. 13, n. 4.
5. ^CDM^ SPIRITO REQVIESCENTI. Spano, Sco-
perte archeologiche fattesi in Sardegna in tutto l'anno
1813, p. 39; De Bossi, Rull. diarch. crist., 1873, pi. xi,
p. 129 sq.; F. Becker, p. 15, n. 5.
6. D.M. S. LAEVIAFIRMINA-MATER. Boldetti,
Oss., p. 461; Lupi, Sev. epit., pi. IX, 2; Muratori, Thés.,
p. mclxxxii, 1; p. mdcccxcvi, 7; Brunati, Mus. Kirch.
inscr., p. 115, 267; Perret, Catac, t. v, pi. L, 28; F. Be-
cker, p. 16, n. 6.
7.
DMHILARIONI INNOCENTISSIMO.
Perret, Catac, t. v, pi. lxi, 4; De Rossi, Il mus. ep.,
p. xvn, n. 33; F. Becker, p. 17, n. 7.
8. D-M-GAVDENTIO FILIO MATER FECIT. Ma-
rangoni, Acta S. Vict., p. 132; Muratori, Thés.,
p. mdccclxxviii ; Passionei, Iscriz. antiche, p. 120, n. 56;
De Rossi, Il mus. epigr., p. xvn, n. 34; F. Becker, p. 17,
n. 8.
9. PD.SMCS FESTO CARISSIMO COIVGI. Vermi-
glioli, Ant. iscr. Perug., 2e éd., t. n, n. 5; Mai, Script,
vet. nov.coll., t.v,p. 379; F. Becker, p. 17, n. 9.
10. D.M. IN || PEREGRI || PA. De Rossi, Roma
sotterr., t. m, p. 100, pi. xvm,3; F. Becker, p. 18, n. 10.
11. D.M. «H IVS AGENOR iHH Tl IN PACE.
De Rossi, Roma sotterr., t. m, p. 375, pi. xxviii, 43;
F. Becker, p. 18, n. 11.
12. D-
M
AVR • DIOGENIE • QVE • Bl.
Perret, Catac, t. v,pl. xlvi, 14; F. Becker, p. 18, n. 12.
13. D
M IXOYC-ZGÙNTGÙN £x£^Z&.
De Rossi, Spic solesm., t. m, p. 573; Becker, lnschrif-
ten der rômischen Cômeterien, p. 31, pi. I, 1; Schultze,
Die Darstellung Jesu Christi unter dem Rilde des Fis-
ches, p. 24; Das Grab des Pelrus, dans Archâologische
S tudien ûber altc/tristliche Monumente, p. 229; F. Becker,
p. 19, n. 13.
14. DMTTOTTYAHNIAATTeOANHN. Fabretti, Inscr.
ant. expl., p. 590, n. 107; Corp. inscr. gr., n. 9596;
G. Becker, Die Darstellung, p. 59, n. 61; Romani,
Instituto di belle arti délie Marche in Urbino; cf.
F. Becker, p. 22, n. 14.
15. D.M.POMPONTAE FORTVNVLAE. Marangoni,
Délie cose gentilesche e profane trasportate, p. 464 ; Pas-
sionei, Iscriz. ant., p. 124, n. 78; G. Becker, Die Darstel-
lung, p. 39, n. 20; F. Becker, p. 22, n. 15.
16. D }^czC2^ M' M-AVRELIO-ERMAISCO. Gru-
ter, Inscr. antiq., an. 1601, p. 642; G. Becker, Die
Darstellung, p. 47; F. Becker, p. 23, n. 16.
17. D-M- NELI -|-ASASORICIO.Lupi, Epit.,
p. 163; Marangoni, Acta S. Vict., p. 153; F. Becker,
p. 23, n. 17.
18. D-M-LEOPARDVSQVI VIXIT. Cardinali, Iscriz.
ant. ined., p. 17, n. 98; Iscriz. ant. Velit. M., p. 200,
n. 133; Martigny, Dict., p. 218, au mot D. M; De Rossi,
Inscr. christ. ,c. v, § 5, t. i, p. 540, et Rullett., 1873, p. 54
sq. ; F. Becker, p. 24, n. 18.
19. D Wm AVRE... AVRE...?»CE. De Rossi, Rom.
sotterr., t. m, p. 316, pi. xxvi, 32; F. Becker, p. 25.
n. 19.
20. «31Vd A WAUONNV 3llV9aVS \NQ- De
Rossi, Rullett., 1864, p. 9, et Roma sotterr., t. m, p. 123,
pi. xix, 57; F. Becker, p. 26, n. 20.
21. D.M. PARENIIS FILIAE DVLCISSIMAE. De
Rossi, Rom. sot t., t. i, p. 336, pi. xxm, 2; F. Becker,
p. 26, n. 21.
22. D.M. PAVLINA BENEMERETI SVE. Perret,
Catac, t. v, pi. lxxv, 2; F. Becker, p. 27, n. 22.
23. D.M.S. LAVRICIO CONC BENEMERENTI
Perret, Catac, t. v, pi. lxxiii, 6; Martigny, Dict., au mol
Librarii; F. Becker, p. 27, n. 23.
24. D-M-S- BENERVS VIXIT ANNOS XXIII ET.
Boldetti, Osservaz., p. 150; Vermiglioli, Ant. iscr.
173
ABREVIATIONS
174
Perug., t. n, p. 593, n. 27; F. Becker, Die Inschr. der
rôm. Cômet., pi. I, n. 3; Die heidenische Weiheformel
D. M. p. 7, n. 28.
25. D.M.S. MATER POSVITFILIO AVGENDO.
De Rossi, 11 mus. epigr., p. xvi, n. 2 ; F. Becker, p. 29, n. 25.
26. D.M.S. SVLENIVS PARTHENIVS EVRYBA,
De Rossi, II mus. epigr., p. xn, n. 25; F. Becker, p. 29,
n. 26.
27.^8 M-mm nofilio wzm erenti wm..
F. Becker, p. 30, n. 27.
28. DD.MM.SS.OVIRIACE VIXIT ANNV. F. Bec-
ker, p. 30, n. 28.
29. D.M....ERIOSVS DVLCISSI[M]VS VIXIT. F. Bec-
ker, p. 30, n. 29.
30. «g M LIO COMMVNI IVVENIS SIMPLICI.
F. Becker, p. 30, n. 30.
31. D.M. EROTIS ALVMNO DVLCISIMO ET.
Perret, Calac., t. v, pi. xlvi, 13; De Rossi, Inscr. christ.,
t. i, p. lxxi; F. Becker, p. 31, n. 31.
32. D.M. MARCIE-RVFINE DIGNE PATRONE.
De Rossi, Rom. sott., t. i, p. 334, 343, pi. XX, 27;
F. Becker, p. 32, n. 32.
33. D.M. MARCAR QVI BIXIT ANNI DECEM. De
Rossi, Rom. sott., t. i, p. 330, pi. xix; F. Becker, p. 32,
n. 33.
34. D.M.TOTIE INOCE DOMITIE QVE. De Rossi,
Rom. sott.. t. m, p. 109, pi. xxiv, 6; F. Becker, p. 32,
n. 34.
35. D.M. AVRELIAECS A. ..T. FECIT P MATER. De
Rossi, Rom. sott., t. ni, p. 136, pi. xxi, 43; F. Becker,
p. 33, n. 35.
36. D.M.AELIAM....LEONIC... De Rossi, Rom.
sott., t. m, p. 13(5, pi. xxi, 43; F. Becker, p. 33, n. 36.
37. D.M.v ICTORI. De Rossi, Rom. sott., t. m, p. 364;
F. Becker, p. 33, n. 37.
38. D.M. COIVGI CARISSIME bASSVS MARITVS.
F. Becker, p. 33, n. 38.
39. D.M. VIXIT SABINA VIRGO AN XV ET DIES.
F. Becker, p. 33, n. 39.
40. D.M.PRIMILLVS VIXIT AN MEN VII K. Ver-
miglioli, Ant. iscriz. Perug., t. h, n. 16; F. Becker,
p. 34, n. 40.
41. PDM.PRIMITIBO BENEMERENTI QVI. Gaz-
zera, Iscriz. crist. ant. del Piemonte,i>.29; F. Becker,
p. 34, n. 41.
42. DDM-^MVNDICIE PROTOGENIE • BENE. Si-
ghardt, Reliquien aus Rom., p. 30; Geiss, Geschichte
der Stadtpfarrei S. Peler, p. 421 ; J. von Hefner, Rô-
misches Rayern., p. 242, cf. Becker, p. 34, n. 42.
43. D[m] LVCIO-VAL[.4ga]THOPOC[ôene]. F. Bec-
ker, p. 37, n. 43.
44. D.MS.FILIO DVLCISSIMO NICEROTI. Apianus
et Amantius, Inscriptiones sacrosanctse vetuslalis, p. 207 ;
Gruter, Thésaurus, p. mlvi, 5; F. Becker, p. 38, n. 44;
p. 43, n.60; Muratori, Thés., t. iv, p. mcmxvi.
45. D.M.PVERTATIANVS DISCESSIT • DE .Gruter,
Thés, inscr., an. 1603, p. mlx; F. Becker, p. 38, n. 45.
46. D.M.S.* CAESONIVS SALVIVS VONE. Bosio,
Rom. sotterr., p. 58i; Aringhi, Rom. subt., t. il, p. 151 ;
Fa bretti, Inscr. antiq.,c\. vin, 564; Boldetti, Osservaz.,
1. II, c. xi, p. 459; F. Becker, p. 38. n. 46.
47. GAVDENTIO FECERVM... DM. Bosio, p. 505;
Aringhi, t. n, p. 118; F. Becker, Die Inschriften,
p. 16; Die heidenische Weiheformel D.M., p. 39, n. 47.
48. D.M. EVFROSINE COIVGI KARISSIMO. Fa-
bretti, Inscr. antiq., cl. vin, 563; F. Becker, p. 39, n. 48.
49. D M. XV KAL.IVN IVLIA NICE PATER. Fa-
bretti, loc. cit., cl. vin, 572; F. Becker, p. 39, n. 49.
50. M.D. SOSSIO PRISCO FILIO DVLCISSIMO.
Fabretti, loc. cit., cl. vin, 581 ; F. Becker, p. 40, n. 50.
51. D.M.S. FELICISSIME ET PASTORI FILIS. Fa-
bretti, loc. cit., cl. vin, 565; F. Becker, p. 40, n. 51.
52. D.M.PVBLILIA EVHODI A PVBLILIO. Fabretti,
loc. cit., cl. vin, 579; F. Becker, p. 40, n. 52.
53. DXM.TVLLIE CASTE VERE CASTE. Fabretti,
loc. cit., cl. vm, 564, n. 107; F. Becker, p. 41, n. 53.
54. DPM.S.IANVARIVS. Boldetti, Osservaz., p. 459;
F. Becker, p. 41, n. 54.
55. DM.TIGRDAS.ANOS Vllll . VIX . ANOS. D'après
Boldetti, F. Becker, p. 41, n. 55.
56. M. S. D. FELICITAS. FI LIO.SVO.BE NE M-. Bol-
detti, Osservaz., p. 460; F. Becker, p. 41, n. 56.
57. D.M. PATROATA-ET FILIA MATRI. F. Becker,
p. 42, n. 57.
58. D.M. IVLIA SOROR FRATRI SVO DVLCIS-
SIMO. Boldetti, p. 460; F. Becker, p. 42, n. 58; Muratori,
Thés., t. iv, p. mdcccxci.
59. D.M.XANTIACE IN PACE. F.Becker, p. 42,n.59.
60. D.M.SECVNDINVS FRATRI SVO VICTORI NO.
Muratori, Thés., t. iv, p. mcmxxxvihjF. Becker, p. 43, n.61.
61. D.M. IN PACE VICTORIA DORMIT FILIVS.
Boldetti, Osservaz., p. 461; Muratori, Thés., t. iv,
p. mcmlvii; F. Becker, p. 43, n. 62.
62. D.M. PRIME COMPARI DVLCISSIME VIXIT.
Boldetti, p. 461 ; F. Becker, p. 43, n. 63.
63. D.M. VENERIVS MOMELITIO B... Tl FE. Bol-
detti, p. 461 ; F. Becker, 43, n. 64.
64. D.M.S. LAEVIA- FIRMINA MATER VETTIAE
Boldetti, p. 461; Muratori, p. mdcccxcvi; F. Becker, p. 44
n. 65.
65. D.M.ABVNDANTIA VIXIT ANNIS VIII. Boldetti,
p. 461 ; F. Becker, p. 44, n. 66.
66. D. M. P. LIBERIO VIXIT ANI N.V.MENS.
Boldetti, p. 83, 461; De Rossi, Inscr. christ., t. I, n. 24;
Rœstell, Reschreibung der Sladt Rom., t. i, p. 374 ;
cf. F. Becker, p. 44, n. 67.
67. LEO IN PACE DM. LEONTIVSLEA F. Boldetti,
Osservaz., p. 462; F. Becker, p. 45, n. 68.
68. D.M. BONONIA QVAE VIXIT CVM VIRGINIO.
Muratori, Thés., p. mdcccxlvi; F. Becker, p. 45, n. 69.
69. D.M. LEONTIE CONIVGI AVXANON MA-. Mu-
ratori, p. mcmi, 3; Passionei, Iscr. antiq., p. 120; F. Be-
cker, p. 45, n. 70. •
70. D.M. RENATE BENEMERENTI QVE VIXIT.
Muratori, p. mcmxxxi; F. Becker, p. 45, n. 71.
71. D.M.YPPOLITVS.Q.V.ANN.XIII.M.VIII.DP.
Muratori, p. mcmlxiii; F. Becker, p. 46, n. 72.
72. O.K.CELESTINA. Lupi, Epit. Sev., p. 105;
F. Becker, p. 46, n. 73.
73. v.wm. ilaritati M^wmmmmmm?,.. Lupi,
p. 37; F. Becker, p. 46, n. 74.
74. D.M.CALOTYCE. OCTABIANO. COIVGI. Mor-
celli, Opp. epigr., t. il, p. 71 ; F. Becker, p. 46, n. 75.
75. D.M. + .IN HOC TVMOLO RESVIISCIT BONE.
L.-W. Ravenez, L'Alsace illustrée de Schœp/lin, t. m,
p. 211, pi. xix ; Steiner, Inscr. Dan. et Rh., n. 2076;
Sammlung und Erklârung altchr. Inschriften, p. 58, 77 ;
Mommsen, Inscr. confed. Helvet.lat.,n.30'l ; E. Le Blant,
Inscr. chrét. de la Gaule, t. I, p. 488; F. Becker, p. 47,
n. 76.
76. D.+ M.HIC REQVESCIT PRO[iecrw«]. E. Le
Blant, t. n, p. 171, pi. 63, n. 381 ; F. Becker, p. 47, n. 77.
77. D + M. VIBIAE AVRELIAE KARISSIMA[e], Co-
lonna Ceccaldi, Rev. archéol., 1869, t. xix, p. 224;
Corp. inscr. lat., t. ni, n. 6042; F. Becker, p. 48, n. 78.
78. D. + .M. T.CATONI. T. F. POL.SAVINO.
C. Wachsmuth, Mus. Rhen. nov., t. xxvn, p. 615; Corp.
inscr. lat., t. m, n. 6547; F. Becker, p. 48, n. 79.
79. +D+M+...QVIESCIT...NOC5PACIS.Guarini,/Uc.
mon. ant., p. 13; Mommsen, Inscr. reg. Neap., 1309;
F. Becker, p. 48, n. 80.
80. DM. HIC REQVIESCIT IN SOMNO. Mommsen,
Inscr. regn. Neap., 1291; F. Becker, p. 49, n. 81.
81. D. :(:):M. SEPTENIS DECIES CVM. Chorier,
175
ABREVIATIONS
176
Recherches, p. 46; Collombct, Hist. de la sainte église de
Vienne, t. i, p. 196; de Castellane, Méni. de la soc. arch.
du midi de la France, t. il, p. 188. Cf. E. Le Blant, Inscr.
chrét. de la Gaule, t. n, n. 409; F. Becker, p. 49, n. 82.
82. D.M. HIC IACET VIRGO FIDELIS. Muratori,
p. mccxxx, 3; E. Le Blant, Inscrip. chrét. de la Gaide,
t. ii, n. 550, p. 307; F. Becker, p. 50, n. 83.
83. D éol^cS M. VALERIAE VICTORIAE. Corp.
inscr. lat., t. x, n. 3076.
84. D.M. GELLIAE ACINIAE MATRI. Bartolini, Le
nuove calacombedi Chiusi, 1853, et Dissert. delVaccad.
puni, rom., t. xni, 1355; F. Becker, p. 51, n. 85.
85. DC5M.Q.VAELIO IVLIANO SIVE AEBVRIO.
Bartolini, loc. cit.; F. Becker, p. 51, n. 86.
86. DPÎfcPM. VLPIAE VICTORIAE CONIVGI. Bar-
tolini, loc. cit.; De Bossi, Bull., 1868, p. 88; F. Becker,
p. 52, n. 87.
87. DC5M. NERANIAE IVLIANENI • CONIVGI. Bar-
tolini, loc. cit.; F. Becker, p. 52, n. 87.
88. D M. NONIO VENVSTIANO PATRI. Bartolini,
loc. cit.; F. Becker. p. 52, n. 88.
89. D M.L. TREBONIO SELEVCO PATRI. Barto-
lini, loc. cit.; F. Becker, p. 53, n. 89.
90. DM.GELLIO VICTORINO QVI VIX. Bartolini,
loc. cit.; F. Becker, p. 53, n. 90.
91. DC5M. AVR. ALEXANDRO IVN.QVI VIXIT.
Bartolini, loc. cit.; F. Becker, p. 53, n. 91.
92. DC5M. CAESIA BENEBOLA QVE VIXIT. Cave-
<\oni, Ragg uaglio stor.arch.di un un lien ci m., 1852 ;Rag-
guaglio storico arch. di due anlichi cimiteri, 1853;
F. IJecker, p. 5i, n. 93.
93. D.M. LFONTEIAE GAVDENTIAE QVAE. Cave-
doni, loc. cit.; F. Becker, p. 54, n. 94.
94. D.M. SILVANO NEOFITO QVI VIXIT. Apian..
loc. cit., p. 47; F. Becker, p. 55, n. 95.
95. D-M- AVRELIVS- MAHES- FILIVS- MARINO-
Apian., loc. cit., p. 41; F. Becker, p. 55, n. 96.
96. DM. VALERIVS QVI VIXIT IN SAECVLO.
Gruter, p. mlx, 9; F. Becker, p. 55, n. 97.
97. D.M. DVLCISSIMO COMPARI CONTRA. Gru-
ter, p. mlxii, 2, d'après Apian., loc. cit., p. 46; F. Becker,
p. 56, n. 98.
98. D.M. DIVIXTA.PATERNINI.ANCILLA. Gruter,
p. mlii, 1 ; F. Becker, p. 56, n. 99.
99. D.M. SANCTISSIMA LVPVLA SOLVTORIO.
Gruter, p. mlvi; F. Becker, p. 56, n. 100.
100. A.DC5M.CO. VALERIA RODE VALERIAE. Gar-
rucci, Sloria, t. I, p. 169.
101. D.M.AVRELIAE AMPLIATAE CONIVGI. De
Bossi, Bull, di arch. crist., 1883, p. 120, pi. x, n. 1.
102. D.M.AVRELIO FLORENTINO. Cavedoni, loc.
cit., p. 18, n. 7.
103. D.M.SIGfno c]HRISTI. Duchcsne et Bayet, Mé-
tvoire sur une mission au mont Alhos, in-8°, Paris,
1870, p. 132, n. 191.
104-110. Cf. Corp. insc. lat., t. vm, n. 11897. 11900,
1 1905, 12197, 17414, et Ephem. epigr., t. v, p. 479, n. 1041.
Inscriptions douteuses :
1. D.M. MANNEO-PAVLO-PETRO. De Bossi,
Bull., 1867, p. 13; Kraus, Rom. sott., 492 Tûbinger
theol. Quart., 1867, p. 621; F. Becker, p. 58 a.
2. D.M.FLAVIAECASTRICIAE VIRGINI. De Bossi,
Bull., 1876, p. 69; F. Becker, p. 59 B.
3. D.M. BONAE MEMORIAE ET DOMVI. Reine-
sius, Syntagma, cl. xx, n. 416; Muratori, p. mcmix; Ma-
machi, Orig. christ.,1^ éd., p. 87 sq. ; F. Becker, p. 58 C.
' Ch. Descemet, Inscriptions doliaires latines : marques de
briques relatives à une partie de la Gens Domitia, in-8%
Paris, 1880, p. 111, notes : De quelques particularités épigra-
vliiques. — * De Rossi, Bull, di arch. crist., 1870, p. 10; Monu-
menta Eccl. lit., t. I, n. 3205. — 3E. Le Blant, Inscriptions
chrétiennes de la Gaule, n. 12, 72. — */6id., t. i, p. XI. — 5 De
Rossi, Inscr. clirist. urb. Rom.,ï. I, proleg.,p. xxi ; E. Le Etant,
4. MERLA ETCAII D[ascia]M\\ ET MtMORIAE. E. Le
Blant, lnscript. chrét. de la Gaule, n. 86 a; F. Becker,
p. 59 d.
5. D.M. CORPVS MARTIAE-MARCELLINAE. Stei-
ner, Cod. inscr. Rom. Rhen.,^' éd., t. i, p. 289, 609; De
Bossi, Inscr., t. i, p. 307; F. Becker, p. 59 E.
6. D.M.AVRELIO-CELERIMARITO- BENE. De
Bossi, Rom. sott., t. m, p. 147; F. Becker, p. 60 h.
7. D.M.Q.DOMITI-IVLIANI. F. Becker, p. 61 i.
8. D.I.B.M. APOSCLENOLVCILLIANOP.Penet,
Catac, t. v, pi. lxxvi, 5; F. Becker, p. 62 ic.
9. DCS.C. LO-SODIONICSM. Lupi, Epit. Sevcr.,
p. 123; F. Becker, p. 62 l.
10. D.M.BONE MEMOREVRSECARISSIME.Lupi,
loc. cit., p. 135; F. Becker, p. 62 m.
11. OCSK. AEAIA-BEPONEIKH OEYAIANOC. Bol-
delti, p. 462; Muratori, p. mccxc, 1; Corp. inscr. gr.,
t. m, n. 6529; F. Becker, p. 63 N.
12. M. AOYKIOC OAABIOC KAAAOC. Corp. inscr.
gr., t. iv, n. 9862; Bitter, De composit. tilid. christ.,
1877; F. Becker, p. 63 o.
13. D.M.AVRELIO BALBO.VITO INTEGERRIMO.
Apian., p. 278; Gruter, p. ml, 3; F. Becker, p. 64 Q.
14. D.D.S. VRNA BREVIS.GE.MINVM. Apian.,
p. 227; Gruter, p. mlv, 2; F. Becker, p. 65 R.
15. D.'M.ET. MEMORIAEAETERNAE. Corp. inscr.
lat., t. xiii, n. 1880.
16. DM. PET MEMORIAE AETERNAE. Allmer, dans
les Mémoires de l'Acad. de Lyon, 1888. t. xxv, n. 26.
VIL Formules diverses. — Sur la formule V.Q.F.
ou VALEAT QVI FECIT. - Ce sigle. dit Ch. Desce-
met ', est particulier aux produits des fabriques do-
liaires de la gens Domitia ou de ses employés; on ne le
retrouve nulle paît ailleurs, ni sur les inscriptions do-
liaires, ni, croyons-nous, sur des monuments anti-
ques. Voir Descemet, loc. cit., n. 21, 22, 23, 24, 25, 26,
27,28, 29, 30, 65, 66, 67, 68. 69, 70 71. 72. 73. 71. 75. 76:
(Q. F. V. 98), 111, 124, 185, 223. 224. 225. L'officine
doliaire de Cneius Domitius Evaristus, affranchi de Luca-
nus et Tullus Domitius, était florissante au commence-
nu nt du IIe siècle de notre ère. Ce C. D. Evaristus
imprimait sur les produits de sa fabrication le symbole
de la palme intercalée entre les sigles V. Q. F. Marini
dit avoir vu une brique de cette officine qui, à la place
des palmes intercalaires, présentait entre V et Q un
symbole en forme d'étoile qui pouvait être le mono-
gramme du Christ, ^, et entre Q et F un symbole très
fruste qui pourrait être un 1/iJ;. Cette brique, malheu-
reusement disparue, mais que la parole de Marini
suffit à garantir, devrait donc se lire : Valeat [in
Christo] Qui Fecil [ejus pisciculus, i. e. /idelis]-.
Le sigle d'abréviation &. — On le rencontre en Gaule
sur deux inscriptions 3.
L'abréviation COS. COSS. — L'abréviation de consul
n'est pas écrite COS après 377 4; COSS caractérise de
même les marbres d'assez bonne époque 5.
L'abréviation D.O.M. — Ce sigle, qui se voit
encore de nos jours sur le Fronton de quelques églises,
n'a, quoi qu'on en ait dit 6, jamais été un indice de
christianisme. Le doute n'est pas possible; nous avons
en effet un marbre des catacombes sur lequel le sigle.
que l'on interprète par Deo oplimo maximo, a été enlevé
au ciseau". Fn réalité elle doit s'entendre de Jupiter ».
L'abréviation BM. — Elle est presque spéciale à
l'Italie du Nord9. Le tome v du Corpus inxriptionum
latinarum en fournit de nombreux exemples.
loc. cit., n. 469. — * J.-L. de Beaulieu, Archéologie de lu Lor-
raine ou Recueil de initiées ri documents pour servir à l'his-
toire des antiquités de cette province, 2 in-8*. » chez M** V™
Lenormand, » 1840-1843, t. I. p. 221 et pi. H, n. 11. — 'Boldettl,
Osserrazioni sopro alcuni cinutei-i, p. 540. — • E. Le Blant,
Inscriptions chrétiennes de la Gaule, t. i, p. 423. — • E. Le
Blant loc. cit., t. H, p. 154, notes 2, 3. n. 022 a.
177
ABRÉVIATIONS
17g
VIII. De l'abréviation IHV, IHS. — Ce sujet a été
abordé et traité avec étendue par divers auteurs ' ; nous
nous bornerons à quelques observations. Une discussion
s'est élevée sur la langue de laquelle dérivait le sigle,
soit IHIOYI, soit IHESVS.
Les Pères, comme l'a fait remarquer du Cange, ont
envisagé le côté mystique 2, à l'exemple du Pseudo-Bar-
nabe 3 et de Clément d'Alexandrie4. Grâce à la valeur
numérale de IH (= 18) on y trouvait une exégèse du
nombre de la petite troupe d'Abraham, dans une guerre
faite par ce patriarche contre un cheik, nommé Cho-
dorlahomor. Il suffisait d'ajouter la lettre T dont la va-
leur est 300. Mais ces subtilités ne s'appuient sur aucun
monument connu.
1° Glyptique. — Les seules gemmes antiques qui offrent
quelque chose d'approchant sont deux pierres annu-
laires portant :
IH
xe
et
IHC TTET
qui doivent se lire : IHaou; Xpioroç Geo; et : IHaouC
TTETpoç.
Ni l'une ni l'autre ne se prête à l'explication mystique,
car la première donne IH =18, et la seconde IHC =
218. D'ailleurs ces gemmes sont d'une médiocre anti-
quité.
Les monuments romains ont fourni ZESVS confor-
mément au zézaiement en usage dans l'antiquité 5.
Une des formes les plus antiques du monogramme ^c,
que l'on a essayé de décomposer en I et X, ne pouvant
supporter cette violence, il reste qu'avant le cinquième
siècle ce sigle ne peut être utilisé pour la discussion0.
L'exemple le plus ancien serait une épitaphe décou-
verte près de Vienne en Dauphiné, mais dont la lecture
n'est pas tout à fait certaine. Jacques Spon a introduit
dans son exemplaire interfolié la correction suivante.
Entre XPO et DMO (ligne 8) il ajouta l'abréviation
IHV '. La probité scientifique de Spon est au-dessus de
tout soupçon, néanmoins la date de l'inscription — 491
— ne permet pas de recevoir cette lecture sans discus-
sion.
Une autre gemme antique souvent publiée donne le
monogramme sous cette forme IHC8, et une pierre
gnostique : l-R 9.
Un jaspe rouge du British Muséum :
IHCOYC eCOY YIOC eTHP»o.
Une sardoine du même cabinet :
IHCOYC".
Une pierre gravée :
IHCVC »2.
1 J. AUegranza, De monogrammate D. N. Jesu Cltristi, in-4%
Milano, 1773; Vettori, De vetustate et forma monograrn-
matis ss. nominis Jesu dissertatio, in-4% Romae, 1747 ;
C. Cavedoni, Dell\ origine e valore délia scrittura compen-
diosa IHS del sacrosanto nome di Gesù dans les Memorie di
religipne, di morale e di letteratura, in-8% Modena, 1846,
série III, t. m, p. 50-68; R. Garracci, Storia delV arte cristiana,
in-lol., Prato, 1873, t. I. Cf. Nouveau traité de diplomatique,
in-4% Paris, 1750-1765, t. m, p. 511 ; Casley, A catalogue of the
King's library, in-4% London, 1735, t. v, part. 2, p. 352-353 ; P. Buo-
narotti, Osservazioni sopra alcuni frammenti di vasi antichi
di vetro ornati di figure, trovati ne' cimiteri di Roma, in-4%
Firenze, 1716, p. 263. — ! Du Cange, De inferioris xvi numis-
matibus, §28; cf. C. Cavedoni, loc. cit. — 3Epist., n. 9,
éd. Funk, t. i, p. 30. — * Stromata, vi, 11, P. G., t. IX, col. 305.
— »P. Buonarotti, loc. cit., p. 52. — 6 J. AUegranza, loc. cit., p. 41 ;
C. Cavedoni, loc. cit., p. 55; Bullettino archeologico, 1843, p. 152-
153 ; 1845, p. 30. — 7 E. Le Blant, Inscriptions chrétiennes de la
Gaule, n. 436. — 8 Aringhi, Roma subterranea, 1. V, c. IX, in-fol.,
Lutetiae Parisiorum, 1659, t. u, p. 47. — 9 Montfaucon, Antiquité
expliquée, in-tol., Paris, s. d. ,t. n b, pl.CLXVii, p. 370. — i0 et " C. W.
King, Antiq. gems., in-8% London, 1860, p. 352. — "Macarius,
Hagioglypta, sive picturse et sculpturse sacrse antiquiores,
prxsertim. qux Romx reperiuntur edit. R. Garrucci, in-8%
2° Numismatique. — Les premières monnaies qui
offrent le sigle IHS sont de Justinien II (685-695 et 705-
711)'3.
d N IhS ChS REX REGNANTIVM
IhS CRIST D F REX REGNANTIVM
Il ne parait pas possible de lire la première légende
autrement que : dominus Nnstrr WnesuS Chm<«S etc.
La lettre de la deuxième abréviation ne peut être un rj
et doit donc être un h; c'est aussi un /* qui se trouvera
alors dans la première abréviation, ces deux caractères
étant identiques.
Au contraire dans la monnaie de Constantin VI (780-
791) on douve la légende suivante : In SVS XPISTVS
NICA. qui reparaît sous Michel II, Michel III, Basile le
Macédonien et Jean Zémis. Ici la seconde lettre est cer-
tainement IV, grec. Il faut remarquer d'ailleurs la cor-
ruption du langage dans cette légende, le mot NICA
réunit lui aussi deux idiomes puisqu'il devait être écrit
régulièrement NIKA.
3° Épigraphie. — Une inscription dédicatoire (de l'an
627) de l'église d'Andujar, en Espagne, commence ainsi :
IhESV CHRISTO DNÔ NOSTRO *«•
A Ravenne, (vie siècle) :
VBI DEPOSVIT IHS VESTIMENTA SVA"
A Vérone (?) (vnr3 siècle) :
ÏN~N DNÏÏHV XpTDE DONIS'6
A Rome (ixe siècle) :
DNS NOSTER ÎÏÏS XPS"
"ÏHV XPM8
Diptyque de Rambona :
EGO SVM IHS NAZARENVS'9
A Rome (1205) :
DOMINI NOSTRI îhV~20 XPI 2'
A Mauléon, en Poitou (1220) :
+ * IHESVS *22
Comme pour plusieurs autres problèmes, les textes
épigraphiques permettent de remonter beaucoup au
delà des limites où s'arrêtent les textes d'autre nature.
Le P. Lupi donne le sigle suivant :
<-h
AOY
AH
qu'il traduit : IHIOY XPIITOY AOYAHN, servante de
Jésus-Christ23.
Marangoni 'u donne une autre épitaphe, sur laquelle il
Lutetiae Parisiorum, 1850, p. 7. — ,3J. Eckhel, Doctrina veterum
nummorum, in-4% Vindobonae, 1792-1798, t. vm, p. 228; L. de
Saulcy, Classement des suites monétaires byzantines, in-8%
1838-1840, pi. xn. — ,4H. Florez, Espaha sagrada, in-4% Madrid,
t. xn, p. 366, cf. t. Il, p. 207 ; G. Marini, Inscriptiones christia-
nx, dans Mai, Scriptorum veterum nova collectio, in-4% Ro-
mae, 1831, t. v, p. 87, n. 2; H. Florez, loc. cit., t. Il, p. 35. —
,5J. J. Ciampini, Vetera monimenta, in quibus prxcipue mu-
siva opéra sacrarum profanarumque xdium structura ac non-
nulli antiqui ritus dissertationibus iconibusque illustrantur,
in-tol., Romae, 1690, part. I, pi. 69. Cf. Corp. inscr. lat., t. v,
n. 7793, IHM. — ,6 S. Maffei, Muséum Veronense, in-fol., Veronae,
n. 1749, p. 181.— ,7 G. Marini, I papiri diplomatici raccolti ed il-
lustrati, in-tol., Roma, 1805, p. 215. — 18 J. J. Ciampini, loc. cit.,
part, n, p. 112. — "P. Buonarotti, loc. cit., p. 257, 263, 273. —
'" Dans cette inscription la haste de h est Combinée avec le trait
horizontal, signe d'abréviation, de manière à former un croisillon.
Même emploi dans un ms. de la fin du vm" s., Nouveau traité de
diplomatique, t. in, p. 142, pi. xui, et dans un ms. du Chapitre
de Vérone. Cf. Attonis ep. Vercellens. Opéra, t. I, p. vu, éd. Bu-
rontii del Signore, et dans P. L., t. cxxxiv, col. 9 sq. — *' Ode-
rici, Sylloge, p. 275. — " Revue de numismatique, t. m, p. 196.
— « A. Lupi, Epit. Sev. mart., § xiv, p. 137 ; Muratori, Thés.,
p. mcmliv, 8. — " Marangoni, AcX. S. Victorini, p. 115.
179
ABREVIATIONS
180
lit : I H....J?. Jésus Christus, Et une inscription de la
voie Tiburtine finit par cette ligne :
AOYAOC TOY KYPIOY CIHCOY $. «
4° Diplomatique. — Les diplômes du VIIIe siècle
montrent la lettre A dans l'abréviation. Deux diplômes
du milieu de ce siècle portent Jhesu 2, un troisième, de
977, porte Jeshu Xpo 3. Cavedoni dit que la forme Jhesu
est plus fréquente queJesw dans l'histoire de Nonantola
et les Memorie storiche de Tiraboschi *.
Casley soutient que les manuscrits scripturaires latins
contiennent Ihs, Ihù, Ihm, avec l'A latine, et cela depuis
le vi« siècle 5; il est vrai que cette information est bien
ancienne dans une science qui a reçu d'immenses accrois-
sements, mais aucune statistique ne permet encore d'uti-
liser les indications éparses dans les mss. et les fragments
publiés.
Dans un ms. de Saint-Germain-des-Prés, l'abréviation
grecque a influé sur l'abréviation latine du texte en
regard, on lit donc KC IC dans le texte grec et dns IC
dans le texte latin 6. Les auteurs du Nouveau traité de
diplomatique citent l'exemple HIESVS filius Sirach,
dans un ms. du vnr3 siècle ''.
5° Palrislique. — Saint Damase tourne la difficulté 8:
/ n rébus tantis Trina conjunctio muni 1
E rigit humanum sensum laudare venust E
S ola Salus nobis et mundi summa Potesta S
V enit peccati nodum dissolvere fruct V,
S umma Salus cunctis nituit per secula terri S.
Saint Jérôme, interprétant le nom de Jésus, Salvator,
sive Salvaturus, écrit ce qui suit : Ut I lilterse servare-
mus ordinem, aspirationem II in plerisque omisimus,
licet eam grammalici non putent lilterse loco haben-
dam 9.
6° Coupes gravées :
CRISTV ZESVSio
ZESVS CRISTVS"
ZESVS'2
7» Origine de IHS. — On pourrait citer d'autres
exemples sans sortir de l'antiquité, et l'intérêt qu'ils
présentent est de donner à notre siglt. sa date parmi les
plus anciens. On s'est efforcé de prouver que l'origine
de IHS était latine, nous n'y contredirons pas, mais nous
constaterons que jusqu'à cette heure on n'a trouvé ni
un texte, ni un argument assez formel pour clore le dé-
bat. C'est ce texte ou cet argument que nous attendrons
pour prendre parti.
Cavedoni tenait pour l'origine latine et voyait dans la
lettre H non Vêla grec, mais une aspirée 13. Le P. Gar-
rucci soutient l'avis contraire u. Mais dans les sciences
« Gli studi in Italia, anno VI, t. n, fasc. 2. — « G. Marini, Pa-
viri diplumatici, n. vu, vm. — 3 Tbid., n. civ. — *C. Cavedoni,
loc. cit., p. 59. — 5 J. Bianchini, Eoangeliarium quadruplex la-
tines versionis antiquœ, seu veteris italiac nunc primum in
lucem editum e.r coda, manuscript. aureis, argenteis, purpu-
reis.aliisgue plusquam millenarise antiquitatis, in-fol., Romae,
1749, t. Il, p. 576, 588, 599; Laurent a Turre, De codice Evangel.
Foroiul., p. 9; Nouv. traité de diplom.. t. m, p. 142, 146, 193,
195, 687; cf. Cavedoni, loc. cit. — • J. Bianchini, loc. cit., t. n,
p. 589. — ' T. m, p. 213. - * Carmen, iv et v. Cf. P. L., t. XIII,
col. 377 sq. — ' De nomin. hebr., éd. Vallarsii, t. m, p. 91. —
">Monum. Eccl. lit., t. i, p. 3.r><;:S. - " Ibid., t. i, p. 3564, 3618,
3685. — "Ibid., t. i, p. 3(i7s. — '«C. Cavedoni, Origine e valore,
Bibl. catt., t. xn, p. 161; t. XXX, p. 155 sq., et dans le Messag-
gero di Modena, 11 août 1855. — '* R. Garrucci, Storia deir
arte cristiana, iivfol., Prato, 1872, t. I, p. 164. — ,5A. Mai,
Nova bibliolheca Patrum, in-4', Romae, 1852, t. I a, p. 186.
— ,9L. d'Achery, Spicilegimn, in-fol., Parisiis, 1723, t. m, p. 330.
— "Voy. le texte dans Garrucci, loc. cit., p. 165. — " Expo-
sitio in Matth., c. i; cf. P. L., t. cvi, col. 1263 sq. — "T. Rci-
nach, dans la Byzantinische Zeitschrift, in-8*, Leipzig, 1900,
p. 60. Cf. Lebas et Waddington, Voyage archéologique en
Grèce eten Asie Mineure, in-4\Paiïs,p. 504 : Xpi<nb{ • U Mafia;
positives on fait usage de raisons et non d'autorité»
Un grammairien du vi» siècle, Dynamius, croyait à l'ori-
gine grecque de l'H : In sacris paginis, prseter XXII I lit-
teras alphabeli latini, usi sumus XP in Christi nomine,
in IHV, H, et in Apocalypsi A et Cù 15. Plus tard, l'évêque
Jonas répond à Amalaire qui l'avait consulté pour savoir
s'il faut écrire IHC ou IHS : Sicut X et P grsecis litteris
et alia qualicumque latina convenienti superioribus
scribitur nornen Christi, ita I et H addita convenienti
latina scribitur IHS 16. Celte question parait avoir fort
préoccupé Amalaire, elle allait bien d'ailleurs à son tour
d'esprit 17. Un autre de ses correspondants recourut
jusqu'à Porphyre le philosophe : Porphyrius philoso-
])hus nomen Jesu in anacroslica sua laline scribit hoc
modo IHSVS quem novimus ulriusque linguse perilissi-
mum fuisse; usus videlicet heta grseca littera pro H
longa, quam grseci in lingua propria pro I longa sem-
per sonant : latini vero pro £ longa. Alia vero ratione
imitantes Hebrseos Jesum pronuntiamus non per aspi-
rationem sed per H grsecum scribentes. Au IX» siècle,
Druthmar, moine de Corbie, écrit touchant le sigle :
Scribitur cum tribus litteris, id est iota, et e longa et
sigma 18.
IX. Le sigle X M I". — Ce sigle a été étudié a plu-
sieurs reprises, un de ses derniers interprètes l'a rendu :
Xpiorbv Mapia YewS 19. Cette lecture est plus ingénieuse
que probable. L'interprétation commune 20 est Xpiaroç
Miya-riX raopt/iX. Ce sigle se rencontre dans l'épigra-
phie chrétienne de Syrie (il n'apparaît qu'exceptionnel-
lement sur les monuments situés au nord du Taurus2',
cependant on trouve quelques pierres très disper-
sées qui le reproduisent) ; à Athènes (provenance incon-
nue)22; à Thessalonique 23; à Bostres2*, en Arabie; en
Sicile, à Syracuse 2S; d'autres exemplaires ont été trouvés
à Thèbes dans une inscription copte26 et en Syrie par
Waddington. Ces derniers, au nombre de sept, sont
datés et montrent que ce sigle a été employé entre la
seconde moitié du ive siècle et le commencement du
vie27. On le trouve encore en Phénicie 28 sur un
titulus daté de l'année 401; enfin à Rome sur une tuile
trouvée dans Vemporium 29; depuis on en a découvert
60 exemplaires sur le toit de Sainte-Marie Majeure 30.
La présence d'un exemplaire unique à Rome avait fait
préjuger à De Rossi que cette brique y avait été ap-
portée à cause du lieu de la trouvaille, Vemporium, proche
du Monte Teslaccio, où venaient s'amonceler tous les
débris des poteries importées à Rome. Le petit objet
étant une brique, non une amphore, ce qui eût mieux
expliqué sa présence, le P. Bruzza pensa qu'il avait
pu faire partie d'une cargaison servant à lester un
navire 31. Cette explication parait contestable depuis la
découverte d'un lot de briques bien entières, munies
fiwqtitc. — "De Rossi, Bull, di arch. crist., 1870, p. 17 sq. ;
M. de Vogué, L'architecture civile et religieuse. Syrie cen-
trale, in-fol., Paris, p. 90; C. Bayet, De titulis Atticx christianis
antiquissimis, in-S\ Lutetiae Parisiorum, 1878, p. 49; Fr. Cu-
mont, les inscriptions chrétiennes de l'Asie Mineure, extrait
des Mélanges de l'Ecole française de Borne, in-8\ 1895, p. 16;
Crostarosa, dans le .Yuouo bull. di arch. crist., Roma, 1896,
t. il, p. 55 sq. ; Perdrizet, Inscriptions de Thessalonique, dans
Mélanges de l'École française de Borne, 1900, p. 228. — *' Fr.
Cumont, loc. cit., p. 16. Cf. Bulletin de correspondance hellé-
nique, 1878, 1. 11, p. 31 sq. ; Dittenberger, Corpus inscriptionum
Alticarum, 1882, t. m, n. 3536, et, pour la région au nord du
Taurus, voy. Fr. Cumont, loc. cit., n. 9, 38, 72, 91. — " C. Bayet,
De titulis Atticse christianis, n. 45. — *3 Perdrizet, loc. cit.,
p. 228, n. XII. — **Corp. inscr. grxc, n. 9144, cf. n. 9273. —
" Ibid., n. 9455. — «• C. R. Lepsius, Denkmdler aus ACgypten, in-
fol., Berlin, 1849-56, part Vt, pi. 102, n. 3. — «' Le Bas et Wad-
dington, Voy. arch. en Grèce et en Asie Mineure, n. 2660, an.
377; n. 2663, an. 399; n. 2665, an. 420; n. 2601, an. 479; n. 2299,
an. 516; n. 2145, 2674. — "E. Renan, Mission de Phénicie, in-tol.,
Paris, p. 592. — «• De Rossi, loc. cit., 1870, p. 7-32, pi. m, 2;
Corp. inscr. lat., X. xv, n. 2415.— " Crostarosa, loc. cit., p. 56-66,
79 sq. et pi. p. 55. — »' De Rossi, loc. cit., 1870, p. 21-22.
481
ABREVIATIONS
182
de la même estampille doliaire, en place depuis quinze
siècles sur le toit de la basilique libérienne. La pro-
portion de ces tuiles dans le nombre total de celles
qui ont dû servir a couvrir l'édifice est d'un quart envi-
ron. L'officine qui fabriquait ces tuiles paraît donc pou-
voir être fixée à Rome ou à proximité.
A. Kirchhoof ! et C. Cavedoni 2 n'ont hasardé aucune
explication du sigle X. M. T. qui est surmonté du
signe d'abréviation dans le titulus copte : X. M. T. et
que l'on trouve en Syrie isolé entre deux croisillons 3,
ou bien en guise de formule initiale ou de finale 4,
et enfin intercalé dans cette formule : eI; ©ebç fidvoç 5.
Waddington proposa l'interprétation suivante Xpiaroç
ô èx Mapiaç rev^Os'iç qui rappelait la formule du sym-
bole et écartait l'apparence d'égalité établie entre le
Christ et deux anges. Cette dernière observation parait
résulter d'une orthodoxie trop timorée, car les Pères
apostoliques saint Justin 6, Athénagore 7 rapprochaient
sans difficulté le culte rendu au Verbe et le culte rendu
aux anges. En outre, les monuments épigraphiques
mettent sur la voie de l'interprétation. La tour de
Oumm-el-Djemàl, en Syrie, porte, inscrites sur trois faces
et se répondant les unes aux autres, ces inscriptions :
EMMANOYHA , TABPIHA , OYPIHA»
Sur le fronton de la porte d'une église ancienne, à
Galb-Louzeh, entre Antioche et Alep, on lit, sous r"eux
bustes sculptés, les noms : MIXAHA , TABPIHA9.
Enfin, à Syracuse, on trouve la quadruple empreinte d'un
sceau portant +MT, qu'il faut lire sans hésitation XMT 10,
appliquée sur la chaux répandue sur des briques fer-
mant une sépulture. La paléographie de ce sceau le place
au Ve siècle.
Une gemme du musée de Berlin porte les lettres
XIGYC MT autour d'une ancre surchargée du poisson
(fig. 41).
41. — Gemme du Musée de Berlin.
D'après le Bullett. di arch. crist., 1870, pi. vu, 2.
Il faut interpréter cette légende : Xpiairb; 'I/-,<toûç
©eoO ufoç <T(OTT|p, et : Xpioroç Mt/aV)), raëptr,). lf.
La difficulté que l'on tire de T pour I" n'est pas inso-
luble. Il ne manque pas d'exemples de ces sortes d'er-
reurs : G pour C, T pour I, Q pour O, F pour E 12. Ce
petit objet nous permet de relever la date du sigle
XMr, car on ne saurait faire descendre cette gemme au
delà des premières années du ive siècle.
Avec plus de certitude nous donnons une inscription
du pandocheion de Deir Sem'an i3.
+ XMT. 'Ey£v(exo) toûto to 7ravS(o;(stov)
àv [jiY)vi] Ilavr^aii ë' toû Çxep' s'tom;.
X (piar); fiorfîi.. iJi[/.scov7)ç toû èiroiïjcrEv
' A. Kirchhoof, Corp.inscr. gnpc, t. iv,n. 9144. — SC. Cavedoni,
Annotazioni al fascicolo 2 del vol. iv del Corp. inscr. grxc,
extrait des Opuscoli religiosi letterari etc. di Modena, t. vm,
p. 18. — 3 Le Bas et Waddington, Voyage arch. en Grèce
et en Asie Mineure, Inscript., t. m, p. 2672. — * Loc. cit.,
n. 1936, an. 2145, 2663, 2665, 2691. — » Loc. cit., n. 2660. —
« S. Justin, Apol., I, «, éd. Otto, 1847, t. I, p. 14-16. — ' Athé-
nagore, Suppl. pro Christ., c. x, éd. Otto, 1851, p. 48-50. —
» Le Bas et Waddington, loc. cit., p. 486, n. 2068. — 9 M. de
Vogiié, Syrie centrale, Architecture civile et religieuse, in-fol.,
Paris, p. 136. — ,0Gualterius, Tabulos antiquse Sicilise et Brut-
tiorum, Ln-4\ Messanae, 1624, p. 104 ; Corp. inscr. gr., t. IV, n. 9455 ;
De Rossi, Bull, di arch. crist., 1870, p. 115 sq. et pi. vu, 1 ; G.
Kaibel, Inscr. g;: Sicil. et Jtalise, n. 72. — " Tœlken, Erklxrendes
Cette inscription et celle de Qalb Louzeh appartiennent
à la même région. D'autres viennent achever la démon-
stration. Les orientaux tiennent les archanges comme
assistants au trône du Christ. Il suffit de se rappeler la
représentation si fréquente qui se nomme t| onjva^i; xdiv
àpxaYYÉ)i(i)v, « la réunion des archanges ». On y voit le
Christ jeune, assis sur un trône gardé par les archanges
debout, nimbés, et désignés par leurs initiales 14. « Il
n'est pour ainsi dire pas d'église grecque, remarque Di-
dron, dont l'iconostase ne porte une de ces composi-
tions. » Nous rappellerons enfin, avec M. de Vogué,
l'ancienne église de Conslantinople, aujourd'hui mos-
quée, dite Kaldré Djamissi ; l'archivolte de la porte d'en-
trée portait trois bustes en relief, celui du Christ au
centre et des archanges Michel et Gabriel de chaque côté,
désignés par leurs noms 13. Le sigle XMT paraît avoir
été d'un usage général en Syrie du me au vne siècle 16.
Nous ne dirons qu'un mot d'une explication que l'on a
proposée d'après laquelle XMT eût été une date. On a
relevé à Deïr Sanbil (Syrie centrale) l'inscription sui-
vante : r,
XMT
H
ETOYCIY MAC0OY
AKCTE AECB1WO
EPrON + HAIAAOY
Il est évident que le sigle précédant une date véri-
table ne saurait être lui-même une date 17. Cette in-
scription se rapporte au 24 août 399 (= 24 Ions 710,
ère des Séleucides).
C'est à titre de supplément d'information que nous
en rapprochons une inscription sur marbre pentélique
trouvée à Athènes 18 :
XMT A+00 OGENUàmÉSpa] JAYTTH CTeNATMOI
eXGIANATTAYCON [Tr,v<W^v,x]JYPie MOY AOYAOY0
eOYTAA£n|[ûpou. ..'..] \0 reNOITONHMA
X. Deux inscriptions abrégées. — On peut ajouter
à cette dissertation deux curiosités épigraphiques qui
appartiennent à notre sujet.
1° Une inscription gravée sur un roc calcaire de la
région centrale des Pyrénées, à 300 mètres environ du
village actuel de Cierp, se compose de deux mots gra-
vés à deux reprises, à deux mètres environ au-dessus du
sol actuel. La paléographie indique le Ier ou le IIe siècle
de notre ère :
(OmlO) MONS
(0">10) CCAAVVSS
MONS
CCAAVVSS
Il est probable que le redoublement des lettres CAVS
(= cavus) devait marquer la répétition produite par
l'écho de la caverne. C'est un cas nouveau d'abréviation
marquant un pluriel. CC, AA, V V, SS, = cavus, cavus i9.
2° On a cru voir dans le mot ANANISAPTA les ini-
tiales de la prière suivante : hntidotum Nazareni
kuferat Uecem \ntoxicationis, Sanctificet Alimenta
Poculaque Trinitas Mma. Quoique ces sortes de com-
positions ne soient pas sans exemple, puisque J.-B. De
Verzeichniss der antiken Steine des k. preuss. Gemmeneabi-
nets, Berlin, 1835, p. 457 ; A. Kirchhoof, Corp. inscr. gr., t. iv,
n. 9079; Becker, Die Darstellung Jesu Christi unter dem Bilde
des Fisches, in-8°, Breslau, 1806, p. 82; De Kossi, Bull, di arch.
crist., 1870, p. 119 sq., pi. vu, 2. — l- G. Marini, Atti e monu-
menti degli fratelli Arvali,\t. lxxxiii. — 13M. de Vogiié, loc. cit.,
p. 128, pi. 114. — " A. Didron, Manuel d'iconographie chré-
tienne grecque et latine, trad. du manuscrit byzantin, « Le
guide de la peinture, » par P. Durand, in-8*, Paris, 1845, p. 265,
fig. lxxii. — "M. de Vogiié, loc. cit., p. 91. — '• Ibid. — " M.
de Vogiié, loc. cit., p. 109. — «» C. Bayet, loc. cit., p. 48, 87, pi.
m, 1. — " E. Barry, Note sur une inscription inédite de la
région centrale des Pyrénées (ancienne Civitas Convenarum),
dans la Rev. archéolog., 1878, nouv. série, t. xxxv, p. 41.
183
ABREVIATIONS — ABSIDE
184
Rossi a cru pouvoir interpréter AAIKCBBIN par : Are
knima \tmocens Kara Coniux Bi Bas In Christo, il y
a peu de chances que le mot en question veuille dire
autre chose que Anani, dont la lecture n'est pas dou-
teuse, et Sapta pour Sabaoth, ce qui donnerait un sens
plausible : Exauce-moi, ô Dieu Sabaoth, ce qui est en
harmonie avec les textes d'épigraphie glyptique ou nu-
mismatique qui contiennent ce terme dont on avait tait
un talisman contre les maladies '. H. Leclercq.
ABSIDE. — I. Étymologie. II. Témoignages. 111. Dis-
position. IV. Historique. V. Types. VI. Temples païens
convertis en églises. VII. Classement des absides.
L'abside est une construction qui termine le chœur
d'une église, soit par un hémicycle, soit par un mur
plat, soit par un mur polygonal. Ce nom a été attribué,
par extension, au chevet et aux chapelles circulaires ou
polygonales des transsepts ou du rond-point. Le terme
de chapelles absidales doit être réservé aux édicules
ceignant l'abside.
I. Etymologie. — 'AiJ/tç ou àtyiç, objet quelconque en
forme de cercle ou de demi-cercle; en latin absis, ab-
sida, apsida. On disputait il y a deux siècles sur l'em-
ploi de b ou de p et Ciampini abandonnait à ceux que
ces questions intéressent le soin d'y répondre 2. Nous
ferons comme lui. Absida est hemisplierium (Papias);
Emisperium absida (Gloss. lat.ms. cité par du Cange);
Absides id est circuli (Honorius d'Autun, De imagine
mundi, 1. I, c. lxxvji); Durand dans son Rational cite
une des anciennes appellations : Exedra est absida,
sive voila. On trouve encore conchida bèmalis. Aelfric
dans le gloss. saxon : Absida, sive pealtcleofa ou portic,
c'est-à-dire rolunda concamcratio vel porticus. Isidore :
Vlrum absidam ou absidem dicere debeamus, hoc
verbi genus ambiguum quidam doctorum existimant3.
II. Témoignages. — Leplusancien témoignagequenous
connaissons dans la littérature chrétienne est celui qui
se lit dans les actes de Théodote d'Ancyre (f 303) 4. Le
saint voulut un soir aller prier à l'église des patriarches,
il trouva que les païens en avaient muré la porte, alors
il se prosterna au dehors près de la conque (concha) où
se trouvait l'autel. Saint Jérôme dit que le mot propre
à cette partie de l'église est celui d'abside s. A partir du
iv* siècle les témoignages sont nombreux et formels6.
III. Disposition. — La disposition et la destination de
l'abside s'expliquent parles origines historiques des lieux
de prières des chrétiens depuis la paix de l'Église, en 313.
C'est à tort qu'on cherche quelquefois à ménager aux
institutions et aux usages un développement régulier et
continu, développement qui les amène à l'état où ils sont
devant nous. Parfois les circonstances changent si com-
plètement et si brusquement que la société a le devoir
de s'adapter, beaucoup plus rapidement qu'à l'ordinaire,
aux conditions nouvelles qui lui sont faites. Ce fut ce
qui arriva lorsque s'accomplit la révolution politique et
religieuse que consacrait l'édit de Milan. Soudain on
passait de catacombes étranglées à la spacieuse instal-
lation des basiliques (voy. ce mot). Le cérémonial un
peu étriqué se dilata tout à coup dans la liturgie pon-
tificale jusqu'à égaler l'ampleur magnifique des tiiom-
1 K. Le Blant, dans la Revue de numismatique, 1891, p. 250;
1894, p. 92: Tiev. archéol., 1892, p. 60; M. Schwab, Vocabulaire
tic Vapgèlolugie dans les m, ■m. ,/,• l'Acad. des Inscrip et belles-
lettres, 1897, t. x. p. 389. — 2J. j. Ciampini, Vetera moni-
menta i» quibus prœdpue musiva opéra, sacrarum profana-
nomiiie sedium structura, dissertationibus iconibusque illu-
stratttur, in-fol., H oe, 1690, t. i. p. 8. — 3Cf. ]sid..nis. Etymol.,
1. XV, c. vm, /'. /... t. i\wii. col. 549. — ' I). Ruinart, Acta
Hincera, in-4", l'avis. [689, p. 361. r- S. Jérôme, lu epist. ml
Ephes., 1. il, /'. /... t. xxvi, col, 475 sq. — 'Voy. du Cange,
Glossarium médite el inftmee latinitatis, à ce mot. 7 Pour tes
dimensions i endant la période prOct'donte, voy. Églises. — " Voy.
M. de Vogué. Syrie centrale, Architecture civile et religieuse du
l" au vir siècle, in-fol. . Taris. 1SI .VIS77, pi, vil : Prétoire de M. u*
plies romains. Sans doute, on ne répudia ni le passé, ni
les usages qui survivaient toujours et se confondaient
avec les rites de la liturgie, mais, lorsque d'une cham-
bre étroite, toute en longueur avec une niche au fond,
on passa dans une basilique, d'instinct, l'évéque et ses
clercs se répandirent dans l'hémicycle et s'y installèrent;
puis, comme tout avait changé, les noms changèrent
aussi, et la pauvre niche devint l'éblouissante abside.
Ces basiliques, qui formèrent au christianisme triom-
phant ses premières grandes églises 7, servaient à la fois
de tribunaux et de bourses de commerce. L'édifice était
divisé en trois parties égales dans le sens de la longueur
par deux rangs de colonnes parallèles8. A l'extrémité
de ces trois galeries réservées à la foule se trouvait un
espace peu profond qui se terminait par un enfoncement
semi-circulaire placé devant la galerie centrale. Cet hé-
micycle était réservé au premier juge et à ses asses-
seurs qui y avaient leurs sièges. Ce fut là que l'évéque
prit séance et son collège de prêtres vint se ranger sur
les bancs adossés de chaque coté de l'abside; c'était le
presbyterium devant lequel on dressa l'autel. L'espace,
réservé autrefois aux avocats, entre l'abside et les nefs,
devint une enceinte privilégiée pour les chantres et les
clercs; on la désignait sous le nom de chœur. Outre sa
destination priilcipale, une circonstance matérielle sug-
géra une destination secondaire. Le sol de l'abside se
trouvait toujours relevé au-dessus de celui du reste de
la basilique; on en profita pour placer les cryptes à cet
endroit; par suite de cette disposition, dans les églises
de fondation ancienne, le niveau de l'abside fut surélevé
de plusieurs marches au-dessus du sol de la nef et des
transsepts, comme on peut le voir à Saint-Denys en
France et à Saint-Benoît-sur-Loire 9. Dansla catacombe
de Saint-.Iean à Syracuse, le tombeau d'Adelfia fut décou-
vert sous l'abside (ive siècle) 10. A l'époque romaine, l'ab-
side fut désignée par des synonymes comme hémicycle,
■ exbdre, qui indiquaient tous la forme semi-circulaire H.
Pour les écrivains anciens les termes : exidre, hémi-
cycle, abside, sont synonymes. Saint Augustin nomme
exèdre le lieu où est posée la chaire de l'évéque : in gra-
dibus excdrœ, in quade superiove loquebar loco ,2, cette
disposition matérielle se rendit par le mot : absis gra-
datai3. L'abside prit dans les églises une dignité parti-
culière à cause de la célébration de la liturgie; à Tours,
on lisait sur l'abside de la basilique de Saint-Martin
cette inscription •* : ipium
QVAM METVENDVS EST LOCVS ISTE VERE TEM-
DEI EST ET PORTA COELI
A Narbonne, une inscription monumentale relatait,
entre autres choses, la durée de la construction de l'ab-
side 1S :
ANNO II- VII- ID- OCTB- ABS~ÏD P- F- MONTANVS
[SVBD
Dans la catacombe juive de Venosa on trouve le mot
abside employé dans le sens de niche sépulcrale ,6 :
ABSIDA VBI
CESQVI FAVS
TINVS PATER
mien. — 'ViollcUe-Dup. Dictionnaire raisonné de l'architecture
française du xr au xvf siècle, in-8 . Paris, 1854-1869, t. i, au mot
Abside. Pour Saint-Pierre d'Auriol, voy. Texierel Pullon, Archi-
tecture byzantine, in-fol., London, 1864, p. 102. — l0 De Ri ssi,
Bullettino ih archeologia cristiana, !>• ma, 1872, p, 81. — '«Ch.
Lenormant, Mémoires sur les peintures nue Polygnote avait
créditées dans In Lesi hé de Di Iphi s, gr. in-8*, Brus
p. 12 sq. — 1!S. Augustin, De civitate 1ht. t. \\u, .-. vm, }'. /..,
t. xi. i. col. 700 sq. — "id.. Epist., xmii (al. cem), 3, 1'. L.,
t. xwiii, col. 92, — **E, Le niant. Inscriptions chrétiennes de la
(Initie antérieures au vm' siècle, in-4*, Taris. 1856-1866, I. 1.
p. 241. — "lliid.. n. 617. — "O. Hirschfcld, dans le Huiler deir
Institiitn di corrispondetisa archeologica iii Roma, in-8 . Roma,
18U7. ]>. i.'iii; Gazette archéologique, in-4*, Paris, 1882, p. 99,
185
ABSIDE
186
Germain, patriarche de Constantinople ', interprète ce
mot dans le même sens lorsqu'il la désigne sous le nom
de xi^yxi T°û 0u<7tai7Tr;pc'o'j, c'est-à-dire cette partie dans
le temple où s'accomplissent les chos îs saintes. Procope
a décrit avec élégance et précision l'abside de Sainte-
Sophie : O'cxo3ou.;a Ttç Èx yrt<; àvÉ^st, oùx ÈV E-jÔeîa;
•7ieTCOi-/i(J.ivY), à).).' iv. tiov 7t>,a-|-ttov ÙTCo-TaXuivY] xaxà ppa;e->,
KOtl xaxà pince •J-7TOy_a>p&0?a, éiti <7"/r|U.â te xatà rj(j.i<TU tô
(jTpoi,Y,^'ov îoOaa, oiiîp o'tTtEp'iTàTocaÛTa <70<po'i T,u.ix\j)av8pov
ovojiàÇouanv, è; 'j'1/o; àirôxo|j.ov £7rav£0-Tr,xEv. 'II 81 toO ïpfov
tovto'J ûicepëoXïj èç uçaipaç TSTaprr,<xopiov àitQxÉxptTat.
« Une construction surgit de terre, elle ne suit pas la
ligne droite, mais s'infléchit doucement jusqu'à son
milieu, ou elle commence son mouvement de retour, et,
dessinant la forme semi-circulaire que les architectes
appellent demi-cylindre, s'élève hardiment pour se cou-
ronner par un quart de sphère. » Le nom de conque
qui fut donné à cette partie de l'édifice venait, de la
ressemblance qui existait entre cette figure el la
conque marine, la remarque est de Paul le Silentiaire
{v. 359) :
Ko'y/a; raOra xâpyjva ao(fo\ Texvr'uovi (xûSto
'AvSps; ï]ù8dt!;avTO- xb S' àrpexè;, sir' aito /.ov/ov
E'cvaXt'ou xoàso'jffi Sar;u.ovî;, ett' àrcô -zé'/yrn
Aùxot irou Ssàxaffi.
« Les architectes donnent le nom de conques au cou-
ronnement de ces édifices ; soit que la figure de la conque
marine, soit que l'art lui-même leur ait suggéré cette-
idée architectonique. »
Les monographies poétiques de Sainte-Sophie et de
Saint-Félix de N'oie1 nous montrent l'emploi du même
artifice dans l'abside, La conque semblait unique, bien
qu'elle fût triple en réalité. Voci les paroles de Paul
(v. 354) :
Tpi<7<rà (J.sv àvaToXtxwv àvanéTCTaTat èvô'.a xûxXcov
'II|xixô(jici)V \j']/o\i 8è u.st' op6cov a-jyiva toi/iov
Sçatpriî TîTpaTÔjxoto ^iyoç to TÉtapTOv àv^pîTEi.
« A l'orient s'élève une construction formée de trois
demi-cercles. Un quart de sphère couronne ses murs. »
Voici celles de saint Paulin, Natal., X, v. 180 sq.
Est eliam interiore sinu majoris in aulse
Insita cella procul, quasi filia culminis eius,
Stellato spatiosa l/ioio, trinoque recessu
Dispositis sinuata locis.
Le nom latin coucha parait n'avoir été usité qu'à une
époque assez tardive 2.
IV. Historique. — La forme basilicale (qu'on nous
permette ce néologisme) ne fut pas imposée aux construc-
teurs d'églises, et, à ce propos, il faut se rappeler que
les églises bâties au IVe siècle sont de deux sortes 3.
Quelques-unes élevées avant la paix de l'Église ou peu
de temps après cet événement sont peti lis, sans prétention
architectonique. Ces oratoires avaient pour destination
d'abriter les fidèles, les dévots habitués de quelque
martyrium ; dès lors, faute de liberté ou d'argent, on
élevait à la hâte une bâtisse sans caractère, sans type
définissable. Quant aux grandes basiliques chrétiennes
telles que Saint-Pierre, Saint-Jean de Latran, Sainte-
Marie Majeure, c'étaient des ouvrages magnifiques dont
le type fut, pendant plusieurs siècles, comme un « canon »
auquel il n'était pas permis d'apporter le moindre chan-
gement. Ce fut en France, au IXe siècle, que cette forme
1 Hist. eccl., cf. du Cange, In Paulum Silentiarium commen-
tarius, n. 50, P. G., t. i.xxxvi, col. 2208. — « nu Cange, In Pau-
Un» Silent. comm.,n. 50, P. G., t. i.xxxv, cnl. 2208. — ^M. de Vo-
giié, Les églises de Terre-Sainte, in-4°, Paris, 1860, p. 115 sq.
fut abandonnée ou profondément modifiée par l'appli-
cation des voûtes et des coupoles à la couverture des
églises. L'Orient avait donné l'exemple, l'Italie ne le
suivit que beaucoup plus tard et sans se détacher des
anciens types qu'elle s'obstina à reproduire.
Ces petits oratoires, ces martyria dont nous venons de
parler nous fournissent sur l'abside un fait notable. Leur
date pré-constantinienne, leur destination à l'entrée des
catacombes ou sur la sépulture des martyrs ne peuvent
être révoquées en doute. L'un des oratoires, situé sur
la voie Appienne, à l'entrée du cimetière de Calliste, est
construit d'après ce plan (fig. 42).
Un tnartyriunt de la voie Appienne.
Celte forme/l'abside xptxoyxo; —les latins lui donnèrent
le nom de trichorai — est une des mieux documentées que
nous connaissions. Saint Paulin, décrivant la basilique
qu'il avait fait construire à Noie sur le tombeau de saint
Félix, parle ainsi de Vapsis trichora 4 :
. . . interiore sinu majoris in aulx
Stellato speciosa tliolo trinoque recessu
Dispositis sinuata loris*.
A Naples, nous trouvons l'église constantinienne de
Sainte-Restilute offrant la même disposition. Une basi-
lique plus illustre, celle de Bethléhëm, constantinienne
elle aussi, au moins pour cette partie, reproduit le type
de l'oratoire de la voie Appienne; « il n'y a entre eux,
dit M. de Vogué, que la différence d'une chapelle à une
grande église6 » (lig. 43).
La basilique la plus célèbre de la chrétienté, celle
qui fut élevée sur l'emplacement du saint Sépulcre et
qui date du même temps, parait vouloir combiner Vapsis
trichora et le système des niches de l'oratoire romain
du monte délia Giustizia dont nous allons parler. Le
Saint-Sépulcre présentait donc un hémicycle qu'Eusèbe
appelle « le lieu principal », zo xsopoXatov toû Ttavxôç
— 4S. Paulin, Epist., xxn (al. xn), Ad Severum, § 10, P. h.,
t. lxi, col. 330 sq. Cf. du Cange, ('."mm. ml Paulum Sileritia-
riiaii, n. 51, P. G., t. lxxwi, col. 22ii7. — 5 [d., Natal., X, v,
180 sq., P. L., t. lxi, col. GG7. — «M. de Vogué, loc. cit., pi. u, 2.
187
ABSIDE
188
^(iio-çaiptov '. C'était une abside flanquée de trois absi-
dioles 2 (fig. 44). A l'orient de l'hémicycle s'ouvrait la
basilique.
Saint Paulin explique ainsi l'utilité des absides laté-
m
S)
SI
«
S
m
m
9
a
a
S
m
s
s
D
43. — Basilique de Bethlêhem.
D'après de Vogué, Syrie centrale, pi. Il, 2.
raies' : Cum duabus dextra Ixvaque concluais iutra
spatiosum sui ambilum apsis sinuata laxclur, una
earum immolanli hostias jubilationis anlistiti parât;
altéra post sacerdotem capaci sinu receptat orantes...
Les fouilles entreprises, en 1876-77, sur la voie Tibur-
tine, dans le but de retrouver la basilique de Sainte-
Symphorose, mirent à jour les fondations d'un édifice de
plus do quarante mètres de longueur sur plus de vingt
44. — Basilique du Saint-Sépulcre.
D'après de Vogué, Syrie centrale, pi. vi, 2.
mètres de largeur, bâti d'après le type classique. A
l'extrémité du mur de l'abside on vit, à fleur de terre,
45. — Abside de la voie Tiburtine. D'après le Bullettino di archeolog. crtstiana, 1878, pi. LXXV.
lnsecretariisveroduobus,qux supra diri circaapsidem
esse, hi versus indicant officia singulorum :
A dexlra apsidis :
HIC LOCVS EST VENERANDA PENVS QVA CONDI-
[TVR ET QVA
PROMITVR ALMA SACRI POMPA MINISTERII
A sinistra ejusdem : [VOLVNTAS
SI QVEM SANCTA TENET MEDITANDA IN LEGE
[BRIS
HIC POTERIT RESIDENS SACRIS INTENDERE Ll-
' Eusèbe, Vita Constantini, 1. III, c. xxiv (e. xxxn sq.)
P. G., t. XX, col. 1002 sq. — » M. de Vogiié, loc. cit., p. 138
et pi. vi, 2. — 3 S. Paulin, Epist., xxxn (al. xn). Ad Scvc-
rum, § 16, P. h., t. lxi, col. 337, 338. — « De Rossi, Borna sot-
un arc de maçonnerie, qui, dégage, donna une seconde
basilique trichora semblable à celle du cimetière de
Calliste*. Ces deux absides accolées communiquaient
ensemble; il n'est pas douteux que l'apsis trichora ne
soit plus ancienne. Cette disposition n'est pas sans
analogie avec celle que décrit saint Paulin à propos de
l'église de Noie : Lœlissimo vero conspectu tota simul
hxc basilica in basilicam memorati confessoris aperitur
trtnis arcubus paribus perlucente transenna; per quam
vicissim sibi tecla ac spatia basilicse utnuirjue jungun-
ttir*. Nous trouvons ici un exemple (fig. 45), aussi évi-
terranea cristiana, in-fol.. Roma. 1861-1888. t. m, pi. xxxrx.
t. Il, p. 4, 5. — • S. Paulin. Epist., xxxn. § 16. P. L., t. LXI, col.
337. Cl .E. Stevenson. La basilica dnppia di S. Sinforosa, dans
le Bull, di arch. crist., 1878, p. 75 sq.
189
ABSIDE
190
dent que celui de Saint-Laurent m Agro Verano, de la
distinction laite entre la missa ad corpus et la missa pu-
blica. Voyez au mot Missa.
L'abside trichorale n'est pas spéciale à Rome, on l'a
retrouvée dans un oratoire de Cartilage '.
A cette catégorie d'absides se rattache la construction
élevée par saint Perpetuus, évéque de Tours, sur le
tombeau de saint Martin, son prédécesseur. Cette absida
tumuli est une abside avec cinq absidioles capables de
contenir chacune un sarcophage. La niche du centre est
îlus large que les autres. L'ensemble offre le type très
are d'une abside pentachora 2 (fig. 46).
On ne saurait omettre une des ébauches de l'abside
que nous retrouvons dans les oratoires domestiques. Il
tuffira de dire quelques mots d'un monument de cette
catégorie, unique en son genre. Cet oratoire est situé
Faustin et Viatrix au cimetière de Generosa6. Tout
autour de l'abside on voit encore la trace des sièges ré-
servés aux prêtres à un niveau inférieur de plusieurs
degrés à celui du siège principal. Les deux niches laté-
rales ont peut-être quelque lointain rapport avec la dispo-
sition des absides triplées (rpt/oy/o;, trichora). La pre-
mière niche servait de crédence pour la préparation du
sacrifice 6, dans la seconde on gardait les livres liturgi-
ques. On n'a retrouvé aucune trace de l'emplacement de
l'autel, il se pourrait qu'un autel portatif fût installé
dans cet oratoire 7.
V. Types. — 1° Une catacombe chrétienne, découverte
en 1864, à Alexandrie d'Egypte8. Elle se composait de
trois parties principales, toutes trois de plain-pied : 1. un
vestibule avec une abside et un exèdre; 2. une salle car-
rée avec trois niches creusées dans le roc formant trois
/ .,
TOÏ
46. — Basilique de Tours. D'après Ratel, Basilique de Saint-Martin de Tours, pi. IV.
sur le monte délia Giustizia à peu de distance de la
place des thermes de Dioclétien à Rome et il doit dater
du IVe siècle. Son installation paraît avoir consisté dans
la construction d'une abside entre deux murs de date
plus ancienne (fig. 47).
Cet oratoire mérite bien le titre de [xixpôv eûxtripcov,
oratoriolum , basilicula privata 3, et sa destination litur-
gique n'est pas douteuse. La niche centrale était destinée
à recevoir la chaire de celui qui présidait; on trouve une
disposition semblable dans la basilique de Sainte-Pétro-
nille au cimetière de Domitille * et dans l'abside de l'o-
ratoire dédié par le pape Damase aux martyrs Simplice,
1 De Rossi, Bull, di arch. crist., 1884-1885, p. 48. — 2 Ratel,
Les basiliques de Saint-Martin de Tours, in-8*, Bruxelles,
1886, pi. 11 ; J. Chevalier, Les fouilles de Saint-Martin de
Tours, recherches sur les six basiliques successives, in-8*,
Tours, 1888. — 3 Socrate, Hist . eccl., 1. V, c. vu, P. G., t. lxvh,
col. 575 sq. — * De Rossi, Bull, di arch. crist., 1874, pi. iv, v. —
chapelles distinctes; 3. une longue galerie voûtée avec
trente-deux loculi disposés sur deux rangs et ayant la
profondeur nécessaire pour recevoir les cadavres d'adul-
tes. L'abside fait face au couloir de la galerie des tom-
beaux. A droite et à gauche de la baie de l'abside on voit
les traces de deux figures représentant des saints de
grandeur presque naturelle. Au-dessous du personnage
qui est à gauche on lit :
O AriOC ICOAN
NHC
Au-dessus de celui qui est à droite on lit :
O AriOC MAPKOC
•Borna sotterr., t. m, pi. lu. — • Sur ces absides crédenceSj
cf. Revue archéologique, 1890, p. 222. — ' Bull, di arch. crist.,
1876, p. 46 sq. et pi. vi, vu. — 8 C. Wescher, Moniteur, 17 juil-
let 1864, et Archives des missions scientifiques et littéraires
in-8*, Paris, 1864, t. i, 1" livraison; Pull, di arch. crist., in-4*
Roma, 1865, t. m, p. 57 sq. avec planche
191
ABSIDE
192
L'abside offre un exèdre ou banc semi-circulaire taillé
dans le roc et servant de siège. Tout autour, à moitié de
la hauteur de l'abside, court une frise peinte qui contient
trois fresques distinctes dont deux sont certainement
eucharistiques. Celle du milieu représente le Christ assis
au centre, nimbé et accosté de IC XC. A droite et à gau-
che, six corbeilles contenant des pains. De chaque côté
des personnages accourent vers Jésus. Sur l'un d'eux on
lit : neii]PO[;], sur un autre : ANAPe[|AC. La fres-
connu sous le nom de Kahjhé (chapelle de secours)
d'Omm-ez-Zeitoun. Le bâtiment se compose d'une cham-
bre carrée ouverte d'un côté par un large cintre. La Ka-
lybé d'Omm-ez-Zeitoun s'étant trouvée trop grande pour
être couverte à l'aide de dalles de pierre, on y pourvut
par une coupole de blocage. Ce n'était là qu'un tâton-
nement et le fait se passait sous l'empereur Probus, dans
l'été de l'année 282 après Jésus-Christ. On pressent ici
le futur système architectural de l'Orient et le grand
mouvement qui, commençant après le triomphe de l'Église,
£cfielk de?
47. — Oratoire dû monte délia Giustizia. D'après le Bullett. di archeolog. cristiana, 1876, pi. VI et vu.
que de droite représente trois personnages couchés (ac-
cumbentes) et mangeant; au-dessus on lit cette inscrip-
tion :
TAC CYAOTIAC TOYXY
eCOIONTCC
Taç eu),oyc'a; toO XpioroG è<j8tovT£ç.
La voûte de l'abside est ornée d'une rosace épanouie
en forme de coquillage. Cet ornement est d'un relief
assez sensible (fig. 48).
2° Un édifice d'( Istie, que l'on croit être le xenodochium
de Pammachius, offre quelques altérations du type anti-
que tout à lait dignes d'attention. Au lieu d'une abside
on trouvait deux absides concentriques, distantes l'une
de l'autre de lm80. Entre elles s'étendait une galerie
semi-circulaire qui ne différait que par les proportions
de celle du Latran ' (fig, i9).
3° La basilique de Reparatus à Orléansville, Algérie.
date de l'année 252. La deuxième abside ne parait pas
avoir fait partie du plan primitif, on la croit ajoutée
après l'an 403 - (fig. 50).
4° Un des monuments les plus intéressants à notre
point de vue est un édicule situé dans le Ilaôuran et
'De Rossi, Bull, di arch. crist., 1866, p. 101, 103, n. 1. —
•Hiiiiscb, Die altchristlichcu Kirchcn, in-tol., Carlsruhe, 1858,
dura jusqu'à l'invasion musulmane. .« Les premières
églises de cette période sont bâties dans le système des
basiliques païennes (lu pays; les dernières au contraire
dérivent de la coupole et font déjà pressentir la forme
des grandes églises byzantines de Conslantinople 3. »
Ce ne fut toutefois que vers le temps de Justinien
qu'on se départi! des absides semi-circulaires à trois
fenêtres. Un dis types les plus instructifs est encore la
cathédrale de Bosra (Arabie) bâtie l'an 5I2 après J.-C. La
forme carrée surmontée de la coupole ne triomphe
cependant en Orient qu'après la construction de Sainte-
Sophie de Conslantinople. L'Occident adopta une inno-
vation, moins essentielle pour le caractère de l'abside,
avec les transsepts, c'est-à-dire avec l'élargissement du
vaisseau entre l'abside et le^ nefe, L'édilice tendit à
prendre la forme d'une croix Quelques églises très an-
ciennes se terminent par deux absides, l'une à l'est, l'autre
à l'ouest.Le transsept reçut aussi des extrémités absidales:
Saint-Laurent de Grenoble, v* siècle; Germiny-les-
Près, IX* siècle. Chaque région eut ses usages. Le midi
de la France conserva très tard le type de la basilique
antique avec les voûtes en cul-de-four, plus basses que
celles du transsept (Avignon, le Thor, Chauvigny-basse,
pi. ni, n. 17. —* De Vogué, Syrie centrale. Architecture civile
et religieuse du i" au w* sieele, 1865-1877, p. 9; voy. pi. xix. —
193
ABSIDE
194
Autun, Cosne-sur-Loire, Lyon, Béziers, Carcassonne, Vi-
viers). On trouve l'abside carrée à Laon et à Dol, en
Champagne, en Bourgogne, dans l'Ile-de-France, la Bre-
tagne, la Normandie et surtout en Angleterre. Dans le
centre de la France, l'abside semi-circulaire persiste; en
rite d'attirer j l'attention. On détruisit l'ancienne ce.Ua,
on enleva des colonnes du posticum qui furent rangées
avec les colonnes latérales dont le nombre fut porté à
dix-huit. On éleva un mur de clôture, mais à une large
distance de la colonnade, pour figurer une nef et ses
48. — Catacombc d'Alexandrie. D'après le Bullet. di archeologia cristiana, 1875, p. 57.
Provence et suivant le cours du Bhône et de la Saône,
les absides polygonales témoignent de l'influence byzan-
tine.
VI. NOTE SUR LES TEMPLES PAÏENS CONVERTIS EN ÉGLISES.
— A Cavesus, en Syrie, un temple de Baal fournit une
49. — Basilique d'Ostie.
D'après la Bullet. rft archeolog. cristiana, 1866, p. 101.
partie du terrain à une cella chrétienne dont toute l'in-
stallation consista à enclore dans le temple un naos et
une abside ' (fig. 51).
L'installation du temple de Vénus à Aphrodisias mé-
DICT. d'arch. ciirét.
deux ailes. Enfin, on construisit une abside semi-circu«
iaire qui existe encore 2.
50. — Basilique de Reparatus.
D après Hiïbsch, Die altchristlichen Kirchen, pi. ni, n. 17.
On s'y prit de façon différente lorsqu'on transforma le
temple d'Auguste et de Borne, à Ancyre, en église chré-
' Texier et Pullan, Architecture byzantine, p. i
I.
-*[bid., p. 89.
- 7
195
ABSIDE
196
tienne. Ce temple était un des plus parfaits modèles de
l'ordre corinthien, tel qu'on l'interprétait au siècle d'Au-
guste. La colonnade extérieure disparut, seule la cella
fut conservée, mais comme elle était trop étroite, le mur
du poslicum fut détruit et les murs latéraux de la cella
prolongés. L' iconostase s'éleva au lieu même où était
jadis le mur de Yopisthodomos, le chœur fut installé
dans la partie nouvellement construite. L'entrée du
temple avec toute sa décoration fut épargnée et le pro-
naos devint le narthex. Enfin on perça trois fenêtres
dans la muraille, l'ancien temple ne prenant la lumière
que par la porte ouverte. C'est le plus ancien cas, à
notre connaissance, où l'on ait abandonné l'abside semi-
51. — Temple de Baal, transformé, à Cavesus.
D'après Texier et Pullan, Architecture byzmntine, p. 83.
circulaire dont les'exemples sont si rares en Italie, mais
assez nombreux en Normandie et en Angleterre ',
Los historiens byzantins citent un assez grand nombre
de temples transformés en églises, dans l'Asie mineure.
Cédrénus nomme le temple de Cybèle à Cyzique qui fut
dédié à la "Vierge et devint l'église de Théotokos. Procope
mentionne le temple de Comane auquel rien ne fut
changé lors de son affectation au culte chrétien '-'. Parmi
les colonies de Marseille se trouvait la petite ville de
Vernègue (Ernaginum, Ernagina, 'Kpvâ-pva), située
sur la croupe qui sépare les vallées du Rhône et de la
Durance. Cette ville était en possession d'un temple
grec du style le plus pur. A une époque qu'on ne saureit
préciser, vers le Ve ou vi° siècle, peut-être sous Théo-
dose, le temple fut affecté au culte chrétien. On adossa
alors au mur de gauche du temple une chapelle se
composant d'une chambre carrée avec abside semi-cir-
culaire >,
* Ibid., |i. (H. — «Procope, De bello persico, 1. I, c. xu. —
Texier el 1 ul'un, (oc. cit., pi. XI, p. 99 sq.
Vïi. Essai de classement arciiitectonique. — Les
titres qui suivent sont donnés en vue d'un essai de clas-
sement architectonique.
Hub. = Die altchristlichen Kirchen nach den Bauchenkmalen
und àlteren Beschreibungen und der Einfluss des altchris-
tlichen Baustils auf den Kirchenbau aller spâteren Perio-
den. Dargestellt und herausgegeben fur Architecten, Archao-
logen, Geistliche und Kunstfreunde par le Dr Hubsch, in-fol.,
Carlsruhe, 1858, 63 pi.
Vog. — Syrie centrale. Architecture civile et religieuse du i"
au vu' siècle, par le comte Melchior de Vogiié, in-4% Paris,
1865-1877, 154 p. et 151 pi.
Cari. — Ricerche sull' architettura più propria deitempj cris-
tiani basate sulle primitive istituzioni ecclesiastiche e dimos-
trate tanto con ipiù insigni vetusti ediftzj sacri quanto con
alcuni esempj di applicazione del cav. Luigi Canina. Edizione
seconda di molto ampllata, con cxlv tavole di corredo e ri-
dotta a questo sesto per fare seguito alla grande opéra publicata
dal medesimo autore sull' architettura antica. Roma, 1846, 192 p.
et cxlv pi.
Bun. — Les basiliques chrétiennes de Rome, relevées et dessinées
par Gutensohn et Knapp. texte explicatif et descriptif par Chr.
C. J. Bunsen ; avec 50 planches ; première édition française,
traduite et revue par Daniel Ramée, architecte, in-fol., Paris,
1872, 28 p., 50 pi.
Ren. = Mission de Phénicie dirigée par Ernest Renan, membre
de l'Institut, professeur au Collège de France, in-4' et atlas,
Paris, 1864, p. 512.
Rev. = Architecture romane du midi de la France, dessinée,
mesurée et décrite, par Henry Revoil,3 in-fol., Paris, 1867-1873.
Nea. = A history of the holy eastern Church. Part. I, General
introduction, by the Rev. John Mason Neale, in-8% London,
1850, t I.
Tex. — L'architecture byzantine ou recueil despremiers siècles
du christianisme en Orient. Précédé des recherches histo-
riques et archéologiques par Texier et Pullan, in-fol., Londres,
1864.
Abside solitaire. — Forum de Nerva, àRome, Hub.,i, 12; basi-
lique de Constantin, à Trêves, Hub., I, 16; basilique de Pergame,
Can., vin ; basilique d'Otricoli, Can., vin; basilique Siciniana,
Can., xv; basilique S. -Agnès, Can., xvm, Bun., xvi; S. -Félix
de Noie (restituée), Can., xxvii; S.-Croix de Jérusalem, Can.,
xxxn, Bun., xxxi c; S. -Maria du Trastevere, Can.. xxxvm.
Bun., vm c; S.-Chrysogone, Can., xxxvm, Bun., xx b, Hub..
m, 11; S.-Maria d'Ara cœli, Can., xliii, Bun., xxxi b; les
Quatre-Couronnés, Can., xliii, Bun., xix a, Hub., lit, 9; S.-Marie
in Cosmedin, Can., xlvi, Bun., xxu; S.-Praxède. Can., xi.vm.
Hub., xlv, 5, Bun., xxix; SS.-Nérée et Achillée, Can., lui,
Bun., xxvi, Hub., m, 18; S.-Marco, Can., liv; S.-Prisque, Con..
liv; S.-Martino, Can.. lv, Bun., xxxi a; S. Sabba, Can., i.vn;
S. -Jean à la Porte latine, Can., lvii, Bun., xv b, Hub., m, 12:
S. -George au Vélabre, Can., lvii, Bun., xx a, Hub., m, 10;
S.-Michelin Sassia, Can., lviii; S.-Pudenziana, Can.,Lvm, Hub.,
vu, 3; S.-Cecilia, Can., lviii; S.-Anastasia, Can., lix; S.-Alexis,
Can., lix; SS.-Côme et Damien, Can., lix; S. -Marie Majeure,
Can.,LX, Bun., IX, Hub., m, 4; S.-Pierre du Vatican, Can., lxxiv;
S.-Paul hors les murs, Can., lxxix, Bun., rv, Hub., x; S.-Bar-
tliélemy en l'île, Bun., xvm, Hub., m, 15; S. Balbine. Bun.,xv a,
Hub., m, 8; Ravenne, métropole, Can., xci; S.-Agata mag-
giore, à Ravenne, Can., xcn; les SS. -Apôtres, à Florence, Can.,
xcii; S.-Miniato, Can., cxvi; S.-Michel de Pavie, Can., cxvn;
S.-Ambroise, à Milan, Can., exix; SS.-Gervais et Protais, à Mi-
lan, Hub., m, 14; S. -Augustin, àSpolète, Hub., VI, 15; S. -Victor,
à Ravenne, Hub., xxi, 6; S. -Jean Studios, à Constantinople, Hub..
v, l;S.-Irène, à Constantinople, Hub.. v,8;S.-Démétrius, à Thes-
salonique, Tex., xvn ; S. -Sophie, à Thessalonique, Tex., x\\\ .
Eski-Djouma, à Thessalonique. Tex., xi.n; Dana, sur CEU] l
Tex., Lix;Dighour, en Asie-Mineure, Can., exiv, Tex., l, pi. 25,
26, p. 120; S.-Apollinaire ni n uovo, à P,avenne. Can.. LXXXVm,
Hub., m, 7; Qennaouàt, Vog., 19; Chaqqa, Vog., 12; Kherbet-
Hàss, Vog., 59; El-barah, Vog., 60; Babouda, Vog., 67; Qabb
Loureh, Vog., 122; Le Thor (Vaucluse), Rev., I, ut ; Lerins. Rev.,
II, XII ; Grandmont près Lodève, Rev., Il, x; Xantlius en Lycie.
Nea., 223; Gunnawat, en Syrie, Nea., 256; Gagra, Nea., 259;
Tchamkmodi, en Arménie, Nea., 262; Etchmiadzine, Nea.. 289.
Abside trichore. — SS.-Marc etMarcollin.prèsde la voieArdéa-
tine, Marchi, Monum. primit., t. xlvi; la Nativité, à Béthléhem.
Can., xxix, Hub., V, 2; S. -Satyre, à Milan, Hub.. XLn, 1; Monte-
Fiascone, Can., cxvm; S.-Maria, à Colonie, Can., cxx; Qen-
naouàt, Vog., 19; chapelle de la Trinité, à Lérins, Rev., I, i;
S. -Martin de Londres (Hérault), Rev., I. xxxm.
197
ABSIDE — ABSOLUTION
198
Abside circulaire accostée de deux absides triehores. — S.-Clé-
ment d'Ancyre, Can., cxiv, Hub., xxxv, 4, Nea., p. 230; Théo-
tokos, à Constantinople, Can., cxv; Midiah, dans l'Hellespont,
Nea., p. 230.
Abside solitaire ellipsoïdale. — Taflcha, Vog., 17.
Rotonde avec abside trichore. — Zara, en Istrie, Hub., III, 19; le
S. -Sépulcre, à Jérusalem, Can., xcrv; S.-Vital, à Ravenne, Can.,
cxii; S.-Charlemagne, à Aix-la-Chapelle, Can., cxin; S.-Sophie, à
Constantinople, Can., ex, Nea., 234.
Rotonde avec abside solitaire. — S. -Marie Majeure, à Noeera,
Hub., xvii, 4; Derbé, Hub., xxxv, 7; S.-Thomaso in Ltmine, à
Bergame, Can., en; S. -Ange, à Pérouse, Can., en; S.-Georges, à
Thessalonique, Tex., xxvm.
Rotonde tètrachore avec abside. — Bosra, Vog., 22, Tex., p. 135.
Rotonde sans abside, avec ou sans niches. — S.-Constance, à
Rome, Hub., vu, 1; S.-Étienne le rond, Hub., xvn, 1; S.-Hé-
lène sur la voie Labieane, Can., xc.
Abside pentackore. — S.-Martin, à Tours, Ratel. Voir col. 189,
§ iv.
Abside hexachore. — S.-Gilles (Gard), Rev. n, lv.
Rotonde heptachore. — Temple de Jupiter, à Spalatro, Hub., i,
. 19; S.-Êlie, à Brousse, Tex., lvi; chapelle S. -Sauveur, à Lérins,
Rev., I, l.
Absides en regard Vune de l'autre. — Basilica Ulpia, Can., ix,
cf. pi. m; basilique de Reparatus, à Orléansville (Algérie), Hub.,
m, 17.
Absides concentriques. — S. -Jean de Latran, Hub., m, 2';
Xenodochiûm de Pammachius, à Ostie, De Rossi, Bull., 1866,
p. 101 sq. ; S.-Cuthorine au mont Sinaï, Nea., 258.
Abside centrale et abside lat&rale. — Basilique de Constantin,
Can., xin.
Basilique sans abside. — Basilica Giulia, Can., xi; S.-Laurent
hors les murs, Can., xxxn, Bun., xn, Hub., m, 3; S.-Nicolas à
carcere, Can., cVl, Bun., xvc; Behioh, Vog., 137.
Deux absides de front et inégales. — S. -Sabine, Can., i, Bun.,
vin a, Hub., vu, 6; Archaepolis, Nea., 255.
Trois absides de front dont une principale. — S. -Maria in Do-
minica délia Navicella, Can., L, Bun., xrx d; S.-Pierre-aux-liens,
Can.. lvi, Bun., vm b; S.-Jean de Latran, Can., lxix, S.-Apù-
linaire in classe, Can., i.xxxviii ; S. -Marie in Toscanella, Can.,
cxii; cathédrale de Torccllo, Can., xcm; Parenzo, Can., xcm,
Hub., xvn, 7; S. -Clément d'Ancyre, Can., exiv; S.-Clément de
Rome, Hub., xvm, 1; S.-Loreiiïo de Vérone, Hub., xxxvm,
10; S.-Vargano, en Grèce, Can., cxit; S. -Maria délie cinque
tori, à San Germano di monte Cassino, Hub., xix, 9; Monreale
près de Palerme, Can., cxxn; les SS.-Apôtres, à Thessalo-
nique, Tex., xlvii; S.-Bardias, à Thessalonique, Tex., l; S.-Ni-
colas de Myre, Hub., V, 11, Tex., lviii; S. Sophie, à Trébizonde,
Tex., lxi; Soueideh, Vog., 19; Kalat Sema'n, Vog., 139; à
Néby-Younas (à 17 kil. de Sidon) une petite église n'ayant ni
piliers, ni chœur, simple rectangle terminé par une niche accostée
de deux autres niches, celles-ci ne descendant pas jusqu'à terre,
Ren. ; S.-Guillem du désert, Rev., I, xxxvm ; Pitzounda, en Géor-
gie, Nea., 252; Tchesemay, Nea., 254; Cutais, Nea., 268.
Trois absides, toutes différentes. — S.-Clément de Rome, Can.,
XXII.
Cinq absides de front (semi-circulaires). — Séoanques, dans la
Vaucluse, Rev., II, vu; Le Thoronet (\ar), Rev., n, xjv.
Abside rectangulaire ou quadrangulaire. — S.-Vincent-trois-
fontaines, Hub., xlv, 1, Bun., xxjv a; Six-fours (Var), Rev., I,
xvni; SS.-Celse et Nazaire, à Ravenne, Can., xcvm; Orvieto,
Can., cxxiv.
Abside circulaire accostée de deux absides quadrangulaires.
— Roueiha, Vog., 68; Baqouaa, Vog., 118; Tournamin, Vog., 130;
Pola, Can., xcm.
Triple abside rectangulaire. — Hàss, Vog., 65.
Absides adossées. — Temple du Soleil et de Rome, à Rome,
Hub., i, 16; S.-Symphorose, sur la voie Tiburtine, Stevenson dans
le Bull, di arch. crist., 1872, p. 75 sq.
H. Leclercq.
ABSOLUTION. Du latin absolvere, délier. Le péché
est censé un lien qui attache le pécheur, une chaîne
qui le charge, d'où ces expressions fréquentes en litur-
gie, avec toutes leurs variantes, ab omni vinculo peccato-
rum absolvat nos Dominus; solvere a vinculis peccati,
etc. Nous n'avons pas à parler ici de l'absolution sacra-
1 Macri, Hierolexicon, in-fol., Rome, 1677, sous ce mot. —
•Pleithner, Aelteste Geschiclite des Breviers, p. 301 sq. — * De
ordine antiphonarii, prolog., P. L., t. cv, col. 1246. — * Dom
Bàumer, Geschichte des Breviers, in-8', 1895, p. 269-270. —
mentelle (voyez pour ce sens le Dictionnaire de théolo-
gie catholique, t. i, col. -138). Nous traiterons au mot
Pénitence publique de l'absolution donnée aux excom-
muniés ou aux pécheurs publics; nous n'avons à nous
occuper que de quelques-unes des acceptions dans les-
quelles est pris ce mot et qui concernent la liturgie.
I. Absolution dans l'office divin. — Il y a aujour-
d'hui dans la liturgie romaine, à la fin de la psalmodie
et avant les leçons de chaque nocturne, une prière ap-
pelée Absolutio qui est une sorte d'oraison; ces trois
formules ne varient jamais dans l'office ordinaire. Selon
certains liturgistes, l'étymologie du mot, dans le cas pré-
sent, serait absolvere, terminer, sens que ce mot a sou-
vent dans l'ancienne liturgie; ce serait donc la prière qui
termine la psalmodie '. Si ce rite était fort ancien, abso-
lutio pourrait s'entendre en ce sens. Mais si on le fait
remonter seulement à la fin du xme siècle, comme le
veulent quelques-uns, il est certain qu'à cette époque le
sens du mot absolutio est devenu plus précis et se rap-
proche de la signification du mot français. De plus ces
formules ont bien le sens d'une absolution des péchés,
ainsi qu'on peut le voir surtout par la plus caractéris-
tique des trois : a vinculis peccatorum nostroruni ab-
solvat nos omnipotens et misericors Donnnus. Pleithner
voudrait faire remonter l'usage de ces absolutions à Cas-
sien; mais cette opinion ne repose sur rien de sérieux,
si l'on entend l'absolution au sens que nous avons
donné 2. Dom Bàumer assigne comme origine la fin du
xme siècle; il ne trouve pas ces absolutions dans les an-
tiphonaires avant cette époque. Durand, au même siècle,
ne semble pas les avoir connues. Cependant dom Bàu-
mer lui-même cite un texte d'Amalaire (ix° siècle) qui
ressemble bien à une absolution de l'office. Mais on peut
considérer cette formule comme une exception 3. Le
lectionnaire où il rencontre pour la première fois une ab-
solution est un manuscrit de Bruxelles du xme-xive siè-
cle. La formule est celle encore usitée : Exaudi Domine
JesuChriste preces servorum tuorum et miserere nobis,
qui, etc. Le même lectionnaire contient aussi pour les le-
çons des bénédictions que nous avons gardées*.*
Quant aux absolutions et bénédictions que l'on trouve
dans Thomas:, on ne saurait dire si elles sont d'un usage
antérieur au XIIe siècle5.
IL Absolutio capituli. — On appelle ainsi une leçon
brève ou capitule tirée des saintes Écritures que l'on dit
tous les jours vers la fin de l'office de prime. La seconde
partie de l'office de prime ou office du chapitre (d'où le
nom absolutio capituli) était autrefois particulière aux
moines et aux chanoines, et à la fin on distribuait le
travail de la journée. Ce capitule est précédé et suivi d'une
bénédiction. Voir Prime.
III. Oratio absolutionis. — C'est une prière sous
forme d'absolution qui prend place dans certaines litur-
gies entre ia consécration et la communion, par exemple
dans la liturgie de saint Basile, VOratio absolutionis ad
Patrem. Voir Messe 6.
IV. Absolution de l'hérésie. — Formules pour ceux
qui reviennent de l'hérésie. L'institution d'un rite par-
ticulier d'absolution pour les hérétiques ou les apostats
qui rentraient dans l'Église remonte à une très haute
antiquité, et le maintien de cette cérémonie dans les
livres liturgiques de longs siècles après qu'elle eut été
hors d'usage, est une preuve, ajoutée à bien d'autres, de
l'esprit conservateur de la liturgie. Eusèbe y fait al-
lusion à propos de la fameuse question du baptême des
hérétiques7; elle consistait en des prières et dans l'impo-
sition des mains; le concile d'Arles (314) et celui de Ni-
cée (312) en parlent dans les mêmes termes; les papes
"Thomasi-Vezzosi, Opéra omnia, Rome, 1747, t. iv, p. 573.
— * Renaudot, Liturgiarum orientahum collectio, t. i, p. 21.
— ' Eusèbe, Hist. eccl., 1. VII, c. ii-iii, et la note de Valois, P. G.»
t. xx, col. 640 sq.
199
ABSOLUTION — ABSOUTE
200
Innocent I" et Sirice ont aussi des lettres sur cet objet.
Le texte de ce dernier est surtout remarquable : bapti-
zatos ab impiis arianis... nos cum novatianù, aliisque
hsereticis sicut est in synodo (Niccena I, can. 8) consti-
tUtum, PER INVOCATIONEM SOLAM SEP1IFORMIS spi-
ritus, episcopalis manus impositione, catholicorum
conventui sociamus, quod eliani totus oriens, occidens-
que custodit ' . Ce texte semble un commentaire de la
formule qui est au Gélasien pour la réception des héré-
tiques ariens : Domine Deus... mitle in eos spiritum
Paraelilum sanclum sapienlise et inlellectus, spiritum
consilii et forlitudinis, spiritum scientise et pietatis,
et adimple eos, Domine, spiritu timoris Dei, in no-
mine Jesu Chris ti Dei salvatoris nostri. Per quem et
cum quo est libi honor, etc. 2.
Plusieurs anciens sacramentaires contiennent des for-
mules analogues. Ce rite a donné lieu à des controverses
intéressantes parmi les liturgistes, quelques-uns y
trouvant tous les caractères du sacrement de confirma-
tion. Selon eux, les hérétiques ou apostats revenant à
l'Église, y auraient donc été reçus par le sacrement de la
confirmation. Mais cette opinion ne résiste pas à un exa-
men attentif; si l'imposition des mains et la prière à
l'Esprit septiforme se rapprochent du rite de la confir-
mation, l'absolution des hérétiques a nettement un ca-
ractère de pénitence et se rattacherait plutôt à la péni-
tence publique; de plus, il n'est pas question d'onction,
et peut-être les termes employés : sola manuum
impositio cum precationibus, manus eis tantum im-
ponatur, sont-ils pour écarter toute confusion. Du
reste un texte du pape Vigile, choisi entre d'autres,
coupe court à toute difficulté : Quorum (hsereticorum)
reconciliatio non per illam imposilionem manus, quse
per invocalionem spiritus sancti operatur, sed per
illam, qua pœnitenlix fructus acquiritur, et sanctse
communionis restitutio perficitur * . Voir Abjuration.
V. Absolutionis dies, le jeudi absolu, ou absolutus
dies Jovis (jeudi saint), à cause de l'absolution publique
qu'on y donnait. Voir Absoute, II.
VI. Absolution quadragésimale. Voir Absoute, II.
VII. Absolution des pénitents publics. Voir Péni-
tence publique. F. Cabp.ol.
ABSOUTE. — I. Étymologie, définition. II. Absoute
du jeudi saint. III. Absoute des morts. IV. Origine et
antiquité.
I. Étymologie, définition. — Absoute, absoudre, du
latin absolvere, solvere, absolulio, absoluta, absolta, a
le sens de déiier en général, et dans l'espèce, délier des
péchés; c'est le vieux mot français qui n'est plus usité
que dans les deux cas liturgiques qui suivent; il importe
de préciser ces deux sens pour éviter certaines confu-
sions qui se sont glissées dans bien des ouvrages, même
dans des ouvrages classiques sur la matière. Il signifie
donc : 1° une cérémonie publique q-ui a lieu le jeudi
saint dans certaines églises, l'absolution ou absoute; 2° la
cérémonie d'absolution autour du cercueil ou du cata-
falque. Nous ne nous occuperons ici que de ces deux
acceptions du mot, renvoyant au mot Absolution où
nous avons donné les autres sens.
II. Absoute du jeudi saint ou absoute quadragési-
male. — C'est un rite qui était usité autrefois dans beau-
coup d'églises, surtout dans les églises cathédrales, au
jeudi saint. On prononçait une formule donnant l'énumé-
ration de tous les péchés, et on accordait ensuite une ab-
solution générale. Le P. Morin cite le texte d'une de ces
prières usitée de son temps : Per meritum passionis
' Sirice, A dffimeriumtarraconenscm, dans Coustant, F.pistolse
romanorum pontificum, Paris, 1721, p. 624-625. — * Thomasi-
Vezzosi, Opéra omnia, t. VI, p. 104-106. — 3Cf. Coustant, Dissert,
de vera Utephani circa receptionem hsereticorum sententia,
P. L., t. m, col. 1299 sq. ; Duguet, Conférences ecclésiastiques,
et resurrectionis, etc. lndulgentiam. absolutionem om-
nium peccatorum vestrorum , cor contritum et vere
pœnitens, gratiam et coneolationem S. Spiritus tribuat
vobis omnipotens Deus. Amen. Oremus. Dominus no-
ster Jésus Christus qui dixit discipulis suis, qusecuntque
ligaveritis super terrant... ipse vos per ministeriunt
nostrunt absolvat ab omnibus peccatis vestris, quœcum-
que aut cogitatione... Benediclio Domini nostri, etc.
Le rite et les formules de cette absolution ont varié
d'église à église. Cette absoute est encore conservée dans
certains diocèses. Sous la forme que nous avons décrite,
elle ne doit pas remonter au delà du xui" siècle. Mais,
par ses origines les plus lointaines, elle se rattache pro-
bablement à la cérémonie de la pénitence publique, au
jeudi saint, dont elle est un dernier vestige*. Voir Péni-
tence. Par suite de ce rite, le jeudi saint a quelquefois
pris le nom de jeudy absolu absolutionis dies, absolu-
tus dies jovis*. Jean d'Avranches dans son livre De
officiis eccles., p. 41, le décrit ainsi : Ipsa die hora
sexta populus ad ecclesiam conveniat : si episcopus
fuerit, convocatio pcenitenlium et absolutio, chrismatis
et olei consecratio, juxta episcopalem ritum ordinetur;
ubi vero defuerit, imprtmis tant clerus quam popidus
prostrati in terra cum lacrymis et gemilu absolutio-
nem criminum a majori sacerdote accipiant.
III. Absoute des morts. — Il y a donc une cérémonie
dans la liturgie qui signifie absolution donnée aux morts.
Dans quel sens ['Église a-t-elle le droit ou le pouvoir
d'absoudre les morts? Nous n'avons pas à traiter ici
cette question; nous renverrons le lecteur à notre article
Absolution des morts dans le Dictionnaire de théo-
logie catholique6, en nous contentant de rappeler
que dans les termes absoudre les morts, au sens ecclé-
siastique, il ne faut pas entendre un jugement qui affec-
terait l'état d'une âme après la mort, mais une décision
de l'Église qui accorde ou n'accorde pas les honneurs
de la sépulture chrétienne, les prières et les suffrages
des fidèles. Dans la cérémonie de l'absoute des morts,
on verra que les formules ne sont que des prières ou
formules déprécatoires dans le sens de toutes les prières
liturgiques des morts, pour demander à Dieu de faire mi-
séricorde à l'âme du défunt et de la délier de ses péchés.
Ceci posé, il faut encore définir exactement cette céré-
monie liturgique, et ne pas la confondre avec d'autres
parties du service des morts, avec les funérailles pro-
prement dites, ou la procession, ou la sépulture, comme
on l'a fait quelquefois. L'absoute, dans la liturgie ro-
maine actuelle, est une cérémonie qui se compose de
prières pour le défunt, accompagnées d'aspersions et
d'encensement, et se célèhre soit le jour des funérailles,
en présence du cadavre, soit un autre jour, le corps du
défunt absent, et devant le catafalque qui est censé repré-
senter le cercueil. Dans le premier cas. la cérémonie a
lieu en général, mais non pas nécessairement, après l'of-
fice des morts et la messe. Avant de se mettre en marche
pour le lieu de la sépulture, le prêtre vient auprès du
cercueil, avec les ministres. On récite ou l'on chante les
prières suivantes : Non intres in judieium cum serve
tuo, Libéra me Domine de morte svtcrna, Kyrie, Pater
nosler, versets des morts et une oraison qui est en gé-
néral Deus cui proprium est misererisemper et parcere.
Pendant le Pater, qui est récité à voix liasse, le prêtre
fait autour du cercueil une aspersion d'eau bénite et un
encensement.
Les formules qui suivent : 7» paradisum deducant te
angeli, Ego sum resurrectio et vita, le Benedictus et
les oraisons ne font pas partie à proprement parler de
t. il, p. 389; Thomasi-Vezzosi. loc. cit. — *L Morin. Comment.
Iiistor. de pœnitentia, 1. VIII, c. XXVI, Anvers, 1082, d 100, et
notre article Absolution on absoute quadragési>>"^.e, dans le
Dict. de théol. cathul., t. I, col. 259. — 5 Voir Duw^e, Glussarittm
médias et infimx latimtatis, au mot : absolutio. — • T. I, < ol. 255.
201
ABSOUTE
202
l'absoute, mais de la sépulture et seront étudiées aux
articles Défunts (Office des) et Sépulture.
Dans le second cas, le corps absent, la cérémonie, qui
est probablement dérivée de la précédente, est à peu
près semblable, saul' pour les formules; le Non intres
est retranché et l'oraison est généralement Absolve, quae-
sumtis, Domine, animant fantuii lui, ut de f une tus
sœculo tibi vivat. Ou l'oraison : Absolve... ut in resur-
rectionis gloria inter sanctos et electos tuos ressusci-
talus respiret.
Quand le défunt est un évèque, un cardinal ou un
pape, un empereur, un roi ou un grand-duc, on fait
cinq absoutes au lieu d'une. Au lieu du répons Libéra
me, on chante, à la première absoute, le répons Subve-
nite sancti Dei, avec l'oraison : Deus eux omnia vivunt,
à la seconde, le Qui Lazarura avec l'oraison : F'ac,
qumsumus, Domine, hanc cuni servo tuo... misericor-
diani, à la troisième, le Domine quando veneris, avec
l'oraison : Jnelina, Domine, aurem tuam, à la qua-
trième, Ne recorderis peccala mea, et l'oraison : Ab-
solve... ut inter sanctos et electos, enfin à la cinquième,
Libéra me et l'oraison : Absolve... ut defunctus sœculo
tibi vivat. Le reste est semblable à l'absoute ordinaire.
La cérémonie de l'absoute se trouve, en premier lieu
et comme en sa vraie place, au rituel romain, au titre VI,
qui contient la liturgie funéraire, moins la messe. On
l'a reportée aussi dans les livres qui dépendent du
missel ou du bréviaire : graduels, vespéraux, paroissiens.
Les cinq absoutes sont dans le pontifical et le cérémonial
des évêques.
IV. Origine et antiquité. — L'absoute, telle que nous
l'avons rigoureusement définie, n'est pas une cérémonie
ancienne. Il ne faut pas tenir grand compte des deux textes
auxquels on nous renvoie pour en faire remonter l'ori-
gine au Ve siècle et même au delà. Nous donnerons ces
deux textes, car en dehors de la question présente, ils
sont d'un grand intérêt dans l'histoire de la liturgie fu-
néraire. Le premier est de l'auteur de la Hiérarchie ecclé-
siastique : Suvayayùjv 6 6îïo; cspàpyr,; tôv Upôv yopôv...
la description qui suit s'applique évidemment à la messe
pour les défunts. L'auteur ajoute : xai fiera T*lv '-'■''àv
a-Jiô; te 6 UpâpyjT]; àoTrâÇeTat tôv xexo!u.ï||jivov, xai [lex'
ocÙtov o£ itapôvTï; àitaviE;. 'A<nra<7a|XÊv<j>v 6è ttocvtiov, èiuyiet
T(ô xexoi|Aï]uiv<j> tô é'Xaiov à upâpyt)ç, xa\ tyiv ûirèp
TCàvTwv e'jyr.v tepàv ■koi'/)gci.\i.evo;, à7roTÎÔri<riv èv o"xa> Tt[J.îa>
tô <jû)|xa jj-eS* STSptov ôixoTayàiv iepoiv ati'j.dt-riDv1 .Cette prière,
ce salut du prêtre et de l'assemblée, cette onction avec
une autre prière faite par le hiérarque avant la sépulture,
ne représentent pas l'absoute, sinon dans ses origines
les plus éloignées, et le texte prouve seulement qu'après
la messe dite pour le défunt, il y avait une prière, encore
cette prière est-elle iîrèp rcdcvrcov, sur tout le peuple; ce
qui, du reste, ne laisse pas d'avoir son intérêt pour la
liturgie générale. Le second texte est de Victor de Vite :
Quse agmina (fidelium)... clamabant : ... Qui nos sol-
lemnibus orationibus sepulturi sunt m'orientes? a qui-
bus divini sacrificii ritus exhibendus est consuetus?
vobiscum et nos libebat pergere, si liceret, ut talimodo
/ilios a patribus nulla nécessitas separaret2. Là aussi,
il n'est question que de prières en général pour la sépul-
ture, en dehors de la messe. Un autre texte du même
auteur que l'on aurait pu citer au même titre, ne fait
allusion qu'aux chants avec lesquels on accompagnait le
mort à la sépulture : Quis vero sustineat alque possit
sine lacrymis recordari, dum prseciperet nostrorum
corpora defunctorum sine sollemnitate hymnorum cum
silentio ad sepulluram perduà3? Rien encore en tout
1 P. G., t. m, col. 556. — * Historia persecutionis africame
provinces, 1, H, n. 34, dans M. Petschenig, Corpus scriptor. ec-
clesiast. latinorum, Vienne, 1881, t. vu, p. 37. — 3Id., 1. I, n. 16,
ibid., p. 8. — * S. Gregorii, Dialng., 1. IV, c. LV, P. L., t. lxxvii,
col. 416, et Joh. Diaconi, S. Gregorii vita, 1. I, n. 16, P. t.,
t. lxxv, col. 69. — 'Muratori, Liturgia romana vêtus, in-fol.,
ceci, pas plus que dans les autres textes des Pères et des
auteurs ecclésiastiques sur la sépulture que l'on pourrait
citer, qui ait le caractère de notre absoute. Voir Défunts
et Sépulture.
Les textes de saint Grégoire Ier et celui de son biographe
ne parlent pas non plus d'une absoute au sens où nous
l'entendons, mais cette absolution des âmes, après la
mort, signifie évidemment, d'après le contexte, le secours
que les âmes dans le purgatoire obtiennent par la prière
des vivants4.
Les plus anciens documents liturgiques, le Missale
gol/iicum, le Missale francorum, le Gallicanum vêtus,
le Léonien, dans l'état où ils nous Sont parvenus, ne
contiennent rien sur les morts qui puisse, de près ou de
loin, se rapporter à l'absoute. Le Gallicanum a de longues
prières, des oraisons pour la messe, des lectures, des
préfaces, mais aucune de ces pièces liturgiques ne ré-
pond à celles qui sont employées aujourd'hui5. Le Géla-
sien contient des prières post obitum, des prières ante-
quam ad sepulchrum deferatur, des prières ad sepul-
chrum et post sepulturam, des oraisons pour les messes
des liions, d'autres pour le cimetière et d'autres pour
les anniversaires, mais rien encore de commun avec
notre absoute6. Les agenda mortuorum, dans les an-
ciens manuscrits grégoriens, contiennent à peu près les
mêmes éléments que le précédent, mais on y retrouve
deux des prières de l'absoute comme nous le dirons plus
loin7. Les anciens manuscrits ambrosiens, sans avoir
plus que les autres l'absoute proprement dite, contiennent
aussi, nous le verrons, telle ou telle formule semblable.
Le missel et le bréviaire mozarabes, déjà publiés, ont
de longs offices et des messes sur les morts, mais d'un
caractère qui s'éloigne assez sensiblement de notre litur-
gie funéraire. Quant au Liber ordinum, nous savons, par
dom Férotin qui en prépare l'édition, qu'il contient une
cérémonie non sans quelque analogie avec notre rite.
Nous avons même un témoignage positif, au moins
pour la liturgie romaine, au viie siècle, celui de Théo-
dore de Cantorbéry, qui décrit ainsi la cérémonie de la
sépulture, sans faire allusion à aucune absoute : Secun-
dum Romanam Ecclesiam mos est monachos vel reli-
giosos defunctos in ecclesiam portare et cum chrismate
ungere pectora (la même coutume est indiquée par
ps.-Denys l'aréopagite ; nous en reparlerons aux mots
Défunts et Onction) ibiquepro eis missam celebrare;
DE1NDE CUM CANTATIOXE PORl'ARE AD SEPULTURAS :
et cum positi fuerint in sepulchris, funditur pro eis
oratio, etc. 8.
Mais à mesure que nous descendons plus bas et que
nous laissons de côté les autres liturgies, vers le xe siècle,
nous trouvons des cérémonies dont notre absoute peut
se réclamer. Ainsi dans le missel de Ratbold, il est dit
qu'après la messe le prêtre se tient près du cercueil; on
récite ou l'on chante le Non intres, le Subvenite, le
Kyrie, l'oraison Deus cui omnia vivent, le répons Ante-
quam nascerer, le Kyrie encore, l'oraison Fac qusesu-
mus... servo tuo M. defuncto... misericordiam,\e Pater,
le Requiem seternam, l'oraison Inclina, Domine, et
l'on se dirige vers la sépulture au chant de YAperite
mihi portas justitiae9.
Nous trouvons ici les principaux éléments de l'absoute
et, dans l'ensemble, les mêmes formules.
Un autre fameux manuscrit du xe siècle, le missel dr
Leolric, in agenda mortuorum, contient cette cérémoni
qui, avec ses variantes, répond aussi à notre absoute.
Après la messe, devant le corp6 du déftint, le prêtre dit
les oraisons suivantes : OmnipotentisDeimisericordiam
Venise, 1748, t. n, p. 950. — • Muratori, loc. cit., t. il, p. 747
sq. — ' Muratori, loc. cit., t. H, p. 215 sq. ; Thomasi-Vezeosi,
Rome, 1747, t. v, In agenda mortuorum, p. 25», 248, 252;
Ménard, P. L., t. LXXVUI, col. 4«7, 722. — » Theodori pœni-
tentiale, c. v, P. L, t. xcix, col. 929-930. — • P. L., t. lxkviii,
col. 467.
203
ABSOUTE
204
aeprecemur , cujus iudicio aut nascimur aut fini-
mur, etc.1. Suit le répons Subvenite, sancti Dei. Re-
quiem œternam dona et. Offerentes. Kyrit, trois fois.
Oraison : Dcumjudicemuniversitatis, deum cœleslium
et terrestrium et infernorum, etc.2. Répons : Heu
mihi, Domine, quia peccavi nimis. Anima mea turbata
est. Kyrie, trois fois. Oraison : Deus, qui universorum
es creator et condilor3. Le corps est ensuite porté avec
le chanl de Y A péri te mihi et des autres prières au lieu
de la sépulture4.
Un manuscrit ancien publié par Thomasi contient une
absoute sous une forme un peu différente, avec l'abré-
viation ill au lieu de N, qui est caractéristique en litur-
gie, et qui, selon Ménard et Mabillon, serait antérieure
au xe siècle5.
Citons encore, à propos des funérailles du bienheureux
Etienne d'Obazine (+ 1159), ce texte qui vient donner
une confirmation et un éclaircissement aux documents
liturgiques : Sacerdotes cum stolis, clerici cum vesti-
bus albis, monachi decenter ornali cum crucibus et
thuribulis, obviant sancto corpori longius procedebant,
NEC adsolvendi, aut quodlibet officium peragendi ulla
erat facultas6.
Nous nous en tiendrons là, comme citations, car il
serait facile de multiplier les exemples, à partir de ce
moment, et ce rite après la messe, devant le cercueil,
se rapproche de plus en plus de notre absoute à mesure
que les manuscrits sont de date plus récente. On voit
donc à peu près quelles sont les origines authentiques.
Quant aux éléments qui entrent dans la composition
de l'absoute au rituel actuel, il en est tel ou tel de beaucoup
plus ancien. Nous laissons de côlé les répons et oraisons
des cinq absoutes, qui sont simplement empruntés à
l'office des morts et dont on parlera à cette occasion.
Pour l'absoute commune, l'oraison Non inires trouve
place dans les agenda mortuorum de manuscrits grégo-
riens très anciens7. Elle est aussi au rite mozarabe8.
Quoiqu'elle ne soit pas composée selon les règles ordi-
naires des oraisons communes, avec Yinvocalion, la pé-
tition et la conclusion, elle est cependant de style
antique, et suit les règles liturgiques du cursus, tribua-
tur remissio (cursus tardus), clvistianœ commendat
(cursus planus), sanctœ Trinitatii (cursus trispon-
daïque)9. Les paroles sed gratta tua Mi succurrente
mereatur evadere judtcium ullionis se retrouvent dans
l'oraison qui sert de trait à la messe actuelle des morts.
Enfin, l'allusion au baptême qui dunt viveret insignitus
est signaculo sanctx Trinitatis, est aussi un trait ancien.
Le répons Libéra me a conservé la structure des plus
anciens répons qui ont été si souvent écourtés et parfois
défigurés dans la liturgie moderne. Nous le donnerons
ici d'après le manuscrit d'Hartker (Saint-Gall, Xe siècle)
avec tous ses versets, dont les derniers sont supprimés
dans nos livres actuels : Libéra me Domine de morte
seterna in die Mo trcniendo quando cœli movendi sunt
et terra.
f. Tremens faclus sum ego et limeo dum discussio
venerit alque ventura ira. Q\uando], il. Dies Ma dies
rœ dies calamilalis et miserise dies magna et amara
raldc. Qïuando] f. Quid ergo miserrinvus quid dicam
aut quia faciam cum nil boni perferam ante talent
iudicem. Quando. f. Vu iuslus salvabitur et iniquus
'Celle-ci se trouve aussi au Gélasien, Muratori, loc. cit., p. 750.
— *Cf. Gélasien, Muratori, lue. cit., p. 749. — 3 Ibid., p. 750. —
*F. E. Warren, The Leofric missal, in-4*, Oxford, 1883, p. 200
sq. — "Thomasi-Vezzosi, Opéra omnia, t. IV, p. 332, 340. Ct. un
autre rite de l'absoute d'après un manuscrit de Vienne, du x* siè-
cle : Obsequium circa morientes, Antequam corpus elevetur)
P. L., t. CXXXVIII, col. 1159 sq. ; plusieurs autres dans Martène, De
antiquis Ecclesise ritibus, in-fol., Venise, 1788, t. u, p. 382 sq., et
dans Gerbert, Monumenta veteris liturgise aletnannictB, 1777,
1. 1, p. 314 sq. — "Balluze, Miscellauea, t. IV, p. 179; Gerbert, Vê-
tus liturgia alemannica, Saint-Blaize, 1776, part. II et III, p. 1011.
condemnabitur ante tribunal iudicis. Q. t- Plangent
se' super se onvnes tribus terrse quoniam videbunt in
quo transfi.xeiv.nt. Quando 10 (fig. 52).
On remarquera que l'incise Dunt venerisjudicare sas-
culum per ignem, manque ici, ainsi que dans l'autre ma-
nuscrit cité plus bas de saint Abundius, ce qui semblerait
indiquer qu'il est une addition postérieure. Les personnes
les moins versées dans ces études remarqueront aussi
l'harmonie du rythme, la régularité des cadences, et même
l'apparition discrète de la rime, qui font de ce répons
un petit poème d'inspiration très littéraire. Les versets
qui suivent sont tirés d'un manuscrit de saint Abundius
(diocèse de Côme) aujourd'hui au fonds sessorien (Rome,
Bïblioteca nationale); ils paraissent aussi une addition,
car ils ne suivent plus les règles rythmiques des versets
précédents :
f. Timor magnus et tremor erit dum iudicas domine
actus cuiusque nostrum. In die Ma. f. Tremebunt
angeli et archangeli impii autem ubi parebunt. Quando.
f. Plangent se super se omnes tribus terre vis (sic)
iuslus salvabitur et ego ubi apparebo. Quando. f. Scio
domine quia solus potens es peccata dimittere ideo
mei miserere. Quando. f. Nunc Criste adprecor mise-
rere peto quem venisti redimere perpetim veni sal-
vare. Quando. Requiemil.
Mais le texte lui-même n'est pas d'une inspiration très
antique. Il n'a pas le caractère de ces prières des pre-
miers chrétiens devant la mort, caractère de paix, de
confiante tranquillité, de ferme espérance, bien plus que
d'épouvante et de terreur que l'idée de la fin prochaine
du monde inspira au moyen âge. Il est évidemment de
la seconde époque liturgique.
La mélodie appliquée à ce morceau confirme nos in-
ductions et ne parait pas antérieure au IXe siècle. Elle
n'est pas de la première époque, car les versets ne repro-
duisent pas la psalmodie ordinaire des répons du pre-
mier ou du second mode. Ce chant est toutefois composé
avec beaucoup d'art, il se tient constamment dans les
cordes basses du premier mode, ce qui lui donne un
ton plaintif et suppliant bien d'accord avec les paroles.
Seule la réclame Durit veneris et les versets que nous
avons indiqués comme postérieurs, sortent du ton géné-
ral du morceau et s'élèvent aux cordes hautes, ce qui
confirme aussi le témoignage des manuscrits sur le ca-
ractère d'addition de ces parties.
La litanie ou Kyrie eleison et le Pater suivis de ver-
sets avant l'oraison, avec d'autres versets après l'orai-
son, sont une des formes les plus antiques de la prière
liturgique et remontent aux premiers siècles.
De ces versets, trois seulement sont propres à la liturgie
funéraire f. A porta inferi. rç. Erue, Domine, anintam
ejus. f. Requiescat inpace. ^. Amen. Et après l'oraison:
f. Requiem œternam dona et Domine et lux perpétua
luceat et. Ce sont de vraies acclamations liturgiques.
Voir Acclamations. Les deux derniers surtout, dont nous
aurons encore à nous occuper et qui se présentent sou-
vent dans l'office des morts, font partie de l'épigraphie
des premiers siècles; on les retrouve inscrits sur les
murs des catacombes. C'est bien le souhait des anciens
chrétiens, qui envisageaient la mort des fidèles comme
un sommeil dans lequel on attend la résurrection, et qui
appelaient le_lieu de la sépulture un dortoir. Sans cesse
— 'Muratori, loc. cit., t. Il, p. 215; Thomasi, t. v, p. 224,
248, 252; Ménard, dans P. L, t. i.xxvm, col. 467, 722;
Missel de Léofric, loc. cit., p. 199. — ■ P. L., t. lxxxvi, col.
987. — • Ce dernier plus rare dans les oraisons. Les auteurs de
la Paléographie musicale, t. iv, Le cursus et la psalmodie.
p. 33, n'en citent qu'un seul exemple dans les livres grégoriens,
la finale de l'oraison du Saint-Esprit : Deus qui corda ftdeliuni.
— "> Paléographie musicale, série monumentale, t. t. Anti-
pho>iale du B. Hartker, in-4*, Solesmes, 1900, p. [392-)198. —
" Paléographie musicale, 1889, t. i, p. 153 et pi. xxiv, cf. aussi
pi. xxv.
205
ABSOUTE
906
reviennent dans ces siècles lointains, sur les sarcophages,
sur les inscriptions, aussi bien que dans les plus an-
ciennes liturgies, les acclamations analogues : repose en
paix! dors en paix, ou simplement in pace; donnez-leur,
Seigneur, le repos éternel; que la lumière éternelle
brille pour eux, etc.
Le premier verset, A porta inferi, implique déjà d'au-
tres préoccupations, d'âge un peu postérieur, quoique
encore fort ancien, la crainte de la mort et de l'enfer,
ot la prière faite à Dieu d'arracher cette âme à la dam-
nation. Les autres versets employés sont communs à
toutes les parties de la liturgie. Voir Acclamations
Oraison.
L'absoute se termine par l'une ou l'autre de3 trois
oraisons que nous avons citées. Elles sont toutes trois de
très ancienne marque et contiennent les cadences con-
formes aux bonnes règles liturgiques du Cursus. La pre-
mière Deus cui proprium est misereri semper et parcere
est aussi dans les manuscrits grégoriens d'une haute
antiquité '. Encore qu'on ne la trouve pas dans les do-
cuments liturgiques d'une époque antérieure, elle con-
tient des traits qui permettent de la faire remonter au
delà du ix» siècle, tels sont les suivants, par exemple :
animant... quani twdie de hoc sœculo migrare jussisti,
ne obliviscaris in finem; sed jubeas eam a sanCtis an-
gelis suscipi et ad patriam paradisi perduci; ces der-
nières paroles surtout pourraient remonter beaucoup
plus haut, et font allusion à une croyance qui, dès le
IVe siècle, se traduit sur les sarcophages chrétiens 2.
Les deux autres, Absolve... animam fantuli tui ab
onini vinculo delictorum ut in resurreciionis glo-
ria, etc., et Absolve... animant fanudi tui ut defimctus
sseculo tibi vivat, sont de vraies formules d'absolution,
sous forme déprécatoire,et ont fait sans doute donner
son nom au rite que nous étudions. Elles sont toutes
deux composées avec beaucoup d'art et peuvent passer
pour des modèles de style liturgique, en même temps
qu'elles sont d'une inspiration antique. La première se
retrouve dans les plus anciens manuscrits grégoriens
que nous avons déjà cités avec cette variante : ut... inter
sanclos tuos ressuscilarimereantur, et employée comme
antienne à la communion3; dans le manuscrit de Har-
tker, elle est l'antienne de magnificat aux vêpres des
morts *; mais il est évident qu'elle n'a rien de la facture
d'une antienne, et qu'elle fut primitivement une oraison.
Du reste, ces changements de destination dans la litur-
gie sont fréquents et la messe des morts actuelle, pour
nous en tenir à la liturgie funéraire nous donne comme
trait et comme offertoire deux oraisons (Absolve... ani-
mas omnium fidelium, et Domine Jesu Chrisle, rex
qloriœ.) Un des plus anciens manuscrits ambrosiens in
missa defuncti contient aussi l'Absolve6. Elle ne se
trouve pas cependant dans les documents liturgiques
anciens de la liturgie dont "Wilson a fait le catalogue 6.
La seconde oraison moins caractéristique, est à peu
près de même époque et se retrouve dans les mêmes
livres liturgiques.
Quant à l'encensement et à l'aspersion d'eau bénite,
ce sont deux rites très antiques. Des la fin du ip siècle,
Tertullien nous parle de l'emploi de l'encens aux funé-
railles des fidèles 7, sans nous dire, bien entendu, que
l'on encense le défunt lui-même, ce qui est une pra-
tique certainement très postérieure.
Dès le rva siècle aussi nous avons des témoignages po-
sitifs sur la bénédiction de l'eau et sur ses effets spiri-
tuels ».
* Muratori, toc. cit., Grégorien, t. H, p. 200, dans la Missa pro
peccatis, et p. 248 dans les Orationes pro peccatis. — * Voyez au
mot Acclamations la fig. 57 représentant l'âme reçue dans le
Paradis, col. 255. — 'Thomasi-Vezzosî, toc. cit., t. V, p. 226; Mu-
ratori, toc. cit., p. 215, 270. — « Hartker, loc. cit., p. 394-200. —
» Auctarium so!esmense, Solesmes, 1900, p. 158, n. 1413, in
On voit donc que, si l'absoute ne remonte pas comme
cérémonie au delà du Xe siècle, elle atteint, par quelques-
uns de ses éléments et de ses formules, à une époque
antérieure, le vne ou le vr» siècle, et même le rve.
Nous ne donnerons pas de bibliographie pour cet ar-
ticle. Le sujet n'a pas été traité à part; il faudrait citer
les différents auteurs qui ont parlé du culte des morts
chez les chrétiens, ce qui impliquerait une bibliographie
peu proportionnée au présent article et qui du reste
sera donnée à l'article Défunts. Encore ces auteurs
n'ont-ils que très peu de chose sur l'absoute, générale-
ment confondue avec les funérailles, par exemple Mo-
roni, Dizionario di erudizione, aux mots Defunti et
Assoluzione de defunti, Pascal, Origines et raison de
la liturgie catholique (Migne, dans la collection de ses
encyclopédies). Les dictionnaires ou encyclopédies ne
traitent généralement la question que d'une façon som-
maire et peu scientifique. Catalani, dans son commen-
taire du rituel, quoique incomplet, donne quelques ren-
seignements utiles : Ritualeromanunt... perpetuis cont-
mentariis exornatum, in-fol., Rome, 175'/, t. i, p. 410.
Cf. aussi Onuphrius Panvinius, De ritu sepeliendi mor-
tuos, etc., Rome, 1581, dans Volbeding, Thésaurus com-
mentationum selectarum, Leipzig, 1849, t. n (pars
posterior), p. 330 sq. F. Cabrol.
V. Absoute bans l'Église grecque. — L'Église grecque
possède depuis une époque qu'il m'est impossible de
déterminer, mais qui doit être relativement récente, une
cérémonie analogue à celle de l'absoute latine. Cette
cérémonie porte le nom de TpctTÔyiov vexpâxnp-ov. D'après
la dernière édition du Tutuxôv de Constantinople, 1888,
p. 333, 350, 354, 406, elle a lieu à la fin de la messe, le
samedi de ràirdxpeu, les quatre premiers samedis du
grand carême et le samedi de la Pentecôte, à vêpres le
dimanche de l'orthodoxie. Elle a lieu aussi à la fin
des messes que les fidèles font célébrer pour leurs
défunts, et même en dehors de la messe; elle est ordi-
nairement accompagnée de la bénédiction des collybes.
L'office commence par les formules ordinaires, qu'on
supprime s'il a lieu à la fin de la messe; dans ce cas, il
se place immédiatement après la prière Ô7tio0àLi6wvoç.
Les chantres disent ensuite quatre tropaires, où l'Église
demande à Dieu, dans le dernier par l'intercession de
Marie, de donner le repos à l'âme du défunt. Le diacre,
dans une courte litanie, invite l'assistance à prier à la
même intention : cette litanie a une partie spéciale ré-
servée aux deux principaux •bvxoaixêêa.Ta de l'airôxpeu)
et de la Pentecôte. Enfin le prêtre dit à voix basse une
oraison dont la conclusion seule est chantée : il de-
mande au Seigneur de placer l'âme du mort dans le
lieu brillant et verdoyant, dans le lieu de rafraîchisse-
ment, d'où est bannie toute douleur, et de lui pardonner
ses fautes, volontaires ou involontaires. Tout cela, on le
voit, est emprunté à l'office des funérailles et sera étudié
en même temps que lui.
On trouve le texte de l'office que je viens de décrire
dans plusieurs manuels modernes à l'usage du clergé, par
exemple dans 'H 6eia XeiTovipyi'a... xat itoXXà aXXa y_pï)<r.u.a
sic tovi; iepeï; xai Staxdvou;, Athènes, 1896, p. 112; Tepa-
ttxôv, Constantinople, 1895, p. 158, etc.
Goar a publié, Euchologium, Paris, 1647, p. 682 sq.,
plusieurs formules anciennes d'absolution sur les dé-
funts. Trois sont conservées dans les éditions récentes :
EùxoXdyiov tô jjiya, Venise, 1851, p. 225-227; Rome,
1873, p. 385-388. Les deux dernières seulement, celles
que Goar, ibid., p. 686, dit n'avoir rencontrées dans au-
missa defuncti. — • H. A. Wilson, A classifled index to the
léonine, gelasian and gregorian sacramentarie» according tn>
the text of Muratorïs liturgia romana vêtus, in-8*. Cambridge,
1892. — ' Dom Cabrol, Le livre de la prière antique, p. 354. —
•Pontifical de Sérapion, cf. G. Wolbermin, Altchrist. I turgischt
Stucke, dans Texte u. Untersuchungen, Leipzig, 1899, fasc
207
ABSOUTE
ABSTINENCE
208
cun manuscrit ancien, paraissent être encore en usage.
Le livre cité plus haut, 'H 8eïo Xetxoupyt'a, p. 114, les
insère aussi. Elles sont prononcées par l'évèque, ou à son
défaut, par un confesseur, par un père spirituel, comme
disent les grecs, sur le défunt qui n'a pas été relevé
avant sa mort de quelque excommunication. En pratique,
elles sont dites à tous les enterrements après l'évangile.
S. Pétridès.
ABSTINENCE. — I. Nature et espèces. II. Motif.
III. L'abstinence dans l'antiquité chrétienne. IV. Con-
troverses et opinions touchant l'abstinence dans l'anti-
quité chrétienne. V. Les principales époques de l'absti-
nence.
1. Nature et espèces. — D'une manière générale on
appelle abstinence toute pratique de pénitence extérieure
qui consiste à se priver de certains aliments. Cette absti-
nence peut avoir plusieurs degrés, ou, plus exactement,
vu la nature des aliments dont on se prive, on peut dis-
tinguer plusieurs espèces d'abstinence. Qu'il nous suf-
fise de mentionner les plus importantes et les plus
connues : 1° Abstinence d'aliments humides. On ne
prend que des aliments secs ou qui ont la propriété de
se dessécher. D'après saint Epiphane cette abstinence
n'admettrait que l'usage du pain, du sel et de l'eau :
«t>r|u,i 8È apx(ù xai àXi xat ûôaxt xÔxe y_pu>p.evot 7tpôç ÉT7TÉ-
pav '. Les Constitutions apostoliques2 autorisent aussi
l'usage des légumes et des fruits. Les aliments prohibés
par cette abstinence sont donc : la viande, le poisson,
les œufs, le lait, le beurre, le fromage, le vin, l'huile.
C'est ce qu'on appelle la xérophagie. Voir Xérophagie. —
2° Abstinence de la viande et du vin. Cette abstinence
est attestée par saint Cyrille de Jérusalem : « Nous jeû-
nons, dit-il, en nous abstenant de vin et de viandes :
Nr)0"C£jouisv yàp oïvou xe xa'txpEtôv a.t:ty6\).vioi, x. t. X.3. »
— 3° Abstinence du sang et des viandes suffoquées.
Cette pratique passa du judaïsme dans le christianisme
naissant4. Remarquons aussi que, dans chacune de ces
abstinences, on peut déployer plus ou moins de rigueur.
IL Motif de l'abstinence. — Dans les intentions de
l'Église cette pratique n'a pour but que la mortification
corporelle ou la pénitence. Il est donc défendu de s'y
adonner soit par aversion pour certaines espèces d'ali-
ments, soit pour des motifs superstitieux. Les Canons
apostoliques reviennent deux fois sur ce sujet. Le ca-
non 50 est ainsi conçu : « Si quelque évêque ou prêtre
ou diacre, ou un clerc quelconque s'abstient du mariage
et des viandes et du vin, non pour un motif d'ascèse
mais par aversion, oubliant que toutes les choses sont
bonnes, et que Dieu a créé 1 homme mâle et femelle
mais accusant la création par ses blasphèmes, ou qu'il se
corrige, ou qu'il soit déposé et chassé de l'Église ; de même
le laïque : Ef xi; è7ii<rxoiro; ï) 7rp£o-6ùxEpo<; ^ oXa>; xoO xa-
xaXôyoû xoû Upaxtxoû, yâ]xoov xa\ xpEtôv xat ot'vou où Si'a-
<txy]tiv àXXà 8ià pSEXupt'av ànÉyExat, èiuXa6ô|XEvo; Sri
iràvxa xaXà Xt'av, xai ôxi apasv xat 8ï)Xu Ë7toc'ï]<jEv 6 0eô;
xov avBpaiixov, aXXà pXao-çrnjiâiv 8ta6àXX£t xr|V Sïijjuo'jpyi'av,
r) £top8oùo"8u> ï| xa9aipEi'o"8a> xak xfiÇ 'ExxXr)<r:ai; airoêaX-
Xé<tOo>- uxTauTtoç xat Xai'xôç 5. » Le canon 52 statue :
« Si quelque évêque ou prêtre ou diacre ne prend pas
de la viande et du vin les jours de fête, non pour un
motif d'ascèse mais par aversion, qu'il soit déposé,
1 Hseres., 1. III, Expositio fidei, c. xxn, P. G., t. xui, col. 828.
— «L. V, c. xvin, P. G., t. i, col. 889. — » Catech., iv, c. xxvii,
P. G., t. xxxui, col. 489. — «Cf. V. Ermoni, Abstinence du
sang et des viandes suffoquées, dans le Dictionnaire de théo-
logie catholique, t. I, col. 275, 276. — * Labbe, Concilia, in-
fol., Paris, 1661, t. I, col. 38. — • Labbe, ibid., t. I, col. 38. —
' Labbe, ibid., t. I, col. 1461. Autre forme de ce canon : De
hin qui in clero sunt presbyteri vel diaconi, et abstinent a
carnibus, hoc placuit statui, ut non eas tanquam imnrundas
contemnant sed contingant. A quibus quidem si se abslinere
volwit habeant potestatem ; ita tamen, ut si quando cvm ole-
ribus coquuntuc, eadem tanquam carnibus polluta non iudi-
cent, sed ex his ad cibum assumant, quamvis a carnibus se
parce qu'il a la conscience endurcie, et qu'il est une
cause de scandale pour plusieurs : Et' xt; éxta-x-oiio; î|
TtpEo-oùxepoi; Y| Stâxovoç Èv xaïç ^pipai; x-àiv Éopxcôv où
u.exaXau,6âvEi xpEcSv xa't oi'voy, [38eXuo-<7Ôu.£vO!; xai o-j 5i'
ao"xï)o-iv, xa9atpEfo8k> toç xExauxï]pia<Tu,Évoç xyjv tSt'av o"uveî-
êrjo-iv, xat atxtoç o-xavSàXo-j iroXXotç ytvôu.£vo<; 6. » Le con-
cile d'Ancyre (314) porta aussi un canon sur ce sujet,
mais qui est diversement rédigé par les auteurs; c'est le
canon 14, qui ordonne en général aux prêtres et aux
diacres de toucher [goûter] les viandes, et de s'en
abstenir s'ils le veulent; mais s'ils se refusent à manger
les légumes cuits avec la viande, et n'obéissent pas au
canon, qu'ils cessent de faire partie de l'ordre des clercs:
Tou; èv xXr,pu> 7rpE<rë'jTÉpou; îr, SlSMÔvou; o'vxa; xa'i cvkv/o-
uivov; xpeùv É'So^sv Ecpi-irTEcOat, xat O'jtu;, eî poùXotvxo,
XpaTEÎV Éa'JTàiv Et Ci pû'jXoiVTO (fi5EX'J<70"0!7T0), co? u.r,ok ta
u.£xà y.pEtôv paXXôu.Eva Xà/ava iabUw, xa't Et fjLrj âirs&toiev
tcô xavôvt, 7rETtaOTrJat a-jxouç xïjç xa^stôç 7. Il est visible
que par ce canon le concile d'Ancyre réprouve certaines
fausses idées : « Le 52e canon apostolique avait déjà
promulgué la même loi pour condamner ce faux ascé-
tisme gnostique ou manichéen, qui déclarait la matière,
surtout la viande et le vin, satanique. Zonare a reconnu
et indiqué que notre canon traitait des agapes. Il dé-
montre' en outre que È?d<7rxE<76at signifie toucher aux
mets, dans le même sens que à7ioy£ÙEo-9at, goûter. Ma-
thieu Blastarès parle comme Zonare. Enfin, Routh a eu le
mérite d'ajouter à l'explication de ce canon, en ce que,
s'appuyant sur trois manuscrits, la Collection de Jean
d'Antioche et les versions latines, il a lu Et gè PôeXùo--
o-otvxo. au lieu de il Se fîoùXotvxo, qui n'a pas de sens
ici... Ajoutons que xpaxefv lauxiôv doit être pris dans le
sens de èyxpaxEtv, c'est-à-dire s'abstenir 8. »
III. L'abstinence dans l'antiquité chrétienne. —
/. les chrétiens en GÉNÉRAL. — 1° En Orient. — L'ori-
gine de l'abstinence remonte à Jésus-Christ lui-même.
Le Sauveur se soumit à un jeûne et par conséquent à
une abstinence de quarante jours et de quarante nuits;
Matth., iv, 2; Luc, iv, 2. Saint Jérôme affirme que
l'abstinence date de la venue du Christ sur la terre :
Postquam autem Christus venit in fine temporum et
10 revolvit ad a, et extreniitatem rctraxit ad princi-
pium : nec repudium nobis dare perrnittitur, nec cir-
cumcïdimur, nec comedimus carnes, dicente Apostolo :
« Bonum est vinum non bibere et carnes non come-
dere9. » Et vinum enim cum carnibus post diluvium
dedicatum est 10. Clément d'Alexandrie pense que Jésus-
Chriet a eu en vue l'abstinence et la frugalité lorsqu'il
nourrit ses disciples avec du pain et des poissons. Le
poisson pris par saint Pierre sur l'ordre du Maître a la
même signification11. D'après les renseignements plus ou
moins autorisés qui nous restent, les Apôtres et les dis-
ciples du Sauveur suivirent l'exemple du Maître et pra-
tiquèrent l'abstinence. Les Récognitions pseudo-clémen-
tines, dont le témoignage, il faut le dire, est tendan-
cieux, nous apprennent que saint Pierre ne se nourrissait
que de pain, d'olives et rarement d'herbes : panis milti
solus cum olivis et raro etiam cum oleribus in usu
est12. Selon saint Grégoire de Nazianze il ne vivait que
de lupins : Ka\ Si8âo-xEt (jle... Iléxpo; àutraptou 8Ép(iot;
xpEç<5(i£vo;13. Pour Clément d'Alexandrie il s'abstenait
abstineant. Quod si in tantitm immundas et alnmiinabilesjudi-
caverint, ut nec olera, qux cum carnibus coquuntur, xstimcnl
comedenda, tanquam non consentientes huic regulse, cessare
eos oportet et a ministerio et ordine suo. Si quis autem huic
reguUe monitus non obedierit, sed carnes, ut dictum est,
immundas et abominandas existinuirerit, cessare debebit
ab ordine suo. Labbe, ibid., t. 1, col. 1473. — " Hcfilo, Histoire
des conciles, traduction française par Goschler et Delarc, in-8»,
Paris, 1869, t. I, p. 207, 208. — «Rom., Xiv, 21. — "Adversus
Jovin., 1. V, n. 18, P. L., t. xxin, col. 237. — " Psedag., 1. n,
c. i, P. G., t. vin, col. 400. — •» L. VII, n. 6, P. G., t. I,
col. 1357, 1358. — <» Orat-, xiv, De amore paupert., n. 4, P. G.,
t. xxxv, col. 861
) omin&. fi'vrinAiim. \crtnn .m ewi\iïolime' tudt CArr- Mthtlr&unitwi iticon
' *'?./u*r*Mî's ' \,s.*rTyr ai n / r.{ »
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D'APRÈS LE MANUSCRIT D'HARTKER
209
ABSTINENCE
210
uniquement, semble-t-il, de la viande de porc : û&v 8à
àrcei'xsTo xa\ LIsTpo; l. Saint Matthieu se nourrissait de
semences, de fruits à écaille et de légumes, et s'abste-
nait de viande : MgctOocîoc p.Èv oûv ô àuôaroXoç o-7iEpu.â-
tmv, xaî àxpoSp'Jtov, xai Xaxâvwv avEU xpEcôv, u,steX(x[jl-
êavEv 2. Saint Jacques le Juste, lrère du Seigneur, ne
but jamais de vin et ne mangea jamais de la viande
d'animaux : OIvov xai aixepa oOx £7tiEv, oOSè ejuJ/u/ov
É'çaye — "Oç 1[l<\iu-/_o\j où p.etéo-xev 3- Au témoignage d'Eu-
sèbe, les disciples de Jésus-Christ s'abstenaient des viandes
et du vin; c'étaient, dit-il, des hommes de basse condi-
tion, sans instruction, mais remplis de l'amour de la
pieuse et philosophique doctrine, menant une vie pé-
nible, par des jeûnes et l'abstinence du vin et des
viandes, etc. : 8ià vï|o-teig5v, oïvou te xat xpeà>v âitoxî)C>
x. t. X.*.
Cet amour de l'abstinence pénétra prolondément les
premières générations chrétiennes; on y était tellement
attaché qu'on la pratiquait parfois même en lace du
martyre. C'est ainsi qu'Alcibiade menait une vie très
austère, ne se nourrissant que de pain et d'eau. Jeté en
prison, il était résolu à mener le même genre de vie,
mais il finit par céder aux exhortations d'Attalus, et
prit dès lors toute espèce d'aliments : 'AXxiêtdtSov...
neip<j)|j-évo\j Te xoù âv tïj EipxTÎ) outoj Stâystv, x. T. X. 5. La
pratique de l'abstinence se perpétua dans l'Eglise. Ter-
tullien nous apprend qu'au IIe siècle, il y avait en
Afrique des personnes qui s'abstenaient de vin et de
viande : Quidam ipsam Dei creaturam sibi interdicunt,
abstinentes vino et animalibus) esculentis, quorum
fructus nulli periculo aut sollicitudini adjacent; sed
humilitatem animes suae in victus quoque castigatione
Deo immolant 6. Clément d'Alexandrie, s'appuyant sur
Rom., xiv, 21, et sur l'autorité des Pythagoriciens, dé-
clare que manger de la viande et boire du vin est plu-
tôt le propre de la bête : ©/jptov yàp u.5XXov toûto yé T;
il exhorte les fidèles à s'abstenir d'aliments somptueux
et délicats, et à se nourrir d'oignons, d'olives, de légu-
mes, de lait et de fromage, de fruits, et de tout ce qu'on
peut faire cuire sans sauce; il permet pourtant, quand
c'est nécessaire, de manger de la viande rôtie : BoX6o\
èXaïai, Xa^àvaiv é'via, yâXa, Tupbç, Ta te côpaîa, E<pï|u.aTâ
te iravToSa7iâ, Çu>|A<ov aveu- xàv ôtctoO 9£ifi xpéw;, r\ éç8o0,
txETaSoTÉov ». Au IIIe siècle, Origène, s'appuyant sur une
maxime de Sextus le pythagoricien, enseigne qu'il est
indifférent de manger de la viande, mais qu'il est plus
raisonnable de s'en abstenir : 'E(j.^uxa>v XP^'S V-^
àStâçopov, inox^i 6È XoyixoiTepov 9. Au IV siècle, au té-
moignage de saint Épiphane, l'abstinence revêtait des
formes multiples; il existait à ce sujet une assez grande
diversité parmi les chrétiens; les uns s'abstenaient de
toute viande, aussi bien de la chair des quadrupèdes,
que des oiseaux et des poissons, ainsi que des oeufs et
du fromage; d'autres ne s'interdisaient que la viande
des quadrupèdes, et se nourrissaient d'oiseaux et d'au-
tres viandes; d'autres s'abstenaient même de la viande
d'oiseaux, et ne se nourrissaient que d'oeufs et de pois-
sons; d'autres allaient jusqu'à s'interdire l'usage des
œufs; d'autres s'interdisaient celui des poissons, mais
non celui du fromage; d'autres s'interdisaient même le
fromage et l'usage du pain; enfin quelques-uns allaient
jusqu'à s'interdire l'usage des fruits et de tout ce qui est
cuit : $»)jjl\ ôà toO à7ié;(E<r9a' xpeùv 7râvT<j>v, TETpcnrdfioûv te
xat ôpvécov xoù ixSûwv, ùoO te xa\ Tupoû o\ 8è TETpa-
n<Sô(i>v (idvtov, Xajiëâvouiit 8è opvé'tov xal Ta llÊT£1tEtTa•
* Psdag., 1. n, c. r, P. G., t. vm, col. 404. — * Ibid. —
» Eusèbe, d'après Hégésippe, H. E., 1. II, c. xxm, P. G., t. xx,
col. 197; S. Épiphane, Hstres., lxxviii, h. 13, P. G., t. xlii,
col. 720. — 'Demonst. evang., 1. ni, n. 5, P. G., t. xxh,
col. 212. — «Eusèbe, H. E., 1. V, c. in, P. G., t. xx, col. 436,
437. — « De cultu fxmin., 1. H, c. ix, P. L., t I, col. 1827.
— ' Psedag., 1. n, c. i, P. G., t. vm, col. 396. — » Ibid., col.
401. — » Cont. Gels., 1. VIII, n. 30, P. G., t. xi, col. 1560. —
ÊTEpoi Se xa\ ôpvEwv à7rEXOVTat, Xau,6âvoviri 3è ci><3v xai
i/ôûwv ÊTEpot 8è oùôÈ ùâ)v Xau.6â\>ovo-cv aXXot 8è r/flôu»
aité/;ovTat, TupoO 8e Xau,ëâvovov ETEpot ôè ou8è TupoO Xap>
ëâvo-jov "H8r) 8è xa\ aXXoi àpTOU a7rsxovTat, SîTEpoi 8è xx)
àxpoôpùwv xa't èit>ï](xâTa)v ,0. Des divergences analogues
existaient, vers la fin du ive siècle, dans l'Église de Jé-
rusalem : les uns n'avaient aucun scrupule de manger
de la viande immolée aux idoles; d'autres, par ascé-
tisme, s'en abstenaient et condamnaient ceux qui en
mangeaient : O't u,èv yàp toïç eISwXoÔ'jtoi; à6tacpôpu>;
TtpouépxovTar ot Se àffxoOo-i u.èv, xaTaxptvouCTt 6è tou;
Eo-9t'ovTa; ". En ce même siècle, Théodoret atteste que
l'Église, en ce qui concerne l'abstinence du vin et des
viandes, laisse la liberté à ses enfants, contrairement aux
hérétiques qui les regardent comme une chose abomi-
nable : Ol (ièv coç pSeX'jxxiôv tovtiov vo;x.o8eTo-JO"tv àité/e-
a9at- r) 8è 'ExxXïjaîa oOôàv <xeç,\ to-jtwv vevojaoÔÉtexev o-J6è
yàp àmayopeûsi tyjv toutwv [îETaX^17 i2-
2° En Occident. — L'abstinence fut aussi en honneur
en Occident. Les attestations ne nous manquent pas.
Saint Jérôme la recommande comme un moyen de per-
fection : Quamobrem et ego tibi dicam : Si vis perfe-
ctus esse, bonum est vinum non bibere, et carnem non
mànducare. Si vis perfectus esse, melius est saginare
aniniam quam corpus 13. Saint Léon exhortait aussi
vivement les fidèles à l'abstinence : Vos aulem, dile-
ctissimi, catholiese matris sancta generatio, quos in
scltola veritatis Dei Spiritus erudivit, libertateni ve-
stram congrua ratione moderamini, scientes quoniam
bonum est etiam a licitis abslinere, et cum castigatius
vivendum est, ita discernere cïbosut usus eorum semo-
veatur, non nalura damnetur >+, Enfin Prudence, au
IVe siècle, regardait la viande comme un aliment plus
convenable aux barbares qu'aux chrétiens "
Absit enim procul Ma famés,
Csedibus ut pecudum libeat
Sanguineas lacerare dapes.
Sint fera gentibus indomitis,
Prandia de nece quadrupedum :
Nos oleris coma, nos siliqua
Fêta legumine multimodo
Paverit innocuis epulis ".
Ces trois témoignages suffiront à nous faire sentir 1&
prix qu'on attachait à l'abstinence en Occident.
//. LES PERSONNES QUI AVAIENT EMBRASSÉ UN ÉTAT
DE vie particulier. — Certaines catégories de per-
sonnes, qui menaient une vie plus parfaite que les simples
fidèles, comme les clercs, les vierges, les pénitents, les
ascètes, les moines, se livraient à une abstinence plus
rigoureuse, et qui a duré plus longtemps. Voir ces dif-
férents mots. Nous ne pouvons pas traiter ici cet aspect
de la question16.
IV. Controverses et opinions touchant l'abstinence
DANS L'ANTIQUITÉ CHRÉTIENNE. — /. RIGORISME. — Les
premières discussions s'élevèrent aux temps apostoliques.
Les Apôtres se trouvaient à Jérusalem au moment où
certains pharisiens enseignaient qu'il fallait observer les
rites mosaïques. Saint Jacques prit la parole après
saint Pierre et déclara que, pour les gentils qui se
convertissaient au christianisme, il fallait se contenter
« de leur écrire de s'abstenir des souillures des viandes
immolées, de la fornication, des viandes suffoquées et du
sang »*7. Des discussions s'élevèrent aussi dans l'Église
d'Antioche au sujet de l'observance de la circoncision
mosaïque. La cause fut soumise au jugement des Apôtres;
" Hseres., 1. III, Expositio fldei, c. xxm, P. G., t. xlii,
col. 829. — « S. Cyrille de Jérusalem, Catech., Vf, c. xxvn,
P. G., t. xxxm, col. 489. — " Hseret. fàbul., 1. V, c. xxix, P. G.,
t. lxxxih, col. 553. — i3Adv. Jovin., 1. II, n. vi, P. L., t. xxm,
col. 294. — "Serm. xlii, c. v, P. L., t. liv, col. 279. — '« Hym-
nus ante cibum, 58-65, P. L., t. lix, col. 800, 801. — <• a. G.
Berthelet, Traité historique et moral de l'abstinence de la
viande, tn-4\ Rouen, 1731, p. 45-51, 75-248. — « Act., xv, 20.
211
ABSTINENCE
212
ceux-ci envoyèrent à Antioche, Paul, Barnabe et Silas,
porteurs d'une lettre pour faire part aux chrétiens de
leur décision. Ils ne veulent, avec l'assentiment du Saint-
Esprit, que leur imposer les obligations nécessaires : c'est
« qu'ils s'abstiennent des viandes immolées aux idoles,
du sang, des viandes suffoquées et de la fornication * ».
Saint Paul arrive à Jérusalem et loge dans la maison de
Jacques. Les fidèles, qui viennent le voir et s'entretenir
avec lui, « lui déclarent que pour les gentils qui ont em-
brassé la foi, ils leur ont écrit pour leur enjoindre de
s'abstenir des viandes immolées aux idoles, du sang, des
viandes suffoquées et de la fornication 2. » C'était là
l'erreur judaïsante. Fidèles à ces prescriptions aposto-
liques, les premiers chrétiens s'abstinrent rigoureuse-
ment du sang et de la viande suffoquée : Erubescat error
vester Christianis, qui ne animalium quidem sangui.
nem in epulis esculentis habemus, qui propterea sufjo-
catis quoque et morticinis abstinemus, ne quo sanguine
contaminemur vel intra viscera sepulto 3. Différents con-
ciles sanctionnèrent cette défense. Le 63e (alia 62«)
canon apostolique statue : « Si quelque évèque, ou
prêtre, ou diacre, ou un autre membre de l'ordre des
clercs, mange de la viande dans le sang de son âme, ou
de la viande d'un animal pris par une bête ou mortifié,
qu'il soit déposé, parce que cela est défendu par la loi.
Si c'est un laïque, qu'il soit séparé [de la société des
fidèles]: Et ti; ènî<rxo7co; 9| Ttpeo-ë'j-uepo; vj ôVâxovoç rj ôXco;
toû xaTocXoyou toû îepomxoO <payr\ xpéa ev at(iaTi «l'VjrTJç
aùtoO r\ 0r)pià).(i)TOv ï] 6v7)<n|iaïov, xa8aipeio-9io- toCto yàp
ô vd(j.oç à7t£Ï7t£v. E! Se Xaïxb; eiV], àtpopiÇéa-Oai 4. » Le con-
cile de Gangres (entre 313 et 381), canon 2, statue : « Si
quelqu'un condamne celui qui mange de la viande
(mais qui s'abstient du sang, des viandes immolées aux
idoles et des viandes suffoquées), et qui est chrétien et
pieux, et s'il croit qu'il n'y a plus pour lui d'espoir de
salut, qu'il soit anathéme : Ei' tiç èo-ôiovTa xpéa (xwp'î
afjixro; xa\ etSd)Xo60rou xat ttvixtoO) [i6t' euXeêet'a;, xa't
idtrztwi, xataxoivot, cl)ç av 8ià xb (i6TaXa(iëdtveiv èXmôa |i/}
Ê'yovTa, àva<0Eu.a ?<jtu> 5. » Le deuxième synode d'Orléans
(533), canon 20 : « Les catholiques qui reviennent aux
idoles, ou qui mangent des mets offerts aux idoles,
doivent être exclus de tout rapport avec l'Église; il en
sera de même de ceux qui mangent des animaux étouffés*
ou tués par d'autres bêtes : Catholici qui ad idolorum
cultum, non custodita ad integrum accepti gratia,
rêver ttmtur, vel qui cibis idolorum cultibus immolalis
guslu illicitm prsesumptionis utuntur, ab Ecclesise cœli-
bus arceanlur. Simililer et hi qui bestiaritm morsibus
exlincla, vel quolibet morbo aut casu suffocata ves-
cunlur 6. » Enfin le concile Quinisexte (692), canon 67 :
« La Sainte Écriture avait déjà défendu" de manger le
sang des animaux; par conséquent le clerc qui se nour-
rira du sang des animaux sera déposé, et si c'est un
laïque, il sera excommunié 7. » Le pape Grégoire III se
contente de les condamner à une pénitence de quarante
jours 8. Cette pratique finit peu à peu par tomber en
désuétude, quoique nous ne puissions pas en fixer la
date. Elle existait encore au temps de saint Augustin.
Cependant même à cette époque on se moquait de ceux
qui n'osaient pas manger des oiseaux pris au filet ou
morts dans leur sang, ni des lièvres 9.
Une autre erreur surgit aux temps apostoliques : des
chrétiens, et notamment à Corinthe, s'abstenaient de
* Art., XV, 28, 29. Cf. aussi 1 Cor., x, 19-21. — « Act., XXI, 25.
Cf. aumi Constit. apoetol., 1. VI, c. XII, P. G., t. I, coL 940-944;
S. Irénée, Adv. fueres., 1. III, c. xu, n. 14, 15, P. G., t. vu,
col. 907-910; Tertullien, De monog,, c. v, P. L., t. il, col. 936;
Origène, In Epist. ad Rom., n, 13, P. G., t. xiv, col. 900. —
» Tertullien, Apolog., c. ix, P. L., t. I, col. 323, 324. — « Labbe,
ibid.. t. i, col. 40. — 'Labbe, ibid., t. il, col. 418. — "Labbe,
ibid., t. rv, col. 1782. — ' Cf., pour un résumé des actes de c»
concile, Labbe, ibid., t. vi, col. 1317-1324. — • Hardouin, Acta
conciliorum, in-fol., Paris, 1714, t. ni, p. 1876. — 'Cont. Faust.,
manger de la viande de boucherie. Saint Paul s'élève
contre cette pratique 10.
D'autres sectes tombèrent dans des erreurs analogues.
Les nazaréens s'abstenaient de toute espèce de viande :
Nani hujusmodi, quos aios [les nazaréens]..., et porcina
ac reliquis abstinent hujusmodi quae preecipit Lex, sub
christiarii quamvis nominis professione, etc. il. Les
ébionites s'en abstenaient également 12. Les disciples de
Tatien, qu'on appelle communément encratiles, suivaient
la même pratique; Tertullien appelle ironiquement
Tatien, le Pythagore de son siècle : Hodiernum de P\j-
thagora hsereticum, non apud Paracletum13. Il en était
de même des marcionites u. Parmi les manichéens, les
« élus », c'est-à-dire les plus parfaits, s'abstenaient de la
viande, des œufs, du lait et du vin 15. Les priscillianites,
qu'on regarde comme des manichéens plus ou moins
déguisés, s'abstenaient également de la viande. Le canon
17 du Ier concile de Tolède (400) vise cette erreur : Si
quis dixerit carnes avium vel pecorum, qum ad escam
datée sunt, non tantumpro caslïgatione corporis absli-
nendas, sed execrandas esse, anathema stt16.
//. LATiTUDiNARisifE. — Ce fut l'erreur de Jovinien.
Pour cet hérétique l'abstinence n'a aucune valeur mo-
rale : Sic omnia peccata, sicut stoici philosophi, paria
esse dicebat, nec po»se peccare hominem lavacro rege-
nerationis accepto, nec aliquid prodesse jejunia, vel a
cibis aliquibus abstinentiam l ' . On sait que saint Jérôme
combattit énergiquement les théories de Jovinien.
V. Les principale» époques de l'abstinence. —
l. Ayant le baptême. — Dans la primitive Église, on
se préparait au baptême par une abstinence plus ou
moins longue i*. Le fait est attesté par Tertullien, qui ne
mentionne que le jeûne, mais le jeûne n'est jamais ob-
servé sans l'abstinence : Ingressuros Baplismum, ora-
tionibus crebris, jejuniis et geniculationibus, et pervi-
giliis orareoporlet, etc.19. Saint Augustin est, sur ce point,
d'accord avec Tertullien : Sine dubio non admitterentur
si per ipsos dies quibus eamdem gratiam percepturi,
suis nominibus datis, abstinentia, jejuniis, exorcismis-
que purgantur, cum suis legitimis et veris uxoribus se
concubituros profiterentur, alque hujus rei, quamvis
alio tempore licitse, paucis ipsis solemnibus diebus,
nullam conlinentiam servaturos20. Le IVe concile de
Carthage (398) sanctionna de son autorité cette pratique :
Baplizandi nomen suum dent, et diu sub abstinentia
mni et carnium, ac manus imposilione, crebro exami-
nati, baptismum recipiant -M. Nous savons, d'autre part,
que celte abstinence, imposée aux catéchumènes comme
préparation au baptême, était régulièrement de vingt
jours.
;/. PEXDAtfT le CARÊME. — Il y avait de nombreuses
divergences dans les Églises. Les uns s'abstenaient de la
viande de tout animal; d'autres mangeaient des poissons;
d'autres y ajoutaient les oiseaux, parce qu'ils estimaient
que c'étaient des animaux aquatiques. D'autres étaient
plus rigoureux, et allaient jusqu'à s'abstenir de toute
espèce de fruits et des œufs; quelques-uns ne se nour-
rissaient que de pain sec; d'autres s'interdisaient même
l'usage du pain. D'autres enfin, après avoir jeûné
jusqu'à none, prenaient ensuite toute espèce d'aliments :
Oi (lÈv yap, Tràvrn éji^û/tov airéxovTaf oî fié, tû>v è(i<j/^va>v
Î-/6Û; (lôvou; jiETaXapiëivoufft. Tivè; 5è <rùv toî; î^Sv^t,
xoù T(ôv ircYivwv àiroYï^o'''Tai, l\ £5aro; xa\ aura xati tôv
1. U, c xiu, P. L., t. xi.ii, col. 503, 504. — «° I Cor., x, 25. —
" S. Augustin, Cont. Faust., 1. XIX, c. IV, P. L., t. xlii, col.
349. — '«S. Épiphane, Hteres., xxx, n. 18, 22, P. G., t. xli, col.
436, 441. — "De iejun., c. xv, P. L., t. u, col. 974. — '* Ibid. —
— Ci. «. Augustin, De hseres., n. 46, P. L., t. xui, col. 36, 37.
— *' Labbe, ibid., t. Il, col. 1228. — « S. Augustin, De livres.,
n. 84, P. L., t. XLII, col. 40. — " Cf. Bingham, The antiquities
ofthe christ. Church, 2 in-4*. Londres, 1878, t. I, p. 437. — "De
baptismo, c. xx, P. L., t. i, col. 1222. — «• De fide et operib.,
c.vi.P.L., t xl, col. 202.— «'Can. 85, Labbe, ibid., tn, col. 1206.
2! 3
ABSTINENCE — ACATHISTUS
214
Movjdéa Y£Ysv^l'6ai )iyovTs;- O! 5s xa\ àxpoSp'jwv xa't
<iùv ÔTtlyovTac. Tcvèç 6s xoù S'/ipoû aprou [xdvou [AEtaXau.-
êâvouorc- à'XXoc 8à o-JSà tovtou. "E-ripoi 3è a%piç êvv«Tï]î
ô>oai; V7)<jte\jovteç, Scâçopov ëyouac Tr,v esTcocaiv *■ Cette
multiplicité d'usages existait aussi en ce qui concerne le
jeûne 2, dont on s'occupera ailleurs. Voir Carême et
Jeune.
;//. pendant la semaine sainte. — D'après Denis
d'Alexandrie, on voit qu'il n'y avait pas uniformité parmi
les chrétiens. Le saint évêque exprime sa manière de
voir à son collègue Basilide. Il regarde comme des âmes
généreuses ceux qui pratiquent l'abstinence jusqu'à la
quatrième veille [= férié]. D'autres croyaient faire beau-
coup en pratiquant l'abstinence les deux derniers jours,
le vendredi et le samedi. Saint Denis ne les regarde
pas comme des modèles de ferveur : Toù; ôè...xa\ |xéypc
T£TâpTï]<; «puXaxriç SieyxapTEpovvTaç... û>i yevvat'ou; xai çi-
).07rôvou; à7roSeyw6|j.e6a... E! 81 tcveç... r\ xa\ TpuçriTavTEç
tôç 7rpoaYO'j<ra; TÉacrapa;... cjx oip.ai ty|v "<r/)v a6Xr|<7iv
aùroùç TtETroiïiaOai toïç ràç irXEÎovaç rjuipaç 7tpoï)TXï)xô<ii 3.
V. Ermoni.
ABYSSIN (RITE). Voir Éthiopien (Rite).
ACATHISTUS (gr. àxâe-.ffroç). — I. Étymologie.
fi. Origine. III. Auteur. IV. Date. V. Texte. VI. Tra-
ductions. VII. Usage. VIII. Titres. IX Sources.
La veille du cinquième dimanche de carême, l'Église
grecque chante une hymne qui a donné son nom à la
journée : Sdéëëocrov toO àxaôîaro-j vu.vou. Samedi de
l'hymne acathiste.
I. Étymologie. — 'Axâ8i<jTo;, qui ne s'assied pas. Ce
mot vient de a privatif (?TEpïiTixôv) et iÇa> ou xaOt'Çr.), je
fais asseoir (xaOï'Çojxac, s'asseoir, siéger); il s'explique
par cette circonstance que le peuple et le clergé passent
la nuit entière debout (ôp6o<Tfc<Ô7]v) occupés à chanter les
louanges de la Vierge. Les grecs-melchites, ne trouvant
pas dans la langue arabe un mot équivalent, l'ont inter-
prété : Medîch alladzî là jadschib eldschulûs fihî, c'est-
à-dire hymne pour laquelle on ne pent s'asseoir*.
IL Origine. — Junius a supposé à tort que V Acathiste
était destiné à célébrer le voyage de Marie et Joseph à
Bethléhem 6. L'hymne fut composée en l'honneur de la
Vierge à la protection de qui on attribuait la triple déli-
vrance de Constantinople menacée par les barbares, sous
Héraclius, sous Léon l'Isaurien et sous Constantin Pogo-
nat.
4 Socrate, //. E., 1. V, c. xxii, P. G., t.] lxvii, col. 633. —
Socrate, ibid., col. 632, 633 ; Sozomène, H. E., 1. VII, c. xix,
P. G., t. lxvii, col. 1477. — 3 Can. 1 traitant du jeûne et de
l'abstinence, P. G., t. x, col. 1277. Cf. aussi Morin, De pceni-
tentia, in-fol., Anvers, 1682, p. 452, 470, 488, 489 (abstinence
pratiquée comme moyen de pénitence). J. Launoy, De vcteri ci-
borum delectu, in-12, Paris, 1663; Thomassin, Traité des jeûnes,
in-8% Paris, 1680; W.Smith et S. Cheetham, A dictionary of
Christian antiquities, 2 in-8% Londres, 1875-1880, t. i, p. 9, 10;
Cabrol, Les églises de Jérusalem, in-8% Paris, 1895, p. 135-139.
— l Horologium, Athènes, 1822. — B D. Macri, Hierolexicon,
in-fol., Bomae, 1677, a t>' mot; voy. J. Gretser, Opéra omnia. in-
fol., Ingolstadii, 1616, t. i» De sancta cruce, p. 450. Meursius et
Suicer ont suivi l'erreur de Junius. — 6 Quercius, Adnotation.
in hijmnum Acathistum, P. G., i. scii, col. 1348 sq. — ' O. Bar-
denhewer, Patrologie, in-8% Freiburg-Im-Breisgau, 1894, p. 524;
trad. franc, par Godet, in-8% Paris, 1900, % m. p. 50. — «Pitra,
Analecta sacra spicil. solesm. parata, Ln-4" Typis tusculanis,
1882, t. I, p. 262. — • Horologium, Athènes, «891 : Toù, Si
OIXOUÇ TTjÇ ôîCTOXOJ, OUÇ «VOty l VlùffXOHEV ffr^EÇOV XXz'iï.0-/*,-' , Ot LWV àttoSt'-
0%u«m »'ç EÉpy.ov tov tôte ita-rptâp^Tiv , oï Se sîç Tsiôpyiov TOV LTuTtS^v,
ff'^TXP0vo' *VTa *at aùxôv, xaï y_apToœJ),axa ttîç [a. Èxx^TÎa;. — *° N.
Nilles, Kalendarium manuale, in-8% Œniponte, 1896, t. n,
p. 156. — "Quercius, loc. cit. — '* Quercius, loc. cit.; Th. Ray-
naud, Opéra, t. vu, Nomenclator Marianus, observât. 2; Pagi, ann.
625; G. Quirinus, Vêtus officium quadragesimale Grœcix or-
thodoxie, diatiib.4, in-4% Beneventi, 1725; J.-S. Assemani, Ka-
lendaria Ecclesix universx in quibus tum ex vet. marmoribus
tum ex cod. ...sanctorum nomina, imagines et fesli per annum
III. Auteur. — On a attribué cette hymne à George
Pisidès, chartophylax de Sainte-Sophie sous Héraclius 6
et au patriarche Serge (610-638) 7. Le cardinal Pitra a"»ait
fait espérer une dissertation dans laquelle il étudieraH
Y Acathiste, son auteur, son origine historique, les leçons
des manuscrits, de ceux, en particulier, qui attribuent
cette pièce à Serge; d'autres travaux le détour-
nèrent de cette recherche 8, et il laissa pendante une
question que ni les derniers éditeurs de l'IIorologium ',
ni le P. Nilles n'ont cru pouvoir résoudre 10.
IV. Date. — L'inmne fut composée et chantée pour la
première fois en 626, après la k»ée du siège de Constanti-
nople par Sarbarus et Chagonus sous l'empereur Héra-
clius *>. Il est moins facile de fixer le temps vers lequel
cette hymne, que l'on a surnommée le « Te Deum » grec,
entra dans la liturgie et fut assignée au samedi de la
cinquième semaine de Carême 12. Voici la notice du Sy-
naxarion : 'AxâÔ'a-TOi; 6à ei'pyjTat, S«m ôp6oarâô'ï)v tôte
7ràç â Xab? xarà ttjv vijxxa tôv xiu,vov tïj toû Aôyou Mrjrpi
ïu.sXtliav xa\ on ev 7tâ(n aXXo:; xa6î)a0ac è!; à'6ou;Ey>ovTê;,
èv toîç TtapoOot ôp6o\ thxvteç àxpotiu,s6a13.
V. Texte. - ■ Les anciens textes n'ont plus guère qu'un
intérêt bibliographique. Néanmoins on peut tirer profit
des travaux de Combefis >4, Lambecius 16, Quercius 16,
Matthaei11
Une édition a été établie par Christ et Paranikas 18,
une autre par Pitra 19.Des contributions à l'étude philo-
logique du texte ont été fournies par A. Lauriotes et
Paranikas20 — ad fidem •/Eipoypâpwv naXatiôv. Nilles21
a suivi l'édition de Pitra (tyir/^p&ç) avec la traduction
latine de Constantin Lascaris 22.
VI. Traductions. — V Acathiste a été traduit en italien,
en ruthène, en roumain, en arabe, en allemand 23, en
russe 24. Les traductions latines sont nombreuses, outre
celle de Lascaris, on peut rappeler celle de Jean Rubeo
Antoniano23 et celle de Jos. Schiro, archevêque de Dyr-
rachium, parue à Rome en 1746, et que Quercius a suivie
presque constamment.
VIL Usage liturgique. — Indépendamment de la place
qui lui est faite dans la dévotion privée, l'Acathiste re-
parait plusieurs fois dans la liturgie. Il est réparti en
fragments entre les quatre premiers samedis du Ca-
rême26; le cinquième samedi on le récite en entier,
mais divisé en quatre pauses ou stations (arâ<j£c;) dont
on remplit les intervalles par la récitation d'autres
psaumes et cantiques pendant l'exécution desquels on
dies ecclesiarum Orientis et Occidentis, prœmissis uniuscu-
jusque ecclesise originibus recensentur, descributitur notisque
illustrantur, gr. in-4% Romae, 1755, t. VI, p. 588; Neale, A his-
tory of the holy eastern Church, in-8% London, 1850, introd.,
p. 747. — "s Cf. Nilles, loc. cit., t. H, p. 157 sq. Le "/.o-jo? lijv-
ptcrtï-çto; t!ç tt|v àxà6i<rrov, dans Gretser, Comra. in Codin., 1. III,
c. vi, P. G., t. CLvn, col. 359-360; F. Combefis, Historia mono-
thelitarum, P. G., t. xou, col. 1353-1371. — "Combefis, Aucta-
rium, t. Il, p. 805-826, cf. P. G., t. CVI, col. 1335 sq. —
15 Lambecius, Commentaria de augusta bibliotheca cesarea
vindobonensis, éd. Kollar, in-fol., Vindobonae, 1665-1679, t. v,
p. 301. — « Quercius, loc. cit., cf. P. G., t. xcvi, col. 1333 sq.
— " Matthaei, Notitia codicum manuscriptorum grascorum
bibliothecarum mosquensium sanct. synodi, in-fol., Mosco-
viae, 1776, n. 9. — «• W. Christ et Paranikas, Anthologia
grxca, in-8% Lipsiae, 1871, p. 140-147. — « Pitra, Analecta
sacra, t. I, p. 262. — "A. Lauriotes et Paranikas dans l"Ey-\n-
staTTix»i 'AXïiGuct, Athènes, 5 février et 9 avril 1893. — *' Nilles,
loc. cit., t. H, p. 157, 168 sq. — " Fabrice, Bibl. grxca, Ham-
burgi, 1722, t. VI, p. 329-330. — " Maltzew, dans le Kanonik,
p. 332-402. — " Ibid., p. 352-388. — " Th. Baynaud, loc. cit. —
"Le Typicon de Constantinople, pour l'office de 1' 4xg).o'j8:« tc3
LuxpoO ànoSîkvou (à vêpres de la iérie vi* de la première semaine,
p. 216), contient la notice qui suit iViX. ifrSç ûn!> tJiv xojSv
« Tîi UTïEptià^iu », xaï àvcr/tvwcrxiTat fj a', (rcâfft; -wv ofxwv l*t$ flEoTÔxou"
auôt^ « TÎi ô*epnày_<i> », àpYoff^Tonov, xat rcçoffxuviT o àpyttçiùç t^v
iixova ttjî ônipayi'm 6ioi<ix«u. Aux trois fériés vi* qui suivent on lit :
avayivwffxoyTai ot oraoi t91ç Ocoto'xou tîîç p'., tîI; y'., rîjç S'. o-r«o-tw(, «s
«ffico-cau-
215
ACATHISTUS — ACCENT (L') EN ÉPIGRAPHIE
216
peut s'as9eoir. L'Acathiste est en outre précédé d'un tpo-
TTtxpiov arvrou.&Xov.
L'Acathiste est une hymne de vingt-quatre strophes
disposées dans l'ordre des lettres de l'alphabet dont cha-
cune commence une strophe. Les strophes longues al-
ternent avec celles, qui sont moins longues. Les pre-
mières ont pour conclusion : vaïpe, vùnipri àvvu.çsv~s>
Salve sponsa innupta, les secondes : 'AXXoXo'jïa. En
outre chaque longue strophe contient deux parties, l'une
renlerme l'histoire et la doctrine, l'autre une acclama-
tion répétée douze fois. Ces strophes ont été appelées
tantôt xovtâxia, tantôt d'xoi, le Triodion les mentionne
ainsi : tou; sIxotmÉTa-apai; xatà àXsàêr)Tov oïxou;.
VIII. Sommaire des titres de l'hymne. —1, Annoncia-
tion de l'ange; 2, réponse de Marie; 3, continuation et
réponse de l'ange; 5, la Visitation et la salutation de Jean
à Marie; 6, le trouble de Joseph; 7, salutations des bergers
à Marie; 8, arrivée des mages et salutations à Marie et à
l'enfant; 10, retour des mages dans leur pays et erreur
d'Hérode; 11, fuite de Jésus en Egypte et acclamations à
Marie de la part des peuples délivrés de l'idolâtrie;
12, salutations de Siméon à Marie — lorsque Jésus lui fut
présenté — alors qu'il allait quitter la vie ; 14, salutations
de tous 1rs fidèles pèlerins à Marie; 16. salutations de
tous à Marie; 18, salutations de tous les fidèles à Marie;
20, salutations du patriarche Serge et de ses collègues
à Marie; 22, 24, après la libération générale du décret
de notre malédiction et le retour des apostats, tous
rendent gloire à Marie.
IX. Sources. — Quercius prétendait reconnaître dans
YAcathitte un grand nombre d'expressions particulières
à G«orge Pisidès; craignant d'être trop long il a laissé à
ses lecteurs le soin de faire ces rapprochements '. Nous
n'avons rien trouvé d'absolument démonstratif dans cette
direction; voici néanmoins une observation qui doit être
notée. Le tropaire ie' 15, contient les o-ti/oi suivants :
Xortpe, o''/r)(jLa Ttavâytov toO tiâ Ttiv yepouëeu..
Xaïps, oiV.7)U.a TtavàpKTTov toû eiù T<iv <yspa?iu,.
Solut, char saint de Celui qui est assis sur les chérubins.
Salut, demeure illustre de Celui qui est assis sur les séraphins.
Cette expression : être assis sur les séraphins, a une
petite histoire littéraire. Fréquemment employée à une
époque plus ancienne, elle a été battue en brèche au
IVe siècle et a disparu ensuite à peu près complètement
de la liturgie. Deux pièces que nous ne possédons que
dans des traductions latines : les Acta disputationis
sancti Achalïi cpiscopi et martyris 2 et VOratio secunda
Cypriani Anliocheni 3, offrent les textes que nous trans-
crivons :
Martianus ait : Quis est iste? Respondlt Achatius : Altissimus
Adonaï, sedens super Cherubim. et Seraphim *.
Cyprien d'Antioche (?) dit à deux reprises dans sa
prière : Qui sedes super Cherubim et Seraphim 6. Ces
textes ont pour lieu d'origine des pays de langue grecque,
ce qui les rapproche de l'Acathiste ; nous trouvons une
aulre adaptation liturgique de cette formule parmi les
Variée lectiones in sacrant Chrysoslomi liturgiam :
"Ayioç g ©eôç, 6 to;.; è;a7tTep-jfot; Sepaçs'iu. èitioyoûiievo;6.
Dieu saint, qui est porté sur les six ailes des Séraphins.
Vers l'époque où fut écrite cette liturgie, saint Jérôme
disait dans son commentaire sur Isaïe : Unde et Domi-
nus, in aurigse modum, suver Cherubim aperle sedere
•P G., i. CX!!, col. 1333. — «G. Kriiger, GescJi. dcraltchr. Lite-
ratur, in-8*, Freiburg, 1895, p. 242. — 3 A. Harnack, Geech. der
ullchr. Liter., in-8-, Leipzig, 1893, t. I, fasc. 2, p. 720, n. 11. —
•Ruinart, Acta mart. sineera, in-8", Paris, 1689, p. 139. -Mlar-
«el, Opéra Cypriani, dans le Corp. script, ceci, latin., in-8-. Vin-
dobonae, 1870, t. m.apperul. — °Geur, Kiu:liuhjgion,2' MU., in-fnl..
Venetiis, 1730, p. 83. — 'S. Jérôme, In Isaiani, ri, S, éd. Vallarsi,
ostenditur. Seraphim autem, prseter hune locum. Ergo
errant qui soient in precibus dicere : qui sedes super
Cherubim et Seraphim 7. Dans la lettre xviic, adressée au
pape Damase : lllorum quoque pius licet, attamen
coarguendus error, qui oralionibus et oblationibus suis
audent dicere : Qui sedes super Cherubim et Sera-
phim ». Le super Seraphim, attaqué en Occident avec
cette vigueur, aura pu ressentir le contre-coup en Orient,
et la liturgie de saint Chrysostome aurait alors perdu la
leçon compromettante. Peut-être l'auteur de l'Acathiste
l'aura-t-il découverte dans la nécropole des variée lectiones
ou des spuria et l'aura-t-il introduite dans son hymne
longtemps après que les susceptibilités orthodoxes se
furent émoussées.
Il se peut que d'autres passages aient été inspirés par des
pièces antiques. Nous trouvons dans la liturgie ambro-
sienne un transitorium qui paraît avoir plusieurs points
de contact avec l'Acathiste, tellement que l'on a soup-
çonné à cet ouvrage une origine grecque 9.
Transitorium (">). Te laudamus.
f. 2. Qui sedes super Cherubim et Seraphim.
f. 11. Hune sacrosanctum calicem sumentes.
12. Ab omni culpa libéra nos semper.
'AxôÔioro; ûu.vo;.
ie') -/jtt"pe, ô'x*)u.a izavâf tov toû éizi tûv y_epou6t'(x.
/aïpe, oi'xr)u.a iravâptaTOv toû én\ tô>v cepaçiu..
xS') SeSau.évv) ttjv vûv npouçopâv,
ànb itiiTY); pvo-ai auu.cpop5; aTOXvTa;.
Cette locution avait été employée par le poète Pru-
dence :
Patri qui Chérubin sedile sacrum
A'ec non et Séraphin suum supremo
Subnixus solio tenet regitque.
Le codex bernensis 394, d'après lequel nous citons
ces vers, contient à leur sujet une « glose » qui nous
montre que. dès le IXe ou Xe siècle, on avait remarqué
les mots : Sedere super Seravhin. Voici cette glose :
Hic reprehendilur quod dixerit Deum sedere super
Chérubin et Séraphin. Ut enim B. Hieronimus dicit,
super Chérubin, Deus tantum sedet. Sed sciendum
quod vir iste secularis erat nec adeo in divinis myste-
riis eruditus ".
Si étrangers les uns aux autres que paraissent ces
matériaux, ils pourront n'être pas négligés dans la re-
cherche des origines de l'Acathiste.
H. Leclercq.
ACCENDITE. Voir Acclamation.
ACCENT (L') EN ÉPIGRAPHIE. - I. |L'apex. II.
Le sicilicus.
La présence de l'accent dans les inscriptions est rare,
mais non sans exemple. Les lapioides se servaient de
ces notations pour marquer les sUlabes longues, celles-
là principalement, qui pouvaient donner sujet ;i quelque
doute. C'était se conformer au conseil de Quintilien :
Longissyllabis omnibus apponere apiceni incptissimttm
est, quia plurimae tialura ipsa verbi quod scribitvr pa-
tent. Parfois cependant l'accentuation était indispensable
pour le sens de la phrase : neùcssariuni. dit encore Quin-
tilien, cum eadetn littera alium alque aliuni inlt'Ue-
ctum, prout correpta tel producta est, facit; ut malus,
utrum arborent signi/icet an hominem non bonum,
t. IV, col. 91, P. L.. t. xxiv, col. 95. — *Ibid.. édit. Vallarsi, t. I,
col. 60, P. L., t. xxii, cil 373. — 'Paléographie îrusioale, in-V,
Solesmes, 1896, t. v, p. 21.— ">IbUi., t. vi, p. 133. — "Prudence,
Cathemerinon, hymn. iv, v. 4 sq. P. L., lix, col. 811 ; cf. J. R.
Sinner, Catalvgus cod. mss. biblivth. liernensis. in-8", Berna;,
1700, t. i, p. 172 sq. Voyez aussi : Hagen, Catalogus codicum
bernensium (BibUoth. bongarsiana), in-8*, Berna-, 1875, n. 394.
217
ACCENT (L') EN ÉPIGRAPHIE
218
apice distinguitur1. Voici un exemple de cette confusion
prévenue par l'accent :
TELEPHVS • HÂC " SÉDE ' IVCVNDA POTHVSQVE ■ QV1ESCENT
DÉBITA • CVM • FÀTIS ■ VENERIT ' HÔRA ■ TRIDVS
HIC LOCVS • HEREDI ■ NE ■ CESSERIT ■ 1NVIOLATI
SINT • CiNERÉS - TVM ' QVÔS ■ CÀNA ' FAVILLA ■ TEGET
5 TELEPHVS-,— ,- VIR- SIBI- ET- SVIS
L'accent sur le mot sede fait voir qu'il s'agit de l'abla-
tif du substantif sedes et non du temps impératif du
verbe sedere 2. Mais le plus grand nombre des inscrip-
tions ne se prête pas à une remarque si rapide et si con-
forme à la grammaire. La question des accents épigra-
■jhiqiiea en latin est d'ailleurs une de celles qui ont été
le plus négligées. On s'est contenté longtemps d'un mot
dit en passant par Muratori 3, ou bien on avouait sim-
plement en avoir omis la transcription : Ipse etiam
nullam eorumdem ralionem habendam ducebam* et
les auteurs du Nouveau traité de diplomatique avaient
quelque raison d'écrire : ce Si les accents paroissent
rares aujourd'hui dans les anciennes inscriptions, c'est
sans doute parce que souvent ils ont été omis par les
copistes 5. » Les érudits des xvne et xvme siècles ne par-
vinrent pas à se mettre d'accord sur ce qui concernait
l'accent épigraphique 6, on peut se croire fondé néan-
moins à adopter les opinions suivantes :
I. L'apex. — Aux premiers siècles de l'Empire on em-
ployait un signe nommé apex, ayant la forme d'un ac-
cent aigu 7. Il servait à indiquer les voyelles longues par
nature 8. On trouve Yapex sur les monuments depuis
l'époque de Sylla environ, jusque vers la fin du me siècle
de notre ère. On l'employa principalement pendant les Ier
et IIe siècles. Tantôt on le rencontre sur des voyelles
brèves9, tantôt sur des consonnes 10. Il faut réserver le
cas où cet accent est tracé par suite d'une erreur mani-
feste du lapicide.
Ces conclusions ont été longtemps incertaines, elles
paraissent aujourd'hui fondées sur les faits. On peut
suivre la marche du progrès lentement accompli dans
Fabretti, Inscriptionum antiquarum, quse in sedibus
paternis asservantur, descriplio, in-fol., Romœ, 1699;
2e édit., 1702, p. 167, n. xxxn; Marini, Gli atti e monu-
menti de' frateUi Arvali scolpiti già in lavole di marmo
ed ora raccolti, diciferati e commentati, in-4°, Roma,
1795, p. 709, 713; Ritter, Elemenlorum grammatiese
lalinx libri II, in-8°, Bonn, 1832, p. 77, 102; R. Garrucci,
I segni délie lapide latine volgarmente detti Accenlu
1 L.I, c.vn. Cf. J. Christiansen, De apicibus et i longis inscrip-
lionum latinarum, in-8% Kiei, 1889, p. 5; Langen, De gramtna-
ticorum latinorum prseceptis quse ad accentum spectant, in-8%
1857. - * S. Maffei, Muséum veronenae cui taurinense adjun-
gitur et vindobonense, in-fol., Veronte, 1749, p. clxx, n. 3. — 'Mu-
ratori, Thésaurus veterum inscriptionum, t. Il, note à la page
cmxci, 3. Cf. Cittadmi, Délia vera origine délia lingua italiana,
c. xi, in-8% Venezia, 1601 ; Burmann, Antlwlogia veterum lati-
norum epigrammatum et poematum, in-4% Amstelaedami, 1759-
i';78, p. 689. — * H. Noris, Cenotaphia pisana Caii et Lucii exsa-
rum dtssertationibus illustrata, in-fol , Venetiis, 1681, p. 11, 204.
— b Nouveau traité de diplomatique, in-4% Paris, 1750-1765, t. m,
p. 479. — • J. Lipsius, De recta pronunciatione lalinœ linguse
dialogus, c. xix, in-4' et in-8% Lugdnni Batavorum, 15S6 ; Fabretti,
Inscriptionum antiquarum, qux in xdibus paternis asservan-
tur, descriptio, in-tol., Romœ, 1699, p. 167 ; Maffei, Muséum vero-
nense, p. 171;Hagenbuch,.Epis£o(a? epigrœphiae ad Joh. Banne-
rium, in-8", Zurich, 1747, p. 273(Orelli, Inscriptionum latin, sélect.
coll. ad illustr. roin. antiquitatis disciplinant, § 1, in-8", Zurich,
Ï8'28, t. Il, p. 301); A. Zaccaria, Inst. ant. lapid., p. 280; No-
ris, p. 207; Bandini, Obel. di Cesare Augusto, in-4°, liomae, 1750,
p. 58, 60; Winckelmann, Opéra, in-8% Dresde, 1808-1820, t. vu,
p. 221; Ritter, Elem. gr. lat., t. I, p. 77 sq., Accentus latini
doctrina, p. 83; R. Garrucci, / segni délie lapide, p. 9; Marini,
Arvali, in-4% Romae, 1795, p. 709, 713. — 7 Cf. pour le signe ' :
Corp. inscr. lat., t. I, n. 485, 492, 626, 1009, 1194; t. m, n. 371 ;
t. VI, n. 5992, 6019, 18786, 22694; t. ix, n. 2975, 3393, 5119; t. x,
n. 2311, 3780, 6719 ; t. XI, n. 1420, 1616 ; pourle signe . : Corp. inscr.
lat., 1. 1, n. 1009, 1244 ; t. ix, n. 1747, 4087 ; t. x, n. 789 ; t XII, n. 4492 ;
in-4», Roma, 1857, xv-51 p.; cf. Bull, dell' inst., 18G6
p. 47 sq.; H. Weil et Benloew, Théorie générale de
l'accentuation latine., in-8°, Paris, 1856, p. 239 sq.;
W. Weissbrodt, Spécimen grammalicum, 1869, 36 p. ;
Quœstionum grammaticarum partie. II, 1872, 19 p.
Il faut ranger dans une catégorie à part les apices ser-
vant d'abréviation : Citons quelques exemples d'après
Kellermann, F = fecit, F = fori, M = Marco,M=mille,
Q.\/\é = quibus, N\=manibus, M' = mensibus, LIB =
liberia, L = Lucius, \MW = immunis, VOL=vohtntate,
COS = consulibus, P = piscarii, VEST —vestiario. Et
ceux-ci, d'après Christiansen : DM = dis nianibus (six
cents fois), M=merenti, P'F'F'= piœ felicis fidelis,
ANN =annos, N' = minimum, PRAEF = prœfecto,
VAL = Valeria, CÔL = Collina, CÔH = cohortis,
CONIVG = coniugi, SACERDOT' = sacerdoti, PRI
MIG' = primigenia, P = populo, VRB=i«rki.
Les plus anciens témoignages de l'emploi de Yapex ,l
sont les cénotaphes de Pise ,2 et la laudatio de Turia t3.
Ces monuments sont contemporains d'Auguste. A partir
du règne de Trajan, ils deviennent tout à tait rares )4;
après Adrien et Marc-Aurèle on rencontre encore
quelques exemples; à Rome en l'an 210 : COS 1B; à Bor-
deaux, en l'an 224 16; à Aquilée 17.
La forme primitive est celle-ei : '18, cette forme e6t
beaucoup moins fréquente que celle qui se réduit à une
sorte de ponctuation entre les lettres ,9. L'apex est moins
employé dans les actes que dans les tituli î0, il manque
absolument dans les diplômes militaires ; les pièces épigra-
phiques concernant les Arvales en contiennent assez peu.
On le trouve très rarement sur l'I 21, et quelquefois, en
Gaule, sur l'V pour faire doubler, par exemple :
SERVS, SERVM pour servus, servum22.
IL Le sicilicus. — C'est un accent aigu ou même cir-
conflexe qui parait avoir été l'origine de la barre hori-
zontale qui a indiqué la présence d'une abréviation. Il
était employé pour indiquer que la consonne qu'il sur-
montait devait être doublée. Les grammairiens i3 et les
épigraphistes 2i ont chacun leurs exemples à apporter.
A l'époque d'Auguste le sicilicus a la forme de l'apex :
MVMIAES, SABELIO, OSA; à la fin du u« siècle, on
emploie le trait horizontal : VETIVS23, et Marini dit à
ce propos : pare che la linea vi facci le vice del secondo
T' 26. Un titulus chrétien 27 découvert dans un hypogée,
pour le signe i : Corp. inscr. lat., t. VI, n. 4554, 5163, 5598 (t I,
278?) ; pour le signe ' : Corp. inscr. lat., t. xu, n. 1159, 1868, 3077 ;
pour le signe- : Corp. inscr. lat., t. vi, n. 8979; parmi ces signes,
Vapex ' est seul de l'époque impériale, tous les autres datent de
la République ; pour le signe ' : Corp. inscr. lat-, t. vi, n. 363 ; t. vin,
n. 2309. — * Rilschl, Priscse laHnitatis nxonum. epigraphica, for-
mant le tome v du Corp. inscr. latinarum de Berlin ; Hubner,
Exempta scripturx eptgraphicse, in-fol., Berolini, 1885, p. lxxvi ;
J. Christiansen, De apicibus et i longis inscript, latinar. ,i689, pas-
sim. — 'Monum. ancyr., division vi, 29, dans G. Perrot, Explo-
ration arch. de la Galatie, in-4% Paris, 1862. — l0 Corp. inser.
lat., t. vi, n. 12442, 13226 ; t. vin, n. 2747; t. x, n. 1699, 1914, 3002;
t. xiv, n. 1831, etc. — " Fabretti, Inscriptiones, p. 167, n. xxxn.
— "Hubner, Exempta, n. 1063, 1064. — 'Hbid., n. 1033 .— " Marini,
Arvali, p. 709-713; — "Corp. inscr. lat., t. vi, n. 1058 6. —
16 Hubner, Exempla, n. 602. — "Corp. inscr. lat, t. v, n. 857. —
18 Hubner, Exempla, n. 1, 126, 173, 186, 235, 246, 255, 1046 ; Corp.
inscr. lat., t. IX, n. 3393, 4087 ; t. x, n. 789, 1747, 1889 etc. — '» Hflb-
ner, loc. cit.,n. 68, 79, 102, 163, 173, 187, 249, 324, 332, 343, 345, 365,
382, 383, 388, 393, 438, 457, 602, 1112, 1114, 1125, 1126, 1158, 1164.
— "Mommsen, De monumenti ancyrani comment., p. 190 b.
— ** Monum. ancyr., 1. 1, p. 15; Hubner, Exempta, n. 1084, 1046,
Corp. inscr. lat., t. m, n. 5336 ; t v, n. 4676 ; t. xiv, n. 349. —
« Corp inscr. lat., t. xu, n. 1598, 2522. — "Marini, Arvali, p. 30.
Cf. J. Christiansen, loc. cit., p. 20. — " Muratori, Tlœsmurus,
p. mdcxvi, 27; Corp. inscr. lat., t. v, n. 1361, cf. 8981 a; Cyrp.
inscr. lat., t. x, n. 3743; t. xu, n. 414. Cf. Hermès, 1869, t. IT,
p. 413 sq. — " Fabretti, loc. cit., p. 73, 71. — "Marina, AriuH,
p. 37. — "DeRossi, Bull, di arch. crist., 1876, p. 33.
219 ACCENT (1/) DANS SES RAPPORTS AVEC LE PLAIN-CHANT 220
près du cinquième mille de la voie Latine, porte deux
sicilici, sans doute par erreur, pour des apices :
Hl • LARINÔ
FILIO
MOLLICIA
MATER
Ce n'est qu'à partir du commencement du me siècle
que le sicilicus devient pus fréquent.
Vers ce temps il commence à jouer le rôle d'abrévia-
tion comme dans les exemples suivants :
D = dies 1; FF fdix fidelis 2 ; j o M = Jovi optimo
maximo !.
Voici quelques exemples de redoublement des voyelles
et d'accjntuation :
A. — FAATO, Inscr. Dom , col. V, n. 388; FATV,
Mommsen, Inscr. regni neapol, n. 1807;
E. — FEELIX, Garru-ci, / segni, p. 19; FE'LIX,
Inscr. vet. Reate quœ extant, Bruxelles, 1854, p. 7.
V. — SVVRA, Borghesi, Dec. Numism , c. xvi, n. 11;
SVRA, Marini, Atti dei frat. Arvali, p. 712.
VV. — (4e déclinaison) EXERCITVVS, Orelli, n. 4922;
LACVVS, Fabretti, p. 609, n. 72; AEDITVS, Piranesi,
Antich. di Borna, t. in, pi. xxvn.
Notons l'emploi de l'accentuation dans quelques pierres
du puits de Trion, près de Lyon, dans lesquelles on a cru
voir avec bien de la probabilité le témoignage de crypto-
chrétiens.
MM. Allmer et Dissard 4 écrivent à ce sujet : N° 51.
« Peut-être un accent sur l'A de SANCTISSIM et sur
l'A de QVA; » n. 55. « Accents sur l'A de LIBERTAE et
de LAESIONE et sur le second V de VIVS... pour mar-
quer ici non pas une syllabe longue, mais l'absence d'une
lettre; » n. 76. « Accents sur l'A de TERMINALIS et sur
l'AdeALVMNO;»n.81.«SurledernierAdeAETERNAE,
de SABBATIAE, de ANIMAE, et sur l'A de INNOCEN-
TISSIMAE, de QVAE, de SEXTIANVS et de FILIAE.
A cause des accents qu'elle contient, l'inscription ne
doit pas être postérieure à la période antonine; » n. 84.
Un accent sur l'O de PALAEMON; n. 85. Un accent
sur l'A de RVFONIAE et sur celui de «ISTAE; n. 86.
Un accent sur le premier I de VIXIT; n. 88. Un accent
sur le dernier A de AMICAE; n. 104. Accents sur l'V
de CONIVGI et sur l'O de LAESIONE; n. 105. Peut-
être un accent sur l'A de SEXTILIAE.
Il s'en faut que le christianisme de toutes ces épitaphes
puisse être démontré, ni même légitimement présumé.
Néanmoins les n. 51, 55, 86, permettent la supposition.
Un seul exemple suffira. Au n. 106 M. Allmer écrit :
« Deux petites palmes, l'une formée de la branche pro-
longée de I'X du mot VIXIT à la douzième ligne, l'autre
tout à la fin du texte, pourraient donner à l'épitaphe de
Sosius Antoninus une vague apparence de christianisme,
si la certitude que le corps du défunt a été incinéré ne
venaient enlever d'avance à cette faible présomption
toute vraisemblance. »
Cet argument n a peut-être pas toute la valeur qu'on
Uii prête, car un écrivain contemporain, ou peu s'en faut,
des inscriptions de Trion, parle de la crémation des corps
des chrétiens en ces termes : « Ils imaginent (les chré-
tiens) qu'ils renaîtront plus tard et que leurs restes re-
prendront une nouvelle vie; aussi répudient-ils le bûcher
et l'incinération des corps. Vous vous trompez, répond
Minucius Félix; aucun mode de sépulture ne saurait nous
empêcher de renaître; nous suivons, en inhumant les
morts, l'ancienne coutume qui est la meilleure °. »
Le recueil des Inscriptions chrétiennes de la Gaule 6
1 Corp. inscr. lat., t. x, n. 54, 36. — " Ibïd., t. vi. n. 3404.—
* Ibid.. t. ni, n. 1082. — * Antiquités découvertes à JYion, dans
les Mèm. de l'acad. de Lyon, in-8°, Lyon, 1888. — 'Minucius, Oc
contient quelques exemples notables, parmi lesquels le
n. 591, les abréviations ont la forme d'accents, de même
pour les n. 616b, 667. Cette énumération pourrait être
étendue à plusieurs autres recueils. H. Leclercq.
ACCENT (L') DANS SES RAPPORTS AVEC
LE PLAIN-CHANT. — I. L'accent générateur de la
mélodie : 1° cadences à un et deux accents; 2° cadences
basées sur le cursus; 3° adaptation de paroles dont
l'accentuation ne correspond pas à celle qui a donné
naissance à la mélodie type. IL L'accent signe graphique
de la mélodie et origine des neumes.
Quels sont les rapports de l'accent tonique avec le
plain-chant ? Question capitale, qui a considéraijle.iic«it
exercé les esprits, et qui a reçu les réponses les plds
contradictoires.
Il semble bien, de prime abord, que l'accent a une
grande importance dans le chant grégorien : les canti-
lènes ecclésiastiques sont écrites pour la plupart en
simple prose, et l'accent est le principal élément du
rythme prosaïque.
C'est donc avec confiance que l'on ouvre les anciens
manuscrits, s'attendant à y trouver la confirmation de
cette règle, si manifestement dictée par le jon sens.
Mais on éprouve une déception : les notes paraissent
jetées au hasard, sans qu'on ait tenu aucun compte de
l'accentuation des syllabes : bien plus, il semble que les
compositeurs se soient plu à les amonceler sur les syl-
labes non accentuées. Alors on crie à la barbarie; pour
les uns, le barbare est saint Grégoire lui-même; les
autres font retomber cette accusation sur les scribes du
XIIe siècle et des siècles suivants, qui, dans leur igno-
rance, auraient altéré ce que le saint pape avait fait. Dès
lors une conclusion s'imposait : réformons le chant que
donnent les manuscrits, produit informe d'un âge de
ténèbres, et revenons aux règles du goût, disent les uns,
aux vraies traditions grégoriennes, s'écrient les autres.
Les éditions de chant qui se sont succédé en foule,
après que la Médicéenne eut donné le signal en 1615.
nous apprennent ce que sont ces règles du goût, ou ces
traditions grégoriennes, si l'on préfère cette dernière
expression. Le principe qui semble avoir guidé ces édi-
tions est qu'il faut entasser le plus de notes possibles
sur la syllabe accentuée. Que l'on ouvre le vespéral de
Malines. on y verra ce principe poussé jusque dans ses
dernières conséquences, puisque les syllabes non accen-
tuées ne portent jamais plus d'une note, ou si parfois on
trouve une de ces syllabes chargée de deux notes, le cas
est si rare, qu'il semble le produit d'une distraction. Les
autres éditions ne vont pas si loin; cependant toutes,
même l'édition de Reims et de Cambrai, s'accordent sur
un point : ne jamais donner plus d'une note à une pé-
nultième brève 7.
L'auteur de cet article, profitant d«s recherches des
derniers temps, voudrait disculper du reproche de bar-
barie les zélés copistes des manuscrits, et montrer ",ue
le chant, tel qu'ils nous le donnent, est conforme de
tous points à la tradition grégorienne et basé sur l'accen-
tuation.
Deux causes ont donné lieu à la malencontreuse ré-
forme des livres de chant : d'abord, on avait une idée
inexacte du rôle de l'accent en latin; ensuite on n'étu-
diait pas la structure intime des canlilènes. De nos jours
il est plus facile d'échapper à ces causes d'erreur :
l'étude minutieuse des manuscrits de tous les puv= st
de toutes les époques a déjà livré en partie les secrets
de la composition grégorienne, et les conclusions aux-
quelles les savants sont arrivés sur la nature de l'accent
dans les langues antiques justifient pleinement la ma-
ta n us, c. xxxiv, P. t., t. m, col. 347. — ' E. Le Blant, in-4\ Paris,
185G-1865. — ' Il faut exeepterVAntiphonaire de Ratisbonne.qui
contient un mélangr du -\-imir ;uir«n ri du >v>lim' mndeme
221
ACCENT (L') DANS SES RAPPORTS AVEC LE PLAIN-CHANT
222
nière dont les compositeurs du plain-chant ont traité
cet élément important du langage.
Tout le monde admet que le principal caractère de
l'accent tonique en grec et en latin est l'acuité : une
syllabe prononcée plus haut attire, pour ainsi dire, à
elle toutes les autres et donne l'unité au mot. On voit
déjà que l'accent doit avoir un rapport très étroit avec
la mélodie, puisqu'il est vraiment une mélodie, un chant,
comme son nom l'indique. Il est aussi un facteur im-
portant dans le rythme, surtout dans le rythme oratoire,
à cause de son acuité, de l'élan qu'il donne au mot et à
la phrase, et aussi d'une autre qualité, propre à l'accent
latin, suivant Quintilien ', qui consiste en une certaine
force donnée à la syllabe accentuée. Que si, plus tard,
un élément de durée est venu s'ajouter à l'accent et ab-
sorber plus ou moins tous les autres, cette transforma-
tion n'a pas à entrer en ligne de compte lorsqu'il s'agit
du plain-chant, qui était déjà constitué au moment où
elle s'est produite. C'est précisément la tendance à allon-
ger l'accent qui a fait du latin une langue morte en
donnant naissance aux langues romanes; on a eu tort,
par conséquent, au xvie siècle, d'appliquer au latin les
principes qui régissent ces dernières langues.
Nous reconnaissons donc à l'accent tonique latin une
double force : force mélodique et force rythmique; il
nous faut maintenant consulter les mélodies elles-mêmes,
telles que les manuscrits nous les ont conservées, afin de
voir si ceux qui les ont composées ont vraiment tenu
compte de cet élément si important de la phrase latine.
Nous n'examinerons ici que les rapports de l'accent avec
la mélodie, car la solution de l'autre question nécessite
des notions très précises de rythme qui ne seraient pas
à leur place dans cet article, de sorte que nous la trai-
terons seulement à l'article Rythme.
L'étude des monuments à laquelle nous allons nous
livrer nous démontrera deux choses : 1° l'accent tonique
est véritablement le principe générateur de la mélodie
grégorienne; 2° le signe graphique de l'accent a été choisi
pour reproduire les mélodies par l'écriture.
I. L'accent, principe générateur de la mélodie. —
/. mélodies a un et deux accents. — Comme nous
venons de le dire, l'accent est par lui-même une mélo-
die, et peut-être qu'au commencement, la psalmodie
n'avait pas d'autre chant que celui qui lui était donné
par la prononciation naturelle des syllabes accentuées.
Ce qui était possible lorsque les psaumes étaient récités
par une seule voix, devenait plus difficile lorsque l'as-
semblée entière prenait part à la psalmodie. Il fallait se
borner à faire ressortir un certain nombre d'accents, et
tout naturellement le choix tombait sur ceux qui se trou-
vaient à la fin des membres et des périodes, car, suivant
la remarque de Quintilien2, c'est alors que l'oreille, en-
traînée jusque-là par le courant du discours, porte son
jugement, lorsque le torrent s'arrête et lui laisse le temps
de considérer.
La mélodie la plus simple dont nous trouvions des
exemples dans les manuscrits consiste à abaisser la syl-
labe qui suit le dernier accent; c'est ce que nous voyons
par exemple dans les leçons de l'office, pour marquer
la fin des phrases :
Quôni-am vidi iniquitàtem et contradicti- ônem in civitâte.
La psalmodie romaine a conservé un exemple de cette
modulation dans la finale g du 4e mode, qui se chante
le dimanche à vêpres :
In consi-li-o justôrum, et congrega-ti-ône.
1 Orat. inst., xii, 10.
Les exemples en sont nombreux dans la psalmodie
ambrosienne, qui se sert de cette simple cadence dans
tous les modes.
Il arrive aussi que l'émission du dernier accent est
comme préparée et rendue plus vigoureuse par l'abais-
sement de la syllabe précédente, par exemple, la mé-
diante de notre 6« mode :
e— . .
Donec ponam inimfcos tii-os,
et la finale de ce capitule ambrosien :
Et anniinti-ans hominibus Christum ventiirum.
Ceci n'est pas la seule manière de faire ressortir le
dernier accent; on le trouve parfois élevé d'un degré
au-dessus de la teneur, ce qui se rapproche davantage
du rôle de l'accent dans le langage parlé. La médiante
de la psalmodie du 8e mode nous présente cette manière
d'accentuer :
h
Dixit Dôminus Domino mé-o.
Ici encore, nous voyons dans les psalmistes anciens,
le soin de préparer l'émission de la syllabe accentuée.
Cette préparation consistait souvent autrefois dans l'élé-
vation de la syllabe précédant immédiatement l'accent,
afin que celui-ci ne fût pas attaqué d'une manière trop
brusque :
S
Domino mé-o.
On ne rencontre plus cette manière de préparer l'ac-
cent dans la psalmodie ordinaire; elle s'est conservée
dans le chant plus orné du psaume Venite exsultemus,
au commencement de matines. Nous donnons comme
exemple celui du 2e mode :
■I m m m ° ?-i-i m-a ■ « ° *■
■ m • "-r-"
Veni-te, exsultemus Domino... prœ-occupémus fâci-em éjus.
Nous avons encore dans le chant ordinaire des psaumes
une seconde manière de préparer l'accent qui offre déjà
un certain dessin mélodique; elle se rencontre à la
médiante du 4e mode :
!
«-1 ■ ■ ■ » ■ Î-HI
Dixit Dôminus Domino mé-o.
Les deux méthodes dont on a parlé s'y trouvent réu-
nies : abaissement d'une note et élévation de l'ac-
cent; on va même jusqu'à abaisser deux notes et à don-
ner un groupe à l'accent, comme dans cette finale du
1er mode :
Sede a dextris mé-is.
Très souvent aussi, nous rencontrons des exemples où
la mélodie, tout en restant syllabique, est encore plus
développée par l'emploi des deux derniers accents. Il
suffira de donner comme exemples quelques médiantes
et quelques finales de psaumes.
* Orat. inst., ix, 4.
223 ACCENT (L') DANS SES RAPPORTS AVEC LE PLAIN-CHANT
224
i" mode.
MEDIANTES
» a « a — an
ti
Confitébor tibi Démine in toto côr- de mé-
3' mode.
-PS
Confitébor tibi Domine in tuto
7" mode.
côr- de mé-
E
Confitébor tibi Domine in toto cor- de mé- o.
FINALES
5' mode.
■
■
Exquisïta in omnes volun- ta- tes é- jus.
7" mode.
t a ■■■•■■ ■■
"
■
S
■
Exquisïta in omnes volun- ta- tes
jus
On comprend que nous pourrions multiplier les
exemples; ceux que cette question intéresse les trou-
veront eux-mêmes dans les livres de chant conformes
aux manuscrits. Il nous faut maintenant montrer que
les compositeurs de chant grégorien n'oubliaient pas
l'accent lorsqu'ils quittaient la mélodie syllabique pour
écrire un chant plus orné, et même lorsqu'ils compo-
saient dans le genre pleinement mélismatique.
Tout d'abord les cadences de psaumes à un ou deux
accents que nous venons de reconnaître, se présentent
à nous ornées par l'adjonction d'un plus ou moins
grand nombre de notes, lorsque la psalmodie est em-
ployée dans des circonstances plus solennelles, par
exemple, à l'introït et à la communion de la messe, et
pour les cantiques évangéliques à laudes et à vêpres.
La ligure 1 de la planche ci-jointe montre un certain
nombre de psalmodies de communions dans tous les
modes; comme cette psalmodie est la même que celle
de l'introït, on pourra suivre notre démonstration sur le
manuscrit lui-même, qui fut écrit à la fin du Xe siècle,
ou au commencement du xie). Nous nous bornons, pour
le moment, à traduire les médiantes, sauf celles du
3e et du 6e mode, qui ne sont pas ornées; les finales,
excepté celle du 5e mode, ont une mélodie basée sur une
combinaison spéciale d'accents dont nous parlons plus
loin.
MÉDIANTES A UN ACCENT
i' mode.
»
n
■
g .
P»
ï
22. Domine ne in furôre tu-
4. Oriétur in diébus
13. Quôniam... in benedictiô-
0
é-
ni-
àr-
ius
bus
gu-
ius-
dul-
as
ti-ti-
cé-di-
me.
a
nis
2% 5', 8' modes.
m
s
■
g ,
% ' ' * "
f"
%
1. Manus enim mea auxili-
â-
bi-
tur
é-
i.
•11. Accédite ad eum et
in-
lu-
mi-
nàmi-
ni
18. Domine quid ... sunt
qui
tri-
bu-
lant
me
20. Verba mea âuribus
pér-
Cl-
pe
Dômi-
ne
10. Suscépimus Deus miseri-
côr-
di-
am
ui-
am
15. Jùdica me Deus.... de
gen-
te
non
sân-
cta
* Cod. iSi de la bibliothèque d'Einsiedeln.
i" mode.
MEDIANTES A DEUX ACCENTS
5. Qui tribulant me ini-
8. Adluxérunt fulgura eius
19. Et scitôte Dôminus
16. Et pluit illis manna ad
14. In te dne sperâvi non confiindar
21. Gustàte et vidéte quoniam su-
6. Qui convertit
^
mi-
6r-
sân-
man-
in
à- vis
ma- re
ci
bi
ctum
du-
œ-
est
in
±3*
me-
tér-
sù-
càn-
tér-
Dômi-
â- ri-
re
um
dum
num
nus
dam
7" mode.
• .
i ■ a ■ a
a *
1 \
a
■
3. Parâta
2. Effudérunt... in circiiitu
7. Os iusti meditàbitur
Dominus inlumi-
sé-
Je-
sa-
nâ-ti-
des
ru-
pi-
0
tii-
sa-
én-ti-
mé-
a.
lem
am
a
Les formules ornées que nous avons ici dérivent évi-
demment des formules simples des modes correspon-
dants, comme on peut s'en convaincre par le tableau
suivant :
2' mode.
MEDIANTE ARCHAÏQUE
Manus enim me-a auxili- à- bi- tur é-
MÉDIANTE ORNÉE
Id.
g
■
■,
r°
"
MEDIANTE
7' mode.
■
~
■
~
S
Paiàta
se- des tu- a.
/</.
MEDIANTE ORNEE
3 i » i fr-y-s
Les notes évidées permettent de voir au premier coup
d'oeil les ornements ajoutés à la mélodie primitive. Les
trois groupes qui précèdent l'accent à la médiante ornée
du 2e mode, n'ont d'autre but que de le préparer, aussi
ils se chantent sur n'importe quelle syllabe; la médiante
du 7e mode ne présente aucune difficulté. Il est facile
de faire le même travail pour le 1er et le 4° modes.
Certaines particularités telles que l'insertion de syl-
labes survenantes, et des irrégularités apparentes d'ac-
centuation, arguas me, tribulant me, seront expliquées
plus loin lorsque nous traiterons la question d'adaptation
de paroles dont l'accentuation ne répond pas à celle de-
là mélodie type. Faisons seulement remarquer que la
clivis qui surmonte la dernière syllabe du psaume I)n-
mine >io in furore dans le manuscrit, ne peut être
qu'une faute de copiste, occasionnée par la ressemblance
de cette médiante, en neumes. avec celle du 2e mode.
Quant à la manière dont le mot Jérusalem est accentué,
ceci semble être une règle générale dans les manuscrits
de cette époque pour les mots hébreux : adapter leurs
différentes syllabes à ta mélodie sans tenir compte de
leur accentuation. Pour les mots manducemehtm (16),
sapientiam (7), il suffit de rappeler que l'accent secon-
daire, qui se compte de deux en deux syllabes à partir
de l'accent principal, est employé aussi bien que celui-ci
pour la construction de la mélodie.
225 ACCENT (L') DANS SES RAPPORTS AVEC LE PLAIN-CHANT
226
Examinons maintenant un certain nombre de mor-
ceaux vraiment mélismatiques : il semblerait que l'ar-
tiste, entraîné par l'inspiration musicale, va négliger
complètement la grammaire, et semer les syllabes sous
les notes à mesure qu'elles se présenteront, sans se sou-
cier de leurs valeurs diverses; cependant, nous allons
rencontrer la même préoccupation de mettre en relief
un ou deux accents, à la fin des membres de phrases ou
des périodes. C'est ce que nous remarquons tout d'abord
dans la psalmodie employée pour les versets des répons
Je l'office. En voici deux exemples :
s
-*-■-»-[«
R). Angélus Dni> ...stola cândida, et obstupu-
runt.
s
~~nr*-'
r). Induit me*
cfclade auro tëx-
Que l'on veuille bien remarquer comment la mélodie
est conduite de la teneur au groupe d'accent, par mou-
vement ascendant dans le premier exemple, descendant
dans le second.
La psalmodie des traits nous offre les mêmes partir
cularités :
S i^—
S* • ■
«J*»."^
♦v • ■
î*
■
super
grâ-
men.
■
llka
1 a
3 \
\*
r
»
super
fœ-
num.
M
JM
V
V»t» ■.
s ■ ■ ■
■
1 *l%fc
Dômini in- vo- câ-
bo.
Nous avons ici les trois clausules employées dans les
traits du 8e mode; on peut voir comment l'accent y est
mis en relief, et comment il est préparé par un groupe
spécial lorsque la teneur est séparée par quelques degrés
de la corde autour de laquelle doit se mouvoir la mélodie
de la syllabe accentuée.
Les graduels, qui sont les morceaux mélismatiques
par excellence, depuis que les versets d'offertoire ont
été retranchés du répertoire romain, ont aussi bon
nombre d'incises dont la mélodie est basée sur l'accent.
Ceci a été démontré clairement par la Paléographie
musicale3 pour le graduel Justus ut palma, et pour un
type A' Alléluia du 2e mode qui semble propre au temps
de Noël, tant il y est employé souvent. Nous pouvons
ajouter à ces tableaux si parlants quelques exemples
pris dans d'autres graduels. Voici un type de mélodie à
un accent qui se rencontre souvent dans les graduels
du 1er mode.
g
*
«Nd i
■v
■ * • ■
i
S
'••
h8» a
i i4i
A. Salvum fac
ora-ti- o-
nem
mé-
am.
B. Custodi me
aequi-
tâ-
tem
C. Beata gens
virtus e-
ô-
rum
D. Inveni
nocebit
é-
i
E. Gloriosus
ini-
mi-
cos
F. Sacerdotes
mé-
0
G. Concupivit
aurem
tu-
am
4 i" R). des matines de Pâques. — * Paléographie musicale,
partie monumentale. Antiphonale du B. Hartker, in-4\
Solesmes, 1900, p. 113. — 3T. m, p. 31-58.
DICT. D'ARCH. CHRKT.
On rencontre aussi des mélodies à deux accents, par
exemple celle-ci, qui se trouve sous deux formes très
peu différentes dans vingt-cinq graduels du 5e mode.
Nous nous bornons à donner quelques spécimens de
chaque forme.
■
3%
"fli
!♦•
3 ■
A. Sederunt
miseri-
cor-
di- am
tù-
am.
B. Timebunt
n majes-
tâ-
te
tû-
a
C. Unam petii
a templo
san-
cto
e-
jus
D. Discerne in
montem
san-
ctum
td-
um
E. Christus
super
6m-
ne
no-
men
-?
F. Esto mihi
in
ae-
tér-
num
G. Domine
su-
per
cas-
los
H. Justorum
sunt
in
pa-
ce
1. Exiit sermo
tu
me
se- que-
re
K. Bonum est
in
prin-
ci- pi-
bus
L. Quis sicut
é-
ri-gens
pâu- pe-
rem
Nous ne saurions mieux prouver le cas que faisaient
de l'accent les compositeurs de mélodies grégoriennes,
qu'en donnant un certain nombre d'intonations d'an-
tiennes dans divers modes; nous choisissons des chants
qui se rencontrent souvent avec des paroles accentuées
de diverses manières : on verra comment la nécessité
de faire coïncider l'accent avec une note spéciale, fait
varier la mélodie, soit par addition, soit par retran-
chement.
mode.
¥ mode.
Dô-mine.
Be- â- tus.
s
'Kir. —
■ —
Obtu- lé- runt.
^V-«-— &
Tecum prin- ci- pi-um.
7e mode.
In pace fâctus est
Si cognovis- sé-tis me
Vidéntes stellam mâ-gi.
t
q ■
ï
■
In o-
dô-rem.
1
■ 9 ■
s .
■ ■
Ecce
véni- et.
g
g ■
E
-
Ut cogno-
scâ-mus.
f
g ■
E
8' mo
0 mors.
le.
1
i
' P,
■
Fk
In
pâ-ce
|
ï
n
■
rL
Vi-
déntibus
|
5 ,
• m
\k
Obtu-
lérunt.
«
E
■ ■
■
Dixit Dominus.
Lumen ad...
I. -8
227 ACCENT (L') DANS SES RAPPORTS AVEC LE PLAIN-CHANT
228
Toutes ces antiennes ont été confrontées avec l'anti-
phonaire du B. Hartker, écrit à Saint-Gall au Xe siècle, et
publié dans la 2e série de la Paléographie musicale.
II. CADENCES BASÉES SUR LE CURSUS. — Il est Une
combinaison plus savante d'accents que l'on appelle
cursus. L'article à ce mot expliquera l'origine métrique
du cursus, puis sa transformation rythmique; ici nous
nous bornons à constater que bon nombre de nos mé-
lodies grégoriennes sont calquées sur un des divers
cursus employés dans le style de la liturgie et dans la
littérature générale à l'époque où ces morceaux furent
composés. Voici les combinaisons d'accents, ou cursus
usitées à la fin des phrases pour les terminer d'une
manière agréable à l'oreille :
cursus planus
cursus tardus
cursus trispondaïque
cursus velox
.'. nôstris infùndè
.'.. incarnati-onèm cognôvimus
..'. illustrati-ôné docùi'sti
..'. glôriàm pérducâmur
On remarquera que chacune de ces formules se divise
en deux parties : la première commence invariablement
par une syllabe accentuée, suivie d'une ou de deux syl-
labes atones; dans la seconde partie, l'accent est précédé
et suivi de syllabes atones. Ces quelques explications,
qui seront complétées plus tard, mettront le lecteur à
même de suivre notre démonstration.
Une question préalable se pose : a-t-on, de fait, tenu
compte du cursus rythmique dans les textes liturgiques?
Pour répondre à cette question, il ne faut pas étudier
les passages tirés textuellement de l'Écriture sainte :
bien que les diverses formes du cursus s'y rencontrent
fréquemment, le latin se borne, le plus souvent, à cal-
quer la langue de l'original, sans aucune prétention
littéraire ou rythmique. Mais si l'on considère les textes
qui sont de composition ecclésiastique, comme, par
exemple, les oraisons et les préfaces, et aussi les répons
qui ne reproduisent pas l'Écriture mot pour mot, on se
convaincra facilement que ceux qui ont écrit ces ma-
gistrales compositions ont été guidés constamment par
les règles du cursus. Que l'on ouvre au hasard le missel
ou le pontifical romain, on verra que les exceptions sont
très peu nombreuses.
Il semble que de ce fait on puisse tirer une conclusion
importante en faveur de l'influence du cursus sur la
mélodie elle-même. Ces diverses pièces, oraisons et pré-
faces, dans lesquelles les règles du cursus sont si bien
observées, étaient récitées ou chantées aux moments les
plus solennels par la voix la plus autorisée, celle du
pontife qui présidait l'assemblée des fidèles. Ces cadences
si fortement marquées, revenant à la fin de chaque dis-
tinction importante du texte, devaient pénétrer l'oreille
des auditeurs et s'y graver de manière à rendre la langue
liturgique tout à fait inséparable de ce rythme. Faut-il
s'étonner alors qu'on ait tout naturellement suivi le
même rythme lorsqu'il s'est agi de composer des mé-
lodies un peu plus compliquées?
Mais ceci n'est qu'une supposition. Il faut voir si l'exa-
men des mélodies elles-mêmes la confirme.
Tout d'abord, nous rencontrons un très grand nombre
de cadences simples du type suivant :
1. Préface simple. Finale.
2. Pater simple. Finale.
3. Psalmodie du 4' mode. Médiante.
4. Psalmodie du 8* mode. Finale.
mf
% ■ . ■ .
■ ■ ■
•1
^ . ■ ■
* » *
f
■ ■ ■ ■ ■
■ ■ ■ ■
f m ■ " ■
■a
Toutes ces cadences présentent les mêmes caractères.
La mélodie fléchit sur la seconde note, puis se relève
sur la troisième pour atteindre un point culminant et re-
tomber sur la cinquième. Quelle est la combinaison de
syllabes qui s'adapte le mieux à une telle mélodie ? Si
l'on veut bien se souvenir de la valeur essentiellement
mélodique de l'accent tonique latin, on admettra que les
fins de phrases suivantes, prises à l'aventure dans le
missel, correspondent parfaitement à la mélodie :
,J
% I ■ ■ ■
■
■
■
adopti-
ô-
nis
ef-
fu-
dit.
mun-
dus
ex-
sûl-
tat
fï-
ne
di-
cén-
tes
prae-
és-
se
pas-
tô-
res
Or qu'est ceci, sinon le cursus planus ? Nous avons
choisi ces cadences, parce que les notes qui répondent
aux syllabes accentuées y sont plus élevées que les
autres. Mais il est facile de comprendre que les compo-
siteurs de nos cantilènes ne pouvaient s'astreindre à
toujours mettre l'accent sur la syllabe la plus élevée :
cela leur aurait donné bien peu de latitude; d'ailleurs il
ne faut pas oublier qu'à l'époque dont nous parlons
l'accent avait à peu près terminé cette évolution qui
avait presque absorbé sa valeur mélodique dans sa
force rythmique. Il est par conséquent facile de voir que
d'autres cadences pentésyllabiques, telles que les sui-
vantes, sont aussi modelées sur le cursus planus.
1. Préface simple. Médiante.
■» ■
15 •
■
■
■
li- gno
vin- cé-
bat.
.f
% ■
■
■
institutio- ô- ne
|
for- mâ-
ti.
s ,
note.
■
■
■
pé- dum
P .
tu- 6-
rum
E ■
■
«aie.
■
mise- rà- tor
et jù-
stus
E
■
p.
■
2. Pater simple. Médiante.
3. Psalmodie du 1" mode. Finale.
4. Psalmodie du 8' mode. Finale.
5. Credo.
cae- li et ter- rae.
En somme le missel et l'antiphonaire. tant de la
messe que de l'office, renferment près de cinquante
cadences, simples ou ornées, qui s'adaptent parfaite-
ment au ciu-sus jilauus. Nous avons donné bon nombre
de cadences simples; les cadences ornées ou basées sur
ce cursus comprennent les finales du psaume de l'introït
à tous les modes, excepté le 5r, qui a une cadence
simple à deux accents, toutes les cadences finales des
versets, des répons et du psaume Venite exsulternus qui
se chante à l'invitatoire de matines. Voici quelques-
unes de ces cadences :
i. Te Deum.
-%*
incessahili vô- ce
pro-
clâ-
229
ACCENT (L') DANS SES RAPPORTS AVEC LE PLAIN-CHANT
230
2. Psalmodie des introïts. i" mode.
:
3t
vir qui spé- rat
3. Psalmodie des introïts. 6' mode.
E—- I I I I I
E^ - I fi I ■ 1 - 1 ■
terrae
vér- ba
4. Verset des répons du i" mode.
h
■m
±-
!g^=-XâT
tibi sô- li pec-
5. Verset des répons du 5e mode.
S-^
J&L
T^lv
nostros ï-
pse
por-
vit.
Ailleurs la première note de la cadence est suivie de
deux syllabes de chute; il faut alors deux syllabes de re-
lèvement pour conduire au second accent : la mélodie
ainsi constituée répond parfaitement au cursus velox.
Les médiantes de la psalmodie du Venite exsultemus
sont calquées sur ce cursus; nous le rencontrons aussi
souvent dans les clausules de V Exsuite t pascal. Il suffira
d'en donner deux ou trois exemples.
Exsultet.
•
s ^
Fa—
■
i.
~\
■
tuba
•
m-
so-
net
sa-
lu-
tâ-
ri.
» aaa
!■■
■
■
■,,
"*♦
*
miseri-
•
côr-
di-
am
in-
vo-
câ-
te.
i a a
■
■
g
r>
1
*
mini- sté- ri-
Venite exsultemus. 7' mode.
per- so- na- re.
■ ■ a a ■ , a a" fa
i ■ a " <—
ipse est Dô- mi- nus De- us nô- ster.
5' mode.
p »
a
m
A~
».
E
fa
->
ju- râ- vi in i- ra mé- a.
Nous avons parlé assez longuement de ces deux sortes
de cursus, parce que ce sont de beaucoup les plus em-
ployées; les deux autres peuvent être considérées comme
des modifications des premières : le cursus tardus, en
effet, n'est autre que le cursus planus avec l'adjonction
d'une pénultième brève, et le cursus trispondaïque ne
diffère du cursus velox que dans la première partie,
qui a une syllabe atone de moins. Aussi voyons-nous
qu'on adapte facilement au cursus tardus les mélodies
du cursus planus par l'adjonction d'une survenante,
tandis que les mélodies du cursus velox se modifient
par retranchement pour • s'adapter au cursus trispon-
daïque.
Cursus plan
xs.
i •■
% a a
a
a
1
a
Préface 1 una y^~ ce ^'" c^n" 'es'
simple . \ cursus tardus.
.«
% a a a a
a
a n
1
a
exsulta-ti- ô- ne con- cèle- brant.
Exsultet. Cursus velox.
j
E a a
a
a
g
P»
S
mini- sté- ri- o per- so- nâ- re.
Préf. solennelle. Cursus trispondaïque.
.a
% a a
a
a
g
-X-
s
gen-
do
pa-
On remarquera que notre exemple du cursus planus
est une mélodie syllabique /nous dirons bientôt pourquoi.
///. ADAPTATION DE PAROLES DONT L'ACCENTUATION
NE CORRESPOND PAS A CELLE QUI A DONNÉ NAISSANCE A
LA mélodie type. — Il est probable que le lecteur vou-
dra vérifier ce qui a été dit jusqu'ici, et se reportera aux
versets de communion reproduits sur la planche qui
accompagne cet article. En effet les psaumes que l'on
chantait après l'antienne de la communion ont la même
mélodie que ceux de l'introït. Il sera dérouté dès le pre-
mier, où l'accentuation ne répond pas du tout à la mé-
lodie. Le psaume est du 2e mode; la cadence par consé-
quent est modelée sur le cursus planus, et demanderait
une syllabe accentuée à la première et à la quatrième
note, avec interruption après le second groupe. Et voici
ce que nous trouvons :
> ■ ■ ■ ■ ■ ■ » ■, » . .
ia n, «
et brachi-um me-um con- fir- ma- vit é- um.
L'accent coïncide bien avec le quatrième groupe, mais
le second, au lieu de porter la syllabe finale d'un mot
comme l'exigerait le cursus, est précisément assigné à
une syllabe acecentuée. Et l'examen de toutes les finales
ne tend qu'à augmenter le désarroi, car trois seulement
nous donnent le cursus planus régulier, comme on
pourra s'en convaincre par le tableau suivant. Pour plus
de facilité, nous disposons tous les versets sous le
même chant, ce qui ne présente aucun inconvénient
pour la démonstration, puisque dans les finales des dif-
férents modes, sauf le 5e qui a une cadence à deux ac-
cents, les syllabes sont invariablement disposées de la
même manière sous les notes.
■
E a a a a a
-A-
— a —
aaa
8. vidit et com-
mô-
ta
est
tér-
ra.
13. posuisti in capite
e-
jus
co-
rô-
nam
21. beatus vir qui
spé-
rat
in
é-
0
3. ex tune a
sae-
cu-
lo
tû
es
4. et abun-
dân-
ti-
a
pâ-
cis
5. ipsi infirmati sunt
ét
ce-
ci-
dé-
runt
11. et faciès vestrae
non
con-
fun-
dén-
tur
2. et non erat
qui
se-
pe-
li-
ret
6. in flumine per-
trans-
i-
bunt
pé-
de.
9. et in medio multorum
lau-
dà-
bo
é-
um.
10. in medio templi tui secun-
dum
nô-
men
tû-
um.
16. et panem cae-
li
dé-
dit
é-
1S.
17. ut custodiant te in omni-
bus
vf-
1S
tii-
1S.
19. Dominus... cum clamâ-
ve-
ro
ad
é-
um.
231 ACCENT (L*) DANS SES RAPPORTS AVEC LE PLAIN-CHANT
232
h
14. in iustitia tu-
15. ab homine iniquo et dolô-
22. neque in ira tua
7. et lingua ejus loqué-
12. qui ambulant in
3C
tur
lé-
ge
be-
,Ji-
Dô-
pé
cl-
in i-
me.
me.
me.
um.
ni.
Cinq cadences offrent la même disposition d'accents
que dans le cursus planus, mais la coupure a lieu après
la troisième syllabe, au lieu d'être après la seconde.
Dans les sept suivantes, le dernier accent seul coïncide;
nous pouvons classer dans la même catégorie les trois
cadences terminées par un monosyllabe que précède un
mot proparoxyton, car l'usage invariable des plus an-
ciens manuscrits, dans ce cas, est de donner l'accent à
la syllabe qui précède le monosyllabe. Il nous reste deux
cadences bien capables de scandaliser les partisans de
la théorie moderne de l'accent, puisque la place du der-
nier accent y est occupée par une pénultième brève; il
est vrai que la première note de la dernière coïncide
avec une syllabe accentuée.
Ces irrégularités, jointes à un certain nombre d'autres
que l'on rencontre dans les manuscrits, semblent con-
stituer une objection sérieuse contre notre théorie. S'il
est vrai que les compositeurs des mélodies grégoriennes
ont été guidés par l'accentuation des textes qu'ils avaient
à mettre en musique, comment se fait-il que l'on trouve
un si grand nombre de passages où les lois de l'accent
paraissent avoir été complètement négligées ?
Nous croyons que ce que nous avons dit jusqu'ici suf-
fit pour prouver que nos compositeurs n'ont pas ignoré
les lois de l'accentuation, et même que ces lois ont eu
une grande importance à leurs yeux, puisqu'un très
grand nombre de mélodies doivent leur origine à l'ac-
cent, soit seul ou répété deux fois, soit combiné avec
des syllabes atones dans ces cadences rythmiques que
l'on nomme cursus. Cette constatation pourrait leur
faire pardonner un certain nombre de négligences. Mais
il est possible de rendre plus ample justice à ces artistes,
dont les mélodies ont encore le pouvoir de charmer les
oreilles après quinze siècles, et de montrer que, bien
loin de se permettre des négligences a l'égard de l'ac-
cent, ils se sont ingéniés à lui conserver toute sa pré-
pondérance, et que, si parfois ils l'ont relégué au second
plan, ils l'ont fait à leur corps défendant, parce que leur
goût artistique leur interdisait de faire autrement. Il ne
faut pas oublier qu'ils avaient à travailler sur des paroles
composées à l'avance, et que ces paroles, surtout lors-
qu'il s'agissait d'Écriture sainte, étaient très souvent
écrites sans la moindre préoccupation de la mélodie qui
leur serait adjointe. De là une source d'embarras pour
les musiciens. Même dans le cas où le texte qu'on leur
offrait était composé suivant les règles du cursus, la
coïncidence des paroles et de la musique ne pouvait pas
toujours être parfaite, car les textes rythmés présentent
les quatre formes de cursus sans ordre bien déterminé,
tandis que la mélodie ne possède, pour l'ordinaire, que
deux cadences, une pour la médiante, l'autre pour la
finale. Il était donc souvent nécessaire d'adapter des pu-
rôles écrites d'après le cursus velox, par exemple, à une
mélodie calquée sur le cursus planus.
Le compositeur se trouvait par conséquent en présence
de deux forces contraires, la musique et les paroles, qu'il
fallait tâcher d'accorder ensemble sans sacrifier, autant
que possible, l'une à l'autre. Une étude consciencieuse
des manuscrits montre que la règle constante suivie par
les artistes qui ont écrit les mélodies grégoriennes, a
été de donner la prépondérance aux paroles, chaque
fois que cette prépondérance n'était pas réclamée impé-
rieusement par la musique. Nous verrons même qu'ils
avaient recours aux procédés les plus divers, afin de
conserver à la mélodie son allure gracieuse, tout en cé-
dant aux exigences du texte. Nous parlons surtout de la
manière dont on traitait les pénultièmes brèves, car
personne ne fait difficulté d'admettre que les autres syl-
labes brèves, dans le cours d'un mot, peuvent à volonté
porter deux ou plusieurs notes.
Trois procédés principaux sont en usage dans les ma-
nuscrits pour glisser la pénultième brève survenante
dans une cadence qui, régulièrement, ne l'admet pas,
comme, par exemple, les cadences à un accent; niéo,
à deux accents, corde méo, ou le cursus planus : méam
levâvi.
i° Parfois le texte a la prééminence la plus complète,
et alors on modifie légèrement la mélodie, afin de don-
ner place à la syllabe survenante par l'adjonction d'une
note épenthétique, qui se chante sur le degré de la note
précédente, ou sur celui de la note suivante, ou sur un
degré intermédiaire. Il est facile de comprendre que ce
procédé se rencontre dans les cadences syllabiques
simples ou ornées, dans lesquelles le texte est presque
tout, et la mélodie n'est guère plus qu'une récitation
(les exemples sont tirés autant que possible de notre
planche de psaumes de communions) :
a) Cadence simple.
m
■ a
g
a
1. p. 418, (20) intellige cla-
mô-
rem
mé-
um.
2. in omnibus populis mira-
bi- li-
a
e-
1US.
3. qui ambulant in
lé-
g e
D6-mi-
ni.
4. p. 418, (18). multi insurgunt
ad-
vér-
sum
me.
5. inhabitare facit unani-
mes
in
dô-
mo.
La manière dont les deux mots adversum me sont
disposés dans la cadence n° 4 ne doit pas être considérée
comme une exception : on sait que les prépositions pla-
cées devant leur régime n'ont pas d'accent; rien, par
conséquent, n'obligeait le compositeur d'arranger les
syllabes d'une autre façon : il a pris la manière la plus
simple, et il n'a pas enfreint une règle qui, dans l'espèce,
n'existait pas. La cadence 5 paraîtra sans doute plus
singulière; nous l'avons mise à dessein dansnotre tableau,
parce qu'elle se trouve plusieurs fois répétée dans le
manuscrit d'où notre planche est extraite, et qu'elle nous
fournit l'occasion de remarquer comment nos pères
savaient toujours garder à leurs mélodies une allure
coulante et gracieuse.
On peut remarquer que la cadence reproduite se di-
vise en deux groupes de deux syllabes chacun, que nous
pouvons appeler spondées rythmiques, suivant en cela
l'exemple des théoriciens du moyen âge, qui appliquaient
souvent au rythme oratoire les termes du rythme me-
suré de la poésie, au risque d'égarer les savants de nos
jours qui y sont disposés par les idées courantes sur le
rythme et la mesure. Or, l'adjonction d'une note épen-
tliélique pour la syllabe survenante ne fait autre chose
que de changer ces spondées ou pieds de deux syllabes
en dactyles, ou pieds de trois syllabes. Ceci n'occasionne
pas une perturbation bien grande dans le rythme; îu.iis
en trouvons encore le modèle dans le rythme poétique
où les pieds peuvent souvent être indifféremment dac-
tyles ou spondées; nous avons toujours nos deux pieds
Mus, quand un assemblage de mots se présente comme
unanime» in démo, où il y a trois syllabes entre les
deux accents, on ne peut penser à disposer les syllabes
de cette manière :
• » , ■
E *^ ■ ! ■ a "
unâ-
ni- mes
do-
233
ACCENT (L') DANS SES RAPPORTS AVEC LE PLAIN-CHANT
234
On voit que la syllabe in est de trop, et que le rythme
se trouve changé, ce qui produit à peu près le même
effet sur l'oreille que si dans le premier vers du second
chant de l'Enéide, au lieu de :
on écrivait
Côntïcû / ère ôm / nés...
Côntïcû / êrûnt ôm / nés.
Dans ce cas, on met un accent secondaire sur la der-
nière syllabe du mot unanimes, et l'oreille est satisfaite.
b) Cadences ornées.
p .
3
■
i o
■ y
gén-
in-
te
lu-
non
rai-
sàn-
nâ-mi-
cta.
ni
tu-o
âr-
ius
gu-
ius-
as
ti'-ti-
rae.
a
c) Cursus planus.
g
E
■
»,
9 a
■
obumbrati-
mortali-
ô-
tà-
ne
tis
con-
ap-
cé-
pâ-ru-
pit.
it
Dans ce cas, le cursus planus est tout simplement
changé en cursus tardus.
d) Cadences mélismatiques. — Il semble qu'avec ces
cadences il soit plus difficile d'intercaler une note épen-
thétique, car la mélodie est très développée, et l'adjonc-
tion d'une note n'a pas peu d'importance. Cependant
nos artistes le feront, et ils trouveront des cas où cette
adjonction pourra se faire sans trop nuire à la mélodie :
c'est quand la cadence est formée d'un jubilus d'accent
et d'un jubilus de finale. La note épenthétique vient
alors se glisser comme à la dérobée entre les deux longs
groupes, et on a eu le temps d'oublier le choc désa-
gréable que son introduction cause à l'oreille, lorsque
la cantilèné se clôt sur le dernier groupe de la syllabe
finale. Exemple :
Alléluia.
Hic est
discipulus.
Vidfmus
stellam.
■r
tes- timôni-um
adora- re
Â^
Dô-
SU
^
2° Mais il est des cas où la musique ne se prête pas
si facilement aux exigences du texte, et où l'insertion
d'une note entre le groupe d'accent et celui de la syllabe
finale produirait un effet très désagréable que l'oreille
ne saurait supporter, à peu près comme si on écrivait
de la manière suivante le premier vers d'Athalie :
Oui, je viens dans son temple vénérer l'Éternel.
Que fera celui qui a la charge d'adapter à un mot à
pénultième brève une cadence modelée sur un paroxy-
ton? Les manuscrits montrent que, même dans ce cas,
les compositeurs grégoriens ont encore fait des tours de
force pour sauvegarder les lois de l'accent sans léser
celles de la mélodie.
Nous rencontrons leur premier procédé dans la liste
donnée plus haut des médiantes des psaumes qui accom-
pagnaient l'antienne de la communion :
ï
1. Qui tribulant me ini-
6. Qui convertit
21. Gustate .... quoniamsu-
X
mi-
ma re
â- vis
est
me-
à- ri-
Do mi-
dam,
nus.
Ces exemples ont l'avantage de nous faire voir à la
fois le premier procédé, dans la note épenthétique qui
suit le premier accent, et, au second accent, le procédé
sur lequel nous désirons maintenant attirer l'attention.
D consiste aussi dans l'addition d'une note épenthétique,
mais elle n'est plus pour la syllabe survenante; elle est
assignée à la syllabe accentuée, tandis que la pénul-
tième brève se chante sur le groupe où se trouve régu-
lièrement l'accent. La raison de ceci est dans la confor-
mation spéciale et dans le rythme des deux derniers grou-
pes de la cadence. Le rapprochement de la clivis et du
podatus donne lieu à un rythme binaire très agréable
à l'oreille ; l'insertion d'une note entre ces deux groupes
produirait un rythme boiteux très désagréable.
L'accent, cependant, ne disparait pas : la note qu'on
lui attribue permet de le prononcer dans toute sa force,
et la preuve que ceux qui écrivaient ainsi la mélodie
n'oubliaient pas l'accent, c'est que la clivis attribuée à
la pénultième brève est surmontée, dans les manuscrits
romaniens, de la lettre c, celeriter, indiquant qu'elle
doit être chantée avec légèreté, et recevoir toute son
impulsion de la syllabe accentuée.
Le même procédé est usité dans les cadences des
répons de l'office à la médiante de tous les modes. Un
ou deux exemples suffiront :
i
M
g
%
ru
S
0 ■A
p.
... ad invocândum nomen
Gloria
tû-
Pa-
um
tri
in
et
é-
Fi- li-
a.
0.
A
n
■
s
Q tf *
pi
Ih
... inimi-ci me-i cogi-tâ-
Glôria
bant
Pa-
mà-
tri
la
et
mi-
Fi- li-
hi.
0.
Le rythme ici exige un ictus après le groupe d'accent
qui ne pourrait avoir lieu avec une note épenthétique
pour la pénultième brève.
Enfin, dans bon nombre d'antiennes, on rencontre des
cadences modelées sur des mots paroxytons, auxquelles
les proparoxytons s'adaptent de la même manière. Nous
ne pouvons en donner ici qu'un très petit nombre, mais
le procédé est le même pour toutes.
S
g 1
A ■
^V
Dé-
Dé-
s 1
■*■
lo^tV
Do-mi-
D6-mi-
^t
^t
Dé-
s 1
D-Vl 1 ■
Dô-mi-
Dé-
Dô-mi-
235
ACCENT (L'1 DANS SES RAPPORTS AVEC LE PLAIN-CHANT
236
Il y a une multitude de cadences du même genre qui
se trouvent répétées sur tous les degrés de l'échelle des
sons, et qui sont toutes traitées de la même manière.
Chantez-les comme elles sont écrites dans les manuscrits,
et vous aurez un rythme plein et coulant qui repose
l'oreille et la berce agréablement; ajoutez une note entre
le groupe d'accent et le groupe final, et vous éprouverez
la sensation d'un rude cahot au milieu d'une course
rapide en voiture.
Ces mêmes cadences sont souvent disposées, comme
dans l'exemple suivant, de manière à former de véri-
tables rimes musicales. C'est alors qu'il importe de n'y
rien changer sous peine de détruire tout l'effet voulu
par le compositeur :
Introït. Probasti Domine.
s — ^V8-^
vi- si- tà-sti
no- cte.
Ë=E?
... in me in- i-qui- tas.
Le quatrième volume de la Paléographie musicale
donne un grand nombre d'exemples très intéressants de
ces rimes, qui demandent des cadences absolument
semblables.
Dans tous ces cas, la force de l'accent s'étend sur le
groupe suivant et le domine; mais on comprend que
cette force dominatrice doive s'épuiser à la longue; aussi
ne trouve-t-on ce procédé dans les manuscrits que quand
le groupe d'accent n'a pas plus de six à huit notes.
Lorsque le mélisme est plus long, on n'y adapte pas de
pénultièmes brèves; il faut alors trouver un autre moyen
de les insérer dans la mélodie, sans produire le heurt
causé par l'apparition soudaine d'une note étrangère.
Le moyen trouvé par les maîtres fut d'assigner à la
pénultième brève un groupe tout entier, et nous trou-
vons ce moyen appliqué de deux manières : tantôt le
groupe est créé de toutes pièces :
Alléluia, Inveni.
<
-«Mv
H^
Inveni Dà-
Alleluia, Sancti tui.
vid.
»Mv
as
k
Sancti tu-i, Dô-
Graduel : Haec dies. Fer. III post Pascha.
g^'a I M*w^'H ,
i-ni- mi-
Fer. VI, ibid.
c ■ ' 3 1 M^"ft^r.^
... nomine D6-
tantôt il est pris sur le mélisme d'accent :
Alléluia, Justi epulentur.
S b
.» A/n Jfl^p=
Al- le-
lu-
" A/n, ■% £
in las-
ti- ti- a.
3° Enfin il arrive que la musique se refuse à toute
transaction : elle porte tellement en elle-même tous les
éléments de son rythme, que le moindre changement
apporterait une perturbation considérable dans l'effet
produit. Il est impossible de signaler tous les cas où le
fait s'est présenté : il faudrait analyser tous les mor-
ceaux de chant. Les quelques exemples que nous allons
donner suffiront pour fournir aux lecteurs studieux le
moyen de se rendre compte de beaucoup de choses qui,
à première vue, paraissent des fautes énormes.
Nous voyons cette répugnance de la mélodie à se plier
à une transaction, dans le cas fréquent où le rythme
binaire est bien marqué par la répétition de groupes de
deux notes se suivant immédiatement, comme dans les
exemples suivants, pris parmi nos psaumes de com-
munion.
Intonation du 6" mode.
4-V
Qui lô-qui-tur justi- ti- am.
Médiante des S", 5' et 6' modes (p. 418-19).
S
: ■ a
pér-ci-pe Domi-ne.
misericôr-di-am tû- am.
On peut se reporter au premier tableau pour voir
comment les différents groupes de cette cadence, aussi
hien que de celle du 4e mode, sont attribués indistinc-
tement à des syllabes longues ou brèves, accentuées ou
non. C'est que les auteurs de ces cadences jugeaient
que la conservation du rythme était plus importante
que la soumission aux règles de la grammaire.
Voici une mélodie qui se rencontre souvent dans les
traits du 8e mode, et qui porte en elle-même tous les
éléments de son rythme : les trois groupes qui la com-
posent sont inséparables et ne souffrent aucun chan-
gement, ni par addition, ni par division. Quoique cette
mélodie soit basée sur ce type syllabique .'. salûtem,
le groupe du milieu recevra une pénultième brève si
elle se présente.
É=^
sa-
iudi-
^H-^m^
lii-
ci-
tem.
um.
Le cas le plus fréquent où la musique réclame impé-
rieusement ses droits et les fait prévaloir contre la
grammaire est celui des cadences formées d'après le
cursus plauus. Ici la règle est pour ainsi dire sans ex-
ceptions, lorsqu'il s'agit de cadences ornées ou mélis-
matiques : les cinq dernières syllabes sont attribuées
aux cinq derniers groupes. Notre planche de commu-
nions nous en donne de nombreux exemples dans les
finales de psaumes qu'elle reproduit, finales qui, comme
nous l'avons dit, procèdent du cursus planus, sauf
celle du 5e mode. En voici deux : on pourra faire le
même travail pour les autres.
fito
•/ -'•'A/. -.*'/... _-' >i _. r, - y -. - ■
3 .'„ y C ■■ »■< ... . ■ r -J ■• -
4Sfc onlbui l.'iimtt'
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fuurr* ^nfeXAXldlce-rrtt-CnmciAjn^f^TV Jfctfl»*
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1r. gfc Cf." *C 'Àfé'S* -3f*C. • m *
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A -- -î. Tff '-J
iMiÇr;'
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cor mr" l;r
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V... 'V *■
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/ /-i .y -■[■--
* . .-'■'. f J> /
-, f+iii ucrbr^-no-Ki. fit
■
. jt <n j>
ifl
1
" !
GRADUEL ET PSAUME DE COMMUNION
D'APRÈS LE MANUSCRIT D'EINSIELDEN
237 ACCENT (L*) DANS SES RAPPORTS AVEC LE PLAIN-CHANT
238
h
-Jt
^
fi — ■ — »**
dum non est qui rédimat neque qui sàl- vum fâ- ci- at.
:
-i-
Quoni-am diminùtae sunt veritâtes a fi- li- is hô- mi- num
Même pratique pour les cadences mélismatiques :
S
■ rtm.-jt=
ver-
fi- li-
ba e-
is hô-
T'My
XTX
rum.
num.
Il semble qu'après notre démonstration l'influence de
l'accent sur la formation des mélodies grégoriennes ne
peut faire de doute pour personne. En fait les artistes
qui nous ont légué ces admirables cantilènes ne se sont
affranchis des règles de l'accentuation que lorsque la
musique y était absolument rebelle. Faut-il leur faire un
crime de les avoir négligées dans ce cas, et les taxer de
barbarie et d'ignorance ? Nous ne le croyons pas, car ils
ne faisaient qu'appliquer un principe admis par les
grammairiens et les rhéteurs de l'antiquité, à savoir que
« la musique peut à son gré faire les syllabes longues ou
brèves ' ». Encore doit-on dire qu'ils ont fait un emploi
singulièrement discret de ce principe : nous pensons
l'avoir montré dans notre étude.
II. L'accent, signe graphique de la mélodie. —Après
tout ce que nous venons de dire sur les rapports intimes
de l'accent avec la mélodie, il ne doit pas paraître sur-
prenant qu'on ait choisi, pour représenter aux yeux cette
même mélodie, les signes employés par les grammairiens
pour représenter les différents accents du langage. Cette
théorie n'a rien que de raisonnable à priori, et l'étude
des monuments n a fait que la confirmer, de sorte que,
de nos jours, il n'est personne qui ne 1 admette.
Il n'entre pas dans le cadre de cet article de rappor-
ter toutes les théories fantastiques oui ont été hasardées
sur l'origine des neumes; ces théories provenaient de ce
qu'on faisait fausse route. On étudiait les neumes en eux-
mêmes, ou bien on les comparait aux notations de dif-
férents pays : la véritable voie était entre ces deux ex-
trêmes. Étudier les neumes en eux-mêmes ne pouvait
donner aucun résultat; on peut s'en convaincre en exa-
minant la planche qui accompagne cet article, ou en-
core celle qui se trouve a l'article Absoute. Les compa-
rer aux autres notations ne pouvait que mettre sur une
fausse piste, car chaque pays a noté sa musique d'après
son génie particulier. Aussi le résultat fut-il absolument
négatif, et on proclama que les neumes étaient des hié-
roglyphes indéchiffrables.
Il restait une troisième manière : c'était d'étudier les
manuscrits notés sur lignes, en commençant par les
plus récents, dont la lecture n'offre aucune difficulté,
puis de remonter de siècle en siècle jusqu'au moment
où la notation sur lignes et la notation sans lignes se
confondent. On est arrivé ainsi à reconnaître qu'une
tradition invariable donne au même signe neumatique
une même signification qui indique, non la hauteur re-
lative de chaque son, mais la direction ascendante ou
^descendante de la mélodie. Ceci pouvait déjà faire pres-
sentir la véritable origine des neumes ; l'examen atten-
tif des éléments qui composent ces figures si singulières
à première vue a fait conclure que ces éléments ne sont
4 Quintilien, Instit. orat-, ix, 4.
autres que les accents employés par les grammairiens,
aigu ', grave N et circonflexe ". Des textes d'auteurs du
moyen âge ont depuis confirmé ces conclusions. L'exemple
que nous allons donner montrera suffisamment la légi-
timité du procédé. La partie inférieure de la planche ci-
contre reproduit le fac-similé du graduel du troisième
dimanche de l'Avent, extrait du même manuscrit que
les psaumes de communion qui sont à la partie supé-
rieure. Nous en donnons la traduction sur lignes, en
surmontant chaque groupe de notes du neume corres-
pondant. Il est bon de faire remarquer que notre tra-
duction est confirmée par une tradition unanime de plu-
sieurs siècles, consignée dans des manuscrits de toute
provenance.
.•//tr/. /
- /■•■ -f y / S:*
U ' 1KllN
5V
1 a *^hû
Qui se-des domi- ne su- per che- ru-bim
u
*
£
MSi^j i vfl^ r»u tï^Ssr*
exci-ta po-tentiam tu- am
■ t^./ryf.-
/_
2 kr
ve- ni.
Examinons d'abord les passages syllabiques, c'est-à-
dire ceux où une syllabe n'est surmontée que d'un signe :
nous trouvons que ces syllabes peuvent être marquées
par deux signes différents : une ligne inclinée de gauche
à droite dans une direction ascendante, et une sorte de
point allonge, ou de ligne horizontale très courte. Quelle
est la raison de cette différence? Un disciple des théories
modernes dirait : c'est pour distinguer les syllabes accen-
tuées de celles qui ne le sont pas. Mais comment expliquer
alors que dans domine la première syllabe, qui est ac-
centuée, et la dernière, qui ne l'est pas, sont surmontées
du même signe, tandis que dans jwtentiam les syllabes
po et ti, qui ne sont pas plus accentuées l'une que
l'autre, sont marquées de signes différents ? En y regar-
dant de près, on arrive à reconnaître ceci : 1° la ligne
horizontale indique une note plus basse que celle qui
précède ou qui suit immédiatement, v. g. qui, plus bas
que la première syllabe de sedes, et dans potentiam, ti,
plus bas que la seconde note de la syllabe précédente;
2° la ligne oblique indique une note plus haute que la
note précédente ou que la suivante, par exemple ru
dans cherubim, se trouve dans un mouvement ascen-
dant; 3° l'une et l'autre indiquent aussi le même degré
que les notes immédiatement avoisinantes, suivant que
ces notes sont elles-mêmes horizontales ou obliques,
comme do dans domine, ci dans excita. Nous concluons
de cette triple observation que la ligne oblique désigne
une note plus élevée, tandis que la ligne horizontale
désigne une note plus basse. Après ce qui a été dit sur
la nature de l'accent, on n'aura pas de peine à recon-
naître dans cette ligne oblique l'accent aigu des gram-
mairiens, tracé de gauche à droite / et indiquant par sa
direction même le mouvement ascendant de la mélodie.
Mais qu'est-ce que l'autre ? L'examen des neumes com-
posés de plusieurs signes va nous mettre à même de ré-
pondre à cette question. Le premier de ce genre qui se
rencontre dans notre graduel est sur la première syl-
labe de sedes : c'est un groupe composé de deux signes,
qui a toujours et partout été traduit par deux notes for-
mant un groupe ascendant. Nous connaissons déjà le
239
ACCENT
ACCLAMATIONS
240
«second de ces signes : c'est l'accent aigu, qui indique
une note relativement plus élevée; si nous examinons
l'autre signe, qui, ici, indique la note inférieure, nous
^errons qu'il se compose d'une ligne oblique dirigée
comme l'autre de gauche à droite, mais, cette fois, dans
une direction descendante. Il n'est pas nécessaire de
faire un grand effort d'imagination pour y voir l'accent
grave des grammairiens, et cette supposition devient une
certitude, si l'on remarque que, dans tous les groupes
composés, la ligne oblique ainsi tracée indique con-
stamment une note inférieure. Nous la retrouvons dans
le groupe rf qui surmonte la seconde syllabe de super,
où, cette fois, la note inférieure est la seconde, ce qui a
porté le scribe à en modifier un peu la direction, afin
de simplifier l'écriture. La seconde syllabe de sedes
nous présente le dernier groupe étudié répété deux fois,
tandis que le dernier groupe attribué à la conjonction
et n'est autre que la répétition du premier groupe de
sedes. Dans l'un et l'autre cas, la transcription tradition-
nelle sur lignes vérifie cette interprétation.
Ce même accent grave est facilement reconnu dans la
note médiane du groupe qui accompagne la dernière
syllabe du mot excita. Il faut aussi le reconnaître dans
la première et la troisième note du groupe de che dans
cherubim, quoique la ligne soit considérablement rac-
courcie; la transcription sur lignes l'indique, et il n'est
pas probable qu'on ait voulu employer un signe spécial
dans ce cas, lorsqu'on en possédait déjà un. La raison
qui a fait ainsi raccourcir l'accent grave est cette ten-
dance à simplifier qui se rencontre partout; quand on
tient une plume d'une certaine façon, on trouve plus de
difficulté à tracer une ligne oblique dans le sens des-
cendant que dans le sens montant, alors on la fait le
plus court possible. Des manuscrits écrits dans d'autres
pays où l'on tenait la plume d'une autre manière nous
montrent au contraire l'accent aigu raccourci, et le
groupe qui, dans les manuscrits de l'école san-gal-
lienne, est écrit ainsi // , se présente ailleurs sous cette
forme "]. La plupart des manuscrits cependant montrent
cette tendance à raccourcir l'accent grave, et cette re-
marque nous amène à reconnaître la véritable origine
de la courte ligne horizontale qui surmonte les syllabes
isolées, lorsqu'elles appartiennent à des notes inférieures,
et aussi du point par lequel les notes les plus basses
sont indiquées dans les groupes à éléments divisés,
comme celui qui est composé des cinq dernières notes
de notre graduel. Cette ligne ou ce point ne sont autres
que l'accent grave raccourci, et, dans le cas du point, ré-
duit à sa plus simple expression. D'ailleurs les manuscrits
eux-mêmes nous en donnent la preuve, car ce groupe /-\
composé suivant nous d'un accent aigu et de deux ac-
cents graves, se trouve écrit dans certains manuscrits
de celte manière /} , qui est évidemment un procédé pour
représenter deux accents graves se suivant dans le
même sens, tandis que le groupe contraire /où les ac-
cents graves précèdent l'accent aigu, est représenté
ainsi qu'il suit dans les manuscrits d'origine lom-
barde^).
La conclusion qui se dégage de tout ceci est que la
notation neumatique tire son origine des accents gram-
maticaux, et qu'il faut reconnaître deux éléments à cette
origine, l'accent aigu ' et l'accent grave '. Il est inutile
d'y ajouter un troisième élément, le point, comme plu-
sieurs croient devoir le faire, car le point n'est qu'une
modification de l'accent grave.
Nous dirons, à l'article Notation, comment les neumes,
en se transformant peu à peu, sont devenus les notes
modernes; il suffira de donner ici un tableau des
'Liv., 1. XXXI, c. xv; Pline, In paneg., c. lxxiii. — «Capi-
tolin, In Maximinis, c. xvi et xxv; In Gordianis, c. xi; Vo-
pisc, In Tacito, c. rv, 547, etc. Cf. Gruter, Corpus inscriptio-
num, 1707, Index xvi, p. lxxii, lxxiii; Orelli, Inscriptionum
neumes simples, avec leur équivalent en notation
carrée.
Punctum, ou accent grave (g.).
Virga, ou accent aigu (a.).
Podatus (g. a.).
Clivis (a. g.).
Torculus (g. a. g.).
Porrectus (a. g. a.).
Scandicus (g. g. a. ou g. a. a.).
Climacus (a. g. g.).
/
â
y
//
a
Tous les autres groupes ne sont que des combinaisons
de ces six groupes élémentaires. Nous ne parlons pas
ici des signes d'ornement (quilisma, oriscus, etc.) qui
demandent à être traités dans un article à part.
Comme bibliographie nous renverrons surtout à l'ou-
vrage de dom .T. Pothier, Les mélodies grégoriennes
d'après la tradition, Tournay, 1880; et à la Paléogra-
phie musicale, Solesmes, 1889-1894, t. I, m et iv, où
l'on trouvera toute la littérature du sujet.
Plusieurs ouvrages ont résumé ou mis en œuvre les
principes développés par dom A. Mocquereau dans la
Paléographie. Nous citons les principaux : Eléments of
plain-song, Londres, 1895; publication de la Plain-
song and médiéval music Society; P. Wagner, Ein-
fulirung in die grcgorianischen Mélodie», Fribourg,
1895 (lre édition); Gregorian music, par les Bénédictines
de Stanbrook, Londres, 1897; enfin M. Jules Combarieu
a donné une intéressante histoire de la question de
l'origine des neumes au xixe siècle dans un volume in-
titulé Théorie du rythme dans la composition moderne
d'après la doctrine antique, Paris, 1897.
A. Gatard.
ACCEPTIO. Voir Epiphanie.
ACCIDENTS. Voir Modes.
ACCLAMATIONS. - I. Sens primitif. II. Acclama-
tions dans les conciles, pour les élections et les réceptions
des évéques, pour le sacre des empereurset des rois. III.
Acclamations sous forme d'inscriptions et acclamations
des martyrs. IV. Geste d'acclamation. V. Acclamations
liturgiques. VI. Admonitions du diacre ou des ministres
avec acclamations et annonce des fêtes. VII. Bibliographie.
I. Sens primitif. — Acclamatio et adclamatio, en
grec : èmçùvrio-tÇ) ou irpo<Tçiôvr,<Ti;, TrpoCTsrovrjua, signifie
un cri, une clameur, surtout le cri d'une foule qui
approuve, ou qui félicite1. L'usage de ces acclamations
était fréquent dans la Rome païenne : la foule applau-
dissait des mains et acclamait de la voix. 11 devint
plus fréquent encore sous les empereurs; ces accla-
mations furent organisées, et quelquefois modulées 2.
Celles-ci par exemple : Auguste Claudi, Du te nobis
prsestent (dictum sexagies) 3. Vivas, /lurent, valeas,
vincas, multis annis imperes «•. Plus rarement Vaccla-
matio est prise en mauvaise part comme désappro-
bation. (Dans ce cas le mot grec correspondant est
àvTi:puivr,(Tt;, 8iaf(ivï]<ji;.) Il en existe un exemple clas-
sique dans Cicéron, qui interrompt un de ses discours
pour se plaindre de ces cris5. Un autre exemple, plus
curieux encore et plus intéressant pour nous, est celui
qui est cité dans la Passio sancti Savini : Maximiano
Augusto, quindecimo kalcndas maii, in circo Maximo...
pars major populi clamabant dicenles : C/iristiani
tollantur! dictum est duodecies. Per caput Augusti,
Chrisliani non sint! Spectantes vero Hermogcnianum
latinarum selectarum amplissima collectio, in-8% Zurich, 1828,
t. H, p. 831. — 3Trebell. Pollio, Claude, iv. — 'Lampride, Alex.
Sev., x. — *Pro C. Rab., c. vi. Cf. Forcellini, Tolius latinitatiê
lexicon, au mot Acclamatio.
241
ACCLAMATIONS
242
greefectum Urbis, item clamaverunt decies : sic Au-
puste vincas, voces nostras a prœfecto inquire!... Et
statim discesserunt omnes una voce dicentes : Auguste
tu vineas, et cum Diis floreas i ! Ces acclamations voci-
férées dans le cirque par la foule, et répétées un certain
nombre de fois dont le chiffre est noté, comme dans
plusieurs textes anciens, leur forme même, ont été rele-
vées à juste titre par Marini, De Rossi et Le Blant, comme
un des traits incontestables de l'antiquité de ces actes 2.
Comme figure de rhétorique Yacclamatio ou épipho-
nème, èmaxovïijia, est une exclamation, un cri de sur-
prise, d'admiration. Dans la langue française, le terme
ne se prend qu'en bonne part, d'une personne qu'; l'on
acclame.
Il y avait aussi l'acclamation aux prédicateurs, mos
acclamandi, très fréquente dans l'antiquité. Selon Ca-
saubon, l'habitude d'acclamer passa du théâtre au sé-
nat, du sénat aux églises3. Nous traiterons de ces accla-
mations au mot Prédication.
On verra dans les paragraphes suivants les différentes
significations qu'a prises ce terme dans l'antiquité chré-
tienne et au moyen âge.
II. Acclamations dans les conciles, pour les élec-
tions ET RÉCEPTIONS D'ÉVÊQUES, POUR LES SACRES DES
empereurs et DES rois. — L'usage de ces acclamations
laudatives s'est conservé dans ces diverses circonstances,
et on les entremêle parfois à des acclamations d'un
caractère plus liturgique.
Le plus ancien exemple, à notre connaissance, est celui
de l'élection du pape Fabien, au milieu du me siècle :
« Le peuple, nous dit Eusèbe, transporté de joie, s'écria
comme d'une seule voix : « Il est digne. » On s'empara
alors de Fabien, on le mit sur la chaire de l'épiscopat*. »
Saint Augustin nous donne des détails plus complets
sur l'élection d'Héraclius qu'il proposa comme son suc-
cesseur : A populo acclamatum est deo GRATIAS,
CBRISTO laudes : dictum est vicies terties. EXAUDI
CHRISTE, augustino vwa, dictum est sexies decies.
TE patrem, te episcopum, dictum est vicies ; bene
MERiTUS, bene bignvs, dictum est quinquies ; bignus
et justus est, dictum est sexies... jvbicio tvo gratias
agimds, dictum est sedecies ; fiai, fiât, dictum est
duodecies; te patrem, eraclwm episcopum, dictum
est sexies... et les acclamations se renouvelèrent ainsi
plusieurs fois durant le discours de saint Augustin5.
Si l'on voulait suivre l'interprétation de deux commen-
tateurs d'Eusèbe, Scaliger et Valois, il faudrait citer ici
le texte curieux d'Hégésippe. Lorsque saint Jacques,
appelé le frère du Seigneur, allait au martyre, il fut
salué par ces cris : 'ûaawà tô> vl& Aaê:S 6. Mais ici ces
mots s'adressaient au Seigneur que le saint glorifiait
par son martyre, et non à saint Jacques. Cette inter-
prétation me paraît plus conforme au contexte et à la
tradition liturgique. C'était du reste la coutume de sa-
luer les évéques et les prêtres de ces acclamations, au
' Passio sancti Savini episcopi Assisinatis, dans Baluze,
Miscellanea, t. i, Monumenta historica tum sacra tum pro
fana, Lues, 1771, p. 12. Dans son remarquable mémoire, La
lettre de Pline au sujet des chrétiens, dans la Revue archéologi-
que, 1876, t. xxxvi, p. 119 sq., M. G. Boissier a ignoré ce texte, qui
vient bien à l'appui de sa thèse. — !Le Blant, Les Actes des
martyrs (extrait des Mémoires de l'Académie des inscriptions
et belles-lettres, t. xxx 6, in-8", Paris, 1882, p. 186-188. —
3Casaubon, dans ses notes sur les écrivains de l'Histoire Au-
guste (In Vulcat. Gallican., Vita Avidii Cassii), cf. Suicer, Thé-
saurus ecclesiasticus e Patribus grœcis, t. n, p. 173, au mot Kpo-roç :
cf. aussi Ferrarius, Deritu sacrarum Ecclesix concionum, 1. B.
c. xvm, Veronae, 1731, et Bingham, The antiquities of the
Christian Church, 1. XTV, c. iv, dans The works of Bingham,
id-8', 1855, t. v, p. 169. — * Eusèbe, H. E., 1. VI, c. xxrx,
P G., t. xx, col. 588, 589, et la note de Valois sur ce passage. —
Ct. Martène, De antiquis Ecclesix ritibus, in-fol., Bassani, 1788,
t. il, p. 26; Thiers. Dissertations sur les autels, les jubés, etc.,
c. xv, in-12, Paris, 1688. — 6S. Augustin, Epist., ccxn (al. ex),
moins en certains pays. Voici en effet ce que raconte le
moine Antonin : Ibi (in civitate quadam Arabise) oc-
currerunt nobis mulieres cum infanlibus, palmas in
manibus tenentes, et ampullas cum rafano oleo; quae
prostratee pedibus nostris, ungebant plantas nostras, et
capxta nostra, lingua œgi/ptiaca psallentes antipho-
nam : benedicti vos a domino et benebictus adven-
tus vester bosanna in excelsis ■>. Saint Jérôme
semble faire allusion au même fait : Videant ergo epi-
scopi et quanlumlibet sancti homines, cum quanto
periculo dici ista sibi patiantur : si Domino cui vere
hoc dicebatur (quia needum erat solida credentium
fides) pro crimine impingitur 8.
Voici maintenant l'acclamation introduite dans le ser-
vice liturgique. Nous lisons dans plusieurs liturgies an-
ciennes des rubriques comme celles-ci, dans l'ordination
des évêques : Diaconus : Dicanius omnes intente : ky-
rie. Populus : bignus, dignus, dignus. MULTOS an-
nos9. Omnes dicunt alta voce : dignus est (talis) ut
SIT SACERDOS IN ECCLESIA SANCTA CATBOLICA ET APO-
STOLICA, QUM EST IN CIVITATE (tali), ET CBARITAS
CBRISTI IN PACE DEI. AMEN10.
Les acclamations avaient lieu aussi parfois dans la
cérémonie de la dégradation. C'était une sorte d'impré-
cation ou d'anathème, lancé par le prêtre, à la messe,
après le Pater li.
Pour le couronnement des empereurs ou des rois et
des reines, elles gardaient leur caractère laudatif :
Cantores : Exaudi Christe. Schola : Domino nostro
(ill.) a Deo decreto summo Pontifici et universali Pa-
pas vilam. Cantores : Exaudi, Christe. Schola : Exaudi,
Christe. Cantores : Salvator mundi. Schola : Tu illum
adjuva... Domino nostro (ill.) Augusto, a Deo coro-
nato magno et pacifico imperatori vitam. Cantores :
Exaudi, Christe... Schola : Exercitui Francorum, Ro~
manorum et Teutonicorum vitam et victoriam... Can-
tores : Christus vincit, Christus régnât, Christus im-
perat. Rex regum. Rex noster. Spes nostra, Christus
vincit. Gloria nostra, Christus vincit. Misericordia
nostra, Christus vincit. Auxilium nostrum, Christus
vincit. Fortitudo nostra, Christus vincit. Liberatio et
redemptio nostra, Christus vincit. Arma nostra, Chri-
stus vincit. Lux, via et vita nostra, Christus vincit. Ipsi
soli imperium, gloria et potestas per immortalia sse-
cula. Amen, etc. 12. Ou encore sous forme litanique :
S. Maria, Tu illum adjuva. S. Michael, Tu illum ad-
juva, etc. 13.
Le missel de Leofric contient pour le sacre des rois
cette rubrique : Tune dicat omnis populus cum epi-
scopo tribus vicibus : vivat rex (iil.) in sempiternum.
amen. Et osculant (eum) principes dicentes : AMEN,
amen, AMEN u. La plupart des livres liturgiques anciens
renferment des expressions semblables.
Sous cette forme de laudes ou louanges, les acclama-
tions sont d'un âge postérieur et d'un caractère un peu
P. L., t. xxxni, col. 966 sq. — « Eusèbe, H. E., 1. II, c. xxni,
P. G., t. xx, col. 200, 201. — 1 1tinerarium hierosolymitanum,
P. L., t. lxxh, col. 913. — 8 S. Jérôme, In cap.xxi Matthœi, P.
L., t. xxvi, col. 158. — * Ritus ordinationis Alexandrini Jaco-
bitarum patriarchse, dans Benaudot, Liturgiarum orientalium
collectio, 2« éd., in-4-, Francof. ad M., 1847, t. i, p. 454. Cf.
d'autres exemples dans P. L., t. cxxxvm, col. 888-902, 1112 sq.,
et surtout Du Cange, Glossarium medix et infimx latinitatis, au
mot Laus, qui donne de nombreuses références. — 10 Martène, De
antiquis Ecclesix ritibus, in-fol., Bassani, 1788, t. n, p. 119. —
11 Martène, ibid., t. u, p. 321. — "Martène, ibid., t. n, p. 207;
cf. p. 214. — >3 Martène, ibid., t. n, p. 304, 305. Cf. Gerbert, Mo-
numenta veteris liturgix Alemanise, Typis San-Blasiani, 1779,
t. il, p. 105, 110; Bona, Rerurn liturgicarum, éd. Sala, Augustae
Taurin., 1749, t. m, p. 117; Muratori, Opère, Arezzo, 1773, t. xni,
part. 3, p. 109 sq. Une partie de ces acclamations sont reproduites
dans P. L., t. cxxxvm, col. 888, 902 sq. — "T/ie Leofric missal
as used in the cathedral of Exeter A. D. i050-iO12, édit.
par F. E. Waren, in-4% Oxford, 1883, p. 231.
243
ACCLAMATIONS
244
différent des acclamations vraiment liturgiques. Voir
Laudes. Celles d'un manuscrit liturgique de Besançon
remonteraient, si l'on en croit l'éditeur, au vne siècle;
mais cette date ne nous parait rien moins que cer-
taine. La forme de cette pièce se rapproche du reste
de celles que nous avons déjà citées1.
Ces acclamations sont aujourd'hui à peu près tombées
en désuétude en Occident. Mais l'Église grecque, qui a
porté si loin l'esprit conservateur en liturgie, les a gar-
dées; nous les retrouvons dans son Synodicon sous trois
formes :
Les àvaBÉjxata qui sont des affirmations de la foi et des
condamnations contre les hérétiques, comme celle-ci :
'Lipiyévet, Euaypiw ts y.a\ Ai8-ju.m, aùv zû> Mo'{/oueoma-
te ©euowpco xa'iraï; aùrtôv P'/.aaçrijioi; Sioatrxoùiai;, 'Avâ-
6eu.a. y'.
KJpaj, Sspyia), nûppo), IlaûXw xai toi; crùv au-roïç, 'Avâ
8E(j.a. y', etc.
Les |j.axapi(T[Aol ou Altovîat ou u.vy|U.ï] (souhaits de vie
éternelle, béatitude, souvenirs), par exemple : 2-recpâvou
toû ôo-tou.ctpTupoç y.a\ ôu,oXoyï)Toû, toO véou, Alum'a t| |av7ju.t).
y'. 'Iyvan'ov, 'Icoetvvou, NtxoXâou jtat Tstopysou, tûv tpiç
oXëîwv T|(j.o),oyrir(i)v y.ai ap-/iciriTxÔ7;(i>v, xa\ i;âvT(i>v rôiv-
ôu.03p0VT]<râv,rti>v a-jToti;£Uti7xÔ7t(i)v. A:»i>v:ar, u.vr.u.r,. y'., etc.
Enfin, les noX-j/pâvux (souhaits de longue durée, de
longue vie) qui correspondent bien à nos laudes et qui
sont des voeux en l'honneur des empereurs et des pa-
triarches. L'expression la plus ordinaire de ces vœux est
lelle-ci : Etç iroXXov; y.a'i àyaBoùç ypôvouç, ou : Eîç
uoXXà et/], Séffirora, qui était modifiée suivant les cir-
constances 2. Voici les formules que donne Codinus :
Ad ultimum canonarcha posl Icctioncm sic profntur :
Diuturnuin facial Deus prscpotens et sanctum impe-
rium vestrum ad multos annos. Diuturnum faciat
Deus a Deo acceptum et a Deo cuslodilum prmpolens
ac sanctum imperium vestrum ad multos annos.
Deinde acclamant circum s tantes : Diuturnum faciat
Deus sa ; um imperium vestrum ad multos annos...
Circa lesperarum horam, quando imperator se ad
officium confert, omnes cantore.< et lectores multos
annos ecclesiam aggrcdienli apprecantur (7toX\jypovt-
Çouti tôv pxCTiXIa) et simul ac sumptis in throno vesti-
bus conspicuus fit, stalim canlor^s accinunt polychro-
nium (s'jôù; iJ'âXXouo-iv tb uoXuxpôviov), resonantibus
organis... Deinde nomina imperatorum et impera-
tricum bonis precationibus afficiuntur (eïxa ytverat t|
eûçripua — ce nom est employé quelquefois comme syno-
nyme de polychronium — t<5v ôvoixâtuv t<5v (3aatXs<i>v
xoù Ttôv Star.oivGyt) 3.
L'Église russe conserve encore aujourd'hui la tradi
lion de ces u.axapi<7u.ot, TroXuypôvta ou e-jçr)u.cat. Nous
n'en donnerons que cet exemple 4 :
A ceux qui croient que les princes orthodoxes ne doivent pas
leur trône à une particulière bienveillance de Dieu à leur endroit,
et que lors de leur sacre ils ne reçoivent pas les dons de l'Es-
prit-Saint pour bien remplir leur noble mission, et qui par suite
osent, ainsi que Grégorius Otrépévius, Johannès Mazeppa et
d'autres, susciter contre eux des séditions et des révoltes, Ana-
theme (trois fois).
Pour tous ceux qui, par leurs paroles, leurs écrits, leurs ensei-
gnements, leurs souffrances et leur vie sainte ont combattu pour
la vraie foi, comme aussi aux protecteurs et défenseurs de l'Église
du Christ, que l'Église célèbre chaque année leur mémoire et dise
publiquement :...
Ici l'on chante l'Atuvi'a vj u.vr,;j.r), comme dans les
u.axap;<ru.oi.
Au très pieux et grand monarque et empereur Pierre I", Sou-
venir immortel (trois fois).
1 P. L., t. lxxx, col. 411. — *L. Allatius, Examen Tri", lu,
n. 144-193, et De dominicis et hebdom. grœc, n. 15; Codinus,
De officiis Constantinopolitanis, c. xv, P. G., t. CLVTI, col. 97;
Constant. Porphyrogénète, De cxremoniis aulx byzant., 1. 1,
c. xxvm, P. G., t. exil, col. 396, et Nilles, Kalendarium.
Au très pieux monarque et empereur Pierre U, Souvenir im-
mortel (trois lois).
Aux très pieuses et nobles princesses et impératrices Catharina
Alexiewna, Anna Ivannowna, Elisabeth Petrowna, Souvenir im-
mortel (trois fois).
Et pour les autres membres de la famille impériale et tous ceux
qui descendent des grands-ducs de Russie, Souvenir immortel
(trois fois).
A la très pieuse et sérénissime souveraine (on la nomme) qui
embrasse avec ardeur et défend la religion chrétienne et protège
l'Église du Christ, accordez, Seigneur, félicité, paix, santé et
salut, bonheur dans toutes ses entreprises, victoire sur tous ses
ennemis et qu'elle reçoive Multos annos. — Le choeur : Multos
annos (neuf fois).
A la très religieuse famille impériale, Multos annos. — Le
choeur : Multos annos (trois fois).
Au très religieux Corps législatif, aux généraux et gouver-
neurs des villes, à l'armée chrétienne, Multos annos. — Le
choeur : Multos annos (trois fois).
Dans les conciles nous retrouvons des acclamations
comme pour les élections d'évèques. A la fin de la pre-
mière action du concile de Chalcédoine, les évêques
poussent ces acclamations : Sanctus Deus, sanctus im-
mortalis, miserere nobis ; multos annos imperatoribus ;
— Impius semper fugit. Dioscorum Christus déposait,
homicidam Christus deposuit; — Hsecjusta sentenlia :
hoc juslum Concilium; — Martyres Deus vindicavit1*.
A la fin de la seconde action ils acclament ainsi : Nos
itacredi»ius(omnesitacredimus,sicutLeoitacredimus);
— Noslrum nullus dubitat, nos jam subsoipsimus; —
Pro palribus pelimus, patres synodo reddite; — Has
voces imperatori, has preces catholico, has preces Au-
gustse; — Omnes peccavimus omnibus indulgeatur*.
A la fin de la quatrième : Unus Deus qui hoc fecit.
Multi anni imperatorum : magnorum imperatorum
multi anni, etc., omnes consenlimus, omnes acquiesev-
'fixus, omnes similiter credimus 1.
Des acclamations analogues sont jetées à la fin de la
sixème action.
Au IIIe concile de Constantinople (G80), à la fin de la
huitième action, le synode acclame en ces termes :
Constantino magne imperatori multos annos; —
Orthodoxo imperatori multos annos ; — Conservatori
orthodoxse fidei multos annos; — Pacifico imperatori
multos annos; — Novo maqno Constantino imperatu.i
multos annos; — Novo Theodosio imperatori multos
annos; — Nos famuli imperaloris, Agathoni ortho-
doxo Papas Romano multos annos, etc. 8.
Au IIe concile de Nicée (787), à la seconde action, îe
synode s'écrie: Deus conservet pios iniperatores nostros.
Après la profession de foi de Tarasius: Tota sacralissima
synodus ita crédit, ita sapit, ita dogmatisât. Et lorsque
les légats de Rome demandent si le concile approuve la
lettre du pape, les évoques s'écrient : sequimur et sus-
cipimus et aihniltiiinis9.
Des acclamations de même genre sont poussées au
IVe concile de Constantinople, à la fin de chaque action ;
au concile de Tolède, en 633, et dans un grand nombre
d'autres, qu'il serait trop long de citer, jusqu'au concile
de Trente qui reprend cette tradition (XXXV* session).
La question de savoir si ces acclamations sont per-
mises dans les simples synodes a été discutée, mais
d'après l'usage elles sont au moins tolérées.
III. Acclamations sous forme d'inscriptions. — Ces
acclamations sont pour la plupart tirées d'inscriptions
antérieures au iv« siècle. La plus grande partie sont des
inscriptions funéraires, gravées sur les marbres des tom-
beaux, ou des graffiti écrits sur les murs des catacombes,
quelques-unes sont représentées sur d'anciens verres;
manuale, Innsbruck, 1897, t. i, p. 361, 362; t. H, p. 109-116. —
'Codinus, loc. cit., c. VI. — * Nilles, loc. cit., t n, p. 117. —
"Mansi, Sacror. conciliorum amplissima collectio, Florer.tiaB,
1765, t. vi, p. 935. — • Ibid., p. 975. — 1 1bid., t. vu, p. 47-50; cf.
t. ix, 229, 346, etc. — » Ibid., t. xi, p. 346. — »/bid.,t. xn.1052, 1085>
!45
ACCLAMATIONS
246
.'autres sur des anneaux ou amulettes, ou objets quelcon-
ues. La première classe est fort nombreuse ; on en trou-
era la collection complète dans nos Monumenta litur-
<ica, t. i. Nous en donnerons ici un certain nombre, car
lies ont une véritable importance; plusieurs présentent
ine forme liturgique et sont un témoignage anténicéen
e la prière pour les morts.
VIBAS IN DEO ET ROGA*.
ORA PRO PARENTIBVS TVIS 2.
PETE PRO PARENTES TVOS'.
PETE PRO FILfiis tuis] *.
PETE PRO CELSINIANV COIVGEMB.
PETAS PRO SORORE TVA 6.
PETAT PRO NOBIS '.
PETE PRO NOS VT SALVI SIMVS».
TV PETE PRO EOS9.
ANIMA MELLEIA '<>•
ANIMAE INNOXH.
ANIMAE INNOCENT!".
ANIMAE INNOCENTISSIMAE IN PACE 13.
PALVMBA SINE FELE '4.
PRO HVNC VNVM ORAS SVBOLEN QVEM SU-
>ERSTITEM RE[li]QVISTMS.
SALTEM QVOD SVPEREST ORO SCIO NAMQVE
beatam] 16.
CHRISTVS SPIRITVM [tuum] IN PACE ET PETE
>RO NOBIS*1.
SPIRITVS TVVS BENE REQVIESCAT IN DEO
>RO SORORE TVA is.
CVIVS SPIRITVM IN REFRIGERIVM SVSCIPIAT
JOMINVSi».
CIPHNH TOIC TTAPArOYCIN KAI MN[r)o-]KOM£-
vIOIC nEPI HMCON 20.
£IPHNH TOIC TTAPArOYCIN TTACIN AnO TOY
DEOY 21.
EIPHNH ÏÏACI TOIC AAeA<j)OIC 22.
GIPHNH TTACH TH AA£A<P[oY,-,t]I KAI Ofcotc]...2*.
[èv] EIPHNH |f,] KO[cu.ï]<ti<; a-J-coi] (?) 2i.
TEKNA TEIMHTA EN IPHNH TOY OEOY2».
EKYMHOH EN EIPHN[r)]26.
AGNVS SINE MACVLA21.
AGNEGLVS (i. e. agnellus) DEI28.
TAC EYAOHAC TOY XY ECOIONTEC2».
PAX TECVM30.
TE-QVN-PACAE si.
* Boldetti, Osservazioni sopra i cimeteri de santi martiri ed
intichi crisliani di Roma, in-fol., Roma, 1720, p. 418. — *Mu-
•atori, Novus thésaurus veter. inscriptionum, Mediolan., 1739-
1742, p. mdcccxxxiii, n. 6. — ' Maffei, Muséum veronense, in-fol.,
Veror.us. 1729, p. cclxiv, n. 13. — * Oderico, Sylloge veterum in-
teriptionum, in-4% Romae, 1765, p. 262. — s Oderico, Sylloge,
). 263. — 'Marangoni, Délie cose gentilesche e profane tras-
oortate ad uso ed ornamento délie chiese, in-4", Roma, 1744,
3. 159, 456. — ' Oderico, loc. cit., p. 343. — 8 Marangoni, De
lœmeterio sanctorum Thrasonis et Saturnini, in-4% Romae, 1740,
d. 90. — "Oderico, loc. cit., p. 344. — 10Fabretti, Inscriptio-
iuiii antiquarum explicatio, in-fol., Romae, 1699, p. 576,
a. 163. — " Ibid., loc. cit., p. 576, n. 65. — "Ibid., loc. cit.,
a. 163. — i3Ant. Mai'., Lupi Dissertatio et animadversiones
%d nuper inventum Severx martyris epitaphium, in-fol., Pa-
Qormi, 1734, p. 39. — fl Marangoni, Acta sancti Victorini, in-4%
Romae, 1740, p. 120. — ,5 Marini, Iscrizioni antiche délie ville e
pallazi Albani, in-4% Roma, 1785, p. 189. — "> Marini, Gli atti
e mouumenti de' fratelli Arvali, in-4% Roma, 1795, p. 266. —
"Marangoni, Cose gentil., p. 456. — ™ Marini, Atti, etc., p. 362.
— iU Muratori, Novus thés., p. mdccccxxii, n. 1. — *a Bulletin de
correspondance hellénique, t. vi, p. 518. — " Corpus inscrip-
tionum grxcarum, t. iv, n. 9266. — ï! Journal of hellenie studies,
t. iv, p. 429. — *3Bull. de corr. hell., t. xvn, p. 275. — *» Corp.
tnscr. grsec, t. IV, n. 9274. — "Rossi, Romasotterranea, 1. 1, p. 160.
— !6 Le Bas et Waddington, Voyage archéologique en Grèce
et Asie Mineure, in-4% Paris, p. 462. — "Boldetti, Osservazioni,
p. 408. — *» Perret, Les catacombes de Rome, Paris, 1852,
t. VI, p. 149. — "Desbassyns de Richemont, L'art chrétien
TECVM PAX CHRISTI32.
QVIESCIT IN PACE AETERNA".
IN PACE REQVIEVIT 3*.
DORMIT IN SOMNO PACIS35.
PAVSAT IN PACE 36.
REQVIESCIT IN PACE 37.
VIVAS IN PACE3S.
RAPTVS ETERNE DOMVS39.
IN PACE ET REFRIGERIVM *o.
IN PACE... ET IN DOMO ETERNADEI»».
TTICTOC EK niCT00N*2-
IN PACE ET BENEDICTIONE".
INTER SANCTOS*i.
PAX CVM ANGELIS«5.
TH TH AEAC0KEN THN KONIN TOY CC0MATOC
XPICTCO TCO ©EGO TAC IKECIAC G0C ETTI ACI
OYCA*6.
[Ylaos5o-x.û>\xtw àJNACTACIN [vExpùv xai ïto-^v toù uiX-
Xovto; a;]C0NOC-AM[r,v]".
ONHOEICIN TO THC ZC0HC MEPOC*».
O OEOC ANATTACH THN YYXHN COY METATC0N
AIKAIG0N «.
AITG0N AYCIN nOAACON CcpAAMATCON s».
YÏÏEP CC0THPIAC KAI AcpECECOC AMAPTI60N si.
AC0C AcpECIN AMAPTIC0N 52.
EPC0TA YÏÏEP HMCON ".
nAPOPCON TA TTAIMEAHMATA TA €N TNOCie K
EN AI~NOIA (plAAN[0pto7r:'a <jo-j] B*.
H ATIA TPIAC H OMOOYCIOC65.
MNHCTHCON HMCON EN TAIC AHAIC YMC0N
TTP[o(t]EYXA[i]C se.
VOTVM SOLBIMVS NOS CVIVS NOMINA DEVS
SCIT".
DEPOSITVS IN $™.
I
FVSERI VIVAS59.
P[ax] T[ibi] CVM SANCTIS : PAX TIB-C-S-60
IN PACE PETAS P[r]0 NO[bis] FELIX 61.
IN PACE DOM[ini]62.
IN XRO 63.
REFRGERI TIBI DOMNVS IPPOLITVS SID[oni]6*.
IPPOLITE- IN -MENTE [habe] PETRV[m] PECCA-
TORE 65.
ESTO IN REFRIGERIO66.
VALE IN PACE 67.
RAPTVS ETERNE DOMVS68.
pendant les trois premiers siècles, p. 23. — 30Lupi, Severx
epitaph., p. 173. — 3I Marini, Gli atti de' fr. Arvali, p. 393. —
«Marangoni, Acta S. Victorini, p. 94. — 33 Ibid., p. 107. —
"Boldetti, Osservazioni, p. 431. -■ 3SGeorgi, De monogram-
mate Christi, in-4% Romae, 1738, p. 34. — 36 Boldetti, loc. cit.,
p. 399. — 31 Ibid., p. 431. Voir aux mots Requiescant in pace
et In pace. — 38 Ibid., p. 420. — 39 Marangoni, Acta S. Vict.,
p. 127. — ">Ibid., p. 122. — « Bottari, Sculture e pilture sagre
estratte dai cimeteri di Roma, in-fol., Roma, 1737-1754, pi. vu,
n. 8. — "Lupi, Severx epitaph., p. 136. — «Boldetti, Osserva-
zioni, p. 420. — ** Oderico, Sylloge vet. insc, p. 420. — «Cave-
doni, Rugguaglio storico archeologico di due anticlii cimeteri
cristiani di Chiusi, in-8%Modena, 1853, p. 10. — "Bull, de corr.
hell., t. xni, p. 308, n. 16. — " Hicks, Inscr. Brit. Mus., p. 262,
n. 675.— *» Corp. inscr. grxc, t. iv,n.9266. — ">Ibid., t.rv.n. 9278. —
'■«Ibid., t. iv, n. 8804.— " Ibid., 1. 1 v, n. 8871. — 52 Ibid., t.iv, n. 8900.
— 53 Ibid., t. iv, n. 9673. — 54 Papers of the american school at
Athens, t. m, p. 314. — " Sitzungsberichte d. Akad. Mùnchen,
1863, t. 1, p. 238, n. 46. — 59 Marchi, Monumenti délie arti cris-
tiane primitive nella metropoli del cristianesimo, Roma, 1844,
p. 104. — " Napoli e sue vicinanze, 1845, t. H, p. 358. — " Ar-
mellini, Conferenze délia società dei cultori délia cristiana ar-
cheologia in Roma, 2 mars 1879. — "Fiorelli, Notizie discavi
di antichità fAcad. dei LinceU, in-4% Roma, mars 1880, p. 110.
— "° Stevenson, Escavaz'wni in un ipogeo cristiano di Bolsene
1881, n. 27, 39. — «' Bosio, Roma sotterranea, t. m, p. 53. —
«Rossi, Bull, di arch. crist., 1886, p. 47. — "Ibid. — "Ibid.,
1881, p. 45. — "Ibid., 1883, p. 104. — "Ibid., 1884-1885, p. 43.
— «'Marangoni, Acta S. Vict., p. 105. — "Ibid.. p. 127.
247
ACCLAMATIONS
2i:
BENE REFRIGERA ET ROGA PRO NOS*.
VIBE IN PACE 2.
IN PACE DOMINI DORMIAS».
LETARIS IN PACE *.
DEVS TIBI REFRIGERIT 3.
CVM IVSTIS ANIMA IPSIVS«.
IN PACE ANIMA IPSIVS ».
CVM DEO IN PACE 8.
ZHCHC ëN KGJ KAI CPOOTA YPEP HMCON9.
SPIRITA VESTRA DEVS REFRIGERET »o.
REFRIGERA CVM SPIRITA SANCTA »:
XON PAKE (cum pace) «*.
SPIRITVS IN PACE ET IN CHRISTO»3.
DORMIT IN PACE 1+.
IN PACE SOMNI 16.
CVIVS ANIMA IN PACE REQVIESCAT 16.
ÊIPHNH COI CN ©COU il.
CVM SPIRITA SANCTA ACCEPTVM i«.
AKEKTA IN XPTÔ ".
IN REFRIGERIO ANIMA TVA20.
SEMPER VIVE IN PACE «.
VIVIS IN GLORIA DEI ET IN PACE DOMINI
NOSTRI ^22.
RECESSIT DE SECVLVM23.
ANIMA TVA CVM IVSTIS 2*.
TE IN PACE CVM VIRGINITATE TVA 26.
IN REFRIGERIO ET IN PACE 26.
INTER INNOCENTIS 27.
ACCEPTA APUD DEVM2».
H XAPIC TOY [x]PIST [où u.s6' Û|aûv]M-
[cpogspôvôix] HMA TOY [6eoùèv]HM£PA KPICCGùCso.
MAPAN AOANsi.
IN ORATIONIS TVIS ROGES PRO NOBIS »2.
CYXOY YTTEP HMCÙN 33.
IN NOMEN DEI 3*.
CN ATICO TTNCYMATI OCOY 36.
REFRIGERA DEVS ANIMAM36.
TIBI DEVS REFRIGERET »».
DEVS REFRIGERET SPIRITVM TVVM 38.
KAAGOCHZeiGÙMCNOC THN XAPINTOY OCOY39.
IN PACEM ESTOTE*».
TE-CVMPACE ».
TECVPC(i. e. te cum pace) *5.
PAX TECVM PERMAN[eatj*3.
SVSCIPIAT CHRISTVS".
PETE PRO CONIVGEM".
L'acclamation NIKH TOU AEINOZ; NIKH TON
AEINQN, que l'on trouve souvent sur des tituli de l'île
de Cos, était regardée aussi comme une acclamation
chrétienne. Mais aujourd'hui il parait plus vraisem-
1 Marangoni, Acta S. Vict.,p. 119. — 'Ibid., p. 90. — 3Boldetti,
Osservazioni, p. 418. — * Ibid., p. 419. — 8 Ibid., p. 418. — 6 Ibid.,
p. 420. — 1 1bid. — *Ibid., p. 419. — * Ibid., p. 418. — "Ibid.,
p. 417. — < 1 Ibid., p. 87. — "Ibid., p. 475. — "Ibid., p. 318. — "Fa-
bretti, Inscript, antiquar., p. 554. — '*Ibid. — "> Ibid., p. 567. —
"Ibid., p. 591. — "Ibid., p. 574. — "Ibid., p. 391. — "Ibid.,
p. 547. — "Marangoni, Cose gentilesche, p 454. — "Oderici,
Syll., p. 264. — "Passimiei, Iscrizioni anliche, in-fol., Lucca,
1763, p. 121. — "Marini, dans Mai, Scriptorum veterum nova
collectio, t. v, p. 381-382. — «Lupi, Epit. Sever., p. 176. —
*• Gruter, Inscriptiones antiquœ, Heidelberg, 1601, n. 1057. —
" Perret, Catacombes, t. v, pi. xvn. — «• Bosio, Borna sotter.,
loc. cit., p. 105. — "Bayet, De titulis atticis christ., n. 76. —
»»/fcid.,n.l06.— « Ibid., n. 107. — "Marini, Iscril. Albani, p. 187.
— " Cardinali, Iscrizione antiche Veliterne, in-4\ Roma, 1823,
p. 214. — "Perret, Les catacombes, t. V, p. 21. — "Marchi, Mo-
numenti délie arti cristiane, etc.n. 198. — ME.Le Blant, Réponse
à une lettre du iS janvier 1680, Correspondant, 1852. — "Le
Blan», ibid. — "Lupi, Epitaph. Sev., p. 137. — »• Marini, Atti e
Moiium, Arval-, praef., p. xx. — "Passionei, Iscriz. ant., p. 119.
— *• Lupi, Epitaph. Sev., n. 71, 72. — " Marini, Atti e monum.
blable de la rapporter à des éphèbes, et aux succès qu'ils
remportèrent dans les jeux 46.
L'ave est une acclamation tout à faire rare dans les
inscriptions chrétiennes, et les quelques exemples qu'on
en peut citer se classent parmi les monuments antiques.
Nous ne transcrirons qu'un seul marbre, il est de Vaison,
et toute l'acclamation y est fort belle et édifiante *'.
I
STAFILI
PAX TECVM
IN DEO
HAVE VALE
La forme hâve vale parait avoir été peu employée
par les gentils, on n'en trouve guère d'exemples.
L'utere felix est plus fréquent. Le Blant cite une
fibule mérovingienne qui le porte sous cette forme :
1IN?.NV\])Ç3gftgi
52. — Fibule mérovingienne avec l'utere felix.
D'après Le Blant, Iriscript. chrétiennes de la Gaule, pl.xm, n. 252.
le dernier mot doit se lire probablement AANIHIL ou
Daniel 48, et on le rencontre assez fréquemment dans
d'autres monuments49.
L'acclamation grecque correspondante est XPO),
utere50. Le Blant a publié une pâte de verre de sa col-
lection qui porte54 : EIPHNH XPCO, utere in pace (?).
Une inscription de Bordeaux contient une acclamation
intéressante à plus d'un titre. C'est une épitaphe ainsi
libellée : ...C PAV... AIAI.
La paléographie induirait à reporter ce monument au
ive siècle. La ligne d'en haut offre quelques difficultés.
On peut accepter cependant la lecture : [Hi]c pau[s]at
[i]n pa[ce], et pour l'exergue : Ancilia Pascasia Aiulit
S/iir\i\lus S[a>ictus].
Dans l'épigraphie chrétienne la formule acclamatoire
Spiritus sanctus désigne ordinairement l'âme du défunt
Arval., n.634. — "Martigny, Dictionnaire des antiquités chrit.,
au mot In pace. — u Lupi, Epit. Sev., n. 175. — "Oderici, Syll.,
p. 263. — "Cumont, Les inscriptions chrétiennes de fAsie
Mineure, 1895, p. 16-18. Voyez cependant Hirschfeld, Une question
d'épigraphie et de théologie, dans le Philologus. 1891, p. 430-435, et
Bull, critique, 1893, p. 459, pour l'avis opposé : >ixt| aurait le sens
de victoire, triomphe de la foi. — •' Le Blant, Inscr. chrét. de la
Gaule, n. 495. — »• Ibid., pi. xlii, n. 252, et t. t. p. 'i0i, note 5. —
"Visconti,S«pe(tet. d'arg., pi. w; Muratori, Thesaw. inscript.,
p. cccxci-cccxcn ; Spon, Kiscellanea eruditse antiquitatis.
p. 297, n. 11 ; Buonarruoti. Yetri. p, 'Jus ; Fin n ni. Piombi antichi,
Roma, 1740, pi. iv, n. 2; et Gemmx anliqux litteratm, in-fol.,
Romas, 1757, p. 54-55 ;Fontanini. Discus rt tirus. p. 55; Mommsen,
Inscript, confed. Helvet. lat. dans les Mittheilungm d. Antiquar.
Gesellsch. in Zurich, p.102; Coche\.,Normandie souterraine, p.83.
388. — ,e Ficoroni, Gemmse lilter., p. 43-44; Buonarruoti, Vefri.
p. 143; Raoul Rochette, Mémoires de l'Ac. des insc, t. xm.
p. 722, 2* série. — "Bull archéol. deCAthéneum français, 1856
p. 10. Sur la formule Utere felix, voyez encore De Rossi,.Bu».
di archeol. christ., 1867, p. 24; 1870, p. 14, 15; 1873, p. 118, 121,
153. Cf. F. B. Ferrari, de Veter. Acclamât, in-4, Mediolani,1627.
249
ACCLAMATIONS
250
et non une personne divine. La forme spirtus est re-
marquable; c'est une syncope dont il y a d'autres
exemples dans l'épigraphie (ispirto ') et chez les poètes
à qui elle épargne une faute de prosodie *. Celte même
53. — Inscription de Bordeaux avec acclamation :
Adjuvet spiritus sanctus.
D'après Jullian, Inscriptions romaines de Bordeaux, t. n,n. 850.
forme obtenue par suppression de Yi médial a des ana-
logues dans la latinité primitive, par exemple, arca, sol-
dum, unversi3 et sur les inarbres chrétiens : domni^,
marlys b, soldu 6. Le mot aiulit (adjuvet) a une histoire
littéraire. Il appartient à cette catégorie de mots de
l'ancienne latinité qui furent proscrits sous l'empire
dans les ouvrages écrits d'une langue châtiée, mais il se
maintint dans la langue populaire; Pacuvius le donne
ainsi que différents marbres, dont celui de Bordeaux 1 et
le second des serments de 842 8, mais toujours privé
de la lettre d9.
La seconde catégorie contient des verres anciens ayant
appartenu aux chrétiens, et sur lesquels sont gravées
ou incrustées, à côté de différentes images, des inscrip-
tions. Voir Verres ornés. Quelques-uns de ces verres
sont fixés sur des tombeaux ou des loculi à l'aide de
ciment ou de plâtre. Ceux-ci contiennent des acclama-
tions qui ressemblent fort comme style à celles de la
classe précédente, par exemple : CONCORDI biras (vivas)
INPACE DEI 10;HILARIS VIVAS CVM TVIS FELICITER ", SEMPER
Refrigeris in pace dei ,2. D'après Buonarruoti et Marti-
gny, ces verres, après avoir servi aux agapes funéraires,
étaient fixés au tombeau d'une personne, soit pour aider
à reconnaître le loculus, au milieu de milliers d'autres,
soit pour rappeler le souvenir d'une personne et sup-
pléer à une inscription.
Mais il est une série de verres dont les acclamations
ont un caractère tout différent : pie zeses (zhcaic),
1 Boldetti, Osservazioni, p. 418. — ! Juvencus, éd. Arevalo,
p. 371; Dracontius, p. 223. — 3 Egger, Latini sermonis reliquix,
p. 305, 249, 128. — * Reinesius, Syntagma, cl. xx, n. 87. — 5 Bosio,
Roma subt., p. 437. — "Marini, Atti e monum. Arvali, p. 171. —
1 Jahn, Specimina epigraphica, p. 29, n. 13; p. 77. — «Ville-
main, Littérat. au moyen âge, in-12, t. I, p. 66. — 9 C. Jullian,
Inscriptions romaines de Bordeaux, 1890, t. H, n. 850; Le
Blant, Inscr. chrét. de la Gaule, n. 583 a. — l0 Buonarruoti, pi. v,
p. 166. — » Ibid., pi. xx, p. 2. — " Ibid., pi. xxm, p. 4;
pi. xxviii, p. 3; pi. il, p. 1. — "Ibid., pi. xxvui, p. 201. — "Ibid.,
pi. xxvm, p. 1. — "Ibid., p. 204. — i6 Martigny, Dictionnaire, aux
pie zesis, bois et vis, pieté zesete; spes hilàris zeses
CVM TV1S; ANIMA DVLCIS FRVAMVR NOS SINE BILE ZESES,
ma douce amie, jouissons sans bile, vis 13. Celles-ci
et autres de même genre rappellent l'époque où les
deux langues, grecque et laline, étaient mêlées au point
de ne faire plus qu'un seul idiome. Quelques-unes pré-
sentent un caractère plus nettement grec: ZHZATGù '*.
Ces acclamations et d'autres semblables que nous pour-
rions citer ont un sens assez profane à première vue et
ne se distinguent guère des acclamations que les païens
poussaient au milieu de leurs festins : Amici, dum
vivimus, vivamus, ou : Ergo vivamus dum licet esse
bene 15. Mais les images qui les accompagnent de saint
Pierre et saint Paul, du bon pasteur, de* la sainte
Vierge, etc., nous invitent à donner à ces acclamations
un sens de joie plus spirituelle. On sait du reste que
les agapes de charité dégénérèrent parfois en orgies, au
dire de Tertullien, et l'Église dut les combattre et fina-
lement arriva à les proscrire. Voir Agapes et Coupes.
Il en est au contraire qui ont un caractère tout reli-
gieux et dans lesquels le P. Secchi et Martigny n'hé-
sitent pas à voir des acclamations eucharistiques. Ces
verres ne seraient, selon ces archéologues, que des calices
dans lesquels les fidèles prenaient la sainte communion
sous la forme du vin. Celle-ci par exemple : TTIE ZHCAIC
EN ATA0OIC, bois et vis dans les biens 16.
Des acclamations sur coupes de la même catégorie
semblent se rapporter aux agapes nuptiales et faire allu-
sion au mariage : vivatis in deo; martvra epestete vi-
vatis (Martura, Epectète, vivez)17; maxima vivas cvm
DEO ' 8 ; CARITOSA VENANTI VIVATIS IN DEO ' 9 ; VIVAS CVM TVIS
féliciter zeses, in deo zeses ou encore p. z. (pie
•zeses 20).
Au-dessus d'acclamations pareilles, on voit souvent
l'image des deux époux, parfois avec leurs enfants.
D'autres ne diffèrent pas des acclamations funéraires .
VIVAS IN PACE ET PETE PRO NOBIS21. PETE ET ROGA PRO
FRATRES ET SODALES TVOS 22.
Sur une grande coupe de verre, trouvée dans un fau-
bourg de Trêves et remontant au Ve siècle, on lit autour
du sacrifice d'Abraham, représenté d'une façon assez
originale, l'acclamation : vivas in deo z (ce % est pour
zeses, traduction grecque de vivas très fréquemment
employé sur les coupes). Nous donnons ici ce curieux
monument23 (fig. 5i).
Les invocations que jettent les martyrs au milieu de
leurs supplices, et dont la forme est souvent liturgique,
témoignent aussi en faveur de la fréquence de cet usage
des acclamations au temps des persécutions. On ren-
contre dans les actes les plus authentiques des formules
comme celles-ci : Deo gratias. In nomine tuo, Christe
Dei fili, libéra servos tuos 24 ; — O Christe Domine,
non confundar ; — Rogo, Christe, non confundar 2i; —
Subveni rogo, Christe, habe pietatem. Serra animam
meam, custodi spiritum meum, ut non confundar ; —
Rogo Christe, da sitfferentiam26; — Gratias libi, Christe;
— Succurre, Christe; — Propter te hœcpalior, Christe21.
— Ou celles-ci qui ont plutôt le caractère d'oraison :
Gratias tibi ago, Domine Jesu Christe, quoniam conso-
lata est me virtus tua; — Domine, adesto servis tuis,
et ne deseras eos usque in finem, ut glorificent nomen
luum in ssecula sseculorum; Dilectissimi fratres, orale
mots: Agapes, Fonds de coupes, Repas, Propinare. — "Garrucci,
Vetri ornati di figure in oro, pi. xxvi, n. 11, 12. — "Ibid.,
pi. xxvm, n. 5. — VJ Ibid., pi. xxx, n. 2. — "> Ibid., pi. xiv, n. 8;
pi. xxx, n. 6; pi. xxx, n. 3. Cf. Le Blant, Nouveau recueil des
inscr. chrét. de la Gaule, in-4% Paris, 1892, p. 54. — S1 Buonar-
ruoti, p. 167. — « Ibid., p. 167. — S3 Le Blant, Nouveau recueil,
etc., p. 53. Sur ce monument, cf. Garrucci, Storia dell' arte cris-
tiana, t. vi, p. 92, pi. 463; Mowat, Exemple de gravure an-
tique sur verre, p. 18, dans la Revue archéol., nov. 1882, etc. —
54 Ruinart, Acta martyrum sincera, in-4*, Parisiis, 1689, p. 411.
— " Ibid., p. 413. — " Ibid., p. 414. — « Ibid., p. 440.
251
ACCLAMATIONS
252
Deum et timete ilhtm in toto corde vestro, qnoniam
memor est timentibus se, antequam exeant de hoc
sxculo, et posleaquam exierint tune occurrent eis
ANGELI ET DEDUCENT EOS AU CIVITATEM ILLIUS SAN-
CTAM Jérusalem i. Et dans les actes du martyr Théo-
dote : Domine Jesu Christe, spes desperatorum, da
mihi certaminis cursum perficere... alleva onus eorum
{nui propter te afflxgunlur) et compesce tempestatem,
ut requie etprofunda t7-anquiUilale potianlur omnes
(voyez ces mots) et bien d'autres ""ornements ou des
ustensiles, contiennent des acclamations clans le genre de
celles-ci : IX0YC N[£y.a] pour : Piscis, se. Christtts vincit;
ou -fNfcxa], Christus vincit6; vtvas in deo6; cvm tvis
féliciter 7 ; spes in deo 8 ; cqcais (salva), ou encore les
lettres aq qui, elles-mêmes, peuvent être considérées
comme une sorte d'acclamation. Voir An, Ixerc, Mono-
gramme. Sur une lampe placée à l'intérieur d'un loculus
54. — Fond de coupe à Trêves; le sacrifice d'Abraham avec acclamation.
D'après Le Blant, Nouv. rec. des inscriptions chrétiennes de la Gaule, in-4°, 1892, pi. Lin.
qui in te credunt. Et plus loin : Domine Jesu Christe,
spes desperatorum, exaudi oralionem meam... quia
propter nomen sanctum tuum ista patior 2. Textes qu'il
faut rapprocher de ces formules de la liturgie grecque,
qui s'en est visiblement inspirée : 'EWi« tcôv ànslma-
l*Évu)v, y) porjôeia Ttiiv àpoôrjTiov 3, et peut-être de celles-ci
qui se trouvent dans la liturgie ambrosienne : Infir-
morum propitiator, abjectorum prolector... rex totius
crealionis, exaudi preces 4 .
Les anneaux des anciens chrétiens et les objets com-
pris sous le nom d'amulettes, les encolpia, les lampes
* Ruinart, p. 441. Cette dernière formule est restée à peu près
telle quelle dans la liturgie des morts. — * Riid., p. 364, 368. —
3 Liturgia S. Marci, dans Renaudot, toc. cit., t. I, p. 132. —
'Paléogr. musicale, t. vi, p. 248. — "Fabretti, Inscript, antiq.,
p. 29. — 1 Un exemple cité par Ficoroni, un autre par Lupi, un
on lit : lvce nova frveris lvx tibi ciiristvs adest9. Sur
une aiguille à cheveux de forme hexagonale, de la collec-
tion Greppo, citée par Martigny :
+ ROMVLA
VIVAS.IN.DEO
SEMPER io.
Sur un anneau d'or découvert à Œstrich, rive droite
du Rhin : indtnvminea pour in deinomine ami n ' ■ lier. 55).
Toute une nombreuse série d'acclamations forme un
groupe à part, dont nous parlerons plus au long au mot
troisième par Spon, un quatrième par Perret. Cf. Martigny, Dict.
des antiq. ehrét., 2" éd., au mot Acclamations. — 7 Ibid. --• Ibid.,
aux mots Anneaux et Lampes. — 'Bottari.Scwtture e pitturesa-
gre, Roma, 1737-1754, t. I, p. 53. — ,0 Martigny, loc. cit., p. 532.—
" Le Blant \7ouv. rec. des insc. ehrét. de la Gaule, p. 101, n.80.
253
ACCLAMATIONS
254
AhathÈME, et sont dirigées contre les violateurs de tom-
beaux; on en a déjà vu un exemple dans l'inscrip-
55. — Anneau d'or d'Œstrich.
D'après Le Blant, Nouv. rec. des inscript, chrét. de la Gaule,
pi. ci, n. 80.
tion d'Abercius; nous ne citerons qu'un seul autre
exemple :
ADIVRO VOS PER CRISTVM
NE MIHI AB ALIQVO VIO
LENTIAM FIAT ET NE SEPVL
CRVM MEVM VIOLETVRi.
IV. Gestes de l'acclamation. — L'acclamation était
souvent suivie d'un geste, selon la coutume hébraïque.
Le second livre d'Esdras nous
montre les Hébreux, après une
lecture, levant la main en criant :
Amen, et se prosternant pour
adorer Dieu 2.
Le geste liturgique fut con-
servé par les chrétiens dans
l'antiquité. Le Blant en donne
plusieurs exemples. La planche
que nous reproduisons ici, d'a-
près son ouvrage (lig. 56), repré-
sente à gauche d'un sarcophage
de marbre grossier une femme
levant la main en signe d'accla-
mation'.Peut-être, selon le senti-
mentde l'auteur, s'agit-il ici d'une
imagede l'Eglise triomphante ac-
cueillant le défunt, comme le dit
une épitaphe d'Afrique : QVAM
TE LETUM. EXCIPET MATER
ECCLESIA DE OC MVNDO
REVERTENTEM *.
Au centre du même sarco-
phage est le buste du mort dans
un cadre arrondi.
L'autre exemple est tiré d'un
sarcophage trouvé aux Mouley-
rès. (lig. 57). Au milieu une
orante; aux extrémités deux
personnages tournés vers elle et
qui, d'après leur attitude, pa-
raissent représenter des saints
accueillant dans le paradis l'àme
de la personne défunte, avec le geste de l'acclamation 5.
On peut en rapprocher des expressions comme celle-ci
sur une épitaphe chrétienne de Vienne :
QVEWI NEMVS AELYSIVM... CONCLAMAT OMNE
ou celle-ci :
TE SVSCIPIAN OMNIVM ISPIRITA SANCTORVM <\
Voir Gestes liturgiques.
V. Acclamations liturgiques. — Ce terme en liturgie
n'est pas encore classique. Nous l'employons parce qu'il
* De Rossi, Inscriptiones christiance urbis Romoe, 1. 1, p. 331,
n. 752. — «IIEsd., vin, 1. Cf. III Esd., ix, 39. — 3 Étude sur les
sarcophages chrétiens antiques de la ville d'Arles, Paris, 1878,
voyez notamment p. 6 et 27. — *De Rossi, De christ, titul. Car-
56. — Femme faisant le
geste d'acclamation sur
un sarcophage. D'après
Le Blant, Études sur
les sarcophages chrét.
antiq. d'Arles, pi. xvi.
est d'un usage commode et peut servir à caractériser
tout un ensemble de formules liturgiques, qui ne sont ni
des antiennes, ni des répons, ni des oraisons, ni des exor-
cismes, et qui dans leur brièveté expriment un souhait
ou une affirmation de la foi, une invocation ou une sup-
plication et sont employées dans le service divin. Elles
se rapprochent de ce que nous appellerions aujourd'hui
des oraisons jaculatoires. Ce sont du reste de vraies ac-
clamations, dont quelques-unes ne se distinguent pas,
au moins par la forme, de celles qui sont gravées sur les
tombeaux et que nous avons données dans la classe pré-
cédente. Nous avons vu aussi que quelques-unes des ac-
clamations qui saluaient les empereurs et les rois ou les
évêques ont pris un caractère liturgique en entrant dans
les offices de l'Eglise.
Plusieurs de ces invocations avaient cours déjà chez
les Juifs et se retrouvent dans l'Ancien Testament; les
chrétiens ne craignirent pas de les conserver; quelques-
unes devinrent môme très populaires et prirent place
dans la liturgie, qui nous les a transmises. Comme la
plupart remontent incontestablement aux trois premiers
siècles, leur présence dans les documents liturgiques est
souvent significative et peut permettre, dans certains cas,
de fixer une date, au moins approximative. Ce qui est
encore incontestable, c'est que leur existence dans les
liturgies de tous les pays chrétiens, sans exception, est
un argument sérieux en faveur de l'unité liturgique pri-
mitive, argument dont on n'a pas encore tiré grand parti.
Dans tous les cas, on peut être sûr, en les réunissant, que
l'on tient en mains les fragments les plus antiques de
la liturgie des premiers siècles7.
Quelques-unes de ces acclamations méritent d'être
traitées à part sous chacun de ces mots : Alléluia,
\men, Deo gratias, Dominus vobiscum, Doxologie, In
pace, Kyrie eleison, Pax vobis, Trisagion.
La question des acclamations e"n liturgie a encore été
peu étudiée. Nous la croyons très importante. On com-
prendra parces nombreux renvois qu'il faut l'examiner en
détail pour fixer, autant que possible, les formules ca-
ractéristiques de chaque liturgie et retrouver leur
origine. Nous ne traitons ici que la question d'ensemble.
Certaines antiennes sont de vraies acclamations et en
lont l'office. Composées d'une interjection empruntée à
un psaume, elles étaient répétées de temps en temps
par le chœur pendant que les chantres récitaient et
chantaient les versets de ce psaume. L'Alleluia, qui, lui-
même, est le titre de plusieurs psaumes, sert fort sou-
vent d'antienne. Les antiennes de la psalmodie romaine
hebdomadaire, qui, elle aussi, est fort antique, peuvent
se rapporter à la même classe, par exemple : Dominus,
defensor vitœ mese,Ps. xxvi et xxvn; Adorate Dominum ,
Ps. xxix ; Magnus Dominus, Ps. xlvii; Domine Deus
in adjutorium meum inlende, Ps. lxix; Clamor meus,
ad te veniat, Deus, Ps. Ci et Cil.
Il faut dire la même chose des versets employés sou-
vent dans la psalmodie avec leurs répons, comme des
acclamations : jL Domine, exaudi orationem meam.
r). Et clamor meus ad te veniat, Ps. ci et en; f. Cor
mundum créa in me, Deus. r). Et spiritum rectum
innova in viscerïbus meis, Ps. L; j/. Eripe me, Domine,
ab homine malo. R|. A viro iniquo eripe me. Ace stade
si antique de la liturgie (et sans vouloir encore trancher
la question d'origine), acclamations, antiennes et versets
semblent se conlondre et ne faire qu'un même emploi.
Voir Versets.
L'acclamation ou invocation entre encore en composi-
tion dans une autre lorme de la prière liturgique, la
litanie, et dans la lecture des noms ou des diptyques à
thag., p. 40; Le Blant, loc. cit., p. 28, pi. XVI. — 5Le Blant, loc.
cit., p. 37, pi. xn, lîg. 4. — "Le Blant, Inscriptions chrétiennes
de ta Gaule, p. 87, et Sarcophages d'Arles, p. 58. — 7 Ci. dom.
F. Cunfol, Le livre de la prière antique, 1900, p. 60 sq.
2ÔÔ
ACCLAMATIONS
2C6
l'office, toutes prières liturgiques très antiques et qui
sont étroitement apparentées entre elles. Voir Diptyques
et Litanies. Nous ne citerons que les lormules suivantes
ou les acclamations sont réunies aux litanies et aux
versets. Ces capitules étaient .dits à toutes les heures, dans
un très ancien bréviaire du Mont-Cassin en lettres lom-
bardes de l'époque de l'abbé Oderisio, conservé au temps
de dom Martène dans la bibliothèque de l'Oratoire à
Paris :
Ego dixi Domine miserere mei.
Sana animant •meam.
Convertere Domine aliqumitulum.
Et deprecare.
Fiat Domine misericordia tua super nos.
Sicut speravim tis.
Sacerdotes tui induant justifiant
Et sancti tui exultent.
Domine salvos fac reges.
Eœaudi nos.
Salvum fac populum tuum Domine et
Benedic heereditati tuie.
Reges eos et
Eripe me de operantibus iniquitatem
Et de viris.
Sic psallam nomini tuo Deus in ssec. ssec.
Ut reddam.
Exaudi nos Deus salutaris noster.
Spes omnium.
Domine Deus in adjutorium meum intende.
Domine ad adjuvandum.
Sanctus Deus, sanctus fortis, sanctus et immortalis.
Agnus Dei qui.
Benedic anima rnea Dominum
Et omnia.
Benedic anima mea Dominum
Et noli oblivisci.
Qui propitius sit omnibus.
Qui sanat.
Qui redimet de interitu vitam tuam.
Qui satiat.
Qui coronat te in miserations et misericordia.
Renovabitur.
Et ailleurs :
Oremus pro fidelibus defunctis.
Pro /'ratribus nostris absentibus.
-^.Mf- G-*TT7tA**
57. — Gestes d'acclamation sur le sarcophage des Mouleyrès. D'après une photographie.
Oremus pro fidelibus defunctis.
Requiem œternam.
Requiescant in pace.
Amen.
Pro fratribus nostris absentibus.
Salvos fac servos.
Pro afflictis et captivis.
Libéra eos Deus Israël.
Mitte eis Domine auxilium de sancto
et de Sion *.
En voici une autre forme aussi antique :
Et ego ad te Domine clamavi.
Et mane.
Repleatur os meum laude tua.
Ut possim.
Averte Domine faciem tuam a peccatis meis
Et omnes iniquitates.
Cor mundum créa in me Deus
Et spiritum rectum.
Ne projicias me a fade tua
Et spiritum sanction.
Redde mihi Iwlitiam salutaris ru»
Et spi>'itu principali.
Eripe me Domine ab homine malo,
A viro iniquo.
Eripe me de inimicis meis Deus meus
Et ab insurgentibus.
1 Martène, De antiquis monachorum rilibus, 1. I, c. m, éd.
Bassani, t. iv, p. 14. Ces capitules se retrouvent dans plusieurs
autres manuscrits très anciens à peu près sous la même forme,
Pro afflictis et captivis.
Mitte ci Domine auxilium de sancto.
Domine exaudi orationem meam1.
La suivante est tirée du fameux pontifical d'Egbert
d'York pour la dédicace :
Kyrie eleison.
Chrisle eleison.
Domine miserere.
Christe miserere.
Miserere nobis, pie rex, Domine Jesu Christs.
Christe audi nos (3 fois).
S. Maria, ora.
S. Petre, etc.
Domine miserere.
Christe audi nos (3 fois).
Ab inimicis nostris défende nos Christe.
Orationes nostras exaudi Christe.
Hic et perpetuum nos custodire digneris Christe, etc.*.
Les rites de la pénitence admettaient aussi des accla-
mations. Verecundus, témoin de la liturgie d'Afrique au
VIe siècle, nous représente le pénitent criant quelques
sentences comme celles-ci : Peccavi, peccavi, et iniqui-
tates mens agnosco. Pcto rogans reniitte mihi, remitte
mihi*\ Dans une autre réunion (sermon faussement
attribué à saint Augustin, en réalité de Fauste de Riez),
ce sont les fidèles eux-mêmes qui interviennent auprès
Id., ibid., et se sont conservés sans grande altération dans la li-
turgie romaine. — 'Martène, loc. cit., p. 17. — 3 Martène. loc. cit.,
t. il, p. 247. — * Pitra, Spicilegium solesmense, t iv, 99.
257
ACCLAMATIONS
258
du pontife pour obtenir le pardon du pécheur, en criant,
sur une mélopée gémissante, les paroles du bon larron :
Mémento niei dum veneris in regnum tuum...; ou
encore par celles-ci : Solvite illum, solvite illum. Et
l'évêque leur répond : Atque utinam clamarelis ad
Christian : « Domine, suscita illum, » et sic sacerdo-
tibus dicerelis : « Solvite illum '. »
La réconciliation des pénitents qui se faisait le ven-
dredi saint dans l'Église wisigothique d'Espagne nous
offre un autre intéressant exemple des acclamations
liturgiques. A trois reprises dillérentes les prières de
l'évêque étaient interrompues par la voix des pénitents
qui criaient : Indulgentiam, indulgentiam! Ce cri était
d'abord répété trois cents fois, puis deux cents, enfin
cent fois seulement 2. D après un manuscrit de la même
liturgie, encore inédit, du XIe siècle, il est interdit au
peuple de dépasser le nombre de soixante-douze accla-
mations3. Le rituel mozarabe signale sous le titre de
clamor un rite analogue pour les funérailles. Durant le
trajet de la maison mortuaire à l'église, le peuple alter-
nait l'acclamation du Kgrie eleison, avec celle de Vln-
dulgentiam *.
On a pu voir au mot Abecedafua, coi. 59, un autre
exemple d'acclamation dans la liturgie mozarabe. N'ou-
blions pas de citer dans la liturgie romaine des morts
maintenant encore en usage dans toute l'Eglise catho-
lique et qui conserve tant de traits antiques, ces an-
tiennes et ces répons qui, selon nous., sont de vraies
acclamations : Subvenite, sanoti Dei, oecurrite angeli
Domini, suscipientes animam ejus... Suscipiat te
Christus qui vocavit te, et in sinum Abrahse angeli
deducant te... In paradisum deducant te angeli; in
tuo adventu suscipiant te martyres et deducant te in
civitatem sanctam Jérusalem. Chorus angelorum te
suscipiat, et cum Lazaro quondam paupière œternam
habeas requiem'6. Lux perpétua luceat eis, Domine,
cum sanctis tuis in selernum, quia pius es. Requiem
seternam dona eis, Domine, et lux perpétua luceat
eis, cum sanctis tuis in seternum quia pius es. Ces
souhaits et saluts adressés aux morts indiquent, d'après
Le Blant, un âge reculé et purlois antérieur à la paix de
l'Église 6.
Le chant du Popule meus (impropères) au vendredi
saint, d'une haute antiquité aussi, puisqu'il est inspiré
du IVe livre d'Esdras, est coupé de véritables accla-
mations : Sanctus Deus, Agios ischyros, fortis Deus,
etc. '.
Il est à propos de donner ici quelques autres accla-
mations liturgiques dont la plupart remontent à l'épo-
que la plus antique et font allusion à d'anciens usages
liturgiques :
MARANATBA (uapâv à8â, ou mieux à8â selon Tischen-
dorf), qui signifie, d'après quelques-uns. Domine noster
veni, mais plus probablement Noster Dominus venit. En
araméen, nns na 8 est employé par saint Paul dans ce
passage bien connu : Si quis non amat Dominum no-
strum Jesum Chrislum sit anathema maranatha 9. Ce
cri se retrouve dans la Aiôot^ 1U' nous a conservé tant
de formes liturgiques primitives, l'oraison, l'action de
grâce, la doxologie, le nolite dare sanctum canibus que
nous aurons l'occasion de citer bientôt, etc. Le mara-
* Dom G. Morin, Liber comicus, Maredsol., 1893, p. 121, 412,
417, 423, 424, 428; Duchesne, Origine? du culte chrétien, 2' éd.,
p. 428. — s Breviarium gothicum, P. L., t. lxxxvi, col. 612-
613. — 3 Liber ordinum, fol. 151. — * Ibid., fol. 86-87. Ce rensei-
gnement et les précédents nous sont fournis par dom M. Férotin
dont l'édition du Liber ordinum mozarabe est actuellement sous
presse. Cf. Martène, De antiquis Eccl. rit., t. III, p. 141, 142. —
8 Cf. col. 253, Gestes d'acclamation et col. 250, Acclamations des mar-
tyrs. — 8Le Blant, Manuel d'épigraphie chrétienne, in-12, 1869,
Paris, p. 45, et Inscriptions chrétiennes de la Gaule, n. 548*. —
'Cf. Le Livre de la prière antique, p. 397; cf. aussi Trisagion.
— * E. Kautzsch, Grammatik des blblisch-aramàischen, in-8\
DICT. D'ARCH. CHRÉT.
natiia est accompagné dans ce document d'autres for-
mules acclamatoires du genre apocalyptique :
'EX6eTu> x<xp'? **'' tapeXBétu ô xd<rp.os oûto;.
'Qdiwa tû ûcoi AaêtS.
Eï tiç ayioç E<TTtv, zç/y^iaQui'
Eï tiç oùx k'<TTC, |J.eTaV0£!T(O*
jxapàv à8â- a^v 10.
Ce passage rappelle la finale de l'Apocalypse : Naî
ëpj(0(xaiTXxti. 'À[XY]v, 2pyou xûpis'IyjCTO'j ll, et cet autre
de saint Paul : ô xtipioç èYyùç, Dominus prope est '-.
Dans la AiSor/'/) et dans l'Apocalypse l'acclamation est
tout à fait remarquable. Elle révèle une prière de* la'
plus antique origine et qui assez naturellement devait
tomber bientôt en désuétude, la prière pour que la fin
du monde arrivât bientôt. Funck a rapproché avec saga-
cité de ce texte celui de Tertullien : Oramus pro mort
finis u, et son commentaire sur ces mots de l'oraison
dominicale : Adveniat regnum tuum. : Itaque si ad
Dei voluntatem et ad nostram suspensionem perline'
regni dominici reprœsentatio, quomodo quidem prr
traclum quemdam sseculo postulant, cum regnum Dei,
quod ut adveniat oramus, ad consummationem sseculi
tendat? Optamus maturius regnare, et non diutiut
servire... Votum christ ianorum, confusio nalionum,
exsultatio angelorum, propter quod conflictamur , imo
pouus propter quod oramus li.
On a vu plus haut dans une inscription Vin nomine
domini15. Il est aussi d'origine apostolique et a gardé
dans la liturgie toute son importance. Les disciples et
les Apôtres appellent déjà Jésus, le Seigneur, le Maître,
Dominus, et durant sa vie mortelle se servent de son
nom comme d'une sorte de sacrement, et il semble que
Jésus-Christ lui-même le leur ait enseigné : Nonne in
nomine tuo prophetavimus, et in nomine tuo dsemonux
ejecimus, et in nomine tuo virtutes multas feoimus 16;
eritîs odio omnibus propter nomen meitm 17; ub
fiint duo vel très congregati in nomine meo *•; bap
tizate eos in nomine Patris et Filii et Spiritus san-
clii9, etc. Après sa résurrection les Apôtres se servent
fréquemment de ces mots sous ces différentes formes :
In nomine Jesu Christi 20; in nomine Jesu Christi
Nazareni21 ; in nomine Domini nostriJesu Christi -2;
pro nomine Jesu ou in nomine Jesu23; in nomine
Domini Jesu2i ; innomine Christi'2'6 ; innomine Filii26
ou même absolument in nomine Domini 27, si l'on
admet ici qu'il s'agit du Christ, quoique, en général, in
nomine Domini signifie à cette époque Dieu le Père ;
Benedictus qui venit in nomine domini2*.
Dans la liturgie, cette acclamation devint, sans contre-
dit, la formule la plus importante. Elle fut employée,
sous l'une ou l'autre de ses variantes, dans la plupart des
prières, dans les exorcismes, dans l'administration des
sacrements, dans les bénédictions et dans beaucoup de
rites. Voir Doxologie (Croix, signe de la), Exorcisme et
Sacrements. Il faut s'en tenir à deux ou trois exemples
choisis entre mille, parmi les plus anciens documents :
Omnis qui venit IN NOMINE domini, suscipiatur, dit
la Aioay-r, 29, et plus loin : qui baptizati sunt in nomine
jesu. Et la fameuse feuille d'or de Beyrouth (fig. 58)
roulée dans un étui d'or, qui remonte à une haute anti-
Leipzig, 1884, p. 12. — »I Cor., xvi, 22. — 10 AiSa/V, tJv 'Xt.o<t-.o-
Xmï, c. x, dans Funck, Opéra Patrum apostolicorum, 1887, t. i,
p. clxii. — " Apocal., xxn, 20. — '•Philipp., IV, 5. — <3Apolog.,
c. xxxix, P. L., t. i, col. 532. — ,l Liber de crat-. c. v, P. L.,
t. i, col. 1262. — "Voir aussi sur ces mots Binghar.i, The anti-
quitiesof the Christian Church, 1855, t. vi,p. 115-118. — '"Matth.,
vu, 22. — "Matth., x, 22. — «• Matth., xvm, 20. — "Matth.,
xxviii, 19. — « Act., u, 38. — " Act., m, 6. — « Act., IV, 10.
— «Act., v, 44; Philip., u, 10. — "Act., toi, 16; xix, 5. —
"I Petr., iv, 14. — 28I Joa., m, 23; v, 13. — " Jac, v, 14. —
,8 Matth., xxi, 9. — l9 AiSayn tiv 'AitoiruoW/, c. XII, dans Funck, U*.
cit., p. clxix; c. rx, p. clxi.
I. -9
259
ACCLAMATIONS
2G0
quité porte cette formule qu'il faut lire ainsi : 'EEopy'^
et, u> Sar»vva; (xai Sxa'jpÉ \i.t vî<]/ov) i'va (jl/iTiots xocra-
Xe:'tcï)c tÔv T07rôv crou, eut tù o v 6 p. a x i toû xupiou
©soû îûvtoç, etc. '.
Saint Justin au ne siècle nous indique clairement
aussi que les exorcismes se font « au nom de Noire-
Seigneur Jésus-Christ, crucilié sous Ponce Pilate2 ».
Nous passerons plus rapidement sur les autres qui
n'ont pas la même importance liturgique.
ORA pro NOBis est beaucoup moins fréquent dans les
inscriptions anciennes que les équivalents pete ou roga
pro lali ou pro nobis. Ora pro nobis dans la langue
liturgique et épigraphique semble d'introduction un peu
postérieure, mais bientôt il remplaça presque cornplète-
Uient les deux autres formules ; on le trouve souvent
ToTTL-'Ir-^C'
IftVNtCiyEMZOO
A\0 lOVGtOVZCJtJ
=.%J!''«IH|«Mlll!!E
68. — Feuille d'or de Beyrouth portant acclamation, avec son étui.
D'après Cahier et Martin, Mélanges d'archéologie,
Paris, 1853, t. m, p. 152.
employé par saint Cyprien. Il fut surtout usité dans la
litanie comme réponse à l'invocation des saints 3.
requiescant IN FACE, que l'on a rencontré plusieurs
fois déjà dans nos inscriptions, est caractéristique dans
les liturgies funéraires et nous en reparlerons à ce
sujet. .
GLORIA T1BI DOMINE; LAUS TIBI DOMINE, REX MTER-
NjE GLORI.e qui sont encore usitées dans la liturgie
romaine, sont employées en Espagne au vne et au
vme siècle *. Au Veconcile œcuménique, les fidèles saluent
les noms de Macédonius, de Léon et d'Euphémius de
l'acclamation : Gloria libi, Domine. Et avant cette
époque nous retrouvons ces paroles dans une homélie
ancienne qui est parmi celles de saint Jean Chrysos-
tome5.
AUDI NOS DOMINE; JUYA NOS DOMINE; MISERERE NOBIS
domine, se rencontrent plusieurs fois dans saint Au-
gustin.
PAX OMNIBUS; PAX TECUM ; PAX VOBISCUM ; PAX ETIAM
SPIRITU TDO et plusieurs autres de même genre que l'on
' F. Lenormant, Note sur une amulette chrétienne, dans les
Mélanges d'archéologie des PP. Cahier et Martin, in-4\ Paris,
1853, t. m, p. 152. — ! S. Justin, Apol., II, 6, 8, P. G., t. vi, col.
453, 457. — 3Sur l'emploi de ces tormules, voir plus haut col. 245,
et nos Monumenta Ecclesix liturgica, t. i, partie épigraphique.
— * Etlierius et beatus in epist. ad Elipandum, c. LXVI, P. L.,
t. xevi, col. 935; dom G. Mutin, Liber comicus, p. 2. — 5Con-
cil. v, dans Mansi, t. IX, p. 163 sq. ; homil. LU, Contra eos qui
Pascha jejunant, P. G., t. XLvm, col. 861. — «Voyez Martigny,
Dictionnaire des antiquités chrét., au mot Prières, 2" éd.,
V. 1/74 sq. — ' Hyvernat, Les actes des martyrs de l'Eglise, in-4",
voit souvent dans l'épigrapbie primitive, sont em-
ployées par saint Jean Chrysostome 6. Dans le titre
d'Actes des martyrs lus sans doute à l'église, nous trou-
vons : Martyre que les victorieux témoins du Christ,
saint Pirôou et saint Athom son frère, de Tasempoti
dans le nome de Bousiris, ont noblement consommé le
8e jour du mois d'Epin. Dans la paix de Dieu, 99 fois '.
LAUS DEO: DEO LAUDES s'emploient concurremmen
avec le Deo grattas et l'Amen dans les lectures 6.
IN NOMINE JESU CHRISTI LUMEN CUM PACE ; DEO GRA-
tias; dominus six semper vobiscum sont employées
dans la liturgie mozarabe9.
ORA PRO ME, PATER; JUBE DOMNE BENEDICERE Sont
la demande de bénédiction 10, généralement au commen-
cement des lectures; à la fin le président dit parfois :
fac finem ".
Les sermons commençaient souvent aussi par une in-
vocation et se terminaient par une acclamation qui res-
semblait à une doxologie. Voir Prédication.
L'acclamation dans la liturgie grecque est toujours en
usage, et elle est très fréquemment employée, souvint
sous forme litanique et avec le Kyrie eleison, ou sous la
forme doxologique ; elle sera donc étudiée s«ius ces mots :
Kyrie eleison, Doxologie, Litanie, Trisagion. L'atrrç<riç,
l'èx.Tevr\z et la o-uva-ni-Ti sont des séries d invocations ou
de supplications, auxquelles le peuple répond par des
acclamations : ïlapieyou K-jpiE ou d autres ; elles rentrent
aussi dans le genre des litanies et seront étudiées spé-
cialement avec la liturgie grecque 12. Donnons seulement
ici un exemple : ' Axtitte cp-Jcn;, t\ twv 6/cov or^io-jovo:,
Ta X"") W^v avoitov, Ô7tii>ç àvaYYS^'''>|iSv tyjv aVvetriv <rou
pocôvreç : "A-y.oç, "Ayio;, "Ayto; ei ô Oeoç ,3.
Cantiones. — Enfin il faut signaler encore les accla-
mations ou cantiones qui étaient usitées en certain>
lieux au moment de l'élévation à la messe. Mais c'est
une pratique liturgique beaucoup moins ancienne, en
core que l'on puisse peut-être en rapporter l'origine à
quelque rite ancien u.
VI. Avertissement du diacre et des ministres. — Il
ne faut pas confondre en liturgie, avec les acclamations,
les ordres ou avertissements donnés par le diacre ou les
autres ministres, et qui ont, en général, un caractère
différent. Cependant ces injonctions deviennent parfois
de vraies acclamations, et c'est pourquoi nous devons
leur consacrer un paragraphe.
On rencontre fréquemment en liturgie des formule-»
comme les suivantes : slale cum silentio; audientes,
intente (les écoutants étaient une classe de catéchu-
mènes) ; flectamus genua, leva te ; humiliate capUave-
stra Deo; Dominumprecemur 15 ; clamemus et dicamus
tribus vicibus kyrie eleison16; ter ideo clamemus kyrie
eleison n; in pace domino supplicemus ; stemus in ora-
tione ,8; in nomine domini Jesu Chris ti eamus cum
pace '•; très laudis voces offeramus Trinitali, et l'on crie
ces laudes 20. Diaconus clamât hoc, Ephremiticum : Ste-
mus omnes ". Siméon de Thessalonique, à une époque
bien postérieure, donne la signification de cette acclama-
tion : sapientia, attendamus. sa peut in erecli 2!.
Dans ces derniers exemples, on le voit, le commande-
ment du diacre devient une véritable acclamation.
Bunsen, dont les conclusions sont parfois assez arbi-
traires, donne avec raison ici, comme appartenant & la
Paris, 1886, p. 135. — "G. Morin, Liber continus, p. 27. —
' Breviarium gothicum, P. L., t. lxxxvi, col. 258. ■ «Te Vert,
Explication des cérémonies de l'Église, Paris, 1713 t. îv, p. 103,
106 sq. — " Martène. De antiq. Ecclesix ritibus, t. nt, p. 14. —
,!L. Clugnet, Dicf. des noms liturg. en usage dans l'Église grec-
que, Paris, 1895, à ces dilTérents mots. — " 'Q?o).<>";'ov ni-v-a, in-8*.
Venise, 1820, p. 68 ('AnXoutta toî o"f8Poj). — «* Zaccaria, Onoma-
sticon, au mot Cantiones, p. 63. — "Dom Martèr.?. De ont. Eccl.
ritibus. Bassani, 1788, 1. 1, p. 83. — '• Ibid., t. H, p. 102. — " llnd.,
p. 114, 115, etc. — " Ibid. , p. iOl.— "Ibid., t. III, p. 21. — «" Ibid.,
t. u, p. 105. — «' Ibid., p. 106. — w P. G., t. a.v. col. 586. 690
2G1
ACCLAMATIONS
'2G2
liturgie du m* siècle, ces avertissements qui tiennent
parfois, comme les précédentes formules, de l'acclama-
tion ou de l'invocation liturgique :
Diaconus : 'A'nrà'raffâe aXX^Xouç.
Sacerclos : ripoa-ïpÊiv y.xzx Tpârcov; <jtoiGï)ts.
Diaconus : 'Eîrl r.poai\>x^Y' crrâO/jTe.
Sacerclos: Etpr|V7| nza-cv.
Diaconus : ÏIpoo-sû?a<i6s ûnèp tôv TtpoTçspôvxuv.
Ta; y.eçaXà; ûu.iùv xXcvixtê '.
Et encore celles-ci :
Diaconus : Respiciamus ad orientera.
Epizcopus : Sancta sanctis.
Populus : Unus Pater sanctus, unus Filius sanctus,
unus est Spiritus sanctus.
Cette profession de foi au moment de la communion,
pour le dire en passant, est fort importante, comme
caractéristique des liturgies, et se retrouve dans les plus
anciennes 2.
Nous aurons, à propos des liturgies particulières, à
nous occuper d'un certain nombre de ces admonitions.
Il faut cependant citer ici celles qui ont un rapport plus
direct avec les acclamations. C'était au diacre à congé-
dier, à la fin de la première partie de la messe, les ca-
téchumènes, les païens qui auraient assisté à cette réu-
nion, les énergumènes, les pénitents, par une formule
qui variait selon les liturgies. Naturellement ces for-
mules ont disparu depuis que les modifications de la
discipline ont rendu ce rite inutile. Cependant on le
trouve conservé encore au XIIe siècle au moins, dans
la liturgie ambrosienne. On lit en effet dans un manu-
scrit du British Muséum, publié dans la Paléographie
musicale, ces formules accompagnées d'une mélodie :
erigite vos; — humiliate vos; — ne guis catechume-
nus; — qui vult noniina offerre; — si guis judseus; —
si guis paganus 3.
C'est aussi le diacre qui invite au baiser de paix par
une formule qui varie aussi suivant les liturgies : 'A<r-
uoTaffÔe à/Xi'iXo'j; év <piXr|U,aTC àyt'a» *. Offerte vobis pa-
cem 5; quomodo statis pacem facite 6; pax domini sit
semper nobiscum1, ou autres formules de même genre.
Elles méritent d'autant plus d'être remarquées que
l'on a donné une importance, peut-être un peu exagérée,
selon nous, à la place du baiser de paix, comme carac-
téristique des liturgies. Mais nous aurons à nous en oc-
cuper plus spécialement aux mots Ad pacem, et surtout
Baiser de paix.
L'une de ces injonctions les plus célèbres est peut-
être celle par laquelle le diacre, au moment de la com-
munion, avertissait les fidèles qui allaient communier,
par une formule qui était généralement un commen-
taire ou une modification du sancta sanctis. Nous en
trouvons le plus ancien exemple dans la Aihayr\ twv
'A7iootôX(ov (c. ix) : Nemo autem edat neque bibat a ve-
stra gratiarum actione (1% E-J/apiTtc'a; ûu.à>v) nisi gui
baptizati sunt in nomine Jesu; de hoc enim dixit Do-
minus : Ne date sanctum canibus (u.y) Sûre tô âyiov
toïç xua-t) 8. Tertullien fait allusion à ce rite dans ces
paroles : Etianx ethnici... sanctum canibus, et porcis
margaritas... jactabunt 9.
Toutes les liturgies anciennes possèdent ce rite et
cette acclamation, comme nous le verrons en traitant ces
'D'après la Liturgia S. Marci, dans Bunsen, Hippolytus and
his âge, Londres, 1852, t. IV, p. 238, 257. — * Ibid., p. 262, 265.
— 3 Paléographie musicale, t. vi, p. 174, 262, 316, 334. — • Con-
stitutions apostoliques, P. G., t. I, col. 1089. — 5 Liturgie am-
brosienne, cf. Auctarium solesmense, loc. cit., p. 95. — • Missale
mozarabicum, P. L., t. lxxxv, col. 546. — 7 Dom Claude de Vert,
loc. cit., t. iv, p. 263. — «Funck, Opéra Patrum apostoiicorum,
Tubingue, 1887, t. I, p. CLXI. — ' De prœservpt., xu, P. L.,
U 11, p. 68 ; cf. De spectac., c. xxv, P. L., 1. 1, col. 732. - "S. Gré-
questions. Les liturgies grecque et orientale l'ont con-
servé. Mais la liturgie romaine, moins conservatrice, et
qui a rejeté, avec une grande logique, la plupart des for-
mules qui ne répondaient plus à un rite déterminé, l'a
abandonné le jour où les fidèles en grand nombre ont
cessé de s'unir à la communion du prêtre.
Un curieux vestige en est resté, pour la liturgie
romaine, dans un ouvrage de saint Grégoire le Grand,
qui nous prouve qu'au vi8 siècle encore le diacre s'é-
criait au moment de la communion : Qui non conv-
municat det locum 10.
Ce qui n'est pas moins curieux, c'est que le pontifical
romain a conservé aussi ces paroles qu'on n'avait pas
jusqu'ici remarquées, et qui sont placées, dans la bouche
de l'exorciste : Exorcistam etiam oportet... dicere po-
pulo, ut gui non communicat det locum. 01 àxoi-
v<ovï)toi, TtepnTxrr|<7aTE, Qui non communicatis, abite,
lit-on dans l'àva<pa>pa, selon Timothée d'Alexandrie n.
C'est encore au diacre qu'il appartient de congédier le
peuple à la fin de l'office par une formule qui varie sui-
vant les liturgies et les époques. L'Ile missa est doit
être d'une très haute antiquité. Le sens de la formule
est : Allez, c'est le renvoi. L'auteur de la Peregrinatio,
au ive siècle, termine en général la description des offices
du jour ou de la nuit dans l'église de Jérusalem par ces
mots : et missa fit, ou : fit missa de anastasi (église
de la Résurrection), ou : missa fit de ante cruce, ou :
facla missa vigiliarumin Ecclesia Majore, ou encore :
facitur missa hora forsitan décima, etc. Missa, employé
ici au sens demissio, dimissio, signifie que l'on renvoie
les fidèles 12. Saint Benoît, au vie siècle, termine aussi ses
descriptions de l'office par ces mots et missse sint ou
fiant missse, missse fiant13. Dans d'autres liturgies on
trouve : Ite in pace, procedamus cum pace in nomine
Domini u, In pace eamus, solemnia compléta est 15.
Parmi les acclamations les plus anciennes et les plus
remarquables qui participent de ce double caractère
d'invocation liturgique et d'avertissement, il ne faut
pas oublier de classer le dialogue qui précède la préface
et la relie souvent à une oraison, qui, dans la liturgie la
plus antique n'est qu'une sorte de prologue de la préface,
comme on peut le constater dans les plus anciens de ces
documents : Per omnia ssecula sseculorum. Amen
(finale de l'oraison). Dominus vobiscum. Et cum spi-
ritu tuo. Sursum corda. Habemus ad Dominum. Gra-
tias agamus Domino Deo nostro. Dignum et justum est.
Le Per omnia ssecula sseculorum, qui est une formule
scripturaire et fut employé dans la liturgie primitive,
sera étudié à propos de la doxologie dont il fait partie;
Y Amen et le Dominus vobiscum seront aussi étudiés à
part, comme nous l'avons dit. Les autres formules de
ce dialogue, qui se retrouvent avec peu de variantes
dans toutes les liturgies, sont attestées au 111e siècle
par saint Cyprien 16.
La préface appartenant à la famille des oraisons, on
doit retrouver dans celles-ci les mêmes caractères. Elles
sont en effet, dans toutes les liturgies, précédées d'une
invitation à la prière, dont la plus ordinaire est le Do-
minus vobiscum. Oremus. Voir Oraisons.
Mais parfois la formule d'invitation est plus étendue,
comme dans cette oraison de la messe romaine : Orale
fratres, ut meum ac vestrum sacrificium acceptabile
fiatapudDeum Patremomnipotentem.lci l'acclamation
Oremus est devenue un vrai prologue ; ou encore dans les
goire, Dialog., 1. II, c. xxm, P. L., t. lxvi, col. 178; Duchesne
Origines du culte chrétien, 2' éd., p. 163; dom Cabrol, Le livre
de la prière antique, p. 113. — " P. L., t. lxxviii, col. 554.
— "Peregrinatio Silvix ad loca sancta, éd. Gamurrini, Rome,
1888, p. 77 sq. ; cf. dom F. Cabrol, Étude sur la Peregrinatio Sil-
viœ, Paris, 1895, p. 44. — ,3 Régula S. Patris Benedicti, c. xvn.
— "Liturgie ambrosienne, cf. Auctarium solesmense, p. 95.
— ,B Liturgie grecque, liturgie mozarabe. Voir Ad complenda.
— '• De oratione dominiCa, P. L., t. iv, col. 557.
263
ACCLAMATIONS
îG'i
célèbres et très antiques oraisons du vendredi saint,
dont le prologue se retrouve, avec quelques variantes,
dans les oraisons gallicanes, et dans la plupart des litur-
gies : Oremus dilectissimi nabis pro ecclesia sancta Dei
uteam Deus et Dominus noster pacificare, adunare, et
cv.itodire dignetur toto orbe terrarum... Oremus. —
Flectamus genua. — Levate.
L'embolisme du Pater qui existe aussi avec des va-
riantes dans toutes les liturgies se ramène à la même ori-
gine : Oremus. Prœceptis salutaribus moniti et divina
institutione formali, audemus dicere: Pater noster1.
Il y a lieu de signaler ici quelques autres monitions
du diacre ou des ministres, dont certaines ont encore ce
double caractère d'avertissement et d'acclamation : Qui
sedetissurgite; — Ad orientent aspicite ; — Attendamus;
— Respondete ; — Toto corde precemur Dominum ; —
Surgite ad orationem ; — Qui statis humiliale capita;
— Adorate Deum cum timoré; — Aspiciamus 2.
Clamemus : « Kyrie. » Diaconus clamât : « Kyrie. s
Et le peuple répond par d'autres acclamations 3.
Inclinate capila; — Humiliale vos ad benedictionem;
— Flectamus genua11; — Capita vestra inclinate; —
— Cum timoré Deo attendamus 5. Ce qui ne manque
pas d'intérêt, c'est que les formules sont attestées presque
mot pour mot par la Peregrinatio Silvise, en des phrases
comme celles-ci : Item mittet voceni diaconus ut
« unusquisque, quomodo stat catechumenus inclinet
caput »... et denuo mittet diaconus vocemet commonet
ut « unusquisque stans fidelium inclinet capita sua » b.
Sacerdos. « Pax. » Populus. « Et cum spiritu tuo. »
Diaconus. « Cum timoré. » Sacerdos. « Sancta sanctis. »
Populus. « Unus pater sanctus. » Diaconus. « Stemus
DECENTER 7. »
Ailleurs (liturgie syriaque) la formule qui précède
l'oblation a une vraie valeur dogmatique, comme l'ont
remarqué certains théologiens : Stemus recte, orantes,
stemus cum timoré et tremore, stemus caste, quia ecce
oblatio offerlur et majestas exoritur, portée cœli ape-
riuntur et Spiritus sanctus descendit et super hsec
sancta mysteria accubat : in loco terribili ac tremendo
stamus, etc. 8.
ACCES DITE (ad accendite) était, dans certaines églises,
chanté par le diacre ou l'acolyte, quand on allumait les
cierges à certains jours.
Parfois, dans des liturgies postérieures, le diacre
adresse à la foule de vrais discours qui sont des ampli-
fications oratoires et s'éloignent de la sobriété primitive.
Celle-ci par exemple dans la liturgie de saint Jacques :
Stemus decenter et oremus, gratias agamus, adoremus
et laudemus agnum vivum Dei qui offertur super altare.
Divinitas sese demisit ad peccatores filios Adam, etc.;
Date pacem unusquisque proximo suo, in caritate et
fide quœ Deo acceptée sinl, etc. i0.
C'est ce qui a eu lieu aussi pour l'annonce des fêtes ou
des stations annunciatio festorum. Dans la Peregrinatio
Silvise, au IVe siècle, l'annonce est faite en termes très
brefs : Mitlit vocem archidiaconus et dicit : « Omnes
hodie hora septima in Lazario (église de Lazare) parati
simus... » ou : antequam fiât missa (avant le renvoi),
mittet vocem archidiaconus et dicit primum : « Juxta
septimana omne, id est die crastino hora nona, omnes
ad Martyrium (église de Jérusalem) conveniamus, id
est, in Ecclesia majore ". »
La même coutume est constatée dans les Ordines ro-
» Voir Oraison dominicale. — «Renaudot, loc.cit., t. i, p. 454,
490. 491 ; t. n, p. 8. — J Dom Martène, loc. cit., t. II. p. 114, 115. —
*S. Csesarii Arelat., homil. xxxiv: cl. P. L., t. i.xxvm, col. 553.
— 8H. Denzinger, Ritus orientalium, Wurzbourg, 1863, t. i,
p. 207. — ' Peregrinatio Silvise, loc. cit., 1887, p. 56 et passim.
- 7 Renaudot, loc. cit., t. H, p. 114, 519, etc. — • Assemani, Co-
dex liturgicus.l. IV, part. II. p. 82, Hurler, Compendium theo-
logise dogmaticœ, Innsbruck, 1881, t. m, p. 237. — «De Moléon,
Voyages liturgiques en France, Paris, 1718, p. 27, 67, 87, 129;
mani après la communion . Vcmat archidiaconus
cum calice ad cornu altaris et adnunciet stalionem.
Accipiens diaconus calicem in dexteram partent alta-
ris, elevans eum in manibus suis pronunciat natalitia
sancta in ipsa hebdomada venientia, ita dicendo :
« Illa feria veniente natalis est sancta Maria, » aut
confessorum, aut aliorum sanctorum, qualis evenit se-
cundum martyr ologium. Et respondent omnes : « Deo
gratias ,2. »
L'annonce de certains jeûnes était faite solennellement
aussi : Anniversariis, fralres dilectissimi, jejunii pu-
ritatem, qua et corporis acquiritur etanimsesanctitas,
nos commonet illius mensis instaurata devotio. Quarta
igitur et sexta feria sollicito convenientes occursu, of-
feramus Deo spiritale jejunium, etc. 13.
Le sacramentaire gélasien contient aussi des rubriques
comme celle-ci : Denuncialio jejuniorum quarti, sep-
timi et decimi mensis... Denuncialio natalitii unius
martyris... Denuncialio cum reliquix ponendse. sunt
martyrum, etc. Mais on donna bientôt des formules
amplifiées. Nous ne citerons pas celle publiée par Ménard
et souvent rappelée : Noverit vestra devotio, sancttssimi
fralres, quod b. Martyris illius, etc. '*.
Nous préférons donner cette formule plus curieuse et
beaucoup moins connue :
Adnuntiationes Festibitatum.
Adueniente die. il. sollemuitas erit sançtse marix uirginis
et genetricis. domini nostri ihesu xpi secundum carnem.,
Proinde admonemus karitatem uestram dilectissimi fratres. ut
omnes ad aeclesiam dei ad uigilias uel ad missam deuotissime
in unum adbeniamus.,
R. S. deo gratias.,
Eccae adnuntio uobis gaudium magnum quod erit omni po-
pulo., Adueniente die ill. solemnitas erit nubis diei natiuirn-
tis domini nostri ihesu xpi secundum carnem., Proinde ad-
monemus beatituilinem uestram dilectissimi fratres adque
uniuersitatem plebis., ut omnes ad aeclesiam dei ad uigilias
uel ad missam deuotissime in unum conueniamus.,
Adueniente die il. sollemyiitas erit circumcisionis domini
nostri iehu xpi secundum carnem.
Adueniente die crastina omnes ieiunemus ut misericordiam
domini consequi mereamur., deo gratias.,
Adueniente die ill. solemnitas erit apparitionis domini no-
stri ihesu xpi et salbatoris secundum carnem., Proinde ||
Erit igitur anno présent! per miserioordiam dei discurrente.
era ill. initium béate quadragesime. quoto. ill. Cena domini.
quoto. ill. Passio domini. quoto. Ht. Resurrectio uero eiusdem
domini nostri ihesu xpi. quoto. ill. Luna. ill.
Crastma diae pro his qui de suscepti sunt ad aeclesiam san-
ctam iherusalem in unum ad missam conueniamus.,
Adueniente diae. ill. solemnitas erit diei ascensionis domini
nostri ihesu xpi secundum carnem., Proinde.,
Adueniente diae. ill. sollemnitas erit diei inuentio sanctse
crucis.,
Adueniente diae dominico solemnitas erit. nobis. sanctum
pentecosten., Proinde.
Adueniente diae ill. festiuitas erit nobis natibitas sancti
iohannis babtiste et precursoris xpi., Proinde.
Adueniente diae ill. festiuitas erit sanctorum apostolorum
pétri et pauli.,
Adueniente die ill. festiuitas erit sacrationis sancti il.,
Adueniente die il. festiuitas erit translatio corporis sancti
il.,
Adueniente die il. festiuitas erit sancti il. aepiscopi et confes-
sons xpi.,
Adueniente die il. festiuitas erit sanctorum illorum marty-
rum xpi. [p. 25]
Adueniente diae il. festiuitas erit sanctarum virginum il. et
martyrum xpi.,
Zaccaria, Onomasticon rituale, Faenza, 1787, t. i, à ce mot. —
10 Renaudot, loc. cit., t. n, p. 29. :»; cf. p. 33, 38, etc. — " Pere-
grinatio Silvise ad loca sancta, éd. Gamuniui, Ruine, 1887, p. 63;
cf. aussi p. 66, 70, etc. — '«Ordo i, p. 29, 82; Ordo il, 1, 2, etc.
— "Gerbert, Monumenta veteris liturgix allemanicm, t. i.
p, 134 ; cf. p. 214. Voyez au Léonien, formules équivalentes, dans
Muratori, Liturgia romana vêtus, Venise, 1748, p. 415. — ■* Mé-
nard, In S. Gregorii librum saeramentorum noue, P. L.,
t. lxxviii, col. 427.
265 ACCLAMATIONS — ACCUSATIONS CONTRE LES CHRÉTIENS
266'
Adueniente diae il. festiuitas erit dedicatio sancti micahelis
archangeli uel sociorum eius.,
llll' feria. U fevia. UI feria. dies erunt nobis letaniarum.
Proinde admonemus karitatem uestram dilectissimi fratres
atque uniuersitatem plebis'- ut omnes ieiunemus et exoremus
dominum nostrum ihesum xpm pro peccatis nostris siue ut
dominus iram a nobis aufferat et aeclesiam domini iugiter
frequentemus., amen.,
Finit1.
VIL Bibliographie. —Nous n'avons voulu tra, ter dans
cet article que la question d'ensemble et monlrer les
différents points de vue auxquels on peut l'envisager.
Mais en étudiant les liturgies particulières, et à propos
de tels ou tels rites, nous fixerons, autant qu'il sera pos-
sible, l'origine et la portée des différentes acclamations.
En dehors des articles auxquels nous avons renvoyé,
voir Abréviation, col. 155 ; Abrasax, vocabulaire, col. 137,
acclamations et prières, col. 150. Quant aux citations,
elles ont été données au cours de l'article. Le sujet n'a
jamais encore, que nous sachions, été traité dans son
ensemble, mais on trouvera quelques indications supplé-
mentaires dans Bona, Rerum liturgicarum libri duo,
éd. Sala, in-lol., Turin, 1753, t. m, p. 115, 119; cardinal
Piira, L'hymnographie de l'Église grecque, in-4°, Rome,
1867; Brightman, Liturgies eastern and western, t. I,
seul paru : Eastern liturgies, in-8°, Oxford, mdcccxcvi,
au glossaire sous les mots : âyiâÇeiv, à-fiacr^ô;, èxcpu>vY)C7iç,
/.OP'Jcro-Eiv, irpoiTEtovEÏv ; Bingham, The anliquilies of the
Christian Church, 1. II, c. xx, dans The works of Bing-
ham, éd. 1855, t. i, p. 258 sq.
F. Cabrol.
ACCOMPAGNEMENT. Voir Instruments.
ACCUBITUS. Voir Église.
ACCUSATIONS CONTRE LES CHRÉTIENS. -
I. Accusations en général. II. L'odium generis humani.
III. Magie. IV. Vices infâmes et infanticide. V. Lèse-ma-
jesté et athéisme. VI. Indillérence politique. VII. Chas-
teté et continence. VIII. Répugnance au service militaire.
IX. Indillérence à l'égard des parents. X. Richesse et
pauvreté. XI. Conclusion.
Les problèmes d'histoire doivent gagner beaucoup à
être étudiés avec les mêmes procédés rigoureux et délicats
qui sont d'usage dans les sciences naturelles, ou physi-
1 Dom G. Morin, Liber comicus, p. 391, d'après le manuscrit
de Silos, maintenant à Paris, Bibliothèque nationale, Nouvelles ac-
quisitions latines, n. 2171, p. 24-25. Plusieurs autres exemples
de l'annonce des fêtes sont indiqués par domG.Morin, Liber comi-
cus, p. 391, 409, 423, etc., d'après les sermons des Pères du IV
et du v 6iècle et les homiliaires. Cf. Annonces des fêtes. On
trouvera d'autres exemples dans le Liber ordinum préparé par
dom Férotin et qui sera publié dans nos Monumenta liturgica.
— !Fustel de Coulanges. Histoire des institutions politiques de
l'ancienne France. in-8°, Paris, 1891, t. i, p. 169. — 3 Mamachi,
Origines et antiquit. christianx, éd. Matranga, in-4% Roma;, 1846,
1. 1, p. 83 sq. — ■» Justin, Apol., i, n. 6, P. G., t. vi, col. 336;
Dial. contra Tryphonem, n. 108, P. G., t. vr, col. 725; Tatien,
Orat. ad. Grxcos. P. G., t. vi, col. 804-888 ; Athénagore, Légat.,
n. 4, P. G., t. vi, col. 897; Tertullien, Apolog., x, P. L., t. i,
col. 380 sq. ; Minucius, Octav., c. vm, P. L., t. m, col. 269;
Arnobe, 1. I, P. L., t. v, col. 718 sq. — 5 Act. SS. Perpetux et
Felicit., xvi, dans Ruinart, Acta sincera, in-4*, Paris, 1689,
p. 93. — 'Lucien, Opéra, éd. 1743, t. ni, p. 614; Celse, dans Ori-
gène, P. G., t. xi, col. 666. — 'Ulpien, Digest., 1. L, xm, 1; Justin,
Dial. cunx Tryphone, n. 108, P. G., t. vi, col. 725. — * Prudence,
Péri Steph., X, v, 404, P. L., t. LX, col. 479. — » Suétone, Nero,
16; Pline, Epist., x,97; Tacite, Annal, XV.xliv. — <°Th. Ittigius,
Hist. eccl. prim. sxc, c. vi, n. 3, in-4°, Lipsiae, 1709, p. 323;
Porphyre, dans Eusèbe, Hist. eccl., VI, xix, P. G., t. xx, col. 561.
— *' Epist. eccl. Lugd. et Vienn., dans Eusèbe, H. E., V, i,
P. G., t. xx, col. 403. — " Martyrium Ignatii, II, dans F. X.
Funk. Opéra Patrum apostolicorum, in-8", Tubingae, 1881, t. H,
p. 260; Acta SS. Tarachi, Probi et Andronici, IX, dans Ruinart-,
loc. cit., p. 485: Lucien, De morte Peregrini, n. 13; Dion, Orat.,
xxxu, xxxin. — "Salmasius, Ad Lactautium, c. ix, Lugduni Ba-
ques. Une conclusion historique, de même qu'une défi-
nition d'ordre scientifique, est le résultat de descriptions
minutieuses, innombrables. Pour conduire ces opérations
avec la précision nécessaire, une enquête visuelle est
préférable à tout autre procédé; mais lorsqu'il s'agit des
époques passées il faut se réduire à des controntations
aussi exactes que possible sur les états successifs de la
religion, de la philosophie, de la politique, de toutes les
branches de la pensée et de l'action humaine. « L'his-
toire, disait Fustel de Coulanges, n'est pas l'art de
disserter à propos des faits : elle est une science dont
l'objet est de trouver et de bien voir les faits. Seulement
il faut bien entendre que les laits matériels et tangibles
ne sont pas les seuls qu'elle étudie. Une idée qui a régné
dans l'esprit d'une époque a été un fait historique. La
manière dont un pouvoir a été organisé est un fait et la
manière dont les contemporains comprennent et accep-
tent ce pouvoir est aussi un fait2. » Il y a lieu de recher-
cher quelle impression firent les chrétiens sur les gen-
tils; nous savons que ceux-ci ont résumé leurs griefs
dans quatre accusations principales visant la règle des
mœurs, la pratique de la magie, la lèse-majesté et l'aban-
don des dieux de l'empire.
I. Accusations en général. — Mamachi 3 ayant pris
soin de rassembler les témoignages injurieux prodigués
parles païens à la religion chrétienne, il suffira d'énumé-
rer ici les articles de ce catalogue. C'était d'abord le nom
d'impies ou d'athées*, magiciens5, faiseurs de pres-
tiges6, imposteurs7, sophistes8, partisans d'une super-
stition nouvelle, mauvaise, désordonnée, détestable et
malfaisante9, d'une religion barbare10 et étrangère11,
mauvais génies 12, pâture des bêtes et désespérés 13, sar-
mentaires ou bons à brûler 14, biolhanatoi, c'est-à-dire
bons pour la mort violente15; puis encore des appella-
tions que nous n'essayons pas de traduire : hebetes,stolidi,
obtusi, rudes, idiotse, insensali, indocti, impoliti, inepti,
agrestes, miseri, fatui, obstinati16, nation amie des
ténèbres et du silence 17, gens de rien, mitrons 18, save-
tiers19. On pourrait prolonger longtemps encore cette
nomenclature, sans y apprendre rien de très précis ; nous
nous bornerons donc à étudier ici quelques chefs d'ac-
cusation nettement formulés.
II. L' « odium generis humani. » — Le plus ancien té-
moignage des graves calomnies adressées aux chrétiens20
se trouve dans Tacite en un passage célèbre; on y lit
tavorum, 1660, t. v, p. 483, P. L. , t. vi, col. 577; Tertullien, Apologet.,
XLn, l, P. L., 1. 1, col. 556. — "Tertullien, Apolog., l, P. L., t. i,
col. 599. Cf. Bingham, Origines, c. u, 10, t. i ; D. N. Le Nourry,
Apparatus in Bibl. SS. PP., in-fol., Paris, 1715, t. n, p. 1424. —
15 Act. S. Symphorosx, dans Ruinart, Act. sine, p. 19; Tertullien,
De anima, c. lvii, P. L., t. Il, col. 792. — ,e Mamachi, Orig. et
antiq-, t. I, p. 92. Cf. Tertullien, Apolog., xxvn, P. L., t. I, col.
493; Xlix, P. t., t. I, col. 596; Min. Félix, Octav., P. L., t. n,
col. 268 sq. ; Arnobe, 1. I, P. L., t. v, col. 718 sq. ; 1. II, ibi<L,
col. 812 sq. ; 1. III, ibid-, col. 938 sq. ; Théophile, Ad Autolicum,
1. III. c. IV, éd. Maran. in-fol., Paris, 1742, p. 383, P. G., t. VI, col.
1125; Théodoret, Prolog Therapeutices, P. G., t. lxxxiii, col.
784; Pline, Epist, x, 97 ; Acta Tarachi, Probi et Andronici, ix,
dans Ruinart, loc. cit., p. 485.— "Minucius, Octav., P. L., t. m,
sol 268. — '• Origène, Contr. Cels., 1. m, P. G., t. XI, col. 20-
1028; S. Jérôme, Epist., i, Ad Pammach. adv. Jovinian., P. L.,
t. xxn, col. 493 sq. ; Epist., L, Ad Domnionem, P. L., t. xxii,
col. 512. — ,uLamy, De eruditione apostolorum, c. m, in-fol.,
Florentiee, 1733 ; Juvénal, Satir., IV, vers 150 sq. Voy. pour les
autres surnoms Mamachi, loc. cit. — "C. Kortholt, Paganus
obtrectator, sive tractatus de calumniis gentilium in veteres
ctiristianos, in-12, Kiloni, 1703; Rechenberg, De atheismo chri-
stianis oHm a Romanis objecta, in-4°, Coburgi, 1755; Douais,
dans Revue des questions historiques, 1885, p. 337, 397; G. Bois-
sier. Le jugement de Tacite sur les Juifs, Paris, 1899, in-8-,
G. Boissier, Le texte de Tacite, dans le Journal des savants,
mars 1902, p. 158 ; C. Thiaucourt, Ce que Tacite dit des Juifs,
dans Rev. des et. juiv., 1889, t. xix, p. 57-74 ; Hild, Les Juifs de-
vant l'opinion romaine, dans la même revue, 1885, t. Il, p. 176;
M. Schuld, Les préventions des Romains contre la nation juive,
Paris, 1882 ; Hermann Schiller, Commentera in honorem Momm-
267
ACCUSATIONS CONTRE LES CHRETIENS
203
que dès le temps de Néron les chrétiens ne furent pas
tint convaincus de 1 incendie de Rome que de haine pour
le genre humain : haud perinde in crimine incendii
quant odio generis humani convicti sunt '. Il est néces-
saire de remarquer que le passage en question est con-
servé dans le manuscrit (Mediceus alter) de la biblio-
thèque Laurentienne, à Florence, manuscrit considéré
comme le prototype de tous les autres2. Ce manuscrit
donne, au lieu de convicti, la leçon conjuncti 3 adoptée
par les éditeurs qui ne s'arrêtent même plus à signaler
cette variante. Il y a donc lieu de lire le texte en essayant
de maintenir conjuncti et en éliminant convicti. Tacite
nous apprend que les personnes qualifiées de chrétiens
furent comprises dans la même poursuite : conjuncti
sunt in crimine, sous un double chef d'accusation,
l'incendie de Rome et Yodium generis humani.
Le droit criminel donnait au mot conjunctis un sens
presque identique à celui de notre mot : complice. Il
faut remarquer que la secte nouvelle commença ainsi
d'être envisagée juridiquement en tant que secte, puisque
c'était la première fois que les chrétiens étaient distin-
gués des Juifs d'une manière officielle; et ils avaient à
répondre de deux crimes distincts commis en compli-
cité. Pour quelque raison que nous ignorons, au lieu
d'instruire séparément sur l'une et l'autre accusation, on
les réunit. Le fait avait des précédents4, il constituait
néanmoins une dérogation au droit commun. Le préteur
ne pouvait connaître rien en dehors du crime sur lequel
il était appelé à statuer; au contraire, l'empereur et le
sénat pouvaient, dans les cognitiones qui leur étaient
soumises, réunir divers chefs d'accusation; ils le faisaient
en effet et, en ce cas, la causa simplex devenait causa
conjuncta. Ulpien parle ainsi de la conjunctio des chefs
d'accusation : Si mihi plures injurias feceris, puta
turba et cœtu facto domuni alicujus introeas, et lioc
facto efficitur ut simul et convicium patiar et verberer :
an possim separalim tecum experiri de singulis inju-
riis, quxritur ? Et Marcellus secundum Nerutii senten-
tiani hoc probat cogendum injurias, quas simul passus
est, conjungere*. Il y a donc lieu de penser que le pro-
cès des chrétiens avait été déféré au tribunal de l'empe-
reur ou à celui du sénat. Il ne faut pas s'arréier à l'ac-
cusation d'incendie qui était accidentelle; l'autre accu-
sation, Yodium generis humani, répond à une préoccu-
pation des esprits de ce temps; c'est elle qu'il importe
de mettre en lumière. Les témoignages contemporains
nous apprennent que celui qui est terras odium est une
cause de malheurs. Plaute le dit dans ses pièces6, il y
revient1 qualifiant le deorum odium atque hominum
de porte-malheur. L'odium parait être dans sa pensée 8 et
dans celle d'Horace 9 une sorte de sorcier malfaisant.
Les hommes d'alors avaient l'esprit rempli des imagi-
senii. Km l'robltm der Taciluserkl&rung, in-8°, Berolini,
1877, p. 41; Hochart, Éludes au sujet de la persécution des
chrétiens sous Héron, m-8°, Taris, 1885. Si Tacite a connu la
lettre de Pline, cf. B. Bauer, Chrislus und die Cœsaren, in-8°, Ber-
lin, 1877, p. 273; Arnold, Die neronische Christenverfolgung,
in-8°, , Berlin, 1888, p. 105; \V. Itamsay, The Church in the
roman empire, c. XI, 5 : Crime wliich the Christian confessed,
in-8°, London, 1897, p. 238; cf. H. Schiller, Gcsclu d. Kaiserrtichs
unter der Regierung des Nero, in-8° , Berlin, 1872, p. 437. —
1 Tacite, Annal., 1. XV, c. XLIV. — * E. Cuq, De la nature
des crimes imputés aux chrétiens d'après Tacite, dans les Mélanges
de VEc. jr. de Rome, 1880, p. 115 sq. Nous suivrons ici plu-
sieurs opinions de ce remarquable mémoire. — * Annales de la
Faculté des Itttres de Bordeaux, 1884, planche. — 'Tacite,
Annales, 1. XVI, c. Vin; 1. XIII, c. Uï. — 5L. vn, 5;
Digest., XLVII, tit, X. Cf. 1. XXXIII, 2;Digest., XL, tit. xn; Marcien,
1. V, Digest., XLVIII, 18, et Ulpien, 1. LVII, Ad edictum. — • Plaute,
Bacchis, act. IV, vil, 22. — ' Plaute, Rudens, act. U, II, 12; Miles
gloriosus, act. III, III, 49; Asin., act. V, II, 77; Térence, Andr.,
act. V, IV, 38. — «Plaute, Curculio, act. I, III, 33. — •Ho-
race, Episi., 1. I, XIV, V. 10 et 37. — l0 Tacite, Six., II, 50; Pline,
Episl., I, 18; VII, 27. — " Loc. cit. — "Pline, Hist. nat., VU, II.
— "Catulle, VII, 12; Virgile, Ed., VII, 27; Plaute, Amphyt., act. U,
nations les moins raisonnables relativement au merveil-
leux lft. Horace parle très sérieusement du mauvais œil ",
Pline en est au même point12; Catulle, Plaute, Virgile,
Apulée, tous les maîtres de la pensée, perdent leur belle
indifférence dès qu'ils songent à la mala lingua, à la
mala manus, aux maligni oculi ' 3 qui nous guettent sans
cesse pour anéantir notre bonheur. Pour se préserver de
leur atteinte on a la ressource des amulettes qui attirent
la protection du dieu ou bien rompent le charme qui a
été jeté sur nous. Ce charme dont on vient ainsi à bout
c'est YInvidia 14 ; il y en a un plus menaçant, dont rien
ne laisse deviner la présence, qui opère en secret sans
qu'on songe à s'en défendre; cet autre charme c'est
Y odium obscurum. 11 parait qu'on en faisait métier.
Pline indique une préparation magique qui rend celui
qui s'en sert odio omnibus 15; Cicéron dit que Vatinius
est odio civitati et il l'accuse de sacrifices inouïs et pro-
hibés, d'évocations des défunts et de divination dans les
entrailles des enfants mis à mort. La formule odio esse
sert à dévouer quelqu'un à la haine des dieux infernaux.
DITII PATIIR RHODI
TIBI COMMIINDO VTI SIIMPIIR Nil
ODIO SIT M LICINIO FAVSTO
Dite Pater, Rhodine\ni\ tibi commendo, uli sevrper
odio sit M. Licinio fausto 16.
Il n'y a guère d'exemples que l'on attribuât à un charme
les événements heureux de la vie, son rôle était plutôt
de causer préjudice à autrui. Tout ce qui était resté
inexpliqué paraissait inexplicable: on faisait appel à tort
et à travers aux divinités, afin de résoudre par l'inter-
vention d'une puissance occulte les mystères que l'on
ne se sentait ni la force ni le goût d'approfondir. Les
inconnues de la nature étaient expliquées de façon ridi-
cule; le charme était une des solutions les plus fré-
quemment employées, « II faisait perdre la mémoire11,
la raison IS ou la vie. Tacite attribue à cette cause la mort
de Germanicus '*. On pouvait par un charme faire périr
les récoltes, ou attirer sur sa terre les fruits qui mûris-
saient dans le champ du voisin (?). Aussi Pline appelle-
t-il la magie frauduientissima arlium 20, et l'on appré-
ciera la portée de cette qualification si l'on se souvient
qu'à cette époque le mot fraus impliquait l'idée d'un
préjudice matériel résultant d'un acte illicite. C'est sans
doute la même idée que Plaute voulait exprimer lorsque,
dans ces vers du Rudens,
Fraudulentum,
Deorum odium atque hominum, malim...
il présente comme fraudulentus le personnage qui est
en même temps Deorum odium atque hominum 2I. »
On s'explique dès lors que l'incendie de Rome ait été
', 58; Pline, Hist. nat., I. VU, II; Ovide, Metam., VII, 365; Apu-
lée, Met., IV, 14; Macrobe, Sat., I, 6, etc. Cf. E. Cuq, loc.
cit., p. 122. — " Apulée, Met., IV, 14 ; Macrobe, Sat., I, 6. — 1S Pline,
Hist. nat., XXVni, VIII.— '« Corp. inscr. lot., t. VI, n. 140. — " Cicé-
ron, Brut., c. LX. — '•Virgile, Ed., vni, 66; Juvénal, VI, 610. —
'• Tacite, Annal., 1. IL, c. X. Cf. Dion, 1. LVU, c. XVUI. — «° Sénèque,
Quœst. nat., IV, 7. — " E. Cuq, loc. cit., p. 124. En ce qui concerne
le principe juridique des persécutions, outre les travaux de
Le Blant, Bases juridiques des poursuites dirigées contre les mar-
tyrs; F. Delaunay, L'Église chrétienne devant la législation ro-
maine à la fin du I" siède, dans les Comptes rendus de
l'Académie des inscr., 1879-1990, t. VII, 30-64; Mommsen, dans VHis-
torUche Zeitsclaijt, 1890, t. LXIV, p. 339, 424, et The expositor, jui?.
1893; Rambaud, Le droit criminel romain dans les Actes des
Martyrs, in-8°, Lyon, 1885; Guèrin, dans la Nouvelle revue histo-
rique du droit français et étranger, 1895, p. 601-646, 713-737;
M. Conrat, Die Christenverfolgungen in râm. Reiche vont Stand-
punckte der Juristen, in-8", .Leipzig, 1897; J. E. Weis, Chri-
stenverfolgungen, Geschichte ihrer i'rsachen im Romerreiche,
in-8°, Munchen, 1899; A. Hamack, Christenverfolgungen, dans
la Realcncyclopâdie fur protestantische Théologie, 1897, t. ni;
C. Kneller, Hat die rOmische Staat dans Christenthum verfolçtt
dans les Stimmen aus Maria Laach, 1898, t. LXIV, p. 1 sq*
269
ACCUSATIONS CONTRE LES CHRÉTIENS
270
attribué aux enchantements des chrétiens. Ceux-ci, dans
leurs écrits, manquaient parfois de mesure, si nous en
jugeons par divers morceaux de l'Apocalypse du pseudo-
Esdras, que l'on croyait chrétien, des livres sibyllins et
de quelques autres ouvrages. De là à les tenir pour enne-
mis du genre humain, il n'y avait qu'un pas, assez vite
franchi. Nous retrouvons un écho de cette accusation à la
fin du IIe siècle; on considérait alors les « frères »
comme naturee totius inimici '. Dès lors l'accusation
avait pris sa forme superstitieuse définitive : « Les chré-
tiens sont la cause de toutes les calamités publiques; si
le Tibre déborde, si le Nil n'inonde pas les campagnes,
si la terre tremble, si la famine ou la peste ravagent une
province, on crie aussitôt : les chrétiens au lion2. »
III. La magie. — Cette accusation de magie s'associait à
l'idée que les païens se faisaient du christianisme. Di-
verses circonstances taisaient rejaillir sur le Christ lui-
même cet étrange soupçon. Il n'était à leurs yeux qu'un
enchanteur habile 3 formé en Egypte à tous les secrets
de la science occulte de ce pays, et à laquelle il devait
sa résurrection*. Pierre et Paul passaient pour d'abo-
minables magiciens 5, Pierre avait immolé un enfant et
usé de sortilège pour faire adorer le Christ durant trois
cent soixante années6. L'odium obscurum s'exerçait
principalement à l'aide de formules magiques 7, de Car-
men, mot qui indiquait les paroles du formulaire et le
charme lui-même. Ces opérations se pratiquaient la nuit
de préférence 8. Tout ceci n'était pas sans analogie avec
les pratiques des chrétiens qui se réunissaient la nuit et
célébraient leur Christ par un carmen9. D'autres traits
complétaient l'assimilation. Apulée ayant été accusé en
justice de maléfices, disait entre autres choses dans son
apologie : « Mes accusateurs devaient imaginer une fable
en rapport avec les choses que chacun croit et connaît.
Aussi, pour produire un de ces faits qu'admet l'opinion
commune, ils me font opérer des charmes sur un enfant.
C'est en secret, dans un lieu écarté, avec un petit autel
et une lampe ; peu de gens assistent à la scène et, dès que
l'enfant est enchanté, il tombe, puis se relève ayant perdu
toute conscience de lui-même. On n'a pas osé pousser
plus loin le mensonge. Cependant, pour compléter la
Cable, on aurait dû ajouter que l'enfant fait mille prédic-
tions, car la divination et les présages sont, on le sait,
la fin de ces enchantements. Ce n'est point seulement
l'opinion' lu vulgaire, c'est aussi le sentiment des hommes
de science que les enfants produisent cette merveille 10. i>
Saint Cyprien de Carthage employait aussi les enfants
prophètes pour connaître les révélations surnaturelles :
« Le Seigneur, écrit saint Cyprien, dans une lettre à son
clergé, le Seigneur ne cesse de nous reprendre, la nuit
et le jour. A côté des visions que nous donne le som-
122 sq. ; A. Linsenmayer, Die Christenverfolgungen im rômi-
schen Reiche und die moderne Geschichtschreibung, dans Hist.
pol. Blàlter, 1901, t. cxxvn, p. 237-255, 317-331: C. Callewaert,
Les premiers chrétiens furent-ils persécutés par édits géné-
raux nu par mesures de police? Observ. sur la théorie de
Mommsen, Rômisrhe Staatsrecht, in-8», Leipzig, 1877, t. II,
p. 732 sq.; Marquardt, Romische Staatsverwaltung , t. III, 'p. 443
t. i, col. 542. Cf. E. Cuq, loc. cit., p. 124. — 3Origène, Contr.
Cels., P. G., t. xi, col. 662 sq.; S. Augustin, Serm., xliii. n. 5,
P. L., t. xxxvin, col. 256; cf. Lactance, Inst. div., 1. IV, c. xin,
P. L., t. vi, col. 482. — «Arnobe, 1. I, c. xi.m, P. L., t. v, col. 773;
Ps.-Clem, hnmil. vin, 9, P. G., t. il, col. 224; Acta S. Pionii,
n. 3. Act. SS., févr., t. i p. 45. — 5Eusèbe, In Hieroclem, c. n,
dans Philostrate P. I..,i. xxn, col. 796 sq. — 8 S. Augustin, De
civit. Dei, 1. XVIII. c. un, P. L., t. xli, col. 616. — ' Lucain,
Pharsale, vi, 577; Tacite, Ann., 1. II, c. xxvin. D'autres moyens
cependant, voy. Horace, Sat., i, 8, 30; Virgile, Ed., vm,73; Pline,
Hist. nat.. 1. XXV11I, vm; Juvénal, vi, 10. Sur la dira impreca-
tio, dira detestatio : Apulée, Mag., 26 ; Pline, Hist. nat., 1. XXVIII,
n: Lucain, vi, 443, 492; vi, 617. Voy. le mot Adjuration. —
* Apulée, Mag., c. m. — » Pline, Epist., x, 97. — ,0 Apulée,
Apolog., éd. d'Oudendorp, in-4', 1786, t. Il, p. 495-498. Cf. Le Blant,
Recherches sur Vaccusation de magie dirigée contre les premiers
chrétiens, dans les Mém. de la Soc. des antiq. de France, 1869,
meil, en plein jour, près de nous, l'Esprit- Saint inspire
l'innocence; des enfants, plongés dans l'extase, voient,
entendent et proclament ce que Dieu veut nous révéler
et nous apprendre *'. » La destination de cette encyclique
épiscopale nous fait voir qu'on ne songeait guère à cacher
ces pratiques; le caractère de l'homme qui en faisait
usage écarte, à nos yeux, l'ombre même du soupçon,
mais elles n'en tombaient pas moins, sous le coup des
lois de l'Etat; ce que les païens ne pouvaient manquer
de faire remarquer. Les livres saints, dont on ne gardait
guère le secret, plerique casus ad extraneos transfe-
runt 12, durent être pour beaucoup dans le jugement irré-
vérencieux que les païens portaient sur Moïse qu'on met-
tait en compagnie des pires imposteurs 13. Bien d'autres
causes aidaient les gentils à pénétrer les pratiques des
chrétiens : dénonciations d'esclaves u, apostasies ls, ma-
riages mixtes 16.
Par-dessus tout planait l'accusation d'infanticide1" qui
était, comme on l'a vu, une des pratiques de Vatinius
pour ses charmes18 et complétait les soupçons de pra-
tiques magiques. Par une étrange rencontre, il se trouva
que bien d'autres points venaient assimiler les rites chré-
tiens aux pratiques magiques et illégales. On reprochait à
Apulée de tenir des symboles enfermés dans une pièce
d'étoffe'9 et aussitôt l'on songe à la réserve eucharistique
des chrétiens de ce temps. Un autre reproche, touchant
les sacrifices nocturnes -°, rappelle ces mots de Tertullien :
« Si la chrétienne, épouse d'un gentil, se rend aux con-
vocations nocturnes, aux veillées de la Pâque, son mari
le souffrira-t-il sans s'émouvoir? Si elle signe son lit et
son corps, si elle souffle sur quelque esprit immonde;
si, la nuit, elle se lève pour prier, ne croira-t-il pas à
une œuvre magique? non magiee aliquid videbis ope-
rari. Et ce qu'il la verra goûter, en secret, avant chaque
repas, admettra-t-il que ce ne soit que du pain? ne croi-
ra-t-il pas plutôt à quelque philtre21?» « Les chrétiens,
ajoute E. Le Blant, avaient d'autres arcanes soigneuse-
ment cachés. Tels étaient les poissons d'agate que l'on
portait au cou 22, le nom de l'IXOYI 23, les interrogations
mystérieuses sur le sany, la chair, du Fils de l'homme,
incomprises même des catéchumènes 24. Les symboles
que cachait Apulée et sur lesquels était fondée l'accusa-
tion de magie, n'avaient certes rien déplus impénétrable,
de plus suspect pour des regards ennemis 23. » Les exor-
cismes étaient en ce temps permis à tous les chrétiens,
même aux femmes 26, et on trouve dans les écrits des
Pères la preuve de cet emploi si fréquent27. C'était un
nouveau trait qui pouvait prêtera de lourdes confusions.
Lucain, au temps de ia république, Origène, au IIIe siè-
cle, parlent, l'un des faiseurs de prodiges, l'autre des
sorcières thessaliennes dont le souffle opérait des en-
t. xxxi ; Les actes des martyrs, 38, in-4*, Paris, 1882 ; Les per-
sécuteurs et les martyrs, c. vu, in-81, Paris, 1893; voy. Tertullien
Apolog., xxiii, P. L., t. I, col. 469; Spartien, In Did. Jutianum,
vu. — << S. Cyprien, Epist., rx, 4, P. L., t. iv, col. 259. — )2 Ter-
tullien, Apolog., xxxi, P. L., t. i, col. 449. — "Apulée, Apolog.,
t. il, p. 580, 581. — " Tertullien, Apol., vu, P. L., t. i, col. 358. —
15 E. Le Blant, Lesperséc. et les martyrs, c. XII, p. 143. — IS Ter-
tullien, Apol., vn, P. L., t. I, col. 358, Ad uxor., n, 8, P. 1 .,
t. i, col. 1413; S. Cyprien, De lapsis, v, P. L., t. iv, col. 482. —
"Voy. Epist. eccl. Lugd. et Vienn., dans Eusèbe, Hist. eccl., V,
i-iv, P. G., t. xx, col. 408-440 ; Tertullien, Apolog., vu, P. L., 1. 1,
col. 358. — "Juvénal, vi. 551 : Lucain, vi, 554. — ,9 Apulée, Apo-
log., t. Il, p. 517. — !0 Ibid., p. 521. — !1 Tertullien, Ad uxorem, il,
4, 5, P. L., t. I, col. 1406, 1407. — -■ De Rossi, De monum. christ.
;-/6ùv exhib., p. 12. — "S. Augustin, De civit. Dei, xvm, 23,
P. L., t. xli, col. 579, etc. — S*S. Augustin. In Johann., XI.
3, P. L., t. xxxv, col. 1476. — "E. Le Blant, loc. cit., p. 82;
note 5. — °s Tertullien, Ad uxor., n, 5, P. L., t. I, col. 1407;
Apolog., xxiii, P. L., t. i, col. 469; De idolol., xi, P. L., t. i,
col. 752. — "Irénée, Adv. tuer., 1. I, c. xm, § 4, P. G., t. vu,
coi. 585; Eusèbe, Hist. [eccl., VII, x, P. G., t. xx, col. 657; Pru-
dence. Péri Steph., x, v. 920, P. L., t. i.x, col. 513; Sulpice
Sév. io. Dial., m, 8, P. L., t. xx, col, 216. Cf. du Gange, au mot
Exsufjlare.
271
ACCUSATIONS CONTRE LES CHRÉTIENS
272
cliantement6 *. Quelque soin que les chrétiens dussent
employer à mettre en garde les païens, ils devaient sou-
vent perdre leur peine. Quand ils amenaient aux fidèles
leurs malades atteints du morbus sacer 2, ils étaient
convaincus que l'œuvre qui allait être tentée dépassait
toute puissance humaine, puisqu'il s'agissait de violenter
les dieux; aussi les chrétiens ne leur apprenaient-ils
rien en leur disant qu'ils chassaient Saturne, Jupiter,
Mercure3; mais lorsque les fidèles disaient que ceux-ci
n'étaient pas dieux, ils ajoutaient, aux jeux de leurs
clients, un blasphème à un sortilège dont le secret était
réservé aux magiciens 4.
La prière vers l'Orient et la célébration du dimanche,
dies solis, fournissaient, dit Tertullien. de nouveaux ar-
guments à leurs adversaires, qui y voyaient la preuve de
l'adoration du soleil 6, trait de ressemblance fortuit
avec d'illustres magiciens, Apollonius 6, les Brah-
manes 7, et le prophète égyptien dont parle Apulée 8.
Les monuments chrétiens venaient confirmer ces erre-
ments. Le rapprochement que l'on faisait de Jésus atti-
rant le monde à sa doctrine et d'Orphée charmant des
bêtes sauvages9 fournissait un trait nouveau à l'histoire
de l'origine égyptienne de la puissance magique de Jésus.
Par une dernière et fâcheuse rencontre, il arriva que
Moïse, Jésus et saint Pierre étaient souvent représentés
portant à la main le propre symbole de la magie, Tin-
taient cette représentation '". Enfin le volumen de la Loi
nouvelle que Jésus donne à saint Pierre, et quelquefois
59. — Sarcophage de Luc de Béarn représentant
N.-S. Jésus-Christ ressuscitant Lazare.
D'après une photographie.
strument de ses opérations, cette célèbre baguette de
Circé. D'innombrables monuments, sarcophages (fig. 59),
fresques, graffites, épitaphes, verres dorés (fig. 60), por-
1 Lucain, Pharsale, VI, v. 491 et 522. — * Tertullien, Apolog.,
xxxvu, P. L., t. i, col. 523; Ad Scapul., iv, P. t., t. r. col. 781.
— ■' Minucius, Octavius, xxvu, P. L., t. in, col. 336; Tertullien,
Apolog., xxxiii, P. L., t. i, col. 510. Cf. Theophil., Ad Autuhjc,
n. s, P. G., t. VI, col. 1060; Sulpice Sévère, Dial., m, 6 sq.,
P. /.., t. xx, col. 215. — *Quintilien, Déclamât., x, 7. — •Ter-
tullien, Apolog., xvi, P. L., t. i, col. 419. — « Philostr., Yita
Apollonii, n, 38; vin, 13; cf. i, 31. — ' Ibid., n, 14,33. — «Apulée,
Metam., n, in-4", 1786, t. i, p. 161. — "G. Bottari, Scult. e pitt.
ttclla lioma solter. , in-ful., Roma,1737,pl. lxiii, 1 xx\ in ; De Rossi,
Huma sotterr., in-fol.. Borna, 1867, t. Il, pi. XVII ; cf. Le Hl.mt,
loc. cit., p. 85. — ,0 Bosio, Borna sotter., in-fol., Roma, 1632,
p. 57, 59, 81, 87, 359; K. Le Blant, ctudes sur les sarcophages
60. — Verre doré de la collection du Vatican représentant
saint Pierre frappant le rocher.
D'après une photographie.
à saint Paul, dans certains monuments, était, au dire des
païens, le livre secret des incantations de la secte ".
L'accusation de magie sortait bien vite du domaine des
soupçons. L'horreur que le monde antique professait
pour cet art était d'autant plus vive qu'il en craignait
plus les effets. Une telle accusation explique ce mot de
Tacite que, presque à l'heure même où la calomnie se
tourna sur eux, les chrétiens étaient tenus pour infâmes,
per flagitia invisi. On retrouve le même mot chez Pline,
un demi-siècle plus tard, dans la lettre par laquelle H
demande à Trajan si les chrétiens doivent être punis à
cause des flagilia inhserentia nomini1*. Cette infamie
résultait donc de la pratique des maléfices. Nous en trou-
vons un autre témoignage dans le jugement porté par
Suétone sur la doctrine des chrétiens persécutés par Né-
ron : c'est, dit-il, superstitio nova et malefica 13. Tout le
inonde se soulevait contre ces magiciens, et les chrétiens
c'étaient guère pris au sérieux lorsqu'ils condam-
naient comme impiété des pratiques analogues à celles
qu'on leur voyait employer. « Celse, dit Origène, affirme
que les chrétiens empruntent leur pouvoir au nom et à
l'invocation de certains démons; et sans doute, il a ici
en vue ceux d'entre nous qui conjurent et qui chassent
les esprits malins. C'est pure calomnie '*. » Tertullien
ne voulait même pas entendre parler d'un rapproche-
ment 15. Et cependant le rapprochement venait de lui-
même à l'esprit, lorsqu'on lisait ceci dans Lucien, par
exemple : « Qn amenait des possédés à un magicien sy-
rien; ceux-ci t'abordaient tout écumants; il faisait parler
le démon, lui faisait dire son origine, comment il était
entré dans le corps du possédé; puis, au moyen d'adju-
rations, il contraignait l'esprit â se retirer16. » 11 y avait
d'Arles, in-fol., Paris.. 1878, p. 2, 22, 50; Les sarcophages chré-
tiens de la Gaule, in-fc!., Paris, 1886, p. 109; B. Garrucci, Vetri,
in-4-, Roma, 1864, pi. n, n. 10, pi. vin, pi. x, n. 9; Bottari, Scutt.
e pitt., in-tol., Roma, 1737, pi. i.xxxv; De Rossi, BuUett.. 1865,
p. 69. — "Garrucci. Vetri, 2" éd., p. 85;S(ori<i deU'arle enstia-
na. in-fol., Prato. 1873, pi. 327. 328, 330; De Bossi, Bull., 1868,
p. 39; Mûnlz, Mosaïques de l'Italie, Bev. archéol., 1875, p. 274,
285; Le Blant, Sarcoph. de ta Gaule, pi. xn, u, lvi. — " Pline,
Çpist., x, 97. — '3 Suétone, Nero, 16. — "Origène, Cotirr. Cels.,
1. I, p. 7, P. G., t. XI, col. 652. — "Tertullien. Apolog., \xm,
P. L., t. I, col. 398; S. Irénée, Adv. hser., i, 23, P. G., t. vu,
col. 670; cf. S. Justin, Apol., H, 6, P. G., t. VI, Col. 453. —
'•Lucien, Philopseud., xvi.
273
ACCUSATIONS CONTRE LES CHRÉTIENS
274
bien d'autres cas encore '. Ulpien jugeait qu'on ne de-
vait aucun salaire à ces charlatans2.
L'accusation de magie n'épargne personne; elle pro-
voque un redoublement de vigilance à l'égard des chré-
tiens prisonniers pour la foi 3. On s'explique ainsi pour-
quoi le seul nom de chrétien était un crime; c'est qu'il
impliquait la pratique de la magie et des enchantements,
non pas individuellement, mais par la secte entière.
Chrislianits supposait odium. Nous voyons la tendance
en ce sens dès le temps de Néron, où l'on arrêta les fi-
dèles sur le seul titre de chrétien. « L'assimilation aux
incantatores, dit M. Cuq, a dû être consacrée par des
décrets impériaux. Pline y tait allusion lorsqu'il dit
qu'il ne sait quel parti prendre à l'égard des chrétiens :
cognitionibus de christianis nunquam interfui *. Certes
ces décrets n'avaient pas force de loi générale, mais ils
contribuèrent à former la jurisprudence 6. » Simples
décisions judiciaires dépourvues de publicité, elles n'exis-
taient pas sous forme de lois ou d'édits, ce qui explique
l'ignorance de Pline à leur endroit.
Ainsi, à y regarder de très près, la persécution de Né-
ron fut un précédent d'une extrême gravité à l'égard de
la secte chrétienne qu'il assimilait à une association in-
fâme par la seule accusation de magie. M. Cuq, dont on
ne peut négliger l'opinion en cette matière, estime que
l'imputation dirigée contre les chrétiens était une mali
carminis incantatio 6. Une telle accusation ne pouvait
être expiée que par la mort 7. C'était la pénalité pro-
noncée par les Douze Tables : Quei malum carmen
incantasit *, et sur ce point la législation ne s'adoucit
pas : Semper Romani magica damnarunt, dit Servius8;
on retrouve des témoignages pendant toute la iarec des
règnes des empereurs païens10. La mort des magiciens
constituait un véritable piaculum ; elle pouvait être de
deux sortes, d'après la nature de l'accusation intentée
contre les chrétiens : on tranchait la tète à ceux qui
étaient convaincus d'avoir pris part à des réunions noc-
turnes11; les incendiaires étaient brûlés12. « Les com-
plices des magiciens, dit Paul, sont livrés aux bêtes ou
crucifiés, les magiciens sont brûlés vifs13. » Ces trois
supplices, le feu, la croix, les bêtes, sont précisément
ceux que Néron ou le sénat appliquèrent pour crime
d'odium humani generis, qui avait entraîné, disait-on,
l'incendie de la ville. L'application du jugement pro-
noncé était donc en soi légale; mais Néron, si les be-
soins de sa politique ne l'avaient pas jeté dans le sen-
timent opposé, aurait pu se montrer clément à l'égard
des condamnés, parce que l'affaire avait été jugée extra
ordinemli : Hodie hcet ei qui extra ordineni de cri-
mine cognoscit, dit Ulpien, quant vult sententiam fer-
1 Origène, Contr. Cels., 1. I, c. VI, P. G., t. xi, col. 665; cf.
Hippocrate, De morbo sacro, éd. Kulin, t. i, p. 588; Plutarque,
Sym-pos., v; Irénée, Adv. hmr., i, 23, P. G., t. vu, col. 670; Jus-
tin, Apolog., H, 6, P. G., t. vi, col. 453; Dial. cum Tryph.,i.xxxv,
P. G., t. VI, col. 676; FI. Joséphe, Ant.jud., VIII, II. — - Digest.,
De extr. cognit., I., xm, 1, 3. — 3Passio S. Perpetuse, xvi
dans Ruina;!, Acta sincera in-4", Parisiis, 1689, p. 93 ; Acta dis-
put. Achatii. 5, ibid., p. 142 ; Passio S. Tarachi, vu, ibid., p. 473
sq. ; Passio S. Didymi, v, ibid., p. 430. Cf. Passio S. Lucise, dans
Surius, 13 déc. ; S. Ainbroise, Serin., xlviii, sur S" Agnès, P. L.,
t. xvii, col. 725; Suidas, v Xçu«ÏOvo; ; Passio S. Sebast., 82, dans
Acta sanct., 20 janv. — *Cf. E. Cuq, Le conseil des empereurs
d'Auguste à Dioctétien, p. 325-327. — B E. Cuq, De la nature
des crimes imputés aux chrétiens d'après Tacite, dans Mél. de
l'Èc. (r. de Rome, 1886, p. 129. — • Ibid., p. 130. - > Cicéron, De
leg., I, 14: Philip., xi, 12; Horace, Od., i, 28, 30-34. — » Tab.,
vin, 25; cf. Pline, Hist. nat., XXVIII, iv; Apulée, Apolog., éd
dOudendorp, t. n, p. 504; S. Augustin, Decivit. Dei, vu, 19, P. h.t
t. X.LI, col. 209. — » A d Mneid., I v, 497. — '• Dion Cass., XLIX, xlhi ;
LVII, xv ;LXVI, ix ; Tacite, Annal., II, m; Suétone, Viiell.,xiv;
Cod. greyorian., xrx, 4. — " Tite-Live, x, 1; Cicéron, Calil., i,
11. — ,s V, xxiii, Digest., 1. XLVII, tit. IX, 9. — " Paul, Sentent.,
17, cf. Lucius sive asinus, liv. — "Tacite, Annal., XIV, xlviii;
Suétone, Claud., 14. — <» Ulpien, Digest., 1. XLVIII, tit. xrx.
13. — ,0 Passio S. Perpetux, xvi dans Ruinart, Acta sincera,
re, vel graviorem vel leviorem, ita tamen ut inulroque
modo rationem non excédai 15.
L'accusalion de magie reparaît très fréquemment dans
les documents anciens, et surtout dans les actes des
martyrs. On s'attendait, en vertu de quelque charme
mystérieux, à voir les prisonniers disparaître soudain 16,
ou bien on expliquait par quelque pratique magique
la joie des uns 17, l'impassibilité des autres 18; on
prenait à ce sujet des précautions naïves ou repous-
santes 19.
Par une simple application du droit commun on éten-
dit aux livres des chrétiens, et sous la même inculpa-
tion, la peine qui frappait les « frères ». Nous avons dit
que les écrits en vogue parmi eux ne témoignaient pas
toujours de la bienveillance à l'égard du pouvoir, et cela
put aider à attirer l'attention de la police impériale;
mais d'autres raisons mettaient l'autorité en éveil à
l'égard des formules en usage dans la secte. Le respect
que l'on y témoignait aux écritures sacrées intriguait les
persécuteurs20. Vers le milieu du ne siècle le bruit
courait que les prêtres des chrétiens faisaient usage
d'écrits magiques21. Or ces sortes d'ouvrages devaient
être brûlés. C'était le traitement qu'on avait fait subir
aux livres sibyllins22, à d'autres encore 23 ; Ulpien et
Paul disaient à ce sujet: « Il n'est point permis de pos-
séder des ouvrages dont la lecture est réprouvée, les
livres de magie, ou autres de même sorte. Qu'ils soient
immédiatement anéantis 24. » Peut-être cette imagination
inspira-l-elle l'active recherche des livres des chrétiens
pendant la dernière persécution.
Nous n'entrons pas dans le récit des épisodes provo-
ques aux époques postérieures par l'accusation dejmagie,
car si elle reste l'occasion d'un grand nombre de pro-
cès 25 et de violences, elle a cessé d'être une des bases
de la jurisprudence à l'égard des chrétiens.
IV. Les vices infâmes et l'infanticide. — Il y a peu
de choses à dire sur l'accusation de débauche infâme
par laquelle on chercha à souiller les chrétiens. Ici en-
core quelques circonstances mal connues, plus mal in-
terprétées, expliquaient, dans une certaine mesure, les
soupçons. Tout, il faut le dire hautement, se réduisait
à un certain air mystérieux que le gros des gens ne
comprend guère et qu'il condamne brutalement, parce
que le mystère qu'on lui tient caché, l'offusque. Ce genre
d'attaques s'expliquait encore par la contusion qui ne pou-
vait manquer de s'établir dans l'esprit des païens entre
les pratiques corrompues des sectes et celles des chré-
tiens restés fidèles. Enfin, des aveux formels, suivis par-
fois il est vrai de rétractations, des dénonciations d'es-
claves firent tomber sur les chrétiens l'odieuse réputation
in-4% Paris, 1689, p. 93. — " Acta SS. Ptolemmi, Romani, 3,
dans Act. sanct., 23 août; cf. Le Blant, De l'ancienne croyance
à des moyens secrets de défier la torture, dans les Mém. de
l'Acad. des inscr., t. xxxiv a, p. 289. — ,8 Vita SS. Epictett
et Astionis, c. xiv, Acta sanct., 8 juill. — ,9Cf. Le Blant, Les
actes des martyrs, supplément aux Acta sincera, 38, p. 103,
104; Hyvernat, Les actes des martyrs d'Egypte, t. I, p. 59; Le
Blant, Notes d'archéologie sur la chevelure féminine, dans les
Comptes rendus de l'Acad. des inscr., 1888, p. 419-425. —
°" Acta procons. mart. Scillit., 3, dans Ruinart, Acta sincera,
in-4% Parisiis, 1689, p. 80. — 21 Origène, Contr. Cels., 1. VI, P. G.,
t. XI, col. 1358. — S2 Tite-Live, XL, xxtx ; Varron, dans S. Augustin,
De civitate Dei, vu, 34, P. L., t. xu, col. 222. — " Tite-Live, //«-
torise, 1. XXXIX, c. xvi; Suétone, In August., xxxi. — -* Paul,
Sentent., V, xxm, 18. — "Victor de Vite, De persecutione van-
dalica, 1. II, c. xvn, P. L., t. lvih, col. 210; Sozomène, Hist. eccl.,
1. II, c. ix, xi, P. G.,t. lxvii. col. 955 sq.,962; Elysée Vartabed,
Soulèvement de l'Arménie chrétienne, trad. de Grégoire Kabaragy
Garabed, p. 47, 150; cf. F. Nève, dans VUniverstté catholique,
1845, t. xx, p. 389-397, 479-491 ; Vita S. Augustini episcopi Can-
tuariensis, xvi, dans Acta sanct. O. S. B., in-fol., Parisiis,
1668, t I, p. 510 ; Le Blant, Les persécuteurs et les martyrs,
c. xxvii, et Les actes des martyrs, 38, p. 108 sq. Cl. A. de
Backer et Sommervogel, Bibliothèque des écrivains de la Com-
pagnie de Jéeus, in-4% Paris, 1B90, au mot Spee {Frédéric von).
1/0
ACCUSATIONS CONTRE LES CHRÉTIENS
;76
à laquelle bien peu de créations religieuses ont échappé '.
Dans cet amas d'immondices, une seule accusation nous
semble présenter un solide intérêt liturgique. On lit
dans Minucius Félix cette objection de Cecilius : Alii eos
ferunt ipsius Antislitis ac Sacerdolis colère genitalia,
et quasi parentis sui adorare naturam 2. Il y a ici un
très antique témoignage d'un rite de l'exomologèse au
cours df laquelle le pénitent venait s'agenouiller devant
celui qui présidait l'assemblée. Mamachi cite parmi les
collections du Vatican une pierre gravée représentant
un coq qui, à la place du bec, a un phallus avec cette
légende sacrilège : 2G0THP KOZMOY.
Les plus connues parmi les calomnies portées contre
les chrétiens sont celles que Minucius Félix nous a con-
servées dans VOctavius : — 1° Le festin de Thyeste. — Le
récit qu'on fait des initiations des chrétiens, dit le païen
Cecilius, est aussi horrible que véridique. On présente
un enfant couvert de pâte à celui qui doit être initié,
afin de lui cacher le meurtre qu'il va commettre, et le
novice, trompé par cette imposture, frappe l'enfant de
plusieurs coups de couteau : le sang ruisselle, les initiés
le lèchent avec avidité et se partagent ensuiteles membres
palpitants de la victime 3. — 2° L'inceste d'Œdipe. — Ne
savons-nous pas, dit encore le païen Cecilius, ce qui se
passe à leurs festins (des chrétiens)? Tous nos auteurs
en font mention...: dans un jour solennel, tous se rendent
au banquet avec leurs enfants, leurs femmes et leurs
sœurs; là, après un long repas, lorsque les vins dont ils
se sont enivrés commencent à exciter en eux les feux
de la débauche, ils attachent un chien au candélabre et
le provoquent à courir sur un morceau de viande qu'on
lui jette à une certaine distance, les flambeaux renversés
s'éteignent; alors, débarrassés d'une lumière importune,
ils s'unissent au hasard, au milieu des ténèbres, par
d'horribles embrassements et deviennent tous inces-
tueux, au moins de volonté, s'ils ne le sont en effet,
puisque tout ce qui peut arriver dans l'action de cha-
cun entre dans les désirs de tous4.
V. La lèse-majesté et l'athéisme. — Cette accusation
est plus fondée, en apparence.
A Rome, l'État ou la chose publique, respublica, était
un être réel et vivant, constant et éternel. C'était l'idée
que l'on s'en faisait et que l'on devait s'en faire. Tout
était sous la surveillance de l'État, la religion, la vie
privée, même la morale. Contre l'État, l'individu perdait
ses droits individuels 3. Cela entraînait à des violences
1 Renan, Marc Auréle, in-8-, Paris, -1882, p. 304. Cf. Tertullien,
Apolog.,Vu,\m,P. L., 1. 1, col. 358, 363; Minuc. Félix., vm, ix, P. L.,
t. m, col. 2GG, 270. Voyez les actes de saint Épipode, de saint
Pollion, la lettre des Églises de Lyon et de Vienne; Ch. Worm,
De veris caussis cur delectatos humanis carnibus et promiscuo
concubitu christianos calumniati sint Ethnici, dans Martini,
Tltesaurus dissertationum , in-8', s. 1., 1763, t. H b. — ! Cf. Ma-
machi, toc. cit. (éd. Matranga), t. I, p. 135; Lucien. De morte
Peregrini, 1615. p. 994. — 3 Minucius Félix, Octavius, c. ix,
P. L., t. m, col. 272. Cf. Justin, Dial. cum Tryph., x, P. G.,
t. vi, col. '(96; Apol., I, II, passim, P. G , i. VI, col. 328 sq., 441
sq.; Athénagore, Légat., n. m, P. G., t. vi, col. 896; Théoph.
d'Antioche, Ad Autolic, 1. III, c. IV, P. G., t. vt, col. 1125; et la
lettre des Églises de Lyon et de Vienne dans Eusébe, Hist. ceci.,
1. V, c. i, P. G., t. xx, cul. 408. La réplique d'Octavius est impor-
tante pour l'histoire morale dans l'antiquité, mais principalement
pour la persistance de la tradition judaïque : « Nous sommes si
éloignés de verser le sang humain, dit-il, que nous nous abstenons
même du sang des animaux dont la chair nous sert d'aliment. »
Voy. Act., XV, 20. — 'Minucius Félix, toc. cit. — s Cia ron, De
legibus, m, 3 : Salu* populi suprerna lex esto. La mémo chose
ailleurs : Caiphas consilium dederat Iudayis : Quia eoepedit
unum hominem mori pro populo. Joa., XVIII, 14. — eC>. Wil-
nianns, Eccempla inscriptionum latinarum, in-S*, Berlin, 1873,
n. 64, 644, 922, 923, 935, 938, 943, 952, 9S7, 1073, 1377. Voy.
Acta Arvalium dans Wilmanns, loc. cit., t. Il, p. 289. —
1 Spartien, Adrianus, 4, 8; Julius Capitolinus, Albinus, 12; Tre-
bellius, Valerianus, 6; Vopiscus, Aurelianus, 9, 13; Treb. Pol-
lion, Ctaudius, 7, 14; Ammien Marceliin, xv, 8; Henzen, In-
script, antiquar. amjitiss. collect.. in-8", Turiei, 1856, n. 6501;
de toute sorte, à des crimes sans nombre: mais ces bru-
talités de l'État étaient une partie de sa foi ce. Une autre
partie résidait dans la notion de l'État impersonnel, no-
tion qui se maintint au temps de l'empire. Par-dessus
l'empereur despote éclate le sigle national S. P. Q. R.,
senalus populusque romanus 6, et plus haut encore
plane la respublica, l'État.
Les empereurs n'y mettent aucun obstacle. Trajan,
Adrien, Septime-Sévère, Valérien, Constance font une
mention fréquente de la république 7 et se considèrent
volontiers comme ses mandataires 8. Cela tient à ce que
la délégation, de quelque nom qu'on appelle le régime
qui l'exerce, n'est, comme le dit Cicéron, qu'une des
formes de la république 9. Une pratique de sept siècles
avait recommandé un système qui fonctionnait si dou-
cement et si régulièrement, depuis le temps des rois
jusqu'à l'époque des Césars 10. La même délégation en
vertu de laquelle les rois et. les consuls gouvernaient,
régla l'exercice de l'autorité des empereurs. C'était un
axiome des jurisconsultes de l'époque impériale que : «. Si
l'empereur peut tout, c'est parce que le peuple lui con-
fère et met en lui toute sa puissance", et parmi tant de
serviles concessions celle qui eût dépouillé la République
romaine ne fut jamais réclamée, jamais offerte. Comme
au temps des rois'6 et au temps des consuls13, la même
lex regia de imperio renouvelle à chaque nouveau prince
la délégation14, mais ce n'était plus qu'une cérémonie
de pure forme. L'empire ne fut pas considéré comme
héréditaire, au moins dans les trois premiers siècles15.
Chaque prince reconnut qu'il devait l'empire à la délé-
gation que le sénat lui en avait faite 16. Ce point de droit
était incontesté '". v
L'acte de délégation consommé, le pouvoir venait aux
mains du roi, du consul ou de l'empereur, absolu, presque
sans limites; c'était ce pouvoir que l'on appelait impe-
rium. Quand l'empire fut fait, il n'eut qu'à recueillir
les bénéfices d'un droit politique que créaient les textes
et les précédents. L'empereur hérita de tout l'arbitraire,
de toute la puissance, de toute la force. Il était chef de
l'administration, de l'armée, de la religion, c'est-à-dire
des sources delà discipline romaine. Il présidait le sénat,
réglait le rang social et la capitation de chacun : tout
cela sans appel et sans recours. Il était source de la jus-
tice, source de la législation. 11 était divin, et l'aigle qui
s'envolait de son bûcher ttinèbre l'emportait, de plein
droit, parmi les dieux 18. Ainsi « il n'y eut jamais en Eu-
Orelli, Inscript, latinar. ampliss. collectio, in-8\ Turiei, 1828,
n. 5192. Voyez aussi le nom de la république dans les textes
législatifs : Ulpien, Digest., L, xv, 1; IV, VI, 5; XXVIII, I,
18. Cf. Fustel de Coulanges, loc. cit., t. i, p. 149 sq. Comparez
l'exergue des monnaies en France en 1805. En face : Napoléon,
empereur; au revers : République française. — * Pro bono rei-
publicx natus, Mommsen, Inscript, helveticx, in-fol., Turiei,
1854, n. 312, 315, 316, 317, etc.: Mamertin, Paneg. Ma.rimi,
c. m. — » De Republica, I, 26. — '"Cicéron, Ad familiares, I, 9,
25; In Rullum, II, H, 12; De Republica, II, 13, 17, 21; Tite-
Live, vi, 41, 42; IX, 38, 39; XXVI, 2; XXVII, 22; Denys dHalicar-
nasse, IX, 41, X, 4; Tacite, Annales, VI, xxn. — " Gaius, Insti-
tutes, I, 5; Ulpien, Digest., I, iv, 6. — ll Cicéron, De Repu-
blica, n, 13,17, 21. — l3 Cicéron, Ad familiares, i, 9, 25. —
«Ulpien, Digest., I, V, 6; Corp. inscr. lat.. t. vi. n. 930;
Wilmanns, n. 917; Orelli, loc. cit., t. i, p. 567; Fustel de Cou-
langes, loc. cit., t. I, p. 154, note 2. — ,5A*eg«e enim hic, ut
gruiibus qux regnantur. cota dominorwn domvs, Tacite.
Hist., i, 16. — ,6 Tacite, Hist. , IV, 3; Dion Cassius, I.XIII, xxix ;
LXIV, viii;LXVI,i;LXXIII, xii-xm: Lam| ride, Vie d'Alexandre
Sévère, 6-8 ; Jules Caprtolin, Yerus. 3. — ,: Fustel de Coulanges.
loc. cit., p. 154 sq. Voyez Laoour-GayeV Antonin le Pieu.r et
son temps, in -S-, Paris, 1888, c. Il, tout entier, sur l'équilibre
politique. — " Voyez l'exposé des droits de l'empereur dans
Fustel de Coulanges. loc. cit., p. 157 sq. Pour le culte des
empereurs morts : Claude, Orelli. toc. cit.. n. 65, 3651; Vespa-
sien, ibid., n. 3853, Trajan, n. 65, 3898 ; Adrien, n. 3805 ; Septime-
Sévère, n, 2204; Commode; Henzen, loc. cit., n. 6062: cf. aussi
n. 3135, 5580. Pour Antonin et Marc, voy. Joies Capitoiin. Pius,
13, Marcus, 18.
277
ACCUSATIONS CONTRE LES CHRETIENS
278
rope de monarchie plus omnipotente que celle qui hérita
de l'omnipotence de la République. On ne connut pas
plus de limites à la puissance effective du prince qu'on
n en avait connu à la souveraineté théorique du peuple.
Il ne fut pas nécessaire d'alléguer aux hommes un pré-
tendu droit divin. La conception du droit populaire,
pousséfi à ses dernières conséquences par le génie autori-
taire ae Rome, suffit à constituer la monarchie absolue ».
Très habilement, les princes lièrent leur destinée à celle
de l'État par lequel ils étaient et pour lequel ils voulaient
être, au moins le disaient-ils. En l'an 12 avant Jésus-
Christ, Auguste prit le titre de souverain pontife, et con-
sacra dans la maison du Palatin un nouveau sanctuaire
à Vesta '. Dès lors, à l'origine même du pouvoir nouveau,
on confondit le foyer domestique du prince avec le feu
de la République, image de la perpétuité de l'État2.
Il n'y eut en cela ni substitution, ni fiction : comme
les dernières grandes conquêtes étaient ou peu s'en faut
contemporaines de l'empire, les provinces initiées sou-
dain, après de longs déchirements intérieurs, au doux
régime de la paix romaine, adoptèrent avec empressement
toute la civilisation romaine, un peu au hasard, sans
discernement de ce qui leur convenait et de ce qu'il fal-
lait refuser3. L'Asie, la Gaule, l'Espagne ne se condui-
sirent pas autrement. Parmi tous les présents qu'on
leur envoyait elles trouvèrent le culte de l'empereur, et
elles ne furent pas des moins ferventes à le pratiquer.
En Asie Mineure, le culte d'Auguste et de Livie était
la religion dominante *. Ce culte, répandu dans tout
l'empire, sauf à Rome, avait commencé en Espagne,
à Tarragone5, où l'on trouve aussi le premier temple
•Mommsen, Corp. insc. lat., in-fol., Berolini, 1893, t. i a,
p. 317; Comment, diurni, 28 avril. — * G. Wissowa, dans
l'Hermès, 1887, t. xxn, p. 44; Die Sxcularfeier des Augu-
stus, in-8°, Marburgi,1894,p. 9: cf Franz Cumont, L'éternité des
empereurs romains, dans la Bévue d'histoire et de littérature
religieuses, 1896, 1. 1, p. 436, et le livre classique sur cette question;
E. Beurlier, Le culte impérial, son histoire et son organisation
depuis Auguste jusqu'à Justinien, in-8% Paris, 1891, p. 1-263,
pour tout ce qui a trait au paganisme. — 3 Fustel de Coulanges, loc.
cit., 1. I, c. vu. Josèphe, Ant.jud., XIV, x, 22-23; Strabon, XVII,
ni, 24; Tacite, Ann., IV, lv. — *J. Eckhel, Doctr. numm. vet.,
in-4% Vindobonae, 1792, t. VI, p. 101 ; Tacite, Annal., IV, xxxvn,
55-56 ; VI, xv ; Dion Cassius, LI, XX ; Corp. inscr. gr., t. II, n. 2G96,
2943, 3524; t. m, 3990, 4016, 4017, 4031, 4238, 4240 d, 4247, 4266,
4363, 4379 c, e, f, h, i, k, ; Le Bas., Inscr. gr. et lat., in-8% Paris,
1837, t. m, n. 621, 627, 857-859,1611; Waddington, Explic. des
inscr. de Le Bas, p. 207-208, 238-239, 376 ; Perrot, De Galatia prov.
rom., p. 129, 150 sq. ; Exploration archéologique de la Galatie et
de la Bithynie, exécutée en i86i, in-fol., Paris, p. 31-32, 124 ; Corp,
inscr. atticarum, t. ni, n. 63, 253;Boeckh, Corp. inscr. grsec,
t. n, n. 2741, 3415, 3461, 3494; t. m, n. 4039; Waddington, loc. cit.,
n. 1 266. — » Tacite, Ann., I, lxxviii ; Quintilien, Jnst . orat., vi, 3, 77 ;
Marquardt, Romische Staatsverwaltung, in-8*, Leipzig, 1876, 1. 1,
p. 258; E. Beurlier, Le culte impérial, 1891, p. 18, n. 5. Voyez en-
core Corp. inscr. lat., t. H, n. 2221, 2224, 2334, 3395, etc. Voyez
aussi n. 2105, et encore n. 160, 397, 473, 2244, 3329, 4191, 4199, 4205,
4239, 4250. — • H. Cohen, Monnaies, in-8% Paris, 1880 : Octave
Auguste, n. 727; Tibère, n. 166; à Emerita, Auguste, n. 585-586;
Tibère, n. 78-80. — ' De Boissieu, Inscriptions antiques de Lyon,
in-4% Lyon, 1854, p. 467; A. de Barthélémy, Les assemblées
nationales dans les Gaules, dans la Revue des quest. hist., juillet,
1868, p. 14, 22 ; Ed. Beaudoin, Le culte des empereurs dans les
cités de la Gaule narbonnaise, in-8-, Paris, 1891 ; Tite-Live,
Epitome, 137 ; Suétone, Clauae. 2 ; Dion Cassius, LIV, xxxil ; Orelli,
loc. cit., n. 1435, 1667 ; Auguste, n. 3796 ; Tibère, n. 699; Caligula,
753; Vespasien, Henzen, loc. cit., n. 7421; Domitien, Orelli, loc.
cit., n. 789; Trajan, n. 1718: Antonin, cf. n. 204, 277, 401, 608,
«05, 1989, 2389, 2489, 5208; Jullian, Inscrip. de Bordeaux, in-4',
Bordeaux, 1887, t. i, n. 1 ; Lebègue, Épigraphie de Narbonne,
in-4% Narbonne, 1887, p. 117; Orelli, loc. cit., n. 2489; Wilmanns,
Exempta, n. 104. Pour le flamen local, voy. Henzen, loc. cit.,
n. 5997 ; Corp. inscr. lat., t. xu, n. 3180, 3207 ; cf. p. 382, n. 6931 ;
Mommsen, Inscr. Helveticx, n. 3, 118, 119, 142; Grèce : Foucart,
Inscript, de Laconie, n. 176, 179, 244; Egypte, Philo, Legatio,
22; Afrique : L. Renier, Inscr. de l'Algérie, in-fol., Paris, 1855 (
n. 3915; Henzen, loc. cit.,n. 6901 ; Grande-Bretagne : Tacite, Annal.,
XII, xxxn ; XIV, xxxi ; Henzen, loc. cit., n. 6488 ; Pannonie : Corp.
consacré à l'Éternité 6. Tarrigone était la première ville
de l'Espagne citérieure, et donnait le branle à tout le
pays, comme Lyon, dans la Gaule, métropole adminis-
trative, politique, financière de trois provinces, sorte
de ville fédérale dans laquelle le culte de Rome et d'Au-
guste formait le lien religieux d'une immense agglomé-
ration. En Grèce, en Egypte, en Afrique, dans la
Grande Bretagne, la Pannonie, la Thrace, on trouve le
même culte7. L'idée faisait son chemin : pour l'exprimer
on créa une formule nouvelle, l'œternitas imperii 8, ex-
pression d'une amphibologie voulue qui pouvait s'appli-
quer au pouvoir du souverain aussi bien qu'au territoire
qu'il gouvernait. Le foyer de Vesta devint ainsi le sym-
bole non seulement de l'indestructibilité de l'État romain,
mais de celle du principat 9. Au moins à partir du
n* siècle, le feu, pris sans aucun doute à l'autel de la
déesse, précédait en toute circonstance l'empereur, et
était considéré comme l'insigne le plus caractéristique
de sa puissance 10. Certains empereurs paraissent avoir
un peu répugné à cette apothéose11, le sénat était moins
réservé12; à partir du second siècle jusqu'à la fin du
troisième, le dogme de la corrélation entre l'État et l'em-
pereur s'affermit. L'Auguste participa aux privilèges delà
respublica. Le terme augustus i3 devint le titre impérial u
exclusivement réservé à l'empereur • 5 et à ses successeurs.
Tout empereur fut donc un Auguste. Cela signifiait
que l'homme qui gouvernait l'empire était un être plus
qu'humain, un être sacré. Le titre d'empereur marquait
sa puissance, le titre d'auguste sa sainteté16. Les hommes
lui devaient la même vénération, la même dévotion
qu'aux dieux 17.
insc. latin., t. ni, n. 3343, 3485, 3626 ; Thrace : A. Dumont, Inscr.
de Thrace, n. 29; cf. Bull, de corr. hellénique, 1882, p. 181;
Jilommsen, Romische Staatsrecht, in-8% Leipzig, 1877, t. Il,
p. 732 sq. ; Marquardt, Romische Staatsverwaltung , t. m, p. 443
sq.; éd. Wissowa, p. 463 sq. — 8 Suétone, Nero, 30; Henzen, Acta
fratrum Arvalium, Romœ, 1874, p. lxxxi, 66 apr. J.-C. Cf. Scavi
nel bosco sacro dei fratelli Arvali operati dai signori Cec-
carelli. Relazione publicata da Guglielmo Henzen, in-fol.,
Roma, 1868, avec planches lithographiques. Vota ann. 86, 87, 90;
Henzen, Act. Arval., p. 110. Même expression sur les monnaies :
Cohen, Septime-Sévère, Caracalla et Géta, n. 5 ; Julie, Sept.-Sév.
et Carac, n. 1-3 ; Julie, Carac. et Géta, n. 1-3 ; Géta, Sept.-Sév. et
Carac, n. 1-2; Sept.-Sév. et Carac, n. 1; Philippe père. n. 12; Phi-
lippe fils, n. 6; Carus, n. 30-32. Cf. Corp. insc. lat., t. Il, n. 259. —
9 De là l'expression d'Hérodien, II, m, 1, à propos de Pertinax, pro-
clamé empereur : ô Si ixtiueç i8ç08i) U ttj psinXiîu 'uni*. — ,0F. Cu-
mont, loc. cit., p. 437 et notes 3, 4. 5. « La plus ancienne mention
de cet usage se trouve dans Dion, LXXI, xxxv, 5, à propos de Marc-
Aurèle : les dernières paraissent être le texte d'Eutychianus rela-
tif à Julien, Fragm. hist. gr., t. IV, p. 6, col. 2,^nà. J.a^xàSuv fwi-
"/.tieSv, et Corippe, De laud. inst., n, 299; cf. Beurlier, loc. cit.,
p. 50. Cumont fait observer, p. 442, note 4, qu'il ressort des
textes (Hérodien, II, m, 2, etc.) que le feu était porté devant les
empereurs même pendant le jour, et il ne s'agit nulle part de
flambeaux, mais de irùj ou de yS?..- » La coutume existait à Rome
dès le temps des Antonins. Hérodien, I, vin, 4; XVI, 4; II, m,
2; VI, 12; VII, vi, 2. — "Vespasien, voy. Cohen, Monnaies,
t. Il, p. 271, n. 1 et 2; Suétone, Vesp., 22. — Titus : Cohen, loc.
cit., p. 342, n. 3. Claude interdit itçoix*u'/eïv aù-uss ^te Bum'av oi rom*.
Dion, lx, 5. — " Cohen, loc. cit., t. Il, p. 299, n. 250, en 77 ou
78 ap. J.-C; Titus: Cohen, t. il, n. 145, 146; Domitien : Cohen, t. n,
n. 280, 281 ; Trajan : Cohen, t. m, p. 4, n. 9, 10, 11; t. vu, p. 434. —
<8Dion Cassius. LIH.xvi; Suétone. Auguste, 7. — "Henzen. Inscr.
antiq. ampliss. coll., in-8% Turici, 1856, n. 5393, 5400; Tibère,
n. 5407; Néron, n. 5455 Adrien, n. 5580; Jules Capitolin, Gor-
dianus, 8;Trebellius Pollion, Claudius, 4; Vopiscus, Tacitus, 4,
Numerianus, 13. — ,5De même le titre d'Augusta était réservé à
l'impératrice : Suétone, Claude, 2, Néron, 28, Domitien. 3 ; Ta-
cite, Annal., XII, xxvi ; Jules Capitolin, Pius, 5. — ,6 C'est ce que
dit Ausone, Panégyrique de Gratien : Potestate imperator, Au-
gustus sanctitate. — " Imperator cum Augusti nomen acce-
pit, tanquam prsesenti et incorporali deo fidelis est prsestanda
devotio (Végèce, édit. Lang, Lipsiœ, 1868, t. H, p. 5). Notons toutefois
que l'empereur ne devenait dieu qu'après sa mort, s'il obtenait du
Sénat la consecratio. La qualité d'Auguste s'acquérait le pre-
mier jour du principat et disparaissait le dernier jour. Elle était
attachée à l'exercice effectif de la puissance tribunitienne.
279
ACCUSATIONS CONTRE LES CHRÉTIENS
280
Cette collation d'un titre religieux à un simple mortel
peut étonner les hommes de nos jours, qui ne manquent
guère d'y voir la preuve de la plus basse servilité. On
devrait observer cependant que ni Tacite, ni Suétone, ni
Juvénal, ni Dion Cassius, ne marquent par aucun indice
que ce titre ait surpris les hommes de ce temps-là, moins
encore qu'il les ait indignés. Des centaines d'inscriptions,
fort librement écrites par des particuliers, attestent que
les Romains et les provinciaux l'adoptèrent très vite.
Pour comprendre cela, il faut se reporter aux idées
des anciens. Pour eux, l'État ou la Cité avait toujours été
une chose sainte et l'objet d'un culte. L'État avait pu ses
dieux et avait été lui-même une sorte de dieu. Cette con-
ception très antique n'était pas encore sortie des esprits.
Elle y régnait toujours, comme ces vieilles traditions aux-
quelles lame se plie sans savoir d'où elles viennent. Les
contemporains de César Octavien trouvèrent naturel de
transporter à l'empereur le caractère sacré que l'État
avait eu de tout temps. L'État, en même temps qu'il met-
tait en lui toute sa puissance et tous ses droits, mit aussi
" en lui sa sainteté. Ainsi le prince fit partie de la religion
nationale. Il y eut association religieuse entre l'État et
l'empereur. Depuis longtemps des temples étaient élevés
à l'État romain considéré comme dieu, Romx Dese i.
On y joignit désormais l'empereur régnant, i titre
d'Augustus 2. La dédicace fut alors Rojiae et Augusto,
« à Rome et à l'Auguste, » comme si l'on eût dit « à
l'État qui est un Dieu et à celui qui, parce qu'il le re-
présente, est un être sacré 3 ».
L'origine orientale du dogme politique de la divinité des
empereurs ne faitplus de doute aujourd'hui 4; il semble
qu'on doive y rattacher plusieurs éléments destinés à
rendre ce dogme manifeste. D'abord, la notion d'éternité,
si étroitement unie à celle de la divinité, s'appliqua à
tout ce qui approchait l'Auguste. « On parle de la Virius
seterna Augusli, de la Victoria œlerna qu'il remporte,
de la Pax seterna, qu'il maintient, de la Félicitas œterna
que la protection céleste lui assure, et de la Concordia
œterna qui règne entre lui, son épouse et ses parents 5. »
l-ii si beau chemin on ne s'arrête plus. Au temps de Dio-
clétien, l'idée est parvenue à son dernier progrès. Au-
guste porte le titre de ./oins et d' Hercules ;le cérémonial
officiel de la cour impose l'adoration de l'empereur.
Les textes sur lesquels nous venons d'établir cet état
de choses s'échelonnent depuis l'époque des Antonins 6
' Sur les temples élevés à la ville de Rome, voir Polybe, XXXI,
16; Tite-Live, xliii, 6; Bulletin ,de correspondance hellé-
nique, 1883, p. 462. — 'Suétone, Auguste, 52: Templa in nulla
provincia, nisi communi suo Romseque nomine recepit.
Dion Cassius, LI, xx. — "Fustel de Coulanges, loc. cit., p. 182-
164. — 'F. Cumont, loc. cit., p. 441; Beurlier, loc. cit. Voy.
cependant R. Mowat dans le compte rendu de ce livre dans la
Rev. archéol., 1891, et Bull, épigr., 1885-1886. — » F. Cumont,
ibid., p. 440. Chacun de'ces termes est appuyé de plusieurs textes.
— 6 Ce fut alors que l'autorité législative passa tout entière dans
les mains du prince. Capitolin, Plus, 12. A partir de cette
époque l'empereur a tout à sa disposition et ne s'occupe plus
d'aucun contre-poids. Voir, par exemple, Digest., XLVII1, vu, 7;
CodeJustinien, Vl.xxxm, 3; Fragmenta Vaticana, 195. — 'Sué-
tone, Nero, 40; cf. Tacite, Ann., XV, xxxvi; Hist., Il, 9. — 'Voir
la démonstration dans Fr. Cumont. loc. cit., p. 441 sq. : La
similitude non seulement de l'observance des Césars avec la
pratique des rois asiatiques, mais encore des croyances religieuses
que l'une et l'autre expriment, est frappante, et l'on ne peut douter
que les doctrines perses, plus ou moins transformées à l'époque
hellénistique et adaptées en Italie aux habitudes indigènes, ont
dès l'origine inspiré cette observance. Déjà Procope, Bell, pers.,
Il, 24, identifie le feu honoré par les rois iraniens avec la Vesta oc-
cidentale. — "Florus, I, H, 3. — l0F. Cumont, loc. cit., p. 444.
Quelle ressemblance entre ce régime et la monarchie sous
Louis XIV ; tout s'y retrouve jusqu'au soleil et au testament cassé
en Parlement. Ceci rappelle leaelum decretum, (Tacite, Annales,
I, lxxiii, par lequel, à la mort des empereurs, le Sénat décidait si
les honneurs divins leur seraient accordés ou refusés. <i Cette for-
malité, dit Fustel de Coulangas, avait un effet pratique de grande
importance. LU» voulait dite, si les honneurs divins étaient ac-
jusqu à la fin de l'époque des persécutions; néanmoins
il se pourrait que l'origine de ces notions remontât aux
premières heures du christianisme, qu'elles fussent con-
temporaines dans les esprits du rêve d'empire oriental
de Néron 7. L'esprit romain n'était guère tourné à l'ab-
straction ou au symbolisme, il inventait peu, il calquait.
Le feu de Vesta, devenu, depuis Auguste, l'emblème de
la souveraineté et de l'éternité impériale, pourrait bien
n'avoir été qu'un symbole emprunté aux anciens Perses 8.
Quoi qu'il en soit, le feu de Vesta n'était lui-même que
le simulacrum cœlestium siderum 9, il éveillait l'idée
d'une relation plus haute pour la puissance souveraine,
relation avec le feu céleste qui brille dans les astres.
C'était encore une conception orientale que celle qui
représentait les rois comme une image — pour quelques-
uns peut-être même, une émanation — du Soleil sur la
terre; nous la retrouvons dans la notion impériale à
Rome. « Sol est non seulement le protecteur des empe-
reurs (conservalor) et leur compagnon (cornes), mais
entre eux et lui existe une relation mystique, mal défi-
nie, qui leur donne un caractère divin 10. » Ce nouvel as-
pect du dogme se répandit dès le temps de Néron u ; on
en trouve des témoignages jusqu'au temps de Théodose 12,.
vers le milieu du me siècle, depuis Gordien III, la.
figure de l'empereur s'identifie avec Sol lui-même13.
Cette déification de l'empereur appartient, comme l'une
de ses plus monstrueuses erreurs, à l'histoire de l'esprit
humain, mais elle ne nous intéresse ici que dans ses
conséquences politiques. L empereur romain possédait
en sa personne la Majesté, qui, dans l'ancienne langue
de la république, désignait autrefois l'omnipotence de
l'État ' 4. Ainsi un parallélisme parfait tendait à faire par-
tager aux empereurs tous les droits et tous les honneurs
accumulés sur la ville de Rome par sept siècles de su-
perstition. Non seulement ils se partagent la Majesté,
mais encore l'Invincibilité ls, l'Eternité ">, la Destinée ,7,
et peu à peu ce n'est plus seulement la destinée de la
ville, mais celle de l'empire tout entier qui est liée à la
destinée d'Auguste. On tendait, et c'était logique, à don-
ner à la divinité impériale son double caractère néces-
saire : l'universalité et l'éternité 18.
On appelait le prince des noms les plus divers : « père
et patron des peuples, » « leur espoir et leur salut, » le
« pacificateur du monde », le « conservateur du genre
humain », le « garant de toute sécurité » 1D. Par un revi-
cordés, que les actes du prince mort étaient ratifiés, et deve-
naient valables pour tout l'avenir, et si les honneurs divins étaient
refusés, que tous les actes de son principal étaient frappés de
nullité. » — "Beurlier. Culte impérial, p. 48-49. Cf. Blancfaet,
Les monnaies romaines, in-8«, Paris, 1896, p. 41. — "Fr.
Cumont, loc. cit., p. 444 sq. et notes 3,4, et 1 de la page 445. — uCo-
hen, loc. cit. t. m, Gordien le Pieux, n. 11-15, 330, 221 ; Valé-
rien père, n. 11-12; Gallien, n. 38-43, 50-51; Quintilien, n. 6; Au-
rolien, n. 52-53 ; Probus, n. 148 ; Carin, n. 54 ; Philippe père, n. 12;
Philippe fils, n. 6; Tetricus fils, n. 6; Tetricus père, n. 41 ; Vala-
bathe n. 2. — «'Cicéron, Divinatio in Csecilium, 22 : civitatis
majestas; Tite-Live, m, 69 : romana majestas; Cicéron. Pro
Balbo, 16; Oralorix partitiones, 30; De inventione, n, 17 :
majestas populi. Voyez encore Tite-Live, u, 23; il, 30; vm, 30:
majestas consularis, majestas dictaturia. — ,s Preller, Les
dieux de V ancienne Rome, trad. Dietz., in-8", Paris, 1866, p. 250,
n. 5. Cf. Ammien, XIV, vi, 3. — ,6 Cohen, t. m, n. 460 sq. ; Corp.
inscr. lat.. t. m, n. 1422; t. vu, n. 370, S9? ; t. vin, n. 1 V27. 6965,
11912; Bull, archéol., 1893, p. 189. — ,7 Peter, dans Roscher,
Lexic. mylh., t. i, p 1515 sq. — '«Fr. Cumont. loc. cit.. p. 450,
note 2. — "Orelli-Henzen, Inscr. antiq. ampl. coll., in-8", Turici,
1856, n. 608,642,712,912, 1033 -.Patripatrix; D. 601, 1089 :Funda-
tori pacis ; n. 323,859, 1035 -.Pacatori orbis. Corp. inscr. lat. A. n,
n. 1760, 1969 : Pacatori pacis; n. 1071 : Fundatori public» se-
curitatis; n. 1030 : Restitutori orbis; n. 795 : Conservaton ge-
neris humani; Orelli, loc. cit., 1089, 1090 : Restitutor Itbertatts
publiae ; Allmer, n. 31 : Pacatori et restitutori orbis ; n. 32 V<-
rse libertatisauctor. Cf. Corp. inscr. Int., t. xn. n. 5661, 5563, et
voy.n. 5456; Orelli, n. 689: Salutiperpetu.r Auguslx iibc latique
pùblicM populi romani .providentix Libcrii Cxsaris Augusli na-
ît ud xtemitatem romani nominis. Cf. Pline, Hist.nat., 1. \\V, D,
281
ACCUSATIONS CONTRE LES CHRÉTIENS
2S2
cernent, peu justifié dans 1rs faits, Rome et les provinces
s'étaient prises à haïr les institutions républicaines dont
l'empire avait hérité en les aggravant en réalité1. Les
empereurs eurent le bénéfice de ce mouvement qui se
soutint sans perdre presque rien de sa vivacité pendant
•des siècles2. Les sujets leur témoignaient non seule-
ment du dévouement mais de l'affection, presque de la
tendresse. Quand Caligula tombe malade, la foule,
anxieuse, stationne la nuit autour du palais, certains
offrent aux dieux leur vie pour sauver la sienne, et l'em-
pereur guéri, ils tiennent leur engagement3. Quand
il sort de Rome, on n'entend parler que de vœux faits
aux dieux pour son retour4. A son avènement, les Ro-
mains immolèrent en son honneur plus de 160000 vic-
times B. Les bons et les mauvais princes provoquent
les mêmes manifestations. De simples particuliers qui
n'ont jamais vu César se vouent « à la divinité et à la
majesté » de Caligula, de Domitien, de Trajan, de
Marc, de Septime-Sévère 6 ; ils élèvent un temple, un
autel aux dieux pour obtenir au prince santé, guérison,
victoire. Des villes entières prennent de semblables en-
gagements.
Nous avons encore la formule des habitants d'Ari-
tium dans la Lusitanie7 et celle des habitants de Nar-
bonne 8.
Le culte de l'empereur n'était pas seulement public,
les statuettes des empereurs avaient leur place entre
les dieux pénates, Auguste, Livie, Marc-Aurèle eurent
la leur dans ce sanctuaire intime de la famille9. Les
impératrices étaient associées à cette superstitieuse ado-
ration. Livie et Faustine eurent leur sacerdoce particu-
lier10. Le sentiment de satisfaction qui avait accueilli
l'avènement du nouveau régime explique cet empresse-
ment à l'égard de ses représentants; il faut ajouter que
les manifestations si excessives qu'il provoqua furent
spontanées ■ •; le sacerdoce chargé de desservir le nouveau
culte était recherché à l'égal des plus hautes dignités par
les hommes considérables de chaque cité, ayant parcouru
déjà toute la série des honneurs officiels12. Mais dans une
société aussi profondément divisée qu'était le monde
antique les grands et les humbles ne pouvaient prier
ensemble. Il se forma donc dans chaque cité, « pres-
que dans chaque bourgade, » des confréries en l'honneur
d'Auguste, dont les prêtres annuels, au nombre de six,
portaient le titre de « sévirs d'Auguste », seviri Augus-
tales 13.
Dans l'état d'esprit du monde romain tourné à la su-
perstition, la secte sur laquelle planait l'accusation
d'athéisme était exécrable entre toutes. C'était celle qui
retentissait de toutes parts contre les chrétiens : « On
'Tacite, Annales, I,n; Velleius, ir,126; Dion Cassius, LVI, xliv.
Voyez Fustel de Coulanges, Histoire des institutions politiques
de la France, t. i, p. 173, et tout le c. h du 1. II : Comment
le régime impérial fut envisagé par les populations; G. Boissier,
La religion romaine, 1. I, c. Il, ni, in-8% Paris, 1874. — *Dion
Cassius, LIV, xxxii : T>k Éopti;? (à Lyon) V «m vSv «pî tôv toB aùToi;-
.ttou p^niv tiUùai. — Orelli, loc. cit., n. 184, 660, 4018; Henzen,
loc. cit., n. 5233, 5965, 5966, 5968, 6944, 6966. G. Boissier, loc.
cit., 1. I, c. n, 5.;— 'Suétone, Caius, 14, 27. — «Suétone, ibid.,
14. — s Suétone, ibid., 14. — • Corp. inscr. lat., t. xii, n. 1851,
1782, 2391, 4323, 4347; Mommsen, lnscript. helvetiese, in-Iol.,
Turici, 1854, n. 133; Corp. inscr. lat., t. vm, n. 4218, 4219;
G. Brambach, Corp. inscr. Rhen., in-4*, Elberf., 1867, n. 439,
692, 693, 711, 721; Corp. inscr. lat., t. H, n. 1115, 1171, 1673,
2071. — ' Corp. inscr. lat., t. H. n. 172 : Orelli, loc. cit., n. 3665.
— » Lebègue, Épigraphte de Narbonne, in-4-, Narbonne, 1887,
p. 117; Orelli, n. 2489; G. Wilmanns. Exempta inscr. lat.,
n. 104; Corp. inscr. lat., t xn, p. 530. Ce texte est donné et
commenté en partie par Fustel de Coulanges, loc. cit., t. I, p. 180,
note 2. Lebègue, n. 42, 44; Corp. inscr. lat., t. XII, p. 935. —
•Tacite, Annal., I, lxxiii ; Jules Capitolin, Marcus, 18. Cl. Dion
Cassius, LVIII. iv. Voyez Fustelde Coulanges. loc. cit., t. I, p. 186.
— <o Jules Capitolin, Marcus, 26. Ct. Orelli-Henzen, loc. cit.,
n. 878. 3253, 3365, 5472. — '< Fustel de Coulanges, loc. cit.,
p. 185, cote 1. — " Fustel de Coulanges, toc. cit., p. 285, note 2;
G. Boissier, La religion romaine. I. I, c. u, k:Corp. inscr. lat.,
nous appelle athées, » écrit saint Justin u; et quelques
années après : « On appelle les chrétiens athées et im-
pies13 . » « On nous accuse d'athéisme, » dit Athéna-
gore16. On propose à l'évêque Polycarpe de crier : « A
bas les athées11 ! » Lucien dit que le Pont est « rempli
d'athées et de chrétiens18 ». Vettius Epagathus inter-
pelle un légat impérial : « Je demande qu'on me per-
mette de plaider la cause de mes frères; je montrerai
clairement que nous ne sommes ni athées ni impies 19. »
Au me siècle Minucius Félix nomme l'athéisme parmi
les accusations dirigées contre les fidèles 20. Enfin aj
commencement du iv« siècle Licinius accuse Constantin
d'avoir embrassé la foi athée21.
Il est indispensable, si l'on veut bien entendre les do-
cuments, de se représenter la valeur des réponses faites
par les chrétiens à leurs juges. En les lisant, nous
n'éprouvons aucune difficulté pour entendre le langage
des saints qui avaient la même foi religieuse que nous.
Tout est clair pour nous là où il n'y avait qu'incohé-
rence pour les contemporains non instruits de la foi
chrétienne. Un prétet de la ville s'écrie pendant un in-
terrogatoire : « Je n'y comprends plus rien du tout 22 ; »
des juges témoignent d'une inintelligence complète du
sens caché des réponses qui leur sont faites, d'autres
entament la controverse avec le désir avoué d'éclairer
certains bruits qu'ils ont recueillis sur la religion chré-
tienne23. Il faut avoir cette remarque présente en lisant
les interrogatoires afin d'interpréter comme devaient le
faire des juges païens une réponse menaçante qui leur
était fréquemment adressée. L'idée d'une vie future était
généralement étrangère aux païens, dès lors la per-
spective invoquée d'un jugement suivi d'une peine éter-
nelle leur apparaissait comme une menace déguisée, un
cri séditieux vers une revanche dont la victime léguait
l'exécution à ceux de son parti. A Smyrne, par exemple,
l'évêque Polycarpe : « Tu me menaces d'un feu qui
brûle une heure et s'éteint aussitôt. Ignores-tu le feu
du juste jugement et de la peine éternelle qui est ré-
servé aux impies 2* ? » En Afrique, Saturus dit à la foule :
« Remarquez bien nos visages, afin de nous reconnaître
au jour du jugement, » et quand les condamnés défi-
lèrent devant la loge du procurateur : « Tu nous juges,
mais Dieu te jugera 25, » à propos de quoi le peuple
s'exaspéra et réclama un supplément de torture. En
Asie, l'évêque Acace réplique : « Comme tu auras jugé,
tu seras jugé toi-même, et comme tu auras agi l'on
agira envers toi26. » Certains interrogatoires contiennent
des réponses d'une extrême vivacité. Il est plus d'un
témoignage certain qui nous montre les chrétiens s'em-
portant en paroles acerbes contre les persécuteurs, lorsque
t. m, n. 3288. — "A Lyon, Orelli, loc. cit., n. 194,2322, 4020,4077,4242;
Henzen, n. 5231,7256, 7260; à Vaison, Henzen, n. 5222; à Arles,
Orelli, n. 200 ; à Avenches, Orelli, n. 372, 375, Henzen, n. 6417 ; à
Nimes, Orelli, n. 2298, Henzen, n. 5231 ; à Genève, Orelli, n. 360 ; à
Vienne, Allmer, Inscr. de Vienne, in-8\ 1875, t. Il, p. 300; à
Cologne, Brambach, loc. cit., n. 442; à Trêves, ibid., 804, « et
dans presque toutes les villes de la Narbonnaise, Corpus, t. XII,
p. 940, et des trois Gaules. » C. Jullian, dans Fustel de Coulanges,
loc. cit., t. I, p. 186, note 1. Cf. Egger, Examen critique des
historiens d'Auguste, 1' appendice, in-8°, Paris, 1844; Henzen,
Annales de corresp. archéol., 1847. — '* Justin, Apol-, I, 6,
P. G., t. vi, col. 336. — **Apol., Il, 3, P. G., t. VI, col. 448. —
" Athénagore, Légat, pro Christ., 3, P. G., t. vi, col. 896; cf.
E. Beurlier, Le culte impérial, VI" partie : Les dissidents du culte
impérial, 2, les chrétiens, p. 271 sq. — " Eusèbe, Hist. eccl.,
IV, xv, P. G., t. xx, col. 310. — "Lucien, Alexander, 25, 38. —
18 Eusèbe, H. E., V, i, P. G., t. xx, col. 408. — !0 Octavius, 8, 10,
P. L., t. m, col. 266, 274. — «< Eusèbe, Vit. Constantini, u, 5,
P. G., t. xx, col. 984. — "ActaApollonii ; F. Conybeare, TheArme-
nian apology and acts of Apollonius and other monuments of
early christianity , in-8\ London, 1896, p. 45. — t3Acta Scilli-
tanorum ; Ruinart, Acta sincera, in-4*, Parisiis, 1689, p. 79 sq.;
Passio Philex, ibid., p. 549; Acta Acatii, ibid., p. 139. —
" Passio Polycarpi, x, ibid., p. 32. — "Passio Perpétua et
Felicitatis, xvm, ibid., p. 94. — "Acta disputationis AcatH,
m, tbtd., p. 141.
233
ACCUSATIONS CONTRE LES CHRÉTIENS
284
leur indignation ne se traduisait pas, comme l'affirme
Prudence, par des actes matériels :
Martyr ad ista nihil : sed enim
Infremit inque tyranni oculos
Sputajacit ':...
Voici les paroles de saint Cyprien au proconsul Dé-
métrianus : « Si je me suis tu devant ta voix impie
et tes aboiements contre Dieu, c'est que le Seigneur
nous ordonne de garder dans notre cœur la vérité sainte,
et de ne la pas exposer aux outrages des chiens et des
pourceaux 2. » Et le diacre Pontius rappelle et glorifie
cette invective : « Si, au lieu d'être exilé d'abord, le saint,
dit-il, eût immédiatement subi le martyre, qui eût
triomphé des païens en leur rejetant les blasphèmes
dont ils nous poursuivent3? »
C'est principalement aux armées que se produisent
les cas de révolte ouverte provoqués par la qualité de
chrétien. C'est la seule raison que donne Maximilien
pour se dérober à la conscription, Dasius pour refuser
le titre de roi des Saturnales, et aussi le soldat à pro-
pos duquel Tertullien écrivit le traité De la couronne
et qui repoussa le donativum. La susceptibilité des
juges en tout ce qui se rapportait à la personne des
empereurs grandissait de plus en plus 4. Procope, Al-
phée et Zachée, d'autres encore, sont condamnés pour
une parole à double sens, mais ce ne sont là que des
équivoques provoquées à plaisir; il y a un cas de révolte
formelle contre les empereurs accompagné d'invectives
violentes contre leur personne. Les martyrs Taraque,
Probe et Andronic subirent plusieurs interrogatoires que
l'on résume ici : « Frappez-le sur la bouche pour avoir
dit que les empereurs se trompent. — Je le dis et je ré-
pète, ils se trompent car ils sont hommes. » A Andro-
nic : « Honore nos princes et nos pères, en te soumet-
tant aux dieux. — Vous les appelez bien vos pères, car
vous êtes les fils de Satan. » A Taraque : « Sacrifie aux
dieux qui gouvernent tout. — Il n'est bon ni pour nous,
ni pour eux, ni pour ceux qui leur obéissent, que le
monde soit gouverné par des êtres qu'attend le feu éter-
nel. » A Andronic : « Tête scélérate, oses-tu maudire
les empereurs qui ont donné au monde une si longue
et si profonde paix? — Je les maudis et je les maudirai,
répondit le martyr, ces fléaux publics, ces buveurs de
sang, qui ont bouleversé le monde. Puisse la main im-
mortelle de Dieu, cessant de les tolérer, châtier leurs
amusements cruels, afin qu'ils apprennent à connaître
le mal qu'ils ont fait à ses serviteurs 5. n Aucun texte ne
fournit quelque chose d'aussi fort que ces saintes in-
dignations, et il faut plaindre ceux dont l'âme timide a
cherché à pallier l'audace des hommes qui se livrèrent
à ces invectives dignes des plus beaux jours des prophètes
d'Israël. « C'étaient, dit saint Augustin, les flèches de
Dieu, lancées par les saints à la face de ceux qui les
faisaient comparaître. »
Les sources écrites que nous possédons pour la pé-
riode des persécutions contiennent un grand nombre de
faits qui corroborent ceux que l'on vient de réunir. Il
semble difficile de se dérober à cette conclusion, que les
'Peristeph., liymn. m, S. Eulaliœ, § 126-128, P. L., t. LX,
Col. 349. — * Liber ad Demetrianum , § 1, P. L., t. iv, col. 563.
— 3 Vita et passio S. Cypriani, c. vu, P. L., t. m, col. 1547. —
* « Ce qu'était le crime de lèse-majesté, nous le 9avons par plus
d'un témoignage. La révolte, les actes violents ne le constituaient
pas seuls. Un mot imprudemment murmuré (Paul, Sentent., V,
xxix, 1 ; Arnobe, Adv. gentes, iv, 34, P. L., t v, col. 1069), une
parole contre cette félicitas temporum que les textes, les inscrip-
tions, les médailles impériales proclament et vantent sous tant de
règnes, c'en était assez pour courir à la mort. » E. Le Blant, Les
persécuteurs et les martyrs, in-8*, Paris, 1893, p. 54. — » Acta
Probi, Taraohi et Andronici, vu, dans Pninart, Acta sincera,
in-4\ Parisiis, 1689, p. 473. — «Eusèbe, Hist. eccl., 111, xix, P. G.,
t XX, col. 252. - 'Justin, Apol., i, 11, P. G., t. vi, col. 341. —
chrétiens eurent dans tout l'empire l'apparence de re-
belles et de sacrilèges, au jugement de leurs ennemis.
A tel point, que Domitien supposa quelque compétition
à l'empire, et prit l'alarme de ce règne de « Chrestos »
qu'on disait si proche 6. Un demi-siècle plus tard,
mêmes alarmes auxquelles répond saint Justin par ces
mots : « Si vous nous entendez dire que nous attendons
le Règne, vous imaginez qu'il s'agit de quelque chose
de terrestre et d'humain 7. » Sous Dioclétien la mé-
prise subsiste : un martyr répond à l'interrogatoire :
« Ceux-là se montrent fidèles et dévoués au Roi suprême
qui accomplissent ses commandements et savent mé-
priser la torture. » — « De quel roi paries-tu? » demande
le magistrat8. On demande à un martyr le lieu de sa
naissance : « Jérusalem, » répond le fidèle adoptant le
langage mystique. Le juge, qui ne connaît qu'/Elia Ca-
pitolina, s'agite, s'inquiète, flaire un complot dans lequel
les chrétiens doivent fonder une ville rivale et ennemie
de Rome 9.
A l'exemple de Jésus, saint Paul, saint Pierre, saint
Luc, saint Clément se montrent loyalistes irréprocha-
bles 10, mais les protestations de dévouement à l'empire
laissaient les païens sceptiques : « Que celui qui nie être
chrétien prouve son dire par des actes, écrit Trajan,
c'est-à-dire en adressant des supplications à nos dieux! »
et encore : « Tu profites des lois romaines, tu dois aimer
nos princes. — Qui donc aime l'empereur autant que
les chrétiens? Nous prions tous les jours pour lui, de-
mandant à Dieu de lui donner une longue vie, un gou-
vernement juste, un règne paisible; nous prions ensuite
pour le salut des soldats et la conservation de l'empire
et du monde11. — Je te loue de ces sentiments; mais,
afin que l'empereur en connaisse la sincérité, offre-lui
avec nous un sacrifice12. » Quant à ces prières, elles ne
pouvaient être, aux yeux des païens, qu'un dernier blas-
phème et une révolte ouverte. En effet, il s'agissait bien
moins de prier pour l'empereur que de prier l'empe-
reur; cette distinction fut établie pratiquement de très
bonne heure : « J'ai cru devoir les (aire relâcher, quand
ils ont invoqué après moi les dieux et qu'ils ont supplié
par l'encens et le vin votre image, » écrivait Pline à
Trajan 13.
Enfin, il importe de rappeler que les paroles de Ter-
tullien sur le loyalisme des chrétiens u, l'insistance de
cet écrivain et de plusieurs contemporains à rappeler
leurs prières pour l'empereur et les différents corps de
l'État ne s'explique pas sans des reproches de trahison
formulés contre la secte des chrétiens16.
Il y a plus. Des livres s'écrivaient, se colportaient
parmi les chrétiens qui renfermaient des attaques d'une
extrême violence contre le pouvoir sous couleur d'une
revanche certaine. Ceux qui savaient lire entre les lignes
croyaient pouvoir interpréter dans le sens de l'opinion
populaire ces paroles de Tertullien : « S'il nous était per-
mis de rendre le mal pour le mal, une seule nuit et
quelques flambeaux, c'en serait assez pour notre ven-
geance16. » Beaucoup se résignaient avec peine à l'alti-
tude imposée : « J'en sais un grand nombre qui, sous
le poids des maux et des violences, aspireraient à se ven-
8 Passio S. Pollionis, 2, dans Ruinart, Acta sine, in-4*, Parisiis,
1689, p. 436. — "Eusèbe, De martyrib. Pal.rst.,c. XI, P. G. A. xx,
col. 1054. — ">Rom., xm, l-7;IPetr.. n,13sq.;iv, 14-16: Clem.,
I ad Corinth., 61, dans J. B. Lightfoot, Apostolic FaXhers,
in-8', London, 1890, t. il b, p. 179; Act.,xm sq. passim. — " V. y.
J. Blflgham, Origines, in-8-, Oxford, 1855, t v, p. 308-309. —
"Acta disputatiouis Achatii, i, dans Ruinart, loc. cit., p. 139.
— "Pline, Epist., x, 97. — "Tertullien, Apol., xxxv, P. t., t. i,
col. 514, 775. — ''Cf. W. .1. Mangold. De Ecclesia prim.rva pro
Crsaribus ac maaistratibus preces fundente, in-i'. Bonnoe, 1881,
p. 10, et J. Bingham, loc. cit. — '•Tertullien, Apoloq.. xxxvn,
P. L., t. I, col. 524. « Lisez nos livres, disent Tertullien, Apol.,
.\\\i, P. L-, t. I, col. 507, et Théophile, Ad Autolyc, 1, 14. P. G.,
t vi, col. 1044, ils ne sont cachés à personne. »
2G5
ACCUSATIONS CONTRE LES CHRETIENS
l286
ger sur l'heure. Qu'ils n'en fassent rien, car le Seigneur
a dit : Attencloz mon jour, je rassemblerai les nations et
les rois et je les accablerai de ma colère. Ce jour paraîtra
un gouffre de feu et les méchants seront consumés
comme la paille l.»« Notre patience, écrivaient les Pères,
nous vient de la certitude d'être vengés 2, elle amasse
des charbons ardents sur la tête de nos ennemis3. »
« Quel grand jour que celui où le Très-Haut comptera
ses fidèles, enverra les coupables aux enfers et jettera
nos persécuteurs dans l'abîme des feux éternels *. »
« Quel spectacle grandiose, quelle joie, quelle surprise,
quels éc.ats de rire. Que je triompherai à contempler,
gémissants dans les ténèbres profondes, avec Jupiter et
lei.rs adorateurs, ces princes, si puissants, si nombreux,
que l'on disait reçus au ciel après leur mort ! Quel trans-
port de voir les magistrats, persécuteurs du saint nom
de Jésus, consumés par des flammes plus dévorante* que
celles des bûchers allumés pour les chrétiens5! »
Une inscription découverte il y a peu d'années dans
la petite ville d'Arykanda en Lycie montre avec quelle
bonne foi, les habitants de ces cantons arriérés de-
mandaient la mort des contempteurs des dieux dont
l'impiété tenait suspendus sur le pays les châtiments
divins
Quamcumque munific]ENTIAIVI VOL[etis pro hoc
[vestro pio
proposito petJERE IAM NVNC HO[c facere et ac-
[cepisse
vos credere li]CET IMPETRATVRI E[am sine mora
[quœ
in omne œvum t]AM NOSTRAM IVXTA DEOS l[in-
[mortales pie
5 tatem testabi]TVR QVAM VERO CONDIGNA
(PRA[emia vos es-
se a nostra clJEMENTIA CONSECVTOS LIBERIS
[AC PO[steris
declarabit].
Toï« (TtoT^pdivjrTANTOC ANOPCOfTCON eONOYC
[KAI TENOYC
SeSasToîç Kai]CAPCIN TAAEP OYAAER MAZI-
[MEINCO KAI
10 Ko)varavTeivw]KAI OYAAEP AIKINNIANCO AIKIN-
[NICO TTAPA TOY
Avxicov xou IIJANqbYACON EONOYC AEHCIC KAI
[IKECIA EPTOIC ATTO
ÔESwxôrwv t]CON OECON TCON OMOTENCON
[YMCÙN cplAANOPCOTTIAC
r.âmv, <ï> 6siô]TATOI BACIACIC OIC H OPHCKCIA
[MEMEAETHTAI
aùràiv ÛTtkp t?,]C YMCON TCON TTANTA NEIKCON-
[TCON AECTTOTCON
13 aïwvtou <no]THPIAC KAACOC CXCIN EAOKIMA-
[CAMEN KATA0YTEIN
rcpbç T;,và6â]NATON BACIAEIAN KAI AEHOHNAI
[TOYC nAAAI
Havtxoùç XpijCTIANOYC KAI EIC AEYPO THN
[AYTHN NOCON
' S. Cyprien, De bono patientiae, 21-22, P. L., t. iv, col. 660.
— *S. Cyprien, loc. cit., et Eochort. mart., XI, XII, P. L., t. IV,
col. 691, 700; Ad Demetr., 17, 24, P. L., t. iv, col. 576,581.
-- 3 Tertullien, De fuga, 12, P. L., t. Il, col. 135. — »S. Cyprien,
Kpist., lvi, Ad Thibarit., 10, P. L., t. IV, col. 367. —
•Tertullien, De spectac., 30, P. L., t. i, col. 735; S. Cyprien,
Ad Demetr., 24, P. L., t. IV, col. 581. Ajouter le fait de déchirer
un édit. Voy. Le Blant, Les perséc. et les martyrs, c. xi. —
•Eusèbe, Hist. eccl., IX, vu, P. G., t. XX, col. 809; cf. Lac-
tance, De mortibus persecutorum, 36, P. L., t. vu, col. 251.
Indulgenliam Christianis... datam tollit subornatis legationi-
bus civitatum quse peterent ne intra civitates suas Christianis
conventicula extruere liceret, ut quasi coactus et impulsus
facere videretur quod erat sponle facturus. — ' Th. Momm-
sen, dans Arclueolugisck-epigraphischen Mittheilungen aus
Oesterreich, 1893, t. xvi, p. 93 sq., 108; R. Cagnat, dans la Re-
8caTr,po-:vT(i]C nOTE rTETTAYCOAl KAI MHA£Ml«
[CKAIA TINI KAI
vrj 6pr]<jxeia]THN TOIC OEOIC 0*EIAOMENHN
[TTAPABAINEIN
20 Tout' av e'içjEPrON AcpIKOITO El YMETEPCO
[OEICO KAI AICONICO
veûuaTi 7t]ACIN KATACTAIH AnCIPHCOAl MEN
[KAI KEKCOAYCOAI
èÇou<n'a]N THC TCON AOECON AnCXOOYC ET7[i]-
[THAEYCECOC
irâvTa; M t]H TCON OMOTENCON YMCON OECON
[OPHCKEIA CXOAA
Çetv iTtèpJTHC AICONIOY KAI AcpOAPTOY BACI-
[AEIAC YMCON OnEP
25 ttXïîotov au^^EPEIN nACIN TOIC YMETEPOIC
[ANOPCOnOIC nPOAHAON
ECTIN
Nous appellerions cette inscription, dans notre langage
moderne, une « affiche officielle ». Elle réclame quelques
mots d'explication. L'empereur Galère a vit rendu à ses
derniers moments, f 30 avril 311, la liberté aux chrétiens;
son successeur Maximin provoqua les cités et les provinces
de l'empire à demander la reprise de la persécution.
Leurs pétitions et les rescrits envoyés en réponse étaient
affichés dans des lieux publics. Les pétitions étaient en
grec et les rescrits en latin. Eusèbe a traduit et repro-
duit presque en entier celui qui fut adressé aux Tyriens 1.
Nous donnons maintenant la traduction de la pétition
des habitants d'Arykanda :
« Aux sauveurs de tout le genre, humain, aux dieux
augustes, césars, Galérius, Valérius, Maximinus, Flavius,
Valerius Constantinus, Valérius Licinnianus Licinius,
supplique adressée par le fidèle peuple des Lyciens et
Pamphyliens.
« Les dieux vos congénères, illustres empereurs, ayant
toujours comblé de faveurs manifestes ceux qui ont leur
religion à cœur et les prient pour la santé de nos maîtres
invincibles, nous avons cru bon de recourir à votre im-
mortelle majesté et de lui demander que les chrétiens,
depuis longtemps rebelles et ne cessant pas de l'être,
soient enfin réprimés et ne transgressent plus par leurs
absurdes nouveautés le respect que l'on doit aux dieux.
Ce résultat serait atteint, si, par un divin et éternel dé-
cret, on interdisait et on empêchait leurs observances
impies et qu'on les forçat de pratiquer le culte des dieux
vos congénères et de les invoquer pour votre éternelle
et incorruptible Majesté, ce qui profiterait évidemment
au bien de tous vos sujets7. »
A l'accusation d'athéisme et de lèse-majesté se rap-
porte celle d'impiété.
Un marbre antique de Lyon vient trop à ce sujet pour
que nous songions à l'en écarter. Il s'agit d'une épitaphe
sur laquelle on a beaucoup disputé8 et qui contient une
formule digne d'attention (fig. 61).
Ces mots : que dum nimia pia fuit facta est inpia
(quse dum nimis pia fuit, facta est impia), nous pa-
raissent devoir s'entendre ainsi; Cerialius Callistio le
mari païen fait observer que sa jeune femme était trop-
vue archéol., 1893, IIP série, t. xxi,p. 225, n. 11 : L. Duchesne,
dans le Bull, crit., 15 avril 1893, t. xiv, p. 157; E. Preuschen,
Analecta kùrzere Texte zur Gesch. der Altenkirche und des
Kanons, in-8°, Leipzig, 1893, p. 87 ; A. Wagener, Un nouveau do-
cument d'histoire religieuse, dans Revue de l'Inst. publ. de Bel-
gique, 1894, fasc. 3. — * I. Spon, Recherche d'antiquités, in-8%
Lyon, 1673, p. 86; Colonia, Hist. littér. de la ville de Lyon, in-8",
Lyon, 1847, 1. 1, p. 264;Manni, Principi délia relig. crist. in Fi-
renze, Florence, 1764, p. 2 ; Artaud, Deuxième notice, in-8°, Lyon,
1816, p. 17 ; Orelli, Inscr. lat., selectar. ampliss. coll., in-8°, Turici,
1828, n. 4651; Greppo, LettreàM. le docteur Labussur une inscrip-
tion funéraire du Musée de Lyon, qui parait avoir appartenu
à une femme chrétienne, in-8», Lyon, 1838; de Boissieu. In-
script, antiques de Lyon, c. xiv, n. 39, in-4°, Lyon, 184ti-ji,
p. 466-498 ; D. Cabroi et D. Leclercq, Monurn. Eccl. liturg., in-4%
Parisiis, (902, t. I, il 4402.
287
ACCUSATIONS CONTRE LES CHRÉTIENS
dévote aux dieux, car elle a fini par ne l'être plus du tout.
Greppo interprétait nimis pia comme désignant la foi
chrétienne de la jeune femme, il semble préférable de
61. — Marbre de Callistius.
D'après de Boissieu, Inscriptions antiques de Lyon, p. 496.
laisser au mot pia la valeur qu'il avait dans la bouche
des païens, puisque c'est un païen qui parle ici, et don-
ner à impia le sens qu'il avait pour ces mêmes hommes
à qui, nous l'avons fait voir déjà, il servait à désigner
le' chrétiens.
VI. L'accusation d'indolence ou d'indifférence poli-
tique '. — L'année 410 de notre ère fut marquée par un
événement fort grave. Rome fut prise. Ceci annonçait
bien des choses pour l'avenir et préludait à la ruine de
l'empire. Plusieurs allèrent répétant que l'abandon et le
mépris des dieux de l'empire était cause d'un si grand
désastre. A l'époque où on la colportait, l'objection était
assez spécieuse pour que le plus solide esprit de ce
temps consacrât un long travail à sa réfutation. Le tra-
vail nous est resté, c'est la Cité de Dieu, composée
par saint Augustin de 413 à 426. Après un si long temps
écoulé nous ne croyons pas qu'il faille réfuter des argu-
ments que nul ne présente plus sérieusement; ce qui
reste digne de recherche, c'est le fondement que pou-
vaient avoir dans les esprits à l'époque où elles ont été
formulées, les accusations portées contre le christianisme
d'être responsable de la ruine de l'empire. Il s'agit ici
de l'état d'esprit, non de la masse ignorante et crédule,
mais des hommes distingués et puissants dont l'opinion
et les actes réglaient les destinées de Rome. Ils avaient
une conception sociale qui différait à peine de la con-
* Voy. Greppo, Trois mémoires sur l'histoire ecclésiastique
des premiers siècles, in-8', Paris, 1840, p. 143-151. Nous retrouvons
cette accusation portée contre Philippe l'Arabe : ûiàtv «tnXirrou
icipî nàvTa txixtXuav Zosime, Hist., éd. Mendelssohn, Leipzig, 1887,
p. 20 sq. — » Tertullien, Apolog., XXI, P. G., t. i. col. 339. — 3 Zo-
sime, Hist., IV, 36; Eckhel, Doctr. num. vet., in-4', Vindobonae,
-1796, t. vm, p. 76; Orelli, lue. cit, n. 1080. — * Cod Theod., IX,
ception antique. La cité est l'unité d'action, pour le
culte, pour la guerre, pour le commerce. On a son
Olympe municipal, sa milice, son industrie spéciale.
C'est, s'il est permis de parler ainsi, la règle des trois in-
térêts. En créant l'empire on avait remédié tant bien que
mal au trouble qu'apportait l'institution dans la concep-
tion municipale, on avait accueilli tous les dieux au ca-
lendrier après délibération du sénat. Pour chacun d'eux,
on avait formé des légions en nombre suffisant pour dé-
fendre le territoire, on avait développé l'activité com-
merciale en ouvrant à nombre de petites villes des
débouchés, où elles accédaient grâce aux routes impé-
riales. Ce n'était, en définitive, qu'une simple extension
du système antique; ainsi, rien n'étant changé, tout allait
bien et, tout allant bien, pourquoi ne pas tout conser-
ver? Le christianisme changeait tout cela parce qu'il était
vraiment un catholicisme, une religion unique. Dès lors,
plus de distinctions municipales, mais un intérêt catho-
lique en toutes choses : si l'on veut, une fraternité uni-
verselle. Au moment où la religion antique devenait
manifestement insuffisante, le christianisme s'offrait
comme le candidat des intérêts religieux de l'humanité
et loin de se désintéresser de la politique, il semblait
ne comprendre sa mission qu'à l'aide de la remise entre
ses mains du pouvoir civil.
Mais au IVe siècle, il y avait trois religions en présence,
avec ce caractère d'universalisme : le christianisme, la
religion de Mithra et celle de Sérapis. Entre ces trois
formes de conquête religieuse du monde romain, la con-
currence remontait non au temps où la religion chrétienue
devint la religion de l'empire, mais bien plus tôt, au
IIe siècle environ. Celui de ces trois cultes qui parait
s'être le mieux accommodé du système romain, fut celui
de Mithra ; les prêtres de Sérapis avaient parfois à souf-
frir beaucoup de brutalités, de la part des partisans de
la religion romaine, mais ce furent incontestablement les
disciples du Christ qui montrèrent le plus d'éloignement
pour les « dieux des gentils ». Lorsque, par un revire-
ment de fortune inouï, l'empereur fonda l'empire chré-
tien, il restait encore bien des sujets sur lesquels l'ac-
cord n'était pas fait; cependant, l'Église s'était départie,
pendant trois siècles de luttes, de plusieurs principes
dont l'austérité primitive avait été tempérée de néces-
saires concessions.
a II est impossible, écrivait Tertullien, d'être à la fois
César et chrétien 2. ï Cependant Constantin cumulera le
titre de Pontifex maxirnus 3 avec celui d'évêque du
dehors. On a cherché une cause de la désagrégation du
vieil édifice romain dans son abandon par les empereurs,
mais il faut constater avec quelle délicatesse, quels
retours en arrière ceux-ci se séparèrent progressivement
du culte qui les avait faits ce qu'ils étaient. Ce n'est que
peu à peu qu'on empiète sur le terrain réservé de l'ido-
lâtrie, et les mesures prises à son égard sont quelquefois
des chances de vie qu'on lui offre. En 319 et en 321, trois
rescrits et un édit imposent à l'exercice de l'aruspicine
des obligations conformes à ses rites consacrés*. Des
lois et rescrits de 313, 319, 320 exemptent le clergé
chrétien des charges municipales5, exemption dont
jouissaient les prêtres païens6. En 321, permission de
tester en faveur des églises catholiques ' par extension
de ce qui se pratiquait à l'égard des temples8; la même
année, une loi impose aux juges, aux particuliers, aux
corporations, le chômage du dimanche9, ce qui met les
fêtes chrétiennes sur le pied des ferix païennes qui
exigeaient le repos 10. L'édit de réparation adressé aux
xvi.l, 2. — «Eusèbe, Hist. [eccl., X, vu, P. G., t. xx. col 893;
Cod. Theod., XVI, n, 1, 2, 7, — «Cicéron, Acad., u, 38, 121 ; Tite-
Live, iv, 54; Plutarque, Nunia, 14; Denys d'Halic, IV, 62, 74;
Auhi-Gelle, x, 15; Corp. inscr. Int., t. ix, 4206-4208. Lex colonise
Genetivie, 66, dans YEpliem. epigr.. t. m, p. 101. — ''Cod.
Theod., XVI, n, 4. — « Digeste, XXXIII, I, 20 ; il, 16.17; XXXV,
II, 1. — • Cod. Just., III. XII, 2. — ,0 Cicéron, De leqib., Il, 19, 38.
289
ACCUSATIONS CONTRE LES CHRETIENS
290
anciens sujets de Licinius (323-324) ne conlienl aucun
article qui avantage le culte chrétien aux dépens de l'an-
cien culte, — saur les restitutions de droit pour les con-
fiscations sorties de la persécution, — mais ici les païens
se trouvaient réduits à la même condition que le lise
impérial lui-même '. Dans une proclamation de la
même époque, Constantin s'adressant à Dieu parlé ainsi :
« Je veux que ton peuple vive en paix et en concorde,
pour le commun avantage du genre humain. Que ceux
qui sont encore impliqués dans l'erreur de la gentilité
jouissent de la même paix et du même repos que les
fidèles. Cette reprise des bons rapports mutuels pourra
beaucoup pour ramener les hommes dans la vie droite.
Que personne donc ne fasse de mal à personne. Que
chacun suive l'opinion qu'il préfère. 11 faut que ceux
qui pensent bien soient persuadés que ceux-là seids vi-
vront dans la justice et la pureté, que tu as toi-même
appelés à l'observation de tes saintes lois. Quant à ceux
qui s'y soustraient, qu'ils conservent tant qu'ils voudront
les temples du mensonge. Nous, nous gardons la splen-
dide demeure de la vérité, que tu nous a donnée lors de
notre naissance (spirituelle). Et nous souhaitons aux
autres de vivre heureux, par l'effet de l'union et de la
concorde de tous 2. » L'écrit se termine par ces pa-
roles : « Que personne ne cherche querelle à un autre à
cause de ses opinions. Mais que chacun se serve de ce
qu'il sait pour aider son prochain, et, si cela n'est pas
possible, le laisse en paix. Car autre chose esl d'accepter
volontairement le combat pour une croyance immortelle,
autre chose de l'imposer par la violence et les supplices.
J'ai parlé plus longuement que le dessein de ma Clémence
ne l'exigeait, parce que je ne voulais rien dissimuler de
ma foi, et aussi parce que plusieurs, me dit-on, assurent
que les rites et les cérémonies de l'erreur et toute la
puissance des ténèbres vont être entièrement abolis.
C'est ce que nous aurions certainement conseillé à Ions
les hommes; mais, pour leur malheur, l'obstination de
l'erreur est encore trop enracinée dans l'âme de quelques-
uns 3. » Dans une pièce du même temps, le célèbre
discours à l'assemblée des saints4, Constantin fait voir
une résolution semblable à travers un langage (pie l'on
voudrait moins âpre5. Si on rapproche les fails de ces
paroles, on les trouve à peu près d'accord. Quelques
mesures prises en Orient se justifient par l'attitude
hostile des païens sous Licinius; une seule loi plus
grave vint interdire en Orient l'érection de nouvelles
idoles. En 328, on donne encore à l'empereur le titre
de Pontifex maxinuts. En 333, nous savons qu'on ne
pouvait abattre un monument funéraire, à Rome, même
menacé de ruine, sans l'autorisation du collège des pon-
tites 6. En 335 et 337 des lois confirment les privilèges
des llamines perpétuels et des sacerdoces municipaux7.
Les dignitaires de l'empire paraissent choisis sans exclu-
sion aucune pour motils de religion 8. Ces faits ne sont
pas les seuls qui devraient aider à comprendre l'attitude
de Constantin à l'égard de l'ancien culte, mais tels quels,
ils suffisent pour témoigner de la tolérance religieuse.
Nous n'avons pas à entrer ici dans une partie qui n'ap-
partient pas à notre sujet et qui sera traitée ailleurs.
Voir Destruction du paganisme.
1 Eusèbe, De vita Const., n, 30-41, P. G., t. XX, col. 1007-1018.
— « Eusèbe, De vita Const., n, 56, P. G., t. XX, col. 1032. —
3 Eusèbe, De vita Const., u, 60, P. G., t. xx, col. 1033. — » Oratio
Const. ad cœtum sanctorum, P. G., t. xx, col. 1233-1315. —
5 Sur cette question, voy. Beugnot, Hist. de la destruction au
paganisme en Occident, in-8\ Paris, 1835, t. i, p. 69, 131, 231,
350, et Chaste], Hist. de la destr. du parj. dans l'emp. d'Orient,
in-8-, Paris, 1850. — 8 Cod. Theod., IX, XVII, 2. — : Ibid., XII,
I, 21; v, 2. — » Corp. inscr. lat., t. VI, n. 1675, 1690, 1691, 1692,
1693, 1694; t. x, n. 5061; S. Grég. de Naz., Orat., iv, 98, P. G.,
t. xxxv, col. 633. — 8 Cod. Theod., XVI, x, 2. — 10 Cod. Theod.,
XVI, x, 3. — " De Rossi, Roma sotter., in-lol., R<>ma, 1877, t. m,
p. 693. Ct. Cod. Theod., XVI, x, 20. — (i Cod. Theod., XVI, x,
12. — i3G. Boissier, La fin du paganisme, in-12, Paris, 1898,
D1CT. D'ARCII. CHRÉT.
Sous les successeurs de Constantin l'équivoque protec-
tion accordée aux deux cultes risse brusquement. Une
loi de 341 dit : « Qn<< la superstition cesse, que la folie
des sacrifices soit abolie; car quiconque, contrairement
à l'ordonnance de notre divin père, aura osé célébrer
des sacrifices, sera châtié9. » Quelques années plus tard,
on lit dans une loi que « tonte superstition doit être
renversée de tond en comble10 ». La rigueur de ces pa-
roles ne répond pas à la réalité; ces lois eurent des)
applications locales et il serait facile de montrer un
grand nombre de lieux où l'idolâtrie est et demeure en
pleine vigueur. On ne pouvait être plus inconséquent.
L'action de Valentinien et de Valens fut trop effacée pour
être relevée ici. Avec Gratien (375) on entra résolument
dans la voie de la séparation du paganisme et de l'État,
ce qui lut achevé en l'année 382 " par une série d'ordon-
nances d'une irrésistible logique. Les dernières avaient
pour objet de réduire le paganisme à l'état de culte
autorisé mais d'un caractère privé. C'était le coup le
plus habile qui pût lui être porté. Religion d'Etat, le paga-
nisme privé des subsides de l'État ne pouvait que périr.
Sous Valentinien II, on garda, ou peu s'en tant, les posi-
tions conquises. Avec Théodose commença l'épisode final.
La série des lois de Théodose marque un cercle d'in-
vestissement qui va se resserrant sans cesse autour de
l'ancien culte, et le détail en sera rapporté ailleurs, il
est du reste fort monotone, c'est la chute d'un privilège
après l'autre. En 392 mt porté le dernier coup; une lui
interdit les sanctuaires privés 12. Ainsi, l'œuvre est con-
sommée quelques années avant la prise de Rome qui
commence l'agonie de la grandeur romaine.
Pendant quatre-vingt-dix-sept ans le christianisme et
l'empire se sont si parfaitement accommodés, saut unseul
nuage, sous Julien, que se trouvant faits l'un pour l'autre
ils ont rebâti la maison pour eux seuls. Incontestable-
ment ils portent ensemble la responsabilité des choses
qui suivirent. Pour décider si celle supposition est juste
et si c'est bien le christianisme qui a entraîné le monde
romain à sa perte, nous ne voyons qu'un moyen. Repre-
nons les principales causes que les historiens assignent
à la ruine de l'empire; demandons-nous pour chacune
d'elles, autant qu'on peut le savoir, à quelle époque le
mal a commence''. Si cette époque est antérieure à réta-
blissement du christianisme, il faudra bien reconnaître
qu'il n'en est pas responsable13.
Nous ne croyons pas qu'il faille s'arrêter longtemps
à l'accusation portée contre les chrétiens de hlir les
charges publiques •*. C'était un des principes intransi-
geants du début, que l'usage de plus de deux siècles
axait fort tempérés. Depuis le temps où Titus Flavius
Sabinus mourait en s'atlirant le reproche de mollesse
il d'indifférence pour ne s'être pas déiendu ls, et où
Titus Flavius Clemens, son fils, mourait chrétien et
méprisé pour son inertie, c'est-à-dire pour son man-
que d'ambition : contemptissimse i7ierliœt6, les fidèles
s'étaient accommodés des conditions qui leur étaient
laites et cette charge fameuse de curialis, objet de tant
d'aversion, parait avoir été souvent remplie par eux 17.
.Nous trouvons des curiales à Alexandrie18, et en Afri-
que 1<J; des duumvirs en Espagne-11 et en Gaule, où un
t. n, p. 341 sq. — " Tacite, Annal, xm, 30; Hist., ni, 75; Ter-
ttillien, Apolog., 42, P. L., t. i, col. 554 sq. ; Acta SS. Marcelli,
Mammse, 3, dans Acta sanct., 27 août; Martijrium SS. Eus-
tratii, Aujceiitii, Bibl. nationale, ms. gr. H58, fol. 154 v. Voyez
E. Le Blant, Les actes des martyrs, 1882, p. 256, et Les persé-
cuteurs et les martyrs, c. n : Les chrétiens dans la société
païenne, in-8% Paris, 1893; Léon Renier dans les Comptes rendit*
de l'acad. des itiscr.A et 18 août 1865. — l5 Tacite, Hist., lit, 75.
— '«Suétone, Domit., 15. — ,;S. Cyprien, Epist., i.xxxii, 1,
P. L., t. iv, col. 442. — ,8 Eusèbe, Hist. ecct.. I. VI, c. XLI, /'. <;..
I. xx, col. 605. — ,,J S. Cyprien, loc. cit. — -u Conc. Illib., can. 56,
dans Mansi, Conc. ampl. coll., in-lol., Florentiœ, 1759, t. n,
col. 15; Duchesne, dans la Bibl. de l'école des hautes études,
in-8% Paris, 1887, 73' tascic, p. 159.
I. - 10
291
ACCUSATIONS CONTRE LES CHRETIENS
292
duumvir chrétien donne les jeux à Valentine (Novem-
populanie) au ve siècle :
EXCEPERETVOQVONDAM DATA M VNERA SVMPTV
PLAVDENTIS POPVLI GAVDIA PERCVNEOS «
Ces duumvirs, obligés de donner les jeux réprouvés
par l'Église et de faire les sacrifices, se trouvaient sim-
plement exclus de l'assemblée des fidèles pendant l'année
où ils étaient en fonctions2. On ne pouvait pousser plus
loin la condescendance. En Afrique, nous trouvons dès
le temps des persécutions un décurion3, peut-être un
autre à Pergamc4, et un président de la Curie1'. Dès le
me siècle, la chrétienté de Phrygie nous apparaît dans
des conditions particulières, grâce à la liberté dont jouit
ce peuple presque tout entier chrétien0. Il avait adopté
à son usage les titres païens d'episcopos 7, de geraios 8,
les noms des associations étaient également empruntés 9.
Au IIe siècle on trouve trois sénateurs qui paraissent
cbréliens 10 ; au siècle suivant, il y en a six qui le
sont certainement ". « Les documents où nous étu-
dions l'histoire de l'Église primitive, actes des martyrs,
écrits apologétiques, œuvres polémiques des pères, ten-
dent en général à accentuer l'opposition qui existait
entre les fidèles et la société contemporaine. On est trop
porté à croire, en les parcourant, que les néophytes rom-
paient, en se convertissant, avec tous les liens qui les rat-
tachaient à leur passé, s'isolaient en quelque sorte du
monde où ils vivaient, ou ne s'en préoccupaient que
pour soutenir contre lui une lutte de tous les instants.
Les inscriptions où se révèlent les sentiments, non du
clergé, mais du peuple, corrigenl ce que cette opinion
peut avoir d'excessif. On pouvait devenir chrétien et
rester bon citoyen : on aimait à faire l'éloge de sa ville
natale 12, on déposait aux archives la copie de son testa-
ment ,3, on stipulait contre les violateurs de son tombeau
des amendes au profit du trésor public '*. Eusèbe ne nous
parle-t-il pas d'une cité de Phrygie détruite par Dioclé-
tien, dont toute la population, y compris les magistrats,
professaient le christianisme15. »Mais. s'il y a peut-être
dans ces exemples des témoignages de la spontanéité des
chrétiens à s'accommoder de l'empire, un fait plus grave,
la législation des conciles du IVe siècle, nous fournira des
actes d'une importance plus grande, puisqu'ils représen-
tent l'état d'esprit de l'Église dans les questions écono-
miques et sociales, depuis son triomphe jusqu'à la ruine
de la puissance romaine (313-410) ,6. Quant à la désertion
des fonctions publiques, on ne peut donc raisonnable-
ment en faire la matière d'un reproche à l'égard des
chrétiens; ce qu'il y a de fondé, c'est que l'insupportable
tyrannie du pouvoir central exonérait la noblesse d'État
de charges, qui retombaient au compte de la bourgeoisie
des villes condamnée à la curie. On n'évitait pas la
curie, mais on pouvait, si l'on était noble, éviter toute
magistrature, toute charge publique; beaucoup n'y man-
quaient pas cl ils ne taisaient, en cela, qu'imiter une secte
1 E. Le Blant, Inscription» chrétiennes de la Gaule, in-'r.
Taris, 1856-18(55, n. 595 a. — !L. Durhcsne, Le concile d'Elvire
ri 1rs flamines chrétiens, dans la Bibl. des liantes études, in-8%
Paris, 1887, p. 159 sq. — 3 Acta S. Saturnini Datiei. 2, 7, 8, 9,
dans Ruinart, Acta sincera, in-4°, Parisiis, 1089, p. 410 sq. —
4 Aube, Un texte inédit d'actes des martyrs dans la Iîev. ar-
chéol., déc. 1881. — 5 Acta SS. Trophimi, Sabbatii et Dory-
medontis, 10, dans Acta sanct., 19 sept. — " W. Ramsay, Cities
and bishuprics of Phrygia, in-8% Londoii, 1898, t. u, p. 484-513.
| ' W. Ramsay, loe. cit., n. 362. — « Ibid., n. 361, 364. — "Ibid.,
n. 411 U 455. — ,0 Ibid., n. 204, 210, 219. — " Ibid., n. 359, 301,
364, 368, 371. — '- Marucchi, dans le Nuovo bull. di arch. crist.,
t. 1, 1895, p. 17 sq. ; Bull, de corr. hellénique, t. VI, p. 518; t. vm,
p. 234; A. Dumont, Inscr. de la Thrace, n. 74 a?5 dans les Mél.
d'archéol., in-8\ Paris, 1892. — "Journal of hellenic studies,
t. iv, p. 401. — " Au profit de la ville : Coij). inscr. ijr:rc, t. m,
n. 3902. Monum. Eccl. liturg., t. I, n. 278 sq. ; an | rofit du ran«~o»
(S«f«lT«t'»v T«piû>v, 'Pujiatiuv T«|ii?ev) : IJull. corr. hell., 1. Vin,
philosophique plus ancienne que le christianisme, l'école
d'Epicure. Il ne manquait pas de gens pour penser que
le vrai sage doit s'éviter un tracas inutile, et laisser
les sots s'exposer à des naufrages dont il g'est mis à
l'abri :
Suave mari magno, turbantibus Eequora venlis,
E terra magnum alterius spectare laborem.
Cicéron s'en alarmait, Sénèque, opposé d'abord à ce
détachement pratique, s'en accommoda plus tard. Sous
les Antonins, c'est-à-dire, à l'âge d'or de l'Empire, nous
observons toutes les erreurs et tous les dangers qui.
grossis pendant deux siècles, seront devenus mortels au
début du IV siècle. Aux uns l'exemption des charges
(vacalio munerum), aux autres l'oppression et la ruine,
sans aucun espoir de s'y dérober que par la mort.
VII. La. chasteté et la continence dans le mariage.
— Les Actes de sainte Thècle, si précieux à tant de
titres, nous représentent cette jeune iille déjà fiancée re-
nonçant au mariage, à la suite des prédications de saint
Paul. D'autres actes, d'une valeur bien plus grande,
nous montrent les magistrats païens mis en éveil
par cet attachement à la chasteté. « Pourquoi, dit un
gouverneur à la vierge Théodora, pourquoi n'as-tu pas
voulu te marier, bien que tu sois de condition libre "? »
Un juge signale un accusé comme étant « de ceux qui
pervertissent les femmes à tète folle et les détournent du
mariage 18 ». Les Actes de saint Julien I9, de saint Fer-
réol 20, de saint Chrysanlhe 21, contiennent des reproches
identiques. On voit des jeunes fdles fuir le mariage avec
la même ardeur qu'elles mettent à fuir le viol 22, et une
telle conduite parait inexplicable aux païens, presque
impie. Auguste attribuait eu partie la grandeur romaine
à l'heureuse fécondité des mariages23, Varron écrivait :
« Le bon citoyen doit vivre pour sa patrie et engendrer
beaucoup d'enfants pour la servir21. » Une législation
rigoureuse condamnait le célibat2'. Les chrétiens de
l'époque des persécutions pensaient tout autrement. En
dehors du montanisme et de quelques autres erreurs
manifestes qui condamnaient absolument le mariage,
beaucoup de fidèles partageaient les idées qu'expose Ter-
tullien et que reprend Eusèbe un siècle plus tard :
« Tous les hommes qui, avant Moïse, se sont rendus
illustres par leur piété vivaient au commencement du
monde; notre âge touche, au contraire, à sa dissolution.
Ce fut avec une vive sollicitude que nos anciens s'atta-
chèrent à étendre leur postérité, à accroître le nombre
des hommes; leur race devait alors prendre force et se
multiplier. Telle ne saurait être notre visée, car toutes
choses déclinent et tendent vers leur fin. Voici venir le
renouveau, l'enfantement du siècle futur va bientôt
paraître20. » Des fidèles, s'inspirant de l'exemple de
quelques saints, se dérobaient d'un commun accord >
lien que, peut-être, on les avait contraints de tonner. La
continence dans le mariage était Iréquente alors et les
menaces de l'avenir ne pouvaient que multiplier les
exemples d'une vertu dont la pratique n'allait pas sans
p. 234, 243; Journ. ofhell. stud., t. rv,p, 128; l'nll. corr. hell.,
t. xvii, p. 248. 250; Hrr. des études grecques, t. u. p. 36; Corp.
inscr. gr., t. m, ». 3963. Cl. Corp. inscr. lat.. l. v, u. N723 sq, -
u Eusèbe, Hist. eccl., 1. Vlll, c. xi, /'. (.".. t. XX, col. 768. Cf. Y. < lu-
mont. Les inscr ip. chrèt. de l'Asie Mineure, in-8*, Ri nu-, 1895,
p. 26 sq. — '"Cl. E. Le Blant, De quelques principes soci
rappelés dans 1rs conciles du rv sii cl à tns tes Comptes ren-
dus de l'académie des sciences morales et politiques (i
t. exi, p. 378 sq. ; V. Duruy, Les conditions sociales au tem\
Constantin, même recueil, 1882, t. exuu. p. 729 sq. — "Acta Di-
dymiet Theodorse,l, dans Ruinait, Acta sincera. in-4*, Parisiis,
1689, p. 427. — '* Passio S. Pollionis, 2, ibid., p. 136. — " Acta
sa net., 9 juin. — î0 Ibid., 16 juin. — -' Ibid., 25 octob. — " Acta
ss. Saturnini et Dativi, 16, Ruinart, toc. cit., p. 417. —
Gass., LVI, n. — "Cite" par s. Augustin, Civ. I>ei. 1. XIX. c. i,
P. /... t. xi. i, col. 315. — »» Valère-Maxime, il, xv. 1, eb
-"Tertiillicn, .1./ u.rorein. 1. 1. e. v. /'• / ... t. SU, Cul. 315, Eusèbe,
Demonstr. evang., 1. I, c. ix, P. (;.,t . xxn, col. 77.
233
ACCUSATION S C 0 X T R E L E S C II R É T I E N S
294
bien dos difficultés J et dont on trouve, avec quelque
surprise, le secret dévoilé sur une épitaphe :
IN PACE DOMINICA Pferaian-
SERVNT QVORVM VITA TALISf/uiï ut lin-
QVENS CONIVX MARITVM XX Afnnos
EXCEDENS IN CASTITATE PERPEf/na
10 PERDVRARET P 2.
Cette vertu, comme il arrive souvenu alla parfois à
l'excès, et on ne ménagea la raillerie, ni le mépris à
ceux qui usaient du mariage-1. Les Pères du concile de
Gangres (vers l'an 325) se prononcèrent contre ces excès
dans les canons suivants :
« Quelques-uns condamnent le mariage et assurent
que ce lien ne permet aucun espoir de salut; beaucoup
de femmes les écoutent, et s'éloignent de leurs maris qui
tombent dans l'adultère.
« Si quelqu'un blâme le mariage, abomine et méprise
comme exclue du royaume de Dieu la femme pieuse non
séparée de corps de son mari, qu'il soit anatbème.
« Si quelqu'un garde la virginité ou la continence,
non pour la beauté et la sainteté de cet état, mais par
horreur pour le mariage, qu'il soit anatbème.
« Si quelqu'un faisant profession de virginité pour
plaire à Dieu, insulte les chrétiens mariés, qu'il soit
anathème.
« Si une femme abandonne son mari et se retire par
horreur pour le mariage, qu'elle soit anathème.
« Nous écrivons ceci non pour retrancher de l'Église
ceux qui veulent s'exercer à la piété, selon les Ecritures,
mais ceux-là, qui, sous un tel prétexte, se montrent
pleins d'arrogance, s'élèvent contre d'autres vivant d'une
vie plus humble, et introduisent ainsi des nouveautés
contre les Écritures et les canons. Nous admirons la
virginité, la continence que la modestie accompagne;
mais nous honorons le lien du mariage quand les époux
méritent le respect4. » Mais, la parole mesurée des pères
d'un concile frappait moins les fidèles que les expres-
sions oratoires de quelques écrivains qui s'écriaient :
Licel bona conjugia, tamen habent quod inter se ipsi
conjuges erubescant» , et ces paroles parfois dépassaient
le but qu'elles voulaient atteindre1'.
L'abstention en masse parait toutefois n'avoir été pra-
tiquée que vers la fin du ive siècle, lorsque l'empire
courait déjà à ses destinées, et que, comme il arrive
d'ordinaire, on proposa aux hommes un objet sur lequel
ils pussent détourner leurs ardentes passions. Cet objet
fut la vie monastique avec ses mortifications. Celle-ci ne
lut connue des Romains qu'en l'année 3-iO, et elle ne re-
cruta guère des partisans que vers l'an .'S74, c'est-à-
dire dans la génération qui précède celle qui allait
être témoin de la chute de Rome; ainsi quelque exagé-
ration que l'on apporte au calcul, le nombre de ceux
qui embrassèrent l'état de chasteté ne peut entrer en
ligne parmi les facteurs de la décadence1. La mesure à
laquelle il faut réduire le péril apporté par la continence
' Salvien, De gubernatione Dei, 1. V, c. x, P. L., t. Lin, col 105;
Adv. avaritiam, 1. II, c. IV, vu, P. L., t. Lin, col. 192, 195;
TertuDien, Ad uxorcm, 1. 1, c. v, vi, P. L.. 1. 1, col. 1394, 1395; Du
Cange, Gloss., v" Continentes. — s E. Le Blant, luxer, clirét. de
In Gaule, n. 391. — 3 Cl. S. Irénée, Adv. hssres., 1. I, c. xxvm,
/'. G., t. vil, col. 690, citant Marcion et Saturnin; J. E. Grabe,
Xpicilegium sanct. patrum, in-8% Oxonii, 1098, 1700, 1714, t. It,
p. 248 sq. — * Con'c. Gangrense, dans Lifbbe. Concil., t. Il, p. 415,
432. — 8S. Ambroise, Exhortatio virginitatis, 1. I, c. VI, 36,
/>. L., t. xvi, col. 362. — cGrég. de Tours, Hist. Franc., 1. IX,
c. xxxiii, dans les Monum. Germanise, t. i : B. Krusch, Script.
rer. merov., in-4% Hannovene, 1885, p. 387. — 7 V. Giachi. // mo-
nachismo rom. net iv sec, in-8", Roma, 1892. — 8 Tertullien, De
itlololatria, c. xix, P. L., t. i, col. 708. Le c. xi du De curona,
P. L., t. Il, col. 111, condamne le service militaire comme une
apostasie. — " Clément d'Alex., Pœday.. I. 111. c. xi, P. G., t. vm,
cul. 025. — ,0 Renan, Marc-Auréle, c. xxi. — "Origène, Contr.
chrétienne apparaît donc assez, restreinte, et on doit
attribuei le dépeuplement de l'Empire à des mœurs
moins contenues et beaucoup plus anciennement prs •
tiquées. Virgile, Tite-Live, Properce constatent la dispa-
rition de populations entières par la misère, le célibat
égoïste, l'avortement, l'infanticide. Les lois impériales
en disent long sur ce point; leur nombre suffirait à
faire connaître et apprécier la nature, l'étendue et la
profondeur du mal. Par malheur, elles restent sans
résultat : « Autrefois, dit Tacite, nous souffrions des
maladies, maintenant nous sommes malades des re
mèdes. » Rien n'arrête plus la dépopulation, et ces
remèdes ne sont que des expédients. Vers la lin du
iiie siècle, pense Gibbon, la moitié du genre humain
avait disparu. Les terres étaient en friche, les frontières
à l'abandon; pour garder l'empire et pour le nourrir on
imagina d'appeler les barbares. Ceci hâta un peu plus la
fin.
VIII. La répugnance au service militaire. — II y eut
une objection célèbre. Le christianisme est une religion
pacifique, ses fidèles doivent professer l'horreur de la
guerre, donc voilà l'empire à l'abandon. Pendant l'âge
des persécutions, les chrétiens ne cachaient pas leur
répugnance pour le métier des armes. Tertullien écrit
qu'en désarmant saint Pierre, au jardin de l'agonie, .lé-
sus a condamné le métier de soldat8; Clément d'Alexan-
drie condamne la simple représentation des arcs et des
épées, symboles de la prolession militaire9. Origène ré-
pond à Celse, qui fut en son temps une sorle de chau-
vin lu : « C'est assez combattre pour l'empereur que de
prier Dieu pour lui ". » Tout le monde avait présents à
la mémoire les récits qu'on lisait à l'assemblée des fi-
dèles et que ceux-ci écoutaient debout, comme l'Évangile
même 12, car ces actes des martyrs taisaient partie de la
liturgie13. Parmi ces exemples venaient celui de Tara-
chus abandonnant l'année par respect pour la foi14, de
Maximilien préférant la mort à la conscription '&, de Mar-
cel 16, des saints Nérée et Achillée 17, de Félix et Nabor 18,
Marinus19, Mardellin 20. On voyait par l'exemple de la
légion thébéenne -', de saint Dasius '--, quel sort atten-
dait souvent ceux qui avaient essayé d'accommoder leur
croyance avec les exigences du métier de soldat. Il est
vrai qu'à ces exemples on en opposait de contraires.
Devant le juge, un vétéran proclame avoir toujours
servi pieusement le Seigneur, créateur du ciel et de la
terre23; un centurion qu'on menait mourir disait pen-
dant la marche : « Celui qui vit dans les camps ne peut-
il être sauvé? Un centurion ne peut-il être pieux? .le
me rappelle celui qui, debout près de la croix du Sau-
veur, fut éclairé et coniessa que Jésus était vraiment le
Fils de Dieu -'' . » Ce n'est qu'à l'aide de ruses, dont
les soldats se transmettent le secret, qu'on pouvait
échapper aux incessants périls où se trouvait la con-
science des chrétiens placés entre les actes idolâtriques
ou la mort. Il y avait les dii '-'< et les lares militâtes -G,
les génies protecteurs des camps27, dés turmœ2s, des
centuries28, le culte des aigles30, les distributions qui
Cels., 1. VIII, c. LXXIII.P. G. .t. xi, col. 1C2S. — '•Cesaire d'Arles,
serm. xcv, n. 300 de l'api end. des œuvr. de S. Augustin, P. /..,
t. xxxix, col. 2819. — 's Manillon, De lit. gaffUs., in-4", Parisiis,
1685, p. 20,21, 39. 385, 405, 407, etc. — "Acta S. Tarachi dans
Acla sine, in-4", Parisiis, 1689, p. 457 sq. — 15Ruinart, Acta sine.
p. 309. — <*Acta S. Marcelli, 1, ibid., p. 312. — 17 S. Damase,
Carmen, xxv, P. L., t. xm, col. 399. — 18S. Ambroise, Expos, in
Luc, vu, 178, P. L., t. xv, col. 1835. — '"Eusèbe, Hist. eccl., I. VII
c. xv, P. G., t. xx, col. 676: et. VI, xli, P. G., t. xx, col. 605. —
-" Actn smict., 2 janv. — -' Ce fait reste douteux. — -- Acta s.
Dasii, dans Anal. Boll., 1897, t. xvi, p. 1. — " Acta S. Julii,l,
dans Ruinart, p. 014. — 21S. Basile, homil. in Gordium niait.,
7, P. G., t. xxxi, col. 504. — " Desjardins, Inscriptions de Vala-
chie et de Bulgarie, p. 32. — -«Orelli, loc cit., n. 1005, 5631. —
-''Ibid., n. 9. — "Muratori. Thés, inscript., in-tol., Mediolani,
1739, p. CCCXLVH, n. 2. — 5S Orelli. loc. cit., n. 941. — i0 Pline,
Hist. nat., XIII, iv ; ïertull., Apolog., xvi, P. L., 1. 1, col. 420.
295
ACCUSATIONS CONTRE LES CHRÉTIENS
296
signalaient les nalalilia des princes ', les decennalia et
bien d'autres occasions de chute.
Contrairement à ce qui se passe pour tant d'autres cas,
l'épigraphie ne peut donner ici les indications que nous
voudrions lui devoir. E. Le Blant, qui a éclairci cet as-
pect de la question, arrive aux résultats suivants : « Sur
10050 inscriptions païennes que contiennent les recueils
de Reinesius2, Steiner3, Mommsen*, j'ai compté
545 soldats, ce qui donne une moyenne de 5,42 p. 100.
La même opération laite sur l'Index de Seguier qui re-
late 4734 inscriptions chrétiennes ne m'a donné que
27 soldats, soit en chiffre rond, 0,57 p. 100. La propor-
tion de 5,42 p. 100 à 0,57 p. 100 que je signale, et qui
montre combien le fidèle tirait peu de gloire des services
militaires, prouve que les paroles de Tertullien et de
saint Maximilien, si conlormes, du reste, aux lois de la
charité, traduisaient plus qu'on ne l'avait pensé l'état
des esprits aux premiers siècles de l'Eglise s. » Mais il
faut faire aussi dans cette statistique une part à l'usage
des chrétiens de ce temps d'omettre toute qualification
sur leur épitaphe; ce point mérite d'être pris ici en
sérieuse considération.
Cependant, avec Constantin, tout changea, et le soldat
qui assistait avec sa légion au sacrifice de la messe, qui
récitait la prière écrite par l'empereur °, n'avait plus
qu'une seule raison d'abhorrer le métier militaire : c'é-
tait la nécessité où il le plaçait de répandre le sang
humain. Dès l'an 314, le concile d'Arles prononce l'ana-
thème contre ceux qui suivront l'exemple donné jadis
par les martyrs : De his qui arma projiciunl in pace
placuit abslineri eos de comnninione 1. Mais il fallut des
années pour que cette réhabilitation du drapeau préva-
lût. Au lendemain de la persécution, Lactance, dans un
livre dédié à l'empereur, écrit que la profession des
armes ne saurait être permise8; saint Jérôme loue le
jeune Népotien d'avoir rejeté le ceinturon, cingulum9,
saint Paulin pense de même de Victricius qui l'ait un
éclat public de son relus10. Sulpice-Sévère raconte le
trait que voici '• : « Des Barbares venaient d'entrer en
Gaule, le césar Julien mobilisa ses troupes près de la
cité des Vaugions et distribua le donativum aux soldats.
Chacun, suivant L'usage, était appelé à tour de rôle; vint
celui de Martin, celui-ci jugea l'instant convenable pour
demander son congé, car il n'estimait pas pouvoir ac-
cepter le donativum avec l'intention de quitter l'armée.
« Jusqu'ici, dit-il au césar, je t'ai servi, souffre que main-
« tenant je serve Dieu; que les combattants reçoivent
« des largesses, pour moi, je suis soldat du Christ; il ne
« m'est pas permis de tirer l'épée. » César répondit qu'il
agissait par peur de la bataille du lendemain, et non par
obéissance à une loi religieuse, mais Martin, intrépide,
répondit : « Puisque l'on attribue ma retraite à la faiblesse
« et non à la piété', demain je me présenterai désarmé sur
«le iront de bandière, sans bouclier, sans casque;
« avec l'aide du nom de Jésus et du signe de la croix, je
« pénétrerai avec assurance dans les rangs de l'ennemi. »
Saint Augustin eut à s'occuper de cette persistante an-
1 Tertullien, De corona, P. L., t. II, col. 93. — 2 Reinesius, S>/n-
torjma inscr. antiq, in-tol., Lipsiae, 1682. — 3 Steiner, Cod.
inscr. romanor. Rheni, in-8°, Darmstadtii, 1837. — * Inscript.
regni neapolit-, in-Iul., Lipsia:, 4852. — B E. Le Blant, Inscr.
chrét. de la Gaule, in-4", Paris, 1856-1865, t. I, p. 85, 87. Voy. an
contraire Mamachi, Orig. et antiq. eccl., in-4*, Rnmae, 1840, t. i,
p. 371; Lamy, De erudit. Apost., in-4% Florentins, 1733. p. 295-
298. — «Eusèbe, Vita Constant., 1. IV, c. xx, P. G., t. xx,
col. 1168. — i Conc. Arclat. I, can. 3, in pace, c'est-à-dire depuis la
paix rendue à l'Église. Cf. Le Blant, loc. cit., 1. 1, p. LXXXU, note 2.
— 'Lactance, Inst. divin., 1. V, c. xviu, P. L., t. VI, col. 604;
1. VI, c. xx, P. L., t. VI, col. 705; cl. 1. 1, c. I, P. L., t. VI, col. 115.
— » S. Jérôme, Epist., lx, 8 et 9, P. L., t. xxn, col. 593, 594. —
"S. Paulin, Epist., xvm, Victricio, 7, P. L., t. lxi, col. 240. —
«'Sulp. -Sévère, Vita beati Martini, IV, P. L., t. XX, col. 162. -
15 S. Augustin, Epist., clxxxix, 4, P. L., t. xxxm, p. 855;
et. Epist-, xi.vii, Publicolse, 5, P. /,., t. xxxiu, p. 180. —
13 S. Maxime, Homil, exiv, P. T.., t. i.vn, col. 515».— '* Epist.,
tipathie des chrétiens. « Ne croyez pas, écrit-il à Boni-
face, qu'un soldat ne puisse plaire à Dieu '-. » Et encore ;
« A ceux de ces [soldats] qui lui demandaient ce qu'ils
devaient faire pour gagner le, ciel, [Jean] n'a pas com-
mandé de déserter les aigles; il a dit : Gardez-vous de
toute concussion, de toute violence, et contentez-vous de
votre solde. Jean n'a point ajouté à cet ordre celui de quit-
ter l'armée. » Saint Maxime de Turin i3 ne parle pas autre-
ment et saint Léon le Grand déclare que l'état militaire
est une chose permise et innocente l*. Tout ceci évidem-
ment donne une faible opinion du recrutement de l'ar-
mée; mais, fondée ou non en raison, la répugnance des
chrétiens était à tout le moins respectable par le mobile
qui l'inspirait; le mal était ailleurs et déjà ancien.
L'origine en remontait à une innovation d'Auguste qui
imagina l'armée permanente; et celle-ci, parla logique
d'un empire démesuré, cessa d'être la nation armée pour
faire place à l'armée mercenaire.
IX. L'INDIFFÉRENCE A L'ÉGARD DES PARENTS. — Un
reproche fut fait aux chrétiens de leur dureté à l'égard de
ceux qui leur touchaient le plus près par les liens que
forme la nature. A l'époque des persécutions, par suite
des conversions individuelles, on vit des chrétiens expo- ~
à subir, outre les instances du juge, les plus véhément' i
adjurations de la part de leurs parents les plus proches
demeurés dans le paganisme; sainte Perpétue de Car-
tilage i:i, saint Irénée de Sirmium ,c, en fournissent d'il-
lustres exemples. Le chrétien s'eflorça donc de devenir
un être impersonnel, en quelque sorte; il n'avait, en un
sens, ni parents, ni patrie, ni état social. Une telle ri-
gueur se justifiait en un temps où les alfections légitimes
firent souvent courir des dangers à la persévérance des
fidèles, mais en dehors de ces circonstances et lorsqu'elles
eurent pris fin, le sentiment de la famille desait être
écouté et respecté. Cependant quelquefois les ascètes et
les clercs crurent répondre aux exigences de leur état,
en renouvelant dans toute son austère dureté l'exemple
des martyrs. On admirait ces hommes qui avaient re-
poussé les embrassements de leurs mères, et surmonté
en cette circonstance l'embûche du démon n ; on blâmait
ceux dont l'affection (Hait restée trop vive ; parentes suos
ultra qitod debebat diligens 18. Il ne faudrait pas toute-
fois s'imaginer que les chrétiens lussent assez dënatQfi s
pour mériter le reproche d'indifférence qu'on leur adres-
sait. Si des cas isolés se produisaient, la législation, qui,
en les réprimant les signale par le lait, était formelle à
cet égard : « Si quelqu'un, dit le grave concile de Gan-
gres, si quelqu'un, invoquant des raisons de piété, délaisse
ses parents, et surtout des parents chrétiens, s'il ne leur
rend pas l'honneur qui leur est dû, suivant l'ordre 4e
Dieu, qu'il soit anathème 10. »
Mais c'est à l'épigraphie, véritable littérature popu-
laire, que nous devons demander une démonstration des
sentiments d'affection que les chrétiens éprouvaient à
l'égard les uns des autres. Mamachi a fait observer
quelles formules remplies de tendresse les épitaphes
recueillies dans les catacombes nous fournissaient -
clxvii. Ad Rustieum Norton, respons., n. xiv, P. I.., t. nv,
col. 1207. Ci.E. Beurlier, Les chrétiens et le service militaire \
dont les trois premiers siècles, in-8\ Paris, 1892; S. Baunigarten,
Examen sententùe veterum christianorum de milîtiu. in-4*.
Ha la?. 1731. — " Passio S. Perpétua?, 5. dans Rulnart, Acta tfn-
cera, in-4". Parisiis, Iiis9, p. 88. — '" Passio S. Irentei, S, dans
Ruinait, loc. cit., p. 433. Voyez au contraire pourOrigène, Eus
Hist. eccl., 1. VI, c. n, P. G., t. w. col. 524. ':S. Jean Qi-
maque, Grtuins II, III, P. G., t. I.xxwiu. col. 657, 665; VititS
Patrum, 1. 111, c. xxxiv, P. L., t. î.xxiu, col. 760; 1
gentil, c. v, dans Acta sanct., 4" janv., p. 34-35. — "S. Gré-
goire le Grand. Dialug.. 1. II. c. xxiv, P. L., t. i.xvi, col. 180. —
'• Conc. Gangrenée, can. 16, dans Labbe, Ccmcil., t. n, p. H •■
— »° Mamachi, Origines et antiq. christ., in-4*, Romœ, •
t. m, p, 306, note 1. Ci. E. Le Blant, Des sentiments d'affectù n
exprimés dans quelques inscriptions antiques, dans les .V -
moires île l'académie des inscriptions et belles-lettres, t. nnv i
p. 224 sq.
ACCUSATIONS CONTRE LES CHRÉTIENS
298
il a lui-même mis en œuvre les textes par lesquels les
Pères et les écrivains ecclésiastiques nous ont laissé le
témoignage do cette charité '. Si Commodien détendait
de laisser couler des larmes sur la mort des emants,
c'est que peut-èlre quelques chrétiens s'abandonnaient
à une douleur qui tenait du désespoir2.
Non pudet infrenem gentiliter plangere natos?
Os laceras, turniis peetus, vestimenta diducis,
A'ec metuis Dominum, cujue optas regnum videre.
Lugere (quod fas est) milite, tamen orate pro illis!
Saint Augustin voulait demeurer comme impassible
lors des funérailles de sa unie ;, et saint Jérôme repro-
chait à sainte l'aille le spectacle d'une douleur sans
mesure qu'elle avait montrée à la mort de B.lesilla, sa
il 1 le *•- Les Actes des martyrs nous font voir la mère de
saint Marien baisant la lète coupée de son lils et en
proie à un bonheur immense'; la mère d'un des mar-
tyrs de Sébaste se munira plus héroïque encore : « Le
lendemain du supplice, disent les Actes, le juge lit ap-
porter les corps sur le rivage de l'étang et on cassa les
jambes aux martyrs. La mère de l'un d'eux était là. Son
lils, Méliton, était le plus jeune do tous et elle tremblait
qu'il ne laiblit; elle lui disait en joignant les mains:
« Mon eniant chéri, encore un instant de patience, ne
crains rien, le Christ est là qui t'aide. » Quand on lui
eut rompu les jambes. Méliton respirait encore; on lit
avancer des tombereaux pour emporter les corps qu'on
emmenait au fleuve, mais on laissa Méliton, ne désespé-
rant pas de le laire aposlasier. Quand sa mère le vit laissé
ainsi tout seul, elle oublia sa faiblesse et lut vaillante
comme un homme. Elle enleva son fils sur ses épaules
et suivit le tombereau. Tous les corps furent brûlés6. »
La littérature chrétienne primitive est remplie de
traits qui ne peuvent laisser aucun doute sur la tendresse
qu'on se témoignait en toute occasion et sans acception
de personnes. Un nombre considérable de marbres an-
tiques présente des formules banales d'afteclion d'après
lesquelles on ne saurait fonder une démonstration";
mais il en est d'autres, plus étendues, qui avant d'être
tombées dans les tormulaires des lapicides ont été
l'expression vibrante de sentiments protonds et person-
nellement sentis. Entre époux, le survivant fait écrire
ces paroles : CVIVS DOLOREM ACCEPIT NVLLVM
NISI MORTIS EIVSs, ou bien: DE QVA NVLLVM
DOLOREM NISI ACERBISSIMAE MORTIS EIVS
ACCEPERAT 9, et cette dernière formule était devenue
si lréquente qu'on l'avait ainsi abrégée : DE QVA
H(ullum) D(olorem) k(vceperal) N(i'si) MOR(lis) l0. Ces
expressions étaient communes aux païens et aux chré-
tiens; on trouve encore exprimé le souhait de mourir le
1 Mamachi, loc. cit., 1. III, part. 3 : De moribus, officiisque
veterum christianorum erga alios, p. 305-32G. — - Commo-
dien, Instruct., 1. II, c. xxxu : Filiosiwn lugendos, dans Corp.
script, ceci, latinor., in-8% Yiiidobona\ 1887, t. xv, p. 103. —
; S. Augustin, Confessions, 1. IX, c. XII, P- L., t. xxxu, col. 776.
— * S. Jérôme, Epist., xxxix, 5, P. L., t. xxn, col. 472. —
5 Passio SS. Jacobi et Mariant, xiii, dans Ruinart, loc. cit.,
p. 231. — * Acta sanct., 10 mars, mart. t. il, col. 12 sq. —
7 B(onse) M(emoriœ), Corp. inscr. lut., t. IX, n. 1365, 1367,
1368, 1370, MS72, 1380, 1382, 1385, 1391, 5915, 6386; t. vm, n. 984,
2010, 2012, 2016, 8559, 9588, !>713 a, b, 10637, 10638, 10640, 10641 ;
Co(niugi) ra(rissimo) f'effiit), Ibid., n. 3676, 3860; Y(ir) p(er-
fectissimus). Ibid., u. 12, 2345, 2346,2347, 2413, ', '\ '*, 2480,
2481, 2529, 2530, 2572, 2573, 2574, 2575, 2643, 2660, 2661, 2718,
4221, 4222, 4224, 4325, 4469, 4578, 4764, 5367, 7002, 7003, 7004,
7U05, 7008, 7009, 7035, 7043, 7045, 7067, 7965, 8412, 8474, 8475,
8476, 8477, 8479, 8713, 8772, 8811, 8924, 8932, 9041, 9255, 9325,
9725,10493; Ibid., t. xn, n. 138, 673, 1852,2228; Bonememorins
et Bonememoria, ibid., n. 488, 491 bis, 966, 2085, 2086, 2088,
4312, 4313, 5399, 5405. — » Corp. inscr. lat., t. x, n. 4787. —
*lliid.', t, VI, n. 24243. -- <• Ibid., t. VI, n. 22848. — " Ibid., t. vr,
n. 16753. — i» Fabretti, Iiiscript. antiq., quse in sedibus paierais
OSSt rantur, explicatio, c. x, in-fol., Romrc, 1702, n. 259. —
premier sans avoir à souffrir l'épreuve du foyer devenu
désert : OPTANS • VT • IPSA • SIBI • POTIVS • SV-
PERSTES- FVISSET-QVAM • SE -SIBI • SVPERSTI-
TEM RELIQVISSET'i; ou bien la mention d'un tel
souhait accompli : SICVT OPTAVIT SVPERSTITIBVS
MARITO ET LIBERIS DIEM SVVM FVNCTA EST'2.
Parfois on voit rappelée la tendresse qui unissait le
survivant au détunt : NVLLIS VALU -SIC DILEXE-
RVNT 13; un mari lait écrire sur l'épitaphc que, conduit
au loin par ses voyages, il n'a vécu que six mois avec sa
lenime morte à seize ans1*; un autre nous dit que sa
,, •mme n'a pas laissé un enfant qui eût rappelé ses
traits15; un autre encore que la morte n'a pas vu son
propre enfant : REMISIT FILIVM • M • X • CVIVS FA-
CIEM NON VIDIT l0. L'apparition de certains éloges
dans les liluli païens est si évidemment l'écho des vertus
nouvelles dont le christianisme avait mis la pratique en
honneur qu'on pourrait les rapporter dans une certaine
mesure à l'épigraphie chrétienne11, mais celle-ci est
assez largement pourvue pour se passer de ces supplé-
ments. La classe des affeetns si nombreuse dans les
recueils d'inscriptions païennes ne contient rien de plus
louchant que cette épitaphe d'une veuve qui entreprit
un voyage de cinquante jours pour prier sur la tombe
de son mari : QV(ae) VENIT DE GALLIA PER MAN-
SIONES L VT CQMMEMORARET MEMORIAM
DV(/cissi)MI MARITI18; plusieurs épitaphes mention-
nent le regret de l'époux survivant de ne pouvoir donner
un tombeau plus magnifique : c'est peu pour les vertus
du défunt, mais c'est beaucoup eu égard à ma pauvreté 19,
aussi rencontre-t-on souvent cette mention : DE PAR-
BVLA MEDIOCRITATEM NOSTRAM FECI 2<>. Gré-
goire de Tours, si bien intormé des légendes qui avaient
cours en son temps, nous apprend qu'on racontait qu'un
des époux délunls s'était dressé dans sa tombe à l'arrivée
de celui qui venait enfin le rejoindre et après l'avoir
embrassé, tous deux s'étaient de nouveau endormis dans
la mort21. L'épigraphie chrétienne ne nous fournit rien
d'aussi émouvant22, mais les liluli païens nous donnent
en plusieurs exemplaires le témoignage d'une affection
qui souhaitait la vue de l'objet aimé jusque dans les
rêves : TVVM BENERABILEM VVLTVM LICEAT VI-
DERE SOPORE23; _ LACRIME SI PROSVNT VISIS
TE OSTENDE VIDERI 2*; — ITA PETO VOS M(aw)ES
SANCTISSIMI COMMENDATVM HABEATIS MEVM
CO(niuge)M ET VELLITIS HVIC INDVLGENTISSIMI
ESSE HORIS NOCTVRNIS VT EVM VIDEAM2s;ces
textes seraient peut-être utilement rapprochés des vi-
sions de sainte Perpétue26 et de sainte Quartillosa27.
La passion de sainte Perpétue nous montre le père
de cette martyre lui donnant le litre de Domina2*, et
13 L. Perret, Les 'catacombes de Rome, in-fol., Paris, 1852, t. v,
pi. xiii, n. 2. — '* Ibid., t. v, pi. xiii, n. 2. — ,s A. Lupi, Epita-
phium Severx nuper inventum, in-4-, Panormi, 1734, p. 175;
Marangoni, Appendice ad Acta S. Victorini, in-4°, Romae, 1740,
p. 124. — '6 Boldetti, Osservazioni sopra i cimiteri, in-fol.,
Roma, 1720, p. 413. — •' Voyez par exemple : Corp. inscr. lat.,
t. vi, n. 20674; t. vm, n. 7384, 11294; t. x, index, p. 1167, emploi
du plus minus; A. de Boissieu, Inscr. antiq. de Lyon, in-4°, Lyon,
1846-1854, p. 151 sq. — "Allmer et Dissard, Musée de Lyon,
in-8% Lyon, 1888, t. v, n. 2108. — '» Orelli, Inscr. latin., in-8*.
Turici, 1828, n. 4770. — 2° Boldetti, loc. cit., p. 416. Cf. Alimer et
Dissard, loc. cit., t. i, p. 277 ; Olivieri, Marmora Pisaurensia,
in-fol., Pisauri, 1738, p. 174. — 21 De gloria confessorum,
c. xlii, lxxv, P. L., t. lxxi, col. 861, 882. — "Cl". Corp. inscr.
lat.. t. vi, n. 18817. En ce qui concerne l'épigraphie chrétienne de
Rome, il est difficile de rien affirmer avant la publication dos
inscriptions non datées recueillies par J.-B. De Rossi. — M Marini,
Attide' fratelli Arvali, in-4", Roma, 1795, p. 266. — s'Corp.
inscr. lat., t. Il, n. 4427. — « Ibid., t. VI, n. 18817. — 2« Passio
S. Perpetux, 7, dans Ruinart, Acta sincera, in-4". Parisiis,
1689, p. 89. — " Passio S. Montant, 8, dans Ruinart, loc. cit.,
p. 236. — ** Passio S. Perpetute, 4, 5, éd. Robinson, dans
Texts and studics, in-8-, Cambridge, 1891, p. 66, 70.
299
ACCUSATIONS CONTRE LES CHRETIENS
200
les épitaphes de plusieurs enfants morts en bas âge
offrent le même litre :
DOMINO MEO FILIO QVI VIXIT AN XIII '
DOMINO FILIO QVI VIX-AN-VI^
DOMINO FILIO QVI VIXIT ANNIS VI ••
DOMINAE FILIAE QVE VIXIT ANN-III-*
On rencontre souvent à l'égard du petit mort les ex-
pressions les plus touchantes du symbolisme chrétien :
PALVMBA SINE FEL% — PALVMBVS SINE FEL**
lig. 63; - PALVMBO SINE FELLE'; -ou encore:
AGNVS SINE MACVLA»; — AGNEGLVS DEI K
De ces petites vies, sitôt brisées, il ne restait qu'un
souvenir et quelques jouets;
aussi plusieurs tombes des ca-
tacombes nous ont-elles rendu
ces objets d'un art assez mala-
droit que l'on avait ensevelis
avec les êtres chéris qui y
avaient pris quelques instants
de plaisir lu. Quelques épitaphes
d'enfant présentent des for-
mules d'une admirable ten-
dresse: TEKNGO TAYKYTEPGO
cpGùTOC KAI ZOHC "; — FI-
LIAE DVLCISSI MAE ETQVID-
QVID IN FILIA PLVS QVAM
DICI POTEST '2. Une épilapbe
conservée à Mayence compare
ces petits enfants à des roses
flétries à l'instant où elles se
sont ouvertes : ROSA SIMVL
FLORIVIT ET STATIM PE-
RI IT 13. Parmi tant d'exclama-
tions dont le recueil offrirait
un précieux chapitre de l'his-
toire de la douleur humaine
et chrétienne, nous devons
nous borner à quelques textes
plus remarquables. Une épi-
taphe de Trêves (Première fiel-
gique) nous apprend que par
la miséricorde de Dieu, une
mère est morte sans avoir
su que sa fille l'avait précédée dans la tombe :
MC POSITA EST CLARISSIMA FEMINA
«VAE MERVIT MISERANTE DEO VT FVNVS
NESCIRET NATAE QVAE MOX IN PACE SE
ŒHCONCESSVM EST SOLAMEN Eli
wmfmii potvit cwmum.
llic posita esl ciarissima jemina qiuv mentit, mise-
rante Deo, ni funus nesciret natae. Quœ mox in pace
sequi conces&um esl solamen ci... uepotv.it... '*.
L'amour de ceux qu'on avait perdus faisait surmonter
l'horreur du tombeau16; on lit en Afrique et en Gaule
cette parole : MATER TVA ROGAT VT ME AD TE
RECIPIAS «*.
On ne saurait guère trouver d'enseignement plus
1 Fabretti, Inscr. antiq., qux in ;eilib. paternis asservantur,
explicatio, c. vin, in-fol., Roms, 1702, n. lxxxviii. — *Ibid.,
n. 167. — 3 Ibid., n. -168. — ' nid., ». 169. — «Marangoni, Ap-
pendix ad Acta S. Victorini, in-'r. Roma, 1740, p. 120. —
•L. Perret, Catacombes de liante, in-fol., Paris, 1852, t. v. pi. i.i.
Voy. De Rossi, Inscr. christ, urb. Botme. in-fol., Rom», 1861,
t. î, p. 421, n. 938; Bull, di arch. crist., 1864, p. 12. Cette pierre
a servi à trois défunts successivement, cl. D. Cabrol ei I). I.e-
clercq, Monum. Ecoles, liturg., in-4*, Parisiis, 1902, t. i, p. cxm.
— 'De Rossi, Roma sotterranea cristiana, in-tol., Roma, 1877,
t. m, p. 230. — 8 Buldetti, Osscrvaz. sopra i cimiteri cristiani,
in-fol., Ruma, 1720, p. 408. — 9 L. Perret, loc. cit., t. V,
pi. xiii. — !°Bpldetti, loc. cit., p. 490; Raoul-Rochette, Mémoires
d'antiquité chrétienne, dans les Militaires de l'acad. des
62. — Poupée trouvée
dans un cercueil des ca-
tacombes. D'après les
Mém. de l'acad. des
inscript, et belles-let-
tres, t. xm, pi. VIII.
grave que celui du sacramentaire léonien dans la messe
de mariage pour résumer les devoirs de tendresse et de
pudeur qui devaient être la loi des ménages chrétiens :
...ad hsec igitur venturœ hujus formulée luse Pater ru-
dimenla scifica ut bono et prospero sociata consortio
legis œternse jura custodiat memineritque se Dhe non
lantum ad licentiam coniugalcm sed ad observantiam
Dei scorum[que] pignorum custodies delegatatn. Fi-
delis et casla nubal in Xro imitatrixque scarwm per-
maneal feminarum. Sit amabilis ut Rachel vïro, sa-
piens ut Rebecca, longeeva et jidelis ut Sarra. Nihil ex
liac subeisivus Me auctor prœraricalionis usurpe t, nixa
ftdei mandalisquc permanent, mutiiat in/irmitateni
suant rohore disciplina;, uni toro juncta contactas vitse
incilos fugial, sit verecundia gravis pudore venerabilis
doclrinis cœlestibus eruditu, sit fecunda in subole, sit
probata et innocens et nd bcalorum requiem atque ad
cœlestia régna pervenial '".
X. La richesse. — 11 nous reste à envisager ici l'attitude
du christianisme dans la « question sociale» de tons les
temps, la répartition des richesses.
Il ne faut pas chercher dans l'Église naissante de Jéru-
salem, le type achevé de la conception sociale du chris-
tianisme. La mise en commun des biens pouvait èlre pra-
tiquée à ces débuts et sur une petite échelle ; elle devenait
impossible après les grandes extensions du ir siècle.
Cependant, en souvenir de ces origines, l'Église garda
une indulgence particulière à l'égard des classes pauvres.
C'est là une manière de regarder le passé qui ne plaît
pas ('gaiement à tous et en tous temps, ih>ii< n'avançons
rien cependant que les faits ne prouvent. Jésus avait en-
seigné l'abandon des biens, et dit en paraboles quelle
difficulté c'est pour le riche d'entrer dans le ciel '8. Comme
il arrive toujours, quelques disciples renchérirent sur
l'enseignement du maître. L'un des plus anciens docu-
ments et des plus en vogue parmi les chrétiens, racon-
tait qu'une femme, symbole de l'Église, apparut à Hermas
à qui elle montra une tour dressée au-dessus des eaux,
avec des pierres équarries et resplendissantes. Près de
l'édifice gisaient d'autres pierres martelées, tendues,
qu'on repoussait de la construction, au point que plusieurs
tombèrent dans un brasier. « Maîtresse, dit Hermas,
quelles sont ces pierres brutes que l'on n'emploie pas à
bâtir la tour? — Ce sont, dit-elle, les riches fidèles: à
l'heure de la persécution, ils renient Dieu a cuise de
leurs richesses. — Maltresse, quand seront-elles utiles à
Dieu'.' — Lorsqu'elles auronl été équarries et dépouillées
îles richesses trompeuses; alors elles pourront entrer
dans l'édifice du Seigneur. Lue pierre ronde ue peut de-
venir carrée, si elle n'es! taillée el ne perd quelque chose
de sa masse; ainsi les riches de ce siècle ue deviennent
utiles à Dieu que si l'on retranche leurs richesses. Juges-
en par toi-même : tu fus autrefois riche et inutile: main-
tenant tu peux servir el tu es digne de recevoir la vie.
Toi donc aussi, tu as été l'une d'- ces pierres**. • Minu-
cius Félix dit que les riches pensent plus à leurs biens
qu'au ciel, et le Seigneuries a condamnés à l'avance*0;
saint Cvprien voit dans la richesse l'explication des
apostasies -'. Ces textes et plusieurs autres porteraient à
inscr.. t. xm. pi. v. Cf. C. Magnin, Histoire des marionnettes
depuis l'antiquité jusqu'à nos jours, in-8", Paris, 1852, p. 27. —
" De Rossi, Inscr. christ. Ufb. Romse, t. i. p, 13, n. 8. — ,! H'il-
(1. th. loc. cit.. p. 808. — ,:! Kpilaplie d'un enfant de >ix mois
par E. Le Blant, dans Mém. de l'atad. des inscr., t. xxxvi,
p. 224 sq. — UE. Le Blant, Nouveau recueil des inscr. de la
Gaule, in-4", Paris. 1892, p. 406, n. 872. '»Voyi \i> Sanctos.
— lnD. Cabrol et D. Leclercq, Monum. Ecoles, liturg., t. i. n.
2S12. — " Sacramentarium leonianum, éd. C. Feltoe, in-8%
Cambridge, 1896, p. 141. - '• Matth., xiv. 16-24. Cf. Luc. \i,
24, 25. — " Hermas, l'ust<<r. tu. ix, 3, P. G., t. n, col. 983: cf.
I, m, 2 et 6, P. C. t. n. col. 899, 903. — ««Minut Félb
eius, xvi, P. L., t. ni. col. 290; Tertull., /><■ patientia, vu. /' /..,
t. i, col. 1371. — " S. Cvprien, De lapsis, xi. /'. /... t. iv, i I s, s.
301
ACCUSATIONS CONTRE LES CHRÉTIENS
302
penser que les riches n'avaient pas de place dans la
société chrétienne. Ce serait une erreur. Ces textes sont
tous authentiques et comptent parmi les plus fameux
de l'antiquité chrétienne; cependant on ne doit en faire
qu'un usage prudent et restreint. Sans doute on s'en est
beaucoup servi et c'est la raison pour laquelle on a sou-
vent faussé l'histoire. Il est cependant facile de s'aper-
cevoir que ces écrits et tant d'autres qui composent la
majorité des articles du catalogue de l'ancienne litté-
tauration à l'aide de la Pétition pour les villageois qu'on
empêche de danser par le Vigneron de la Chavonnière
et de VEssai sur l'Indifférence en matière de religion
par l'abbé Félicité de La Mennais. Au lieu de ces textes,
il faut faire usage des faits certains, des documents sans
prétention et sans tendance, c'est ce qui explique la part
donnée aux inscriptions dans ce travail.
Les découvertes archéologiques et la sagacité de De
Rossi ont mis en pleine lumière le fait de la diffusion
HlCREaVlESCE>KDEO
" >DOTRliN0VKONSf>VENAKJ
63. — i^pitaphe ayant servi successivement à trois défunts. D'après le Bulletin d'archéologie chrétienne, 1864, pi. xn.
rature chrétienne, sont des lettres, des homélies, des
discours au peuple, dos ouvrages de circonstance.
C'est une erreur d'aller chercher dans ces ouvrages des
données historiques positives et modérées, c'est s'expo-
ser à étudier le passé avec des instruments que nous
songerions à peine à utiliser s'il s'agissait d'écrire l'his-
toire contemporaine. Et, si on nous permet d'exprimer
toute notre pensée, nous estimons que faire l'histoire
des premiers siècles avec Hermas et Tertullien serait à
peu près aussi raisonnable que d'écrire celle de la Res-
1 De Rossi, Bullettino di arch. crist., 1888-1889, p. 57; 1894,
p. 102. Cf. Greppo, Trois mémoires relatifs à l'histoire ecclé-
siastique des premiers siècles, in-S", Paris, 1840; de "Witte, Mé-
moire sur l'impératrice Salonine, dans les Mémoires de l'aca-
démie royale de Belgique, t. xxv], 1852: le même. Du christia-
nisme de quelques impératrices romaines avant Constantin,
dans les Mélanges d'archéologie, d'hist. et de litt. rédigés et
recueillis par les PP. Cahier et Marin,, in-4°. Paris, 1847-1856,
t. m (1853), p. 163-195; P. Allanl, La noblesse et la richesse dans
la société chrétienne à l'époque des persécutions, dans la Science
catholique, 15 juillet 1890, p. 506 sq. Voy. encore Greppo, Notices
historiques, biographiques, archéologiques et littéraires con-
cernant lespremiers siècles chrétiens, in-8% Paris, 1841 ; Cruice,
du christianisme dans les classes élevées1; des faits
nombreux et assurés, des noms propres lus avec certi-
tude, témoignent la place importante occupée dans
l'Eglise par la noblesse romaine. Ce qui rendait cette
prééminence des riches tolérahle et leur salut possible,
c'était leurs aumônes -, Voyez Aumônes.
Ces quelques observations suffisent désormais pour
l'intelligence des textes dans lesquels les fidèles se glo-
ri lient avec affectation de la pauvreté, de la bassesse de
leurs conditions. Il ne faut pas oublier que, d'après les
Histoire de l'Eglise de Home sous les pontificats de saint Vic-
tor, de saint Zéphirin et de saint Calliste, in-8% Paris, 1861 : A.
Lotli, Acte, sa conversion au christianisme, dans la Rcv. des
quest. hist.,t. xvn, p. 85; C. Lenormant, Note sur une pierre gra-
vée représentant Marcia concubine de Commode, dans la Rcv.
fr. de numismatique, 1857 ; De Ceuleneer, Marcia, la favorite de
Commode, dans la Rev. des quest. hist., 1876, t. xx, p. 157; Knel-
ler, S. 3..fans\B.ZeitschriftfurkatholischeTheologie,'lnnsbruck,
1894, p. 412, 413; Aube, Le christianisme de Marcia, dans la
Rev. archéol., mars 1879, p. 154-175 ; le même, L'empereur Phi-
lippe, même revue, 1880, p. 141 ; Moniglia.De annis J.-C. Servato-
ris et de religione utriusque Philippi Aug. dissert, ûum, in-4*;
Romœ, 1741. — 2 Ponlius, Vita Cypriani, P. L., t. m, col. 1541.
30L
ACCUSATIONS CONTRE LES CHRÉTIENS
m
idées ilu temps, la pauvreté constituait une infériorité
non seulement sociale mais morale ', et il n'a pas man-
qué de chrétiens qui, pour mieux témoigner leur mépris
de ces conventions, ont, dans l'entraînement de la polé-
mique, légèrement forcé la vérité -. Tous les orateurs s'y
rencontrent, saint Chrysostome3, saint Augustin, saint
liasile4; saint Jérôme et Salvien 5 n'y peuvent manquer.
En réalité, la grande société romaine se montra long-
temps peu perméable aux idées chrétiennes. Elle sup-
portait à peine l'idée qu'un homme de qualité donnât
son bien, se dépouillât de ses charges; elle n'avait pas
assez de colère pour les transfuges 6. Ceux-ci trouvaient
dans l'Église d'autres dégoûts. L'exacte modération que
recommandait l'apôtre saint Jacques dans le traitement du
pauvre et du riche7 était tombée en oubli dans plusieurs
lieux. Clément d'Alexandrie crut devoir écrire un ou-
vrage pour rappeler les pauvres à la bonté à l'égard des
riches, que l'on traitait avec une excessive désinvolture".
Les convertis sont souvent assez susceptibles et plusieurs,
dégoûtés par l'accueil qui leur était fait, revenaient aux
plaisirs; ou bien, après avoir hésité, n'y renonçaient
pas 9. L'écueil était assez grave pour que les docteurs
s'en occupassent. Le traité de Clément d'Alexandrie était
destiné à rassurer ceux qui voulaient sauver leur âme
sans l'énoncer à tous leurs biens, et le moyen qu'on leur
proposait était d'user de ces biens selon les règles de la
charité. Le successeur de Clément, Origène, lit un pas
de plus, et tira occasion des grands biens d'un fidèle
menacé du martyre, pour lui faire un mérite d'avoir
su mépriser ce qui ne faisait même pas question poul-
ies pauvres10. Vingt ans plus tard, en Numidie, on lisait
dans les actes d'un martyr de rang équestre, que les
préférés de Dieu seront ceux dont le triomphe a été plus
complet et plus difficile, ceux pour lesquels il est écrit
ceci : Il est plus facile à un chameau de passer par le
chas d'une aiguille, qu'à un riche d'entrer dans le royaume
des deux ". L'idée fait son chemin. Saint Jérôme recom-
mande au riche qui se convertit de se souvenir de ne
pas, dans l'excès de sa ferveur, laisser tomber ses propres
enlants dans l'indigence '-. En 415, un concile d'Afrique
1 .Tuvénal, Sat., m, 152; Horace, Car»*., m, 42; Surius,
Passio s. Quintini, 10 (31 octobre). — !Teriutficn, Ad. uxorem,
I. II, c. vm, P. L.. t. i, col. -1413; Minutais Félix, Octavius. xxxvi,
P. /... t. m, col. 365 ; S. Jérôme, Comment. inEpist. ad Galatas,
lili. III, Prolog., P. Ii., t. xxvi. toi. 331; Théodore!, Grsecarum
affectionum curatio, 1. VIII, P. G., t. L1V, col. 672. — z S. Jean
Chrysost., De Anna., v, 3, P. G., t. i.iv, col. 672. — * S. Basile,
Humilia in divites, 0. P. G., t. xxxi, col. 296. — 3Salvien, De
aubernatione Dei, I. III, c. x, P. L., t. LUI, col. 67 ; Adversus uru-
ritiam, 1. I, î, P. I... i. m. cul. 173. — « Tertullien, Apolog.', m.
P. L., t. i, col. 328; S. Ambroise, Epist., i.vm, Ad Sabinum, 3,
P.L.,t. xvi, col. 1229; S. Paulin, Epist.. xi,AdSeverum,S, P. t.,
1. 1. xi, col. 191 ; S.Augustin, Confeaa., vin, 2, P. Z..,t.xxxu,col.749.
— '.lac, II, 9. — "C.léni. d'Alex., Quis dives salvelur, 3, P. G.,
t. i.\. col. 605. — «Quis diecs salvetur, 2, P. G., t. IX, col. 606.
— iu Origène, Exhortât, ad martyrium, 14, 15, P. G., t. xi,
col. 581. — " Passio s. Jacobi et Mariant, 8, dans Ruinait,
Acta sincera, in-4*, Parisiis, 1689, p. 229. — " S. Jérôme, Epiât.,
(XX. Ad Hcdibiam, 2, )'. i... t. xxil, col. 985. — ,3S. Augustin,
Epist., CLXXXVI, Ad Pauliiuua eiàseupu ai, 32, 33, P. L., t. xxxm,
col. 827, 828. Cf. I.abbe, Concil., t. Il, col. 1529, 1530. — » Passa,
ss. Scillitanorum : Nolite furoris huius insipientUe parti-
cipes /ieri, dans Ruinart, Acta sincera, in-4*, Parisiis, 1689,
p. 79; Acta s. Maâeimi : Resipisce miser ah insipientia tua,
ibid., p. 145; Passa> s. Hogatiani : Insensatus cum doctore
insipientiss, ibid., p. 298; s. Grég. de Naz., Invect. I ad Ju-
lian.', P. G., t.. XXXV,' col. 531 : 'Y>y.\-, Se r, IXo^ia «a! inouïs. —
15 Acta SS. XLV mart., 3. dans Acta sanct., 10 juillet. —
•• Acta S. Terentiani, 8, dans Acta sanct., 1" sept. — " Passio
S. Thcodoriti, 3, dans Ruinart, éd. 1715, p. 590; Mort. S. Pauli
et Julianse, 25, dans Acta sanct., 17 août. — 18Nnus revien-
drons sur cette controverse a propos de la personne du Christ. —
"> Passio SS. quatuor coronatorum, Wattenbach, dans M. Budin-
ger, Untersuchungen zur rômischen Kaisergeschichte, in-8".
Berlin, 1870, t. 111, p. 329. - -'" Acta &'. Eulampii, .S, 9. dans Aria
sanct., 10 cet.; Malt. S. Phocse, 7, dans.Acta sanct., 14 jnill.
condamne cette proposition pélagicnnc . « Les riches ne
peuvent être sauvés, s'ils ne renoncent à leurs biens 13. »
XL Attitude des chrétiens a l'égard des traditions
LITTÉRAIRES, Voyez Humanisme.
XII. Conclusion. — Ainsi le christianisme réalisait la
parole prophétique de Jésus; il paraissait folie aux uns,
opprobre aux autres. Cet état d'esprit donnait naissance
à toutes les suppositions, même aux plus saugrenues, et
s'il nous appartenait de grouper sous un chel unique un
grand nombre d'accusations, moins éclatantes que celles
dont nous avons parlé, nous serions tenté de les résumer
sous l'accusation de folie '*.
Le dogme chrétien donnait lieu aux questions les plus
ridicules. Le Christ vit-il encore l:>? — Est-ce qu'on le
tue souvent? demande un juge, à qui un chrétien parle
du sacrifice eucharistique16. S'il est créateur, comment a-
t-il une mère n ? S'il était Dieu, il ne serait pas laid 18, il
ne serait pas mort19, et mort sur la croix20, après avoir
tant souffert 21, même l'abandon des siens 22. Meurs donc,
dit-on à un martyr, tu ressusciteras comme ton Christ - •',
mais il ne te protège guère à cette heure, où est-il donc
passé24? c'est le moment ou jamais d'intervenir23.
Le terme de Aô yo; était parfaitement obscur pour l'épais
cerveau des magistrats ignorant les spéculations et la
terminologie philosophique des Alexandrias 2C. Un juge
dit : Tâche de me faire comprendre qu'en croyant en un
Dieu unique, tu en peux néanmoins proclamer trois -'■ .
« Sur les points obscurs, continue Ed. Le Blant, les
interrogations se pressent et se multiplient : Qui est
Ion Dieu, demande-t-on à un martyr28? — Paul, dit-on
à un autre, est-il un Dieu20?— Ton évèque en est-il un
aussi 30? — Penses-tu en être un toi-même 31 ? — Qu'est-
ce que la vieéternelle12?— Qu'est-ce que cette lumière33,
cette illumination dont tu me parles? — Qui nommes-
tu Séraphin™'! —Qui est celui que tu dis avoir souf-
fert pour nous 3C? — Qu'entends-tu par les mots sacri-
/icium mundum 3"? — Que signifie Amenai — Où est
le temple de Dieu? Quel est le sacrifice que tu luiollres39?
— Comment peux-tu te dire toi-même son temple10? »
Les païens avaient cependant des moyens a leur por-
— *•' Acta S. Patroeli, 3, dans Acta sanct.. 21 ianv. — "S. Justin.
Dial. cum. Tryph., eevi, P. G., t. vi, col. 509. — « Acta s.
Cassiani, 2, dans Acta sanct., 13 août. — î4 Acta S. Censurim.
Cyriaci, 16, dans Acta sanct., 5 sept. — " Minut. Félix, Octar..
xu, P. L., t. m, col. 281; Ado, Martyrol., 29 mai. — s» Acta s.
Tatiani Dulsc, 10, dans Acta sanct., 15juin. — J" Ibid., cl. Ori-
gène, Contr. Cels., 1. VIII, p. 385; Passio S. Pionii, 9; Acta
S. Tarachi, 1, dans Ruinart, toc. cit., éd. 1715, p. 144, 424;
S. Basile, Homilia adversus eos qui par calumniam dicuut
dici a nobis Devs très, P. G., t. xxxi, col. 1487. — " Eusèbc,
Hist. ecct., 1. V, c. i, P. G., t. xx, col. 408. — '-"Acta S. Victoris
et Connue. 5, dans .leln sanct-, 14 mai; Martyre ,lc S. Mucaire
d'Antioche, dans Actes des martyrs d'Egypte par H. Hyvernat,
p. 62. ( .1. Met. de V Ecole /-■. de Home, 1886, p. 329. — 30 Acta S.
FructUOSi, 2, dans Ruinart, Acta sincera, 1089. p. 221. Cl. Seriuo
i CLXXUI, /'• L., t. xxviu, col. 1249; Minut. Félix, Octa»., ix.
P. L.. t. in, col. 270; Tertullien, De pœnitaiiu. c. ix. /'. /... t. i.
col. 1354; Epist. Eccl. Smyrrxensis de martyrio Polycarpi, xn.
/'. (;.. t. v. col. 1037: Martyrium S.Phocm, 'i. dans Acfu sanct-,
l'i juill. — " llistoria S. l.uei.T, 5, dans Surius, 13 déc. —«Acta
S, Irensei et MusHohe, 2, dans Arta sanct., 3 juill. — M Ibid..
5; Passai SS. quatuor coronatorum, toc. cit., p. 335. — MDa
Rossi, Borna sotterranea, t. in, p. 205. — " Acta disput. S.
\,hutii, 1, dausBuinarl. Acta suie. éd. 1715, p. 153. — M Passio
s. Firmi et Rustici, dans S. Mallei, Istoria diplomatica, in-i\
Mantoue, 1727, p. 804. — " Acta S. Gctulii, 6, dans Acta sanct .
10 juin. Cette formule se retrouve sur un autel antique marqué
du monogramme du Christ, découvert dans, les raines d"El-Guii;
adferte dom | mvndvm sa, eniKie.ivM ; de Bosredon, dans les
Notices et > ;> la Société archéologique de Constan-
Hiic. t. xix, p. 8. — nMartyr. S. Anastasim, 28, dans Surius,
26 déc. — 30 Passio SS. Serapix et Sabmm 4, d.m~
sanct., 29 août. — *• Hiid. Cf. Le Blant, Inscr. ehrét. de la
Gaule, in-4-, Paris, 18.">G-1806. t. il. p. 323, S93; le même, U
christianisme aux yeu c des païens, dans les Mélanges de
l'École /;•. de Peu,,-', 1887, p. 200 sq,
805
ACCUSATIONS CONTRE LES CHRETIENS
306
tée s'il? eussent voulu s'éclairer, car, nous l'avons dit, les
Livres saints ne leur étaient pas inabordables '. Il faut
reconnaître cependant que les tiraillements qui existaient
alors expliquent assez comment ces livres mêmes prolon-
geaient l'équivoque, entre des sectes qui toutes s'en récla-
maient : juifs 2, valentiniens 3, chrétiens, et dévots de
Sérapis4. Quoi qu'il en soit, leur connaissance sommaire
des Écritures et des autres livres les conduisait aux plus
étranges imaginations; tout dans le christianisme leur
paraissait plaisant. « On riait de la création», de l'arche
deNoé, de la colombe messagère 6, de l'histoire du pro-
phète Jonas7; on riait du dieu à tète d'âne adoré, disait-
on, par les chrétiens, et dont les désœuvrés charbon-
naient sur les murs une image grotesque8; ou riait des
lidèles9, de leur nom 10, de leurs souffrances "; la foule
qui les insultait dans le prétoire12, à l'heure même de
la mort l3, s'égayait à contempler leurs supplices. Un
martyr, jeté dans le cirque, est blessé par un léopard et
inondé de sang : Salvutn lotum ! « Que le bain le profite ! »
lui crie le peuple, répétant le mot dont on se saluait
dans les thermes '*.
« On raillait les chrétiens sur leur foi en une vie glo-
rieuse ls, sur l'espoir de la récompense céleste que la
flagellation devait leur mériter16, sur la iolie d'attendre
une couronne, alors que leur tête serait tombée '". Comme
au jour où saint Paul avait enseigné dans l'Aréopage, on
parlait avec dérision du jugement dernier18, de la ré-
surrection future1'1, multipliant à cet endroit les inter-
rogations bizarres et captieuses : Les enfants non venus
à terme renaîtront-ils comme les autres? Sera-t-on tous
de même taille, tous également maigres ou corpulents?
Reviendra-t-on pour la vie éternelle avec ses imperfec-
tions physiques, ses cicatrices, comme le Christ sorti du
tombeau avec les marques de ses plaies? A qui appar-
tiendra la chair d'un homme qu'un autre homme affamé
aura mangé? Retrouverons-nous tous nos cheveux, en
accomplissement de cette parole : Capillus capilis vesiri
non peribit 2Û? »
Nous avons déjà dit comment la terminologie mys-
tique employée par les chrétiens déconcertait leurs en-
nemis et prêtait le liane, pour des hommes prévenus,
à une accusation de lolie. Un homme tout sillonné de
blessures, ruisselant de sueur et de sang, dit au juge
« qu'une armure le rend invulnérable21 », une vierge
parle de son époux céleste 22.
On pourrait multiplier ces observations; elles n'ajoute-
raient rien à la démonstration qui précède et qui nous
parait suffisante pour notre objet.
Citons en terminant les titres et en-têles de chapitres
d'un livre iort rare et à peu près inconnu aujourd'hui,
où lut abordé pour la première fois avec une grande
érudition le sujet traité dans cette dissertation, et qui la
complétera :
'Théophile, Ail Autoycum, i, 14, P. G., t. vi, col. 1044: Ter-
tullien, Apoloy., xxxi, P. L., t. i, col. 507; S. Ambroise, De vir-
ginibus, I. II, 31, P. L., t. xvi, col. 227. At etiam audieram et
non crediderarn, quud aquam Christus in vin uni convertit, dit
un païen dans la Passio S. Diilymi, 5, dans Ruinait, Acta sine,
éd. 1715, p. 399; Passio S. Tlwodoriti, 2: Velnvnc l'une Deos et
fac ijux ab imperatare sunt jussa, quia scriptum est tibi :
Cor Régis in maint Dei. Prov., xxi, 1. — s Tertullien, Apolog.,
xvi, P. L., t. i, col. 420. etc.; E. Le Blanl, Inscr. chret. de la
Gaule, n. 021 a. — "Origène, Contr. Ccls., 1. VI, P. G., t. XI,
col. 1345 sep — *Vopiscns, Saturnin., vin. — " Oiïgène, Contr.
Cris., 1. VI, éd. Cantabr., p. 317, P. G., t. xi, col. 1373. —
» Ibid., 1. IV, c. xlii, P. G., t. xi, col. 1097. — ' S. Augustin,
Lynst.. eu, Ad Deogratias, 30, P. L., t. xxxin, col. 382; De
eieit. Dei, i, 14, JP. L., t. XLI, col. 28. — «Tertullien, Apolog.,
xrvn, P. L., t. i, col. 581 ; R. Garrucci, Il crocifisso graf'fito in
casa dei Cesari, in-8% Roma, 1857. Cl. Monutn. eccl. liturgica,
t. i, n. 3520. Voy. au mot Croix. — 6 Eusèbe, Hist. eccl., V, i,
P. G., t. xx, col. 407; Tertullien, Apolog., xvm, P. L., t. i, col.
434; xlix, P. L., t. i, col. 596; Ad nat., i, 19, P. L., t. i, col. 656;
De testim. anim., i, P. L., t. I, col. 681; Origène, Exliort. ad
mort., xi, P. G., t. xi, col. 577; Passio S. Pionii. 6, 10. —
Christiani Kortholli S. Theol. D. académie kilonien-
sis, dum viveret, pro-cancellarii, et prolessoris primarii.
Paganus oblrectator sire De calumniis gentilium in
relevés chrislianos libri 1res. Kiloni, MDCxcvin, in-8°,
16 p. non chillrées + 720 p.
Lib. 1. De origine et nalura chrislianisnxï ex impia
cavillantmm et ethnicorum senlentia.
C. i. De christiana? religionis novitate a paganis objecta,
p. 1.
C. ir. De doctrina christiana ex poetaruin lacunis scilis-
que philosophorum hausta, p. 13.
C. m. De christianismo ex judaismo prognato, p. 55.
C. IV. De religione christiana ex judaica pariter et gen-
tili conllata, p. 64.
C. v. De odiosis apud gentiles novis peregrinisq. sacris,
p. 67.
C. vi. De ha?relicorum portentosis dogmatibus, impi-
isque facinoribus, sinceris Christi cultoribus impu-
tatis, p. 92.
C. vu. De sectarum apud christianos diversitate, p. 105.
C. vin. De doctrina christiana reipubl. statui nequaquam
conveniente, p. 111 .
C. ix. De christiana? fîdei incertitudine et vanitate, ex
mente paganorum, p. 122.
C. x. De credulitate christianis vitio data, p. 131.
C. xi. De stoliditate, stupiditate, et àTratocum'ï, lidelibus
objecta, p. 157.
C. xn. De barbaro, sordido, incultoque christianorum
doctorum stylo, p. 194.
C. xin. De sibyllistis, p. 232.
C. xiv. De ficto per calumniam oraculo, quod chrislia-
nismi interitum prrenunciaverit, p. 237.
Liber 11. De cullu velerum chrislianorum publico
gentium maledicenlia suggillato.
C. I. De onolatria christianis afficta, p. 255.
C. il. De uranolatria perperain christianis attributa,
p. 273.
C. m. De heliolatria, p. 287.
C. iv. De œdoiolatria, p. 318.
C. V. De serapidolatria, p. 323.
C. VI. De staurolalria, p. 329.
C. vu. De christolatria, p. 341.
C. vin. De martyrolatria, p. 366.
C. ix. De sacris christianorum arcanis et clandestinis,
p. 378.
C. x. De atheismo, christianis a gentilibus objecto,
p. 405.
Liber 111. De vita et moribus priscorum christiano-
rum maliliose a gentilibus exagitalis.
C. I. De vocatione improborum ad christianismum,
p. 443.
C. il. De quorumdam christianorum vitiis toti ecclesiae
ipsique christianismo imputatis, p. 457.
10 Théophile, Ad Autoiycum, 1, 12, P. G., t. VI, col. 1041. — » Eu-
sèbe, Hist. eccl., VIII, n, P. G., t. xx, col. 744; Arnobe, Adv.
gentes, 1. II, c. vin, P. L., t. v, col. 822. Cf. Acta S. Dorothex, 11,
dans Acta sanctorum, 6 févr. ; Ado, Martyrologiwn, 29 mai. —
'-Passio S. Genesii, 2, dans Ruinait, Actasincera, in-4°, Parisiis,
1089, p. 284. — <3 Acta S. Sisinnii, 4; Acta alia S. Sisinnii,
4, dans Acta sanct., 29 mai; Epist., n, S. Vigilii, 8 (ibid.),
et P. L., t. xiii, col. 556. — " Passio S. Perpétuée et Felicitatis,
21. Cf. Julius Pollux, Interpretamenta, dans Notices et extraits
des mss., t. XXIII, 2" part., p. 322; Corp. inscr. lat., t. v, n. 4500
(Brixise). Cf. Mss. 306 de Montpellier (IX' siècle), Haupt y relève
ce souhait au sortir du bain : x«)..ï; IXoJerou (c.-à-d. &oû«u) xlpu. —
15 Acta S. Sergii, 3, dans Acta sanct., 24 févr. — ,e Acta S. Ta-
tiani Dulx, 3, dans Acta sanct., 15 juin. — '''Acta S. Adriani,
3, dans Acta sanct., 8 sept. — "* Tertullien, Apolog., xi.vn,
P. L., t. I, col. 681. — <» Arnob., Adv. gent., 1. II, c. xm, P. L.,
t. v, col. 829; Acta S. Cassiani, 2, dans Acta sanct-, 13 août;
Acta S. Tatiani Dul.T,11, dans Acta sanct-, 15 juin. C.t. Act.,
5. Phileœ, l.dans Ruinart, p. 493. — ,0S- Augustin, De civ. Dei,
xxil, 12, P. L., t. xli, col. 775. — !l Acta S. Tarachi, 1, dans
Ruinart, Acta sine, p. 436. — " Vi'Ia S. Bunosx, i, dans Acta
sanct-, 15 juill.
307
ACCUSATIONS CONTRE LES CHRÉTIENS
A CE M ETES
303
C. m. De impostura christianis objecta, p. 4G3.
C. iv. Do m agi a Christo hujusque cultoribus expro-
brata, p. 474.
C. v. De conventibus christianorum claneulariis et
nocturnis. p. 487.
C. vi. De factionibus et conspirationibu6 christianis
objici solitis, p. 518.
C. vu. De lsesœ majestatis crimine christianis objeeto,
p. 525.
C vin. De odio generis humani christianis exprobrato,
p. 531.
C. îx. De Thyesteis epulis et Œdipodes concubitu, p. 544.
C. x. De obstinationis crimine christianis impacto, p. 606.
C. xi. De inanis glorioc afiéctatione christianis afficta,
p. 627.
C. xii. De christianorum ÔLyg^n-ia, p. 639.
C. xin. De artibus christianorum sordidis, p. 649.
C. xiv. De misera christianorum a paganis exagitata
sorte, p. 654.
C. xv. De malis et calamitatibus publicis christianismo
imputatis, p. 664.
C. xvi. De notis et insignibus christianorum occultis,
p. 693.
C. xvn. Debiothanatorum, semaxiorumsarmentitiorum,
similibusque per ludibrium christianis impositis ap-
pellationibus, p. 701.
C. xvill. De inviso ipsomet christianorum nomine,
p. 711-720.
H. Leclercq.
ACÉMÈTES. — I. Vie de saint Alexandre. II. Prin-
cipes monastiques d'Alexandre. III. Doxologie perpé-
tuelle. IV. Monastère des acémètes. V. Histoire des
acémètes. VI. Bibliographie.
I. Vie de saint Alexandre. — Les acémètes ont eu
pour fondateur l'archimandrite Alexandre. Alexandre,
originaire d'Asie, vécut ses premières années dans les
îles de l'Archipel et suivit le cours de grammaire à
Constantinople. Il était encore dans la capitale, servant
sous le préfet de la ville ou celui du prétoire, lorsque
des lectures multipliées de l'Évangile l'amenèrent à
quitter le monde et à se retirer en Syrie. C'était vers
380, pense Tillemont1.
Cénobite au couvent de l'archimandrite Élie pendant
quatre ans, anachorète au désert pendant sept ans,
Alexandre se transforma tout à coup en missionnaire et
parcourut la Mésopotamie en tous sens2. D'après son bio-
graphe, mal renseigné ou trop panégyriste, c'est à lui seul
que serait due la conversion du lameux Raboulas d'E-
desse '■'. En Syrie, de longues années durant, l'apôtre rede-
vint cénobite, ou plutôt il devint père de moines et législa-
teur monastique : le couvent de sa façon qu'il établit sur
la rive droite de l'Euphrale finit par réunir 400 religieux.
De ces religieux, Alexandre un jour choisit les plus vail-
lants, 70 d'abord, puis 150, et laissant les autres dans le
monastère, sous la direction de son disciple Trophime,
il inaugura une seconde campagne d'apostolat à travers
la Mésopotamie. Le principal théâtre en fut la région
Irontière. De là, par la voie de Palmyre, Alexandre se
rabattit sur Antioche. 11 avait déjà paru dans la métro-
pole de l'Orient des 404, ou peu après, pour y combattre
l'intrusion de Porphyre. C'était, cette fois, Théodote qui
y occupait le siège patriarcal, mais le missionnaire ne
devait rien gagner au change. Réformateur indiscret,
censeur intempestif, il eut vite fait de se mettre à dos
toutes les autorités civiles et religieuses. D'où pour lui
mille vexations. A la fin, las de se cacher pour faire le
1 Mémoires, t. xii, p. 492, 682. — - Vita S. Alexandri,
n. 3-7, i>. 303. — > Ibid., n. 8-22, p. 303-305. — * IbuL, n. 23-43,
p. 303-309. — 5 Ibid., n. 43, p. 309; Agapios Landes, 'bi^m,
p. 126, ou K. Doukakis, Ms'yc,; Suva-apioT»,; de décembre, p. 012.
— « Op. cit., p. 497, 082 — ' Vita S. Alex., n. 48-51, p. 310; Cal-
Iinique, De vita sancti Hypatii liber, Leipzig, 1895, j>. 82-84;
J. Pargoire, Les débuts ilu monachismeà Constantinople, p. 70-
bien, il prit 24 moines et partit avec eux pour la capitale
de l'empire*.
A Constantinople, Alexandre organisa tout de suite un
couvent selon ses vues, près de l'église Saint-Ménas5.
Ici encore, malheureusement, les difficultés ne tardèrent
point à surgir. Les gens d'église lui soupçonnaient des
attaches doctrinales avec l'hérésie messalienne; les gens
du cloître lui reprochaient de vider leurs couvents au
profit du sien propre; les gens du monde lui trouvaient
trop de zèle à reprendre leur conduite : ils se liguèrent
pour sa perte et. n'eurent pas de peine à obtenir une
sentence contre lui. D'après la chronologie la plus vrai-
semblable, celle qu'a dressée Tillemont B, ce dut être en
426 ou 427, peu après la lettre que Théodote d'Antioche
et les autres prélats réunis autour de Sisinnios écrivirent
de Constantinople à l'Église de Pampbylie contre les
mossaliens. Non contentes d'avoir condamné l'archiman-
drite, les autorités lui enjoignirent bientôt de retourner
en Syrie avec ceux qu'il en avait amenés. Quant à ses
recrues récentes, ordre leur fut donné de réintégrer leurs
couvents respectifs. Alexandre partit, suivi de tous ses
disciples. Une heure à l'est de Chalcédoine, s'étant arrêté
à l'église des Saints-Pierre-et-Paul de Rulin, il y fut battu
et grièvement blessé par la populace que l'évoque Eulalios
avait déebainée contre lui. Saint Ilypace, l'bigoumene
du couvent rulinianais, s'empressa de le recueillir en
dépit de toutes les colères épiscopales, et bientôt l'inter-
vention d'Eudoxie ou de sainte Pnlcbérie, alors en rési-
dence à la villa impériale de Rufinianes, permit au pauvre
banni de respirer quelques jours dans le monastère hos-
pitalier'1. Une fois guéri, Alexandre n'eut plus, sans
doute encore par le fait de celte auguste intervention,
à poursuivre sa route vers l'Orient. H ne rentra pis de
nouveau dans les murs de Constantinople, mais il put
s'établir à Gomon, au coin nord-ouest de la Bithynie, sur
le point de la côte où le Bosphore et la mer Noire >e
donnent la main8. C'est là que la mort vint terminer sa
carrière quelque temps après, vers -430. Il s'était alors
écoulé juste un demi-siècle depuis l'époque de ses dé-
buts monastiques sous l'archimandrite Elie.
Maintenant, Alexandre est-il un saint reconnu par
l'Église'.' Tillemont ne le pense pas1*, et peu s'en faut
qu'il ne gourmande fort Bollandus de l'avoir admis, l'au-
réoleau front, dans sa grande collection hagiographique.
Cependant, Alexandre a sa vie écrite sous forme de vie
de saint, et ce fait, quel que soit le peu de valeur intrin-
sèque de la biographie, prouve bien que l'on reconnaissait
à notre archimandrite, au moins dans un certain milieu,
tous les caractères de la sainteté. Ajoute/ que ses re
au témoignage de l'auteur, furent toujours traitée en
reliques : on les transféra comme telles, religieuse!
le jour où la communauté de Gomon se déplaça, et par-
tout, au premier endroit comme au second, les miracles
éclatèrent"1. De son côté, le biographe de saint Marcel
parle d'Alexandre avec les plus grands éloges11, et de
même Callinique, l'historien de saint Hypaee1-. Mêmes
éloges aussi dans le synaxa ire officiel que l'Eglise grecque
lit, le 29 décembre, en l'honneur de saint Marcel. Au
surplus, Tillemont est allé trop loin en disant de notre
archimandrite que « son nom ne se trouve nulle part,
ni dans les martyrologes des Latins, ni mesme dan- les
menologes des Grecs ■ . Pour les martyrologes latins, il
a raison; pour les ménologcs grecs actuels, il a raison
aussi; mais on peul citer plusieurs documents litur-
giques slaves qui donnent le n d'Alexandre soil à la
date du 23 février, soil à celle i\u 3 juillet ,;!. Bollandus
71 ; Les premiers évêques de Chalcédoine, dans les ' 9
d'Orient, t. iv, p. 105 100; Rufinianes. dans la Byzantin*
Zeitschrift, t. vin, p. k50. ■ \ ita s Mi c . n. 51, 52. p. 310;
Vita sancti Mtireelli, n. 'i. COl. 709 'Op. Cit., p. 491. —
"< Vita S. Alex., n. 53, p. 310, 311. " Vita S. MarceUi, n. 'i.
col. 709. — <*Op. et toc. cit. - lsSerge, Calendrier complet
de l'Orient, en russe, Mosi u, 1870, U n, p. ïs, 178,
300
ACÉMÈTES
310
n'est donc point à blâmer outre mesure pour l'avoir inséré
dans ses Acla sanctorum. Seulement, il aurait dû lui
donner une place moins arbitraire que le 15 janvier,
car aucune partie du monde chrétien n'a jamais honoré
Alexandre ce jour-là, surtout pas l'Occident quoique
le P. Martinov semble le prétendre '. Ceci dit, il con-
vient d'ajouter que le culte attesté par les documents
slaves, public et réel, si l'on veut, mais local et res-
treint, n'offre point toutes les garanties d'une canoni-
sation solennelle. Et il nous faut, en outre, reconnaître
que l'Église, en observant dans son ensemble une si
Iroide réserve à l'égard d'Alexandre, ne se trouve que
trop justifiée par la conduite de cet homme en qui tout
obéissait à des principes nettement exagérés.
II. Principes monastiques d'Alexandre. — Une seule
règle, au fond, commande toute la vie d'Alexandre, c'est
la Bible et surtout l'Évangile. Le biographe anonyme a
soin de nous en avertir : il sème son écrit d'allusions
bibliques, il met sans cesse quelque phrase des Livres
saints sur les lèvres de son héros, il déclare même très
expressément que celui-ci façonne toute sa conduite
« sur la norme des Écritures divines 2 », et qu'il veille à
s'y conformer « jusqu'au dernier point a ». Avoir l'Écri-
ture sainte pour règle, rien de mieux en soi, rien de
plus sage. Par malheur, Alexandre ne veut entendre
l'Écriture que dans le sens le plus étroit. Il ne l'explique
jamais. Quand, avec cette exégèse qui prend tout au pied
de la lettre, deux ou plusieurs textes viennent à se con-
tredire, et la chose arrive souvent, il affecte de n'en
connaître qu'un. Le texte scripturaire à suivre une fois
arrêté, il en poursuit l'application jusqu'au bout, sans
discernement. De là, malgré l'excellence de la règle di-
vine qu'il s'est donnée, ce je ne sais quoi de peu réglé
qui marque tous ses actes, ce manque absolu de mesure
et de discrétion qui caractérise tout son apostolat. Ren-
verser le principal temple des idoles dans une ville encore
toute païenne *, entrer en guerre avec les deux pa-
triarches Porphyre et Théodote 3, s'attaquer au gouver-
neur d'Anlioche G, censurer les plus hauts personnages
de Constantinople 7, ce sont là choses d'un mission-
naire au zèle imprudent et exagéré. Et les textes qu'il
a toujours à la bouche dans les circonstances graves,
s'ils donnent la ciel de sa manière de faire, ne la jus-
tifient pas.
Seule règle de sa conduite privée et de son apostolat
public, la Bible étroitement entendue doit seule aussi
commander au genre de vie que notre moine essaie
d'introduire dans le monachisme. Un jour, après les
quatre premières années passées au couvent, il prend
un exemplaire de l'Évangile et se présente à l'archi-
mandrite Élie : « Père, lui dit-il, tout ce qui est écrit dans
ce livre est-il vrai? » L'archimandrite, croyant à une
tentation de doute, lait mettre la communauté en prière,
puis, après deux heures de supplications, il s'approche
avec tous les frères pour tenter de ramener la foi dans
l'âme d'Alexandre. Celui-ci aussitôt de s'écrier une se-
conde fois : « Ce que l'Évangile contient est-il vrai? »
Tout le monde lui répond énergiquement par l'affirma-
tive. « Mais alors, conclut-il, pourquoi ne le pratiquons-
nous pas?» Cela dit, il quitte le monastère, son évangile
en main, et va dans le désert en exécuter ponctuellement
toutes les prescriptions8. Voilà une petite scène qui en
dit plus que de longues pages. On devine à la lire ce
qu'Alexandre, devenu père de moines, exigera d'eux. Il
leur imposera de pousser la pratique de telle et telle
vertu jusqu'au détriment de telle et telle autre non
moins nécessaire. Dans la question de l'hospitalité, par
exemple, il voudra une largeur qui exclue toute prudence,
et grande sera sa colère comme son scandale lorsque le
* Annus eccles. grmco-slavicus, Bruxelles, 1808, p. 79. — - Vita
S. Alex., n. 5, p. 303. — 'Ibid., a. 28, p. 306. 4 Ibid., n. 7-8,
p. 303. — *lbid., n. 38-40, p. 308. — « Ibid., n. 39, p. 308. — ' Cal-
frère portier de je ne sais quel couvent prétendra devoir
prévenir son higoumène avant d'ouvrir la porte du mo-
nastère à tout venant ,J. Mais ceci n'est qu'un détail. Pris
dans son ensemble, le genre de monachisme rêvé par
Alexandre offre surtout quatre particularités dignes d'at-
tention : une tendance marquée vers l'apostolat, un souci
excessif de la pauvreté, une préoccupation constante de
la prière, une horreur absolue du travail.
Que les moines pussent être des apôtres actifs, ce n'était
pas une chose réglée au début du Ve siècle. On avait déjà
vu, il est vrai, quelques solitaires et quelques cénobites
se lancer individuellement dans l'apostolat, un saint
Aphraate sur l'Oronte, un saint Isaac sur le Bosphore,
mais les couvents étaient encore très loin de passer pour
des écoles de missionnaires. Alexandre, lui, rencontre
dans l'Evangile l'Euntes docete du Maître, et il n'admet
point que l'on puisse ne pas obéir à cet ordre. Aussi le
voyons-nous, tel le Christ désignant les 70disciples, choi-
sir 70 de ses moines, puis un plus grand nombre, et s'en
aller avec eux prêcher. Sa troupe, dans les courses qu'elle
fait à travers la Mésopotamie, reste une communauté
religieuse : elle dépend tout entière et en tout de son
chef, elle respecte strictement la loi de la pauvreté, elle
entretient, autant que possible le cours de la psalmodie,
elle conserve presque toutes les pratiques du monastère.
C'est, peut-on dire, un monastère ambulant et combat-
tant. Milice apostolique, elle a pour drapeau le livre de
la bonne nouvelle et pour clairon le cantique des anges :
son commandant, quand il veut donner le signal du
départ, se contente d'élever l'évangile et de dire : A6Ex
àv û<|/['(rroiç fe)ï<i), xal ïiù yr,; ElpTJvr,, iv àvQpÛTto'.; eùëoxlac ' -'.
Et, chemin faisant, ces prêcheurs s'appliquent aux œuvres
d'intérêt social : leur séjour dans les mursd'Anlioche est
marqué par la fondation d'un hospice.
Au couvent de l'archimandrite Elie, comme dans tous
les couvents bien ordonnés, les supérieurs veillaient à
l'entretien de leurs religieux, et ceux-ci étaient assurés
du nécessaire. Alexandre, novice en cet endroit, trouve
un pareil état de choses en désaccord avec les nombreux
passages de l'Évangile qui recommandent le détachement
et la pauvreté. Aussi n'y resle-t-il que quatre ans, juste
le temps d'apprendre les Psaumes par cœur et d'en pé-
nétrer le sens véritable. Quand il devient fondateur, il
donne une seule robe à ses moines et leur fait défense
expresse de garder le soir la moindre provision pour le
lendemain ". Désireux d'exercer à la confiance en Dieu
ceux d'entre eux qu'il a choisis pour l'apostolat, il les
traîne, les mains vides, au plus profond des déserts. Un
jour, au moment où les frères cuisiniers finissent d'ap-
prêter le repas, il prend son évangile, dit son Ao5a èv
•j'I/iutotç, et réduit ainsi tous ses compagnons à partir
affamés, laissant là les marmites pleines1'2.
Dans les monastères de la fin du IVe siècle, et dans celui
de l'archimandrite Élie naturellement, la psalmodie, tout
en occupant une bonne partie des vingt-quatre heures,
cessait d'une manière complète à certains moments du
jour et de la nuit. Ce n'est point là, se dit Alexandre,
observer Yopovlet semper orareet non deficere • :î . Mais
comment l'observer, vraiment? L'homme peut-il passer
toute la journée, absolument toute, à psalmodier? Alexan-
dre, impuissant à changer la nature humaine, ne va
point jusque-là, mais, ce qu'il ne saurait imposer à l'in-
dividu, il l'impose à la communauté. Que les moines
quittent le chœur pour aller à table, ou au lit, soit ; mais
que jamais dans le chœur ne se taisent les accents de la
prière publique. Et le réformateur établit parmi ses reli-
gieux un roulement qui assure la perpétuité de la psal-
modie. Là est le point capital de sa règle. Même hors
du couvent, les membres de sa brigade apostolique sont
Unique, op. et loc. cit. — » Vita S. Alex., a. 6, p. 303. — 'Ibid.,
n.37, p. 308. — "> Luc, 11,14.— " VitaS. Alex., n. 84, 36, 39, p.307,
308.— <*- Ibid.,n.5,6, 27. 32,36, p. 303, 30G, 308. — "Luc, xvm.l
îll
ACÉMÈTES
312
tenus de s'y conformer dans une certaine mesure. Le
biographe nous les montre à plusieurs reprises plongés
dans le chant de leurs psaumes. Dés qu'ils ont de quoi
loger, tussent de simples bains en ruines, comme à An-
tioche, ils s'empressent d'y instituer leur chère pratique
de la prière sans lin '.
Si l'esprit de pauvreté parfaite et de pleine confiance
en Dieu exige que l'on ne lasse rien la veille qui puisse
d'une manière ou de l'autre servir aux besoins du len-
demain, le religieux n'a pas le droit de se livrer au tra-
vail. Il n'a pas davantage ce droit, si la loi de la prière
incessante veut qu'il donne à la psalmodie tout le temps
que lui laissent les nécessités corporelles. Dur corollaire
que celui-là, mais Alexandre n'hésite pas une seule mi-
nute à le tirer : il proscrit le travail sous toutes ses
tonnes, absolument. Son biographe, il est vrai, évite de
le dire en propres termes, à cause du milieu et du temps
où il écrivait; mais, outre que nous en sommes instruits
par ailleurs, lui-même nous met assez au courant de la
situation, lorsqu'il nous montre Alexandre interdisant
la culture d'un simple jardin sous prétexte que pareille
occupation constituait un obstacle à la vertu parfaite2.
Tels sont, basés sur un Évangile étroit, les principes
monastiques d'Alexandre. S'ils trahissaient un zèle peu
éclairé, ils étaient gros d'innovations pour l'époque. A ce
titre et à cause aussi de leur outrance, ils devaient se
heurter aux tenants du monachisme traditionnel et sage.
Nul ne comprenait dans ce monachisme que le moine
put rester moine en se passant du travail manuel. Au
Sinaï, placé devant un sujet à qui le besoin de prier sans
cesse rendait tout labeur impossible, l'abbé Silvain le
i, lisait enfermer dans une cellule nue et le laissait là sans
nourriture aucune, estimant, disait sa douce ironie,
qu'un homme si spirituel n'avait certainement pas le
temps de manger3. Au Sinai encore, saint Nil ne voyait
dans les théories d'Alexandre qu'une porte ouverte à la
paresse et au mal : « Ne cachons pas, écrivait-il, notre
répugnance pour le travail sous le prétexte de prier sans
interruption. A des jeunes gens, à des hommes dans la
force de l'âge, il faut des fatigues qui les matent, des
labeurs pénibles qui les domptent : leur supprimer toute
besogne, c'est lâcher la bride à leurs passions et leur
donner le loisir de se livrer à des pensées étrangères.
Un beau jour, avec ce régime, leur prétendue prière s'en-
vole au vent et tout est perdu*. » Ainsi pensaient les
Sinaïtes, et tout le monde pensait comme eux. Partout,
l'on accusait l'archimandrite novateur d'avoir par trop
puisé aux sources messaliennes; on faisait couramment
de lui un euchite; on le considérait même comme un
des chefs de l'hérésie. Pour saint Nil, du moins, si le
premier des messaliens était Adelphe de Mésopotamie,
le second était bien notre Alexandre. De là, cette défiance,
cette hostilité, ce mouvement d'universelle réprobation
qui s'éleva dans l'Orient contre le nouveau système mo-
nastique. Et comment résister à cette désapprobation
générale'? L'archimandrite disparu, ses disciples n'y
tinrent pas. Peu à peu. atténuant les singularités de leur
observance première, ils en revinrent, presque pour tout,
aux formes communes, el du monachisme de leur père
une seule institution resta, celle tle la doxologie inin-
terrompue.
111. Doxologie perpétuelle. — Dans l'histoire de
l'office divin, l'initiative d'Alexandre constitue un épisode
important, et la manière toute spéciale dont il organisa
la prière publique mérite que l'on s'y arrête pour en
étudier, sinon les détails, du moins les grandes lignes.
Aujourd'hui, dans les monastères grecs, le soin de
chanter les louanges de Dieu est réservé à quelques frères
seuls, dix ou douze pour cent au mont Athos, et ces
1 Vita S. Alex:, n. 29, 30, 32,88, p. 306-308. — * Vita S. Aie s .
11.42, p. 309. — *Apo))htltO!i-in<itt< Patrum, dans .1. -H. Cotelier,
Ecclesix grxcx monwnenta, t. i, p. 080, 081. — ' De volun-
frères, qui forment la classe des psallrs ou chantres,
sont toujours les mêmes, tous les jours de l'année, pen-
dant des années entières, parlois toute leur vie, à ouvrir
la bouche au chœur devant le reste de la communauté
silencieuse et muette. On croira sans peine qu'une pa-
reille laçon de faire ne découle ni du typikon, ni du céré-
monial d'Alexandre. Chez lui, évidemment, les chœurs
sont plus lournis et tous les moines prennent une part
active aux offices 5.
De quel personnel dispose-t-il? Au point de vue du
nombre, ses fondations se présentent à nous comme des
groupes monastiques très considérables. Le biographe
anonyme nous parle de 400 religieux pour le monastère
euphratésien et de 300 pour le monastère constantinopo-
litain0. L'hagiographe Callinique, il est vrai, ne donne
qu'une centaine de compagnons à l'archimandrite vers
426 ou 427 7, mais c'est encore là une communauté res-
pectable. Au point de vue de la race, nous rencontrons
auprès d'Alexandre des Latins, des Grecs, des Syriens
et des Égyptiens dans le premier couvent, des Latins,
des Grecs et des Syriens dans le second. Ces divers
éléments vivent cote à cote, mais ne fusionnent point
tout à fait, car ils ont chacun leur parler distinct.
Alexandre, qui se considère volontiers comme un nu-
veau Jacob, compare leurs quatre langues aux quatre
femmes du patriarche, Lia, Rachel, Bala, Zelpha, et il
se glorifie des fils spirituels que chacune d'elles lui
donne. Pour maintenir plus facilement la discipline et
rattacher plus étroitement la communauté à son chet,
chaque dizaine de frères est sous la surveillance d'un
dékarque ou décurion et chaque groupe de cinq dizaines
sous celle d'un penlékontarque ou cinquantenier8.
Maintenant, avec ce personnel, comment l'archiman-
drite règle-t-il la marche de sa doxologie ininterrompue ?
Disons tout de suite qu'il n'arrive pas à l'établissement de
la prière perpétuelle dès le premier jour, qu'il passe, au
contraire, par force tâtonnements et qu'il multiplie les
essais. Néanmoins, au début comme à la fin, c'est tou-
jours la différence du parler qu'il met, comme de juste,
à la base de la distribution des chœurs : sur l'Euphrate,
les quatre langues en forment huit; à Constantinople,
les trois langues en forment six. Ces chœurs, une lois
la doxologie perpétuelle instituée, se relèvent l'un
l'autre de manière à ne point laisser la psalmodie chô-
mer un seul instant. La communauté entretient-elle si-
multanément autant de doxologies que le monastère
compte de langues, ou se contente-t-elle d'entretenir une
doxologie unique obtenue par la succession combinée des
différentes langues, nous ne le trouvons indiqué nulle
part. Dans le premier cas, c'est douze heures que chaque
moine consacrerait quotidiennement à l'office; dans le
second, c'est trois heures, quand le couvent compte huit
équipes, et quatre heures, quand il en compte six. Trois
heures seulement sur vingt-quatre pour des hommes
qui n'ont aucune autre occupation et qui prétendent se
distinguer par la longueur de leurs prières, qui sont
les disciples d'Alexandre l'exagéré, la belle affaire vrai-
ment! Aussi, pencherais-je volontiers pour la première
hypothèse, au moins en ce qui regarde les débuts, car. le
fondateur mort, on ne dut point manquer, en retouchant
sa règle, de la mitiger aussi sur ce point pour la rendre
viable et pratique. Notons, en tout état de cause, que le
partage d'une communauté en deux ou plusieurs groupes
ethniques officiant chacun à part simultanément n'est
point chose inouïe dans les fastes du monachisme orien-
tal. Il suffi!» de Citer Comme exemple ancien le couvent
de saint Théodose ou la lame de saint Sabbas et comme
exemple moderne le monastère de Roussiko au mont
Athos. A '^aint-Théodose, les Grecs, les liesses et les Ar-
taria pauvertate, xxi, V. G., t. i.xxix. roi. '.hit. — 5Oj>. et ?<•••.
cit. - " Vita S. Alex., a. 27, \:'.. p. 306, 009. — '■ Op. cit.,
p. 62. — » Vita 6'. Alex., a. 26. 27 43, p. 306, 309.
313
ACEMÈTES
314
méniens chantaient les heures dans leurs trois langues
en des sanctuaires dilïérents '. A Saint-Sabbas, les Grecs
et les Arméniens occupaient deux églises distinctes, les
uns l'église théoctiste, aujourd'hui de Saint-Nicolas,- les
autres, l'église de la Vierge, aujourd'hui de l'Annoncia-
tion-. A Roussiko, nous constations naguère noiis-mèmc,
quelque 1200 Russes suivent les offices en slave dans
l'église de la Sainte-Vierge, tandis que les derniers repré--
sentants de l'hellénisme les suivent en grec dans l'église
Saint-Pantéléimon.
Si nous ne savons au juste comment chez Alexandre
s'organise la succession des. chœurs, nous ne savons pas
davantage d'une manière formelle et précise combien de
fois par jour chacun de ces chœurs voit venir son tour
de chanter, ni même de quelles parties distinctes se
compose leur office du vjyOr,tj.ôpov. A vrai dire, le bio-
graphe prétend nous renseigner sur ce dernier point,
mais ses données, autant qu'on peut en juger par la
traduction latine où nous les trouvons, n'ont rien de
très clair. Voici du moins, si je ne me trompe pas, ce
qu'il semble permis d'en tirer. Au début. Alexandre
connaît seulement quatre heures : tierce, sexte, noue el
le nocturne. Plus tard, s'attachant au sep lies in die
laudem dixi libi du Psalmiste3, il porte le nombre des
heures à quatorze, de manière à en avoir sept pour le
jour et sept pour la nuit. Après sept ans de ce régime,
arrive la doxologie ininterrompue, laquelle entraine
l'institution de vingt-quatre ministeria correspondant
aux vingt-quatre heures du vvyJtil\i.zpov . Alexandre, en
mémoire des douze fils de Jacob, a glissé dès le commen-
cement douze leçons scripturaires parmi les psaumes de
l'office; il conserve ces douze leçons lorsqu'il réforme
son office en vue de la psalmodie perpétuelle. Au même
moment, préoccupé du septuagies septies de l'Evangile 4,
il ajoute deux usages secondaires : ses moines devront
fléchir les genoux 490 fois par jour et chanter autant de
lois le AôEa âv ûtyt'orotç. Malheureusement, la répartition
de ces deux pratiques accessoires nous échappe. Quant
à l'oflice en lui-même, le grand nombre de ses parties
prouve bien que chaque moine ne le dit pas tout entier.
Quel homme fait de chair et d'os pourrait couper son
vjyJiTi[i.Ëprjv en vingt-quatre ou même simplement en qua-
torze fractions égales et se trouver en état de chanter
ainsi, à intervalles réguliers, vingt-quatre ou même sim-
plement quatorze heures distinctes? Donc, chez Alexandre,
l'office est un tout obligatoire, non pour l'individu, mais
pour le groupe ethnique. Chaque groupe ethnique se
divisant en deux chœurs, chacun de ces deux chœurs
ne dit qu'une moitié de l'office complet. Sous le régime
■de la doxologie perpétuelle, alors que tout chœur four-
nit quotidiennement douze heures de psalmodie, le
vjyOrl|j.£pov est sans doute partagé en quarts et les deux
chœurs de chaque langue se relèvent deux fois l'un
l'autre : chacun d'eux reste à l'église six heures de suite,
niais six heures le jour et six autres heures la nuit.
Telles sont, du moins, les conclusions les plus vraisem-
blables qui paraissent pouvoir se dégager des vagues ren-
seignements du biographe5.
Ce n'est pas, on le voit, auprès d'Alexandre que notre
office liturgique a trouvé l'organisation définitive des
sept heures qui le composent aujourd'hui. « Le biographe
d'Alexandre, ai-je lu quelque part, lui attribue l'institu-
tion des sept heures canoniques. » Rien n'est moins
vrai. Le biographe dit : Septies interdiu, ac noctu sep-
ties concipiens preces0. Il ne parle point de sept heures
pour le cours diurne et le cours nocturne réunis, mais
hien de sept heures pour celui-ci et de sept heures pour
celui-là, ce qui fait un total de quatorze et ne cadre
1 Théodore de Pétra, Vita S. Thcodosii, dans H. Usener, Der
heilige Theodosios, Leipzig, 1890, p. 45. — s Cyrille de Scytho-
polis, Vita S. Sabbx, dans J.-B. Cotelier, Monumenta Ecclesix
yrœcx, t. m, p. 247. — 3Ps. cxvm, 164. — 'Matin., xvm, 12.
point du tout avec le cycle septiforme ordinaire. A plus
forte raison ne faut-il pas dire que l'apparition de la
« psalmodie perpétuelle contribua à fixer les heures et
offices canoniques ». Pour' établir cette psalmodie per-
pétuelle, l'archimandrite ordonna ceci: Quatuor et vi-
ginti ■ministeriis curswn diei ac noctis perficiemus Dca
hymnes accincntcs1 . C'est dire qu'il fit monter le
nombre de ses heures de quatorze à vingt-quatre. Or,
quelle que soit la nature de ces prières que le traducteur
latin appelle ministeria, leur nombre est certain et ce
nombre défend de penser un seul instant aux sept parties
de l'office commun. Et, somme toute, s'il est au monde
une institution liturgique qui apparaisse sur ce point
comme le contre-pied de l'office canonique à sept parties,
c'est bien la doxologie ininterrompue exécutée selon les
règles d'Alexandre. Chez Alexandre, l'organisation de la
psalmodie constitue une exception criante. C'est en des
milieux complètement étrangers à ses pratiques insolites
que l'on saisit pour la première fois le cycle des heures
tel à peu près que nous le possédons encore. La preuve
en est fournie par les témoignages du fameux Cassien,
la phrase de l'hagiographe Callinique et les autres divers
textes qu'un petit travail sur Prime et compiles m'a
autrefois donné l'occasion de réunir8.
Aux antipodes de l'office canonique ordinaire et sans
inlluence d'aucune sorte sur la fixation définitive de ses
différentes parties, le système liturgique d'Alexandre
a-t-il du moins exercé quelque action sur l'établissement
du latis perennis en Occident'? Reaucoup d'auteurs le
supposent. Le laus perennis, un le sait, lut inauguré à
Saint-Maurice d'Agaune en 515 9. Que le roi burgonde
Sigismond, restaurateur du couvent, et les pères du petit
synode tenu alors aient emprunté leur idée de la doxo-
logie perpétuelle à l'Orient, cela se peut. Les relations
directes n'étaient sans doute pas de tous les jours entre
Agaune et Constantinople, mais rien n'empêche la pos-
sibilité de rapports indirects. En 42G, Alexandre avait de
nombreux latins à Saint-Ménas, et peut-être ces Jatins
comptèrent-ils encore des successeurs pendant quelcfue
temps. Dans tous les cas, les higoumènes qui recueil-
lirent la houlette d'Alexandre envoyèrent mainte fois de
leurs religieux à Rome. En laut-il davantage pour que la
pratique orientale se soit trouvée à même d'être connue
en Occident? Il se peut aussi, d'ailleurs, que Sigismond
et ses évêques aient parfaitement ignoré l'œuvre de notre
archimandrite.
IV. Monastère des acémètes. — Cette œuvre prospéra-
t-elle en Syrie après le départ du londateur? Aucun do-
cument n'est là pour nous le dire. Force nous est par
suite d'abandonner au mystérieux silence dont ils s'en-
tourent et le monastère de l'Euphrate établi par Alexandre
en personne et celui de Krîthénium bâti à son insu par
un de ses disciples10.
Du côté de Constantinople, nous sommes beaucoup
mieux renseignés. Vers 430, quand Alexandre mourut,
ce lut un certain Jean qui devint higoumène à sa place.
Jean était un vieillard très sage : le site de Gomon, sau-
vage et lointain, lui parut peu fait pour un monastère
qui entendait exercer quelque influence au dehors. Aussi.
rencontrant un généreux bienfaiteur, s'empressa-t-il
d'abandonner les bords mal famés de la mer Noire et de
transplanter sa communauté tout entière sur la rive asia-
tique du moyen Rosphore, vis-à-vis de la baie de Sosthène,
en un point que les Turcs d'aujourd'hui nomment Tchi-
boukli. Ce lieu s'appelait alors, à cause sans doute de sa
tranquillité, Eîpï)vaîo?. En s'y fixant, les émigrés de Go-
mon allaient en faire un des centres monastiques les
plus célèbres de l'Orient, mais ils allaient aussi lui valoir,
— "Vita S. Alex., n. 26-30, 43, p. 300, 307, 309. — *Ibid.,
n. 28, p. 306. — ' Ibid., n. 30, p. 307. — 8 Revue d'hist. et de littér.
relig., t. m, p. 281-288, 456-467. — 8 Mansi, Amplis, conciliuriim
coll., t. vin, col. 531-538. — '" Vita S. Alex., n. 42, p. 308 309.
3i;
AC1<: M ÊTES
516
et cela des leur arrivée, une dénomination nouvelle1.
C'était une chose curieuse et frappante que la pratique
de la doxologie ininterrompue : à l'observer, la maison
religieuse qui l'introduisait la première en un lieu devait
nécessairement apparaître aux yeux du peuple comme
une réunion d'hommes sur lesquels le sommeil n'avait
aucune prise. Telle fut l'impression produite à Constan-
tinople par les disciples d'Alexandre. De bonne heure,
pour les distinguer des autres cénobites, on se mit à les
appeler moines àxoîjj.7]Tot ou von-dormanls, et ce mot
leur fut si généralement appliqué qu'il devint bientôt
leur nom propre et leur titre officiel. Adjectif, ày.ot(j./-,To;
continua d'être en usage, surtout au sens figuré, dans sa
vieille acception étymologique. Nom commun, àxoî|iï|Tov
servit à désigner les veilleuses ou petites lampes d'église
qui ne doivent jamais s'éteindre. Mais, comme nom
propre, 'Axo(u.i]Tai fut une dénomination strictement
réservée aux fils spirituels de l'archimandrite Alexandre.
Cette dénomination, l'higouméne Jean l'adopta au len-
demain de son installation sur le moyen Bosphore, et le
couvent de l'Irénaeon , le mot Irénaeon tombant dans
l'oubli, n'eut jamais plus d'autre nom que celui de Movï]
tûv 'Axoi|i,f)T(<>v ou monastère des Acémètes'2.
De tous les acémètes, le plus illustre est l'higouméne
saint Marcel, premier successeur de Jean. Marcel four-
nit une longue carrière et vit en communion avec les
plus saints personnages de son temps, à la tête de reli-
gieux désormais acceptés de l'Eglise. Par sa vertu et son
influence, il prend le pas sur les deux premiers direc-
teurs de son institut. Beaucoup, depuis, l'en ont regardé
comme le père. Si le nom de Jean a souffert de l'oubli
au point de se transformer en Jacques dans un synaxaire
des Menées, 29 décembre, le sien, au contraire, s'est
imposé si fort à la mémoire de la postérité que tel auteur
n'a pas craint de lui attribuer toute l'œuvre de ses devan-
ciers3. C'est que, pour dire vrai, la meilleure part lui
revient de cette œuvre. S'il ne l'a point conçue, s'il ne
l'a même pas inaugurée, il est du inoins le premier qui
lui mette au front l'auréole d'une sainteté universelle-
ment reconnue et qui lui vaille de paraître pure de tout
soupçon d'hérésie aux yeux jusque-là mal impressionnés
de l'Église. Alexandre était mort discuté; Jean n'avait pas
eu de temps; Marcel, lui, ne s'éteindra qu'après quarante
ans environ d'higouménat. Rien d'étonnant que sa vertu
tire parti de ces longues années pour faire une insti-
tution pleinement catholique d'une institution à demi
messalienne dans son origine.
D'ailleurs, en rendant acceptable l'œuvre d'Alexandre,
Marcel a grand soin de ne pas sacrifier entièrement son
esprit. Il veut en premier lieu que la famille acémé-
tique reste une famille de religieux apôtres, et, s il ne
conduit pas ses moines înissionner au loin, il leur montre
du moins par son exemple comment l'on s'intéresse uti-
lement au bien de l'Eglise et de l'État. Nous constatons
une lois qu'il a des conférences dogmatiques avec l'évéque
de Chalcédoine *. Il signe, en 448, la condamnation portée
contre l'hérésiarque Eutychès à Constantinople5. En 451,
il ligure parmi les dix-huit prêtres archimandrites de
la capitale et des environs qui adressent une requête à
l'empereur Marcien et qui assistent personnellement à la
session du IVe concile où lecture est donnée de ce do-
cument6. Dès avant l'assemblée de Chalcédoine, son zèle
contre l'hérésie un instant triomphante au brigandage
d'Éphèse lui vaut les éloges les plus Batteurs de la part
du fameux Théodoret deCyr7. Tins tard, le 2 septembre
465, .Marcel arrête l'incendie qui dévore Constantinople.
1 Vita S. Alex., n. 01-53, p. 310; Vïta S. Mavcelli, n. 0, 7,
col. 712; .T. Pargoii'c, Les débuts du nwnacliisme à Constanti-
nople, p. 73. — * Vira S. Alex., n. 51, 53, p. 310; Vita
S. Marc, n. 7, col. 712. — ^ Nicéphore ('.altiste, Hist. Ecct.,
XV, 23, P. G., t. CXLVII, col. OS. — ' Vita S. Marc. n. 27.
col. 732. — 'Mansi, Ampl.coll. concil., t. vi, col. 753. — «Mansi,
op. cit., t. vu, col. 81, 70. — 7 Epist.. i:\i.i et cm. il, dans P. G.,
Il rend un plus grand service à l'empire et à la religion
en luttant contre la puissante famille arienne issue
d'Ardabur le Goth, consul en 427, lamille représentée
par.Aspar, consul en 434, et par ses trois fils, Ardabur
le jeune, consul en 437, Patrice, consul en 459, et Hé-
minéric, consul en 465 : Ardabur le jeune échoue dans
sa tentative à main armée contre le monastère des Acé-
mètes où s'est réfugié l'un de ses esclaves; Patrice, à qui
Léon Ier vient d'octroyer le titre de César et de pro-
mettre sa fille Léontia en mariage, voit tout le peuple,
guidé par Marcel, protester en 469 contre sa luturc
ascension au pouvoir suprême; Aspar, le chef de la
maison, apprend que l'archimandrite annonce la ruine
prochaine de toute sa famille et il ne constate que trop,
dès 471, la vérité de cette prophétie8.
Avec l'esprit d'apostolat, saint Marcel fait aussi effort
pour conserver autant que possible parmi les siens les
autres particularités de la règle d'Alexandre. Ainsi, la
pauvreté est une de ses vertus favorites. Héritier du frère
cadet auquel il a tout laissé en quittant le monde, il
distribue ce riche patrimoine au dehors de son couvent,
refusanl d'en consacrer la moindre partie à l'achat d'un
champ que ses religieux demandent. Mais les choses sur
ce point ne sont plus poussées à l'extrême comme au
début. Le monastère se permet les provisions néces-
saires : un beau malin, le cellérier entre dans les plus
vives inquiétudes en constatant qu'il ne lui reste que
pour dix jours de blé. Il semble même, par l'exemple de
l'acémète Pierre, que les moines peuvent posséder de
l'argent en propre9. Pour ce qui est de la prière conti-
nuelle, saint Marcel y tient de toutes ses forces. Il a
300 moines sous la main en 450, nous apprend Calli-
nique l0. Seulement, ces 300 moines, qu'ils soient ou non
divisés encore en plusieurs langues, n'entretiennent plus
qu'une doxologie unique, car l'hagiographe ne nous parle
que d'une seule église pour tout le couvent11. D'ailleurs,
si elle existe encore, la distinction en langues ne tar-
dera pas à disparaître, et les Grecs, restés seuls, se par-
tageront sans doute en trois chœurs. En ce qui regarde
le travail des mains, nous n'avons aucun renseignement
précis; mais l'on peut croire que les acémètes ne pro-
fessent plus à son égard le dédain et l'horreur qui leur
ont valu naguère les vigoureux blâmes de saint Nil.
Fidèle à sa doxologie ininterrompue, le monastère des
Acémètes attire les curieux de partout. Le syrien Serge,
disciple de saint Siméon Stylite, remonte le Bosphore
pour s'y rendre lorsqu'il aperçoit de sa barque la co-
lonne de saint Daniel1-. Soumis à une règle assagie et
dirigé par un supérieur illustre, le monastère des Acé-
mètes se trouve assailli de demandes. C'est, d'une part,
le flot des postulants désireux de se consacrer à Dieu
dans ses murs. Tel. le riche Pharétrios, un noble d'ori-
gine romaine, qui apporte avec lui de quoi refaire l'église
conventuelle, multiplier les cellules et bâtir les con-
structions générales nécessaires aux visiteurs, aux pèle-
rins, aux malades13, (Test, d'autre part, le Ilot des fon-
dateurs désireux d'avoir quelques acémètes connue
premiers habitants, ou tout au moins un acémète comme
premier supérieur de leurs monastères. Tel, le consul
Studius, autre noble d'origine romaine, qui en 463, dote
Constantinople d'un couvent réservé a de très fiantes
destinées ' '.
Avec ces nombreux essaimages, la règle acémétique
se propage, et saint Marcel compte bientôt des entants
partout l-\ Mais l'autorité qu'il a sur eux est une autorité
toute d'influence, essentiellement personnelle, et qui ne
t. i.xxxiu. col. 1305-1368. — 8 Vita S. Marc. a. 31-3',. col. 737-
744. " tbid., n. 11, 15, 23, 26, 30, col. 716, 720, 728, 732, 737.
— 'o Ibid., p. 84. — " Ibid., n. 12, col. 716-717. — '« Vita
S. Danielis Stylite, n. 14, P. ti.. t. e.xvi, col. 988. — «Vita
s. Marc., n. 12. cl. 717. — '«Théophane, Chronographia, Mit.
di Boor, t. i, p. 113. — >*Vita s. Alex., n. 51, 53, p. 310;
Vita S. Marc. n. 13, 14, col. 717-720.
;n
ACÉMÈTES
018
passera point à ses successeurs. C'est que les acémetes
sont un couvent et non pas un ordre. Leur higoumène
n'a rien d'un supérieur général de qui relèveraient plu-'
sieurs maisons; comme tous les higoumènes byzantins
à quelques exceptions près, il n'étend sa juridiction que
sur un monastère unique. D'ailleurs, en essaimant, les
disciples de saint Marcel perdent jusqu'à leur titre, et
ceux-là seuls parmi les moines byzantins sont appelés
aceuiètes qui continuent de vivre au monastère bâti par
l'higoumène Jean à FIrénaeon. Les divers centres de vie
religieuse ouverts avec le concours d'acémètes em-
pruntent leur nom au personnage qui les fonde ou les
dote, au lieu qui les voit s'élever, à telle ou telle autre
circonstance particulière, mais aucun ne se fait appeler
|jlov»] tûv 'A"/.oiu.r,-r<.>v. Ces trois mots, je le répète, sont
strictement réservés, et rien ne trahit plus d'ignorance
clés traditions monastiques byzantines que de les com-
parer à nos termes français chartreuse ou trappe, de-
venus des noms communs applicables et appliqués à tous
les établissements issus de la Chartreuse ou de la Trappe.
Rien non plus ne trahit plus de désinvolture vis-à-vis
des auteurs anciens qui, eux, ne nous parlent jamais de
tel ou tel monastère d'acémètes, mais toujours du mo-
nastère des Acémetes, entendant par là uniquement le
couvent du vieil Irénaeon1.
Comme couvent peuplé par une colonie d'acémètes,
nous avons déjà mentionné celui du consul Studius, le
Stoudion. En connait-on d'autres? 11 semblerait que oui,
si l'on s'en tenait à Bollandus, Valois, Bulteau, Du Cange,
llélyot et à la multitude d'auteurs qui ont répété et ré-
pètent encore leurs affirmations sans aller aux sources.
En fait, cependant, nous ne connaissons que le Stou-
dion, et il faut beaucoup de routine pour y ajouter encore
aujourd'hui les monastères constantinopolitains de Dius
et de Bassien. C'est Bollandus qui a, le premier, pré-
senté Saint-Dius comme un monastère d'acémètes2. Ce
fusant, il s'est trompé, et la cause de son erreur est
évidente. Elle est dans ce fait que les deux monastères
des Acémetes et de Dius combattirent de concert dans
l'affaire du patriarche Acace et que tel épisode impor-
tant de cette lutte', c'est-à-dire la remise au prélat de
la sentence d'excommunication, est porté par certains
historiens au compte des religieux acémetes, et par
d'autres au compte des religieux de Dius. Or, cette diver-
gence des historiens ne prouve point, comme l'a pensé
Bollandus, que les moines de Dius étaient des acémetes;
elle prouve tout simplement l'incertitude qui régnait et
qui règne encore sur les véritables auteurs de l'acte.
La preuve en est dans Nicéphore Calliste. Cet écrivain,
narrant l'épisode d'après Évagre et ses deux sources
contradictoires, oppose expressément le monastère des
Acémetes, indiqué par Zacharie, au monastère de Dius,
indiqué par Basile de Cilicie3. Un quart de siècle après
Bollandus, Valois a écrit ceci dans une de ses notes à
Evagre : Duo crant monasteria Constantinopoli (/use
'Axoi[j.T|-:u>v vocabantur, Bassiani scilicet acDh^. Mal-
heureusement pour lui, cette aflirmation ne découle point
du tout de la phrase qui lui sert de base, phrase latine
où Victor de Tunnunum déclare que les principaux ad-
versaires d'Acace lurent les moines monasteriorum
Acœmetcnshnn, Bassiani at(/ite Diir'. Dans cette phrase,
mal ponctuée par tous les éditeurs, jusques et y conquis
Th. Mommsen6, et lautivement lue : monasteriorum
acœmetensium Bassiani atque DU, il ne s'agit pas de
deux couvents acémétiques qui seraient ceux de Bassien
1 .T. Pargoire, Un mot sur les acémetes, clans les Eclios d'Orient,
t. Il, p. 304-308, 365-372. — - Acta sanctorum, îeb. t. n,
p. 160. — *Ri8t.EccL, 1. XVI. c. xv et xvn, P. G., t. cxi.vn,
■col. 145, 152. — * P. G., t. LXXXVI, col. 2637. — » P. h., t. lxviii,
col. 947. — " Monumenta Germanise historica :J.. xi, AuctorUm
antiquissimorum , p. 191. — ' Glossarium médise et infimx
latinitatis, au mot Acœmeti. — * Chronographia, édit. de Boor,
t. i, p. 141. — 9 Acta sanct., januarii t. n, p. 311-320. —
et de Dius, mais bien de trois couvents qui sont ceux
des Acémetes, de Bassien et de Dius. En ellet, chez les
auteurs latins de celte époque, l'adjectif acœmetensis
ne signifie point acémétique; il traduit simplement
à-/.oi(j.T|Toç, comme le montrent les nombreux textes réu-
nis par Du Cange 7. Une autre preuve contre la manière
de voir de Bollandus, Valois et consorts, c'est le passage
où Théophane aligne à la lile les quatre monastères par-
faitement distincts qu'il nomme ty|v At'ou u.ovr,v y.oùBau-
criavoO y.où tôjv 'Ahoijaiqtiov y.ai Mocrpiovï];8.
Ignorant quelles furent, en dehors du seul Stoudion,
les maisons religieuses issues du monastère des Acé-
metes, nous ne pouvons savoir si ces maisons conser-
vèrent longtemps la discipline acémétique. Cette disci-
pline, on l'a vu, n'avait guère, dès saint Marcel, plus
rien de spécial que la doxologie perpétuelle. Or, la doxo-
logie perpétuelle ne parait pas avoir beaucoup prospéré
dans le monachisme oriental, et c'est en vain qu'on en
chercherait des traces à travers la littérature byzantine.
Le Stoudion lui-même dut se départir assez vite de cette
pratique. Du moins, saint Théodore Studite n'en parle-
t-il jamais expressément. On a, il est vrai, prétendu le
contraire, mais les deux ou trois phrases de ses caté-
chèses relatives à la prière incessante sont loin de né-
cessiter, pour être comprises, l'usage de la doxologie
ininterrompue. Ajoutons ici, puisqu'il s'agit de législation
monastique, que les acémetes, comme tous leurs con-
frères de Constantinople et des environs, n'ont jamais
eu d'autre règle que leur typikon particulier. Leur faire
suivre la règle de saint Basile est une assertion d'un
autre âge. Les moines byzantins se sont toujours uni-
quement réglés pour le fond de leur vie sur un ensemble
de traditions non écrites, et pour le détail sur un typikon
variable de monastère à monastère. Quant à une règle
au sens où nous l'entendons en Occident, quel que soit
le recours fait par un saint Platon aux prescriptions de
saint Basile, ils n'en ont jamais suivi aucune.
V. Histoire des acémetes. — Dans l'histoire des acé-
metes, le premier nom qui se présente après saint Mar-
cel est celui de saint Jean Calybite, ce prototype de
saint Alexis de Borne. Le Calybite porta, dit-on, les livrées
monastiques à l'Irénaeon vers 440. Malheureusement, sa
vie, qu'elle soit développée en deux biographies byzan-
tines9, ou résumée en des élucubrations plus récentes10,
apparaît de toutes parts comme un grossier tissu d'invrai-
semblances, et l'on peut dire, avec Tillemont11, « qu'une
histoire qui aurait besoin d'estre iort autorisée ne l'est
point du tout. » Saint Jean a sa fête chez les grecs au 15 jan-
vier. Un acémète moins légendaire et sûrement contem-
porain de saint Marcel, c'est le moine Julien. Econome
du monastère, d'après une version 12, skevophylax et
khrysophylax, d'après une autre13, il monta sur le siège
d'Ephèse dans la seconde moitié du Ve siècle14-. Son nom
a échappé aux auteurs de catalogues épiscopaux, à Le
Quien ,3,commeà MurAnthime Alexoudis 16. Vers la même
époque, l'acémète ou ex-acémète Pierre le Foulon mon-
tait encore plus haut, s'asseyant par trois lois, en 471,
477 et 484, sur le trône usurpé d'Antioche. Pierre,
d'abord moine à l'Irénaeon, en avait été chassé à raison
de ses opinions hérétiques. Il y revint demander un
asile au lendemain de l'exil qui suivit sa première intru-
sion et réussit, tant son hypocrisie était grande, à se
(aire accepter. C'est de là qu'il partit en 476 pour aller
agiter une seconde lois le patriarcat syrien17.
Durant la dernière moitié du Ve siècle, malgré cette
10 K. Doukakis, Ml^a; Sav«;«{«mi5, tome de janvier, p. 244-253. —
" Op. cit., t. xvi, p. 57. — " Vita S. Marc, n. 15, 18, col. 720,
721. — « Agapios Landos, op. cit., p. 130, 131. — "Ibid., p. 130.
— lb Oriens christianus, t. i, col. 680-681. — ,0 NtoXôro; du
14 mars 1890, n. 6190. — "Théodore, Historia, i, P. G., t. i.xxxvi,
col. 176, 180; Alexandre, Laudatio in apostolum Barnabam,
P. G., t. lxxxvii, col. 4099; Théophane, Chronographia, édit.
de Boor, t. i, p. 121.
319
ACÉMÈTES
320
ombre, le monastère des Acémètcs apparaît clans son
ensemble comme le meilleur foyer de l'orthodoxie à
Constantinople. On a vu les ellbrts de saint Marcel contre
Eulychès. Quand éclate le schisme acacien, le beau rôle
est à l'archimandrite Cyrille, son successeur peut-être
immédiat. A partir de 483, les lettres ou les messagers
de Cyrille, tel l'acémète Syméon, ne cessent d'informer
le pontile romain de tout ce qui regarde la foi, lui disant
tour à tour le passage d'Acace à l'hérésie, la nécessité
d'une prompte répression de la part de Rome, la préva-
rication des légats latins, Miséne et Vital, la présence du
nom de Pierre Monge dans les diptyques. C'est pourtant
à un moine de Dius, bien que certains auteurs moins
sûrs mettent encore ici les acémètes en avant, que
revient la gloire d'avoir attaché au manteau d'Acace la
sentence d'excommunication fulminée contre lui. C'est
de même au couvent de Dius qu'alla se réfugier, avant
de trahir sa mission de légat, le defensor romain
Tutus ' .
A lutter pour la foi de Chalcédoine, les acémètes s'at-
tirèrent la haine implacable des monophysites. Un de
ces derniers, historien anonyme, affirme qu'ils étaient
un millier en 511, tous plus ignobles et plus hypocrites
les uns que les autres. Ils se plongeaient, d'après lui,
dans les plaisirs du bain et les jouissances de la chair,
tout en affectant à l'extérieur les apparences de la mo-
destie et de la pureté, vrais sépulcres blanchis remplis
de pourriture à l'intérieur -. Après ce premier compli-
ment, l'aimable hérétique présente nos moines comme
de fieffés nestoriens : il nous les montre passionnés pour
l'étude des livres dus à Diodore de Tarse, à Théodore de
Mopsueste ou à leur école, et célébrant chaque année
dans leur monastère ainsi que dans les autres établisse-
ments de leur parti la fête de Nestorius3. Ici, au lieu de
calomnier, l'historien ne fait peut-être que médire, car il
mt bien certain que les acémètes, à force de combattre
l'unité de nature, finirent par soutenir la dualité de per-
sonnes. En 518, leur supérieur, l'archimandrite diacre
Evéthios, signait la fameuse requête au pape Hormisdas
contrel'eutychianisme4 ; mais c'est de leur neslorianisme
i eux que l'Église s inquiétait quelques annt;:; i peine
plus tard. Comme ils s'obstinaient dans l'erreur, comme
leurs envoyés à Rome, Cyrus et Eulogius, fatiguaient le
pape d'instances et d'intrigues 3, Justinien écrivit per-
sonnellement à Jean II pour lui exposer leur doctrine 6.
A sa lettre, datée de juin 533 et portée à destination par
les deux évèques Ilypace d'Ephèse et Démétrius de Phi-
lippes, le pontile romain répondit le 25 mars 534 en
frappant les acémètes d'excommunication. Non content
de notifier cette sentence à l'empereur1, Jean II eut soin
de la communiquer aussi à quelques-uns des plus il-
lustres personnages de Constantinople : Acœmetas vero,
leur y disait-il, qui se monachos dicttnt, qui nestorvani
évidente? apparmerunt, Romana etiam eos damnât
Ecclesia, et il leur interdisait toute relation avec eux8.
Devant une si vigoureuse répression, le monastère des
acémètes finit par rentrer dans le devoir. Nous trouvons
son higoumène, l'archimandrite prêtre Jean, parmi les
signataires du synode tenu sous le patriarche Menas en
536».
La grande part qu'ils prenaient, soit dans un sens, soit
dans l'antre, aux querelles dogmatiques de leur temps
' Évagre, Hist. Eccl., ni, 18-21, P. G., t. i.xxxvi, col. 2633-
2041; Théophane, op. cit., t. i, p. 132; Victor de Tunnnmim,
Chranicon, P. L., t. lxviii, col. 947; Libérât, Breviarium, 18.
ibid., col. 1028. — s K. Ahrens et G. Kriiger, Die sogenannte
Kirchevrjeschichte des Zacharias Rhetor, Leipzig, 1899, p. 120.
— 3 Ibid. — * Mansi, op. cit., t. vin, col. 1054. — 'Libérât,
op. cit., 20, col. 1036. — 6 Mansi, op. cit., t. vm, col. 795-797.
— ' Mansi, op. cit., t. vm, col. 797-799. — «Mansi, op. cit..
t. vm, col. 803-806. — "Mansi, op. cit., t. vm, col. 1014. —
** Synodicon advenus trageediam Irensei, P. G., t. i.xxxiv,
cul. 587. — " Mansi, op. cit., t. VI, col. 561 ; t. vu, col. 183, 193,
forçait les aeémèles à s'entourer de livres. Au milieu du
Ve siècle, leur bibliothèque possédait, pour le plus grand
profit du comte Irénée, depuis évéque de Tyr, les deux
mille lettres de saint Isidore de Péluse 10. Au milieu du
vi° siècle, elle possédait, pour la plus grande joie du
diacre Rusticus, neveu du pape Vigile, un texte excellent
des actes du IVe concile général '.'. Cette bibliothèque, il
est vrai, n'empêcha pas les acémètes de perdre rapide-
ment toute influence. Après Justinien, l'histoire ne parle
presque plus d'eux. Etait un des leurs, dit pourtant Évagre,
le moine Jean qui succéda au patriarche Macaire sur le
siège de Jérusalem vers 574 12. Avait gouverné leur mai-
son avant l'occupation latine, déclarent de leur côté di-
vers catalogues patriarcaux, l'higoumène Maxime que
les femmes de la cour firent nommer pasteur de Con-
stantinople à Nicée, le 3 juin 1215 ls. Entre deux, les sous-
criptions du VIP concile nous attestent la présence de
leur higoumène Joseph aux assises de Nicée en 787 u, et
le De ceremoniis de Constantin Porphyrogénète inscrit
leur église dans une ou deux listes au X" siècle ' >. Etc'est
tout, à ma connaissance.
Les moines acimètes dont parle Murait en 1094 l6,
doivent leur mythique existence aux trois mots extra
civitatem Acoumiorum par lesquels Du Cange " a
malencontreusement traduit le grec ë|«o tt,ç TtcD-eu; à<j-
-xo'j[jivb>v ,8. A rayer aussi Denys, higoumène des acé-
mètes, dont V 'EUïjvtxô; «MoXoy'.xô; SOXXoyoç 19 a cru
devoir publier l'épitaphe : cette pierre tombale, encore
existante et visible à Stamboul, est celle d'un Denys non
higoumène et non acéinétc.
Maintenant, si les acémètes n'encombrent plus l'his-
toire après le VIe siècle, ce n'est pas, comme on l'a pré-
1endu bien à tort, que leur nom se soit effacé et ait dis-
paru devant celui de studites, ni surtout qu'il ait fini
par se confondre avec lui. Jamais les Byzantins n'ont
pris ces deux noms l'un pour l'autre ; jamais le mot ace-
mète ne s'est appliqué aux moines du couvent fondé en
ville par Studius, ni le mot studite aux moines du cou-
vent bâti sur le Bosphore par Jean. Et il esi parfaitement
erroné d'écrire en visant l'époque postérieure au second
concile de Nicée : « L'influence des acémètes continue à
grandir encore au milieu des luttes pour la défense des
images. » A ce moment et depuis déjà plusieurs siècles,
l'influence des acémètes est nulle.
Avant de s'éteindre, les habitants du vieil Irénaeon
paraissent avoir abandonné le sol bithyniën et s'être
enfermés dans l'intérieur de Constantinople. En trail
vénéto-byzantin de mars 1148, renouvelé en février 1187,
nous les montre propriétaires dans la capitale,, traité
qui parle des iura monasterii Akymitero, puis de-
mansiones monasterii Akymitero, puis des jura mona-
sterii Akimiton20. D'autre part, Antoine de Novgorod
venu en pèlerinage vers l'an 1200. écrit ceci : « Il y a a
Constantinople le couvent des vigilants; pendant tonte la
semaine, do soir au matin, ils sont invariablement dan-
l'église pour prier Dieu et font cela toujours; ils n'ont
pas de prêtres séculiers chez eux. mais de vieux moines
xersés dans les luis du Seigneur21. » Or, ces {\i:u\ textes
ne sauraient s'appliquer aux studites, comme C. Curtis
ei S. d'Aristarchi lent pensé pour le premier22, cl A
Paspatèspour lesecond*3. En eflet, le irait»'' du xir siècle
nous lient dans un quartier de Constantinople tout a
203, 357, 473, 497, 079. — "'Hist. Eccl.. v. 16, P. G., t. UXXYI,
col. 2825. — "Banduri, Imperium orientale, édit. Venise. 1729,
t. I, part. 3, p. 170, 177, 182. — '* Mansi, 0]9. cit., t. xm. col. 151.
— 15P. G., t. exil, col. 1440, 1444. — •' Essai de chrotivgra-
phie byzantine. 1057-1453, p. 71. — "Notes à t'Aie. i
Paris, p. 348. — '" Montlaucon, Bibliotheca Coisliniana, p. 114;
Pitra, Spicilegiuni solesmense, t. IV, p. 166. — lsT. XV, p. 72
— î0 Zacharia? von Lingenthal, Jus grseco-romanum, t. 1 1 1 .
p. 527-528. — " B. de Khitrovo, Itinéraires russes en Orient.
t. i, p. 97. — "'eu. *a<>x. EûXX., supplément archéotog
du t. XVI, p. 37. — « n<,,x0ir, r-roi to3. 1881, p. 356, 859.
321
ACE M ÊTES
AGIIAIE
322
fait opposé au quartier du Stoudion '. De même, la
relation du voyageur russe, comme on le voit par la
seconde mention qu'il fait des vigilants -. De plus, c'est
ailleurs et à un autre endroit de son récit que ce voya-
geur nous conduit « dans le couvent de Studios, chez
saint Théodore3 ». Puis, les studites ne se sont jamais
appelés acémètes. Il faut donc conclure, semble-t-il, à
un déplacement tardil qui transporta les acémètes de la
banlieue dans la cité, et c'est là, au ilanc de la troisième
ou de la quatrième colline, du côté de la Corne-d'Or,
que tint la houlette higouménale le Maxime signalé plus
haut.
VI. Birliographie. — Vila sancti Alexandri, tra-
duction latine dans les Acta sanctorum éd. Palmé,
jan. t. h, p. 302-311 ; Vila sancli Marcelli, texte grec
dans Migne, P. G., t. cxvi, col. 705-74G, paraphrase en
grec moderne faite sur un texte meilleur par Agapios
Landos, 'ExXôyiov, p. 12i-139, et reproduite par K. Dou-
kakis, Ms-fa; (TuvaÇapcarr,;, volume de décembre, Athènes.
1896, p. 6T1-626 ; Lenain de Tillemont, Mémoires pour
servira l'histoire ecclésiastique des six premiers siècles,
t. xii, Paris, 1707, p. 490498, 682 pour Alexandre, el
t. XVI, Paris, 1712, p. 51-58 pour saint Marcel; J. Par-
goire, Les débuts du monachixme ù Constantinople,
extrait de la Bévue des questions historiques de jan-
vier 1899, p. 69-79 du tirage à part; Un mot sur les
acémètes, dans les Echos d'Orient, t. il, p. 304-308.
365-372. J. Pargoire.
ACÉPHALES. Voir Autocépiiale.
ACERRA, ACEMA. Voir Navette.
ACHAIE. — I. État politique et religieux. II. Intro-
duction du christianisme. 1. Athènes, 2. Corinthe,
3. Thessalonique. III. Récits légendaires. IV. Le IIIe siè-
cle et les persécutions. V. L'arianisme et le ive siècle.
VI. Temples païens et églises chrétiennes. VII. Dernière
période. VIII. Épigraphie.
I. État politique et religieux. — Au premier siècle
de notre ère tout concourait à écarter définitivemenl
la Grèce du rôle politique qu'elle avait longtemps joué.
Les légions romaines n'étaient pas aussi aisées à repous-
ser que l'armée du « grand roi »; désormais la lutte
était sans but puisqu'elle était sans espoir et que l'hon-
neur était saut. L'organisation définitive de la province
d'Achaïe terminait l'histoire politique de la Grèce; i!
ne devait être question désormais, et pour longtemps,
que de ses destinées.
Dès l'an 15 de notre ère nous voyons se produire dans
l'Achaïe ce que nous reverrons presque partout. Les deux
provinces de Corinthe et de Thessalonique turent sous-
traites au Sénat et remises au gouvernement de César '>.
ce qui dut amener une diminution des impôts. Le rè-
gne de Tibère lut bienfaisant à l'Achaïe. grâce à la longue
administration du consulaire (Gains) Poppreus Sabinus
(15-35) :i. L'Achaïe ne subissait que les charges mitigées
de l'occupation romaine. Le grand effort de romanisa-
tion s'exerçait alors dans l'Ibérie, la Gaule, la Bretagne
et le territoire qui fermait, par les Alpes, les Balkans el
le cours du Danube, la trouée menaçante qui apparais-
sait déjà comme le front de bandière immense où l'em-
pire jouerait sa fortune future. L'Achaïe gravitait timide-
ment autour de Rome, son éloignement de toute frontière
et la grande répugnance de sa population pour la guerre
dispensaient d'y laisser des légions en garnison, il ne de-
vait s'y trouver que des détachements sans importance,
'A. Mordtmann, Esquisse topographique de Constantinople.
Lille, 1892, p. 46. — "- Op. cit., p. 1U7. — * Op. cit., p. 100. —
* Tacite. Ann., I, 76. — 5/Wd., I, 80. — « Hist., I, 23. Cf. G.
Sievers, Zur Geschichte des Nero und des Galba, in-4% Ham-
bui'g, 1800, p. 34. note 1. Pour tout ce qui a trait à la présente
ttissertation, voyez G. F. Hertzberg, Histoire de la Grèce sous
BICT. D'ARCH. CIIRÉT.
tandis que l'on massait des troupes considérables en
Macédoine afin de contenir les tribus thraces du nord-
est jusqu'à l'époque où une province de Thrace fut or-
ganisée. Tacite nous apprend que les Hottes romaines de
la Méditerranée venaient constamment faire leurs croi-
sières dans les eaux de l'Achaïe 6. Une circonstance se-
condaire engagea les pays de la Grèce d'Europe dans
une direction fâcheuse. La famille des Jules possédait
des propriétés privées considérables dans l'Achaïe. Au-
guste avait acquis par héritage 7 la Chersonèse de
Thrace sur l'Hellespont, et ces domaines étendus, rap-
prochés, transmis île la dynastie des Jules à celle des
Flaviens, puis à celle des Antonins 8, peut-être à celle
des Sévères9, nous aident à comprendre comment les
peuples rendirent à leurs maîtres, qui étaient en même
temps leurs propriétaires, l'hommage d'un culte publie.
L'Achaïe sut toutefois garder une mesure dans la flatterie,
c'est ainsi que le « néocorat » qui envahit l'Asie Mineure
et la Macédoine ne put s'acclimater dans l'Achaïe, peut-
être même n'y pénétra-t-il jamais. On se l'ait à peine idée
de la déviation intellectuelle que le paganisme avait
imprimée aux hommes de ce temps. Tacite raconte que
Tibère renvoya au Sénat le jugement d'un abus lré-
quent alors dans les villes grecques, où les asiles se
multipliaient sans mesure 10. Les députés des villes furent
envoyés plaider, titres en mains, en faveur de leurs pré-
rogatives. « Les Éphésiens eurent audience les premiers.
Ils représentèrent que Diane et Apollon n'étaient point
nés à Délos, comme le pensait le vulgaire; qu'on voyait
chez eux le Ileuve Cenchrius et le bois d'Ortygie, où
Latone, au ternie de sa grossesse, et appuyée contre
un olivier qui subsistait encore, avait donné le jour à ces
deux divinités; que ce bois avait été consacré par un
ordre du ciel; qu'Apollon lui-même, après le meurtre
des Cyclopes, y avait trouvé un asile contre la colère
de Jupiter;'que Bacchus victorieux avait épargné celles
des Amazones qui s'étaient réfugiées au pied de l'autel;
que dans la suite Hercule, maître de la Lydie, avait
accru les privilèges du temple, privilèges restés sans
atteinte sous la domination des Perses, respectés par les
Macédoniens et maintenus par les Romains ", » Le culte
des Augustes vivants ou morts eut assurément ses
temples et ses prêtres en grand nombre, principalement
à Argos, Athènes, Sparte, dans les îles de Lesbos, surtout
lors de la recrudescence du paganisme sous Hadrien et
les Antonins. Quelquefois cependant un scepticisme
accommodant ou une indigence criarde conduisit à iden-
tifier Augustes et Augusta avec des divinités plus an-
ciennes; ce fut particulièrement Déméter qu'on sacrifia
aux impératrices-déesses. Comme le sentiment religieux
ne s'y trompait plus, on envisagea surtout le nouveau
culte au point de vue artistique et économique; il fut
exprimé à l'aide de statues et de jeux solennels consacrés
à tel ou tel prince. Et comme si la Grèce antique devait
périr tout entière et presque en un seul coup, ces jeux
lurent souvent associés aux fêtes vénérées des vieilles
divinités. Les Ccsareia furent célébrés avec les jeux en
l'honneur d'Apollon Ploïque, ou bien avec les Erotidia
de Tbespies ou encore avec la fête des Muses. Le Culte
de Rome et d'Auguste eut des jeux annuels (Honiiea
Sebasta ou simplement Sebasta) tantôt séparés, tantôt
célébrés avec les fêtes anciennes; nous les voyqns célé-
brera Athènes, à Tbespies, à Delphes, à Argos, à Epi -
danre, en Macédoine", dans la colonie grecque de Naples
et ailleurs. Livie devint .lulia Dca à Athènes et à Mégare!
Julia liera en Thessalie, Julia Hestia, Déméter. Tibère
tut adoré à Cypre, le jeune Drusus à Athènes.
la domination des Romains, tract. A. Bouché-Leclerq, in-8\ P.i-
ris, 1886-1890, t. il et ni. —'Dion, LIV, xxix. — «Muratori,
Npv. thés, vet.inscriptioiiiini. in-fol., Mediolani,1739, p. nccxvn,
n. 5. Ct. Becker-Marquardt, Uômiscli. Handbuch, t. ni, in-8",
Leipzig, 1851. p. 198. note 1083. — ■'Dion. I.XXV. vil. Cf. Spaf-
tien, Severus, 4. — '"Tacite./lniiac'., m, 60. 6t. — " Ibid.'.u, 61.
I.
11
323
ACIIA'ÏE
32i
Le règne de Tibère (■[- 37) paraît avoir laissé aux Grecs
un bon souvenir, que le règne de Caligula contribua à
rendre meilleur; cependant le synode dos « Panhel-
lènes » résolut de célébrer en l'honneur de la guérison
de Caius Caligula des fêtes et des sacrifices extraordi-
naires; en outre, il décida l'érection en son honneur
d'une quantité considérable de statues. Caius, dès que
commença sa folie, se tourna vers la Grèce dont l'an-,
tique grandeur le provoquait; il songea à restaurer l'As-
typalée de Samos, à achever le temple d'Apollon Didy-
méen à Milct, enfin à faire percer l'isthme de Corinthe.
Le développement soudain que prit alors le culte impé-
rial scandalisa les Hellènes eux-mêmes, malgré leur
servilité éprouvée. Les Milésiens eurent ordre de lui
«lever un temple et on choisit dans les familles les plus
notables de l'Achaïe et de ITonie de jeunes garçons des-
tinés à chanter des hymnes en l'honneur du dieu Caius
dans son temple du Palatin et au théâtre. Ces jeunes
gens furent renvoyés en Achaïe par Claude, après la
mort de Caius (il); on renvoya aussi l'Éros de Thespics
et quelques autres œuvres d'art.
A Sabinus avait succédé, en l'an 36, comme gouverneur
impérial de la Mœsie, de la Macédoine et de l'Achaïe, le
consulaire Publias Memmius Régulus qui rentra à Rome
sous Claude, pendant le règne de qui les provinces de
Macédoine et d' Achaïe firent retour au Sénat (44) '. Le
proconsul revint donc à Corinthe avec son légat et son
questeur; néanmoins l'Achaïe eut quelquefois des gou-
verneurs ayant le litre de questeurs avec la puissance
proprétorienne. Nous savons les noms de quelques-uns
dis proconsuls : L. Marcius Macer* (45?), GnaeusAcer-
ronius Proculus •', M. Annseus Novatus (dénommé, de-
puis Fan 41, L. Junius Gallio Annacus), frère aîné de
Sénèque, dont la présence, ainsi que l'a remarqué Hertz-
berg *, olfre de l'intérêt à raison des relations entre
M. Annseus Seneca et l'apôtre Paul; Gallio résidait à Co-
rinthe probablement en 54 ou 55 de notre ère J. Sous
Néron nous rencontrons Helvidius Prison-, en qualité
de questeur6. Pendant cette première phase de la Grèce
romaine, nous voyons que la grande diète provinciale
d'Achaïe cl le Koinon thessalien sont en pleine pros-
périté et leurs liturgies s'exécutent régulièrement 7.
II. Introduction- ni; christianisme. — Ce fut vers ce
temps que le christianisme pénétra dans l'Achaïe. Désor-
mais il doit nous occuper seul et les détails qui pré-
cèdent nous montrent la situation qu'il rencontra. Ses
progrès furent buts et, malgré l'insuffisance de nos
renseignements pour celle partie du monde hellénique,
on peut avancer sans crainte d'erreur que, jusque bien
avant dans le m* siècle, c'est-à-dire pendant la pé-
riode où les documents nous manquent le plus, le
christianisme gagna peu de terrain. Pour se faire une
idée de la « concurrence » qui lui était laite par les
cultes anciens et nouveaux, nous rappellerons que l'a-
bominable Alexandre d'Abonotichos recevait environ
PO UOO consultations par an; on juge qu'un tel con-
1 Dion, LX, xxiv; Suétone, Claudius, 25. — s A. W. Zumpt,
Comm. epigr. ad antiq. rom. pertinent., in-8*, Berolini, 1854,
t. n, p- 2,rj'J sq. — 'Tacite, Ann., vi, 45. — * Hertzberg, toc. rit.
irad. fr., t. n, p. o'.r — "Taeite, Ann., m. 3, et notamment xv, 73:
Dion, LX, xxxv : Clinton, Fasti romani, in-4*. Oxford, 1845-1850,
t. ï,p. 17, 25; Art, xvni, 12 sq.; Sénèque. Epist.,1 XVIII, cp. i,
(epist <:IV, 1); II. Lolnnann. Claudius iftld Ifero Und iltreZeit,
in-8°. Gotha, ix.">s. p, 854, et Zumpt, loc. rit., p. 260 sq., placent
le proconsulat en 51 et êâ eu êii. ci A. Hausrath, Der Apoetel
Paulus, in-8*, Heidelberg, IK72. p. 77. — ■ Juvénal, v, 36. Ci.
l'auly, Real EncyklopSdie <l Mass. Alterthums, t. m, p. 1123.
— 'Cf. Philostr., Vita Apollonii Tyanensis, iv, 10, 23; T. E.
Mionnct, Description des médailles antiques, grecques et ro-
maines, avec leur degré tir rareté et leur estimation, Paris,
1806-1837, t. n, p. 7, 8; SuppU m., t. m. p. 273 sq. — «Lucien,
Alc.canit., 25, 38, 43, 44, 45, 40. 47. Cf. Fr. Cumont, Alexandre
d'Abonotichos : un épisode de Vhistoire du paganisme au
W siècle de nuire ère, dans les Mcm. d ! Tacad roy île Ueljique,
cours de peuple, qui ne se démentit pas pendant trente
ans, en se tournant vers cet imposteur, ne laissait que
peu de monde pour suivre la religion chrétienne. Ce
long engouement équivalut, dans une certaine mesure,
à une persécution, car les gens grossiers, fanatisés par
Alexandre, rendirent par leurs menaces toute tentative
laite pour démasquer ce prophète un véritable péril 8.
La passion témoignée à Alexandre montre à quel point
était tombé le niveau moral, et cette constatation est
importante, car la foi nouvelle ne tenait pas tant à
gagner beaucoup d'àmes que des àrnes vaillantes. Il est
vraisemblable que le trafic continuel entre les îles et
l'Orient y favorisa le développement du christianisme
qui fut moins rapide dans la presqu'île. Il y eut, semble-
t-il, de bonne heure, des communautés à Astvpalée, à
Paros, à Ténos, à Théra, à Carpathos, à Cos et ailleurs9.
Sur le continent, les Églises comme Thessalonique,
Athènes, Corinthe paraissent avoir rayonné autour d'elles.
Corinthe avait fait de très bonne heure une londation
dans le port de Cenchrées 10, et on a relevé les traces
d'une chrétienté sur le mont Hymette". Mais il laut
attendre jusqu'aux environs de l'an 150 pour voir appa-
raître des Églises à Larisse, à Sparte, peut-être à Patras
et dans l'île de Crète où l'Église de Gortyne eut quelque
importance '-.
/. ATHÈNES ET L'ATTIQVE. — Il est probable que, sui-
vant sa pratique ordinaire, saint Paul venu à Athènes,
non par un dessein arrêté, mais pour y attendre Silas
et Timothée, employa son loisir en préchant à la com-
munauté juive fort nombreuse dans cette ville la ; les
Actes des Apôtres, si fidèles à rapporter les mauvais
traitements de synagogues d'Asie, ne disent ici rien de
pareil et on pourrait eu conclure que les juils hellénistes
qui composaient la synagogue d'Athènes partageaient la
cuiïosilé religieuse des gentils, leurs concitoyens.
Cependant Paul ne fit pas un long séjour; nous ne
savons rien de ce qu'il put. tenter comme tondatipn
d'Église, car le rôle que l'on a prêté à un nommé Dio-
nysios dont il est parlé dans les Actes est de pure ima-
gination '*. L'apôtre laissait un groupe de quelques
chrétiens — ttvè; cl aveos: xoXXriOévtE; butû Ê7R<rreVffav,
iv oî; Âlov'Jaxo; ô àpîo-ayixr,; y.a't yjvri ovou.a7i Aipiapi:,
xa\ ÊTEpoi <7-Jv a-JToïç *3 — qui parait s'être répandu dans
l'Achaïe, d'après la mention qu'il a tait quelques années
plus tard : tt iy.v.\r,>i!.-i toû 0£oj t>, trjUT bt Kepfvflo», cv/
toïç âYioiç Tiôtcriv toT; O'Jonv àv S).tj r/j 'Ayjxtx '''. L'histoire
des origines du christianisme dans ces provinces est
donc à peine connue, on peut cependant supposer
qu'Apollo visita, peu après le passage de l'apôtre Paul,
les récentes chrétientés de l'Achaïe '■. 11 est possibleque
la persécution de Néron y ait fait dos victimes, on a lait
descendre jusqu'à la persécution de Domilien le martyre
de Dionysio's, le membre de L'aréopage, et cotte date n'a
rien que d'acceptable ■ v.
L'historien Euscbe " a fait cotte remarque que l'Eglise
d'Athènes lut en butte à de dures persécutions et l'on
1887. — » L.Ross, Griechisclie Inselreiscn, in-4', Berlin, 1839,
t. Il, p. 58 sq., 102; t m. p 54; t. iv. p. 22, 04. — ">/;.im . xvi,
21 sq. — " L. Hess, Archàolog Aufs., t. i, p. 219. Wieiersheim
donne à la Mao d et à l'Achaïe réunies : 3232 milles carrés
et 3 millions d'habitants; a la province des lies et à la Crète :
7l't milles carrés et 700000 habitants. — ,JLusèbe. Jlist ceci.,
1 IV, c. xxiii et xxvi, P. G., t. XX, cl. 384 392. CI llrtiberg,
loc. cit., tr. liv t. ii, p. 517. — '» Philo, Légat, ad Caium; FI.
Josèphe, Antiq. jud., 1. XIV, c. vin; A. Dvimont, l\ssui sur
Véphébie attique, 2 vol., in-8*, Paris; 1875-1(376, t. i. p. 112 sq.
— uAct, xvu, 34. Cl. C.. Hayet, Ile titntis Atticm eliristiatii-
antiquissimis, in-8*, Lutetla? Parisiorum, tsTs, c. i: De origine
et primordiis Ecclesise atticm, |>. 'i. — ,sAct, xvn, 34. — "Ad
Coiïntli., 11, I, 1. — " Act, XVIII, 27. — '".t(fn suiiCt.., ectobr.
t. iv, p. 788 sq. Ct. E. Schclstrate. Antiquitas Ea lesim disserta ■
tionibus. monumentis ac notis illustrata, pars II, diss. III, in-
lel., Rente, -1092:C. Bayet, loc. cit., p. C. — '» Ilict. ceci., 1. IV,
e. .wiii, P. C, 1. x\, eoLJKôSq.
325
ACHAI3
32G
peut bien y trouver une raison du peu d'importance
qu'elle a pris, car il est arrivé en plusieurs lieux que
l'excès des traverses dès le début de la prédication
chrétienne ruina les fondements de toute grandeur fu-
ture; ainsi ces Églises ne firent plus que végéter, ce qui
arriva pour Athènes. Apres la mort de Dionysios qui
■exerçait la charge épiscopale, Poplios > son successeur2,
qui ne nous est connu que par le témoignage de Denys
de Corinthe, gouverna peu de temps et l'ut martyr, lui
aussi. L'Église d'Athènes était bien déchue lorsque,
vers l'an 125, son vieil évêque Codratos (Quadratus)
entreprit de relever ses lidèles et rédigea une apologie
adressée à l'empereur Hadrien. Cette Église gravitait
autour de celle de Corinthe, mais elle ne sut pas en
imiter la dignité et la force morale. Le martyre de son
évoque Poplios avait été suivi d'un relâchement géné-
ral; il semble que les fidèles les plus respectables se
soient même détachés d'elle, si vraiment Anencletos, fils
d'Antiochos, Athénien, devint évoque de Rome 4, et après
lui Hygin, tandis qu'Alhénagore émigrait à Alexan-
drie3. La rélorme de Codratos eut peu d'effet puisque
Dionysios était obligé de blâmer encore l'Église
d'Athènes, de la rappeler à la pureté de la croyance et
à la sévérité de la vie évangélique. Vers ce même temps
paraissent être survenues de nouvelles calamités. L'Église
d'Athènes, qui avait vu passer Néron G, vit passer
Hadrien'', dont l'initiation aux mystères d'Eleusis et aux
autres cultes grecs inspira aux païens une si grande
audace que, sans l'avis de l'empereur, ils donnèrent
libre cours à leur haine contre les chrétiens8. L'évêque
Codratos en lira occasion de présenter à l'empereur une
défense de son peuple. A cette époque un philosophe
athénien, ayant nom Aristide, converti au christianisme,
•écrivit une Apologie qu'il offrit à Hadrien et que l'on a
récemment découverte9. Quelques années plus tard,
on rencontre un nouveau témoignage de l'existence
d'une église à Athènes, c'est dans une Apologie syriaque
attribuée faussement à Méliton et qui parait avoir été
adressée à Caracalla, pendant un séjour en Osrhoène,
par quelque chrétien de Mabug ou des environs ,0.
Il y était dit que l'empereur Antonin le Pieux adressa
aux villes de Larisse, de ïhessalonique et d'Athènes des
lettres concernant la conduire à tenir à l'égard des
chrétiens". Il faut peut-être faire encore honneur à
l'Église d'Achaïe de 1 Apologie d'Athénagore, que les
manuscrits qualifient de : 'AOïjvai&u cpO.ocroço'j ypcoria-
voù '-', mais le bien fondé de cette qualification n'est pas
prouvé. On voit combien les documents nous apprennent
' Sur l'identification de ce personnage, cf. Act., xxvni, 7;L. El-
issen, Zur GeschichteAthens nachdem Vcrtustc seincr Selb-
stàndigkeit, in-8°, Gôttingen, 1848, p. 55, 72, 77; E. Curtius, Die
Stadtgeschichte von Athen, in-8°, Berlin, 1802; A. Mommsen,
Athenx christianx, in-8*, Leipzig, 1S67. — -Sur Narcisse,
Hue l'on lait évoque d'Athènes entre Dionysios et Poplios, voy.
L. EUissen, loc. cic, p. 54. La réalité de cet évoque dont parlent
Hippolyte, Opéra, éd. Fabricius, Append. au t. i. p. -42, et Baronius,
Annal., in-fol., Borna, 1588, ann. 58 et ann. 'J8, ne nous parait
pas établie. — 3 Eusèbc, Hist. ceci, 1. III, c. XXXII, P. G., t. XX,
col. 28sq. ; 1. IV, c. xxxnr, P. G., t. xx, col. 384; Ellisscn, loc. cit.,
p. 52-54. — *C.f. EUissen, loc. cit., p. 49, notesl, 2;L. Uuchesne,
Le Liber puntipcalis, in-4-, Paris, 1880, t. I, et la table au mot
Anaclet. — 5Ellissen, loc. cit., p. 108; Clinton, Fasti romani,
in-4% Oxford, 1845, t. i, p. 101. — c Holleaux, Discours prononcé
par Néron à Corinthe, in-8% Paris. — 7 J. Greppo, Mémoire sui-
tes voyages d'Hadrien et sur les médailles qui s'y rapportent,
in-8", Paris, 1843, p. 19; 1". Foucart, Les empereurs romains
.utiles 'in. e mystères d'Eleusis, dans la Bev. de philologie, 1893,
p. 197 sq. ; G. Hertzberg, Gcschichte Griechenlands unlcr der
Herrsehaft der Borner, t. n, p. 315-317. — « S. Jérôme, De
eiris illustribus, c. xix, édit. E. Rieliardson dans les Texte und
l'ntersucliungen, in-8*, Leipzig, 1890. — ,J S. Jérôme, loc. cit.,
édit. E. Biehardson, p. 20; Eusèbe, Hist. ceci., 1. IV, c. m,
I'. G., t. xx, col. 308. Pour la découverte de cette apologie et les
travaux qui s'y rapportent, cf. Harnack, Gesch. d. attchrt.-n.
LUteralur bis Euscbius, in-8", Leipzig, 1893, t. i, 1" partie, p. 97.
peu de choses, mais il faut savoir ne pas les forcer.
Un texte de Lucien nous donne sujet d'entrevoir un
des groupes de l'Église d'Athènes; c'est celui où il
raconte qu'Alexandre d'Abonotichos avait institué dos
mystères lors de la célébration desquels il laisait crier
à l'assistance comme cela se pratiquait à Athènes :
lit omnis alhcus, elirislianus, vel epieweus, gui »)ys-
leria sua scrulari vellel, ab hoc loco pellerelur ". Le
même Lucien nous met sur la voie d'une conjecture
qui parait tout à fait fondée lorsqu'il nous apprend que
la province du Pont était remplie de chrétiens; il faut,
donc croire qu'il devait s'en trouver quelques-uns parmi
la colonie pontique de jeunes étudiants à Athènes,
colonie dont Philostrate redoute, pour l'avenir de
la langue attique, le langage corrompu u. L'Église
(l'Athènes fut encore visitée, et à plusieurs reprises, par
Origène. Cet illustre savant y séjourna une première
fois deux années de suite et y travailla à plusieurs de
ses ouvrages 13. Dans son livre IIP contre Celse, il donne
de grandes louanges à cette Église10, mais néanmoins
il ne put s'entendre avec son évêque Démétrius et plu-
sieurs autres personnages, encore qu'il eût un parti
pour le soutenir11. Un des étudiants de la «nation»
[jontique à Athènes fut Grégoire de Néocésarée, disciple
d'Origène; plus tard on y vit Grégoire de Na/.ianze,
Basile, le futur évêque de Césarée, et le jeune Julien,
(iui depuis fut empereur18. Les noms conservés aux
martyrologes ne permettent pas d'asseoir rien de précis
ni même de certain, au sujet du développement du
christianisme. Ces sortes de recueils ont été trop de fois
remaniés pour qu'on ose leur demander autre chose
que des noms. Ceux de Héraclios, Paulinus, Benedimos
reparaissent dans le Me'nologe 6as(7icH19 et dans
d'autres documents20; on croit pouvoir attribuer leur
martyre au règne de Dèce21. M. Bayet conjecture avec
quelque raison que l'Église d'Athènes'a dû fournir des
forçats pour les mines et il y voit une allusion dans
les remerciements envoyés au pape Sotcr par l'évêque
Denys, de Corinthe, pour les subventions qu'il avait
adressées aux chrétiens d'Orient condamnés ad
metalla12. •
On ne peut rattacher que par son origine à une Église
de Grèce une famille venue à Rome pour se convertir
et y mourir -■'.
Nous n'essaierons donc pas ici de proposer un chiffre
que rien ne laisse pressentir; cependant nous croyons
utile de donner quelques calculs sur la population totale
de l'Attique24. Les Athéniens libres furent toujours en
— ,0L.-J. Tixeront, Les origines de l'Église d'Édesse et la légende
d'Abgar, in-8°, Paris, 1888, p. 9, note 5. Ceci nous reporte
vers 215-218. — " Pitia, Spicilegium Solesmense, t. n, p. lvi;
Eusèbe, Hist. ceci., 1. IV, c. xxvi, P. G., t. xx, col. 390. —
12 J. Otto, Corp. apologetarum, in-S", Iena, 1857, Prolegom. ad
Athenag., p. xix; C. Cavedoni, Opuscoli di Modena, in-8% Mo-
dena, 1858, p. 395, note. — 13 Lucien, Alexander, c. xxxvni :
yôç Vi tittxQoçctoç V.7£t xaTÛmconoç T'~JV oçycuv, OcJvilU a. T. '/. — i4Phi-
lostrate, De vita sophistarum, 1. II, c. i. Ct. L. Petit do Jullevitle,
L'École d'Athènes au iv' siècle après J.-C, in-8", Paris, 1SG7. —
'» Eusèbe, Hist. ceci, 1. VI, c. xxxu, P. G., t. xx, col. 592. cf.
Huet, Origeniana seu de vita, doctrina et scriptis Origenis
librilll, 1. 1, c. n et m, in-4°, Parisiis, 1608. — l<iContra Celsum,
1. III, c. xxx, P. G., t. XI, col. 957 sq. — » Photius, Biblivth.
Cod., cxviu, P. G., t. cm, col. 390. — ,8 Socrate, Hist. ceci., 1. IV,
c. xxvil, P. G., t. lxvii, col. 530. Cf. Eusèbe, Hist. eccl., 1. VI,
c. xxx, P. G., t. xx, col. 589; P. Allaid, Julien VApostat, t. i,
p. 315 sq. — rj Menologium grxcorum jussu Basilii impera-
toris grxce olim editum, nune pritr.um grxce et latine prodit
op. Annibalis cari. Albani, in-fol., Uibini, 1723, t. m , p. 100.
- -" Acta sanct., maii, t. m, p. 454. - 2> L. EUissen, Zur Ces. h.
Athens, p. 119. — - Eusèbe, Hisi. ceci., 1. IV, c. xxm,
P. G., t. xx, col. 389; Bayet, loc. «t., p. 14. — -3 Do Rossi
Roma sott., t. m, p. 202. — s* AH;. Dumont, La population
île l'Attique. d'après les iuscr. récemment découvertes, iu-S\
Paris, 1872.
027
ACIIA1E
328
minorité dans I'Alliqiie. Aux époques prospères on cal-
cule sur le pied d'un métèque pour deux Athéniens,
cinq esclaves pour un homme libre, athénien ou
métèque. Cette proportion porte la population libre, en
l'année 433 avant J.-C-, à 23000 âmes, ce qui donne un
total de 140000 habitants en Attique. Le catalogue éphé-
bique de l'an 39 de notre ère indique une telle dépopu-
lation que, s'il était confirmé, il faudrait admettre les
ch i (1res de 8000 Athéniens et 60000 âmes dans l'Attique.
Après un retour aux chiffres de l'an 133 sous les pre-
miers Césars, on retombe sous les Antonins à 12000 et
100000, enfin en l'année 209 on compte tout au plus
7000 Athéniens et 60000 ou 70000 âmes dans l'Attique.
Ceci nous laisse juger que l'Église d'Athènes ne dut
jamais être très considérable; quant au nom ou à l'his-
toire de ceux qui en firent partie, il faudra toujours les
ignorer.
il. COMXrnE. — L'Église de Corintbe l'emportait en
notoriété sur toutes les autres. Les épitres de saint Paul
;'i la jeune communauté l'avaient signalée parmi les chré-
tientés apostoliques; à la fin du siècle, l'importante lettre
du pape Clément avait ajouté encore à sa considération ;
cependant ces documents laissaient entrevoir dans cette
Lglise des germes de précoce décadence ' que la vigueur
de ses chefs sut étouffer ou, du moins, écarter pour un
temps. Vers l'époque de Marc-Aurèle, Corintbe eut le rare
bonheur d'avoir un grand évêque, Dionysios, l'un des
hommes les plus respectés de son temps -. Ses confrères
dans l'épiscopat lui demandaient conseil : il leur répon-
dait, s'adressant aux Eglises elles-mêmes; il écrivit ainsi
aux communautés de Sparte, d'Athènes, de Nicomédie, de
Cnosse, de Gorlyne et des autres Eglises de Crète,
d'Amastris et des autres Eglises du Pont.
Un fait concernant cette Eglise jette un nouveau jour
sur cette époque des origines3; elle dut faire appel à la
générosité inépuisable de l'Eglise de Rome. Le pape Soter
envoya des aumônes qu'il accompagna de bons conseils.
Dionysios lui écrivit : « C'était aujourd'hui dimanche
et nous avons lu votre lettre, nous la gardons pour
la lire encore, quand nous voudrons entendre de salu-
taires avertissements, comme nous faisons pour celle que
Clément nous a déjà écrite. Par votre exhortation, vous
avez resserré le lien entre deux plantations remontant
lune et l'autre à Pierre et à Paul, je veux dire l'Église de
Iîume et celle de Corintbe. Ces deux apôtres, en elfet,
sont aussi venus dans notre Corintbe et nous ont ensei-
gné en commun, puis ont fait voile ensemble vers l'Ita-
lie, pour y enseigner de concert et souffrir le martyre
vers le même temps4. » Les lettres de Dionysios nous
initient d'assez près à l'état des Églises helléniques de
ce temps, surtout de celles de la Grèce propre et des îles.
Le marcionisme ne parait pas avoir fait de sérieuses
conquêtes dans la Grèce propre et en Crète, pas plus
que les sectes gnostiques, dont les élucubrations bizarres
ne s'adaptaient pas facilement à la limpidité de la spé-
culation hellénique. Les rudesses de la morale de
Montan n'obtenaient qu'un succès de surprise, si tant
1 Funk, Opp. Patr. apostol., in-8% Tubingne, 1887, t. i, p. 60 sq. :
I.e Syncelle, éd. Bonn , p 645, 651 ; .1. Lami, Corinthix ecclesim
niemorabilia, dans les Delicix eruditorum, in-8% Florentiœ,
1738, t. iv, p. xxv-ci.n; II. Wilckcns, Svecimen antiquitatum
Corinthiacarum selectwn ad Ulustratiovem utriusque epi-
stolœ Paulinx, in-4°, Bremœ, 1747; D. Schenkcl, De Ecclesia
Corinthia pritrueva factionibus turbata, disquisilio critico-hi-
storica ad antiquissnux ecclesixchristianse statum illustratid.
pértinens, id est excursus de etementinurutn origine argumen-
toque, in-8°, Basileie, 1838; J. P. Van der Mccr do Wys, De se-
rtis christianis Corinthiensibus, in-8% Amstclodami, 18:58; T. F.
Kniewel, Ecclesix Corinthiorum retustissimx dîssentionca et
liirba, a S. Paulo in 1 ad Coriuthius epistulti, cap. i, 17, 9-1:!,
i udicalx, in-4% Gedani, 1841. — ■ Eusèbe, Hist.eccl., 1. II, c xx v,
P. G., t. xx, col. 208 ; 1. IV, c. xxi, xxm, P. G., t. xx, col. 377, 384 ;
.s Jérôme, Chron.,P. L., t. xxm, col. 678 — 'Voy. Hertzberg,
U)c. cit., t. il : Statistique de la Grèce, province par province, p. 440-
est qu'elles l'obtinssent; de fait, Dionysios n'en parait
guère préoccupé quand il s'adresse aux Églises hellènes,
tandis qu'il est obligé de s'expliquer touchant la virgi-
nité et le mariage, dès qu'il écrit aux fidèles d'Amastris.
Asiates riverains de la mer Noire. Dionysios^s'élait
adressé à l'évêque de Cnosse, l'ardent et éloquent Pi-
nytos, à qui il conseillait de ne pas imposer générale-
ment aux fidèles le poids bien lourd d.- la chasteté, mais
Pinytos lui répondit de se montrer lui-même moins con-
descendant, sous peine de ne former jamais ses fidèles à
la virilité de l'esprit. Dans une lettre à une dame nom-
mée Chrysophora, Dionysios décrivit les devoirs de la
vie consacrée à Dieu. Ces lettres étaient d'une si grande
portée que les hérétiques les falsifièrent; c'étaient peut-
être des marcionites, car Dionysios avait écrit contre eux de
même que son correspondant l'évêque de Gortyne, dans
l'île de Crète, pays dont les Eglises étaient alors très floris-
santes. Un peu plus tard, entre 190 et 197, l'évêque do
Corinthe se nommait Bachylos 5, polémiste aussi ardent
que Dionysios. Cette activité intellectuelle s'exprima prin-
cipalement sous la forme de l'apologie (voyez ce mol >
et il semble que les doléances fort mesurées que con-
tiennent les fragments de ces pièces qui nous sont par-
venus étaient fondées en réalité. Les chrétiens étaient,
semble-t-il, victimes des mêmes calomnies et du même
ostracisme que dans beaucoup d'autres lieux 6. Apulée
met en scène une femme de ïhessalie en qui tous les
vices sont rassemblés et qu'il llétrit comme chrétienne " :
on évitait leur contact dans les mystères d'Eleusis, où
l'on avait du reste peu de chances de les rencontrer 8 ;
et peut-être furent-ils exclus de l'Université, où leur
présence parait probable, mais nous n'avons pas de
renseignements à ce sujet. Dans la péninsule gréco-
macédonienne nous trouvons des martyrs, ce sont Parme-
nas, Zosimos et Rufus à Philippes, en l'an 109; révoque
Astius ou Antislius de Dyrrachion, en l'an 110 9. Il faut
rapporter à cette période des deux premiers siècles des
réunions organisées en Grèce par les chrétiens d'après
le modèle qui servit dans la suite à l'institution des sy-
nodes provinciaux 10.
m. ïbessawsique. — L'Église de Thessalonique est
fort ancienne et illustre, mais ses commencements et
ses premiers progrès ne nous sont pas connus. Tctn-
pore inter D. I'aulum et S. Denietrium inlcnncdio, i.e-
seculis quart um Cliristi antecedentibus, qui status
sacrorum nostroittm apud Macedonas fuerit, doctorum
neminem scirc puto; inimo nec qusesitum video11.
Lors de la persécution de 303 nous voyons à Thessalo-
nique et dans la région environnante quelques mar-
tyrs '-; et on connaît deux marbres contenant un témoi-
gnage de la croyance en la résurrection pouvant
remonter au me siècle 13.
A Thessalonique, comme presque partout ailleurs, la
liste épiscopale a subi de graves remaniements. Le pre-
mier nom qui olfre quelque apparence de sincérité est
celui d'un évoque Gaius dont parle Origène : Fertur
sane tradilione majorum quoil hic Gains primus epis-
457. — 'Eusèbe, toc. cit. — 'Eusèbe, Bist. eccl., 1. V, c. \\u.
xxm. P. G.. t.x\. col. 480; Chron., éd. Sclicene, in-8% Berolini,
1806-1875, t. ii. p. 071 sq. : Clinton, Fasti romani, t. i, p 18;). 199,
201 : t. ii, p. 307, 413. — " Lucien, Atexander, 38. — 7 Mctam., i\.
14, S 620, p. 783 sq. — "Lucien, loe. cil. — » Menologium grx-
corumjussu BaeiUi imperatoris grâce olhn editum (886) stud
Amiibalis, in-lol., Ui'bini, 1723, t. m, p. 157 sq ; Martyrol rotn.,
julii 7. — ,0.t. Gieseler, Lehrbuch der Kirchengcsch., in-8*, Bonn.
1847, t. I, part. 1, p. 220 sq ; C. J. Hélélé, Concilicnpcscliiclitc,
in-8% Freiburg-im-Br., 1854-1875, t. i, p. 84, trad Delarc, in-8*.
Paris, 1869. t. i, p. S5i sq. — <'G. Tafel, De Ihessalonica eituque
agro dissertatio geugraphica, in-8% Berolini, 1839, Proteg., p. xi.i.
Ct. G. Taiel, Histuria Tlicssatuincx res gestns usque ad anmini
Cliristi Dcccciv complectena, in-4% Berolini, 1835. — ,f Acta
SS. Agapes, Chiunix, Irencs, 5, dans Huinart, Acta sincera.
p. 423. — <3Monum. eccl. liturg., n. 2776, ct auctarittni, p. 154,
n. 4317.
329
ACHAÎ'E
330
copus fuerit Tliessalonicensis Ecclesix1. La tradition
•était ancienne dès le IIIe siècle, mais nous ne savons
rien qui permette d'identifier le personnage2; il faut
attendre le IVe siècle. Nous rencontrons alors Alexandre,
qui siégea à Nicée, mais à partir de cette époque les
destinées de Thessalonique trouveront mieux leur place
quand nous traiterons de la province d'Illyricum ecclé-
siastique 3, Yoy. Illyriclm.
III. Récits légendaires. — Pour suppléer aux incon-
nues de leurs origines chrétiennes, les Grecs n'eurent
qu'à se ressouvenir de leurs fables divines; cependant,
les imaginations nouvelles n'égalèrent ni en fécondité ni
surtout en profondeur symbolique les belles créations
du temps de l'épopée et de la Grèce archaïque.
Comme un grand nombre d'autres Eglises, celles de
ce pays ne surent pas résister à la séduction de l'origine
apostolique. Le rôle de saint Paul était historique; on
s'attacha à composer à l'apôtre Pierre toute une histoire
dans laquelle on le fait martyriser sur l'agora de l'an-
cienne Athènes i et enterrer à Argos '■>. De saint Jean, on
montre encore à Patmos la grotte où il « eut la vision de
l'Apocalypse » G, mais saint André fut particulièrement
exploité : après avoir fondé l'évêché de Byzance, en
qualité d'apôtre du Pont ', il passa en Achaïe 8 et
mourut à Patras (ann. 66) 9. Saint Luc devint apôtre
de l'Achaïe »».
IV. LE IIIe SIÈCLE ET LES PERSÉCUTIONS. — Le
IIIe siècle ne vit pas dans l'Achaïe ce développement
des communautés chrétiennes qu'on signale sur
d'autres points de l'empire. Il n'y eut pas dans tout le
monde antique de terre plus résistante que celle-ci à
la pénétration du christianisme. Les communautés ne
fournissent aucune trace de leur expansion dans les cam-
pagnes; elles se maintiennent dans les grandes villes,
dont elles ne sortent guère. 11 ne semble pas que ces
Eglises fussent animées d'une bien grande ferveur. Au
contraire, les îles, quoique très attachées, elles aussi,
aux cultes anciens ,J, avaient été plus entamées. La
communauté de Mélos, dont les catacombes ont été
retrouvées et explorées1-, celles de ïénos, Paros, Théra,
Astypalée 13, Cahmnos '*, Teleudos 13, Leros 16 ont laissé
des monuments qui nous apprennent leur existence, mais
bien peu de choses au delà. En Crète, on trouve une
église qui remonte, dit-on, à la mission du disciple Tite,
elle est située en face du Théâtre ruiné de l'ancienne
Gortyne; cependant le christianisme ne s'y maintint peut-
être pas très pur, car on sait que les Carpocratiens
étaient assez puissants à Céphalonie pour élever un
temple au fils de leur fondateur Épiphane l7. C'est donc
probablement dans les iles de la mer Egée que la foi
' Origène, In Epist. ad Roman., xvi, 23, P. G-, t. xiv, coi.
1289. — s CI. Échus d'Orient. in-4°, Paris, 1901, p. 138. — *Ibid.,
p. i38. Pour la période suivante, voyez L. Duchesne, Églises
séparées, c. VI, in-12, Paris, 1896, p. 229-280. — * Curtius, AU.
Stud., t. n, p. 27. — H. Thiersch, Leben Thiersch's, dans l'Aus-
land, 1867, n. 26, p. 623. — « L. Ross, Grlech. Inselreisen, in-4%
Berlin, 1839, t. Il, p. 124-126. — ' A. von Gutschmidt, Die Kbnigs-
namen in den apokryphen Apostelgeschichten, dans le Iihein.
Muséum, 1864, t. xrx, p. 393. — *Ibid., p. 391-392. — »Ibid.,
p. 396 sq. ; C. Tischendorf, Acta apostol. opocryplia ex XXX
antiquis codicibus grxcis, in-8°, Lipsia?, 1851, p. 105 sq. Cf. M.
Bonnet, Acta Andreœ cum laudatione contacta... aseprimum
édita ex analectis Bollandianis rcpetiil, 1895. — ,0 Acta sanct.,
octob; t. vin, p. 287, 290, 295, 300 sq., 311 sq. — " Corp. inscr.
grxcarum, t. i, n. 2384. — ** L. Ross, Grtecli. Inselreisen,
t. III, p. 145-151 ; Ch. Bayet, La nécropole chrét. de Melo, dans le
Bull, de cor. hellén., 1878, t. Il, p. 347 sq. — ,3L. Ross, loc. cit.,
t. il, 58. — "Loc. cit., p. 96 sq. — '» Loc. cit., p. 102. — '» Loc.
cit., p. 120. — "Gieseler, Lehrb. d. Kirchengesch., in-8% Bonn,
1831-1855, t. I, p. 190; L. Friedlander, Darstellungen, in-8% Leip-
zig, 1862, t. III, p. 514. — '• Origène, Contr. Cels., 1. III, c. XXX,
P- G., t. XI, col. 957; Hertzberg, loc. cit., t. lu, p. 125, note 1.
Cf. Eusèbe, Hist. eccl., 1. VI, c. xxm, P. G., t. XX, col. 576; Clin-
ton, Fasti romani, t. I, p. 243. — 10 Eusèbe, Hist. eccl., 1. VI,
c. xxxn, P. C., t. xx, col. 592; Clinton, Fasti, t. I, p. 255. —
trouvait le plus grand nombre de ses adhérents, et la
remarque d'Origène (vers 228-231) sur l'extension consi-
dérable du christianisme dans l'Ilellade s'appliquait très
probablement beaucoup plus à l'archipel qu'aux Églises
de terre ferme 18. Le deuxième voyage d'Origène en
.Achaïe (239) 19 fut suivi, à quelques années de distance,
de la persécution de Dècc. L'obscurité des communautés
du continent les garda mieux que leur valeur morale;
à peine relevons-nous quelques noms de martyrs; à
Athènes, assez probablement Héraclios, Paulin et Bene-
«limos 20; à Corinthe, deux séries de martyrs, mis à mort
à une année d'intervalle, ce sont : Myron, Victorinus,
Victor, Nicéphore, Claudien, Diodore, Sarapion, Papias,
Codratos, tous de Corinthe; Cyprien, Dionysios, Anectus,
Paul, Crescens, du Péloponèse ou de la banlieue de Co-
rinthe. (Léonide, Irène et Hadrien semblent être d'au delà
de l'isthme.) Une femme, Helconis, originaire de Thes-
salonique 21, fut martyrisée à Corinthe, sous le proconsul
Justinus22. Mais il s'en faut que tous ces martyrs puissent
élre placés avec certitude au temps de Dèce 23. En Crète,
où la vie chrétienne parait plus prospère, on trouve
plus de martyrs : à Cydonie, Basilide, à Gortyne, Théo-
dule, Saturnin, Eupore, Gélase, Eunicien et les compa-
gnons de l'évoque Cyrille24; à Cnosse, Zotique, puis
encore Lénomenes, Politique, Agathope, Evariste; à
Chios, sainte Myrope et saint Isidore ri.
Sans doute, î'édit de Gallien eut pour l'Achaïe les
mêmes conséquences bienfaisantes que pour les Églises
des autres provinces, mais ici encore nous ne pouvons
en prendre une idée exacte, à cause de la pénurie des
documents, même pour la persécution de Dioclétien, à
propos de laquelle on pourrait espérer juger des
progrès accomplis. Pendant que tout l'empire avait
de nombreux martyrs, on n'en trouve qu'un seul à
Athènes (encore fait-il quelque doute), c'est l'évêque
Léonide 2t>.
V. L'ariamsjie et le iv* siècle. — La Grèce fut pré-
servée à l'époque suivante d'un mal qui envahit le reste
de l'Orient, l'arianisme. II « s'arrêta sur le seuil des pays
grecs européens et ne réussit pas à le franchir » 27; dès
ce temps, les Églises commencent à être mieux connues.
Le concile de Nicée nous fournit les noms d'un grand
nombre d'évéques grecs, mais il reste difficile de porter
un jugement absolument délinilif sur cette question des
! listes épiscopales avant que la publication du Corpus des
inscriptions grecques chrétiennes, promispar l'École fran-
çaise d'Athènes28, et la concentration de documents bi-
bliographiques qui en sera le résultat permettent de revi-
ser et de compléter les séries dressées par Le Quien. Les
évéques de l'Achaïe, de l'Épire, de la Thessalie, de la Ma-
*° Ellissen, Zar Geschichte Athcns, in-8", Gottingen, 1848, p. 119
sq. ; Menologium grœcorum, éd. Annib., 1727, t. m, p. 100. —
il G. Talel, De Thcssalonica cjusque agro, in-4", Berolini, 1839,
p. xiv, xli. — "Tafel, loc. cit., p. 150; Mcnol. Basil., 28 mai,
t. m, p. 115. — "Tillemont, Mém. hist. ceci., in-4", Bruxelles,
1732, t. m, p. 156, 334, art. 22 et note 25 sur la persécution de Dèce.
« Le Ménologe nomme sept de ces martyrs (t. Il, p. 148) pour le
ol janvier (de Victorinus à Papias, supplices divers); six pour le
10 mars (de Codratus à Crescens, décapités), qui ont été exécutés
sous l'empereur Dèce, à Corinthe ; pour les autres, au 16 (15) avril,
on donne bien (t. m, p. 58, 59) Corinthe comme le lieu, mais non
ta date du martyre (par le feu). » Hertzberg, loc. cit., t. III, p. 129,
notel. — -lMenolog. grœc, t. il, p. 54; Surius, Vitse sanct.,
t. XII, p. 305; Tillemont, loc. cit., art. 22; Hertzberg, t'. III, p. 199,
met Cyrille sous Dioclétien. — 2S Acta sanct., julii t. III, p. 482.
— *" Acta sanct., iô avril, t. Il, p. 378; Ellissen. loc. cit., p. 132;
Hertzberg, loc. cit., t. m, p. 199. Voy., quelques lignes plus haut,
Léonide, Irène et Hadrien. — !1 Hertzberg, loc. cit., t. m, p. 250.
— !* Homolle, Le « Corpus inscriptionum grxcarum christia-
narum » dans le Bull, de corresp. hellénique, 4898, p. 400-415.
Voyez cependant H. Gelzer, H. Hilgenleld, O. Cuntz, Patrum
Xicxnorum nomina latine, grxce, coptice, in-8', Leipzig,
IS18, et C. Tuiner, Ecclesix occidentalis monumenta iuris,
iii-8», uxonii, 1399, t. I ; Nicxnorum patrum tuscriptiones,
p. 1.
roi
ACHAÏE
Z31
cédoine, subissant l'influence d'ÂcMlliosThaumatcrargos,
évèque de Larisse i, se montrèrent les adversaires con-
vaincus et persévérants de l'arianisme 2. Ce tut pour le
plus grand bien de la religion en Grèce, qui ignora dés
lors les disputes qui entraînèrent bientôt la d> cadence
des Églises, alors si florissantes, de la côte occidentale de
l'Asie-Mineure, et s'opposèrent, peut-être pour toujours,
au développement du ebrislianisme dans l'Asie cen-
trale.
Vers ce temps la situation du christianisme en Grèce
paraît s'affermir, mais sans éclat. L'épiscopat se montre
nombreux : Maxime de Cythère 3, Euphrosinos de
Rhodes*, Méliphron de Cos S, Strategios deLemnos0;
Myron de Cnosse, en Crète 7 ; d'ailleurs, « la province des
îles » continuait à être la plus llorissante. Dans l'Achaïe :
Hésiode et Épiclète à Corinthe 8, Pistos à Athènes,
Aristée, évoque « de l'Hellade », Festins à Slrategis. En
liéotie ou, plus probablement, en Phthiotide, un évéque
de Thébes, nommé tour à tour Boudion, Dionios, Chio-
nios. A Corcyre, Apollodore 9. En ïhessalie, Achillios
de Larisse10, Claudianus ". En Macédoine, principale-
ment à ïhessalonique : Alexandre 12, Jean 13, Aétius u,
Herennius *'■>.
Il semble qu'il y ait quelque fondement dans l'attri-
bution à l'impératrice sainte Hélène de la construction
de la célèbre église d'Hekatontapyliani, près de Naussa,
et de celle de Paroikia à Paros lb. Peut-être l'église de
Saint-Pierre, à Argos, remonte-t-elle à cette époque ;
quant à celle de Stata Mater consacrée par M. Lollius
Ëpinicos, l'époque en est plus incertaine11.
L.'épigraphie, ce précieux témoin du passé, nous sert
peu ici. Quelques pierres, du plus vit intérêt, ne nous
renseignent guère sur les antiquités de l'Achaïe en gé-
néral. A Thessalonique 18 nous trouvons une formule
qui, dès le ne ou m* siècle, marque la foi en la résurrec-
tion; à Mélos I!» nous voyons la croyance à un ange gar-
dien des tombeaux-".
£N KO [AHniC
OITTPeCBOITePOlOITTACHCMNHMHCAZIOlACK
KAieAniZCÙNK£ACKAHniCAeTeCKeArAAIACIC
AIAKONOCKAieYTYXIAT7AP©eNeYCACAKEKAA
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5 TTAPOeNeYCACAKAieYTYKIAHTOYTGÙNMHTHP
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GNOPKIZCOYMACTONCOdeetpeCTCOTAANreAON
MHTICnOTeTOAMHeNOAdeTINAKATAOeCOe
IHCOYXPeiCTeBOHOeiTGOrPAYANTI TTANOIKI
'Le Quien, Oriens christianiis, in-fol., Parisiis, 1740, t. Il, p.
103; Menol. Basil., 15 mai, t. m, p. 99. — * Eusébo, Vtta
Constant., 1. III, c. Xix, P. G., t. XX, col. 1077; Théodoret,
llist. ceci., 1. I, c. x, P. G., t. lxxxii, col. 937; Socrate, Hist.
ceci., 1. I, c. ix, P. G., t. lxvii, col. 77; I. II, c. Il, xxvn, P. G.,
t. lxvii, col. 185, 269; IléU-lô. Conciliengescli., t. i, p. 255 sq.,
had. Délaie, t. i, p. 201 sq. — 3 Acta sanct., april. t. n, p. 378.
— *J. Hardouin, Collectio regia maxivta eeneiHorum, in-fol.,
Parisiis, 1700-1715, t. i, p. 317 sq. — 5 Ibid. — ° D. Mansi, Cour.
ampl. coll., in-lol., Luca\ 1748, t. vi, col. 1138. — T Acta sanct ,
augnst. t. n. p. 344. Dans les iles, lo paganisme s'est maintenu
jusqu'au v siècle, lloss, Crriech. Inselreisen, t. i, p. 46. Dans
li' Magne, qui est un pays perdu à l'extrémité de la Grèce, le
christianisme ne fut introduit qu'au ix' siècle. Petit de Jul-
tevillc, dans les Arch. des misa, BCientif., 1 868, p. 522. — 'Mansi,
loc. cit., t. v, col. 830: Hardouin, loc. cit., t. i, col. 1541, lt>(5.
— "Mansi, loc. cit.. t. VI, col. 1138. — ,0 Le Quien, loc. cit.,
t. u, p. 103. — " Hardouin, loc cit.. t. i, col. 319 sq. — '«Eu-
eèbe, Vita Const., 1. IV, c. xliii. P. G., t. XX, col. 1193
(lardouin, loc. cit., t. i, col. 319 sq. ; Gclasius, dans Maiisi, loc.
eu., t. u, col. 882; G. Tatol, De Thcssaionica, p. 45 sq. — ,3Le
<.>uien, loc. cit., t. Il, p. 27-29. — M Mansi, loc. cit., t. m, col. 17.
18; Talel, loc. cit., p. xv, xi.vn sq. — ,5Lo Quien, lac. cit., t. Il,
p. 29. Cf. Socrate, llist. ceci., 1. I, c. vin, P. G., t. i.xvii.
col. 60; Gelasius, dans Mansi, loc. cit., I. II, c. v, t. n, eol. 806;
Hertzberg, loc. cit., t. m, p. 250, note 2. — "' Hertzberg, loc. cit..
t. m, p. 248, note 2. — "Le Bas, dans la Revue archéologique,
uillet I8'i3, p. 280 sq. — '• Monumenta Ecclesiœ Hturgica, io-4%
'Ev K(up!) w.
Oî irpîT^itTcpùi ol iiaa-r,; u.vrju.7,; açtoi 'Acné>,Y|7riç.
xoù 'E;7;'.^(«)v v.ï 'AoTcXifiiii{ô8o]c[(i]; v.h *AYaX(y)ta<T!ç
[£]tày.ovo; xa\ E-jxu^ia •rcapÔsvî-JTaaa xè K/.auoiavTi
5 TrapÔevsJTacra y.ai E-JTU^ia r\ to-jtu>v p.r\vrip
k'vtla xûvce* xoù in\ yi\t.i to 8/]"/.cov toOto.
'Evop<e'Ça> •jp.âç TÔv <io£ èçôaTùjTa avycXov,
u.t, Ttç ttots ToXu.r,(<7T,) êvôiSs Tivà y.aTaÔiaOs.
'Iï)itoû XpsiaTÈ pVrçOei tu YP^4,av~; rcavoty.i.
a Dans le Seigneur. — Asclepis et Elpisus et un autres
Asclepis, prêtres dignes de mémoire, et Agaliasis diacre
et Eutychia vierge et Claudiana vierge et Eutychis leur
mère reposent ici, et ce monument les recouvre.
« Je vous prie par l'ange qui demeure ici de ne pas y
introduire un autre cadavre.
« Jésus-Christ, sois secourable au lapicide et à toute-
la maison. »
Une épitaphe d'Egée contient des imprécations dont
nous avons signalé ailleurs la rareté dans le vocabulaire
chrétien *' ; nous trouvons près d'Élis, au HP siècle, tov
6sôv -ju.lv tôv ëiTovpivtov 22; à Sicyone 23 et à Salamine 2*-
des épitaphes intéressantes à divers titres; cette dernière
contient le mot de saint Paul p.apav<xOa (uapàv àOa); a
Athènes, une épitaphe métrique (tv-ve siècle) d'une assez
bonne facture 2S.
Le règne de Julien n'eut que peu d'influence sur les-
communautés de la Grèce; d'ailleurs, les détails nous
manquent absolument pour ces deux années; nous ne
faisons qu'entrevoir un mouvement populaire contre les-
chrétiens provoqué' par les hellénistes -6 et la révocation
du sophiste Proseresias, de l'école d'Athènes, révocation
dont le christianisme fut le seul molli. Prou>resios refu-
sa de profiter de l'exception que Julien consentait ;i taire
personnellement en sa laveur, en frappant ses coreli-
gionnaires -7. Ce fut la dernière grande époque de l'école
d'Athènes, dont on racontera ailleurs les destinées Voyez
Athènes -8. S'il faut en croire Nicéphore Calliste 2'J, ce
serait sous le règne de Julien que l'Eglise aurait adopté
l'antique coutume gTecque encore en vigueur de pré-
senter à la bénédiction d'un prêtre les fruits de la terre
otlerts à un patron, mais nous ne savons sur quel fon-
dement Nicéphore appuie son assertion.
VI. Tempi.es païens et églises chrétiennes. — C'est un
sujet qui mérite une plus grande attention 30.La destruc-
tion des temples païens commença aussitôt après la dé-
faite de Licinius 31 ; dès l'année 'Ml on promit aux habi-
tants des campagnes des récompenses s'ils abattaient
Paris, 1902, t. I, n. 277G. — •• Corj>. inscr. gr., t. iv, n. 9288.
9289; les lacunes de cette dernière inscription paraissent réclamer
pour supplément la formule complète du n. 9288. Inscript. grtec.
insul. maris J£<jcw, 1898, fasc. 3, n. 1238, 1239. — 20R. Weil,
dans les Millh. des athen. lnst., 1877, t. Il, p. 79, note 15. —
51 D. Cabrol et D. Leclercq, Monumenta BccIosûb liturgica,
in-4". Paris, 1902, t i, n. 2777. — "Corp. inscr. gr., t. iv, n. 929'i
.. —"Ibid, n. 9301. — s* Ibid., n. 9;«3 — "ibid., n. 9319. —
s"Socrate. Hist eccl , I. III, c.xiir. /'. (,' . t LXVII, col. 412. —
" S. Jérôme, Chronie., ann 237G (362-363). dans Schoene, Eusebii
chronicon, in-8-, Berolîni, 1866-1875, t. n. p. 196; Prosper d'Aqni-
i taine. Chronie , éd. ltencalli, t. I, p. 628; Eunape. VU. Soph .
éd. Boissi'iwade, p SB; Clinton, l'asti romani, t. i.p. 449; G. Sic-
vers, Stuàien sur Geschiehte ier rinn. Kaiser, in-8', Berlin.
1870, p. 235, et Bas hebcn des l.ihanins, in*, Berlin, 1868,
p. 105. CI. P. Allard, Julien l'Apostat, in-8-, Paris. NOS, t. n,
p. 352 sq. — *• Petit de .lulleville. L'I.'cole d'Athènes au i\- siècle
après J.-C, in-8', Paris. 1868; E. Monnier. I>c rhetorica' disci-
pulis et magistris per Orienta» in quarto christianiœvis.rxitlo.
in-8% Paris. 1866; E. Chastcl, Hist de la destr. du pagant-t»
dans l'empire d'Orient, in-8% Genève, 1N50. p 277 sq. — "Nicé-
phore Calliste. Hist eccl., 1. X. c. xxi, P. G., t. cxi.vi, col. 437. —
— :,° Petit de Julleville. Recherches sur l'emplacement et le vo-
cable des églises chrétiennes en Grèce, dans 1, s Archivée de<
missions scientifiques. 1868. p 46B-683.— Sl A. -A. Beugnot. His-
toire de la chute du paganisme en Occident, in-8', Pari~
1835, t l, p 1V.>; Kinlay, Greece wtdcr the Romans, in-8', Edin-
bnrgn, 184V P !•>-•
303
ACHAI'E
33i
eux-mêmes leurs temples1, et, quelques années plus tard,
une loi de 320 défendit d'entreprendre la réparation îles
temples; en 330, on en vint à la spoliation ouverte :
« Constantin envoya de tous cotés des agents sûrs qui
faisaient la visite des temples, saisissaient les offrandes
et les revenus des uns, dépouillaient les autres de leurs
ornements, étaient à ceux-ci leurs colonnades, à ceux-là
leurs statues les plus renommées, enlevaient, pour les
convertir en monnaies, les plaques d'or et d'argent qui
recouvraient les idoles, et envoyaient toutes ces dé-
pouilles à Conslantinople 2. » Eunape, dont les infor-
mations doivent èlre souvent tempérées, dit que, vers
la lin de sa vie, Constantin « renversa tous les temples
les plus célèbres pour élever des églises sur leurs
ruines »3j il y a jc; une exagération manifeste. Loin
de mettre cet emportement dans ki destruction, les
empereurs semblent avoir peu pressé l'exécution de leurs
lois de 340 et 350. C'est à partir du régne de Théodose
et de l'édit du 27 février 301 que les événements graves
se précipitent. L'invasion d'Alaric (395) amena la ruine
d'un grand nombre de temples du Péloponèse et du
plus célèbre de tous, celui d'Eleusis; Olympie fut détruite,
les jeux abolis >. En 399, une loi ordonna la destruction
des temples de la campagne. Sauf quelques cantons
montagneux de difficile accès, la transformation s'ac-
complit par toute la Grèce et les îles aux v° et VIe siècles 5.
Ce fut alors que diverses raisons très sages firent adap-
ter au culte chrétien des édifices que l'on ne pouvait
laisser sans emploi, sous peine de voir le peuple y reve-
nir peut-être, et qu'un motif impérieux d'économie et
d'esthétique défendait de mépriser au profit de construc-
tions nouvelles onéreuses et d'un style de décadence.
Mais on n'avait pas toujours suivi cette ligne de con-
duite. Les chrétiens des premiers temps, attachés aux
églises qui les avaient reçus pendant les jours difficiles,
ne voulaient pas les abandonner pour une installation
dans les anciens temples des idoles. Ils commencèrent
donc à dévaliser ceux-ci en détail, à leur enlever tout
ce qui pouvait contribuer à la décoration de l'église,
faisant un choix souvent discutable; ou bien ils modifièrent
gravement l'aspect des temples dans lesquels ils con-
senlirei.-: à s'établir. Ces faits sont regrettables sans doute,
mais ils sont trop humains pour que nous ayons le droit
d'en être surpris.
Le christianisme s'introduisit sans violence dans les
dèmes de la Grèce, le plus souvent il se superposa
assez exactement à l'ancien culte, dans tout ce que celui-
ci avait de tolérable, de manière à ce que les consciences
et les esprits ne fussent ni rebutés ni alarmés. Ce
n'est pas ici ]p lieu d'étudier la question si complexe de
la christianisation des foules 6, mais nous ne pouvons
nous dispenser d'y apporter un contingent de faits net-
tement localisés. Petit de .lulleville a relevé — et les études
de ce genre comportent toujours quelque supplément —
plus de quatre-vingts églises chrétiennes s'élevant sur
remplacement de temples antiques et dédiées presque
toutes sous des vocables qui rappellent les vocables des
temples auxquels elles ont succédé '. Ce fut une oeuvre
éminemment populaire, « œuvre spontanée, inconsciente
et impersonnelle des masses, qui, entre les saints qu'on
leur apportait, choisirent d'instinct les noms qui leur
étaient le moins étrangers. » Alaric et l'empereur ayant
détruit Dimitir (Démêler), on mit à la place Dimitri
< Sozomène. Hist. eccl., 1. II. c. v, P. G., t. i.xvir, col. 9'iô. Cf.
Petit de lulleville, loc. cit. — 3L"usèbc, De vita Constant., 1. III,
c. xlvih, P. G., t. xx, col. 1108. Ct. Petit de lulleville, toc. cit.
— 3 Eunape, Vita lEdesii, p. 401. Cf. Petit de Julleville, toc. cit.
— *En 365, célébration des mystères d'Eleusis, Zosime, Hist.,
t. IV,- c. m; en 375, sacrifices publics à Minerve, Zosime, Hist.,
1. IV, c. XVIII ; en 432, enlèvement de la Minerve du Paithénon,
Marinus, Vita Procli, c. xi, xix. xxix, xx. — 5 'Aroupîniç *?<>;
Tdù; dpSoîdJ-ouç, P. G., t. VI, p. 1375-76, signale la disparition pres-
que générale des anciens édifices. — ° Dufourcq, dans la Revue
(Hagios Deme trios), Athénée, fille de Zens, fut rem-
placée par'Ayia yjosia, saint Laboureur (Hagios Geor-
gios) devint protecteur des moissons et remplaça Dé-
méter. Les saints àvâpy-ipo'., médecins, supplantent As-
clépios (Esculape); une église aux douze apôtres s'éleva
sur l'emplacement de l'autel des douze dieux; hagios
asoinalos (saint Michel) eut deux églises dans d'anciens
gymnases, celui d'Hadrien et celui du Cynosarges où Hé-
raclès (Hercule) était particulièrement honoré; or
saint Michel, vainqueur de Satan, remplaçait Hercule,
vainqueur de l'hydre de Lerne.
Il semble donc que ces substitutions se soient faites
d'après le son du nom du saint, d'apr.-s le sens dti nom,
ou enfin d'après la légende dégagée du nom.
Ce qui n'est pas moins digne d'attention pour l'his-
toire générale, c'est le contraste qui existe entre les pen-
sées de cette époque et celles qu'avaient les anciens, sur
l'exécution matérielle des temples. Une inscription an-
tique de Cimitile mentionne la qualité des matériaux
employés : non c dirutis monumentis 8.
. . .BARBARIVS.POMPEIAN
V . C . CONS . KAMP . CIVITA
TEM.RELLAM
SILICIBVS . E . MCfNTIBVS
EXCISIS . NON . E . niRVTI.S
MONYMENTIS . ADVEC
TIS . CONSTERNENDAM
ORNANDAMQVE . CVRA
VIT.
Beaucoup plus tard, en 363, on trouve sur un édifice
chrétien de Corfou, construit avec des matériaux pro-
venant de la destruction des temples païens, l'inscription
suivante ° ;
[CYN€PI0ON
niCTIN EXC0N BACIAIAN CMCON MENGCON
COI MAKAP YYIWieAON TON A'ICPON CKTICA
[NHON
HAAHNC0N T£M£NH KAI BGOMOYC EZAAAATTAZAC
X£PON ATTOYTIAANHCIOBIANOC EAN01M ANAKT1
Ili'aTtv k'-/o)v PausXeav ëpfi>v u-evéïov cruvépiOov
aoi, [j-àxap •j'J/îu.sîov' t6v6' tepâv k'xTccra vyjÔv,
'EXXrjvtov T£i>.£vr) xai [3io[j.o\j; ÈlaXaTtiEaç,
yj.ipbz oltz' oiJTiôavï); 'Ioëiavô; egvov avaxtt.
VII. DEnNiftriE PÉRIODE. — L'événement qui acheva de
détacher les derniers partisans des anciens cultes tut la
disparition des principaux sanctuaires auxquels s'atta-
chaient les souvenirs des religions grecques. L'invasion
d'Alaric avait détruit sans retour les temples païens et
aussitôt il se trouva pour attirer et recevoir les foules
encore païennes un épiscopat "nombreux et sérieux. Les
sièges de Corinthe et de Thessalonique étaient devenus
les plus importants de la Grèce d'Europe; les sièges de
Fatras, de Larisse, en Thessalie, de Philippes, en Macé-
doine, étaient considérables. A Corinthe se tint en 419
un synode intéressant pour la question de la translation
d'un même personnage sur plusieurs sièges épiscopaux 10.
Les Actes du concile d'Ephèse (431) nous permettent de
juger du grand développement du christianisme dans
la Crète, l'Achaïe, la Thessalie, l'Épire et l'archipel où
le nombre des évèchés s'est singulièrement multiplié.
Nous voyons assister au concile, avec l'évèque Basilios
d'hist. et de Utl. rclig., 1809. t. iv, p. 239. — "Petit de Julie-
ville, loc. cit., p. 525. — * Mommscn, Inscript, regnt rtvopol.,
in-ful., Lipsia;, 1852, n. 1910. — 'R. Walsli. An essay on ancient
coins, etc., in-8% Londun, 1830, p. 110 ; cf. Muratori, Thcs., in-fol.
Mediolani, 1739, p. mdccclxxxix, n. 7; Le Blant, tnscr. chrét
de la Gaule, in-4% Paris, 1856-1865, t. I, p. 480, note 1 ; Corp.
inscr. grxc, t. IV, n. 8008, 8627. — '"Mansi, Coite, ampl.
coll., t. IV, p. 435. Cf. Sucrate, Hist. eccl, 1. VII, c XXXVI, XL,
P. G., t. i.xvn, col. 817 829; Le Quien, Oriens chvistianus, t. i,
p. 23; t. n, p. 100.
3a5
ACHA1E
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de Larisse, métropolitain de Thcssalie, Pausanias d'Hy-
pata, Secundianus de Lamia, Dion de Thèbes Phthiotique,
Théodore d'Echinœos Phthiotique, Maxime de Démétrias,
les épirotes de Théodore de Dodone etDonatus de Nico-
polis avec leur métropolitain Eucharios de Dyrracliium.
Le métropolitain d'Achaïe, Périgène de Corinthe, était
représenté par ses suflragants Agathocle de Corone ou
Coronée (?), Domninus d'Oponte, Anysios de Thèbes,
Callicrate de Naupacte, Nicias de Mégare. On vit arri-
ver aussi' l'évêque de Gortyne, métropolitain de la Crète,
qui ajoutait alors à son peuple un grand nombre de
juifa convertis1, les évêques de Cnosse, de Lampa, de
Cherronesos; enfin, pour les îles, où l'évêque Jean de
Lesbos gouvernait Mitylène, Methyme et Pordosélène,
Hellanicos de Rhodes et Hesychios de Paros.
D'autres sièges nous sont connus par des documents
moins fameux 2. Il y a des évêques de Thèbes en Béotie,
un métropolitain honoraire à Patras, des évêques de
Lythos et de Subritos en Crète, un métropolitain à Ni-
copolis en Épire. Hertzberg propose d'identifier l'évêque
des Achéens, C\rus, avec l'évêque de Patras; celui de
Césarée en Thessalie, avec celui de la ville mention-
née par Procope 3. Wesseling ' et Le Quien b pensent
que l'évéché des montagnes boisées thessaliennes ou
thessaloniciennes de Perrhebios est le même que Phar-
sale, enfin Mansi cite un évèque Jean de Proconnèse, à
n.phèse 6, où les représentants de Sparte, Patras et
Athènes paraissent absents.
Les évêques d'Achaïe demeurèrent inébranlables dans
l'orthodoxie, mais le métropolitain de Larisse, Basilios,
adhéra au conciliabule d'Ephèse 7 avec ses suffragants
Pausanias d'Hypata, Maximus de Démétrias, ainsi que
Anastasios de Ténédos et Théosébios de Chios, mais, au
moins en Thessalie, le métropolitain fut peu suivi 8. En
449, nous trouvons le métropolitain de Corinthe, Erasis-
trate, dans les partisans de Dioscure au « brigandage
d'Ephèse », il s'y trouvait avec Luc de Dyrrachium, At-
ticos de Nicopolis, Eutychios d'Adrianopolis, Jean de
Messène, Athanase d'Oponte, Vigilance de Larisse, Con-
stantin de Démétrias et Jean de Rhodes 9.
Au concile de Chalcédoine (451) la Grèce d'Europe fut
largement représentée. La Crète envoya tous ses évoques
représentant Gortyne, Gnosse, Lampa, Éleutheria, Su-
britos et Àpollonia. De l'Épire vinrent les évêques de
Dyrrachium, d'Apollonie, de Nicopolis, de Corcyre,
d'Eurœa, de Pbœnice. d'Onchesmos, d'Adrianopolis, de
Dodone, de Photice; de Thessalie, les évêques de Thes-
salonique, de Larisse, de Démétrias, d'Echinos; de
l'Achaïe, les évêques de Corinthe, de Mégare, de Mes-
sène, de Tégée, d'Argos, de Patras, tandis qu'Athènes et
Sparte ne sont pas nommés, et les sièges d'Amphissa,
Élis, Hermione, Trœzène ne sont probablement pas
encore fondés. De la Grèce moyenne vinrent les évêques
de Naupacte, d'Oponte, de Platée; des Iles, les évêques
de Délos, Ténédos, Cos, Rhodes, Chios, Thasos ,u.
Ce grand développement de l'épiscopat nous montre
le système hiérarchique complètement organisé au milieu
du Ve siècle dans la Crète, la Thessalie, l'Epire et les
îles, moins avancé dans l'Achaïe. Plus tard, entre le
concile de Chalcédoine et le concile de Constantinople,
se fonderont les évèchés de Naxos et Carpathos, car
Siphnos et Amorgos dépendaient de Paros; Mélos, Léros,
Samos, Andros. Le résultat du concile de Chalcédoine
«Socrate, Hist. ceci-, 1. VII, c. nx.wiii, P. G., t. xi.vii, col. 825.
— *Cf. Le Quien, loc. cit., t. n, p. 103-274; Mansi, loc. cit., t. iv,
col. 1123 sq., 1215, 1270, 1363 sq. ; t. v, '14; Hardouin, Conci-
lia, col. 1351 sq., 1425 sq., 1528 sq., 1578 sq. — 3 Procope, De
wdif., I. IV, c. m; Hertzberg, loc. cit., t. III, p. 396, note 1.
— * Wesseting, Ad Hierocl. sinecd., p. 417. — B Loc. cit., t. n,
p. 116. — «Mansi, loc. cit., t. iv, col. 1123; Socrate, 1. VII,
c, xxxvi, P. G., t. L-xvn, col. 821. — 'Mansi, loc. cit., t. iv,
col. 1259 -sq.; Hardouin, loc. cit., t. I, col. 1447 sq. ; Héfélé, Con-
cilienQesch-, t. n, p. 179, trad. Dclarc, t. II, p. 373. — • Mansi, loc.
pour la Grèce fut d'entraîner l'adhésion de la majorité
de ses évêques à l'orthodoxie.
La pénurie persistante de documents ne nous permet
pas de préciser le progrès systématique de la religion
nouvelle, il laut se contenter d'indications de détail,
rares et sans lien entre elles; des mentions d'églises
chrétiennes11 à Théra et Astypalée nous donnent les
rôles de la contribution loncière dans cette île au Ve siè-
cle. La longueur de ce document épigraphique nous em-
pêche seule de le donner ici. A la même époque nous
voyons le sanctuaire d'Isis sur la presqu'île de Methana,
attribué au culte de la Panagia, celui d'Asklépios à
Thelpusa attribué au culte de saint Jean. Nous ne pos-
sédons pas de liste complète des évèchés de la Grèce
antérieurs au Xe siècle, mais à partir de cette époque
les provinces qui formaient jadis l'Illyricum étant défi-
nitivement entrées dans le ressort patriarcal de Cons-
tantinople se trouvent être recensées dans les cata-
logues des sièges épiscopaux désignés alors sous le nom
de xxy.Tixâ. Ces catalogues n'existant pas pour la Grèce
et les pays de Crète, Thessalie, Macédoine, Épire an-
cienne et Épire nouvelle, force sera de se borner aux
indications relevées dans les historiens et dans les
signatures des conciles; néanmoins les listes ainsi
obtenues seront assez complètes, grâce à cette circons-
tance d'une révolte survenue à Alexandrie en 457. Le
gouvernement de Ryzance tint à savoir, avant de sévir,
si les évêques étaient toujours d'avis de maintenir comme
loi de l'empire les décrets du concile de Chalcédoine
en haine desquels l'émeute avait été faite. Nous possé-
dons encore, dans une version latine, la liste des desti-
nataires de la circulaire impériale et le texte des
réponses qu'elle obtint. Ces réponses sont, en général,
des lettres synodales, expédiées par le métropolitain
en son nom et au nom de ses suflragants; tous ont
signé en indiquant le siège dont ils étaient titulaires.
Cependant plusieurs réponses ne nous sont pas parve-
nues et quelques signatures ont été omises ou indiquées
trop sommairement.
Nous avons en définitive le» lettres synodales de
quatre provinces sur les six qui composaient l'Illyricum
(diocèse de Macédoine); ce sont celles de la Crète (Gor-
tyne), d'Achaïe (Corinthe), d'Épire ancienne (Nicopolis)
et d'Épire nouvelle (Dyrrachium); celles de Thessalie
(Larisse) et de Macédoine (Thessalonique) nous manquent.
Avec ce qui nous reste nous reconstituons :
Pour la Crête 8 sièges
Pour l'Achaïe 21 —
Pour l'Épire ancienne. ... 8 —
Pour l'Épire nouvelle .... 7 —
et il faudrait y ajouter pour la Crète tes sièges d'Éleu-
ilierne et de Kisamos dont l'existence est attestée res-
pectivement en 451 et 343; peut-être ceux d'Arcadia et
de Sitia, à moins que ceux-ci ne soient de londation
postérieure ". Pour l'Épire ancienne il faut ajouter le
siège de Corcyre dont le titulaire assistait, en 451, au
concile de Chalcédoine; pour l'Épire nouvelle, le siège
d'Amantia manque et la signature episcopus Prinatenui
n'a pu être identifiée. « Pour l'Achaïe, écrit Mgr Du-
chesne, 3 noms de sièges sont etlacés dans la liste des
•21 signatures : on y lit bien 21 noms d'évêques, mais seu-
lement 18 noms de sièges. Corinthe, Athènes, Thespies.
rit., t. v, col. 951. 959, 965, 966; HéTélé", lue. cit., t. u, p. 193, 267,
irad. Dclare, t. n, p. 466. — "Mansi, loc. cit., t. v, col. 1274; Le
Quien, foc. cit., t. i, p. 923; t. n, p. 105. 111, 133. 143. 196, 207,
242. — *° Hardouin, loc. cit., t. I, col. 1799 sq., t. Il, col. 5t. 55, 59,
itt. 174, 175. 275, 283, 366, 399, 446, 458, 467, 495; Mansi, loc. cil .
l. M, col. 566, 750. 871, 927, 939, 978, 1081 ; t. vu, col. 27, 119, 135,
185; Le Quien, loc. cit., t. H, p. 103-269. — » Corpus inscriptio-
HHIH grxcarum, t. lv, n. 8656, 865,7 865'». — « Sur l'existence très
probable d'un siège à Delphes, au VT siècle, cf. 3. Laurent, Delphe»
i cUréticu, dans le Uull. de corresp. hcllén., 1900, L xxui, p. 273.
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ACHAÏ'E
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Mégare, Elatée, Thèbes, Carystos, Lacédémone, Argos,
Chalcis, Tanagre, Messène, Opunte, Mégalopolis, Coro-
née, Scarphia, Platées, Patras; mais, comme celte liste
ne comprend pas les sièges de ïégée et de Naupacte,
dont les titulaires siègent à Chalcédoine, on peut croire
qu'il y a lieu de les inscrire parmi ceux qui manquent.
11 laut y ajouter l'évèque de Porthmos, en Eubée, bien
qu'il ne soit pas attesté avant 553. De cette laçon on
arrive au cbillre de 21. Peut-être y eut-il plus de
21 sièges, et faudrait-il compléter la liste de 458 d'après
les signatures, extraordinairement défigurées, du con-
cile de Sardique (343). Encore laut-il se délier beaucoup
de la formule in Ac/iaia, qui, dans ce document, n'est
en plusieurs endroits qu'une corruption de in Dacia l. »
Ce nombre est resté longtemps stationnaire. Au
x< siècle, les Néa Taxxixi signalent l'existence des trois
provinces de Corintbe (métropole), Athènes et Patras, et
le nombre d'évochés pour l'ancienne Achaïe est de 25.
I! existe une notice épiscopale publiée par C. de Boor2
que H. Gelzer (ait dater du règne de Léon III (714-741) 3,
mais qui doit être absolument écartée, car elle n'est
pas l'expression de la réalité des choses4. Il faut donc
s'en tenir à 21 sièges dûment attestés et répartis ainsi
qu'il suit : trois en Eubée : Chalcis, Carystos, Porth-
mos; un en Attique : Athènes; dix dans la Grèce du
I1ord : Mégare, Thèbes, Tanagre, Platées, Thespies,
Coronée, Opus, Elatée, Scarphia, Naupacte; sept dans
le Péloponèse : Corinthe, Argos, Lacédémone, Mes-
sine, Mégalopolis, Tégée, Patras.
VIII. Epigraphie. — Jusqu'à ce que les inscriptions
chrétiennes de la Grèce aient été recueillies et commen-
tées, on doit recourir aux ouvrages suivants : Inscrip-
tiones grvecae insularum Maris JKgeei, eonsilio et au-
ctorilate Académies litt. reg. boruss. edilœ, edit. Frid.
lliller de Gaertrigen, Berolini, 1898, fasc. 1.
N. 674 : 'Trâp c/vx^; Xp'j<rav8i'ovi àva-fvûarToy. —
N.675:....àp-/iepe,j;...— N.757: K(<ipie.)$orfi-i)(pour$orfiei)
tôv SoûXov aou Twâvw,;. — N.897: 0(eo)O/âptç. — N.902:
Titèp e-:zf,ç.... àu-riv; N. 903, 911, 912': 'YTcèp e-j/t,;
<I'i).:7nro-jva-jy.}.T|pov 'AffxovivSiovi. — N.916: K(v)pie[3o^8e(()
tc(v) 8o[u] || ).&(•/) (tou KaXXt || .... tci(v) 7tapa[i-Ei]-(?) ||
vâ|ievo(v) || (il); tb ëpyov ||toûto (tô) || (jiuxpô(v). — N. 921 :...
«I'&ùxà; upeo- || fS-jTgpo; xïte. — N. 1038 : A6|a K(upO o>
t<ô || oty.ovoptoOvTt || VTcèp || ûftaç || Ndv- || vou. || â[(AYJv].
— n. 693, dans l'île de Rhodes, Ve siècle, fait usage de
la formule byzantine... ÈXa-/tiTTO'j TcpirjêvTkpov xa\ jiovâ-
Zofj... edit. Guil R. Paton, 1899, fasc. 2.
N. 525 : Methymne
'EvopxiÇco tôv [j.àprjpa tôTj
■\- IIixvteç [o't à6sX-
oo\ xai 7ia[Tep£;
|j.îu.vï)aévo[i ÈJJ.OW 7râv-
tote pvf| <nr>x[aXv-
5 'l/TjTE TT)V Ep.T|[v |T/Ï)-
(1Ï)V EV TO U.Vr,[u.EÎ(i> (AT,-
te ÊniëâXr|TS [riva t<ô ta-
oto (Aov, E/ovTe; .
edit. Frid. lliller de Gaertringen, 1898, fasc. 3.
Théra : N. 933-974 : Toutes ces épitaphes sont rédi-
gées, sauf Ips variantes orthographiques, sur une for-
mule unique dont voici le seul type remarquable à cause
1 L. Duchcsne, Les anciens crèches de la Grèce, dans les
Mélanges d'archéol. et d'hist. de VEcole de Rome, 1895, t. xv,
j). 378. — * Zeitscltrift fia' Kirchengeschichte, 1891, t. XH,
p. 020. Cf. sur ceUe question, ibid., 1890, t. XH, p. 303 sq.;
1893, t. xiv, p. 573. — 3 Die kirchliche Géographie Gricchen-
lands voyi don Slaveneinpruche, dans Zeitscltrift fur wis-
Kensch. Théologie, 1892, t. xxxn, p. 419. — * P. Lejay, dans
la Revue d'hist. et de littérature religieuses, 1900. t. v. p. 452;
L. Duchcsne, loc. cit , p. 381. — c Voyez Au San crus. —
de l'adjonction de TrpEo-S'jTiôo; (cf. E'pist. ad Tit., n,3);
les autres portent aggelos suivi du nom :
N.933: AN TE
AOC
ETTI
KTOYC
5 TTPECBY
TIAOC
Les n. 942 et 455 montrent des épilaphes païennes
utilisées avec cette même formule.
Une inscription plus importante, n. 975, dont la paléo-
graphie reste incertaine, mais qu'on ne peut faire des-
rendre au-dessous du ve siècle : in Schriftzùgen,die nicht
langerais das vierte oder f iinfte Jahrhundert, vielleicht
nber schon ans dem zweiten oder dritten sein dùrften.
Koss, fleisen aufden griech. Insein., 1840, t. i, p. 60;
Corp. iriser.. gt\, n. 8911.
"Ayt£ xo'i çoêEpè Mc-/aTjX àpytxvyû.t $o-f\Qi T(j> So'jXo) ffo[v]
XaptXà<o xoù Mvr,no<rjvï) xè toï; 7Tc[<7t'v]
Les n. 976 : -f 7tpàiToç, et 1237 : 'AXîJâvêpou ; celle
dernière pierre est du IIe siècle et surmontée du
chrisme : n. 1238 et 1239, dont nous avons parlé plus
haut.
Le Corpus inscnptionum Atlicarian cons. et auct.
ncad. litt. reg. boruss. édition, 1882, part. X, sect. v,
contient les Tituli sépulcrales chrislianorum et judxo-
rum, edit. Guil. Dittenberger, p. 240-253 (n. 3435-3547).
Il y a avantage néanmoins à faire usage de C. Bayet,
De titulis Allicse christianis antiguissiniis, in-8°, Lute-
liae Parisiorum, 1878, à cause des prolégomènes et des
planches. Sauf une ou deux inscriptions peu antérieures,
toutes celles comprises dans ce recueil trouvent leur
place entre la fin du ive siècle et le milieu du VIe.
Klles offrent peu de particularités. L'iotacisme : Èitt/tpr,-
TOtE = £7U"/£tp^<r£lE; EUÇtuioi) = E'JÇ/JJJLl'o'J ', XÏTE = XEÏTOtl J
/.:tj.tTT|piov, xu(j.ï)t/|P'.ov = xot(j.Y)T^ptov. L'emploi de e pour
ai : xe = xa\; TaXETtoJpov = xaXaiTcojpov; — p pour X :
àoepepoe = aSsXçot'; âpmStou = eXmSioyJ «o pouc o : xvi-
U.'JTrçpKOV = xoia-^T^piov.
Le discours de saint Paul à Athènes parait avoir ré-
pondu à l'angoisse secrète de plusieurs touchant la réalité
d'une vie d'outre-tombe 5, et il semble que la contro-
verse ait longtemps porté sur ce point, à Athènes en
particulier et probablement dans la Grèce entière.
Athénagore écrivit un traité « Sur la résurrection », et
les inscriptions présentent plusieurs variantes d'une
formule antique et remarquable dont l'exemplaire le
plus ancien parait être celui-ci 6 :
BIKTWPINOY TOYf'A-
MAYPOC TO ONOMA r£N€[c
XPICTIANOC TTIIWOC CIC
•TONTOTTON AN[a*a-;<7Su)î
ETOYC KA
La formule : 7u<jtc>; e'i; -bv tÔ7:ov avxfcavffsu;, rentre
dans le même ordre d'idées que le mot xoi|W)Tqptov qui
est caractérisque des tituli de l'Attique 7. Plusieurs
inscriptions de Thessalonique font voir que le formu-
laire épigraphique de cette ville contenait la formule :
•/.oqx^-^pcov é'w; àvoKTTao-Ewç 8, dès le IIIe siècle. Ce n'est
pas la seule fois du reste que l'Attique et la Macédoine
'•Bayet. De tit. Altic. christ, antiguiss., n. 75. — ' Ibid., n. 2-
4, 7, 8, 10, 11, 15-19, 21, 22, 24, 25, 27, 28, 31, 36, 37, 39, 40, 44,
56, 47, 49-51, 55-59, 61, 65, 73, 77, 83, 85-87, 89-91, 93, 95, 98, 101,
103, 104, 106, 108-110, 112-117, 121, 122, 125. La rencontre de ce
mot dans deux inscriptions des environs de Damas publiées par
Alb. Dumont, Deu.c formules d'épitaphes chrétiennes de la Sy-
rie, dans la Rev. archéol., 1869, t. xix, p. 456, ne suffit pas pour
Mipposcr un second foyer où l'on eut fait usage de la formule.
— 'Monum. eccles. tiltirg., t. I, n. 2787.
AGIIA1E — ACOLOUTHIA
3'i0
fournissent des formules analogues ou moine identiques,
comme celle-ci : y.lOlj;j]HTHPI||[o]NE[vXpi<jT]CO '. Ces
expressions étaient d'ailleurs empruntées auxEpîtres de
saint Paul qui formaient le fond principal de la littéra-
ture chrétienne dans ces parages. Ainsi cette phrase
de l'Apôtre : ■>, yi^'-i toO Kupiou 'lr,<7o-j (jlsO " -Jîicàv four-
nit les suppléments de l'inscription suivante 2 :
Ci. — Épitaphe de l'Attique.
D'après Bayrt. De lit. Allie, christ, antiquis, pi. v, n. 82.
E-jyévio; (o-ôz v.r.\J.z, àSsp-;po[i] J- tj /âpiç to-j y_p'.ar[o-j
p.îO* ['Jij.tôv].
On peut même expliquer par l'inspiration persistante
<les épitres de saint Paul une formule qui semble appar-
tenir éminemment au formulaire païen : OI/.o; alwvot;3,
VOK^EMAKEAfc
gîflfcEEVEIFENIARàl
65. — Épitaphe de Thessalonique.
D'après lo Bullet. di arclteotogia cristiana, 1800, pi. v, n. 2.
et qui cependant est voisine de ce mot de saint Paul :
OiSatu.ïv yàp ôxt eàv rt èTTt'yEto; r^xtov oixia to'j 7xr,vo'j;
icaraXvOf, oheoSopvqv Èx Oso-j é'/oixev, o'.xiav àyEiporcoir.Tov
a'divcov èv to;; o-jpavoï; 4. « Nous savons que, si cette
1 Bayet, De tiiul. cittic. christ., n. 20; Delacoulonche, Mé-
moire sur le berceau de hi puissance macédonienne, n. 87;
dans la lievue des Sociétés savantes, 1858. — = Bayet, loc. cit..
n. 76. — 3 Ibid., n. 107. — * II Cor., v, 1. — " Corp. inscr.
ijr.rc, t. IV, n. 9439 j De Rossi. dans le Bull, di arch. crist..
1890. p. 54, et pi. v. n. 2; I). Cabrol et D. Leclercq. Monum.
Ecoles, liturg., in-4% Paris, 1902, t. I, n. 2770 et addit.,
p. 15'l. — * Papageorgios, Ab^o-; pr|8ri; ■"' *•"< IfWHVwrç »3 is?oJ
*S[; iv,»; n«pair»'ar; l. 0i<r»aÀov.'xr„ Athènes, 1900; Pcrdiizet, /«8-
Criptions de Thessalonique. dans les Mélanges d'arcli. et il'liisl.,
1900, t. XX, p. 229 sq. ; D. Cabrol et D. Lcdcrcq, loc. cit., t. I,
maison terrestre où nous demeurons se ruine, Dieu nous-
en édifiera une autre qui ne sera point faite de la main
des hommes et qui durera éternellement dans le ciel. »
Nous nous bornerons à citer pour la Macédoine une
formule des plus remarquables que nous rencontrons
sur deux épitapbes anténicéennes de Thessalonique. La
première (lig. 65) est ainsi libellée : KaXoxepoc May.e8<5vi
y. s (pour xai) Euatyevfa toi; yXuxDTaTOi; yovsSd'.v tô xotu/r,-
Tr,pcov ïioç àvaçTâa-swç u.
La seconde, découverte depuis quelques ?nnéc3, est
la suivante ;
OAKAAAICTOC
OAIACHM€TTITPO
nOCXCOPION A£
cttotikcon enoi
5 HCGN TOKOIMH
THPION TOYTO £AY
TCO KAI TH CYMBICO
GAYTOY AMA 0YTATPI
eCOC ANACTACGCOC
10 MNHMHC XAPIN
$/.(aovioç) KdMuoTOç ô [5]ca<7ïi[;.(6-X7o;) è-;tpoiroc
/(opiajv ÊETjroTiy.riSv i-Ko'"r\nv> xb xoiu.r,TT|ptOV xoOxo éa-jx<i>
xcù ti\ c-j\i.S;.(,> lauxoO, a;j.a G-jvaxpi, Éa>; âva<rxâ<ïEu>;.
Mvr,|iï;ç yâpiv °.
Le sens de cette parole éirosr,<rev xb xoiur,xr|?'.ov... ëujç
àvaerrio-îo); rappelle une autre épitaphe du même temps
trouvée à peu de distance de Thessalonique qui porte ces
mots : Oéto cû>\l<x. 8=. ya-r, eiuô/.a'. àvaTxi<î£toî E-JayyeXov
r,|xap txYiTe7 et il est impossible de ne pas rapprocher de
ces textes le mot de saint Paul parlant des défunts qui
sont, dit-il, xoiu.y)6évxeç èv Xpi<r:<;> s, que nous retrouvons
à Rome dans cette formule :
KOIMCOMENOI EN ©ECO KYPICO XPICTCO «
et à Tbessalonique dans notre première inscription où
le poisson, lyOùç, remplace les paroles que l'épi laphe de
Rome a énoncées10. H. Lecllucq.
ACHEROPITA Voir PORTRAITS de N.-S.
ACOLOUTHSA. — I. Définition. IL Éléments.
III. Schéma.
I. Définition. — 'AxoXou6i'« vient de àxoXovOetv. Son
premier sens dans la langue ecclésiastique est ordre
(ordo) ou disposition de l'office divin, ce qui revient à
BtxraÇis (slav. £in; roumain wmarca ou renduiala) et
sert à désigner l'office dans son ensemble et son enchaî-
nement (slav. sluzba; roumain servitiu ou oficiu). 'Axo-
XouBia, écrit Neophytus Rhodinus, s'emploie Stôn «xo-
\o-Ma \t.ix itpoaevXTi xv «XXvp», »| rpîni] ôipa rijv «pûrr)v,
j| Ixtï) ojv TpiT*iv, xa\ xi è;/.;"- Et le cardinal Pi Ira
écrit : ixo\o\jQ(a. = système depriircs, où tout est lié,
, hamwnisr ,J. Enfin àxoXouflia s'applique encore à
des combinaisons euchologiques comme celles que nous
trouvons dans Vherologion : ixoXouWa t^ 0=:a; u.cTa>.r-
<J/E(d;. oiy/o ilninir communionis, et àxoXouQfa tt^ rpa-
itlÇr,;, o»'do mense, qui revient à la benediclio mettra des
latins' ;
Le terme répond assez bien, en somme, à CC que nous
appelons en Occident cursus, officiuni.
n. 43i7. — "F. Bormann, /»/■• antiken Inscliriften zu Wodena*
dans ArcMologiscIt-epigraphischc Mittheilangen aus Oestcr-
reich-Ungarn, 1888, n. 21, p. 195; i> Cabrol et D. Usdercq
loc. cit., n. 4;t'iS. — » I Cm-., XV, 18. ' De li<»si, dans le Bull
diarch. crist., 1879, p. 65, DO '•De Rossi, tee. cit., 1890
p. 55 sq. — "Goar, Euchologioh. in-fbl., V'enetiis, 17"JC, p. 27
col. l,n. 63. — **Pitra, Hymnographie de l 'Eglise grecque, in-4*
Paris, 1807, p. 8'i. — «NUIes, Kakmdarium monnaie, in-8-
Œniponte, 1WXÏ. t. I, p. i.vu. Cf. Cluguet, Dictionnaire grec
français des noms Uturgiqu i dans l'Eglise grecque,
in-s ■.' Paris, 1895, p. 5.
ACOLOUTIIIA
342
II. Éléments qui entrent dans la. coîipositio>" de
l'acolouthia. — 1° 7H/o;, ton, me Je. — La musique
des grecs comprend quatre modes « propres » et quatre
modes « obliques » '. En voici les noms :
1. r,-/oç Trpûiro; (a') = premier mode du plain-chant.
"2. ?,-/o; ÔE-J-cpo; ('fi') = troisième mode duplain-chant.
3. Sjroç TpcTo; (f') = cinquième mode du plain-chant.
, 4. »jj£oç T£Taproç(ô') = septième mode du plain-chant.
' û. t,/o; wXdrytoç irpwTo; = deuxième mode duplain-
chant.
C. r/yo; 7rXâyco; S:\jTspo; = quatrième mode du plain-
chant.
7. v/o; 3ap-j? (gravis) = sixième mode du plain-chant.
8. fj ; KXâytog -irapTo; = huitième mode du plain-
ciiant.
On voit par ce tableau que la théorie de l'octoéchos
('Oy.Trir,/o:) a beaucoup d'affinités avec le système latin,
la démonstration en a du reste été faite2. L' 'Oxtwïi/o?
n'est qu'un abrégé de la (AEfâXr) 'OxTwrj/oç ou 'Oxxâriyoç
s.-e. fiiêlo;. Il ne contient que les huit offices propres
aux dimanches et dont chacun se chante dans un mode
différent. La disposition de ce livre est tout à fait habile.
Toutes les pièces qui se chantent dans le premier ton
lorment la première division et ainsi de suite des autres
d'après leur ton. Quant aux tropaires, ils sont répartis
depuis les premières vêpres du dimanche jusqu'à la fin
de la messe. Chaque ton comprend trois compositions
ou « canons » : ràva<rrâ<n(j.ov, qui concerne la résurrec-
tion; le i7-:a-jç,oavoL(7zini\j.rj\, qui concerne le crucifiement
et la résurrection; et le Beotoxiov, qui concerne la mère
de Dieu. Telle était l'ancienne répartition à laquelle on
ajouta depuis un « canon » à chaque ton. Ce canon était
dit jj.Eo-ov'jxTc/.riv, qui appartient aii milieu de la nuit,
et, comme il célèbre la Trinité, on le nomme encore
rpcuSixoç, qui concerne le nombre trois.
Les grecs font peu usage des livres notés; ils s'appli-
quent à retenir de mémoire certaines hymnes et ramènent
au rythme de celles-ci d'autres hymnes de même mètre
dont ils inscrivent les initia à la suite de l'hymne
typique. Les vers que l'on a accommodés d'après ce des-
sein sont appelés <mjf»]pà irpoTÔixota, versets semblables,
rersi similares. En voici un exemple emprunté à
Vacoloulhia des saints Basile, Grégoire de Nazianze et
Ican Chrysostome : Kai t]/âXXou.Ev <rziyrtçh upoaô'xota
r,XO'j ô' rcpà; tq 'Q.ç, yswaïov èv u.âprja-tv. « Nous psal-
modions les versets semblables dans le quatrième ton,
sur l'air de : '£}; yswaïov èv u.âprj<nv. »
Il faut toutefois distinguer entre oxiyr,pà et o-rr/ot. Le
tiTiyripôv est un verset de style ecclésiastique et le oriyo;
?st une phrase composée à l'aide d'emprunts au psautier
du à l'Ecriture sainte. En outre le o-riyo; est généra-
lement d'un mètre plus court.
Enfin les oriynrjpà sont upoirô^ota, nous l'avons vu, et
iSrôpsXcc ou aùxôpiEXa, c'est-à-dire que ces sortes de com-
positions ont une mélodie qui leur appartient en propre.
2° Tpo7rdtptov. « Ce terme est devenu générique, disait
le cardinal Pitra, précisément parce qu'il est l'un des
plus anciens. » Avec le tropaire nous touchons à l'heure
des premières créations euchologiques, nous entendons
celles où l'improvisation du président de l'assemblée chré-
tien ne, s'exprimant en une prose abondante et mélodieuse,
s'infiltrait dans les interstices de l'euchologiesynagogale.
Adoptée, dès le début de l'Église, sous la forme spon-
tanée et par conséquent renouvelable d'une fois à la
l'ois suivante, elle fut bientôt fixée et attribuée à des
' Pour ces notions nous ferons usage de Léo Allatius, De li-
bris ecclesiasticis Grœcorum, diss. I ; Goar, Euclwlogion, in-fol.
Venetiis, 1730; Nicolai Hayaei, Tractatus de Acoluthia officii
canonici pro Ecclesiis urientalibus Grœcorum insolemni com-
memoratione trium doctorum Basilii, Nazianzcni et Chrysos-
tomi, dans Acta sanct., jun. t. Il, p. xm sq., réimprimé dans P.
G., t. xxix, col. 317 sq. ; N. Nillcs, Kalcndarium manualc utiius-
échéances marquées et immuables, en Tue desquelles la
prose libre des débuts fut remaniée, soumise aux lois
rythmiques de l'isosyllabie et de l'hoinotonie jusqu'à ce
qu'elle devînt strophe poétique où elle se figea. Les tro-
paires lorment une littérature considérable dont on ne
se rend pas un compte exact à cause de la disposition
adoptée dans leur transcription. Les copistes, et plus
tard les éditeurs, ont disposé le texte comme s'il s'agis-
sait de prose, se bornant à indiquer la distinction des
vers par des points diacritiques, oubliés d'ailleurs
quelquefois. — Une partie des tropaires est encore iné-
dite. Il reste un vestige des tropaires vraiment primitifs,
c'est le TpoTtâpiov xr,ç r,|j.îpa;, ou simplement xpo-rcâptov,
c'est-à-dire celui qui était attribué à une seule tète;
comme il se chantait à la fin de l'office du soir, on l'ap-
pela aussi KitoXimxtov.
3° Eipix.6;. C'est, dit le cardinal Pitra, le « début d'un
ancien cantique, destiné à fixer la mélodie des chants «
de nouveaux tropaires du même rythme que le sien.
L'eîptib- n'a pas été inconnu des Juits et des Syriens.
Plusieurs psaumes, par exemple lvti, lvih, lix, lxxv,
ont pour etp[j.ô; ces mots : 'Al lascheth, Ne perdas, et
xlv, lx, lxix, lxxx ont pour EÎpjxôç ces mots : Sosan-
nim 'eduth, Lilia testimonium.
4° Kovxâxtov. Ce mot a plusieurs significations, celle-
qui concerne l'acolouthia doit seule nous retenir. Le-
xovrâxiov est un tropaire qui contient en abrégé le su-
jet de la fête du jour, il prend place dans un xocvwv
après la sixième ode, ù8rr Le mélode Romanus s'est
illustré dans ce genre de compositions.
5° Otxoç. D'après Goar et Rneyus, ce mot, qui a le
sens de maison, désignerait une composition dont la
brièveté ne serait pas le principal mérite et où l'on ver-
rait l'histoire des vertus ou de la gloire de celui qui en
serait l'objet. Pitra s'exprime ainsi : « Peut-être le mot
otxoç ne désigne-t-il que les groupes rangés en cercle
autour du chantre, lorsqu'il récitait le poème qui se dé-
roulait avec le volume appelé depuis xovrâviov. *
Nous avons un modèle de ces compositions dans l'of-
fice de la sainte Vierge nommé ixâOtato; (voir Acathis-
tus, col. 213) et composé de vingt-quatre oixoi divisés
en quatre groupes.
6° 'QS-r,. Les pièces comprises sous ce nom sont de
trois sortes :
a) Les neuf chants de l'office de l'aurore, opOpoç, et
empruntés aux Livres saints :
Ai Èvvéa a>Sa;.
1. ù>ùr\ de Moïse : "Ao-w^ev rû Kupup. Exod., tlv.
■1. àiSï) de Moïse : TlpouEyE, o-jpavs. Deut., xxxn.
3. TtpoerEuyïi d'Anne : 'EarEpsoùO/; r, xapota (xoj èv K-jp(<>>-
I Reg., il.
i. mpodEv/T) d'Habacuc : Kvp'.e, e'aay.v-xoa tt,v àxorjv cou.
Hab.,m.
5. irpocrEV/T) d'Isaïe : 'Ev vjxtô; QpQpt'Çet ta TrvE'j[xdt u.ov
■rcpo; es. Is., XXVI.
0. irpouE-jyri de Jonas : 'E^ô/jira èv 6XciJ*ei jaou. Jon., il.
7. TtpodE'jyri des trois enfants: EJ/.oy/iTb; û, Kûpis. Dan.,
m.
S. û(ivo; des trois enfants : E-jXoyeÏT:, rrivT* xà É'pya Ku-
p;oy.
9. o)orj de Marie : McYa'/.-jvc. t| ,i'J"/.vî fiovi (Luc, i), et-po-
(TE'jyT) de Zacharie : EOXo-pjTa; KOpto:. Luc, I.
La deuxième <ÙSti (Deut., xxxn) ne se dit que pendant
le carême.
b) On donne encore le nom d'à>8r, à un cantique fai-
que ecclesix orientalis et occidentalis, 1896; Clugnet, toc. cit.;
( laisser, Le système musical de VÉrjlise grecque, dans la' Revue
bénédictine, 1899 ; J . T., La musique byzantine et léchant litur-
gique des grecs modernes, dans les Échos d'Orient, 1897, p. 353-
368. — * Gevaert, Les origines du chant liturgique dans l'Église
latine, in-8% Paris, 1890 : La mélopée antique dans le citant de-
l'Église latine, p. 6 sq., 8C-1^.
343
ACOLOUTHIA
sant partie de l'office de l'aurore qui, originairement
composé des neuf cantiques scripturaires qui viennent
d'être énumérés, a admis dans la suite des compositions
(xavùv) poétiques calquées sur le canon primitif et pour
ce motif divisées en neuf parties, ou odes, ù>Sai, qui sont
comme les répliques des àwéa ùSat inspirées. Ces odes
comprennent chacune un plus ou moins grand nombre
de tropaires, xpo7tipia, qui sont souvent acrostiches. Voir
Acrostiche. La deuxième <j>Sr| (réplique) manque dans
tous les canons qui ne sont pas récités pendant le carême ;
toutefois la notation numérique primitive n'a subi de
ce chef aucun changement. Les odes ont subi un rema-
niement assez prolond dans les offices du temps qui
précède la lete de Pâques. Plusieurs des canons qui pro-
longaient indéfiniment l'office ont été réduits de neuf à
quatre, à deux, mais surtout à trois odes; d'où leur nom
<le TExpaiiôia, xpioiôiaet ôuôSta. Parfois même on est allé
jusqu'à contracter deux canons en un seul, et, s'ils n'é-
taient pas rythmés tous deux sur le même £tp(j.b;, on a
nommé le canon unique résultant de cette fusion ôjsip-
(j.oç. Les neuf <;>Soù considérées au point de vue litur-
gique portent le nom de xavûv, au point de vue litté-
raire celui de izoî^a.
c) 'ÛSy) t(ôv 'Avaëa0pu5v, cantique des degrés. A
cette interprétation il faut probablement préférer celle
que M. Clugnet propose en ces termes : « Dans le 7xapa-
x>.7)Ttxïj, livre liturgique des grecs, on appelle àvaëa6(xo'i
une série de tropaires ou plutôt de versets de composi-
tion ecclésiastique, qui appartiennent à l'office de l'au-
rore, o'pôpoç. Il y a huit séries de cette sorte. Chacune
d'elles est chantée sur l'un des huit modes de la mu-
sique religieuse et se divise en trois groupes appelés
àvTÎçidvo, excepté celle du quatrième mode plagal, qui
est divisée en quatre àvxi'çtova. Les versets en question
ont été nommés àvaêaOjioî, évidemment parce,que leur
auteur s'est proposé d'imiter ceux des psaumes graduels.
Or, si l'on considère que dans ces psaumes on trouve
souvent des expressions comme celle-ci : Ad te levavi
oculos meos, qui habitas in cœlis (Ps. cxxn, 1), on peut
croire que l'hymnographe grec a vu dans ces paroles le
trait caractéristique des chants du Psalmiste, car dans les
versets qu'il a composés reviennent très souvent des
phrases telles que celles-ci : àv x&i oOpav<ji xà ou,H«?<*
Éx7rê(j.7t(i) \).vj ttjç xapStaç' •/) xapôt'a \i.o-j Ttpô; al, AofE,
ii WèiÎTco, etc. Ainsi le mot àvaêa8|ioi, qu'on a traduit de
tant de manières, signifierait simplement : élévations,
c'est-à-dire cantique dans lequel l'âme s'élève vers Dieu,
ou demande à Dieu de l'élever jusqu'à lui. »
7° Kaviiv. Ce qui vient d'être dit des odes explique
plusieurs côtés de la composition des canons auxquels,
malgré les exemples de contraction qui ont été signalés
plus haut, s'applique la définition de Zonare : '£ïpi<j|jivov
xai Terj7iù>}jL£vov xb uixpov tojt<5 è<txiv àv âvvéa ç>oaïc
o-uvTeXov|xevov ', Ce genre réglé et invariable comporte
neuf odes, qui, à leur tour, comportent les tropaires
rythmés et harmonisés sur leur eip|j.<>;. Le dernier tro-
paire de chaque ode dans un canon porte le nom de
(Jeoxôxto'v parce qu'il contient toujours les louanges de
la mère de Dieu. Un canon peut recevoir, entre ces di-
vers tropaires, des compositions intercalées; par exem-
ple : l'olxoç ou bien des tropaires tels que l'ùnaxoq, le
xaxaoaata, le xi9iT(jLa, le erxavpoOeoTÔxiov, le xovxàxiov.
Les canons portent une désignation spéciale correspon-
dant au tour d'idées qui les a inspirés :
xavùv àvaord(<Tt|j.o;, sur la résurrection,
— <jTavpo>ffi|ioç, sur la croix,
— vexpo><ji[Aoç, sur les morts,
— àvoc7iaù(Ti|ioç, —
— <TTaupovtxpcôac(j.o;, sur le. croix et les défunts,
1 Zonaras, Ad canones anastasim. Damascen, dans P. G.
t. CXXXV, col. 423- 'i24. — «C. I.
xavù)v 7rapax),r)Ttxic sur le réconfort des âmes,
— îx£xr,pioç, supplications,
— xptaStxô;, sur la Trinité,
— ôoYnafixô;, sur les dogmes.
Le uiyaç xavwv est ainsi nommé à cause du grand
nombre de tropaires qu'il contient. Quant au TtapaxXïjxi-
v.o- xavcôv, il est susceptible de recevoir des oraisons et
même des évangiles entre ses tropaires.
8° 2-rixo;- C'est un verset emprunté à l'Écriture sainte,
principalement au livre des Psaumes, et formant un
tout complet. ExivoX.oi'Eïv xb ^hxItt^iO'/ indique la réci-
tation alternée par s tiques ou versets des psaumes de
David.
9° Sxtyïipév. C'est un tropaire qui n'a que l'étendue
d'un ort-/o; et qui suit un verset scripturaire. Les extyr,-
pà, xovTx/.ta etxportàpia portent, d'après le sujet dont ils
traitent, les épithètes de :
àvccaTâ<7!u.a, sur la résurrection,
GraijpoavaTrâffiiia, sur la croix et sur la résurrection,
TpiaSixri, sur la Trinité,
Qeoxôxioc, sur la mère de Dieu,
(lapTupixi, sur les martyrs,
(7iaupo6eoxoxia, sur la mère des doideurs,
vsxp<i<n[j.a, sur les défunts,
àvaxo),txi, qui se chante à l'aube du jour,
çoùta-fio-fixâ, pour obtenir l'illumination de l'esprit,
ÈïaTtoiTTEiXàpta, en mémoire de la dispersion et de la
prédication des apôtres.
àno^UTÏxia, qui marque la fin de l'office.
10° AteôVjitc;. C'est le renvoi de l'assemblée, l'office
terminé, par une prière que récite le prêtre. L'à7ro).v<rt;
est précédé du iîxr/Y)pbv (ou xpo7râp'.ov) à7ro).-jxixiov spé-
cial à chaque fête dont il est le plus ancien des tropaires
et pour cette raison porte souvent cette indication : xb
Tporcàpiov xr,; r,(j.lpa;.
11° 'Yuaxorç. C'est une manière de refrain que l'on
trouve inteiralé après la troisième ode de certains ca-
nons et qui était probablement exécuté en chœur, tandis
que les autres l'étaient en solo. On y a vu aussi un
psaume dont le diacre chantait le commencement des
versets qu'achevait l'assistance après lui. Il semble pré-
férable de n'exclure aucune de ces explications, elles
peuvent avoir toutes deux un fondement dans les laits
suivant les temps, les lieux et les usages.
\'l" KaxyëaTia. C'est un tropaire placé à la suite d'une
ode dans le canon d'une grande fête. Ce tropaire, dit
M. Clugnet, n'est autre chose que l'îipub; même de
l'ode qu'il accompagne, c'est-à-dire le tropaire primitif
sur le type duquel ont été écrits tous ceux dont cette ode
se compose.
III. Schéma de l'acoloutiiia. — 1° "O ai/.pb; 'E<tk£-
eivo'c, les petites vêpres. Cet office, dit le Typicon de
saint Sabas, se célèbre avant le coucher du soleil, vers
la dixième heure du jour, lorsque le sacristain (ô xaviV,-
Xiixxr,;), après s'être approché du président de l'assem •
blée et l'avoir salué d'une inclination, redescend et donne
le petit son. Ilpb xov Svvoi xbv r,)iov, ï|YOw ïtspt ûpav
SexaTqv tîjç f,[j.Épa:, àvép/sxai 6 xavôr,).i7rxr,; xai ixotEÎ jae-
xâvotav xtii 7xpo<TE<TXô)xi, xai xaxsXOi'ov <rr,[jio:vei xb [juxpov 2.
Ce cas de cumul des charges de sacristain et de sonneur
(Xaoffuvâxn;;) ne doit être ni restreint à la Laure de
saint Sabas, ni tenu pour une pratique générale. Dès
que les lrères sont réunis l'office commence.
'iEpeû;. — E-JXoYïixb; 6 Sio; f,[xajv, àVi xoù £:; xoL;
ociaiva; xôiv aîoiviov. 'AuVjv.
'Exx).»)iiiâp-/K5;. — Ae-jxe rcpoax'jvrjacdinv.
On psalmodie le psaume préparatoire 'Ev/.oysi r\ t]>uxi
(jovi xbv KOpiov, KOpiE û 0sôç (iou sur un ton modéré.
Ensuite le psaume K-Jpis âxÉxpa*a sur le ton dominical.
Puis quatre stiques et les <m/Tjpà npodojioia dans le
quatrième ton, sur l'air de 'û; yewalov tv nasrjffiv.
345
ACOLOUTHIA
34G
ÏTix^pà Trpo<7Ô(j.o'.a, suivis du AôSoc, du Ôsotâxtov et de
i\ju.vo; "oO X'j/vt/.oO :
<£><<>; tXapôv àyta; Sôl;r,;
àôavcxTO-j Ila-pô;, Tr,ijo-j XpisTÉ-
èXv'ô'vts; èiù to-j ïjXt'ovi Suo-tv,
ISÔvte; çâ>; Écnuptvov,
ÛU.VOÛU.EV IlaTÉpx xa't Yîôv
xa't "Aytov IIveC[j.a 0eoù-
"A£to; si èv 7râ<7t xatpot;
•ju.veto-0at çtovaï; ôut'at;,
Yts ©sou, Ça)T)V 6 3t6o-j;-
otô 6 y.ô(7[io; ce SoçâÇEt.
On chante alors le psaume : 'O y.ûpto; ioao-;XE'jo-ev * et
l'oraison suivante :
KaTa?t'o)(70v, K-jpts, Èv T/j éff-Épa i-aûrr,, àvajiapT^TO'jç
ç-jXay_8vivat rtjj.5;. E-JXoyr]TÔ; si, KjptE, ô Qeô; itaTÉptov
r,[Atôv, xa't atvsrôv xai 8s3o;;ao-u.ÊVOv tô ovojXâ trou et; tovç
attiivaç. 'Ap^v "2.
Ensuite des ort)rijpà upoo-ô'jj.ota sur l'air de Tptr,p;spo;
àvéo-T/); Xpio-rs, le Aô£a et le Oeotoxiov suivis immédia-
tement du cantique de Siméon : Nûv àîtoXÛEt; tôv So'jXôv
o-o-j qui termine le -rpto-âytov :
à'yto; 6 0eô;,
âyto; tffyjpô;,
à'yto; àOâvaTo;,
eXérjcrov f|U-â;,
Enfin l'àiïoXuy.Tty.tov et I'àiro'Xuo-c;.
2° 'O pÉya; 'Eo-jreptvô;, /es grandes vêpres. Après
le coucher du soleil, dit le Typicon, le sacristain va laire
inclination devant le président de l'assemblée. Il revient
et trappe lentement les cloches pendant qu'il chante
le psaume CXVIU* : Merà to-j 8-jvat tôv t,Xcov u.txpdv,
à7isp-/_£Tat 6 xavSqXâftTT); xa't Trotsï u.£Tavotav tù IlpOE-
i7Tô)Tt. Elta àvépyerat xa't xpoûec Ta; Bapla; <r/oXsa>;,
•ii)Xtùv xôv "Au.a>;j.ov (=Maxâpiot oi àu.o>u.ot ev âS(i>). Cela
fait, il allume les lampes et fait sonner le grand « se-
manterium », ensuite le « semanterium » de métal 3, il
vient alors se placer devant les portes du sanctuaire
OfjjjLa). L'îspsvj; se lève, s'incline devant l'Hégoumène ou,
en son absence, devant son siège, s'incline devant les
portes du Pn^a jusqu'à trois fois et une lois seulement
devant le chœur; il entre alors dans le sanctuaire,
récite la prière de l'encensement : KatEÛÔuvov rr,v upo-
(75-j/t,v r,[Ji.â)v, a>; û-ju.tau.a evoJTttôv aoxi, xai 7rpôo-6s<;at
aJTr,v Et; ÔTp.r,v E-jwSta;. Le sacristain, portant une
lampe, dit à haute voix : KeXejo-atE. L'tspe-jc encense
l'autel, l'image du saint titulaire de l'église ou de celui
dont on lait la fête, le président de l'assemblée, les deux
cotés du chœur; de là il va dans le narthex, encense
ceux qui s'y trouvent et revient. Il dit alors à haute
voix : Kûpte sukéyriaov et encense le président. A son
entrée dans le sanctuaire, il trace le signe de la croix à
trois reprises avec l'encens et dit : ÀôSa tîj àyta y. ai
Gu.oo'JO"iu> xa't ^o)OTtot(i) -w. àôtatS£T<o TptâSt, itâvTOTS, vjv,
xa't àei xai et; tû'j; attïjva; twv aùjvtov. On répond 'Ajjurjv.
Alors il dit à trois reprises la formule de l'invitatoire :
AeCte 7rpoo"/.uvYJo-u>u,Ev xa't 7tpo<îiTca<i>[j.ev Xptff-tîi to> [i-xvi-
Xeï ykjhôv Oe&j. La première fois on répète à deux re-
prises, la seconde fois on n'a qu'une seule répétition,
1 "tspsuç reprend : AeOts 7tpo<yxvvïî<T<i>|j.Ev xoù irpoT7rêo-a>u.ev
a'jTtô XptuTôi tû pauiXet xa't t<ô Oe<j> yiu.ojv. L'ecclésiarque
commence (rp/o; tXdtytoç rétap-roç) le psaume : EJXôyet
r, <1/v-/ï) V-°'J T0V Kûptov; tous les frères suivent. Quand on
arrive au verset 'AvotÇavTÔ; cto-j xr,v yeïçnx on le redouble
* Cet initium est celui de trois psaumes. Le Tyvicon ne dit
pas duquel il s'agit. — 'Cette oraison qui manque dans les livres
liturgiques consultés par Ryrcus, a été donnée d'après VHorolo-
gium de Crypto-Ferrata, et pour cette raison son origine grecque
parait moins certaine. — 3 Voy. les détails et figures au mot Clo-
en relevant la voix4. Après le psaume, (e diacre dit la
grande litanie, <Tuva7rry) u.eydtXv), dont l'tepej; donne la
doxologie. On récite ensuite la première division (y.-<-
9t<7u.a) du psautier (Ps. I à vin inclus) avec les
doxologies intercalées. Le diacre prononce la petite li-
tanie, r, (j.txpà (T'jvaTiT/1,, dont l'iEpî'j; donne la doxologie.
Ceci achevé, un entant de chœur, (/.avovâpy^;) 5 souflle
le ton et l'on psalmodie le psaume IvjptE éxÉxpala
d'après les prescriptions de l'ôxTwrf/o;. Le diacre (ou le
prêtre) fait l'encensement pendant que le chœur chante
des versets, il se rend ensuite à la sacristie, Staxtmxrfv.
Le prêtre et lui en ressortent peu de temps après por-
tant de nouveaux vêtements et s'avancent dans l'église.
Le diacre, portant à hauteur du visage les Livres saints,
est suivi du prêtre; leur marche n'est pas directe; enfin,
en arrivant devant la porte du sanctuaire, le prêtre ré-
cite I'e-j/ti tïjç c'tTdôoy, puis il bénit l'entrée et le diacre,
ayant tracé une croix avec l'encensoir, dit Soçta, ôpOot6,
on répond : <tà>; îXapàv x.t.X. Celui qui a été désigné
chante le distique propre au jour : 'O Kûpto; Èêa^tXE'j-
a-ev, dont les deux stiques sont : 'EvôS-jiraTo K-jpio; 6-j-
vajj.iv, et : Ka't yàp éTTepétoTEv. Après qu'il a regagné sa
place avec les révérences d'usage, le diacre récite deux
prières litaniques (tioieî tt]v ovrrfly\ èxtevî,) dont I'îepEÙç
prononce les conclusions doxologiques, après quoi, celui-
ci dit l'oraison secrète désignée sous le nom de Ke?a-
Xo/.XtTta;, de l'inclination de la tête. Suit la proces-
sion dans le narthex au chant des idiomèles propres à la
fête du jour. L'ispsù; et le diacre marchent en tète avec
l'encens et les flambeaux. Dès que le Oeotôxiov est
terminé, le diacre, ou en son absence le prêtre 7, clame
de façon à être entendu de tous une série d'oraisons :
1. pour tous; "2. pour l'empereur; '6. pour les vivants
et les défunts; 4. pour l'Eglise, la ville, la contrée. Ces
oraisons sont suivies d'acclamations poussées par le
chœur.
Après la première oraison : K-jpte âX!r)<rov, quarante
lois.
Après la deuxième oraison : Ivjpte èXé/]tov, trente
fois.
Après la troisième oraison : Kûpte èXéïiaov, cinquante
fois. ,
Après la quatrième oraison : KûptE £X£r,9ov, quarante
fois.
On bénit alors toute l'assemblée et on entame les sli-
chères propres au jour, que l'on termine parle cantique
de Siméon NOv iîtoX'jst;, le Tpiçotytov, le liavayt'a Tpcà;
et le Ilârep ï)u.â>v. Ces pièces sont connues, saut la
troisième que je donne ici :
Ilavayta Tptà;, èXÉ/)iov riU.5.;-
K-jptE, tXàaÔrjTt Tat; otu.apTtat; f,|MBV.
Aéiruora, (7uyx<"P'1'70V Ta'î avortai; r,[xû>v.
"AytE, ènt'dxe'j/at xa't t'acra; ta; àdfiïvsta; r,u.cùv.
é'vexev to-j ôvd|xaTÔ; (to-j.
La rubrique du Typicon continue : Nous répétons à
trois reprises f'àîroXuxtxtov. Quant à l'insertion à celte
place de la Salutation angélique répétée trois fois, rien
n'indique que cette coutume soit ancienne. On apporte
des pains, une cruche de ben vin et un petit vaisseau
d'huile qui reçoivent la bénédiction de l'Upeùç et le
chœur commence le psaume : E-JXoyiÎTw tôv Kûptov èv
TtavTi xatpô» jusqu'au verset : OOx ÈXatTwÔTidovTat jravrô;
àyaOoO. Alors le prêtre, qui s'est rendu à la perte du
sanctuaire, se tourne vers l'Occident et quand le psaume
est fini il dit : EùXoyt'a Kupioy ètf' ûu.ï; TtivTOTe, vOv xa't
et; toù; aîàiva; Toiv atwviDV. 'Au.riv. Suit une lecture tirée
ciies. — *i\ ce moment l'Ufiù; se rend devant la porte du sanc-
tuaire et récite, !a tète découverte, les oraisons du lucernaire.
5 Clugnet, Dict., à ce mot. — « Peut-être : ito?;« o}0r,. — ' C'est la
rubrique de Saint-Germain de Constantinople. Saint Sabas ne parle
pas du diacre en la circonstance.
217
ACOLOUTHIA — ACOLYTE
O-iO
du TlpaZaTzùvToXoz (Actes dos Apôtres et Épi 1res de saint
Paul). Pendant le temps compris depuis le dimanche
de Pâques jusqu'au premier dimanche après la Pente-
côte (KuptBxi) Ttov 'Ayicov tâvxcov), on lit les Actes des
Apôtres exclusivement. Le cellérier (xE)XaptT rçç) rompt
les pains et les distribue ainsi qu'un coup de vin à
chacun des trères, afin de supporter la fatigue de la
veille; c'était là du reste un usage venu des anciens.
A partir de ce moment le jeûne était de rigueur jusqu'à
ia réception de l'eucharistie.
3° 'O opOpoç ou bien t'o jiEffov-jx-rsxôv sont les deux
termes qui servent à désigner l'office du milieu de la
nuit. Le sacristain après avoir préparé l'encensoir sort
et tait sonner le grand « semanterium » pour convoquer
à l'église, où l'on récite les douze prières suivies de la
cuvaxtr, iiefctta] qui a déjà été récitée à Vêpres. Celui qui
a été désigné pour le itpox£i'|i£vov du jour, chante : Qsb;
Kùptoc, et l'office se déroule dans l'ordre suivant : La
qui doit suivre immédiatement et au milieu de l'inter-
valle se trouve une heure canoniale supplémentaire, par
conséquent MîTiôptov ttiî IIpùjtïj; "ùpx;, Mso-wpcov -•?.;
Tp!Tï)ç "ûpaç, Mîfftôpiov tïjç "E/.r/]; "Qpa; et MeooJptov tîj«
'EîvctTïjç "Qpa;.
Les heures canoniales de tierce, soxte, none et le
mesorion de chacune d'elles s'ouvrent par plusieurs
acclamations.
6° Ta Tuntxà se récite avant ou après none, et sur le ton
direct (y-jy.*). On dit d'abord : E-iXô-yst ijn)/TJ jaou tôv
KOptov, eùXoyrjTÔ; et Kûpts, et ensuite le psaume Cil ter-
miné par une doxologie : Aô<ja; alors le psaume cxlv et
Ka\ vjv et un tropaire. Pendant le carême on omet les
psaumes des typica et aus">,At l'aies l'oraison : AscrcoTa
Kûpts 'IijffO'J Xpiori, 6 (r>ïb; ^atov, 6 ULaxpoO'jjxy,(iaç...
x.t.X. du mesorion de none le chœur dit : Mv^<r8r,Tt
■^aûv Kûpi5, et aussitôt les béatitudes évangéliques, après
chacune desquelles on dit : Mvïjo-uVi rjuûv. K-Jpts, èv rîj
Prime :
Tierce :
Se.r/c :
None :
Psaumes v, lxxxix, c,
Psaumes xvi. xxiv, l,
Psaumes lui, lxiii, xc,
Ps. LXXXIII, LXXX1V, LXXXV.
Aola. xcù vùv, àXXrjXo'jïa X.T.X. ,
AôEa /.où vùv...
Aôl;a xoù vjv...
A'.Ea xat vjv...
Deux stiques,
Deux stiques,
Deux stiques,
Deux stiques,
Ao?a,
AôEa,
Aôija,
Aocja,
©EOTOXIOV,
©EOTÔxtov,
©EOTÔxtov,
©eotoxiov,
Tpurâyiov
Tptcràyiov,
Tptoâytov,
Tptcriytov,
Tropaires variables suivant
AôEa,
AôEa,
Aô|a,
le jour.
©EOTOXIOV,
0SOTOXSOV,
©EOTÔXtOV,
AôEa,
K-jpis ÈXérjoov, '(0 fois.
K'jpts ÊXéijffov, 40 fois.
Kûpts ÈXÈVlo*ov, iO fois.
'Â7CÔX'J?tç.
Oraison de S. Mardarios.
Mesorion de prime :
de tierce :
de se//' :
wne :
Psaumes xxix. xxxi. i.x,
Psaumes lv, lyi, lxix,
Psaumes exu, i.\, CXXX1X,
Tpr,7tâptov xaTocvuxTtxbv,
Aoça,
Aô:a,
AôEa,
AdJa,
lldtTEp r|(i('uv,
IIccTEp f||XÔ)V,
nÎTîp ï,U.(iv,
©EOTOXIOV,
Tropaire,
Tropaire,
Tropaire,
KjpiE èX£ï)(tov, 40 fois.
AôÇoc,
AôEa,
Aiïï,
Oratio,
©EOTOXIOV,
©EOTÔXtOV,
©EOTOX'.OV,
Aô![a.
Kupt; èXÉV(aov, 40 foi-'.
KûptE È)ir,(7ov, 40 fois.
K-jpte È).ér,o-ov, 40 fois.
Oraison.
Oraison.
Oraison.
première stichologie avec son cathisma et la seconde
aussitôt après avec le sien. Le psaume AÏveÏts -b ovojia
Kup'ou, à chaque verset duquel on a ajouté : àXX/)Xo\ua.
Le psaume Polyeleos : 'Eio\i.i-iloytïzzzM KupJtotbv Kûptov,
ôti eï; tov atcûvoc tô k'Xso; ocjtoO, La troisième stichologie
avec son cathisma. Les élévations : Antiphone première
suivie du prokeimenon el de la lecture de l'Évangile
par le prêtre. Suivent plusieurs acclamations et le baise-
mentde l'é vangéliaire ; ensuite le « canon triplex », com-
position très enchevêtrée dont la description appren-
drait peu de choses. Enfin, l"E;orao<7TsiXcxptûv qui pré-
cède immédiatement la deuxième partie de l'ôpOpo; ou
laudes.
4° L'opOpoçsc partage en iJteo-ovjxTixôvetenoùvoi qui est
l'office de laudes. Il comprend la récitation des psaumes
CXLVin, cxlix, cl et ensuite des o-u/r(pà Trpoad'p.oia, dans
le deuxième ton, sur l'air llotoi; EÛç>)|Xtc>v, suivis de la
petite doxologie, le Oeotôxiov, et la grande doxologie.
L'iEpEÙ; distribue de l'huile bénie; quand le président de
l'assemblée est revêtu du sacerdoce il fait une onction
sur le front et on se retire. Toutefois dans plusieurs
recueils on trouve diflérentes oraisons avant J'ànô-
Xvotç.
5° Les grecs ont dans leur office les heures de prime,
tierce, sexte et none. Entre chacun des offices et celui
pao-iXsia <jo-j. Mv^o-Qijti t,|a<'jv, Kûpts, Stav e'/Or;; èv rîj Pï«rt-
Xeî* oo'j. Ces rubriques varient légèrement suivant qu'on
se trouve dans l'un ou l'autre des quatre carêmes de
l'année liturgique des grecs.
7° Tb iitôÊEUtvov. Cette heure canoniale répond u l'of-
fice de compiles chez les latins, elle se divise en tô (AÉya
àitôSeravov, et tô (xtxpôv à7TôSe'.~vov. — La première ne
se dit guère que pendant le carême, la seconde pendant
le reste de l'année. L'ordre de Vapodipnon minus est
le suivant : \o\rt toi.; Un tropaire; le Trisagion; l'Orai-
son dominicale: KJpis èXét)(ton douze lois; Yenite adore-
mus, trois fois; les psaumes L, lxix et CXLII. La grande
doxologie, mais en s'arrétant à ces mots : eï; tôv aiiiiva
tov) aîûvo;. Ensuite KûptE xatKfUYTj, en omettant à la lin
le "Ayto; 6 ©eô;, qu'on remplace par K3c:a;:u)o-ov, KOpts,
èv tt| vjxtI TauTT) àvauapTY-To-j; ovXax6f|Vat. On dit en-
suite : "AÇtôv âo-rtv ù; àXr.Oàiî. Le Credo, le Trisagion.
l'Oraison dominicale, le tropaire du saint dont on fait
l'office ou un autre, 'O ©eô; IlaTÉpwv, le Aô£a, un tro-
paire, Ka'i vjv, Kûpiî, êXéïjtrov, quarante fois, plusieurs
invocations et l'àirôXuai; précédée d'une longue prier
pour le sommeil de la nuit. H. I.ixi.krcq.
ACOLYTE. — I. Étymologie. II. Origine. III. Fonc-
tions. IV. Les acolytes après la paix de l'Église,
340
ACOLYTE
£50
I. KTÏMOLOGIE. — 'Ay.ôXouGo; se compose de : à pré-
fixe, signifiant union, et xéX&uflo;, qui accompagne, qui
suit. C'est le sens classique '. Plus anciennement : ôp.o-
-/.ôXo'jOo; pour ôijloxéXeuOo:;, de ûjjloO et xéXeuQoç. Ilesy-
cliius précise le sens : àxôXovOoc, 6 veûtesoç 7taï;- Ûspà-
tcwv oè, 6 7teo\ xb crûna ; mais ailleurs il explique OspdtTiwv
par àxoXo-jôo;. On rencontre en outre cette conlusion chez
les classiques : ôcô or\ xoù ttjç 'AçppoScT/;; àxôXouOo; xa\
Oepinwv yéyov£v ô "Epco; 2, et encore : xaXoûvTat SVt
SoOXoi, à'Çoi xal 0£pâ7rovrî; y.aï àxôXouGot 3.
Isidore de Séville* détourne le mot de sa significa-
tion : Acohjli grsece, latine Ceroferarii dicuntur, elle
s'était conservée en Afrique 3.
Pour mémoire, l'étymologie donnée par Ménage :
àxûXvroç (à priv. et xwXûetv), non empêché, parce que,
dit-il, l'acolyte, bien qu'il ne remplit pas les fonctions
ecclésiastiques, n'était pas écarté de la compagnie des
personnes qui les remplissaient. C'est aussi l'étymologie
donnée par Zaccaria dans l'Ononiasticon.
On trouve : Acoluthus, acolylhus, acolilhus, les mss.
0 portent très fréquemment acolytun et acolitus; ACO-
LITVS6, acotnluthus, acolothus.
Le sens de ce mot lui a (ait préférer quelquefois son
équivalent sequens. Le Liber pontificalis en fournit
deux exemples: l^ Sous le pape Victor (186-197), Hicfecit
■sequentes cleros1. Le contexte n'apporte aucune clarté
à cette phrase, mais la notice du pape Oaius (283-293)
contient ces mots : I0 Hic coiistUu.it ut ordiues omnes in
ecclesia sic asçenderetur : ai <juis episcopus mererc-
tur ut esset, ostiarius, ieclor, exorcista, sequens, sub-
diaconus, diaconus, presbiter, et exinde episcopus
ardinarelur*. Entre ces deux témoignages se place
celui du pape Corneille, qui, en l'année 251, compte à
Home quarante-deux acolytes 9. Une inscription dédica-
toire de Narbonne de l'année 445 présente le mot se-
quens 10 :
VRSO PRBO.HERMETE DIÂCO-ET EÔRSËQ TÏB"
Vrsb presbytero, llermele diacono et eoruni sequen-
tibus.
M. Origine. — L'acolytat parait être d'origine ro-
maine, tout le reste est incertain dans l'histoire de celte
institution. Nous venons de dire que l'Église de Rome
comptait quarante-deux acolytes en 251, tout ce qu'on
tente d'induire avant celte date n'appartient plus à
l'histoire. Le nom qu'ils portent, Tnalgré son origine
grecque, n'indique pas une antiquité plus reculée, car la
langue grecque fut en usage dans la communauté chré-
tienne de Rome jusque vers l'an 250. L'épitaphe du
pape Corneille est précisément la première des épitaphes
papales rédigées en latin. Remarquons que cet ordre
apparaît tout à coup de plusieurs cotés à la fois dès le
temps où il entre dans le plein jour de l'histoire. Au
témoignage du pape Corneille il faut joindre celui de
* DOmosthéne, C. Mid., 5C5; Lucien, Nigrino; Xénophon, Hel-
ien., 3 ; Platon, Cratijl., 22. —- Platon, Sympos. — 3Athen., 6.
— 'Isidore, Etijm., 1. VII, c. xu, 29, P. L., t. lxxxii, col. 293.
— sVoy. Gust. Koflmanc, Geschiclita des Kirclwnlateins, in-8%
nreslau, 1879-1881, t. i, part. 1, p. 26; Mommsen, lnscript iones
regni Neapolitani latinx, in-iol., Lipsioc, 1852, n. 1305; C.
Tischendorf, Cod. Amiat., p. 351. — 6A. Mai, Scriptorum vete-
rum nova coliectio, in-'r, Romœ, 1831, t. v,p. 383, 386. — ' L. Du-
chesne, Le Liber pontificalis, in-4% Paris, 1884, t. I, p. 137. —
*Ibid., p. 161. — «Eusébe, Jiist. eccl., 1. VI, c. xun, P. G.
t. XX, col. 621, P. L., t. m, col. 743. — "> E. Le Blanl,
Inscriptions chrétiennes de la Gaule antérieures au vm' siècle,
in-4% Paris, 1&56-1805, n. 617. — «' Voyez D. Cabrol et D. Le-
clercq, Monumenta Ecclesia; liturgica, in-4% Paris, 1902, t. i,
n. 1989, 1999. — <* Ibid., t. I, n. 3122. — 13Eusèbc, Hist. eccl.,
L VI, c. xliii, P. G., t. xx, col. 621. — '* Edit. Duchesne, t. i.
f>. 161. — 15S. Cypricn, Epist. i.xxviu. P. L-, t. VI, col. 434. —
'* IUid. — " Iuid., L. Thomassin, Ancienne discipline de
l'Eglise, part. I, liv. II, c. xnr, 8, Paris, 1725, t. I. — '* S. Da-
inase, Carmen xvnt, P. L., t. xm, col. C92. Cf. Mabillon, lier
l'évêque de Carlhage, saint Cyprien ' ', et celui de l'épi-
graphie :
HYACINTVS ACOLITVS12
Pour la période anténicéenne nous ne constatons
l'existence de cette inslitution que dans les églises de
Rome et de Cartilage.
III. Fonctions. — Nous ignorons à quelles fonctions
étaient destinés les acolytes. La lettre du pape Cor-
neille 13, le Liber ponli/icalis u, les lettres de saint
Cyprien13 leur assignent une place après les sous-
diacres.
A Carthage, on les utilisait en qualité de courriers, ou
bien on les envoyait au loin porter des secours pécu-
niaires — et peut-être des secours en nature : quœcum-
que necessilalibus corporum defuerant — aux confes-
seurs condamnés ad vielalla 1(i ; on leur iaisait égale-
ment porter des lettres 17.
A Rome, un acolyte nommé Tarcisius trouva dans le
martyre une sainte illustration. Comme il circulait
entre la ville et le domaine chrétien de la voie Appienne,
porteur de l'eucharistie, il lut arrêté et se fit tuer sur
place plutôt que de livrer son dépôt 18: on l'enterra dans
le caveau papal 19. On ne saurait rien induire de ce lait
sur les fonctions de l'acolyte, ni sur l'âge requis poul-
ies remplir.
Dans celle pénurie, on a proposé deux explications de
l'ordre d'acolyte.
1° Le recensement du personnel hiérarchique à Rome,
en 251, donne sept diacres, sept sous-diacres, quarante-
deux acolytes. Ce multiple de sept a suggéré l'existence
d'uri système régionnaire d'après lequel aurait été orga-
nisé et réparti le personnel. 11 existait, en ellet, à Rome,
depuis le pape Fabien (236-250), sept régions ecclésias-
tiques 20, réparties très probablement entre les sept
diacres. On n'a aucune preuve à l'heure présente que
les sept sous-diacres créés par saint Fabien aient été
placés sous les ordres des diacres, et rien non plus qui
insinue que chaque région fût organisée sur le pied
d'un diacre, un sous-diacre et six acolytes dont le sous-
diacre eût été le chel 2I.
2° Les acolytes ont paru à d'autres une institution
calquée sur celle des catatores, esclaves attachés au Ser-
vice personnel des prêtres païens. Aucun texte n'auto-
rise celte conjecture 22.
IV. Les acolytes après la paix de l'Église. — i» Mo-
numents. — A partir de la paix de l'Église, les témoi-
gnages deviennent plus nombreux et plus clairs. Eusèbe
signale la présence d'acolytes à Nicée. On a voulu les
naturaliser Occidentaux, parce que nous n'avons aucun
texte qui prouve l'existence de cet ordre en Orient; ce
sont là des explications auxquelles répugne l'historien.
Kn Grèce, dans l'Asie Mineure, en Espagne, l'épi-
graphie ne signale aucun acolyte. Une inscription de
Italien m. in-4% Lutetise Parisiorum, 1C87, t. i, p. 132: et Theiner
ajoute cette note à Baronius (Annal., ann. 260, §5, in-4% Barri-
Uucis, 1864-1881, t. i n, p. 133) : Non acoluthis tantum sed et
laicis olim, peraecutione urgente concession esse acception
in Ecclesia eucliaristiam domton ferre tomo primo pluri-
bus dictum est. — '"De Bossi, Roma sotter ., in-lol., Borna,
1867, t. n, p. 7-10, 89. — m Liber pontificalis, éd. Duchesne,
t. I, p. 148. Cf. De Rossi, Roma sotter., in-iol., Borna, 1877,
t. m, p. 514 sq. ; Plante di Roma, in-4% Borna, 1879, p. 78, 79;
II. Jordan, Topographie der Stadt Rom im Alterthum, in-8%
Berlin, 1878, t. [, p. 72; 1871, t. il, p. 315; L. Duchesne, Les cir-
i-onscriptions de Rome, dans la Rcv. des quest. Iiist., 1878, t. XXIV,
p. 217-225 Gatti, dans le Bull, di arch. crist., 1883, p. 102. — « L.
Duchesne, Origines du culte chrétien, in-8% Paris, 1889, p. 332;
Bulletin critique, 1886, p. 370. — -- A. Harnack, Die QueUen
der sogen. apostotisehen Kirchenordnung nebst rince Un-
tersuehung ùber den Ursprung des Lectorata und der ande-
ven niederen Weilien, 1880, dans les Texte und UnCçrsuehun-
yen, in-8% Leipzig, t. u, lasc. 5; Duchesne, dans le Bull, ait.,
] 886; p. 360 sq.
251
ACOLYTE
352
Lyon, de 1 année 517, mentionne un DISDERIVS ACO-
LÏTV [s]i.
A Rome, nous avons déjà rapporté celle d'HYACINTVS
ACOLITVS 2, il faut citer en outre uneépitaphe du IVe siè-
cle : LOCVS ROMANI ACOLITI trouvée à Saint-Lau-
rent-hors-les-murs 3. Une lamelle de bronze opisto-
graphe destinée à être suspendue au collier de fer d'un
esclave lugitif et qu'on ne saurait dater au-dessous de la
moitié du IVe siècle, porte cette mention :
TENE ME Q
VIA FVG- ET REB
OCA ME VICTOR
I. ACOLIT
5 O A DOMIN
ICV CLEM
ENTIS
I
Tene me quia fug[i] et re(v)oca me Viclorl acolilo a
Dominic(o) Clementis *.
Une épitaphe trouvée sur la voie Nomentane men-
tionne l'acolyte du titulus de Vestine; elle parait dater
de la fin du vic siècle ou du commencement du siècle
suivant (si le dessin de Winghe pour la barre horizon-
tale du mot acol. est exact).
_s\_
[hic requiescit in p\ACE ABVNDANTIV5 ÛCOL- P
RECQVARTE TT VESTINE QVI VIXIT ANNXXX
DËP- ÎNP- & NÂTSCI- MARCI MENSE SE ÔCT •
[IND XII C?3
Les sylloges épigraphiqnes manuscrits contiennent
plusieurs mentions d'acolytes.
Dans la basilique vaticane :
Suscipc xpe potens acomhtthî utln geprgii*.
qu'il faut lire :
Suscipe Chris le potens acolulhi vota georgi
Sur un tombeau de la voie Latine, proche de la voir
Labicane :
* Hoc tumulo baioli condttntur membra sepulli
Sed pollens anima preelaro manebit olimpo.
Quem servalor poli redinievit stola perenni
Hec decorosns amici depinxit invertice limbe
acotlochus me lateat quis hic humains quiescat '■ .
Une variante indique que Raiolus était vestiarius,
' E. Le Blant, Inscriptions chrétiennes de In Gaule, t. i. n. 30.
A Carthage, cf. Corp. inscr. lui., t. vin, n. 13426. — " Wo-
num. Eccl. lit., t. I, n. 3122. — 3 De Rossi. Bull, ili arch. cr!st..
1863, p. 10. — * R. Pignorius, De servis et eorum apud veteres
ministeriis, ln-4% Patavii, 1656, fig.,p.21; R. Fabretti, Inscriptio-
iium antiquarum, quve in œdibus patemis asservantur, expli-
cutiu, in-lul., Rom», 1702, p. 522, n. 365; Muratori, Novus Ihc-
saurus veterum inscriptionwn, in-lol., Mediolani, 1789,
p. cccci.xxix, n. 4; De Rossi, Bull., 1803, p. 25. — 5 Bosio, Homo
sotterranea, in-fol., Roma, 1032, p. 419; P. Aringhi, Bonio
subterranea, in-fol., Lutetiœ, 1050, t. n, p. 156; Reinesius, Syn-
lagma inscriptionum antiquarum, in-lol., Lipsiœ, 1082, cl. xx.
1; G. Marchi, l monumenti délie arti cristianc primitive
tiella metropoli del cristianismo disegnati ed illustrait, Archi-
tettura délia Borna sotterranea eristiana, disrgnata ed illus
trata, in-4°, Roma, 1844, p. 27; Jacuzio, De epigrammate
SS. Bonusx et Mcnnœ, in-4", Romse, 1758, p. 73; De Rossi,
Inscriptiones chtistianœ urbis Borna:, septimo sxculo anti-
quiores, in-lol., Roma-, 1801, t. i. p. 530, n. 1185; L. Duchesne.
Le « Liber pontiflcalis », in-V, Paris, 1884, t. I, p. 223. — » Cod.
Paris. 8011 ; voy. De Rossi, Inscr. christ. «. B., in-fol., Rom.e.
1888, t. n, p. 50. -- ' Sylloge de Tours, voy. de Rossi, loc. cit..
p. 05 et 107, n. 53. avec addition après olimpo ; Meruit pontifteum
qui primus vestiarius esse, et à la dernière ligne Acolothus. —
' E. Schelstratus. Sacrum Antioclienum concilium pro Aria-
fonction ecclésiastique dont le cumul était donc auto-
risé avec la charge d'acolyte.
L'Orient continua à ignorer cet ordre 8. Ses ixéXovôot
qui 7tp07:opîviovTat v.a\ axo).o'j0o'ji7t fj.ETa xvipûv xcù >.au.irâ-
8<ov to'j; Siaxivo'j; -/.a\ to\j; Upeï; èv taï; ÛTt^pstrîatç sont
analogues à nos céroféraires0. On ne trouve le rite d'or-
dination de l'acolyte que chez les Arméniens : Tordinand
y reçoit de la main de l'évéque un cierge allumé (ut
habeal) poleslalem accendendi laminaria et lampadcs
in sanetis ecclesiis; ensuite une burette vide par cette
formule : Accipe urceolum hune ad suggerendttm vinum
calici pro sanguine Christi, in nomine Patris et Filii
et Spiritus sancli 10.
L'oraison récitée par l'évéque au rite arménien est
manifestement apparentée à celle du Sacramentaire dit
grégorien ". Cette relation évidente provient de ce fait
qu'au temps de saint Grégoire VII, selon Denzinger, ou
même de saint Grégoire Ier, selon Galanus, les Arméniens,
redevenus catboliques, empruntèrent beaucoup de rites
à la liturgie romaine, entre autres les quatre ordres mi-
neurs. Leur rituel même n'est qu'une traduction du
rituel romain en arménien. *•
Arménien. Bomain.
Domine Deus, Pater omnipo- Domine sancte, Pater omni-
tens et sempiterne, qui unige- potens, a?terne Deus. qui per Je-
nitum Filium tuum Dominum sum Christum filium tuum. Do-
nostrum Jesum Christum misisti minum nostrum et per apostolos
in terram, qui elegit discipulos ejus in hune mundum lumen
suos, eosque vocavit lucem tuaj claritatis misisti, quique ut
mundi, et misit ad prœdicatio- mortis nostra: antiquum abolercs
nem evangelii, qui universum chirographum, gloriosissimae il-
orbem illuminaverunt et inter- lum crucis vexillo affigi, ac san-
fectores nostros malos daemones guincm et aquam ex latere illius
disperserunt, qui postulasti a pro salute generis humani ef-
Filio tuo, ut ad lignum crucis fluere veluisti.
accédât, qui voluisti, ut fons
sanguinis stillet de latere ejus
per quem redemptio mundi f.icta
'est.
2° Fonctions. — L'Orient ne fournit aucun autre ren-
seignement sur ce sujet.
En Occident, dès le ive siècle tout l'essentiel parait fixé.
Une lettre écrite en 3S5 par le pape Sirice à Himère,
évêque de Tarragone, marque l'adolescence (aecessu
adolescentise) '*, c'est-à-dire, la vingtième année environ,
pour l'admission à l'acolytat ,s. Innocent Ier (401-417) dans
sa réponse à Decentius, évêque de Gubbio (41G), dit que
les acolytes allaient porter chaque dimanche le fermen-
tum aux prêtres titulaires que l'administration de leur
paroisse retenait en ce jour1*. Une pièce gallicane qui
parait à peine postérieure à l'an 450 ' ■■ et désignée sous
norum conciliabulo passim habitum, nunc vero primum e.r
vnini antiquilate auctoritati sum restitutum, diss. IV, c. vu.
in-4*. Anlverpia-. 1681, p. 526; K. Martène, De antiquis Ecclesix
ritibus, t. n, p. 308; Bona, Berum liturgicarum libri duo; no-
viss. ed. Btud. Rob. Sala, 3 vol. in-fol., Aug. Taurin., 1747-1753,
t. n. p. 869; J. R. Lightfoot, The apostolic Fathers, in-8*. Lon-
don, 1869-4885, part. II, t. il, p. 824. — » A. Daniel, Coder litur-
gicus Ecclesix universx i» epitomen redactus, in-8\ Lipsiœ,
1847-185i. t. iv. p. 0'.<4. — io H. Denzinger, Bitus orientalium cop-
torum, sijrorum et armenorum in administrandis sacra-
mentis, in-8", Wûrzburg, lsiy, t. m. p. 2s'j. — " Muratori, Litur-
gie romana vêtus, tria sacramentaria complectens, leottia-
num teil ■ gelasianum et antiquum gregoiianum, ace. missale
gothicum, missale Prancorum, duo gallicanm et duo o»n iuni
vetustissimi ronwnœ Ecelesi.v rituales libri, in-fol., Venetiis,
! 1748, t. u, p. 420. — '* P. Constant. Epistolie Bomanorum Pon-
tificum et qux ad cos scripUD su»t a S. Clémente ad Inno-
centium III quotquot reperiri potuerttnt, in-fol., Parisiis, 1721,
t. i, Ad anno 67 ad atmum H0. S. Sirici papœ epist. I, ad c
Himerium Tarrac. ix. 13. Cl. P. L., t. xm, col. 1142. —
"Zosimc. Fntxt.. w.Ad Hcsychium, c. m, P. 1... t. XX, col. 672. —
'* P. L., t. XX, col. 556. — ■* F. Maasscn, Ccschichte der Quet-
len und der I.iteratur des canonischen BechtS im Abend-
lande bis :itm Ausgange des Mittelaltcrt, in-8*, Gratz, lb71,
t. i. p. 399,
353
ACOLYTE
354
le nom de Slalula Ecclcsix anliqua ', règle le rite de
l'ordination de l'acolyte 3 dans des termes presque iden-
tiques à ceux du Sacramentaire de Ménard3.
11 est probable que saint Jérôme l'ait allusion aux aco-
htes dans leur fonction de céroféraires en Orient lors-
qu'il écrit : per totas Orienlis Ecclesias, quando legen-
dum est Evangelium, accenduntur htminaria, jam sole
rutilante *. Isidore de Séville avait ce texte sous les yeux
lorsqu'il écrivit que les acolytes tirent leur nom a depor-
landis cereis, quando legendum Evangelium est, aul
sacri/icium offerendum; tune enim accenduntur lumi-
naria ab eis, et deporlantur*.
C'est parmi ces textes, et peut-être le premier de tous,
qu'il faut placer le rite d'ordination fourni par le, hui-
tième ordo romain, qui parait l'un des plus antiques parmi
ceux que nous avons c. La inesse dite, on revêt le clerc
de la planète et de Vorariuni. Au moment de la com-
munion il s'approche selon le cas de l'évèque ou du pape,
qui lui remet un petit sac. Le clerc se prosterne sur
le sol sans quitter le sac et le pontife lui dit : Interce-
dcnle beala et gloriosa semperque virgine Maria, et
bealo apostolo Petro, salvel et cuslodiat et protegat te
Dominus. Amen''. Ce rite des sachets nous fait toucher
à un texte de Justin l'apologiste : xoù y, Siâoooi; xa\ y)
(X£TâXr,'l/'.; àno tûv eù-/api<TT/;fj£vTtov sxâorci) yivetou, y.a\
toi; où 7tapo-j<ii otà tfiiv ôiaxovtov 7rs|i7:£Tai. c. On distri-
bue les oblaticns sur lesquelles on a rendu grâce et on
communie tous les assistants, les diacres portent aux
absents [l'eucharistie]8. » D'après le neuvième ordo
romain les acolytes avaient dû faire un stage dans la
scliola cantorum préalablement à leur admission à l'aco-
lytat, qui pouvait être laite par l'archidiacre et en silence.
h'ordo IXe, ne mentionne pas les acolytes par leur nom:
Primum, in qualicumque scliola reperli fuerinl pueri
bene psallentes, tollunlur inde,et nulriunlur in scliola
cantorum et postea fiunt cubicularii. Si autem nobi-
lium filii fuerint, slalim in cubiculo nutriuntur. Ex
liac accipient primant Benediclioncm ab arcliidia-
cono9... Il est possible que la phrase qui suit, tout en
ayant une application directe à l'ordination des sous-
diacres, se rapporte encore à l'admission à l'acolytat, qui
aurait donc pu être faite en tous temps et en tous lieux.
Dein, sicut Sacramentorum Codex continet, quando et
ubi libitum fuerit, usque in subdiaconatus of/icium or-
dinantur lu. Il est remarquable que ces deux ordines ne
font aucune mention des degrés hiérarchiques, tels que :
portier, lecteur, exorciste, avant l'acolytat. Ceci est partiel-
lement d'accord avec la lettre duvpape Sirice déjà citée
et dans laquelle il ne parle que des lecteurs, des acolytes
et des sous-diacres: Quicunque ilaque se Ecclcsix vovil
obsequiis a sua infantia, ante pubertatis annos bapti-
zari et lectorum débet ministerio suciari. Qui ab ac-
cessit adolescenliee usque ad l'icesimum wtatis annum
si probabiliter vixerit, una lantum uxore conlcntus,
acolijtltus et subdiaconus esse debebit11. Quelques an-
nées plus tard Gélase (402-40li) écrit aux évêques de Lu-
carne en leur marquant les chefs d'examen pour l'admis-
sion dans la hiérarchie ecclésiastique: ...si assecutus est
litteras, sine quibus vix forlassis ostiarii possit implere
ministerium : lit si lus omnibus quse sunt prœdicta
fulcilur, continuo Icclor, vel notarius, aut cerle defen-
sor t'IJectus, post très menses existât acolyt/ius, maxime
si Imie ictas etiam suffragalur; sexlo mense subdiaconi
namen accipiat... ' 2. Vers le temps du pape Gélase la
lonction principale des acolvtes qui était de porter l'eu-
charistie dans des sacs parait avoir été supprimée13.
1 Mansi, Cuncil. atnpl. coll., t. m, cul. 949. Cf. Comptes rendus
du Congrès des sciences catli., 1894 : Sciences liistor., p. 105-150.
— «Mansi, toc. cit., col. 951. — 3 P. L.,L lxxviii, col. -219. — * S. Jé-
rôme, Contr. Vigilantium, c. vu, P. L., t. xxn, col. 361. — 6 Isi-
dore, De eccles. offic, 1. II, c. xxiv, P. L., t. lxxxiii, col. "93. —
«Mabillon, P. L., t. lxxviii, col. 999. — 1 Ibid., col. 1001. Voyez
une i"i'mule dans un ms.de Tours ;Martène, Deantiq. ICccl. ritib..
dict. d'arch. CIJIU r.
Innocent Ier (ilG) est le dernier qui y fasse allusion.
La messe papale. — Les acolytes conservèrent des
fonctions assez importantes à la messe papale. Aucun
texte ne permet de reconnaître assez clairement 1rs
éléments de cette combinaison liturgique un peu com-
pliquée, pour en marquer l'origine et le progrès, encore
moins pour assigner des dates, même approximatives, à
ces modifications successives et aux innovations.
A la messe papale, les acolytes faisaient partie du cor-
tège qui précédait le pontife dans l'église stationale où
il devait célébrer. Ils apportaient le saint chrême, les
évangiles, les linges et les sacs de lin destinés à recevoir
les oblatœ. Le premier ordo romain mentionne, pendant
(pie le pape se rend en procession à l'autel, duo acolythi
tenantes capsas cum Sanclis apertas (vase contenant
une parcelle de l'Eucharistie réservée de la messe pré-
cédente), et subdiaconus sequens cum ipsis tenons ma-
uiim suam in ore capsx, ostendit Sancta ponti/ici, vel
diacono qui prœcesserit. Tune inclinato capite pontifex
vel diaconus salulat Sancta, et contcmplatur, ut si fue-
rit super abundans, prsecipiat ut ponatur in conditorio.
Pour le chant de l'évangile les acolytes portant des
cierges allumés précédaient le diacre; arrivés au pied de
Jambon, ils s'écartaient pour laisser entre eux le sous-
diacre et le diacre. Le chant de l'évangile terminé, un
acolyte se tenait au cancel, tout près de Fainbon, avec
une botte dans laquelle le sous-diacre déposait l'évan-
géliaire. L'acolyte appartenant à la même région que ce
sous-diacre avait la charge de reporter l'évangéliaire au
Latran. Lorsque le diacre monteà l'autel, l'acolyte, debout,
tenant le calice couvert du corporal, élève le calice de
sa main gauche et présente le corporal au diacre qui Je
dépose sur l'autel, où le second diacre le déplie.
Le pape s'étant rendu au sanatorium, l'archidiacre
verse le contenu des amulai dans le calice tenu par le
diacre régionnaire, derrière lequel se trouve un acolyie
portant sur sa planète un calice ministériel dans lequel
on transvaie le contenu du calice lorsque celui-ci est
rempli. Deux acolytes viennent ensuite tenant par ses
extrémités une nappe sur laquelle le sous-diacre région-
naire fait déposer par le sous-diacre suivant les oblations
qu'il a reçues du pape. Les acolytes n'ont aucune fonc-
tion spécialement marquée pour l'offertoire; lorsque
commence le canon un acolyte se présente portant sur
les épaules un voile retenu par une ligature autour du
cou, il reçoit la patène qu'il tient devant sa poitrine jus-
qu'au milieu du canon. Au moment de la communion,
les acolytes reparaissent à la suite des sous-diacres, ils
ont leurs sacs au cou et vont se placer à droite et à gauche
de l'autel, ils présentent avec leurs mains l'ouverture
du sac tandis que les sons-diacres, se plaçant devant eux,
le maintiennent ouvert; alors l'archidiacre dépose les
pains consacrés pour le peuple, d'abord dans les sacs qui
sont à droite, ensuite dans ceux qui sont à gauche. Cela
lait, les acolytes se séparaient, les uns portaient leurs
sacs aux évéques placés à droite du pape, s'il y en avait,
ci les autres présentaient les leurs aux prêtres qui étaient,
a gauche. Après la commixtion du pain et du vin par le
pape, l'archidiacre se rend avec le calice au coin de l'au-
tel, d'où il proclame le titre stationnai choisi pour ia
prochaine célébration, puis il verse quelques gouttes du
contenu du calice dans le calice ministériel que porte
l'acolyte; alors commence la communion des évéques et
des prêtres. Le sous-diacre régionnaire ayant reçu le ca-
lice, dont le reste du contenu a été transvasé dans le
calice ministériel, le donne au sous-diacre suivant, qui
1. I, c. vin, art. 8, g 14, et L. Duchesne, Origini s du culte
chrétien, p. 339. — » Apol. 1, 07. Cf. P. G., t. vi, col. 429;
Mnnum. ICccl. lit., t. I, n. 815. — » P. L., t. lxxviii, col. 1003;
Martène, De antiq. Eccles. ritib., 1. I, c. vni, art S, § 14. —
<•'!>. L., t. lxxviii, col. 1003. — "P. L.. t. xin, col. 1142 —
IJ /». L., t. m, col. 49. — 13 L. Boequillot, Traité historique de
la liturgie sacrée ou de lu Messe, in-8°, Paris. 1701, p. 101.
1.
12
055
ACOLYTE
ACROSTICHE
35(>
le remet à l'acolyte, lequel replace ce vase dans son étui.
L'acolyte communie le dernier de tous, avec le nomen-
culator et le sacellaire.
Au retour, la messe terminée, les acolytes marchent
après les cercostatarii, le texte porte : aculythi qui ru-
ga>n observa)) l (un ms. porto regiam), ce qui veut dire
que les acolytes avaient la garde du cancel.
Pendant la. semaine-sainte. — Le jeudi-saint, les
acolytes portaient les ampoules contenant les saintes
huiles : duo acohjllt'i h/vohitas ampuUas eun) sirulmir
alha serica, ila ut videri passint a média, tenent in
brachio sinistre projerlis smdonibus super scapulan)
sinislram, ila )il pertingat scapidam dextratn, qua
toitius possint depcndeulia relinere. Le vendredi-saint,
deux acolytes soutenaient les bras de la croix que venaient
adorer et baiser le pape, le clergé et le peuple. Le sa-
medi saint, ils devaient se tenir prêts, si on requérait
leur service, à descendre, pieds nus et vêtus de blanc,
dans la piscine où prêtres et diacres administraient le
baptême. Aux jours de fêtes solennelles telles que
1 Tiques, Pentecôte, Noël et Saint-Pierre, les acolytes,
après avoir reçu de l'archidiacre les offrandes, se ren-
daient auprès des prêtres, et les trois premiers empor-
taient les cal ici s ministériels '.
Jiepuis qu'ils avaient perdu la charge de porter l'Eu-
charistie aux prêtres titulaires, les acolytes axaient vu
leur importance s'accroître à Rome. L'institution de la
sciiola eantorum les avait laissés seuls représentants du
bas clergé en service actif; force fut donc de multiplier
leurs fondions, ils apparaissent presque seuls représen-
tants, avec les sous-diacres, de la hiérarchie inférieure
dans les cérémonies papales, ils sont à la lois acolytes et
exorcistes et, à ce titre, ils sont employés à l'instruction
îles catéchumènes. Ils deviennent seuls assistants des
piètres cardinaux dans leurs églises titulaires.
Quelques-unes des fonctions des acolytes ne paraissent
>as pouvoir être rapportées à une époque déterminée.
Anus savons qu'ils portaient le chalumeau destiné à la
communion du sang de Jésus-Christ par le peuple, ils le
remettaient au moment opportun an sous-diacre porteur
du calice; de plus, ils soutenaient la patène -dus les
lèvres <lu communiant pendant la réception du corps et
relie du sang. Enfin, ils avaient la charge de la matri-
cule {\r> catéchumènes qu'ils signaient pendant les scru-
tins; ils suppléaient les enfants pour la récitation du
symbole baptismal. Mais rien n'est moins assuré que la
date si laquelle chaque église leur concéda lune ou
l'autre de ces fonctions.
L'ordre d'acolyte a un caractère local persistant. Pour
la période aniénicéenne, nous ne relevons de témoi-
gnages de «elle institution qu'à Home et à C.arlhage;
pour la période suivante, nous ne pouvons taire plus
que de limiter à certaines circonscriptions l'adoption de
cet ordre hiérarchique. En Garnie, nous pouvons affir-
mer son existence > Ailes2; par contre, un livre d'ori-
gine romaine, qui a subi des retouches gallicanes graves
et nombreuses, le sacramentaire dit Gélasien, contient
une rubrique qui annonce l'ordination de l'acolyte alors
que les formules ont été omises. Dans le Misante Fran-
<tuiim3, l'oraison se retrouve seule, l'invitaioiro est
tombé et l'acolytat prend place entre l'ordre des por-
tiers et celui des lecteurs. Pans la collection canonique
1 Mortène, 1>>- antiq. Eecl. rilib., 1. 1. passim; Bona-Sala, Rcr.
liturg., t. ii, p. S74. - -' Voyez les Statiita (olim Gonc. Carthag.
IV), rédigés à Arles, 1 1 Le niant, fuser, chrèt. de In Qmttie, t. i,
u. 36. — a Murai m-i. Lit. Rom. vetns. t. u. eaLttB. - *£d.
Wosserschleben, p. 23-26. — :' Constit. apost, 1. II, r. i.vu. —
«Gotelier, Const. opost., P. G., t. i, col. 727. Cf. AchotAlei -
tique, col. ;s"2. — 'Cf. Cagin, Ai\tiphonariwm ambrosimunn,
in-4", Solesine-. tv.ïi',. préface à la transcription, p. '-"J. note de la
] âge précédente. — •CicérOB, De itivtnntionc, II, 54; Dcnys d'Ha-
l'icarnasse, iv. 88. — '-'Jvur 160 : Renan, Origines dit cNriafia-
jiixntr. index, p. 236 : pour ITx-tMi: \lr\andre, Oracula sili'iHina
n-8", Paris, 1856; pour te début du îr siècle : E. Fgger, Journal,
irlandaise, l'ordre d'acolyte est exclu avec celui de psal-
miste de la hiérarchie de septem gradibus *.
IL Leclerco.
ACROASIS. Voir Pëkxients.
ACROSTICHE. — I. Élymologie. IL Définition.
III. Origines. IV. Acrostiche et télestichc. V. Acrostiche
dans la liturgie grecque. VI. acrostiches alphabétiques.
VIL Une hymne acrostiche sur papyrus. VIII. Poésie-
figurées. IX. Acrostiches coptes.
1. Ltymoi.OGIE. — 'A-/.pri<77iyov, de cr/.poç, indiquant la
pointe, l'extrémité, et crè/o:. rangée, ligne, vers (de
o-t ;av, piquer).
Dans la description de la synaxe par l'auteur des Con-
slihitions apostoliques il est dit : 'Avà o-'jo ôï revwuêvtav
àva-, voiTu-aTuiv. Ërepoç ri: roj: to-j AaS'iS •li'x}.\£-:u> Cixvooç
/.où 'i ).aô; rà à'/.poirrè/ia iiT.rii/oûj.ézta. « Les lectures ache-
vées, un [psalte] chante les hymnes de David etlc peuple
reprend l'acrostiche des versets s. » Cotelier a pensé,
sans qu'on voie sur quel fondement, que iv.poar-iy.ix
avait ici un sens différent de celui qu'on lui donne ordi-
nairement et marquait non le commencement mais la
lin des versets0. Nous reviendrons sur ce sujet et sur
l'àxpoTelEOria à propos de la psalmodie ".
IL Définition. — C'est généralement un pelit poème
composé d'autant de vers qu'il y a de lettres dans le nom
pris pour sujet, chaque vers commençant par une des
lettres de ce nom.
Le goût pour cette littérature, le choix des sujets.
l'emploi qui en est fait sont des indices précieux d<
l'état intellectuel d'une époque. L'archéologie est ici
comme souvent ailleurs une des sources de la psycholo-
tie sociale. Cette considération a inspiré à Littré une
excellente remarque : c< Quand, réfléchissant sur l'en-
chaînement des significations, on descend de l'idée di
vers à celle de ligne dans une page, de l'idée de ligne à
celle de rangée, de l'idée de rangée à celle de l'acte par
lequel on lixe et détermine les points qui constituent
cette rangée, on assiste à un travail curieux de l'esprit
humain, qui se reproduit dans toutes les acceptions
détournées et abstraites, »
III. Origines. — <>n attribue l'invention de l'acrostiche à
tpicharates. Le mystère que renfermait ce jeu de mol
donna à croire que l'acrostiche étail un des procédés
employés par les vieilles sibylles pour laisser deviner
leurs sous-entendus s.
Le plus ancien acrostiche chrétien, à notre connais-
sance, est celui qui donne le mol IXhVï. adopté par
l'Église primitive comme l'expression dn nom da Christ,
île sa filiation di\ ine. de ses deux natures cl de sa qua-
lité de Sauveur. L'acrostiche parut, dit-on. pour la pre-
mière fois probablement, dans une pièce destinée à lui
procurer un grand retentissement. Vers 1 an 160', un
écrivain chrétien composa, d'après la manière des sibylles
antiques, un pamphlet virulent dans lequel il prédisait la
chute prochaine de I empire, la ruine de l'Italie, le combat
et la défaite de l' Antéchrist . la résurrection et l'éternelle
félicité des iusi.es. Les initiales des vers qui annoncent
ces événements formaient un acrostiche que lesoontem-
porains lurent avec Stupeur, le pamphlet en question
ayant élé écrit, pensait-on, au temps de la sixième géaéi a-
lion qui suivit le déluge l0. On yiisail la pièce suivante11 :
de l'instruction publigu* du 10 mars 1838; v Hamack, Gesch.
d. attehr. I.itcr., in*, Leipzig, 1838,1 r, 2" paît, p. Ti;-j. (,t.
R. Mowut, dans le Uni/. oV In soc. des antiquaires de TVti
1898, p. 121. — ,0C"ii-iantiii, Orttt. ail sanrt. c<rtu»>. c. x\m.
/'. G., t. xx. col. 1385. — " Carm. sib., \ m. vers 217 sq, Voy. Pseu-
.1 o-.iustin, Cohorï. MtGnecw<tr sièdg, e. xxxwu. /•. G., t. vi,
r -il 309 sq. ; Utctanoe, lUv. inst., iv, 15 <il réunit les s; 1 et •_' du
1 viiti. vu, te, 19. -3», P. J A. vi,cot498,'792,"7B7,798;S.Autus-
iin, Decivtt. Dei, x\m. 23, P. 1 '.., t. xi i. c 1, 579. Cl. A. Mancini.
Suit acroslico délia sttùlfa rritrea, dans Stmti ilal. rii filolonia
chus., WW6, t. rv, p. 537-540; J. P. Rossignol, Des serf ioes^tte
rendriiarchcol. in-8*,Pai î, 1878, p. 377-480.
337
ACROSTICHE
338
220
225
230
2i5
250
I SptÔTSt yàp -/8ù)v, y.p:(Tc(i>; (jjjjiîîov £V in-Tar
H Çst -5' ojpavôôêv PauO.eù; aiû>c-cv, ô u.iXXtnv
5! àpxa itaptov 7rï<rav xpïvai xoù kôctjiov auavTx.
0 'iovtat Se 0sôv p.Époits; moral xa: aTrisroi
Y litarov [ist» Tàiv âyt'wv èitï TSp[ia -^povoto,
Z apxoçôpov ij/vjyà; T'avSpolv eut pr^aTt xpivsî.
X épTo; or' à'v ttote xô<ru.o; oXo; xa\ à'xavOa yÉvr,72'.
P i'buirsi t' Et'otoXa PpoTo'i y. ai tiXo'jtov a'7iavta.
E y.y.a-jTif) Se t'o 7rjp yr,v, oùpavbv *)8e 6âXa<7c-av,
1 /vsûcov, p v-) Ç -/-j xc 7rJXa; Etpy.Tr,; atSao.
Z ot p5 tÔtî iràTX vexptôv, È; èXs'jOspiov çâo; »5|E!"
T ooç âysoy?, àvéjj.o'j; te tb ïrvp atCxriv iléyiir
O 7TUorra Ttj 7ipàËa; e'XaBîv, rôts uâvra XaXrj<re:.
2 TT,8ea yàp Çoçôîvra 0eôç owcrripircv àvoîijet'
O prjvôç t' ex TtavTiov i'<77a'.. xal Ppyyu.ôç ôSo'vtmv.
E xXstyst aiXa; f,eXi'o-j, aaxptov te yopEÎat.
0 -jpavôv eîXfÇet, u-yjvï]; £s te qplyyo; oXsïrai
Y 'J/ojTSt 6è (pâpayya;, oXeï 6' ■j'i/ûp.arx (îo'-ivcôv.
Y 'io; 3' O'jxét'. Xuypôv sv avGptûuoiT'. çavEÏTa'.-
1 crà t' op'O uEGiot; ssrar xa\ itîda OiXacsa
O \jx eÎ; 7tXo0v iSUr yr] yàp çpv/OEÏo-a xspauvô>.
Z UV irir]ya!; TroTatj.0! te xa/Xà^o/TS; XE!'io'j<7!v.
Z âXuiyi; 8' o\jpavô(kv çcovyjv itoX-jOpTjvov afrjust,
Q pûouaa (tjo-oç [/.eXeÔv xa\ TCTjU.C(Ta y.daiiovi.
T apTapoEv Se X*°ï T0'T£ 8etÇei yaïa /avoCira.
H ïovxjev 8' éVi pvjp.a 0S&G f5a<TiXr,EÇ aTravTE;.
P E'jcei 6' oùpavôOEv itoTaaô; Ttupôç, y;3é y£ Ôefoy,
Z r,u.a SE toi tôte 7t5o-'. PpotoÎ; àptSsixETOv, o'ov
T à ijJXov èv iruTTof; tÔ xÉpa; tô t:oOo'J|/.cvov c<7toc'.'
A vîpaiv E'J(7eSÉ(uv Çwr,, •rcpÔTXon.|ià os xôcp.oj.
Y SaTt çcoTt'ov tikjToûç vi SwSîxa ir^ya;;.
P âSSoç iroijjiaivouiTa (TiSyipeîv; ys xpaTrjcEi.
O 'jto; ô vOv 7rpoypacps\î Èv àxpoaTiyc'oi; 0e'o; rk\>(&,
Z (OTï)p, àôavaToç paaiXEÙç, 5 ira9à>v EVEy'rjj.wv. *
ï.'acrostiche se lit IIISOYS XPEISTOS 0EOV l'IOS
lL>THPi:TArFov . Jésus-Chrisl, Fils de Dieu, Sauveur
crucifia. Les lettres initiales des cinq premiers mois
donnent à leur tour IX0YZ, c poisson, » désignation
symbolique sous laquelle les initiés reconnaissaient Jé-
sus. Voyez Poisson. L'histoire littéraire de ce morceau
n'était pas close. Vers le ni0 siècle on en fit une traduc-
tion en vers barbares avec une adaptation des lettres
grecques aux lettres latines correspondantes * :
I1IS0TS XPEIST02 0EOY- YIOE SÛTHP
IESVCS CREISTOS ÏEVD NIOS SOTER
On en vint môme à raconter que Cicéron avait trouvé
si belle cette composition de la sibylle d'Erythrée qu'il
1 ivait traduite en vers latins2. On a généralement rap-
proché les vers sibyllins d'un passage du Discours aux
Grecs attribué à saint Justin (c. xxx). Mais l'auteur de
ce passage a en vue l'avènement du Christ dans l'incar-
nation, tandis que la sibylle vise le jugement dernier et
le deuxième avènement, comme l'a démontré A. Man-
cini 3. Entre l'apparition de l'acrostiche et sa première
mention il s'écoule environ deux siècles, puisque c'est
dans YOral'w Conslantini nd gemetwm cœtum qu'on le
trouve mentionné pour la première fois, et cette pièce
parait être à Mancini une tarification postérieure à l'an-
née 350*. Saint Augustin n'a connu que les \ingi-six
'S. Augustin. De civ. Dei, xvm, 23, P. L.h t. xi.i, col. 579;
iT.wi'or mt omis, ce mot est inutile à 1x0 ri. — 'Constantin,
Orat.ad. sanct. cœtum, xix, A /.., t. xx, col. 1285. — 3A. Man-
pini, dans les Studï italiani tli filologia, ;. iv, p. 537 sq. —
• A. Mancini, dans les Studi storici, in-8% Pisa, 1894, t. m,
n. 1 et 2. — » S. Augustin, De civitate Dei, 1. XVIII, c. xxm.
I'. 1.., t. Xll, col. 579. — « P. Lejay dans la Revue d'histoire et
<ir littérature religieuses, 1900, t. v, p. 191 sq. — 1 D. Cabrol et
I). Leclercq, Moni/cm. Ecries, liturg., in-4\ Paris, 1902, t. t,
n. 2826. — "De Hossi, Iriser, clirist. urbis Romse, in-fo!.. Ro-
mîB, 1888, t. n,proœm.,p. xix. — 90. Pohl, Dos Ichthys-monu-
ruera vun Autan, in-8", Berlin, 1880, p. 10. — 10DeRossi, loe.
premiers vers et ignorait l'acrostiche de ETa-jp<5;5;
mais le rapprochement le plus suggestif sur les origine»
de ce texte est celui dans lequel Mancini montre que
l'acrostiche a été lormé de vers tirés du livre VIII des
Oracles sibyllins, amenant ainsi des lacunes encore re-
connaissables aujourd'hui si on confronte ce livre avec
le texte de Lactancedans les IiistiUttiones divinse, 1. Vil,
C. XV-X.XV1"'.
On s'en tint généralement au seul mot IX0TZ qui
eut une grande vogue; le monument le plus célèbre qui
en fasse usage est l'inscription de Pectorius d'Autun 7,
qui date du n« ou du IIIe siècle. Cette inscription com-
prend deux parties : la seconde contient l'épiaphe pro-
prement dite, la première se compose de trois distiques
emprutés à quelque recueil poétique plus ancien 8. Le
premier commence par le mot de l'acrostiche, suivant
un petit jeu de mots qui devint plus tard fort en laveur
lorsqu'on lVut perfectionné. Voici le poème acrostiche
d'Autun « :
IXOYOC oupavfou 6eïov yÉvo; r'topt Tôp-vài
Xp^TE, XaSwv Trrjyriv ap.êpoTov èv fJpoTÉot? •
Osit7ïeo-:cj>v ùSàTtov, tr,v <7ï)v, çc'Xe, ôâXitsto tj/uyîjv
YSantv àsvioc; bXoutoMtou o-oçir,;.
C<oTr,po; âyc'tov u.eXr/)Ô£0( Xâuoavs (ipwu:-/,
GtOce Ttivatùv, r/_0uv È/tov TtaXi;j.a'.;.
La lettre supplémentaire € paraît indiquer une cou-
pure faite dans le poème original. De Rossi conjecture
que cet € sérail l'initiale de l'acrostiche GATTIC •», es-
pérance.
Une autre inscription, trouvée dans les catacombes et
à peine moins ancienne que celle d'Autun, (ail voir
l'acrostiche, mais il n'est pas entré dans la composi-
tion" :
IXOYC
I Poslumius .Euthenion . fidelis . qui gratta
X sa7tcla. consécutifs . pridie .nalali.suo .serolina
0 hora .reddit .debitum .vite .sue .qui. rixit
Y annis . sex . et . depositus . quinto . idus . iulia-; . die
C Jo.vis .quo .cl .natus .est .cuius . anima
N cuni .sanctos .in.pace .filio .benemerrvti
Postitmi . Felirissinius . et Euthc
nia . cl . Fesla . aria . ipscius.
La lettre N supplémentaire est très probablement
l'initiale de NIKA.
On trouve fréquemment le mot lyjyj; disposé vertica-
lement, mais il n'est alors que chiffre ou tessère.
Le goût croissant du public pour ces laborieux enfan-
tillages fit entreprendre par un évèque (?)africain, nommé
Commodien. qui vivait vers le milieu du IIIe siècle,
une composition en deux livres, ainsi désignés dans
le seul manuscrit conservé (Cad. Chellen/i-amcnsis.
membran., n. 1X->r), anc. Mecrmannianus 108, sœc.
Xi) : ISCIP COMMODIAM IKSTRDCTIOSES PER I.ITTF.RAS
i ersuum primas, qui dicuntur acrosticlndes, ajoute Hae-
nel dans son catalogue '-. Le livre premier contient qua-
rante-et-un chapitres, le livre second trente-neulchapitres.
le dernier est intitulé Nomen (lasei l3 et son acrostiche
est rétrograde : ITSIRHC SVCIDXEM SVNAIDOMMOC
qu'il fout lire : COMMODIANVS MENDICVSCHRISTI ".
cit., p. xxi. Pour 11- rapprochement do ly}j; et de l'ancre, voy.
Marchi, Monum. primitivi, in-4°, Roina, 1844, p. 70; Vettori,
X'oii. sercus vct. Christ., in-4", Romne, 1737, p. 92; De Rossi,
De christ, monum. i/Ojv exhibent ib., in-4°, Parisiis, 1855,
p. 573 sq. — "Boldetti, Osservazioni sopra i cimiteri, in-fol.,
l'.oma, 1720, p. 58; Monum. Eccles. liturg., t. i. n. 3447. —
'-HaeneJ, Catalogua codicum, in-4°, Lipsiœ, 1829-1830, p. 861.
— i3Cod<l. Cheltenham., n. 1825; Parisinus lat., 8304 ; Leiden-
sis, n. 49. — uCt. Richardson, Bibiiographical synopsis de l;i
collection The ante-nicene Fathcrs. in-8% Butïalo, 1887, p. 50;
fi. Boissier, Commodien, dans les Mélanges Renier, in-8,)
Paris, 1880.
359
ACROSTICHE
3GO
L'auteur a d'ailleurs averti le lecteur de ce puéril
amusement qu'il lui procure :
Curiositas docti inveniet nomen in istoK
Dans d'autres pièces du même genre, on lit des aver-
tissements analogues - :
NOMINASANCTARVM LECTOR SI FORTE REQVIRIS
EX OMNI VERSV TE LITERA PRIMA DOCEBIT
« Si tu cherches, lecteur, le nom des saintes, la première
lettre de chaque vers te le révélera. »
On lit sur une ëpitaphe publiée par Marini3 :
EIVS AVTEM NOMEN CAPITA VER(suwwj]
et cette autre :
ISCVIVSPER CAPITA VERSORVM NOMEN DECLA-
RATVR
Enfin plus clairement encore, à Rome » :
REVERTERE PER CAPITA VERSORVM
ET INVENIS PROPIVM NOMEN
Les épilaphes acrostiches sont néanmoins assez rares.
On n'en connaît pas dans l'Attique et dans l'Asie Mineure.
En Egypte, à Philes, un proscynème de l'époque d'Au-
guste mérite, quoique païen, d'être transcrit ici. Ce pros-
cynème fournit un acrostiche d'une nature toute parti-
culière : à savoir, un acrostiche syllabiquc, au lieu de
l'acrostiche littéral exclusivement employé partout ail-
leurs. Il en résulte, dit Letronne, une sorte d'énigme,
ou de griphe. C'est un de ces badinages, résultat de pari
entre voyageurs gens d'esprit. Catilius aura dit : « Je
parie d'écrire mon nom en toutes lettres, sans qu'on
puisse le deviner. 9 Donc après avoir tracé, xiovyjSôv,
les dix syllabes de son nom, il aura rempli Chaque ligne
<le manière que la première syllabe lût perdue dans le
reste. Les dix syllabes sont :
1 2 3 4 5 G 7 S fi -10
KA || 1 1 || Al || OY || TOY || KAI || NI || KA || NO || POC
c'est-à-dire : Ka.~ù.iomj ïov xeù Nixâvopo; •. Ce Catilius,
lils de Nicanor, nous est connu par un autr.e proscv-
nème. 11 vivait et traçait une inscription à Philes le
'26 mais de l'an 7 de noire ère (an. 23 de César, le 12
de phaménoth, Nilus étant stratège). Il était grec d'ori-
gine et il se pourrait que Nicanor, son père, fût lui-même
(ils d'AriuS, philosophe d'Alexandrie, dont Auguste reçut
des leçons dans sa jeunesse0.
Voici le texte de V acrostiche syllabiquc transcrit de
manière à mettre l'artifice de Catilius en évidence :
K'Au.s tbv eOtÉ/vov çtoi'o; (Jii'yov, o> ç:>.£, [ir,!J.a
T'Iuiov àfji.7ra-j <raç. £xp.a6e za': yjxpiaa'.
Altaï; tdTopiai; ).ttov tï&vov, oîx 7rsiratY(l,ai,
O'Y xevà u.r,vûtiJV o'j7rïp sVjv ytvixov.
* TOT 8e xa),o0 7r).u><j:cç, Sfjl\, ib/î. ysjjxata N::'/.o-j,
« KAIpov ïyjta «(jùvîïv yaiosTS r.oD/x. «J':/.ai.
' Cninm., Instruct., II. xxxix.v.2G,écl. L. De» il mil. Corp. script.
Eccl. latin., in-8\ Vindobonoe. 1887, t. xv. — 'Muratori, Nov.
th£8. inecript., in-ial., Mediolani, 1739, p. MCM1II, n.5. Cl. Marucchi.
dans le Bttllettino délia commissions arclieologica communale
<U Roma, 1896, p. 62. — 3G. Marini. Atti e monument! de' fra-
telli Arvali, in-4\ Roma, 17'.'5, p. 828. — 4 R. Kabretti, Inscript.
antiq., in-lol., Roma\ 1702, p. 270. Nous suivons la lecture de
De Rossi, tnscript. christ, u. ft.,in-fol.,RomtB,1861, t. i,n. 677.
— 'Letronne, Recueil des inscriptions grecques et latines de
r Egypte, in-4*, Paris, 1842-1848, t. II, p. 153. — "Dion Cass.,
LT, xvi. Voy. Letronne, lue. cit.. p. 143. Le plus curieux
exemple que l'on rencontre d'acrostiche verbal est une lettre
<tc Gracchus Rabœut, prisonnier, à sa femme et à ses entants;
< De est acrostiche et tclcstichc. Le fac-similé a été public dans
« Nl/.ojuai 7rctpï!; tô xat ovpseiv, o*> Ivaiapàxtai.
« K'Ayw éyut zfjyn'i i<TTopixr,v atXàn.
« NO<jr/)<jaç xai î6à>v Nixavopa xai févo;- aX).o
'( POS xaraXoinov ïytù, toûto fip èitti t£).o;. »
« Arrêtant ici tes pas respectueux, ami, étudie-moi bien,
moi qui suis la pièce de vers d'un habile mortel, et per-
mets à un l'utile voyageur un lulile travail, jeu d'esprit
dont je ne t'annonce pas l'auteur; chose superllue!
« Ayant navigué, ô étranger ! dit [ce poète], sur les (lots
« du Nil superbe, il est temps que je m'écrie : Adieu,
« vingt fois adieu, Philes; je cède aux rochers, aux mon-
« tagnes, ô cataractes! Et moi aussi, je dois composer
« une pièce sur mon voyage, étant venu en ces lieux et
« ayant vu Nicanor et sa famille. 11 ne me reste qu'un
« ROS à placer; car c'est la fin. »
Les trois lettres POS, qui commencent le dernier
vers, devaient, observe Letronne, paraître une énigme
indéchiffrable pour ceux qui n'avaient pas reconnu
l'acrostiche. — Il ne restait plus que POS pour com-
pléter les noms (KatiXsou to-j xat Nixâvo POS); or,
comme il n'y a pas de mot qui commence par POS,
l'auteur, dans son embarras, se contente de rappeler la
syllabe, et de dire qu'elle complète tout et que sa pièce
est finie.
En Afrique, on ne trouve aucun acrostiche parmi les
liluli chrétiens publiés7 ;un seul en Espagne, à Cordoue 9,
mais d'une très basse époque, du vme siècle, sinon plus
récent encore; son acrostiche donne les vers suivants,
composés non plus d'après la quantité syllabique, que
l'on avait délaissée vers ce temps, mais d'après l'accent
des mots9 :
Membra fvlgest hic vrna
* Anvs reugiose
Rite carne devicta
. In sodria eama casta
ArCE CELESTI ET AVI A
SVM TECTA HIC SAXEA i AVA
La Gaule ne fournil, en outre de l'inscription d'Aulun,
que peu d'exemples. A Charmes, dans la Viennoise, une
inscription de dix vers, terminée par une ligne de prose,
qui pourrait se rapporter à l'année 534, contient une
mention analogue à celles qui sont citées plus haut 10 :
ciuis?]QVI FVERIT SIMVL ET QVO NO[m] INE [dictas
ver] SIBVS IN PRIMIS ORDINE PROD[it apex.
A Arles, une inscription très longue fait l'éloge de
l'abbé Florenlinus (+ 553), l'acrostiche donne celte se-
conde épitaphe " :
|AMEN
FLORENTINVS ADBAS HIC IN PACE QVIESCIT
Au Pin, dans la deuxième Narbonaise, acrostiche
d'un nom propre dont il ne reste que la désinence ENAj
la mention subsiste ainsi conçue 12 :
NOMEN DVLCE LECTOR SI FORTE
DEFVNCTAE REQVIRES
A CAPITE PER LITTERAS DE
ORSVM {per?) LEGENDO COGNOSCIS
L'Autographe, Paris, 1863-1SG5. — 'G. WiUraons, Corp. inscr.
Int.. t. vin, et H. Cognât, J. Scbraidt, Supplem. i et ;;; Io. Schmidt,
dans VEpkemeris epigraphica, in-8', Rornse, 1892, t. vu. — ■ E.
Ihibner, Inscr. Hisp. christ-, in-4\ Bcrolini, 1871, n. 130, qui ne
répugne pas à le rejeter jusque vois le milieu du X' siècle, d'après
le jugement de Morales, Coron., loi. m, ». 207. — » Ilubner, toc.
cit.. n. 123, année 642, n. 129, 130, IX' siècle ('.'): n. 132, vir-x*
siècles — "K. Le Blant, Inscr. chret. de la Gaule, in-4% Paris,
1856-4865, t n. n. 477 a. — " Ibid., t H, n. 512. — '• Und., t. n.
n. 630. Nous n'utilisons que les textes épigraphiques publiés jus-
qu'en 1892, un certain nombre ont été découverts depuis cette d.ite,
mois publiés au fur et à mesure des trouvailles dans des recueils
locaux nous n'osons espérer les avoir vus tous. Ct. cependant le
« Rullctin épigraphique » de la Revue de l'art chrétien
ACROSTICHE
3G2
On ne trouve rien de notable en Angleterre.
On a cité plusieurs lois deux épitaphes acrostiebes du
Nord de l'Italie : celle de l'évêque Eusèbe de Verceil ' et
celle de l'évêque Celsus - :
EVSEBIVS EPISCOPVS ET MARTYR
CELSVS EPISCOPVS
Bertoli cilo un autre exemple à Aquilée *.
A Rome, parmi les inscriptions datées, on trouve, à
l'année 432, l'épitaphe acrostiche d'une femme nommée
ANATHOLIA *. Au cimetière de Saint-Hippolyte, une in-
scription contemporaine de Damase porte : LEONIS 5.
En 774 une inscription « dont la construction et le sens
sont à peine intelligibles » porte cet acrostiche :
DOMINO ECCELL-FILIO CARVLO MAGNO REGI
HADRIANVS PAPA6. Et enlin, on a trouvé une pierre
préparée pour recevoir l'acrostiche 7 :
IV. Acrostiche et télestiche. — Une inscription ro-
maine, découverte près de l'église San Lorenzo in
Lucina, offre une épitaphe acrostiche de l'année 783. Elle
présente cette particularité d'être acrostiche et télestiche,
c'est-à-dire que l'indication commencée à l'aide des pre-
mières lettres de chaque vers s'achève avec les dernières
lettres; malheureusement, des lacunes obligent de sup-
pléer par des conjectures à une lecture certaine :
P I
A a
V v
L i
V T
S A
De Rossi a très ingénieusement proposé : Invita*.
Cette variété d'acrostiche se retrouve à la même époque
en Espagne. VAntliologia hispana (Cod.parisinus lat.,
8003, 1. 1-32), publiée parmi les Codices epigraphici par
De Rossi, contient deux pièces acrostiches et télestiches
ayant servi d'épitaphes 9. La première était destinée par
Ascarie son auteur au tombeau de Tuserhède. Ascarie
était adoptioniste ,0. Il existe une lettre adressée par Ini
à Tuserhède avec la réponse de ce dernier11.
1 e modérante regor Deus. sit mici vita beat A
Vt merear abitare locis tuus incola scï S
S pem capio fore, quod egi veniabile ob ho C
Exadi libens et sit latent i venia larg A
Reor malû merui set tu bonus arviter aufe R
Heu ne cerna tretrù quem vultu et voce minac I
Eden in regione locatus sim llorib' ad ho C
Dcboret ne anima rnersam fornacib' ast LT
Ocurrat set tua mici gratia longa penni S
* Gnzzera, Délie iscrizioni cristiane antiche ciel Piemonte,
in-'i-, Tni'ino, 1849, p. 91. — - Ibid., p. 114. — 3 Bertoli, Le anti-
ehità d'Aquileja, in-fol., Venezia, 1739, p. 355. — * De Rossi,
Inscr. christ, urb. Rom., in-fol., Ronw, 1861, t. i, n. 677. —
5 De Rossi, Bull, di arch. crist., 1883, p. 60-65, 114, pi. I.
— u Duemmlcr, Poetœ lat. medii xvi, in-4% Berolini, 1881, t. I.
p. 90, 91; De Rossi, dans les Mélanges de l'École fr. de Rome.
1H8S, p. 499. — 'G. Kaibel, Inscr. Sicil.. in-fol., Berolini, 1890.
n. 2191. — «De Rossi, Bull, di arch. crist., 1873, p. 22-29. Cf.
Mélanges de l'Ecole française de Rome, 1888, p. 500 ; E. Le Blant,
dans la Rev. archéol., 1878, t. xxxv, p. 40. — " De Rossi, Inscr.
christ, u R.. in-fol.. Romœ, 1888, t. H, part. 1. p. 295. — l0 Cenni.
Monum dnmina{ionis pontifleiae, in-4\ Rom*. 1760. t. i,
4il ; Jaflo, Ri bl. rer. germemicar., 6 vol. in-8% Ben Uni, 18C4-
II faut donc lire : TVSERHEOO ASCARICVS. La se-
conde pièce donne les mots : ILDEMVDI ABBATIS
XRISTE MEMOR ESTO.
Aldhelm de Schireburn ( + 709) a signé en acrostiches
et télestiches au prologue de son Liber œnigmatum. Les
initiales et les finales donnent, dans le même ordre :
ALDHELMVS CECINTT MILLENIS VERSIBVS ODAS »*.
La préface du livre De laudibus virginam du même
auteur offre un acrostiche redoublé, mais qui se lit dans
la colonne gauche de haut en bas, et de bas en haut
dans la colonne droite 13. Cet acrostiche reproduit le pre-
mier vers de la préface : MEÏRICA TIRONES NVNC
PROMANT CARMJNA CASTROS.
Citons un autre type, à Aix-en-Provence u. C'est une
épitaphe métrique dont les deux derniers vers sont ainsi
conçus :
)RTE CVM DIGNITATE REQVIRIS
fEPOSTREMADEMONSTRANT
Cette formule rappelle celle d'une inscription de l'an
506, trouvée au Pin, en Provence :
NOMEN DVLCE LECTOR SI FORTE
DEFVNCTAE REQVIRES"
et cette autre de Verceil :
[RIS
NOMINA SANCTARVM LECTOR SI FORTE REQVI-
EX OMNI VERSV TE LITTERA PRIMA DOCEBIT»»
Il y a donc lieu de restituer l'inscription d'Aix de la
manière suivante :
[Nomensi] FORTE CVM DIGNITATE REQVIRIS
Les exemples qui nous sont déjà passés sous les yeux
invitent à compléter la dernière ligne, car on ne peut
plus donner le nom de vers à cette série de fautes :
(Vers[or]um capita atrj) VE POSTREMA DEMONS-
[TRANT1"
Cette indication d'un acrostiche ne nous sert que bien
peu, car le commencement de toutes les lignes de l'in-
scription a disparu, et de la fin il nous reste les lettres
finales des 3e, 4e, 5e, 6e et 7e vers, E, R, D, O, S, ce qui
permet de lire sans hésitation [sac]ERDOS.
Un cas particulier nous montre quelle utilité on peut
retirer de cette récréation littéraire. Commodien ne s'en
était pas tenu aux acrostiches dans son recueil des Inslru-
clioncs, il avait employé, en certains passages du moins,
les télestiches. Vu l'état des manuscrits de cet auteur,
on peut considérer cette circonstance comme un moyen
empirique de retrouver quelques-unes des leçons primi-
tives. Cette observation a assez d'importance pour justi-
fier l'exemple que nous en donnons.
L'acrostiche 28" du livre Ier des Instrucliones est ainsi
donné par l'édition R. Dombart 18, à laquelle nous ajou-
tons le télestiche IVSTI RESVRGVNT :
Justitia et bonitas, pax et patientia uerA
Vivere post l'ata faciunt. et queri de actU :
415 Subdola gens autem, noxia, perfida, pravA
Tollit se in parte et fera mente moratuR
1873, t. iv, p. 292. — " P. L., t. xcix, p. 1231. — >'-. Opéra,
Oxon., 1841, p. 248. — "Ibid., p. 1CÔ. — "Bibliothèque nationale,
fonds latin, copie de Peiresc, n. 8058, fol. 284; de Saint-Vincens.
Mém. sur un marbre qui sert de banquette dans le cloître de
S.-Sauveur et qui porte une inscription du x' ou du xf siècle.
dans le Rec. des mém. et aut. pièces de la Soc. des amis des se.
lett., etc., à Aix, 1819, p. 336; E. Le Blant, D'une épitaphe mé-
trique du cloître de Saint-Sauveur, à Aix, danslaftet'. archéol.,
n'" sér., t. xxxv, 1878, p. 37. — "Le Blant, Inscr. chrét. de la
Gaule, in-4", Paris, 1865. t. H, n. 630. — ,0 Corp. inscr. lat., t. v,
n. 6731. — 1TPour versorum, voyez R. Fabretti, Inscr., c. iv,
n. 150 ; c. IX, n. 290, in-fol., Rom;e, 1702, et E. Le Blant, Rev. arch ■ ,
loc. cit., p. 39, note 3. — ISB. Dombart. Commodiani carmin»,
dans Cutp. sa ipl. eccl. lut., iu-S', Vindobonoe, 1887, p. 37 sq.
3G3
ACROSTICHE
3G4
Impie, mine aiuli, qui malefacta lucrariS,
Respire terrenos indices, in corpore qui nunC
L'xcruciant poenis diros : aut i'erro parantuR
4C0 Supplicia meritis aut longo carcere ilerE;
Ultime ta speras Deum inridere cœlesteM
Rectoremquc poli, per quem sunt oinnia factA ?
Grassaris, insanis, detraclas nunc et Dei nomeN?
Unde non effugies, poenas post lata que poneT.
4C3 Nunc volo sis cautus, ne venias ignis in œstU.
Trade te jam Christo, ut te benefacta sequantuR.
Par opposition à l'acrostiche ; jusli re&urgunt, le té-
testiche donne : avari cremantur. Il n'y a pas dés lors
d'hésitation possible sur la lecture du vers 417; au lieu
de lucraris et sans changer le verbe que les copistes ont
transcrit en le déformant, il suffit de lire lucrasli afin
d'avoir un télestiche satisfaisant. Cette correction, outre
qu'elle nous révèle une préoccupation inaperçue de Com-
modien, « nous offre un exemple de lueror, employé à la
l'orme active vers le milieu du m« siècle '. »
Cette pièce n'est d'ailleurs pas la seule qui présente
les télestiches : « La dernière pièce des lnslructiones,
observe M. Havet, celle dont les initiales lues de bas en
haut donnent Commodiantis mendiais Chrisli, se com-
pose de vingt-six vers uniformément terminés par la
voyelle o. La pièce il, S, Pœnitcntibus, se compose de
treize vers terminés par un e2. >' Ces pièces ne sont pas
les seules qui offrent cette combinaison, on pourra s'en
apercevoir en lisant le poème de Commodien.
V. Acrostiche dans la liturgie grecque. — Les acros-
tiches lormanl un nom propre ou une sentence sont les
plus nombreux. Les grecs en usent assez librement avec
ce genre d'acrostiche, intercalant des lettres étrangères
comme bon leur semble. Dans YUf/icium sanctl Olei
on trouve cet exemple : Kat ô xavùv ou r, à/.çoiriyj.;
Ej/ï) èXaîou <l/a).u.ô; 'Apccvtov. Dans les tropaires qui
suivent nous trouvons : EVXll[ï]rOA[EQ()|AI(>[fc>] iV.\
ED]AMO{IIEp:[ESS]A.PSENIOrï. Mais cette licence
ne se retrouve pas lorsque la série des tropaires du canon
dut former un vers. Le mètre était ordinairement iam-
bique, par exemple :
fête de saint Eusèbe de Samosate :
Tvjç ejdcôsia; xbv 3Epojvou,ov teoco.
fête de saint Lucilius :
Ao'jxtXXtavoû Mâpxvpoç (J.éXtxw xXéo;.
fête de saint Isaac et ses compagnons :
«taiôpoj; àvjavài riïti Movocatûv 'Aax:oa;.
fête de sainte Dorothée de Tyr :
Aôipov <ëteoO <rî itot|jixaxap flârep <riou-
mais l'hexamètre n'était pas exclu; par exemple :
tête de saint Nicéphore :
Tbv Ntx/-,oôpov w; vix/)çdpov aa-u.a<jt jj.£X7tio *.
La formule n'est quelquefois qu'une signature, c'est
le cas de plusieurs cantiques acrostiches du mélode Ro-
manus. On lit en marge : to-j xanivoû TwnavûO ■> (xant-
vou pour xaïutvou à cause de l'iotaclsme). Cette formule
est à peu près constante, elle ne varie qu'au dernier mol :
toû Ta7tivo-j ' Pcofiavo-j OvaXfiô;6; ToO Ta7xivoj 'PamavoO
aîvo;, etioç, 4/aXu.b; o-jtoc, Txoi'riua; une fois seulement
nous trouvons, au premier septembre : Avxti wSt) xoû
t),ay:arou 'PoijiavoO ''.
L'acrostiche peut être encore simplement le titre du
• Ch. Comte, Une coi rection au texte de Cumnwdien, dans ta Be-
vue de pliitulogie, t. XI, 18S7, p. 45 sq. — *L. Havet, Note à l'arti-
cle précédent, dans la Revue de pliitulogie, t. XI, 1887, p. 46, note 1.
— 3Goar, Eucliologion, 2- t'dit., in-tul., Venctiis, 173(1, p. 332-334,
p. 351, ad 9. — * Neale. A histonj of the holij eastern.
Church, in-8-, London, 1850, p. 833. — sPitra, Analecta sacra
Spicil. Solesm. parafa, in-4% Parlais, 1876, t. i, p. 101. — » Pitra.
tlymrioloijie de l'Éyl. gr., in-4-, Paris, 1867, p. i. — ' Ibut..
p. 47. — * Ibid.. p. xi. — » Pitra, Juris ecct. grâce, hist. et monum..
in-4', Roraa:, 1868. t. II. p. 281. — '«"Nie. Ruy.-E. De acolutliia
offic. caiiuuici pru Ecclcs. o> ient grâce, in solemtii comniemur.
trium doclorum Gaz., Kaz., Clirys. Voy. Acoluthia, eu!. ù'.O.
cantique; p. exemple : EIS I1ETPON KAI n AT AON »,
ou encore réunir le nom de l'auteur et le titre de l'ou-
vrage, par exemple : ANASTA2I0T AMAPTL2AOT
EïOMOAOrilSiS ».
On trouve aussi le cas d'acrostiche acclamation, comme
celui du canon composé par .lean Euchaîte pour l'office
de matines de la commémoration des trois docteurs
saint Basile, saint Grégoire de Nazianze, saint Chrjsos-
tome; l'acrostiche est le suivant :
TPISIIAION 4>QS TPEI2 ANIIVEN IIAI0T2
0 Trinité, c'est toi qui as fait briller ces trois soleils ,0!
Parmi les poètes grecs qui ont employé l'acrostiche il
faut citer Cosmas de Jérusalem, auteur de treize hjrnnes
dont les acrostiches méritent d'être relevés ici" :
Xpi<7xb; (Ipoxbrôsîç, T|V oiiEp Qthz uévtj.
Dâ7tTi<7|j.a p-j'I/t; y/iyeviiiv àu,apTâ2o;.
T-Â ôi-j-.ip-/. — (la seconde férié de la semaine sainte)
Tp:ty| tî — (la troisième férié)
TexpâSi ila>.û).
Tr, [ict/tpà 7ré]X7tTï] (xaxpov •liu.vov l\iZta.
lIpoTâôoaxbv xe.
Sâôoatov u.ÉX7tu> \i-iyet-
IlEvTr,xo<ïxv)-' àopxâïujiev.
Xpi<rxb; Èvi «txotxi/; «Àa; a7r).£Xov EiSeo; irjxe.
'ûcavvà, Xpiax'o; Vj).oyrt\i.i/ o ; Qiô;-
Sxaupiô TreTtocOw; û(j.vov È|îp£'jyopLai.
Xp;<ixbv Y£Yï]6àj; ïtpéoëw; àyxaXiÇExai.
Allatius dit que les tropaires sont reliés par l'acrosti-
che comme par une chaine, veluti calenula, et il men-
tionne les diverses espèces d'acrostiche, dont il donne
des exemples 12.
VI. Acrostiches alphabétiques. — Parmi les pièces
acrostiches, il faut compter les poèmes alphabétiques.
Ce divertissement littéraire est un des plus anciens qui
existent à notre connaissance. Les Juifs avaient eu des
poèmes alphabétiques. Ps. cxvm. Un exemple en est de-
meuré dans la liturgie de la semaine sainte, à l'office de
ténèbres. Les Lamentations de Jérémie ont conservé leur
notation abécédaire : s (aleph), D (betlt), 3 (gltimel), etc.,
qui par une méprise étrange ont fait irruption de la
marge dans le texte même et ont reçu à ce titre une no-
tation musicale; ce qui est aussi bizarre que si l'on
chantait prima, secundo, terlia avant les antiennes à
Vêpres.
Les plus anciens exemples de cet acrostiche appar-
tiennent probablement à la littérature gnostique. On en
trouve quatre dans le Liber Adami. Chacun des psaumes
n'a que vingt-deux versets qui correspondent aux lettres
en nombre égal de l'alphabet syriaque 13. Saint Augustin
composa en 393 un psaume abécédaire contre les do-
natistes. Il est divisé en strophes suivies d'un refrain,
elle est simplement rythmée, l'auteur ayant redouté
que la gène des mesures ne l'obligeât à se servir de
termes moins à la portée du vulgaire, à qui la pièce était
destinée. Chaque strophe commençait par une lettre dif-
férente selon l'ordre de l'alphabet u. L'auteur ne poussa
pas au delà de la lettre V '■>. L'hymne de Sédulius : .4
solis orlus cardinc ,G, adoptée par la liturgie romaine ,7,
et celle de Fortunat, Agnuscat oninc sxcirium 18, sont
— '•P. G., t. xcviii, col. 459 sq. — "L. Allatius, Diatriba de Geor-
giis, p. 118, 337, 338, etc. Cl. du Cange, Glu^ariwn, au mot
Acrustichis. — ,3M. Norberg, Codex nazarwtis sive Liber Ada-
mi. in-8-, Londini Gothorum, 1815. t. Il, p. 187-195; cf. Pitra,
Hyniuvlog. de FÊgKse grecque, 1S67, p. 40; Renan, Orig. du
christianisme, t. v, p. W\. — "I'salmus contra partent Do-
nali, P. L., t. XLlll, col. 23 sq. — "S. Augustin, Betract. I. I,
c. XX, P. L., t. xxxiii, col. 617. — '*U. Chevallier, Repcrtorium
liymnologictim, t. I, p. 3, n. 25; Sedulii Opéra, édit. Huemer,
in-4*. Berlin, 1885, p. 163-168. — " Breviarium romanum, in
Nativit. U. N. J. C. et in Circuvicisione. — "Fortunat, P. L.,
t. 1.XXWIH, cul. 264; U. Chevallier, Picpert. hymnolog., t-I, n. 758.
:or>
ACROSTICHE
composées d'après l'ordre des lettres de l'alphabet, dont
chaque lettre commence une strophe, suivant la méthode
la plus ordinaire1. Les traductions d'ouvrages à acros-
îiche alphabétique ne reproduisaient pas toujours cette
combinaison, particulièrement pour les psaumes; cepen-
dant saint Augustin signale des psaumes en latin et en pu-
nique qui gardaient l'alpliahélisine 2. On trouve une
hymne alphabétique à saint Patrice dans l'antiphonaire
de Bangor3. Les Grecs ont introduit cette espèce
-d'acrostiche dans Jeur liturgie, mais l'usage en est rare *.
•On en trouve un exemple à la vigile de la Transfigura-
tion.
L'hymne acathiste (àxiOiora; ûpivcî) a en Orient une
.grande célébrité :>, elle comprend vingt-quatre strophes
alphabétiques et fut composée vers l'an G"26. On la récite
■en quatre pauses et elle est précédée d'un Tp&7tàpcov ocJtô-
îaeàov qui ne rentre pas dans le système de l'acrostiche 6.
Voir ACATHISTUS, col. '213.
L'acrostiche a joui d'une vogue qu'explique l'affaisse-
ment intellectuel des premiers siècles du moyen âge.
11 envahit tout, il est non seulement acrostiche et téles-
liche, mais on imagine des combinaisons linéaires inter-
médiaires, non moins pitoyables en (Décident qu'en
Orient, chez les chrétiens que chez les rabb:Jis 7. Un
■des ouvrages les plus curieux en ce genre est une com-
position acrostiche de Jean le Géomètre qui démarqua
une hymne alphabétique à Bacchus pour l'adapter à la
Vierge Marie 8. Les mélodes alphabétiques de Homanus
ont été publiés par le cardinal Pitra s.
VII. Une hymne acrostiche sur papyrus. — Un pa-
pyrus acheté en Egypte et entré dans \:\ collection de
lord Amherst, à Didlington-Hall (Norfolk), nous a con-
servé un très intéressant spécimen des anciennes hymnes
■chrétiennes à acrostiches10. Le fragment, très mutilé,
qui nous est parvenu (lig. Cli) peut néanmoins être re-
constitué en partie grâce à la métrique. Cette hymne
consiste en effet en vingt-cinq lignes comprenant cha-
cune Iro's membres a ant chacun 1 1 même quantité mé-
trique et s parés les uns des autres dans l'original par
■deux points; en outre, chacune de ces trois phrases com-
posant la ligne forme acrostiche alphabétique de A à Ll.
Le mètre de cette hymne est assez librement traité. Le
schéma est celui-ci
— w — uu
^ ■" qui se repré-
sente trois fois dans chacune dea vingt-quatre premières
lignes, deux fois dans la vingt-cinquième ligne. Chaque
vers commence par deux brèves ou par une syllabe qui
peut être longue ou brève. L'auteur avait donc proba-
blement préféré le mètre dactylien à l'anapestique, ce-
I pendant le trait caractéristique du vers est l'accent que
i l'on fait porter sur l'avant-dernière syllabe, qui est ainsi
presque toujours brève, exception faite pour le premier
membre de la dixième ligne qui est d'ailleurs d'un
rythme irrégulier. Le mètre n'a donc rien de particulier,
| mais il est compliqué par la façon arbitraire suivant la-
| quelle on a déterminé la quantité des syllabes. La valeur
i prosodique des mots est calculée tantôt sur la quantité,
tantôt sur l'accent; aussi cette composition, par l'incer-
titude dont elle témoigne, semble-t-elle devoir être attri-
buée à une période de transition entre l'ancienne ver-
sification et la décadence. A ce poinfr de vue, notre
hymne acrostiche appartient au même procédé littéraire
que le S-jij.7rô(T!ov de Méthodius et les Oracles sibyllins
chrétiens, c'est-à-dire qu'elle date de la lin du mc siècle
environ, lorsque la tonique, dont on voit les premières
tentatives chez Clément d'Alexandrie, touche à l'heure
d'une victoire complète; la présence des paroxytons à la
lin des vers est un trait notable de ressemblance avec
les vers politiques. L'écriture est la cursive, la paléo-
graphie remonte à la première moitié du IVe siècle; rien
ne laisse supposer que notre original reproduise une
pièce bien plus ancienne, les erreurs de transcription
sont celles qui se produisent à la première ou à la
deuxième copie d'un texte.
L'importance de ce document, sa récente découverte
et le fait que les liturgistes et les autres spécia/istPs ne
semblent pas encore en avoir pris connaissance, nous
engagent à donner ici : l" une transcription du texte H ;
2° une reconstitution du poème; > la traduction
française.
1° Transcription.
f. . . .]:: . uvfvavs'.iîO<r;aQavaT[ '-'i lettres
Pap-jv 0î5-|j.ovc^,jvîi7avo|jo-j [:][*»[ ~0 lettres
ysc[iovr()."j9£ffpao,iXr,o<T:'yau.ov.v.[. .])--[ 14 lettres. .
Z-j<j:prl<j.oL'7:\i.rly.i-û.x/î'.:i:y3.-i-y/i-i'jii[ 15 lettres. .
. Ivatov Ça>Jiviva),aë;i;iT
. . |tvtr.ax) TOVlcpoaccyXJrjjv
] .ïvau.YjTaçeviT/,!!
M- • •]• • "oVc
5 zp-/w-jx:-:-ti-pooxz:'/o'.<7 : Evsx»](i.a<7ive«G)8£vX [ 13 lettres ].T£(«c-/.poOïV
Çr.-i'/'.Taisj.iOaY'.wv : ï[.]-riï.torivi,va).aS-/i:Jr, [ J'i lettres l 'f'-TI
i)VE[ia0s<7sXiriSaxpatt:irlvu>pt[.]evsEo$eaTO>?<>][ 14 lettres ].}.ov
0ar;).-j0£V7:o).).a/.ou.'.(ja3:0avaTo[.]TpLro7:ir|U«T£).Eca[ .11 lettres J.stt. . ■■j.Zom
t^oTCa0u>vî7:LTO,j-uo,.s:'i'-ci}voTtv(jûTa7:apEy_io :i'va. .9av[ ]o-jnipiKi<rr\
v.a).aï'.T'-v:a0îT;j.a7rjv0j:y.aTa^avTa-:-jsoiT-j-o(X£v[ ] : xsciijv Ça>r,vïva).aSï]?
/.ouTa'jj.ïvoTîv'.op&avr, • Xov<rstjJ.ïvo<r sv; ~j 7:01a: Xoutsov [.]ov.a8apc,:ovsj(£t
8
u.î'.vaaîzipa^iTOîvopt: \xi-{3.1waZ-jr.oTta.owi\LO\i v/i«avra<r£iï|
vj7:'.pya<7a!/.).ï]pavo|x'.aa:vvv-/.îpo7ey_[. .]toti[
1)
] VjVTO:(77llVtO0"tV[J.£,J,a),00*
* S.Augustin, Enarrat. in psalm. cxvm, sermo xxn, n. 8, P. L.,
t. xxxvil, col. 15G6. — ilbid. — 3F. E.Warren, The antipho-
nanj of Bangor, in-4", London, 1803, part. II, p. 14. — *Neale,
.4 historij of'the hobj eastern Cliurch, in-8*, London, 1850, p. 833.
— "N.Nilles, Kalendarium manuale, in-8°, Œniponte, 1896, t. 11,
p. 154 sq. ; Pitra, Analecta, in-8% Parisiis, 1876, t. I, p. 262; Lau-
riotos et Paranikas dans 1' 'Eau'Ai^affrix») 'Alafiiia, 1893, mois de
lévrier et d'avril. — «Nilles, toc. cit., p. 168-183. — ' D. Guarin.
Grattim. hebr., in-4", Parisii*, 1724-1728. t. 11, passim. Cf. Le
■Gère et Renan, dans l'Hist. lilt, de la France, t. xxiv ; cf. t. xxvn
et xxxi, passim. — 8 J.-B. Ansse de Villoison, Anecdota, in-4-
Venetiis, 1781, t. 1, p. 128; Pitra, Spicilcgium solesmense,
in-4", Parisiis, t. m, p. xvm. — "Pitra, Analecta, sacra spici-
legio solesmensi parata, t. I, p. I.xxv, 228, 235, 476, 482, 485,
538. Voy. les acrostiches non alphabétiques, p. 222, 400, 405. —
4«B. P. Grenfell et A. S. Hunt, The Amherst papgri being an
account of the greek papgri in the collection of... Lord Am-
herst, part. I, in-4', London, 1900, p. 23-28, et pi. II. — " Les
gles adoptés sont les suivants : [] lacune; 0 abréviation; < >
omission, dans l'original.
ZZ1
ACROSTICHE
3C8
tt
ÇsvoycîtTisvOo-SiaTpEf iv : <;îvo-j<7xocu.c2-jv;.uvo,J'7: f. .
OVS7ceu,t]/gv7ra,crlpïvara07] : o).aSb>v^eo«ivac[.]via [. . .
JîTOTTjpiVfaçviyy)
I pot-OTaOavaiTtaT
î:ai<Ttvt[.]vr,y'Y=A:îî/.î->;ti)v :-tcd/_oi fiacriXiavE. . . | ]eivamXy;povo|u
pai:i*[ ]sviTyiioi<J-: poTTrj-nvamxvxaitape/E'. | ] avaTOVlvoXem]
c-jOa| JvavafftafftviSïiT: o-jTOçoxrtvatwv. |.| ■'. \ J.çwrcovLvaXxgr,?
xa[.]sx|. . . .] a-j).aX-JTTO|j.îv(i)v :TaScT/.tpTr,;j.axa. .| •. . ] psooîprjv-xpavovG.c
£.) •j-OTTl|.]y_ap'.vr,'/.Ûî(7a-/.07r(i)'7:'j7:av.o,JET:£vr,iîiv [ /; lettres ] ■i0T\3.rlv.i-ù.xi :
[ 14 lettres ] tiToicupçoSîpovEKjatypov | 1G lettt'tu Joirupicapavotlos»
! 22 lettres | /axai areu,aOaytw [ :/■" lettres | rT-jpr:apav<2i.i.o'.7
| 23 lettres J (o-j^a).;j.ov<<|j.s0xyc(ov :'!/-jy_rÉv. (.] T£7iavxoxï:o:-.;iw
j SS lettres ] : u>v£/.x0E'7[J.7,y.sx;).OL0r|T : br/E'.-EvTii ïvx/.ï"r,T
r> { 23 lettre: | avaTovouxenSuv»]
2° Restitution.
[A. ■. .]. .-jv 0(eo)v 'Aûâvax[u-uu— 'A0â]vaTov Çeorp îvi >.5f>',7.
liap'Jv ÔîTjj.bv s'yjys; àvoao'J lia u-uu-uu-Buu- oejxbv Ttpb; àyB7E.»1v.
r«(i.ov V)Xu8e; fSa<7i>.y,o;. Fâixov v. uu-uu—I'ou-îvcc [M] u*à9«V!ffr,ç.
A-j(7t prj|j.a<7i |Xï)VCÉti ).â).ct, Ai/a xû>v èîrier -uu — A uu-uu-uu e>/.a;
5 Epyovxac rive; Ttpoêaxt'vot; 'Ev <j/;i{\).xr>v> Ë<t(j)6ev X[u5MK K u-uu-J xe [J.av.pô6;-/.
Zr|T£i ÎT|irat pisf}' âyiwv. Z[r(]rst î<ot,v ëva ).dt5r,<->. ZtTtec xb itûp tva] z-'j.ri<:>
"Hv £|xaO£; È'/Tti'Sa yparst, "IIv <î>pi<7É <rot 6 BeffirotT] [; H-uu-uu-p.ov.
0(sb); vi),-j8£ Tro/.Xà /.0(j.:(7a;, 0avàxo['j] TptTÔirr,(ia TEXéff«[ç, fc) uu-uu-]-jvi-ov;
'Iïjooûî o ixaôwv êwi xoOxoi;, s'Itcùv ôxt vtôxa rapÉy/o "Iva (ir, 8av[âx]<o Kcpnri(Tr,<;>.
10 KàV e:<t1 ta 6£T|xà xoO Û(eo)-j. Kaxà 7tâvxa x-jitot; •jiro[J.év[£'.] KàXr,v >)r,v 'va >''■'",;■
Aovo'ijj.Evo; èv 'IopSàVr,, Ao-JTà|j.tvo; evt T-J7ioiç, Aouxpbv [xjb xaOâpiriov Ë/e .
Mst'va; È7;sipâ*£x'Èv o?Et, MeyâXo>; 8'Sitô-uv»— M i.u-- a-Jxb; eîV)<ç>
N-jv à'pyacrai ■/.Xï)povo(i(ai;1 N\jv y.atpov ê'vei; bxt [SiSu;] Nûv xoî; 7:£cvà><7t p.Eyâ).(o;
Zévci'j; eitte 6'eô); SiarpÉSEtv, SèS/ovis y.ii<i> ur| 8'jv<a>u,svo*j;- [Z|vt!J]s x'o k-jî !vi 3jyr,<;>.
15 "Ov é'7:£(j.'iE ttst-^p tva 7iâ9r„ 'O Xaôùv (u>T)v ai[a>]vé[av, 'O ÀaSi'ov x]pâxo: àOxvx?:a:.
Ilasa'tv 3'[e]"JTjyyéXtÇs Xlywv, Ilxtoyo't paijiJ.Éiav u— II uu elvac xX?)povou.îa;.
'l'aTrtcfijivo;] èvt rj7roc;, 'Poitr|V tva Ttavr'; 7tapÉy_ri [*P uu-6]ôva~ov îv'oXIcn;.
Dv Oa[và)v î] v 'àvâoraff'.v îfiljt, — i xb 910; i'v 'alwvifo |v :-[or,;, —'j 6(£b)v] çwtoov !va /,af>r,;.
Ta [ô]'â[vâix]a-j>.a Xuico<U>|j.Év(i>v, Ta ci i7/.ipxr,jxaxa[ — , Tb 6È it'j]? çoSepôv nxpavô;xo'.;
-3 Yirb xr,[v] yàptv r,/,Û£; izànu;. 'Vîtâ/.O'jE ttÉv/julv [aixo'jo'iv, 'Vu£pr,:?à]va>; |j.t,/.ex; Xâ),£t.
l'I'ooEpbv uu-ÈflrJtt xb ixOp, $o§epàv s!; as'i y_priv[ov, «JooEpbv y£ x]b irùp ixapavoaot;.
| Xuu-uu uu--j XptTxbi; y.a'i trrÉap.afJ 'àyt'<o[v X uu-uu] uCp rapavripio'.;.
( ,ruu-uu-uu--,ri)).]ti>v iia).p.o-j; [isO'âyftov. Tu/f|V uu itavtors xoe^ï'.v.
O-uu-uu-1'Qv suaÔe; [Ar/.éxi >iOr,, 'Liv s'iriv to; ïva ).âër;
uu-uu-uu
-Juu 0]
avatov 0-jv.et: O-jvr,.
."• Traihirliui).
1. ... Alin que tu puisses recevoir la vie immortelle.
'2. Tu ;is échappé à la terrible sentence du méchant...
pour aimer.
3. Tu os venu ;iu mariage du roi, le mariage... pour
ijue tu no puisses i>;is changer ton visage.
: Nfe fais plus entendre de mois à double sous...
.">. Il y eu a qui viennent sous le couvert de la brebis
et qui au fond sont dos loups... car de loin.
G. Fais en sorti» de vivre avec les saints, lais en sorte
clo recevoir la vie, fais tes efforts pour échapper
au feu.
7. Conserve avec soin l'espérance que tu as apprise,
l'espérance que le maître a établie pour toi,
S. Dieu est venu, apportant de nombreuses bénédic-
tions. Il a remporte une triple victoire sur In
mort...
0. Jésus, qui a souffert pour cela, disait : Je livre mon
corps pour que tu ne deviennes pas la proie de
la mort.
10. Glorieux sont les décrets de Dieu; en tout il souffre
comme un exemple alin que tu puisses recevoir
la vie glorieuse.
IL 11 s'est baigné dans le Jourdain, il s'est baigné pour
donner l'exemple, il est le courant qui purifie.
12. Il c>! demeuré sur la montagne, el a été soumis i
une tentation terrible.
13. Maintenant donc travaille à ton héritage, mainte-
nant, oui. maintenant c'est le moment pour toi de
donner à ceux que la laim accable grandement
14. Dieu a dit : Nourris l'étranger, l'étranger et le mal-
heureux, alin que tu puisses échapper au leu.
15. Le l'ère la envoyé pour souffrir, celui qui a I
l'éternelle vie, celui qui a reçu pouvoir sur la
mort.
16. Il a prêché l'Évangile à ses serviteurs, (lisant : Le
pauvre [possédera] un royaume, c'est là leur por-
tion dans l'héritage.
17. Il a été fouette connue un exemple, afin de donner
un encouragement à tous... afin d'anéantir la
mort.
1S. Afin qu'après la mort, tu puis-os voir la résurrec-
tion, alin que tu puisses voir la lumière dans
l'éternité, afin que tu puisses recevoir le Dieu de
lumière.
19. Oh! le repos de l'affligé, oh! la danse du... Oh! te
feu, qu'il est terrible pour le méchant!
•10. Avec la grâce, tu es arrivé librement, prête l'oreille a
la prier-' du pain re. cesse de parler avec arrogance.
Dict. d'Archéologie.
LEÏOUZEY ET ANÉ, éditeurs.
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X<f^L
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HYMNE ACROSTICHE
SUR UN PAPYRUS DE LA COLLECTION DE LORD AMHERST
3G9
ACROSTICHE
370
21. Terrible... est le feu, terrible à jamais, oui, terrible
est le feu pour le mécbant.
22. Le Christ (donnera)... et les couronnes des saints,
mais pour le méchant... le feu.
23. ... Le chant des psaumes avec les saints nourrit
l'âme pour toujours.
24. N'oublie jamais ce que tu as appris, afin que tu
puisses recevoir ce qu'il t'a promis.
d'un captif, et destinée à être exécutée en deux cou-
leurs dans le vestibule de l'église de Saint-Etienne, nou-
vellement construite 6.
Le minium et le coccinum doivent servir à faire trou-
ver dans ce petit poème trois sens différents et complets.
Les trente-trois vers symbolisent les années de la vie d;i
Christ; la croix, les diagonales figurant avec la haste de
la croix le X du chrisnion et les deux lignes horizon-
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VIII. Poésies figurées. —A cette catégorie se rattache
un autre genre de compositions acrostiches, les poésies
figurées. « Les Grecs et les Latins, dit Boissonnade,
s'étaient exercés à ces frivolités. Les ailes, l'œui et la
hache de Simmias de Rhodes, les deux autels de Dosia-
das, la syrinx de Théocrite, l'autel, la syrinx et l'orgue
de Porphyrius sont en ce genre d'admirables chefs-
d'œuvre... '. Le goût s'en retrouve un peu partout :
en Alrique, à Orléansville 2 ; en Espagne, à Oviedo a; en
[Varice, à Autun 4. Cette dernière pièce est assez remar-
quable, elle fut adressée par Fortunat à Syagrius,
vingt-et-unième évêque d'Autun», en échange de la liberté
1 J. Boissormarle,dansle Journal de l'Empire, 8 nov. 1806, p. :!.
%. — '-G. Willmans, Corp. inscr. lot., t. VIII, n. 9710, 9711. — 3 E.
Hiïbner, Iriser. Hisp. christ. , n. 145. — *E.LeBlant, Inscr. chréi.
de la Gaule, 1871, t. i, n. 8, p. 'ïl. La petite pièce bien connue
Salor-arepo-tcnet-opera-rôtas, a un original grec. Voyez Aml-
tales du cadre font partie du poème; les côtèVs verticaux
du cadre se lisent isolément :
DA FORTVNATO SACER HAEC PIA VOTA SYAGRI
CRISTVS SE MISIT CVM NOS A MORTE REVEXIT
Le chrismon donne trois vers indépendants de l'en-
semble :
CAPTIVOS LAXANS DOMINI MEDITATIO FIES
DVLCEDEI MVNVSQVOMERX TE CARE CORON ET
CARA DEO PIETAS ANIMAM DAT DE NECE SOLVI
lettes. Cf. Wescher dans les Mémoires de la Société nationale
des antiquaires de France, 1874, p. 151-154; 1875, p. 96 sq. —
'■Gallia christ iana, in-4% Parisiis, 1715, t. IV, p. 344sq.— «Grég.
de Tours, De nlor. conj., c. i.xxnt, /'. /... t. Lxy.i, col. 881. Cl.
Labbe, Xov. bibl. mss., in-fol., Parisild, 1743. t. i, p. 42;î.
371
ACROSTICHE — ACROTÉLEUTIQUE
372
Fortunat composa trois aulres pièces dans le même
goût '. Ces récréations diffèrent peu de celles qui
occupent la dernière page des magazines.
Rhaban Maur, arch'evèque de Mayence (-f 85C), raffina
encore sur cette décadence. Le premier livre de son
opuscule De laudibus sanclx Crucis semble défier la
description 2. Ce livre, écrit en l'année qui suivit la
mort de Charlemagne, 815, inaugure dignement la
symbolique du bas moyen âge. On ne laissa pas que
■d'estimer fort, en son temps, ces pieuses futilités et les
plus grands noms se rencontrent autour de ce livre. Dé-
dié successivement au monastère de Saint-Martin de
Tours, puis à l'empereur Louis le Débonnaire, ensuite
aux moines de Saint-Denys, enfin au pape Grégoire IV.
il fut présenté au pape Sergius par deux moines de
Fulda; saint Odilon le déclare précieux à la vue,
agréable à lire, doux à la mémoire, mais extrêmement
difficile' à écrire; Honorius d'Autun le trouve admirable.
Cet ouvrage contient vingt-huit figures chargées d'hexa-
mètres. Chaque ligne donne un vers héroïque en lisant
de gauche à droite, en outre les lettres contenues dans
l'intérieur de la ligure et tracées en caractères différents
forment d'autres vers ((non doit lire tantôt en cercle et
tantôt de haut en bas. Les ligures représentent le Christ
les bras étendus (i), les ordres angéliques (m), les ché-
rubins et séraphins autour de la croix (iv), les quatre
évangélistes (xv), les sept dons du Saint-Esprit (xvii,
l'auteur lui-même au pied d'une croix (xxvm). Un pro-
logue représente l'empereur.
IX. Acrostiches coptes. — Zoëga a donné deux acros-
tiches parmi les extraits des codices mcmpltitici de la
bibliothèque Borgia *. Ils appartiennent à cette disserta-
lion au double litre de l'acrostiche et de la liturgie. Ils
contiennent en el'.et plusieurs acclamations.
riô"c 4>(- ujengHT £)a t^xoi* tiTiXencupoc unjrrx" «mon
«ji ' mcXâ-xicTOC unpec&rrepoc niujennorqi tioc rw.n4 uot-
nt(d nipeunityiqe £en neoty m6.ixt6.-f. iuHti.
Il n(îc ne n&&OHeoc neu nuAn^furr eoTeon 11
I ihC ne tazou neu T&ge^nic icxert tauctuotzi I
Dy ujciihi nui noTcciiTHpid orog n&gueTben n<s.i\{rciiuj UJ
€ epe ia^xh Jjen nenziz0 ncnoT m6en ta n&K ze 6
N haï rtMi dVf- xe TigeXnic Ijatoth hchot m&en N
H n&no&i oiy epe nenueTifengHT necuor gtouj on H
O OTfiAgHT ne nCc OTOg necq ne n^orpo O
T Ttinoc m&en neu cuot m&en nciiq inpoT T
M q» fupciiOTuj £>en ncK<s.e<i.eon ze «.no* eTCoq <i
\J ihÇ uuok yjengHT Ijapcui ze &T&\jrrxH epturrzi I
Seigneur Dieu aie pitié de mon àme fiés misérable, moi
qui suis l'infime prêtre de Pisejennusi, fils du père Me-
nas, qui habite au désert, dans la province de Tamiati,
Amen.
Seigneur mon aide et mon refuge.
Jésus ma force et mon espérance dès les jouis de ma
jeunesse.
Sois mon salut, garde-moi à cette heure,
Car ma vie est sans cesse entre tes mains.
Afin que je te dise, aie pitié Seigneur, parce que mon
espérance est toujours en toi.
Mes péchés sont nombreux, mais grande est t;\ misé-
ricorde.
Le Seigneur est miséricordieux cl il esl mon roi.
«Fortunat, Misa-Il, meu, I. II, c. IV, v, vi. P. L.. t. i xxxvm.
col. ÎM-95. — 2 P. /,., t. CVI, col. 133 M). — »G. Zoëga, Cata-
logus codicum copticorum manu scriptorunt, qui ta museo
Dorgiano Velitris adservantur, in-lol.. Romas, 1810. — * Lisez
TAZCiifi — 5i)d . — s Pour neOS . — 7 Assemani, Bibliotkeca
OrientaH8, in-t'ul., Romae, 1719, t. i, p. .773. — • H. EstieniK.
Thésaurus lingit.T grstae, ;"i ce mot. — 'Eusèbe, HisC. eccl., II.
xvn, P G., t xx, col. 184; Constitua apost., 1. II, c. lvii, 5, édit.
Pitra, dans furie ecclesiast. Gnecorum histor. et monum., t. i,
p. 204. — "Gregor. Nys., in euam ordinationetn, P. G., t. xlvi,
i Tous les chants et toutes les benédicuous lui re-
viennent.
Souviens-loi de moi dans tes bienfaits, parce que je. te
! prie.
Jésus aie pitié de moi, car mon âme est humiliée.
A la fin du manuscrit on lit ceci :
n&6"C ihc n//, oïucun nHi
Mon Seigneur Jésus-Christ, montre-moi la voie.
n(5c ui niKd-f- nm «mon niojennorqi niîilAKon zcim 11
lepeTin giTen n<5£ qb-f- eepeqnAi nHi I
JJ ujcnni nHi nOTTizpo ee&eze ndno&i oui tt}
i ee&e ndujAi nTe n&no&i unepXAT ncciiK ze 6
M ne.gu.ei n&noT-j- ze -fepno&i hchot ni&en N
H n<ticin n&ciiK nTe • cpnoài nw.TA othot m&en N
0 OTntgHT ne nO"C cp-f- orog OTpeqTorzo O
^ qccnornoT ze nipcn ui gài ne equjoujq *I
1 ihC ne neripeqTorzo neoq ern£i nm. I
Seigneur donne-moi ia science, à moi pauvre diacre
de Pisejennusi.
Je demande au Seigneur de me prendre en pi lié.
De me fortifier car mes péchés sont nombreux.
Ne t'éloigne pas de moi à cause de leur nombre.
Mais sauve-moi, mon Dieu, car je ne cesse de pécher.
J'ai été esclave du péché à toute heure.
Le Seigneur est miséricordieux et il guérit,
Sachant la débilité de l'homme.
Jésus est notre médecin, c'est lui qui prend pitié de
moi.
On peut rapprocher de celte catégorie YOrdo tonsur.v
ntonachonmi de l'Église syriaque, dans lequel se lit une
hymne acrostiche donnant le nom de son auteur Saïd-
Bar-Sabuni, qui prit le nom de Jean en devenant évéque
de Mélitène '. IL Leclercq.
ACROTÉLEUTIQUE, 'AxpozsXsiTtov. Dans la langue
classique, ce mot désigne, comme l'indique Pétymologie,
une fin de vers; il a pour synonyme Knpoirtl/cov. Les
deux termes veulent aussi dire refrain 8. La lanyue chré-
tienne les a employés tous deux dans ce dernier sens0.
Ils ont encore pour équivalents •JTÔ^aXu.a10 et, plus
souvent, \jicasmr\11. On a employé de même les verbes
v7to<là).Xto, £7r'.çii>vâ). inzr\yJo et surtout vntaxovtû1*.
A l'origine, et ceci étail un héritage de la synagogue,
la psalmodie était exécutée en solo par un diacre, un
lecteur ou un chantre, sur une mélopée fort simple,
tenant plus de la lecture que du chant13. L'assemblée
écoutait en silence; mais le psaume se terminait par une
clausule uniforme et sur un air connu que les hommes
chantaient à l'unisson IV. C'est ce refrain qui porte le nom
d'ày.poTcU'JTiov et d'àxpoors'xtov. Sur les modifications
postérieures, voir AntIPIIONE '*. Le mot à-x.po-ùyl-iov a
d'ailleurs seul survécu. Quand l'office ne présente qu'un
seul tropaire pour la petite doxologie, un seul &oi;aTnx&v,
celui-ci es! clTiiité après la seconde partie de cette doxo-
togie, après le Kai vOv : mais après la première, après
le Ao'a. on répète les derniers mots du Iropaire précé-
denl : c'est ce qu'on appelle ÉxpoteXeuttov1*'. De même,
et ceci nous donne une exacte idée de la psalmodie des
premiers siècles, l'hymne acathiste est chantée en solo
par un évèque ou un prêtre : le chœur reprend, après
chaque strophe, le refrain : y*r.oi. vvm>*| ivjnçsvtti ou:
COl. 553.— " Molli™).. Sufisonov -.',; $;■/« s«;t»«v. H, P. G., t. XVIII,
cal -ji>S; Ailian., Epiât, ad MareelUn., 25, P. '• . t. xxvu, col.
.17 gq, — '- Voir Sophoclcs. Greek iexiean of roman and byzan-
tin pcriods, à ce mot. — '"CE Augustin, Confess., L X, c. xxxni.
P. 1... t. xxxii, col. 800. — u/biU, 1. IX, c. xu, P. L , ibi<l ,
col. "7(i: Athan., Apolog. de fuga. c. xxiv, P. G., t xxv, col 878
Cf. Batitïol, Histoire du bréviaire romain, in- 12, Paris, 1895,
p. 5 sq. — ir' 1". K. Brightman. Liturgies eastern and western,
in^% Oxford, 18i»i>. t. i, p. 570. — " Clugnet, Diction* grec-
ftvnQais des noms Uturgiques, in-S', Paris, 1886, à ce mot.
373
ACROTÉLEUTIQUE — ACTES DES MARTYRS
374
àXX-/]5io0i'a ; ce refrain est un àxpoT£>£\jTtov ' . Cependant,
le terme plus exact dans ces deux cas serait âçjjjLviov
{voir ce mot), employé d'ailleurs également par l'auteur
de l'article cité en note. S. PÉTRIDÈS.
ACTES DES MARTYRS. — I. Des pièces conte-
nues sous ce titre. II. Les Acta, les Passiones et les
rédactions non officielles de témoins oculaires. III. D'une
marque d'authenticité. IV. Les formulaires des Acta
martyrum. V. Établissement des Actes et leur conser-
vation. VI. Les notaires et la rédaction des Acta mar-
tyrum. VII. De quelques altérations. VIII. Des ancien-
nes collections des Actes des martyrs. IX. Éditions des
Acta martyrum. X. Les Acta martyrum authentiques.
XI. Les Acta martyrum et l'histoire littéraire. XII. Les
Acta martyrum et l'épigraphie. XIII. Les Acta mar-
tyrum et les monuments ligures. XIV. Bibliographie.
Les Actes des martyrs sont des écrits destinés à con-
server le procès-verbal officiel de l'enquête et le récit
abrégé de la sanction portée contre les chrétiens confor-
mément aux lois. Diverses raisons intervinrent pour
laire prendre à ce genre littéraire une extension telle
que les Actes des martyrs sont aujourd'hui une des
sources les plus autorisées et les plus abondantes de
l'histoire de l'antiquité chrétienne.
I. Des pièces contenues sous ce titre. — Les pièces
comprises sous le titre d'Actes des martyrs offrent entre
■elles quelques différences. Cela tient à la confusion que
Ton a faite entre des pièces qui n'ont rien de commun
que l'analogie des situations. En elfet, nous avons plu-
sieurs récits, groupés dans les recueils d'Actes des mar-
ly s, qui présentent des différences trop profondes pour
n'être pas aperçues par ceux-là mêmes qui font usage
de ce terme peu précis. Nous avons un modèle achevé
à'Acta dans la pièce intitulée : Acta proconsulana
sancti Cypriani episcopi et martyris. Comme le dit son
.titre, c'est ici une pièce de greffe, mais adaptée par un
chrétien à une relation non officielle. Les Actes des
martyrs sciUilains fournissent une transcription exacte
■ou à peu près d'un procès-verbal judiciaire. D'autres
lextes, comme la Passio S. Perpétuée, renferment des
fragments détachés du texte officiel; ou bien, et c'est le
cas du Martyrium Polycarpï et de YEpistula ecclesia-
rum Vicnnensis et Lugdunensis, le récit se poursuit à
l'aide du document officiel, mais sans insertion de frag-
ments notables ou reconnaissables. D'autres pièces, enfin,
ont subi, soit de légères altérations, soit des additions.
Le plus grand nombre nous est, en effet, parvenu, avec
une doxologie finale relevant, sans contestation pos-
sible, de l'usage liturgique, qui avait admis ces pièces
hagiographiques dans son lectionnaire officiel. Ces
observations permettent d'établir une distinction entre les
pièces judiciaires et les récits d'édification. A cette dis-
tinction répondent en quelque façon les termes d'Acta
et de Passio; ce dernier s'appliquant aux pièces dans
lesquelles, pour une raison quelconque, le rédacteur
s'est abstenu de la rigueur du formulaire officiel. Il faut,
enfin, faire une mention spéciale de deux documents :
la Passio SS. Perpétuée et Felicitatis et la Passio
SS. M ontani, Lucii et aliorum martyrum africanorum,
rédigées en partie par les martyrs eux-mêmes et com-
plétées, suivant leur désir, par un contemporain.
* ILç! tOi» Jx/Ar)<Tii<TT:».ùv n^.wSiv, par Eustathios, métropolite de
Corfou, dans la revue 'Exxlr,a:a.iT-.ixri 'Al-ifii:*, 1893, t. xn, p. 359.
— * E. Le Blant, Les persécuteurs et les martyrs, in-S", Paris,
1893, p. 343-372. — 3 Voyez notre collection Les Martyrs, in- 12,
Paris, 1902. — *E. Le Blant, Les Actes des martyrs. Supplément
«ux^cta sincera de dom Huinart, in-4% Paris, 1882, p. 41-280.
— sVoy. E. Le Blant, Les persécuteurs et les martyrs,
c. n ; W, Ramsay, The Church m the roman Empire
before a. D. 170, in-8°, London, 1893. Voyez aussi Sehlau, Die
Acten des Paul us und der Tliecla und die altère Thecla-
Legende, in-8% Lipsiœ, 1877 ; B. Lipsius, Die apokryplien Apos-
tetycstitickteH und Aposlellegeudeii, in-S°, Brauhsckweig, 1882-
Ùne autre observation concerne la prolongation de ce
genre littéraire fort au delà de l'époque des persécutions
impériales. On a lait voir le parallèle qui existe entre
les Actes des martyrs et les récits des martyrs contem-
porains dans l'Extrême-Orient2. Nous espérons qu'il
nous sera donné de faire ailleurs cette démonstration
avec le développement qu'elle comporte3. Il suffira ici
de laire cette remarque, que, à partir de la paix de
l'Église, les chrétiens, dans l'étendue de l'empire, ne
sont plus passibles du même crime légalement prévu et
réprimé. Ils sont poursuivis encore sans doute, et parfois
avec plus d'acharnement que sous le régime des persé-
cutions, mais cette poursuite est le plus souvent déguisée
sous divers prétextes; l'interrogatoire porte sur des
chefs d'accusations étrangers à la profession de chris-
tianisme. En outre, un grand nombre de martyrs ne
sont pas sujets de l'empire, ou bien, ils cessent de
l'être, à mesure que s'étendent les royaumes barbares
taillés dans l'orbis romarins. Dès lors, il ne faut plus
chercher de pièces analogues à celles de la grande époque
de l'administration impériale. Outre les victimes igno-
rées, disparues dans le sac d'une ville, la dévastation
d'une province, toutes celles dont nos pères groupaient
le souvenir dans un mot plein de mélancolie : quorum
nomina Dcus scit, outre ces victimes, il faut compter
encore celles des pays frontières de l'empire, la Perse
et plusieurs autres, pour lesquels nous possédons des
récits trop nombreux et trop abondants. Dans ces con-
ditions, un inventaire limitatif est impossible et un
inventaire complet ne l'est pas moins. Trop de chances
contraires ont poursuivi les Acta, les Passiones et les
relations de toute sorte pour que nous puissions attendre
du temps et de la fortune la possession intégrale de ces
précieux écrits.
Mais, si les actes authentiques ne nous sont parvenus
qu'en nombre si restreint, une multitude d'actes inter-
polés sont à notre disposition. On pourrait croire, à
première vue, que les documents de cette catégorie ne
méritent qu'on se souvienne d'eux que pour les écarter;
comme tous les jugements absolus, celui-ci serait exces-
sif et erroné. Après la longue et obscure période du
moyen âge, les hommes de science et de loyauté qui ont
créé la critique et réintroduit la vérité dans l'histoire
repoussèrent l'énorme fatras qui encombrait l'hagio-
graphie. Leur jugement était alors fondé en fait, puisque
l'état de la science ne fournissait rien qui donnât à
penser que les textes interpolés ne l'avaient pas été mé-
thodiquement, que plusieurs passages avaient échappé
à la fraude et qu'ils allaient se trouver d'accord avec les
conclusions nouvelles de la science rajeunie. La tâche
de trier les paillettes engagées dans le limon lut assumée
par Edmond Le Blant, aux efforts et aux succès de qui
on a peut-être trop ménagé la reconnaissance et l'admi-
ration. Le travail d'ensemble entrepris par lui a montré
que, si les pièces interpolées étaient inutilisables avant
tout examen approfondi, cet examen devait procurer des
résultats dignes de la plus sérieuse considération*. C'est
ainsi queleselforts minutieux et convergents de plusieurs
savants ont réhabilité une pièce célèbre, le Martyrium
sanctas l'fieclœ, au point d'y voir une composition du
IIe siècle, témoin d'usages locaux, que nous serions
probablement réduits, sans elle, à ignorer toujours5.
1891, t. Il, p.424 ; J. B. Lightfoot, Apostolic Falhers, in-8% London,
1891, t. I,p. C23, note; Gwynn, dans Smith's Dictionary oj Christ-
ian bioyraphy, in-8% London, 1887, t. IV, p. 882 sq. ; T. Zahn,
clans Golting. Gelehrte Anzeigen, Gottingen, 1877, p. 1307 sq.;
Mommsen, dans VEphemeris epiyraphica, in-8", Romœ, t. I,
p. 270 sq. ; t. il, p. 259 sq. ; Von Gutschmidt, dans le Itheinische
Muséum, Frankfurt am Main, 1864, p. 178. D. Cabrol, La légende
de sainte Tlièclc, dans Gethsemani et le monde, 1895; H. Le-
«lerq, Les martyrs, in-12, Paris, 1902, t. i, p. 141 ; O. von Ge-
lihart, Die lateinischen Ûbersctzungen der Acta Paidi et The-
clx, nebst Fragmenten, Ausziigen und Beilagen, in-8% Leip-
zig, 1902; Grenicll et Hunt, Oxyrhynchus l'apyri, p. 9, n. VI.
37
o
ACTES DES MARTYRS
o"<3
II. Les Acta, les Passioses et les rédactions non
OFFICIELLES DE TÉMOINS OCULAIRES. — Loin de dissimuler
leurs emprunts aux Acta, les Passiones prenaient soin
d'en avertir leurs lecteurs, afin, peut-être, de se ménager
leur confiance. Nous trouvons, en effet, les mentions
suivantes : Aggredior itaque cœlestes pugnas novaque
cer lamina gesla per fortissimos milites C/iristi... ex
Actis publiais scribere*. — Scribimus, ut in Gestis inve-
nimus, </uid egerint, quid locuti sunt, quidpassi sunt-.
— Quo autem online passa sit, Gesloritm cridens pagina
docel*. —Sicul Actis publicis \continetur\i. On voit de
quel crédit jouissaient les Acta auprès des hommes de
ce temps; on peut ajouter qu'ils n'ont guère perdu de
leur importance pour l'histoire du droit criminel5. Nous
voudrions donner un exemple typique de la différence
qui existe entre les Acta et les Passiones et de la portée
historique que ces différentes pièces sont en droit de
réclamer. Un texte excellent se prête à cette démon-
stration. Nous avons déjà signalé le mérite der Actes
proconsulaires de saint Cyprien6. Il se trouve que ce
texte est en rapport avec deux autres, la Yita et passio
sancli Cypriani "' par Pontius, contemporain, et la Passio
sanclprinn Corneliiet Cypriani*, composition apocryphe
du haut nloyen âge pour laquelle les Acta ont été utilisés.
ACTA PROCONSULARIA
§ 4. — Galerius Maximus...
sententiam... dixit verbis hujus-
modi : « Diu sacrilega monta
vixisti, et plurimos nefarke lilii
conspirationis homines aggre-
gasti et inimicum te Diis roma-
ni:: et sacne legibus constituir.li.
nec te pii et sacratissimi prin-
cipes Valerianus nobilissimus
C.œsar ad seetam coeremonia-
mm Buarum revocare potue-
runt. Et ideo cum sis ncquissi-
moram criminum auctor et
signifer deprehensus, eiis ipse
documenta liis quos scelere tuo
tecum aggregasti. Sanguine tuo
suncietur disciplina. »
VITA ET PASSIO
§ 17. Legit itaque de tabula
jam sententiam judex.... senten-
tiam spiritalem non timere di-
cendam, sententiam episcopo
tali et tali teste condignam:
sententiam gloriosam in qua
dictus est sectae signifer et ini-
micus Peorum et qui suis tutu-
nis esset ipse documenta et quo
sanguine eius inciperet disci-
plina sanciri. Niliil liac senten-
tia plenius, niliil verius. Omnta
quippe quœ dicta sunt, licet a
gentili dicta, divina sunt...
signifer fuerat qui de lerendo
sijvno chn :: locebat Ulinuius
deonim qui idola destruendu
mandabat; documenta autem
suis tnit qui multis pari génère
secuturis prior in provincia mar-
tyru pnmitias deditavit San-
ciri etiam cœpit ejus sanguine
disciplina, sed Martyrum.
d'est entre la première et la deuxième relation que
nous prenons la différence surle vii. Ces pièces viennent
d'être l'objet d'une lumineuse étude, dont nous résumons
ici les conclusions9. Les Acta proconsularia sont à l'abri
de tout reproche, ils n'ont suhi ni altération, ni muti-
lation; ils ont une histoire littéraire très détaillée, enfin
ils existent dans leur forme actuelle depuis un temps
qui doit être assez rapproché des événements qu'ils rap-
portent. Il y a lieu, toutefois, de distinguer dans cette
pièce des sources distinctes au nombre de trois et. en
outre, quelques légères additions. 1° Le procès-verbal
de l'interrogatoire de '207 lu. Vers la fin de cette année,
* Acta SS. Saturnini, Felicis, Dativi. impelii et atiorum, i,
Baluze, Misceltanea, t. i,p. 14. — *Acta S. Cantii, 1, dans Acta
sanct., Si mai. - 'Acta S. Dorotheœ, 1, dans Acta sancU,
6 fév. — * Passio S. Saturnini, episcopi Tolosani, 2, dans Rui-
nait, Acta sine, ln-fol., Veron., 1731, p. 130. — »E. Le niant. lue.
cit. v- 16 j Rambaud, Le droit criminel romain dans les Actes
des martyrs, in-8% Lyon, 1885. — «Humait, Acta sine, 1713,
p. 216-218; Acta sanct., septembr. t. iv, p. 332 sq.; Cypriani
opéra, éd. Hartel, dansle Corpus scrtptorum latinor. ecclesiast.,
in-8% Vindobonœ, 1870, t. nr, p. ex sq. — 'Ruinait, op. cit..
p. 205-215; Acta sanct-, septembr. t. IV, p. 325 sq. ; Cypriani
opéra., éd. Martel, op. cit., t. m, p. xc sq. — "Ruinait, op. cit..
p. 198; Martyrologe d'Adcn, xvm. kol. oct., 1'. /... t. cxxm,
col. 355; E. Schelstrate, Antiquitas EcclesUe dissertationibus,
ce document était en circulation, il était même venu
entre les mains des confesseurs des mines de Sigus.
en Numidie11". Il lut transcrit sans aucune altération,
nous ne le possédons plus tel qu'il était alors; 2° Le procès-
verbal de l'arrestation et de l'interrogatoire de 25#'-'.
Ce document parait être également une pièce rédigée
soit à l'officium, soit par un témoin oculaire, et parvenue
jusqu'à nous dans la simplicité de l'original. Il s'arrê-
tait après le prononcé de la sentence par le proconsul
et, comme le précédent, circula d'abord isolément. Plu-
sieurs manuscrits distinguent nettement le début de 11
relation définitive et le début du procès-verbal de 238u.
Ces mêmes manuscrits ont d'ailleurs ignoré ou écarté
le troisième document; ils concluent ainsi : ... Et de-
rrctum ex tabclla recitavit : Thascium Cyprianum
f/ladio animad verliplacet.ExPHCIT PASSloC ÏTRIANI il;
H° Le récit de l'exécution ,5. Cette addition a été évi-
demment rédigée par un chrétien, témoin oculaire de
ce qu'il raconte. Nous aurons occasion d'y revenir au
sujet des indications liturgiques qu'elle renferme.
Les quelques phrases destinées à relier entre eux les
différents documents n'ont aucune importance. Ce sont
des transitions comme celles-ci : Tune Paierons pro-
consul jussitbeatum Cyprianum episcoptim m exsiliuni
deportari... Passus est aident bealissimus Cyprianus
martyr die oclava décima kalendarum octobrium 1C.
Ces trois documents mis bout à bout ont donc fourni 1 1
matière de la pièce célèbre connue sous le nom d'Acta
proconsularia, titre qui ne s'applique, en réalité, qu'aux
documents 1 et 2. Nous savons par saint Cyprien lui-
même quelle était la conduite à tenir en temps de per-
sécution à l'égard dis Actes des martyrs. L'évèque
recommande à ses clercs de noter les laits à mesure
qu'ils se produisent17. C'est une pièce de ce type qui cir-
cule dans la deuxième partie de l'année 257, dans
l'Afrique chrétienne et jusqu'en Numidie. De même,
l'année suivante, après l'arrestation et l'interrogatoire.
Enfin, l'Église de Cartilage rapproche ces pièces et y
ajoute une note très brève sur la mort de l'évèque. Ce
récit a pu circuler sous cette forme déjà un peu accrue
et servir aux lectures liturgiques, mais nous n'en avons
aucun témoignage. Le document destiné à être lu à
l'assemblée des frères parait être la relation composéi
vers le même temps par le diacre Pontius. C'est une
pièce qui lient du style oratoire et de l'érudition, et dans
laquelle on voit poindre une certaine redondance onc-
tueuse qui commence à caractériser dès ce temps le
style ecclésiastique. L'auteur ('tait du nombre des fami-
liers de son héros. « sa charité, dit-il. avait daigné me
choisir comme exilé volontaire18; » il ne le quitta pas
jusqu'à la lin. Son panégyrique a une qualité (pie ce
genre de pièces ne connaît guère, il est composé*.'! l'aide
de souvenirs personnels qui sont, en un sens, dos docu-
ments inédits. On y trouve, outre un fragment de ser-
mon prononcé en temps d'épidémie, quelques traits
nouveaux sur le martyre de Cyprien, et ces traits m- sont
pas toujours en parfait accord avec les faits correspon-
dants rapportés par les Acta. Pontius a certainement
connu le procès-verbal de l'interrogatoire du 30 août
257 j il en lait mention19. Le commentaire qu'il fait de
monumentis ac notis illustrata, in-fol., lt< ma», 1692, t i, p. 188;
L. Duchesne, Le l.iber pontiflealis, in-'r. Paris. 1X.S7. t. i, p. xevi,
150 sq.; A. Harnack, Geschiclite der altchristlichen Literatur,
in-8", Leipzig, 1893, t. i. p. 651-652, 714; 1'. Mi oceaux, dans la Re-
vue archéologique, in-S; Paris, I90i, t. xxxvm, p. 350, note. —
11 1'. Monceaux, Examen critique des documents relatifs ou mar-
tyre de saint Cyprien, dans bx Bévue archéologique, 3' série,
t. xxxvm, 1901, p. 249-271. — ">Acta Cypriani, 1. — ''Cypriani
opéra, Epist, LXXVIH, 1. éd. Hartel, dansle Corp. script, cttl., 1. 1,
— to-Acta Cypriani. 2-4. — ,SP. Monceaux, toc. cit., p. 256, note 2.
— "Ci. Cypriani opéra, éd. Hartel, dans Corp. script, eccl., t. i,
p. c.xui. — '■ Acta, 5. —"Acta, 2,6; voy. P. Monceaux, toc. cit.,
p. 257, notes l-'i. - "Cypriani, Epist., mi. 2, édit. Hartel, dans
le Corp. script, ceci., t. î. — "Aeto,1. — ,,J Vita Cypriani, 11.
377
ACTES DES MARTYRS
378
la sentence qu'on lit dans le document de 25S ne prouve
pas qu'il ait eu communication de ce dernier, car il a pu
assister à l'audience dans laquelle ce verdict lut prononcé.
Quoi qu'il en soit, son récit n'est pas complètement d'ac-
cord avec celui des Afin; d'après Pontius, Cyprien est
arrêté par un seul officier et traduit devant le proconsul
au prsetorium ; d'après les Acta, l'arrestation est laite
par deux officiers et l'interrogatoire a lieu dans Yatriitm
sauciohon, enfin plusieurs autres détails donnés par un
document ne se retrouvent pas dans l'autre1. On ne
saurait rien affirmer, ce n'est pas d'ailleurs ce que nous
voulons faire. Il suffit de montrer ici deux procédés
remise de l'affaire au lendemain, c'est que, ajoutent-ils,
le gouverneur était malade3.
Bien que la pièce suivante fournisse une démonstra-
tion moins claire, nous n'hésitons pas à voir dans ses
différentes rédactions la trace d'un acheminement vers
une Passio qui, peut-être, n'arriva jamais à être com-
posée et qui, en tous cas, n'est pas entre nos mains. Nous
ne prétendons pas d'ailleurs établir entre les rédactions
transcrites ci-dessous un ordre de succession chronologi-
que d'une colonne à l'autre, nous nous bornerons à tenir
le texte du manuscrit Brit. -11880 pour le plus voisin de
l'original, s'il n'est cet original lui-même sans altérations.
PASSIO SAXCTOnUM SCILITANORUM *.
Cuil. Britannici'.s
h. 11880.
Prsesente bis et Claudiono
consulibus, XVI Kalendas Au-
gustas, Karthagine, in secreta-
rio, inpositis Spérato, Nartzalo,
et Cittino, Donata, Secunda,
Vcslia, Saturninus proconsul
dixit :
Potestis indulgcntiam domni
ims.ii imper il i:s promeren ^i
ad bonam montera redeatis.
Speratus dixit :
Nuinquam malel'ccimns, ini-
quitati nullam operam prœbili-
mus; numquam malediximus.
sed maie accepti gi'atias egi-
mus ; propter quod imperatorem
nostrum observamus.
Corl. deperditus,
dans Baronius, Annal., n. ïO?.
Existente Claudio consule, xiv
Unlendas Augustas, Carthagine
inctropoli, statuto forensi con-
ventu, praeceperunt magistratus
adstare sibi Speratum, Narza-
lem, Cittinum, Donatam, Secun-
dani et Vestinam Et adstantilms
eis Saturninus proconsul dixit :
Potestis veniam a dominis
nosliis imperatoribus Severo et
Antonio promereri, si bono ani-
uio conversi iueritis ad deo.s
nostros.
Speratus dixit :
Nos iiiiiiime aliquando malum
lecimus, neque iniquitatem se-
quentes in peccatis egimus ope-
i ationem, nec aliquando cuiquam
malediximus sed maie suscepti
a nobis gratias egimus semper.
Quamobrem dominum verum et
îcircm adoramus.
Cod. Carnotensia
n. 100.
Prsesente Claudisno consule,
sexto decimo kalendus Augusti
apud Cai'thaginem in sconitario
i mpositis Sperato, Nartallo, Ci-
thino, Donata, Secunda, et Bes-
tia. Saturninus proconsul dixit :
Potestis indulgcntiam domini
imperatoris promeren', si ad
bonam mentem redeatis et sacri-
ficetis diis omnipotentibus.
Speratus dixit :
Nunquam mate lecimus, nul-
lam operam malo pnebuimus.
Nunquam malediximus, sed malo
accepti gratias egimus. Propter
quod imperatorem nostrum
observamus et timemus et ado-
ramus et ipsi cottidie sacrifi-
cium noslne laudis ofiei'imus.
Cod. Parisituts
» fonds latin, nouv. acquis »
n. 2119.
In diobus illis adductos in
K retario Ccrtaginis abappan
torum officio, Speratum, Narza-
lum, Donatam, Secundam, et
Vestigiam, Saturninus procon-
sul bis omnibus generaliter
dixit :
Potestis indulgcntiam a domi-
nis nosliis imperatoribus pro-
moreri si ad bonam mentem
redeatis et Deorum carimenias
observetis.
Sanctus Speratus dixit :
Nunquam maie egis-r conseil
siimus, iniquitati opem atque
adsensum non pnebuimus. Nulli
iinquam maledixisse recolimus,
sed maie tractati ac lacessiti
semper Deo gratias egimus, si
quidem et pro eis oravinms
quos injuste patiebamur inle-
stos. Pro qua re et imperatorem
nostrum adtendimus a quo
notic ba;c vivendi norma con-
cessaest.
diamétralement opposés, s'exerçant sur tin Ihéme unique,
alors que les deux récits sont parfaitement authentiques.
L'un, les Acta, vise à la vérité; l'autre, la Passio, vise
à l'éloge, et tous deux atteignent, chacun dans son genre,
à la perfection qui est pour l'un la sténographie, car
toutes les paroles y sont reproduites, et pour l'autre l'allé-
gorie, car toute vérité y est voilée et presque compromise.
Depuis quelques années, on a cessé d'apprécier les
ouvrages littéraires par des formules littéraires, et c'est
fort bien. Si l'on veut juger du récit de l'anonyme et de
celui de Pontius afin de se faire quelque idée de la diffé-
rence de type entre les Aria et les Passioncs, il faut
lire l'un et l'autre; rien ne supplée à cette lecture. Nous
voudrions cependant essayer de les caractériser par un
seul trait. Pontius raconte que. le proconsul ajourna
l'interrogatoire de l'évoque au lendemain, et il en cherche
une raison mystérieuse; finalement, il explique ce délai
en faisant remarquer que le jour du martyre avait été
prédit par une visLn-. Les Acta rapportent aussi la
1 P. Monceaux, Ion. cit., p. 2(10 sq. — - Yila. 15. — ->Acta, 2.
— 'Codices : rr famille : 1. i:utl. Augienais (tragm.); 2. Cod.
Britannicus, n. 11880. ir famille : 3. Cod. deperditus (dans
Baronius, Annal., ad ann. 202, n. 1). mc famille : 4. Cod.
Carnotensis, n°190;5. Cod. Ebroicensis, n. 31; 6. Cod. Vin-
dobunensis (Ict.) n. 311 ; 7. Cod. Bruxellensis ( oy. Catalogus
codicum hagiographorum bibliotheess regix Bruxellensis.
t. I, n. 1, 50, 133). IVe famille : 8. Cod. Colbertinus (dans
Ruinait); 9. Cod. Totetcm.ua, dans Act. sanct., julii t. rv,
p. 204; 10. Cod. Parisiensis {suppl. lut.), n. 2119, Traduc-
tion grecque : Cod. Pariaienaia (gr.) n. 890, dans Baronius,
Annal., ad. ann. 202, n. 1 sq. : Mabillon, Vêlera analecta, t. IV,
p. 155; Ruinait, Act. mail. sine, et sel-, Paris, 1GS9, p. 79-81;
III. D'USE MARQUE D'AUTHENTICITÉ. — Il est assez rare
que les contemporains citent les actes d'un martyr. Ce
point est remarquable, puisque les écrits des Pères sont
fréquemment cités, comme on peut le voir par la liste
des testimonia qui précède ordinairement l'édition de
leurs ouvrages '■>. Les Acta proconsularia de saint
Cyprien dont nous avons parlé ont cette fortune d'être
indiqués, pour la première partie, dans deux documents
contemporains. Dans une lettre adressée à Cyprien,
quelque temps après sa première comparution, les con-
fesseurs des mines de Sigus, en Numidie, lui parlent de
la sorte : « Comme un bon et vrai maître, tu nous as ap-
pris ce que nous, tes disciples, nous devions dire devant le
gouverneur; le premier, tu l'as proclamé dans les Acta
du proconsul 6. » Et le biographe Pontius dit de son
côté : « Ce que l'évèque de Dieu a répondu à l'interro-
gatoire du proconsul, les Acta sont là qui le rap-
portent". » Plus loin, le biographe glose sur la sentence
capitale rapportée dans le deuxième procès-verbal et, s'il
Botlandistes, Act. sanct., julii t. IV, p. 204; H. Usener, In-
dex sclwlarum Bonnenaium per nienses xstatis ann. 1881,
iu-8% Bonn, 1881; B. Aube, Étude sur un nouveau texte des
Actes des martyrs scillituins, in-8\ Paris, 1881, ou bien : Les
rhrétiens dans l'empire romain de la fin des Antonina un.
milieu du iuc siècle, in-8°, Paris, 1881, p. 503 sq. ; Bollandistcs,
Analecta bollandiana, 1889, t. vni, p. 5-8; Robinson, The acta
of the Scillitan martyrs. The original lutin text together
ii'iiu the greek version and the later latin recensions, dans
Te.rts atiil studies, in-8", Cambridge, 1891, t. I, n. 2, p. 104-121.
— •'■ Voy. A. Harnack, Geschichte der altchristlichen IAteratur,
in-8-, Leipzig, 1893, t. I. — "Cypriani, Epist., LXXVIII, 2, P. /..,
t. IV, col. 434. — ' Vita Cypriani, 11, P. U, t. in, col. 155...
ACTES DES MARTYRS
3S0
ne cite pas celte pièce, il se réfère sans aucun doute à
un texte identique aux Acta de 238.
Les Actes de sainte Perpétue contiennent la mention
suivante : Quoniam ergo permisit, et permiltcndo vo-
luit Spiritus sanctus ordinem ipsius rnuxeris conscribi,
etsi indigni ad supplementum lantiv gloriœ describen-
dum, tamen quasi mandalum sanctissimœ Perpétua'
immo fidei commissum ejus exsequimur, unum adji-
cienlcs documcnlum de ipsius conslanlia et animi su-
blimilatc '.
Dans les Actes de saint Moutan et ses compagnons on
lit ces mots : Uœc omnes[conf essores] decarcere simul
scripserant. Sed quianecesse eral omnem. actum mar-
tyrum beatorum pleno sermone complecli quia et ipsi
de se per modesliam minus dixerant; et Flavianus
ffiioque privatim hoc nobis munus injunxit, rit quid-
quid liltcris eorum deesset adderemus : necessaria
reliqua subjunximus -.
A un degré inférieur d'autorité viennent les témoi-
gnages portés par les écrivains d'une époque postérieure.
11 faut se montrer exigeant sur ce point. Ces témoi-
gnages se réduisent souvent à de simples allusions se
rapportant à un récit substantiellement analogue à celui
que nous possédons, mais qui ne sauraient néanmoins
établir absolument l'identité des rédactions originales
avec les textes parvenus jusqu'à nous. C'est le cas de
plusieurs pièces, par exemple : un poème de Prudence
qui suit le récit du martyre de saint Fructueux et de ses
compagnons; saint Fulgencc 3, saint Zenon4, saint
Adhelme5 citent librement les Actes de saint Arcadius,
de sainte Lucie, de sainte Agnès. Nous nous bornerons
à deux pièces qu'a citées saint Augustin. L'une d'elles esl
encore les Acta proconsularia de saint Cyprien. Ces
citations textuelles se rapportent à toutes les parties du
récit.
ladio animadverti placct. Cy- gladio animadverti piacet, res-
lirianus episcopus ctixit : Dco pondit ille : Deo grutias. »
gratias •.
On trouve dans le même Père deux citations des Acte»
de saint Fructueux et ses compagnons :
Acta proconsularia.
1. « Cyprianus dixit : Cum
disciplina prohibeat ut quis se
ultro odorat... »
2. n Ex sacro pnecepto in
liortis suis manebat. Inde quoti-
<lie sperabat veniri ad se, sicut
illi ostensum fuerat. »
« Venerunt ad eum principes
duo... qui in curriculum puni
levaverunt, in medioque posue-
runt. »
« Illuc universus populus fra-
trum convenit. Et oum hoc
S. Cyprianus comperisset, cu-
stodiripuellaspnecepit, quoniam
omnes in vico ante januam
bospitii principis manserant. »
3. g Galerius Maximus pro-
consul dixit : Jusscrunt te sacra-
lissimi imperatores csrimonia-
ri. Cyprianus episcopus dixit :
Non tacio. Galerius Maximus
dixit : Consule tibi. Cyprianus
episcopus respondit : Fac quod
tibi pneceptum est; in re tain
justa, nulla est consultatio. »
4. « Et bis dictis (Galerius
Maximus) decretum ex tabella
recitavit : Thascium Cyprianum
Saint Augustin.
Contra Gaudentium, 1. I.
c. xwi. 40. o li. Cyprianus in
confessions sua dixit discipli-
nant] prohibere ne quis se olle-
rat. i'
Sertn., cccix, c. i. « In hortis
suis manebat et inde quotidie
sperabat veniri ad se, sieut
ostensum illi erat. »
C. n. : « Duo missi sont qui
eum etiani secum in cuiTicuhuu
levaverunt, in medioque posue-
imil. D
« Cum... illuc se multitudo
rratrum aesororom congregans
pro foribus pernoctaret, custo-
diri puellas pracepit. i
C. m. « Dixit (judex) : Jusse-
runt te principes cxrimoniari.
Responditque illc : Non facto.
Adjecit et ait : Consule tibi. »
C, iv. « Fac, inquit, qund tibi
pneceptum est ; in re tam justa
nulla est consultatio. »
C. iv. « Cum eiiiin Galerius
Maximus decretum ex libclin
recitasset : Thascium Cyprianum
4 Ruinait, Acta sincera, IC, in-K-, Ratisbonnae, 1859,
p. 14a. — '-Ibid., 12, p. 278. — 3 s. Fulgence, Sermo de S. Cy-
priano martyre, P. /.., t. lxv, col. 740; E. Le Blant, Les Actes
des martyrs, p. 20, note 3. — * S. Zeno, Sermo de S. Arca-
dio, 4, P. L.,t. XI, col. 454, Pt Acta S. Arcadii, dans Acta sancl..
12 janv. ; E. Le Blant, lue. cit., p. 20, note 3. — 5 S. Adhelme,
De laudibus virginitatis, c. xxm et xxv, Ribl. PP., t. xm,
p. 41, 45, P. t., t. lx.xxix, col. 120 sq., 122 sq. ; et. Acta
Actes de S. Fructucu.x et ses
compagnons.
2. « zEmilianus praeses Eti-
logio diacono dixit : Numquid et
tu Fructuosum colis? Eulogius
diaconus dixit : Ego Fructuosum
non colo, sed ipsum colo quem
el Fructuosus. »
3. « Accessit ad eum commi-
lito frater noster, nomine Félix,
et apprebendit dexteram ejus
rogans ut sui memor esset.
Cui sanctus Fructuosus, cunctis
audientibus, clara voce respon-
dit : In mente me habere ne-
cesse est Ecelcsiamcatholicam. »
Saint Augustin.
Serin., cclxxih, 3. « Ait illï
judex : Numquid et tu Fructuo-
sum colis? Et ille : Non colo
Fructuosum. sed Deum colo,
quem colit et Fructuosus. »
Serm., ccxni, 2. « Cum ei
(Fructuoso) diceret quidam et
peteret ut eum in mente haberet
et oraret pro illo, respondit :
Me orare necesse est pro pace
catholica. »
IV. Le formulaire des Acta MARTrRUit. —Les re-
touches faites sur le plus grand nombre des Actes par
des hommes ignorants de l'antiquité ont altéré grave-
ment ces récits, mais pas au point de les rendre entiè-
rement inutilisables à l'avenir. Cette ignorance même
qui dénaturait l'histoire la respectait par endroits, lais-
sant échapper des lambeaux du texte antique dont les
détails ne .paraissaient pas en contradiction avec les am-
plifications de la légende. Ce sont ces vestiges seuls qui
appartiennent à l'histoire: mais si fragmentés qu'ils
soient, leur réunion compose une contribution appré-
ciable.
Tous les Actes proprement dits, et dans une certaine
mesure les Passions elles-mêmes, doivent se dévelop-
per conformément au type de l'instruction criminelle
Si la préoccupation des faussaires du moyen âge a altéré
le récit pour y introduire des épisodes merveilleux, il y
a une partie que sa place mettait à l'abri de ces super-
cheries, c'est la formule initiale des Actes. Plusieurs
documents nous donnent ces formules. Saint Denys
d'Alexandrie dit avoir reproduit le texte même des actes
publics dans le récit de sa comparution : Elaa^Bévrwv
■AtovjTt'ov xaï "I'ajTTOj XOEt Mï::uvj v.-x: Mapxï/./.O'j xa:
\ai;ir,uo'/&;, AlpuXtavô; Sliftcov rf|V {JYspoVîav eiffi '. Cette
formule est en parfait accord avec un fragment inséré au
( lodejustinien et ainsi lilndlé : Inductù Firmino et Apol-
hnario.et essteris principalibusAntiochiensium adstan-
tibus, Sabinus dixit '...Cependant la formule ne semble
pas complète, une date devait la précéder. C'est en effet
Ce qu'on lit dans les Retractationes de saint Augustin,
lorsque l'évèque rappelle ses Acta OU Dispulalioncs
contra Faustum Manichsettm; les notarii recueillirent
la discussion, comme s'il s'était agi d'acta judiciaires
Xam ri (lient liabet et consulem. Or la pièce en ques-
lion commence par ces mots : Quinto kalendas septem-
bres Arcadio Augusto bis et Rufino riris clarissimis
consuîibus habita dispulatio ad versus Forlunaturn
McmichsBorutn presbyterum s. Ce témoignage n'est pas
i>olé9, bornons-nous à citer ici quelques formules: Acta
Munatii Feltcis : Dioçleliano octies cl Maximiano tep-
ties consuîibus, qunrto décima kalendas pmiii9... —
Gesta purgatienis Felicis Aplungitani. Yolusiano et
Anniano consuîibus, xim kalendas septenibris *'... —
Gesta apud Zenophilum. Conétanlino Maxîmo Augusto
S. Agnetis, Acta S. Lucix, dans Acta eanct., 21 janvier: Surins.
13 déc. ; E. Le niant, toc. cit., p. 20, note :t. — » Eus.-be, Hist.
■.,/., 1. VII, c. xi. /'. G., t. XX, col. GCil sq. — ' Cod. Justin..
X, xlxii : de eXCUt. mun., 1. 2, in-4", lîerolini, 1877. — "S. Au-
gustin, Rétractât., I. I, c. xvi, /'. /...t. xxxii, col. 612. — «Ammien
^huctllin, 1. XXII, c. m. — ,0S. Augustin, Contr. Crcseonium,
{. III, c. xxix. /'. /... t. xi.ui. col. 512. — " Haiiue, Misccttanea,
in-fol., Lucie, 1761, t. i, p. 20.
381
ACTES DES MARTYRS
382
et Constat! lino iuniorr Mbilissinio Cxsare conss., idibus
decenibribus1. — Gcsla Collationis Carthagïnensis.
Pnst constitution ïaronis, v. c. kal.jun. Carl/tagine*...
Les Actes a utlienliques ne sont pas moins tormels: Passio
sanctorum ScUUanormti. Pnescnle bis et Claudia.no
oonsulibus, xvi kalendas Aiigustas, Karthagine, in
secretario •'... — Ai la proconsularia Cypriani, Impera-
lore Valcriano qvartum et Galiieno tertiuni oonsulibus
tertio kalendariim snptembrium, Carthagine, in secre-
tario *... — Acta, Maximiliani. Titsco et Amdino con-
sulibus, un id. Martii, Teveste, in foro5... — Acta
Crispinœ. Diocletia.no et Maximiano oonsulibus, die no-
itarum dcccnibriiirn, apud coloniam Thebeslinam, in
secretario pro tribunali.
Dans un grand nombre d'Actes presque dénués de va-
leur, la formule initiale n'a que peu souftert. De même,
ce qu'on pourrait appeler le cadre fixe des gcsla, tout
ce qui a trait à la marche normale de l'affaire, en un
mot la partie matérielle de la procédure, l'arrestation
du fidèle, sa comparution, l'interrogatoire, les dialogues
entre le juge et les gens de Vofjicium, les ordres con-
cernant la torture, la sentence, tout ce qui ne prêtait
guère au merveilleux est demeuré indemne. Les Actes,
mémo les plus maltraités, renferment à ce point de vue
des renseignements utiles pour les institutions et la phi-
lologie. Nous ne pouvons que le signaler sans nous y
arrêter. A l'aide de ces indications on peut retrouver
la physionomie du procès, à condition que l'on tienne
compte des incidents d'audience, qu'on ne peut pas plus
noter qu'on ne pouvait les prévoir :
Noms des consuls.
Date du mois et du jour.
Matin (ou soir).
Désignation du magistrat; son nom, sa fonction.
Localité où se passe la cause criminelle.
Endroit du jugement; secretarium, forum, etc.
Le président : Introduisez l'inculpé.
Uofficium : Il est présent.
Le président interroge par un intermédiaire.
Le président : Tes noms et prénoms '?
Le président : Ta condition (ingénu ou esclave)?
Le président : Ta famille ?
Le président : Ton pays d'origine?
Le président : Ta profession ?
Le président : Ta situation sociale?
Le président : Ta religion?
Le président : Réfléchis, prends pitié de toi-même.
Le président : Qu'on le mette à la torture...
Le président : Suspendez-le au chevalet.
Le président : Frappez-le à la bouche. — Dites-lui :
Ne blasphème pas les dieux. — Souffletez-le. — Ditcs-
lui : Ne fais pas le fou; sacrifie. — Frappez-le à la
bouche, dites-lui : Réponds donc.
Le président : Tourmentez-le, prenez les ongles de
fer.
Le président : Arrêtez-
Le proconsul : Lise/, le procès-verbal.
Le président délibère avec les assesseurs.
Le président lit ou lait lire la sentence.
Ces rapides indications nous font voir l'importance
qui s'rittaehe à ces documents au point de vue de l'his-
toire littéraire. On peut tirer des Acla et des Passiones
* Baluzc, oji. cit., p. 22. — 2S. Optât, Gesta cotlalioni.t car-
ihaginensis, P. L., t. xi, col. 1257. — *Cod. Britann. 11880, édit.
Robinson, in-8°, Cambridge, 1891, et H. Usener, Index sclioleiruni.
tn un i versitate rlienana, in-8°, Bonn, 1881, qui publie le texte du
i»s. grec, n. iMO, de la Bibliothèque nationale, fol. 128 v. Sur le
début de ces Actes voyez une lettre de Léon Renier et la réponse
de Borghesi, Œuvres de Borghesi. in-4% Paris, t. vin, p. 615. —
'Ruinart, Acta sincera, 1689, p. 216. — s Voy. E. Le Blant, Les
Actes ries martyrs, p. 141-468. — ° Voy. les travaux de Carpen-
ticr, Tardif, Schmitz, Châtelain, Havet, sur les notes tironiennes.
de graves indications physiologiques et psychologiques,
mais leur recherche n'appartient pas au genre de ce tra-
vail; c'est principalement à l'histoire des institutions et
des usages de l'antiquité que ces documents apportent
le plus riche contingent de faits.
V. L'ÉTABLISSEMENT OES ACTES ET LEUR CONSERVATION.
— Chez les anciens on faisait usage, comme de nos jours,
d'une écriture sténographique 6. Les gens attachés à
l'administration s'en servaient dans un grand nombre
de circonstances, à tel point qu'il fallut en restreindre
l'emploi à certains cas déterminés7. Ces notes étaient
transcrites ultérieurement en caractères vulgaires8. On
procédait ainsi dans les tribunaux: les nolic recueillies
à l'interrogatoire, c'est-à-dire le procès tout entier,
étaient retranscrites. Les greffiers chargés de cette be-
sogne portaient le nom de notarii, ou e.rccplores. Plu-
sieurs textes nous les montrent à l'œuvre. C'est d'abord la
description d'une peinture, vue au iv* siècle par saint
Astère d'Amasée. La scène représentait l'histoire entière
du martyre de sainte Euphémie. «Le juge, dit saint As-
lère, est assis sur un siège élevé; il regarde la vierge
d'un œil farouche; autour de lui sont ses doryphores et
de nombreux soldats, puis des notarii tenant leurs
tablettes et leurs styles à écrire. L'un de ces hommes,
levant la main de la planchette enduite de cire, regarde
fixement la chrétienne en se tournant vers elle comme
pour lui enjoindre de parler plus distinctement, afin
d'éviter toute erreur dans la transcription des réponses 9. »
Les Actes de saint Maxime le lecteur renlerment un
détail qui ne peut venir que de la transcription des re-
gistres du greile. Dès le début de l'audience le dialogue
suivant s'échange entre le proconsul et le greffier :
« Pendant que Magnilien, le notaire, écrivait les réponses
des chrétiens, le proconsul Gabinius lui a dit : As-tu
inscrit les noms de tous? Magnilien répondit : Si ta
puissance l'ordonne, je lirai mon texte. Le proconsul
Gabinius dit : Lis-le. Alors Magnilien, le notaire, dit et
lut : Les noms que j'ai noies sont les suivants : Maxime.
Dadas et Ouinlilien ">. »
Nous savons fort peu de choses sur la corporation des
exceptores dans ce gui a trait à la rédaction des Actes
des martyrs. Des Actes d'une valeur douteuse, mais dont
le témoignage peut être accepté pour l'ensemble des
faits, nomment deux exceptores qui se convertirent au
christianisme, c'étaient Néon l) et Eustrate !2.
A Tanger, un greffier, nommé Cassien entendant à
l'audience condamnera mort un chrétien, envoya rouler
à terre son stylet et son registre et protesta bruyamment.
On lui coupa le cou quelques jours plus tard 13.
Les actes avaient une valeur absolue en justice; il
importait donc de les mettre à l'abri des altérations. Les
textes criminels appartenaient ù Yinslrurnentmn pro-
rinciœ, que nous appellerions aujourd'hui <■ les archives
judiciaires ». Des l'instant où le procès-verbal a été lu,
dit Apulée, il est interdit d'y ajouter ou d'en retrancher
quoi que ce soit, ne fût-ce qu'une lettre. La pièce doit
ilre déposée aux archives u. Les Pères et les écri-
vains ecclésiastiques nous apprennent que les chrétiens
avaient fréquemment recours à Vaecfniuni proctuisii-
/(slj. Un passtige d'Apollonius est ainsi conçu : « V.n
ce qui regarde Alexandre, il tant que la vérité soit
connue; cet homme a comparu devant .Fmilius Fron-
tinus, proconsul d'Asie, non pas comme chrétien, mais
— ''Voy. Abréviations, col. 155. — 8 Digeste, I. XL : De testa-
mentu militis, xxrx, 1. — "Combefis, & Pains uvsLri Astcni
aliorurijue orationes, in-4*, Parisiis, 1648. p. 200: l/abbe. Con-
cilia, t. vu, col. 2I0:C'onci7. iXicxn. Il, actioiv, a" 7K7. - '"Acta
SS. Maximi, Quintiliani. Diulœ, 4, dans Acta sanct.. 1S avril.
— "Acta S. Speusi)ipi, 19. dans Acta sanct.. 17 janv. --•
<- Martyrhim Eustratii, 6, Surius, 12 décemb. Voyez Nota-
r.n. — <spnssj0 g, Cassiani, 1, dans Ruinait, Acta .linccnt,
1731, p. 305. — " ftorid., I. IX. — ,:S. Augustin, Contra Cre-
sconium, I. Il I , c. i.xx, V. L., L xi.iu, coi. 359.
383
. ACTES DES MARTYRS
38i
pour des vols commis, alors qu'il avait déjà apostasie,
(".eux qui voudront s'instruire complètement de cette
affaire n'ont qu'à recourir à l'àp/eïov 8v)jx,<i(7tov, aux
archives publiques de la province d'Asie1. » On trouve
des rélérences analogues dans la biographie de saint
Cyprien par Pontius 2, dans la Passion de saint Saturnin
de Toulouse 3. Eusèbe transcrit le procès-verbal même
de la comparution de saint Denys d'Alexandrie 4.
Saint Augustin s et saint Jérôme u renvoient leurs
contradicteurs aux archives proconsulaires. Saint Théo-
dore d'Iconium dit (pie les Actes du martyre des saints
Cyricus et Julitta sont autorisés par les pièces conser-
vées à l'archive 7. En dehors de quelques exceptions
que nous signalerons, les gesla relatils à la poursuite
des chrétiens étaient l'objet des mêmes précautions et
jouissaient des mêmes garanties que les autres pièces
criminelles. Les fonctions des juges étant, sauf excep-
tion, annuelles8, il arrivait qu'un magistrat se faisait
communiquer les procès-verbaux rédigés sous son pré-
décesseur, afin de connaître les causes restées pendantes
à la retraite de celui-ci. Nous voyons dans les Actes de
saint Thyrse un magistrat lisant dans les gesta le détail
des tortures infligées aux chrétiens9. Dans les Actes de
saint Janvier on lit qu' « en visitant, selon l'usage, les
villes de sa juridiction, Timothée se rendit à Pouzzoles.
11 ordonna qu'on fit venir Vofficium, et, quand les agents
furei.t devant lui, il s'enquit auprès d'eux des jugements
rendus par ceux qui l'avaient précédé. Uofficium lui
remit les gesla de tous les gouverneurs. Lorsqu'en les
consultant il l'ut venu aux Actes des bienheureux mar-
tyrs Sossius, diacre de l'église de Misène, Proculus,
diacre de la cité de Pouzzoles, Entychès et Acutius, que
le juge avait fait torturer, puis jeter en prison, il demanda
aux of/iciales ce qui étail advenu de ces hommes10 ».
Même mention dans la Passion de saint Quirin •', de
^-ai ii te Christine 12.
11 parait probable qu'au dossier des gesla de chaque
accusé était jointe l'instruction préliminaire13. Si la
cause était renvoyée, les gesla étaient entérinés, comme
on peut le voir dans les Actes de saint Acace, de saint
Myron, de saint Paphnuce, de saint. Clément d'Ancyre,
ces trois derniers morceaux de valeur très faible, mais
dont l'accord sur un point doit être noté.
Les Actes conservèrent leur valeur après la paix de
l'Eglise. Ils rendirent alors un témoignage assez inat-
tendu. En l'an 314, le 13e canon du concile d'Arles est
ainsi libellé : De /ùs qui Scriptitras sanclas tradidisse
dicuxinr, vel vasa doniinica, vel nomina fralrum suo-
runi, piacuit nobis ut qwcuntjue eorum ex Aclis pu-
blicis f'uerit detectus, non nudis verbis, ah ordine cleri
amoreantur1*. Ce canon visait les tradileurs des livres
saints et des livres liturgiques. En effet, sous le règne
de Constantin on vit des évêques accusés d'avoir livré
les vases sacrés. Saint Augustin nous a gardé le souve-
nir d'une cause dans laquelle, en l'an 320, un diacre
africain nommé Xundinarius demanda qu'on produisit
devant le consulaire Zénophile les actes de l'an 303 re-
latifs au chef d'accusation et qui étaient conservés dans
les archives du greffe. Le consulaire ordonna que lec-
1 Eusèbe, flist. eccl., I. V, c. xvm, P. G-, t. xx, cul. 470 sq. —
5 D. Ruinart, Acta sincera, 1731, p. 130. — 3Passio S. Satumini,
2, dans Ruinart, Acta sine, 1089, p. 110. — * Hist. ceci., 1. VII,
c. xi, P. G., t. xx, col. 1\\ sq. — 5 Contr. Cresconium, 1. 111,
c. lxx, P. L., t. xi. m, col. 539. — <> Adu. Ruflnum, 1. il, c. m,
P. L., t. xxui, col. 440. — ' Epist. Theodorici, ep. de passione
SS. Quirici et Julittœ, dans Acta sanct., jun. t. m, p. 25. — "E. Le
Blant, Les Actes des martyrs, p. 12. Cf. Waddington, Fastes des
provinces asiatiques, p. 0-11. — ° Acta S. Thyrsi, c. VI, 31, dans
Acta sanct., 28 janv. —'"Acta S. Januarii, 1, dans ^lc(a sanct-,
'0 septembre. — " Passio S. Quirini, dans Ruinart, Acta sincera,
1731, p. 499. — '« Passio S. Christinm, 12 et 15, dans Acta
sanct., 24 iuill. — <3 Acta S. Marcelli, 4, dans Ruinart, Acta sin-
cera, 1731,' p. 303. — '* Conciliutn Arelatense, I, anno3l4,can.13,
dans Mansi, Cunc. ampl. coll., t. n, col. 472. — ,5 Gesta apud
ture en fût faite. Nundinarius diaconus dixit : Legan-
/((/■ Acta. Zenophilas V. C. eonsularis Vielori dixit :
Leganlur. Et dédit Nundinarius et exceplor recilavit 13.
La lecture achevée, Zénophile, personnage clarissime,
consulaire, dit : « Des actes et des pièces qui viennent
d'être lus, il résulte que Sylvain est un traditeur*6. »
Un témoignage beaucoup plus tardif, celui de Lydus
([• 565), nous apprend que de son temps on pouvait
consulter la série des actes judiciaires depuis le règne
de Valens, c'est-à-dire depuis deux siècles, avec la même
facilité que s'ils eussent été enregistrés de la veille n. Ce
sont donc ces pièces de greffe qui sont devenues la base
des écrits connus sous le nom d'Acta martyruni. Il nous
reste à dire quelques mots de ces pièces.
Les notarii ou exceptores paraissent n'avoir pas été à
l'abri de la légitime défiance de leurs supérieurs. Nous
avons rapporté déjà le trait du proconsul Magnilien met-
tant en doute l'inscription par le scribe de tous les noms
des accusés 18. Cette surveillance était justifiée par des
laits tels que ceux-ci :
On lit dans la Passion de saint Iliéron : « Ce que j'ai
maintenant à dire vous affligera, autant que les saints
eux-mêmes en ont été douloureusement frappés. L'un
de leurs compagnons de combat nommé Victor avait
faibli sous les premières tortures et il s'épouvantait de
(■elles qui l'attendaient encore; il aborda en secret le
commentariensis et lit humblement appel à sa pitié, le
suppliant de rayer son nom des acta et de le délivrer;
il lui offrait en récompense un petit fonds de terre qu'il
possédait. Le commentariensis accepta, et, pendant
une nuit il lit sortir Victor de prison19. » Cette inscrip-
tion des noms des inculpés se trouve encore mentionnée
ailleurs '-".
La vénalité des agents de Vofficium était bien connue
et exploitée ouvertement. Nous lisons dans une pièce
authentique : « Nous, Pamphile, Marcien, Lysias, Aga-
thocle... et tous les frères qui sont à Iconium, fidèles
dans la vérité et d'un seul cœur dans Notre-Seigneur
Jésus-Christ, nous avons recherché ce qui s'est accompli
en Pamphylie, à l'égard des martyrs; et comme il nous
fallait rassembler tous les documents relatifs à leur
confession, nous avons obtenu de transcrire ces docu-
ments, au prix de deux cents deniers payés à Sabaste,
• i l'un des spiculatores *'. » Nous trouvons d'autres men-
tions du même genre'-- qui expliquent une mesure rap-
portée dans la Passion de saint Victor le Maure. « Anu-
1 i n us, y est-il dit, fit saisir tous les exceptores qui se
trouvaient dans le palais, afin de s'assurer qu'ils ne ca-
cheraient aucune note, aucun écrit. Ces hommes jurè-
rent par les dieux et par le salut de l'empereur qu'ils
ne détourneraient rien de semblable; tous les papiers
furent appoi tés, et Anulinus les lit brûler en sa présence
par l.t main de l'exécuteur. L'empereur approuva fort
cette mesure23. •> Quelquefois, pour plus de sûreté en-
core, le gouverneur interdit la sténographie du procès.
Ce fut le cas lors du procès de saint Vincent de Sara-
gOSSC. « L'ennemi, (lit un contemporain, a \ouln que
rien ne restât de ee qui constatait sa défaite**. »
C'étaient là des mesures d'exception, car l'on voit le
Zenophilum, qmhus Siivannm traditorem fu <t. cf.
/'. /_., t. xi. col. 774 sq. — '"S. Augustin, Conte. Cresconium,
i. 111, c. xxix et lxx, P. L., t. xi. m. col. 512,539; cf. Contra
Utteras Petiliani, n, 20, 45, P. L., t. xi.ix, col. 273. — ^ De
magistratibus populi romani, 1. 111, c. xxix; cf. E. Le Blant,
/.es persécuteurs et les martyrs, 1893, p. 7. — " Acta SS.
Maximi, Quintiliani, Dadx, 4, dans Acta sanct., 13 avril. —
'•' Bibliothèque nationale, ms. iO'10, fol. 100, v; cf. E. Le Blant,
l.fs Actes des martyrs, p. 11. — !" Acta S. Adriani. dans
Acta satict., 8 sept. — *' Acta SS. Tarachi, Probi et Andro-
nici, préface, dans Ruinait, loc. cit., éd. 1089, p. 457. — "'■ Vite
et Passio S. Pontii, 25, dans Baluze, Miscellanea, t. i. p. 33.
— »> Acta S. VictoriS mauri, 0, dans Acta sanct.. s mai.
— *' Passio S. Yinccntii, 1, dans Ruinait, Act
p. 3S9.
385
ACTES DES MARTYRS
38G
président ordruinpr, dés l'ouverture des débats, d'écrire
ce qui va elle dit ' et nous savons par le Digeste 2 qu'il
se faisait des expéditions de ces documents certifiés par
le commentariensis. Toutefois, comme ces copies deve-
naient, croyait-on, entre les mains des chrétiens, une lit-
térature révolutionnaire, l'Etat romain s'en alarma. Des
Actes de martyrs, raconte Prudence 3, furent saisis aux
mains des fidèles et détruits. Mais c'était une mesure
inefficace, car à peine entre les mains des fidèles, ces
récits étaient multipliés par la copie. Les Actes de saint
Félix étaient regardés comme des reliques, au même
titre que le sang des plaies du martyr4.
Ce sont ces pièces officielles qui servaient de canevas
aux Passiones. Aggredior, disent les Actes de saint
Saturnin, aggredior itaque cœlestes pugnas novaqne
certamina gesla per fortissimos milites C/iristi, bella-
tores invictos, martyres gloriosos, aggredior, inquam,
ex actis publicis scribere*. Nous verrons plus loin
les collections auxquelles cette coutume donna nais-
sance.
Parmi les modes de conservation des Acta on ne peut
omettre une mention qui se lit dans la lettre de l'Eglise
de Smyrne à l'Église de Philadelphie touchant le mar-
tyre de saint Polycarpe. On y voit une recommandation
identique à celle d'une épitre de saint Paul : Maôovrs;
oviv TaÛTa, xai toi; ê7t£xeiva àSeXçoîç tt|V È7r'.irToXr,v 6.
a Faites circuler cette lettre dans les Églises, après que
vous l'aurez lue. » La lettre des Églises de Lyon et d<e
Vienne est également adressée « aux frères des Églises
d'Asie et de Phrygie » '.
Dom Ruinart a pensé qu'il fallait attribuer à des chré-
tiens présents dans l'auditoire certains Actes dont nous
possédons plusieurs copies n'offrant entre elles que de
légères différences8. On trouve une preuve de ce fait;
elle est contenue dans une pièce authentique contem-
poraine de la persécution de Licinius à Edesse9; encore
pourrait-on y voir une copie prise à l'archivuni : « Les
notaires écrivaient tout ce qu'ils avaient entendu à l'au-
dience... moi, Théophile, qui étais païen de naissance
et qui ai confessé le Christ dans la suite, je me suis
empressé de prendre copie des Actes de Habib, comme
j'avais autrefois écrit les Actes des martyrs Gouria et
Schamouna, ses compagnons. »
Nous ne pouvons négliger parmi les sources des Acta
un fait qui se rapporte aux années qui suivirent la paix
de l'Église. A Antioche, au moment où il allait consacrer
une église en l'honneur des saints Théodore, le patriar-
che prit la parole : « Voici l'éloge du confesseur du
Christ, glorieux amant du martyre, le saint père Théo-
dore, archevêque d'Antioche, en l'honneur du Christ et
des vaillants vainqueurs, Théodore, fils d'Anatole, et
Théodore, maître de la milice, fils de Jean l'Égyptien,
lequel a tué le grand dragon et conservé le fils de la
veuve, et c'est pourquoi le nom du Christ a été exalté.
Or, le saint patriarche a voulu lui-même, à cause de h
dignité des martyrs, réciter cet encomium dans le sanc-
tuaire de Théodore, fils d'Anatole, une grande foule dé-
peuples étant assemblée dans l'église, au jour de la fête
commémorative de Théodore, maître de la milice, qui
a lieu au vingt du mois d'Epep au jour de la dédicace
anniversaire de l'oratoire du fils d'Anatole, d'autant
qu'on n'avait pas encore édifié celui du maître de lu
milice. Car alors on célébrait une sainte fête au sanc-
tuaire du héros Anatole, en la paix du Christ. Ainsi
soit! Amen 10 ! »
VI. Les notaires et la. rédaction des acta marty-
rum. — Les textes qui viennent d'être rapportés ne
font nulle part allusion à ces prétendues notes d'au-
dience prises par les chrétiens dispersés dans l'audi-
toire et auxquelles le judicieux Ruinart recourait quand
il se trouvait en présence de plusieurs récits d'un même
épisode ".Si les chrétiens ont pris ces notes, s'il s'est
trouvé parmi eux une corporation de notarii officielle-
ment chargée de ce soin, le plus qu'on en puisse dire,
c'est que nous n'en savons rien. Le Liber pontificalis
rapporte cependant des faits qui méritent un instant
d'attention. Le pape saint Clément aurait institué les
notaires ecclésiastiques dans le but de recueillir les Acta
martyrum1-. Sous Antéros on tait allusion à l'existence
d'un archivum ecclesix pour conserver les Actes 13 : Fa-
bien, son successeur, institue sept sous-diacres pour sur-
veiller les sept notaires l4. L'existence de chrétiens notant
les débats est prouvée par les Actes de saint Vincent de
Saragosse, mais il y a loin de là à l'existence d'un groupe
hiérarchique avec sa destination spéciale, comme celle
des notaires de Rome. Les véritables fonctions des no-
taires ecclésiastiques sont mentionnées par le Liber
pontificalis dans la notice du pape Jules (337-352). Ils
étaient alors les tabellions de l'Église romaine et l'on
fut bien aise sans doute, dans la corporation, de se faire
une généalogie, aussi héroïque que la fonction le com-
portait, et qui aidât à expliquer le rang élevé des notaires
dans la hiérarchie de cour 15. Ce l'ut sans doute pour cette
raison qu'on les représenta comme primitivement char-
gés d'une lonction dont le nom païen de notarius éveil-
lait l'idée et on ajouta que, la paix venue, leur destina-
tion avait été changée 16. Il faut en outre constater que
de l'activité trois fois séculaire des notaires romains, il
est demeuré tort peu de chose, alors que leur travail
aurait dû doubler les chances que nous avions de lire
les Actes des martyrs romains, mais cela a pu tenir à
d'autres causes qui seront indiquées plus loin. Dornons-
nous à mentionner ici une épilaphe dont le seul fragment
qui nous reste réunit sur un espace très rapproché les
mots notaire et martyr. Ce fragment nous semble anté-
rieur à la paix de l'Église, mais nous ne prétendons pas
entreprendre une restitution trop arbitraire pour n'être
pas un peu tendancieuse.
uixi jT ANNIS XVIII
uiuascu
paxtibicu
NOTARIO
NMAPTVPIBVC"
hic (Clemens) fecit VII re-
giones et dividit notariis fide-
libus ecclesix, qui yestas mar-
tyrum sollicite et curiose
unusquisque per regionem
suam diligenter perquircret '*.
Hic (Anteros) gestas mar- (Fabianus) fecit VII subdin-
tyrum diligenter a notariis conos qui septem notariis im~
exquisivit et in ecclesia re- minèrent ut gestas martyrum
concUt'*. [in intégra, edit. altéra] fide'.i-
ter colligcrent i0.
1 Passio S. Marix, 4, dans Baluze, Miscellanea, t. i, p. 27. —
* Digeste, 1. XLV, 7; De jure flsci, 1. XLIX, tit. xiv, in-4% Bero-
lini, 1877. — 3 Peristephanon, I, Sanct. Henet. et Celed., v. 75-78,
P. L., t. lx, col. 288. — * Passio sqncti Felicis, dans Acta sanct.,
l"aoùt. — 5E. Le Blant, Les persécuteurs et les martyrs, p. 4,
note 4. — 9 Martyrium Pulycarpi, 20, dans Ruinait, Acta sin-
cera, in-8% Ratisbonae, 1859, p. 90. — ' Epist., I, clans Ruinart,
loc. cit., p. 109. — * Voy. plus bas : Les notaires et la rédaction
des Acta. — • W. Cureton, Ancicnt syriac-documents, in-4",
London, 1864, p. 72 sq. Cf. Rubens Duval, La littérature syria-
que, in-12, Paris, 1899, p. 127 sq. — '«Zoëga. Catalogue de la
bibliothèque Borgia, in-tol., Romte, 1810, cod. xx.xvi, p. 50. Cj.
DtCT. D'ARCII. CIIRÉT.
Pitra, Études sur la coll. des actes des sai>its, in-8% Paris, 1850,
préf., p. xlvi sq. — ' " Admonitio in Acta martyrum scillitanj-
rum, dans Actasincera, in-4', Paris, 1689, p. 79. — '^Liber ponti-
ficalis, éd. Duchesne, in-'i% Paris, 1884, t. I, p. 123. — ,3 Ibid., t. l,
p. 147. — <*/Wrf., t. i, p. 148. — 'tlbid., t. i, p. 148, note 3. —
16 Voy. le Constitution Silvestri et Liber pontif., 1. 1, préf.,p.c-ci ;
J. Hardouin, Concilia, in-fol., Parisiis, 1715, t. I, p. 290. — » D. Ca-
brai et D. Leclercq, Monumenta Ecclesix liturgica, in-4% Péris,
1902, t. I, n. 2858. J. Wilpert, Drei altchristliche Epitaphfr ci-
mente, dans A. de Waal, Archàologisctte Elirengabe tu De
Itossi, in-4% Roma, 1892, p. 389. — '» Liber pontif. éd. Dudiosr.e
1. 1, p. 123. — '••' Ibid., p. 117. - '-" Ibid., p. 148. ot Introd.. p C-Cl.
I. - 13
'387
ACTES DES MARTYP.S
Le petit nombre d'.A<i/a romi'ins peut trouver son ex-
plication dans l'usage liturgique local. Tandis qu'en
Afrique', en Gaule'2, à Milan 3, la lecture des Actes lait
partie de In liturgie, à Rome, nous savons par une lettre
de saint Grégoire le Grand à Eulogius, patriarche d'A-
lexandrie, en 598, que non seulement la lecture, mais
l'existence des Passions était à peu près ignorée à la lin
du VIe siècle. Praster Ma enim quee in Eusebii libris
de gestis sanctorum martyrum continentur, nulla in
areftivo huius ecclesia! vel in Romaine urbis bibliolhe-
cis esse cognovi, nisi pauea qusedam in unius codicis
volumine collecta; nos aulem pœne omnium marty-
rum, distvnctis per dips singulos passionibus collecta
in uno codice nomma habemus, atque quotidianis die-
bus in eorum veneratione missarum solemnia agimus.
JVou tamen in eodem volumine quis qualiler sil passus
indicatur, sed tantummodo nomen, locus et dies pas-
sion is ponitur *. Un document romain de date incer
taine mais qui n'est pas antérieur à saint Grégoire,
déclare que la lecture des Acta martyrum était inter-
dite à Rome, dans les réunions du culte : Secundum
anliquam consuetudinem, singulari cautela in sancta
Ramana ecclesia non legunlur, quia et eorum qui con-
scripsere nomina penitus ignorantur, et ab infidelibus
et idiotis super/lua aul minus apta quam rei ordo
fu, rit esse pulantur 6.
Il s'agissait ici de tout l'office, mais cetts rigueur ne
se soutint pas. Lors de la constitution de l'office de
matines, on donna aux Acta une place parmi les lec-
tures. Il se pourrait qu'on eût une allusion à cette cou-
tume dans une phrase du pape Hadrien (791) : Passiones
sanctorum. martyrum sancti canoncs censuerunt ut
liceat eas etiam in ecclesia legi, cum anniversarii dies
eorum celebrantur 6. « Les saints canons mentionnés
ici sont ceux de l'église d'Afrique, introduits au vie siè-
cle par Denys le Petit dans son codex eanonum, qui
était encore employé à Rome au temps du pape Hadrien.
Nous avons du reste, une preuve directe de l'introduc-
tion des Passiones martyrum dans les lectures de l'of-
fice de nuit, dès le vmc siècle, au moins. A la fin du
manuscrit Parisin. 383G, du viue siècle, eu écriture mi-
nuscule, on trouve un Ordo canotas decantandi in
ecclesia sancti Pétri, où, après avoir indiqué la distri-
bution de l'Ecriture sainte entre les diverses parties de
l'année liturgique, on ajoute que traclatus (les homé-
lies) prout ordo poscil, passiones (passionis cod.) mar-
tyrum et vitePatrum catholicorum leguntur. Cet Ordo
est d'une autre écriture que celle de la collection cano-
nique qui remplit tout le manuscrit, mais il a été écrit,
comme le reste, au vme siècle 1. »
A cette catégorie des notaires ecclésiastiques on peut
rattacher sans effort, comme également problématique,
le premier martyrologiste, qui ne serait autre que ,l»i-
lius Africanus. Celui-ci, au dire d'une pièce tort tardive,
la Passio Symphorosse s, serait venu visiter l'Église de
Rome et y aurait compilé un recueil spécial des Actes des
martyrs de Rome et de l'Italie qui aurait passé en en-'
tier dans l'ouvrage d'Eusèbe. Cette affirmation n'a pour
1 Hardouin, Concilia, t. i, p. 880: Mansi, Conc. ampl. coll.
(can. 36), t. m, p. 924. — J Manillon, De liturgie, gallicana, c. V, 7.
in-4°, Parisiis, 1685, t. i, p. :!".). — * Paléographie musicale, in-4%
Solesmes, 1897, t. v, p. 200 sq. — *JafT<5, Regcsta pontifteum
romanorum ab condita Ecclesia ad an. mcxcviu, in-'r, T ijmiir.
1885, n. 1617. — 8Thiel, EpistuUt rom. pontificum, in-8\ Leipzig,
1872, 1. 1, p. 458. — "Epist. ad Caralum Magnum, P. L., t. xevin,
col. iSf&.—1L.iberpontifloaUs,<êd. Duchesne, Introd..p. ci. uote2.
— "Surius, 18juill. Cf. Pitra, infr. cit. — " Pitra, Étude sur la
collection des Actes des saints, in-8», Paris, 1850, p. vin sq. —
J°Eusèbe, Hist. eccl., VIII, u, P. G., t. xx, col. 744 sa). : S. Au-
pust, Contr. Crescon., III, xxix, P. /.., t. xi.ni, col. 512; Geeta
purgationi8 Felicis, Gesla apud Zenophilum, P. 1... t. XI,
col. 1257 sq. — " E. Le Blant. Les Actes des martyrs, p. 25; Van
<lcn Gheyn, Acta martyrum, dans le Diction, de f/i»
cutliolique, t. I, in-4\ Paris, 18Ï8. — '■ Acta S. Ayutl.u . I,
elle aucune preuve et a été à juste titre négligée par D.
Ruinait, par les Rollandistes et par ïillemont. Si nous la
mentionnons ici, c'est que depuis la découverte de l'épi-
laphe d'Abercius, il laut se montrer très circonspect avant
de repousser un texte légendaire dans son entier. On
trouvera dans la Dissertation sur les anciennes collec-
tions hagiographiques v de dom Pitra rénumération de
plusieurs textes d'une haute antiquité, mais malheureuse-
ment apocryphes, et qui, faute de mieux, témoignent
du souci des temps qui suivirent pour créer aux Actes
une fabuleuse autorité.
VIL De quelques altérations, — Il ne parait pas
possible d'entreprendre le catalogue des erreurs dont
fourmillent les Actes des martyrs, et ce catalogue fût-il
achevé, ne servirait pas probablement à résoudre tous
les problèmes critiques, historiques, philologiques, que
soulève celte classe de textes, mais il nous offrirait une
documentation intéressante et nouvelle pour l'histoire
de la supercherie.
Certaines pièces ont, semble-t-il, attiré plus que d'au-
tres l'attention des hagiographes du moyen âge. Us n'ont
rien omis de ce qui pouvait y ajouter de l'ornement.
Heureusement l'inintelligence que les hommes de ce
temps avaient du passé les fit tomber dans des fautes si
grossières, qu'il est devenu relativement lacile de les
signaler. Cette ignorance reparait la même dans presque
toutes les fraudes et les naïvetés des scribes, parce qu'elle
avait pour fondement une erreur philosophique univer-
selle. La loi de l'évolution historique n'était ni connue,
ni soupçonnée; dès lors, le plus lointain passé appa-
raissait sur le même plan que les événements présents :
nulle perspective, partant nul souci d'archéologie, nulle
vérité. Les proconsuls ressemblent, à s'y méprendre, aux
chefs lianes, vandales, lombards ou wisigolhs. Les em-
pereurs gardent à gi and'peine un nom latin, mais il n'y
a pas de confusion qu'on ne lasse entre eux tous.
Quelques noms surnagent qui fourniront, sous leur forme
estropiée, le tyran indispensable au thème du récit.
Les circonstances contribuèrent singulièrement à cet
état de choses. L'acharnement déployé par l'administra-
tion impériale au temps de Dioclétien était venu à bout
de détruire un grand nombre d'archives ecclésiastiques10.
Dans certaines provinces, en Alrique, par exemple, où
les Actes faisaient partie des lectures liturgiques, il
fallut pourvoir, comme on l'a dit, à la réfection des
archives dévastées11. On fit appel aux souvenirs, aux
traditions orales. Il en résulta, jusque dans les piec B
sincères, une bigarrure de choses antiques et de chosefl
nouvelles dont le départ ne commence à se faire que
depuis un demi-Hecle. Lorsqu'on entreprit cette refonte
des histoires locales, on s'occupa assez peu du nom des
dignités anciennes, ainsi le litre de consularia remplaça
celui de proconsul1*, quoique ce tenue n'eût pris l'ac-
ception de gouverneur qu'on lui donnait que depuis la
paix de l'Église1*. On ne s'inquiéta guère plus des noms
propres. 11 y eut des noms consacrés pour le type du
proconsul persécuteur, comme furent Rictiovarus et
Anulinus. Ce dernier surtout devint presque le nom de
dans Actasanct., 5 f.'vr. ; Passio SS. Yitalis et VaterUe, 1, dans
Actusanct., 18avr. ; Acta S. Getutii, 6, dams Actasanct., 10 juin;
Acta S. Montant, militis, 15, dans Acta s<inct., 17 juin; Epist.
de SS. Gervasio et Protasio, 19, dans Acta sauct., 19 juin; Acta
S. Jutiani Arimin., 1, dans Acta sonct., 22 juin; .4ct<i -S. Hya-
cinthi. 1, dans Acta sanct.. 20 juill. ;Acta S. Secundiani. 2, dans
Acta sa net., 9 août; Passio S. Juliani,i, dans.-t<7asaJirf.,28aout;
Mactiiriiiiii s. Ctesarii, dans Surius, l nov. : Visa S. oiympiadis,
dans Surius, 2 déceinb. ; Historui S. I.ucue, dans Surius, 13 de-
cemb. — "C'est le tiue que porte le magistrat jugeant, vers 370,
dans un procès criminel relaté par saint Jérôme, Epist. ad lntu -
crntiiiiti. lin n'a pas trouvé de gouverneurs rirtnnmmrin nmautarvÊ
avant Sémphile, qui siégea en 320 dans l'affaire de Sylvain le tra-
dileur, Augustin, Contr. Crescon.. 111. xxix; IV, LV1. P. I..,
i. m in. cl. 512. 583 sq. CI. L. Renier, Mélanges sVépiffreplilc,
iu-S', Paris, 1854, p. 57; E. Le Blant, loc. cit., p. 25. note 3.
^89
ACTES DES MARTYRS
390
l'emploi. On le retrouve partout et toujours, à Lucques,
à Milan, à Ancône; sous Néron,, sous Valérien, Gallien,
Maximica, Dioctétien4. En réalité, Anulinus était un
personnage de date assez récente pour que sa personne
et son administration en Afrique, sous Dioctétien-,
eussent laissé des souvenirs chez les hommes qui recon-
stituèrent les archives chrétiennes.
Certaines pièces ont été calquées sur d'autres, alors
en possession de la faveur. C'est le cas pour les Actes
de saint Tatien Dulas3, dont le rédacteur a suivi le récit
•des Actes des saints Tarachus, Prohus et Andronicus4,
pièce recommandahle qui a inspiré en outre l'auteur
des Actes de saint Calliope5. Les Actes de Tarachus et
•de ses compagnons nous apprennent que ce fut enCilicie,
devant le gouverneur Maxime, assisté des agents du tri-
bunal, le centurion Démétrius, le corniculaire Allia se,
ie commentariensis Pégase, que comparurent ks mar-
tyrs dont il se faisait suivre pendant une tournée judi-
ciaire; un des interrogatoires a lieu à Tarse. Le martyr
Andronicus est jeté tout sanglant dans un cachot après
la torture. Délense est faite de lui donner aucun secours.
A l'audience suivante, les plaies étaient guéries; le juge
•dit alors : « Mauvais soldats, n'avais-je pas détendu
qu'on l'approchât et que l'on pansât ses blessures? » Le
commentariensis Pégase proteste que nul n'est entré
dans la prison. Enfin on introduit de force dans la
bouche d'un troisième martyr des idolothyta. Comparons
les Actes de Tatien Dulas. Ils rapportent que ce fut en
Cilicie, devant le gouverneur Maxime, assisté des agents
<lu tribunal, Démétrius le centurion, Athanase le corni-
culaire, Pégase le commentariensis, que comparut le
martyr dont le gouverneur se faisait suivre pendant une
tournée judiciaire. A Tarse eut lieu un interrogatoire
suivi de la question après laquelle le martyr 'est mis
■au cachot et défense est faite de lui donner aucun se-
cours. Lorsqu'il reparait à l'audience suivante, les plaies
sont guéries, le juge voyant cela accuse les appariteurs
d'avoir soigné le prisonnier, mais le commentariensis
Pégase proteste que nul n'est entré dans la prison. En-
lin, on emploie à l'égard de Tatien la violence afin de
taire pénétrer dans sa bouche les idolot/iyta. « Je fati-
guerais le lecteur, dit Edmond Le Blant, à lui montrer
par le détail d'autres traits communs que je relève dans
les textes hagiographiques : le dénouement merveilleux
des Actes apocryphes de sainte Thècle, introduit dans
l'histoire de sainte Marie, que tant d'autres particula-
rités recommandent6, un même paragraphe de l'interro-
gatoire inséré dans les Acta S. Nestorii et dans le Mar-
tyriumS. Theodori lyronis1, une identité presque ab-
solue entre les Actes grecs de saint Hermias et ceux des
saints Victor et Corona8. »
1 Acta S. Victoris mauri, 2, dans Acta sanct., 8 mai; Acta
■SS. Peregrini, Herculanis, 3; dans Acta sayict., 10 mai; Acta
SS. Paulini, Severi, 13, 17, clans Acta satict.. 12juill. ; Mort.
SS.Nazarii et Celsi, 7,dans.4cî. sancf., 28 juill. ; Passio S.Firmi
et Tlustici ; Maflei, Istoria diplomalica che serve d'introduzione
allaite critica in tal materia con documenta che rimangono in
papira egizio ett. Mantova, in-4°, 1727, p. 305. — - S. Optât, De
schism. donatis, 1. III, c. vin, P. G., t. XI, col. 1018. Ci. Acta
s. FeKeis, cp. et m., dans Ruinart, Acta sincera. p. 3136;
Acta S. Crispinx mort., Ibid., p. 449; Acta S. Maimarii, 4,
•dans Acta sanct., 10 juin ; Ado, Martyrologiwn, 30 juillet. —
Acta S. Tutiani Dulœ, 7, dans Acta sanct., 15 juin. —
4 Acta .S.S. Tarachi, Probi et Andronici, dans Ruinart, Acta
sine, 1089, p. 457. — ri Acta S. Calliope, dans Acta sanct.,
'7 avril. Cf. Acta S. Longini, 2, dans Acta sanct., 15 mars, et Le
Blant, loc. cit., p. 31 sq. — « Baluze, Miscell., t. I, p. 28; Grabe,
Spicilegium sanct. Patrum et hereticorum sec. i-m, gr. lat.,
citm notis, in-8\ Oxonii, 1698, t. i, p. 119; E. Le Blant, Les
ietes des martyrs, p. 63; — 7 Surius, 9 nov., Acta sanct., 26 fév.
— *Acta sanct., 12, 31 mai; E.Le Blant, LesActesdes martyrs,
ip. 28, 30. — " De Rossi, Borna sotterranea cristiana, in-lol.,
Roma, 1867, t. n, p. xxxiv;E. Le Blant, Les Actes des mar-
tyrs, p. 28 sq. Sur la valeur de cette pièce, voyez Tiibing. Quar-
talschrift, avril 1902. — 10 Ruinart, Acta sincera, p. 546; Cod.
La tendance ordinaire des rédacteurs de seconde main
a été de développer le document. Nous n'avons pas à
donner de ce lait un autre exemple que celui qui a paru
typique à De Rossi et Le Blant 9. Il s'agit de la passion
de sainte Cécile d'après :
Les manuscrits antiques.
Almachius Casciliam sibi proe-
sentari praecepit, quam interro-
gans ait : Quod tibi nomen est ?
Respondit : Caxilia.
Almachius dixit : Cuiuscondi-
tionis es?
Coscilia respondit : Ingenua,
nobilis, clarissima.
Almachius dixit : lîgo te de
religione interrogo.
Los manuscrits réci nts.
Almachius prasfecttis sa»
étant o.x'ciliani sibi prœsentari
jubet. Quam interrogans ait :
o Quod tibi nomen est,pueilat »
Respondit: nCsecilia, sed apiiil
homines; quod autem illit-
striws est, christiana snm. »
Almachius dixit : « Cuius con-
ditionis es? »
Cœcilia respondit : « Citas ro-
iiimin illustris ac nobilis. »
Almachius dixit : « Kgo te de
religions interrogo, nam de no-
tivitate scimus le nobilem. «
Il faut mentionner aussi les altérations qui sont le fait
de l'ignorance. Un traducteur trouvant l'expression se-
cttndos au sens de tutélaire, traduit par le mot BeutIoouç,
comme s'il avait devant lui un nom de nombre !0, sans
s'inquiéter de l'ineptie de la phrase ainsi obtenue.
Il reste à rappeler enfin les altérations plus regrettables
qui, sous prétexte de rendre honneur aux saints, leur
ont composé une gloire imaginaire. Certaines liturgies
anciennes, notamment certains bréviaires, n'ont malheu-
reusement pas exercé à l'endroit de ces compositions
le sévère contrôle auquel on les a soumises de nos
jours ".
On trouve dans les manuscrits gothiques dé Tolède
une hymne destinée à célébrer le martyre de sainte Mar-
ciana. La jeune iemme est exposée aux bètes :
Léo percurrit percitus
Adorât ur veniens
Non comesturns virginem,t.
Si l'on se reporte an texte de la Passion de la sainte,
on lit, au lieu de adoraturus, le mot odorains : Di-
missus est leo ferocissimns qui cum magno impetu
veniens ereetas manus in pitellse pectus imposuit :
sanctum martyris corpus odoralus, eam ultra non con-
tigiti3.
Dans certains cas même, il y a eu transposition des
mythes païens jusque dans le domaine des légendes
chrétiennes. Il en existe quelques exemples tout à fait
certains; c'est ainsi que Barlaam et Joasaph u sont déri-
vés de la légende de Bouddha et pseudo-Alban du mythe
gr. i452, de la Biblioth. national*, fol. 151 V. Ci. E. Le Blant.
loc. cit., p. 24. — "A. de Roskovàny, Cœlibatus et breviarium.
in-8\ Budapesth, 1861 sq., t. V, p. 532 sq., donne un résumé des
Acta et scripta autographa in sacra eongreyaiioneparticula.i
a Bencdicto XIV deputatapro reformatione Breviarii romani
a. Mi (Biblioth. Corsini, mss. n. 361, 302,303). Sur l'histoitj
de cette onesta corezione del breviario (Lettre de Benoit XIV à
Peggi, 13 août 1765), voyez P. Batiffol, Histoire du bréviaire ro-
main, in-12, Paris, 1893, p. 266-323; D. Germain Morin, Les
leçons apocrtjphes du bréviaire romain, dans la Be v uc béné-
dictine, 1891, p. 270-280; D.'Suitbcrt Baumer, Geschichle des Ère-
viers, in-8% Freiburg im Brisgau, 1895, appendice IV b. : Die ans
Apocryphen entnommenen Lcctiones des riimischen Brevierg,
p. 623-630; Analectabollandiana, 1895, t. xix, p. 347-351. Voyez
enfin sur la position tout récemment prise par la cour romaine sur
ces réformes, A. Houtin, La controverse de l'apostolicité des
Églises de France, 2" édit., in-8% Paris, 1901, p. 33, et Rasaegna
gregoriana, Rome, janvier 1903. — '«Lorenzana, Breyiarium
gothicum, Sanctoralc secundum reyulam beatissimi lsidori,
p. cclviii, P. L., t. i.xxxvi, col. 1149. CS. E. Le Blant, loc. cit.,
p. 30, note 4. — t3Acta S. Marcianx, 5, dans Acta sanct., 9 jan-
vier. — «*E. Kuhn, Barlaam und Joasaph, in-8% Munchen, 1893;
Van den Ghcyn, dans le Diclionn. de théologie catholique, t. u,
à ce mot.
391
ACTES DES MARTYRS
392
d'Œdipe*. D'autres récits ne laissent même pas la res-
source de retrouver une date et un nom sous l'abondante
végétation de merveilles dont ils se composent2.
VIII. Des anciennes collections d'Actes des martyrs.
— On peut conclure à l'existence des collections em-
bryonnaires d'après quelques faits de la plus haute anti-
quité. La communication entre Églises des pièces con-
cernant le martyre de leurs membres et la prescription
d'en tirer copie implique un recueil lentement formé.
Cette coutume parait avoir existé dans quelques églises
d'Asie; peut-être Eusèbe aura-t-il composé sa première
collection d'après un ouvrage de cette nature qu'aurait
possédé la bibliothèque de Césarée. Cette coutume des
lettres encycliques était très répandue en Orient; on en
voit la mise en pratique dans des pièces que l'on vou-
drait de meilleure note : les Actes de saint André, de
saint Théodore, de saint Cyr, de saint Saba, de sainte
Apollonie en rendent témoignage pour les églises d'Achaïe,
de Smyrne, d'Iconium, de Gotbie, d'Antioche et d'A-
lexandrie3.
Le prix qu'on attachait à la possession du récit authen-
tique du combat des martyrs4 et l'usage qui s'introdui-
sait de les lire à jour fixe, imposaient l'adoption d'un
classement qui dut inspirer les premiers essais de col-
lection martyrologique. Eusèbe de Césarée entreprit un
premier travail en ce sens dans sa Suva-fwyr] tûv u.ap-
xupi'uv àp/at'wv, Collection des anciens martyrs5. Cet
écrit n'a pas été retrouvé, mais nous savons par le
propre témoignage d'Eusèbe qu'il y avait inséré la lettre
des martyrs de Lyon au pape Eleutbère et l'histoire
entière de leur martyre. Les Actes (Je saint Apollonius
et son discours au Sénat, les Actes de Pionius, Carpus.
Papyle6. Quelques autres pièces paraissent également
avoir tait partie de ce recueil7 qui a été bien connu
des anciens. Ce qu'ils en ont dit de plus clair se trouve
dans un texte de la vie de saint Silvestre : Eùaiêio; 6
LTau.cpO.o-j wjv ixxXrja'taiTTixr.v îc-ropîav 7tapa).s).oiTOv éxotTÉ-
poUTaOta e'citcÏv, (ÏTrsp Èv à'X>.o'.; <yjvTàY[xa7iv k'cppaaEv. 'Evé-
6etxa yôcp Èv xa' lôyoïç Ta 7ra9r,u,aTa (T/eSov t<ôv êv rcâcra::;
xatç èitap"/taii;àO/.r]i7ÔVTtov fj.aprvp<i)v xal èttktxottwv xa\ôu.o-
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<ppovirj|jLaT'. ôtà tôv SzTKO^r^) T,Yiovt'o"avTO Xpurrôv àveypx-
ij/a-ro8. « Dans son Histoire ecclésiastique, Eusèbe
Pamphilè a passé sous silence ce qu'il avait rapporté
dans d'autres ouvrages. Il a raconté en effet en vingt
et un livres les souffrances de presque tous les martyrs.
les évequeset les confesseurs de la foi qui ont combattu
' Catalogus codicum hagiographicorum bibliotheex regite
bruxellcnsis, in-8°, Bruxelles, t. Il, p. 444-455; Bibliotheca
hagiogr. lat., p. 34. Cf. Haupt, dans les Monatsberichte der kO
nigl. preuss. Àkad. der Wiss. zu lin-Un, in-4", 1860, p. 241-255"
Voyez Van den Gheyn, Acta fanctorvm, dans le Dict. de thiol
log. catholique, t. I, p. 322. — s Clermont-Ganneau, Horus e%
saint Georges, dans la Bev. archèol., 1876, t. xxxu. p. 196 sq.,
372 sq. et pi. xvm;1877, t. xxxm, p. 23. Cl. H. Thurston, dans
The. Mont h, avril 1892. — 3Pitra, loc. cit., p. XII. Cf. Binterim,
Kalendarium e codice Assindiensi eruit ac ad illustrandum
histariam SS. Ursulœ et sociarum singulari comment, etprxf.
instruxit, in-8°,Colonioe ad Rhenum, 1824. — * S. Cypriani, Epist..
xxxvii, P. L., t. iv, col. 336. — 5 Cureton, Histoi-y of the martyrs
of Palestine, in-8°, London, 1861 ; Eusèbe, Hist. eccl., suppl. au
1. MU, P. G., t. XX, col. 1457; B. Violet, Die paliistmenstschcn
Miirtijrer des Eitscbius von C.rsarea, dans les Texte und Untcr-
suchungen, in-8", Leipzig, 1895, t. XIV, p. 4; Viteau, De Euscbi
Cxsaricnsis ditplici opusculo, niçitàvlv nv/.a!<n;vri |i«f?vfij*&m»
in-8% Paris, 1893; La fin perdue des martyrs de Palestine, dans
le Compte rendit du troisième congrès international des sa-
vants catholiques à Bruxelles, 1895; E. Preuschen, dans A.
Ilarnack, Gesehichle der altchristlichcn Literatur, in-8", Leip-
zig, 1893, t. I, p. 809-811, Analecta Dollandiana, 1897, t. XVI,
p. 113-139. -"'Eusèbe, 'list. eccl., 1. V, proœm. et c. IV, P. G..
t. xx, col. 405 sq. et 440, I. IV.c.xv, P. G., t. xx, col.3'iO sq. — 'R.
< :rillii>r, Hist. des auteurs sacrés. in-4°, Paris, 1729, t. IV, p. 342 ;
Acta sanct., jun. t. i, p. 420. — * Vita S. Silvestri, dans Combefis.
Illustrium Christimartyrum tritonphi, in-fol., Palis, 1660,
dans les diverses provinces; il a écrit en particulier tous
les combats que, par la grâce du Cbrist, leur maître,
des vierges ont livrés avec un courage viril, malgré leur
sexe. » C'est ce que nous savons de plus certain sur le
recueil d'Eusèbe, bien qu'on ait tenté récemment de
suppléer à ce silence par d'ingénieux rapprochements9.
Saint Jérôme a connu le recueil, semble-t-il, de même
que l'anonyme ou les membres du groupe littéraire
d'où sont sorties les Vitse Patrum. Au VIe siècle, ainsi
que nous l'avons déjà dit, le patriarche d'Alexandrie Eu-
loge demanda au pape Grégoire Ier de lui en taire par-
venir, de Rome, un exemplaire. Mais ce fut inutilement:
Prœter illa enini quse in ejusdem Eusebii libris de ge-
stis sanctorum martyrum continentur, mdla in archiva
huius nostrm ecclesix, vel in Romanec. urbis bibliothecis
esse cognovi, nisi paitca qusedam in unïus codicis volu-
mine collecta10.
On s'explique assez facilement la disparition du recueil
d'Eusèbe en Orient à cause de la « concurrence » que
lui firent les collections similaires, mais d'un intérêt
plus poignant, puisqu'elles donnaient le récit des mar-
tyrs des persécutions récentes et locales.
I. PALESTINE. — Eusèbe composa un deuxième recueil
connu sous le nom de Ilepi tcôv èv IlaXaiorivr, u,aorj-
pïjtrâvvMv, Sur les martyrs de Palestine11. Cet'ouvrage
rapportait les exécutions dont Eusèbe avait été le
témoin de 303 à 310, à Césarée; l'autre recueil était une
collection de martyres antérieurs à la persécution de
Dioclétien. En plusieurs endroits de son Histoire ecclé-
siastique, Eusèbe renvoie à sa Collection sur les anciens
martyrs, qui devait contenir, entre autres pièces, les
Passions de saint Polycarpe. de saint Pothin, d'Apollo-
nius et d'autres écrits du nc siècle1-. La Collection-
d'Eusèbe a servi à établir un document hagiographique
fort précieux, le martyrologe d'Asie Mineure qui nous-
est parvenu dans une traduction syriaque très abrégée,
par un manuscrit daté de l'an 412'3. Ce texte est dans
un rapport évident u avec le Martyrologe hiéronymien
qui appartient à l'histoire des collections par un lien
moins ténu que les martyrologes tels que nous les lisons
ordinairement avec leurs notices réduites à quelques
mots.
A vrai dire, on ne connaît qu'un seul manuscrit mar-
tyrologique hiéronymien offrant des notices historiques
étendues sur les martyrs13. Les indications qui accom-
pagnent le nom du saint sont empruntées aux Actes, elle^
font partie de la rédaction originale. Dans son état actuel
p. 258. — 9 Preuschen, loc. cit. — l0S. Grégoire, Epi8b, \ ni. l*.'.
P. L.,t.Lxxvn, col. 930-931.— "Mancini Auguste.SuJDerwarf}/-
ribus Palxstinx di Eusebio di Cesarea, dans Studi italiani di filo-
logia classica, 1897, t. v, p. 357-368. — •« Eusèbe. Hist. ceci.. I. IV.
c. xv ; 1. V, préface, 2, P. G., t. xx, col. 440, 405, 433 ; CombenV.
loc. cit., p. 258. — l*Cod. add. iSi50. Wright, dans le Journal
of sacred literaturc. 1865-1866, t.vm, p. 'i5sq.. publié de nouveau
par De Rossi et Duchesne dans leur préface au Martyrologium
hieronymianum (Acta sanct., novembr. t. n, 1894). Voyez aussi
L. Duchesne. Les sources du martyrologe hiéronymien, in-8".
Rome. 1885, p. 9 sq. Les deux éditeurs ont publié parallèlement
le syriaque et le latin et restitué par conjecture le grec. — " V. De
Buck, Acta sanct., octobr. t. xu, p. 185. Voyez aussi du même
auteur : Recherches sur les calendriers ecclésiastiques, dans
De Backer, Bibl. des écrivains de la C." de Jésus. in-V. Paris,
1891. t. III. col. 383-386: H.-E. Stevenson. Studi in Italia.
a. 1879, p. 439, 458; De Rossi. dans le Bullettino di arch. crist..
1878, p. 102; Duchesne, Les sources etc., p. 10 sq. ; A. Harnack,
dans la Theologische Literaturzeitung. 1887. t. XIII, p. 860;
P. BatifTol, Ijx littérature grecque, in-12, Paris. 1897. p. 229 sq. :
Egli, Martyrien vnd Martyrologien attester '/.cit.. gr. in-8-,
Zurich. 1887; Zeitschrift fur wissenschaft. Théologie, t. xx\i\ .
p. 273-93; De Rossi et L. Duchesne, Martyr, hierony , loc. cit.
"■Cod. Yaticanus $38 (olim Laurcshamcnsis,xu\-ix s.); Steven-
son, dans le Bull, di archeol. crist.. 1882, ]>. 109; Dr Rossi et
Duchesne. loc. cit., p. x-xi ; D. Cabrol et 1). Leclercq. Monument*
Eccl. lit. préface, p. i.xxxi. où l'on rapproche le texte des notices
du cod. laureenam. de la rédaction du martyrologe romain r i'icL
393
ACTES DES MARTYRS
394
Je fragment que l'on possède, comprend quinze jours;
l'on y relève quatre notices historiques. Ces brèves no-
lices servaient sans doute de lecture ascétique dans les
monastères. Elles expliquent le conseil donné par Cas-
siodore aux religieux, « de lire les Passions des martyrs
qui ont germé par toute la terre, et particulièrement
dans la lettre de saint Jérôme à Chromace et à Hélio-
<lore, » qui ne peut être que le recueil même auquel elle
sert d'introduction. Ainsi la lecture visée par Cassiodore
serait celle des notices empruntées aux Actes des mar-
tyrs et insérées dans ce recueil1. Peut-être aussi existait-il
un livre liturgique spécial, une sorte de martyrologe
lectionnaire, au moins dans certaines églises. Adon,
archevêque de Vienne (au milieu du ix° siècle), rassembla
partout où il put les atteindre les Actes des martyrs dont
il tirait un court résumé pour l'insérer dans la compi-
lation martyrologique qui porte son nom. Cette pratique
semble nous mettre sur la trace d'un livre liturgique
composé suivant la même ordonnance que le martyro-
loge et comprenant le texte intégral des Actes dont le
martyrologe ne donnait qu'un abrégé. Cette conjecture
s'appuie sur un feuillet détaché d'un manuscrit du
xie siècle portant au recto le calendrier d'une église, et au
verso la notice qui suit : « Que celui qui s'appliquera à lire
les Vies ou les Passions des saints dont nous avons tracé
les noms à la page précédente, sache que ce n'est pas
sans raison qu'on les répète ici. Ici, en elïet, ils occupent
la place qui leur est due d'après leur rang dans le ca-
lendrier au jour de leur natale. Ailleurs, au contraire,
ils sont le plus souvent entremêlés, suivant qu'ils sont
pris dans des exemplaires différents, rassemblés de tous
côtés2. » Cette indication parait avoir son commentaire
naturel dans une formule, souvent répétée, du martyro-
loge hiéronymien; par exemple : Fête de saint Plat,
dont on conserve les Actes3. Cette dernière phrase parait
être un renvoi à une collection distincte, tout comme
dans le Lectionnaire gallican, parmi les lectures du
deuxième jour des Rogations, à none, on lit : Liber Judith
— usque in finein — postea Evangelium, et le troisième
jour, à none : Liber Hester — usque in finem — postea
Evangelium, ce qui renvoyait à des recueils spéciaux4.
//. Arménie — La nation presque entière était deve-
nue chrétienne au ive siècle, peu après la conversion de
son roi Tiridate. A cet événement se rapporte l'épisode
des martyres rhipsimiennes '■> dont Agathangelos a écrit
l'histoire6 et pour lesquelles on a multiplié les témoi-
gnages d'honneur dans la liturgie arménienne 7. Il s'en
laut cependant que tout soit bien assuré dans cette his-
toire. Le plus lavorable qu'on en puisse dire c'est
que Grégoire l'Illuminateui» en a connu quelque chose
et après lui Moïse de Khorène qui y a trouvé le sujet
d'une homélie8. Peut-être cette légende n'est-elle qu'un
dédoublement du récit du martyre de Valéria, veuve
de Galère9.
En Arménie, la liturgie et l'hagiologie remontent pro-
bablement au temps de saint Grégoire l'Illuminateur,
consacré patriarche en 302 10. Sous l'influence de ce
grand homme et de plusieurs esprits distingués qui
continuèrent son œuvre, la liturgie arménienne fut ré-
glementée; elle eut des homélies et des offices pour la
fête des saints dont le culte préoccupait spécialement
• De institutione divinarum litterarum, c. xxxn: voyez De
Rossi, Duchesne, toc. cit., p. XI. Quelques vestiges en ont
subsisté dans divers manuscrits : cod. Vatic. Reg. 435; cod.
Parisinus. Nouv. acquisitions lat., n. 1604; cod. Vatic. Reg.,
567 ; cod. Bern. 289; voy. De Rossi et Duchesne, toc. cit., dans la
notice de ces différents manuscrits. — - De Rossi et Duchesne,
toc. cit., p. xxn. — 3 Cod. Wissemb., aujourd'hui à Woltenbùttel :
xi kat. aug., Hat. sci. platonis. cuius gesta habentur. — 'Ma-
bilfon, De titurgia gallicana libri très, in-4% Lutetia?, 1685, ou
bien cod. Paris, n. 9437, de fa Bibl. Nat., loi. 178 v et fof. 184 V.
— 5 Néve, V Arménie chrétienne et sa littérature, in-8% Louvain,
i886 : La légende de sainte Rhipsima et de ses compagnes
l'attention du patriarche Giaout, collaborateur de Mez-
]-op. Ce fut vers ce temps (ve siècle) qu'Elisha Vartabied,
surnommé le Xénophon arménien, écrivit l'histoire de
la persécution de Vartane. Au vine siècle, Kabich, abbé
du monastère d'Adon, traduisit du syriaque les Vies des
martyrs; sa compilation est connue sous le nom d'As-
mawurk.
Nous allons indiquer ici, d'après la Collection des ?iisto-
riens anciens et modernes de l'Arménie, par Victor
Langlois11, divers passages des historiens ou des chro-
niques qui appartiennent au sujet de cette dissertation.
T. r. Agathange, Histoire du règne de Tiridate cl de
la prédication de saint Grégoire l'Illuminateur.
C. iv : Par quels supplices Tiridate s'efforce de vaincre
la constance de Grégoire, p. 129-133; c. v, vu : L'épi-
sode des saintes rhipsimiennes, p. 136-149.
Faustus de Byzance, Bibliothèque historique en quatre
livres. L. III, c. XII : De quelle manière [le patriarche
Iousig] fut tué par le roi Diran, p. 222-223; c. xiv :
Comment [le grand archevêque Daniel] réprimanda le
roi Diran qui, pour sevenger, le fit mourir, p. 224-
227; 1. IV, c. xvi : Massacre de soixante-dix serviteurs
de Dieu, par ordre de Sapor, p. 255; c. xvn. Sapor, roi
des Perses, persécute les chrétiens, p. 256; c. lvi.;
Martyre du prêtre Zouith, en Perse, p. 275-276;
1. V, c. xxiv : Comment le saint et grand pontife Ner-
sès fut tué par le roi Bab, p. 290-291.
T. il. Vie de saint Nersès, p. 21-44.
Moïse de Khorène, Histoire d'Arménie. L. III, c. xiv :
Martyre de saint Iousig et de Daniel, p. 139; c. xxxvm :
Bab donne un breuvage empoisonné à saint Nersès qui
termine ainsi sa vie, p. 153 ;
Elisée Vartabed, Histoire de Vartan et de la guerre des
Arméniens. Passim, et principalement du c. vmjus-
qua la fin p. 183-251.
Lazare de Pharbe, Histoire d'Arménie. C. xxxv : Martyre
des Vartaniens, p. 298; c. xxxvi : Noms de martyrs
avec leur nombre, p. 298; c. xxxvn : Martyre de Hê-
maïag, frère de Vartan, p. 299; c. xi.iii : Noms des
prisonniers, p. 306; c. xliv : Martyre du prêtre Samuel
et du diacre Abraham, p. 307; c. xlv : Martyre de Tha-
tig, évêque de Passère, p. 307 : c. xlvi-xlix. Martyre
des Léontiens, p. 307-317.
///. Mésopotamie occidentale. — La persécution
qui eut lieu dans l'Osrhoène sous l'un des Abgars, n'a
laissé qu'un souvenir assez [vague. Il ne semble même
pas possible de s'aventurer, à la suite de quelques ré-
cits publiés par Langlois ou par Cureton, jusqu'à dési-
gner des noms. Ceci toutefois n'infirme pas le fait d'une
persécution. La réduction de l'Osrhoène en province
romaine étendit à ce pays les édits des empereurs
en vertu desquels plusieurs chrétiens lurent mis à mort
à Édesse à différentes époques.
1° Actes de Scharbil et Babaï. — Les synchronismes
reportent ces actes à l'année 416 de l'ère des Séleucides
(105 de J.-C).
2° Actes de Barsamxja. t— Mêmes synchronismes.
Ces deux pièces sont en corrélation évidente par leur
clausule avec celle de la doctrine d'Addaï. On y lit une
date qui appelle une rectification. Ce n'est pas à l'année
martyres, p. 192, sq. — ° Agathangcli historia, 1835, 1 vol. et
edit. arm., 1862, c. xm-xxxv, p. 109-207. Cf. Langlois, Coll. des
historiens anciens et modernes de l'Arménie, in-4% Paris, 1867-
1869 ; Tommaseo, Storiadi Agatangelo, in-8% Venezia, 1843, prêt'.,
p. xn-xxvi ; c. xv-xxn, p. 66 sq. — 7 J-B. Aucher, Vie de tous
les saints du calendrier arménien, avec des notes (en arménien),
in-8% Venise, 1810-1814, t. m, p. 5-55. — 8 Œuvres complètes (en
arménien), Venise, 1843, p. 297-325. — '■> Langlois, Coll. des hist.
anc. etmod. de l'Arménie, t. i, p. 137, note. — iaQuadro délia
storia letteraria di Armenia, da mons. Placido Sukias Somal,
arcivesc. di Siunia ed abb. gêner, dei Arm. Mechit di S. Laz., in-d',
Venezia, 1829. — " 2 in-4% Paris, 1867-1869.
:ïo.->
ACTES DES MARTYRS
39(>
10."), mais à l'année 249-251 qu'on doit rapporter ces
Actes. La mention de Trajan n'est qivà demi fcuitive
jniisque ce nom était porté par Dèee 4. Ces Actes ont été
composés avec pou de soin, une allusion à la théologie
du concile de Nicée lait reporter leur rédaction vers le
Ve siècle.
3° Actes de Gouria et Schamouna. — L'an 600 de
l'ère des Séleucides (289 de .T.-C). Rédigés en syriaque -
et perdus ils ont été retrouvés dans une version armé-
nienne p qui semble littérale et plus complète que la
version grecque du Métaphraste et la version latine
d'après le Métaphraste4. Le texte syriaque a été retrouvé,
en 1898, dans un ms. de Jérusalem. Il donne la date
018 des Séleucides (307 de J.-C.) et offre quelques
variantes sur les noms 3.
4° Actes de Habib. —L'an 620 des Séleucides (309
de J.-C.). Ces Actes paraissent authentiques, ils con-
liennent plusieurs indications curieuses au point de
vue de l'antiquité chrétienne et de la liturgie luné-
rai re1'.
Les actes de Scharbil, Barsamya et Habib ont été
publiés avec une traduction anglaise, par Cureton 7 et
par Bedjan s. Ces auteurs ont donné en outre les homélies
de Jacques de Saroug sur Gouria et Schamouna et sur
Habib, celle de. Jacques sur Scharbil a été publiée par
Moesinger9.
Les Actes des martyrs d'Édesse apportent quelques
documents, mais trop rares, au gré des personnes qui
étudient l'histoire provinciale sous les empereurs ro-
mains. On y voit l'administration impériale fonctionnant
en Mésopotamie et introduisant de force dans la langue
des mots grecs et latins en grand nombre, mots dont
quelques-uns passèrent dans la langue courante. Il faut
se garder de tirer de là un argument en faveur d'une
rédaction grecque primitive"; c'est en syriaque et à
Édesse que les Actes ont été rédigés 10.
5° Actes de Hipparchiis et Philnlheus. — L'an 308,
sous Maximin Galère •■, à Samosate. Ces Actes ont été
rédigés probablement par des témoins oculaires12. I!s
ont été publiés par Assemani tJ.
IV. perse. — Les persécutions en Perse furent pro-
voquées par la rivalité religieuse des Mages et par la dé-
fiance de Sapor II et des rois de Perse à l'égard des
chrétiens dont les sympathies pour Constantin et l'em-
pire romain, ennemi séculaire de la Perse, étaient no-
toires. Ledit contre l'Église lut promulgué la neuvième
année du règne de Sapor (309-379); néanmoins la persé-
cution n'eut jamais qu'un caractère local.
1° Actes de Adourparwa et Mihmarsc, et de leur
sœur Mahdoukt. — L'an 9 de Sapor II (318 de J.-C),
dans la montagne de Berain, près deBeit-Slok(À>WottA).
la capitale du Beit-Garmai. Rédigés au vh« siècle. C'est
une pièce tort altérée ' '' .
2" Actes de Zebiua, La:ore, Marout, Narsai, Elia,
Ma/ni, Habib, Saba, Schembaiteh, Yonan et Berikjcsu.
— L'an 18 de Sapor (327 de J.-C), dans l'Arzanène,
frontière des deux empires perse et romain. Ces Actes
paraissent être l'ouvrage d'un témoin oculaire, ils pour-
*R. Duval, La littérature syriaque, in-12, Paris, 1900, p. 121
sq.; Les Actes de Scharbil et les Actes de Barsamja, dans le
Journal asiatique, juillet-août 1889, p. 4 sq. — s Voy. Actes de
Habib : In clausule citée par Ii. Duval. La litt. syr.. p. 127 sq,
— 3GaJoust Mkertcbxan, dans le journal Ararat, août 1896. Cf.
Conyljeme. dans The Guardian, lofévr. 1897. — *R. Duval, /oc.
cit., p. 12li ; vuy. I'. <;., t. cxvi, p. 14Ô; Surins. De prebatis
sanctormii vitis. 15 raov., p. 339. — 5Rahmani, Acta sanct.
confessorum , thiriu- et Shamoinr exarata syriaca linirua a
TheopMiB Lilcsseno anvo Christi 297 mine adjecta latiua ver-
sione primas edit illustratque Itjnatius Ephrœm II Hahnwni,
pattiarchaantiochenasSyrorum, in-8", Romae, 1899. — «R. Du-
tbJ, lac. cit., p. 127 sq. — > \V. Cureton, Ancient syriac docu-
ments, in-'c, London, 1864, p. 73. — » Bedjan, Acta martyrun,
et sanctariim, 1K'.»>. ' Mœsmger, Monumenta syriaca. in-8 .
Œniponti, s. d., p. M-C3» — 10 R. Duval, loc. cit., n- l-.^. —
raient avoir quelque rapport avec les Actes de Gouria et
Schamouna. et les actes de Habib d'Édesse 1S.
3° Actes de Sapor, d'isaac, de Mané, d'Abraham et
de Simon. — L'an 30 de Sapor (339 de J.-C), dans le
Beit-Garmai. C'est une pièce toute pleine d'anachro-
nisrnes et de conlusion, encore que l'on puisse entrevoir
quelques traits de l'original qu'on a oublié de dénaturer
partout. On ne pourrait rien en tirer qui fût acceptable
qu'après un travail bien minutieux sur la valeur de
toutes les assertions de cette pièce 16.
4° Martyre de l'écèque Mana et des notifies Tékla,
Danak, Taton, Mania, Mezakia et Anna mentionné
dans l'Histoire de la ville de Beit-Slok ''.
5° Martyre de Siméon bar Sabbtic et de ses compa-
gnons. — L'an 32 de Sapor (341 de J.-C.) au mois de
nisan, à Rarka de Lédan, en Susiane. 13 de nisan :
Gouschtazad; 14 de visam : Siméon bar Sabbàé, pa-
triarche : Gadyab et Sahina, évèques de Beit-Lapa ;
Yohannan, d'Hormizd-Ardaschir. Bolida, évèque de ï"o-
rath; Yohannan, évèque de Karka de Maisan, ainsi que
quatre-vingt-dix-sept prêtres et diacres ; 15 de nisan r
Possi, n de nisan : la fdle de Possi. C'était ce jour-là.
la fête de Pâques; or, le dimanche de la seconde semaine
de Pâques {Quasinwdo) parut un édit de Sapor qui pro-
cura un court répit. C'est pendant cet intervalle qu'il
faut placer le martyre d'un grand nombre de chrétiens
ignorés, transportés en Susiane et inconnus dans cette
province. Parmi eux on cite cependant Araria et Mekimar
évèques de Beit-Lapat, le prêtre Hormizd, de Schoustex.
l'eunuque Azad. Ces martyrs étaient célébrés pendant
les trois derniers jours de la semainede Pâques: vendredi,
samedi et dimanche de Quasinwdo 18. Nous connaissons
ces faits par l'histoire qu'écrivit Maroutha. évèque de
Maipberkat, qui vivait à la fin du rv siècle et au com-
mencement du ve siècle, et par deux documents dont
les légères différences ne sauraient entamer le solide
t-inoignage i9.
(i° Martyre de Tarbo, de sa sœur et de leur com-
pagne : au mois de mai de la même année.
1° Actes de Miles, évèque de Suse : le 13 novembre
3il ».
8° Actes de Schukdoet, patriarche de Séleucie .
arrêté avec cent vingt-huit membres de la communauté
chrétienne. Décapité, avec la plupart de ses compagnons,
le 20 février 342*».
9° Actes de Barbaschemin, patriarche de Séleucie
martyrisé avec dix-sept prêtres, diacres ou moines, K
9 janvier 340--'.
10° Actes des martyrs de la Susiane et duF ars, pen-
dant les années 342 et 3-44. ♦
11° Actes de Narscs, éccniie de Schargerd. dans l<
Beit-Garmai et de Joseph, le 10 novembre de l'année 344 .
12'» Actes de Jean, évèque d'Arbèle,et dit prêtre .lar-
gues, le 1er novembre 314 -■'■.
13° Actes d'Abraham, évèque d'Arbéle, le 5 fëvriei
345.
14° Actes de cent onze prêtres, diarres, ,,wincs et
neuf norme», a Séleucie, le 3 avril 315.
11 Sdndmess, dans La Zeitschrifl der deutschen moroenh&nd
Gescllscliaft, t. ri. p. 339, acte 2. — '-H. Duval. loc cit., p. 129.
— "Assemani. Acta sanct. m art., t. u, p. 123-147. — "P. Bedjan.
Acta mort, et sanctorum, 1892, t. u. p. 1. Cf. G. Hofimano,
Aiisziiye ans syrisrlien Akten persicher Miirtyrer, in-8\
Leipzig. 1880; R. Duval, La littérature syriaqne, 1900, p. 130.
— ,5 Assemani, Acta sanct. niait., in-fol., Rome, 17'iS, t. i:
P. Bedjan, loc. cit., t. n : Et Duval. toc, cit., p. 138 sq. — **Asae-
mani, loc. rit, t. r; P. Bedjan, toc. cit., t. n; Ii. Duval, /■■.'. cit. .
p. 131. — ,7 Mœsingcr, Momim. syriaca, t. Il, p. 06; A-si mani.
Acta Itmtt, mart.. t. i. p. 100; P. Bedjan, .4cM mart. et sanct
t. H, p. 288; R. Duval, tac. cit. p. 192. — '" Assemani. Acta sanct.
mart., t. i; P. Bedjan, Acta mart. et sanct., t. n. — «• P. Bedjan
Acta mart. et sanct., t. n, p. 241, 248. — =» B. Duval. lac. cit..
■ 0, m t. 1. — *' Assemani. Bedjan. lac. cit. — ** Assomani. Ced-
n, toc. cit. -°P. Bedjan. toë. cit., t. IV, [
397
ACTES DES MARTYRS
3DS
15° Actes de llananya, laie, le 12 décembre 346*.
16" Actes du prêtre Jacques et de Maryam, su sœur,
le 17 mars 347.
17° Actes de la nonne Tékla et de ses quatre compa-
gnes, le 6 juin 347.
18° Actes de Barhadbeschaba, diacre d'Arbcle, le
20 juillet 355.
19° Actes d'Aitallaha et de Ilafsai, le 16 décem-
bre 355 2.
20° Actes de Kardag 3, l'an 358. C'est une pièce
assez célèbre et qui contient des laits curieux sur la
géographie de l'Abiadène où se trouvait le château de
Malki, résidence de Kardag. On y relève plusieurs
traits qui éclairent l'état politique et social de la Perse
sous la dynastie Sassanide. Le reste des'Actes vaut peu
de chose et ne peut guère remonter au delà du VIe siècle.
21" Actes des martyrs Gèles, en 351, sur les bords de
l'Euphrate 4.
22° Actes des martyrs de Beil-Zabdé, l'an 362 de
J.-C. ».
23° Actes de Saba Pirgoaschnasp, l'an 53 de Sapor
.(362 de J.-C.)».
24° Martyre de Basstis, dont les Actes sont perdus
mais sur lequel on possède une homélie métrique qui
laisse ressaisir quelques traits historiques '', l'an 362 de
J.-C.
25° Actes de Behnam et de sa sœur Sara, l'an 352 de
J.-C. (663 de l'ère des Séleucides) s.
26° Quarante martyrs dans la province de Kaschkar,
l'an 376 de J.-C.
27» Actes de Badma, l'an 376 de J.-C.
28° Actes d'Akebschema, de Joseph et d'Aitallalia.
Une pièce asez suspecte contient le récit du martyre
de Goubarlaha et de Kazo, fils et fille de Sapor 9.
Pendant les siècles suivants les persécutions conti-
nuent par intermittence. Assemani et Bedjan ont publié
les principaux récits dans leurs recueils. Quelques épi-
sodes furent plus remarqués dans cette longue série de
meurtres. En l'année 446, sous Yezdegerd II commencè-
rent dans la ville de Beit-Slok des massacres que nulle
statistique ne nous permet d'apprécier. C'est qu'en effet
l'Histoire de la ville de Bcil-Slok qui nous rapporte ces
faits a prodigué des chiffres tellement considérables que
lien ne nous autorise à l'en croire. Le récit de cette
persécution date, au plus tôt du vi° siècle 10. Sous Yez-
degerd II, en 447 de J.-C, fut martyrisé saint Pethion u
sur lequel il existe plusieurs rédactions. On peut citer
encore, parmi plusieurs autres, les Actes de Jacques
l'Intercis l2, l'an 421 de J.-C; du patriarche Babôé13,
l'an 4SI; de Grégoire (Pirangouschnasp), la dixième
année de Chosroès Iu; de Yezdepanah, peu de temps
après vi. En 615 de J.-C, les Actes de George (Mihram-
gouschnasp) ,6. En 620, le martyre de Jésusabran dont
les actes furent écrits en 950 l7; en même temps que
Jésusabran, moururent douze autres chrétiens notables
dont les actes, dit Jésuyab, furent écrits par un autre.
M. Rubens Duval croit «ntrevoir l'existence d'un
recueil martyrologique en Perse antérieurement à la
compilation de Maroutha de Maipherkat 18.
Ltom Pitra a publié une liste19, dressée par Cureton,
des Actes syriaques contenus dans les manuscrits du
• Ibid., p. 131. — 2 Ibid., p. 193. — 3 P. Abbeloos, 1S90; Feige,
1890; P. Bedjan, t. Il, p. 442. — *P. Bedjan, loc. cit., t. iv,
p. 166. — 5 Assemani, Acta sanct. mart., t. i, p. 134; Bedjan,
Acta mart. H sanct., t. Il, p. 316; II. Duval, loc. cit, p. 139 sq.
— "P. Bedjan, lue. cit., t. IV, p. 222. Cf. G. Hoffmann, Ausziiye
aus syr. Akten pers. Màrtyrer, p. 22. — 'Chabot, La légende
de Mar-Bassus, in-8% Paris, 1893; B. Duval, dans le Journal
asiatique, nov.-déc. 1893, p. 537. — » P. Bedjan, Acta mart.
et sanct., t. il, p. 397. — »P. Bedjan, Acta mart. et sanct.,
t. IV, 218. Voy. Hoffmann, loc. cit., p. S3 ; R. Duval, La HU. sy-
riaque, p. 142. — 10 Mœsmger, Monumenta syriaca, t. U, p. 68;
P. Bedjan, Acta mart. et sanct-, t. II, p. 513. — " Corliiy, dans les
llritish muséum. Il y a lieu de compléter cette liste
par le Catalogue of the Syriac manuscripts in the
British muséum acquired since the year i838, par
W. Wright, gr. in-4", London, 1872, part. III, p. 1070-
1146. « Collected lires. »
Actes des martyrs. Voir les n. dccccxxxiv (cod. add.
17204), dccccxxxv (add. 14654), dccccxxxvi (add.
14644), dccccxxxviii (add. 17205), dccccxliv (add.
12142, fol. 74-107), dccccxlviii (add. 14651), dccccxlix
(add. 14650), dccccl (add. 14649, toi. 1-179), dcccclii
(add. 14645), dccccliii (add. 12172, fol. 12-24), dcccci.vi
(add. 14734, fol. 177-223), dcccclviii (add. 14735, fol.
159-171), dcccclx (add. 12174), dcccclxi (add. 14733),
dcccclxiii (add. 14732, fol. 1-227), dcccclxix (add.
14735, fol. 51-71), p. 1148.
v. Ethiopie. — Les documents concernant les anti-
quités de l'église d'Ethiopie ont été longtemps négligés.
Il suffira ici d'appeler l'attention sur les annales hagio-
logiques de ce pays qui semblent devoir être des plus
riches. Job Ludolf a édité, dans son Commcnlarius ad
historiam mthiopicatn, in-fol., Francoiurti, 1691, un
calendrier contenant un très grand nombre de noms :
Fasti sacri ecclesiai œlliiopicse, quœ annum cum Cop-
titis Mgypti in autumno ordilur 20. Ludoll a accompa-
gné cette pièce de quelques notes très brèves.
Catalogue of the ethiopic manuscripts in the Brit-
ish muséum acquired since the year 1847, par W.
Wright (1877).
Synaxaires. — Orient. 667, 670, 660, 661, 656, 657,
659, 666, 673, 676, Add. 24186; Orient. 674, 671, 675,
658, 672, 662, 663, Add. 24187; Orient. 665, 668,
669.
Actes des saints et des martyrs. Cod. orient. 689
(xve siècle). — [1] Homélie de saint Jean Chrysostome
sur saint Jean-Baptiste, fol. la. — [2] Marnas, loi. 7 b.
— [3] Saint Etienne, fol. 16 a. — [4] Eustathius, sa
femme et ses deux enfants, fol. 24 b. — [5] Thecla, fol.
31 a. — [6] Cyriaque, évèque de Jérusalem, loi. 34 /). —
[7] Pantaléon, fol. 37 b. — [8] Cyprien et Justine, fol.
45 a. — [9] Sergius et Bacchus, fol. 47 b. — [10] Pélagie,
fol. 54 a. — [11] Fïlyâs ('t>i)iaç), évêque de Thmuis, fol.
56 a. — [12] Romanus, fol. 58 a. — [13] Jean Uailami,
fol. 62 a. — [14] Xénobius et sa mère Xenobie, fol. 70 b.
— [15] Menas, fol. 73 b. — [16] Tâtûs (Tan;), loi. 79 a.
— [17] Eleuthère, sous Adrien, fol. 82 a. — [18] Théo-
phile, fol. 85 a. — [19] Côme et Damien, toi. 87 b. — [20]
Azkër of Najrân, fol. 94 b. — [21] Mercure, fol. 96 b. —
[22] Hïrût et les autres martyrs du Najrân, fol. 106 a.
— [23] Jacques le Persan (l'intercis), loi. 123 b. — [24]
Pierre d'Alexandrie, fol. 129 a. — [25] Barbe et Julienne,
fol. 135 a. — [26] 'Abbâ Samuel, fol. 138 b. — [27] Eu-
génie et son père Philippe, fol. 150 a. — [28] 'Arsimâ et
ses vingt-sept compagnons sous ,R<JflïP*fj (Uamniûyôs),
roi d'Arménie, fol. 155 a. — [29] Thalassius et 'APalà (sic)
sous Sapor, fol. 185 a. — [30] 'Ankitôs ('Avir^o;),
fol. 186 b. — [31] Bëhnâm et Sârâ, fol. 198 b. Miracles,
fol. 204 a. — [32] Découverte des reliques de saint
litienne, par le prêtre Lucien, fol. 208 b. — [33] Théo-
dore, fol. 211 b, — [34] Les sept dormants d'Éphèsc, loi.
229 a. — [35] 'Emrâyes, fol. 235 a.
Analecta bollandiana, 1888, t. vir, p. 5; P. Bedjan, Acta. mart.
et sanct.. t. n, p. 559-634. — "Assemani, Acta sanct. mart.,.
t. i, p. 242; BedjaH, Acta mart. etsanct., t. H,p.539. — "P. lied-,
jan, Acta mart. et sanct., t. Il, p. 631. — MP. BedjaR, Hintoin: de
Mar-Iabalaha. de trois autres patriarches, in-8", Paris, lM'.tâ,
p. 347-394. — "P. Bedjan, Acta mart., p. 394-415. — '" P. Bedjan,
Hist. de Mar-labalaha, de trot? ••/très patriarclies..., p. 416.-
— "Chabot. Archives des mi ■ .; scientifiques, in-8", Paris,
1897, t. VII. p. 486. — ,s Rubens Duval, La litt. syriaque,'
p. 130 sq. — '" Observations sur les cvUcctions des Actes des
suints, in-8", Paris, 1850, Discours préliminaire, p. xxx-xxxm..
— «° P. 389-437. Voy Van den Gheyn, loc. cit.
399
ACTES DES MARTYRS
£00
Cod. Orient. 090 (xve siècle, suite du précédent). —
flj Les dernières paroles du martyre de Pliilémon,
Col. 1 a. — [2] Théodote, fol. 1 a. — [3] Un miracle des
sept dormants d'Éphèse, fol. 9 b. — [4] Les XL martyrs
de Sébaste, loi. la. — [5] Théocrite le lecteur, fol. 12a.
— [6] George, fol. 21 a. — [7] Discours de Cyriaque,
évéque de Bëhnësà, sur Victor, fol. 32 a. Voir cod.
Orient. 080, n. 57. — [8] Euphémie, fol. 85 a. — [9] Les
soldats Pierre et hbtlC?'! {'Askaryôn), fol. 91 a.
Cod. Orient. 691 (xve siècle). — [5] Actes et miracles
de saint Georges, fol. 51 a. — [10] Menas, fol. 170 a. —
[11] Saint Philippe, fol. 179 a. — [12] Corne et Damien,
fol. 179 a. — [14] Mercure, fol. 199 b. — [15] Jacques le
Persan. — [18] Martyre d'Eustathe, fol. 224 a (la fin
manque). — [19] Martyre d'Eusthate, de sa femme et de
ses deux enfants, sous Marcien, fol. 228 a.
Cod. Orient. 602 (xve siècle). — [8] Cyr et Julitte,
fol. 84 a. - [10] Martyre de Ml : h^KD-th : ÇAbbâ
Akâmh) sous Dioclétien, fol. 110 a. — [11] Thècle, fol.
128 a. *
Cod. Orient. 680 (xvine siècle). — Même recueil que
le cod, 089, sauf les additions suivantes : Fâsïladas,
fol. 11 a. — (Les n. 25 et 26 du 089 manquent.) — (De
même le n. 34.) — [33] Cyr et Julitte, fol. 128 a. —
[35] Sébastien, fol. 142 b. - [36] 'Ornî, loi. 146 a. —
|37) Thecla, fol. 149 b. - [38] Eusèbe de Césarée, loi. 150 b.
— [39] Pliilémon et le lecteur Apollonius, fol. 153 a. —
[41] Théotecne et Alexandra, fol. 159 a. — [46] Jean, fds
«le Sérapion, fol. 186 b. — [48] Jean de Sënhût, fol. 215 a.
— [50] 'Abaskirôn, fol. 221 b. - [51] Claudius, loi. 227 6.
— [53] 'Abbâ Nôb, fol. 237 a. - [54] Le moine hAlUM*?
i'Abakaraztm), avec 362 compagnons, fol. 245 a. — [55]
Juste, son fils Aboli et sa femme Theocleia, fol.258 b. —
[56] Sophie et ses trois filles, Pistis, Elpis et Agapè, fol.
266 b. — [57] Les Macchabées, fol. 269 b. — [58) Saint
Christophe et deux femmes, fol. 273 a. — [59] Basilicus,
loi. 275 b — [61] Adrien, sa femme Anatolie ou Natalie
et vingt-trois autres, loi. 281 a. — [62] Irénée de Sir-
inium, loi. 285 6.
Cod. Orient. 087, 088 (xviiie siècle). — Contiennent
les mêmes pièces et dans le même ordre que les n. 689,
«86.
La section Lives of saints du catalogue de Wright,
p. 179-199, contient la description de 39 manuscrits,
parmi lesquels se trouvent disséminées quelques pièces
parmi lesquelles on note : cod. 099, la légende de « Ba-
ralàm et Yëwâsël »; cod. 100, Actes de Fâsïladas ou
Basilides, traduits du copte, les Actes de 'Abbâ Nôb.;
cad. 101 et cod. 108, Actes de Fàsiladas; cod. 112,
martyre de saint Georges, et dans les cod. 116,lo\. 20 a,
113 fol. 13 a, 115, fol. 12 b, 114, fol. 13 a. — Cod.
Orient. 120 contient les Actes de Cyr et Julitte.
A ces Actes il faut ajouter ceux qu'ont fait connaître
les publications récentes de R. Basset, Les apocryphes
éthiopiens, in-8°, Paris, 1893; Budge, The Contendings
of the Apostles... The etliiopic texts now first edited,
with an english translation, in-4°, 1899; Budge, The
lives of Mabâ Sëyûn and Gabra Krëstôs. The ethiopic
texts edited with an english translation, in-4°, 1899;
* La grande importance de ce document a provoqué une littéra-
ture dont voici quelques titres parmi ceux dont la consultation est
indispensable : J. S. Assemani, Bibliutli. oricntalls, t. i, p. 3C4;
A. Mai, Scriptorum veterum nova collectio, in-4', Rorna;, -1800,
t. m, p. 235. Le texte de Guidi a été réimprimé par Bedjan, Acta
martyrum et sanctorum, in-8% Paris, 1891, t. I, p. 372-397;
Fr. M. Esteves Pereira, Historia dos martyres de Nagran, ver-
*ào ethiopica, in-8', Lisboa, 1899, d'après le cod. orient. 689 du
Jritish muséum et le cod. 59 de la Bibl. Nationale; Acta
ranct., octobr., t. x, p. 661-762; J. Halévy, Les sources relatives
à la persécution des chrétiens de Nedjran, dans la Revue des
Études juives, t. xvm, p. 16-V2, 161-178; L. Ducliesne, dans la
uieuie revue, t. xx, p. 220 sq. ; J. Halévy, dans la même revue,
Guidi, Gli alti apocrifi degli Apostoli nei testi copti
arabi ed etiopici, in-8°, Firenze, 1868, p. 68; Testi
orientali inediti sopra i Sette Dormienti di Efeso,
Roma, 1885, 105 p. ; Carlo Conti Rossini, Catalogo dei
nomi propri di luogo dell' Etiopia, contenuti nei testi.
gi'iz ed amhariha finora pubblicati, in-8°, 1894; fr.
Maria Esteves Pereira, Vida do Abba Samuel do Mos-
teiro do Kalamon Versào ethiopica, in-8°, 1894; Esteves
Pereira, Vida do Abba Daniel... Versào ethiopica, in-8°,
1897.
vi. aradie. — Les martyrs du Nedjrdn. Le texte le
plus récent et le meilleur est donné par Guidi : La let-
tora di Simeone vescovo di Beith-Arsham sopra i mar-
tiri Omeriti, dans les mémoires de la Reale Accademia
dei Lincei, 1881 ».
vu. Egypte. — On n'a connu pendant longtemps que
les extraits donnés par Zoëga dans son admirable cata-
logue de la bibliothèque Botgia 2. « On y trouve presque
à chaque page, dit dom Pitra, soit en longues analyses,
soit en fragments largement détachés, soit en texte inté-
gral, les Actes de saint Pierre d'Alexandrie, par son suc-
cesseur, saint Alexandre ; de saint Pisentius, par
Moyse, son successeur dans l'épiscopat de Keft; de saint
Macaire, évêque de Tkoii, par le patriarche d'Alexan-
drie Dioscore; de saint Isaac d'Alexandrie et de saint
Macrobe de Pscyate, par Mena, successeur de ce der-
nier. D'autres Actes, de saint Isaac, par Christophe, son
parent et son compagnon de martyre; ceux d'un soldat
martyr, saint Eusignius d'Antioche, qui eut près de lui
le diacre Eustochius et lui fit promettre d'écrire sa Pas-
sion 3. Nous avons surtout remarqué une série d'Actes
des saints Anub 4, Didyme », Epimius, par un noble
égyptien, Jules de Chbehs (d'Aqfahs), qui, au tort de la
persécution de Dioclétien, consolait et visitait les mar-
tyrs, recueillait les morts et les enveloppait de riches
linceuls, les embaumait d'aromates de ses propres mains,
et les déposait dans s-a villa ou son hypogée de Tarejbi,
puis écrivait tout ce qu'il avait vu, et le confirmait de
son autorité officielle de greffier 6. »
Champollion le jeune a donné en 1811 des Observa-
tions sur le catalogue des manuscrits coptes du musée
liorgia à Velletri, ouvrage posthume de George Zoëga "'.
Cette brochure fut publiée lorsque le bruit courut que
l'ouvrage de Zoëga « ne passerait pas en France »; et en
etlet, dom Pitra, en 1850, n'en connaissait que deux
exemplaires8. Champollion parait avoir fait assez peu
de cas de ce qui a trait au sujet de notre dissertation.
« Les livres liturgiques, dit-il, forment une seconde
classe. Zoëga en indique seulement le sujet, sans en
donner le texte ni la traduction, ce qui n'est à regretter
sous aucun rapport. La troisième classe renlerme des
martyrologes. La version memphitique de quelques-
uns d'entre eux est connue, mais d'autres n'existent
point dans ce dialecte. Zoëga n'en a point donné les
textes, parce que les plus importants on été publiés par
le père Georgi dans son ouvrage De miraculis sancti
Coïuthi. Dans la courte analyse que le savant danois a
donnée de quelques-uns de ces manuscrits, on ne
trouve presque point de faits dignes de remarque; seu-
lement dans le martyre de 3 950 chrétiens 9, il est fait
t. xxi. p. 73 ; Deramey, dans la Tievue de l'histoire des religions,
t. xxviii, p. 14-42. Cf. Analccta bollandiana, 1891, t. ix, p. 58
sq. ; 1874, t. xu, p. 169; 1899, t. xvil, p. 431 ; les dissertations de
Blau, de PrœtoriUS et de Mordtmann, dans la Zeitachrifl der
deutsch. morgenlûnd. Geselisch.. t. sxm, p. 560; t. xxiv,
p. 624; t. xxv, p. 260; t. xxxi, p. 60. — « Catalogua codd. copti-
corum //iss. qui in museo Borgiano, Velitris adservantur,
auctore G. Zoëga, dano. opus posOwmum, in-tol., Itomae,
1810. — *Catalog., p. 241. - *Catalog.t p. 32. — *Catatog.,
p. 138. — «Pitra, foc. cit., p. XXVIII. — 'Paris, Sajou, 1811,
in-8*. 36 p. extrait du Magasin encyclopédique, octobre 1811.
— «Pitra, loc., cit., p. xxxvii, note 2. — 'Catalog., p 240,
211.
401
ACTES DES MARTYRS
402
mention de quelques dieux payens peu connus des mo-
dernes; ce sont Scatnander etFaiislus '. »
Voici la série des passages concernant les Acta mar-
tyruni donnés par Zoëga :
Codices memphitici.
A. LX1. Martyrium sancti Lucas evangelistœ sancti,
p. 114.
A. LXXV1. Martyrologium sancti episcopi et martyris
Christi, abbatis Polycarpi, discipuli Apostolorum,
p. 133.
A. XV III. Martyrium S. Ignatii dicti Theophori i.e. qui
iert deum, qui iuit episcopus Antiochiae, p. 19.
A. XXXI. Acta S. Anatolii Persœ initio et fine mutila,
p. 52.
A. XXIV. Martyrium S. martyris domini nostri J.-C.
sancti apa Anub de Naèsi in nomo Vimescjoti, qui
certamen suum sanctum consummavit die xxiv men-
sis Epèp - (long fragment dans Zoëga), p. 30.
A. XXI. Martyrium sancti et martyris domini nostri
Jesu Christi S. Aptioe, generose consummatum3 (lrag-
ment), p. 26.
A. LXXIV. Martyrium sancti martyris domini nostri
Jesu Christi, sancti Apatiœ, generose consummatum
(voirie précédent), p. 132.
A. XXXVII. Martyrium S. apa Arii presbyteri de
Scjetnufi et generosi martyris domini nostri Jesu
Christi, consummatum die ix mensis Mesôrè (frag-
ment), p. 61.
A. LXXXI. Acta martyris Didymi de Tarscjebi, initio et
fine mutila (long fragment), p. 135.
A. LXXV. Vita et mores Dorothei diaconi, filii procsidis
provinciœ Isauriœ, qui martyr factus est sine gladio,
p. 133.
A. XX. Martyrium athlophori generosi et martyris Christi
S. Abbatis Epime de Pankôleus, praefecturœ Pemgje
qui consummavit certamen suum sanctum die vm men-
sis Epèp * (long fragment), p. 22.
A. LIX. Martyrium athlophori generosi et martyris Do-
mini nostri Jesu Christi Eusehii filii Basilidis magistri
militum, consummatum die xxm mensis Mechir,
p. 113.
A. XIX. Martyrium sancti abbatis Isaac de Tiphre in
nomo Panau, quod consummavit die VI mensis Pas-
cjons 5 (fragment), p. 19.
N. XLIII. Contientles actes de Isaac de Tiphre, le com-
' inencement manque, p. 65.
A. LX. Martyrium sancti martyris Christi apa Laka-
ronis et omnium eorum qui passi sunt cura eo, qui
consummavit certamen suum et athlesin suam hono-
ratam die xiv mensis Paoèpi, p. 113.
A. LXXVII. Encoinium quod scripsit abba Mena sanctis-
simus episcopus urhis Christi-amantis Pscjati in san-
ctissimum et ter beatum patrem nostrum abba Macro-
bium episcopum et martyrem ejusdem urbis Pscjati,
die honorificae commemoralionis ejus, qui est dies II
mensis Phamenoth (fragment), p. 133.
A. XI'. Martyrium S. Pétri archiepiscopi Alexandrini,
qui consummavit certamen suum sanctum die xxix
mensis Athor (fragment), p. 12.
A. XXXIII. Martyrium athlophororum martyrum Christi
Pirôu et Athôm fratris ejus de Tasempoti, in proele-
ctura Busiri, qui consummati sunt generose die vm
Epèp (fragment), p. 53.
1 Champollion, Observations, p. 27 sq. — !A. Georgi a donné
de longy fragments de ces actes dans son ouvrage sur les Actes
des saints Coluthus et Panesniv, de la p. 35 à la p. 160. De
rniraculis S. Coluthi et rcliquiis actorum S. Panesniv mar-
tyrum, Thebaica fragmenta duo, alterum auctius, alterum
nunc pritnttm editum. Prœit dissertatio Eminentissimi Ste-
phani eard. Borgise de cultu S. Coluthi M. Accedunt frag-
menta varia notis inserla, in-i% Romœ, 1793. La publication
A. XXXII. Acta S. Abbatis Pisura xJkfii iTtCOfpx.
episcopi, et trium episcoporum sociorum ejus, qui
capite plexi sunt die ix mensis Thôut, p. 52.
A. XXII. Martyrium S. Theodori tribuni militum,
p. 28.
A. LXII. Martyrium sancti Cyriaci archiepiscopi Hieroso-
lymœ qui invenit Crucem sanctam Domini nostri Jesu
Christi; et Annœ matris ejus (fragment), p. 114.
A. XLV1I. Martyrium sancti Johannis martyris novi de
Phannigjôit in regione Puscjin, quod consummavit
die iv mensis Pascjons, feria v, hora vi, coram rege
Elchemel filio Régis Elatel, Persarabe, in throno Piban
super ripis iluvii Acgypti (fragment), p. 87.
(V. LU. Depositio ossium sanctorum martyrum quorum
iestum hodie celebramus, scilicet xlix seniorum cum
Magistriano et filio ejus sancto, facta in hoc sanctuario
patris nostri sancti pneumatophori abbatis Macarii
de Scjiet die v mensis mechir, coram abbate
Johanne, praeposito sancto, oriundo de Gjebrorae-
nesine (fragment), p. 95.
Codices Saliidici.
A. CXXXV1I1. Martyrium beali abbatis Pétri archiepi-
scopi Alexandrioe, die xxix mensis Hathôr p. 237.
A. CXL. De martyribus Psote et Callinico episcopis,
p. 237.
A. CXLI. Fragmenta duo actorum S. Coluthi olim
édita e, p. 237.
A. CXLll. Fragmentum actorum S. Panesnèy
HX-hechht7, p. 238.
N. CXL1I1. Acta SS. Theclœ etPaèsii fratris ejus, Pusi-
rilrn n&HCE np^MioircipE qui ab Armenio duce diis
sacrificare jussi restitere, p. 238.
A. CXLV. Fragmenta synaxarii, quorum quinque fol i a
priora spectantia ad acta S. Jacobi Intercisi, qui pas-
sus est sub Varane rege Persarum, p. 239, et ad acta
S. Theononœ martyris sub Culciano prœfecto Aegypti 8,
p. 239. Eadem acta S. Theononœ continuantur novem
foliis subsequentibus, fine autem carent, p. 239.
, Ultimum fragmentum pertinet ad acta SS. Claudii
et Victoris, quorum prior dicitur lilius lratris régis
(Diocletiani) alter filius magni ducis (Romani),
p. 239.
A. CXLVI. De S. Claudio Antiocheno, qui prœfectum
oppidi, oppressorem Christianorum de fastigio œdificii
dejectum trucidavit (fragment), p. 239.
AT. CXLVII. Acta S. Leontii Arabis, qui dux militum fuit
sub Diocletiano et supplicio affectus est in urbe Tri-
poli, p. 240.
A. CXLVI II. De S. Theodoro Antiocheno martyre et
sociis ejus Leontio Arabe et Panicyro Persa, p. 240.
A. CL. Acta SS. Isidori, Pentileonis fratris ejus, Martini
tribuni militum, Marthœ uxoris ejus, aliorumque mar-
tyrum sub Diocletiano, p. 240.
A". CLI. Acta S. Victoris qui archimandrita fuit in palatio
imperatoris, p. 240.
A. CLII. De S. Georgio martyre, qui pugnavit cum
dracone, memorantur prœterea Athanasius Magus ad
lidem conversus et capite plexus die xxvn mensis
Tobè et martyres ter mille nongenti quinquaginta
novem cœsi die xv mensis Mscjir, p. 240.
A. CL1II. De SS. Cosma et Damiano, Anthimo, Leontio,
et Euprepio martyribus, p. 241.
visée dans ce titre était la suivante : Fragmentum copticum
ex Actis S. Coluthi martyris, erutum e membranis veluslis-
simis sxculi v ac latine reddition, quod nunc primum in
lucem profert ex museo suo Stcphanus Borgia, in-4% Romae,
1781. — 3 Voyez Georgi, p. C9-129, 162-173. — * Voyez Georgi,
p. 34-150. — i Voyez Georgi, p. 33, 36, 88, 100, 144, 146. —
"Voy. Georgj, loc. cit. — 'Item. — «Voy. Georgi, p. 212 sq.,
252 sq.
403
ACTES DES MARTYRS
404
A:. CLI\'. De S. Eusignio milite, qui annos natus ex, cl
militia iunctus sul) Constantio filioque ejus Magno, a
Jaliano diis sacrificare jussus restitit, et omni tor-
mentorum génère excruciatus est Cœsarese in Cappa-
docia, imperatore bellum parante contre Persas,
p. 241.
Ar. CLV. Do SS. Dorotheo et Theopista, p. 241.
N. CL VI. De vu Donnienlibus. Nobiles pueri, Arehelides.
Diomedes, Eugenius, Probatius, Sabbadius, Stepha-
nus, Cyriacus, terapore perseeutionis sub Decio in
speluncara sese abdunt ibique obdormiunt; postea
imperante Tbeodosio, cuni ecclesise Epliesi prœesset
Marinus episcopus, cxperçefiunt, elapsisannis clxxxii.
p. 241.
M. Hyvernal a publié un volume sur les Actes des
martyrs de l'Egypte. Il y a rencontré un personnage qui
a lente de rendre à l'Egypte le service qu'Eusèbe de
Césarée et Maroutha de Maipherkat avaient rendu à la
Palestine et à la Syrie, c'est .Iules d'Aqfahs, dont l'œuvre
a péri, à l'exception de quatre martyres et de quelques
résumés conservés dans le Synaxaire copte'. Le pre-
mier volume de M. Hyvernat a seul paru2. Voici les
titres des Passions qu'il contient :
Martyre que le victorieux et noble témoin de Notre-Sei-
gneur Jésus-Christ, saint Eusèbe, capitaine, fils de Ba-
silide, consomma le jour vingt-troisième du mois de
Méchir, dans la paix de Dieu. Amen, p. 1-39.
Martyre de saint Macaire d'Antioche, lils de Basilide,
p. 40-77.
Martyrologe du noble et victorieux témoin de Notre-Sei-
gneur Jésus-Christ, saint Apater, et dirai, sa sœur,
enfants de Basilide, capitaine du royaume des Ro-
mains. Ils ont achevé la lutte de leur martyre le jour
vingt-huitième du mois de Thout, dans la paix de
Dieu. Amen, p. 78-113.
Martvre de saint Pisoura, évèque, et de sys compagnons,
p. 114-134.
Martyre que les victorieux témoins du Christ, saint
Pirôou et saint Athom. son frère, de TasempotJ dans
le nome de Bousiris. ont noblement consommé le
huitième jour (\u mois d'Épip. Dans la paix de Dieu
!19 (lois), p. 135-17$
Martyrologe du saint confesseur du Christ, Jean, prêtre.
et de Siméon. son compagnon. Le jour où ils ont con-
sommé leur saint martyre est le onzième du mois
d'Epip. Dans la paix de Dieu. Amen, p. 174-201.
Martyre que le saint Apa Ari, prêtre de Chetnoufi. et
noble témoin de NotrerSeigneur Jésus-Christ, con-
somma le jour neuvième du mois de Mésori. Dans la
paix de Dieu! Amen, p. 202-224.
Panégyrique prononcé par Abba Menas, le très saint
évèque de la ville aimante du Christ, de Pchati. en
l'honneur de notre père très saint et trois lois bien-
heureux, Abba Macrobe, évèque et martyr, de cette
même ville de Pchati. au jour de sa glorieuse com-
mémoration, qui esl h- deuxième du mois de Pha-
ménolh. Dans la paix de Dieu! Amen, p. 225-246.
Panégyrique prononcé par Abba Alexandre, archevêque
d'Alexandrie, sur saint Pierre, vierge et archevêque
de cette même ville, qui a été martyr pour le nom de
Notre-Seigneur Jésus-Christ. Le panégyrique fut pro-
noncé dans l'oratoire du Paint, au couchant de la ville,
alors qu'on le fêtait au jour de sa glorieuse commé-
moraison, qui est le jour vingt-neuvième d'Athor. Dans
la paix de Dieu. Amen, p. 247-283.
* Cf. E. Amelineau, Les Actes des martyrs de V Église copte,
c. vu, in-8% Paris, 1890. — -Les Actes des martyr» de l'Egypte
tiréa des manuscrits coptes de ta bibliothèque Vaticanc et
du musée Borgia. Texte copte et traduction française avec
Introduction et commentaires par Henri Hyvernat, in-V, l'a-
ris, 18S15. — ;: Allant, Prudence historien, dans la lieu, des
Martyre du saint Apa Didyme, p. 284-303.
Martyre du saint Apa Sarapamon, p. 304-331.
M. Amelineau a publié en 1890 : Les Actes des mar-
tyrs de l'Eglise copte. Etude critique. Ce travail est
divisé en dix chapitres. Malheureusement, l'auteur ne
s'y est pas borné à une traduction pure et simple; la
part qui revient à la littérature primitive est difficile à dis-
tinguer. Cet ouvrage se termine par une Élude critique
sur le martyre de saint Georges d'après le texte copte,
précédée d'une prélace (p. 241-245). Il est regrettable
d'avoir à signaler dans cet ouvrage des jugements (p. 8)
et des notes (p. 71, n. 2; 74, n. 2; 107, n. 2; 109, n. I;
111, n. 2; 115, n. 2, 3; 132, n. 1: 142, n. 2, 4; 14V,
n. 1; etc., etc.) qui n'ont aucun rapport avec la
science.
Ce n'est pas ici le lieu d'entreprendre le classement
d'une littérature que nous ne connaissons qu'en parti e
et qui doit recevoir longtemps encore des accroissements
importants. Parmi les Actes les plus intéressants, on
doit citer The marlyrdom of Isaac of Tiphre, publié
par Ern. Bugde(1886); The martyrdom and miracles of
saint Georges of Cappadocia (1888) du même savant .
une publication de von Lemra, Sahidisclie Bruchstûcke
der Légende von Cyprien von Antioclicn (1899). Dans
les Monuments pour servir à l'Histoire de l'Egypte
chrétienne, au ive et au Ve siècle, publiés par M. Ame-
lineau, se rencontrent quelques pièces dignes d'atten-
tion ; entre autres, le martyre de Macaire, évèque de-
Tkoù. M. Fr. Rossi a publié la plupart des Actes des
martyrs contenus dans les papyrus coptes du musée
égyptien de Turin [Meniorie délia realc accademia
délie srienze, série II. t. xxxv-xxxvm).
vin. OCCIDENT. — Il n'y a pas lieu de faire entrer en
ligne de compte les poèmes martyrologiques contenus
dans le Peristepluinon de Prudence. Bien que cet ou-
vrage soit fort grave à cause de son antiquité et du
caractère de son auteur, la nature même du genre litté-
raire auquel il appartient, interdit, sinon l'exactitude,
tout au moins la précision, sans laquelle il n'y a pas
d'histoire. Néanmoins, il importe de dire que le poète
parait s'être inspiré et avoir travaillé sur de fort bons
mémoires, dont on retrouve parfois des traits littérale-
ment reproduits3. Toute cette question des Actes de»
martyrs en Occident est profondément obscure.
1° Afrique. — C'est ici que l'on trouve les Actes [es
plus purs et en plus grand nombre. Cela tient peut-être
à ce que l'usage s'était établi dans celle église de donne?
lecture des Actes au même titre qu'on taisait celle des
livres canoniques ou que l'on croyait tels. Ainsi, les
Actes y jouissaient d'une dignité fort relevée, et les co-
pies avaient dû se multiplier afin de se trouver dans )r>
st'crelarium de chaque église. Un concile de CarthagS
en 397* montre l'importance qu'avait la lecture des
passions de martyrs; cependant, leur nombre ne semble
pas avoir été excessif: « Si nous avons peine à trouve!
les actes des autres martyrs, dit saint Augustin, à propos
de saint Etienne, celui-ci a sa passion au livre cano-
nique5. »
2° Espagne. — Les livres de la liturgie mozarabe sont
le témoin le moins souvent interrogé et le plus catégo-
rique sur les anciennes Passions. Il sérail relativement
facile d'y trouver les bises du calendrier de l'Église
d'Espagne; malheureusement, l'état des documents dont
nous disposons pour cette liturgie est trop pitoyable
pour entreprendre d'après eux, une étude que nous
aborderons lorsqu'une édition scientifique des monu-
quest. hist.. 1" avril et 1" juillet 1884; Hagiographie au
TV siècle : Martyre de saint Ihppolgtr. de saint lotirent,
de sainte Agnès, de saint Cassirn, d'après les poèmes d»
Prudence, ibid.. 1- avril 1885. — « Labbe, Cour., t. il, 107-J
1177. — SS. Augustin, Son., cccxv, 1'. L., t. xxxvm. ( .
1426.
405
ACTES DES MARTYRS
400
ments aura rendu ce travail possible. Parmi les écri-
vains, nous trouvons saint Braulion de Saragosse, qui,
au prologue de la vie de saint Émilien, dit que de son
temps, on lisait, non seulement les Actes des martyrs,
mais encore les Vies des confesseurs.
3° Gaule. —Ici les témoignages sont nombreux; outre
les livres liturgiques qui fournissent quelques indica-
tions1, nous savons, par les conciles, que la lecture des
Actes des martyrs était une coutume générale. Saint An-
rélien2, saint Ferréol*, saint Césaire d'Arles* en parlent
fréquemment et avec détails. Saint Césaire dit que ces
lectures étaient assez prolongées pour fatiguer les audi-
teurs astreints à les entendre debout5. Saint Avit de
Vienne mentionne également ces lectures6. Ililduin dit
qu'aux messes des apôtres et des martyrs, les Passions
sont chantées". Cerannius de Paris entreprit une col-
lection qui rappelait à ses contemporains le recueil
d'Eusèbes.
4° Angleterre. — Saint Augustin, ou l'un de ses suc-
cesseurs, introduisit les légendes des saints en Angle-
terre. C'est une question assez obscure que celle des
livres liturgiques romains appartenant à cette période
du catholicisme anglais9, mais on peut tenir, sans
entrer dans le détail, sur lequel nous aurons l'occa-
sion de revenir, que la coutume dans ce pays et en
Allemagne fut conforme à ce que nous voyons partout
ailleurs.
ix. rome. — Les Passions authentiques. — C'est une
grave question que celle des Actes des martyrs romains,
tant à cause de l'état dans lequel les pièces nous sont
parvenues qu'à cause de l'indécision de la critique à
leur égard. Il ne paraît pas qu'on puisse juger ces récits
d'après une méthode de travail uniforme, parce que les
altérations qu'ils ont subies sont le fait d'époques et de
tendances fort diverses. Ces histoires se sont élaborées
pendant cinq siècles au milieu de conditions, d'intérêts
locaux qu'il conviendrait au préalable d'étudier dans le
plus grand détail.
La sévérité témoignée par l'Église de Rome à l'égard
des Passions et l'interdiction portée contre leur lecture
au cours des offices liturgiques sont de graves indices
qui corroborent un fait évident, à savoir : l'extrême
rareté des pièces authentiques. On peut conjecturer que
la destruction ordonnée par Dioclétien eut à Rome un
ellet plus radical que partout ailleurs. Si l'on excepte le
martyre de saint Justin, aucune pièce certaine ne nous
a été conservée, car on ne peut donner toute créance,
jusqu'à une information plus complète, aux Actes du
mime Genès, et le récit qui ouvre la deuxième apologie
de Justin n'est pas à proprement parler un document
martyrologique.
Sans comparaison avec ces trois récits, il faut rappeler
des pièces sur la valeur desquelles une critique mai-
tresse de tous ses moyens n'a pas encore donné son
jugement définitif.
Les Gesla mari'yritm romains ont été récemment
l'objet d'une étude ingénieuse qui, on peut l'espérer,
donnera le branle à d'autres travaux et permettra de
porter la lumière dans une question si obscure, mais
dont toutes les conclusions ne sont pas également so-
lides10. Il parait assez vraisemblable que les pièces com-
posant ce groupe de Passions ne sont pas isolées; elles
dépendraient toutes d'une source psychologique dont la
tendance est manifeste. C'est ce que met en relief l'at-
tache topographique de chaque Passion ; on y retrouve
1 Mabitlon, De hturgia gallicana, part. I passim. — - S. Aure-
liani, de ordine psallendi, dans Brockie, Corf. regularum muna-
stic. et canonic. Observ. crit. Iiist. illustrât., 6 in-fol., Aug. Vin-
ilel.,1759, t. I,p. 147.— -Ubiri., p. xvm, 155, Reg.,c. xvm.— iIbid.,
p. 144, Reg., c. lxix. — 5 Serm., xcm, P. L., t. xxxrx, col. 1924.
— 9 D. Ruinart, Acta mart. sine., praef., 5 ; Acta mart. Agaunen-
•sium, in-fol., Verona?, 1731, p. 241. — ' Hilduin, Epist. ad Ludov.
pium,àans Acta sanct., 9 octobre. — 8Voy. .Acfa sanct., 17jnn-
plus ou moins nettement l'écho des préoccupations ou
des intérêts du sanctuaire que la composition avait pour
but d'illustrer. Ce qu'il y a d'ancien dans ces récits esl
dénaturé et presque entièrement recouvert par les addi-
tions postérieures dont on saisit assez facilement le
mobile intéressé. Il y a donc dans ces documents deux
sources bien différentes d'intérêt : l'une, presque imper-
ceptible, c'est l'histoire; l'autre, démesurément étendue,
c'est le folk-lore. Nous n'avons à nous occuper que de
l'histoire.
Voici la répartition topographique des légendes faite'
par M. Dufourcq et cette répartition est probablement ce
qu'il y a de plus solide et de vraiment définitit dans son
mémoire.
TRADITIONS LOCALES URBAINES
"1" Trastem-ines. — SS. Pierre et Paul, Calliste,
Cécile, Chrysogone.
2° Ville haute. — SS. Vibbiane, Eusèbe, Potentienne,
Praxède, Suzanne, Cyriaque.
3° Centrales (capilolines, palatines). — SS. Césaire,
Anastasie, Nona Fora Ccasarum.
4° Géhennes. — SS. Jean et Paul, quatre couronnés.
Clément, Pierre et Marcellin.
5° Aventines. — SS. Sérapie, Sabine, Boniface.Prisca,
Processus et Martinien.
TRADITIONS Cl'.ULTÉRIALES
1° Appiennes. — SS. Etienne, Corneille, Alexandre,
Urbain, martyrs grecs, Sixte, Calocère et Parthenius,
Sébastien.
2° Latines. — SS. Jeaw, Nérée, Eugénie, Etienne,
Gordien.
3° Lavicanes. — S. Sébastien.
4° Tiburlines. — SS. Symphorose, Laurent, Hippolyte,
Genès.
5° Nomenlancs, — SS. Nérée, Alexandre, Marcel,
Restitutus, Prime et Félicien, Agnès.
6° Salariennes. — SS. Maris, Laurent, Abundius,
Alexandre, Vibbiane, Basilla, Félicité, Chrysanthe et
Darie, Gétulius, Nérée, Éleuthère, Crescentius, Léo-
pard.
7° Flaminiennes. — SS. Abundius, Maris.
8° Cornéliennes. — SS. Maris, Ruline, Second
9° Auréliennes. — SS. Processus et Martinien, Eusèbe,.
Pontien, Basilide, Pancrace, Pierre et Marcellin.
10° Portiennes. — SS. Abdonet Sennen, Cyrinus, Pig-
menius, Simplicius, Béatrice.
11° Sliennes. — SS. Félix et Adauctus, Bonosa, Gal-
lican, Censurinus, Aurea, Paul, Timothé, Martine, Lu-
cilla, Flora.
12° Ardéatincs. — SS. Nérée et Achillée, Césaire, Mcr>-
tanus, Félix.
IX. Éditions des Actes des martyrs. — On ne peut
songer à entreprendre ici un classement des sources
concernant notre sujet; ce travail a été lait par les Bol-
landistes avec leur soin et leur science ordinaires.
Bibliolheca hagiographiea grpeca, sen clenchus Vitaruni
sanctorum grgece hjpis itnprcssarttm. Ediderunt liagio-
graphi Bollandiani, in-8", Bruxellis, 1894, x-143 p. —
Bibhotheca liagiographica latina antiquse et médise
œtatis. Ediderunt socii Bollandiani, in-8", Bruxellis,
1898. — Calalogus codicum hagiographicorum latino-
rum anliquiorum sœcido XVI qui asservantur in bibli-J-
vier, p. 74. — »M. Rule, The Missnl of St. Augustine's abbey
Canterbury, with excerpts from the antiphonary and lectiu-
nary ofthesame monastery, in-8% Cambridge, 189C. Cl. Warren,
dans The Academy, 17 oct. 1896, p. 286; M. Rule, dans The
Academy. 24 oct. 1896, p. 310 ; P. Lejay, dans la Revue d'histoire
et de littérature religieuses, 1897. t. u, p. 282-287; L.. Duchesne,
Origines du culte, in-8', Paris, 1898, p. 148-150. — '«A. Dotourcq.
Étude sur (es (lesta martt/rum romains, in-8-, Paris, 1900.
407
ACTES DES MARTYRS
408
theca nationali parisiensi, 4 vol. in-8°, vm-606, xv-646, i
739 et 101 p. — Catalogus codicum hagiographicorum
grazcorum bibliotliecsenationalisparisiensis. Èdiderunt
hagiographi Bollandiani et Henricus Onwnt, in-8°,
Vin-372 p.
Voyez encore les catalogues des manuscrits hagiogra-
phiques publiés par les Analecta bollandiana : Namur
(1882), p. 485-530, 609-632; (1883), p. 130-161, 279-354;
Bruxelles (1883-1884-1885-1886-1887-1888), pagination
spéciale; Gand (1884), p. 166-216; (1885), p. 157-206;
Liège (1886), p. 313-384; La Haye (1887), p. 161-208;
Chartres (1889), p. 86-208; Mons (1890), p. 263-278;
Bruges (1891), p. 453-466; Milan (Ambr.) (1892), p. 205-
368; Le Mans (1893), p. 43-73; Cabinet de M. "Wins (1893),
p. 409-440; Cabinet de M. Gielemans (1895), p. 5-88;
Vienne (1895), p. 231-283; Rome (Chigi) (1897), p. 297-
310; Rome (Vaticane) (1899) ; Rome (Barberini) [mss. grecs]
(1900), p. 80-118. « Monasterium Deiparae in Chalce in-
sula » (1901).
Nous nous bornons à donner le catalogue des pièces
concernant les Actes des martyrs publiés depuis 1882
dans la collection des Analecta bollandiana :
1882. S. Christophori acta graeca antiqua, p. 120-148;
SS. Cyrici et Julittae acta graeca sincera, p. 192-207;
S. Vincentii Cœsaraugustani acta, p. 259-278; S. Co-
drati acta intégra, p. 447-469; S. Stephani pp. I acta
sec. vers, armeniacam, p. 470-484; [SS. Cosmœ et
Damiani,ex codice graeco, p. 586-596.]
1883. S. Agalhonici et sociorum ejus acta, p. 99-115;
S. Theogenis passio, p. 206-210; S. Cyriaciet sociorum
passio, p. 247-258; S. Theodori Ducis acta graeca,
p. 359-367; Exactis SS. Speusippi, Eleusippi et Meleu-
sippi, p. 378-380.
188i. [Historia SS. Ursula} et sociarum ejus, p. 5-19;]
S. Eustatbii et soc. ejus acta graeca, p. 65-112; S. Mena?
.Egyptii acta p. 258-270; S. Ephysii passio, p. 362-
377.
1885. S. Olivae virg. Panormitanae acta, p. 5-9; S. Maris,
aramaice et latine, p. 43-138; [Vita S. Sabiniani, Trecis
in Gallia p. 139-156.]
1886. Mar Abdiil Masich, aramaice et latine, p. 5-52;
[Vita S. Melori martyris, p. 165-176;] S. Mononis passio
p. 191-208; S. Ausonii passio, p. 295-312.
1888. Mar Pethion, syriace et latine, 544.
1889. Passio martyrum Scillitanorum, p. 5-9.
1890. Mar Kardaghi, syriace et latine, p. 5-106; SS.
Maximae et Donatillae, S. Typasii et S. Fabii Passio-
nestres, p. 107-134; Actus S. Philippi apostoli, p. 204-
249; S. Desiderii Viennensis passio, p. 250-262.
1891. Julii veterani, p. 50-52; Pancratii passio, p. 53-56;
S. Christophori passio, p. 393-405.
1892. [Un nouveau ms. des Actes des saintes Félicité et
Perpétue p. 369-374.]
1893. SS. Anthusac, Athanasii, Charisimi et Nesphiti,
p. 5-42; Greg. Tur. passio Septem dormientium,
p. 371-388.
1894. Andreae apostoli acta, p. 308-352; Martyrium An-
dréa;, p. 353-372; Passio S. Andreae, p. 373-378.
1895. SS. Sergii et Bacchi passio antiquior, p. 373-395.
1896. S. Juliani Anazarbi acta (fragmentum), p. 73-76;
S. Codrati acta (supplementum), p. 160.
1897. S. Dasii acta, p. 5-16; [De passione Scillitano-
rom, p. 64-65]; Eusebii de martyribus Palœstinae,
p. 113-140; [S. Anastase, martyr de Salone, p. 488-500.]
1898. SS. Valentis, Zolœ, Germani, Miniatis, p. 97 sq.
1899. [Note sur les Actes d'Apollonios p. 50-80] ; SS. Da-
vidis, Symeonis et Georgii acta, p. 209 et 368.
1900. S. Dometii mart. acta graeca, p. 285-321.
1901. S. Thomae apostoli ; SS. Dasii, Gaii et Zotici.
A ces actes, nous ajouterons la liste de ceux qui ont
été publiés dans la Bibliolhcca Casincnsisseu Codicum
manuscriptorum qui in tabulario Casinensi asservan-
tur séries, per paginas singillatim enucleala notis,
characlerum speciminibus ad unguem exemplatis
aucta, cura et studio monachorum Ordinis S. Bene-
dicti abbatise Montis Casini, in-lbl., ex typographia
Casinensi, 1873 sq.
T. il, 1875. Florilegium. Codex LU : Passio Beatae
Marina? Virginis et Martyris, p. 3 ; Passio S. Georgii
martyris, p. 7. — Cod. XCIX : Passio S. Joannis
Apostoli et Evangelistae, p. 66; Vita S. Januarii
episcopi et martyris, p. 223.
T. m, 1877, Cod. CXI : Passio S. Restitutœ virg. et
mart., p. 12. — Cod. CXVI1 : Passio S. ^Emiîiani
mart., p. 49; Passio S. Constantii mart., p. 54; Passio
SS. XL Martyrum, p. 58; Passio S. Catharinne virginis,
p. 74. — Passio S. Theodori mart., p. 78; Passio
S. llluminatae virg. et mart., p. 81. — Cod. CXXII1 :
Passio S. Urbani et Soc. eius, p. 84; Prologus in Acta
SS., p. 101; Versus de S. Urbano papa, p. 102; Vita
S. Anastasii Persœ, p. 102; Vita S. Urbani pp. et Soc,
p. 110; Passio S. Euphemiae, p. 114. — Cod. CXXXIX:
Passio S. Dimitrii mart., p. 140; Passio S. Maximi
mart., p. 147; Passio S. Caesarii, levitae et martyris,
p. 150; Passio SS. Valentini et Hylarii, p. 158; Passio
SS. iv Coronatorum, p. 160; Passio S. Anastasiae et
Soc. mart., p. 179; Passio S. Catharinae, virg. et
mart., p. 184; Passio S. Pétri Ep. Alexandrini, p. 187;
Passio S. Bibianae, virg. et mart. ; Passio S.. Eustratii
et soc. mart., p. 193. — Cod. CXLI : Passio S. Ignatii
ep. Antiocheni et mart., p. 236. — Cod. CXLll : Pas-
sio SS. Apostolorum Pétri et Pauli, p. 238; Prologus
in Passionem SS. Apostolorum Pétri et Pauli, p. 2i0;
Passio SS. mart. Processi et Martiniani, p. 240; Passio
S. Procopii mart., p. 242; Passio S. Pantaleonis mart..
p. 246; Passio SS. vu Dormientium, p. 252; Passio
S. Adriani mart., p. 259; Passio SS. Luciœ et Gemi-
niani, p. 270; Passio S. Theclae virg. et mart., p. 271;
Passio SS. Pistis, Elpis et Agapis, et Sophiae matris
earum, p. 276. — Cod. CXLIV : Prologus passionis
S. Blasii ep. et mart., p. 334. — Cod. CXLV : Passio
S. Julianes virginis, p. 335; Passio S. Georgii mart.,
p. 341; Passio S. Vitalis, p. 3-48; Passio S. Pancratii
mart., p. 349; Epistola Pastoris presbyteri de vita et
obilu S. Potentianae virg., p. 350; Passio S. Eusta>-ii.
uxoris et sociorum eius, p. 351 ; Passio S. Barnabœ
apost., p. 354. — Cod. CXLVI : Vita S. Albinae virg.
et mart., p. 368. — Cod. CXLVII : Passio S. Prisci
episc. Capuani, p. 373. — Cod. CXLVI II : Passio
S. Cornelii papae, p. 377. — Cod. CXL1X : Ex vita
S. Mercurii martyris, p. 388.
Parmi les derniers documents, plusieurs avaient été
publiés antérieurement.
X. Les Acta martyrvm authentiques. La topogra-
phie et la liturgie. — Les Actes des martyrs antérieurs
à la paix de l'Église ont été soumis à de telles vicissi-
tudes, que bien peu d'entre eux nous sont parvenus. Parmi
les Actes qui ont été admis dans le recueil de dom Rui-
nart, il n'en resterait qu'un très petit nombre, si ce savant
homme reprenait son recueil aujourd'hui et en passait
le contenu au crible de la critique. Quelques très rares
pièces viendraient s'ajouter à ce qu'il avait découvert.
Parmi celles qui paraissent mériter quelque confiance,
il s'en faut que toutes l'obtiennent au même degré. C'est
principalement sur les Actes antérieurs à la paix de
l'Église que la critique est malaisée. Nous ne pouvons
entrer ici dans le détail de cette recherche. On a tente,
à diverses reprises, de dresser la liste des Actes des
martyrs qui paraissaient offrir les plus solides garanties
d'authenticité. Voici les séries établies par MM. Erwin
Preuseben, Gustave Kriigcr, le R. P. Van den Glieyn, S.
J. et M. Rubcns Duval.
409
ACTES DES MARTYRS
41U
E. Prcuschen, Ceschichte der
altchristlichen Literatur bis
Eusebius, de Harnack, in-8°,
Leipzig, 1893, t. i, p. 807-834,
G. Kriiger, Geschiclite der
altchristlichen Literatur in
den ersten drei lahrhunder-
ten, in-8°, 1895, p. 237-245.
J. Van den Gheyn, Acta marty-
rum, dans le Dictionnaire de
théologie catholique de Va-
cant, in-4% Paris, 1900, t. I,
col. 321-334.
R. Duval, La littérature syria-
que, Anciennes littératures
chrétiennes, in-12, Paris,
1899, t. n, p. 127-129.
Martyrium Ignatii
Passio Polycarpi
Passio Carpi, Papyli et Aga-
thonicae
Acta S. Justini philosopbi. . .
Epistola écoles. Viennensis et
Lugdunensis
Acta martyrum Scillitanorum .
Passio S. Perpetuae et Felici-
tatis cum socc
Passip Pionii
Acta disputationis S. Achatii
ep. et mart
Acta S. Maximi mart
Acta S. Luciani etMarciani..
Acta S. Cypriani
Acta SS. Martyrum Frucluosi
ep., Augurii et Eulogii
Passio SS. Jacobi, Mariani et
socc
Passio SS. Montani, Lucii et
socc
Martyrium S. Nicephori. . .
Passio Polycarpi
Passio Carpi, Papyli et Aga-
thonicoe
Acta S. Justini pbilosophi. . .
Epistola eccles. Viennensis et
Lugdunensis
Acta proconsularia martyrum
Scilitanorum
Martyrium des heiligen Apol-
lonius, des Asketen
Passio SS. Perpetuae et Felici-
tatis
Passio Polycarpi
Passio Carpi, Papyli et Aga-
thonicae
Acta S. Justini.
Epistola eccles. Viennensis et
Lugdunensis
Acta proconsularia martyrum
Scillitanorum
Martyre d'Appolonios, le séna-
teur
Passio Pionii
Acta disputationis S. Achatii
episc. et mart
Acta S. Maximi mart
Acta S. Luciani et Marciani.
Acta S. Cypriani
Acta SS. Fructuosi, Eulogii et
Augurii martyrum
Passio SS. Jacobi, Mariani,
etc
Passio SS. Montani, Lucii et
alior. mart. africanor
Martyrium S. Nicephori. . .
Passio SS. Perpetuae et Feli-
citatis
Passio Pionii
Acta disputationis S. Achatii.
Acta S. Maximi
Acta SS. Luciani et Marciani.
Acta S. Cypriani
Acta SS. Fructuosi, Eulogii et
Augurii
Passio SS. Jacobi, Mariani et
soc
Passio SS. Montani, Lucii et
soc
Martyrium S. Nicephori.
Acta Maximiliani
Acta Marcelli
Acta Cassiani
Acta SS. MM. Claudii Astcrii
et aliorum
Passio Genesii mi mi
Passio Rogatiani et Donatiani.
Acta Maximiliani
Acta Marcelli
Passio Cassiani
Passio Procopii
Acta Felicis ep. [Carlhag. (?)].
Passio S. Savini
Martyrium Gurioe et Sha-
monoe.
Acta SS. MM. Claudii, Astcrii
et aliorum
Passio Genesii mimi
Passio Rogatiani et Donatiani.
Acta Maximiliani
Acta Marcelli
Passio Cassiani
Passio Procopii
Acta S. Felicis
Passio S. Savini
Acta SS. Claudii, Astcrii et
Passio Genesii mimi
Passio Rogatiani et Donatiani.
Acta Saturnini, Dativi et socc.
Acta S. Agapes, Clnonîas, etc.
Acta Didymi et Thoodone . . .
Passio S. Irenœi Sirmiensis.
Passio Pollionis et socc. . . .
Acta Eupli diaconi et mart . .
Passio Philippi ep. Heracleen-
is
Acta Tarachi. Probi et socc.
Acta Crispinoe
Acta SS. Saturnini, Dativi et
aliorum
Acta SS. Agapes, Chioniao.
Irenes, etc
Acta SS. Didymi et Theodorae.
Passio S. Irenaei, episc. Sirm.
Passio S. Pollionis et aliorum
martyrum
Acta Eupli diac. et mart. . .
Passio S. Philippi episc. . . .
Acta SS. Tarachi, Probi et An-
dronici
Acta S. Crispinoe mart. . . .
Passio Procopii
Acta S. Felicis Tubzacensis.
Passio S. Savini
Passio S. Dasii
Acta SS. Saturnini, Dativi et
Acta SS. Agapes, Chioniac,
Irenes
Acta SS. Didymi et Theodorœ.
Passio S. Irenœi ep. Sirm. .
Passio S. Pollionis et soc.
Acta S. Eupli
Passio S. Philippi, ep. Heracl.
Acta Sereni
Acta Phileae et Philoromi.
Passio S. Sereni mart. . . .
Acta SS. Philere et Philoromi.
Acta SS. Tarachi, Probi et An-
dronici
Acta S. Crispinae
Acta SS. Phileae et Philoromi.
Passio S. Sereni
Acta Hipparchi et Philothe.
Passio Quirini. . .
Acta Pétri Balsanii.
PassioS. Quirini episc. et mart.
Passio S. Pétri Balsami.. . .
Passio S. Quirini
Passio SS. Sergii et Bacchi
Passio S. Pétri Balsami. .
Martyrium Habibi diaconi.
Pr.rmi les pièces enregistrées, plusieurs, telles que les
Passions de Gênés le coméden, de Nicéphore, de Serge
et Bacchus, fourniraient matière à controverse. Nous
laissons à d'autres le soin d'instruire la cause et de
porter des conclusions. Quant aux pièces dont la faus-
seté est reconnue par tous, il y a lieu néanmoins d'en
faire usage, bien qu'avec d'extrêmes ménagements. Dans
un mémoire célèbre, E. Le Clant tenta d'établir une
confrontation soutenue des enseignements fournis par
le droit civil et criminel et des points solidement établis
par le témoignage des anciens avec le texte des meil-
leurs Actes. On pourrait tenter une recherche analogue
au point de vue des liturgies de l'antiquité, mais un
pareil travail serait très étendu; nous nous bornerons à
signaler ici quelques traits.
411
ACTES DES MARTYRS
412
D. Ruinait, Acla sinccra
(éd. 1713).
Acta SS. Tryphoni et Respi-
cii, p. 164 : Suscipe animas nos-
Iras et colloca eas in sinu pa-
triarcharum.
Acta S. Julii, veterani, p. 550 :
Domine Jesu Christe tu cura
sanctis tuis meum collocare di-
gcare spiritum.
Muratori, Liturg. romana vêtus, Veneliis, 1748.
Sacram. gelas., t. i. p. 751 :
Commendamus tibi, Domine,
animam, precamur... Patriar-
charum tuorum sinibus insi-
nuare non renuas.
Sacram. gelas., t. i, p. "51...
tu imaginem tuam cum sanctis
et electis tuis, reternis seuibus
praecipias sociari.
Sacram. gregor., t. n ,
p. 218... ut spiritum et ani-
mam iamuli tui... misericordi-
ter suscipias... in sinu Abra-
hae patriarchae collocatus.
Sacram. gregor., t. u,
p. 220-1 : Propitiare, Domine,
supplicationibus nostris pro
anima et spiritu fair.uli tui...
ut eam sanctorum tuorum con-
sortio sociare digneris.
Sacram. gallic.,t. n,p. 950...
ut animam Iamuli tui... in
Abrahse sinum eam digneris
excipere.
Missale gothic, t. n, p. 000...
ita et in advenlu eius (J.-C.) gau-
dere cum sanctis omnibus me-
reamur.
En Orient, nous rencontrons des emprunts indéniables,
bien qu'il soit difficile de dire avec certitude lequel des
deux documents s'est inspiré de l'autre. Ce qui parait
plus vraisemblable, c'est, d'attribuer ces acclamations et
ces prières des martyrs à des formulaires courants dont
nous ne possédons que des codifications entreprises à
une époque assez postérieure. Parmi les acclamations
notons celle-ci :
Ruinart, Acta mart. sine,
Paris, 1GS9.
Acta Theodoti, c. xxi, xxx.
Domine Jesu Christe, spes âes-
jieratorum '.
Acta Didymi et Theodorx.
c. i. Christus autem adveniens
liberavit me.
Renaudot, Liturg. orient, cul-
leclio, 1847, t. i.
Liturg. divi Marei , p. 133:
'EXlctç t.ov &R£tatffJlévtiiv, tt y,f})v.<j.
lbid., p. 142 : ©ù zw-.ii... ô
yaptovjLEwç £,{iwv Èx oouTlsiccç Vt.fj-
itOlKV.
Une formule conservée dans l'office des défunts pré-
sente un rapprochement décisif :
D. Ruinart, Acta sinecra, 1089.
Act. S. Eupli, p. 441. Et tune
respiciens ad populum dixit :
Dilectissimi fratres, audite, orate
Deum, et timete illum in toto
corde vestro, quoniam memor
est timentibus se antequam
exeant de hoc saeculo : 2t post-
eaquam exierint, tune occur-
rent eis Angeli, et deducent
eosadcivilatem illius sanctam
Jérusalem.
Liturgie romaine.
SubvenitesancuDei,oecu»Tiîe
angeli Domini.
In paradisum deducant te an-
geli : in tuo adventu suscipiant
te martyres,et perducant te in
civitatem sanctam Jérusalem.
(Ex offtcio deftinctorum , Ex-
sequiarum ordot.)
Une formule des laterculi les plus antiques du
martyrologe hieronymien se retrouve, presque sem-
blable, dans les Actes des martyrs alricains Jacques et
Marien et dans plusieurs inscriptions de l'Afrique ro-
maine.
Quorum nec tibi dicenda et deo nota sent nomma
{Passio SS. Jacobi et Mariant). CVARVM NOMINA
SCIT IS QVI FECIT (Léon Renier, Recueil des inscr. ro-
maines de l'Algérie, in-fol., Paris, 1855, n. 214ô).[c]V[î!<]S
NOMEN DEVS SCIT (Héron de Villefosse, dans les
Comptes rendus de l'Académie, in-42, Paris, 1883, t. xi,
p. 189) [cuiJVS NOMEN DEVS SCIT (Io. Schmidt. dans
Eplterneris epigraphica, in-8°, Roma, 1892, t. vu, p. 11,
n. 28^).
Ces faits nous renseignent plus exactement que bien
des histoires sur ce qu'on pourrait appeler les sub-
structions de la littérature chrétienne des premiers
siècles. La Passion de sainte Perpétue provoque un
autre rapprochement; on y lit ceci : Vibia Perpclita,
honesïe naja, libéralité/- insliiula, M ATRON ALITER
htSPTA (§ II).
*Sur ces actes, voyez Pio Franchi de Cavalieri. I murtin di
S. Teodoto di Ancira et di S. Ariadne, dans Studi c testi ; Pub-
blicazioni délia bibliotheca vaticana, tasc. 6, Roma. 1901. —
» Voyez l'article Acclamations, col. 257. — 'CI. E. Le Riant,
Inscriptions chrétiennes de la Gaule antérieures au vin' siècle,
in-4% Paris, 1856-1865, n. 563; pour la Mysie, cl. Revue archèo-
On lit également dans une inscription d'Alrique :
PESCENNIA QVODVVLDE[us]
HM-F-BONIS NATALIBVS
NATA-MATRONALITER
NVPTA-
Lig.2. H M • F = H[onestœ] N\[emoriee] F[emina]. Corp.
inscr. lat., t. vm, n. 870.
Les Actes de martyrs n'ont pas d'ailleurs le privilège de
ces analogies avec l'épigraphie. Un marbre des cata-
combes publié par Marangoni offre une formule que
nous trouvons dans Tertullien, Apologct., xxix :
MHACNA AYrTHCAC MHACNA TTPOCKPOYCAC
Neminem lœilentes, neminem consistantes
A Autun, c'est une phrase de saint Cyprien :
PER SAECVIVM SINISAI
CVIICOLTIACIONI
TRANSIVIIIS XI KAI
MART IN PACK PPECESSI
Lisez : Per s'œculum sine sxculi contagione transi/oit,
Xi kal. mart. in pare precessit, et saint Cyprien écrit :
per ss'culum sine sseculi contagione Iransitis {De habit.
virg., xxil). Si fragmentaires qu'elles soient, ces indica-
tions ne sont pas indignes d'être rapportées.
En ce qui concerne la liturgie, il semble qu'il soit
plus exact de parler, pour la période anténicéenne, de
non-différenciation essentielle, plutôt que de cette unité
absolue dont on a prétendu faire un argument, bien
plus qu'on n'a réussi à en fournir les preuves histo-
riques. Nous sommes très inégalement renseignés sur
les origines liturgiques dans les différentes provinces du
l'empire, mais certainement, parmi les régions les moins
favorisées, il faudra nommer les provinces de Dalmatie,
de Pannonie, de Dacie, de Mésie, de Thrace, de Scythie
et de Relie. La littérature patristique ne nous fournit pour
ces contrées que les quelques écrits de Victorin, évêque de
Pettau (Poetovio) en Pannonie, et les noms de plusieurs
personnages mentionnés par l'historien Eusèbe; ce sont
.Elius Publius Julius, évoque de Debeltum, dans la Thrace,
et Aurelius Cyrenius, évêque dans la même province.
Les Actes des martyrs nous font entrevoir plusieurs
communautés florissantes et une hiérarchie ecclésiastique
assez complète : évoques, prêtres, diacres, anciens, lec-
teurs, interprètes, exorcistes. Peut-être même peut-on
ramener jusque vers cette époque une épitaphe dont le
libellé semble appartenir à la plus ancienne époque du
christianisme dans ces contrées :
DEPOSITIO FVCRATI
CHORE EPISCOPI DXK
NOVEMBRES*.
Les actes de Pollion nous montrent, fonctionnant en-
core", une institution qui semble n'être autre que celle
logique, 1877, t. xxxui, p. 5'i. — * Découverte à Spalato (sep-
tembre 1874) et communiquée par Michel (.ilavinic, directeur
du musée, à Th. Mommsen qui l'édita dans Ephem. epigraph..
1875, t. n, p. 'Mb. additamenta vol. m Corp. inscr. lat , n. 55S,
et le commenta ainsi : « Xofcrtoxoicoj primus fvrUUUB hic titulus
innutescit. »
4i:.î
ACTES DES M AUX VUS
414
■des r.pzaô<J-ipo'. : « Je dois, dit le martyr, marcher sur
les traces des évêques, des prêtres et de tous les pères
(omnium Palrum), dans la doctrine desquels j'ai été
instruit1. » Ces Pères sont peut-être les patres con-
scripti, les yépovteç, formant un collège dont l'ensei-
gnement était donné, comme celui des prêtres, sous la
garantie de l'évèque. Cette Église de Cibalis en Pannonie
parait assez bien fonctionner vers ce temps. Le corps
■des lecteurs avait reçu une organisation que nous retrou-
vons deux siècles plus tard dans les Gaules, ù Lyon, où
nous connaissons, en l'an 551, un PRIMICIRIVS SCO-
LAE LECTOR VM 2. Il est possible qu'ils ne lissent que
les seules lectures tirées du Nouveau Testament; la
réponse du primicier au magistrat semble l'insinuer :
Qiiœ mandata (legis)f — Chrisli Régis pia et sancla
mandata. Le détail donné ensuite des maximes morales
composant ces mandata s'applique très exactement aux
èpitres de saint Paul et presque exclusivement à elles;
une réponse analogue faite par les martyrs de Scilli, en
Afrique, plus d'un siècle auparavant, porterait à penser
que les fidèles de certaines Églises ne connaissaient guère
les livres de l'Ancien Testament, sinon par extraits, comme
dans les Testimonia de saint Cyprien, les manuels de pré-
paration au martyre et des compositions similaires3. Ces
lectures avaient donné naissance, dans les contrées où la
langue grecque et la langue latine n'avaient pas encore
pénétré dans le peuple, à une fonction nouvelle, celle d'in-
terprète officiel des livres saints. Le martyr Procope rem-
plissait dans une église de Scythie le triple office d'exor-
ciste, de lecteur et d'interprète : nnum in legendi of'/icio,
alterum in Syri interpretatione sermonis et tertium.
adversus dœmones marins impositionè consummans^.
La pièce la plus précieuse et la plus étendue parmi
celles de ces régions est le martyre de Philippe, évêque
d'Héraclée de Thrace, en l'an 304. Aux approches de la per-
sécution, l'évèque s'efforçait, à l'exemple de saint Cyprien
de Carthage5 et de saint Apollinaire d'Egypte6, de sou-
tenir les courages par ses prédications. Il exhortait ainsi
les fidèles, le jour de l'Epiphanie, lorsque se présenta un
officier de police chargé de mettre les scellés sur la porte
de l'église. L'évèque depuis quelque temps ne quittait
plus l'église; quand il lut expulsé, il appuya son dos
contre la porte et recommença à prêcher; c'est dans
cette attitude qu'on le trouvait les jours d'assemblée, il
était assisté de son prêtre Sévère et de son diacre Her-
mès. L'inventaire des meubles saisis ne nous est pas
parvenu; cependant, nous voyons que l'église possédait
des vases de métal précieux, des livres en assez grand
nombre pour alimenter un bûcher considérable, enfin une
décoration extérieure en tuiles peintes ou bien ouvragées
et incrustées7. Au cours de l'interrogatoire, le diacre dé-
clare qu'il obéit en tout à son évêque : Doctori meo in
omnibus obsecundo*. La dernière prière de l'évèque lré-
née de Sirmium contient une phrase analogue à celle
que nous rencontrerons parmi les inscriptions de Rome
et que nous pouvons entendre comme d'une réfutation
de la doctrine des millénaristes : ...pateant cœli tui
Domine Jesu] tit suscipianl angeli spiritum servi tui9.
.... CE-LI-TI-BI-PA-TEN[«Jio.
Nous entendons une autre formule de prière dans les
dernières paroles de saint Fructueux : In mente me
' Monum. Eccl. lit., n. 3805. — - K. Le Etant, Inscriptions
chrétiennes île la Gaule, n. 05, et pi. v, n. 23. — i Monum.
Eccl. lit., n. 3037, 39*4, 3049, 3055. La variante etomnem divi-
nitus inspiratam Scripturam n'a aucune valeur, c'est un dé-
calque tendancieux de H Tira., m, 10. — * Monum. Eccl. lit.,
n. 3809. — 5 Pontius, Vita et jiassio S. Cypriani, 14. Cf. S. Au-
gustin, Serai., cccxii, De sanctis, P. L., t. xxxvm, col. 1420.
— * Rufinus, De vitis Patrum, c. xix, P. L., t. XXI, col. 441.
— 7 Ipsum etiam dominïei lertmn devolufo omni tegularum
jraudabatur ornatu. Passio .S. Philippi, v. — 8 Ibid., n. vu.
— •Monum. Eccl. lit., n. 3823. — ,0 Ibid., n. 3435. — '« Ibid.',
habere neceese est Eeclesiam1*, et on lit dans le cime-
tière de Callisle : SANTE SVS7 E IN MENTE HABEAS
IN HORATIONES'2.
Nous avons parlé longuement ailleurs des sources de
l'oraison de saint Polycarpe l;1 ; nous ne ferons remarquer
dans ce morceau qu'un détail. C'est l'ordre donné de
transcrire le récit du martyre du vieil évêque et de
transmettre les copies aux communautés les plus loin-
taines. Nous touchons ici à l'origine des passionnaires
liturgiques et on saisit en même temps la raison histo-
rique de la place qu'ils obtinrent dans la liturgie. Les
épîtres circulaires étaient alors fort goûtées. Ces petits
traités circulaient déjà dans la Diaspora, mais, de très
bonne heure, chez les chréliens, ils prirent une exten-
sion et une importance doctrinale considérables. A
mesure que s'étendait la conquête chrétienne, il fallut
pourvoir à l'instruction des communautés que ne pou-
vaient visiter les apôtres et les principaux des Eglises.
On y parvint en donnant aux épitres une autorité offi-
cielle; dès lors, la lecture de cette correspondance tint
lieu de la propre parole des apôtres; et l'importance
des matières qui s'y trouvaient traitées fit naturellement
placer cette lecture au jour de la principale réunion de
la communauté chrétienne. Quand la doctrine se trouva
tout entière fixée, l'habitude de ces correspondances
était prise, on la conserva; mais désormais, on se com-
muniqua non plus des écrits doctrinaux, mais des récils
historiques ou des admonitions fraternelles concernant
la vie de l'Église à laquelle on était rattaché par divers
liens. Ces correspondances nous ont valu plusieurs
pièces qui comptent parmi les plus parfaites de l'an-
cienne littérature chrétienne, par exemple, la lettre
adressée par l'Eglise de Smyrne à l'Église de Philome-
lium, celle des Eglises de Vienne et de Lyon aux
Églises d'Asie et de Phrygie.
Les Actes des martyrs nous fournissent des indications
topographiques souvent décisives pour l'identification
des localités anciennes. Cela tient à ce que ces pièces
ont été rédigées par des employés très familiarisés avec
la topographie des lieux environnant ceux où ils habi-
taient, aussi leurs indications doivent être prises en sé-
rieuse considération. Nous en trouvons la preuve dans
un document authentique ayant rapport à la persécution
de Valérien, en 259; les Actes du martyre de Marien, de
Jacques et d'un grand nombre d'autres chréliens, en
Numidie ii.
Nous donnons ici le passage des Actes sur lequel est
fondée cette recherche lâ.
« Frères, vous connaissez Marien et Jacques; -vous
savez, outre la communauté de vie et de loi, les liens de
lamille qui nous unissaient. Toujours animés de la même
pensée, nous voyagions en Numidie, lorsque nous arri-
vâmes en un lieu appelé Muguœ, qui touche au faubourg
de la colonie de Cirta. Cette ville était alors livrée plus
que toute autre aux horreurs de la persécution. Le pré-
sident de la province faisait rechercher et saisir tous les
chrétiens, non seulement ceux qui, échappés aux per-
sécutions précédentes, avaient conservé la liberté sans
qu'il en coulât rien à la foi, mais encore ceux qui, chas-
sés de leur pays, languissaient depuis longtemps dans
l'exil.
« Parmi ces derniers, on amena à son tribunal deux
n. 4048. — li Ibid., n. 3491. — '• Monum. Eccl. lit., De liturgiis
antenicenis inler se coulatis, t. i, p. xxxiv. — ^Rapproche-
ment d'une inscription trouvée à Constantine et d'un passage
des Actes des martyrs fournissant une nouvelle preuve de
l'identité de Constantine et de Cirta, par E. CaieUe, dans les
Mémoires de l'Académie des inscriptions et belles-lettres,
II" série, Antiquités de la France, in-4", Paris, 1843, t. i, p. 200
sq. Sur cette identification, cf. G. Wilmanns, dans l'Hermès,
1. 1, p. 47 sq., et dans le Corpus inseriptionum latinarum, t. vm
p. 018 sq. — ,5D. Ruinart, Acta priuwrwn martyrum sincera
et selecta, in-lol., Veronœ, 1731, p. 193.
415
ACTES DES MARTYRS
416
évêques, Agapius et Seeundinus; ils ne dédaignèrent pas
les soins hospitaliers que nous leur rendîmes jusqu'au
jour de leur martyre, et laissèrent en partant Marien et
Jacques exaltés par leur exemple. Deux jours après, la
villa que nous habitions, signalée comme une retraite
connue pour être ouverte aux chrétiens, (ut envahie par
une multitude furieuse qui me saisit tout d'abord et me
traîna de Muguae à Cirta. Le tour de nos frères arriva
bientôt, car ils s'écriaient : « Nous aussi nous sommes
« chrétiens. » On les interrogea, ils persistèrent et furent
jetés en prison. Bientôt ils eurent à souffrir mille tor-
tures. Ce ne fut point assez du soldat stationnaire; cet
exécuteur des œuvres de cruauté fut encore assisté dans
son oflice par les magistrats de Centuriones J et de
Cirta... Leur courage (à Marien et à Jacques) triompha.
Reconduits dans la prison, ils joignirent leurs prières
à celles des autres chrétiens, pour rendre grâces à
Dieu.
« Quelques jours s'étaient écoulés lorsqu'on les fit sor-
tir pour comparaître au prétoire; le juge de Cirta les
renvoyait au président avec le procès-verbal de leur con-
fession. Après avoir renouvelé devant lui leurs efforts
pour hâter l'issue de cette longue et laborieuse épreuve,
ils rentrèrent encore dans cette prison de Lambèse qui
les revoyait pour la troisième lois...
« Enfin, Marien, Jacques et tous les clercs furent con-
duits sur le bord du fleuve, au lieu qui devait les voir
mourir. La vallée était resserrée entre deux collines dont
la grande hauteur, dominant chaque rive, se prêtait
commodément au spectacle 2. »
Le commencement des Actes a pour théâtre Cirta.
mais il est fait mention de la prison de Lambèse et il
semblerait vraisemblable que les chrétiens aient été con-
duits dans cette dernière ville, si les détails donnés sur
la topographie du lieu de l'exécution ne permettaient
une identitication certaine.
Nous devons tenir pour assuré, d'après les termes
mêmes de notre document, 1° que le premier écrou a
eu lieu dans la ville où siégeait le gouverneur de la pro-
vince, 2° que cette ville était alors Cirta, capitale de la
province et siège du gouvernement, 3° que ce lut à
Cirta que le gouverneur fit comparaître et exécuter
Agapius et Secundinus, 4° que l'auteur du récit qui n'a
pas quitté Cirta a embrassé Marien et Jacques dans leurs
derniers moments. Cependant le texte dit qu'au sortir
du prétoire les martyrs furent reconduits dans la prison
de Lambèse qui deux fois déjà les avait vus et éprouvés.
Jam bis eis notus, bis usitatus, itcruni Lambesitanus
carcer accepit. Outre que la distance qui sépare Con-
stantine de Lambèse interdit toute tentative d'explication
par allées et venues entre ces deux villes, nous savons
que Jacques avait eu seul à souffrir dans les persécu-
tions précédentes, au cours desquelles il aurait pu être
enfermé à Lambèse. Il reste que pour Marien il ne peut
être question que d'une prison sise à Cirta laquelle s'était
ouverte deux fois déjà devant lui. après l'arrestation à
Muguae et après la première application à la torture !.
•Voyez la note de Ruinart sur cette ville de Centurfones, p. 196,
note 9. — *Perditcti sunt ad coron» locutn, qui riparum colli-
bus hinc et inde sublimis média fluminis convalle subsederat :
sed et spectaculo oral cclsa utrinque altitudo aggeris. Alveus
ipse medio sinu... — 3Le texte suivant : Et jam transmissi ad
président, negotiosum ac difficile iter cum voluptatc propr-
raveruttt, marque le renvoi des martyrs par le magistrat munici-
pal de Cirta au gouverneur, seul juge des causes criminelles.
Fleury a traduit par ces mots : « Ils allèrent le trouver en diligence
par un chemin long et difficile. >* Mais iter ne signifie autre chose
ici que la dernière étape du « pénible et laborieux voyage » de la \ le,
que Jacques et Marien allaient fournir sur l'ordre du gouverneur.
— *Carette, loc. cit., p. 214: Delamare, Exploration scientifique
de l'Algérie pendant les années 18W-18&5 ; Archéologie, par Ad.-
H.-Al. Delamare, chef d"escadron d'artillerie, in-tol., Paris, 2 vol.
1850, pi. 193; Général C.renly, dans Société archéologique de
la province de Constant ine; Annuaire, in-8-, Paris et Constan-
Enlin, la ville où Marien et Jacques furent mis à mort est
située sur le bord d'un fleuve. Outre que ce nom ne peut
convenir au torrent de l'Ouad-Serka, qui prend sa source
à quelques kilomètres de Lambèse dans les gorges de
l'Aurase, nous ne pouvons négliger les indications très
précises fournies par les Actes sur cette vallée « resserrée
entre deux collines dont la grande hauteur, dominant
chaque rive, se prêtait commodément au spectacle * ».
Ces deux hauteurs entre lesquelles coule un fleuve se
retrouvent à peu de distance de Cirta. Entre le Mansou-
ra et le Coudit-âti coule le Rummel qui disparait un
peu plus loin dans un gouffre. Aucune position en amont
de celle-ci ne se prête à la description des Actes.
Sur le Mansoura fut relevée l'inscription suivante :
+ Mil- NON SEPT-PASSIONE MARTVR
ORVM HORTENSIVM MARIANI ET
IACOBI DATI IAPIN RVSTICI CRISPI
TATI METTVNI BICTORIS SILBANI EGIP
5 TU SCI Dl MEMORAMINI IN CONSPECTV DNI
CVARVM NOMINA SCIT IS QVI FECIT ÎN~D XV
« C'est donc à Cirta même, sur les bords de l'Ampsaga,
et nullement à Lambèse, qu'eut lieu le martyre de Ma-
rien et de Jacques. Mais pourquoi cette épithète de Lam-
besitanus appliquée à une prison de Cirta V C'est que les
noms sont une affaire de caprice et de hasard. Lambèse
était une ville de Numidie assez importante pour que
son nom eût été donné à des édifices publics. Il y avait
sans doute une prison (dite) de Lambèse à Cirta; il y
avait peut-être une prison (dite) de Cirta à Lambèse,
comme nous voyons une prison de Clichy et un pont de
Constantine à Paris, comme il y avait en Afrique une
ville qui s'appelait Cellsc Picentins5. »
Ce n'est que sous les plus expresses réserves que
nous donnons ces observations sur la passion des Actes
de saint Jacques et de saint Marien. Mor Toulotte6 avait
adopté les conclusions de Carette en laveur de Cirta.
mais M. Osell a revendiqué pour Lambèse l'honneur
d'avoir vu le martyre des saints. Selon lui la topographie
des environs de Lambèse s'accommode bien avec la des-
cription faite par les Acles. « Celait un endroit où une
rivière coulait encaissée entre deux collines, offrant aux
regards de chaque côté des berges élevées. On retrouve
à quelques centaines de mètres au sud de Lambèse, dans
les ravins appelés Chabet Tazouin et Chabet Tanoucht,
les sites qui répondent exactement à cette description ". »
Le besoin où se trouve ce savant d'expliquer l'inscription
de Cirta par s une erreur du clergé byzantin de Constan-
tine » nous satisfait assez peu et jusqu'à nouvel ordre
nous pensons que Cirta peut être regardé comme le lieu
du martyre. Les Actes dont nous parlons ont donné lieu
a une autre identification démontrée erronée aujourd'hui.
En 1851, Léon Rénier signala l'existence, au sud du
Preetoriunx de Lambèse, d'un petit édifice à deux étages
terminé par une abside en pierres de taille et qu'il dé-
signa comme « le carrer lambesitanus dont il est ques-
tine, 1853, t. i. p. 79. n. i.xxxv, pi. 17; I.. Renier, Recueil des
inscriptions romaines de l'Algérie, in-fol., Paris, 1855 sq.,
n. 2145; (i. YVilmanns, Corpus inscript, latinaruin. t. vin.
ii 7924, Cf. Oe Rossi, dans Pitra, Spicilegium solesmense, in-4\
Paris, 1858, t. IV, p. 518. Sur le commentaire de cette insa ip-
tion par M. Hase annexé au mémoire de Carette, loc. cit., voye*
C. Cahier, Souvenirs de l'ancienne église d'Afrique, in-12, Paris,
s. d., p. 301-308. — 5 Carette, loc. cit., p. 212. Sur ces martyrs,
cf. Pio Franchi de Cavalieri, I.a Putufe di SS. Mariant e Ja-
cobi, dan- les Studie testi, Roma, 1900, fasc. 3. — «Toulette,
aphie de r.\friqur ancienne. Numidie, in-8', Rennes, 1894,
p. 30. — 'S. Osell, Observations BUT l'inscription îles Martyrs
de Constantine, dans le .Recueil de ta Société arch. de la yrov.de
Constantine. 1895-1S90, t. xxx, p. 214-215. Voir le plan de UfflMaa
publié dans le t. XXIII du même Recueil, et compare?, dans I Via-
mare, Explor. archéologique de t Algérie, in-fbl., Paris, 1850,
pi. 135,1a vue des gorges du Rummel prise du rocher des martyrs.
417
ACTES DES MARTYRS
418
tion dans les Actes du martyre dn saint Jacques et de
saint Marien1. » Cet édifice a été déblayé en 1885 et
M. Cagnaty reconnut une des constructions faisant par-
tie des scliolœ de sous-officiers de legio III1 Atigusta2,
les fouilles de 1897 et 1898 ont vérifié l'exactitude de cette
rectification '.
Les Actes authentiques sont très inégalement répartis
entre les différentes régions du monde romain. Ce fait
tient à des causes multiples, les unes concernent les
conditions dans lesquelles s'exerçait l'administration
dans les provinces romaines, les autres s'expliquent par
la nature du lien qui l'attachait alors les communautés
chrétiennes, et qui était moins étroit qu'il n'est devenu
depuis. Par exemple, dans la grave question des tradi-
teurs, il y eut un état d'esprit et une conduite contraires
dans la province d'Afrique et dans celle d'Asie1.
Les Actes syriaques des martyrs de la Perse sous le
régne de Sapor II, au iv« siècle, contiennent un très
grand nombre de détails dont quelques-uns sont du plus
rare intérêt pour la géographie ancienne du pays, à
l'époque des Sassanides5 ; d'autres donnent un récit
ancien des démêlés survenus entre le patriarche Papas
et son clergé6; les Actes des martyrs Gèles nous
apprennent que cette peuplade répandue sur la côte
sud-ouest de la mer Caspienne fournissait un corps de
mercenaires dans les armées perses et qu'ils étaient
chrétiens depuis le iv siècle7. Dans les Actes d'Hip-
parque et Philothée, martyrs en Mésopotamie, on trouve
une intéressante description de la ville de Samosate au
commencement du IVe siècle8. Un trait mérite d'être
signalé. On sait que les persécutions de Sapor eurent
presque toujours pour prétexte la sympathie des chré-
tiens de la Perse pour les empereurs romains convertis;
or, l'édit de persécution parait avoir été inspiré par la
formule en vigueur à Rome, telle que M. Gaston Boissier
l'a reconstituée lJ : Publicatuni est ediclum crudele, et
educta eut wnmitis romphea, gladioque impertita est
poteslas ad perdendum quemeumque dicentem : Chri-
slianus ego sum. A ce propos, nous pourrons fournir à
la démonstration de ce savant une nouvelle preuve dans
la Passion de saint Savin où le peuple crie : Chrisliani
lollanlur et voluplas constat. Diclumest duodecies : Per
caput Augusli, Cluistiani non sintlu.
Les Actes des martyrs d'Afrique comptent parmi les piè-
ces les plus achevées. Nous n'en relèverons ici qu'un seul
détail qui a trait à la vision de Saturus, compagnon de
martyre de sainte Perpétue. Un rapprochement s'établit
naturellement entre la vision dont fut favorisé ce chré-
tien et les récits similaires de l'Apocalypse. Ce qui trappe
tout d'abord, c'est la réduction du patron liturgique laissé
par l'apôtre saint Jean. Le matériel et le personnel se
ressentent probablement de la modestie imposée à une
petite église, comme celle de Thuburbe. Les vingt-quatre
vieillards sont réduits au nombre de quatre, la synaxe
parait appartenir au type qu'on a nommé « alitur-
gique » , c'est-à-dire la réunion qui n'était pas suivie
de sacrifice, enfin elle ne se poursuit pas sans fin, jour
et nuit, et le baiser de paix ne vient qu'après le Trisa-
gion, ce qui marque encore un peu plus l'écart existant
dès cette époque entre l'usage oriental et le type litur-
gique romano-alricain.
1 L. Renier, dai^ l- Ai chives des missions scientifiques, 1851,
p. 481, note 1. — 2 R. Cagaat, Armée romaine d'Afrique, in-8%
Paris, 1802. p. 538, Gg. — ;l M. Besnier, Les schol;e de sous-offi-
ciers dans le camp romain de Lambè&e, dans les Mélang. d'arch.
e£d'/!is£..18'J9, t. xix,p. 225; voyez un plan de l'édifice en question,
p. 230, fig. 3 et pi. VI. Lamboesis, dans Nuovo bail, di arch.
crist., 1898, p. 212 sq. — * Cf. P. Allard, La persécution de Dio-
ctétien, in-8% Paris, 1890, t. i, p. 254 sq. — " Actes de Karduy ;
Actes de Saba-Pirgouschnasp. Cf. R. Duval, La littérature sy-
riaque, p. 127 sq. — 6 Actes de Miles. Cf. R. Duval, La littéra-
ture syriaque, p. 127 sq. — 7 Bedjan, Acta mart. et sanct.,
t. IV, p. luC sq. — 8 Assémani, Acta sanct, mart., t. Il, p. 123-
D1CT. D'ARCH. CHRÉT.
En Gaule, la lettre adressée par les Églises de Vienne
et de Lyon aux Églises d'Asie et de Phrygie a donné lieu
à d'ingénieuses conjectures. Les réminiscences bibliques
contenues dans cette pièce paraissent trahir un écrivain
plus familier avec l'ancienne version en usage dans les
trois ilôts chrétiens de la Gaule du IIe siècle, Lyon,
Vienne et Autun, qu'avec l'original grec".
XL Les Actes des martyrs et l'histoire littéraire.
— Les Actes nous lournissent des documents tout à fait
curieux au point de vue de l'histoire littéraire. Quelle
que lût la culture' intellectuelle des martyrs, ils étaient
au courant des écrits contemporains. Les Actes des mar-
tyrs d'Afrique nous donnent sur ce point plusieurs laits
certains.
Les visions de sainte Perpétue offrent des points de
contact évidents avec les images mises en circulation
par un livre alors célèbre, le Pasteur d'Hermas. Le
rapprochement a été établi longuement ailleurs, nous
n'en rapportons ici que quelques traits 12.
PASSIÙ PERPETUEE.
Jam in magna dignatione es,
tanta ut postules visionem et
ostendatur tibi an... (c. IV).
Bene venisti.
In habitu pastoris.
Tune intellexi translatum eum
esse de pœna(c. vm).
Et facta sum masculus (c. X).
Elïerens... raraum viridem in
(juo erant mala aurea.
Coepimus ferri a quattuor an-
gelis in orientem, quorum ma-
nus nos non tangebat (c. XI).
Niveos habentem eapillos et
vultu juvenili cujus pedes non
vidimus (c. xii).
Osculati sumus illum... et
dixerunt nobis seniores : Ite et
ludite.
Si quas habetis inler vos dis-
senti nés dimitlit? vckis invi-
eem (c. xin;.
iif.km.e pastor.
Quia me dignum aestimavit ut
ostenderet mihi mirabilia sua
< Visio, iv, 1).
Bene elTugisti (Visio, iv, 2).
Habitu pastorali (Mand. pro-
œm.).
Tune illis continget transferri
de pœnis (Visio, m, 7).
Et videbar iunior lactus esse
(Similitudo, ix, 11).
Alii aflerebant virgas suas vi-
rides (Similitudo, vin, §2, n.l).
Venerunt quattuor juvenes et
tulerunt cathedram ad orien-
tem... duo quidam viri... su-
stulerunt illam humeris et abie-
runt, ubi et cathedra erat ad
orientem (Visio, i, 4).
Faciem quidem juvenilem ha-
bebat... capiltos aniles (Visio.
m, 10) borum laciem non vidi
illad.).
Osculari me cœpit.. et ipsœ
cœperunt me ut fratrem oscu-
lari, et ducere circa turrim et
lndeie mecum (Similitudo, IX,
11).
Pacem habete abus cum
alio... et suscipite vos invi-
cem... ne forte hoe dissentiones
vesu-ae fraudent vitam ve-
stram... Commonete ergo vos in-
vicem (Visio, m, 9).
Nous ne cherchons pas ici à analyser ces visions,
cette question sera traitée ailleurs. Voir le mot Visions.
Un autre lait mérite d'être rapporté afin d'apprendre a
ceux que ces recherches intéressent ce qu'on en peut
attendre. Les martyrs de Carthage, Luce, Montan et
leurs compagnons adressèrent à leurs frères une lettre
dont la fin est manifestement inspirée par une rémi-
niscence de quelque poème dans le goût de Commodien,
leur contemporain13.
147. — "Assémani, Dibliutheca oriental)!, Romae, 1719, t. I,p. 187
Cf. G. Boissier, dans la Jïevue archéologique, 1S76, t. xxxi,
p. 119 sq. — 10Baluze, Misccllunea, éd. Mansi, t. I, p. 12. Cl. AC-
CLAMATIONS, col. 240. — " Armitage Robinson, Note on retrans-
lation from a latin version of the N. T., dans Texte and sludies,
in-8", Cambridge, 1891, t. i, fasc. 1, Addilional notes, n. 2, p. 97-
100. — l» Robinson, The passion of S. Perpétua, uewly edited
from the ma. witk an introduction and notes, dans TextS and
studies, 1891, t. i, lasc. 2. Voir les chap. : The influence of the
Shephcrd of Hermas upon the Visions of martyrs et The tn-
flucuce o/ the Apocalypse of Peter on the vision of Saturus. —
,3DeRossi, Inscr. christ, urb. Rom., t. il. pais l,proœm. p.xxxu.
I. - 14
419
ACTES DES MARTYRS
4'A)
Acta martyrum, Amstelodami,
1723, p. 233-234.
Si nos invitant iustis promissa
praemia, si terret iniustis pœna
proedicta, si cum Christo esse
et regnare cupimus, quœ ad
Christum et ad regnum ducant,
illa faciamus.
Restitution des hexamètres.
Si nos invitant promissa prœ-
[mia iustis,
Si terret injustis pœna praedicta
[(gehenna?),
Si cum Christo esse et (semper)
[regnare cupimus,
Qux ad Christum et regnum
[ducant, illa faciamus.
XII. Les Actes des martyrs et l'épigraphie. — Les
Actes des martyrs ont avec l'épigraphie un lien parti-
culièrement étroit.
Les Actes ont conservé un grand nombre de traits et
d'expressions qui sont en parfaite concordance avec les
épitaphes chrétiennes. Une marque de la plus haute
antiquité pour les inscriptions non datées, c'est ta pré-
sence du vieux système romain des tria nomina, la
mention du père du défunt, de ceux qui lui ont consacré
une tombe, l'indication de sa patrie, de sa condition
sociale, de sa protession, enfin la date de la mort et le
calcul minutieux du temps de-sa vie entière. Tout ceci
appartient au formulaire de l'épigraphie lunéraire
païenne dont le type se maintient invariable pendant
des siècles; au contraire, chez les fidèles d'Occident, on
observe que chacune de ces mentions tombe pièce à
pièce et fait place finalement à un formulaire différent.
Un changement si général et si complet s'explique par
le triomphe d'une doctrine condamnant ces mentions en
apparence inoffensives. Or cette doctrine, nous en voyons
les principes énoncés dans certains Actes.
Si on se reporte au schéma de l'interrogatoire que
nous avons donné plus haut, on remarquera que les
interrogations qui sont faites correspondent aux men-
tions des épitaphes païennes. L'inculpé doit déclarer
son nom, celui de son père, sa patrie, sa profession, sa
condition sociale. Or, aux interrogations qui leur sont
faites, nous entendrons répondre les chrétiens d'une
manière toute nouvelle. « As-tu des parents? dit-on à
Pierre Balsame. — Je n'en ai pas. — Tu mens, reprend
le juge; on m'a dit que ton père et ta mère existent. —
L'Évangile m'ordonne de renier tout, à l'heure de la
confession1. » Saint Irénée de Sirmium est imbu de la
même doctrine ; sa femme, ses petits enfants, ses parents
l'avaient entouré, supplié devant tous; on l'interrogea :
* Tu es marié? — Non. — As-tu des parents? — Non.
— Et quels sont ceux qui pleuraient à la dernière au-
dience? » Irénée répondit : « Le Seigneur a dit : Celui-
là n'est pas digne de moi qui me préfère son père, sa
mère, son épouse, ses frères ou ses enfants'-. » Saint
Lucien3, saint Hiérax4, saint Victor d'Agen5 répondent
de même. La patrie est également omise, la condition,
et le reste. A Lyon, en l'an 177, on interrogeait un
diacre nommé Sanctus; à toutes les questions, celui-ci
opposa une seule réponse : « Je suis chrétien6, » et à
propos de la même parole dite et répétée par saint
Lucien, saint Chrysostome s'écrie : « Celui qui pro-
nonce cette parole a fait connaître sa patrie, sa famille,
sa condition, tout enfin à la fois. Le chrétien n'appar-
tient pas à une ville de la terre, mais a la Jérusalem
«Ruinait, Acta sinecra, 1713, p. 502. — « Ibid., p. 402,403.
— *S. Jean Chrysostome, liumil., XL VI, n. 3, P. G., t. i, col. 524
sq. — • Acta S. Justini, 3, dans Ruinart, toc. cit., p. 59. — * Acta
S. Victoris Aginnensis, dans Acta sanct., jan. t. n, p. 167. —
« Eusèbe.Hist. ecclcs., 1. V, c. i, P. G., t. x\. col. M6. — "S. Jean
Chrysostome, Homil. in S. Lucianum, n. 3, P. G., t. L, col. 524
sq. — «Cf. Ruinart, loc. cit., 1713, p. 59, 157, 389, 397, 478.
— • Martyrium Polycarpt, dan% Funk, Opéra Patrum apustuli-
corum, L i. - " Ruinait, Acta sinecra, 1089, p. 457 sq. — ' ' Rui-
nart, Acta sincera, p. 309. — "Acta S. Marciamr. dans Acta
sanct., 9 janv. — ,3 Gruter, Corp. inscr., p. cccclxxxix, n. 12. —
"Passio S. Savini, 5, dans Baluze, Miscell., t. 1, p. 12. — "Orelli,
Inscript, latinar. scleclar. ampliss. coltectiu, in-8\ Turici, 1S28,
a: 1758. — "Acta martyrii SS. 2'imolliei et Maurx, 8, dans Acta
céleste. La libre cité de la Jérusalem d'en haut est noire
mère. Le chrétien n'a point de profession, il est du
monde immatériel. Pour nous, dit l'Apôtre, nous vivons
déjà dans le ciel. Le chrétien a pour concitoyens et pour
parents les saints. Il est écrit : Nous sommes les conci-
toyens des saints et les serviteurs de Dieu. Une seule
parole disait donc exactement qui était le martyr, quels
étaient son pays, sa protession, sa famille7. »
Tous ces traits se retrouvent dans les épitaphes et
dans les interrogatoires du recueil de dom Ruinart8.
Un autre point de contact remarquable, c'est la mention
de la date de la mort. Nous avons montré que le récit
officiel des souffrances endurées par les fidèles servait à
l'office liturgique, principalement lors de l'anniversaire
du martyr. Cet anniversaire, dont nous voyons l'usage
établi dès le milieu du IIe siècle 9, constituait une
innovation sur les coutumes païennes. La mort n'ap-
portait aux gentils qu'un avenir trop incertain — si
ce n'était pas, suivant un grand nombre, le néant —
pour qu'on ne répugnât à en rappeler le souvenir. Les
chrétiens, au contraire, y voyaient une nouvelle nais-
sance : dies nalalis, et célébraient ce jour comme
celui de la délivrance. On en faisait mention exprès-. ■
sur les épitaphes et on avait l'usage de transcrire en
tète des actes ou à la conclusion, la date exacte de la
mort.
Signalons un dernier point. On sail quelle répugnance
le christianisme professait pour le métier des armes.
Le traité De corona militis répondait exactement à
l'état d'esprit d'un grand nombre de chrétiens que la
lecture publique et solennelle des Actes des saints avait
dû fortifier puissamment. On proposait en exemple
l'héroïsme de Tarachus '" quittant l'armée afin de garder
sa foi. de Maximilien " se refusant au service obligatoire,
et martyrs tous deux. Or, les inscriptions portant la
mention de titres militaires, avant la paix de l'Lylise,
sont extrêmement rares.
Ln ce qui concerne les mots ou les phrases qui peuvent
être rapprochés des expressions identiques relevées
dans les inscriptions, leur nombre est très grand. Bor-
nons-nous à en citer quelques-unes.
... in ludo giadiatorio l-...
... LVDVM ETIAM GLADIATORIVM «'.
... lapide coroiite'*...
... SIMVLACRA DVO COROLITICA <».
... stipendia menterunt 1S...
... STIPENDIA AVT PLVRA MERVERVNT ».
... sociala Martyribus1*...
... MART(;/|RIBVS SOCIATAE i».
... -/j;i<7Teïvô; àx /pturiacvtôv yovàov 20...
... reNeHxpicTiANOcîi.
... visionibus sxpe adrioni/a1'-...
... VISIONIB[n*-) FREQVENTER ADMONIT[wî]«.
... ni tibi bene sit '-*...
... BENE SIT TIBI =•-.
... jam in morte estis cotUtltuH**...
... HVNC MORTI CONSTITVTVM ESSE21
... rir toiius sanctilatis -8...
... TOTIVS CASTITATIS et d'autres*».
sanct., 3 mai. — " Léoi ucil de diplflmes militaires,
in-V. Paris, 1870, ji. 56, 96, 100, 128, etc. — «• De 1 . Acta
martyrum ad Ostia Tihcrina, p. i.xv. — "Le Blant, Insctipt.
chrétiennes de ta Gaule, n. 854, cf. a. 288 et 492. — "Acta S. Ursi-
cini, 4. dans Acta sanct., 14 août. — »' Bayet, De tilutis Allicir
Christiania, in-s\ Lutetis, 1s7,s, n. 75. — " Acta sanct., jun.,
t. m, p. 821. — «•' E. Le Ulant. friser, chrét. de la Gaule, n. 678 I».
— »* Acta S. Canionis. 15, dans Acta sanct.. 25 mai. — "Car-
dinali, Iscritioni antiche VeKterne illustrate, in-4-, Roma, 1833,
p. 150. — *• Vita SS. Fauslini et Jovitm, 7, dans Acta sanct.,
15 fùvr. — " Marin), Atti c monument! (/*•' fratelli Arvali, in-4*.
Roma, 1795, p. 171. — •* Passio SS. Rufl et Carponii, 1, dans
Acta sanct., 87 août — "Passionei, Iscrizioni antiche, in-IoL,
Lucca, 1763, cl. val, n. 19.
4-21
ACTES DES MARTYRS
422
... xat Ttavrc Tw oixd) oou'...
... K£ DANTOC TOC TOY OIKOY AYTOY *.
... Ynep nANîoc toy oikoy moy^.
... KAI TOY OIKOY OAOY *.
... per l[v\r»inare cryplse jactantes'...
... AD LVMINARE6.'
... coronati sunt sancti 7...
...CORONATI SVNT BEATI CONFESSORES».
.... moniti sunt per visuni9.
... VISV MONITVS'o.
Ces observations pourraient être multipliées; mai*
elles suffiront, telles quelles, à montrer, d'une pari,
l'étendue ds sujet, et d'autre part, à indiquer les con-
clusions générales qu'une étude plus approlondie per-
mettra de tirer, mais qui sont en dehors de nos recherches.
Elles appartiennent à l'historien. Le rôle de l'archéologue
est beaucoup plus modeste, il n'en est peut-être que
plus attrayant et ses observations plus durables.
XIII. Les Actes des martyrs et les monuments figi -
RES. _ /, sarcophages. — Plusieurs sarcophages se sont
inspirés des apocryphes pour la représentation du mai-
tyre de saint Paul.
Un sarcophage du musée de Marseille y consacre deux
scènes (lig. 67). La première représente l'apôtre avec le
soldat qui va le décapiter au lieu dit A g use Sainte: cette
67. — Lu cusloùla militaris.
Fragment d'un sarcophage chrétien du musée de Marseille.
D'après une photographie.
note topographique est indiquée, suivant l'usage adopl
pour représenter les fleuves et les sources, par une tige
de roseau ". La seconde scène montre l'apôtre aux mains
d'un homme dont le costume n'olire aucune note carac-
téristique et qui lui a passé une corde au cou. Ceci com-
• Martyrium S. Vari, 6, dans Acta sanct., 8 oct. — * F. Lenor-
mant, Recherclies archéologiques à Eleusis, in-8% Paris, 1862,
p. 379. — 'Bertoli, Le antidata d'Aquileja, in-iul., Venezia, 1730,
p. 343. — * Le Blant, [riscr. chrét. de la Gaule, n. 547. — 5 Acta
SS. Marcellini et Pétri, 10, dans Acta sanct., 2 juin. — • De
Rossi, Borna sotterr., in-4% Roma, 1877, t. m, p. 109. Ct. E. Le
Blant, Les Actes des martyrs, p. 275. — ''Acta SS. Marcelli.
Mammx, 1, dans Acta sanct., 27 août. — 8 De Rossi, Bull. di
arch. crist., 1864, p. 30. — "Acta S. Devotm, 9, dans Acta
>anct., 27 janv. — ">Gruter, loc. cit., p. LXX, n. 7; p. cxxx, n. 11.
— " G. Zoëga, Bassiritievi di Huma, in-'r, Roma, 1808, t. II,
pi. LV;De Rossi, Bullettino di arch. crist., 1872, pi. 11, n. 1
R. Garrucci, Sturia dell'arte cristiana, in-tol., Prato, 1873,
pi. cccxxiv,n.2. — <*Act., XXVIII, 16; Digest., 1. XLVIII, tit. vm,
1. 1. 12, 14; Josèphe, Anliq. jud., XVTII, vi; Sénèque, Epist., v,
mente exactement ce que nous apprennent les Actes des
Apôtressur la captivité de saint Paul à Rome, où il lut
constitué à L'état de cusùodia militaris, c'est-à-dire re-
mis à la garde d'un frumentaire prétorien et logé à ses
(rais dans l'enceinte ou dans le voisinage des cdstraprx-
toriana12. Cette demi-liberté faisait place à une mesure
très différente dès que l'apôtre sortait; il devait alors
être attachée son gardien ' ■' : c'est cette circonstance que
rappelle le bas-reliei. La scène est occupée par une
troisième personne, une lemme debout, dont l'identifi-
cation n'est pas certaine. Le P. Garrucci y voit sainte
Thècle. De Rossi, dom Guéranger et E. Le Blant pré-
fèrent y voir une Romaine nommée Plautilla à laquelle
le pseudo-Linus donne un rôle dans la scène du martyre
de saint Paul '*,
« Quand Paul arriva aux portes de la ville, une dame
noble nommée Plautilla, généreusement altachée aux
apôtres et remplie de zèle pour la religion, approcha de
lui. Elle pleurait. Paul lui dit : Va, Plautilla, fille du sa-
lut éternel, préte-moi le voile qui te couvre la tête et
écarte-toi un peu à cause de la foule. Attends ici jus-
qu'à mon retour, je te rendrai alors ce voile que je ré-
clame de ta charité. Il servira à me bander les yeux,
après quoi je le le remettrai afin qu'il te soit le gage de
mon amour pour le nom du Christ à l'instant où je vais
à lui. Plautilla présenta le voile 18. »
Rappelons que le martyre de saint Paul se voit en-
core sur un sarcophage de Saint-Maximin l6, sur celui
de .lunius Bassus 17, sur un autre sarcophage conservé
au musée de Latran 18.
//. DAS-nELiErs es maiuuie. — En 1875, ont été retrou-
vées dans la basilique semi-souterraine du cimetière de
Domitille 19 deux colonnes, ayant fait partiedu ciborium;
sur chacune desquelles étaitsculptée la décapitation d'un
martyr. C'est un travail du IVe siècle. L'une des colonnes
est entière et porte, au-dessus du bas-reliet, le nom
d'ACILLEVS; de l'autre, il ne reste qu'un fragment,
qui permet néanmoins d'y trouver une réplique servile
du sujet précédent; le nom de NEREVS devait y être
écrit. Les colonnes sont de marbre blanc, au diamètre
de 0m25. Le martyr est vôtu d'une tunique, il a les
bras liés sur le dos et attachés à une croix que surmonte
une couronne triomphale (fig. 68). Un soldat portant la
tunique ceinte et lachlamyde tient le martyr de la main
droite et lève son glaive sur la tête de la victime. L'ins-
trument dont il fait usage n'est ni la hache des licteurs,
ni l'épée des légionnaires, mais une sorte de coutelas
court ct large qui olfre quelque analogie avec la dague
plus propre pour égorger que pour décapiter. Il faut re-
marquer ici cette combinaison curieuse de la croix et
de la jugulât io : le condamné à la décapitation nous est
montré attaché à un poteau en lorme de croix 2U et il se
pourrait que la croix fût ici synonyme du supplice en
général, non l'indication d'un genre de supplice parti-
culier. On lit en ellet dans le Carmen damasianum des
diacres Agapit et Felicissime, compagnons de martyre de
saint Sixte : Hl CRVCIS INVICTAE COMITES PARI-
TERQVE MINISTRI, « les compagnons de sa croix in-
De tranquillitate animi, 10. — <8 Philipp., I, 13, 14, 17; Co-
loss., IV, 3, 18; Ephes., m, 1 ; VI, 20; Act., xxvm, 20. — <* E. Le
Blant, Les sarcophages chrétiens de la Gaule, in-fol., Paris, 1886-
p. 46, pi. xi, n. 3. — ,s Bibliutheca Patrum maxima, in-iJ., Lug.
duni, 1677, t. n, p. 90 sq. Ci. R. Lipsius, dans Smith-Cheetham.
Dictionary of Christian antiquity, au mot Acts uf the apostles
(apocryphal), t. i, p. 29. — "> E. Le Blant, lue. cit., p. 150, et
pi. liv, n. 1. — ,7Bosio, Roma sotterranea, in-iol., Roma, 1G32,
p. 45; A. Venturi, Storia delVarte Ualiana, in-8-, Milano, 1901,
t. I, p. 196, fig. 182. — >* Venturi, lue. cit., p. 205, fig. 191. Cl. De
Rossi, Bull, di arch. crist., 1872, p. 10 et note 3. — "'Sur cette
basilique, ci. De Rossi, Bullettino di arch. criât., 187:», p. 160,
1874, p. 1-35, 68-75 et pi. III, iv, v. — «"Cl. L. Duchesne, Le Li-
ber puntificalis, in-4°, Paris, 1884, t. I. p. 156, note 9; P. Allard,
Hist. des persécutions, in-8-, Paris, 1887, t. m, p. 322.
423
ACTES DES MARTYRS
4-24
vincible en même temps que ses diacres ' ; » or, ni
saint Sixte, ni ses diacres n'ont été crucifiés2. Il y avait
donc là une métaphore, qui a pu être employée égale-
St.
68. — Décollai., i. de saint A.-h.ll.
D'après une colonne de marbre reproduite
dans le Dullettino di archeologia cristiana, 187j, pi. iv.
ment pour les saints Nérée et Achillée, niais ni leurs
Actes 3, ni l'éloge que le pape Damase leur consacra 4 ne
permettent de l'assurer.
L'inscription ACILLEVS n'indique pas une époque
très tardive. Les papyrus de l'abbé Jean, contemporains
de saint Grégoire, concernant les reliques du trésor de
Monza, portent ce nom : ses Acilleus s ; au contraire, une
inscription qui doit dater du début du Ve siècle se lit :
ACILLEY IN PACE <•; il est vrai que Buonarolti en donne
une lecture différente : ACHILLEV ', mais la note auto-
graphe de Boldetti à Buonarolti retrouvée par De Bossi
porte: ACILLEY et restitue l'inscription au cimetière de
Cyriaque 8. Enfin, il existe un verre païen portant la men-
tion : ACILLIS '•>, qui appartient à la langue populaire.
///. BAS-RE US F BN ARGENT. — Le Liber /nuit i/icalis
rapporte que sous le règne de Constantin le pape saint
Sylvestre fit placer dans la basilique semi-souterraine
de Saint-Laruent, sur la voie Tiburtine, un bas-relief en
'A. Mai, Scriptorum veterum nova collectia, in-4", Romse,
1831, t. v, p. 377, n. 4; Do Rossi, Inscript. chrUtianœ u/bis
rtomsc, in-fel.. H.. mue, 1888, t. n, p. 66. et Tloma sotterranea,
in-fol., Rema. 1867, t. u, p. 94. — «L. Duchesne, Liber poitti/i-
calis, Xystus 11, t i, p. 155 ; P. AUard, Hist. des persécutions,
t. m, p. Mn-i'JS Nous trouvons dans la description du martyre
de sainte Ku| hémio, par saint Astèrc d 'Amasée. au iv siècle, un
texte qui noua Minl.le Limel : Porro oranti Mi apparet si
caput ejus siytium illud, quod christiani adurare ac appin-
gère sollemne habeMt : putoque ûppetentia passivtns symbu-
luni. Ruinai l. Avili shiceia, p. 544. — s Acla saiict , maii t. m,
p. 11. - • t c lt..ssi. Bulletiitio di arch. criai., 1874, p. 20. —
M)e R«.ssi lu tua si.ltci ni,,<a. in-fel., R. ma. 1864, t. i, p. 180,
col. 2. — • Buldetti, Ossarvazivni supra i cimiten de' santi mar-
argent sur lequel était représentée la passion du saint
nous ne savons rien de plus sur cet ouvrage ' ° ; il se pour-
rait cependant que la médaille de plomb que nous dé-
crirons (fig. 79) fût une copie de ce bas-reliet.
iv. bronze relevé en bosse. — Une légère lamelle
de bronze ayant servi de reliquaire offre sur l'une de
ses faces le Christ changeant l'eau en vin à Cana, l'autre
face représente n i martyr enterré vivant ju qu'à mi-
tift — Martyre de saint Vital.
D'après une cassette en bronze reproduite
dans le Bullettino di archeologia cristiana, 1872, pi. n.
corps, soit dans un puits, soit dans une fosse, à qui un
ange apporte du ciel le réconfort. Un buisson de plantes
aquatiques placé à côté du martyr indique que la scène
se passe dans un marais ou proche d'une nappe d'eau.
Le martyr tient de la main droite un objet qu'on ne
saurait confondre avec la palme, mais qui est un arl.i .-
seau entier (lig. G9).
L'angle supérieur gauche porte une inscription; mal-
heureusement, ce petit bijou ayant été abimé, on ne
peut lire autre chose que GIB00 et il ne semble pas
qu'on puisse rapprocher ce nom d'aucun de ceux du
martyrologe hit'ronvmien. Peut-être le genre de inj-
ure et la proximité d'un ange et de plantes aquatiques
inviteraient-ils a voir ici un épisode connu du martyre
des quarante chrétiens de Sébaste11. On sait qu'ils fu-
rent conduits sur un étang gelé, dépouillés de leurs
vêtements pendant une nuit d'hiver, et que l'un des
gardes vit les anges descendre du ciel et s'approcher
des martyrs pour les fortifier. Sans doute, lereliquaiie
ne représente qu'un martyr au lieu de quarante, mais
l'exiguïté du champ donné à l'artiste, et peut-être aussi
son inhabilité l'ont engagé à résumer ainsi le texte qu'il
interprétait. Le reliquaire trouvé à Borne peut sans
doute provenir de l'Orient; néanmoins, le culte des
martyrs de Sébaste était si bien établi en Occident dès
le ve siècle t-, époque de la fabrication du reliquaire qui
nous occupe, que rien ne s'oppose à ce que ce sujet ait
été traité par un artiste de nos régions.
Cependant, une double objection s'oppose à i
identification; d'abord les martyrs île Sébaste ne furent
pas ensevelis jusqu'à la ceinture, ensuite le symbole
tenu dans la main droite ne saurait être ramené à la
palme ordinairement employée. De Bossi propose don. •
de voir dans le personnage représenté saint Vital de
Bavennc. Ce martyr', dont la célébrité fut considérable,
fin edantichi eristiani di Roma, in-foL, Rama, 17-20, p. 488. —
" Buonarotti, Osservazioni sopra olcuni frammenti di vasi an-
lichi di vetro ornoti di figure trwoli nef limiter! di Roma.
u-'r, Firenae, 1716, p. ii ï 'Florence, bil.lùtli. N:
cod. A. 195. Cf. i ■ U. di arch. criât., 1875, p. y, n
— "Olivieii, Di alcune altre antiebità cristiana del musf
Olivieri, in-4 I 1781, p. m; R. Garrucci. Vetri ornoti <<<
ligure in oru travail nei ciiniteri dei eristiani primittl
Roma, in-fel. . H. ma, 1858 (Sf edit), p. 189-191. — '• 1
puntificatis, éd. L. Ducliesne, Silvester, t. i, p. 1st; et. p 197
lu.te 84. — " Ruinait. Acta sincera. in-4', Paris, 1689, p. 58.
h Delehaye, The fort g martyrs of Sebaste, dans Americem
cothoUc quarterly revient, 1889, t. xxiv. n. 93, p. lt 1-171. —
"Tillemont, Meut, hist. eccl., in-4-, Bruxelles, P88, t. v, |
«25
ACTES DES MARTYRS
426
nous est connu par des Actes de peu de valeur1 qu>
nous apprennent que Vital fut conduit au supplice hoiv
de la ville, au lieu appelé ad Palmam; et là, ajoute 1(
texte : facla fovea quousque inveniretur aqva, supi-
»us depositus terra ac lapidibus oppressas est2. Le-
environs de Ravenne sont marécageux et on s'explique
ainsi le peu de profondeur requise pour la fosse afin
d'atteindre l'eau, de même que la présence des plantes
aquatiques figurées sur notre reliquaire'.
v. bas-relief ex GRES. — Nous décrirons avec détail ce
monument dans une autre dissertation (voy. Ad metalla,
A è\ www
70. — Condamnés aux mines.
D'après un bas-relief reproduit dans la Revue archéologique,
1882, t. i, p. "193.
col. 474], nous ne ferons que le signalera cette place parmi
les monuments relatifs aux Actes des martyrs (fig. 70).
VI. ivoire. — La collection du British Muséum pos
sède une pyxide ovale dont la décoration représente h
jugement, le martyre et le sanctuaire de saint Mcnn-
d'Alexandrie. Deux scènes nous intéressent plus parti-
culièrement : la comparution et le supplice. Dans la
première, l'empereur est assis, il parle, tient son sceptre
et gesticule, il est couronné, vêtu de la tunique et du
pallium, et pose 1/s pieds sur le scabellum. Auprès de
lui est une table derrière laquelle se tient un person-
nage présentant l'acerraque l'empereur ordonne d'offrir
aux dieux. La scène parait se passer dans le prselorium
autant que permet d'en juger une courtine qui remplit
le cadre de la porte (fig. 71).
La deuxième scène nous montre le supplice du martyr
en présence de l'empereur (fig. 72), et ce trait est pleine-
ment d'accord avec la notice du Ménologe, au 10 dé-
cembre. On a confondu parfois Menas l'Égyptien avec
Menas un Phrygien de Cotique, mais Assemani * et Mor-
celli 3 ont très bien fait observer que Menas l'Égyptien
n'avait pas été transporté à Constantinople.
* Ibid., t. n, p. 229, note h. — ■ De Rossi, Bail, di arcli.
crist., 1872, p. 8-10, pi. H, 1; A. Nesbitt, dans Smith-Cheetham,
Dict. of christ, antiquity, au mot Religuary, t. n, p. 1784. —
1 A.. Nesbitt, On a box o/' carved ivory of the sircth century,
by A. N., together with a letter on the same subjectby padre
Raffaele Garrucci, dans Archœologia, t. xliv, 1873, p. 321 sq. ;
R. Garrucci, Storia dell' arte cristiana, in-fol., Prato, 1873,
pi. ccccxi.vi, fig. 3 ; Graeven, dans Boixner Jahrbùcher, tasc. 105,
1900, p. 158, pi. xix, fig. 2; J. O. Westwood, A descriptive cata-
logue of the fictile ivories in the South Kensington Muséum,
in-8-, Lond.m, 1876, p. 274; G. Sluhlfauth, Die altchristliche El-
'enbeinplastik, in-8», Freiburg, 1895, p. 92, et Die Engel in der
7 I. verre gravé. — 1° Un autre souvenir nous est resté
de la condamnation aux mines. C'est un verre, trouvé par
Boldetti dans un cimetière de la voie Appienne ou de la
voie Ardéatine, représentant un homme imberbe, la
71. — Comparution de saint Menas.
Ivoire du British Muséum. D'après une photographie.
chevelure rasée, le front marqué d'une croix et portant
la corde au cou 6. L'original est malheureusement perdu
et nous en sommes réduits au dessin du très inexact
Boldetti. Cependant, tel que nous devons l'étudier, ce
72. — Martyre de saint Menas.
Ivoire du British Muséum. D'après une photographie.
petit monument parait pleinement d'accord avec les
textes (fig. 73).
Saint Cyprien nous apprend que la persécution de
Valérien (257) envoya dans les mines de Sigus plusieurs
évêques ses collègues, des prêtres, des diacres, des fidè-
les1. Avant de les descendre dans le puits de mine on
battit de verges les condamnés s, on les marqua au
front", on leur riva aux pieds des entraves10, lesquelles
probablement, comme dans les chiourmes les plus sé-
vères, étaient jointes par une courte chaîne qui entou-
rait les reins du condamné11 et rendait l'évasion im-
altchristlichen Kunst, in-8', Freiburg, 1895, p. 178. Comparez le
travail avec celui du cathedra de Maximien à Ravenne. 556;
Strzygowski, dans Rômische Quartalschrift, 1897, p. 40, et Grae-
ven, loc. cit.; O. M. Dalton, Catalogue of early Christian anli-
quittes, in-4°, London, 1901, p. 54, n. 297. pi. IX. — * Assemani,
Kalendarium Ecclesiœ universalis, in-4\ Romae, 1755, t. v,
p. 461.— s Morcelli, Kalendarium Constantinopulitanum, in-4",
Romoo, 1788, t. I, p. 222. — ° Boldetti, Osscrvazioni sopra i ci-
miteri de' santi martiri di Roma, in-tol., Roma,1720, p. 60. —
1£pis'.,LXXVii, P. L., t. iv, col. 427. — * Ibid., P. L., t. iv, col. 428.
— oPontius, Vita Cypriani, 7, P. L., t. III, col. 1547. — "Epist.
lxxvii, P. L., t. iv, col. 428. — "Plaute, Captivi, act. m, v. 75-77.
427
ACTES DES MARTYRS
£28
possible ; il se peut même que la chaîne remontât non
jusqu'aux reins, mais jusqu'au cou du condamné. Les
condamnés ad metalla étant, par le fait, trappes de
mort civile et par conséquent d'esclavage, encouraient
des sévices extraordinaires, par exemple la rasure des
cheveux de la moitié de la tète'. Théodoret nous a
conservé de saint Pierre d'Alexandrie, successeur de
'3. — Condamné aux mines.
D'après le verre gravé trouvé par Boldclli et reproduit
dans te Butlcttinu di arclieologia cristiana, 18*18, pi ni.
saint Athanase (373), une lettre dans laquelle il rapporte
que plusieurs catholiques lurent relégués de son temps
aux metalla de Phœnos, d'autres dans ceux de la Pro-
connèse (iles de Marmara). Ils furent bientôt suivis par
un diacre de Rome qui avait apporté à Pierre les let-
tres du pape Damase. et auquel on lit souffrir de nom-
breuses cruautés; au moment où on l'embarquait pour
Phsnos, le diacre se marqua lui-même le front du signe
de la croix 2. -
2° Un verre publié par Arevalo représente saint Lan-
74. — Martyre de saint Laurent
D'après un verre publié dans Prudence, Opéra,
édit. Arevalo, p. 936.
rent sur le gril, le ventre tourné du côté du feu, et le
nom LAVR£CIV écrit en haut •' (lig. 74).
vui. tehhf cuite. — Une lampe en argile de la fin du
II» siècle représente sur un suggestion un homme
• Epist., i.'xxvn, P. L.. t. iv, col. 129. -' tlist. ceci., 1. IV,
c. xix, P. G., t. lxxxii, col. 1177. — 3 Prudence, éd. Arevalo,
t. il, p. 936, P. L., t. LX, col. S35. Cf. Franciscus a Puteo, Me-
tnorie delta vita, del martirio, de' miracoli, del culto di San
LorentO, in-'r, Huma, 1766. — *De Rossi, Bull, di arcli. criât.,
1879, p. 21 et pi. ni, n. 1 : P. Allard, Polyeucte : note sur les
Procès des martyrs, Tours, 1889, p. 161; P. Bruna, dans
nu lié a un poteau et un lion qui s'élance sur lui^. Le
travail ne permet pas de décider si le condamné est
lié ou cloué au poteau. Le bas-relief représentant le
martyre de saint Achillée montre le saint lié à un poteau
pour recevoir le coup de la mort. Cet usage d'attacher
la victime à un poteau était donc pratiqué pour divers
supplices : l'exposition aux bêtes et l'étranglement, mais
encore pour le supplice du ton. comme nous le voyons
dans les Actes de saint Polycarpe et de saint Pionius.
Placé sur le bûcher, saint Polycarpe refusa d'être cloué
au poteau qui en occupait le milieu : « Laissez-moi, dit-il.
Celui qui me fait la grâce d'avoir à souffrir le feu me
donnera ïa lorce de rester immobile sur le bûcher sans
75. — Lampe représentant un condamné aux bêtes.
D'après le Bullettino di archeologia cristiana. 1879, pi. in.
le secours de vos clous. » On se contenta de le lier. De-
bout contiv le poteau, le* mains attachées sur le dos, il
semblait, disent les chrétiens de Smyrne, un bélier
oflert en holocauste :;. Le texte emploie le motitpoar,XoC .
clouer, et parle de la garantie qu'offrent les clous,
tïjç... Iy. ttôv ),)(.)v ào-ipaXeia;. On lit de même dans la
Passio S. Pionii : ImpositUS ilaque pyrse...ut clavis
trabalibus figeretur membra sua ipse composait. Quem
populus cum vidisset in fixum*... Malgré cette double
indication il semble difficile de croire qu'il s'agisse ici
de clous perçants, comme pour le crucifiement, ce qui
constituerait une aggravation de supplice trop grande
pour être ainsi mentionnée en passant''.
Quoi qu'il en soit, nous avons dans cette lampe le
commentaire d'une expression courante àCarthage pour
désigner les chrétiens; on les nommait, dit Tertullien :
semaxii et sarmentetrii*. Le second terme s'applique
sans hésitation au supplice du feu, quant au premier il
trouvait à s'appliquer à beaucoup de supplices, entre
autres à ceux que nous avons indiqués plus haut; ce-
Studi e documenti di stori,i e du fl îasc. ; E. Le Blant,
Les persécuteurs et les martyrs, in-8', Paris, 1893, p. 288. —
* Martyrium Polycarpi. 13, 14, dans F.-X. Funk, Opéra pair,
apost., in-8% Tubingœ, 1887, p. 296. — • Passio S. Piotu
dans Ruinait, Acta sincera, in-'r. Paris, 1689. p. 186 sq. —
' r. Allard, Hist. des persécutions, t, r, p. 309, note 2. — "IV-
tullien, Apolog., c. i , P. /.., L i, c il
429
ACTES DES MARTYRS
430
pendant il reste quelque obscurité sur le mot lui-même,
semaxii. Le P. Cahier suppose qu'il veut dire (à cause
du grand nombre d'exécutions) qu'un seul chrétien ne
valait pas la peine d'employer un poteau, mais qu'il fal-
lait la paire pour mériter cette dépense '.
Le suggestion sur lequel est placé le condamné est
également d'accord avec ce que les textes djs Actes
nous apprennent. On lit dans la Passio sanelee Per-
pétuée, que le martyr Saturninus super pulpitum ab
urso erat vexalus 2, et plus loin : Saturus...ad
ursum subslriclus ... in partie 3, expressions qui
s'appliquent exactement à l'estrade figurée sur notre
lampe.
Une autre poterie, d'un travail moins délicat, repro-
duit le même sujet avec une importante addition que
les Actes nous expliqueront (fig. 76). On voit ici un per-
sonnage nu à côté du condamné, c'est un venalor, l'épée
Ier siècle de la catacombe de Domilille représentant
Daniel est plus affranchie du canon symbolique et
s'inspire des réalités de l'amphithéâtre, car le person-
nage est placé sur une sorte de tertre ou d'estrade affec-
tée aux exécutions de condamnés ad bestias6.
ix. CAMÉE. — i° Un camée antique publié par le P.
Lupi " représente saint Laurent étendu sur un gril :
7G. — Condamné aux bêles.
D'après une poterie reproduite dans les Mélanges G.-B. De Bossi.
p. 2'j5.
à la main, dont la fonction consistait à ramener les
bêtes féroces sur le malheureux qui leur était aban-
donné. Le vetialor ou besliarius n'avait pour armes dé-
fensives que des bandages sur les jambes et sur les bras,
comme on en peut voir la trace sur les jambes du vera-
lor de notre terre cuite; pour armes offensives, une pe-
tite lance ou une épée. Deux textes nous apprennent
que ce métier faisait courir de grands dangers : la Pas-
sif) sanctee Perpétuée montre un venator blessé mortelle-
ment par le sanglier qu'il voulait contraindre à attaquer
le martyr Satyrus attaché sur le suggestion 4, et un pas-
sage d'Eusèbe raconte comment les bêtes, se détournant
des victimes garrottées, se jetèrent sur Iç venator chargé
de les exciter5. A la différence des pièces que nous ve-
nons de commenter, les représentations de Daniel dans
l'art chrétien primitif représentent le personnage sans
liens entre deux lions; cependant, une peinture du
1 P. Cahier, Souvenirs de l'ancienne Éçilise d'Afrique, in-12,
Paris, s. d., p. 278, note 1. — ! Passio S. Perpctuse, 19, éclît. Arm.
Robinson, in-8«, Cambridge, 1891, p. 89 sq. — 3 Ibid., 19, p. 90. —
' Ibid., 19, p. 90. — » Eusèbe, Hist. eccl., 1. VIII, c. vu, P. G.,
t. xx, col. 756. — GP. Allard, Home souterraine, gr. in-8°, Pa-
ris, 1877, p. 109, fig. 10. — 'A. Lupi, Dissertazioni. lettere ed
allre opérette. in-4\ Faenza, 1785, p. 192-197. Cf. Franciscus a
Puteo, Memorie délia vita, del martirio, de' miracoli-, del culto
di San Lorenzo, in-4", Roma, 17G6. — 8C. W. King, Antique
77. — Martyre de saint Laurent.
D après un camée antique publié par Lupi,
Dissertazioni, lettere, etc. p. 192.
deux bourreaux attisent le feu au-dessous, tandis qu un
troisième apporte du bois pour l'alimenter (lig. 77).
2° Un jaspe rouge représente une martyre agenouillée
tandis que le bourreau lève une épée nue et s'apprête
à lui couper la tête 8 (fig. 7S). L'exergue porte quatre
lettres que nous interprétons : AHf?'»ia] F[or]T[is]. Cette
acclamation ne se rencontre, il est vrai, nulle part
78.'— UuCollation.
D'à] L'es nn camée reproduit par W. King, Antique gems,
p. 352.
ailleurs à notre connaissance, mais on trouve par contre :
anima simplex, anima duleis, anima innox9. Babing-
ton interprète les sigles AHFT par ces mots : Annum
novum felicem libi, et fait de cette intaille un présent
de nouvel an (?) : « a graceful new year's gift 10. » il
attribue cet ouvrage à l'époque de Constantin, mais
King dans son dernier ouvrage11 l'abaissai jusqu'au
règne de Théodose.
X. médaille en plomb. — Les Actes des martyrs
contiennent fréquemment la mention d'un supplice dont
il nous reste une interprétation dans une médaille de
gems; Iheir origins, uses, and value as interprétées of ancient
history, and as illustrative of ancient art, in-8% London, 1860,
p. 352 sq.; P. Allard, Les procès des martyrs, dans Polyeucte,
édit. Marne, in-4\ Tours, 1889, p. 158. — » D. Cabrol et D. Leclercq,
Monumenta Ecclesiœ liturgica, in-4°, Paris, 1902, t. i, n. 4340.
— <° R. Churchill Babington, dans Smith-Cheetham, Dictionary
of eliristian antiquities, au mot Gems, XVI, t. i, p. 719. —
" C. W. King. Antiq. yems and rings, in-8\ London. 1872, t. Il,
p. 38.
43!
ACTES DES MARTYRS
432
dévotion du Ve siècle { (fig. 79). La médaille est dété-
rioriée par l'oxjde, elle représente saint Laurent étendu
sur le ventre sur un gril surmontant un brasier ardent.
Un bourreau, portant cette tunique légère dont parle la
relation du martyre de sainte Eupbémie 2, saisit les pieds
et son geste montre qu'il va mettre la victime sur le dos,
ainsi que le lui propose le martyr dans un texte célèbre
de Prudence'; un autre personnage se trouve à la tète
Ï9. _ Médaille en p'omb représentant le martyre de saint Laurent.
D'après le ifullultino di archeuloyia oristiana, 1869, pi. ni.
du patient et ne joue aucun rôle. Devant le martyr siège
un magistrat portant le sceptre et couronné de lauriers,
que cette dernière distinction veut désigner comme
étant l'empereur. Certaines difficultés que soulève le
texte dans lequel nous est parvenu le récit du martyre
de saint Laurent seront étudiées ailleurs. Voir Laurent
(Saint). Rappelons que le supplice dont nous donnons
la représentation est celui qui l'ut inlligé au diacre
Attale'*, à Maturus, à Sanctus, tô rriyavov, probablement
la même chose que aior^'x /.aOÉîpa: à Pierre de Nicomé-
die, à des saints d'Antioche 8, à Amachius et ses compa-
gnons 6,à saint Vincent \ à saint Conon, à saint Cyrille
et à sainte Julilte8.
xt. fresque. — Plusieurs Actes des martyrs nous
apprennent que des chrétiens ont subi devant le tribu-
nal l'amputation de tel ou tel membre. Un teste qui
1 Vettori, Disserlatio jiliiloloyica qua iioiinulla monimentn
sarrx vetustatis ex museo Victoria deprompta illustrantw,
Roma?, 1751; A. Lupi, Dissertazioni, lettere ed altre operetti
in-4", Faenza, 4785, t. I, p. 197 sq.; V. Pozzi, Memorie di S. I
renzo, Roma, 1756, p. 1, 33-36; Arevalo, dans ses notes à l'éditi. n
de Prudence, P. L., t. LX, col. 331; Zannoni, Epitaffo di S. Pi •/-
mitivo martire, in-4% Faenza, 1810, p. 46; R. Garruccl, Pétri
ornati di fiaure in oro truvali nei cimiteri dei cristiani primi-
tivi di Roma, in-fol., Roma, 1S58, p. 44; De Rossi, Bull, di arcli
crist., 1869, p. 33 sq. ; E. Le Blant, Les persécuteurs et les mar-
tyrs. in-8\ Pari?, 1893, p. 292; De Rossi. Roma sotterromen,
in-fol., Roma, 1867, t. H, p. 220. — ; Ruinait. Acta sincern.
iu-4% Parisiis, 1688, p. 544. — ' PeriSteph., hymn. n, v. 400, P. I...
t. i.x, cdl. 321. Cf. Pio Franchi di Cavalieri, .S". LorentO e il SU) -
liluio délia graticola, dans ROmische Quartalschrift, 1900,
l. xiv, p. 159-176, et Analecta bollandiana, 1900, t. xix, p, 4.V..
— « Eusèbe, Uist. ceci., 1. V, c. i, P. G., t. xx. col. 425. — " Ibicl .
'. VIII, C. VI, XII, P. G., t. XX, col. 752, 769. — « Sonate, II, s:
eccl., 1. III, c. XV, P. G., t. LXVII, col. 417. — ' Prudence, Hymn., \ .
vs. 206, P. L., t. LX, col. 390. — "Adon, Martyr ol., 4 kal. jun.;
16 kal. jul. Voyez Passio S. Mammarii, dans Mabillon, Vetera
analecta, in-fol., Paris, 1723, p. 179, Col. 2. — "Quoique très
vivement attaqués par TiUemont, item. Iiist. ceci-, c. i.u, ln-4*,
Bruxelles, 1732, t. v, p. 57, ces Actes ont été défendus avec
succès par Di Costanzo, ScriUori e monumenti riguardanti
S. Ru fino, vescovo e martire di Assisi, p. 214 sq. ;'Zir.
Theodnsii iun. et Yalcutiniani III .Xuvcllir leyes. p, .r>< 5 sq.
Cl'. E. Le Blant, Les Actes des martyr», p. 187; G. Marin!, Atti
e monumenti de' fratelli Arvali, ln-4*, Roma, 179Ô. p. 637 sq. ;
De Ross!, Ilnllitt. il, arch. crist., 1871. p. 89 sq.; 1883, p. 156;
Mas.ni. The persécution a/ Diodetian, m-s-. Cambridge, 1876,
p, 213, 215, — ">Passio S. Savtni, 8,p.l3, dans Baisse, Miscella-
nea, In-fol.i Lucca, 1761, t. i, p. 12, — " Passif S. Arcadii, 3,
contient des parties irréprochables, la Passio S. i>a-
vini9, nous rapporte que l'évèque d'Assise. Savin, eut
les deux mains coupées 10. D'autres fidèles lurent ain>i
mutilés ". Ce supplice n'était pas sans exemple dans
l'antiquité, car Suétone rapporte qu'un jour, au tribunal,
une personne s'avisa de crier qu'il fallait couper les mains
à un faussaire et aussitôt l'empereur Claude fit appeler
le bourreau avec sa mechœra et sa mensa lamonia l2.
1° Une fresque de Pompéi, dans laquelle on croit voir
avec beaucoup de vraisemblance le Jugement de Salo-
mon, nous montre le bourreau coupant ainsi les mem-
bres sur sa mensa, sorte de billot massif porté sur trois
pieds et exactement semblable à ceux dont on se sert
encore dans les boucheries n (fig. 80).
2° Une peinture du cimetière de Cal liste, découverte
par De Rossi et ornant le sous-arc ou soflite d'un
arcosolium '*, représente à l'extrémité de gauche un su-
jet bien conservé. La scène comporte quatre personnage»
et elle est complète. Le premier, un homme vêtu de la
tunique ou du pallium, la tète laurée, debout sur un
svggeslum pareil à la tribune aux harangues, rend un
jugement; ce ne peut être que l'empereur, puisque lui
seul avait le droit de siéger la tête couronnée de laurier.
Debout à ses pieds un personnage drapé dans la toge.
la chevelure épaisse, et barbu. A coté de celui-ci, un
homme jeune et imberbe, vu presque de face, la cheve-
lure abondante et frisée; il porte la tunique ornée de
laticlaves de pourpre. Un quatrième personnage, vu de
profil, couronné de lauriers, se retire avec une attitude
de dépit. Cette scène représente vraisemblablement un
martyr comparaissant devant l'empereur ls ; il est vrai
que cette interprétation a été récemment contestée;
néanmoins, si la présence des deuxième et quatrième
personnages demeure inexpliquée, elle peut se plier au
caractère de la scène d'interrogatoire. La fresque esl
du milieu du ni" siècle; on a cru y reconnaître — dans
celle que nous reproduisons et dans une autre très abî-
mée qui lui fait face et qui en serait la réplique — lé
martyre des saints Partenius et Calocerus16, mais celle
identification parait bien un peu hâtive. Le P. Garrucci
avait de son coté retrouvé la physionomie de Néron
dans l'empereur-juge (fig. 81 1.
3° Une fresque antique ' \ appartenant à la lin du iv* siè-
dans Ruinait, loc. cit., p. 592; Vita S. Potiti, 31, dans
sanct., 18 janvier, et Acta nn. Marti, Marthx et fliiorum, is,
dans Acta eanct., 19 janvier. — '-Clutid., XV. — l3E. Le Blant,
dans la Revue archéologique, 1889, p. 150 et pi. m; Lss j
culcurs et les martyrs, p. 28'i et frontispice ; P. Allard, Hist di t
persèc, t. iv, p. 405, note 4; De Rossi. Giudizio di Salve
in nu affresco di Pompei, dans Bull, del Istituto archeol.,
1882, p. 37, 38,65, et Le jugement de Salomon dans une fresque
de Pompéi, dans le Bull, critique, 1882, p. 272-27*. Cf. A. «te Lons;-
péricr, Intaille antique reprès<?ntant le jugement de Salomon,
dans les Comptes rendus de VAcad. des U scr., 1880, p. 275-280.
— '*De Rossi, Roma sotterranea, in-fol., Roma, 1867, t. u.
pi. xix, 2, et \x, 2 ; !!. Garrucci, Storia deff arte cris!
in-fol., Prato, is73, pi. 16, n. 2-5; T. RoUer, Les catacombes de
Ruine, histoire de l'art et des croyances religieuses pendant tes
premiers siècles du christianisme, 2 in-fol., Pari 1879-1881,
pi. xxvn. — "De Rosis!, lOC. Cil . t. n. p. 219-221 : P. Allard. H
souterraine, gr. yi-8". Paris. 1887, p. 372. — 'M'. Allard, Hit. des
perséc, t. n. p. 996. Cf. 1. Lefi rt, Chronologie dis peintures des
catacombes rowaines.n 19, el Éludes sur les monuments pri-
mitifs delà i>cii tin rrin .tienne en Italie, in-12, Paris, 1*8:,, p. 52.
— «* Pour l'ensemble auquel apparticni cette fresque, et P. Ger-
mano di S. Stanislao, La casa, cclimo'itana dei SS. martiri
Giovanni e Paolo, in-8", R< ma, 1894 ;G. Gatti, «Uns le BuUettino
délia commissiune arelievlu'ji, a com anale di Ruina, mai l?87,
p. 150 sq ; octobre 1887, p. 820 sq. : Comptes rendus de CAcart.
de» inscr. et belles-lettres, 1887, à > Juur-,
nal officiel. T décembre, set e du il mai 1888, y. 5386; 1
tiffol. dans le Bulletin critique. 1887, p. k76; P. Allard. dan- La
science catholique, 1888, | 177 sq el Études ^histoire et
d'archéologie, in-8*, Paris 1899, p. 158sq.;E. Le Blenl
persécuteurs et les martyrs, In-8», Paris 1893, p. 286; Grisait
du» Civiltù cattoli a, 1895 1. 1, p. 214-218,
433
ACTES DES MARTYRS
434
cle ou plus probablement au Ve siècle, a été exhumée
i n 1887 sous l'église des Saints-Jean-et-Paul, au Célius,
par le P. Germano di S. Slanislao. Elle représente
une chrétienne et deux chrétiens mis à mort sous le régne
de Julien l'Apostat '. Les trois victimes sont à genoux,
les mains liées sur le dos, <>t derrière elles on voit les
jambes d'un personnage qui ne peut être que l'exécu-
teur (fig. 82).
Cette Iresque est, au point de vue historique, la plus
importante de toutes celles qui ont été découvertes dans
la maison du Célius. Les Actes du martyre des saints
.le, in et Paul ont fort peu de valeur- et ne datent pas
au delà du milieu du Ve ou du début du VP siècle; néan-
moins ils contiennent quelques traits qui témoignent
de l'utilisation d'un récit plus ancien ou d'une tradition
locale persistante. Jean et Paul lurent mis à mort se-
crètement dans leur uropre maison par ordre de l'em-
1 •» Saint Clément, Romain, dans sa lettre aux Corin-
thiens, écrite en l'année 90. l'ail allusion- aux martyrs de
la persécution de Néron : parmi « la multitude d'élus
qui ont enduré beaucoup d'affronts et de tourments,
laissant aux chrétiens un illustre exemple, il cite des
femmes, des Danaïdes et des Dircès, qui, ayant souffert
de terribles et monstrueuses indignités, ont atteint leur
but dans la course sacrée de la foi, et ont reçu la noble
récompense, toutes faillies de corps qu'elles étaient * ».
Le supplice des Danaïdes et des Dircès nous est connu
et nous savons que l'usage s'était établi à Rome de laire
jouer aux condamnés dans l'amphithéâtre des rôles
mythologiques entraînant la mort des acteurs. Les vic-
times étaient introduites costumées en dieu ou en héros,
et au cours de la représentation il fallait qu'Ixion (ùt
véritablement roué5, Icare précipité du ciel6, que la
main de Mucius Screvola fût brûlée \ que Pasiphaé subit
8U.
Parodie du jugement de Salomon, iresque de Pompëi. L) après une photographie.
pereur Julien, et enterrés sur le lieu même. Un autre
récit, appartenant au même cycle, la Passion de sainl
Gallican, nous dit que plusieurs amis intimes des mar-
tyrs, le prêtre Crispus, le clerc Crispinianus et une
chrétienne nommée Benedicta, pénétrèrent dans la mai-
son, découvrirent le tombeau, et, surpris dans un de
leurs pèlerinages, turent arrêtés et décapités. Leurs
corps furent enterrés à côté des saints Jean et Paul. Il
ne reste aucun doute possible dv^ lors sur la significa-
tion de la fresque reproduite ici (fig. 82). Cette peinture
vient ainsi corroborer quelques détails d'un texte dans
lequel il y a des indications à retenir, puisque tout n'y
est pas assuré; elle confirmecette opinion que beaucoup
de récits de martyres furent composés tantôt à l'aide de
ni' moires écrits, tantôt à l'aide de monuments origi-
naux, tombeaux, peintures, inscriptions :1.
' Germano «1 ï s. sinnislao, Ausgrabwigen im Hauseder Mar-
tyr r Johannes uud Paulits, dans IVimische Quartalschrift,
1888, Cf. 10. Le Blant, Les persécuteurs et les martyrs aux pre-
n iers siècles de notre ère, in-8% Paris, 1893, p. 286, note 4. —
iilecta bollandiana , t. XIV, 1895, p. 330-332; Acta sanct.,
juri. t. v, p. -160. — 3E. Le Blant, loc. cit., p. II-IV. — *S. Clé-
ment, Epist. I ad Corinth., 6, dans F.-X. Funck, Opéra patrum
!., in-8% Tubingse, 1887, p. 68 : Atà t>;).o<; Sio.z6«ïto. javaîvjç
Aocvoti'âeç «ai Aîçxat. aixfe|Jia?a Suv& xaï &vé<rta RaOotfoat. J. B. Light-
fuot, Apostolic Fathers, in-8', London, 1890, part. I, t. n, p. 33
et note 5. adopte cette lecture, non sans hésitation. Wordsworth
l'étreinte du taureau8, qu'Hercule brûlé sur un monti-
cule arrachât de dessus sa peau la tunique de poix
enflammée9, qu'Orphée ou Dédale fussent mis en
pièces l0, qu'Atys fût mutilé ' ' et Laureolus crucifié 12. A la
fin Mercure, avec une verge de fer rougie au feu, tou-
chait chaque cadavre pour voir s'il remuait, des valets
masqués représentant Pluton traînaient les corps par
les pieds1-1. Les chrétiennes furent contraintes à subir
le rôle des Danaïdes. Elles vinrent sans doute, par
groupe cle cinquante, subir d'odieux outrages de la part
de mimes figurant les fils d'Egyptus et elles reçurent
le coup mortel d'un acteur figurant Lyncée u.
Le supplice de Dircé nous est bien connu par le groupe
colossal désigné sous le nom de Taureau Farnixc, ap-
porté à Rome au temps d'Auguste et représentant Dircé
attachée par Amphion et Zethus aux cornes d'un taureau
propose la lecture suivante : y/».1*:;, «siv^S.;, r.*:&'vnv.i, comme
très probable. L. Duchcsne, Lés nouveaux textes de S. Clé-
ment de Rome, in-8°, Paris, 1877, p. 17. — 5 Tertullien, De pu-
dicitia, 22, P. L., t. n, col. 1081. — "Suétone, Neru, 12. —
' Martial, Epigr., vin, 30; x, 25. — 8 Suétone, Nero, 12; Martini,
De spectaculis, v. — » Tertullien, Apol., 15, P. L., t. ï, col. 415.
— ,0 Martial, De spectaculis, XXI ; cf. VIII. — " Tertullien, Apol.,
15, P. L., t. I, col. 416. — '- Martial, De spectaculis, vu. —
"Tertullien, Apol, 15, P. L., t. ï. col. 417. Cf. Suétone, Nero,
36. — '«Euripide. Hécube, v. 886 dans le scoliaste; cf. Semriaa,
Ad JSneidem, l. X, vs. 497.
433
ACTES DES MARTYRS
436
indompté qui doit la traîner à travers les rochers et les
ronces du Cithéron '. Un texte d'Apulée '- et une fresque
de Pompéi nous apprennent que ce supplice n'élait pas
81. — Comparution devant un empereur.
Fresque du cimetière de Calliste.
D'après De ttossi. Borna sotterranea, t. II, pi. xx.
rare. La notoriété que durent avoir les supplices ordon-
nes par Néron à la suite de l'incendie de Rome ((56),
peut avoir inspiré la fresque pompéienne que nous re-
produisons (fig. 83) et dans laquelle, suivant une obser-
vation de Minervini, le supplice parait représenté comme
un spectacle0; d'ailleurs il est admis qu'un grand nom-
82. — Décollation de Crispus, Crispinianus et Benedicta.
D'après une fresque antique
reproduite dans la Bomische Quartalschrift, 1888. pi. vi.
bre des peintures de Pompéi ont été exécutées entre les
deux destructions de la ville (63-79)*.
5° Prudence nous décrit ainsi une suite de peintures
qui représentaient l<* martyre de saint Ilippolytedans la
crypte où reposait le saint au IV« siècle, crypte reconnue
en 1882, mais entièrement dépouillée de ses peintures6,
dont voici la description :
* Memorie délia reale accademia Ercolanese, t. m, p. 386 sq. ;
t. îv, part, 1 ; t. vu, p. I si). ; Jorio, Real museo borbonico, in-lol..
Napoli, 1825, t. xiv, pi. 4, a; Raoul-Rochette, Chui.v de peintures
de Pompéi, Paris, 1844, pi. xxm, p. 277-288 \.Annali del Instit.
di correspond, archeol., 1839, t. xi, p. 287-292; Helbig, Die
Wandgemàlde Campaniens, in-8*, Leipzig, 18G8, n. 1151, 1152,
1153; Jahn, dans Archeologische Zeilung, 1853, n. 36 sq. —
•Apulée, Metamoridi.. vi, 127 : Videt... memorandi spectaculi
scenam non tanro sed asino dependentem Dircen aniculam.
Cf. Lucien, LuciUS, 23 : yfïîv btfxr,* oil ix Tavfo'j tW i; ':.:,. —
'Voyez surtout Memorie delta r. accadeinia Ercolanese, t. vu,
planche du 1" mémoire. — *S. Reinach, Manuel de philologie
«La muraille peinte nous offre, retracé par des couleui s.
le tableau de ce forfait. On le voit représenté au-dessus
du tombeau : ses ombres transparentes donnent une ap-
parence de vie à l'image de cet homme entraîné, les
membres déchirés. J'ai vu les pointes ruisselantes des
rochers, et les broussailles teines de pourpre. Une main
savante, en peignant les verts buissons, y avait figuré avec
de la couleur rouge des taches de sang. On pouvait voir,
dispersés çà et là. les membres rompus du martyr. Le
peintre avait représenté ses amis qui suivaient en pleu-
rant les sentiers tortueux tracés par une course désor-
donnée. Désolés et surpris, ils allaient, les regards atten-
tifs, et recueillaient dans les plis de leurs vêtements les
83. — Le supplice de Du ce.
D'après une fresque pompéienne reproduite dans les Mealurie.
délia rrale accademia Ercolanese, t. vu.
entrailles déchirées. Celui-ci mbrassc la tète blanchie
du vénérable vieillard et l'emporte dans son sein; celui-
là ramasse ses mains coupées, ses bras, s, .s genoux, les
fragments dépouillés de ses jamlies. On élanche avec de-
linges le sang que les s;i|>|es ont bu afin que cette i
ne demeure pas dans l'impure poussière; si quelques
gouttes .ml rejailli sur les broussailles, une éponge pres-
sée les recueille toutes. L'épaisse forêt ne -aide plus rien
du corps sacré, que l'on a pu enterrer tout entier. On a
retrouvé chacune des parties qui le composaient : toutes
les feuilles des buissons, toutes les pointes des rochers
ont rendu ce qu'elles avaient reçu des dépouilles du mar-
tyr; on Choisit, après l'avoir mesuré, l'emplacement du
tombeau :c*es1 Romequiva posséder les i endressacrées*. »
Plusieurs critiques ' se sont demandé si Prudence
n'avait pas simple ut décrit ici une représentation de
la" mort d'Hippolytc, lils de Thésée: celte opinion,
quoiqu'elle soit repoussée pai DeR ssi s. doit être prise
en sérieuse considération, car on retrouve dans le récit
classique, in-8 . Paris, 1884, t. u. p. 129, note 2. — 'De Rossi,
Bail, di arcli. Crist . 1882, p. 66, 67, 70 et pi. l-n ; P. Allanl. //:-'.
des pereéc, t. m, p. 327. —'Prudence, PeH Steph., bymn. m.
vs. 123-452, P. I... t. i.x. cet. 543 sq. — ■ Dollinger, Hippolytus
and Callistus, in-s-, Regensburg, 1853, p. 57; F.-X. Kraus,
Encyclopùdie der chrisMchen Alterthûmer, au mot : Hippoiti-
tas, t. i, p. 659-660; E. Mont?, Études sur l'histoire de la pein-
ture et de Ciconographie chrétiennes, in-8*, Paris, 1866, p. i' :
C. de Smedt, Dissertationes sélecte in primant uttatem historié
ecelesiaslic.r, in S', Gândavi, 1876, p. 136, note. — • Bullettino
di archeologia cristiana, 1R82. p. 72. CI. P. Allanl, loc. cit.. t. m.
437
ACTES DES MARTYRS
438
île la mort d'Hippolyto une inspiration poétique directe-
ment influencée par la narration laite par Sénèque de la
mort du fils de Thésée '.
6° Prudence dit avoir vu à Imola la représentation du
martyre de saint Cassien peinte auprès de se:, tombeau :
Erexi ad caelum faciem : stetit obvia contra
Fucis colorum picta imago martyris,
Plagas mille gerens, totos lacerata per artus,
Ituptam minutis praeferens punctis cutem.
Innumeri circum pueri, miserabile visu,
Conlossa parvis membra figebant stylis :
Unde pugillares soliti percurrere ceras.
Scholare inurmur adnotantes scripserant.
./Edituus consultus ait : Quod prospicis, hospes,
Non est inanis aut anilis tabula
Histon'am pictura refert -...
7° Saint Grégoire de Nysse l'apporte que le martyre de
saint Théodore était peint près de son tombeau et de
plus figuré en mosaïque sur le pavé de l'église qui lui
était consacrée à Constantinople 3. Le peintre, dit-il, a
représenté les vaillantes actions du martyr, les débuts,
les supplices, les bourreaux cruels, les assauts violents,
le fourneau ardent et la très heureuse lin de l'athlète.
8° Saint Augustin mentionne une peinture sans doute
murale qu'il décrit ainsi, Dulcissima pictura est lixc,
ubi videtis sanctum Stepl anum ïapidari, videtis Sau-
lum lapidantium veslimenta servanlem... Ambo ibi
vos videtis. On ne sait en quel endroit se trouvait cette
peinture, rien ne prouve qne ce fût à Hippone4.
XII. mosaïque. — Un cimetière chrétien de Carthage
découvert par le P. Delattre et fouillé en 1879 et 4880 a
fourni, outre un très grand nombre d'épitaphes, des
ruines considérables 3. Les cimetières chrétiens de
l'Afrique étaient ordinairement divisés en deux parties.
La principale était désignée sous le nom de hortus ou
area et destinée aux sépultures des fidèles; elle compor-
tait au centre un emplacement réservé et clos : area
mura cincta, area ubi christiani oraliones faciunt, area
marlyrum, disait-on dans la langue du temps. C'était
le sanctuaire, la Casa major 6, à l'intérieur duquel le
sacrifice était célébré sur la tombe des martyrs. L'édicule
destiné à ces réunions liturgiques parait avoir été entouré
de bâtiments accessoires destinés à des usages adminis-
tratifs ou charitables; parfois on y trouvait des thermes
pour les pèlerins ou peut-être pour les prêtres.
Les ruines mises à jour à Carthage contiennent les
restes d'un sanctuaire, reconnaissables à des débris de
colonnes et de chapiteaux, et à côté, de vastes salles, des
réservoirs, des conduites d'eau, des bassins, peut-être
des thermes. La plus vaste des salles est ornée d'un pa-
vage en mosaïque dont le sujet principal, qui parait être
du Ve siècle, représente une lemme accoudée à un cippe
ou autel carré sur lequel est posé un objet rond pourvu
d'un manche (fig. 84). Cette femme est en partie couverte
par une draperie qui laisse à découvert toute la poitrine
et la partie droite du corps. De la main gauche, elle tient
une palme, de la droite, elle présente un objet de forme
arrondie que nous aurons à déterminer. Le P. Delattre
propose de voir dans cette mosaïque une représentation
de la martyre sainte Perpétue, et les accessoires qui
accompagnent la figure peuvent se rapporter à certains
* Ficher, Studien zur Hippohjtfrage, in-8", Leipzig, 1893,
p. 43-64. Cf. P. Chavanne, Le patriotisme de Prudence, dans
la Revue d'hist. et de litt., t. IV, 1899, p. 410, note 2. — s Pru-
dence, Péri Steph., hymn. ix, vs. 9-19, P. L., t lx, col. 433-436.
— 3S. Grég. de Nysse, Oratio S. martyris Theodori, P. G.t
t. xlvi, col. 737, 740. — * S. Augustin, Serin., cccxvi, 5, P. L.,
t. xxxvm, col. 1434. — 5C.-A. Lavigerie, De l'utilité d'une
mission archéologique permanente à Carthage. Lettre à M. le
secrétaire perpétuel de l'Académie des inscr. et belles-lettres,
in-8% Alger, 1881. — aGesta pttrgationis Cœciliani, dans Baluze,
Miscetlanea, novo ordine digesta, in-iol., Lucca. 1761, t. i, p. 24.
— ' C.-A. Lavigerie, loc. cit., p. 52, pi. v. — "P. AMard, Notes
détails des Actes de cette sainte7. Cette interprétation,
adoptée par M. Allard8, ne l'est pas par M. Thédenat,
qui voit dans le sujet de la mosaïque une Venus viclrix
tenant dans la main droite un ceste replié °; mais cette
attribution s'explique difficilement, « Comment une
ligure de Vénus se tronve-t-elle décorer une salle située,
84. — Sainte Perpétue, martjre.
Mosaïque de Carthage.
D'après Lavigerie, De l'utilité d'une mission archéologique
à Carthage, pi. v.
nous dit-on, au milieu d'un cimetière chrétien, dont
i'origine paraît remonter au temps des persécutions10?»
De Rossi remit son jugement jusqu'à une documen-
tation plus complète11. La Passio sanctsc Perpetuie offre
plusieurs traits qui s'appliquent très exactement aux
détails de notre représentation, comme on va le voir par
le texte des Actes 12.
1° La nudité. La sainte est exposée aux coups d'une
vache furieuse, itaque dispoliatee... producebantur, hor-
ruit populus... ; itarevocalse et discinctis indutœ, § XX.
— 2° La coiffure. Après avoir été jetée en l'air, dehinc
requisita, et dispersos capillos infibulavit, § xx13. —
3° La palme. Pendant une vision, Perpétue avait à com-
battre un égyptien, et le juge du combat portant un
rameau verdoyant lui dit : Hic jEgyptius, si hanc vice-
rit, occidet illam gladio ; et si hune vicerit, accipiet
ramum istum; Perpétue fut victorieuse : ... et accessi
ad lanislam, et accepi ramum, § x. — 4° Le serpent.
Aux pieds du personnage représenté dans la mosaïque,
se voit une large ligne noire légèrement ondulée et pré-
sentant une vague ressemblance avec un reptile; or,
Perpétue eut une vision qui lui montra une échelle d'or
au pied de laquelle était couché un énorme dragon :
crat sub ipsa scala draco cubans mirse magnitudinis ;
lorsque Perpétue allait gravir les degrés de l'échelle,
elle lui broya la tète : cl quasi prin'nim gradum cal-
d'archéologie, dans les Lettres chrétiennes, juillet 1881, p. 291 6q.
-»H. Thédenat, dans le Bulletin critique, 15 juillet 1881. —
10P. Allard, loc. cit., p. 292. On a même récemment prétendu voir
dans cette mosaïque un hermaphrodite. Fieker, dans la Theolo-
gische Literaturzeitung, 1894, p. 164. Cf. S. Gsell, dans les Mé-
lang. d'arch. et d'hist., 1900, p. 118. — " De Rossi, Bullettino di
archeol. cristiana, 1884-1885, p. 44, note 3. A. Pératé, L'archéo-
logie chrétienne, in-8% Paris, 1892, p. 233, cite l'atu-ibution à
sainte Perpétue sans se prononcer. — 12J. Armitage Robinson,
The passio of St. Perpétua, dans Texts and studies, in-8%
Cambridge, 1891, t. i. fasc 2. — " Sur la coiffure africaine, CL
Mélanges d'arch. et Whist., 190-1, t. \\i, p. 213.
439
ACTES DES MARTYRS
440
caretn, calcari Mi caput, § iv. — 5° Le lait caillé. A la
suile de la victoire sur lu dragon, Perpétue est intro-
duite dans un vaste jardin où le divin Pasteur lui donne
dans la main une bouchée de lait caillé : de caseo quod
mulgebat dédit milii quasi buccellam ; et ego accepi
junclis manibus, § IV. Cette bouchée serait l'objet que
le personnage tient dans la main droite et que nous
n'avions pas déterminé. Nous hésitons toutefois entre
cette interprétation et celle qui verrait dans cet objet
le cœstus ou gantelet de pugilat dont la martyre devait
être pourvue lorsque, dans la vision, elle renversa son
adversaire : junxi manus ita ut digilos in digilos
milterem et apprcliendi illi caput, et cecidit in facieni,
§ X. — 6° L'autel. Nous proposerons de voir ici non un
autel ou un cippc, mais un détail d'une autre vision. Per-
pétue vit son jeune frère Dinocrate assoiffé et impuis-
sant à apaiser sa souffrance à l'eau d'une piscine, pane
que la margelle de celle-ci dépassait de beaucoup la sta-
ture de l'enfant : video Dinocratem... ivsluanteni val de
/■t xitienlem..., erat deinde in ipso loco ubi Dinocrates
erat piscina plena aqua, alliorem tiiarginem habens
quant erat statura pueri, § vu. Remarquons cependant
que le bloc dressé contre la sainte représentée dans
l'attirail de l'athlète se retrouve dans un cartouche qui
décore le sceau de plomb trouvé à Carthage et sur
lequel De Rossi a pensé retrouver des souvenirs de la
passion de sainte Perpétue. Ce cartouche représenterai I
un gladiateur victorieux qui ne serait autre que sainte
Perpétue, à coté de lui se retrouve le cippe ou la mar-
gelle nous n'osons en décider.
Ces rapprochements nous paraissent trop précis et
trop nombreux pour être des coïncidences fortuites,
nous inclinons donc à reconnaître ici la représentation
de la célèbre martyre de Carthage de l'année 203, et
l'édifice voisin de la salle qui nous occupe serait la
Basilica ubi sanctarum Perpétuée et Felic.ilatis cor-
pora scpulta sunt dont parle Victor de Vite, qui lui
donne le nom de Vasilica major.
Il nous reste deux autres détails à éclaircir. Le miroir
placé sur l'autel ne trouve pas d'explication dans le texte
de la Passio Perpétua, mais on peut y \oir une allu-
sion aux nombreuses visions qui remplirent le temps de
captivité de la martyre. Quant au vêtement de la mar-
tyre, il parait consister en une tunique dessinant étroi-
tement les formes, ce que nous nommons un « maillot ».
Les textes et les monuments s'accordent à nous apprendre
que la nudité dis femmes appelées ou condamnées à
paraître dans le cirque ne devait pas être complète; ces
malheureuses, lorsqu'elles étaient livrées aux bêtes,
étaient pourvues du Sta^tou.a1. Cet usage avait dû être
observé à l'égard de sainte Perpétue, car un détail de
la Passio concernant sainte Félicité, compagne de Per-
pétue : horruit populus... respiciens... alteram a partit
recenlem slillantibus mamntis, donne lieu de penser
que les martyres n'avaient été pourvues que de ce léger
8[âÇ(i>fj.a ; on ne s'expliquerait dès lors le maillot pre-
nant tout le corps, et dont les extrémités sont marquées
à la gorge et à l'avant-bras, que par un Sentiment de dé-
cence chez l'artiste. Nous trouvons d'ailleurs dans la mai-
son des saints Jean el Pattl, au Célius, des génies auxquels
on a donné ce vêtement dans une fresque du rv* siècle2.
xm. miniature. — Un précieux manuscritdu vie siè-
1 E. Le Blant, Les Actes iles martyrs, in-K Taris, 1882, p. 190-
192. — -P. Allnril, Etude d'histoire et d'archéologie, in-1'.', Paris,
1899, p. 184 : « Le peintre a représenté <ii\ génies, Je grandeur
naturelle, non pas nus, mais revêtus d'une sorte de maillot collant
attaché au cou, aux poignets et aux pieds par de petits nœuds. »
Voyez A. Dufourcq, Étude sur les (lesta martynon romains,
in-8% Paris, 1900, pi. VI. — 3Os. von Gebhardt et Ad. H. Ilainack,
SvangeUorwn codex grxcus purpureus Russancnsis (-) litte-
ris argenteis sexto ut videtur sxculo scriptus ptcturlsqtu
ornatus. Seine Entdeckung, sein wissenschafôicher u»d
k&nstlerischer Wcrth dargestettt, in-4\ Leipzig, 1880, pi. xvi
cle, le codex Rossanensis (S), offre une miniature repré-
sentant un tribunal, dans la scène de la comparution du
Christ devant Pilate > (lig. 85). Le siège du procurateur est
drapé ainsi que l'estrade sur laquelle il est placé; sur
l'étoffe on a peint ou brodé les bustes des deux souve-
rains régnant au VIe siècle et ces bustes sont repro-
duits sur les deux tablettes portées par des appariteurs
au bout de longues hampes. Il y a ici une allusion a
un usage que mentionnent les textes martyrologiques.
85. — Représentation d'un tribunal.
D'après O. von Gebhardt, Evangeliorum Codex, 18 0, pt. xvi.
Le plus ancien document de la littérature chrétienne
qui parle du dépôt de l'image impériale dans le pré-
toire est la lettre de Pline à Trajan (114-118)* : c Ceux
qui ont nié qu'ils fussent ou qu'ils eussent été chrétiens,
j'ai cru devoir les faire relâcher quand ils ont invoqué
les dieux après moi. et qu'ils ont supplie par l'encens
et le vin ton image, que j'avais pour cela fait apporter
avec les statues des divinités*. » Ce n'est que sous
Dioclétien que nous retrouvons la mention de fidèles
refusant d'adorer les images des empereurs6. On ne
saurait dire quand et comment s'introduisit la cou-
tume d'exposer l'image du souverain devant le tribunal,
mais le fait existe comme le démontre la lettre de Pline
et il nous reste à rappeler les principaux textes qui nous
aident à comprendre la nature de l'hommage que les
magistrats réclamaient des martyrs en exigeant l'adora-
tion des ralias principutn.
La confusion volontairement établie entre les privi-
lèges politiques de la république romaine et la per-
sonne de l'empereur aboutirent à la doctrine d'Ktat de
la divinité des Augustes : nnmen imperatorum 1 ; dès
lors une tendance corrélative s'affirme, la divinité en-
traine le culte des empi reurs el principalement de leurs
(folio 8 o, recto). — *.\. Harnack, Oeschiclite der attet» taWlftun
Litteratur, in-S-, Leipzig. 1898, t. i. part. 2, p. 866. — * Pline,
Epist., x, 97. — *Acta S. Felicis Gerundensis. $4. Cl. Pru-
dence, Péri Steph., hymn. iv, v. 29-30, P. I. . t. Ut, col. 362;
Tillemont, Mém. hist. ceci.. in-V, Bruxelles, 1732, t. v, art. xxu.
sur la persécution de Dioclétien: Acta S. Eusebii. mart. in Pa-
l.rst., 4, dans Mu saact.. 1" et 14 août. — 7 F. C.uniont.
L'éternité des empereurs romains, dans la Revue d'histoire
et de litt. relig., 1896, t. I, p. 135 sq. ; 11. Leclercq, Cu»imei}t If
christianisme fat envisagé dans l'empire romain, dans la
Revue bénédictine, 19M, p. ni-176.
441
ACTES DES MARTYRS
442
images1. Caligula ordonna qu'on pla<;;U son image dans
le temple de Jérusalem 2, Domilien montra aussi un
goût très vit pour l'adoration 3, mais ce fut le Syrien
Elagabal qui établit le premier d'une façon stable l'habi-
tude d'adorer l'empereur et Dioctétien exigea avec plus
de rigueur encore cette marque do divinité 4 qui se
continua sous les empereurs chrétiens et c'est alors
seulement qu'un texte vient aider à notre recherche.
Suivant Séverin, évèque de Gabala en Egypte, les images
impériales étaient destinées à suppléer à la présence
du prince qui ne pouvait être en plusieurs lieux à la
fois. C'est pourquoi les préfets du prétoire rendaient
toujours la justice en présence des images sacrées5.
Les dessins qui accompagnent la Notitia dignitalum
nous font voir l'appareil qui entourait ces images. Sur
une table carrée, assez, semblable à un autel, est placé
le portrait du prince, autour duquel brûlent quatre
cierges allumés, placés sur des ilambeaux °. En outre
le dyptique de Rufius Probianus, datant des premières
années du Ve siècle, nous montre, derrière le siège du
vicarius, le buste des deux empereurs se détachant
sur une pila1. Enfin une formula consularitalis décrit
ainsi la présence des images dans l'appareil qui entoure
le magistrat : Quale tibi débet esse quod curules in-
clylas probatur ornare ? Vultus quineliam regnan-
tiurti geniala obsequii pompa pr&mitlit ; ut. non so-
lum summi judicis sed et dominorum reverentia
cumulatifs orneris. O magnse temperalionis inventum !
De nomine consulis promitteris clemenlissimus y et de
principum imagine metuendus8.
La miniature qui fait le sujet de cette note ne pré-
sente pas la forme architecturale que décYit Vitruve
lorsqu'il traite du prétoire9; une fresque de Pompéi qui
semble représenter le jugement de Salomon l0 est égale-
ment en désaccord avec la description de Vitruve, mais
ces monuments trouvent leur commentaire dans plu-
sieurs Actes de martyrs. Les jugements n'étaient pas
toujours rendus dans le prétoire et le magistrat pouvait
faire ériger son tribunal où bon lui semblait, ce qui
était d'autant plus facile que le juge siégeait sur une
estrade bâtie en bois, recouverte ou non d'une étoile.
Ainsi s'explique ce que nous montre la miniature du
manuscrit de Rossano et ce que nous disent les Actes
dont nous rappellerons quelques passages. Un gouver-
neur fait dresser son tribunal sur le bord de la mer11,
un autre au milieu de la cité l2; d'autres encore en divers
lieux : sur. le forum, aux thermes, au théâtre, à l'hippo-
drome 13. Un dernier détail de la miniature, l'écritoiro,
se trouve confirmé par les textes, de même que l'estrade
élevée du magistrat. L'auteur arien anonyme du traité
intitulé Opus imperfection in Mattliœum, longtemps
1 E. Beurlier, Le culte impérial, son histoire, son organisa-
tion depuis Auguste jusqu'à Justinien, in-8°, Paris, 1890, p. 37,
264-269. — * Philon, De legatione ad Caium, c. xxx. Cf.
E. Beurlier, Les Juifs et l'Église de Jérusalem, dans la Revue
d'hist. et de litt. relig., 1897, t. H, p. 7 sq. — 3Cf. E. Renan,
Les Évangiles, in-8", Paris, 1877, p. 290-293. — * E. Beurlier, Les
vestiges du culte impérial à Byzance et la querelle des icono-
clastes, in-8-, Paris, 1901, p. 4. — 5 P. G., t. lvi, col. 490. —
" Notitia utraque dignitatum cum Orientis tum Occidentis
ultra Arcudii Honoriique tempora, édit. Bœcking, 3 t. en 5
in-8% Bonme, 1839-1853, Pars Orientis, c. m, t. I, p. 12,
insignes du préfet du prétoire d'Illyrie; Pars Occidentis, c. n,
t. i, p. 8, insignes du préfet du prétoire d'Italie. — 'W. Mayer,
Zwei antikeElfenbeintafeln d. k. Staats-Bibliothek in Mùnchen,
pi. il, dans Abhandlgn. d. philos. -philolog. Classe d. bayer.
Akad. d. Wiss., 1879, t. LI. Cf. J. L. Lydus, De magislralilnis
Reipublicse romanse, libri très, 1. II, 17, gr. in-8°, Leyde, 1812.
— 9 Cassiodore, Yariarum, 1. VI, 20, P. L., t. i.xix, col. 701.
— 'Vitruve, De architect., 1. V, c. i. — 10 G- Lumbroso, Sut
dipi-ntu pumpeiano in cui si è ravuisato il giudizio di Salo-
mone, dans les Atti délia reale accademia dei Lincei, t. xi,
p. 303; E. Le Blant, Les persécuteurs et les martyrs, in-8°,
Paris, 1893. p. 272 sq. et frontispice. — " Georgi, De mira-
culé S. Culutlti, 51, in-4% Ruina;, 1793. - "Passio S. Tbeo-
attribué à saint Jean Chrysostome •*, confirme ces deux
points dans cette phrase : Criminosas personas judex
auditurus in publico, tribunal suum collocat in ex-
celso;circa se constiluit vexilla regalia ; anle, conspe-
ctum suum ponit super mensam calliculam unde tri-
bus digilis mortem hominum scribat aut vilam.
XIV. TAPISSERIES. — Nous devons ici nous en tenir à
une description. Saint Astère, évèque d'Amasée, au
iv° siècle, rapporte ainsi une représentation des divers
épisodes du martyre de sainte Euphémie, telle qu'il l'avait
vue iv civoovi, auprès du tombeau de la sainte dans
l'église qui lui était dédiée, à Chalcédoine :
« Le juge est assis sur un siège élevé, il regarde la vierge
d'un air méchant et cruel; car l'art peut, s'il le veut,
donner à une matière sans vie l'apparence de la fureur.
Autour du juge sont ses doryphores et de nombreux sol-
dats, puis des notarii tenant leurs tablettes et leurs sty-
lets à écrire. L'un de ces hommes, levant la main de la
planchette enduite de cire, regarde fixement la chré-
tienne comme pour lui enjoindre de parler plus distinc-
tement, afin d'éviter toute erreur dans la transcription
des réponses et de ne pas s'exposer à des reproches. La
vierge se tient debout, elle porte une tunique de couleur
sombre et le pallium des philosophes, du moins le
peintre l'a-t-il jugé bon ainsi; le visage est gracieux et
respire la vertu. Deux soldats ramènent au magistrat,
l'un la tire, l'autre la pousse et l'attitude de la jeune
fille est un mélange de pudeur et de force. Elle incline
la tête et baisse les yeux comme si elle rougissait sous
les regards des hommes; mais elle demeure droite, sans
frayeur, sans ombre de timidité.
« Plus loin, les bourreaux, portant un léger vêtement,
sont à l'œuvre; l'un saisit la tète et, la rejetant en arrière,
la présente ainsi, la bouche ouverte, à un autre bour-
reau; celui-ci arrache les dents. Les instruments qui
servent au supplice sont un marteau et une tarière. Je
ne puis en dire plus, les pleurs me coupent la parole.
Le pinceau a représenté les filets de sang avec tant d'art
qu'on croit les voir couler sur les lèvres et on s'éloigne
bouleversé. Puis, c'est derechef la prison, la jeune fille
de nouveau debout dans ses habits sombres; elle lève les
bras au ciel, et invoque Dieu, secours dans les afflictions.
Un signe lui apparaît, celui-là même que les chrétiens
adorent et tracent; c'est, je pense, le symbole du martyre
désiré. Peu après, le peintre allume un brasier ardent
et la vierge est au milieu, les mains levées vers le ciel,
le visage calme, sans angoisse, plutôt joyeux, comme il
convient quand on va entrer dans la vie incorporelle et
bienheureuse 13. »
XV. SUJETS PROFANES ET MYTHOLOGIQUES. — Nous
avons exclu à dessein de ces recherches les monuments
doti Ancyrani, 29, dans Ruinart, Acta sine, in-4°, Parisiis, 1689,
p. 367. — t3 Acta S. Niconis, 17, dans Acta sanct., 23 mars :
« jussi sunt in theatrum adduci ante tribunal; » Acta
S. Marci, ep. Antmx, 23, dans Acta sanct., 28 avril : « ma-
litise. arbiter in amphitheatro civitatis tribunal sibi parari di-
xerit; » Passio SS. Naburis et Felicis, 2, dans Acta sanct.,
12 juillet : «jussit imperator sibi tribunal in hippodromo circi
prseparari ; s DeS.Juliano senatore sylloge,5, dansActa sanct.,
19 août : « post triduum jussit sibi tribunal prirpitiari in Tel-
lude; » Acta S. Alexandri, 7, dans Acta sanct., 21 septembre :
« in prxdio Nevianorum sibi tribunal et ludum ferarum pa-
rari prxcepit ; » Vita S. Firmini, ep., 15, dans Acta sanct-,
25 sept. : « tune prsecepit Sebastianus militibus suis ut illum
ad spectacula theatri prœsentarent... Firminus prucedens ac-
cessit ad prxturium et conslanter ante tribunal stetit ; » Passio
S. Philippi, ep. Heracl., 10, dans Ruinart, loc. cit., p. 450 : « pu-
blue in Thermis sedens, Phili]ipnm prsecepit indu ci ; » Passio
SS. Eusebii, Marcelli, Hippulyti, dans De Rossi, Roma sutter.
in-fol., Ruina, 1877, t. III, p. 205-207 : « In foro Trajaui jussit
sibi tribunal prrparari... Veniens in Telludn, ante lonplum
Palladis. ibi jussit sibi tribunal parari. .. Jussit in circo Fla-
mitieo tribunal sibi parari. » — ■* Ps.-Chrysostome, Opus im-
perf. in Matth., P. G., t. lvi, col. 611. Cf. J. Lydus, loc. cit.,
1. II, c. xiv. — »5Ruinurt, Acta sine, p. 543 sq.
4i3
ACTES DES MARTYRS
444
figurés ayant trait aux personnages de l'Ancien Testa-
ment et à la personne du Christ, mais nous croyons de
voir attirer l'attention sur une classe d'objets susceptibles
d'éclairer les textes martyrologiques. Il s'agit d'oeuvre
d'origine païenne et représentant des sujets profanes ou
mythologiques. Nous en donnerons quelques exemples.
Un médaillon en terre, d'un travail soigné, représente
le cirque garni de spectateurs. On y assiste au supplice
8G. — Eros condamné aux bètes.
D'après un médaillon en verre, repn duit dans les Mélanges
G.-D. de Hussi, p. 243.
du dieu Eros condamné aux bêtes en expiation de ses
méfaits. Le coupable est debout, garrotté et attaché sur
le suggestum, dans l'attitude et avec l'appareil que nous
avons signalé dans deux représentations analogues.
Un autre Amour, figurant un valet du cirque, ouvre
la carea d'où les bètes féroces vont s'élancer sur leur
proie en s'aidant d'une échelle, car ces bétes féroces
n'ont pas besoin du plan incliné du suggestum; ici tout
n'est que badinage et la trappe du repaire des bétes ne
laisse passer que deux colombes '. Nous reviendrons sui
ce médaillon lorsque nous parlerons des condamnés aux
bètes.
Un jaspe vert mentionné par Peiresc montre Psyché
liée à un poteau sur le suggestum, dont Éros, une torche
à la main, monte les degrés pour lui faire subir le sup-
plice que les anciens nommaient candelx, lampades ou
faces 2.
XIV. Bibliographie '. — Achelis(II.), Acta SS. Nerei
et Achillei, dans Texl und Vntersuchung, in 8n, Leipzig,
1893. — Alasia (B.), Alti autentici di alcuni sanii mar-
tiri, scelti e tradolli, 2 vol. in-12, Torino, 1803. —
Amelineau (E.), Les Actes des martyrs de l'Église copte,
in-8", Paris, 1890; Monuments pour servir à l'histoire
de l'Egypte chrétienne au iv et au v* siècle, in-4°,
Paris, 18S9; Un document copte du XIIIe siècle : martyre
de Jean de Panidjàil, in-8°, Paris, 1887. — Assémani
(S. E.), Acta sanctorvm martyrum orientalium et occi-
dentalium in duas parles distributa, adeesserun l acta
S. Simeonis Slytilœ, omnia nunc primwn e bibliotlieca
' Lafaye, L'amour incendiaire, dans les Mélanges d'arcliéo-
logie et d'histoire de l'Ecole française de Rome. 1890, p. 59, et
Mélanges G.-B. De Rossi, in-8% Paris, 1892, p. 243; E. Le Blant,
Les peisécuteurs et les martyrs, p. 289. — «Cabinet de Ville-
menon, Biblioth. nationale, me. du fonds français, n.
fol. 201; cf. E. Le Blant, 750 inscriptions de pierres gravées
apostolica vaticana prodeunt ; St. Et. Assemam chal-
daicuni textum recensait, notis l'ocalibus animavil
latine verlit, admonitionibus perpetuisqve adnolalio-
nibus illush'avit, in-fol.. Rornae, 1748, 2 parties. — Au-
cher (J.-B.), Vies de tous les sainis du calendrier armé-
nien, avec des notes (en arménien), 12 vol. in-lol., et
in-8", Venise, 1810-1814, grav. - Baluze (F.), Miscella-
nea,l vol. in-8°, Parisiis, 1078-1715; édit. Mansi, 4 vol.
in-fol., 1761-1764. — Basset (R.), Les apocryphes éthio-
piens, in-8", Paris, 1893. — Bedjan (P.), Acta marty-
rum et sanctorum, in-8", Parisiis, 1890 sq., encours de
publication. — Budge, The contendings of the Apostles.
The elhiopic texts non: fini edited, ivilh an english
translation, in-4°, London, 1899; The lires of Mabà
Sëyôn and Gabra Krëstôs; the elhiopic texts edited
wilh an english translation, in-4", l.ondon, 1899. —
Bollnndus (.T.), Acta sanctorum quotquol loto orbe co-
luntur, rel a calholicis scriploribus celebrantur; quse
ex lalinis et graecis aliarumque gentium antiguis mo-
numentis collegit, digessit, notis illustravit Joannes
Bollandus, societatis Jesu, theologus, servatâ primi-
genià scriptorum phrasi, in-fol., Antverpiœ, 1643. [Pour
la description de chacun des volumes suivants, voyez :
Bibliothèque des écrivains de la Compagnie de Jésus,
par A. de Backer et Ch. Sommervogel, in-fol., Paris,
1869 t. i, p 687 sq.] Les Analecla bollandiana se
publient à Bruxelles depuis 1882, in-S°, et forment un
volume chaque année. — Combefis (Fr.). Illustrium
Christi martyrum lecli triumphi, veluslis Gnvcorum
monumenlis consignati, ex III antiquiss. reg. Lulet.
biblioth. mss. produxit, latine reddidit, strictim notis
illustravit,- in-8", Parisiis, 1660; Cliristi martyrum
lecta trias, Ihjacinllius Amastrcnsis, Bacchus et Elias,
novi martyres agarenico pridem mucrone stiblati, gr.
et lai. cum nolis, in-8°, Parisiis, 1666. — Cureton
(W.), Ancienl syrùu nts relative to the earliest
Establishment of christianity in Edessaand thencigh-
bouring coun tries, from the year of our Lord's As-
cension lo the begimning <»/ the fourth century; disco-
vered, edited and annoted, in-4°, London, 1864; His-
tory of the martyrs of Palaestina, in-4°, London, 1861.
— Conybeare, 27ie apology and acts of Apollonius and
others monuments of early christianity, in-8", 2e édit.,
London, 1896. — Drouet de Mauperluy, Les véritables
Actes des martyrs recueillis, revus et corrigés sur
plusieurs anciens manuscrits, sous le titre de Acta
primorum martyrum sincera et sclecta, par D. Thierry
llninart, et traduits en français, 2 vol. in-8°, Paris,
1708; 2 vol. in-12, 1739; 2 vol. in-8", Besancon, 1818;
3 vol. in-12, Lyon, 1818; 3 vol. in-8», Paris, 1825. -
Fraalz (F. W.), Lcidensgcschichte der Mârtyrer aus
der ersten chrisllichen .lalirhunderten, fret nach déni-
lateinischen von Humait bearbeilet, 2 vol. gr. in-8°,
Klagenfurt, 1785; 2 vol. in-8", 2e édit., Augsburg, 1805.
— Fuenles (P.), Las aclas verdaderas de lot niàr-
tires... public... por... Teod. Iluinart..., nueva éd.
en castellano aunient. con las aclas de Otros santos
niârtires espanoles é ilustr. con la traduccion de
la... obra de los tormentos de los mdi lires... /w...
Ant. Galonio, 3 vol., in-4' , Madrid. 1814, 00 grav. —
Fuentes (F.), Las Actas de los mar lires de! enstia-
nismo, Iraducido del latin con nueva» adicumes,
in-8«, Madrid, 1864. G (S.). Gli alti dei nmrliri
raccolti, scelti e illustrait da Teod. Buinarl, rrcali in
volgare, 4 vol. in-16, Milano, 1859. — Guéranger (P.),
Les Actes des martyrs depuis l'origine de l'Eglise
chrétienne jusqu'à nos temps, traduits et publies par
médites ou peu connues, in-4», Paris, 1896. p. 64. n. 171. — »Pnns
la présente bibliographie on a omis un très grand n. mlnili- Mus;
les uns renvoient à des travaux d'une médiocre valent iu-i. ni|ue,
d'autres à des recherches circonscrites par un cuit, l.al s.ms
jer les uns ni les autres, il était impossible d Vu k-nii t uipte
dans cette bibliographie qu'ils eussent démesurément étendue.
445
ACTES DES MARTYRS — ACTIO
446
les... bénédictins de la congrégation de France, 4 vol.
in-S", Paris, 1853-1863; 4 vol. in-8", Paris-Poitiers, 1879.
— Guidi, Gli aUi apocrifl degli apostoli nei lesti copti,
arabi ed ethiopici, in-8°, Firenze, 1808; La leltera di
Simeone, vescovo di Beith-Arsham, sopra i martiri
Omeriti, dans les Mcmorie délia realc accadcmia dei
Lincei, anno 1881, t. VII, p. 471. — llotlmann (G.),
Auszûge ans syrischen Akten persicher Mùrlyrer,
in-8", Leipzig, 1880. — Hyvernat (11.1. Les Actes des
martyrs de l'Egypte, tirés des manuscrits coptes de
la bibliothèque vaticane et du musée Borgia. Texte
copte et traduction française avec introduction et
commentaire, in-4°, Paris (Rome), 1880. — Klette (E. T.),
Der Process und die Acla S. Apollonii, in-8°, Leipzig,
1S97. — Lagrange (F.), Choix des Actes des martyrs
d'Orient, traduits pour la première fois en français
sur la traduction latine des mss. syriaques d'Etienne
Evode Assémani, in-12, Paris, 1852; in-8\ Tours,
1871. — Langlois (V.), Collection des historiens an-
ciens et modernes de l'Arménie, publiée en fran-
çais... avec le concours des membres de l'académie ar-
ménienne de Saint-Lazare de Venise et des principaux
arménistes français et étrangers, 2 vol. gr. in-8°, Paris,
1867-1809. — Leclercq (IL), Les martyrs, recueil de
pièces authentiques sur les martyrs, depuis les origines
du christianisme jusqu'au XXe siècle, in-12, Paris, 1902,
en cours de publication. — Le Sueur (N.), Les vies de
plusieurs saints martyrs, evesques et religieux des
premiers siècles, escrites en grec par des anciens
auteurs ecclésiastiques et traduites en français, in-8°,
Paris, 1600. — Lucchini (F. M.), Atli sinceri de' primi
martiri délia Chiesa callolica, 4 vol. in-4», Rome, 1777-
1779. — Magistris (S. a), Acla marlyrum ad Ostia
Tiberina ex codice rcg. bibiioth. Taurinensis, in-fol.,
Bomœ, 1795. — Mœsinger (G.), Acla SS. Martyrum
Edessenorum Sarbellii, Barsimali, Gurise, etc., in-8",
Œniponti, 1874. — Pereira (Esteves lr. M.), Vida do
abba Samuel do Mosteiro de Kalamon, vcrsào etiopica,
in-8u, Lisboa, 1894; Vida do abba Daniel, versdo ethio-
pica, in-8°, Lisboa, 1897. — Ralnnani (E.), Acla SS. Con-
fessorum Gurise et Schamonœ... exarata syriaca lin-
gua a Thcophilo Edesseno anno Chrisli 297 nunc ad-
jecta lalinaversione primusedit illustralque J. Ephrem
TI-Rahmani, pairiarclia Anliochiee Syrorum, gr. in-8°,
Romoe,1899. — Robinson (Arm.), The Passion of S. Per-
pétua, newly eclitcd from Ihems. voith an introduction
and notes, suivent les Actes des martyrs scillitains,
dans Texts and studies, in-8°, Cambridge, 1891, t. i,
l'ase. 2; The Acts of the Scitlitan marlyrs.'The original
latin text together with the greek version and the
laler latin recensions.] — Rossini (C.), Catalogo dei
nomi proprii di luogi dell' Ethiopia, conlcnuti nci
testi gi'ized amharin /inora publicali, in-8°, Firenze,
1894. — Ruinart Th.), Acla primorum martyrum sin-
cera et sclecta, ex libris cum editis, tum manu scriptis
collecta, erula vel emendata, nolisquc et observationi-
bus illustrata, his prœmillilur prwfatio geneiulis, in
qua refellitur dissertalio XI Cyprianica Henrici Dod-
welli de paucitate martyrum, in-4°, Parisiis, 1689; ed.
altéra recognila, emendata et aucta, in-fol., Amstelo-
dami, 1713; accedunt Acla SS. Firnn et Rustici, gr.
in-tol., Veronai, 1731 ; ed. Bcru-Galura, 3 vol. in-8°, Au-
gustœ Vindelicorum, 1802-1803 ; ed. novis curis quam
emendaliss. rec., gr. in-8", Ratisbonœ, 1859. — S.... (F.
X.) und S.... (B.), Echteund ausgewùhlte Acten der er-
sten Màrlyrer, nach den ùllesten Ausgaben und lland-
schriften kritisch gesammelt und beleuchtet, mit einer
' Epist., cviii (al. uv), n. 8, P. L., t. xxxm, col. 203. — « Bo-
na, Rerum hturgicarum, éd. Sala, Turin, 1747, t. i, p. 23-25;
t. m, p. 243 sq. — 3 In Leone II, P. L., t. cxxvm, col. 847. —
*Gélasien, dans Thomasi-Vezzosi, Opéra, t. VI, p. 221. — 5 Ibid.,
p. 224. — « Ibid., p. 421 ; et. encore, 224. 226, 521, etc. — » Régula
allgemeinen polemischen Einleitung, nus dem Latein
von Theodor. Ruinart ûberselzt..., 7 vol. in-S°, Wien,
1832-1836. — ■ Siméon Logothète dit le Métaphraste,
^■jy.£(ôv XofOÔktù'j tci'j Mïta^paTToy -rà e,jpi'7xô(ji.cva uïvt2,
3 vol. in-8°, de la P. G., t. cxv-cxvi. — Stirius (L.),
VitSB sanclornm ab Aloysio Lipomanno olini con-
scriplse, 0 vol. in-fol., Colonia? Agrippinaj, 1570; l'édi-
tion la plus correcte est la suivante : 12 tomes en
7 vol. in-fol., Colonia? Agrippinae, 1618. — Violet (B.),
Die Palâstinensischcn Màrlyrer des Eusebius von Cae-
sarea, dans Texte und Vntersuchungen, in-8°, Leip-
zig, 1895 t. xiv, lasc. 4. — Viteau (J.), De Eusebii
Cœsariensis du])lici opusculo lUpi t5>v èv IlaXaurTivï)
(j.ap7'jpYi<rivTa>v, in-8", Paris, 1S93; La fin perdue des
Martyrs de Palestine, dans les Comptes rendus du
troisième congrès international des savants catholiques,
('(Bruxelles, in-8°, Paris, 1895; Passions des saints Eca-
terine et Pierre d'Alexandrie Barbara et Amysia, pu-
bliées d'après les mss. grecs de IJaris et de Borne avec
un choix de variantes et une traduction latine, gr.
in-8", Paris, 1897. — Zingerle (P.), Aechte Acten heil.
Mùrlyrer des Morgenlatules, aus déni Syrischen ùber-
setzt,*2vo\. gr. in-8», Innsbruck, 1836. — Zoëga (G.), Ca-
lalogus codicum copticorutn manu scriplorum qui in
museo Borgiano, Velilris adservanlur , auclore Géorgie
Zoëga, Dano. Opus posthumum, in fol., Roma?, 1810.
H. Leclercq.
ACTES DES SAHNTS. Voir Hagiographie.
ACTIO. — I. Sens il u mot. IL La formule lnfrà
actionem.
I. Sens du mot. — Ce mot employé plus précisément
en liturgie pour désigner le canon du la messe, semble
avoir été appliqué autrefois à la messe tout entière, no-
tamment par saint Augustin qui dit en ce sens : tolum
Muni agendi ordineni queni universa ver orbem servat
Ecclesia ' ; le 9e canon du concile de Cartbage (a. 390) se
sert aussi d'agenda pour désigner la rnesse : Ab universis
episcopis dictum est : quisquis presbyter inconsulto
episcopo AGENDAM (et non le pluriel neutre agenda,
comme avait à tort proposé Schlestrate), in quolibet
loco voluerit celebrare, ipse honori suo contrarius
existit'*, ainsi que le Liber pontificalis :ne anniversitas
(Mauri episcopï) aut agenda celebrclur3. Enfin, dans
les anciens sacramentaires, on trouve des titres comme
ceux-ci : In natale sancloruni sive in agenda mortuo-
»'wm4, ou In agenda plurimorum*, ou Pro salule vivo-
rum vel agenda morluoi-um^, qui désignent probable-
ment tout l'office, comme dans la règle de saint Benoit,
où nous lisons agenda malutina vel vesperlina1.
Au IXe siècle, Amalaire nous donne l'explication exacte
du terme : Habemus scriptum in quod.am sacramen-
tario quod officia morluorum AGENDA sunt circa ter-
liam diem, septimam, et trigesimam*. Mais le mot se
précisa bientôt et désigna spécialement le canon. Actio,
nous dit Walalrid Strabon, au mémo siècle, dicitur ipse
canon, quia in eo sacramenta conficiuntur dominica9,
et l'auteur ancien d'une histoire de Trêves : Jussus est
missani celebrare et canonem qui sécréta vel ACTIO di-
citur, sicut cetera, excelsa voce decantarelu. Enfin, les
mêmes sacramentaires portent encore ce titre : Actio
nuptialis, qui désigne non toute la messe nuptiale,
comme le dit Ménard, mais, selon la remarque de Du
Cange, le canon de cette messe qui contient des prières
spéciales pour les époux11. Gerbert a édité dans un ma-
nuscrit ancien de saint Biaise un petit traité De actione
missarum 12.
.S. Benedicti, c. xm. — * De offre, eccles., 1. IV, c. xlh, P. L.,
t. cv, cul. 1258. — » De rébus eccles., c. xxu, P. L., t. exiv, col.
950. — "> D'Achéry, Spicilegium, t. xil. Cl. Tnomasi, loc. cit., p. 172.
— "Du Cange, Glussariurn médise et inftiux latin., au mot Actio.
— ,4Gerbert, Monumentu liturgiœ alemannic3e,L n, p. 293,299.
447
ACTJO
4iS
Quant à l'origine et au sens de ce mot, les liturgistes
n'ont pas toujours été d'accord, llonorius d'Aulun le
prend au sens juridique, quia missa est causa populi
cum Deo1; et dom de Vert l'entend au sens de sacrilice,
en faisant remarquer que agere ou facere sont pris dans
l'Écriture pour sacrifier : Facere unum pro peccalo et
alterum in liolocausto, Levit., xv, 15, ou : Facictis liir-
cum propeccato, Lev., xxin. 19, et Facere Pasclia, pour
immolare pasclia-, Bona avait, du reste, adopté le même
sens et apporté à L'appui beaucoup d'exemples tirés des
classiques ou des auteurs ecclésiastiques3. Mais le sens
donné ci-dessus par Strabon est à la fois le plus simple
et le plus obvie.
II. La. formule lxfra ACTionem. — Une autre ques-
tion se pose après celle d'étymologie. Où commence
Y Actio? Le Missale Francorum et le Gélasien donnent
ce titre : C.an<»t actionis, et tout de suite après Sursum
corda et la préface; tel est, pour eux, le commencement
du canon, et, pour le dire en passant, celui de la prélace,
comme le font remarquer Thomasi et Ménard, et non
le Dominus vobiscu.ni1>. Le mol Actio est tombé en dé-
suétude et a été remplacé dans les missels par les mots
canon missœ. qui sont, maintenant placés après le San-
ctus, et avant le Te igitur. Cependant, le terme lYAclïo
s'est conservé dans cette rubrique Inj'ra aclionem, que
nous lisons après le mémento des vivants et qui sert en
quelque sorte de titre à la prière Communicant les.
Quoique les liturgistes ne semblent pas y avoir jusqu'ici
attacbé d'importance, on nous permettra de nous y ar-
rêter un moment; ces remarques, quelque minutieuses
qu'elles paraissent, peuvent servir à éclairer sur certains
points l'histoire encore obscure de la formation du canon
de la messe et de la classilication des sacramentaires.
Il nous suffira de rappeler ici que c'est sur le seul indice
de la différence entre les titres de Contestatio et de
Praefalio qu'un ingénieux critique est parvenu à distin-
guer, dans le sacramentaire de Bobbio, deux couches
liturgiques bien distinctes '.
Pour notre litre lu/ m aclionem, le sens n'est pas dou-
teux, c'est durant l'action que doit se dire l'oraison
Communicantes, encore que le sens classique de infrà
ne soit pas synonyme de intrù; mais d'assez bonne heure
au moyen âge, on confondit les deux termes, et beaucoup
de manuscrits portent intrù actionern, qui est, philolo-
giquement, plus exact. A cette place, dans le canon, la
rubrique parait inutile, à première vue, puisque cette
oraison est à sa place naturelle. Cependant, si l'on se
rappelle que dans certaines circonstances, à la vérité,
assez rares maintenant, le prélre doit aller chercher au
delà du canon un communicantes particulier à une autre
place (après la préface de la Nativité, après celle de
l'Epiphanie, après celle de Pâques, après celle de l'Ascen-
sion, et après celle de la Pentecôte), on comprend dans
l'occurrence l'utilité et la portée de l'indication. Ainsi
cette rubrique nous ramené à une époque où le canon
était plus généralement appelé Action, et où les formules
du Communicantes presque aussi nombreuses que les col-
lectes, les secrètes, les posteommunions ou les prélaces,
étaient situées avec elles en dehors du canon; il fallait,
dès lors, faire attention à les réciter à leur place infrà
actionern.
Ceci posé, interrogeons les anciens manuscrits litur-
giques, qui nous donneront de nouvelles indications.
1 L. I, c. vin. Cf. Vu Cange, ibid., au mol Actio, 3. — *Dofri
Cl. de Vert, Explication simple, littérale el histeriq
montes, Paris, 1720. t. iv, p. 183. — aBona-Sala, tue. cit., t. m,
p. 243 sq. — «Thomasi, toc. cit., p. 172, 365. Cf. Ménard, P. L.,
t. i.xxvm, col. 277 ; Gerbert, Monumenta veteria liturt/ix
ulemannicx, typis San-Blasianis, 1777, t. i, p. 232, note 2. —
s Paléographie musicale, t. v, p. 98 sq. — •Gerbert, Monu-
menta, etc., t. I. Voyez p. 85, 90, 91, 103, 127, 227, 228, 257, 259,
207, 270, 273, 275, 280, etc. - " /'./... t. i.xxvm, col. 214, 215. 224,
£25, 201, 202, etc. — » Ménard, (oc. cil.. P. L., t lxxvii» col. 277.
D'abord la place de la rubrique, au lieu de désigner tou-
jours le communicantes, comme dans nos missels actuel?,
varie assez souvent et même, dune façon plus générale,
elle est placée avant le liane igitur. Ainsi dans le Sacra-
mentarium triplex publié par Gerbert, nous la trouvons
au moins une quinzaine de lois à cette place6; dans le
sacramentaire publié par dom Ménard, à peu près aussi
souvent1, si bien que celui-ci remarque, à propos de la
messe d'Illyricus, que Y infrà aclionem devrait être dans
ce manuscrit avant le Hanc etiam oblationem, au lieu
d'être avant le mémento des vivants8; ce qui, du reste.
n'est pas exact, car une catégorie de manuscrits le met
à cette place; par exemple, le Gélasien avec cette ru-
brique suggestive : INFRA ACTlONEMubi dicit: Mémento,
Domine, famulorum famularumque tuarum, qui ele-
ctos tuos suscepturi sunt ad sanclam gratiam bapHsmi
lui, et omnium circumstantium. Et tacis. Et recitantur
nomma iirorum et mulieilim, qui ipsos infat
suscepturi sont. Et tuba*. Quorum tibi fides cogn.,
el aussitôt après : Item infra actionern. Hanc igitur
oblationem. Puis, après cette prière, on récite les noms
des élus9. Dans un autre sacramentaire, l'ordre d*es prières
du canon est bouleversé : après Hanc igitur oblationem,
on a : super diptyçha, Mémento des morts10, plus loin,
on lit: Infrà actionern. Mémento, Domine, etc.".
Un vieux manuscrit ambrosien, au jeudi saint, porte
la rubrique Infrac après la prélace, et tout de suite
Communicantes; cl à la veille de la Pentecôte, In Fri
après la préface, immédiatement suivi de Hanc igitur i2 :
une lacune du même manuscrit, suppléée par un nu
imprimé très ancien, porte après la préface Infra ca-
nonem, Hanc igitur**. Mais les anciens sacramentaire-
grégoriens, combinés par |Thomasi, nous donnent des
rubriques plus curieuses : après les antiennes ad o\]e-
rendum, Infra ACTIONEM. Emitte angeluni tuuni,
Domine, dignare sancli/icare corpus et sanguinem
tuumnos (quos?) frangimus... C'est ici une prière di
fraction u. Plus loin, nous lisons : J.srn t ACTIONEM. Hoc
corpus, qui est donne plusieurs fois15; puis, au samedi
saint : Antequam dicat pax Donnai, incipit INFRA
ACTIONEM. Hic est Agnus gui de cazla, etc., et post
compléta INFBACTIONB dicit Pax Domini sit, etc lb.
Si bien que dans ces derniers cas, il semble qu
V Infrà actionern soit devenu par assonnance le titre
d'une prière de traction, in fractions. Dans tous les
cas, ces variétés sont curieuses à étudier. L'infrà aclio-
nem, dans une autre catégorie de manuscrits, reprend
la place qu'elle occupe actuellement avant le Commun. -
contes11. Ailleurs, nous lisons -Item infrà aclionem qui
hac die antequam trader etur, accepit PANSU ts sois
SANCTIS MAJilBUS, etc.18, et [dus loin : Infrà actionern
ut supra19, et encore lnfra aclionem alia'-u; ici la ru-
brique est devenue un vrai titre, comme on disait .
fatio, on offertorium.
Ce ne sont la que quelques observations d'où l'on ne
peut encore conclure grand'chose. 11 laut attendre, pour
les compléter, que les manuscrits liturgiques aient été
édités avec le soin minutieux qu'ils réclament; © -
riantes, étudiées d'une laçon méthodique, prendront aloi s
une autre importance el permettront des classements
qui, aujourd'hui, laisseraient place à trop d'arbitraire.
Pour la rubrique qui nous occupe, faut-il aller plus
loin, et dire qu'elle apporte son modeste con/irmatur
— "Thomasi, loc. cit., p. 2',' lique dans C
cit., t. I, p. 248. — "Gerbert, loc. cit., t. I, p. 318. Même interver-
sion dan- Ménard, P. / ... t. lxxviii, ci 1. 215. — " RridL, c. I. 34t<.
— "Auctarium Solesmense, in-s-, Solesmes, 1900, p. <.
"Ibid., p. 191. — "Thomas!, t. V, p. la '— "Ibid., p. 76, 81;
cf. p. 67. — "Thomasi, ibid', p. 96. — " Gerbert. loc. cit., p. 4,
6, 10, 17, 72, 73, etc. — " Ibid.. p. 72. On remarquera la variante
très caractéristique, hac die antequam paterelur au lion du qt/i
p> idie. t'.f. Paléographie musicale, i. v, p. 60. — "Ibid., p 248.
249. — "Ibid., p. SU.
449
ACTIO
AD BESTIAS
450
à l'opinion qui a déplacé le mémento des vivants et ce-
lui des morts dans la liturgie romaine, pour les trans-
porter avant la prélace, comme dans les liturgies galli-
canes1? Cette conclusion nous paraîtrait prématurée.
Ce que Ton peut avancer avec moins d'hésitation, c'est
que des laits de ce genre nous permettent d'entrevoir,
au delà de la période des sacramentaires même les plus
anciens, un état liturgique dans lequel, les prières n'étant
pas encore groupées en un volume, le célébrant n'avait
à sa disposition, en dehors des livres de la Bible, que
quelques formulaires mobiles, comme les diptyques, les
prières litaniques, des bénédictions, des prières ad
eomplenditm, et quelques autres que l'on pouvait ré-
citer à tel ou tel moment durant l'action, ce qui expli-
querait la variété des titres et les changements de place
que nous avons constatés. F. Cabrol.
ACTIO (GRATIARUM). Voir Ad complenda.
AD ACCEDENTES. Voir Communion.
AD BESTIAS. — I. Introduction des chasses d'ani-
maux dans l'amphithéâtre. II. La condamnation ad be-
stias. III. Chrétiens condamnés et épargnés. IV. Senti-
ments des païens et des chrétiens. V. Les monuments
figurés. Détails du supplice. VI. Les venalores. VIL Les
pilse.
I. Introduction des chasses d'animaux dans l'am-
phithéâtre. — La première chasse d'animaux connue,
à Rome, y lut donnée l'an 568 de sa londation (168 avant
J.-C.) par Marcus Fulvius Nobilior2; toutetois l'usage
de donner des condamnés à dévorer aux bêtes féroces
était plus ancien, mais ce fut vers le temps de l'empire
qu'il devint l'occasion de magnificences et de spectacles
longuement préparés. Le personnel affecté à ces repré-
sentations n'était pas moins méprisé que les gladia-
teurs eux-mêmes; il se recrulait^au moyen d'engage-
ments volontaires, ou bien dans les familles de bestiaires
à la disposition desquelles était affectée une des quatre
écoles impériales bâties par Domitien. Cependant le
nom de bestiaires s'appliquait de préférence aux con-
damnés, le nom de venatores à une classe moins mépri-
sée et mieux armée de combattants. L'équipe de bes-
tiaires comprenait les archers, sagitlarii 3, les laurocen-
tse et les taurarii'*, les succursores ou successores, qui
tenaient, l'emploi des picadors ">.
Le combat d'animaux précédait d'ordinaire les autres
|eux; il commençait dès l'aurore6 et il arrivait parfois
qne la venatio n'était pas terminée à la cinquième heure
du jour. A mesure que Rome étendait sa puissance,
elle se faisait envoyer des animaux rares en plus grand
nombre. Lors des jeux donnés par Scipion Nasica et
P. Lentulus, on vit soixante-trois animaux d'Afrique, pan-
thères, léopards, quarante ours et plusieurs éléphants; aux
fêtes de Scaurus (58 av. J.-C.) on vit le crocodile etl'hippo-
* Paléographie musicale, in-4*, Solesmes. 1900, t. v. p. 76 sq.,
116 sq. — *Tite Live, 1. XXXIX, c. xxn ; P. L. Hunderup, De
danmatione chrisliaiiorum ad bestias, in-4% Hafniœ, 1706, réim-
primé dans J. C. Martini, Thésaurus dissertationum, in-12, Norin-
hcrgoe, 1767, t. m, parsl, p. 63-89; S. Lintrup, Du B^f ■<>;■"'/>. Pau-
Ima e 1 Corinth.,xv, coin. 32, disquisitio critico-historica, in-4',
llafniae, 1695. — 3Mommsen, Inscr. regn. Neapol., m-tol., Lipsias,
1 S52, n. 737. — * [bid., n. 2377, 2378. — SG. Henzen, dans Dis-
sertaz. dell. pontij. accad. rom. di arch., 1852. t. xa, p. 151.
— • Suétone, Claud., c. xxxiv : Bestiariis... adeo delectabatur
ut etiain prima luce ad spectaculum descenderet ; Lucien,
Toxaris, c. LVIII. — 7 Dion, Hist., 1. LXVI, c. xxv. — 8 Ibid.,
i. LXVIII, c. xv. — « Digest., 1. XXXIX, tit. IV, 16, n. 7. —
10 Symmaque, Epist., v, c. i.x, lxii. — " Liber pontificalis,
éd't. Duchesne, Marcellus, in-4*, Paris, 1884. t. i, p. xcix-c,
165. Ce trait est douteux en ce qui concerne Marcel; De Rossi,
Inscr. christ, urbis Bornée, in-tol., Romœ, 1888, t. H, p. 62,
103, 138, et Borna sotterranea, in-Iol., Roma,lS67, t. II, p. 204-
205. La Passio S. Marcelli donne le même luit; Acta sanut.,
dict. d'arcii. ciirét.
potame; aux véneries de Pompée (55 av. J.-C.) un go-
rille ('?), le rhinocéros, le lynx; aux véneries de César
(46 av. J.-C.) la girafe; quelques années après (11 av.
J.-C.) le tigre. Lors des fêtes de cinq jours données par
Pompée, on vit figurer 600 lions; les fêtes de cent jour3
célébrées par Titus furent prétexte au massacre de
9000 animaux ~, et, vingt-cinq années plus tard, à l'occa-
sion du second triomphe de ïrajan (106 ap. J.-C), les
fêtes qui durèrent quatre mois coûtèrent la vie à
11000 animaux8. L'Afrique avait été longtemps le pour
voyeur attitré des renationes, mais, à l'époque où les
chasses y devinrent moins fructueuses, les contrées
asiatiques demeurèrent inépuisables. A la frontière de
l'empire était établi un octroi qui percevait un droit sur
les animaux destinés aux spectacles, notamment les
lions, les panthères et les léopards 9. Symmaque parle
d'un droit d'entrée de 2 1/2 pour 100 sur les ours, dont
les sénateurs étaient exempts 10. La possession des élé-
phants était le privilège exclusif des empereurs. Au-
rélien fut le premier à en avoir un avant son élévation,
en quoi l'on vit un pronostic de sa grandeur future.
L'inventaire de la ménagerie impériale, à Rome, sous
Gordien III, signale la présence de 32 éléphants, 10 élans,
10 tigres, 60 lions, 30 léopards apprivoisés, 10 hyènes,
1 rhinocéros, 1 hippopotame, 10 maîtres lions, 10 girafes,
20 onagres, 40 chevaux sauvages, d'autres encore qui
furent tous employés par l'empereur chrétien Philippe,
lors des jeux millénaires de Rome en l'année 248. L'en-
tretien de ces animaux réclamait un nombreux person-
nel, dans lequel on rencontre des condamnés. Le Liber
pontificalis mentionne la mort d'un pape employé dans
une ménagerie impériale par ordre de Maxence", et
Suétone rapporte qu'en un temps où la viande était très
chère, Caligula lit donner des criminels en pâture aux
bêtes de sa ménagerie 12.
Les animaux qui figuraient dans les jeux étaient par-
fois couverts de larges écharpes bariolées, de plaques
en métal {bracleœ), de feuilles d'or; il arriva même
qu'on les peignit en couleur. Les textes et les monu-
ments13 nous les montrent accommodés d'étrange
sorte : des bœufs peints en blanc u, des moutons
couleur de pourpre ou d'écarlate 15, des autruches
teintes avec du cinabre 16, des lions dont la crinière a
été dorée 1\
La datio ad bestias parait avoir eu sa réglementation.
Elle revenait à des anniversaires fixes, tels que les na-
talitia des princes, les jeux solennels des villes. La ve-
natio était inscrite au programme et devait s'exécuter
à son rang, sans empiéter sur les autres ieux; ainsi nous
l'apprend le Martyrium Polycarpi. Lorsque le héraut
eut proclamé que Polycarpe s'avouait chrétien, la fuule
cria à l'asiarque de faire lâcher un lion, mais Philippe
répondit : « Cela n'est plus possible, les jeux d'animaux
sont terminés ls, » et le peuple n'insista pas.
IL La condamnation ad bestias. — Les jeux de
januar. t. u, p. 9; P. Allard, Hist. des persèc, t. v, p. 124, 137.
Cette peine de la servitude dans les ménageries impériales lut
prononcée ailleurs, Eusébe, De martyrib. Palxst., 12, P. G.,
t. XX, col. 1511. — 1! Suétone, Caligula, c. xxvu. — 13G. Hen-
zen, dans Annali dell' lstituto, 1840, p. 20, et Dissertaz. dell
pontifie accad. di arch., 1852, planches. Un sarcophage chrétien
de Tipasa nous montre deux lions ornés de bandeaux pour une
venatio, ci. Mclang. d'arch. et d'hist., 1894, pi. vin. — uHist.
August., Gallieni duo, c. vin : Processerunt etiam altrinsecus
centuni albi boves cornibus auro iugatis et dorsualibus seri-
cis discoloribus prxfulgentes ; Juvénal, Sat., x, vs. 65 :... Dite
in Capitolia magnum cretatumque bovem. — 15 Pline, Hist.
nat., 1. VIII, c. cxcvn. — ,3Hist. August., Gordianitres, c. III :
Struthiones Mauri miniati ccc. — *' Sénèque, Epist., xu, 6 :
Alites leo aurata juba mittitur... aliter incultus ...hic... prx-
fertur illi languido et bracteato ; De benef., 1. 1, c. v;, § 3 : Ne in
victimis quidem, licet opimx sint, auroque prxfulgecnt. —
<« Ma, ii/rium Pohjcarpi, c. xu, éd. F. X. Funk, dans Opéra.
Pair, aposc, in-8", Tubingo:, 1887, t. i, p. 296.
I. - 15
451
AD BESTIAS
4£2
l'amphithéâtre comptaient, parmi les représentations
préférées du public, le combat des hèles féroces. Deux
catégories d'individus étaient appelées à y prendre part :
les gladiateurs et les condamnés. Pour les premiers, le
danger était grand sans doute, mais les textes et les
monuments antiques nous les montrent souvent entourés
des victimes qu'ils avaient tuées1; pour les autres, la
mort était presque certaine. Certains condamnés trou-
vaient dans le terrible jeu qu'on leur imposait une porte
de salut, ainsi que le reconnaît un texte ancien qui
présente la datio ad beslias comme inférieure en gra-
vité au summum supplicium : Quicumque nummos
aureos partim raserinl , partira tinxerint vel finxerint,
si quidem libcri sunt ad beslias dari, si servi, sumnio
supplicia af/ici debent -. La datio ad beslias était la
peine appliquée aux parricides3, aux assassins4, aux
séditieux'1; les prisonniers de guerre y étaient con-
damnés, car nous voyons que ce fut le sort du ïioïen
Maricus G, des deux rois francs que Constantin fit dé-
chirer sous ses yeux7 et d'autres vaincus8. Pour cette
catégorie, la datio ad beslias cessait d'être une peine
moins cruelle que la décollation, au contraire, elle en
était une aggravation : Judices publicis legibus ser-
vienies majoris criminis reos bestiis subigi (/nain
gladio perculi jubenl''. Parfois, semble-t-il, la condam-
nation était improvisée : Mullitudo qux ad speclaeuhint
confluxerat, lit-on dans la Passion de sainte Marciana,
martyre à Césarée de Maurétanie, cœpil cla/niare )'J
Marciana martyr objiceretur ad feras. Ligaiur ad
stipilem devola Christi virgo "'. Ces exigences de la
foule étaient assez fréquentes, le cri : Chrisliani ad
leoncm retentissait soudain dans l'amphithéâtre comme
en témoignent Teiiullien ", saint Cyprien '-'. Pontius le
diacre |:| et Eusèbe ' '.
Il arrivait parfois que les bêles dédaignaient le con-
damné. Pris dans un combat, .Maricus fut exposé aux
bêtes. « Comme elles tardaient à le dévorer, raconte Ta-
cite, le stupide vulgaire le croyait déjà invulnérable :
Vilellius le fil tuer SOUS ses \eiix 16. » Les documents
chrétiens rapportent des faits analogues : o J'espère, écrit
saint Ignace aux Humains, les rencontrer | les bêtes) dans
de lionnes dispositions; au besoin je les flatterai de la
main, pour qu'elles me dévorent sur-le-champ, et qu'elles
ne fassent pas comme pour certains, qu'elles ont craint
de toucher10. » L'auteur de la Passion de sainte Perpétue
rapporte qu'un ours lancé sur saint Saturas ne voulut
point sortir de sa cage 17. La Passion de sainte .Marciana
nous apprend que la vierge fut exposée dan-- le cirque,
liée à un poteau, et qu'un lion lâché s'approcha d'elle,
se dressa, lui mit les grillés sur la poitrine, puis, l'ayant
flairée, odoratus, la laissa sans lui faire de mal ; quelques
instants après elle fut blessée par un taureau et achevée
par un léopard. Il est curieux de rapprocher le texte de
cette Passion de l'hymne consacrée à la sainte par le bré-
viaire mozarabe.
Dimissus est le o ferocissi- Léo perewritpercitus
mus qui cuin magno tmpetu Adoratoros vert
•Nous rappelons pour mémoire l'importante dissertation de
{;. Henzen, Explicatio mus/ri in viUa Burghesiana asservait,
quo certamina amphitheatri reprmsentata extant, dene lu -
sertaxioni délia pontifteia accademia romana <ii archeologia,
iri-V, 1852, t. XII, p. 73-157, et les planches annexées à ce mémoire ;
Mongez, Mémoires sur 1rs animaux promenés ou tués dans 1rs
cirques, dans Mémoir. de l'Institut., 1828, t. x, p. 360 sq. —
'Dirjest., 1. XLVIII, tit. x. Cf. Pillel. Étude sur lu « damnatio
(Ul hestius », in-8-, Lille. 1902, p. 5 sq. — * Du/est., 1. XLVIII,
lit. ix : Parricidu... bestiis objicitur. Cf. Cicéron, Pro Sexto
Hoscio, 26. — * Di'/esl., 1. XLVIII, tit. VIII : Salent bestiis SUb-
jici. — * Digcst., 1. XLVIII, tit. xix : Jiesiiis objiciuntur. —
"Tacite, Ilist., 1. Il, C. I.xi : Feris ObjeclUS. 'Eutrop.,
Hist., 1. X, c. m : Bestiis objecit. — "Ainni. Marcel!., lier.
gestar., 1. XIV, c. n : lu amphitheatrali spectaculo feris pree-
dutrieibus objecti sunt. — ° s. August., Contra Faustum,
XXII, c. i.xxix, P. L., t. xi.ii, col. 453. — "> Acta s. Mordante,
veniens erectas marins tu Non comesturus virginem
puellx pectus imposuit; san- Taurus deliinc prosiliens,
ctum martyris corpits odora-
tus, eam ultra non contigit.
Acta S. Marcianx, § G, Lorenzana", Breviarnm
(tans Acta sanct., januar. gothicum, in-lol., Matriti,
t. I, p. 569. 1775, p. cclviii.
III. Chrétiens condamnés et éparcjnés. — Parmi
les premiers chrétiens, le fait d'être épargné par les
fauves ne parait pas avoir été tenu, d'ordinaire, pour la
marque d'une protection surnaturelle; vers le IVe siècle
au contraire cela ne faisait plus de doute. Les livres
mêmes d'Eusèbe nous en lournissent la preuve. Deux
textes différents et distants de plus d'un siècle men-
tionnent le même fait; or, pour l'auteur de la lettre des
Églises de Lyon et de Vienne — peut-être saint Irénée
— le fait passe sans commentaires, tandis que, dans le
récit de la persécution de Dioclétien, Eusèbe ne doute
pas qu'il ne porte la inarque d'une intervention divine18.
Deux documents d'une valeur moins grande que ceux
que nous venons de rappeler constatent des faits plus
étranges, mais qui, néanmoins, s'accordent dans l'en-
semble avec ce que nous apprennent les textes les plus
autorisés. On lit dans les Actes de sainte Thècle que la
jeune fille fut séparée de Tryphéna et dépouillée de ses
vêtements. Elle se ceignit d'un voile et fut poussée dans
le stade. D'abord on lança contre elle des lions et des
ours; mais une lionne courut vers Thécla et se coucha
à ses pieds, la caressa doucement de sa langue et lui
lécha les pieds. A cette vue les femmes jetèrent un cri.
Un ours s'approcha; la lionne s'élança sur lui et le dé-
chira. Un lion survint, il appartenait à un maître qui
l'avait accoutumé a >e nourrir de chair humaine; la
lionne le saisit et combattit longtemps contre lui, jus-
qu'à ce qu'enfin tous deux expirèrent dans la lutte. On
lâcha ensuite un grand nombre de bêtes sauvages, et
Thécla restait debout, immobile au milieu du cirque; les
mains élevées vers le ciel, elle priait19. Un trait sem-
blable se trouve dans les Actes des saints Probe, Ta-
raque et Andronic. Les martyrs étaient si brisés par la
torture qu'une escouade de soldats requit une équipe de
portefaix pour apporter les saints dans l'amphithéâtre
au milieu duquel on les jeta. A ce moment on lâcha les
bêtes, mais aucune d'elles ne toucha le corps des mar-
tyrs. On fit alors sortir un ours qui venait de tuer trois
gladiateurs; l'ours s'approcha des martyrs, vint à saint An-
dronic contre lequel il s'accroupit et lécha le sang qui sor-
tait de ses blessures. Andronic, sa tête sur l'ours, l'a
du mieux qu'il put, mais ce fut en vain ; le président
des jeux fit tuer l'ours sur place. Une lionne refusa de
même de tuer les victimes, il fallut les faire égorger *°.
Strabon mentionne un exemple d'une datio ad be-
slias donnée en spectacle. Vn brigand nommé' Sauras
fut placé' sur un échafaud dans le forum; tout à coup
les planches se séparèrent et il tomba dans les c
des bêtes féroces -'.
IV. Sentiments des païens et des chrétiens. — Ces
5, dans Acta sanet.. januar. t. I. p. 569. Cf. E. Le niant. / es
Actes des martyrs, in-4», Paris, 1882, p. 30, -188. — " Apologct..
c. ni., !.. P. /... t. i, cet. 513, 603; De exhortât, castitotis, c. XII,
/'. /..,' t. n. col. '.176. — <- Epiât., i.v. Ad CorneHumfi, P. /...t. m.
cet. 880. — " Vita et Passio Cypriarti, 7, /'. L.. t. m. col. 1517.
— "Ht« t. eecl., 1. IV, c. xv, /'. (,'.. t. xx. cet. 3,"»;;. — '»Tacitc.
Hist., 1. II, c. i.xi, trad. Burnouf, in-12, Paris, 1878. p. .77.
"S.lgnnee.Fpist.ml Homanos. c. v.cdit. F. X. Funk.dans Opéra
Patr.apost., in-8*, Tubingœ, is«7. p. 218. — » Passto S. Per-
petux. 1'.'. édit. A. Robinson, dans Texts and studiee, ln-8*, Cam-
. 1891, t. I, p. 90. — '» Ilist. eeel.. 1. V, 0, l; I. Vlll.
i, /'. <;.. t. xx. col. V25, 757. — '» Grabe, Spicilegium
SS. l'atrutn et hxrcticorion. in-,8-, Oxonii. 1896, t. i. p. 98 s.j.
Cf. s. Ambroise, De virginibus, 1. il. c. m. /'. /... t. xvi. c
— *• Passio SS. Probi, Tarachi et .\>uln>niei. 10, dans ituinart,
imcera, ln-4*, Parisiis, 1689, p. J88 sq. -' Strabi Q, t. VI.
c. n, C.
AD BESTIAS
454
sortes d'exécutions étaient réellement des jeux pour les
spectateurs païens. Apulée nous le montre bien en ra-
contant le supplice d'une vile créature, rilis aliqtm quœ
propter multiforme scelus bestiis crat damnala1. Les
jeux se donnaient alors dans l'amphithéâtre de Corinthe
où, vers la fin d'une somptueuse pantomime mytholo-
gique, la malheureuse est extraite de sa prison et livrée
aux bestiaires. Dans l'éblouissement de tant de pompe,
le peuple n'avait pas oublié sa proie, il la réclamait,
impatient, sans pudeur comme sans pitié. Tel se montre
à nous Martial, qui, assistant au supplice d'un con-
damné, prit son temps d'observer que le « sang ruisselait
de ses membres palpitants et déchirés, et que nulle
place sur son corps n'en rappelait plus la l'orme » :
Vivebant laceri membris stillantibus ortus,
lnque omni misquam corpore corpus eral.
La victime humaine n'intéressait pas beaucoup plus
les spectateurs que les animaux rares qui faisaient par-
tic du Indus ferarunx. Des tessons de Paris et de Wes-
terndorl' nous montrent des cerls et des daims mêlés
aux lions; c'était bien en effet ce qui se passait en réa-
lité et les condamnées jouaient vraiment leur rôle de
pilœ lorsque les fauves venaient faire tomber sur elles
la lureur que l'agilité des cerfs ou des daims les empê-
chait de satisfaire sur ces animaux. La mosaïque
Borghèse nous montre ainsi une véritable mêlée dans
laquelle se trouvent un élan, un sanglier, un taureau,
une antilope, une autruche, une hyène et un lion-. A
moins que l'homme ne se fût rendu célèbre par ses for-
laits, il ne comptait guère plus qu'un de ces animaux,
souvent moins. Les textes ne nous disent nulle part que
le peuple, ému de pitié, fit délivrer un de ces malheu-
reux; ses sentiments étaient bien différents. Un jour,
un lion, qu'un esclave avait dressé à dévorer les hommes,
lit tant d'honneur à son maître que de tous cotés on
demanda pour celui-ci l'affranchissement 3. Tous les an-
ciens sont d'accord à rendre témoignage de la passion
générale pour les jeux et les venaliones, et la répu-
gnance qu'y témoignaient les chrétiens commença la
réaction contre ces horreurs : a Nous ne pouvons souffrir
la vue d'un homme que l'on fait souffrir, même juste-
ment, écrivait Athénagore. Qui ne se porte avec empresse-
ment aux spectacles de gladiateurs et de bêtes, princi-
palement quand c'est vous qui les donnez? Eh bien, nous
avons renoncé à ces spectacles, croyant qu'il n'y a guère de
différence entre regarder un meurtre et le commettre1. »
V. Les monuments figurés. Détails du supplice. —
Nous possédons une précieuse représentation d'une
tauromachie dans un fragment de vase en terre rouge
à reliefs découvert avec d'autres débris à Reims, à la
losse Jean-Fat, en 1883. « Sous un cordon formant une
ligne chevronnée surmonté d'une ornementation en
lorme de lambrequins, un taureau jette en l'air deux
hommes, dont les mains sont liées derrière le dos, et
qui sont vêtus seulement d'un pagne soutenu par une
1 Apulée, Metamorph., 1. X, c. xxm-X'xvii et xxxiv-xxxv,
(Mit. Hildebrand, in-8°, Lipsioe, 1842, p. 721-731, 748-751. Gi-
céron, Epist., 1. VIII, epist. i : Qux potest esse homini poli-
tico delectatio, cum homo imbecillis a valentissima bestia
lanietur? — ! G. Henzen, dans Atti dell' accademia ponti-
lirin di archeologia, t. XII, pi. v. Cf. à Pompéi, W. Helbig,
W'indgemàlde der von Vesuv verschùtteten Stàdte Campa-
niens, in-8% Leipzig, 1868, n. 1517-1519. — 3 E. Renan, Marc-
Aurèle, in-8% Paris, 1882, p. 31. — * Athénagore, Legatio, 35,
P. G., t. vi, col. 969. On trouve la même pensée exprimée dans
le texte latin de la Passion de sainte Perpétue : au moment où les
martyrs vont être égorgés, la toute suit des yeux le 1er homicide,
l 'assio SS. Perpet. et Felicit., 20, édit. A. Robinson, dans Textsand
■•■in, lies, in-8% Cambridge, 1891, t. i, p. 92. — 5A. Nicaise, Frag-
ments de vases avec représentation des combats du cirque,
ilans le Bull. arch. du Comité des trav. iiist., 1896, p. 45. Les
représentations de combats de l'amphithéâtre sont parmi les plus
uéquentes dans les vestiges des monuments figurés de l'antiquité,
bande d'étoffe passant sur l'épaule droite. L'une des vic-
times est enlevée la tête en bas; l'autre dans la position
d'une personne à demi couchée. Le taureau montre un
garrot vigoureux et parait avoir conscience de la (ôrce
qu'il déploie en jonglant avec ses victimes. A gauche,
87. — Condamnés aux bêtes. Fragment de vase trouvé à Reims.
D'après le Bullet. du Comité des travaux historiques ;
Archéologie, 1896, p. 47.
on voit apparaître des branches revêtues de feuilles à
leur extrémité5. » La victime placée à gauche dans la
poterie de Reims se trouve dans la posture que décrit la
Passion de sainte Perpétue qui, y est-il dit : Jacla est,
et concidit in lumbosb (iig. 87).
Parmi les nombreux fragments de poteries romaines,
de la classe dite d'Arezzo ou samiennes, trouvés en 1807
près de Westerndorf (Ravière) et publiés d'une manière
peu satisfaisante par .1. von Stichaner7, se trouvait un
tesson qui n'a pu être retrouvé dans les collections de
Vilislorisches Yerein von Obcrbayern, mais d'autres
fragments sortis des mêmes moules et plus complets y
ont été reconnus8. « Un de ces fragments, écrit M. La-
faye, représente un homme nu, attaché, les mains der-
rière le dos, contre un poteau dont l'extrémité apparaît
au-dessus de ses épaules; sur la gauche un ours prend
son élan pour le dévorer. Le décor du vase ne comportait
que ces deux ligures, répétées plusieurs lois de distance
en distance. On aperçoit sur la droite l'arrière-train de
l'ours, seul reste d'une seconde empreinte 9. Ailleurs, le
centre de la scène est occupé par un homme dont l'atti-
tude est identique à celle du précédent. Sur la gauche
s'avance un lion; à droite bondit un animal dans lequel
on peut, avec une égale vraisemblance, reconnaître une
lionne, un tigre, un léopard ou une panthère 10 (fig. 88). »
cf. G. Lacour-Gayet, Graffiti figurés du temple d'Antonin et de
Faustine au forum romain, in-8% Paris, 1881, p. 16; G. Perrot,
Les vases d'or de Vafio. dans le Bull, de corr. hellénique.
t. xvi, 1891, p. 493-537, pi. xii, xm-xv. — « Passio SS. Perpet.
et Felicit., 20, édit. Robinson, dans Texts and studies, in-8% Cam-
bridge, 1891, t. i, p. 90. — 7 Sammlung rômischer Denkmâler
in Baiern, lierausgegeben von der kôniglichen Akademie der
Wissensch. zu Mùnchen, in-4% Munchen, 1808, avec atlas in-
lol. intitulé Abbildungen. — 8G. Lataye, Criminels livrés aux
bêtes, dans les Mém. de la Soc. nat. des antiq. de France, 1892,
p. 97 sq. — 9 J. von Stichaner, loc. cit., Abbildungen, pi. i, n. 1.
— 10G. Lataye, loc. cit., p. 101. Ce type ne ligure pas dans l'atlas
de Stichaner; on peut cependant comparer pi. v, n. 3. Les touilles
de Westerndort, ci. Stichaner, Abbildungen, pi. XI, et celles de
Paris, ci. Grivaud de la Vincelle, Antiquités gauloises et ro-
maines recueillies dans les jardins du Palais du Sénat, dans
la Bévue archéologique, 1892, t. xx, p. 335, 347, ont rendu les
débris des moules.
455
AD BESTIAS
456
Une autre série de poteries que nous allons énumérer
présente un intérêt particulier pour l'histoire des mar-
tyrs chré iens. Un tesson conservé au musée de Tours
88. — Condamné aux bûtes.
Fragment découpe. D'après Sammlung derrôm. Denkmàler
in Baiern; Abbild., pi. m.
(n. 1G7 du catalogue) représente une femme nue, les
cheveux llottant sur les épaules, les mains attachées sur
le dos. A droite se voient le mufle et les deux pattes de
devant d'un lion, la gueule ouverte, lancé sur la victime;
89. — Femme exposée aux bêtes.
Fragment de vase au Musée de Tours. D'après les Mém
la Soc. nat. des Antiq. de France, 1892, p. 103.
de
à gauche un trépied; dans le champ, des brandi
feuillage et une palme. La rencontre du trépied el de
la palme nous porterait à voir là une allusion à une
martyre chrétienne, peut-être sainte Blandine, s'il ne
fallait être très réservé dans ce genre d'identification '.
Un autre tesson conservé au musée Carnavalet a été
trouvé à Paris, en 1865, sur l'emplacement actuel de
1 La répugnance des chrétiens à représenter les scènes de mar-
tyre n'est pas aussi absolue que l'a pi nsé B. Le niant. Etude sui-
tes sarcophages d'Arles, in-foK, Taris, 1878, p. 44. — *G. La-
faye, toc. cit., p. 103-10'i. Ce second tesson a été publié dans / es
mondes, 1865, t. vu, p. 350. Voyez [A. de Longpérier], En
lion universelle de 1867. Catalogue noierai. Histoire du tra-
vail, in-8% Paris, 18G7, p. 74, Fiance, n. 1036, 1037. — »M. de Vil-
lenoisy, dans Bulletins de la Soc. ndt. i>,'s a,, ta}.
l'École des mines. Il devait oflrir quatre répétitions du
même sujet, deux seulement se sont conservées dans
le lragment subsistant; on y voit une femme nue. de-
90. — Femme exposée aux bêtes.
Fragment de vase du Musée Carnavalet. D'après l'original.
bout, garrottée, assaillie de chaque coté par un lion; le
champ est rempli par une composition qui n'a pas de
rapport avec le motit principal2.
Lnfin, le musée de Saint-Germain-en-Laye possède
trois figures appartenant à la série de monuments que
nous étudions3.
On a justement fait observer que les sujets que nous
avons décrits ne peuvent représenter ni Marsyas, ni
Andromède.
Un curieux médaillon de terre cuite4, remontant au
iitc ou au IVe siècle, découvert à Lyon en 1885, dan* les
touilles du quartier de Trion (voy. Actes des mautyks,
col.4i3et fig. 86), représente le supplice du petit dieu
Kros. La scène se divise en deux registres. Dans le
registre inférieur, on voit un cortège composé d'un
Amour tenant le rôle de l'huissier, mais dont il ne n ste
plus qu'une aile, le dieu Éros les mains lices sur le dos,
un gardien qui parait tenir le condamné pour l'empê-
cher de luir, enfin deux petits amours portent sur un
brancard les armes d'L'ros, son carquois, son arc, ses
torches, La partie supérieure du médaillon comprend la
scène principale. Elle représente L'exécution de la s a-
lence. Le condamné est debout sur une estrade, adossé
et lié par les mains à un poteau, tandis que quatre
Amours sont chargés de l'exécution. Le bourreau a pris
place sur l'estrade, et il vient de couper les ailes d'I i
le valetdu bourreau placé au bas de la petite échelle qui
donne accès à l'estrade semble, par son geste, indiquer
que tout est prêt, un second valet juché sur la cavea ouv re
la trappe aux animaux, deux colombes, qui vont s'élancer
sur le condamné. A la partie supérieure du médaillon,
on voit une assemblée; vers le personnage central semble
s'acheminer par un degré en charpente le dernier valet
du bourreau, mais un geste impérieux le relient.
Si nous dépouillons ce gracieux sujet des attributs
mythologiques, il nous reste une Mine de supplice sui-
vant tout l'appareil en usage dans l'empire romain. Les
lois condamnaient les incendiaires au supplice du leu6,
toutefois, les incendiaires de la dernière catégorie pou-
vaient être exposes aux beies : Qui data opéra incimêate
incendium fecerint, dit Ulpien, si humilions looo *"it
bestiis objici soient'. A cette ca ijoutaientcelles
séance du 31 niai 189 ' v .Minier el 1'. Dissard, Trion, in-S*.
Lyon, 1886, i G Laraye, L'Amour incendiaire, dans
Mèlang.d'arch.etd'hisl., 1890, t. x. p. 60 sq. et pi. i.C.i. Me: i
./.-/;. De Hossi, ui-s , Paris, 1892, i 160 Ni us n'avons b
jusqu'ici .oie allusli n a la noutUatii m pratiquée but les condam-
nés, mais seulemenl a des tortures préliminaires. — "G. Laraye,
dans Vélang. iTarch. et d.Mst., 1890, i -
1. XLVil. tii. i\. 12. Q. Martial, ''- sj taculia» l. VII.
Loi
AD BESTIAS
458
que la loi et le bon plaisir voulaient y joindre. Les plus
beaux condamnés des provinces étaient mis à part et
dirigés sur Rome ' pour servir au divertissement du
peuple; ce tut le cas de saint Ignace d'Antioche2.
Le spectacle commençait par un défilé (pompa), que
mentionne la Passion de sainte Perpétue3; ensuite
le condamné était amené sur la plate-lorme (suggcslus,
pulpitum, calasta) 4 et attacbé au poteau 5 (palus,
slipes), appelé quelquefois du nom de crux9. Une lampe
qui peut être du 11e siècle de notre ère et un fragment
de poterie1 nous montrent le condamné ainsi élevé et
attaché. D'après le médaillon de Trion, il serait possible
que la victime portât sur la poitrine un écriteau indi-
quant le crime dont elle s'est rendue coupable, mais
c'est peut-être là une disposition n'ayant rien de spécial
au supplice que nous étudions, car deux textes chré-
tiens du 11e siècle, la Lettre de l'Église de Lyon et le
Martyrium Tlteclies, nous disent que l'on attacha sur
Attale un écriteau portant ces mots: HIC EST ATTALVS
CHRISTIAN VS'1 et sur Thècle : 'H 8s arda ^v tîjc àiteve-
xOsia/K aùrrjç ypa^c. IEPOXYAIA10.
A l'extrémité de l'arène, se trouve la cavea contenant
les bêtes féroces'11. « En général, les botes féroces sor-
taient directement des souterrains de l'amphithéâtre par
des trappes que l'on ouvrait subitement; mais quelque-
lois on traînait les cages jusque dans l'arène, et il devait
en être ainsi surtout lorsqu'au lieu d'une chasse con-
91. — Daniel parmi les lions.
Peinture de la catacombe de Dumitille.
D'après le Bulicttino di archeologia cristiana, 1865, p. 42.
duite par des gens armés (vcnilio) on donnait en spec-
tacle à la foule un malheureux sans délense livré pieds
et poings liés à la voracité des animaux; ceux-ci, conte-
nus pendant de longues journées dans l'étroite prison
où on les avait amenés de leurs déserts, devaient s'élan-
cer avec beaucoup plus d'impétuosité que quand on les
lâchait en grand nombre hors des souterrains12. » Outre
•Si ejus roboris vel artiflcii sint ut digne populo romano
exhiber i possint, Digest., 1. XLVIII, tit. xix, 31. Cette coutume
ne commença d'être abolie que par Antonin. — *E. Renan, Les
évangiles, in-8" , Paris, 1877, p. 487. — zPassio SS. Perpetuse et
Felicit., 8, éd. Robinson, dans Texts and studies, in-8% Cambridge,
1891, t. r, p. 86, 88. Ct. Friedlànder, Die Spiele, dans J. Mar-
quardt, Handbuch der rôm. Alterth., in-8% Leipzig, 1871-1882,
t. VI, p. 561; E. Renan, Marc-Aurèle, in-8% Paris, 1882, p. 323,
note 3. — *Ci. Otto Jahn, dans Berichte iiber die Verhandlun-
gen der kônigl. sàchs. Gesellsch. d. Wiss. zu Leipzig, 1851,
p. 153 et pi. v. — 5Ct. Actes des martyrs, col. 428. — «Cicéron,
In Verr., act. v, S 5, [10, 11; cf. § 6, 12; Dion Cassius, Hist.
rom., 1. XLIX, xxu. — 'Fig. 75, 76. — "Sur la date de ce docu-
ment, voyez W. Ramsay, The Church in the roman empire
be/ore A. D. 170, in-8% London, 1893, p. 375. — "Eusèbe, Hist.
eccl., 1. V, c. i, P. G., t. xx, col. 425. — <° E. Le Riant, Les
les monuments que nous avons cités, nous pouvons dans
une certaine mesure rattacher à notre sujet une classe
de représentations très nombreuses dans l'art chrétien pri-
mitif, nous voulons parler de Daniel parmi les lions. On
s'explique plus facilement la nudité complète adoptée par
les artistes anciens pour le type de Daniel en se rappelant
que les condamnés étaient livrés sans autres vêtements
que le Stagna. Une peinture de la catacombe de Doml-
tille représente Daniel nu, sur un suggestum semblable
à ceux des médaillons que nous avons cités13 (fig. 91).
VI. Les venatores. — C'est le venator qui lançait
la bête fauve vers l'échafaud. Lucien fait raconter prit-
un personnage qu'il a vu dans l'amphithéâtre « des
fauves piqués avec des traits, poursuivis par des chiens
et lancés sur des hommes enchaînés qui étaient sans
doute des criminels » : s(opà>u.çv (fypia y.aTaxovnÇôneva v.a'i
•J7tb y.uvdiv Sttoy.ô'u.eva xai ère' àvôp<Ô7rou; 8e8st).évouç
àï>téu.sva xaxovp-fo'jç Tivàç, 'i>ç £c-/.âÇou.sv '*.
Alin d'attiror l'attention de l'animal, on prescrivait
parfois aux condamnés de les irriter, l'ordre en fut
ilonné à des martyrs : t<3v tepôiv àôXviTtov yuu.vtov ë<TTa>T<ov
■/.a't raî; X^17' xaTatreiôvTiov, êîik te crcpàç aùro-jç ètv.ittio)-
i/.svtov to-jto yàp a-JTOt; èxsÀeûeTO 7rpâTTeiv ls. « Les saints
athlètes debout et nus agitaient les mains pour irriter
les animaux ainsi qu'on le leur avait ordonné. » Ce lut
dans ce rôle que mourut un martyr nommé Alexandre '6.
Le condamné lié au poteau n'était pas seul exposé.
Quelquefois la béte féroce, prise d'un caprice, au lieu
de se diriger vers le condamné, fondait sur le venator.
Ce malheureux, malgré son agilité, périssait parfois;
deux textes de l'antiquité chrétienne en témoignent. On
lit, en effet, dans la Passion de sainte Perpétue : Cum
apro subministraretur, vcnalor polius, qui illum apro
subministraverat, subfossus ab eadem bestia, posl dies
muneris obiil11; et dans Eusèbe : tûv Gïjpccov ètù toùç
à'XXouç, Scroi Sï]7ro-j0ev É'EtoOsv èp£6io"u.oïi; Ttap<op[j.(i)v a-jxà,
çîpou.évcov... ['llyptiouivo; ô -aOpo;] to-j; aXXouç Ttôv
k'5u6îv •rcpoo-tivTu>v toîç -/Joauiv êi; tôv aépa piitiwv Siscr-
-àpaTtev, ïju.iOvnraç ai'psaôac -/.aTaXirccov 18. Parlois les ani-
maux se jetèrent sur les infidèles qui les excitaient
contre nous. On vit un taureau déchirer et lancer en
l'air ces infidèles qu'il- abandonna à demi morts. Tan-
dis que ces infortunés périssaient de la sorte, les martyrs
devenaient presque familiers avec ce genre de supplice.
On lit dans la Passion de sainte Perpétue : « Celui qui a
dit : « Demandez et vous recevrez, » accorda à chacun le
genre de mort qu'il avait souhaité, car, quand ils cau-
saient ensemble de la manière dont ils eussent voulu
mourir, Saturninus souhaitait d'être exposé à toutes les
bètes afin que sa couronne fût plus glorieuse. Et il arriva
qu'à l'ouverture des jeux Revocatus et lui furent atta-
qués par un léopard; ils lurent ensuite, sur l'estrade,
déchirés par un ours. Salurus avait pour l'ours la plus
vive horreur, aussi espérait-il déjà que d'un coup de
dent le léopard lui enlèverait la vie. Pour clore les jeux,
on l'exposa à un léopard qui, d'un coup de dent, le couvrit
de sang : « Il est bien lavé, le voilà sauvé! il est bien
«lavé! » cria la loule, par allusion au baptême19. « Un
persécuteurs et les martyrs, in-8% Paris, 1893, p. 15. Cf. Crabe,
Spicileg. SS. Patrum, in-8% Oxonii, 1714, t. i, p. 108, ct Marc,
xv, 26. — "Horace, Ars poet., vs. 473; Suétone, Caligula, 27;
Pline, Hist. nat., 1. Vin, c. xvn. — "G. Lafaye, dans Mélang.
d'arch. et d'hist., 1890, t. x, p. 85. Ci. Vopiscus, Probus, c. xix.
— "De Rossi, Bull, di arch. crist., 1865, p. 42. Cf. Sammlung
der rôm. Denkm. in Baiern, 1808, pi. x, reproduisant un Irag-
ment de poterie trouvé en 1808, près de Pfiïnzen, en Ravière, et
qui représente, attachés à des poteaux, des hommes nus que des
ours vont dévorer, et qui tiennent probablement le rôle de Laureoli.
— ,4Lucien, Toxaris, c. us. — ,sEusèbe, Hist. eccl., 1. VIII,
c. vu, P. G., t. xx, col. 757. — '«Acta S. Alexandri, 7, clans
Acta sanct., 21 sept. — •' Acta SS. Perpétuée et Felicit., 19,
éd. A. Robinson, loc. cit., t. i, p. 90. — IS Eusèbe, Hist. eccl.,
loc. cit. — i* Acta SS. Perpetuse et Felicit., 19, 21, éd. A. Ro-
binson, loc. cit., t. I, p. 88, 92.
459
AD EESÏIAS
400
jeune garçon dp douze ans nommé Germanicus était
déjà dans l'amphithéâtre que le proconsul l'adjurait en-
core de prendre pitié de lui-même; l'entant voyant la
bête marcha droit à elle et la frappa; afin, écrit un
contemporain, de sortir plus tôt de ce monde pervers '.
VII. Les pilas. — Pour exciter la fureur des ani-
maux et protéger les combattants, on employait, à Rome
du moins, des mannequins bourrés de paille ou de
chiffons et vêtus d'habits qui leur donnaient une appa-
rence humaine. Ces mannequins s'appelaient à Rome
pilas et chez les Grecs Tauptâpioi ou Taupoy.âOaTTîat;
« de là est venue l'expression : hommes de paille, ho-
mines feneos, pour désigner des personnages subal-
ternes destinés a recevoir les coups en lieu et place de
personnages plus importants2. » Toute une classe de
victimes humaines était destinée à tenir le rôle de pilœ,
c'étaient les femmes condamnées pour adultère, à pro-
pos desquelles Pétrone a écrit :
Magis Ma matella digna fuit quarn taurus jactaret 3.
Par une conséquence des voies d'exception adoptées
à l'égard des chrétiens, des vierges, des matrones irré-
prochables furent condamnées à ce supplice. La lettre
de l'Église de Lyon rapporte le martyre de sainte Blan-
dine en des termes qui ne laissent aucun doute. La
chrétienne fut enveloppée dans un filet et exposée au
taureau, qui la lança en l'air plusieurs fois avec ses
cornes4. Même spectacle à Carthage. Sainte Perpétue
et sainte Félicité sont enveloppées nues dans des filets;
sur le désir du peuple, on leur donne un vêtement et
on les expose de nouveau à l'animal5.
Un fragment de vase antique nous représente une
femme dans le rôle de pila. On y voit deux bestiaires
qui combattent l'un un sanglier, l'autre un ours, tandis
qu'un taureau se précipite sur une femme dont les
formes incertaines paraissent plutôt convenir à un
mannequin qu'à une personne vivante6.
11 semble que les anciens aient pratiqué un raffine-
ment de cruauté à l'égard de ceux qu'on livrait aux
bêtes, objecti ad bestias, en les blessant à l'avance7.
1! nous reste à parler d'un monument peu connu dont
l'importance- justifiera les détails dans lesquels nous
allons entrer à son sujet. Les colonnes de marbre cipo-
lin qui formaient le portique du temple d'Antonin ri
deFaustine8 n'ont été déblayées dans toute leur hauteur
que depuis 1876 et ce n'est qu'alors et en regardant de
très prés les colonnes et leurs bases qu'un savant fran-
çais '■' découvrit des représentations et des inscriptions
tracées à la pointe, de l'espèce de celles qu'on nomme
communément graffiti. L'auteur de ces petites ligures
n'ayant à sa disposition qu'un style a dû, afin de vaincre
la résistance de la pierre, tracer d'abord un pointillé
très menu suivant le contour qu'il voulait suivre; cille
opération terminée, il fit courir sur tout ce trace un
trait continu, éprouvant d'autant moins de résistance
que les colonnes avaient probablement été atteintes par
le grand incendie qui ravagea toute cette partie du Fo-
rum s0,|s le replie de Commode; « le marbre, sous celle
action dévastatrice, dut acquérir une friabilité relative
que l'on peut constater aujourd'hui, et qu'il ne faut
• Martyrium Polycarpt, 3, dans F. X. Funk, Opéra Patr.
apOSt., in-8", Tubinga>, 1887, t. I, p. 280. — SK. Beurliei , Les
courses de taureau. r chez les Grecs et les Romains, dans
Mcm. de la Soc. des antiq. de Fronce, 1887, p. 80 sq. — *Saty-
ricon, 45. — * Eusèbc, Hist. eccl., 1. V, c. i, P. G., t. xx, col.
429. — 5 Passio SS. Pcrpet. et Felicit., 90, édit, A. Roblnson,
loc. cit.. t. i, p. 90. — "Cl. M. Grivaud de la vincello. Arts et
métiers des anciens, représentés par les monuments, in-fol.,
Paris, 1819, pi, lxxx, n. 7. — 'Georgi, De iniraculis S. ColUtM,
in-'r, ltomae, 1793, p. Lxxxm. — 'Aujourd'hui l'église S. Lorenzo
in Miranda. — 9G. Lacour-Gayot, Graffiti figurés du te
d'Antonin et de Faustine, dans Mcluug. d'wch. et d'hist. publ.
par l'École franc, de Home, 1881, t. I. Cl. B. Broderick, dans
peut-être pas attribuer uniquement à un enfouissement
de plusieurs siècles 10. » Parmi les graffiti on relève tout
un ensemble de monuments chrétiens : le chrismon
flanqué de 00 A, qui, ainsi que nous l'avons lait obser-
ver ailleurs11, oiïre un exemple de l'interversion des
lettres symboliques et appartient par conséquent à la
période la plus ancienne, la paléographie de l'CO con-
firme cette observation l2 ; une autre colonne « tapissée »
de graffiti olfre une croix grecque, et on sait que l'appa-
rition de ce symbole est tardive13. D'autres colonnes
laissent lire : EVTICIAN[e], et encore : WMimMWimm.
qu'il taut restituer wufasj, formule dont la concision
rappelle les plus anciens lituli chrétiens. M. Lacour-
Gayet croit devoir reporter ces graffiti à la limite du
IVe et du Ve siècle, nous les reportons assez volontiers
un siècle plus tôt. Cette date nous importe à cause du
sujet, ou plutôt de l'un des sujets gravés sur la troisième
colonne en parlant de la gauche. Xous avons ici une
scène à quatre personnages qui tire un vif intérêt des
formules et des symboles chrétiens qui l'environnent et
que nous venons de décrire : « Un gladiateur nu (hau-
teur 13 centimètres), au cou fort, aux membres ro-
bustes, vigoureusement campé sur les jarrets, cherche
à se défendre de l'étreinte d'un tigre, ou d'une pan-
thère, reconnaissable à la forme allongée de son corps ;
la bête l'a saisi et le mord à la hanche gauche. Au-des-
sus, une grande Victoire (17 centimètres), aux ailes
éployées, la tête peut-être couronnée de laurier, et dont
la tunique, par de beaux plis harmonieux, fait songer
aux tuniques des Bacchantes sur les bas-reliefs el sur
les vases grecs, semble voler vers lui comme pour le
couronner de sa main droite étendue u. A côté de cha-
cune de ces deux figures d'un beau mouvement et qui
paraissent d'un sens très clair, se dressent deux person-
nages d'un dessin beaucoup plus imparlait et d'une in-
telligence plus difficile : en lias, une femme nue (14 cent.),
dont les proportions ont été grossièrement reproduites,
au moins pourla partie inférieure du corps; en haut un
personnage vêtu de la toge 1 17 cent.), on aperçoit jus-
qu'au-dessous des genoux les plis de la toge en partie
relevée, succincta, et ramassée sur le bras gauche1'. •>
Il nous semble que les textes anciens que nous avons
cites plus haut donnent à celte représentation son sens
véritable. Le registre intérieur représente une temme
faisant le rôle de pila; le fauve qu'on a lancé contre
elle la dédaigne et se jette sur le bestiarius. Celui-ci est
représenté entièrement nu, ce qui est conforme i un
médaillon de terre cuite représentant un bestiaire ai-
guillonnant le lion (6g. 76) et a ce que nous savons
que tel élail en effet leur armement qui ne consistait
qu'en bandages sur les bras et les jambes et en une
courte épée. La scène représentée esl un commentaire
animé des textes de la Passion de sainte Perpétue et de
l'historien Eusèbe cités plus haut, qui mentionnent
bi'sliarii assaillis et tués par les fauves. Le registre >u-
périeur nous montre un personnage ailé couronnant
une femme ,6 dont une large écharpe couvre en partie
la nullité. Si notre interprétation est admise, la Yii
ne saurait décerner une couronne à un bestiaire qui,
d'ailleurs, n'esl rien moins que vainqueur pour l'insl Mil ;
Nuovo bull. diarch.crist., 1892, p. 15-51, don I les înti
nous paraissent inacceptables. '" llùii.. p. 3. — "Voyei * B,
col. 12. — '* Nous ne croyons pas forcer l'antiquité de ce
symbole en faisant remonter les exemplaires portant x i li
deuxième moitié du rtP siècle. — "Aucun monument daté De
lournit ce symbole avant l'an -400, cf. De Rossi, De titul. christ.
Carthaginiensibue,ésBsSpieil. Sotestn., in-'r, t'arisiis.isiô.t. iv,
p. 527. — '*« Une grande partie de cette figure n'est Indiquée (JUS
par un pointillé très lin ; ce qui explique l'imperfection de [tout
production. La tète est à peine visible sur l'original : elle a du
grattée après coup. » G. Lacour-tiavet. toc. Cit., p. 8, note 1. —
l»G, LaCOUT-Gavet, loc. cit.. p. 8. — '"Ce point ne laisse pas '
douteux, mais îetat iagraflUo rend la certitude impossible.
AGI
AD BESTIAS
AD COMF1. ENDUM
4G2
il ne peut non plus s'agir de couronner la pila si celle-
ci est une adultère, au contraire, le geste de la pila
nous parait être celui de forante, geste que sainte
Blandine avait lors de son exposition aux bêtes1 et qui
se retrouve dans le registre supérieur clans le couron-
nement de la martyre qu'il eût été malséant de repré-
senter dans le ciel entièrement nue; le dessinateur ro-
main a imité sur ce point celui qui à Carthage cou-
vrait d'une large draperie la nudité de sainte Perpélne
qui avait été réelle dans l'amphithéâtre. Voy. iig. 84.
92. — Grafftto représentant une pila.
D'après les Mélanr/es d'archéologie et d'histoire de l'École
de Borne, 1881, pi. vu, n. 1.
Un trop grand nombre d'épitaphes nous représentent
les fidèles morts dans le Christ dans celte attitude
« orante » pour que ce point soulève des difficultés. Si
donc la date que nous avons fixée approximativement à
ces graffiti d'après l'épigraphie nous place à l'époque
des persécutions, nous aurions ici une scène de martyre
et la technique vient renforcer les arguments que
nous avons tirés de la paléographie et de l'archéologie :
« Bien qu'il soit impossible d'assigner avec précision
une date à notre graffito, dit M. Lacour-Gayet, peut-être
pourrait-on le placer vers la fin des Antonins; la main
qui a tracé ces lignes naïves savait évidemment encore
dessiner. Après le milieu du IIIe siècle, on aura quelque
peine à retrouver des traces de ce talent, si mesquin
qu'il soit; l'homme qui a dessiné cette Victoire avait
certainement le sentiment de l'art antique; il reprodui-
sait peut-être dans ses traits généraux une statue cé-
1 Eusèbe, Hist. eccl.,\. VIII, c. vu, P. /.., t. xx, col. 757, montre
un jeune homme debout, nu, sans liens, les bras en croix dans l'am-
phithéâtre. — "G. Lacour-Gayet, toc. cit. .p. 9. — 3Passio .S. Perpé-
tua;, dans Ruinart, Acta sincera, in-4°,Parisiis, 1689, p. 91. — *P.
L., t. LXVI, col. 444 ; cl. col. 448. — » P. L., t. xxxn, col. 1449 ; et.
lèbre 2. » C'est de cette Victoire ailée qu'il nous reste à
dire quelques mots. Nous ne croyons pas qu'on puisse y
voir une figure angélique, l'art des chrétiens ne fournit
aucun type d'ange à cette haute antiquité, les ailes pa-
raissenttardivement dans l'iconographie, il s'agirait donc
bien d'une Victoire qui couronne la martyre, ce qui peut
être éclairé par la Passion de sainte Perpétue, qui reçut
du laniste une palme accordée à son triomphe 3. Les
premiers chrétiens étaient si familiers avec le symbo-
lisme païen qu'ils n'étaient pas gens à s'effaroucher
d'une Victoire couronnant une martyre, eux qui adop-
taient Mercure Criophore, Psyché et P>os, Orphée, la
colombe de Vénus pour symboliser les types et les pen-
sées les plus chastes de l'enseignement chrétien. Notre
graffito serait donc un ouvrage de la limite du IIe au
IIIe siècle représentant une martyre épargnée un instant
par le lauve, reçue et couronnée ensuite dans le ciel.
H. Leclercq.
AD COMPLENDUM ou ACTION DE GRACES.
— I. Fonction. II. Oraisons, chez les juifs, en Orient, en
Occident, Liturgie romaine.
I. La fonction. — C'est le titre générique donné à la
dernière fonction d'un office, une ou plusieurs oraisons
accompagnées de versets du diacre et du célébrant.
Ad complendum figure comme fifre de l'oraison que
nous nommons post-communion, ainsi que pour celle
des vêpres et autres offices dans les sacramentaires gré-
goriens; dans la règle liturgique monastique de saint
Benoit, nous avons : canlicum de Evangelio, Ixtania,
et complétant eut 4 ; dans celle attribuée à saint Augus-
tin, nous avons un terme plus précis : responsurius,
leclio, et completorium <>; un certain nombre de messes
gallicanes donnent aux dernières oraisons le nom de con-
summatio missse6; enfin la dernière formule diaconale
de la liturgie mozarabe porte : Solemnia compléta sunt.
Toutefois, en des documents plus anciens, c'est le
terme A'aclion de grâces qui prévaut, aussi bien pour
la messe que pour les autres offices. Pour l'Occident,
saint Augustin : quibus peractis, et pariicipalo tanto
Sacramenlo, gratiarum actio cuncla concluait1. Pour
l'Orient, les Constitutiones ap<istoliciBs et la Didaché.
L'ad complendum ou gratiarum actio est suivie du
renvoi des fidèles : missa, missse, dirnissorium.
Le schéma général en est :
Proclamation du diacre;
Oraison de remerciement;
Oraison de bénédiction sur le peuple incliné, t'.yr, -r\^
xeçaXoxXtiTfac, précédée de l'invitation du diacre à s'incli-
ner, et accompagnée d'une autre à bénir Dieu.
On sollicite d'en haut, en cette seconde partie de la
fonction, la bénédiction de la droite de Dieu sur les
fidèles inclinés qui le bénissent ici-bas.
IL Oraisons. — /. chez les juifs. — Comme, aux di-
vers offices, l'action de grâces a été copiée sur celle de
la synaxe eucharistique, ce n'est que de cette dernière
que nous nous occuperons ici.
Nous sommes précieusement documentés sur ses ori-
gines et son développement, puisqu'elle forme un des
chapitres de la At8ayrn qu'on fait remonter au 1" siècle9.
Sa rédaction nous reporte à l'âge primitif où les agapes
se confondaient encore avec la liturgie.
Mais il convient de remarquer que tout cela a dû être
emprunté à la liturgie juive, qui en conserve encoiv les
traits à la fin des offices, et dans laquelle on remarque
le sens et jusqu'à l'expression de la première et de la
seconde version de la Didaché, et des post-communions
ordinaires des différentes liturgies.
Voici, en exemple, la traduction partielle des prières
t. lxvi, col. 995. — « P. L., t. lxxii, col. 232, 259, les messes domi-
nicales du premier sacramentaire et la messe quotidienne de celui
de Bobbio. — ' Epist., cxlix, P. L.. t. xxxm, col. 637. — " L. VII
et 1. VIH, c. xi, xxxvn, XXXVIII, xxnix, P. G., 1. 1, col. 1110 sq.
— » Doctrina duodeciw apostolorum, éd. Funk, Tùbingen, 1887.
4C3
AD COMPLEXDUM
m
quotidiennes de la fin du Schachrith dans le rit oriental
français1. Apres les psaumes qui forment encore le fonds
de l'office des Laudes dans tous les rits chrétiens, et
l'hymne, il y a une première prière d'action de grâces :
a C'est toi, 6 Eternel, qui, par ta miséricorde, éclaires la
terre et ses habitants; c'est toi dont la bonté renouvelle
chaque jour les merveilles de la création. Que tes
œuvres sont immenses, Seigneur... la terre est comblée
de tes biens. Dieu de l'univers, nous invoquons ta
miséricorde... tu es la source de notre force, le bouclier
de notre den-nse, le rocher ae notre salut, le protecteur
de notre existence. Sois loué, Seigneur, par la gloire de
tes œuvres, et glorifié par les lumières de la création. »
Oraison de bénédiction :
« Seigneur notre Dieu, tu nous as toujours aimés avac
tendresse, tu nous as montré ta pitié, nous avons éprouvé
ta paternelle miséricorde. 0 notre Père, notre Roi, au
nom de nos saints patriarches qui t'obéissaient avec
tant de confiance, au nom de nos Pères, auxquels tu as
enseigné tes lois immortelles, favorise-nous et dirige nos
pensées. 0 Père plein de bonté, fais germer dans nos
cœurs le désir d'apprendre et de comprendre l'espritde ta
loi, de l'enseigner et de la pratiquer avec amour. Éclaire
nos yeux sur ta sainte doctrine, attache nos cœurs à tes
commandements... car tu es le Dieu de secours... Sois
loué, Éternel, qui as élu avec amour ton peuple Israël. »
Puis la formule Schéma Israël et la réponse : « Béni
soit â jamais le nom de son règne glorieux, » ensuite le
rappel de la loi et les bénédictions et prières de renvoi.
Cf. également entre autres, p. 685 sq., pour le carac-
tère réciproque de bénédiction.
//. en ORIENT. — Voici maintenant le texte de la Di-
daché. auquel nous suppléons les titres.
Rubrique :
l.(Éd.Funk,p.29.)MsTàSÈ Après être rassasiés, ren-
tô èy.iùï]'7Ûr,vai o'jtoj; E-Jyapt- dez ainsi grâces :
Tï"|<jaTE-
Oraison d'action de grâces générale.
2. 'E'j/apt<TToO[j.lv soi, Nous te rendons grâces,
Tï<xT£p ayt£, v7tsp to'j aytou
ovôjxatôç <tov, oj xaTEaxrj-
vutoç êv xaî; xapôt'at; r)(l.ûv,
y.a't ir.lp tîjç yv(ôo~£<i>; xa't
tucteio; xai aûavaata;, r,;
Père saint, à cause de ton
saint nom que tu as fait
habiter en nos cœurs, il à
cause de la science et de la
foi et de l'immortalité, qui
ÈYvcjpicaçrjjjùv otà T»jo-oûtov tu nous as fait connaître par
itatîo; cou, ero't r\ ôôlja eïç ton (ils Jésus; à toi gloire
toù: alûvocç. dans les siècles.
es pour la communion.
Toi, Seigneur tout-puis-
sant, tuas créé toutes choses
à cause de ton nom ; tu ;r»
donné aux hommes pour
leur usage la nourriture el
le breuvage, afin qu'ils te
rendent grâces; lu non- as
dispensé la nourriture spi-
rituelle avec le breuvage
et la vie éternelle : par ton
lils non-- te rendons grâces
pour toutes ces choses, car
lu es puissant, à toi la
gloire dans les siècles.
Oraison de bénédiction sur le peuple.
5. Mv/jdOrïri, xùptE, rr,; Souviens-toi, Seigneur,
ÈxxX/)(Jta{ cro'j toù p -Jo-ao-Oat de ton église, pour la déli-
* Prières d'un cœur Israélite, livre (fofflees... publié par la
Société consistoriale des bons livres, 5' édit., p. 84-35, Paris, Kauf-
mann, s. d. ; la première édition est de 1S'iK. — - A In place de
Oraison d'action de grâ<
3-1. E\J 6crx7TOTa navTO-
xpàrop, È'y.TtTa; Ta TtâvTa
é'vexev toû àvôu-axô; o-ccj,
Tpofc'v te y.a't TioTÔv k'Stoxa;
to:; avôpo'moi; Et; àicôlavffiv
t'va coi E'jyapio-T-^craxjiv, ï)u.ïv
ci è/apiato 7rv£\;u.aTixïiv Tpo-
çïiv xai ttotÔv xa'i Çoiyjv àto>-
vtov 5tà toù 7iat8ô; o"o'j itpô
nâvcbiy s-J/_apccrToC[xÉv <rot,
ôti ô'jvaTÔ; eI, co't rj ô<5?a s!;
tou; a'uovaç.
vrer de tout mil, et la
rendre parfaite dans ton
amour, et rassemble-la
des quatre vents, après
l'avoir sanctifiée, dans ton
royaume, que tu lui as pré-
paré ; car à toi est la puis-
sance et la gloire dans les
siècles.
Formules de bénédiction des fidèles ayant disparu avec
les charismes ; elles paraissent avoir été diaconales,
avec réponse des assistants.
• 6. 'E).6ÉTwy_ip;;xa'n;aps/.- Que la grâce vienne et
a-jTY|V ixtzo xcavTo; Ttovyjpou,
xa\ ■zz\î.iû>aa.i aÙTï)v èv r?)
afâ.~/\ to'j, y.a't o-uva^ov auT^v
aTtb tojv TSO"<râpa>v àvép-to'/,
Trjv âytao-ÔEtcav, s't; tï)v a^v
Paat),e!av,YÎv vj-oep-ao-a; a-JT/j.
ÔTt croù" èffTtv y) S-Jvap.t; xa: rj
56li eîç toù; a'twva;.
6éto) 6 xotulo; o'jto;* 'Qcavvà
Toi ùt<î> Aaot'8.
Et te; âytô; èartv Èpy_£o-9<j>,
£i Tt; o'jx Ëorc, p.ïTavoctTO)-
Mapâv à6à àu.r,v.
que ce monde s'éloigne
Hosanna au fils de David.
Si quelqu'un est saint
qu'il s'approche, sinon,
qu'il fasse pénitence: Marau-
atha. Amen.
Rubrique :
Tôt; Se 7rpo?T)Tai; È-tTOÉ- Laissez les prophètes
tcste eÙYtxpcareïv, ô'o-a BÉXou- rendre grâces autant qu'ils
dtv. voudront.
Dans le livre VII des Constitutions apostoliques, qui
est une version moins ancienne de la AtSayr,, la sépara-
tion des agapes de la cène eucharistique a fait modifier
les termes de l'action de grâces2 : la communion sacra-
mentelle est plus nettement spécifiée. Les lormules se
suivent toutes sans être interrompues par les doxologie-.
toutefois avant \vrr\efi-qtv (souviens-toi) on rencontre de
nouveau un long rappel de ce que Jésus a fait pour nous.
û 0eô; Ttôv âytwv xa\ Dieu de nos pères saints
Td)V aytwv
ap.£U.7TT(ji>V TTaTÉpCriV r,jj.<iiv,
'Aêpaàp. xa't T<77.àxxa\ Ta-
y.tôô, T(i)V TCIOT&V BoÛXtûV 0~0U,
6 Swvarb; 0eo:, ô tcittô; xa't
à'/.r|9tvô; y.a't à'1/îoor,; àv Ta::
È~ayy£> ''a'.;- 6 ■nzon-îi'/.'x;
irci yf,; 'Injffoîiv tov Xpto"TÔv
«70V avOpwTcot;. ^'j/avaTTpa-
çr,vat tb; Sv6pwnov, 0îôv
ovta ).ôyov xa't avOpwrcov,
et sans taute, Abraham,
Isaac et Jacob, tes fidèles
serviteurs; Dieu puissant,
fidèle, véridique et non
trompeur en tes promes-
ses; qui as envoyé sur terre
aux hommes Jésus-Christ
pour qu'il y conversai en
homme, tout en étanl Verbe
de Dieu et homme, et arra-
y.a't r»jv icXàvi]v -aôppt^ov chat radicalement l'erreur;
àveXsîv a-JTÔ; xa't vOv ôt' toi donc maintenant, par
aÙTo-J p.vr,o-6»)Tt, x. t. ). lui souviens-toi, etc.
La dernière rubrique est modifiée : ce ne sont plus
les prophètes, mais les prêtres qui rendent grâces
Dans la liturgie du 1. VIII, l'ordonnance de l;i fonc-
tion est complète et régulière; la proclamation du diacre
lorme un petit discours analogue à ceux donnés a cet
endroit par les liturgies gallicanes.
MsTa).aëdvT£; toO T'.ixto-J Ayant reçu le précieux
Ttop.aTor, xat xou Ttp.to-J
atpaTo; toô Xpicrcoû, £'jy.a-
pio"Tr,o"u)p.Ev :m xataÇtùxiavTi
r,|iâ; p£TaÀao=:v Tf.iv iyùov
a-JToO |AUOTT)pitov, y.a;. rcapa-
KaX£<rco|tev u.t, e!; xpï[xa,
à).).' Et; TWTriptav r,u.tv
••svsiTÛat, e!; tdféXstav i/-j-
•fifi xa't riioaaTo;. il; ç-jÀa-
xf,v E'jTEScta;. s:; à'^ETiv
ipapTtiov, Et; ^d)r,v to'j \ii'i-
Xovto; a'tùvo;.
Corps el le précieux - ing
du Christ, rendons gr ices
à celui cpii a daigné nous
rendre participants de ses
saints mystères, et deman-
dons-lui qu'ils ne nous
soienl pas [imputés] à crime,
mais ,i salut, pour la santé
de l'âme e1 <lu corps, pour
la conservation de la pi '
pour la rémission îles pè-
ches, pour la vie du siècle
à venir.
tjoor.i -s «»;(tu as donné aux hommes), etc.. on a »«> vd;»ov, et tu
as planté ta loi en nés âmes, el tu as disposé ti ul cela peur les
iiei)iiiie~. pour la Buntptio. ' P. (■'.. t- i. eoL 1 1 10.
4G5
AD COMPLENDUM
4^
Cette invitation est suivie, ainsi que dans les autres
liturgies d'Orient qui en ont de semblables, des petites
lormules qui terminent d'ordinaire les eîpvjviy.a dits par
le diacre.
Nous suivons le texte de Funk, op. cit. C'est évidem-
ment une pensée analogue à celles des oraisons primi-
tives qui a inspiré l'antique chant dont la liturgie mila-
naise a fait une antienne de communion d'un dimanche
après l'Epiphanie, et qu'on chante depuis quelques
années en plusieurs églises pour la bénédiction du saint
sacrement.
Te laudamus, Domine Nous te louons, Seigneur
omnipotens, qui sedes su- tout-puissant, qui sièges
per cherubim et seraphim , sur les chérubins et les
qucni benedicunt angeli, séraphins, que bénissent
archangeli,etlaudantpro- les anges, les archanges,
phelse et apostoli. Te lau- et que louent les prophètes
damus, Domine, orando, et les apôtres. Nous te
qui venisti peccata solven- louons, Seigneur, en priant,
do, te deprecamur ma- toi qui en venant nous as
gnum redemptorem, quem délivrés du péché. Nous te
pater misit ovium pastu- prions, grand Rédempteur,
rem; tu es Chrislus Dorni- que le Père a envoyé comme
nus Salvator, qui de Maria pasteur des brebis; tu es
Virgine es natus ; hune sa- le Christ Seigneur Sauveur,
crosanctum calicem su- né de la vierge Marie; nous
mentes, ab omni cutpa li- qui prenons ce très saint
bera nos semper. (Ct. Le calice , délivre-nous tou-
Te Deum.) jours de toute faute.
Pour revenir à l'Orient, le pontifical de Sérapion
manque (nous le dirons à propos de Vad pacem) des
proclamations diaconales, mais les deux oraisons essen-
tielles s'y trouvent, n. 4 et 6, séparées par la bénédiction
de l'huile et de l'eau.
Voici deux oraisons d'action de grâces extrêmement
inleressantes : la première, dont on retrouve le sens et
les termes dans la liturgie de Jérusalem (dite de saint
Jacques), figure dansla liturgie syriaque attribuée à saint
Jules, pape de Rome (!) : Grattai agimus tibi, Domine
Deus nos ter., .ut hœc communia sacramcnlalis prosit
nobis ad propitiationem , ad obscrvalionem mandata- '
rum tuorum sanclorum, et ad tutamen deliclorum ' ;
— l'autre est celle de la liturgie solennelle des nesto-
riens : Corpus tuum', Domine, virum quod comedimus,
cl sanguis luus pur us quem bibimus, ne sit nobis Do-
mine, in nocumentum aut infirmitatem, sed ad expia-
tionem delictorum et remissionem peccaloruoi2.
Les liturgies actuelles ont plus ou moins les mêmes
traits.
m. EN occident. — Dans les Gaules, comme en
Orient, l'action de grâces est précédée d'une formule
invitatoire, prsefatio post Eucharistiam : Cseli cibo sagi-
nati, et poculo seterni calieis recreati, fralres carissimi,
Domino Deo nostro laudes et gralias indesinenter aga-
mus, pelentes ut qui sacrum coi-pus Domini nostri
Jesu Chris li spiritaliter suuipsimus, exuti a carnalibus
vitiis, spirilales effici mereamur3. Suit l'oraison.
Dans l'Espagne mozarabe (ainsi qu'en Italie), la prœ-
fatio n'apparaît pas, mais l'oraison s'y trouve : Corpus
Domini Jesu Chrisli quod suscepimus, et sanguis ejus
quem polavimus adlisereat visceribus noslris, œterne
omnipotens Deus, ut non veniat nobis ad judicium,
nec ad condemnalionem : sed proficiat ad salutem et
ad remedium animarum noslrarum in vitam seter-
nam'>. Or, cette oraison est la même que celle de la li-
turgie nestorienne donnée plus haut, sauf Vadheereat
visceribus nostris, qui forme précisément la caractéris-
1 Renaudot, Liturg. orient, coll., in-4°, Francofurti, 1847, t. n,
p. 233. Cl. Swainson, The greek liturgies, 1884, in-4% Cam-
bridge, p. 68, 86. — = Ibid.', p. 634. — »1« sacr. Noël, P. L.,
t. lxxii, col. 229 - *P. t., t. lxxxv, col. 5G7 b. — 5Cf. 1" sacr.,
tique d'une prière gallicane qui a pénétré dans la litur-
gie romaine, quotidienne et actuelle3.
Pour la liturgie romaine quotidienne ancienne, qui
s'est éparpillée en diverses messes, elle nous est donnée
par les sacramentaires gallicans et celtiques avec les
deux oraisons suivantes d'actions de grâces 6 :
Quos cselesti, Domine, dono satiasli : prsesta qusesu-
mus; ut a nostris mundemur occultis; et ab hostium
liberemur insidiis.
Gratias tibi agimus, Domine sancle Pater, omnipo-
tens œterne Deus, qui nos corporis et sanguinis Chrisli
Filii tui communione saliasti, tuamque misericordiam
humiliter postulamus : ut hoc tuum, Domine, sacra-
mentum, non sit nobis reatus ad pœnam, sed fiât in-
lercessio salutaris ad veniam; sit ablulio scelerum, sit
forlitudo fragilium, sit contra omni a mundi pericula
firmamentîtm ; hœc nos communio, Domine, purget a
crimine, et cœlestis gaudii tribuat esse participes.
Or, cette seconde oraison, donnée par certains ma-
nuscrits comme étant de saint Augustin, et par les litur-
gies susvisées comme romaine, a le même début et en
partie les mêmes termes que celle de la liturgie jacobite
de saint Jules de Rome, et en partie dérive évidemment
du MôTaÀaêdvTE; des Consl. apost. ou d'une source ana-
logue.
Elle est restée longtemps en usage et figure encore au
Missel romain parmi les prières ad libitum, mais mo-
difiée, sous le nom de saint Thomas d'Aquin '.
La première oraison d'action de grâces est appelée,
dans les sacramentaires romains gélasiens, post com-
munionem, dans les grégoriens et le supplément d'AI-
cuin, ad complendum ; la seconde, dans les gélasiens,
Benedictio super populum (1. III, à la fin), dans les
autres, super ou ad populum, mais elle ne figure pas
à toutes les messes; dans ce cas, on devait puiser parmi
les communes. Il en devait être de même pour la plu-
part des messes gallicanes, et sans doute aussi pour
les mozarabes, dont le recueil ne donne aucune oraison
de ce genre, sans doute parce que l'on puisait dans
une messe cotidiana, maintenant disparue. Voy. SuPEa
populum (oraison).
Comme nous le faisons remarquer pour l'oraison
ad pacem, les messes gallicanes, pour les mêmes orai-
sons, ont emprunté souvent la clôture de la liturgie
aux messes romaines et milanaises, mais, ayant con-
servé la position des deux oraisons sans s'occuper de
leur sens, la post communionem y joue alors le rôle
de la prsefatio, et le super populum celui de l'item coU
lectio ou véritable post-communion.
Les messes gallicanes ayant une prsefatio post eu-
charistiam sont : 1er sacram., vigile et jour de Noël,
Circoncision, Epiphanie, les messes dominicales, sauf
la 4e; 2e sacram., S. Germain, tradition du symbole,
jeudi saint; toutes les messes du fragment de Mone.
Les autres messes ou n'ont rien, ou ont une tormule
romaine. On a pu remarquer que le Gratias agimus
de la liturgie quotidienne n'a pas le sens bénédictional
d'imposition des mains; cela tient précisément à ce que
ce n'était pas la liturgie publique solennelle. Voici, pour
celle-ci, la première oraison super populum de la série
commune du sacramentaire gélasien de Thomasi, où se
trouve admirablement marqué le caractère de récipro-
cité des bénédictions : Domine sancte Pater, omnipo-
tens œterne Deus, de abundantia misericordiœ tuse
famulos et famulas tuas prœsta locupleles, prsesta se-
curos, ut confirmali benedictionibus tuis, abundent in
omni gratiarum actione, teque perpétua exultatione
benedicant.
4- miss, domin., P. L., t. lxxii, col. 315, ct Missale romanum,
canon missœ, aux ablutions. — ° V. Paléographie musicale,
t. v, toc. cit. — 'Cf. dom Mailéne, De antiq. Ecclesix ritibus
t. I, p. 629, 638.
4G7
AD COMPLENDUM
AD METALLA
4G8
Après l'oraison sur le peuple incliné, le diacre dit à
Rome, Benedicamus Domino, i? Deo gratins : en Orient,
on chante le verset Sit nomen Domini, etc.
Enfin, la fonction de l'action de grâces se complète
par une antienne après la communion ', la plus usitée
est le verset psalmique : Bepletum est gaudio os no-
strum, etc. (mozarabe en carême, alexandrine, etc.).
Dans la liturgie romaine actuelle, la proclamation du
diacre a disparu, mais les deux oraisons, VHumiliate
capita, le Benedicamus, sont restés aux messes fériales
de carême. Enfin, le Sit nomen Domini est dit par
l'évêque, mais après le dimissorium.
A. Gastoué.
AD METALLA. La condamnation ad metalla, c'est-
à-dire le travail dans les mines, tut une des plus ter-
ribles parmi celles que l'on appliqua à la répression
du crime de christianisme; Callistrate la qualifie de
proxima morti, à peine moins cruelle que la mort-. Les
condamnés de droit public et les esclaves fournissaient
le personnel employé aux travaux, mais l'arbitraire des
empereurs y condamna quelquefois des personnages
illustres 3. Plusieurs témoignages contemporains nous
apprennent que les confesseurs de la foi y furent en-
voyés à différentes reprises pendant l'époque des persé-
cutions et même plus tard.
Si l'on se reporte à une pièce qui contient quelques
traits dignes d'attention, le Martyrium Clemenlis, on y
lit que vers le commencement du IIe siècle l'évêque de
Rome, Clément, fut déporté au delà du Pont-Luxin.
dans une ville de Chersonèse *. A son arrivée, il y ren-
contra deux mille chrétiens condamnés depuis longtemps
à l'extraction du marbre. Il est imprudent, en l'absence
de toute indication positive, de fixer une date. Cependant,
le répit accordé aux chrétiens par Nerva ne permettant
pas de placer sous son règne ces condamnations ad mé-
tallo, il n'y a d'autre moyen que de les faire remonter à
la persécution de Domitien. Sans doute Nerva. affirme
Dion, rappela tous les exilés du règne précédent, mais
les forçats n'y furent sans doute pas compris, peut-être
parce que leur labeur profilait à l'État •. Quoi qu'il en
soit, la duréede leur condamnation était celle prévue par
la loi, sauf modification apportée par le juge; elle
était de dix années6. Le premier texte historique que
nous possédions sur ce sujet est la lettre dans laquelle
l'évêque de Corinthe, Denys, remercie le pape Soter et
l'Église romaine de leurs aumônes pour les frères con-
damnés aux mines, àos).çof; -jTiâçyjrjavi èv u.sTi).).oi; 7.
Ce lait, rapproché de celui du règne de Commode qui
sera mentionné plus loin, montre que la condamnation
aux mines fut employée sous Marc-Aurèle. La condam-
nation aux mines était prononcée, à Rome, par le prx-
(ectus Urbis*, dans les provinces, par le proconsul, ce
1 II ne faut pas la confondre avec l'antienne de communion que
les rubriques prescrivent pendant la communion dos Qdèli
■J Callisti 'atus, De cognitionibus lib. VI. dans Digcst. Justin.,
XLYUI, xix, 38; G. Arnold, Historia christianorum ad metalla
damnatorum, dans Historia sapientiss ri etultitim collecta <<
Clir. Thomasio, in-12, Halae Magdeburgicas, s. d., t. m, p. 1 18-179;
nous citerons la dissertation d'après ce recueil. — a Suétone, Cali-
gula, XX VII ; Pline, Epist., x, 66-68; Paul, Sententisr, 1. V.til. \i\,
Dr sacrilegis. — 'Maptùpiov toî ifiou ffiulj|uvnc T.àr.a 'Pu|U)(, dans
Cotelier, S. Barnabss et aliorum pp, apost. scripta, In-fol ,
1672, p. 828-836. En ce qui concerne la condamnation ad metalla
de saint Jean à Patmos, cf. G. Arnold, loc. cit., p. 115. — »Cf, P.
Allard, Hist. des perséc, in-8-, Paris, 1885-1890, t. i, p. 100 sq.
Cf. infra la distinction de la liturgie de Milan entre : in metallis
et in ' c.riliis constitutif. — "Modestin. ait DigeSt., XXVIII, M\.
23. — 'Eusèbe, llist. ceci . IV. xxm, 1'. G., t. xx. col. 388
'Digeste, xi.viii, xix, s. n. 5. Cf. Ulpien, l- VI, n. « : De officia
prsesidis; Digest., 1. 1, lit. xvm. • Cypr., Epist., lxxvii,
/'. J.., t. iv, col. 427 sq.— "> H>i,).. Epist., i.xxvn. — " loid.,
Epist., lxxviii, /'. /,., t. iv, col. 434; i.xxix, /'. /... t. iv, col.
435; i.xxx. /'./,.. t. iv, col. 436 '«Eusèbe, De mort. Pahsst.,
vu, vin, /'. <.'.. t. xx. col. l'tsi sq. -- '* Philosophumena, tx.
2, P. tî.t t. xvi, col. 3382. — "TertuUien, Apotoo., xu, /'. /...
qui arriva en Afrique sous Valérien. Les condamnations
qui eurent lieu alors (257) envoyèrent aux mines
d'Afrique des groupes de chrétiens avec lesquels l'évêque
de Carthage, exilé lui-même à Curube, se mit aussitôt
en relations épistolaires, adressant à ses anciens fidèles,
par des intermédiaires sûrs, des encouragements et des
secours9. Une lettre qu'il leur adressa porte la suscrip-
tion suivante : « A Nemesianus, Félix, Lueius, un autre
Félix, Litteus, Polianus, Victor, Jader, Dativus, mes
collègues dans l'épiscopat, et aussi à mes collègues dans
la prêtrise, et aux diacres, et à tous les autres fidèles
qui, dans les mines, rendent témoignage à Dieu le Père
tout-puissant et à Jésus-Christ, notre Seigneur, notre
Dieu, notre protecteur10. » Nous avons encore trois ré-
ponses qui lui lurent faites par ces pauvres gens. Ce
sont des pièces remplies de dignité et tout à fait simples
et modérées de ton ". Sous le règne de Maxence nous
voyons parmi les martyrs dont Eusèbe avait recueilli les
actes12, d'autres chrétiens condamnés aux mines. Sous
Commode, travaillaient dans les mines de Sardaigne des
chrétiens dont la concubine de l'empereur se fit accor-
der la grâce u; parmi eux se trouvait peut-être le pape
Pontien, dont on rapporta les restes, et le futur pape
Calliste.
Ces quelques textes, auxquels on pourrait en ajouter
plusieurs autres u, montrent que la condamnation aux
mines fut appliquée presque sans relâche aux chrétiens.
Il existe encore aujourd'hui un grand nombre d>- re-
liques de ces « martyrs » ' ■' ; ce sont les matériaux ex-
traits par eux des gisements minéraux de la Grèce, de
la Sardaigne, de l'Afrique et de l'Asie et qui vinrent
s'entasser dans les emporta de Rome et des grandes
\ illes de l'empire ";.
Dans le droit criminel romain la condamnation ad
metalla s'entendait de toute espèce de mine, pierre,
minerai métallique ou autres; la seule différence qui
existait entre la condamnation in metallum et m opus
metalli se trouvait dans le poids des chaînes, plus lourd
dans le premier cas '", celui par exemple des chrétiens
d'Afrique sons Valérien, Avant d'être descendus dans la
mine, les condamnés étaient passibles d'autres peines.
Kn 257, en Afrique, on les battit de verges18 et on les
marqua au front l:i, on leur riva aux pieds des entraves'-0
qui probablement, comme pour les esclaves des
chiourmes les plus sévères, étaient Jointes par une courte
chaîne remontant entourer les reins du condamné -1
et tendant tonte évasion impossible. En '.M*! . en Pales-
tine, on raffina encore. Silvain, prêtre de Gaza, el
compagnons ne partirent pour les mines qu'après avoir
eu les nerfs d'un des jarrets brûlés au fer rou_
d'autres subirent une mutilation outrageante1*. L'anaée
suivante, le proconsul Firmilien de Césarée vit arriver
t. i, col. 396; Victor de Vite, Hist. persec. Vandal., 1. V, c. xix,
/'. /... t. i.xvnt, col. 257; Eusèbe, De r,i<i Constantin*, n, 32,
/'. <-'., t. xx. col. 1009. ,5Cypr., Epist., i.xxvu :... in métallo
constitutis, martyribus Dei Patris..., P. /... t. or, col. 427. —
'• P. K. Visconti, Quinquennio lapidario deW escavazioni
ostiensi. Si aggiungono le iscrizioni délia rocca tFOstia
— " Ulpien, au Digest., xi.viii. xt\. s. a. ff. '«Cypr , Epist.,
i.xxvn, P. /.., t. i\ , col. Vis Cf. Piaule, Captivi, sets m.
haie ibis porra in latomiot lapidariOS, Ihi 'f S otii
lapidem effodiant, Nisi quotidiantis sesgui opus confeceris,
SexçentO plago nometl unlrlni- tibi. Les Ariens et les Vandales
tirent de même plus tard, cf. Ci. Arnold, loc. cit., p. 144. — " PoB-
tius, Vira Cypriani, 1. P. /... t. m, col. 1547. — "Cypr.. Epist.,
i xwu, P. I... t. t\ . col. 128. -"' Plai !:
Injicite imii- maniais mastigue ; Ub\ ponderosas crasses ca-
ptai compedes Inde ibis porro in latomias lapidarias ; emra-
bitur : fiam noetu nervo vinctus custodibitur, fntorcUv sui>
terra lapides exintet... Même traitement pour les chrétiens, cf.
G. Arnold, loc. cit., p. lit sq. ** Eusèbe, De mort. PO
\u. /'. (.'.. t. XX, Col, 1484, On .Minait parmi ces mutilés Paul
di Néo-Césarée, Papbnuce qui siégi a à Nicée, Silvanus et quel
autres. Cf. G. Arnold, toc. cit., p. 147 ^. — nlbid., vu, 1' 6.,
t. xx. col. 1484.
4C0
AD METALLA
470
un convoi, « la catène, » envoyé dos mines de porphyre
de la Thébaïde aux mines de cuivre de la Palestine.
A leur passage à Césarée,Firmilien lit brûleries jointures
du pied gauche, et, pour se conformer, dit-il, à un ordre
de l'empereur, il fit crever à tous l'œil droit avec un poi-
gnard, puis on cautérisa au 1er rouge les orbites vidées.
Le convoi continua alors sa route vers sa nouvelle des-
tination. Ils étaient quatre-vingt-dix-sept hommes avec
leurs femmes et leurs enfants1. Des fidèles de Césarée
subirent le même traitement 2. En Egypte, on tortura les
prisonniers dans l'intérieur des mines, ensuite on les ra-
mena au jour et on les envoya en cet état renforcer les
mineurs de Palestine et ceux de Cilicie3.
Dans certains puits de mine le supplice parait s'être
peu prolongé, la mort survenait au bout de quelques
jours. Les mines de la Palestine semblent avoir été
les plus effrayantes de toutes. Nous savons qu'il existait
des mines en Chersonèse, en Cilicie, en Palestine, dans
la Thébaïde, en Egypte, en Afrique, en Sardaigne, où
furent descendus des chrétiens. Il est tout à fait pro-
bable que les mines d'Espagne reeurent des contingents
de « frères ». Dans les mines on trouvait tantôt le
marbre, comme en Chersonèse, tantôt le cuivre, comme
à Pha-nos, ou l'or et l'argent, comme à Sigus, ou
le plomb à l'état de galène argentifère, comme à Li-
narès.
Parfois des groupes nombreux de fidèles s'y trouvaient
réunis. Le Martyrivm Clemenlis parle de deux mille per-
sonnes, à Sigus nous voyons trois groupes4, qui peut-être
travaillent dans des puits peu éloignés les uns des autres.
Il serait possible que ce lut pour prévenir des révoltes
qu'on multipliait les précautions et les traitements bar-
bares. Il est probable qu'à chaque persécution les vic-
times étaient d'abord odieusement maltraitées, mais
qu'on se relâchait un peu avec le temps de ces sévérités.
La correspondance de saint Cyprien ne nous renseigne
que sur les premiers temps de ces incarcérations, et les
détails sont répugnants à entendre. On avait entassé les
sexes et confondu l'âge et le rang, en sorte que les
évèques, les vieillards, les prêtres se trouvaient pêle-
mêle avec des jeunes filles, des entants a dans une obs-
curité moite que ne dissipait pas la fumée des torches °.
Les confesseurs recevaient une portion de pain insuffi-
sante 7, point de vêtements 8 ; pour dormir, ils s'étendaient
sur le sol9; pas de bains10, et surtout nul moyen de cé-
lébrer le sacrifice ". Un texte de Diodore de Sicile nous
dépeint la vie des condamnés : « Beaucoup, dit-il, sont
morts dans ces lieux de la grandeur des souffrances.
Ils n'ont aucun repos et subissent l'existence la plus
malheureuse. La vigueur physique et la force d'âme de
quelques-uns leur permettent de supporter un plus long
supplice, la mort y est plus aimable que la vie, travail-
lant sans relâche, .jour et nuit, sans possibilité de fuir.
La garde est composée de soldats barbares, parlant des
' Eusèbe, De martyribus Palxst., vnt, P. G., t. xx, col. 1488.
— tIbid. — 3Ibid. — *Cypr., Epist.. LXXVlu, P. L., t. iv,
col. 434; i.xxix, P. L., t. iv, col. 435; lxxx, P. L., t. lv,
col. 436. Cf. H. Fournel, Richesse minérale de l'Algérie, in-4%
Paris, 1849, t. i, p. 270-271. — 5/d., Epist., lxxvn, P. L., t. IV,
col. 429. — 6 Epist., lxxviii, P. L., t. iv, col. 434. Cf. G. Arnold,
loc. cit., p. 150 sq. — ' Epist., lxxvii, P. L., t. iv, col. 429.
— 8 Ibid. — 9 Ibid. — '<> Ibid. — " Ibid. — 1! Diodore, 'Afx«">ioT.,
1. V. Ci. G. Arnold, loc. cit., p. 139. — ,3Ulpien, Ad Digest.,
XLVHI, xix, 8, § 8. Ct. G. Arnold, loc. cit., p. 125. Ancien-
nement en Egypte on condamnait à ce supplice les prisonniers
de guerre. Les condamnés de droit commun étaient des scé-
lérats, voleurs, violateurs de tombes, sacrilèges. Ct. G. Arnold,
loc. cit., p. 130 sq. — f*G. Arnold, loc. cit., p. 130 sq., 132 sq.
— ,sCypr., loc. cit., lxxvii, P. L., t. IV, col. 429. — "Le Blant,
Les persécuteurs et les martyrs, p. 51 sq. — ,1 Eusèbe,
Hi8t. eccl, 1. V, c. i, P. G., t. xx, col. 432. — '«De Rossi,
Roma solterrajtea, in-4", Roma, 1867, t. H, p. 59-61. —
"Epist., lxxvii. P. L., t. iv, col. 427. Il a d'ailleurs une ten-
dance à accorder ce titre. Voy. Epist., i.xvii, P. L,, t. iv,
idiomes inconnus, en sorte que pas un d'entre eux, ac-
cessible à la corruption, ne peut être gagné par l'argent
ou par l'amour 12. »
La condamnation aux mines frappait les femmes
comme les hommes, la formule qui leur était appliquée
in minislerium metallicorum i 3 n'influait pas sur les con-
séquences légales de la peine. Celle-ci entraînait la
mort, civile u et par conséquent l'esclavage. De là, outre
les sévices extraordinaires, la rasure de la moitié de la
tête ls. Quant à la légalité de cette peine à l'égard des
chrétiens, elle ne faisait difficulté pour personne 10.
L'Église agissait d'une manière analogue lorsqu'elle
conférait à ces confesseurs le titre de martyrs par anti-
cipation, comme si on eût marqué par là qu'il n'y avait
plus rien en eux de terrestre. On sait que les martyrs
de Lyon (177) refusaient énergiquement de recevoir ce
titre de martyrs11; à Rome, sa concession faisait l'ob-
jet d'une enquête18; à Carthage, saint Cyprien appelle
déjà les condamnés aux mines des martyrs t9 : in me-
tailis constiliitis, martyribus Dei Palris. Sans doute,
ils n'avaient pas versé leur sang dans la cœsura ou le
puteus 20, mais la mort en exil, en prison ou par suite
des tourments éprouvés pour la foi fut tenue de très
bonne heure dans l'Eglise pour un titre suffisant à la
qualification de martyr21.
La liturgie de Milan a conservé une prière : pro fra-
tribus in carceribus, in vinculis, in metallis, in exiliis
conslitutis 22. Le Missale gothicum possède une oraison
pro exulibus qui contient ces paroles ; Unianimes
(sic), et unius corporis in spiritu Dei... deprecemur pro
fratibus et sororibus nostris caylivilatibus elongatis,
carceribus detenlis, metallis deputatis, etc. *3. Les
anciennes liturgies ont quelques autres allusions de
même genre, et dans la litanie que l'on retrouve si sou-
vent en liturgie l'invocation pro captivis est, la plupart
du temps, une allusion au martyre ad metalla. Voyez
Litanies.
L'importance de certains centres d'exploitation mi-
nière sous l'empire est incontestable. Il semble que les
mines aient réclamé un personnel administratif considé-
rable; mais il n'entre pas dans les limites de ce travail d'en-
treprendre des recherches dans ce sens 2+. Nous nous bor-
nons à reproduire une inscription chrétienne des mines
de Simittu (SIMITTV aux i=r et n« siècles, SIMITTHVS
et SIM1THVS au ive) «.
S
OFFINVE
NTAADIO
TIMO
a] VG .£ NL
INRI
i] DIBVS «I
Of/icina inventa a Diotimo Aug. nostri liberto... 26.
col. 427 passim; De Rossi, Bull, di arch. crist., 1874, p. 107. —
20 Offlcina, puteus ; dans les carrières de marbre, csesura. Cf.
De Rossi, Bull., 1868, p. 23; 1879, p. 55, 56. — « Ansaldi,
De martyribus sine sanguine adversus Doduvellum in qua
et nonnulla Romani martyrologii loca ab criminationibus
Bselii vindicantur, in-12, Milan, 1744, p. 44 sq. — "Mozzoni,
Tav. di storia eccl., sec. n, note 53. — "Muratori, Liturgia
romana, in-fol., Venetiis, 1748, t. Il, p. 585. — "De Rossi,
Bull., 1868, p. 24; Delattre, Inscriptions de Chemtou (Simit-
tu), Tunisie, dans la Rev. arch., avril, juill. 1881, mai, octobre
1882. — "Delattre, loc. cit., octob. 1882, p. 244; R. Cagnat,
Lettre à M. Perrot, dans la Revue archéol., novembre 1883. —
!8 De Rossi, Bull.,1883, p. 82, et Delattre, op. cit. Remarquons que
dès cette époque la mine s'appauvrissait : Minus de e/fossis et fa-
tigatis montibus eruuntur marmorum crustse, écrit saint Cy-
prien à Démétrius, 3, P. L., t. IV, col. 565; on cherchait des gise-
ments nouveaux, comme le prouve notre inscription. Cf. Toutain,
dans l'Association française pour l'avancement des sciences,
in-8% Tunis, 1896, t. n, p. 792 ; S. GselJ, dans Mélang. d'arch. et
d'hist., 1898, t. xviii, p. 105.
471
AD METALLA
A72
Cette modeste inscription a pu causer quelque ioie au
chrétien inconnu qui l'aura lue, vers le me siècle de
notre ère. Cette affirmation de la loi dans les souterrains
où vivaient les chrétiens a pu donner naissance à des
monuments plus importants, mais aucun indice n'en a
été retrouvé jusqu'à ce jour. On lit dans le Martyrium
Clenienlis que peu après son arrivée en Chersonèse le
saint homme fit beaucoup de conversions, renversa les
temples des dieux, abattit les bois sacrés et bâtit un
grand nombre d'églises. Ceci parait en contradiction avec
les traitements qui ont été énumérés, mais, nous l'avons
élit, ces brutalités n'avaient qu'un temps, les gardiens se
relâchaient ou s'attendrissaient un peu. Nous savons que
la construction de lieux de prières parles condamnés aux
mines [n'était pas un fait extrêmement rare1, et ceci
nous autorise à penser que les condamnés ont dû par-
lois obtenir un adoucissement de peine et prendre leur
part dune vie à laquelle nous initie un document épi-
graphique du I« siècle, découvert en Portugal en 1871)
dans le melallum Vipascense 2 (Aljustrel, province
d'Alentejo, district de Beja). Nous n'entrerons ici que
dans le détail de ce qui peut s'appliquer aux condamnés
ad metalla.
Autour d'un puits de mines se formait une aggloméra-
tion plus ou moins considérable. C'était cette population
de gagne-petit qui se retrouve partout où un groupe
stationne quelque temps. Sous la république, l'exploi-
teur des mines était entièrement libre dans les provinces,
et le pouvoir central parait s'être occupé fort peu du ré-
gime intérieur des mines et des conditions économiques
de ceux qui y vivaient et de ceux qui en vivaient. Sous
l'empire, un mouvement continu de concentration se
produit au protit des empereurs3. Depuis cette époque
on observe un contrôle sévère de la part du fisc 4 sur ses
fermiers. A partir du 11e siècle, cela même ne suffit
plus, on tend à substituer partout l'exploitation par l'État
à la location. Ceci explique comment et pourquoi on y
envoyait des fournées de condamnés politiques. Les mines
étaient dirigées par un procurator Csesaris seconde'' d'un
nombreux personnel : subprocurator, commentariensis
(= secrétaire), tabularius (= comptable), dispcnsalor
(= intendant), arcarius (= caissier) '•>. En outre, il avait
auprès de lui ce que nous appelons aujourd'hui des « in-
génieurs » °, un tribumts militum ou un centurion qui
présidait aux fouilles 7, enlin une garde de soldats, ou du
moins un officier, pour maintenir la discipline parmi les
condamnés 8, dont le nombre s'élevait parfois à deux
mille'-'. Les mines appartenant au lise étaient affermées
en tout ou en pailie par le procurator metalloruni, dont
le conii.it liait ratifié par l'empereur10, à un conductor
qui pouvait être tenu de prendre toujours l'État pour
premier acquéreur". Le rôle du conductor u'esl guère
que celui d'un fermier d'impôts qui perçoit des redevances
'Eusèbe, Demartyribus Palastinm, XHi, P. G., t. xx, col. 1518.
— * La table de bronze d' Aljustrel, rapport adressé oar Aug,
SoromenhO, in-8% Lisbonne. 1877, 12 p.; CI). Giraud, dans le
Journal des Savants, avril ]S77, p. 240 sq. : Bruns, dans Zeit-
sehrift fur Rechtsgeschichte, i87S,t.xm,p.3n2sq. ;G.Wtlmanns,
dans Zeitschrift fur Bergrecht, 1878, t. xix, p. 217 gq.; .1. Flach,
La table de bronza d'AIjustrel, étude sur l'administration
îles mines au i" siècle de notre ère, dans la Xouv. rev. du droit
hist. fr. et étranger, 1878, p. 2(19, 645, et tirage ;i part, 1879,
70 p. ; G. Bloch, dans la Ilev. archéolog., 1879,t . XXXVIII, p. 58 sq.;
Dmeste, dans Séances et truc, de l'Acad. des se. mor. et pol.,
1879, t. XI, p. 441 sq.; E. Caillenitr, clans la Ilev. critique. 1880,
p. 185 sq.; C. Re, dans Archiviç giuridico, 1879, t. xxiu. p. 327
sq. ; Kstacio da Veiga, A tabula de bronze de Aljustrel. lida, dc-
duzida c comentada em 1876, in-8% Lisboa, 1880, 71 pp. : E. Ro-
driguez de Berlanga, Hispanise anteromanœ syntagma, Ma-
aga, 1881-1884, p. 625 sq. ; E. Hùbner et Mommsen, dans Ephe-
meris epigraphica, t. m, fasc. 3;J. JF. Binder, Die Bergwerke
im rômischen Staatshaushalte, ln-8% Zurich, 1880-1881 :
C. G. Dietericn, Beitriige tur Kenntniss des rômischen Staats-
piichtersystems, in-8% Leipzig, 1877; G. Demelius, Zur Erklà-
et tient la place d'un publicain : lii qui satinas et creli-
/odinas et metalla liaient publicanorum loco sunt12.
L'État, s'attribuant le monopole de tous les métiers
qu'attire la vie courante d'une population, louait les pro-
lessions de cordonnier, de coifleur, de foulon à ceux qui
voulaient les exercer et, en retour, il interdisait, sous
peine d'amende ou de confiscation, l'installation d'une
maison taisant à l'un de ses métiers une concurrence
quelconque.
Outre les professions de cordonnier, de coiffeur, de
foulon, le fisc affermait celles de commissaire-priseur
(auctionator), de crieur public {prseco), de maître des
bains publics (balneator). Ces lermiers sont soumis à un
tarii qui se rapproché assez de ce que nous voyons de
nos jours. L 'auctionator et le prœco sont payés propor-
tionnellement à la valeur des objets vendus, le balneator
établit ses prix d'après le sexe; en outre il ne peut rien
réclamer des enfants, des soldats, des employés, etc.
L'établissement doit être ouvert à des heures détermi-
nées soit du jour, soit de la nuit. L'eau froide doit cou-
ler à profusion, l'eau chaude doit s'élever à un niveau
déterminé. Chaque mois les chaudrons seront lavés,
nettoyés, graissés. Le cordonnier doit avoir toujours un
assortiment de chaussures et de clous. Le coiffeur doit
avoir des garçons perruquiers.
Cette situation est assez digne d'attention, car, outre
que les chrétiens ont vécu sous ce régime, nous y voyons,
dit excellement M. Flach, qu'à « sa naissance, le mono-
pole se présenta sous l'aspect le plus séduisant. Il sem-
blait le moyen de tout concilier, ou plutôt de porter à
sa plus haute puissance le soin des intérêts du fisc. En
écartant la crainte de toute concurrence, il attirait les
artisans dont on avait besoin, et, en même temps qu'il
constituait pour le fisc une source nouvelle de revenus,
il lui permettait, au moyen d'une stricte réglementa-
tion, de préserver les habitants (ses contribuables, ne
l'oublions pas) des prétentions exagérées que les divers
fournisseurs n'auraient pas manqué d'avoir.
« Il semble naturel d'admettre, après les observations
que la lecture de l'inscription vient de nous suggérer,
qu'il, devait y avoir autant de fermiers que de profes-
sions distinctes soumises au monopole 13 ».
Un chapitre déclare les maîtres d'école affranchis des
charges que le procurator impose aux habitants. Ludi
magittros a procuroUore metallorum immunes esse.
Les textes si peu nombreux qui nous restent touchant
la présence des chrétiens dans les mines gagnent à ces
recherches, bien que celles-ci ne semblent s'y rapporter
que d'une manière indirecte. Mais l'accroissement continu
du nombre des chrétiens dans l'empire ne permet pas
de douter que, outre les condamnés, il y eût des fidèles
parmi les colonies établies autour des mines. La charité
est ingénieuse et la pensée de procurer quelques soula-
rungder lex metalli Vipascensis, dans Zeitsefrift der Saviqny-
stiftung,i883, t. iv,p.S3sq. ; E.Hubncr, ' \rp. inscr. lut. (s ' %
1892, t. ii, p. 788-802, n. 5181. — »J.Marquardt,JWmiscAc Si
verwaltumj. ln-8», Leipzig, 1885, t. il, p. 252; O Hirschleld.
Untersuchungen auf dem Gebiete der rômischen Venvul-
tungsgeschichte, in-8% Berlin, 1877, t. I, p. 73-74. a. J. Flach,
toc. cit., p. 274 sq. — * Même chose pour la r-es privata. —
" Hirschfcld, loc. cit., p. 84-85, note. — •Marquardt, loc. oit.,
p, 256. — ' Letronne, Recueil des inscr. grecques et latines de
C Egypte, In-**, Pans, 1840-1842, t. i. p. 429, 453; J. Bruno,
Iscrizioni dei marmi grezzi, dans les Annali detV Inst., 1810,
n. 237-258.- »]ii Christiani condannati aile MM
dei marmi nei secoli délie persecuzioni, dans Bull, di arch.
criât., 1868, p. 21: Ma\ Bûdinger, ( Mersuchungen zur ram
haisenjeschichte, in-8% Leipzig, 1S70, t. m, p, 321 sq. — • Franz.
Corp. inscr. arme, t. m, p. 321, col. 1; Paul le Silent., Descr.
S. Sophi.T. vs. 826 sq., in-loL.Parisiis, 1670. — '"Digest.. I. I, tit.
\i\. Si : De officio procur. Cmsar. — " Hirschfëld, loc cit.,
p. 83. -- '-tJaius. au Digest.. 1. XXXIX,' tit. iv, 13 : De publica-
nis et r ■ 'i:i. ; cf. au /)/ / ■■-'.' , I. III. lit. IV, Quoà eujuseumque
univers. — ,s J. Flach. foc. cit., ]>■ 27'.»; lUitns, loc. cit., p, 378.
473
AD METALLA
AD PACEM
474
gements, ou d'apercevoir les confesseurs, dut attirer les
trères un peu partout.
Nous ne devons pas omettre un récit concernant les
forçats chrétiens de la mine de cuivre de Phamos en Pa-
lestine. A la fin de l'année 309 on accorda quelque adou-
cissement aux détenus; ils purent, en dehors des heures
de travail, s'assembler, prier et construire même des
oratoires '. Ce devait être un étrange spectacle que ces
églises improvisées, où ne se rencontraient que des
borgnes et des boiteux, et où des voix brisées par la fa-
tigue, enrouées par la longue humidité des souterrains,
chantaient avec une ferveur surhumaine les louanges de
Dieu ! Ces pauvres gens avaient trois évêques, Silvain,
jadis prêtre à Gaza, leur compagnon depuis deux ans,
et deux Égyptiens, Pelée et Nil, beaucoup de prêtres,
des clercs, un lecteur, Égyptien lui aussi, nommé Jean.
C'était un aveugle à qui les bourreaux avaient néanmoins
brûlé les yeux afin qu'il ne perdit pas une souffrance;
on raconte qu'il savait de mémoire tous les livres saints.
Dans les réunions des forçats, Jean remplissait sa Jonc-
tion et il avait cette coquetterie de prendre l'attitude et
le son de voix de celui qui tient un livre ouvert. Eusèbe
le vit ainsi. Un rapport à l'empereur Maximin touchant
ces laits tut suivi de l'ordre de disperser les pauvres
frères : on en fit plusieurs troupes qu'on mit en marche
vers Chypre, vers le Liban, vers d'autres mines de Pales-
tine. Quatre confesseurs, tenus pour dangereux, à cause
de leur influence, Nil, Pelée, un prêtre (Hélio?), un laïque,
Patermuthios, turent envoyés au général commandant les
légions en Palestine : celui-ci les fit brûler. Les vieil-
lards, les malingres, ceux que les mutilations rendaient
impropres à un déplacement, furent gardés à part. Jean
était parmi eux ainsi que l'évêque Silvain devenu impo-
tent. Ne pouvant rien faire, ils ieùnaient et priaient, ils
étaient trente-neuf, on leur coupa la tête à tous le même
jour. Parmi les condamnés ad melalla de la mine de
Phœnos2, tous n'étaient pas de la même communion;
les uns suivaient Pierre d'Alexandrie, d'autres avaient
pris parti pour le schismatique Mélèce de Lycopolis. Il
semble résulter des inlormations que nous ont transmises
saint Épiphane et Photius que Patermuthios était de la
communion de Pierre, tandis que les évêques Pelée et
Nil et le prêtre Élie étaient du parti de Mélèce3.
Les mines de Phœnos revirent des confesseurs sous le
règne de Constance et de Valens. Vers 356, les ariens
s'emparèrent du sous-diacre Eutychios, fidèle à la con-
substantialité du Verbe et partisan d'Athanase; après
l'avoir battu, ils l'envoyèrent à Phœnos qu'il n'atteignit
pas, la mort l'ayant délivré. Plus tard encore, sous
l'épiscopat de saint Pierre d'Alexandrie, successeur
d'Athanase (373), plusieurs catholiques lurent envoyés
aux mines de Palestine, d'autres aux mines de la Pro ■
connèse (îles de Marmara).* A Phœnos, on envoya les
rejoindre un diacre de Rome qui avait apporté à l'évê-
que Pierre les lettres du pape de Rome*.
E. Le Blant a classé parmi les Monuments anti-
* Eusèbe, De martyrib. Palœst., xm, P. G., t. >:>:, col. 1513 sq.
Les textes juridiques nous apprennent que les condamnés ad me-
talla restaient toujours passibles de mort. Cf. G. Arnold, loc. cit.,
p. 139. — ! S. Vaille, Les martyrs de Phounon, dans les Échos
d'Orient, 1898-1899, p. 66-70. Cl. hagrange, Phounon,dans\aRevue
biblique, 1898, p. 114. — 3S. Épiphane, Contra htereses, i.xvm,
P. G., t. xlii, col. 84 sq. ; Photius, Bibl., cod. 118, P. G.,
t. cm, col. 397. — «Théodoret, Hist. ecrl., 1. IV, c. xix, P. G.,
t. lxxxii, col. 1177. Pour ces martyrs et d'autres de la persé-
cution vandale en Afrique, cf. Arnold, loc. cit., p. 124. Aux
metalla connus il taut probablement ajouter Aïn-Smara, dans la
prov. de Constantine pour les chrétiens de Numidie, ci. E. Le
Blant, Comptes rendus de l'Acad. des inscr., 19 octob. 1894,
p. 345, et, suivant la nature du minerai, il taut supposer une ag-
gravation de peine résultant du travail imposé aux équipes de
sulphurarii et de calcarii. Sur les mines et carrières de la Tuni-
sie dans l'antiquité, ci. R. Cagnat, dans la Revue générale des
teienecs, 30 novembre 1896, p. 1051-1056; H. Toutain, bote sur
ques relatifs aux affaires criminelles un bloc de grés
orné d'un bas-reliel, de L'étal duquel on peut iuger
par ce trait > : Un ingénieur de la société minière qui ex-
ploite les mines de Linarés (Andalousie), vit des lavan-
dières trotter leur linge sur une pierre trouvée la veille
à Palazuelos et qu'elles avaient apportée au ruisseau à
cruse des aspérités qui les aidaient à savonner. Cette
pierre lut retirée et déposée au bureau de la société des
mines. Le bas-relief représente des hommes en marche,
munis des outils de mineurs. On distingue encore neui
personnages debout, dont cinq au premier plan, mar-
chant de front": Le vêtement se compose, semble-t-il,
d'une blouse courte formant de gros plis à la ceinture
Au-dessous dépasse un tablier qui fait le tour du corps.
Les jambes paraissent couvertes jusque vers le bas d'un
pantalon étroit. Le premier mineur est d'une taille dis-
proportionnée à celle de ses compagnons, peut-être nVst-
ce qu'un souci de perspective. Il porte sur l'épaule gau-
che une masse, et à bout de bras, dans la main droite,
un objet que" l'on croit être un vase contenant l'huile
destinée à l'éclairage de la mine (fig. 70).
On ne connaît pas d'autre représentation antique de
condamnés aux mines; les seuls monuments qui puissent
être rappelés ici appartiennent déjà au moyen âge6 par
leur date.
M. De Rossi croit pouvoir rapporter à un chrétien con-
damné aux mines un verre gravé trouvé par Boldetti
dans une catacombe de la voie Appienne ou de la voie
Ardéatine et qui représente un adolescent, la tête rasée
et le front portant la marque des condamnés, mais celle-ci
est modifiée en une croix équilatérale, le condamné porte
une corde autour du cou. Autour de ce petit sujet une lé-
gende triomphale " : LIBER NICA, Libre [et] Victorieux,
(fig. 73).
On trouvera une statistique des mines de l'empire
dans la dissertation de Biaise Garololo(Z)e antiquis auri.
argenti, slanni, xris, ferri, plumbique fodinis Blasii
Caryophili opusculum, in-4° [1757], xx-152 p.) qu'il
faut compléter avec les inscriptions et les monnaies;
G. Daubrée, Aperçu historique sur l'exploitation des
mines dans la Gaule, in-8°, Paris, 1881; Robert Mowat.
Eclaircissements sur les monnaies des mines, dans la
Revue de numismatique, 189i, p. 373-416.
H. Leci.ercq.
AD PACEM. — I. Fonction. IL Bénédiction. III. Orai-
sons en Gaule, en Espagne, en Orient. IV. Formules di-
verses en Espagne, en Orient; Liturgie romaine.
I. La fonction. — Comme tous les actes rituels, la
fonction ad pacem présente, suivant la liturgie où elle
se trouve, avec une matière très simple — l'union des
membres de l'assemblée chrétienne symbolisée par le
baiser de paix — une forme pouvant être très compli-
quée. Le schéma complet en est :
Proclamation du diacre;
Bénédictions sur le peuple par le célébrant;
Oraison, soit secrète, soit à haute voix;
la. métallurgie et l'exploitation des mines au vr siècle, en
Italie, dans le Bull, de la Soc. des antiq. de France, 1898,
p. 1138-45; H. Saladin, dans les Archiv. des missions scienlil-,
1892, t. il, p. 385; R. Cagnat, Rapport, dans les Archiv. des mis-
sions scientif., 1885, p. 101 sq. ; H. Fournel, Richesse minérale
de l'Algérie, in-4", Paris, 1849, t. 1, p. 290 sq. ; J. Marquardt, R<>-
mische Staatsverwaltung, in-8°, Leipzig, 1876, t. Il, p. 252 sq.
Pour d'autres envois aux mines, et le site géographique de Simittu,
et. H. Leclercq, Les martyrs, in-12, Paris, 1903, t. n, pré;. Pour
les mines du Laurion et les inscriptions chrétiennes relevées par
Diehl et Radet, cf. American journal of archa ology, 1887, t. m,
p. 176; J. J. Binder, Laurion, die aitische Bergwcrke ins Al-
terthum, in-8", Laibach, 1895. — 8 Daubrée, Bas-relief trouvé à
Linarés (Espagne) représentant des mineurs antiques en tenue
de travail, dans la Revue archéologique, 1882. t. IV, p. 19::. -
°Fr. Wey, Rome, descriptions et souvent: s, in-4", Paris, 1k7."..
p. 127. — 'Boldetti, Osservazioni, in-fol., Roma, 1720, p. GO; I le
Rossi, Bullett., 1868, p. 25. Ci. G. Arnold, loc. cit., p. 145 sq.
£75
AD PACEM
476
Formule dite par ceux qui donnent et reçoivent la paix ;
Chant pendant l'osculum.
La plus ancienne mention du baiser de paix litur-
gique se trouve dans la première Apologie de Justin ' :
àX).r,).o'j; (piX/ju-axt àTiraÇôu.EÔa. Cette fonction avait lieu
avant la prière eucharistique (secrète-préface-canon) 2.
En Occident, une partie de l'Italie a sûrement pos-
sédé ce baiser de paix, dont il reste, dans la liturgie
milanaise, le pacem Itabete du commencement de l'offer-
toire : au début du Ve siècle, cette position est l'objet
d'une réglementation de la part d'Innocent Ier dans sa
lettre à Decentius d'Eugubium : Pacem igilitr asseris,
dit le pape, anle confecta mysteria quosdam popidis
imperare, vel sibi inler se saccrdoles tradere, cum posl
oninia, quse aperire non debeo, pax sit necessamo indi-
cenda, per quant conslet populum ad omnia,quas inmy-
steriis aguntur atque in ecclesia célébrait tur, prsebuisse
cousensum, ac finita esse pacis conciudentis signacitlo
demonstrentur 3, que nous traduisons ainsi : « Tu rap-
portes que certains ordonnent la paix au peuple avant
la confection des mystères, ou que les prêtres se la
donnent entre eux, alors qu'après toutes les choses que
je ne dois pas révéler la paix doit être nécessairement
prononcée, pour qu'il conste par là que le peuple a
donné son consentement à toit ce qu'on a fait dans les
mystères et célébré dans l'église, et qu'ainsi le signe de
la paix conclue en marque l'achèvement. » Si nous compre-
nons bien, le pape ne défend pas, pour les églises qui en
avaient la coutume, la paix d'avant « les mystères ». mais
ordonne celle qu'on donne après, avant la communion.
L'Église de Milan s'est conformée a cette pratique,
puisque, avec la paix de l'offertoire, elle offre encore celle
qui suit l'embolisme du Pater, comme dans la liturgie
romaine. Voyez Baiser de paix.
II. Bénédiction. — Cette deuxième position de la
paix est mentionnée à la même époque par saint Augus-
tin, pour l'Eglise d'Afrique : Pont ipsam (l'oraison do-
minicale) dicitur Pax vobiscum, et osculanlur se cltri-
stiani in osculo sanctn'1. Ce n'est pas que le docteur
ignore les grandes bénédictions super populum dites à
cet endroit : il en fait souvent mention, mais il ne parait
pas les rattacher ad pacem. La formule qu'il donne est
à rapprocher du Pax Domini sit semper vobiscum,
usité à Home; de la bénédiction milanaise Pax et com-
îmmicatio Domini N. J. C. sit semper vobiscum; du
texte donné par saint Germain pour la liturgie gallicane
de Paris : PAX, fides et caritas, et comnmnicatio cor-
poris et sanguinU domim su semper vobiscum-'.
Mais cette dernière formule, dite seulement par les
simples prêtres (les évèques imposant ici les mains avec
de plus longues bénédictions), ne parait pas avoir été
suivie d'un baiser de paix, saint Germain ne mention-
nant que celui de l'offertoire, après l'oraison post no-
inina : pacem autem ideot'.hristimutuoproferuiit (ib.).
Dans la seule messe gallicane qui donne une formule
de bénédiction pour la paix de l'offertoire, c'est Pax
Domini sit 6. Cela laisserait soupçonner qu'il y a eu
('■change entre les formules qui ont environné l'une et
l'autre positions delà paix; or, ily en a d'autres traces
Ainsi on trouve à la fois à ces deux endroits Habcte
* P. G., t. vi, col. 428. — «Le c. vu, n. 2, de la Hiérarchie
ecclésiastique de Denys 1 Aréopagite mentionne le baiser de paix
donné au délunt après un renvoi de catéchumènes, mais est-ce dans
une liturgie eucharistique? Dans tous les cas la date de ces ou-
vrages est, on le sait, très postérieure. — 3P. I... t. xx, col. 551.
— 'Serm., c.cxxvn, P. L.,t \\\ vin. cul. 1101. — *P.L.,t i.xxn,
col. 94. — • Mone, Lateinische und griechieehe Messen, in-4"
Franttfurt, 1850, p. 27, vr messe, ou P. L-, t. cxxxvin, ml. 874.
— 'Cf. Miss, ambi'os. ; miss, mozarabe; les anciennes liturgies par-
ticulières, par exemple dans Mari. ■ne. Dr mit. Eccl. rit., t. 1, p. 'i II!.
565, 584, 023, etc., ou P. /.., t. i.vm, col. 563; t. LXX1V, col.
918 a; t. cxxxvin, col. 1332 d; t. eu, col. 936 b. — » P. /...
t lxxii, col. 376. - *P. G., t. i, col. 736. — ,0Ce c. VI, m i est
vinculum pacis et charilatis ut apti silis sacrosanctis
mysteriis Dei, et Pax Chris H et Ecclesise abundel in
cordibus nostris'1, dit par le célébrant au diacre en lui
donnant le baiser. Ce même texte est aussi prescrit dans
les missels de Salisbury (cf. dom Martène) pour le baiser
de paix donné par le célébrant à ses assistants en arri-
vant à l'autel, d'après la rubrique des anciens Ordines.
Ainsi encore, la benediclio qui suit le Pater, à la
messe pascale de la VIe férié, dans le premier sacra-
mentaire gallican 8, et qu'on retrouve pour les messes
quotidiennes dans les bénédictions usitées jusqu'au
xvie siècle, est celle prescrite pour la paix de l'oflertoire
par le 1. II, c. lvii, des Constitutions apostoliques9 et ré-
pétée à la liturgie du I. VIII. C'est la bénédiction si
connue prescrite par les Nombres, VI, 24 '" : Que le Sei-
gneur le (nous) bénisse et te (nous) garde; que le Sei-
gneur tourne son visage, etc.
III. Oraisons. — /. en gaule. — Bien que, dans l'ex-
position de la messe citée plus haut, l'évêque de Paris ne
parle pas d'une oraison ad pacem, nous en trouvons
dans la plupart des inesses gallicanes qui nous sont par-
venues. Cependant, toutes les oraisons qui figurent sous
ce titre sont loin d'être toujours spéciales à ces messes
et sont fréquemment des super sindonem et sui>er
oblata des messes romaines et milanaises. Cela a dû se
faire au moment où ces dernières liturgies influèrent
sur les Gaules, à dater du Ve siècle (?).
Voici les messes gallicanes qui ont une oraison ad
pacem particulière : 1er sacramentaire (gallogothique
de Thomasi ; sacram. d'Autan de Ducbesne) : Noël, Jacques
et .Lan, Circoncision, Epiphanie, Assomption. Clément,
Saturnin. André, Eulalic, Conversion de saint Paul,
Chaire de saint Pierre, commencement du Carême,
messe déjeune n. 23. tradition du Symbole, Jeudi saint,
Vigile de Pâques, ive et Ve fériés pascales. Invention de
la Croix, .lean, Bogalions. Syniphorien. Maurice, Léger,
un confesseur. Martin, messes dominicales. 2e sacra-
mentaire relus} : Saint Germain d'Auxerre. 3" sacramen-
taire (de Bobbïo) : 2" messe de l'Avent, Noël. Jacques et
.lean, Circoncision, Epiphanie, Conversion de saint Paul,
3e messe de jeûne, tradition du Symbole, Jeudi Saint,
2e messe pascale, pour les martyrs, confesseurs, vierges,
pour le célébrant, messe tmmimoda, messes domini-
cales, pour le prince, pour les défunts. Toutes tes
sses du fragment de Mone qui sont complètes ; ce sont
des messes dominicales ".
Il faut remarquer que les messes ci-dessus communes
aux deux sacramentaires ont souvent Vad pacem com-
mune Dans toutes les autres messes, on a fait des em-
prunts à d'autres liturgies, comme il est dit plus haut, ou
des imitations, ou même le titre ad pacem est remplacé
par sécréta ou super munera: deuxième sacramentaire,
de Pâques aux Bogations; troisième, à l'Assomption, à
la quatrième messe de jeûne, etc. IJ.
Cela provient de ce que, au moment où les messes dont
ces oraisons foui partie furent introduites en Gaule, leur
position les lit purement et simplement adapter au même
endroit que les ad purent des liturgies île ce |>a\^. avec
lesquelles cependant elles n'ont de commun ni le sens,
ni la fonction '*. Cependant, la transition a pu être facile.
une instruction liturgique, marque déjà, v. 27 : Invocabvntaue
nomen meum super (Uii s Israël, et ego benedicam ets; 1 1
là tout le sens des super populum. — " Nous ne parlons pas du
Missate Frauroriau. qui n'est qu'un fragment de sacramentaire
romain adapté à l'usage d'une Église de l'Ouest, et négligeons les
autres fragments, trop peu importants, donnés par Mai et Bunsen.
— '*Voir ce dépouillement dans Paléographie musicale, t. \,
p. 97-100. — l3 Rapprocher en passant l'unifie supf simiotietu
de Milan, avec l'oraison n du voile « de plusieurs liturgies orien-
tales, avec la suite donnée pour la dédicace par certains sacra-
mentaires français, comme celui qui passa a Non an toi» (Bfbl. nat.
Par., ms. '«t.. Î2$f), l. oratio post relation attare; 2, ad missas,
alia oratio, super oblata. 1 E
477
AD PAGEM — AD POPULUM
478
En effet, la collcctio ad pacem demande, en général, à
Dieu, sa paix, la paix avec nos frères, et que le baiser
ne soit pas un vain symbole ; mais souvent elle renferme
une mention, une idée d'adaptation au sacrifice : lnla-
bere in animas nostras, omnipolens seterne Deus, et
lempla quœ lapis angularis tuus exstruxit, ingredere ;
ut Majestati [tuse] ftostias prœparatas, per ipsuni tibi
possimus offere, qui mnctam constituât et pacem nobis
propitiatus induisit, II miss, domin. 1er sacr.
Quand le rapprocliement n'était pas praticable, on
ajoutait un ou plusieurs membres de pbrase à l'oraison
romaine (gélasienne ?) : Da nobis qusesumus, Domine,
utfsicut adoranda Filii lui nalalilia celebraturi, ab
hodiernis vigiliis in conl'essione tui nominis, prseveni-
ntus ; sic ejus munera capiamus sempilerna : et diri-
gere dignare angelum pacis, qui oscula nostra puris
senslbus inligala connectai, nosque tibi ab omnibus
peccatorum maculis expurgatos adjungal '.
il. EN ESPAGNE. — La liturgie mozarabe, bien plus
uniforme, possède pour chaque messe une oraison ad
pacem de même caractère que dans les antiques messes
gallicanes. En voici des exemples : Deus, qui lionorem
pristinum reddidisli per crucis opprobrium : quibus
noluisti mortis inferre supplicium :... sit in oculis tuis
acceptabile quod offerimus, sit salubre quod poscimus :
quo per sanguinem crucis tuse, in pace tua, spe soli-
dati, vivamus (lundi de Pâques)2.
... concordia in nobis vigeat carilalis, ut hoc sacri-
fie i uni laudis placabili pielatc suscipiatur (ven-
dredi de Pâques).
... ut ad hujus deleclabilis mensee cselestis epidas in-
vitati : dono pacis selerne in hoc paschali mereamur
■convivio recreari (Ve dim. après Pâques).
Dans cette liturgie Yoralio ad pacem tient le qua-
trième rang parmi les prières de l'offertoire, ce qui est
confirmé par le témoignage d'Isidore de Séville 3, et de
ÏExpositio missse anonyme insérée dans la collection
d'Hittorp et reproduite dans la Bibliotheca Vêlera Pa-
t>-umi.
IV. Formules diverses. — /. EN Espagne. — Le ca-
non i du concile de Compostelle de 1056 nous donne la
proclamation diaconale Inter vos pacem iradile 5, sans
que nous sachions si elle se rapporte au baiser de paix ro-
main d'avant la communion ou à celui de l'offertoire, car
le Missale mixlum en a plusieurs autres, mais pas celle-
là. Parmi elles, se trouve le Gratia Dei Palris, etc. c,
qui figure aussi à peu près au même endroit (comme
formule introductive à la préface) dans les liturgies
grecques. Pendant le baiser de paix, le chœur chante le
répons ad pacem, formé des paroles Pacem meam do
vobis, etc. 7, avec la doxologie Gloria et honor.
il. EN orient. — Il est très remarquable précisément
que le chant ad pacem, et le sens de la formule ut
apti silis sacrosanclis mysleriis Dei (cf. plus haut Ha-
bete vinculum) se retrouvent en Orient, dans la liturgie
arménienne, dont voici les deux formules correspon-
dantes :
Le diacre : « Saluez-vous mutuellement par le baiser
1 Vig. nat., P. L., t. LXXII, col. 224. Cf. Walafrid Slrabon, De
reb. eccl., c. xxn, P. L., t. exiv, col. 946 : Et Galliarum eccle-
six suis orationibus (celles de saint Gélase) utebantur, quœ
adhuc amultis habentur , et quia tam incertis auctoribtts multa
vulebantur inserta, et sensus ïntegritatem, etc. — - P. L.,
t. i.xxxv, coi. 490. — 3 De Eccl. off., t. I, p. 15, P. L., t. lxxxiii,
col. 752. — *T. xiii, p. 746. — 5 Mansi, Concilia, t. xix, col. 856. —
c II Cor., xiii, 13, qui suit, remarquons-le, v, 12 : Salutate invicem
in osculosancto. Salutant vos omnes sancti. — 7Joa., xiv, 27. —
" Traduction d'Ecknialian, Les chants de la liturgie arménienne,
in-8', Leipzig et Vienne, 1896, p. 16. — ° Constit. apost., I. II, c. liv
et lvii ; 1. VIII, c. xi, P. G., t. i, col. 718, 736, 1089-1090; cf. Testa-
mentum d. n. J. C, e. xxxv, in-8*, Mayence, 1899, p. 37 sq. —
'"Catech., xiii, Mystag., 5, P. G., t.xxxm.col. 1111. — "G.Wob-
i<CTmin,Altclirist licite liturgische Stïtcke ans den Kirchen JEgtjp-
■tens, in-8% Leipzig, 1899. Ce précieux document donne bien vers le I
do paix, et vous, qui n'êtes pas aptes a participer au )
mystère divin, retirez-vous aux portes et priez. »
Le chœur : « Le Christ se manifesta parmi nous : *
l'Etre par essence, Dieu, a élevé ici son palais (cf. la '
collecte gallicane Inlabere), la voix annonçant la paix a
retenti, le baiser de paix a été ordonné; l'inimitié a été
dissipée, et la charité a pénétré partout8. »
Il n'y a pas trace d'oraison ad pacem ni de bénédiction,
et le renvoi des non-communiants, qui est ici joint à la
formule de paix, en est partout ailleurs séparé, bien qulon
le trouve mentionné soit avant, soit après ».
Pour les autres liturgies orientales et grecques, saint
Cyrille de Jérusalem ne mentionne que la proclamation
diaconale: àXXï)Xou; iTtoX/xfitxs et àXXr)Xou; à(T7ra^ôp.s6a10-
Vers le même temps, le Teslamenlum syriaque, loc.cit.,
dit seulement : Antequam episcopus vel presbyter
offerat, populus dei sibi invicem pacem. Trad. de
Ma1' Rahmani. La liturgie de Sérapion11, qui ne donne,
il est vrai, aucune rubrique ni proclamation diaconale,
n'a rien qui concerne la paix, bien que toutes les
liturgies alexandrines et dérivées soient abondamment
pourvues d'ev^X, to0 ào-naa-u.o0 12. Rapprochement inat-
tendu, il faut aller, dans le pontifical de Sérapion, entre
le Pater et la communion, pour y trouver des béné-
dictions analogues à celle du Pax Domini en Occident13.
Saint Jean Chrysostome, après une allusion à la pro-
clamation de la paix, donne seulement comme béné-
diction 'EipYJv'1 Trâcriv14, cola constitue encore simple-
ment cette fonction dans les liturgies byzantines.
Les liturgies syriennes ont ou n'ont pas l'oraison ad
pacem, suivant qu'elles se rattachent au type alexandrin
ou au type byzantin et même occidental13. Mais cepen-
dant leur prototype, la liturgie des 1. II et VIII des
Const. apost. (loc. cit.), a une fonction ad pacem déve-
loppée, avec proclamation diaconale, bénédiction et
oraison; nous avons plus haut fait mention de la béné-
diction, voici l'oraison :
— oxrov tciv Xaôv o-o'j, K-jpt-, xat s.vkôyrfîov tt(v y.Xï)povo-
■xiav 0"OU, r|V i-/.zr\aio, xai TTEpis7tonr|<Ta> Toi Tiuioi aidait xoO
ypictoO oo-j, xai ÈxâXE<ra; (3x<7t'Xctov c£pâxs'j[j.a, xat eôvo;
âytov. Sauve ton peuple, Seigneur, et bénis ton héritage,
que tu as racheté et fortifié par le précieux sang de
ton Christ, et appelé à être sacerdoce royal et nation
sainte.
m. liturgie ROMAINE. — Dans la liturgie romaine
actuelle, à la paix de la communion, la proclamation du
diacre a disparu, mais la bénédiction Pax Domini est
restée; l'Agnus Dei.... dona nobis pacem, et la prière
Domine Jesu Chrisle, qui dixisti sont bien un chant et
une oraison ad pacem.
Pour la paix de l'offertoire, il en est resté en plu-
sieurs églises de France l'usage que, lorsque les fidèles
ou les confréries présentent du pain à bénir et offrent
des cierges ou des pièces de monnaie, le célébrant leur
fait baiser l'instrumentum pacis, en disant à chacun :
Pax Iccum. A. Gastoué.
AD POPULUM. Voir Super populum.
même endroit des prières et des bénédictions sur le peuple, mais
les unes, n. xxvi, sont en réalité un post nomina : yjtH.iv t^ni -Ji.
dvo'tKTa £■/ £i'5'/..;. '»>';;, inscris nos noms au livre de vie, cf. J. Words-
worth, BisUop Sarapion's Praycr-Book, in-12, London, 1899,
p. 65, et les autres sont analogues à celles que donne le 1. VIII,
c. vi sq., des Const. apost., au début de l'offertoire, et dont
nous retrouvons le sens à la deuxième oraison gallicane, qui n'a
pas du tout la teneur de l'alia oratio mozarabe, mais bien d'une
super populum. — ,2Swainson, The greek liturgies, in-8% Lon-
don, 1884 ; cf. p. 18-19, 244, 335, 389-390. — «N.3, p. 7. — "m, Hom.
In Epist. ad Coloss., P. G., t. lxii, col. 323. — ,5Renaudot, Lit. vet.
coll., t. n, p. 126, 134,145, 155. etc.; Howard, The Christian* of St.
Thomas, in-8", Oxford and London, 1864, p. 222. etc. Il y aurait
en effet à rapprocher les oraisons de celles de ces liturgies qui
sont de type court, des oraisons gallicanes et de celles qui figurent
dans les anciens ordinaires des messes occidentales.
47D
AD SANCÏUS
4S>
AD SANCTOS. — I. La sépulture et la seconde
vie. II. La sépulture et le dogme de la résurrection.
111. Les saints protecteurs. IV. Les sépultures des Papes.
I. La sépulture et la seconde vie. — Il est inutile
de rappeler les rites graves et compliqués que l'antiquité
avait consacrés à la sépulture ' ; néanmoins ces rites
témoignaient d'une pensée, jadis très haute, mais sin-
gulièrement déformée vers le temps où le christianisme
eut à relaire les croyances de l'humanité. Les anciens
pensaient que l'àme du défunt subit un jugement et
reçoit un châtiment ou une récompense selon l'arrêt
auquel aura donné lieu l'examen de sa vie. Cette doctrine
était à peu près devenue méconnaissable sous la mul-
titude d'imaginations dont on l'avait ornée; néanmoins
des monuments datés des derniers temps de la répu-
blique romaine et des commencements de J'empire nous
lont voir que la préoccupation de Vau-dclà n'avait pas
quitté tous les esprits. Cette préoccupaiion avait cou-
tume de se traduire par le soin du tombeau. Pour ces
hommes, il ne faisait pas de doute que le corps
laissé sans tombeau ou arraché de celui qui lui avait été
attribué, ne pouvait jouir de la félicité promise; son
âme errante voltigeait sans relâche et sans fin. Pour
remédier à cette fâcheuse condition, on avait entouré la
législation funéraire d'une crainte mystérieuse qui pro-
tégea longtemps efficacement le repos des morts. Cepen-
dant, vers le temps d'Auguste et de Néron, on voit appa-
raître parmi les hommes de lettres la tendance à se
passer de la sépulture sans la moindre appréhension 2.
Mais il fallut plusieurs siècles encore pour que le peuple
envisageât cette perspective avec une égale indifférence.
Au Ve siècle, saint Augustin observe que l'opinion con-
traire est encore répandue, opinio utcumque vulgata3.
Parmi les griefs adressés à la religion chrétienne, après
la prise de Rome, en 410, est celui d'avoir irrité les dieux
de l'empire, qui, en abandonnant Rome, l'avaient livrée
à ces horreurs au cours desquelles un grand nombre de
cadavres n'avaient pas reçu la sépulture *. .Nous ne
voyons pas que l'enseignement de l'Église ait varié ou
hésité sur cette question. Ceux qui distribuaient sa doc-
trine comme ceux qui s'efforçaient de s'y conformer
dans la pratique parlaient et agissaient d'accord avec la
pensée exprimée plus tard par saint Augustin : curât io
funebris, conditio sepullurœ, pompa exsequiarum , ma-
gis sunt vivorum solatia quant subsidia ■niorluorum.
Cependant la croyance païenne sur ce point particulier
fut une de celles qui persistèrent le plus longtemps,
mais teintée d'une sorte de tendre dévotion, à tel point
qu'on ne la reconnaît qu'à peine ainsi édulcorée et défi-
gurée. L'enceinte des villes, celle de Rome principale-
ment, ne devait pas contenir la sépulture des cadavres8.
Sous les empereurs, la recrudescence de piété qui si-
gnala le 11e et le Ur> siècles put motiver les disposi-
tions prises par une loi d'Hadrien dont les motifs nous
sont inconnus °, et que renouvelèrent Dioclétien et
Maximien, en 290, dans le but, disent-ils, de garder la
ville de toute souillure7. Une loi de 381 ne s'exprime
pas autrement : Omnia quœ supra lerram urnis étatisa
1 Voy. Daremberg-Saglio, Dictionnaire des antiquités grec-
ques et romaines, t. n, p. 1367, art. Funus ; Fustel de
Coulanges, La cité antique, in-12, Paris, 4895, p. 7-20. — * Vir-
gile, Aineid., n, 646; Lucain, Pharsal. , vil, 723, 819; Pétrone,
Satiric, cxvj Sénèque, Epist., xr.n. Cf. S.Augustin, De civ.
Dci, 1. I, c. xn, P. L., t. xi. i, col. 26 sq. — 3De curapro mortuis,
§ 3. Pour ce traité souvent cité au cours de cette dissertation,
voy. P. L., t. xi., col. 591-611. — « S. Augustin, De civil. Dei., 1. I,
c. xn, xiii, P. L., t. xi.i, col. 26, 27 sq. — s Ch. Giraud,
Histoire du droit romain ou introduction historique à l'étude
de celte législation, in-8", Paris, 1842, p. 498; Julius Paullus,
Tteeeptarum sententlarum, 1. i, tit. xxi, § 2. — 'Digeste,
1. XLVII, tit. xn, § 5 : De sepulcliris violatis, Corpus iuris,
in-4% Berolini, 1877. a. Gothofredus, Ad Cod. Theod., t. m,
p. 160. Vers le même temps YOncirocrilicon d'Artcmidore :
1. I, c. lvi, nifî ijùvuv, éd. P.eill, t. I, p. 8i. — ' Cod. Just.,
vel sarcofagis corpora delinenlur, extra urbem de-
lata ponantur, ut humanitatis instar exhibeant, et
relinquant incolarum domicilio sanctitatent$. Il faut
remarquer que cette loi, dont le motif était direc-
tement en opposition avec la doctrine de l'Église,
lut signée par trois empereurs chrétiens, ce qui té-
moigne assez que le sentiment qui persistait de la sorte
était le même qui avait inspiré les précédentes prohi-
bitions 9.
Les origines de cette angoisse chez les anciens, tou-
chant le changement de vie, dont la mort était le signal,
nous conduisent à l'époque la plus lointaine que les
documents profanes nous permettent d'entrevoir. L'an-
tiquité n'exemptait de cette anxiété que de rares privilé-
giés pour lesquels s'ouvrait le séjour du ciel; les autres,
réduits à vivre près des hommes et sous la terre, gar-
daient leurs besoins et le tombeau où on les entérinait
était véritablement un lieu de séjour, marqué — par
une pratique qui a duré jusqu'à nos jours — au nom de
celui qui l'habitait. Celui qui n'avait pas reçu la sépul-
ture était un éternel vagabond dont la condition parais-
sait le plus effroyable des tourments 10. Elphénor ", P.i-
trocle12, Palinure l3, Crassus1*, Architas13 erraient sans
repos. Suétone raconte que jusqu'au jour où les derniers
devoirs furent rendus à Caligula des bruits inconnus
terrifièrent ceux qui se trouvaient dans la maison où
il avait péri 16. Plante n, Pline '8 et l'incrédule Lucien l9
parlent de fantômes en quête de tombeaux. Sur ce
point, la Grèce et Rome avaient les mêmes croyances.
On ne pardonna pas, à Atbènes, aux généraux vain-
queurs du combat des Arginuses de n'avoir pas donné
la sépulture aux morts -°, et on excusa Chabrias d'avoir
négligé de tirer avantage d'un succès militaire, à cause
du motif de piété funèbre qui l'avait guidé21. Les Juils
avaient éprouvé une égale horreur pour une condition
si triste. Joachim22 et Jézabel23, dévorés par les bêtes,
avaient reçu le plus effroyable châtiment; saint Etienne
n'avait dû sa sépulture qu'au courage de quelques fui
sepelierunt Stephanum viri timorati -'*.
La manducation par les bêtes paraissait la plus irré-
médiable destinée; ceci donnait aux voyages en mer.
les moyens de transport rendaient longs et périlleux,
quelque chose de particulièrement inquiétant. Etre la
pâture îles poissons paraissait à tous une chose hor-
rible. Ovide s'écrie pendant une tempête : « Je ne crains
pas de périr; mais je crains la lin terrible qui nie
nace. Que j'échappe au naufrage et je saluerai la mort
comme un bienfait. On se console du inoins, en expirant,
d'abandonner son corps à la terre, de laisser ses n
à qui vous aime, d'espérer un sépulcre et de ne pas èti e
ieté en pâture aux monstres de la mer23. » En pareil].'
circonstance, l'équipage devenait féroce, ainsi qu'on le
voit dans le livre des Actes des Apôtres26. Le naufrage
de Satyrus, Irère de saint Ambroise, eut pour résultat
de hâter le moment de son baptême. Synésius ra.
que, pendant un moment où le navire sur lequel il
monté menaçait de s'enfoncer, « quelqu'un s'écrie qu il
faut se mettre au cou le peu d'or que l'on peut avoii
I. III, tit. xi.iv, 1. 12. — « Cod. Theod., I. IX. tit. xvn, 6,
éd. Ritter, t. m, p. 159. — 9 E. Le Blant. Inscriptions chré-
tiennes de la Gaule antérieures au vin' siècle, in-4*, Paris,
1856-1865. — <* Virgile, A£neid., VI, 315-383. Cf. Tertullien, De
anima, c. lvi, P. L., t. Il, col. 745. — " Oi/t/ss.. xi, 73. —
'- lliad.. xxin, 71. — "Virgile, op. cit.. VI, 337. — '» Lucain.
Pharsal.. i, 11 ; vm, 392, 393. — l5 Horace, Od., i. 28. — "> Sué-
tone, Calig., i îx. — •'Plaute, Mostelt., Il, n, 'i97. — ««Pline,
Epist., vu, 7. — ,9Lucien, Philopseud., xxxi. - J0 Xénophon,
HeUen., 1. vu. — «' Diodore, XV, xxxv. CL Ê. Kgger, Observa-
tions sur un fragment oratoire en langue grecque, dans la
Itev. archéol., 1862. — " Jérémic, xxu, 18; xxxii, 30. — '■ I\ H
ix, 10. — "Act., vin, 2; Epist. S. Luciani\le révélation» cot -
poris Stephani martyris primi. 3. Ci. S. Augu-lin, Opéra.
t. vu, appendix, P. L., t. SOI, col. 807 sq. — " Ovide, Trist., I,
II, 51-56. — *»Act., XXVII, 15 sq.
4SI
AD SANCÏOS
£S2
obéit, chacun s'attache l'or ou les objets de prix : les
temmes se préparent et distribuent des cordonnets à qui
en manque. C'est un usage qui a sa raison d'être. Le
cadavre du naulragé doit porter avec lui le prix de sa
sépulture. Celui qui rencontre le corps sur le rivage et
profite de cette trouvaille redoutera la colère céleste s'il
ne rend à qui l'a enrichi une faible part de ce qu'il en a
reçu1. » Alciphron représente des gens qui ont aperçu
les signes d'une tempête : « Attendons, dit l'un d'eux,
que la tempête se calme et que le ciel redevienne serein;
nous irons visiter la grève, et, si les vagues y ont jeté le
corps de quelque naulragé, nous l'ensevelirons suivant
les rites. Immédiate ou non la récompense d'un tel
acte de piété est certaine; sans parler des objets de va-
leur qu'on espère rencontrer et recueillir, le sentiment
du devoir accompli satisfait et relève les cœurs 2. » Cette
lin des noyés était pour tous un objet d'horreur; quel-
ques-uns pensaient que leur âme devait périr avec eux,
d'autres préféraient s'enlever la vie avec leur épée, afin
que leur Ame n'allât pas captive au fond de la mer3, où,
d'ailleurs, étant de feu, elle devait bientôt s'éteindre
misérablement *. C'étaient là les terreurs qui faisaient
frissonner encore les âmes au \'e siècle de notre ère,
elles étaient si réelles que le droit romain se laissa par-
lois attendrir sur le sort des criminels et des traîtres
dont le corps aurait dû être privé du repos de la
tombe 5.
II. La sépulture et le dogme de la résurrection.
— Les fidèles partageaient sur trop de poinls les idées
«le leurs contemporains pour se défaire, en devenant
chrétiens, de toutes les habitudes de leur esprit. C'était
le privilège de quelques âmes très fortes et très éclai-
rées de se mettre au-dessus des préoccupations de leur
sépulture. Saint Augustin proposait les martyrs de Lyon
en exemple 6, mais on pouvait en citer quelques autres :
saint Ignace souhaitait que les bêtes ne laissassent rien
subsister de son corps 7, saint Pione d'Antioche se ré-
jouissait de mourir afin que, par son exemple, le peu-
ple crût à la résurrection des corps 8. Car c'était ce
dogme qui se trouvait mis en question par les résistan-
ces des chrétiens et les objections des gentils. Ceux-ci,
sachant la faiblesse d'un certain nombre de fidèles,
multipliaient les rigueurs après la mort des martyrs :
leurs corps étaient abandonnés aux chiens et aux bêtes
dé proie, ou bien engloutis dans les rivières et dans la
rner, ou encore brûlés et le? cendres jetées au vent 9.
* Synesius, Epist., iv, Fratri Evoptio, P. G., t. lxvi, col. 1333.
— ! Alciphron, Epist., x, éd. Bergler, in-8', Leipzig, 1715-1718,
t. I, p. 55-56. — 3 Synesius, loc. cit., P. G., t. lxvi, col. 1333. —
* Servius, In JEneid., I, 98. Cf. Properce, Elegiœ, 1. III, VI, 9 ;
Amhologiagrxca, Sepulchralia, n. 265 sq. — s Digeste, XL VIII,
xxiv, De cadaveribus punitorum ; Paul, Sentent., I, xxi, 16
— ° De cura pro mortuis, 10. — ''Epist. ad Romanos, dans
Funk, Opéra Patrum apostolicorum, in-8°, Tubingœ, 1887,
t. I, p. 60 sq. — %Passio S. Pionii., 21, Ruinait, Acta sine, 1689,
p. 137. — 9Tertullien,. 4 polog., xxxvn.P. L.,t. i, col. 461 ; Eusèbe,
Hist. eccl., V, i, P. G., t. xx, col. 408 sq. ; Prudence, Periste-
phan. hymn. vr, S. Fructuosi, v. 136; S. Augustin, De cura
pro mortuis, 8, 10; Surius, Vitx sanctorum ab Aloysio Li-
pomanno olim conscriptx, in-fol., Colonise Agrippinae, 1570;
in-lol., ibid., 1618, 7 janv., S. Lucianus; 20 janv., S. Sebas-
tianus; 9 mars, xl martyres; 7 mai, SS. Alexander et Anto-
nina;8sept., S. Hadrianus; Ruinait, Acta jirimoruin marty-
rum sincera et selecta; pour les différentes éditions, voyez la
bibliographie de la dissertation Actksdes martyrs, col. 445; Pas-
sio S. Satwnini, 5; S. Claudii et soc, 5; S. Pionii, 21. — ,0Rui-
nart, Epistola ecclesiurum Viennens. et Lugdunens., n. xvi. Cf.
Passio Saturnini, 16. — "Acta S. Torpetis, dans (Acta sanct.,
maiit. iv, p. 9; Surius, Acta S. Eustraiii, 3 dteemb. ; Acta S. Men-
nse, 11 novemb. ; Acta S. Sabini, 13 mars. — '- Acta S. Fortu-
natx ; dans Acta sanct., t. VI, p. 455; Surius, Acta SS. Victoris
et Corunx, 14 mai. — 1S S. Augustin, De cura pro mortuis, 12.
— "Epist., il. P. L., t. iv, col. 233. a. Boldetti, Osservazioni
sopra i cimiterj de' santi martin ... di Roma, in-fol., Roma,
1720, p. 233. C'est une des premières fonctions établies dans
l'Église. Voy. Act., v, 6, 10. — "Eusèbe, Hist. eccl., V, i, P G.,
dict. d'arch. chrét.
A Lyon, le but avoué des païens était d'empêcher le
culte des reliques par les survivants et la résurrection
des martyrs ,0. Les actes des martyrs montrent assez
exactement l'état d'esprit des fidèles dans cette question.
Un grand nombre s'alarment au sujet du sort qui attend
les cadavres. Les uns chargent leurs amis ou les assis-
tants d'ensevelir leur corps ", d'autres prennent ce soin
en payant d'avance le bourreau 12, ou bien ils apparais-
sent après leur mort pour réclamer ce service des fidè-
les13. C'était un devoir strict pour certains membres de
la hiérarchie de veiller à ce que les frères reçussent
la sépulture, nous apprend saint Cyprien '*. La lettre
des églises de Vienne et de Lyon et le récit du mar-
tyre de saint Polycarpe nous font entendre les regrets
des fidèles frustrés, par l'acharnement des païens,
de la consolation de recueillir les corps des" saints15;
on pourrait en recueillir beaucoup d'autres exemples 16.
Cet état d'esprit se trouve dans une classe de monu-
ments trop longtemps négligée par les historiens et
qui traduit plus fidèlement que toute autre la psycholo-
gie et l'état des consciences sur les questions qui
préoccupèrent ces générations disparues. Une inscrip-
tion du musée Giovio, à Côme, est fort importante à ce
point de vue; elle date de la fin du vie siècle :
ADIVRO VVS OMNES XPÏANI ET TE
CVSTVDE BEATI IVLIANI P DO ET P TRE
MENDA DIE IVDICII VT HVNC SEPVLCRVM
15 NVNQ VAM VLLO TEMPORE VIOLETVR
SED COSERVE'I VSQVE AD FINEM MVND1
VT POSIM SINE IMPED1MENTO IN Vil A
REDIRE CVM VENERIT QVI IVD1CATVRVS
EST VI VOS ET MORTVOS
Les plus anciens écrits de la littérature chrétienne 18
montrent d'ailleurs que la doctrine de la résurrection
des corps a été l'occasion de difficultés toujours renou-
velées 19.
Le nombre des traités que les Pères durent consacrer
à sa défense prouve l'ardeur de la controverse de part
et d'autre20. Sans doute les vieilles tables perdaient cha-
que jour du terrain, mais les objections seiaisaient
scientifiques. « Un homme pressé par la faim a mangé
la chair d'un de ses semblables; cette chair qu'il s'est
assimilée, à qui reviendra-t-elle, à lui, ou bien au mort
t. xx, col. 408 sq.; Marlyrium Polycarpi, n. XVII, éd. Funli,
in-8*, Tubingae, 1887, p. 300 sq. — <"S. Augustin, De cura, 10. Cf.
P. Aringhi, Roma subterranea novissima, in qua post Ant. Ro-
sium, Joa. Severanum et célèbres alios scriptores, antiqua
christianorum et prœcrpue marlyrum ccemeteria, tituli, moni-
menta, epitaphia, inscriptïones ac nobiliorum sanctorum se-
pa'.chra VI libris illuslrantur, in-lol., Romoe, 1651; in-fol.,
1. 1, c. XI sq., Paris, 1659, t. i, p. 36 sq. ; Acta sanct., maii
t. vi, p. 13; octob. t. xti, p. 469. — ,7 Corpus inscriptionum
lut inarum, t. v, n. 5415. Les lignes en caractères ordinaires ne
se trouvent que dans la copie de Borsieri, Cod. Paris., 8957,
fol. 16 « ex Fulvio Peregrino ». La copie de Peiresc, qui vit
l'inscription entière, diffère un peu de celle donnée ici. Cf. E. Le
Blant, Les martyrs chrétiens et les supplices destructeurs
du corps, dans la Rev. archèol., 1874, t xxviu, 178-193, et
dans Les persécuteurs et les martyrs, in-8", Paris, 1893; Cf.
aussi la Rev. de l'art chrétien, \&J2, p. 125. — 18Act., xvu, 32;
xxvi, 24; I Cor., xv, 12-21; II ïim., ni, 18. — ,9S. Cyrille Hie-
rosol., Catecli., xvm, 1, P, G., t. xxxm, col. 1017; E. Le Blant,
D'un argument des premiers siècles contre te dogme de la
résurrection, dans la Revue de l'art chrétien, 1862. Voy. Achaïe,
col. 338 sq. — «Tatien, 6, P. G-, t. VI, col. 818; Athénagore, De
resurrect., IV, P. G., t. vi, col. 981 ; S. Irénée, Adv. hier., v, 3,
P. G., t. vu, col. 1128 sq. ; Tertullien, De came Christi, xv,
P. L., t. H, col. 779: S. Paulin de Noie, Poem. xxxv, vs. 270 sq.,
P. L., t. lxi, col. 682; Grégoire de Tours. Ilistoria Franc, x,
13, dans les Monumenta Germanise : B. Krusch, Scriptores
rerum merovingicarum, in-4°, IIannovera3, 1885, t. i, p. 419:
De gloria martyrum, i, 95 dans B. Krusch, loc cit., t. I,
p. 952, etc.
L - dG
4S3
AD SANCTOS
484
dont elle formait d'abord la substance? » Et saint Augus-
tin, voyantquecesobjeclions troublaient plusieurs fidèles,
se plaignait avec amertume que leur foi fût infirme ', il
eût voulu que tous répondissent, avec leurs docteurs, qu'il
n'y a pas de merveille plus grande à reconstruire qu'à
créer 2. C'était aussi l'enseignement de la liturgie3.
Toute l'objection se résumait ainsi. Le corps et l'âme
du chrétien sont l'objet d'une sentence dont ils doivent
('•prouver les effets sans être jamais séparés, mais, si le
corps ne peut se réunir à l'âme parce qu'il a été détruit.
celle-ci sera donc exclue à jamais de la béatitude céleste 4.
L'objection était d'une gravité dont nous ne pouvons
nous rendre compte ; un texte de Lactance, mis en lu-
mière par Edm. Le Blant, nous aide à la mieux enten-
dre : « Si le Seigneur a accepté, dit-il, le supplice de la
mise en croix, c'est que son corps devait rester entier
et que la mort, sous celle forme, ne mettait pas obsta-
cle à sa résurrection '■> ; » ut integrum corpus ejus
conservarelur, quum die tertio resurgere ab inferis
oporlebat. On voit combien était juste la remarque
d'Origène, d'après qui l'intelligence du mystère de la ré-
surrection des corps exige une culture de l'esprit qui
n'appartient qu'au petit nombre 6. La difficulté aboutis-
sait à des objections d'une simplicité enfantine et bien
«•lignes des rustiques campagnards du temps de la déca-
dence romaine. « Les enfants non venus à terme renaî-
tront-Us comme les autres? Sera-t-on tous de même
taille, tous également maigres ou corpulents? Revien-
dra-t-on pour la vie éternelle avec ses imperfections
pbysiques, ses cicatrices, comme le Cbrist sorti du tom-
beau avec les marques de ses plaies? Retrouverons-nous
nos cheveux, en accomplissement de cette parole : Ca-
pillus capitis vestri non peribit "? » Les hérétiques
venaient brouiller un peu plus des notions déjà diffici-
les à faire bien entendre. Théodore, évéque d'Égine, et
Eutychès contribuèrent pour une large part à obscurcir
les subtilités où les chrétiens orientaux s'enfonçaient
de plus en plus 8. Ces objections faites au dogme de la
résurrection étaient si spécieuses que Tertullien9 et
saint Grégoire le Grand 10 avouent en avoir été touchés.
Partout on retrouve la dispute préoccupant les évéques,
saint Jean Chrysostome ", Grégoire de Tours 12, et, bien
plus tard, au xie siècle, Jonas d'Orléans 13. La principale
objection était toujours tirée de la difficulté de recon-
stituer les éléments d'un corps anéanti '*. Grégoire de
Tours a laissé le très curieux récit d'une controverse
qu'il engagea contre un prêtre gaulois infecté, dit-il. de
l'hérésie sadducéenne.
c Des os réduits en poudre peuvent-ils donc recevoir
de nouveau l'existence et former un homme vivant?
disait le prêtre.
u — Certes, répondit Grégoire, nous croyons que Dieu
ressuscitera sans peine le cadavre tombé en poudre et
divisé par le vent sur la terre et les eaux.
« — Vous vous trompez, reprend L'incrédule, et vous sou-
1 De civ. Dei. t, 35, P. L., I. xi.i. col. 40; A. Beugnot, Histoire
de la destruction du paganisme en Occident, in-8", Paris, 1835,
t. u, p. 105-106. — * Athénagore, De resurrect., m, P. G., t. vi,
col. 981; Grégoire de Tours, toc. cit. — 3 Muratori, Liturgia ro-
rnana vetus tria Sacramrntaria complectens, in-lol.. Ycnctiis,
1748, t. u, p. 356. — * Tertullien, Apolog.. xi.vui. P. L.. t. i.
col. 591; S. Jean Chrysostome, Hotnil., xxxix, In epist. I ad
Cor., 3, P. G., t. lxi, col. 336.— 5 Lactance. Inatit. divin.,
TV. xxvi, P. t., t. VI, col. 529. — « Contr. Ùels., 1- V, 56, P. G.,
t. XI, col. 1269. — 'S. Augustin, De civ. Dei, xxu, 12, P. / ... t. xi.i,
col. 775. Cl. Liber de promissionibus et prxdiçtionibua Dei,
para IV, c. xvm (dans l'appendice des çtuvrea de s. Pi
d'Aquitaine), P. /... t. i.i, col. 830. » Grégoire de Tours, De
glor. mort., i, 95, dans B. Krusch, toc. cit., t. i, p. 552; Bulteau,
Dialogues de saint Grégoire /<■ Grand, in-12, Paris. 1689, préf.,
p. i.xxvu, etc. Cf. Procopc, Bell, persic in-tol., Paris, 1661-
1663, L I, c. xu. — ■Tertullien, Apolog., xvm, P. /... t, I, col
— ««S. Grégoire le Grand, llotnil. in evang., II, XXVI, \1. P. L..
i.xxvi, col. 1203. — « S. Jean Chrysostome, Itom., iv, In c)i. I
tenez une grande erreur avec de séduisantes paroles,
lorsque vous dites que l'homme dévoré par les bêtes,
englouti dans les flots, mangé par les poissons, dispersé
par le courant des eaux, détruit parla putrélaction dans
le sein de la terre, sera ressuscité un jour13. »
C'est le caractère commun à plusieurs objections fai-
tes à la religion chrétienne que, toujours réfutées, on
les reproduit sans cesse presque sans aucun change-
ment. On s'imagine parfois que, longtemps assoupies, ces
thèses ne sont reprises qu'à de longs siècles d'inter-
valle; ceci n'est pas exact, ces objections subsistent, mais
dans des documents où on ne les cherche pas avec assez
d'insistance et assez d'habileté.
Chez certains chrétiens le manque de sépulture
avait inspiré des craintes différentes et plus graves en-
core, car on avait adapté l'erreur païenne à une part
de vérité incontestable, la rémunération des âmes dans
le sein de Dieu. Il ne manquait pas de fidèles pour
croire que La récompense promise était différée (voir
Liturgies iinkr aires) jusqu'à la consommation des
siècles. C'est du moins ce qu'on peut conclure de textes
comme celui-ci ;
HIC DALMATA CR
ISTI MORTE REDEM
TVS QVIISCET IN PA
CE ET DIEM FVTVRI
5 IVDICII INTERCEDE
NTEBVS SANCTIS L
AETVS SPECTIT.
« Confiant dans l'intercession des saints, Dalmate 16,
joyeux, attend le jugement futur. » Et l'on ne pouvait
s'empêcher de songer que ce bonheur attendu était à la
merci de la violation d'un tombeau.
Cette sorte de compénétration du sens chrétien et de
données païennes dans un point particulier n'a rien qui
puisse nous surprendre. S'il y eut alors une i question
des classiques », elle était résolue dans l'esprit des con-
temporains avant d'avoir été posée. Les hommes de ce
temps, nous parlons des fidèles, dont l'esprit avait été
cultivé, étaient remplis de la culture profane et ne par-
venaient qu'à grand'peine à s'en défaire. Certains n'y
visaient pas <", d'autres combattaient bruyamment ces ré-
miniscences IS, dans l'ensemble on s'en accommodait1*.
Ce qui est beaucoup plus rare que ces récriminations,
c'est La demande de ces pénitents d'Egypte qui souhaitent
que leur corps soit sans sépulture, jeté dans les fleuves
ou livré à la voracité des chiens et des loups '-u. C'était
là un sort réservé aux derniers des hommes et dont
nous trouvons la mention dans les inscriptions, mais
toujours avec la l'orme de malédiction attachée à la non-
sépulture :
INSEPVL
TVS IACEAT NON RE
SVRGATiŒW^*'
ad Cor., 6, P. G., t. LXI, col. 38. — <« Grégoire do Tours. Hist.
Fru)>c. x. 18, dans 1>. Krusch, loc. cit., t. i, p. 419. — "I nas An-
rolianensis, Ur ntst. I,ii,\. 1. III, c. XVI, P. L., t. CVI, col. 265. CI.
Samso. Apotogeticus. 1. II. praef., 4, dans Florez, La EspaHa
sagrada o Ihcatro geographico-liistorico de lu Iglesia de Espa-
M-'r. Madrid, 1747-1836, t. xi, p. 879. — '» Talion. Adv.
Grœcu.<. 6, P. G., ' vi, col. sis - ■"Grégoire do Tours, Hist.
Franc, x, 13, dans B. Krusch, toc. cit., t. i. p. 419. — '« Le
Blant, Inscriptions chrétiennes de la Gaule, in-'»", Paris. 1856-
1865,ii 178. Cf. n. 162, 167, 168, 170 b "Grégoire de Tours,
Hist. Francorutn, pra-i., dans B. Krusch, loc. rit., t. i, p. 31.
— "Jérôme, Ei>i.-<i., xxu. Ad Eustochium, 30, P. L., t. xxu,
col 410: Cassien, Collalio, XIV, c. xu, /'. /... t. xi.ix. col. 974.
— '"G. Boissier, La fin du paganisme, in-8, Paris, 1891, passiro:
E. Le Blant, Manuel d'épigraphie chrétienne d'après les marbres
de Ui Gaule, in-8*, Paris. 1s,;u. p. IT'i sq. — "S. Jean l'.limaque,
Seal, grad., v, 'J-J el 28, P. G., t. lxxxv m, col. 7t>4 sq. — «' Busio,
r sôtterranea, opéra post. compila e disposita da Giov.
Severani da S.Scverino, in-tol., Roma, 1632, p 136.
485
AD SANCTOS
4SG
Ici. on le voit, il ne s'agit plus de l'impossibilité de
reconstituer le corps dont les éléments ont été disper-
sés, mais seulement du détriment qui résulte pour
l'homme par le fait du défaut de sépulture. On pourrait
former un recueil d'une certaine étendue avec les seules
inscriptions de cette classe. Rien n'était plus ordinaire
dans l'antiquité que l'inhumation du défunt avec des
armes, des bijoux, un mobilier funéraire destiné à four-
nir aux exigences de sa vie d'outre-tombe. Il en résulta
une véritable corporation de « violateurs de tombeaux » *,
à l'adresse desquels on multiplia les menaces, voir Aber-
cius, col. 81, et les analhèmes. Voir Anathème. Ces
textes sont très connus, mais nous ne pouvons nous dis-
penser d'en citer quelques-uns; ils semblent menacer le
criminel de la peine du talion :
SI QVIS HVNC SEPVLCHRVM VIOLAVE
• RIT PARTEM HABEAT CVM IVDA TRADITOREM
ET IN DIE IVDICII NON RESVRGAT 2
Cet emploi des exécrations dans le cas particulier de
la violation des tombeaux est tellement général et telle-
ment invétéré qu'il s'en présente des exemples sur toute
l'étendue du monde romain depuis le ve siècle jusqu'au
delà de la limite chronologique de cette dissertation.
Les lois civiles et les lois ecclésiastiques ne purent rien
contre ce débordement de colère 3. Ces formules mena-
r.mtis étaient un emprunt à l'antiquité profane. Citons
quelques exemples :
AD IFEROS NON RECIPIATVR »
ILLI-DEOS-IRATOS-QVOS-OMNIS'COLVNT-
QVI VIOLAVERIT SIVE IMMVTAVERIT DEOS SEN-
TIAT IRATOS 6
QVISQVIS El LAESIT AVT NOCVIT SEVERAE INME-
RENTI DOMINE SOL TIBI COMMENDO TV IN-
DICES EIVS MORTEM"
Cette formule prend un singulier développement chez
les chrétiens (à cause, sans doute, de la croyance à la
vie future dont le monde païen se lormail une concep-
tion très différente).
si guis hune sepulchram violaveril] HABEAT PARTEM
CVM GEZI8
HABEANT PARTE CVM IVDA »
CVM IVDA GEMITVS EXPERIETVR INOPS «
ABEAT INQVISITIONEM ANTE TRIBVNAL DEI"
ANTE TRIBVNAL DÏÏTnrT'2
ANTE TRIBVNAL AETERNI IVDICIS^
SET Eli NATEMA"
• S. Grégoire de Nazianze, P. G., t. xxxvui, col. 99-130. —
* A. Gori, lnscriptiones anliqux grxcx et romarue, qu.se exstant
>» Etru-rix urhibus, 3 vol. in-4", Florentiaj, 1727, 1734, 1743, t. m,
p. 100. — 3 A. Lupi, Dissertatio et animadversiones ad nuper
invent ut» Severx martyr is epitaphium, in-fol., Panormi, 1734,
p. 34. — * J. Spon, Miscellatiea cruditx antiquitutis, in-lol., Lug-
duni, 1685, p. 23. — 5 .1. Gruter, Corpus inscriplionuni ex re-
censions et cum annotationibus Grxvii, in-fol., Amstelodami,
1707, p. dcccxxvi, n. 7. — 6 O. Jalm, Spécimen epigraphicum
m memoriam Kcllermanni, in-8", Leipzig, 1842, p. 28, 68. —
1 F. de' Ficoroni, La bolla d'oro, de' fanciulli nobiti romani, e
i/uflta de' libertini ed altre singularita spettanti a' mausolei
nuovamcnte scoperti, spiegate e divise in due parti, in-4",
Rome, 1732, p. 38. — 8 Muratori, Novus thésaurus veterum in-
scriptionam in prsecipuis enrinndem cotlectionibus hactenus
prxtermissarum, in-lol., Mediulani, 1739-1742, p. mdcccxcix,
11. 7. — «Doni, lnscriptiones antiqux cum notis, edMit Go-
nus, in-fol., Florentiee, 1731, class. XX, n. 27. — " Doni, loc. cit.,
I lass. xx, n. 55. — " J. Gruter, Corp. inscript., p. mlxii, n. 1.
— ''Muratori, Thés, veter. inscr., p. mdcccclxviii, n. 4. —
II Id., ibid., p. ccccxxix, n. 2. — MGazzera, Délie isaizioni
cristiane antiche del l'iemonte discorso, in-4", Torino, 1849,
p. 55. — 15 Gazzera, loc. cit., p. 47. — ,0 Muratori, Thés, veter.
IRAM Dl INCVR-ET ANATHEMAT SE»5
HABEAT ANATHEMA AD CCCXVIII PAT i«
CD ABEAT ANATEMA A IVDA SI QVIS ALTERVM
OMINE SVPER ME POSVERI ANATHCMA ABCAS
DA TRICENTI DECE[m et o]CTO PATRIARCHE
QVI CHANONCS CSPOSVERVN CT DA "SCÂ~XPI
QVATVOR CVGVAN[9]EIIA'"
ANATHEMA SIT ADCCCLXXI »«
SITES INCVRRAT IN TIPO SAFFIRE ET [anani-]
AE QVI EVM LOCVM SINE PARENTIS APERVE-
RIT !»
QVI A HOC HOSSA REMOVIT ANATLMA SIT 20
AN AE 0CAHCHC cpOGùC MOI AIZE COI TO $0)C
O OE xOAION ACOCH21
Nous rapprocherons du témoignage de Jonas d'Or-
léans, cité plus haut, un dernier texte ' épigraphique,
appartenant au Xe siècle :
+PETRVS INDIGNV
S PRESBITER TT PA
MATHII JOÏiïS ET PA
VLI DEPCHOR OMS V
5 T NVLLVS VIOLET
HVC SEPVLCRVM
ET QVI PRESVMSERI
T IN DIEM IVDICII
NON RESVRGAT 22
Il est vrai, comme on en a fait la remarque2', que ce
texte peut se rapporter au Psaume 1, 5 : Jilco non résur-
gent impii in /udicio, que les Pères expliquent d'une
manière conforme au dogme de la résurrection; en
tous cas le texte de Lactance et celui du prêtre dont
parle Grégoire de Tours ne peuvent supporter une autre
explication que celle qui en a été donnée.
Un mot des plus fréquents de l'épigraphie chrétienne
est celui de DOMVS AETERNA que les gentils inscri-
vaient sur les tombeaux. C'est un nouveau témoignage
de la lutte doctrinale livrée entre les deux cultes sur
cette question de la résurrection des corps. Nous trou-
vons deux textes, l'un païen, l'autre chrétien, qui com-
mentent fort bien les formules susdites. Le titulus païen
se termine par ces mots : DOMVS -AETERNA • EST.
HIC-SVMSITVS-HIC-EROSEMPER24, tandis que
le titulus chrétien a remplacé le mot depositio par ceux-
ci : TEMPORALIS TIBI DATA REQVETIO «. Nos
pères s'y prirent d'une autre manière encore pour obte-
nir le respect de leur sépulture. Par une fiction légale
assez singulière, ils réglaient d'avance la solution d'un
inscr., p. mdcccclv, n. 1. — n Jacuzio, De epigrammate SS.
Bonusx et Mennx, in-4*, Romae, 1758, p. 53 sq. — 18S. Maffei,
Muséum Veronense, in-fol., Veronae, 1749, p. 359. — A1 A. Lupi,
loc. cit., p. 24. — so E. Le Blant. Inscr. chrét. de la Gaule,
n. 13. — *' Raoul Rochette, Deuxième mémoire sur les antiquités
chrétiennes des catacombes. Pierres sépulcrales envisagées
sous le double rapport des formules et des symboles funérai-
res, dans les Mémoires de l'Académie des inscriptions, 1838,
t. xiu, p. 228. Voy. encore Oderici, Sylloge veterum inscriptio-
num, in-4», Romae, 1705, p. 256; De Rossi, lnscriptiones chri-
stianx urbis Romœ septimo sxculo antiquiores, in-iol., Romie,
1857-1861, t. 1, p. 515, 568; E. Hûbner, lnscriptiones Hispanix
christianx, gr. in-4", Berolini, 1871, n. 29; Mai, Scriptorum
veterum nova collectio. in-4\ Romce, 1831, t. v, lnscriptiones
christianx, p. 411, n. 8. — " Oderici, Sylloge veterum inscriptio-
num, p. 352. — î3E. Le Blant, D'un argument des premiers
siècles de notre ère contre le dogme de la résurrection, dans la
Revue de l'art chrétien, 1862, p. 124, note. — '-* Olivieri, Mar-
mora pisaurensia notis illustrata, in-fol-, Pisauri, 17;i8, p. 33. Gt.
A. Audullent, Sur un groupe d'inscr. de Pcmiaria (Tlemcen), dans
les Met. d'arcti. etd'hist., t. xn, suppl., 1892, p. 127-135; Sauvage,
dans le Bull, de la soc. des antiq. de France, 1879, p. 120-123. —
25 Marini, Alti e mon. de' fr. Arvali, in-4", Roma, 1795, p. 266.
4S7
AD SANCTOS
488
cas hypothétique et leur décision était valable, nous par-
lons de la lixalion d'amendes imposées à ceux qui détrui-
raient la tombe. Il y a dans cet usage l'indice de la per-
sistance des idées antiques sur le sort des ombres misé-
rables qui errent sur les bords du Styx ' ; et comme
tous les usages antiques qui ne sont pas manilestement
contraires à la foi ou à la morale, nous les voyons sub-
sister pendant un temps plus ou moins long dans le
christianisme. Un pays nous fournit ce que Rome même
ne peut nous ollrir, une série de tombeaux chrétiens,
antérieurs à Dioclétien, élevés à ciel ouvert. La Phry-
gie présente donc les exemples suivants :
'Pcou.a:a>v ttXfUt'cp Or,<T£i 6i?y0.'.a "/p'JTÎ. K.T.X. 2, Iliéro-
polis, fin du 11e siècle;
oôxre: elç TbTa;j.Eîov... 3. ApaméeCibotos, en l'année C5G;
ô^cei tg> ieptoràTw Ttxu.S!u)... A, Apamée Cibotos;
Sôxtei et; tôv çp;rr*ov... 5. Apamée Cibotos, en l'année
347;
e'kjosoei Esc xr,v IvJaEvfiov fScrj}.-/]-/ zpocTi[Aou '/.âpiv [8ï)-
veJpta....] 6, Euménie;
8r,<T£t etç t'o tëpwraTov Taasïov ', Apamée Cibotos:
8^(7Ei îç t'o TaaEÏov Tcpoare:u.o'j 8ï)vdcpia 9' 8, Euménie.
La muleta sepulcralis avait donc un effet juridique.
Le juge la prenait pour base d'évaluation au cas de la
violation de sépulture, car la loi prescrivait d'apprécier
la gravité de l'outrage, le dommage causé au sépulcre,
l'audace du profanateur, le profit qu'il a retiré de son
crime 9. Sanctionnée par l'autorité du préteur, la vo-
lonté du mort devenait donc ainsi loi pénale.
Trois fragments d'épitapbe trouvés à Platée (Béotie)
nous offrent une mention d'un état d'esprit analogue
qu'il importe de signaler à cause du tour général de la
composition. Cette petite pièce, dont la langue et la
métrique sont d'ailleurs déplorables, offre d'incontes-
tables réminiscences homériques qui s'expliquent aisé-
ment par des emprunts à un formulaire de lapicide,
mais qui ne laissent pas de montrer à quelle source on
a pu prendre les expressions ri; ffûXvjo'ev, «ç uT/.ectsv qui
rappellent la forme môme des imprécations païennes
contre les violateurs de sépultures :
a) Tîjafie izi.-çi\ç tocço; o<tûe çiXoÇevov svtoç Èipy(s),
-/puiTï)v ^xEîmavrçv, xp(s);TO-ova 'AXxivôVj*
(jer) Xâ6/-,ç [xoyÉwv, EÎ7usp ov[o?]ij[ai] xp(e)'a xaTE7r(£)iye[,
àXX' evtxpo[t6]sv avfotjîov, oOsv 6Jpa armait tgjôe.
1i) [Eï ■:]>.; poJ>ETat àv[oi]:[ae], p^fti]; È7râvti>Gïv à[vo(Çr,,]
<rr][jLa yàp oOrw TEruxT[ai], 7ipôaOEv àv[oi]yô'u.E[vov].
c) Tcç ID.aTatav G'ïkrj<te(v) ; -ri; (o'Xectev ôpu.ov à [71] i vrai [v]
i2xE7iTiavr,v 7t) [ov<ri]a[v], sjtXôUivov xai çi/ô/pit:g[v],
O'jvexev ev itapaS(E)i«Tu) <tjv àOavât'Hj Xâys xXrjpo[v]
a-Jx») xa't ■n6[nn, 0; t]o[vS]e u-u xâçov
êff[X]b; [ Tk'i) Jôjiopoç, <j?tX6[7TT]oXe; 10.
« ...Si l'on ravage, si l'on détruit Platée (que l'on
respecte le tombeau de?) la riche Sceptiané, la femme
• F. Cumont, Les inscript, chrét. de l'Asie Mineure, dans les
Mélanges de l'École française de Home, 1895, p. 207. 26s. Cf.
E. Le Blant, L'épigraphie chrétienne en Gaule et dans l'Afrique
romaine, in-8°, Paris. 1890, p. 52; C. Bayct, De titulis Atticst
christianis antiquissimie, in-8*, Lutetiœ Parisiorum, 1878, p. 52;
Ottn Hlrschfeld, Zur Gesch. des Christenthums in Lugdunum
vvr Constantin, dans les Sitzungxberichte der kôniglich preus-
sisclten Akaitcmie der Wissenschaftetl :u Berlin, 1895, p. 20,
n. 2; G. Marin i, Iscrizioni antiche délie ville e de palazzi Albani,
in-'i°. Roma, 1785, p. 73-77; Cod. Theod., 1. IX, tit. xvn, 1 et 4,
S. Maffel, Muséum Veronense, p. 364, n. 1; J. Orclli, Fnscriplio-
num lalinarum selectarum umplissima eollectio, in-8*, Turlci,
1828-1856, n. 4393, 4432; R. Fahrelti, Inscriptionum antiquarum,
qun' in œdibus palcrnis asservantur -, explicatio, in-fol.. Il
1702,t. 1, p.309;t. n, p. 175,190, 253, etc. Voir ABERCII IS
* L. Dnchesne, dans les Mélanges de l'Ecole française de Rome,
in-8«, Rome, 1895. p. 157, 168. — 3 Bulletin de corresp. hellé-
nique, t. XVII, p. 24S. — * Revue des études grecques, t. 11, p, 36.
— " Ibid., t. 11, p. 35. — • Le Bas et Waddington, Voyage archéo-
hospitalière, aimée du Christ, qui a obtenu le paradis
avec les immortels... »
III. Les saints protecteurs. — Le souci de se donner
un protecteur pour l'éventualité toujours menaçante
d'être rejeté de son tombeau lut peut-être le mobile
principal qui contribua à l'expansion d'une coutume
dans laquelle il faut voir chez les uns un calcul pour se
procurer une sauvegarde, chez d'autres un acte de piété
fervente et désintéressée. On parlera ailleurs de ce qui a
trait aux cimetières (voir Cimetière), et des différents
modes d'inhumation pour les fidèles, il ne sera question
ici que de l'usage qu'eurent nos pères de faire placer
leur sépulture à proximité des corps saints et des mar-
tyrs. Deux documents nous apprennent le motil de cette
recherche, nous les rapprochons l'un de l'autre parce
qu'on ne peut douter que celui de Trêves ne soit inspiré
ad verbuin par celui de Turin.
Et in corpore nos vivantes custodiunt [martyres] et
de corpore recedentes excipiunt, hic ne peccatorum nos
labes adsumat, ibi ne inferni horror invadat. Nam
ideo hoc a majoribus provisum est ut sanclorum ossi-
bus noslra corpora sociemus, ut dum illos Tartarus me-
tuit, nos pœna non tangat, dum illis Chris tus illuminât,
nobis tenebrarum caligo diffitgiat11.
VRSINIANO SVBDIACONO SVB HOC TVMVLO
[OSSA
QVIESCVNT Ja QVI MERVIT SANCTORVM SO-
i[CIARI SEPVLCRI (s)
QVEM NEC TARTARUS FVRENS NEC PŒNA
[S/EVA NOCEBI [•)
HVNC TITVLVM POSVIT LVPVLA DVLCISSIMA
[CONIVX
5 RVKD- VIXIT ANNIS-XXXIII'S
Saint Ambroise exprime une semblable confiance :
Habeo plane pignus meum, quod nulla mihi }
grinatio possit avcllerc; habeo quas compleclar reh-
quias; habeo tumulum quem corpore tegam, liabeo
sepulcrum super qnod jaceam ; et commendabUioi
Deo futurum esse mè credani, quod supra sancti
poris ossa quiescam 13.
On trouve la preuve d'une préoccupation analogue
dans d'autres sépultures célèbres. Avitus fut enten
Brioude, aux pieds de saint Julien '», sainte Kustelle,
tout proche du tombeau de saint Eutrope 15.
La plus illustre des sépultures en ce genre fut celle
de sainte Paule appliquée à la crèche de Bethléhem " et
qui rappelle une épitaphe que nous crojons pouwn-
attribuer au in* siècle :
SOLVS DEVS ANIMAM TVAM
DEFENDAD ALEXANDRE»'
logique en Grèce et en Asie Mineure, gr. in-4', Paris, t. ni.
n. 740. — 'Corpi grascar., n. 3968. — 'Journal
<>1 hellenic sludits. t. IV, p. 400. — 'Cod. Theod., 1. IX, tit- xix,
De sepulchro violato, § 8. Ci. Daniel Lacombe, Le droit itiné-
raire à Home, in-8*, Paris, 1886, p. 190-210. — ">G. Dittei
ger, Inscript, grmete, dans Corp. inscr. grtec., Berolini, 1892,
t. 1, n. 1686-1688. CI. F. Decoarme, lnscript. ined. de H
dans les Archiv. des miss, scientif., 1' série, t. m, p. 507, n. 15. —
" Maxime de Turin, Homil.. i.xxxi, In tint. SS. Taurinorum
mem., P. L., t. lvii, col VJT, 128. — l!E. Le Blant, Inscr. chrét.
de la Gaule, n. 293. — ,s S. Ambra stu fratrie sut
Satyri, P. L., t. xvi. col. 1352. — " Grégoire de Tours, Hist.
Franc, n, 11, dans les Monum. Germanise, 1. 1, B. Krusch, Script,
rerum merovingicurum, in-'r, Hann, >vei:c. 1NN\ p. 79. — ,%Acta
sanct., april. t. lu, p. 735. — "S. Jérôme, Vtto Paulm, dans Acla
«met., jannar. t. m, Cel. 3:17. — "Perret, Les catacoml:
Home : architecture, peintures murales, inscriptions, figures
et symboles de pierres sépulcrales, etc., des cimetières des
premiers chrétiens, in-fol., Paris, 1853-1856, l. v, pL LXXV,
489
AD SANCÏOS
490
Une épitaphe de la Viennoise, de l'année 315, servira
à la lois de texte et de commentaire à la coutume que
nous étudions, tellement elle est catégorique :
PANTAGATVS FRAGILEM VITAE CVM LINQVERIT
[VSVM
MALLVIT HIC PROPRIAE CORPVS COMMITTERE
[TERRAE
QVAM PRECIBVS QVAESISSE SOLVM-SI MAGNA
[PATRONIS
MARTYRIBVS QVAERENDA QVIESSANCTISSIMVS
[ECCE
CVM SOCIIS PARIBVSQVE SVIS VINCENTIVS
[AMBIT
HOS ADITOS-SERVATQVE DOMVM DOMINVMQVE
[TVETVR
A TENEBRIS • LVMEN PRAEBENS DE LVMINE
[VERO a
« ...Panthagathus, en quittant cette fragile existence,
n'a pas voulu solliciter un lieu de sépulture; il a confié
son corps à cette terre qui lui appartient. C'est sous la
protection des martyrs qu'il faut chercher un repos
éternel; le très saint Vincent, les saints ses compagnons
et ses égaux, veillent sur cette enceinte; ils gardent
l'édifice et repoussent les ténèbres en répandant un
rayon de vraie lumière '. »
Dès le temps des persécutions, la pensée de l'enseve-
lissement auprès des saints commence à se faire jour.
En Afrique, une nécropole chrétienne se forma autour
de la tombe de saint Cyprien, au bord de la route de
Mappala 2. Saint Ambroise composa l'épi taphe qui de-
vait marquer la sépulture de son frère Satyre dans la
crypte et à gauche du martyr saint Nazaire :
VRANIO SATYRO SVPREMVM FRATER HONOREM
MARTYRIS AD LAEVAM DETVLIT AMBROSIVS
HAEC MERITI MERCES AT SACRI SANGVINIS
[HVMOR
FINITIMAS PENETRANS ABLVAT EXVVIAS^
Saint Paulin fit transporter le corps de son jeune fils,
Celsus, près des martyrsde Complule (Alcala, en Espagne).
Que m Complutensi mandavimus in urbe, propinquis
Conjunctum tumuli foncière martyribus,
Ut de vicino sanctorum sanguine ducat,
Qui nostras Mo purget sanguine animas *• !
« Nous l'avons envoyé dans la ville de Complute, pour
qu'il y soit associé aux martyrs par l'alliance du tom-
beau, afin que dans le voisinage du sang des saints, il
puise cette vertu qui purifie nos âmes comme le feu. »
Saint Grégoire de Nazianzc composa un grand nombrs
A' Epigrammala de style épigraphique 6 ; nous rappelle-
rons ceux qu'il consacra à ses parents, Grégoire de Sasime
et Nonne.
a) Tei-ove; £-ju,îv£oit£, xa\ èv y.oXTtoKTi èl/oiOî
Màprjps; •ijj.S'uipoi; a'tj.a to rpr,yopiorj.
•E. Le Blant, Inscr. chrét. de la Garde, n. 492. — 5C.-A. La-
vigerio, De l'utilité d'une mission archéologique permanente
a Carthage, p. 47. Cl. Act. S. Maximiliani, dans Ruinart, Acta
tincera, in-V, Paris, 1689, p. 311. — 3Gruter, loc. cit., p. mclxvii,
ri. 2; De Rossi, Inscr. christ urb. nom., in-iol., 1888, t. II, p. 162,
B. :>: Bull, di arch. crist., 1863, p. 5; 1875, p. 24. — *S. Paulin,
Pu 'in., xxv, vs. 605 sq., P. h., t. LXI, col. 689. — 5Muratori, Anec-
dota greeca, qu;c exmss.codd.nunc primumeruit, latinodonat
notis et disquisitionibus auget, in-4', Patavii, 1709, p. 44, 61, 91 ;
R. Cagnat, dans le Bull, archéol. du Comité des Irav. his(., 1891,
p. 523, n. 118. — e Cf. les planches de Bosio, Roma sotterranea,
in-iol., Roma, 1632; De Rossi, Roma sotte>-r., pi., et Bull, di arch.
crist., passim, et 1863, p. 2. — ' E. Le Blant, Inscr. chrét. de la
-, t. i, p. 432, note 1, et n. 293. 354, 492. — 8 E. Le Blant, loc.
cil., t. i, p. 432, note 1; t. il, p. 581, et le Bulletin monumental,
•'. .Martyrs qui êtes tout proche, soyez favorables et re-
cevez dans votre sein les parents de Grégoire. »
(b *i"uxr| u.£v TZTîp6g.aatx 7rpô; oùpavôv vîXu0£ Nôvvr,;,
S(.i(xa S'àp', ix. vyjoO Màprjcri 7rap6£jj.£0a.
Màpnjp£; àXX' ijtcooï/_CI£ 6-joç |A£fa, tyjv itoXv[.i.oj(8ov
Sâpxa, y.a\ v\).i-£oo<.z a;.'[ia<7iv iano\).i'rt]v.
« L'àme de Nonna s'est envolée vers le ciel et nous
apportons son corps dans le voisinage des martyrs. Dai-
gnez recevoir cette illustre oblation, ô martyrs, ce corps
exténué et associé à votre sang. »
Ce qui s'était produit à Carthage, dans une arca à
ciel ouvert, autour du tombeau de saint Cyprien, se
produisait ailleurs, dans les catacombes et dans les
églises. Une épitaphe récemment découverte en Alrique,
à Aïn el Bab, en témoigne :
...]hENOVAI[...
...pEDERAT DATVSf...
...]NS AD SANCTOS[...
...|POS-VIXIT-M-X-V[...
...|VII
Cette dévotion intempestive a amené la destruction
de plusieurs fresques par suite des entaillements pra-
tiqués pour se procurer un locidus1' (fig. 93). Par une
sorte d'émulation enfantine, c'était à qui serait placé
le plus près de la tombe vénérée. A mesure que l'on
s'en rapproche les sépultures s'accumulent7; le même
fait s'observe à l'égard de l'autel, qui, on le sait, ren-
fermait toujours quelques reliques des saints 8. Parfois,
dans le chœur, les tombes des fidèles s'étagent sur deux
ou trois rangs 9 (fig. 94), fait qu'il importe de noter, puis-
qu'il montre l'ardeur de cette dévotion, assez puissante
pour faire surmonter les préjugés antiques sur la super-
position des cadavres. Les épitaphes et les écrits con-
temporains fournissent de nombreux exemples : FINI
TIMAS EXVVIASio. — PENITVS CONFINE SEPVL-
CRO 1J — Supra sancli corporis ossa12 — Juxta specum
Domini13 — Juxta corpus sanctum1* — Ad pedes mar-
tyris,:>. Parfois même les fidèles firent construire des
églises pour y être ensevelis 'G.
Ce serait sortir des limites d'une dissertation que
d'étudier les plans des cimetières souterrains, la date de
leurs développements coïncidant avec la déposition dans
telle région d'un martyr illustre, et de continuer ce
travail minutieux sur les agglomérations cimétériales
postérieures à la paix de l'Eglise. Ces recherches, sur les-
quelles nous reviendrons, ne pourront manquer d'éclairer
les plus anciens « communs » liturgiques, ceux des mar-
tyrs et des apôtres, en localisant par régions les for-
mules épigraphiques, témoins d'une liturgie dont ils sont
pour nous les trop rares incunables. L'histoire du culte
des saints trouvera aussi dans celte étude les éclaircis-
sements qu'une enquête longue et exacte peut seule
fournir.
t. xxii, p. 591. — » E. Le Blant, Inscr. chrét. de la Gaule, t. n,
p. 581. — "J. Gruter, Corpus, p. mclxvii, n. 2. — u Ibid.,
p. mclxvii, n. 14. — ,SS. Ambroise, De excessu Satyri, P. L.,
t. xvi, p. 1352. — ,s S. Jérôme, Vita Paulx, dans Acta sanct.,
januar. t. ni, col. 337. — '* Baronius, Annales, anno 278, S 3,
p. 261. — "Grégoire de Tours, Hist. Franc, n, 11, dans les Mo-
numenta Germaniœ, B. Krusch, loc. cit., p. 79. — l0E. Le Blant,
Inscr. chrét. de la Gaule, t. n, p. 227, 607. Cf. pour l'inscrip-
tion de Ratisbonne : Ebner, Die àltesten Denkmaler der Christen-
thums in Regensburg, dans la Rômische Quartalsclirift, 1892,
t. vi, p. 153-179, pi. ix ; J. Becker, dans les Jahrbïichcr des Ve-
reins von Alterthumsfreunden im Rhcinlandr, t. XXVI, p. 168-
170; Analecta bollandiana, 1895, t. xiv, p. 211; Eabretti, In-
scriptiones domeslic.v, cl. x, n. 478; Bulletlino archeologico
napolitano, in-4*, Napoli, juin-juill. 1853, p. 15.
491
AD SANCTOS
402
Mentions épigraphiques de la litmitlatio ad snnctos.
§ I. Rome.
IN CRVPTA NOBA RETRO SANCTVS >
DVLCIS ANIMA MANET HIC POLOCRONI IN LOCO
SANCTO^
AD SANCTVM PETRVM APOSTOLVM a
PARAVERVNT SIBI LOCVM AT IPPOLITV*
LVCIVS VRBANVS HVIC (sanctœ Cœcilix) PONTIFI-
CES SOCIANTVR5
SERPENTIVS EMIT LOC[n]M... AD SANCTVM
C[o]RNELIVM6
in hoc sanclo ET RELIGIOSO LOCO POSITA EST
LICINIA'"
SANCTORVMQVE CVPIS CARA REQVIESCERE
TERRAI
MARTYRIS AD FRONTEM RECVBENT QVAE
MEMBRA SEPVLCRO "
AVXI LIANTE LOCO NAZARIVS....BE AT ILATERIBVS
TVTVM REDDVNT 2»
SANCTORVM GREMIIS COMMENDAT MARIA
CORPVS2'
REQVIESCVNT MEMBRA SACRATO PRO MERITIS
DEVOTA LOCO"
93. — Tombeaux taillés 'lans une fresque D'après De Rossi, Roma sotterranea, t. fil, pi. fi.
HVIC SANCTO LOCO SEPVLTVS'
GAVDIOSA DEPOSITA IN BASILICA DOMINI FELI-
CIS«
inlra tua] SANCTE POSVERVNT LIMINA MARTYR 9
ELEGI SANCTI IANITOR ESSE LOCI ">
KATEOAIMHN IC TO ATEION MAPTYPIN '«
EN0AAE nAYAEINA KEITA MAKAPCON ENI
XGOPGO'2
§ II. Hors de Rome, en Italie.
LOCVM IN ORATORIV SANCTI ALEXANDRIE
CVIVS CORPVS PRO FORIBVS MARTYRORVM
CVM LOCVLO SVO '*
TALESEPVLCHRVM SANCTA BEATORVM MERITO
VICINIA PRAESTAT'-
l-HOC-SANCTORVM-LOCO-REQVIESCITPISINIO'6
1 M. A. Boldctti, Ossci'vazioni sopra i cifMterj de* santi mar-
tiri ed antichi cristiani di Roma, in-lol., Roma, 1720, p. 58. —
* Ibid; p. 58. — 3P. Aringlii, Roma subtcrranea, t. I, p. 204. —
* G. Marchi, Monumenli délie arti cristiane primitive nclla
metropott del cristianismo désignait ed illustrati, in-4-, Roma,
1844, t. i, p. 150. — * A. Mai, Scriptorum veteruni nova colle-
rlw, in-4-, Roma?, 1831, t. V, p. 46, n. 1. — «De Rossl, Roma soit..
t. i, pi. xxvm, n. 2. — 7G. Marin), Atti e monumenti de" fratelli
Arvali, in-4', Roma, 1795, t. n. p, 505. — "P. Armghi, loc. eit.,
t. i, p. 214. — «ne Rosai, Bulletin d'areh. chrét., 1876, i>. 30, éd.
française. — >" De ltossi, Bullettino, 1864, p. 33. — " A. Lupi,
Epitaph. Sever. mart., p. 34. — '• Aringlii, loc. cit.. i. i. p, 122-193.
— ,3A Tibur : Lupi, Bpit. Set», mort., p. 24, "Ai latane : Mttra-
tori, Xov. thés, inscr., p. mi Mxvi.n. 4. — lsA Aquilee : Mommsen,
g III. En Gaule :
SANCTIS QVAE SOCIATA IACET 23
QVI MERVIT SANCTORVM SOCIARI SEPVLCP- "
QVIESCENTI IN PACE MART[t/]RIBVS SOCIATAE ■'-
SOCI[a«]A m[artyribu]S**
POSITV EST AD SANCTOS-
SANCTIS.... SOCIANDE PATRONIS*»
ANTE PEDES MARTINI M
AD SANCTVM MARTYRE-"
i IV. lui Espagne :
MALVI ABERE SACRVM LOCVM ■•'
§ V. En Dalmatie :
On ne rencontre qu'à Salone -. en Daims !
exemplaire unique, une mention qui constitue une sort*
Corp. inscr. lat., t. v. n. Ifi7s. — >« ,\ Aquilée : Mommsen. •
lot., t. v, n. 1686. — "A Vérone : M
p. clxxix. —'•A Milan : Gruter. Corpus, p. mi.v. n. 6 i Mi-
lan : Gruter, loc. cil., p. mi \ . n. 6. — '"A verceil : Gauera, ta r.
criât, del Piemonte, p. 110. — -' A VerceH : Ibid.. p. 97. —UA Ver-
ceil : Ibid., p. 96. — toLe Blant, Inscr. chrét. de la Gault . t. I,
p. 472. - " Ibid., t. i. p. 472. - » Ibid., p. 173. ■' V id |
— "Ibid., n. 41. - -* Ibid., n 557. — '■' Ibid.. n. 1S4. - "• l>-..i ,
n. 528. — 3' Hùbner. Inecr. Hisp. christ., in-4*. Berolini. 1871,
n. 158. ~- Bulic, dansle Bull, di arch. ettoria ttalmate
lato, 1884, t. vu, p. 114. n. 56, cf. p. 148; I atal., p. 273, n.49: Je-
lie. i huis la Un m. (Junrtalsch. fur < hriStl. AHerthumskundt
Rom., 1891, t. v. p. 25, DOt. 1 : De Rossi, ilan;- le llnll. di arch
ria dalmatp, t. vm, p. iv scr. lat., t. m, suppl., n
49C
AD SANGTOS
494
de pelit raffinement dans l'ordre d'idées que nous élu-
dions :
ARCELLAM
WIIHI CONDEDI- AD MEDIANVS
MARTYRES J0^
qu'il faut lire: arculam milti condidi admedianos mar-
tyres. C'est une demande d'ensevelissement, non dans une
région quelconque de l'église, mais dans la partie centrale,
dans l'abside qui inarque le milieu de l'édifice la partie
où se trouvaient déposées les reliques les plus illustres.
Enfin une autre inscription découverte il y a peu
tum) dÇuniinï) n(ostri) Graliani Aug(uslï] III et Equir
ti(i) v(iri) c(larissimi).
CONSTANTI CONIVX PARVORVM
MATER HONORIA DVLCIBVS
EXIMIE CARISSIMA SEMPER ET VNA
CONPLES TERDENOS QVAE VITAM
5 VIXERIT ANNOS MARTYRIBVS
ADSCITA CLVET CVL PARVVLA CON
TRA RAPTA PRIVS PRAESTAT TVMV
Ll CONSORTIA DVLCIS
DEPOSITA VII KAL APRILES
94. — Cercueils superposés. D'après E. Le Blant, Eludes sur les sarcophages d'Arles, pi. 36.
d'années, dans la même ville, achève de nous faire voir
la popularité dans tout le monde romain d'une croyance
si consolante et nous révèle, en même temps qu'une
belle formule : marlyribus adscita, un titidus impor-
tant pour les fastes proconsulaires de l'Afrique. Con-
stantius mourut le G juillet 375 et Honoria sa femme, le
20 mars.
DEPOSI TVS CONSTANT
IVS V- C EX PROCONSVL
E AFRICAE DIE PRID NO
NIVL POST CONSDNGRA
5 TIANI AVG- III ET E
QVITI VC
Depositus Constanlius v(ir) c(larissimus), exprocon-
sule Afrirœ, die pridie non (as) Jul(ias) posl cons(tila-
1 Bull, di arch. ester, dalmata, 1884, t. Vu, p. 84, n. 6; Héron
de Vill'efbsse, dans Bullet. trimest. des antiq. africaines, 1884,
p. 357, n. 019. Dans le titulus les deux inscriptions sont en regard
Conslanti(i) conjux parvorum mater Honoria,
Dulcibus exiniie carissima semper et una,
Comptes ter denos quœ vitam vixerit annos.
Marlyribus adscita cluet, cu[ï\ parvula contra
Rapla privs prwslat lumuli consortia didiis
Deposila VII kalendas apriles1.
La plupart de ces inscriptions sont postérieures à la
paix de l'Eglise, époque à laquelle le goût de l'enseve-
lissement auprès des corps saints se développa beau-
coup à cause des facilités qu'offraient les nécropoles
nouvelles. Comme il semble que tout ce qui touche au
christianisme de l'empereur Constantin doive garder
quelque air d'incertitude, Eusèbe et saint Chrysostome
sont en contradiction au sujet de la sépulture de ce
l'une de l'autre. Voy. encore une inscription de Tanagre en Béotie,
v-vi' siècle, publiée par L. Duchesne, Inscription chrétien/te de
Tanagre, dans le Bull, decorresp. hellénique, 1879, t. III, p. 144.
495
AD SANCTOS
4CG
,/L'inci' qui voulut, dit Eusèbe ', être enseveli à Constan-
linople au milieu des douze monuments qu'il avait lait
élever aux saints apôtres, ne doutant pas qu'il n'en
reçût un grand secours. Saint Chrysoslome - dit de son
coté que le tombeau était placé dans le vestibule de la
basilique, ce que le savant Valois expliqued'une transla-
tion du corpsdans le portique construit postérieurement,
opérée par l'ordre de quoiqu'un de ses successeurs.
L'usage que nous étudions se pratiqua tort au delà de
l'époque qui marque la limite de ce travail. Un diplôme
de Clovis (653) contient la mention suivante : in quo
eciam loco genctorcs noslri Don mus Dagoberlhus et
itlum mi]HC FELICIS HABET DOMVS ALMA BEATI
algue ila par lo]N[g\OS SVSCEPTVM POSSIDET
[ANNOS
5 palromispl]AC\TO LAETATVR IN HOSPITE FELIX
sic protec]TVS ERIT IVVENIS SVB IVDICE
[CHRISTO
cum tuba terri] BILIS SONITV CONCVSSERIT
[ORBEM
humanœque ani]MAE RVRSVM IN SVA VASA
[REDIBVNT
felici merilo] HIC SOCIABITVR ANTE TRI [bunal
lOinlerea] IN GREMIO AB R AH AM [cum pace quiescit
Cj. — Graffite sur une dalle trouvée dans le cimetière ostiieni D'après le Bullettino di archeologia cristiana, 1880, pi. 3.
Damna Nanthechildis videntur requiescere ut per inler-
cessionem Sanclorum illorum in cadesti lïegno cum
omnibus Sanctis mereanl particepari et vitam mternnm
percipere3. Les personnages visés ici sont le pseudo-
aréopagite et ses compagnons, patrons de Paris*. On
trouve des documents portant des mentions analogues
dans un grand nombre de chroniques anciennes3.
Un examen trop rapide des formules que nous venons
de transcrire laisserait penser qu'il n'existe entre elles
que dos variantes sans importance. Plusieurs touchent
cependant à une doctrine chère à l'antiquité chrétienne,
celle du secours que l'âme recevait des saints lors de sa
comparution devant Dieu6. Il nous reste de cette
croyance plusieurs monuments remarquables. Nous
avons parlé ailleurs d'un graffilo représentant un défunt
entre ses deux protecteurs ', on peut en rapprocher le
groupe de la Vierge dans le sarcophage d'Adelphia.
Voir Adki.piiia. Nous citerons ici l'inscription célèbre de
Cynegius (probablement composée par saint Paulin de
Noie)8, dont la sépulture fut l'occasion du traité de saint
Augustin : De cura gerenda vro mortuis. Un fragment
en a été retrouvé clans le cimetière de Cimitile, à Noie 9 :
exegit t[ITAM FLORENTE CINEGIVS AEVO
et lxlu\S SANCTA PLACIDAE REQVIESCIT IN
[AVLA
1 Eusèbe, Vita Constantini, 1. IV, c. l.\, P. G., t. \\, col. 1209.
— * S. Jean Chrysostome, Homil., xxvi, In epist. n ad Corinth.,
P. G., t. lxi, col. 575. — sfT. Marini, ; papiri diptomatici rac-
colti cd illustrati, in-iol., Rouia, 1805, p. 99. — 'E. Le Blant,
Inscr. chrét. de la Gaule, n. 201. — 5 L. d'Acher; . Spicilegium,
t. il, p. 359, 476, et t. in, p. 303, le testament de Perpétuus (qui
esl .ipocrypho). — ° CI H. Rosweyde, note de la page 847 à l'édi-
tion de S. Paulin, Antw., 1G22; P. de Guussainvillc, Vindicte dia-
D'autres textes confirment cette doctrine :
A Verceil »° :
IN XPÔ VIVENS AVXILIANTE LOCO [BEATI
NA[z]ARIVS NAMQVE PARITER VICTORQVE
LATERIBVS TVTVM REDDVNT MERITISQVE
[CORONANT
O FELIX GEMINO MERVIT QVI MARTYRE DVCI
10AD DEVM MELIOR[e] VIA REQVIEMQVE MERERI
A Rome ' ' :
PRO VITAE SVAE
to>-]TIMONIVM SANCTI MARTYRES
APVD DEVM ET>£
ERVNT ADVOCATI
Enfin, quelques inscriptions étendent cette protection
au corps et à l'âme :
MARTYRIBVS DOMINI ANIMAM CORPVSQVE
TVENDO'2
COMMENDANS SANCTIS ANIMAM CORPVSQVE
FOVENDVM la
Peut-être y a-t-il ici un dernier écho des polémiques sur
la résurrection des corps. Nos pères ne comptaient pas
logorum S. Gregorii pape, in-12, Paris, 1705. — 'De Rossi,
Bull, rtiarch.crist.. 1880, pi. tu. - si',. Marini, I | 244. —
'Mommsen, Inscript, teg. Neapol. latinse, in-fol., Lipsise. 1RS,
n. 2075; Corp. inscr. lai., t. x, n. 1370. Los sup] léments sont de
J.-B. De Rossi. — '•Bru rcelleei, in-s
race, 1872, p. 319, n. 135; Mommsen, Corp, inscr. lat., t. v,n. 6739.
— " DeRosal, Bull, di arch. criât., 18t54, p. 34. — «Gazzera.
crist. dcl Piemonte, in-'i\ Torino, IS'iO, p. 80. — " Item, p. 103.
497
AD SANCïOS
498
seulement, en obtenant l'ensevelissement auprès îles
saints, s'assurer leur protection; c'était une sorte de
société qu'ils formaient avec eux et qu'ils espéraient
continuer dans le ciel. Théodoret raconte que saint
Jacques rassembla les reliques des martyrs voulant vivre
ici-bas dans leur compagnie et ressusciter avec eux1.
On retrouve celte préoccupation sur une épitaphe de la
Viennoise"2 :
RESVRRECTVRVS CVM
SANCTIS
et sur une inscription d'Espagne 3 :
[TVENDVM
TVNERE PERFVNCTVM SANCTIS COMMENDO
VT CVM FLAMMA VORAX VENIET COMBVRERE
[TERRAS
COETIBVS SANCTORVM MERITO SOCIATVS RE-
[SVRGAM
Nous rapprocherons de ces textes celui d'antiques orai-
sons : Ut quum dies ille resurrectionis ac remunera-
tionis advenerit... non cum inipiis et peccatoribus, sed
cutn sanctis et eleclis luis eos adstare prsecipias 4.
Propitiare, Domine, supplicationibus nos tris pro
anima et spiritu famali lui III., cujus hodie anima
dies agitur, pro qua tibi offerimus sacrificium laudis,
ut eam sanctorum luorimi consortio sociare digneris 5.
Dans son traité : De cura gerenda pro mortuis, saint
Augustin taisait remarquer à plusieurs reprises que la
sépulture dans le voisinage d'un corps saint est inutile
si les survivants ne lont pas à Dieu des prières lerventes
pour le détunt6. Saint Maxime de Turin enseigne la
même doctrine '. On en trouve comme le retentissement
dans cette épitaphe romaine 8 :
[PIORVM
n]\L IVVAT IMMO GRAVAT TVMVLIS HAERERE
SANCTORVM MERITIS OPTIMA VITA PROPE EST
co]RPORE NON OPVS EST ANIMA TENDAMVS AD
[ILLOS
q]VAE BENE SALVA POTEST CORPORIS ESSE
[SALVS
Le levé topographique du sol des anciennes basiliques
démontre que la place était vraiment prise d'assaut.
Cela tient à une idée qui se répandit que le fait de la
sépulture ad sanctos rachetait les péchés d'une vie dis-
sipée. De graves paroles comme celles de l'archidiacre
Sabinus que nous venons de citer, demeuraient sans
écho. L'exemple cependant tombait de haut. Le pape Da-
mase se relusa la consolation de reposer auprès du tom-
beau des saints 9 :
[DERE MEMBRA
HIC EGO DAMASVS FATEOR VOLVI MEA CON-
SED CINERES TIMVI SANCTOS VEXARE PIORVM
Les chrétiens s'inquiétaient peu de ces leçons. En
381, une loi de Gratien, Valentinien et Théodose déten-
dit d'ensevelir dans les temples des apôtres et des mar-
tyrs 10. Ce n'était que la remise en vigueur des anciennes
lois tombées en désuétude, d'abord au profit de quelques
citoyens illustres de la Home ancienne ", plus lard en
* Rosweyde, Vitse Patrum, 1. IX, c. xxt, P. L., t. lxxiv, col. 91
Pliiloth., c. xxi, P. G., t. LXXXil, col. 1293 sq. — 2E. Le Blanl,
inscr. chrét. de la Gaule, n. 419. — ■' E. Hûbner, inscr.
hisp. christ., n. 158. — * Missale mixtum mozarab., P. L.,
t. i.xxxv, col. 1032 — 5D. Ménard, Liber sacramentorum, dans
S. Gregorii Magni, Overa, Super oblata, P. L., t. lxxviii,
col. 217. — «S.Augustin, De euro, etc., 6, 7, 22, P. L., t. xl,
col. 596, 597, 609. — 'S. Maxime de Turin, tiomil. m natal.
SS. Taurinensium, P. L., t. i.vu, col. 430. — " De Rossi,
Bull, di arch. crist., 1864, p. 33. — ' Carm., xxxm. P. L.,
t. xiii, col. 408. — 10 L. II, cod. De sacrosanctis Ecclesiis. —
" Dion Cassius, Hist. Rom., l.'XLIX, vil. — <5E. Le Blant, Inscr.
chrét. de la Gaule, t. Il, p. 221. — '3 Grégoire de Tours. Vite
Patrum, 1. XVII, c. iv, P. L., t. t.xxi, col. 1082. — "G. Depping,
faveur des saints. « A Trêves, dit E. Le Blant12, trois
tombes gardaient les portes et repoussaient les fléaux
de l'enier ' 3 ; à Tours, la châsse de saint Martin '* ; Rome
et Nantes confiaient leur salut aux princes des Apôtres '■>
et Nisibe n'appartint aux barbares qu'en perdant le
corps de saint .Jacques 10. »
A Guelma {Calania), dans la Numidie proconsulaire,
on comptait également sur la protection des martyrs11 :
5 . . . PATRICI SOLOMON- INSTITUTION.
[NEMO
EXPVGNARE VALEVIT DEFENSIO MARTIR-
[TVET[w]R POSTICIVS IPSE
CLEMENS ET VINCENTIVS MARTIR-CVSTOD.
[IN[(]ROITVM IPSV
Des fidèles confondaient le patronage de la cité avec
la sauvegarde ue leur propre sépulture. Un prêtre,
nommé Silvius, bâtit à Ivrée une église dans laquelle
il se fit inhumer auprès de sainte's reliques, que l'on
suppose être celles des saints Sabinus, Tégulus et Bessus,
anciens patrons de la ville. Sur la tombe on lisait18 :
MARTYRIBVS DOMINI ANIMAE CORPVSQUE
[TVENDO
GRATIA COMMENDANS TVMVLO REQVIESCIT
[IN ISTO
SILVIVS HIC PLENO CVNCTIS DILECTVS
[AMORE
PRESBITER AETERNAE QVAERENS PRAEMIA
[VITAE
5 HOC PROPRIO SVMPTV DIVINO MVNERE Dl-
[GNVS
AEDIFICAVIT OPVS SANCTORVM PIGNORA
[CONDENS
PRAESIDIO MAGNO PATRIAM POPVLVMQVE
[FIDELEM
MVNIVIT TANTIS FIRMANS CVSTODIBVS VR-
[BEM
La législation nous montre combien peu lurent obser-
vées les délenses laites par le pouvoir civil et par les
autorités ecclésiastiques. La promulgation périodique de
nouvelles lois reproduisant les mêmes dispositions le
prouve suffisamment. Un canon du VIe concile de Car-
tilage rouvrit peut-être la porte à des abus en exigeant qu'à
l'avenir toutes les églises possédassent des reliques :
El omnino nulla memoria martyrum probabiliter ac-
cepletur nisi aut ibi corpus aul alignée cerise reliquix
sint19. Il fallut bientôt parer aux conséquences de cette
discipline. Un concile de Drague prescrit l'établissement
d'un cimetière autour de la basilique afin d'éviter les
empiétements que n'arrêtait même pas la sainteté de
l'autel : Corpora anliguitus in ecclesia scpulta, nequa-
quam jjrojicianlur, sed pavimenlo desuper f'aclo, nutlo
lumidorum vestigio apparente, ecclcsiec reverenlia con-
servelur. Ubi vero lioc pro mullitudine cadaverum
difficile sit facere, locus ille cœmelcrium et pohjan-
drium habealur, ablato inde altari, et constituto ubi
religiose sacri/icium Deo valeat offerri 20. Un concile de
Les expéditions des Normands, in-8% Paris, 1844, p. 75. — "Pro-
cope, De bello gothico, 1. 1, c. xxm ; 1. II, c. iv ; Fortunat, Miscell.,
m, vu, P. L., t. lxxxviii, col. 126. — '"Gennade, De illustr. viris
libellus, c. i, P. L., t. lviii, col. 10G2. — " Corp. inscr. t. vm,
n. 5352; L. Rénier, Inscr. de l'Algérie, n. 2746; E. Le Blant,
Inscr. chrét. de la Gaule, t. n, p. 429; Gazzera, lscr. crist. del
Piemonte, p. 80. Cl. S. Augustin, De civit. Dei, 1. I, c. i, P. L.,
t. xli, col. 14; Prudence, Peristeph., hymn. xiv, P. L., t. LX,
col. 593 sq. ; S. Maxime de Turin, Homil. m nat. SS. Jaurinen-
sium, P. L., t. LV1I, col. 430. — 18 Gazzera, loc. cit., p. 80. —
"' Can. 14, an. 398; Labbe, Concilia, in-iol.. Paris, 1672, t. n,
col. 128. Ci. Hétélé, Histoire des conciles, trad. Helarc, in-8",
Paris, 1869, t. n, p. 262. — *> Can. 17, an. 895 dans Labbe, Con-
cilia, t. IX, col. 450.
499
AD SANCTOS
300
Tribur s'exprime de rrième e1 un cation d'un concile
dont le lieu ne peut être identifié est ainsi conçu : Ut
altariaalibi eonsecrari non debeant, vint in /lis lànlum
ecclesiis ubi corpora sepulta sint1. Malheureusement
ces décisions si catégoriques n'étaient pas observées ou
ne l'étaient que peu de temps. Les canons sont remplis
de prescriptions sur la matière. A Auxcrre on interdit
rinhumation dans les baptistères'-. A Nantes on renou-
velle les dispositions prescrites à Drague3. Le VIe con-
cile d'Arles cherche à raviver l'antique législation : ut
de sepeliendis in basilicis mortuis Ma constilutio ser-
vetur, r/uœ ab antiquis Patribus conslituta est *. La
même année, le concile de .Maycnce : nutlus mortuus
infra ecclcsiant sepeliatur, nisi episcopi aut ubbates,
aut digni prcsbyteri, aut fidèles laici^. A la fin de ce
siècle, le canon déjà cité du concile de Tribur : Secun-
dum stalula sancioruni Patrum et expérimenta mi-
raculorum , prohibenius et prwcipimus ut deinceps
nullus laicns in ccclesia sepeliatur6.
La législation civile fut obligée à de semblables rap-
pels. L'une et l'autre s'appuient sur l'antique coutume
romaine qui exclut les cadavres de l'enceinte des villes \
car les conciles prétendent, assimiler les privilèges des
églises à ceux des cités d'autrefois. Les prohibitions
n'obtinrent qu'un médiocre résultat"; cependant l'in-
terdiction portée par la loi de 381 amena une diminu-
tion assez considérable du nombre des sépultures ad
sanctos. Une inscription romaine de 382 est ainsi
libellée » :
JA IN DOM CVLTRIX
NVTRIVIT
]VIS
amatrix pau]PEnORVN\
qùm pro tnnta\N\ER\TA ACCEPIT
sepulcrum 'inlra /]IMINA SANTORVM
wmsmmm accepit
quod niulti cuphi\m ET RARI ACCIPIVNT
Antonio et s]VAGRIO COS
Cette inscription ne nous apprend pas seulement qu'à
Rome, les concessions étaient rares10, nous y voyons en
outre le motif sur lequel on excusa un grand nombre
de concessions de tolérance :
PONTIFICIS SANCTI REQVIESCVNT MEMBRA
SACRATO PRO MERITIS DEVOTA LOCO "
...REDDI MERCEDEM MERITIS SEDES CVI PRO-
XIMA SANCTIS MARTYRIBVS CONCESSA U
CORPORIS HANC REQVIEM MERVIT PRO MV-
NERE VITAE"
QVAE ANNIS N- VIII ABSENTIA VIRGINI SVI SVAM
CASTITATEM CVSTODIVIT VNDE IN HOC LOCO
SANCTO DEPOSITA EST'*
1 Neandei'. Canonea apostolorwm et conciliorinn,t. ri, p. 259.
— * Conc. Autissiuitor., ran. 14, an. 578, dans Labbe, Concilia, t. v,
col. 959. — *Conc. Nannet., can. 6 dans Labbc, Concilia, t. rx,
col. 70. — *Conc. An-lot., VI. .-an. 21, an. |M3, dans Labbc, Concilia,
t. vu, col. 12)8. — » Conc. Vogunt., can. 52, an. 813, dans Labbe,
Concilia, t. vu, col. 1252. Infra pour intra est fréquent dans la
décadence. — "Conc. Tribut:, can. 17. an. 895 dans Labbc. Con-
cilia, t. ix, col, 450. Pour le maintien des prohibitions, cf. Baluze,
Regum Francorunt capitularia, in-fol., Parisils, 1780, t. i,
col. 504; Capitul., I. an. si:i, c. \\, t. i, col. 731 sq.j Capitul. I,
c. ci.m, dans Baluze, Miscellanea, t. H, p. 99; Capitul., Il,
Theodulfl epiécopl Aurélia., et Goàr, Euchologion, p. 523; Iies-
ponsiones rëv. patriarch. Theodori. — ' Cod. Theod., 1. IX.
lit xvu, B; éd. Ritter, t. ni. p. 159, et Conc. Bracar., can. 184
an. 563, dans Labbc, Concilia, t. v, col. 842. — 8 Imper. Leonis
Constit. novell.r. lui. — " De Rossi, tnècr. christ, urb. floni..
in-fol., Romœ, I86Î, t. I, ri. 819, p. 142. cf. J. Attegranza, De se-
pulcris christiànorutn in iedibus sacris, in-4', Mediolani, 1771,
passim. — '"Concessions papales relatives à Saînt-Pierrè, voy. Dlo-
Iieux inscriptions immédiatement postérieures à la
loi de 381 mentionnent l'achat pur et simple de la sé-
pulture :
LOCVM IN BASILIC ALVA EMI ■ ■"■
LOCVM EMIT ...PASCASIO EPC
anno 391.
6, anno 31*7
Néanmoins il semble que les concessions aient été
l'objet d'un contrôle de la part de l'autorité ecclésias-
tique :
LOCVMCONCESSVMAPAPAHORMISDAi",annûr.-26
LOCVM CONCESSVM SIBI ET POSTERIS EIVS A
BEATISSIMO PAPA IOANNE 18, anno 563
[locus quem se]B\B\ A DIVITE [praeposito corn] PARA-
VERVNT »*.
Quant aux églises nouvelles, le fondateur était libre
d'y interdire les ensevelissements à l'égard des catégo-
ries de chrétiens à qui les canons les concédaient. Ceci
explique les usages opposés qu'on remarque d'une église
à l'autre. Ainsi, à Ravenne. l'église Saint-Vital ne pou-
vait recevoir que les corps des évêques, suivant l'inscrip-
tion que le fondateur Ecclesius fit graver sur les portes
de bronze 20 :
DVM
HOSQVOQVEPERPETVAMANDAVITLEGETENEN-
HIS NVLLI LICEAT CONDERE MEMBRA LOCIS
SED QVOD PONTIFICVM CONSTANT MONV-
MENTA PRIORVM
FAS SIBI SIT TANTVM PONERE SED SIMILES-
A Pérouse, Sallustius Salvinus fit inscrire sur la ba-
silique qu'il avait l'ait construire 2i :
MEMMIVS SALLVSTIVS
SALVINVS DIANIVS VS
BASILICAM SANCTORV-
ANGELORVM FECIT IN
5 QVASEPELIRI NON LICET
Saint Fulgence fut," dit-on, le premier qui y fut • nse-
Une inscription d'Espagne montre le fondateur si fai-
sant enterrer dans l'église qu'il a construite23 :
IN HVNC TV
MVLVM REQVI
ESCIT CORPVS
BALESARI FA
5 MVLl"XPÎ CONDI
TORI HVIVS BASE
LICE...
Cette'rigueur, dont on commença à se relâcher fort
vers le vu* siècle j;. était justifiée par des abus regret-
nysius, Sacrarum Vaticansc yptarurtl tnonumenta,
in-fol., Rome, 1828, pi. XXV, n. 2: l)c Rossi, luscr. christ, urb.
Rom., t. i, p. 173, 192, iu7, 498, 197,504,507,515,524,533,541
555, 564, 568, etc. — " Gazzera, foi . ci ist. <tcl Piemonte, p.
<*lbid., p. 101. — "Ibid., p. 103. — "Oc Hossi, Roma sott., t. m,
pi. xxiv-xxv. n. 4, Cf. Bullett., 1875, p. 26. — "De Rossi, I
christ, u. Rom., t. i, n. 395; Bull, diarch. crist., 1874, p. H
— '"De Rossi. Inacript., n. 142; Baluze, Capitul.. t. I. col. '
Capitula Heraldi Turonensis, n. i xxvii, t. u. col. 625; Miscell.,
t. il, p. 99; Capitul.. II. Theodulfl Aurelianensis, réprouvant
les ventes comme compromettantes pour les Ames et pour les
es. — " Ibid.. n. 989. ■• Ibid., a. 1096. - '" Ibid., n
— " G. Marin), Papiri diplomatici, p. 288, note 21. — *< Yermi-
glioli, Letmtiche iscrizioni perugine, in-4 i t. H,
p. U2. — " G. Marini, Popiri diplotn., p. -t. —
-<K. Hubner, friser. Hisp. christ., n. 99; E. Le Blant, La
tion du vase de sang, in-8*, Taris. [859, p. 80-32. - •
De christiana Ecclesix prima?, médite et novissimse yilitia,
in-8'. Neapoli, I7S2, t. u. p.
501
AD SANCTOS
502
tables. Ce n'est pas le lieu de discuter ce qu'il y eut
d'historiquement vrai dans les récits terribles qu'on fit
circuler vers ce temps-là, comme pour suppléer aux exé-
crations d'autrefois devenues banales à force d'être répé-
tées. Mais on y verra, à tout le moins, le témoignage de
l'état des esprits et. des dangers auxquels ces livres de
Grégoire de Tours, de Grégoire le Grand, de Fortunat
et des autres avaient pour but de faire l'ace. Deux nonnes
ensevelies dans une église étaient mortes sous la menace
d'excommunication et chaque jour, quand le diacre
appelait les fidèles à la communion, leur vieille nourrice
les voyait sortir de leur tombeau et quitter l'église1.
Une autre lerame, vierge consacrée à Dieu, fut ense-
velie, quoique indigne, auprès des saints, et le sacris-
tain la crut voir en songe traînée devant l'autel et à
demi consumée par les flammes 2. Un mauvais chré-
tien est rejeté après sa mort hors du temple de Saint-
Vincent ;t. Saint Faustin de llrescia fait lui-même la
police de sa basilique4. Un indigne est brûlé dans sa
tombe par un feu mystérieux, on ne retrouve que ses
vêtements 5. A Milan, pendant la nuit qui suit l'inhu-
mation d'un débauché, on entend le bruit d'une lutte,
les bedeaux accourent et voient deux esprits (!) liant
les pieds du cadavre qui hurle de frayeur, puis ils l'em-
portent. Le lendemain la tombe fut trouvée vide et le
corps dans une autre sépulture6. Sans doute ces récits
sont bien extraordinaires, plus d'un pourrait s'expli-
quer par les fréquentes violations de tombeaux prati-
quées par d'ingénieux coquins, mais nous n'avons pas
à discuter ici, encore une fois, la valeur de ces lé-
gendes, c'est le double fait des inhumations injustifiées
et des moyens pris pour y remédier qui nous occupe
seul.
A côté de ces récits, il faut rappeler des témoignages
de dévotion véritable. Clovis dit à saint Germer: Pete
quod vis ex meis facultatibus et servi mei ambulent
tecion. Dixit aulern S. Gcrmerins : Niltil peto, domine
rex, de tuis facultatibus ; sed tantum ut miki dones in
lerritorio Tolosano quantum mea obumbrare potesl
chlamys cum domino noslro B. Salurnino, ut sub
ala ipsius meum requiescat corpusculum. Ipsum enim
post Dominum cœlestem habere. desidero adjutorem
et defensorem in Tolosano comitalu'.
Quelquefois l'humilité interdisait à des âmes fort
saintes de revendiquer leur droit; nous avons cité
l'exemple de saint Damase, rapprochons-en celui de
saint Ephrem, bien que l'écrit qui contient ce rensei-
gnement ne soit pas à l'abri de graves soupçons 8.
Grégoire de Tours voulut que son tombeau fût foulé
aux pieds par les passants9; des fidèles demandaient
à être ensevelis sous les gouttières des églises dans
lesquelles ils ne se jugeaient pas dignes d'être intro-
duits10; on pourrait citer un grand nombre d'autres
exemples.
Un nouvel attrait, pour un grand nombre de fidèles,
était d'avoir part aux prières liturgiques qui stipulaient
la mémoire de ceux qui étaient inhumés dans l'église li.
1 S. Grégoire le Grand, Dialog., h, 23, P. t., t. lxvi,
col. 178. — * Ibid., iv, 51, P. L., t. lxxvii, col. 412. — » Gré-
goire de Tours, Degloria martyrum, c. lxxxix, dansB. Krusch,
Scriptores rerum meroving., in-4% Hannoverœ, 1885, t. i,
p. 547. — * S. Grégoire le Grand, Dial., IV, 52, P. L., t. lxxvii,
col. 413. — 5 Ibid., IV, 54, P. L., t. i.xxvii, col. 416. — 6 Ibid.,
IV, 53, P. L., t. lxxvii, col. 413. — 7 Acta sanct., maii t. m,
p. 593. — 8 S. Éphrem, Testamentum ; Opéra grasc. lat., in-
fol., Roma?, 1732-1746, t. n, p. 233. — » S. Grégoire de Tours,
Vita, 26, P. L., t. lxxi, col. 128. — 10 Muratori, Thésau-
rus, p. mdcclxx, n. 2; Grégoire de Tours, Hist. Franc, VIII,
x, dans B. Krusch, t. i, p. 331 ; Gallia christiana, in-tol., Pa-
ris, 1715 sq., t. xi, Instrumenta, col. 224; Acta sanct., sept.
t. i, p. 264; Dudo, De moribus et actis primorum Norman-
nix ducum, 1. DU, dans A. Duchesne, Historise Normannorum
êcriptores, in-iol., Paris, 1619, p. 157 ; W. Malmesbury, De ge-
C'était à des laïques dont la piété et la charité avaient
l'ait l'édification de l'Église que l'on accordait le plus
joyeusement ce privilège dont la concession dépendait
de l'évoque 12.
AGRIPINVS FAMVLVS XPI CÔM-CIVITATIS EPS
HOC ORATORIVM SCTAE IVSTINAE MARTYRIS
ANNO X ORDINATIONIS SVAE A FONDAMENTIS
FABRICAVIT ET SEPOLTVRAS IBI ORDENAVIT
etc. 13. « Ceux-là, faisait-on dire à la protomartyre sainte
Thècle. ceux-là seuls doivent recevoir cet honneur qui
vivent en Dieu après la mort et sont dignes de reposer
clans la maison et sous le toit des martyrs14. »
Nous voyons en Gaule des chrétiens tenant un rang
considérable obligés de solliciter humblement une place
auprès des saints. Pour s'épargner ce que de tout temps
les hommes ont eu peine à accepter, c'est-à-dire la dé-
pendance, plusieurs préféraient se construire un oratoire
où ils seraient sûrs de reposer parmi les reliques des
saints qu'ils y auraient fait transporter 1S. Nous ne vou-
lons pas entrer ici dans l'étude des lieux les plus qua-
lifiés par les reliques qu'ils abritaient, elle appartient à
l'histoire des pèlerinages Voir Pèlerinage. A Toulouse,
à Clermont, à Vienne, à Vaison, à Arles, on trouve des
faits dignes d'attention : nous noterons seulement une
épitaphe de l'église de Lyon, la plus ancienne de l'Oc-
cident après Rome.
10
FLAVIVS FLORI
EX TRIBVNIS QVI VIXIT
ANNIS OCTOCINTA ET
SEPTIM MILITAVI ANN
TRICINTA ET NOVEM POSITV
EST AD SANCTOS ET PRO
BATVS ANNORVM DECIM
ET OCTO HIC COMMEMO
RAiHH SANTA IN ECLES
LVCDVNENSI A
ID CALENDAS AVG ^.
On sait la discussion passionnée que souleva « la ques-
tion du vase de sang ». Voir Ampoule. Nous devons y
l'aire allusion pour rappeler l'ingénieuse solution que
proposa E. Le Blant, que nous citons textuellement :
« Conservé pieusement, le sang versé par les martyrs
gardait et sanctifiait les demeures; mais la vie du chré-
tien s'étend au delà du tombeau, et, ce patronage d'un
moment, plus d'un voulut se l'assurer pour toujours. De
là l'ardent désir de reposer près des saints, ou du moins
dans les basiliques. Devant les interdictions renaissantes,
la foi fut ingénieuse à appeler autrement sur les morts
la protection céleste. Quelques-uns bâtirent des sanc-
tuaires pour s'y préparer une tombe; on couvrit les
cadavres du voile de l'autel il ; des restes vénérés furent
placés auprès d'eux ls, et dans le sépulcre môme, de l'eau
stis pontifleum Anglorum, 1. III : De episcopis Lindisfarnensi-
bus et Dunelmensibus, dans Savile, Rerum Anglicarum scri-
ptores post Bedam, in-tol., Londini, 1596; in-fol., Francofurti,
1601, p. 277. — " Muratori, Liturgia romana vêtus, in-tol.,
Venetiis, 1748, t. l, p. 761, Sacram. Gelasianum ; t. n, p. 223,
Sacram. Gregorianum. — l5Dionysius, Sacrarum Vaticanse
Basilicx cryptarum monumenta, p. 53; Marini, Papiri diplo-
matici, in-fol., Roma, 1805, p. 131, 283. — ,3 Rovelli, Storia di
Como, in-4\ Milano, 1789, t. i, p. 374. — " S. Basile de Séleucie,
De miraculis S. ThecUe, 1. II, c. xv, P. G., t. LXXXV, col. 592.
— ,SE. Le Blant, ïnscr. chrét. de la Gaule, n. 492. —
«• E. Le Blant, lue. cit., n. 41. — " Concilium Clarom. I,
can. 3 et 7; Conc. Autissiodorense, can. 12. — ,8 Ocli>, lli-
storia translations S. Mauri; Acta sanct., jan. t. i, p. 1056,
Cf. Mabillon, Prx/atio in i sxc. Bened., § 60, in-fol., Paiisiis,
1668-1701.
503
AD SANCTOS
504
bénite1, des croix2, des livres saints3, des hosties4-,
des reliques8 vinrent garder le fidèle endormi. Trois
fidèles préparèrent eux-mêmes leurs tombes au milieu
des reliques protectrices. Ainsi firent, je crois le recon-
naître, les chrétiens de la ville éternelle. Ces membres
déchirés, recueillis avec tant d'amour, ces ampoules où
se renfermaient les reliques et l'eau bénite sont venus
garder leurs couches mortuaires6. »
Les abus que nous avons signalés n'entament pas la
valeur du principe dont l'application donna lieu à
une sorte de superstitieuse confiance. La pensée théo-
logique sur laquelle était fondée cette pratique de l'en-
sevelissement auprès des saints est demeurée, malgré
quelques obscurcissements, assez nette pour être aujour-
d'hui encore facilement reconnaissable clans les textes.
Le dogme de la communion des saints reçoit de l'usage
qui fait le sujet de cette dissertation une confirmation
et un éclaircissement particuliers. Les épitaphes les
plus catégoriques paraissent être au nombre des plus
anciennes; elles sont sans doute plus concises que nous
ne le voudrions, trop concises même, car elles ne sont
plus que des ruines, « mais le rôle des archéologues, a-t-on
dit très justement, est de reconstruire avec des ruines7. »
Ici comme presque dans tous les sujets concernant les
antiquités chrétiennes, nous devons distinguer entre la
doctrine telle que la distribuent les docteurs et la doc-
trine telle que les fidèles l'interprètent. Parmi les Pères
les plus anciens, saint Ignace écrit : 'A-pi^Tou ûu,ûv
cb èu.ôv 7tveù(j.a, oô h.ôvo'V vQv, à).).à v.t\ orav 0eoO
inuxi^M 8; saint Cyprien : Si guis islinc nostrwm prior
divinae dignationis celeritate prœcesserit, perseveret
apud Dominum nostra dileclio, pro fratribus et soro-
ribus noslris apud miscricordiam Patris non ci'sset
oratio^. Avec le IVe siècle les témoignages, sur ce point
comme sur tant d'autres, deviennent très nombreux.
Dans sa Catrchrse .XXIIIe saint Cyrille de Jérusalem
s'exprime ainsi : Iv.ta [J.vï)|j.oveûo|xev xat xâ>v 7ipox£xot-
[/.-(■, al vwv , îrpÛTOV ivaTpiap'/ûv , irpoçr,Tûv , a7ro<nô'/.(ov,
(lapT-Jpojv, ozm; 6 0eô; TaT; s-j-/aï; aviTùv xai Tzçti-
fciai; 7ipoc-£é:r(T-a! r,'iwi tt,v 'Ar^:-) 10. Saint Augustin mul-
tiplie les enseignements. « C'est, dit-il, par les bien-
laits qu'ils nous font que nous constatons l'intérêt que
les martyrs nous portent > ' ; » et ailleurs : « A l'autel,
nous ne faisons pas mémoire des martyrs de la même
manière que nous le faisons pour les autres fidèles qui
reposent en p%ix; nous ne prions pas pour eux : bien
plus, nous leur demandons de prier pour nous '-'. »
Les monuments techniques de la liturgie déposent
dans le même sens : Orationcs connu, et benedictiones
eorum, et pax eorum et carilas Dci sint nobiscum in
ssecula sœculcrumi3. Une fresque du cimetière de Domi-
tille représente sainte Pétronille introduisant une dé-
funte dans le paradis. Ce morceau, qui parait être de
la fin du i\ siècle ou du commencement du siècle sui-
vant, symbolise très exactement la tradition la plus
1 Boslo, rtuma aott., p. 20; A. Lupi, Dissertazioni, lettere ed
altre opérette; in-4°, Faenza, 1785, t. i, p. 70-77. — SP. Aringbi,
ïioma subt., 1. 1, p. 94, 95 ; E. Le Riant, Inscr. chrét. de ta Gaule,
in-4", Paris, 1850-1805, t. i, p. 289, 397. — « Morcelli, Kalen-
iarium Ecclcsix Constantinopolitanx dcccc armorum vêtu-
state insinue, primitifs editum comtnentariis illustratum, in-4*,
Romai, 1788, t. i, p. 231 ; Monachus Engolismensis S. Eparchii,
vita Caroli Magni, c. xxiv, dons Ducbesne, Ilistor. Normann.
scriptores, t. n. p. 87; Acta. sanct., niait., t. m, col. 138.
CI. Manillon, Act. S. O. B., s;ec. m, prœf., n. 78: Bosio, Itoma
sotterr., p. 105. — 'Mabillon, Liturgia gallicana, in-4", Parisiie,
1685, 1. I, c. ix, 13; 1. 111, 13; Conc. Carth. III, an. 397, cail, 6;
Cuite. Autissiod., an. 580. can. 12; Conc. Qtiiuixe.it., an. 691,
can. 83; Acta sanct., mart. t. m, p, 123. — "Sozomène, llisi.
les., 1. IX, c. n, P. C, t. i.xvn, col, 1597; Surius, il déc.,
t. vi, p. 959; Acta satict., aug. t. iv, p. 324. — " Ë. Le Blant,
La question du vase de sang, 1859, p. 30-33. — 'Héron de
Villofosse, Discours aux funérailles de M. Le Blant, dans les
Mélanges de l'École française de Rome, in-81, Rome, 1897. —
antique sur l'accueil que les âmes saintes faisaient à
celles des fidèles au moment où celles-ci quittaient le
corps. Une épitaphe romaine porte en effet :
PAVLO FILIO MERENT1 IN PA
CEM TE SVSCIPIAN OMNIVM ISPIRI
TA SANCTORVM QVI VIXIT ANNOS-II-DIES-N.L »«
D'autres mentionnent cette compagnie des saints;
toutes sont antérieures à la paix de l'Église :
LEOPARDVM IN PACEM CVM SPIRITA SANCTA
ACCEPTVM is
REFRIGERA CVM SPIRITA SANCTAis
ACCEPTA EST AD SPIRITA SANCTAH
Sous une forme d'une admirable vivacité, deux in-
scriptions nous donnent des formules analogues : une à
Aquilée i PERGENS AD IVSTOS ET ELICIOS (i. e.,
electos) >8; l'autre à Lyon : A TERRA AD MARTYRES'».
On retrouve l'indication de l'accueil lait aux âmes par
les martyrs dans un poème de saint Grégoire de Na-
zianze :
Mipxupg; à),X' VTtôSeyQe 9-joî [isya, ttjv 7to),ju.o/6ov
£âp/.a, xal ûu.£iipot; oiÏ\i.xijïj ÉTiroyivYjv i0
« Accueillez, martyrs, cette insigne victime, cette
chair mortifiée et associée à votre sang. »
Ces derniers mots sous la plume du grand théolo-
gien, sont dignes d'attention. Dans les vers qui suivent,
il parle de la contiguité qui existe entre le tombeau de
Nonne et celui des martyrs; il faut donc probablement
entendre cette association au sang des martyrs, au sens
spirituel, d'une association de mérites acquis parle mar-
tyre et par la mortification. C'est presque la même pensée
qu'on retrouve dans l'épitaphe de Satyrus par saint
Ambroise et dans celle de Celsus par son père saint
Paulin de Noie : Hœc meriti (Tierces ut sacri sanguinis
humor, Finilimas penetrans abluat exurias21. Inno-
cuisque pares merilis, peccala parentum Infantes
caslis vincile suffragiis i2 . La croyance au dogme de la
communion des saints se trouve donc établie par les témoi-
gnages de reconnaissance pour les bienfaits attendus ou
reçus, grâce à l'intercession des amis de Dieu. Les an-
ciennes liturgies avaient consacré cette croyance dans
les formules qu'elles faisaient réciter en la fête des mar-
tyrs : Tribue (Domine) tuoruin intercessione sancto-
rum marlyrum caris nostris qui in Chris to dorrniunt
refrigerium in regione vivorum, ou bien encore en
la fête des saints Corneille et Cyprien : beatorum mar-
tyruni... Corneliel Cypriani. .. nos tibi Domine commen-
det oratio, ut caris noslris qui in Christo dorrniunt re-
frigeria xterna concédas-3. Une des messes palimpsestes
de Mone, qui ne peut être raisonnablement ahaii
»S. Ignace, Epist. ad Trallianos, xm. dans I'.-X. Funk, Opéra
patr. apost., In-8*, Tubinga», 1887, p. 218. — «S. Cyprien, Epist.,
i.vu. P. /.., t. m, col. 863.— I0S. Cyrille de Jérusalem, Catcch.,
XXXIII, Mystagog., v, c. ix, P. G., t. xxxm.col. 1110; Acta S.
Ma eimi, u, dans Ruinart, Acta sincera. — " S. Augustin. De
cura pro mortuis gerenda, 19, 20, 21. P. L.. t. xi., ooL 006,
607. — '*S. Augustin. Tract., lxxiy, In Evang.S. Johannis,
P. L., t. xxxv, col. 1847. — "Renaud.it. Liturgim Orientatium.
in-4', Parisiis, 1715, t. i. p. 510. Ci Muratori, Lilurgica ro-
niana vetus, t. !, col. 596 — " De Rossi, Hall, di arch. crist ,
1875, p. 19. — "R. Fabietti, Inscript, di 574, n. i \\i.
— " De Rossi, Inscr. christ, urb. Rom., t. I, p. 23, n. 17. —
"Corp. inscr. lat.. t. V, n. 1086. — '* G. Marchi, Illustrazione
d'una lapide cristiana Aqta1 16. — •■■E. Le
Blant, Inscr. chret. de in Gaule, n. 58. — "Muratori,
i, Neapoli, 1776, p. 10, 34, 12. — «'Oruter, toc. cit.,
p. nui xvn, n. 2. — " S. Paulin, Poem . xxxv. De obilu I
pueri, vs. 613-614. — MMabiUon, De liturgia gallic, in-4», Pari-
Siis, 1085, p. 27S, 289; cf. p. 218, 224, 220. 253, 270, 272.
5C5
AD SANCTOS
506
après l'époque des persécutions1, contient une collecte
posl nomina ainsi libellée : sanclorum tuorum nos
gloriosa mérita ne in po:na[m] veniamus creusent;
de func lorum fideliiim anmiœ, quaa beatitudinem gau-.
dent, nobis opitulenlur ; qu.se consolationcs indigent ec-
elesiie precibus absolvanlur'2.
L'épigraphie est à peine moins claire.
PETRVS ET PANCARA BOTV POSVENT MARTVRE
FELICITATI3
SANCTIS MARTYRIBVS PAPRO ET MAVROLEONI
DOMINIS VOTVM REDD*
SANCTOS SILVANO VOTVM POSVIT CLADIVS EV-
TYCHES CVM COIVGEM ET FILIOS»
Une épitaphe du cimetière de Commodille complète
ce que nous avons dit sur l'intercession des saints en
faveur des fidèles qui ne sont pas encore délivrés de
leurs péchés. Il s'agit d'un enfant que son jeune âge
mettait à l'abri de toute oliense lormelle 6 :
£AA<plN OIC MNIAN £X£TAI
AIONVCIN £IC MNIAN £X£TAI
••••ÔTIA PETITE.... ET PRO PARENTE... .[et pro[
FRATRIBVS E[/]VS... VIBAN[«] CVN BONO''
Les martyrs n'étaient pas seuls l'objet de ces demandes,
on s'adressa aussi à ceux que l'on avait perdus :
ROGES PRO NOBIS QVIA SCIMVS TE IN -j"8
ORO SCIO NAMQVE BEATAM a
PETE PRO FILMS TVIS<°
PETE PRO CELSINV CONIVGEN i>
PETAT PRO NOBIS 12
PETAS P(r)0 NO(&js) "
PETE PRO EOSi*
EYXOY YTTEP HMOONis
CARVSORAT[o] DOMINVM TV[m]M QVOD [>#olNON
MEREOR VNITER DOMINVM|| RE PRESTES
IN ORATIONIS TVIS VT POSSIT AMARTIAS
MEAS [IN(dM)LGERE»s
96. — Inscription de Procula. D'après A. de Boissieu, Inscrip. ant; ae Lyon, p. 5V7.
Euse]B\VS INFANS PER AETATEM SENE PECCA
to acc]EDENS AD SANCTORVM LOCVM IN PA
ce gwiJESCIT
Ainsi pour ce petit innocent la compagnie des saints
ne subira aucun retard; sa béatitude est affirmée, pour
la lui obtenir il n'est nul besoin de prières. Ce monu-
ment nous aide ainsi à donner toute sa valeur à un
groupe nombreux d'inscriptions lapidaires et de pros-
cynèmes sollicitant avec instance l'intervention des
saints :
SANTE SVSTE IN MENTE HABEAS IN HORATIONES
AVRELIV REPENTINV
MARCIANVM SVCCESSVM SEVERVM SPIRITA
SANCTA IN MENTE HAVETE ET OMNES FRA-
TRES NOSTROS
[Petite spirit] A SANCTA VT VERECVNDVS CVM SVIS
BENE NAVIGET
' De Rossi, Bull, di arck. crist., 1875, p. 21. — * Mone, Latei-
nisclie und griechiesche Messen, aus dern zweiten bis sechsten
Jahrh. herausg., in-4", Frankturt am Main. 1850, p. 22. — 3Ode-
rici, Syltuge veterum inscriptionum, in-4", Romoe, 1765, p. 268.
— * Munum. Eccl. lit., t. i, n. 3073. — ■ G. Marini, Atti dei frat.
Arvali, t. n, p. 405. — " De Rossi, Bull, di areh. crist., 1875, p. 27.
— 'De Rossi, Borna sotterr., t. n, p. 17, 18, 382, 383, 385, 386.
— * Marini, Arvali, t. n, p. 362, pi. ; ci. p. 295, note 12. —
•Marini, Arvali, p. 266. — ,0 Oderici, Sylloge, p. 262. — " Ibid.,
p. 263. — ''-Ibid., p. 343. — "Aringhi, Borna subt., t. I, p. 305;
Ce sont là néanmoins des exceptions, car c'est aux
martyrs et plus tard à d'illustres patrons locaux que
s'adressent ordinairement les hommages et les suppli-
cations.
DOMINA BASSILLA COMMANDAMVS TIBI CRES-
CENTINVS ET MICINA FILIA NOSTRA^
CONMANDO BASSILA INNOCENTIA GEMELLM*
SERENVS FLENS DEPRECOR IPSE[deww].... ET
BEATA(m) BASILLA(m)VT VOBIS PRO M(eK-
tis)... 19
SANCTE LAVRENTI SVSCEPTA(m /î)ABETO [ANI-
MA(m eius)20
SANCTI PETRE MARCELLINE SVSCIPITE VES-
TRVM ALVMNVM21
Une épitaphe de la Viennoise, qui appartient à la fin
du VIe siècle, %ssocie la mention du secours prêté par
Oderici, toc. cit., p. 344. — "Oderici, Sylloge, p. 344. —,sCorp.
inscr. grxc, n. 9545. — ,6De Rossi, Borna sotterr., t. m, p. '2'i5.
Cl. Marini, Arvali, p. 266; Mai, Script, vet. nov. coll., t. v,
p. 402, 8; Marangoni, Acta sancti Victorini,\t. 90, 119; Boldetti,
Osscrvazioni, p. 418, 490; De Rossi, Ibid., t. n, p. 276, 277; Corp.
inscr. gra?c.,n.9673; E. Le Blant, Inscr. chrét. de la Gaule, 1. 1,
n. 4. — " Jucuzio, De epigram. SS. Bonusx et Mennx, in-4',
Romse, 1758, p. 51. — "> Boldetti, Osservazioni, p. 463. — "'Bo-
sio, Borna soit., p. 560. — !0 Mommsen, Inscr. regn. Neapol.,
n. 6736. — S1 Davanzati, Notiz. d. basilicadi S. Prassede, p. 211.
507
AD SANCTOS
508
le martyr au défunt à l'anniversaire liturgique" de sa
fête :
SED MARTER BAVDELIVS PER PASSIONIS DIE
[DNO DVLCEM SVVM COMMENDAT ALVMNVIvT
« Le martyr Baudelius, par la vertu du jour de sa pas-
sion, recommande au Très-Haut son serviteur bien-
aimé. »
On conclura aisément de ce qui précède que le souci
de l'éternité a grandement préoccupé les fidèles pour
leur propre compte et pour le compte de ceux qu'ils
avaient aimés et connus. Les esprits vraiment solides de
ces siècles déjà bien éloignés se laissent encore recon-
naître par la modération qu'ils surent mettre dans
l'expression de leur confiance. La sépulture auprès du
corps des saints ne leur apparaissait pas comme une
panacée morale d'un effet infaillible, aussi s'efforçaient-
ils demêriterle secours de cette protection. Bien plus, à
la prière des saints ils joignirent la leur et ce l'ut en-
core ici la communion des saints. On parlera ailleurs
avec le détail nécsssah'e de la prière pour les morts, nous
nous bornerons donc à réunir ici quelques textes au
point de vue particulier qui a fait l'objet de cette dis-
sertation.
« L'avantage que les défunts retirent du voisinage des
martyrs, dit saint Augustin, consiste uniquement dans
les prières plus ferventes que les fidèles adressent à
Dieu en leur faveur-, «Plus loin, résumant la discussion
il conclut ainsi : « Ne croyons donc pas pouvoir être
utiles aux défunts que nous voulons soulager, autrement
que par les supplications solennelles du sacrifice de
l'autel et du sacrifice de nos prières et de nos aumônes 3. »
Comme ce Père en fait la remarque, la coutume de
prier pour les morts était, de son temps, universelle;
l'Église en avait réglé la place parmi les prières du prêtre
pendant le sacrifice *. Cette intercession se rattache étroi-
tement au dogme de la communion des saints, si l'on
observe avec le même docteur que le sacrifice est offert
à Dieu par son Fils qui consent à ce que la mémoire
de ses saints y soit rappelée chaque jour. Ici encore
nous laissons de côté les textes patristiques pour nous
en tenir à d'autres moins connus. L'épigraphie sert à
tous d'interprète et d'abord elle prèle la parole an
défunts :
ONNS QVI IN HANC AVLAM DEI ORATIONE
[ORATEPRME PECCATORE*
ROGO VOS ONNS QVI HINC TRANSITIS ORAE
[PRO ME<s
ROGO VOS HOMNES QVI LEGITIS HORATE PRO
[ME PECCATORE1
Puis ce sont les vivants qui réclament es prières pour
leurs défunts :
MERVIT TITVLVM INSCRIBI VT QVISQVIS DE
FRATRIBVS LEGERIT ROGET DEV VT SANCTO
ET INNOCENTE SPIRITO AD DEVM SUSCI-
[PIATVR8
OBTESTOR VOS OMNES QVI HAEC LECTVRI
ESTIS VT PRO REQVIE ILLIVS ORARE NON
[DESINATIS9
•
Nous avons vu ainsi l'Eglise triomphante, l'Église
souffrante et l'Église militante s'accorder sur un point
de foi et l'on ne saurait récuser la sincérité des témoins
que nous avons entendus.
C'est encore un témoin que ces anciennes liturgies
' f.e filant, luxer, chrét. de la Gaule, t. n, q. tus. — «s. Au-
gustin, De cura pro mortuis, t>, 7, /• /.., i. m., col. 596 sq
» ibid., 22, P. /-.t. jo., COL609. - *Ibid., 3, P. L.,t XL, col. 596.
— 'Jncuzio, De epigrammate SS. Bonusx et Mc>m;r, p. 14. —
dont le formulaire a conservé l'indication de la mention
des délunts pendant le sacrifice : Pust nomina, super
diptycha 10.
IV. Les sépultures :u:« PAPES. — Les proportions
que prendrait un catalogue des sépultures ad sanctos
ne permettent pas de songer à l'insérer à cette place.
Nous nous bornerons à donner ce catalogue en ce qui
Concerne les papes, jusqu'à la paix de l'Église, d'après
le Liber ponlificalis.
Petrus
42-G7
Linus
G7-S1.
Cletus
Sl-93.
Clemcns
93-103
Anacletus
103-110
Evaristus 110-117
Alexander 117-120.
Sixtus -1-27,
Telesphorus 1-27-138.
Hygiuus 130-1 1-2.
Piusl 142-150.
Anicetu: 150-1G2.
Soter
1G2-171.
Eleuthcrius 171-185.
Victor 185-197.
Zcpbyrinus 197-21.").
Callixtus 2I.V222.
Urk.nus I 222-230.
Pontianus 230-235.
Antberos 235.
Fabianus $6-24,9.
Cornélius 250.
Lucius 251.
Stephanus 1 959-257.
Sixtus 11 957-259.
Sepultus est Via Aurélia, juxta
Palatium Neroniauum, in Ya-
ticano.
Sepultus est juxta corpus Beati
Pétri, in Vaticano.
Sepultus est juxta corpus Beati
Pétri, in Vaticano.
Sepultus est (in Chersonesi?).
Sepultus est juxta corpus Beati
Pétri, in Vaticano.
Sepultus est juxta corpus Beati
Pétri, in Vaticano.
Sepultus est Via Nomentana, ubi
decollatus est, ab urbe non
longe, milliario VIL
Sepultus est juxta corpu; Beati
Pétri, in Vaticano.
Sepultus est juxta corpus Beati
Pétri, in Vaticano.
Sepultus est juxta corpus Beati
Pétri, in Vaticano.
Sepultus est juxta corpus Beati
Pétri, in Vaticano.
Sepultus est in Cœmeterio Cal-
lixti, Via Appia (?) [al. in Va-
ticano].
Sepultus est in cœmeterio Cal-
lixti, Via Appia (?) [al. in Va-
ticano].
Sepultus est juxta corpus Beati
Pétri, in Vaticano.
Sepultus est juxta corpus Beati
Pétri, in Vaticano.
Sepultus est in cœmeterio suo
juxla cœmet. Callixti, Via
Appia. (On sait que cette sé-
pulture était auprès de la
tombe de sainte Cécile.)
Sepultus est in cœmeterio Cale-
podii, Via Aurélia.
Sepultus est in cœmeterio Pra>
têxtati, Via Appia.
Defunctus in Sardinia, quem B.
Fabianussepelivit in cœmeterio
Callixti.
Sepultus est in cœmeterio Cal-
lixti, Via Appia.
Sepultus est in cœmeterio Cal-
l:xti, Via Appia.
Sepultus est in crypta, juxta cop-
meterium Callixti, in praedio
Lucinte.
Sepultus est in cœmeterio Cal-
lixti, Via Appia.
Sepultus est in cœmeterio Cal-
lixti, Via Appia.
Sepultus esl m cœmeterio Cal-
lixti, Via Appia.
' Ibid., p. 14. — 'Muratori, Xov. thés, inscr., p. UCMUCXTI, n. 17.
— 'Oderici, Sj/lloge, \>. 265. — *E. Hubner, Inscr Map. christ.,
n.'2'i8. — l0G.M.Toun'et,£'n<((ii7'/:;r. sur un traité tir S. A uy Ut-
tin, dans la /ter. archêol. , 1X7S, nouv. série, t. v, p. 140-155, 2S1--296.
509
AD SANCTOS
ADAM ET EVE
510
Dionysius 259-2G9.
TVlix I 2G9-275.
Eutychianus 275-283.
Caius 283-290.
Marcellinus 290-303.
Marcelin* 303-309.
Eusebius 309-311.
Melchiades 311-314.
Scpullus est in cœmeterio Cal-
lixli, Via Appia.
Fecit basilicam in Via Aurélia
ubi sepultus est, milliario II
ab Uilic
Sepul tus est in cœmeterio Cal lixti,
Via Appia.
Sepultus est in cœmeterio Cal-
lixti. Via Appia.
Sepultus est in cœmeterio Pris-
cilloe.
Sepultus est in cœmeterio Pris-
cillœ.
Sepultus est in cœmeterio Cal-
lixti, in crypta.
Sepultus est in cœmeterio Cal-
lixti, in crypta.
Priscille remontant à la moitié environ du 111e siècle '.
On ne peut taire remonter les plus anciens parmi eux
plus haut que la fin du 111e siècle.
La plupart des artistes ont choisi le moment où Adam
et Eve sont tentés; mais la liberté que l'on prenait alors
avec l'histoire les a portés à réunir plusieurs moments
en un seul. C'est ainsi que la présence du serpent, la
manducation du fruit, le premier mouvement de honte
sont confondus, et à vrai dire, il y aurait peu de profit
à essayer ici un classement. On trouve l'histoire de la
chute sur des monuments très divers : sarcophages,
verres gravés, lampes (fig. 97).
Nous n'avons rencontré que peu de scènes dans les-
quelles Adam et Eve soient encore dans l'état d'inno-
cence, ce qui peut s'expliquer par le progrès qu'avait
déjà fait la pudeur dans la société chrétienne2 à l'époque
qui nous fournit les plus anciennes représentations. Nos
97. — La tentation d'Adam et Eve sur un sarcophage au musée de Toulouse. D'après une photographie.
On pourrait continuer cette liste, il suffit de rappe-
1er que Pie IX demanda dans son testament l'honneur
et le secours de la tumulatio ad sanctum Laurenlium.
II. Leçlercq.
ADAM ET EVE. — I. Dans l'art chrétien primitif.
IL Dans la liturgie. III. Dans la littérature. IV. Testa-
ment d'Adam. V. Liber Ada»ii.
I. Art chrétien. — La représentation de nos premiers
parents est très fréquente dans les monuments de l'an-
tiquité chrétienne, et néanmoins peu variée dans la dis-
position du groupe ou dans les rapprochements symbo-
liques qu'il provoque. Martigny attribue à cette re-
présentation une portée polémique. Il estime qu'elle
servait à enseigner contre les doctrines répandues par
les gnostiques que l'homme fut créé complet et non pas
comme nn ver. Il n'est pas douteux que le personnage
d'Adam lut violemment attaqué par l'hérétique Tatien
(tin du 11e siècle), mais les monuments qui le représentent
ie> sont pas contemporains de cette dispute. Parmi les
monuments de Home, la plus ancienne représentation
de ce sujet consiste en une fresque de la catacombe de
1 .1. Wilpert, Fractio pajlis, in-i", Paris, 1896, p. 47, note 1. —
5 Revoit, Architecture romane, in-fol., Patï6, 1873, t. i, p. 17. A
la chapelle Saint-Gabriel, près Tarascon (ix* siècle). Eve se cache
li ,'orge avec la main droite. — 3S. d'Agincourt, Recueil rie frag-
menta de scul])ture antique en terre cuite, in-i", Paris, 1814,
[ parents couvrent leur nudité parfois avec la main, par-
fois avec les deux mains ou avec une feuille, d'arbre.
L'essence de l'arbre est fort variée, si tant est qu'on puisse
toujours la reconnaître sous le travail grossier de l'ar-
tisan et les injures du temps. La théorie philosophique
des « milieux » trouve ici son application. Didron a ob-
servé en eiretque l'essence de l'arbre varie suivant les
zones agricoles. En Normandie, on trouve la pomme; en
Bourgogne, le raisin; ailleurs, les cerises. C'est là une
manière qui n'a rien de moderne et on peut penser que
les monuments de l'antiquité furent l'occasion des
mêmes libertés. D'Agincourt signale une lampe antique
sur laquelle Eve était représentée cherchant un voile '*.
Bientôt s'introduisit le symbolisme. Un sarcophage
d'Arles représente un mouton aux pieds de la femme 4 ;
celui de Junius Bassus 5 complète l'indication symbo-
lique en plaçant à côté d'Adam une gerbe d'épis, allu-
sion à la loi du travail imposée après la désobéissance.
Ailleurs, on voit un jeune homme — le Christ — pré-
sentant aux coupables la gerbe et le mouton6.
De très bonne heure se manifeste la tendance à trans-
pl. xxiv, u, 2. — 'E. Le Blant, Sarcophages chrétiens antiques
tle la ville d'Arles, in-lol., Paris, 1878, n. 37, pi. XX, fig. 2 et
p. 34 sq. — 'Bottaii, Sculture e pitture sagre estratte (ici ci-
miteri di Homo, in-lol., Ronia, 1737, pi. xv. — B De Rossi, Bull,
di arcli. crisl., 1805, p. 69. Ct. Bottari, loc.cU., pi. M, excv.
511
ADAM ET ÈYE
512
former le fait historique on « moralité ». Un verre publié
par Buonarolti ' montre Eve ornée de colliers et de bra-
celets; il faut y voir sans doute une condamnation de
ces bijoux et de ces parures qui provoquèrent souvent
les plaintes des Pères de l'Église. Ce ne sont là, il faut
bien le dire, que des conjectures.
Les plus magnifiques sarcophages contenaient ordi-
nairement cette scène de la chute de nos premiers pa-
rents, mais traitée avec plus ou moins de talent suivant
l'habileté technique des artistes; le thème conserve
presque dans tous les cas sa monotonie. Les composi-
tions les plus remarquables dans lesquelles est entré le
groupe qui nous occupe sont :
1° Bas-relief. — Une pierre annulaire qui représente
le serpent tenant le fruit dans sa bouche, tandis qu'A-
dam et Eve s'agenouillent et s'inclinent profondément
devant un personnage qui semble vouloir les relever et
tement; cependant Adam emporte une houe sur 1 épaule
(fig. 98).
4° Bronze. — 11 est curieux de retrouver exactement
la scène précédente sur la porte de bronze du dôme de
Pise, ouvrage de Bonnano (vers 1171); touteiois, la pos-
ture de l'ange est plus vive encore dans le dernier mo-
nument (fig. 99).
5° Coupe. — Une patère de bronze antique qui repré-
sente Adam et Eve mangeant le fruit détendu et an-des-
sous une image criophore, probablement le bon Pasteur,
qui serait un symbole du Christ retrouvant la brebis
humaine ".
6" Miniatures. —Un feuillet de la bible de Charles le Gros
conservée à Saint-Pau 1-liors-lcs-Murs et exécutée par Ingo-
bère nous offre l'histoire entière d'Adam et Eve depuis la
création d'Adam jusqu'à leur vie de travail hors de l'Eden.
Cette composition, ainsi que toutes celles de ce ma-
98. — Fragment d'un collïet représentant Adam et Eve chassés du Paradis terrestre.
Pesaro, Musée Oliveriano. D'après une photographie.
qui appuie ses pieds sur l'r/0'j;, symbole dont la signi-
fication n'est pas douteuse '-.
Le goût du symbole dont nous parlons se soutint,
malgré l'infériorité d'exécution avec laquelle on le ren-
dait. L'ignorance des artisans, qui peut se dissimuler
dans les vêtements, parait dans toute sa profondeur
lorsqu'ils traitent le nu. Certains ouvrages, comme la
coupe de Podgoritza, sont à ce point de vue des documents
de l'histoire de l'art et de la civilisation à son plus bas
degrés (flg. ioo).
'2° Pierre gravée. — Un nicolo antique de la collection
du British Muséum représente Adam et Eve de chaque
coté de l'arbre *.
3° Ivoires. — Un coffret d'ivoire conservé à Darmstadt
représente Adam et Eve chassés de l'Eden. Ce sujet a
été souvent traité principalement parles Byzantins-', avec
la liberté d'interprétation coutumière aux artistes chré-
tiens. La plupart de ces ivoires portent inscrite la ques-
tion posée par Dieu à Adam : AAAM IIOT El, « Adam,
où es-tu 6?j> Une cassette (musée Oliveriani à Pésaro)
montre Adam et Eve chassés par l'ange et sans aucun vè-
* P. Buonarotti, Osservazioni sopra alcuni frammenti de'
vasi anticln iti vetro ornati di figure trovati net cimiteri di
Ruina, in-4*, Kirenze, 1716, p. 8, pi. i, fig. 2. — ■ Buonarotti, loc.
cit., pi. I, fig. 1. — 3 De Rossi, Bull, di arcli. crist., 1874,
pi. XI, et 1877, pi. V-VI. — * (). M. Dalton, Catalogue of early
Christian antiquities of tlie. llritisli Museuni, in-4', London,
1901, p. 7, pi. I, n. 42. — "•Gïa'vrn, Adamo et Eva SUi eufanetti
d'avorio Oyzantiiii, dans L'ai u , 1899, t. u, fasc. 8-10. - 'A.
nuscrit paraissent dériver d'une source commune à cette
bible et à celle de Charles le Chauve exécutée par l'école
de Tours, mais la barbarie de l'exécution s'est grande-
ment accrue dans le manuscrit de Saint-l'aul-hors-les-
Murs. Les détails sont simplifiés ou manquent tout à
fait; l'ange qui assiste à la création d'Adam, la surprise
du groupe par Dieu avant que l'homme et la femme se
soient couverts de feuilles sont omis.
II. Litirgie. — Le culte d'Adam présente peu d'inté-
rêt. Il se réduit d'ailleurs a un minimum. Une simple
mention dans les calendriers, on bien une citation dans
les compositions lyriques de I ! que''; pour les
liturgies occidentales, quelques allusions dans des an-
tiennes, des répons et des lectures. Les plus importantes
de ces dernières sont : l;i première leçon du samedi
saint, et la lecture dv l.i Genèse au commencement du
carême ou à la septuagésime,
III. Littérature. — Le Codex Nazarteus, dont les
hymnes alphabétiques avaient attiré l'attention du car-
dinal Pitra8, a été traduit en français par Tempestini et
publié dans la Troisième encyclopédie llicologiquc de
Venhiri, Storia deliarte italiana, in-8*. Milano, 1002, t. n,
p. G0D sq. — ' Martigny, Dictionnaire des antiquités
tiennes, au mot Adam et Eve. — • Ntlles, Kalendarium ma-
nuale, in-8% Œniponte, 1897, t. n. Index, au mol N. Adam. —
0 Pi Ira, Hymnograpliie de I 1 nue, ln-8*, Paris.
Codex Nataneus, liber Adami appeUatus, sy
Criptus, lathwquc redditus a M. Norberg, 3 vol. in-4*, L^ndiai
Gothorum, lsiô-1816.
51Î
ADAM ET EVE
:u
Migiie '. On trouve à la suite un résumé du manuscrit
du musée Borgia contenant le Divan des Mendaïtes 2;
Le livre de la pénitence ou du combat d'Adam 3 ; Le
combat d'Adam et d'Eve qu'ils eurent à soutenir après
leur expulsion du jardin et piendant leur séjour dans
la caverne des trésors, selon l'ordre du Seigneur, leur
créateur 4. — Nous avons parlé du Codex Nazaréens et
du Testament ou Livre de la pénitence. Le Combat
d'Adam n'est connu que par une version éthiopienne,
traduite en allemand s et en anglais0. C'est un recueil
tout rempli des imaginations orientales s'exereant sur
un théine assez large, car on y a tait accueil aux autres
patriarches. On sait que ces sortes de compositions
n'oflrent d'intérêt généralement que par les points de
contact qu'elles ont avec d'autres écrits du même
genre ou avec dos pièces plus sérieuses. Le Combat
d'Adam est totalement indépendant du Livre d'Hé-
Adx et Evse publiée par W. Meyer9; la AtaOr,xo t<5v
tcpioto7ia<xct<.>v signalée par Anastase le Sinaïte dans son
commentaire de \'Hexaméron">. Il a existé un fragment
grec de l'Apocalypse dont nous trouvons la mention sui-
vante dans l'épitre de Pseudo Barnabe, n. 10, ©uica tû
0eci> xapoia (TUVTetptjXjjLSVï)' 6<7|j.T| eùwSi'aç râ xvipta xapîisc
8o?àïou<7a tôv nsnXaxÔTa aÙT^v. Le ms. de Constantinople
porte en marge : ^aXp.. N' xàt iv «■reonaÀ-j^et 'ASip..
Voy. Irénée, Contr. Hier., IV, xvii, 3; Clément, Pœdag.,
nr, 12 (éd. Polter, p. 30(5), et Strom., Il, 18 (même éd.,
p. 470) n. — Une ancienne version slave 12. — Les Armé-
niens ont un livre intitulé La Pénitence d'Adam. — La
Narratio Zosimi sera classée avec d'autres écrits, nous
la rappelons ici à cause de quelques emprunts curieux
qu'elle contient ,3.
IV. Testament d'Adam. — Le livre qui porte ce titre,
réduit à quelques fragments, fait partie d'un ouvrage
00. — Tentation, chute d Adam et Eve »t leur sortie du paradis représente sur la porte de bronze du dôme de Pise.
D'après une photographie.
woe/i et du Livre des Jubilés. Dillmann croit que
l'original était arabe. On peut lui donner pour lieu d'ori-
gine l'Egypte et pour date le Ve ou VIe siècle. — A. Har-
nack et C. Schmidt ont publié un fragment copte d'une
Apocalypse de Moyse et Adam. C'est un morceau de peu
d'importance1. — Parmi les Apocalypses apocryphai
de Tischendorl s se trouve un Livre d'Adam et un Moïse
sous ce titre : Ai^-f^ciç xoù TtoXiTeia 'ASàu. xai Eù'a; tûv
7ïptoT07iXàaTa>v à7Toxa).ucp0sî<7a 7tapà 0soO Mcovot) tô> 6spâ-
TtovTt aûtoO, ore tàç TtXâxa; to0 vôu.ou t?,; &;a0v:lxri<; sx
/Eipbc xuptou èôsÇa-ro, oiSayOsU ûjrb tou àpy_afyi\o\t
Mi-/arjX. C'est un ouvrage qui paraît tout juif d'inspira-
tion. — Puis viennent le Livre des filles d'Adam, con-
damné par le décret De libris non recipiendis ; Vita
1 Dictionnaire des apocryphes, t. I, col. 1-284. — s Tbid., col.
283-289. — *Ibid., col. 290-2'J7. — * Ibid., col. 298-388. — = Dill-
mann, Das christliche Adambicch des Morgenlandes, aus
detn Athiopisclien mit Bemerkungen ûbersetzt, dans Jahr-
bïicher d. biblischen Wissenschaft, in-8", Gôttingen, 1853, t. v,
p. 1-114. — ° The Book of Adam and Eve also called the conflict
of Adam and Eve tvitli Satan, a book of the early eastern
Church translated from the Ethiopie, ivith notes by S. C. Ma-
lan, in-8", London, 1882; Arn. Breymann, Adam und Eva,
in-8% Wollenbuttel, 1893. — ' Dans les Sitzungsberichte d.
kônigl. Pr. Akademie d. Wissenschaften, 1891, p. 1045 sq. —
8 In-8% Leipzig, 1866, p. 1-23, et Ceriani, Monumcnta sacra et
profana, in-4°, Mediolani, 1868, t. v, part. 1, p. 21 sq. —
' Abhandl. d. Mùnch. Akad., philos.- philol. KL, 1878, xiv.
DICT. D'ARCII. CIIRÉT.
plus étendu, d'origine gnostique, qui a joui de quelque
faveur dans différents cercles chrétiens des premiers
siècles •*. Le titre de cet écrit est douteux, il pourrait se
faire que le même ouvrage ait été désigné sous les noms
de Pénitence, d'Apocalypse et de Testament. Le décret
dit gélasien (milieu du VIe siècle) désigne cet apocryphe
comme il suit: Liber qui appellalur Pœnitentia Adse,
apocryphusvi; saint Épiphane mentionne des Apoca-
lypses d'Adam16 ; les Constitutions apostoliques con-
damnent un livre attribué à Adam et empreint de gnos-
ticisme "; enfin le Syncelle 18 et Cedrenus 19 disent avoir
mis à profit deux ouvrages intitulés la Vie d'Adam et
la Petite Genèse. Or les détails qu'ils y ont puisés sur
la « pénitence » et sur les « révélations » d'Adam se re-
Cf. Meyer, Lutwin's Adam und Eve, dans Litterarischer Verein
de Stuttgart, 1881, t. cuil. — ">P. G., t. lxxxix, col. 967. —
" R. James, Apocrypha anecdota, in-8", Oxford, 1893, p. 145. —
'- Jagic, dans Denkschr. d. k. Akademie d. Wissensch., phitos.-
historische Cl., Vienne, 1893, t. xlii, p. 1-104. — ia R. James, toc.
cit., p. 86 sq. — ,4 Assemani, Bibl. orient., in-tol., Romae, 1719.
t. m a, p. 282; E. Renan, Fragments du livre gnostique intitula-
Apocalypse d'Adam ou Pénitence d'Adam ou Testament
d'Adam, dans le Journal asiatique, nov.-déc. 1853, p. 427-471.
— ,5Erwin Preuschen, Kûrzere Texte zur Gescli. der alten
Kirche u. des Kanons, in-8°, Freiburg, 1893, p. 154. — "' S. Épi-
phane, Adv. hxres., XXVI, 8, P. G., t. xli, col. 341. — » Ccnst.
apostol., 1. VI, c. xvi, P. G., 1. 1, col. 953. — '«Cedrenus, Si voit;
; nu; i«iv, éd. Fabroz, in-lol., Parisiis, 1647, p. 10. — ls Item, p. 9.
I.
17
515
ADAM ET EVE
516
trouvent trait pour trait dans les fragments syriaques
contenus clans les mss. 58 et 404 du Vatican.
Cependant la Vie d'Adam et la Petite Genèse ne sont
eux- mêmes que des remaniements de seconde main du
livre mentionné par Épiphane et pseudo-Gélase sous les
#
100. — Adam et Eve représentés sur la coupe de Podgoritza.
D'après le Bullettino di archeologia cristiana, 1877, pi. 5.
litres d'.-l pocalypse et de Pénitence d'Adam dans les-
quels Lalilie, llardouin et Fabricius ne voyaient qu'un
même ouvrage : pénitence (peravota) eUre'reîalions (àito-
/.7>j'V.:). Ces doux termes semblent avoir été synonymes,
observe justement Renan. Ceci expliquerait les Péni-
tences d'Origène, de saint Cyprien, de .larnnès et Mam-
bré'.Dans le Testament des XII patriarches - et dans
la Pislis Snpltia, le mot u.sT<ivoea a ce sens de révélation.
Le nom de Testament parait avoir été abandonné d'as-
sez bonne beure ; on retint ceux de Pénitence et i'Apo-
calypse. Toutefois ces titres doivent s'entendre assez lar-
gement puisque les fragments donnés par Cedrenus
comme extraits de l'Apocalypse se retrouvent presque
les mêmes dans les mss. syriaques sous le titre de Tes-
tament d'Adam. Dans les dernières annéesdu vr siècle
(vers .")(.l()i. raconte la Chronique de Samuel d'Ani, des
Syriens introduisirent leurs taux livres en Arménie après
les avoir traduits dans la langue de ce pa\s ;. Parmi
ces livres se trouvaient la Pénitence d'Adam et la Dia-
théké ou Testament.
Il parait que les fragmenta syriaques qui nous
restent appartiennent à des époques différentes; les deux
premiers seraient les plus anciens. Quel que soit leur
xrai titre, ces morceaux n'ont aucun rapport avec les
traditions en vogue au moyen âge sur la pénitence et la
morl d'Adam; ils se rattachent au cycle du saint Graal
et ultérieurement à VÉvangile d'Eve mentionné par
saint Kpipbane *. Les fragments liturgiques dont nous
transcrivons ici la traduction sont relatifs à la division
des heures du jour et de la nuit. On y voit clairement
l'influence des idées île la Perse sur le gnosticisme dans
la division mystique du temps, division qui rappelle
celle qui sert de base aux Jeschts Sadés et au Sirovaé.
Ces rapprochements pourraient en suggérer d'autres
entre les Vadjs et les Tavids qu'on trouve à la suite des
■lest/tts Sadés et les prières liturgiques contenues dans
le mis. syriaque n. '217 de la bibliothèque du Vatican .
On retrouve dans les Constitutions apostoliques '■ des
Coptes quelques \esii-es qui insinuent plus qu'ils ne
prouvent un point de contact avec les fragments qui
font l'objet de ces observations. Les étoiles, le- arbres,
les eaux y ont, eux aussi, leurs heures d'adoration, et il
1 E. Preuscben, /or. cit., p. 154. - - Ituhen. c. n. P. G., t. u.-
col. 1040. :| Mss. arménien de la Bibl. Nationale, n. 96 I
v : Renan, loc. cit.. p. 430. note 5. — * Renan, toc cit., p. 434,
noie 2. - :' Fol. 99, 212, etc. — * The apostolical constitutions...
in coptic, tvith an eiu/lish translation by 11. Tattam, ui-S1,
Lontlon, 1648. ■ - : L. VIII, c. xxxiv. /'. <;.. t. i, col. Il
se pourrait que tout cela eût quelque rapport avec le
Cantique des trois Hébreux : Benedicite omnia opéra.
Enfin ces idées se retrouvent dans les Constitutions
apostoliques grecques' , mais sous une forme assez dilîe-
rente. Il paraît évident que nous avons dans les fragments
étudiés ici une adaptation gnostique de la division,
probablement apostolique 8, des heures canoniques.
Premier fragment. —Heures de la nuit'.
Première heure de la nuit. C'est l'heure de l'adoration des
démons; durant tout le temps que durent leurs adorations, ils
cessent de faire le mal et de nuire à l'homme, parce que la force
cachée du Créateur de l'univers les retient.
Deuxième heure. C'est l'heure de l'adoration des poissons et
de tous les reptiles qui sont dans la mer.
Troisième heure. Adoration des abimes inférieurs et de la
lumière qui est dans les abimes, et de la lumière inférieure, que
l'homme ne saurait si nder ,0.
Quatrième heure. Trisagion des Séraphins. Avant mon péché,
j'entendais à cette heure, ù mon fils, le bruit de leurs ailes dans
le paradis; car les séraphins avaient coutume de battre des ailes
en rendant un son harmonieux dans le temple consacré à leur
culte. Mais depuis que j'eus péché et transgressé l'ordre de Dieu,
je cessai de les voir et d'entendre leur bruit ainsi qu'il était
juste.
Cinquième heure. Adoration des eaux qui sont au-dessus des
cicux. A cette heure, ô mon fils Seth, nous entendions, moi et les
anges, le bruit des grandes vagues, élevant leur vi ix ) our rendre
gloire à Dieu, à cause du signe caché de Dieu qui les agite.
Sixième heure. Assemblage de nuées et grande terreur reli-
gieuse qui marque le milieu de la nuit.
Septième heure. Repos des puissances et de toutes les natures
pendant que les eaux dorment; et à cette heure, si l'on j rend de
l'eau, que le prêtre de Dieu y mêle de l'huile sainte et oigne de
cette huile ceux qui souffrent et ne dorment pas, ceux-ci sont
guéris ".
Huitième heure. Actions de grâces rendues à Dieu pour 1 1
duction des herbes et des graines, au moment où la ros
ciel descend sur elles.
Neuvième heure. Service des anges qui se tiennent
trùne de la Grandeur.
Dixième heure. Adoration dos hommes; la porte du ciel
s'ouvre, afin d'y laisser entrer les Prières de tout ce qui vit : elles
se prosternent, puis elles sortent. A cette heure, tout ce que
l'homme demande à Dieu lui est accordé, au moment où les séra-
I bina battent des ailes et où le coq chante.
Onzième heure. Grande joie dans toute la terre, au moment où
le soleil monte du paradis du Dieu vivant sur la création, et se
lève sur l'univers.
Douzième heure. Attente et profond silence parmi tous les
ordres de lumières et d e prits, jusqu'à ce que les prêtres aient
placé des parfums devant Dieu : puis tous les ordres et tout'
puissances du ciel se séparent.
Voilà pour les heures de la nuit.
Deuxième fragment. — Maintenant les heures du jour.
Première heure du jour. Prière des êtres cèles
Deuxième heure. Prière des anges.
Troisième heure. Adoration des oiseaux.
Quatrième heure. Adoration des animaux terrestres
Cinquième heure. Adoration des êtres qui sont au-dessus des
cieux.
Sixième heure. Adoration des chérubins, qui prient pour les
péchés des lu mu
Septième heure. Entrée et sortie devant Dieu. Les Prières de
tous les êtres vivants entrent, se prosternent et sortent.
Huitième lieu: D de la lumière et des eaux.
Neuvième heure. Prii ges qui se tiennent devant le
trône de la Grandeur.
Dixième heure. Inspectii n des eaux : le Saint-Esprit <!•■■
et plane sur les eaux et les sources. Et si l'Esprit du Seigneur ne
descendait pas et ne planait pas ainsi sur les eaux elles souives.
le genre humain serait perdu et les démons feraient périr d'un
regard tous ceux qu'ils vomiraient. Et si à cette heure on prend
de l'eau et que le prêtre di Dieu ) mêle de l'huile sainte
oigne les malades, ceux-ci recouvrent immédiatement la santé.
* Acte apost., m. 1 et passim. — • Le tus. arabe r,?, Bibl.
nat., donne les noms mystiques des heures du jour et de la
nuit. — ,0 » Kt à cette heure il n'est possible a personne de
parler. ■ Us.- 59. — " Ct. Tattam. Const. ttpostoU, p
pi - d'une cérémonie analogue qui doit se faire au chant
du coq.
517
ADAM ET EVE
51 S
Onzième heure. Joies et transports dos justes '.
Douzième heure, qui est celle du soir. — Prière des hommes
A la Volonté bienveillante qui réside devant Dieu, seigneur de
toutes choses.
La conjecture de Renan sur les sources des fragments
est confirmée par ce passage de Cedrenus2 : 'Aoau, tû
sijaxotnoiTTài Eue* u.îTavor,<7a; iyiut Si' a.KOY.&'kjtye.tùÇ tï
irsp\ tûv sypriyôpiov xai... Aux textes syriaque et arabe
il faut joindre un texte grec3 qui donne le wyOôfj.spov
sous le nom de 'AuoXXam'ou p.a6r|u.arcx.oû. Nous n'en
101. — Histoire d'Adam et Eve ; miniature de la Bible de Charles le Gros.
Rume, Bibl. du monastère de Saint-Paul-hors-les-murs. D'après une photographie.
• Ce passage est fort différent dans l'arabe et présente en cette
langue un sens beaucoup plus clair : A. la dixième heure, prière
des eaux ; et à cette heure, le Saint-Esprit agite ses ailes et plane
sur les eaux, les sanctifie et en chasse les démons ; et si, tous les
jours, à cette heure, le Saint-Esprit ne planait pas sur les eaux,
tons ceux qui en boiraient périraient, par suite de l'action mal-
faisante des démons. Et si, à cette heure, on prend de l'eau, et que
l'un des prêtres de Dieu y mêle de l'huile sainte et en oigne les
malades et ceux qui sont possédés d'esprits impurs, ils sont gué-
ris immédiatement. « C'est ici qu'il faut rapprocher ce passage
d'une formule déprécatoire des Elchasaïtes : 'ISoù |»«jiûfo(i«i -■>■>
oipavôv xai t'o ô'Swp xat Ta nveûfXOETR ~.'i. ay.a /«•- To'j; !f[yi\o»i Tf^ roi-
(TEU/ij; \aX xb fXacov xa'i tô ctXa; xa; tV]v -,t,;... S. Épiphane, AdV.
hxres., xix, n. 1, P. G., t. xli, col. 261. » Renan, toc. cit., p 4M
(11). — - Cedrenus, toc. cit., 1. 1, c. xli, — J Ma. 2 419 de la Bibl.
nationale, tonds gr., toi. 247 b.
519
ADAM ET EVE — ADDÉE ET MARIS (LITURGIE D')
520
donnerons ici que ce qui a trait à l'onction : X; èv
yj â[àv] avBpurrcoç apir) 3T13 (vépov) -/.où (xiÇ»i u-exà àytov
ÈXat'ou, 7râv otans (vôirr)U,a) taxât xoù 6aiu.ov<ôvTaç xaOaîpei
xai Sa:'u.ovaç àTieXaûvei ' ; et aux heures de la nuit :
VII. iâv «ç av6pù)7roi; xaOapôç âpTrctTv) 3113 (vépov) xeù
j3â),Xei oùtô ô iepeùc xoù |iî|^ u.ST'èXa;'ou xoù aYicto-Y) a-jTo
v.x'i à>e£'Vo àn'ocj-rô àaOev-Ti àypu7tvo-jvTa, 7iapïu6ù tt|;
vocou à'na).XaY''i<T£Tai 2.
V. JL,JS liber adami. —Il contient une liste des sectes qui
appartiennent à chacune des planètes ; plusieurs d'entre
elles se rattachent au christianisme, parce qu'elles bap-
tisent au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit et
honorent la croix, mais à ces rites se mêlent les plus
abominables pratiques. Sylvestre de Sacy a donné
de ce livre une longue étude dans laquelle il faisait
« connaître le fruit de quelques recherches qui étaient,
dit-il, demeurées depuis sept ans dans mon porteteuille
et qui pourraient être perdues si .je n'avais profité de
cette occasion pour les publier » 3. Nous y emprun-
tons plusieurs détails qui vont au sujet de ce diction-
naire.
Les sabéens ont défense de rendre un culte aux
images. Le Liber Adanii recommande fortement le ma-
riage aux Mendaïtes et leur prescrit d'éviter les per-
sonnes de l'un et l'autre sexe qui gardent la continence *.
Ils ont permission de manger la chair des animaux, des
poissons et des oiseaux; mactate, lavate, expurgate,
emundate, coquile et fusis precibus édite. Les naza-
réens se doivent oindre, aux approches de la mort, avec
de l'huile pure. Faute de cette purification les âmes no
parviennent au séjour de la lumière qu'après une dé-
tention et un supplice de soixante et un coups 5 dont on
se préserve par soixante et une prières 6. Dans le séjour
de la lumière on boit le vin que produisent les vignes
qui y croissent 7.
Les nazaréens prient trois fois le jour, après le lever
du soleil, à la septième heure et au coucher du soleil 8;
ils doivent faire l'aumône et prêcher9; en outre, ils se
réunissent dans le temple au lever du soleil, le premier
jour de la semaine, et leurs adorations sont réglées dans
un certain ordre, ils y conduisent leur famille avec eux
et lont baptiser leurs petits enfants dans le Jourdain en
choisissant pour cette cérémonie le premier jour de la
semaine. IL Leci.lrcq.
ADDÉE ET MARIS (LITURGIE D'). - I. Histoire.
11. Exposé. III. Particularités.
I. Histoire. — Cette liturgie est la liturgie normale
des nestoriens, et la seule employée par les Chaldéens
unis; elle porte le nom de liturgie des « saints Apôtres >-,
parce que les nestoriens regardent Addée et Maris
comme les apôtres de leur pays. D'après leurs traditions
Addée, en syriaque « Addai » (Thaddée), et ses deux dis-
ciples Adi et Maris auraient évangélisé la Mésopotamie
et fondé cette Eglise. Ces traditions ont été recueillies,
quant à leur substance, parEusèbe t0; d'après son récit,
le toparque d'Édesse, Abgar, Urkkama, « le unir. » atteint
d'une grave maladie et ayant entendu parler des mira-
cles opérés par le Sauveur, lui aurait écrit pour le
{nier de venir le guérir; le Sauveur lui aurait promis
par lettre de lui envoyer quelqu'un. Après sa mort, sa
résurrection et son ascension, l'apôtre Thomas aurait
envoyé Thaddée (Addai), un des soixante-douze disciples,
afin d'accomplir la promesse laite par le Sauveur. Thad-
dée se serait donc rendu à Edesse et y aurait converti
le roi et presque tous ses sujets. C'est pour ce mot il que
1 rj- James, Apocrypha anecdota, in-8% Oxford, 1893, p. 141.
— -Util., p. 143. — ■ S. (le Sacy, dans le Journal des savants,
n. de juin et novembre 1819, mars 1820. — 'Norberg, lue. cit.,
t. I, p. 127. — »/Wd., t. n, p. 281. — "Ibid., t. il. p. 273. —
1 1bitl. — « Ihi,l , t. II, p. 79. — °lbid., t. Il, p. 77. — "'II. F... I.
XUI, P. G., t. xx, col. 120-129. — " Cf. G. Philipps, La doctrine
les chrétiens de la Mésopotamie attribuent leur liturgie
à Addée et Maris, comme les Syriens attribuent la leur
à Jacques, premier évêque de Jérusalem, et les Égyptiens
la leur à Marc, l'évangéliste; aussi l'intitulent-ils : Lilur-
gia beatorum Apostolorum composita a S. Adseo et
S. Mari Oricntalium doctoribus. La critique moderne
a montré que toutes ces traditions découlent de la Doc-
trine d'Adaï; c'est à ce document qu'Eusèbe a puisé
son récit. La Doctrine d'Adaï ne peut être prise comme
base d'un argument sérieux, parce qu'elle ne remonte
pas au delà de 250, si elle n'est pas postérieure, comme
le veulent certains critiques; un écrit si tardif, avec des
parties totalement supposées, ne permet pas d'asseoir
une conclusion historique ; l'apostolat d'Addée en Mé-
sopotamie reste donc un fait douteux". Cependant le
christianisme pénétra d'assez bonne heure en Mésopo-
tamie; Sozomène dit que la ville d'Édesse fut gagnée au
christianisme dès le commencement :...àp/f,6=v -avô--
u.ei -/peo-TiaviÇsiv eXa^sv rfit tj ieqXeç, xtà. '-; s'il n'est
pas nécessaire de prendre ce renseignement à la lettre,
il est certain, en tout cas, que vers le milieu du IIe siè-
cle le roi Abgar VIII (179-216) est chrétien. — La tra-
dition nestorienne attribue au patriarche Jésuyab III,
vers le commencement du VIIe siècle, la fixation défini-
tive de la liturgie dans la forme abrégée où nous la pré-
sente le texte attribué aux saints Addée et Maris.
II. Exposé. — La liturgie d'Addée et Maris se divise,
comme toutes les liturgies, en deux parties : la pre-
mière préparatoire (TrpouapaTv.îvxTrtxr, ); la seconde
pourrait être appelée essentielle. Nous exposerons les
traits principaux de cette liturgie en faisant observer
que les manuscrits contiennent quelques variantes.
;re partie. — 1° Depuis le commencement jusqu'aux
leçons de l'Écriture. — On commence par la récitation
de l'hymne angélique : Gloria in excelsis Deo, suivi du
Pater nosler qui es in cselis; puis on récite l'oraison :
Robora, Domine et Deus noster, injirmitatem nostrarn
per mïsericordiam luam, etc., et, les jours ordinaires,
la louange de la Trinité; Adoretur, glorificetur, laudr-
lnr, exaltetttr et benedicatur in cxlo et in terra no-
men adorandum et gloriusum Trinitalis tum, semprr
gloriose Domine omnium, ainsi que le Psaume xiv :
Domine, quis habitabit in tabernaculo tuo, etc..
son canon; après cela, on récite d'autres oraisons, puis
la prière de l'encens : Referemus hymnum Trinitati
tua gloriosœ, Pater, Ftli et Spiritus sancte ; enfin
la communion des saints : Tu Domine, rere es suscila-
lor corporum nostrorum, etc.
2° Depuis les leçons de l'js.criture jusqu'à l'évomgile.
— Lorsqu'on lit des leçons de l'Écriture, on récite .li-
verses oraisons; en premier lieu le Trisagion :Sanptus,
laudandus, polens, immorlalis, etc. A la lecture de
l'Epitre (ad Apostolum), on récite l'oraison : Illumina
nobis, Domine et Deus noster, motus cogitationum
nostrarum, etc. La liturgie de l'Église syrienne du Ma-
labar n'a rien touchant la lecture de l'Épltre,
3* Depuis l'évangile jusqu'à la sortie de» catéchu-
mènes. — Le prêtre salue et encense l'Évangile, et re-
cite devant l'autel l'oraison : Te germen prseclarum
Patris lui, etc.; puis il se rend à l'ambon précédé de
cérolëcaires et lit l'Évangile à haute voix; après la lec-
ture de l'Évangile on récite l'oraison : Te Domine, Drus
polens, deprecamur ri rogamus, etc. Les diacres disent
alors : Inclinait1 capita restra; puis le prêtre dit se-
crètement sur le gradin (B^aa)11 l'oraison: Dommr
Deus omnipotens, tua est Ecdesia sancta catholica,
etc.; après les mots; et super populum islum, qurm
d'Adfi'i, Lob^ms, 1836; Tixeront, /.es origines tir FEglise
d'Eiicsse, in-8*, Paris, 1888; Ducbesne, dans le Bulletin critupje,
1889, p. 41-48; Funk, Histoire de l'L>jlise. tr.ul. Bemmer,
in-12. 1" édit.. Paris, s. d., t. I. p. M, 5'i. — " Hist. eccl., VI, i.
P. G., t. i.xxvn, col. 1288. — '»Cf. L. Ctagnet, Dictionnaire
grec-français des votas liturgiques, in-s , Paris, 1886, p. M -~
m
ADDÉE ET MARIS (LITURGIE D')
522
eh-g;sii libi, il élève la voix et continue : El da nohis
per clemeuiiam tuam,etc.
> 4° Depuis la sortie des catéchumènes jusqu'à l'offer-
toire. — Les diacres montent alors à l'autel et s'écrient :
(Jik non nrirpit baplismiim [discedal]. Ce rite, qui est
encore conservé dans les livres liturgiques, n'est plus
en vigueur.
.") Depuis l'offertoire jusqu'au canon.. — Le prêtre
commence alors le Répons des mystères; c'est ici que
commence la Missa fidelium des anciens. Pendant ce
temps le sacristain apporte sur l'autel le disque et le
calice; le prêtre place ses mains en forme de croix et
dit : Offerimus laudem Trinitali tuas gloriosm omni
ton pore et in sœcula. Il conlinue : Chris tus qui immo-
latus est pro sainte nostra, etc. ; il ajoute enfin : Impo-
nantur mysteria prseclara, sancta et vivifica super ai-
tare Domini polentis, usque ad ejus advenlum, in sœ-
cula. Amen l.
11e partie. — C'est la plus importante ; elle porte
dans les livres liturgiques le nom d'Anaphora et cor-
respond à notre canon.
1° Depuis ORATE FRATRES jusqu'à la PRÉFACE. — Le
prêtre s'approche de l'autel pour célébrer: il s'incline
trois fois devant l'autel, dont il baise le milieu, le côté
droit et le côté gauche; il s'incline de nouveau vers le
haut de l'autel et récite l'oraison : Benedic, Domine.
Orate pro me, Patres, fratres et Domini mei,ut Deus
det milii, etc. ; les assistants répondent : Chris lus e.rau-
diat oralionestuas,gralumque liabcal sacrificiumtu um ,
Etc.; alors il s'incline vers la partie inférieure de l'au-
tel, prononce la même prière et on répond de la même
manière; il s'incline du côté de l'autel et dit : Deus om-
nium Dominus sil cwni omnibus nobis per gratiam
suam et miserationes, in sœcula. Amen; ensuite il
s'incline vers le diacre qui est à sa gauche et dit : Deus
omnium Dominus confirmet rerba tua, etc.; puis il
s'incline vers l'autel et dit secrètement : Domine et
Deus nosler, ne aspicias ad mullitudinem pecnatorum
nostrorum, etc.; il se relève et dit aussi secrètement :
Confitemur Domine et Deus nosler divitias abundan-
les gratiae tuœ erga nos, etc.; à la fin de cette oraison
il dit le canon : Et refercmus libi laudem, gloriam,
itiitfessionem et adorationem, nunc et semper, et in
sœcula sœculorum ; il fait le signe de [la croix, et l'on
répond : amen ; à ce moment on se donne mutuellement
la paix, et l'on récite la prière catholique, c'est-à-dire
pour toute espèce de personnes. Le diacre dit alors :
Confiteamur, rogemus et deprecamur ; le prêtre récite
deux autres oraisons: Domine Deus potens,adjuva im-
becillitatem meam, etc., et : Domine et Deus nosler,
coerce cogitaliones meas, etc.; le diacre ayant dit : Vi-
gtlatiter et attente, le prêtre se lève et découvre les
mystères (= le pain et le calice), en enlevant le grand
voile: il bénit l'encens et dit à haute voix le canon :
Gratia Domini nostri Jesu Christi et caritas Dei Patris
et communicatio Spiritus Sancti sit cum omnibus no-
bis, nunc, etc. ; puis il lait le signe de la croix sur les
mystères et l'on répond : amen-,
2° Depuis la préface jusqu'à ïe pic lèse. — Le prêtre
dit : Sursum sint mentes vestrœ; on répond : Sunl ad
le Deus Abraham, Isaac et Israël, rex gloriose; le
prêtre alors pose l'encens et récite la Préface, en partie
en haute voix, en partie secrètement, après cela il s'incline
il récite en secret l'Oraison : El cum illis Poleslalibus
coelestibus confitemur libi, etc., il lait alors le signe de la
croix sur les mystères, et l'on répond : Amen. — Le
diacre dit alors : In menlibus veslris. Orate pacem
nobiscum ; le prêtre incliné dit secrètement l'oraison :
Domine Deus potens, s'uscipe liane oblationem, pro
omni Ecclesia sancta catholica, et pro omnibus Patri-
1 Cl. Renaudut, Liturgiarum orientaliutn collectio, in-4%
Francoiorti, 1847, t. il, p. 578-580. — «Renaudot, op. cit., t. Il,
bus plis cl justis, qui placili fuerunt libi, et pro omni-
bus prophelis et Aposlolis, et pro omnibus martyribus
et con f essor ibus, et pro omnibus lugenlibus, angu-
stialis et œgrotis, et pro omnibus necessilatem et vexa-
lionem patientibus, et pro omnibus infirmis et oppressis
et pro omnibus defunctis, qui a nobis separali migra-
verunt : tum pro omnibus qui pelunt orationem ab
infirmilate nostra, et pro me peccatore humili et
infirmo, etc. ; après, étant incliné, il dit l'Oraison :
Tu Domine pbr miserationes tuas multas et inenar-
rabiles 3, etc.
3° Depuis l'ÉPia.ÈSE jusqu'à : QUI pridie QVAM
pateretur. — L'épiclèse est, à proprement parler, la
continuation de l'oraison précédente : Et veniat, Do-
mine, Spiritus tuus sanctus, et requiescat super oblatio-
nem hanc servorum tuorum, quant offerunt, et eam
benedicat et sanclificet, ut sit nobis Domine ad propi-
liniiunem delictorum, et remissionem peccatorum,
spemque magnam resurreclionis a mortuis, el ad vilam
noram in regno cozlorum, cum omnibus qui placili
fuerunt corani eo, etc.; suit le canon : Referentes hym-
num, honorent confessionem et adorationem nomini
luo sancto vivo et vivi/icanti, nunc et semper, et in
sœcula sœculorum. Le prêtre fait alors le signe de la
croix sur les mystères, et l'on répond : Amen; il s'incline,
et baise l'autel au milieu, à droite et à gauche, puis il
récite l'oraison : Christe, pax superiorum et tranquil-
litas magna inferiorum, etc. ; ensuite il s'encense lui-
même, et les mystères; puis il prend le pain des deux
mains, et élevant les yeux en haut il dit : Laus nomini
tuo sancto, Domine Jesu Christe, et adoratio majestali
tuse semper et in sœcida. Amen. Panis enim vivus est
et vivificans qui descendit de cœlis, el dal vitam
miindo universo, quem qui edunt non moriuntur ; et
qui illum recipiunt per illuni salvanlur, nec corru-
piinnem sentiunl, et vivunt per illuni in setemum:
laque es anlidolus morlalilalis nostrœ, et resurrectio
lotius figmcnli nostri^.
4° Depuis : qui pridie quam pateretur jusqu'à la
fraction du corps. — Le prêtre s'apprête à rompre
l'hostie et dit : Accedimus, Domine, cum fide vera fran-
gimusqtie cum confessione, et signamus per misericor-
diam luam, corpus et sangidnem vivificatoris nostri
Jesu Christi, in nomine Patris, el Filii, et Spiritus
Sancti; puis, il rompt l'hostie en deux parties; il dépose
sur la patène la partie qu'il a dans la main gauche, et
avec celle qu'il a dans la main droite il signe le calice
en disant : Signatur sanguis preliosus corpore sancto
Donnni Jesu Christi : In nomine Patris el Filii et Spi-
ritus sancti, in sœcula; il la trempe alors dans le calice
jusqu'au milieu et en signe le corps, qui est dans la pa-
tène en disant : Signatur corpus sanctum sanguine
propitiatoris Domini nostri Jesu Christi : In nomine
Palris, et Filii, et Spiritus sancti, in sœcula; il unit
ensuite les deux parties, et récite l'Oraison : Divisa sunl
sanctificata, compléta, perfecta, unita et contmixla
mysteria hœc prœclara, sancta, vivificanlia et divina
unum cun) altcro, in nomine adorando et glorioso Trini-
laîis tuœ, gloriose Pater, Fili et Spiriltis sancte, ut sint
nobis in propitialionem delictorum, et remissionem
peccatorum, in spem quoque magnam resurreclionis
a mortuis, et vitœ novœ in regno cœlorum, nobis el
Ecclesiœ sanctœ Christi Domini nostri, islic et in qua-
cumque regione, nunc et semper, et in ssecula sœculo-
rum. Ensuite il fait avec le .pouce droit'une fissure dans
l'hostie, de façon à ce que le sang y pénètre; il jette une
partie dans le calice, fait la génuflexion, se lève et récite
l'oraison : Gloria tibi Domine Jesu Christe, etc. ; il trace
sur son front le signe de la croix5.
5° Depuis la fraction du corps jusqu'à la fin. — Le
p. 581-583. — a Renaudot, op. cit., t. H, p. 583-586. — » Renaudot,
op. cit., t. Il, p. 586-587. — 'Renaudot, op. cit., t. H, p. 588-589.
523
ADDÉE ET MARIS (LITURGIE D') — ADELPHIA
prêtre commence à rompre le corps et dit : Propiliare,
Domine, per ctementiam tua/m peccalis et insipientiis
scrvorum tuorum, et sanctifica labia nostra per gra-
tinai tuani, ut dent fruclus glorix et tandis divinilati
lux, cum omnibus sanctis tuis in regno tuo. Il élève la
voix et continue : Et fac nos dignos, Domine Deus no-
ster, ut perpétua absque macula, coram. te consistamus
cum corde puro, facie aperta et cum fiducia quœ a te
est miscricorditer nobis data; et omnes paritcr invo-
cemus te et sic dicamus : Pater xoster, etc.; les
assistants disent aussi : Pater noster. Après s'être
signé, le prêtre dit : Sancta sanctis decet in perfectionne ;
on répond : TJnus Pater sanctus ; unus Filius sanctus ;
unus Spirilus sanctus. Gloria Palri, et Filio, et Spiri-
tui sancto in seecula sseculorum : Ames. Le diacre
apporte alors le calice pour la communion, et dit : Pre-
cemur pacem nobiscum; le prêtre dit : Gratia Spi-
rilus sancti sit lecum, nobiscum et cum suscipientibus
illum ; il rend le calice au diacre; celui-ci dit : Benedic
Domine; le prêtre répond : Donum gratim vivificatorh
et Domini noslri Jesu Christi compleatur, in miseratio-
nibus, cum omnibus. Le diacre distribue alors la com-
munion pendant qu'on dit le répons : Fratres, suscipile
corpus Filii, clamât Ecclesia; et bibite caliceni ejus
cum fi de in regni domo. Le prêtre termine par la prière
de louange et d'action de grâces et la bénédiction'.
III. Particularités. — La liturgie des saints Addée
et Maris contient quelques particularités qu'il est néces-
saire de connaître : 1° la grande supplication, ou
Mémento, occupe une place particulière; au lieu de
suivre l'épiclèse, elle est placée avant et rattachée immé-
diatement à la commémoration du Christ ou anamnèse;
2° le pain et le. calice sont recouverts chacun d'un voile;
ils sont en outre recouverts tous deux par un grand voile
appelé par les syriens Anaphora-; 3° à la préface on
emploie l'encens; 4° il y a deux fractions de l'hostie : la
première, en deux parties seulement, représente les bles-
sures et les meurtrissures du corps de Jésus-Christ au
temps de sa passion; l'autre en plusieurs parcelles pour
la distribution de la communion aux fidèles; cette com-
munion se fait sous les deux espèces3. V. Ermoni.
ADDEXTRATOR. Cencius Camerarius définit en
ces termes la fonction des addexlratores : Papalis Mi-
trœ dclatores; quia ipsi ad papse derteram incedebani
quando cquitabat ad visilandam aliquam ecclesiam >.
Ce terme, outre sa signification particulière, s'appliquait
encore à tous ceux indistinctement qui escortaient un
dignitaire en marchant à sa droite. Cencius Camerarius
dit en elfet : Deinde duo de majoribus cardinalibus
addexlrant usque ad altare 5. Le cérémonial ambrosien
publié par Puricelli contient cette prescription au
dimanche des Rameaux : Unus egregius miles de génère
«Renaudut, op. cit., t. n, p. 589-591. — J<:i. Clugnet, Diction-
naire g rec- français des noms liturgiques, p. 11. — 3Ouue les
ouvrages cités au cours de l'article, cf. Probst, Liturgie der
drei ersten Jahrhunderten, in-8', Tubingue, -1870, p. 395; Ici.,
Liturgie des vierten Jahrhunderts, in-8', Munster. 1893, p. 30s,
309; Liturgia SS. apostolorum Adœi et Maris, publiée à la mis-
sion anglicane d'Ourmiah en 1892; Brightman, Liturgies eaatern
and western, Oxford, 1896, 1. 1, p. 247 (traduction anglais! i; L. Du-
chesne. Origines du culte chrétien, 2' édit., in-8", Paris, 1898,
p. 68, 09. — *Du Cange. Gtossarium med. et inf. latinitatis,
in-V, Niort, 1884, t. I, p. 73, à ce mot. — ^Ibid.. p. 72, au mot
addextrare. — 6 Puricelli, De monum. basilic;/' ambrosiante,
in-4*, Milan, 1645, p. 57, n. 52. Cf. Zaccaria, Onomasticon, in-V,
Faventi;e, 1787, p. 7, à ce mot. — ''Liber pontiftealis, éd. Du-
chesnr, in-4-, Paris, 1884, t. n, p. 302, 308. — • Beroldus sive
Ecclesi.T ambrosianiB mediolanensis kalendarium et ordines,
éd. Magistretti, in-8% Mediolani, 1894. — »E. Le Blant, Élude sur
les sarcophages chrétiens antiques de In cille d'Arles, in-fol.,
Paris, 1888, p. 37. — l0Sac. Isidoro Cai'ini, Su d'una nuova iscri-
zione rinvenuta nella cutacombe di Siracusa (lettre au profess.
Salvat. Cusa), Palermo, 19 juin 1872; Saverio Cavallari, Sul
Rhodensium eleganlcr indutus cum chirolecis in mani-
bus de caméra Ponlificis sumptis dexlrat, et duc'tl
eum per frœnum 6. Le Liber ponlificalls dans la notice
du pape Pascal II (1099-1118) nous parle de la sequens
familia, dans laquelle il ne peut guère être question des
addextratores, corporation palatine dont le rôle était
d'escorter le pape à droite et à gauche dans les proces-
sions " et qui ne semble pas avoir fait partie de la garde
pontificale appelée tantôt familia, tantôt veredarii. Be-
rold dans ses Ordines de l'église de Milan n'en parle
pas 8.
ADELPHIA (Culte des morts). Un sarcophage dé-
couvert en juin 1872, dans la catacombe de saint Jean
à Syracuse est digne d'intérêt à plusieurs titres. Ce sar-
cophage est remarquable non seulement à cause des
nombreuses figures qui s'y retrouvent et de leur décora-
tion polychrome 9, mais encore à cause d'une représen-
tation inconnue jusqu'à ce jour (fig. 102).
Le sarcophage présente l'imago chjpcata surmontée
d'un cartouche dans lequel on lit :
IC ADELFIA C F
POSITA COMPAR
BALERI COMITIS
[H]ic Adelfia, c{larissima) f{eminà), posita compar
Baleri{i) comitis.
C'est un monument du Ve siècle. Son importance lui
a valu d'être souvent étudié 10 et nous aurons nous-mê-
mes à le rappeler souvent. Le médaillon ne donne lieu à
aucune observation, car c'est à tort qu'on a voulu y voir
une allusion à un épisode de la vie d Adelphia et de Va-
lerius. Cette image ne s'écarte en aucune manière du type
consacré dont on trouve des exemples en Italie ' l et en
Gaule12. Ce médaillon est accosté des images de Moïse et
Abraham dont nous avons expliqué ailleurs la présence
constante en cet endroit. Voy. Abraham, col. 115. Une
préoccupation exagérée de symbolisme a voulu y faire
découvrir des allusions aux vertus domestiques des deux
époux qui auraient donc pratiqué le devoir et la rési-
gnation. Ce sont là de pures imaginations. Dans le même
ordre d'idées on s'est ingénié à découvrir un système
de symbolisme total dans ce sarcophage; tous les
groupes devaient, pensait-on, concourir à une thèse
d'ensemble. Cette opinion ne repose sur aucun texte,
nous savons, au contraire, que les sculpteurs des tombes
chrétiennes se préoccupaient beaucoup moins du sym-
bolisme, auquel ils étaient plus ou moins initiés, que de
l'ordonnance symétrique de leurs compositions lJ.
Le couvercle du sarcophage est un peu plus court que
la tombe, le cartouche qui contient l'inscription ne se
trouve pas au milieu par rapport à l'imago clypeata,
enfin le couvercle et le sarcophage répètent une même
sarcofago ritrovato nelle catacombe di Siracusa, 1872; l<i-
doro Carini, Annotazioni sul sarcofago rinvenuto m Sira-
cusa, dans Bullettino délia Commissione di antichità e belle
arti di Sicilia, n. 5, août 1872, |1 \i; Ciuseppe Pitié, Lettere
siciliane, exUait de Bivista europea, octobre 1872; Antonio
Salinas, dans Bassegna archeologicu siciliana, août 1872. |
De Rossi, Bullettino di archeolog. cristiana, 1872. p. 82-83; Fil.
Matranga, Sul sarcofago rinvenuto nelle cataco>nbe di Sira-
cusa. nov. et décemh. 1N72: Vincenzo di Giovanni, dans Giornale
cilia offiziule. h nov. 1K72: F. Lantier, Sut sarcofagi
perto in Sien, usa, ln-8 . Is7;i; Héron de Villefosse, Sarcophage
chrétien i/ dans la Gazette archéologique, 1877,
p, 157-168, pi. 25; E. Le Blant. La Vierge au ciel représentée sur
un sarcophage antique, dans la Ri rue, t xxiv,
1877, p. 353 sq., pi. x.xill; Mauceri, Guida di Siracusa, in-12. Si-
racusa. ls;>7. ■ " Rutlari. Seulturc c jntlurc, in-fol., Renia, 17. 17.
]1 xu\. i.xxxiv. ixx.xix. cxxxvn; De Rossi, Bull, di arc
crist.. 1865. n. 9. p. 69; Martigny. Dict., au mot Sarcoph:
p. 597. — "MUlin, Voyage dans les départements du midi de
la France, in-8-, Paris. 1MI. atlas, pi. iwn. n 1 et 4. — "E.
Le Blant, dans le Journal officiel du 18 juillet 1877, p. 5283.
ADELPITIA
scène, l'adoration des mages, avec cette différence, il est
vrai, que dans l'un le Christ est au maillot, dans l'autre,
nous le voyons sorti de la première entance ' . Ces faits
donnent lieu de douter si le couvercle était destiné au
sarcophage; cette question n'a pu être encore résolue.
La représentation dont le sarcophage d'Adelphia nous
offre un exemplaire unique occupe la partie gauche du
couvercle. On y voit la scène suivante : une femme voi-
lée occupe une chaise élevée, elle repose les pieds sur
un tabouret. A droite et à gauche, des femmes debout
l'entourent, une quatrième, assise à terre, regarde le
personnage principal et joint les mains. Toutes sont voi-
lées. Un groupe s'approche de celui-ci; il se compose de
trois femmes dont l'une est- dirigée par les autres vers
la dame assise sur la chaise haute. E. Le Riant, à qui
bous empruntons l'explication de celle partie du monu-
ment, voit dans la figure principale, le personnage de
la Vierge signalé par l'usage du tabouret — scabellum
d'autres nomment, suivant leur dévotion ou celle de
leurs compatriotes, les saintes Euphémie, Eugénie, Ca-
sarie et beaucoup d'autres vierges. Les femmes illustres
de l'Ancien Testament y sont admises, ce sont : Sara,
Rebecca, Rachel, Lia, Suzanne puis encore Anne, sa
propre mère, Marthe et Marie, les Maries de l'Évangile,
Elisabeth 8. La liste ne paraît pas avoir été jamais ter-
mée. Saint Jérôme9 et saint Jean Chrysostome l0 y in-
scrivent les saintes femmes qu'ils ont connues, vierges,
veuves ou épouses.
Rien ne s'oppose donc à ce qu'on voie dans ce sujet
une défunte introduite près de la Vierge par les saintes
compagnes.de Marie. Plusieurs monuments offrent des
sujets analogues à celui-ci. Les anciens fidèles croyaient
que l'âme était présentée à son iuge par ses saints pro-
tecteurs, principalement par les saints apôtres Pierre et
Paul". Un graffite sur marbre représente une défunte
escortée des saints qui doivent répondre d'elle devant
102.
Sarcophage chrétien du musée de Syracuse. D'après une photographie.
— qui constitue un signe honorilique 2 et qui se retrouve
ailleurs sous les pieds de la Mère de Jésus 3. Le scabellum
est, à plus forte raison, donné au Christ lui même jusque
dans les représentations où il parait comme Dieu 4. On
pourrait supposer ici une analogie et chercher» à l'ap-
puyer sur de solides raisons. Nous savons par un grand
nombre de textes que les anciens groupaient volontiers
autour de la Vierge quelques personnages que leur sexe
et leur sainteté faisaient paraître plus dignes de jouir
de la familiarité de la mère de Dieu.
Les écrits des Pères peuvent nous aider à reconstituer
ce groupe. C'est d'abord la prophétesse Anne que Blé-
silla dit rencontrer dans l'entourage de Marie 5. Saint
Ambroise y introduit sainte Agnès f', et saint Martin
raconte avoir vu Agnès et Thècle auprès de Marie 7,
'Cf. Eunèbe, Chronic. annis Doniini, 3 et 4, P. G., t. xix;
col. 531. — «Pausanias, vuf, 37; Le Normand et de Witte, Élite
des monuments céramographiques, 4 vol. in-4\ Paris, 1837-
1861, t. m, pi. ix ; Bosio, Huma sotterranea, in-fol., Roma, 1632,
p. 45; E. LeBlant, Étude* sur les sarcophages d'Arles, pi. v, x.
— 3Bottari, Roma sotterranea, in-tol., Koma, 1737, t. I, pi.
XXXVIII et xl; J. Ciampini, Votera monimenta, in-fol., Rornse,
1690, t. H, pi. xxvn ; Deville, Description d'un bas-relief en
ivoire, dans les Mémoires de la Société des antiquaires de Nor-
mandie, II- série, t. iv ; De Rossi, Bull, di arch. crist., 1865, p. 69 ;
C. Bayet, Mémoire sur l'ambon conservé à Salonique, dans les
Archives des missions, nouv. sér., t. ni, p. 480. — * Bottari, loc.
at., t. î, pi. iv et xv ; Garrucci, Yetri, in-tol., Roma, 1868,
Dieu. Ce fragment décorait la partie inférieure d'un
titulus de la iin du me ou du ive siècle trouvé au cime-
tière Ostrien. Il nous offre un sujet analogue à celui
du sarcophage d'Adelphia; une défunte est introduite
par les saints protecteurs dans le paradis. Aucun in-
dice ne permet de soupçonner quels sont les saints
représentés, mais une particularité tout à fait remar-
quable est la lampe que tient à la main le sa'nt placé
à droite de la défunte. C'est à un texte africain qu'il
faut demander l'explication de ce détail. On lit dans les
Actes des martyrs de Carthage, en 259, Montanus, Lucius
et leurs compagnons, le récit d'une vision accordée à
l'un d'eux, Renus : Reno, qui fiobiscum fuerat. sonino
apprelienso, ostensum est ei produci singulos; quibus
prodeunlibus lucemse singulx prseferebanluv : eu jus
pi. xvin, fig. 4; E. Le Blant, Étude sur les sarcophages df Arles,
pi. v. — 5S. Jérôme, Epist., xxxix,Ad Paulamde obitu Blesillx
filise, 6, P. L., t. xxi, col. 472. — 6 S. Ambroise, De institutione
virginis, 113, P. L., t. xvi, col. 348. — 7 Sulpice Sévère, Dial.,
il, 13, P. L., t. xx, col. 210. Cf. Nicetas Paphlago, In lau-
dem S. Protomartyris et Apostoli Theclœ, dans Combefis,
Grseco latinx biblothecx auctarium, in-tol., Parisiis, 1648, t. i,
p. 461. — 8 Passio S. Heliconis, 20 dans les Acta sanct, raaii t. vi,
p. 743. — '■> S. Jérôme, Epitaph. Paulœ ; Epist.. XXII. Ad Eusto-
chium,P.L., t. xxii, col. 395 sq.— "> S. Jean Chrysostome. Epist.,
H, Ad Olympiadem, 3, 4, P. G., t. lu, col. 559 sq. — " Garrucci,
Storia del arte cristiana nei primi otto secoli dalla Chiesa,
in-fol., Prato, 1873, t. Il, p. 116.
527
ADELPHIA — ADJURATION
528
autem lucerna non prsecesserat, nec ipse procedebal.
Et cum processis'semus nos cuni lucernis nostris ex-
pergefaclus est. Et ut nobis retulit, lœtali sumus
fidentes nos cum Christo ambulare, qui est lucerna
pedibus nostris et qui est senno scilicet Dei '.
Cette opinion a laissé après elle de nombreux té-
moignages qui nous apprennent que Veneranda a été
accueillie par sainte Pétronille 2, que les « Champs
Élysées » ont acclamé l'entrée du chrétien Marinus 3,
que les saints se rendirent au-devant de saint Félix de
Noie i, enfin saint Ambroise rappelle que les anges et
Marie elle-même avec le chœur des vierges se réjouissent
à l'entrée des chastes filles qui pénètrent dans le ciel.
Quantis Ma (Maria) virginibus occurret... q use pompa
Ma, quanta angelorum Iselitia plaudenlium, quod ha-
bitare mereatur in cselo, quse cœlesti vila vixit in sse-
culo. Tum etiam Maria tympanum sumens, choros
virginales excitabit cantantes Domino, quod per mare
sseculi sine ssecularibus fluctibus transierunt 5. On voit
par cette dernière phrase que la sœur de Moyse conserve
sa fonction d'autrefois dans cette assemblée.
Un dernier texte, paraît être le commentaire de nStre
marbre. Grégoire dit en parlant de sainte Radegonde :
Et scimus quidem te choris sanclaruni virginum et
Dei paradiso esse conjunclam 6.
E. Le Blant rapproche de cette représentalion un autre
monument dans lequel il croit reconnaître une scène de
même nature7; mais cette interprétation parait moins
l'ondée que la précédente 8. II. Leclercq.
ADJURATION. - I. Texte. II. Paléographie. III. Ori-
gine. IV. Autres formules.
Le monument dont on va lire la traduction a été dé-
couvert en juin 1890 dans la nécropole d'Hadrumète, en
Afrique. Il vient enrichir une série, déjà assez nombreuse,
de pièces analogues, niais il s'en distingue par son ori-
gine probablement chrétienne. Il consiste en un feuillet
de plomb presque intact et qu'on a pu déchiffrer, malgré
quelques trous pris dans l'épaisseur de ce feuillet, lin
peut reporter ce monument au ni' siècle après Jésus-
Christ.
I. Tkxte. — Le texte de cette adjuration a été souvent
reproduit9, nous donnons ici la traduction française
d'après A. Maspéro :
« .le t'adjure, esprit déinonien ici gisant, par le nom
sacré, Aôth, Abaôth, le dieu d'Abraham et l'Iaô d'Isaac,
Aôth, Abaôth, le dieu d'Israël, h'coute le nom précieux,
redoutable et grand, et va-t'en vers Urbanus qui a en-
fanté Urbana, et le mène à Domitiana qu'a enfantée Can-
dida, amoureux, affolé, ne dormant plus, par affection
pour elle et par désir, se languissant d'elle pour qu'elle
revienne en sa maison à lui et soit sa compagne.
« Je t'adjure par le grand dieu, l'éternel et plus
qu'éternel et maître de tout, le suprême des dieux su-
prêmes; je t'adjure par celui qui a fondé le ciel et la
mer; je t'adjure par celui qui a mis les justes à part, je
t'adjure par celui qui a divisé la mer de sa verge.
d'amener et de joindre Urbanus qu'a enfanté Urbana à
Domitiana qu'a enfantée Candida, amoureux, torturé, ne
1 Pussio SS. Montant, Lucci, 5, dans Ruinait, Acta sincei'a,
in-4-, Parisiis, 1689, p. 234. Cf. De Rossi, Bull, di arch. crist., 1880,
p. 66 sq., pi. m. — «De Rossi. Bull, di arch. crist.. 1863, p. 79;
1875, pi. I. — "E. Le Blant. Inscr. chrét. de lu Gaule, n. 657, 421.
— * Paulin de Noie, De S. Felice, Natale, vi, vs. 139 sq., P. /...
t. i.xi, col. 493. — 5 S. Ambroise, De virginibus, l. II, c. n, 16, 17,
P. L., t. xvi, col. 211. — 6Gtég. de Tours, De glor. confess., c. c.vi.
Cf. S. Jérôme, Epist., i.x, Epitaph. Xepotiani., P. L., t. xxii.
col. 589 sq. - 'E. Le Blant, loc. cit., pi. xxv et p. 358. Cf. Lasi-
nio, Baccolta di sarcofagi dei Campo santo di Pisa. pi xi. et
p. 12, 13, P. L-, t. xxi, col. 905 sq. — » Voyez Le Riant, Étude sui-
tes sarcophages d'Arles, p. 13, 22, 28, 36, 37, 58. pL XXXI, xxxv,
XXXVI. — 'Zingerlé, dans Philologas, Zeitschri/'t fur dos cioan'S-
che Altcrthum, in-8°, Shilling, 1894, t. un, p. 344; Maspéro, Nou-
velle « tabella devotionis » découverte à Hadrumète. p. lui sq.
dormant plus par désir pour elle et par amour, afin
qu'il la mène compagne en sa maison à lui.
« Je t'adjure par celui qui a fait que la mule ne mette
point bas; je t'adjure par celui qui a séparé la lumière
de l'obscurité; je t'adjure par celui qui réduit les rochers
en poudre; je t'adjure par celui qui a fracassé les mon-
tagnes; je t'adjure par celui qui maintient la terre sur
ses fondements; je t'adjure par le saint nom qu'on ne
dit pas dans le sanctuaire; — je le prononcerai et les
démons se dresseront frappés de stupeur et d'effroi, —
d'amener et de joindre comme époux Urbanus qu'a en-
fanté Urbana à Domitiana qu'a enfantée Candida, amou-
reux et se languissant d'elle, tôt, vite.
« Je t'adjure par celui qui a fait le [grand] luminaire
et les astres dans le ciel par un [simple] ordre de voix,
si bien qu'ils sont visibles à tous les hommes; je t'adjure
par celui qui a secoué le monde entier, qui décapite et
met en ébullition les montagnes, qui rend la terre
tremblante et en renouvelle les habitants; je t'adjure
par celui qui a fait des siynes dans le ciel et sur terre
e! sur mer, — d'amener et de joindre comme époux
Urbanus qu'a enfanté Urbana à Domitiana qu'a enfantée
Candida, amoureux d'elle et ne dormant plus par désir
d'elle, se languissant d'elle et lui demandant de revenir
clans sa maison et d'être sa compagne.
n Je t'adjure par le dieu grand, éternel, maître de tout,
que redoutent les monts et les bois- dans le monde entier,
par qui le lion lâche sa proie, par qui les montagnes
tremblent et la terre et la mer, à qui chacun devient
semblable que possède la crainte du Seigneur éternel.
immortel, qui voit tout, hait le pervers, sait tout ce qui
se produit de bien et de mal par la mer, par les fleuves,
par les montagnes et la terre. Aoth, Abaoth. le dieu
d'Abraham et l'Iaô d'Isaac, Iaô, Aôth, Abaôth. dieu
d'Israël; amené, juins Urbanus qu'a enfanté Urbana à
Domitiana qu'a enfantée Candida, amoureux affolé, tor-
turé par l'affection, par l'amour, par le désir de Domi-
tiana qu'a enfantée Candida: joins-les par le mariage et
l'amour pour qu'ils vivent ensemble tout le temps de leur
vie; fais qu'il lui soit soumis d'amour comme un esclave,
ne désirant aucune, ni femme, ni fille, mais qu'il n'ait
que Domitiana qu'a enfantée Candida pour compagne
pendant tout le temps de leur vie, tôt, tôt. vile, vite. »
IL Paléographie. — On reconnaît deux mains diffé-
rentes dans l'incision. Le corps de la pièce est en grec,
les caractères en sont fort lisibles. Les lignes 1", 4e et
5" ont été ajoutées après coup et le grec y est écrit en
lettres latines cursives. On verra en se reportant à l'ori-
ginal (fig. 103) l'aspect tout à fait insolite des sept pre-
mières lignes.
L'espace laissé libre à la première ligne par le pre-
mier scribe était destiné à recevoir l'incision des noms
des esprits que choisirait Domitiana : de même, à la qua-
trième ligne, l'intervalle laissé libre entre la dernière
lettre de METAAOY et le trait vertical marqué en re-
gard était réservé à l'inscription du nom mystique con-
venable à l'esprit qui aurait été choisi. Le scribe reprit
a cet endroit.ee qui suit KAlAIONAYTONrTPOCTHN.
Il s'aperçut alors qn il avait oublié la mention du nom
et pi. vi dans de la Blanchère, Collections du Musée Alaoui,
\" série; G. Deissmann, Bibelstudien. llcitragc, zumeist ans
den Papgri und Inschriften, zur Gescliichte der Sprache. des
Schrifttums und der Bcligion des liellenistichett Judentums
und des Vrchristentums, in-8*, Marburg, 1895, et dans Bible stn-
dfes, in-4', Edinburgh, 1890; in-8% 1901, p. 273 sq. de l'édit. nngl.
et p. 26 de ledit, allem. Cf. Hilgenfeld, dans Berl. Philologisch?
Wochenschrift, in-4*. Berlin, 1896, t. xvi, p. 647 sq.; R. W'uenscli,
(Unis Corpus inscriptionuni atticarum, Appendlx, in-tol., Bero-
lini, 1897, p. xvu sq.; L. Blau, Das nlljiidis,he /.aubrrwesen,
iii-s-, Strassburg, 1898, p. 96 sq.; F. Hiller, dans Sttzungsberichtc
derBerliner Akademie der Wissenscliaften, in-8#, Berlin, 1898,
p. 586; Schurer, GescMchtS des jiidischen Volkes in> Zcitalter
Jean Christi, in-8% Leipzig, 3- éd., t. m, p, 298 sq. ; dom Cabrol et
dom Leden » \fonwnenta liturgica. t. i. n. 4353.
Dict. d'Archéolocie.
LETOUZEY ET ANÉ, éditeurs.
«" s' V4'
W«*
MMi
as
Cf.i
f m
&m
ù? #É
'.'.*
FORMULE D'ADJURATION
ÉCRITE SUR UNE FEUILLE DE PLOMB, DECOUVERTE A II,\')RUMETE EN 1 89O
529
ADJURATION
530
et de la filiation de sa cliente, mention qui commençait
également par xa\, d'où la confusion. Aussitôt, il voulut
réparer sa faute et, lui ou quelque autre, traça dans le
vide destiné à recevoir le nom mystique la mention ou-
bliée, mais comme cette mention était trop longue pour
l'espace libre, on commença à hauteur de la cinquième
ligne en relevant les caractères afin de ramener les der-
niers mots à la place qui leur était destinée.
Ces deux lignes sont de fort mauvais latin et ne font
pas regretter qu'on n'en ait pas plus, at diphtongue
est rendue deux fois par ae (daemonion, cae); l'a de
irveûpia est écrit n; orbanon pour oùpSavôv; elhecn pour
k'tExev, il faut remarquer ici la suppression de l's final,
on trouve d'autres exemples en Afrique de cette ortho-
graphe phonétique; enfin un cas d'iotacisme simenon
pour xe£u.evov. La forme 'Aopa.ii est aussi à noter, nous
la retrouvons dans le Papyrus Lugd., J. 384, IX, dans
cette formule : Aëpaav, t'ov Iirax, t'ov Iaxxwêi1, et en-
core dans le Codex Evangel. B. (Bircii) : Agpaav2, Iaxou
est probablement une corruption de Itraxo-j qui déjà,
chez Flavius Joseph, est grécisé en "Ia-axoç. Il est moins
facile d'y voir une corruption de Iaxovê3. Quant à toO
Iupau.a c'est une corruption de Iapaï)X. C'est donc ici la
formule biblique presque inaltérée que mentionne Ori-
gène vers le temps où put être gravée notre inscription :
xa'i ààv uèv 6 xaXàiv <i 6 ôpxoiv 6vo[*âÇir) Oeôv 'Agpaàu. xa'i
6sov Iuaàx xa\ ôebv 'Iaxàië xâSe Tivà Ttoc^aat av r^oi Sià
ty|v to'jtiov <pû<riv ï| xa'i ôvvau.iv avrâiv xal 8at|i.ôv(ov
vixwjjiévwv xat CnroTaTTopivaiv T(i> XiyovTt Taûta4.
III. Origine. — Il n'y a pas d'apparence que si cette
formule avait été écrite par un juif ou pour un juif, elle
eût été estropiée de telle façon; en outre, il faut remar-
quer que nulle expression ne rappelle les dieux des gen-
tils, mais au contraire, il n'y a pas un seul passage qui
ne puisse être rapproché d'un passage des Livres saints.
Ces considérations jointes à cette série de tâtonnements,
'A(Ô9, 'Aëao>9, 'Iâxo-j, 'Agpaav. 'I<rpâ|j.a, nous paraissent
indiquer assez clairement une production sortie d'un mi-
lieu judaïsant. Nous avons probablement à faire à une
formule venue d'Alexandrie où se donnèrent rendez-vous
pendant des siècles tant de magiciens que la Syrie produi-
sait en si grand nombre et répandait sur tout l'empire.
Il ne faut pas trop s'alarmer de voir une chrétienne
en cette affaire, car outre que de tous temps il y a eu des
personnes religieuses fort peu conséquentes avec les
maximes morales de leur foi, il est assez probable que
cette Domitiana était esclave comme le mot <r-j[j.êto; pa-
rait l'insinuer, et les gens de cette condition n'étaient
généralement pas assez délicats pour comprendre ce que
leurs expressions avaient de grossier et même de dégoû-
tant. Ils apportaient le plus souvent dans la religion le
vice de leur mauvaise éducation et de leur ignorance,
niais cette adjuration pouvait bien ne pas surprendre
Domitiana habituée à en voir employer de semblables
autour d'elle. Peut-être même croyait-elle avoir fait une
chose fort adroite d'éviter si soigneusement toute men-
tion idolàtrique et il est possible que, de bonne foi, elle
ait pensé à adresser une prière fort agréable à Dieu.
1 A. Dieterich, Fleckeisen's lalirb., suppl., xvi, 810. — *Luc,
m. 34. — *Papyr. Lond. cxxi, 649;Bibl. nat, Papyr.Par.SS2i;
Wessely, Griechtiacher Zaubcrpapyrus, Novm papyri ma-
gicx, in-4°, Vindobonae, 1893. Voy. A.-L. Delattre, dans le Bulletin
de correspondance hellénique, t. xn, 1888, p. 300; Corp. inscr.
Int., t. vin, suppl. 1, n. 12511. — * Contr. Cels., 1. Y, c. xi.v, édit.
Lommatschz, t. xix, p. 250. Cf. W. Baudissin, Studien, Leipzig,
in-8% 1,193; R. Heim, Incantamenta magica grseca latina,
in-8-, Lipsiae, 1892; Fleckeisen's Jahrb. suppl., xix, 1893, p. 522
sq. : G. Anricli, Das antilce Mysterienwesen in seinem Einfluss
{tuf das Chnstentum, in-8% Gôttingen, 1894, p. 96. — 5 Rev. ar-
théol., 1888, t. xn, p. 157 sq. — "R.W'uensch, dans Corp. inscr.
attic, Appendix, prêt'., p. xv sq. ; Miss Macdonald, Inscriptions
relating to sorcery in Cyprus, dans Proceedings of the So-
ciety of biblical archaeology, 1890, p. 160 sq. ; cf. p. 174, n. 1. —
' Cod. Theod., 1. IX, tit. xvi, 3, De maleficiis <** msthema-
C'est qu'il ne faut pas étudier l'histoire avec nos idées et
celles de ceux qui nous entourent; les hommes des pre-
miers siècles, fussent-ils de grands chrétiens, tenaient
des discours qui nous paraissent fort libres : saint Cy-
prien parlait aux vierges comme on le ferait de nos jours
à des repenties, et les rites liturgiques, celui du bap-
tême en particulier, traduisaient avec une grande fran-
chise ce que nous nous contentons de symboliser au-
jourd'hui avec une extrême réserve. C'est que le christia-
nisme n'est pas venu à bout tout de suite de rapprendre
la pudeur à l'humanité.
Cette adjuration nous intéresse d'ailleurs à d'autres
titres. Nous ne savons pas l'usage que fit Domitiana de
son feuillet magique, mais il y a lieu de penser qu'elle
se conforma sur ce point à la pratique de ses compa-
triotes. L'adjuration à l'esprit demonien gisant ici ne
laisse d'ailleurs presque aucun doute, le feuillet dut être
déposé dans un tombeau. En Egypte, où cette pratique
était fort répandue, on choisissait de préférence la tombe
d'une personne assassinée ou morte prématurément. Le
P. Delattre en a trouvé en Afrique qui témoignent des
mêmes superstitions. Elles étaient, dit-il, « fixées aux
parois du cippe à l'aide d'un clou de cuivre qui en trans-
perçait tous les plis. Une de ces lamelles nos repliée
semblait avoir été déposée à dessein sur deux crânes
peut-être deux tètes de décapités, car ils n'appartenaient
pas à des corps incinérés et nous n'avons pu trouver à
côté des traces de squelettes ■'. »
Ceci s'explique par une croyance commune aux Orien-
taux, d'après laquelle l'âme qui n'a pas, pour une raison
quelconque, accompli sur terre le nombre d'années qui
lui avait été fixé, doij. compléter ce nombre par un sé-
jour^ soit dans le tombeau, soit aux environs du tombeau.
On avait bien des raisons de penser qu'une mort vio-
lente, suicide, condamnation capitale, n'avait pas dû
coïncider avec le compte d'années dévolu au défunt; en
outre, par suite de ce séjour forcé, on avait l'esprit
presque sous la main. Certaines formules nous sont par-
venues dans lesquelles on énumére toutes les catégories
des esprits 6. C'était, pensait-on, une précaution indis-
pensable à prendre si l'on voulait éviter que l'esprit se
dérobât à l'adjuration sous prétexte qu'il n'y était pas
désigné nominalement. Dans la formule de Domitiana
cette énumération a été omise, parce qu'elle avait sans
doute connu l'esprit gisant, Sataôviov uvrJfia to ëv8a6c
v.ît[j.ôvov, ainsi elle ne courait pas de risque qu'il ne fût
pas désigné dans la mention.
La législation des empereurs chrétiens sur l'abus cri-
minel qui nous occupe leur fait honneur. Constantin
porta une loi en 321 qui réglait la peine à infliger à
ceux qui faisaient métier d'attirer à la luxure les cœurs
restés chastes 7. Une loi de Gratien, Valentinien et Théo-
dose fut rendue en 381 contre ceux qui, par leurs se-
crets, empoisonnent l'esprit et le corps8, une autre en
384, enfin .lustinien s'occupe de : de venenis ad vilœ
inleriiumvel mentis alienationem9, et l'empereur Léon :
de rébus, quse furorem excitant. Le plus instructif des
documents similaires est une constitution du même em-
ticis. Cf. O. Hirschfeld, De incantamentis et devinctionibus
amatoriis apud Grœcos Romanosque, in-8°, Regimonti Prusso-
rum, 1863. Pareille sauvegarde était d'ailleurs accordée dès le
temps du Haut-Empire, ainsi qu'on peut le voir dans Paul, Sen-
tent., 1. V, tit. xxviii, 14. Les Pères de l'Église apportent leur
part de renseignement. Saint Jean Chrysostome cite et détaille les
charmes, breuvages, libations et autres amatoria. Homil., xxnc,
In Epist. ad Roman., 4, P. G., t. lx, col. 626 sq. Saint Augustin
fut accusé d'avoir glissé dans le pain des eulogies quelque phil-
tre amoureux, Contra Petilian., 1. III, c. xvi, P. L., t. xlhi,
col. 357; enfin, saint Hilarion, au dire de saint Jérôme, avait eu
à guérir une jeune fille d'une passion désordonnée provoquée par
l'incantation d'un magicien qui avait enfoui sous le seuil de sa
porte des plaques de cuivre couvertes de signes cabalistiques.
S. Jérôme, Vita S. Hilarionis, c. xxi, P. L., t. xxiu, col. 39. —
*Cod. Theod., 1. IX, tit. xxxvm, 6, 7. — » Novell., CXV, c. IV, 5.
531
ADJURATION
032
pcreur Léon intitulée : de incantatoruni nœrui, et dont
nous citons les principaux passages : hvJ vero pro-
ntulgatam a veteribus legislatoribus legem considé-
rons, quse modo guident iucan tantentunt ntalum râla
id punit, modo vero illud adntiltit, guippe non e.r
nlentio proposito ntalum demonstratum, sed sua na-
tura ntalitiant producens, ni sterguilinia ntalos odo-
reSf Mis legislatoribus repreliensioni esse non dixerim,
sed ne guis legem viluperel, guse viluperationem in se
habet, eant ex legum fundo exstirpandam puto...
Sane si guis ontnino incanlantentis usus deprehensus
fuerit s'tve curationem corporis valetudinis, sire de-
pulsionem damni a frugibus prselendal, is apostata-
rum pœnam subiens, supremum suppliciant susli-
neat ' .
IV. Autres formules. — Ce document dont le chris-
tianisme ne nous parait pas douteux pourrait bien n'être
que le premier d'une série que les fouilles sans cesse
poursuivies sur le sol de l'Afrique romaine augmenteront
probablement. On possède déjà un grand nombre de ces
adjurations dont le caractère païen est indiscutable. Un
seul cimetière tunisien a fourni une quarantaine de for-
mules. L'une d'elles est du plus rare intérêt. Elle a pour
auteurs les cochers d'une faction du cirque désignant
nominativement aux puissances infernales et vouant à
toutes sortes d'accidents les cochers et les chevaux de la
faction opposée. Au milieu de la tablette se trouve un plan
du parterre du cirque et des cachots 2 (fig. 10i).
Ces tablettes offrent parfois des noms de génies em-
pruntés aux traditions judaïques. Par exemple : ["E]tc
ÈÊopy.t'sO) ip-â; xnà toO èicâv[to] ïoO oùpavou BsoO, toC
xaO/]|J-évov Ê7c\ TÔV Xepou6t, ô S'.opinxc ty]-/ YÏjv xa\ y/opio-aç
rrçv OâXaoo-av, 'Iaù> 'Aëpiaù> 'Apëaôtaù) Daôai.j 'Aîtovàt,
xt>..3. Nous pourrions rapporter d'autres formules, une.
entre autres, qui offre avec celle de Domitiana plu-
sieurs traits communs *, et dont l'auteur était dévot non
au Dire des chrétiens mais au panthéon égyptien. Nous
nous bornerons à adopter la conclusion évidente de M. Mi-
chel Bréal : « Un certain air d'uniformité montre qu'il
existait comme un rituel d'exécration5. » Il pourrait se
faire que ce soit à un grimoire de ce genre que Celse
lasse allusion dans un passage célèbre sur les livres des
chrétiens, passage que nous ne connaissons que par Ori-
gène.
Quoi qu'il en soit de cette conjecture, l'adjuration de
Domitiana offre d'autres sujets d'étude, C'est d'abord
l'exacte concordance des attributs qu'il confère à Dieu
avec ceux que mentionnent les Livres saints : & Sex^upira;
to'j; £'j(7£êeîç, 6 StaaTr,<ra; t/,v piS&ov Èv ttj SaXâwrr] et
encore : ô xeuvtÇwv rcàvra; to-j; KOCTOtxoûvtaç. D'autres
emprunts tels que la mention du dieu d'Abraham,
d'Isaac et d'Israël ne peuvent avoir qu'une origine juive,
de même dans une tablette de Cumes nous trouvons
'loi'.), à Pouzzoles nous trouvons SaSxùO, 2aëaù6 âyiov
ovofia 'Iouo 'll>, et Mr/av; à Cartilage 'Iàu>. 'la/,.
'Iaxo-jë 'Iaîco; dans un papyrus : ô êitî ri Xîpo-joi
xaÔv^Evoç 6, ce qui est la formule même d'une tablette
d'adjuration xocto: xoO èîtàvu) toO ovpavoù 6so-j toO xaôr,-
(J.É-/OV i«\ tiôv Xepouêi *, à Chypre : ô eywv xb aîGépiov
pOTi'Xetov ...Èv ojpavf.) 'Iàa> xa'i t'o CtiÔ ~[fp... 'Idc<.> N .
Ces formules offrent une particularité dont n'esl
pas exempte celle de Domitiana. Les langues grecque et
latine y sont mélangées; quelquefois le grec est écrit en
caractères latins ou bien le latin en caractères grecs, mais
c'est là une étude que nous ne voulons pas entreprendre
ici ,J .
l'.n terminant nous ferons observer combien la morale
• Constitua, i.xv. — * F. Buecheler, dans Mus. ïthen. 1886,
t. xi.i, p. t60: Corp. inscr. lat.,t vm.suppl.I, n. 12504; et. n. 12508-
12511. — 'Corp. inscr. lat.. t. vin. suppl. n. 12511. — * De la Blan-
chèiv. Collections du Musée Alaoui, 1890, p.59, pi. iv. — 'Bréal,
« Tabella devotionis i delà nécropole romaine d'Adrumète, dans
Collections du Musée A laoui, p. 62. — "Wessely, Ephesia gratn-
de Domitiana diffère de celle de ses compatriotes Scp-
tirna, fille d'Amœna, et Successa.Ces deux femmes s'ex-
priment à peu près comme la chrétienne. Septirna de-
LATOR
V0LP-N
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f) hv\o wqWtç c o m v/- A —
j-oyoj-vTDG"e N6A5
* UOJ«fT-INPU CeNTVR.
£<5esAOVgR£-P65n NT : . -
104. — Invocation au démon malfaisant.
D'après le Corpus iiisrriptioitum latinarum, t. vin. r. 12504.
mande que Sexlilius ne dorme plus et soit consumé
d'amour pour elle, qu'il en perde le repos et la p
que la passion brûle tous »'■> membres; Successa dit de
son côté : qu'il brûle, qu'il soit consume d'amour el de de-
sir10. Domitiana, au contraire, sont;1' formellement au
mariage : ÇeOÇov a-jxo'j; yiu';» xai ;ç.(dti ffW|xêco0vTa; SXu
Ce qu'il importe d'étudier ce n'est pas seulement les
faits eux-mêmes, mais les doctrines courantes, l'état
desprit qu'elles impliquent cheï les contemporains;
l'archéologie n'est qu'un moyen de voir plus avant et
plus clair dans l'histoire, et l'histoire ne se compose pas
seulement de faits positila mais de tout cet immense et
mystérieux bagage que l'esprit de chaque homme porte
en soi. « Tout ce qui est conlorme à la conscience, tut-
elle involontairement faussée, esf digne d'une sympa-
thique attention. Des rites superstitieux ont pu Servir de
matière à la bonne volonté. Il arrive que dans l'aefc par-
ticulier et dans le symbole uni, l'intention porte au delà
du symbole et de l'acte; en sorte que. s'acquittanl î
(pion sait, faute de mieux, l'on demeure ouvert, prêt,
iiiiiiu. .v.: :;. pap. Par. 700. Cf. Wuenscb, dans Corp. b
Append., passim. — 'Corp. inscr. Int.. t. vnt, snppl. n. 12511,
vs. 23. — 'Corp. inscr. attic, app., p. xviu. Col. 2. lign. 46. —
• Cf. WordBwojrthjJVojmente and spécimens of early latin, p.230,
486; Bréal, loc. cit., p. 60 sq. Cf. Wt B l.loc.
cit., p. 68 sq. ; Delattre, dans la f I.,186E l mi. i 1 V ï.
523
[ADJURATION
534
docile à toute plus complète vérité : agir, selon qu'on a
de lumière et de force, sans borner la générosité et
l'ampleur du désir, voilà la disposition d'une volonté
droite '. »
La formule de celte adjuration est la plus ancienne
de la littérature chrétienne pour le cas particulier où
elle est employée. Le traité Adrersus hœreses- de saint
Irénée, grâce à sa diffusion, dut aider à répandre le
goût de ces formules et d'autres analogues dont il existe
un choix d'un médiocre intérêt dans les Codices orien-
tales du Vatican classés par Maï 3 et par Assemani*.
'OpxiÇto ce xbv u.eTaypacpôfj.Evov tô JJtëXiov to'jto, xaxà
toû xvpcou r|(/.ûv 'Iy)(7o0 Xptaxoû, xoù /axa ttjç ev86?0'J
7rapo'J7['a; avxoO r\z ëp'/sTou xpîvai Çiovxa; xai vexpoù;, iva
àvTtSâÀriç o (j.eTeypa<J/(i), xa'c xaxopOdWr,; auxb 7tpbç xô àvxc-
Ypaçov xaûxo, Sôev u.EX£Ypâi{«>) è7rt(j.e),(oç, xat xbv opxov
xoOxov ou.ot'(oç p.zttxypâtyrlz, xai (j^uetç èv xd> àvxiYpâ<pa>.
Adjuro te, qui transcripseris hune librum, per Domi-
num nostrum Jesuni Cltrisluni et per gloriosum ejas
adcenlum, inquo judicaturm est vivos et mortuos; ul
conféras quod transcripseris, et diligenter emendes ad
exemplar ex quo transcripsisli : utque adjarationeni
islam simililer exscribas, et codici tuo inseras.
On trouve parmi les inscriptions récemment décou-
verts de Salone une formule d'adjuration.
An no 430.
HIC REQVIESCIT IN PACE DVION ANCILLA BA
LENTES ESPONSA DEXTRI DEPOSITA EST III
IDVS SEPTB-CONSVLATV D N THEODOSIO
AVGXIII ET VALENTINIANO AG BES CC SS ADIV
RO PER DEVM ET PER LEGES CRESTEANOR-
VT QVICVMQVE EXTRANEVS VOLVERIT AL
TERVM CORPVS PONERE VOLVERIT DET
ECLISIE CATOLICE S A L • A V R • I I I
Hic requiescit in pace Duion(a) ancilla Balent(i)s
sponsa Dextri. Deposita est III Idus sept(em)b(ris) con-
sulatu d. n. Theodosio Aug. XIII et Valcnliniano A(u)-
g(uslo) b{ï)s [il faut corriger en tertium] c(on)s(ulibus).
Adjuro per Deum et per leges Cltristianorum ut qui-
cumque extraneus voluerit allerum corpus ponere [vo-
luerit] det E(c)cl(c)4(a)e Cat(h)olic(a)e Sal{onitanse)
aur(ï) (unciasf) très \
La formule d'adjuration contenue dans cette épi-
taphe mérite une attention particulière. L'usage des ad-
jurations a été fréquent parmi les chrétiens soucieux
de protéger le repos de leur tombe. Nous grouperons
ici quelques formules :
ADIVRO VOS PER CHRISTVM NE MIHI AB ALIQVO
VIOLENTIA FIAT ET NE SEPVLCRVM MEVM
VIOLETUR6.
CONIVRAT PER DIEM TREMENDI IVDICII NEQVS
HOC ALIQVANDO AUDEAT VIOLARE SEPVL-
CRVM i
(...per i)VDICIVM VOS CONIVR(o), VT NI QVI(s)
SEPOLTVRA(w) MEA(m) VIOLETS.
ADIVRO BOS OMNES POS(0 ME BENTV(ros... ne
quis /i)VNC TVMVLVM VIOLARI PERMITTAT
ETSI (quisviolauerit.. .)CHRISTI EBENIAT EIS COT
EST IN PSALMV CVIII (=109)9.
1 Blondel, L'action, in-8", 1893, p. 375. — !S. Irénée, Adv.
hxres., à la fin, P. G., t. vu, col. 1225. — 3 Script, vet. nova coll.,
passim. — iBiblioth. orientalis, passim. — 5Bulic, dans Bullet-
tino di archeologia e storia Dalmata, Spalato, 1891, t. XII, p. 145 ;
R. Cagnat, àansluRev.archéol., 1892, série III, t. xix, n. 32, p. 304;
G. Gatti, Iscrizione salonitana, dans A. de Waal, Archàologische
Ehrenyabe zu De Rossi's lxx Geburtslage, in-4% Roma, 1892,
p. 180; P. Sticotti, Bericht itber einen Ausflug nach Liburnien
und Dalmatien, dans ArcMol.-epigraph. Mittheilungenaus Oes-
terreich, 1893, t. xvi, p. 153, n. 23. — "De Rossi, Inscript, christ.
uvb. Boni., in-tol., Roma;, 1861, t. i, 752, Titulus de L'année 451.
— ''Corp. iriser, lat., t. x, u. 178, Titulus de l'année 528 ; cf. lbid.,
nAPANTEAACO TE EN ONOMATI KAI ME2EITAEI
©Y MHTE EN TAIZ 2TOAII MHTE EN TCO
KHTTCO TTYEAON H ECOMA TE0HNAI io.
On pourrait ajouter à ces formules celles qui ont mo-
déré l'expression et adopté rogo au lieu de adjuro ",
mais l'intérêt principal de l'épitaphe de Salone est dans
la mention des leges cltristianorum, au nom des-
quelles la défunte réclame le respect de son tombeau.
Une inscription trouvée à Ancône, en 1879, porte une
mention analogue :
+ +
FL. EVfclNTIVS VETERANVS
BENE MERITVS FECI
SEPVLCRVM* IN RE
MEA VBI REQVIESCAM
5 SI QVIS VIOLENTVS VOLV ,
ERIT ESSE ET CONTRA LEGES
TEMPTAVERIT DET FISCI
VIRIBVS AVRI LIBRÂ VNÂ
LEGE ET RECEDE A-^CO
Il n'est pas douteux que FI. Eventius ne fasse appel
aux lois civiles, qui en effet prenaient la défense des
tombeaux, mais le cas de Duiona est différent : c'est de
la communauté chrétienne qu'elle se réclame et à sa
jurisprudence qu'elle fait appel. Une autre épitaphe de
Salone, de l'année 382, va nous aider à préciser celte
indication l- :
SI QIS SVPER HVNC CORPVS ALIVM
CORPVS PONERE VOLVERET IN
FERET ECLESIAE ARGENTI P «
FL THEODOTVS CVRATOR- REIP
5 PEREGRINVM FILIVM IN LEGE
SANCTA CHRISTIANA COLLO
CABI EVM • DEPOSTIO
DOMMIONIS • DIE • III • KAL ■ DE
ENBRIS CON ANTONIO
Les deux épitaphes sont du même lieu et séparées
seulement par un demi-siècle, l'une et l'autre font allu-
sion à une institution identique et imposent au violateur
des tombes une amende au profit de l'Église de Salone;
il semble donc évident que cette Église était constituée
en possession des cadavres qui y étaient enterrés, elle
avait à en assurer l'inviolabilité, mais aussi elle faisait
valoir en cas de crime ses droits de propriétaire lésé.
C'était au clergé lui-même, semble-t-il, que l'appel du
défunt ou de sa famille était adressé et, dans un temps
plus ancien peut-être, à la communauté entière. C'est du
moins ce que plusieurs inscriptions nous permettent de
supposer : ROGO • ET-PETO- OMNEM -CLERVM ET-
CVNCTA- FRATERNITATEM- VT-NVLLVS DE • GE-
NERE • VEL • ALIQVIS • INHAC . SEPVLTVRA PONA-
TVR'3 _ PETIMVS OMNEM CLERVM ET CVNCTA
FRATERNITATEM VT NVLLVS DE GENERE NOS-
TRO VELALIQVIS IN HAC SEPVLTVRA PONATVR i*
- SEPVLCRVM MEVM CONMENDO (5 C\Vl[tath).
CON(cordiensis).B(cverendissimo).CLE RO'S— ....VIVO
ARCAM SIBI COPARABIT SI QVIS ILAM VOLERET
APERIRE DABIT IN FISCO AVRI VN V EX ET IPS
n. 179. — 8 lbid., n. 1193, Titulus de l'année 558. — 8 lbid., n. 761.
— i0 Corp. inscr. grvec, t. iv, n. 9546. — " Corp. inscr. lat.,
t. v, n. 7793, 7795; t. ix, n. 2437; J. Fiorelli, dans les Notizie degli
scavi, 1879, t. iv, p. 108; Corp. inscr. lat., t. ix, n. 5900. Les
lignes 5 et 6 donnent les lettres L E en un seul caractère lié. —
"M. Glavinié, dans Centralcotnmiss., 1875, p. XL vu; F. Bulic.
Inscriptiones quse in Museo archxologico Salonitano Spalati
asservantur, in-8% Spalato, 1886, p. 258, n. 108; Mommsen,
Epkem. epigraphica, t. h, n. 553; De Rossi, Bull, di arch.
crist., 1878, p. 106; Corp. inscr. lat., t. in, n. 9508. — ,3 Corpus
inscriptionum latinarum, t. v, n. 2305. — iiIbid., t. m,
n. 8738. — »« lbid., t. m, n. 8715.
ADJURATION
ADON (SAINT
53G
ARCA IN ECLESIE COMDAV - PETO A BOBIS
FRA.TRES-BÔNIPER VNVM-DEVM-NE-QUIS VII-
TITE.LO MOlES(tet) POS(t) MOR(f«m) [mearn]0-
- PETO BOS FRATRES NE QVIS ALIVM 3.
Tantôt on imposait, à Salone, l'amende au profit de
la cité*, tantôt au profit de l'Église5 nominativement
désignée 6.
L'emploi d'une formule de prières est remarquable, car
les anciens chrétiens, en pareil cas, préféraient un ana-
thème. Cela tient à ce que le dogme de l'enfer donnait
à leurs menaces une valeur qu'un Tartare problématique
avait depuis longtemps compromis parmi les païens.
Les inscriptions païennes contiennent un grand nombre
de ces formules de prières 7 ; parmi les chrétiennes on en
cite plusieurs8; nous nous bornons à l'une d'elles qui par
le mot coniuro appartient au sujet de cette note °.
10 SED CONIVRO VOSPER
TREMENDVM DIEM IVDICII VT HANC SEPVL-
NVLLI VIOLENT [TVRAM
Une inscription de Côme (fin du vie siècle) déjà citée
dans une autre dissertation contient une adjuration trop
remarquable pour être omise :
ADIVRO VOS OMNES XPIANI
[ET TE CVSTODE BEATi
IVLIANI PER DO ET PER TREMENDA DIE
IVDICII VT]HVNC SEPVLCR[VM VIOLARI
NVNQVAM PERMITTATIS SED CONSERVETio-
VSQVE AD FINEM MVNDI VT POSIM
SINE IMPEDIMENTO IN VITA REDIRE
CVM VENERIT OVI IVDICATVRVS EST VIVOS
ET MORTVOS] >"
Voir aussi le mot Exorcisme.
H. Leci.ercq
ADMINICULATOR. Ce fonctionnaire, d'époque
postérieure, venait après les membres de la hiérarchie
officielle. Sa charge consistait à prendre soin des
veuves, des orphelins, des pauvres"; elle est devenue
celle d'advocatus pauperum dans la suite des temps.
ADMONITIO. Voir Monitio.
ADON (Saint). — I. Biographie. IL Écrits
tyrologe. IV. Derniers résultats.
III. Mar-
' Corp. insc. lut., t. m, n. 8747. — -ibitl., t. VI, n. 8987. —
1 Md., t. m, n. 2509. — • Ibid., t. m. n. 2631, 2632, 8742, 8869,
9259, 9507, 9533, 9670, et les fragments n. 2628, 2633, 2635, 9667,
9668. — *lbid., t. m, n. 2666, 6399,9508, 95C9, 9585, 9597, 9661,
9663, 9664. Pour l'inscription de Trau, cf. Corp. inscr. lat., t. m.
n.2704; DeRossi, Bull, di arch.crist., 1874, p. 139. Un grand nom
bre de fragments laissent l'attribution douteuse, Corp. inscr. lat.,
t. m, n. 9087, 9114, 9453, 9454, 9503, 9526, 9541, 9565, 9568, 9580,
9604, 9618, 9622, 0663, 9073-9683. Le n. 9672 parait offrir une par-
ticularité unique, si toutefois la restitution des éditeurs est fondée
siquis cor(pus aliud super ponere v)oluerit, pena (lare tiebebit
[heredi (?)] meo argenli librus quinq... — " Corp. inscr. lat..
t. ni, n. 2654, 9535, 9665, avec la note de G. Gatti, dans A. De
Waal, Archàoloy. Ehrengabe zu De Bossi, in-4\ Borna, 1892,
p. 292, note 2. — 'Gruter, Inserii'ti, use totius orbis ro-
ui uni in absolutissimum corpus redacttB olim auspiciis josephi
Scaligeri et Marci Veteeri tndustria union et diligentia ./uni
tiruteri ; nunc curis seoutuUe eiusttem Grtiteri et notis
Marquardi Gudii emcndalir et tulnilis a'neis a Boissardo
con f'ectis illustrais*, denuo cura viri summi Joannis Georgii
Grœvii recensitte. Accedunt udnotationuni appemtix et in-
dices xxr emendati et locupletuti ut et Ttronis Ciceronis l.ib.et
Seneca nette, in-fol., AmstelGedunii. 17(17, t. n, p. 995, n. 4; p. 1035,
n. 11; A. Gori, Inscriptio)ies antiqux grxcx et rotnanx qum
exstant in Etrurix urbibue, in-i-, Florcntise, 1727, t. m. p. 136;
Morcelli, Opéra epigr., in-4% Patavii, 1819, 1. 1, p. 169; Reineeius,
Syntagnia inscriptionum anti-Quorum, in-tol., Ltpslœ, 1682,
classis xii, n. 60; Gruter, loc. cit., p. 75'i, n. 16; tfarlni, Iscritioni
I. Biographie. — Saint Adon naquit vers le commen-
cement du IXe siècle; on place communément son lieu
de naissance dans le Gàtinais, au diocèse de Sens, bien
que la chose ne soit pas absolument certaine 12. Étant
encore jeune, il fut présenté par ses parents au monas-
tère de Ferrières, de l'ordre de saint Benoit, où il parait
avoir été reçu par l'abbé Sigulf; au témoignage de saint
Loup, il s'y distingua parmi ses condisciples par son
grand amour pour l'étude; c'est là qu'il fit profession de
la vie monastique. Quelque temps après sa profession,
Mercuare, abbé de Prurn de 829 à 853, le demanda pour
son monastère à Loup de Ferrières; les deux monastères
entretenaient ensemble les plus cordiales relations; le
vœu de Mercuare fut exaucé. Adon demeura quelque
temps à Prùm, mais il ne tarda pas à subir les persécu-
tions de certains envieux; pour s'y soustraire, il se ren-
dit à Borne afin d'y visiter la maison du Prince des
Apôtres, et donner libre cours à sa dévotion. Après être
demeuré à Borne à peu près cinq ans, il se rendit à Ba-
venne, et profita de son séjour pour copier un manus-
crit contenant les passions des saints martyrs, dont il
sera question plus loin. De Bavenne il se rendit à Lyon, qui
avait alors pour archevêque saint Bémy. Celui-ci reçut
Adon avec bienveillance et, ayant apprécié ses vertus
et sa science, il songea à le retenir auprès de lui et à"
l'attacher à son Église; il réussit dans son pieux projet
et confia au zèle d'Adon l'église de Saint-Bomain. Sur
ces entrefaites, l'archevêque de Vienne en Dauphiné,
Algimar, étant mort, les fidèles de cette Église deman-
dèrent Adon pour pasteur. Le saint moine monta donc
sur le siège de Vienne, vers le mois de septembre de
l'an 860. La dignité épiscopale ne changea rien à son
genre de vie; dans sa nouvelle charge il continua de pra-
tiquer les vertus qu'il avait pratiquées dans le cloître,
notamment l'humilité. H ne tarda pas à montrer sa fer-
meté pour maintenir l'observance des canons et lois ecclé-
siastiques; il s'éleva avec une grande énergie contre le
divorce du roi Lothaire avec Teutberge, et eut à ce sujet
une correspondance avec les papes Nicolas I" et Adrien 1 1
ainsi qu'avec les empereurs Charles le Chauve et Louis
le Germanique; ces quatre personnages avaient pour
lui la plus grande estime. Le pape Nicolas lui écrivit
plusieurs lettres1-1. Adon tint à Vienne plusieurs synodes
dans le but de rétablir la discipline ecclésiastique et de
régler ce qui concerne l'office divin; malheureusement
les Actes de ees synodes se sont perdus; il ne nous reste
qu'un fragment des Actes de celui de 870. Le saint arche-
antiche délie ville e de' palazzi Albani, in-4-, Ronia. LÎ85,
p. 83; R. Fabl'etti, Inscriptionum untiquarum. fUB m stdi-
bus paternis asservantur, expHcatio, in-tol., Rome, 1703,
p. 21 ; Annali lett. ifltalia, 1. 1, part. 2, p. 30. "Biunati, Wussri
Kircheriani inacriptionee, in-8% Mediolani, 1837, p. 108; E. Le
Blant, Inscr. ehret. 'le lu Gaule. in-4\ Paris, 1856-186."), n. 207. —
"Reinesius, Syntagma, classie xx. n. 135. — ,0E. Le Blant, L'épi-
graphie chrétienne en Gaule et dans V Afrique romaine, in-8-,
Paris, 1890, p. 55. Pour les formules propres aux Germain-. ■•'
Weinbold, Die altdeutscben Ycrwunsclnmgsformebi, dans les
sitzungsberichte dur kOnigl. preuseisch. Akari. '1er Wiseensek.
zu Berlin, in-8% Berlin. 1895, p. 667 sq., et pour d'autre* m u
classées, et. Wachsmuth dans Rhetnisehe Muséum fur Philo-
logie, Freiburg a. M.. 1846, (. xvm. p. 589; J. Merkel, Vebei
sogciuinnlen Sepulcralm ni. !■ n . ln-8% (iuttin^en, 1893; Kulinei:.
Feuerzauber,iuD.sRhein.Mu8.,t. XLix.p. 38; Newton, .1 Ma
g) iiiscuveries at Halica .nies and Brunchidm, in->> .
London, 1863. L'ouvrage capital sur cotte matière es
dice de R. Wuensch au Corpus inscriptionum atticarum
Appendix continens de/lxiorwn tabeilas i» AUioa n
reportas, in-tol.. Berollni, 1897, de xxxu-52 p. — " nu l
Glossarium med. cl i»i/. lutinilutis. iu-'i". Ni. rt, 1884, t. 1,
à ce mot. Ct. A. Zaccaria, Onomasticon, in-4\ Faventte, 1787,
p. 8, à ce mot; WeUer et Welte, Kirchenlexicon, in-8\ Freil
Im Breisgau, 1885, t. ix. col. 1297. — "<:i. Mabillon, i
ord. S. Bened.. t. vi. Slogium historicum, n. ti. /'. /.., t Cxxm,
col. 12. — ,3ct. Labbe, Concilia, in-tol., Paris, 1671, t. vi, col. 406-
457, 515, 563-507.
ADON (SAINT)
533
vëque mourut le 1G décembre 875, Agé d'à peu pree
76 an». L'Eglise de Vienne célèbre sa fête le jour même
de sa mort '.
II. ÉCRITS. — Saint Adon composa plusieurs ouvrages :
1° une Chronique divisée en six époques : depuis l'ori-
gine du monde jusqu'au déluge; depuis le déluge jusqu'à
la naissance d'Abraham; depuis Abraham jusqu'à David;
depuis David jusqu'à la déportation des Juifs à Babylone;
depuis la déportation des Juiis à Babylone jusqu'à Jésus-
Christ; depuis Jésus-Christ jusqu'à la fin du monde2;
Mabillon J pense que la dernière partie de cet ouvrage,
celle qui mentionne la division du royaume faite par le
roi Louis entre ses fils4, est d'un autre auteur; 2° une
Refonte de la Passion de saint Desiderius, évèque de
Vienne, mis à mort comme adversaire de Brunehaut5;
la préface nous apprend que cette retouche tut exécutée
en 870; 3° la Vie de saint Theuderius, qui avait fondé,
au VIe siècle, un monastère près de Vienne ; cette vie est
adressée aux moines de l'abbaye de ce nom ° ; 4° enfin
un Martyrologe dont il faut nous occuper de façon
toute particulière.
III. Maktyrologe d'Adon. — 1° But. — Adon lui-même,
dans la courte préface au Vêtus romanum marlyrolo-
gium, nous indique les motifs qui le portèrent à entre-
prendre cette œuvre : il se proposa en premier lieu de
combler une lacune, sur le conseil de saints person-
nages; l'ancien martyrologe de Bède, développé par
Plorus, diacre de Lyon, vers 830, contenait certains jours
vacants, c'est-à-dire certains jours qui ne portaient aucun
nom de saint; il voulut, en second lieu, développer les
anciennes notices déjà contenues dans les anciens mar-
tyrologes; il s'était donné la peine de réunir beaucoup
de manuscrits de passions, ou des Passionnaires : au
moyen de ces matériaux il songea à écrire plus longue-
ment et plus simplement les notices des saints, afin
d'édifier ceux de ses frères qui manquaient d'instruction.
Son but lut donc de compléter et de développer l'ancien
martyrologe : Primum fuit imperium et jussio sancto-
rum virorum, ut supplerentur dics qui absque nomi-
nibus martyrum in Marlyrologio (quod venerabilis
Flori studio in labore domini Bedse accreverat ) tantum
notati erant. Deinde collecti undecunque passionum
codices animuin in tantum suscilaverunt, ut non solum
prxterilas dieruni festivilates, verum et aliorum, qui
per totum annum ibi notatim positi erant, lalius et
paido apertius describerem, infirmioribus fratribus et
minus légère valentibus serviens, ad laudeni omnipo-
tentis Dei ; ut in menioriis martyrum haberent com-
pendiosam leelionem, atque in parvo codicillo quod
multo labore alii per plures codices exquirunl1 .
2° Sources. — Saint Adon nous déclare que, pour noter
les vies des martyrs qui se trouvaient sans ordre dans
les anciens calendriers, il s'est servi d'un vieux marty-
rologe envoyé par un pontife de Rome à un évêque
d'Aquilée, que lui-même avait transcrit durant son
séjour à Ravenne : Huic operi, ut dics martyrum ve-
rissime notarentur, qui confusi in Kalendis (= Kalen-
dariis) satis inveniri soient, adjuvit venerabile et
peranliquum Marlyrologium ab urbe Roma Aquileiam
cuidam sancto episcopo a Pontifice Romano dire-
ctum,et mihi poslmodum a quodam religioso fratreali-
quot diebus prœstitum. Quod ego diligenti cura trans-
criptum, positus apud Ravennam, in capile lut jus
operis ponendum putavi 8. Ce martyrologe ancien fut
découvert dans un manuscrit de l'abbaye Pantaléon à
Cologne et édité par le jésuite H. Rosweyd9, qui lui
1 Cf. Mabillon, Elogium Itistoricum, n. 7-25, P. h., t. cxxm,
col. t2-18; Kraus, Histoire de l'Église, trad. franc, par Godet et
Verschaffel, t. u, p. 214. Voyez l'article Adon dans le Diction-
naire de théologie catliolique de Vacant-Mangenot, t. I, col. 401-
402. — °-P. L., t. cxxm, col. 23-138. — 30p. cit., n. 31, col. 20.
— 'P. L„ t. CXXIII, col. 138. — 6 p. L., t. cxxm, col. 435-442. —
•P. L., t. cxxm, col. 443-450. — 'P. L., t. cxxm, col. 143. —
donna le titre de : Velus romanum. Cette publication
souleva quelques discussions parmi les savants; certains
érudits allèrent même jusqu'à contester l'identité de ce
martyrologe avec celui utilisé par Adon. Sollier étudia
la question à fond et montra que le Vêtus romanum
édité par H. Rosweyd, et que lui-même appelle Par-
vum romanum, est en réalité un apographe de celui
qu'Adon copia à Ravenne et plaça en tête de son marty-
rologe10. Cette thèse, à laquelle s'est rallié De Rossi,
peut être regardée comme certaine : Martyrologium
vero, dit l'éminent archéologue romain, quod Sollerio
duce Romanum parvum appellamus, totum Ado in
suun: transfudit. ld anliquitus habitum esse tanquam
vere Romanum, id est Romse confectum sseculo tx,
reperlo insigni codice cœnobii Sangallensis n. 454, lu-
culenter demonstravi in Roma sotterranea, lom. il,
pp. xxviu et seqq. ".On voit donc que, dans l'ordre
chronologique, le martyrologe d'Adon est postérieur au
Vêtus romanum et à celui de Bède-Florus, et dépend
des deux à la fois.
3° Caractère. — L'œuvre d'Adon n'est pas un marty-
rologe au sens strict du mot, mais une compilation, un
recueil de Vies de saints. Le P. De Smedt l'a bien carac-
térisée : Celebrior in hoc génère scribendi extitit Ado,
archiepiscopus Viennensii in Gallia (obiit an. 875),
eufus opus potius Colleclio Vilar um sanctorum quam
marlyrologium dicendum est11. De Rossi l'apprécie de
la même façon : Ado, archiepiscopus Viennensis, eodem
tempore quo Rabanus, cuius tamen opus ignorant,
insigne marlyrologium historicum confecit; adhibitis
Aclis sanctorum undecumque collectis, quorum epilo-
mas singulis diebus, locis suis, inseruit diligenter.
Hœc acta ab Adone undecunque collecta, ut ipsemet
in prsefatione testalur, in codicem opinor relata velad
Adonis exemplum in id genus syllogem postea inslitu-
lam sunt ordinata. Nam in membrana sseculi fere xi,
inter fragmenta exsecta a veteribus libris in bibliotheca
Basileensi, repperi paginant e kalendario nescio cuius
ecclesise exhibentem mensem decembrem, in en m s
averso folio legitur : aviso vis Ad legendvm vriÀs
VEL PASSIONES SCÔRV QVORV IN ANTERIORI PAGINA NO-
MINA taxavim(us) ANIMVM APPVLERIT. NOVERIT NON
SINE CAVSA NVNC EADË ITERATO RECAPITVLARl. 11)1 NAQ.
IVXTA ORDINEM KALENDARII. DIE NATALICII SVI. SIN-
GVLA LEGITIME ET ORDINABILITER OCCVPANT. HIC AV'IÏÏ
SEPIVS INTERCISA SCDM QVOD EX DIVERSIS VNDECTù.
collectis exe.mplarib(us), -["• inIvalla 13. — Que
cette collection soit ou ne soit pas l'œuvre d'Adon, elle
n'en définit pas moins le caractère de son martyro-
loge.
4° Autorité. — On ne peut pas attacher une autorité
absolue au martyrologe d'Adon. Comme nous venons de
le montrer, ce martyrologe dépend du Vêtus romanum.
Or ce dernier contient, d'après De Rossi, beaucoup
d'imperfections parce que son auteur, dans la fixation
des fêtes, s'est souvent écarté des anciens calendriers,
s'appuyant sur des témoignages historiques qu'on regar-
dait de son temps comme valables. C'est une des causes
des imperfections du martyrologe d'Adon. De Rossi con-
clut en disant que les altérations des anciens calendriers
se sont glissées même dans les tables philocaliennes et
hiéronymiennes, et ont ainsi acquis une certaine auto-
rité par l'usage liturgique. Mais il n'en reste pas moins
vrai que dans les recherches historiques la principale
autorité appartiendra toujours aux monuments de la
8 P. L., t. cxxm, col. 144. — "Cf. Épitre dédicatoire à Paul V,
P. L., t. cxxm, col. 139-142. — '"Prolégomènes au martyrologe
d'Usuard, c. n, P. L., t. cxxm, col. 495-531. — " Martyrologium
hieronymianum, édité par De Rossi et Duchesne, dans Acta
sanct. ,novembr. t. n, part.l,in-iol., Bruxelles, 1894, Proleg. p. xxu.
— '- Introductio ad histor. ecclesiast., in-8°, Gand, 1876, p. 138-
139. — ,3 Proleg. au Martyrologium hieronymianum, p. xxu.
539
ADON (SAINT) — ADORATION
r»40
tradition primitive1. Le martyrologe d'Adon marque
cependant un certain progrès; un de ses principaux
mérites, c'est d'avoir mis de l'ordre dans les listes des
anciens calendriers et de s'être par là substitué à eiiN,
car on ne sait pas si le Vêtus romanum, qui était bien
mieux ordonné que les anciens documents, avait été à
Rome substitué aux anciens calendriers et aux anciennes
tables martyrologiques qui, dans le cours des siècles,
étaient devenues d'une confusion inextricable. Sous ce
rapport on peut dire que l'œuvre d'Adon marque une
nouvelle époque dans l'histoire des marlyrologes.
5° Influence. — Le martyrologe d'Adon a servi de mo-
dèle à tous ceux qui l'ont suivi. Tous les martyrologes
qui sont venus après sont conçus sur le même plan et
ont adopté la même disposition -.
IV. Derniers résultats. — Les travaux sur les mar-
tyrologes ont été récemment complétés par un mémoire
de H. Achelis qui se présente comme étude d'ensemble :i
et dans lequel sont surtout étudiés la genèse et le
développement des martyrologes. A propos de saint Jé-
rôme, de Bède, de Florus* de Raban, d'Usuard, et des
mots Calendriers et Martyrologes, il y aura lieu de re-
venir sur ces questions et peut-être de reviser un certain
nombre des jugements émis par le savant allemand.
Cette discussion ne saurait s'ouvrir au sujet de l'un des
moins originaux et des plus récents compilateurs de
martyrologes. Disons simplement qu'au sujet d'Adon
Achelis se contente d'adopter sans les contrôler l'opinion
de Mar Duchesne et de De Rossi. Il lait dériver tous les
martyrologes du moyen âge du martyrologe hiéronymien,
qui se diviserait en deux courants : d'une part : Bède,
Florus, "Wandelbert, Rhaban, Notker; de l'autre : le
Martyrologium romanum parvum, Adon, Usuard, et
enfin Baronius 4. On comprendra mieux par les études
que nous annonçons quelle place exacte occupe Adon et
quel lut son genre de travail. Y. ErmOM.
ADORATION. — I. Formes d'adoralio. IL Culte
impérial. III. Les adorabiles.
1. Formes d'adoiiaiïo. — L'adoration est un hommage
rituel rendu à Dieu seul, à qui il est dû. En ce sons strict
il s'agit de la Xarpei'a seulement, mais il a une portée sur-
tout théologique. La cérémonie de l'adoration est exprimée
parle mot TCpoTX'jvïjai;, adoratio, qui a, chez les grecs, le
sens de prostration et, chez les latins, celui de geste delà
main qu'on porte à la bouche pour envoyer un baiser6.
Le coté archéologique de l'adoration sera traité ail-
leurs (voir GESTES ET ATTITUDES DE LA PRIÈRE) et le CÔlé
historique n'offre d'intérêt qu'au point de vue du rap-
port qui s'établit entre l'adoration rendue à Dieu et celle
que revendiquaient les empereurs. De très bonne heure
les Actes des martyrs nous montrent le sens que les chré-
tiens attachaient à l'adoration qu'ils réservaient à Dieu
seul, se refusant à celle de l'empereur et de ses dieux >.
• Roma sotterranea. t. ir, p. xxvm sq. Cf. De Smedt, toc.
cit., p. 137. — «De Rossi, op. cit. Outre les ouvrages cités au
cours de l'article, cf. Ceillicr, Histoire générale des auteurs sa-
L5 in-4-, Paris, 1858-1865, t. XII, p. 619-622; Ziegell
Histor. rei literaris- 0. S. Benedicti. 4 in-fol., Augsbourg, 1764,
t. in, p. 86-88; Ebert, Histoire générale de la littératv
moyen âge, trad. Aymeiïc, Paris, 1884, t. il, p. 420-423; Bàumer,
Geschichte des Breviers, dans Katholik, de Mayence, 1889-
1891, p. 469, n. 6. — 'II. Achelis, Die Martijrologien, ihre Ges-
chichte und ihr Wert iintersucht, in-8% Berlin, 1900, p. 2'i7 —
* Cf. The Journal of tlieological studies, in-8*, London, 1901, t. il,
)i. 447 sq. — 5 Voyez le graffito du Palatin ; R. Garrucci, Il croci-
fisso graffito in casa dei Cesari, in-8% Roma, 1857; E. Le Blant,
Les sarcophages chrétiens de la ville d'Arles, in-fol., Paris. 1878,
pi, xiv. — " Ruinart, Acta sincera. in-4*, Parisiis, 1689, pas-im:
J. Otto, Corpus apologetarum christianorum sseculi secundi,
in-s'. fenae, 1879, t. ni, p. 266-278. — 'S. Justin, Apolog. r, [7,
/'. G., t. vi, col. 353. — » Eusèbe, De vite Constantini, I. IV,
c. i.xxi, P. G., t. xx, col, 1225. — "Jean le Jeûneur, Pœniten-
liule, P. G., t. Lxxxvm, col. 1904. — l0 Brightmann, Litu
L'adoration rendue à Jésus s'adressait à un Dieu,
comme Justin eut occasion de le iaire observer aux
païens1. On a traité ailleurs de. l'accusation obscène
portée contre les chrétiens d'adorer les virilia du pon-
tife. Voir Accusations, col. 275.
L'acte principal d'adoration était le sacrifice de la
rnesse qu'Eusèbe nomme Xa-cpsîa, lorsqu'il raconte qu'on
le célébra aux funérailles de Constantin 8.
Dans la langue liturgique grecque npo<Txûv)]<Tt<; a un
sens spécial et distinct de jASTavoia. La itpoc-x-jvr.ir:; est
une inclination de la tète et du haut du corps, suivie du
signe de la croix, fait avec les trois premiers doigts de la
main droite. Ce rite est imposé aux femmes soumises à
la pénitence9, à l'exclusion de la |j.£Tiivota. Encorefaut-
il distinguer dans la p.et(xvoia deux rites. La (xs-dcvoia
proprement dite consiste à plier les genoux et en se
soutenant sur les articulations des doigts et à toucher la
terre du front; quanta la Lisrâvoia dont le rite ne diffère
pas de celui de la -rrpo<7x-Jvrç<j-i;, on lui donne le nom de
7rpoiT%uv7]u.a.
Celui qui accomplit l'un ou l'autre de ces rites récite
une invocation au moment où il fait le signe de la
croix. L'Euchologe indique celle-ci à plusieurs reprises :
'O 0îb; 'ù.arsbr,''. [j.oi T<î> àuapTtoXû -/.ai âXsi]<rov u-. Cette
pratique était déjà en usage au moyen âge. Dans la
liturgie de saint Jean Chrysostome, le mot npoox-jviiw;
est quelquefois pris dans le sens d'adoration due à
Dieu10 : oti TrpÉTiei trot uâaa So'Ea tiu,t] xa'i Tcpo<Tx-Jvr)<n;
T'ô ITaTp'i y.a'i t<ô Yî<î> xac tm àyiiù nv£Ju.aTt viv y. ai
as'i xa'i si; to\j; aitiiva; tmv aid>va>v.
De même dans la liturgie de saint Jacques ".
11. Culte impérial. —Une des formes les plus per-
sistantes de la religion antique fut le culte des empe-
reurs. Pendant les siècles où régnent les princes païens
cette adoralio subit des vicissitudes dont le récit a été
fait avec le développement qu'il comporte et la compé-
lence qu'il exige1'-. On n'a pas à s'y attarder ici. Quand
Constantin entra dans Rome, en 313. le Sénat lui dédia
untemple. c'étaitla dernière fois que cette cérémonie s'ac-
complissait et elle semble avoir eu peu d'éclat '■*. L'impossi-
bilité de toute transaction, en l'espèce, avec les principes
du christianisme peut induire à penser qu'une suppres-
sion radicale et soudaine intervint. Il n'en lut pas ainsi.
Certaines formes, des gestes adoptés par l'étiquette fu-
rent maintenus. Nous croyons indispensable d'entrer ici
dans quelques détails dont l'ignorance pourrait induire
plusieurs personnes à antidater des textes qui paraissent
peu compatibles avec le rigoureux monothéisme des chré-
tiens. La foi aux divinités impériales avait été tellement
ébranlée par tout ce que l'on avait vu que les mots les
plus expressifs en ce genre avaient perdu à peu prés toute
valeur. Constantin continua de recevoir l'appellation de
Nwnen et il lui est arrivé de se l'appliquer à lui-même '* ;
les autres titres en usage pour exprimer la divinité '• et
eastern and western, in-8", 1896. 1. 1, p. 317. — " Ibid., t. I, p. 75.
Sur l'adoration voyez W. Marriott, The testimony of the cota-
< and of Otlier monuments of Christian art front the
second to the eighteenth century ooncerning questions o/ doo-
rrine nou) disputed in the Church, in-12, London, 187m. p, 191
sq. (§i, icfo«ûv<i*tc, and adaratic in classical use;% n. Ut
the term in the Holg Scripture ; § m, Use of :jm;.iTi; in
early Christian writers;§iv, Change in the usage of «;mi»»».«h
rire. 650 A. D.). — "E. Beurlier, Le culte impérial, son histoire
et son organisation depuis Auguste jusqu'il Justinien, In-8",
Paris, 1891. — "De Rossi, Bull, di arch. crist., 1867, p. 67. Q
Aurelius Victor, De Cresar.. c. XL,n. 2Bi — "Cod. Just., De Justin,
rod. conflrm.. 2, Symmaque, Relatâmes, 6, 7. n. 85, 27. 29, 34,
43, etc.; Corv. inscr. lof., t. h. u. 2203-2205, 1106; t. vm. n. 1016,
1179, 1633, 7006, 7011, 8324. 8932; t. îx. n. 318; t. x, n. 287, 1246,
1656, etc. — " Corp. inscr. lat., t. ix, n. 1 16 ; Corp. inscr. grre,
n. 1523; Symmaque, ReJatfoi - 18, 24, 27. 33, 35, etc.;
Cod, Theôd., vi. xui: Cod, Just., 1. xv, 2; Autnenticss seu
Xovetkv, LU. LIX: S. Lien. Epiât., XI, LV, etc., P. /... t. uv,
T. 857.
541
ADORATION
542
le titre d'éternel ' se trouvent fréquemment auprès de
son nom. Ces llagorneries et d'autres encore 2 pa-
raissent de plus en plus rares avec le temps3; elles
déplaisent même à quelques païens *. L'acloratio pro-
prement dite cessa d'être rendue, mais on continua à
s'agenouiller devant le prince et à baiser la pourpre 5.
Un baiser de la bouche constituait une sorte de consé-
cration 6. On ne voit pas, s'il faut en croire Philostorge,
comment les respects des chrétiens pour les images im-
périales différaient de Vadoratio des païens. Ils offrent
de l'encens à la statue de Constantin, font des illumina-
tions, récitent des prières en son honneur. Ka\ ty)v
KcovtrcavTtvou ety.dva tytv èir\ toû 7top<p-jpoû xt'ovoç îcrca-
fiivrjv, Bvxjî'ai; ts iXâaxe<?9ac, Xu^voxacai; xa\ 8yu,i*u,oi<xi
ttjiàv, xai vjyâz npovkyuv ûtç, ôëoi 1. En 425, Théodose II
détendit d'adorer ses statues, mais, les manifestations
extérieures paraissent n'avoir changé qu'à la longue 8.
Quand au culte des empereurs défunts, on peut dire
qu'il n'en restait plus rien, le titre de Divus n'avait
plus l'importance d'autrefois, lorsque le Sénat discutait
les titres de l'empereur défunt à la divinité 9; c'était
maintenant une désignation honorifique que tous les cé-
sars recevaient. Constantin10, Constant", Constance12,
Julien13, Jovien11, Valentinien Ier 18 et Gratien16 en
turent pourvus. La ferveur de Gratien le porta à abolir
les rites païens, mais l'usage se maintint17 et Théodosc
lui-même reçut le titre de Divus qui reparaîtra pour la
dernière fois avec l'empereur Anastase 18.
Il en fut de ce mot comme du sigle D.M., il avait
perdu toute signification. On le trouve appliqué aux
empereurs païens comme aux chrétiens dans les inscrip-
tions 19, les codes20, les écrivains ecclésiastiques21. Ré-
duite à une formalité purement administrative, à tel
point qu'un empereur comme Gratien n'eut pas de
répugnance à faire accorder l'apothéose à son père Va-
lentinien 22, la consécration n'avait plus de signification
idolàtrique que pour quelques païens instruits et attardés
1 Corp. inscr. lat., t. Il, n. 2203, 2205 ; t. vin, n. 8480, 10222, 10272 ;
t. ix, n. 417, 2206; Corp. inscr. gr., t. u, n. 3467; t. ni, 4350,
4430 : t. iv, n. 8610, 8646 ; Symmaque, Relationes , 2, 3, 6, 14, 29,
46; Cod. Theod.. X, xxn, 3; Cod. Justin., XI, X, 10, n. 2. — !Au-
sone, Gratiarum actio dicta domino Gratiano, l, 1 ; Corp.
inscr. Iat.,\. Y, n. 8972; Digeste, 1. IV, xviii, 12. — 3Corp.
inscr. lat., t. vm. n. 1781 ; Bull, de l'acad. d'Hippone, t. xix,
p. 26. — *Ammien Marcellin, xv, 1. — 5 Ibid., xxi, 9; Cod.
Theod., VI, xxiv, 3 et 4; VII, i, 7; VIII, vu, 16; XII, i, 70;
Cod. Justin., XII, xxix, 2; S. Léon, Epist., lxiii, lxiv, P. L.,
t. liv, col. 877. — «Pacatus, Paneg. Theod., xx, édit. J. Schef-
fer, 1668; Mamertin, Gratiar. act. Julian., xxvm, édit. W. Jae-
ger, 1779. — ' Philostorge, Hist., n, 18". P. G., t. lxv, col. 480.
Cf. S. Jérôme, In Daniel., m, 18, P. L., t. xxv, col. 507; S. Ara-
broise, Hexameron, vi, 57, P. L., t. xiv, col. 281 ; S. Jean Da-
mascène, Oratio de imaginibus, m, 41, P. G., t. xciv, col. 1356;
Cod. Theod., XIII, IV, 4; VIII, XI, 4; XV, vu, 12; J. Hardouin,
Concilia, t. iv, col. 337. — 8 Socratc, Hist. eccl., 1. VI, c. xvm,
P. G., t. lxvii, col. 716; Sozomène, Hist. eccl., 1. VIII, c. xx.
P. G., t. lxvii, col. 1568. — » Tacite, Annal., I, 73. Cf. R. Mowat,
La Domus divina et les Divi, dans la Bévue épigraphique,
1886. — «>Corp. inscr. lat., t. n, n. 4742; t. VI, n. 1151, 1152;
t. x. n. 1125; H. Cohen, Description des monnaies de larépu-
blique romaine, Paris, 1880-1893, t. vu, p. 231, 318; Eutrope,
x. 8; Symmaque, Belat., 40, etc.; Cod. Theod., VI, rv, 17; Nov.
de Marcien, III, IV, lois d'Anthemius, 3. — H Symmaque, Belat.,
40. — "Symmaque, Belat., 3, 34, 40; Eutrope, x, 15. — ,3De
Rossi, Inscr. christ, urb. Bom., in-fol., Romoe, 1857-1861, t. i,
p. 164; Symmaque, Belat., 40; Eutrope, x, 16; Corp. inscr.
lat., t. i, p. 355; Cod. Theod., VI, iv, 7. — "Corp. inscr.
lat., t. vi, n. 1729; De Rossi, loc. cit., p. 172. 174, 175; Marucchi,
Descript. du Forum, p. 106; Symmaque, Prima laud. in Valen-
tinian., i, 9; Cod. Theod., II, xn, 2; V, xm, 14; VII, iv, 12;
Vin, m, 1; XI, xiv, 1; XII, I, 60; XIV, xxi, 1; XV, i, 11; Cod.
Just., III, xi., 2; VII, lxii,24; VIII, xi, 5; X, xxvi, 1 et 2 etc.;
Eutrope, x, 18. — "Ausone, Gratiar. actio (loin. Gratian.;
Symmaque, Belat.. 14. 21, 27, 33; Novell, de Marcien, III, vi;
Novell, de Justinien, LXXXIX, xu. — <»Vegèce, De re milit.,
1, 20; Symmaque, Belat., 34 et 40; et. 3, 4, 28, 41; Novell, de
Marcien, III, vi; Novell, de Justinien, LXXXIX, xu; Mosaïque
TVLIVS
ADEODA
TVS SACER
DOTALISVO
5 TVM COMP
dans le passé21. L'empereur seul la recevait et il appar-
tenait à son successeur de la solliciter du Sénat suivant
un usage qui parait s'être maintenu jusqu'à Théodose2*.
Le rite antique de l'apothéose, le bûcher du sommet
duquel on faisait envoler un aigle, fut probablement
abandonné de très bonne heure; il n'y a pas d'apparence
qu'on l'ait pratiqué pour les funérailles de Constantin 25.
Un seul vestige demeura, la célébration du dies natalis.
Les traces s'en retrouvent dans l'inscription de Con-
stance Ier26) dans le calendrier philocalien rédigé entre
3i0 et 350 et remanié avant 361 21, dans le laterculus de
l'olemius Silvius qui est de 448 28.
Le culte des empereurs se continua dans les provinces,
mais il perdit ce qui lui donnait son caractère essentiel :
les sacrifices lurent abolis, on conserva les jeux; mais
ceci n'est plus de notre sujet. Le culte municipal eut le
même sort avec des péripéties différentes20. Cependant
une trace du passé subsistait, car les jeux avaient, sous
la présidence des sacerdotes provincim et des /lamines
municipaux, quelque parenté avec l'idolâtrie. Les chré-
tiens ne surent pas résister à l'attrait de ces charges
de ilamines qui étaient les prêtres des empereurs 30.
Saint Ambroise signale leur faiblesse31 et Salvien les
condamne, principalement ceux de l'Afrique où le mal
était plus grand, avec sa rudesse ordinaire :l2. Les dona-
tistes paraissent avoir brigué le sacerdoce provincial33,
ils ne turent pas les seuls 34, : .^ ,/j
^ A ^ CD ^
ASTIVS MVSTE
LVS fTpp CRISTI
ANVS VIXIT AN
5 NIS LXXII QVIEVIT <îll,
ID DECEM
BRES ANNO
Mil D N REGIS
ILDIRIX
de Ravenne. — ''Corp. inscr. lat., t. VI, n. 1730, 1731, 1783;
Ephem. epigr., t. m, p. 292 ; De Rossi, Inscr. christ, urb. Bom.,
t. I, p. 338 ; S. Léon, Epist., c, P. L., t. L, v, col. 970 ; Mosaïque de
Ravenne. — ,8 Cf. Beurlier, loc. cit., p. 330 sq. — ,0 De Rossi, Inscr.
christ, urb. Bom., t. i, n. 164, 172, 174, 175, 767 ; Corp. inscr.
lat., t. xi, n. 2583; H. Cohen, Monnaies imp., t. vu, p. 318. —
20 Divus Adrianus : Nov . de Valentinien, II, iv ; Cod. Just., I, xvn.
2, 18; Divas mémorise Vespasianus, Nov. Just., GUI, prsef. Diva?
mémorise Alexander, Nov. Just., XXII, xxvii, xlv, xi.vi; Divus
Marcus, Cod. Just., VU, II, 15. Cf. Digest., XIV, n, 9; XL, vm, 2;
XVI, rv;L, VI, 5. — « Grégoire de Tours, Hist. Francor., H, 8, P.
L., t. lxxi, col. 201. Cf. H. Rubeus, Historia Bavennalum, 1. X,
p. 85, in-fol., Venetiis, 157; Miintz, The lost mosaics of Ravenna,
dans Ayner. journal of archeology , 1. 1, p. 2. — "Ausone, Gratia-
rum actio Gratiano Aug., 2, 7. Cf. Eutrope, x, 18. — "Symmaque,
Belat., 3, W, 41 ;Eumène,Pa)!P<7)/r. Const.,1.— s*Muratori,iVoiius
thésaurus vet. inscriptionum, in-fol., Mediolani, 1739, n. cclxv,
4. Cf. De Rossi, Inscr. christ, urb. Bom., 1. 1, p. 338. — " J. Eckhel,
Doctr. nummorum velerum, in-4', Vindobonse, 1792 sq., t. vm,
p. 473; De Rossi, Inscr. christ., t. i,p.337. Cf. Eusèbe, Vita Con-
staniini, IV, 70, P. G., t. xx, col. 1224. — 2S Corp. inscr. lat., t. i,
p. 356. — " Md., p. 354, 356. — ss Ibid., p. 333 b. — S9 Beurlier,
loc. cit., p. 290-300. — 3° Cod. Theod., XU, i, 112 (en 385). Cf.
Hardouin, Concilia, can. 60 et 61, 1. 1, col. 898; De Rossi, Bullet.,
1878, p. 28 sq. — 31 S. Ambroise, Epist., xvn, P. L., t. XVI,
col. 1002. — 3î Salvien, De gubernatione Dei, vm, 2, 3, P. L.,
t. lui, col. 154. — 33 Cod. Theod., XVI, v, 52, 54. Ci. C. PaUu de
Lessert, Les assemblées provinciales d'Afrique, in-8", Paris,
1884, p. 333, 336; P. Guiraud, Les assemblées provinciales dans
l'empire romain, in-8°, Paris, 1887, p. 251, n. 1. — 34 Corp. inscr.
lat., t. vm, n. 8348, 10516. Cf. O. Hirschfeld, dans Annal, del
Instituto archeologico di Borna, 1886, p. 69; De Rossi, Bullet-
tino di archeologia cristiana, 1868, p. 34-40; 1878, p. 26; Bévue
archéologique, juillet, 1878, p. 9 ; Bévue de philologie, 1879. Le
flaminat perpétuel ne dérogeait pas à la règle au flaminat an-
nuel. Cette perpétuité, en usage principalement en Atrique, était
purement honorifique et devint même héréditaire. Ci. De Rossi,
Bull., 1878, p. 25 sq. ; Desjardins, dans la Revue de philologie,
t. m, p. 55 sq.; Duchesne, dans Mélanges Renier, in-8% Paris,
1887, p. 165 sq.
543
ADORATION
544
Le mal était assez général pour avoir laissé des traces
en Afrique, en Gaule, en Espagne. Une lettre du pape
Innocent Ier le signale en ces termes : Neque de cu-
rialibus aliquem venire ad ecclesiasticum ordinem
posse qui post baplismum rel coronati fuerint vel sa-
cerdotium quod dieitur sustiuuerint, et editiones publi-
cas celebraverint ' . Le texte le plus grave pour cette
question est antérieur à ceux que nous venons de rappe-
ler; il appartient aux décrets disciplinaires du fameux
concile espagnol tenu à Elvire (Illiberis) vers l'an 300.
L'étude n'en est plus à faire aujourd'hui -. Le concile porta
quelques décrets, entre autres ceux-ci : 1° les flamines
qui auraient sacrifié sont excommuniés sans rémission
(can. 2); 2° ceux qui, sans sacrifice, ont donné des jeux pu-
blics, peuvent être réconciliés à l'article de la mort, pourvu
qu'ils aient fait pénitence et que leur faute n'ait pas été
réitérée (can. 3); 3° en pareil cas, les (lamines catéchu-
mènes ne seront, admis au baptême qu'après trois ans
d'épreuve (can. 4); 4° les (lamines qui ont porté la cou-
ronne, insigne de leur sacerdoce, mais en s'abstenant
de sacrifier ou même de contribuer aux frais du culte,
peuvent être réconciliés au bout de deux ans. A l'époque
où ces canons furent portés, c'est-à-dire avant la persé-
cution de Dioclétien, le pouvoir central se montrait fort
accommodant pour les susceptibilités des chrétiens, qui
pouvaient accepter les fonctions de gouverneur de pro-
vince et se dispenser d'offrir des sacrifices; en outre, le
(lamine pouvait esquiver l'obligation des jeux, que
l'Église devait presque toujours condamner, puisque les
combats de gladiateurs et les spectacles immoraux en
composaient le programme ordinaire; on pouvait offrir
à leur place à ses concitoyens un travail d'utilité publique,
une basilique, un pont, un tracé de route, une répara-
tion d'aqueduc ou bien encore un repas public ou, plus
simplement, une distribution en espèces.
Les chefs ecclésiastiques paraissent avoir pris moins
facilement leur parti de la persistance du culte impé-
rial. Les évêques justement choqués d'avoir à commu-
niquer avec le gouvernement par l'intermédiaire des
sacerdotes provinciœ, obtinrent d'IIonorius l'autori-
sation de communiquer directement avec les bu-
reaux impériaux, nous dirions aujourd'hui les « minis-
tères » -1.
Cette persist; nce du culte impérial se fonde sur
d'autres raisons qu'un sentiment de piété disparu depuis
longtemps. L'usage de rendre l'adoration à la pourpre
impériale et aux images des princes fut peut-être plus
responsable de l'état de conscience du peuple que les
honneurs divins accordés aux empereurs défunts. L'ado-
ration de la pourpre était réglée par un cérémonial
rigoureux. Celui de Constantin Porphyrogénètr suffit à
donner l'idée de l'étiquette byzantine sur ce point parti-
culier4, étiquette qui ne disparaîtra qu'au jour de ren-
trée de Mahomet 11 à Constantinople. La lecture des lois
impériales et l'adoration des images des empereurs nous
font assister à une curieuse évolution dont nous n»vons
qu'à résumer ici l'histoire récemment faite".
i .1. Ilonlnuin, Concilia, 1. 1, wl. 1021 ; Innocent I, Epist., xxm,
fi. — - l. Duchesne, Le ooneUe tï Elvire et te ftaminm chré-
tiens, dans Mélanges Renier, B87, p. 158-474. — *J, Harduuin.
Concil., can. 97, t. I, cul. 819; Cod. Th od., XVI, n, 38. —
*Voy. c. xi.iv sq., Observation m promotiune nobilist
Curopalatœ, etc., P. G., t. exil, col. 479 sq. ; c. i.xxxvn sq..
col. 707 sq. ; cf. col. 704, not. 22; col. 756, n. 39. — » E. Beurlier.
Les vestiges du culte impérial à Byzance et la querelle des
Iconoclastes, dans Compte rendu du Congrès scientifique in-
ternational des catholiques, in-8", Paris, 1891, tirage à part. p. 5
sq. — *Cod. Just. De Just.cod. confirm., 2, etc., Novell, de Just.,
XIX, XXI, XXXI, XXXIX. Xl.lll, LU, MX. l.X, XC, XC.III, etc.
— 'Du Cange, Glossarium médise et infimse lalinitatis, au me t
Sacra et Gloss. medix et infimse gnreitatis, au mot Eàxjov. —
•S. Jérôme, In Daniel., m, 18. P. L., t. xxv, col. 507.Cf. S. Am-
broise, Hexameron, vi, 57, P. /.., t. xtv, col. 281. — "Philostorgc,
Ce qui touchait à la personne des empereurs se res-
sentait de l'adoration qu'on leur rendait. Les divers ser-
vices portent le nom de sacrée largiliones, sacras cogni-
liones, sacrum palatium. A plus forte raison la loi
qui émanait de l'empereur était sacrée. On disait en
parlant d'elle sacra lex, sacra jussio, ôîia tr/i-Jn; ",
plus tard, quand l'adjectif sacra devint un substantif
désignant l'édit, on renforça l'expression et l'on dit de la
loi : Sei'oc a&Y.pu '.
Mais ce fut principalement l'adoration des images
qui fit perdre toute mesure. Dès le IVe siècle la série
des témoignages commence et se poursuit pendant les
siècles suivants presque sans interruption 8. Philostorge
accuse les habitants de Constantinople de brûler de
l'encens devant la statue de Constantin et de le prier
ainsi qu'ils feraient à Dieu 9. Nous voyons dans la
Nolitia dignitatum l'appareil employé pour présenter
à l'adoration les images impériales. Le portrait du
prince est placé sur une table carrée, autour de lui
brûlent quatre cierges placés sur des flambeaux10. Ce
spectacle provoquait dans le peuple une piété si vive
qu'une loi de Théodose et de Valentinien (425) •' rappelle
les adorateurs à la modération dans l'avilissement. M n-,
ce fut en vain 12.
On alla plus loin et la confusion devint complète
quand on vit le Christ revêtu des insignes impériaux et
l'empereur placé cùte à côte avec la mère de Dieu et les
saints 13. C'était faire rejaillir sur eux le culte réservé a
l'empereur, aussi, d'assez bonne heure, commence-t-on
à rendre aux images du Christ, de la ôeotoxo; et du s
saints représentés sans l'empereur, les mêmes honneurs
qu'on leur adressait au titre de leur voisinage impérial.
Les gens de sens ne s'y trompaient pas : « Si les images
des princes terrestres sont vénérées parce que le Christ
lui-même a daigné honorer l'image de César, à combien
plus forte raison, devons-nous honorer l'image du
Christ lui-même '*. » Et encore : « Les rois sont mortels
et souvent impies et pécheurs, cependant leurs images
sont adorées... de même et à plus forte raison les images
du Sauveur13. «Comme l'art byzantin était alors principa-
lement pratiqué dans les monastères16 où la dévotion au
Christ, à sa mère et aux saints était ordinairement très
profonde, on s'explique le développement que prit la
production des images et les abus qui en résultèrent
et servirent de prétexte à la persécution des icono-
clastes. Mais tandis qu'on faisait une recherche 81
des images du Christ et des saints, relies de l'empereur
continuaient à recevoir l'adoration l7. La première
querelle des iconoclastes se termina en Orient au synode
de Nicée (787). On y proclama que la npoaxi}vi}<rM
permise à l'égard des images et la Xaipeia réservée à
Dieu seul 18.
Cette décision des Pères de Nicée, commentée et glo-
sée par les théologiens de Charlemagne, fournit la ma-
tière des Livres carolins. où l'adoration orientât
accablée de tous les anathèmes. Mais en Occident. L'ado-
ration impériale ne fournit rien d'analogue à l'évolution
Hisi . n. 17, /'. G., t. lxv, eoL 'i80. Cf. Chronicon Pascale.
ami. 830. — '•' Notit. dign., Pars Or., c. m, (édit. Bceckine.
p. 12), Pars Occid.. c. u (ibid., p. S). Cf. S. Jean Clin
Opera, P. G., t. Lix, col. 650. — " Cod. 77e e,/.. XIII. iv. i
Just., I, xxiv, 2. — '=' - Htst. ecd., \i. 18, /
t. Lxvit. ool, 716; Sa» mène, vin, 20, I'. <-'., t. lxvii. col.
— i»G. Schlumberper, Xicéphore Phocas, in-8', Paris.
p. 311. V.<-J. V.i:i, 184, 539; La Yi'rge, le Christ et les latMts
sur les sceaux byzantins, dans les Mémoires de lu S
antiquaires de France, t.xi.iv. - "Nicéphore ConsU, Antirrlw-
ticus III adv. Const. Copron., 60, P. G., t. c, col. 485. -
"S. Jean Damascène, De imagin., orat m. il. /'. G., t \
col. 1356. — ««C.Bayet, Recherches pour servir à l 'ht-toire de la
peinture et de la sculpture chrétien*, rs en Orient, avant l,i
querelle des Iconoclastes, in-8-, Paris, 1879, p. 135. — " Beur-
lier, loc. cit., p. 8. — '• J. Hardouin, Concilia, t. iv, col. 435.
Wô
ADORATION
ADULTÈRE
546
que nous avons observée en Orient, nous aurons occa-
sion d'en reparler ailleurs. Voir Images '.
L'adoralio horaruni. — Elle consistait dans un certain
nombre de génuflexions dont les pénitents devaient s'ac-
quitter heure par heure2.
III. Les adorabiles. — Xotons un trait qui nie
semble n'avoir pas encore été relevé. La liturgie pré-
sente de nos jours encore un rite assez insolite. A la
inesse, le sous-diacre, après avoir apporté les instruments
du sacrifice sur l'autel et les avoir remis au diacre, étend
sur l'autel un coin du voile humerai dont on vient de
le draper, le diacre y dépose la patène que le sous-diacre
enveloppe dans ce voile et tient de cette manière pen-
dant quelque temps 3. L'usage de recevoir les objets d'un
caractère religieux les mains couvertes de son vêtement
est d'origine antique. « Un certain jour de fête, raconte
Ammien Marcellin, Julien lit introduire auprès de lui
des agenles in rébus pour leur remettre une somme
«l'argent. Au lieu de présenter le pan de sa chlamyde,
comme le veut l'étiquette, l'un de ces hommes tendit
les deux mains et l'empereur dit : « Les orientes in
rébus savent bien comment on prend, ils ne savent pas
comment on reçoit4. » Ce trait se rapporte au cérémo-
nial institué par Dioclétien 5; qui, tirant les consé-
quences de la doctrine de la divinité des empereurs,
assimila aux choses sacrées celles qui émanaient de
l'empereur et prescrivit pour les unes et les autres le
même cérémonial. On en rencontre d'autres traces. Un
tlisque d'argent trouvé en Espagne ligure un person-
nage recevant, les mains couvertes de son vêtement, un
objet que lui donne l'empereur Théodose 6. Enfin dans
les actes des saints Sergius et Bacchus, on voit pendant
l'audience remettre au juge une lettre impériale, celui-
ci se lève et la reçoit dans un pan de sa chlamyde '. Ces
sortes de lettres sont qualifiées plus tard, vers 435,
d'adorabiles 8. L'antiquité chrétienne offre d'innom-
brables exemples f'e ce rite, dans les textes et les monu-
ments. Dans l'antique légende de sainte Dorothée, nous
voyons que la martyre est accostée par un enfant qui
iui apportait du paradis trois pommes et trois roses
qu'il tenait sur un linge °. Les mosaïques, les sarco-
phages multiplient les preuves de ce rite. Les anges et
les bienheureux portant des couronnes, saint Pierre
recevant les cleis, les papes recevant le pallium ,0. Gré-
goire de Tours raconte qu'étant « venu au tombeau de
saint Nizier, le diacre Agiulfe voulut rapporter un sou-
venir de sa visite à ce monument vénéré; ce lut dans
ses mains couvertes d'un voile qu'il reçut du prêtre
quelques brins de la jonchée de verdure dont les fidèles
couvraient le sépulcre du saint évèque » ". Trois sarco-
phages de la Gaule, à Arles, à Narbonne, à Saint-
Maximin, représentent deux apôtres présentant à. lésus 12,
l'un les pains, l'autre les poissons, symbole de l'eu-
charistie, qu'ils portent, les mains enveloppées dans un
pan de leur pallium. Enfin, nous rappellerons Tarci-
1 Bcurlicr, loc. cit., % il, p. 9-16. — SE. Martine, Anecdota,
1. iv, col. 20, In can. hibern. — 3 11 est utile de faire observer
à ce sujet que la patène doit être tenue non dans la main nue et
couverte du voile, mais avec la main voilée, « parce que les
acolytes, qui autrefois la gardaient jusqu'au milieu du canon, dit
<lom de Vert, ne pouvaient toucher les vases sacrés. » Cl. de
Vert, Explication simple, littérale et historique des cérémo-
nies de l'Église, in-12, Paris, 1713, t. ni, p. 227 et note 1. —
♦Ammien Marcellin, XVI, v-xi. Cf. Le Blant, Les Actes des
martyrs, in-V, Paris, 1882, p. 111, 103; Études sur les sarco-
phages chrétiens de la ville d'Arles, p. 20. — 5Aurelius Victor,
wxix; Eutrope, IX, XXVI ; Ammien Marcellin, XV, v. — "Cahier,
Curiosités mystérieuses, p. 60. Ci. R. Garrucei, / piombi anti-
chi, pi. IV, n. G et p. 55. — ' Acta SS. Sergii ef'Bacchi, 13
ilans Acta sanct., 7 octob. — * Synodicon adversus trayœdiam
lrenxi. c. clxxxiv, dans Mansi, Concilia, t. v, p. 961. — 9 Acta S.
Dorothei et Theophili, 10-13, dans Acta sanct., 6 févr. — ,0 J.
<;iampini, Vetera monimenta, in quibus prœcipiie musiva
opéra... illustrantur, in-fol., Romrc, 1600; R. Garrucei, Sto-
LICT. D'AflCH. CIIRÉT.
sius portant l'eucharistie et abordé par les païens : « Que
caches-tu dans le pli de ta robe? » Ces simples rappro-
chements invitent une fois de plus à chercher les ori-
gines d'un grand nombre de rites liturgiques dans ces
usages similaires des anciens. H. Leclercq.
ADSTANTES. On lit dans une oraison Post pri-
die de la liturgie mozarabe (ferla 11 Pasc/ie ad mis-
sam) : Deferalur in ista solennia Spiritus tuus Sanctus
qui tam adstantis quant offerentis populi et oblata pa-
riler et vola sancti/icel l3. La signification précise de ce
terme dans la langue liturgique mérite d'être fixée.
Comme le l'ait justement remarquer l'éditeur à propos
de ce passage, il ne s'agit pas des adstantes ou consis-
tentes qui faisaient partie des pénitents et par là même
étaient exclus du sacrifice. Voyez Pénitents. Il est
évident qu'ici, au contraire, il est question de fidèles qui
assistent au sacrifice, mais qui, cependant, n'offrent pas
le pain et le vin et, par suite, ne communient pas. Ceci
nous ramène à une époque où la discipline ecclésias-
tique admet à l'assistance du sacrifice ceux qui ne com-
muniaient pas, c'est-à-dire à une date postérieure au com-
mencement du VIe siècle. Jusque-là, en effet, sauf des ex-
ceptions dont la cause est connue, tous les fidèles pré-
sents à la messe communient, les autres quittent
l'Eglise après les lectures. Quand le nombre de ceux
qui s'abstenaient augmenta, les évêques et les conciles
durent adoucir la discipline et permettre aux non offe-
rentes d'assister au sacrifice.
Le texte que nous avons cité en commençant est donc
daté, dans une certaine mesure, c'est-à-dire qu'on ne peut
le faire remonter au delà du VIe siècle. Il est aussi, par
le fait même, une preuve que dans le langage litur-
gique un sens spécial s'attache aux mots adstantes et
u/jerentes, de même qu'au terme accedentes. Voyez
Communion. F. Cabrol.
ADULTÈRE. -- I. Définition. II. Caractère. III. Lé-
gislation. IV. L'adultère et la discipline pénitentielle
de l'Église primitive. V. Bibliographie.
I. Définition. — « L'adultère est la violation de la foi
conjugale, inwntionnellement consommée par un com-
merce charnel, entre deux personnes de sexe différent-
dont l'une au moins est mariée u. »
II. Caractère. — Les anciens ne punissaient pas
l'adultère commis par l'époux : 1° parce qu'il n'entraî-
nait pas de graves conséquences sur la formation de la
famille; 2° à cause de la situation privilégiée q*ae taisait
au mari la patria pote^la§, situation telle que, dans
l'ancien droit, il n'aurait pu être condamné que par lui-
même dans le juslicium ''omesticum. Le droit romain
recevait l'accusation d'adultère contre la fiancée 1S; cette
partie de la jurisprudence est tombée en désuétude u; de
même, il n'y a pas adultère après la dissolution du
mariage. Enfin, l'intention coupable est, dans toutes les
ria dell'arte cristiana. c. XX. in-fol.. Prato, 1873, t. I, p. 146
sq. : Délie mani velate;ti. Alemanni, De parielinis Latera-
nensibus a... Franc, card. Darbvrinio restilutis, dissertatio
hislorica, in-4°, Romœ, 1625; Bottari, Scultura e pitture sagre
extraite dei cimiteri di Homa, pubblicate già dagli autori delta
ltoma sotterranea ed'ora nuovamcntc date in luce colle spie-
gazioni, in-fol., Roma, 1737; Le Blant, Sarcoph. d'Arles, loc. cit.
— " Vitse Patrum, c. vin, 6, P. L., t. lxxi, col. 1045. — "De
Rossi, Borna sotterr., t. i, p. 323, 349. — " P. L., t. lxxxv,
col. 491. — " V. Sieye, Traité sur l'adultère considéré au point
de vue historique et juridique chez les peuples de l'antiquité,
à Home, dans le droit canon et clans la législation française,
in-8% Paris, 1875. Cf. Digest., 1. XLVI1I, tit. v, 6, 1, la distinction
entre adulterium et ?0ofà. — " Digest., 1. XLVIII, tit. v, 13, 3 :
Divi Severus et Antoninus rescripserunt, etiam in spansa
hoc idem vindicandum : quia neque matrimonium quale-
cunque, nec spem matrimonii violare permiltitur. — '"Four-
nel, Traité de l'adultère considéré dans l'ordre judiciaire,
in-12, Paris, 1778 (et 1783), p. 8.
I. - 18
547
ADULTERE
545
législations, un élément nécessaire pour l'acte d'adul-
tère1.
III. Législation. — Dans l'antiquité l'adultère est
étroitement lié à la prostitution sacrée que permettaient
et ordonnaient même, dans certains cas, la religion et
les coutumes de l'hospitalité 2. Au début de l'ère chré-
tienne la corruption du monde était grande, néanmoins
le libertinage des Orientaux dépassait l'imagination des
Grecs. Malgré les prescriptions sévères de leur code *,
les Juifs avaient suivi le courant et Selden rapporte un
texte de la Mischna qui accorde aux rois dix-huit concu-
bines4. Un siècle et demi avant Jésus-Christ le temple
de Jérusalem était un des lieux du commerce des pros-
tituées; peut-être l'indignation témoignée par Jésus aux
marchands de colombes s'expliquerait-elle par le fait
que ces volatiles dédiés à Vénus étaient mis en vente en
ce lieu pour fournir aux offrandes des amants. Chez les
Juifs la procédure d'adultère commençait devant le tri-
bunal du lieu dn délit et du domicile des parties, elle
était transmise au Sanhédrin qui jugeait en dernier
ressort1'. L'action en adultère n'appartenait jamais à la
iiinme contre le mari. Le trait caractéristique de la pro-
cédure était ce qu'on appelait « l'épreuve des eaux
amères » qui cessa d'être pratiquée vers le début de
notre ère. La triple influence judaïque, grecque et
romaine qui s'exerça sur les institutions naissantes du
christianisme fut en l'espèce assez mitigée, par suite de
la gravité de la question au point de vue de la morale;
aussi entrevoit-on d'assez bonne heure les positions
intransigeantes de la discipline ecclésiastique0. A la lin
de la République romaine la corruption des meeur»
dépassait toute mesure, à Rome. Les femmes du ranjj
le plus élevé comptaient leurs années par le nombre de
leurs maris"; ers désordres n'avaient pu être arrêtés
ni même modérés par une loi célèbre portée par Auguste
l'an 737 de Rome, la 1er Julio, de adulteriis coercendvi*.
Cette loi servit de fondement à toute la législation pos-
térieure sur la matière; il y a donc lieu d'entrer à son
sujet dans quelques détails, puisque par tant de points
cette législation se retrouve dans tes monuments et les
rites dont elle a souvent inspiré la rigueur, principale-
ment dans t'exonaologèse.
La lex Julia, qui fut désignée aussi sous le nom de
Ir.r de adulteriis, abrogeait la législation antérieure. La
loi ne punissait ni l'infidélité de la fiancée', ni celle
de l'esclave unie par le contuberniuni à un homme (te
sa classe : Inter libéras tantum personas adultérin**
stlipruuire passas te.r .1 tilin Inrnni liabet ; i/uod milan
ad serras pertmel, ei legis Aquilm aclio facile tenebit,
et injuriarum quoque competil : ver erit deneganda
prœtorha quoque aetio de servo corrupto : nec profiler
ptures.ae tiens» parcendum erit in Itujusmod, criniine
reo u\ S'il s'agit d'une concubine, vire conjux, comme
l'appellent les testes anciens, elle peut être accusée jure
e.rt, **'fi par sou mari, à condition qu'elle n'ait pas
perdu le titre de matrone in concubinatu se dando, ce
qui serait le cas d'une affranchie devenue concubine de
son patron '.'. La conjux avait nue situation particulière ;
elle pouvait, ingénue ou elarissime, se soustraire à révo-
cation de son crime d'adultère en justice en se faisant
•Coins au Digest., I. XLVITI, tit. v, 4.'!; SalvittS JuUmnuS
responéU : /Juin adutterium [inquit] shic dolo malu non com-
■iiitttitiir : (/iwwjiii/iii dicendum, ne is, qui adret eam extege
repudiittom non rssc, dulo mole committat. — *CI. P. Ru* ur,
Ilistuirr <ir in pn stitutien et de la débauche chez tous 1rs peu-
ples du monde, ht-8», Paris, 1854-1 854; Debray, Ilist de ta pros-
tituticm et <ir in débauche ehe% tous 1rs peuple* du globe depuis
("antiquité, iii-'i-, Paris, 1880 ; Esmeirv, Ledétil d'aduttère à Honte,
dans la .Xone. lier, dit lirait fr. et rlinnjrr, 1878, ]i. 1, 887. -
:1Lev., xx, -10 sq. — 4SeMen, tjxor tbraica, sru de nuptiis et
divortiis e.r jurr nnli, in-V, Lnuiliiii. 1646, p. 1,8. — *> V. Sieye,
Toc. cit., p. 32. — °J. A. w. Neamter, History of the plantxng
tm<t trnininij o( tlte e/iristui» Church Inj the Apostles, in-1'2,
I3olin, 1851, p. 246-249. 257, 201. — 'Cl. Tacite, Annotes, I. I, c.
inscrire par les édiles en qualité de prostituée. Sous le
règne de Tibère et le consulat de M. Julius Silanus et
L. Norbanus Flaccus, le sénat, dit Tacite, rendit contre
les dissolutions des femmes, plusieurs décrets sévères.
La profession de courtisane fut interdite à celles qui
auraient pour aïeul, pour père ou pour mari, un cheva-
lier romain. Vistilia, née d'une lamille prétorienne,
venait en eflet de déclarer sa prostitution chez les édiles
d'après un usage de nps ancêtres, qui croyaient la
lemme impudique assez punie par l'aveu public de sa
honte. Titidius Labeo, mari de Vistilia, lut recherché
pour n'avoir pas appelé, sur une épouse manifestement
coupable, la vengeance de la loi. Il répondit que les,
soixante jours accordés pour se consulter n'étaient pas
révolus; et le sénat crut taire assez en envoyant Vistilia
cacher son ignominie dans l'île de Sériphe 12.
Le fondement de la distinction que fait la lex Julio
entre la poursuite du mari ou de la femme repose sur
la qualité de complice pour celui-ci et non de mari.
sur la qualité d'épouse pour celle-là.
La loi punit également celui qui a conseillé l'adultei
et celui qui l'a commis : qui suasit et qui inlulit '■'■. et
même celui qui reçoit des coupables la mission d'ache-
ter leur impunité1*. Elle veut que le mari oatrag
sévisse : Adulterum in domo deprehensuni dimiserit '••_
cependant elle accorde un droit plus absolu encore au
père adoptit ou naturel. Le mari peut tuer sa femme et
le complice à condition que celui-ci soit de condition
infime, telle que : mime, letw, esclave ou affranchi et
qu'il ait surpris tes coupables dans sa propre maison1''.
S'il fait erâee de la vie, il peut retenir le complice pen
ilanl vin^t heures leslmnhv rei causa '" et la femme doit
être chassée en déclarant le tout au préteur ayant juri-
diction. Si, dans un mouvement d'emportement, le mari
tue sa femme surprise ailleurs que dans sa maison, i.
sera jugé avec indulgence, quia hoc impalientia jusl
dotons admisit filise**. Les droits du père sont plu»
étendus, ce qui ne laisse pas d'être digne d'attention ru
la situation que le mariage faisait à la femme à qui i
constituait une seconde naissance en la faisant doréna-
vant lille de son mari, filiic loco, disent le» juriscon-
sultes1*. Par une dérogation grave à cette disposition Pau!
écrit que te deuxième chef de la lex Julia : permittitui
palri, tiuii adoptivo quant natwali, adulterum ■
/dut, eujnsrunujue dii/ni loi is. dnmi sn.e rrl generi SU
de/ reliensiun sini itume '. Le père doit fina-
les deux coupables; mais il ne peut le l'aire que s'il le»
surprend sv î'pTVi dans sa propre maison ou dans celle
de son gendre, l'injure faite par l'épouse étant alors
jugée comme aggravée par le choix du lieu. 11 ne peut
1 1 1 •■ i- l'un et épargner l'autre, il doit les mettre à mort
prope uno ictu et une impetu... esquaM ira advenus
utrunique suntpta -1 .
La i. mine condamnée sur le chef d'adultère perd I i
moitié de sa dot, le tiers de ses biens et doit être relé-
guée dans une île*2. Le complice perd la moitié île s
fortune et on le relègue dan» une antre Ile*3. L'un et
l'autre sont frappés de diverses incapacités : la femmi
ne pourra contracter désormais que le coneubinatus **,
le poil de la stola des matrones lui est interdit, celui du
i ni : I. TV. c. xxxix : I. XI, c. wvi ; 1. Mil, c. xui. xi.v. - • /)
I XI.V11I. tu . v ,Q >,<o..\\\i. ■• Di./est.A. M. VIII
tit v, té, 8. i elle ili»i osition date d \ut. nin. — •°fli-
geel . I Xi.vni. tit. v, 6. - " Digest., I. XL.vm, tit. v, I
i T cite, Aninit.. 1. Il, c. i.xxxv. ci. Suétone, Tiber., c. \\\\
A Matlhieus, De criminitms. c. xi.vm, 3 ir-'r. Colonie, ITJT
p. 361 sq. - '» Dinest.. 1. M.V1II. tit. v, t'J. • ' bngest., I. XI.VIII.
Ut V, 14. — <» Dojest.. I. XI.VIII, tit. v, 19; l'aul. Sentent., til
wvi. 8 : [si] non stntun dimiserit. reum tenocmtl
/ l,n uit. — "> Dioest.. I. XI.VIII. tit. v, 24. — " Paul. .s. i
tit wvi, ;(. — "* Ihnt.. v. — ''• i ust. t de Cotdanges, la eu-
tique, in-1'2. Taris, 1S'.>5, p. 47. — «Tau'. t wvi, 1.
- ■' Digest., 1. XI.VIII. tit. v. 28. — «Paul, Sentent., tit. \
M. _ «;{,„(. _ *^ Digest., 1. XXV. tit. vu, l. 2
549
ADULTÈRE
550
la toga des courtisanes imposé; le complice ne pourra
être ni témoin', ni soldat2. Quelques autres disposi-
tions accessoires turent prises relativement aux biens3
et à la forme de la répudiation4. Sous Tibère, l'accu-
sation d'adultère portée contre Apuleia Varilia, petite-
nièce d'Auguste, donna lieu à une innovation. Varilia,
dit Tacite, fut reléguée par le tribunal de famille, judi-
cium domesticum, à deux cents milles de Rome5.
La lex Julia eut à subir de la part des empereurs,
depuis Auguste jusqu'à Constantin, plusieurs modifica-
tions. Constantin restreignit le droit d'accusation et
augmenta la peine. L'épouse coupable fut passible de
l'exil et même de la peine de mort; son complice devait
être décapité s'il était de condition libre, brûlé s'il était
esclave6; celui-ci pouvait obtenir l'impunité en dénon-
çant sa complice. Cette législation fut aggravée en 339
par les fils de Constantin qui interdirent l'appel 7 contre
la sentence et portèrent contre les adultères la peine
réservée aux parricides. Sous Théodose on conduisait
publiquement les coupables dans un lieu de prostitution 8,
et cet empereur prescrivit de hâter l'instruction des
procès en adultère, sans égard à la prescription civile
et à la compétence du Forum. Une loi du même empereur
assimile à l'adultère le mariage d'une chrétienne avec
un juif9 et la peine de mort s'ensuit10; il est vrai que
sous Majorien on revint au texte de la lex Julia et on
s'en tint à l'exil. Justinien modifia la lex Julia, imposant
au mari la formalité de l'inscription et ne lui permettant
la répudiation que si l'épouse était condamnée ; dans le
cas où elle était absoute il était soumis à la peine qui
eut trappe la ternme coupable et celle-ci regagnait sa
dot ainsi que la donation ante nuptias.
L'influence du christianisme tendit à appliquer au
mari coupable d'adultère une pénalité à laquelle il
n'avait aucun droit d'être soustrait; il devint donc pas-
sible de la peine de mort et, dans le cas seulement où
il aurait des ascendants jusqu'au troisième degré, la
confiscation des biens lui fut epargné.e. En même temps
la législation se montre moins sévère à l'égard de
l'épouse qui sera désormais cloîtrée pendant deux ans.
Si, après ce laps de temps, son mari ne la reprend pas
dans sa maison, le mariage est considéré comme rompu,
la femme sera rasée et cloîtrée pour le reste de ses
jours; on donnera au monastère ce qui reste de son bien
après que le mari aura prélevé la dot et une somme
égale à un tiers de la dot. Dans le cas où l'adultère
aurait des ascendants, ceux-ci gardent un tiers de la
dot; si elle a des descendants, ils en gardent les deux
tiers. On n'a pas de preuves solides que la femme dût
recevoir le supplice des verges avant son emprisonne-
ment dans le cloître.
Saint Jean Chrysostome nous apprend q,ue de son
temps on se montrait dans la pratique plus indulgent
que la loi ne le permettait, on s'en tenait généralement
à la prison u. On s'était également relâché à l'égard du
mari meurtrier de sa femme qui n'était guère con-
damné qu'à la relégation12. En ce qui concerne l'adul-
tère commis avec une esclave la législation ne le recon-
naissait pas encore, ce n'était là de la part du maître
qu'un emploi de ses biens, partant il n'était pas punis-
sable de ce chef13. Une loi de Constantin avait d'ailleurs
consacré cette disposition toute païenne^14. Entre cette
loi, datée de l'année 331, et la législation en vigueur un
siècle plus tard, une autre loi a ilù intervenir que nous
'Digest., 1. XXVIII, Ut. I, 20, G; Cuil. Just., 1. IV, tit. xx. —
1 Digest., 1. III, tit. il, 2, 3 : De his qui notantur infamia. —
«Paul, Sentent., 1. n, tit. xxi, 2. — * Digest., 1. XXIV, tit. Il :
De divortiis et repudiis. — "Tacite, Annal., 1. II, c. l. Cf. Fres-
quet, Du tribunal de famille chez les Romains, dans la Revue
historique du droit, 1885, t. I, p. 125 sq. — • Cod. Justin., 1. IX,
tit. xi : De mulieribus, qux se propriis servis junxerunt. —
"*Cod. Justin., 1. VII, tit. lxv : Quorum appellationes non re-
eipiuntur. — «Socrate, Hist. eccl., 1. V, c. xvm, P. G., t. lxxvii,
ne connaissons pas mais qui devait différer assez peu
de la loi d'Honorius en 421 l3, laquelle est postérieure à
plusieurs textes de saint Jean Chrysostome qui nous
apprennent une des dispositions de cette loi dont il ne
reste rien dans le code. La femme répudiée pour son
crime, nous apprend-il, perd toute sa dot; si au contrain'
l'adultère est le fait du mari, l'épouse emporte sa dona-
lio propter nuptias 16.
Quelques autres dispositions furent apportées dans I.)
suite. On renvoya à l'évoque la charge de prononcer la
condamnation à mort contre les adultères qui avaient
consommé leur crime dans une église. L'empereur Léon
le Philosophe décréta que les coupables auraient le ne/.
coupé et le mariage leur fut à jamais interdit. Une nou-
velle mitigation fut apportée à la claustration forcée en
ce que le séjour de plus de deux ans cessa d'entraîner
la rupture, et l'épouse reléguée put être reprise indéfi-
niment. Le père conservait néanmoins son antique droit
de mettre à mort sa fille, droit qui fut enlevé au mari
à qui on abandonnait la dot et qui pouvait désormais
ne pas répudier sa femme adultère sans encourir le
titre de Icno.
Les divers textes législatifs des peuples d'origine ger-
manique ne s'occupèrent guère de l'adultère que pour
porter quelques pénalités assez rigoureuses. Les France
n'avaient qu'une seule épouse et le lien conjugal était
parmi eux indissoluble, néanmoins on admettait la pré-
sence des concubines afin de suppléer à la stérilité de
l'épouse11. Chez eux, comme à Rome, le crime d'adul-
tère relevait du tribunal domestique. Les anciennes lois
ont conservé le prix des compensations tarifées par les
barbares en réparation des outrages faits à la morale. On
y observe une gradation selon la gravité du dommage ,8.
Chez les Ripuaires l'amende fixée pour l'adultère con-
sommé est de 40 deniers, elle est de 200 sols dans la loi
salique. La loi des Ripuaires autorise te mari qui sur-
prend les coupables en flagrant délit à prendre contre
eux une vengeance barbare. Le décret de Reccarède
porte que la femme de naissance libre qui se prostitue
et sera surprise en ilagrant délit sera fustigée de trois
cents coups de fouet en public et chassée de la ville
dont l'entrée lui sera interdite. Si elle rompt son ban
elle recevra deux cents coups de fouet et on la placera en
servage chez un homme pauvre à qui il sera recommandé
de la mener durement et de l'empêcher de reparaître
dans la ville.
Un capitulaire de l'an 630 règle les compensations
attribuablesau mari. Pour l'adultère consommé: KiOécus;
pour l'adultère non consommé, 12 écus; en outre le
complice tué pendant le délit ne sera pas vengé par la
loi. Un autre capitulaire de l'an 805 décide que l'adul-
tère, homme ou femme, perdra son rang et ses droits
cl sera mis en prison en attendant le jour de la pénitence
publique. L'accusation était publique, mais .elle devait
être soutenue par l'accusateur obligé de faire la preuve
judiciaire par la croix, l'eau bouillante, le ter chaud, le
combat. H. Leclkrcq.
IV. L'ADULTÈRE ET LA DISCIPLINE PÉNITENT1ELLE DE
l'Eglise primitive. — Les Pères des premiers siècles
s'accordent à stigmatiser l'adultère comme un crime
des plus graves. Clément Romain19 le qualifie de crime
détestable, u.u<7ïpâv lAoïydav, et Hermas, Hippolyte, saint
Innocent Ier, Origène, saint Cyprien, saint Augustin,
les Pères du concile d'Elvire (vers 300). saint Pacien, les
col. 012; Nicéphnre, Hist. ceci., 1. XII, c. xs.lt, P. G., t. cxi.vr.
Cul. 813. — » Cod. Justin., 1. I, tit. IX, 6. — 'OAmmicn Maicellin,
Hist. rom., 1. XXVIII, ci. — "Serm., iv, De Anna, P. G., t. liv,
cul. 664. - « Digest., 1. XXIX. tit. v, 3, 3. — 13S. Jean Chrysos-
tnme, De libello repudii, P. G., t. LI, col. 214. — "Cod. Theod.,
I. III, tit. xvi, 1. — <*Ibid., 1. III, tit. xvi, 2. — ">S. Jean Chrys., De
libello repudii, P. G., t. LI, col. 219. — "Rec. des hisior. des
Gaules, t. a, p. 224. — <8 Fournel, Tr. de l'adultère, c. III, in-12,
Paris, 1778. — <»7 Ep. ad Cor., c. xxx, P. G., t I, col. 2C9.
ADULTÈRE
552
Pères grecs, notamment saint Basile et saint Grégoire
deNysse, pour ne citer que quelques noms parmi les plus
éminents. tiennent un langage semblable dans des textes
que nous aurons l'occasion de reproduire plus loin.
Cependant, bien que les évêques fussent unanimes à
décider qu'il ne pouvait y avoir, pour un tel crime, de
châtiment trop sévère, leur accord cessa dès qu'il fallut
déterminer la peine qu'il convenait de lui appliquer.
A cet égard, il y a un texte de saint Cyprien qui domine
et éclaire, selon nous, toute la question ; nous le cite-
rons ici en entier : Et qu'idem apud anlecessores no-
slros quidam de cpiscopis istic in provincia nostra
dandam pacem {pacem équivaut à veniam) mœchis
non putaverunt, et in totum pwnitentia: locum contra
adulteria clauserunt, non tamen a coepiscoporum suo-
rum collegio recesserunt, aut catholicœ Ecclesiœ uni-
latem vel duritise vel censurée suse obstinationc rupe-
runt; ut quia apud alios adulteris pax dabatur, qui
non dabat de Ecclesia scpararetur. Manente concordiec
idnculo et persévérante catholicse Ecclesise individuo
sacramenlo, action suum disponit et dirigit unus-
quisque episcopus, rationem proposili sui Domino
i edditurusK Cette lettre est de l'année 251. Cyprien y
déclare nettement que la pénitence à appliquer aux
adultères est une question de pure discipline que chaque
évêque a le droit de trancher selon sa conscience, sans
avoir à rendre compte de sa décision à d'autres qu'à
Dieu, pourvu qu'il ne rompe pas le lien de la concorde
et l'unité sacrée de l'Église catholique. Il atteste même
qu'avant lui il y a eu en Afrique des évèques qui réin-
sèrent absolument d'admettre les adultères à la péni-
tence, et qui n'en restèrent pas moins dans L'unité de
I Eglise catholique. Ce point est à retenir. C'est qu'en
effet la discipline pénitentielle qui regarde l'adultère
a varié non seulement selon les lieux, mais encore selon
les temps, dans l'espace de trois siècles. Il parait bien
que l'incestueux de Corinthe2, quoi qu'en pense Ter-
tullien3, obtint le pardon de sa faute et fut réconcilié
avec l'Église4. Saint Ignace d'Antioche (f 107) donne à
entendre1» que tous les pécheurs pénitents, oo-ot u.£ta-
vof,<javT£ç, doivent être reçus dans l'Église, par consé-
quent, les adultères aussi bien que les autres. Nous
retrouvons le même enseignement dans l'épitre que
saint Denys de Corinthe (vers 180) adressait aux Amas-
1 riens : après leur avoir parlé du mariage et de la
chasteté, il ajoute qu'il faut recevoir dans l'Eglise tous
ceux qui sont tombés en quelque faute, même grave,
fût-ce l'hérésie, pourvu qu' « ils se convertissent entiè-
rement! : Toùç 1% oîa; 6'ojv à7to7tTa)T£a); :r\ 7i).r,|/.!js).eia;,
eTte (j.àv atpETtxr); itXâviri; ènuTTpéjovTî; SeEio-jaOa-. t.ç,q<j-
TcttTEi c. A Rome, Hermas, vers 140, semble indiquer
pareillement que la femme adultère qui fait pénitence
doit obtenir son pardon, au moins une fois".
Cependant, vers la fin du nç siècle, une discipline
plus sévère vint à prévaloir dans l'Église, disons, si l'on
veut, dans plusieurs Eglises, par exemple, en Afrique et
à Rome. Saint Cyprien nous dit que quelques-uns de
ses prédécesseurs exclurent absolument les adultères
«le la pénitence. Tertullien nous signale un autre régime;
celui-ci n'exclut pas les adultères de la pénitence, mais
il leur reluse la réconciliation, même à l'article de la
mort8. Origène est partisan de la même discipline vers
'233, et comme Tertullien il en appelle à saint Jean9
pour prouver que les évèques qui remettent le péché
d'adultère et réconcilient les coupables avec l'Église
outrepassent leur pouvoir sacerdotal. 'Ovx o'iô o-<.>;
tavtoC; Ttvs; imxpé<\iuv~i; rà vîtèp tt,v UpaT:xr,v i::'av...
' Ep., x, Ad Antonianum. c. xxi, P. G., t. tu, col. SU. —
•I Cor., V, 5. — 3 De pudicilui, c. xm, /' L., t. H, col. 1003. —
MI Cor., n, 5-11. — 5Ep. ad Philadetph., c. m, P. G., t. y,
col. 821. — • Euseb., Hist. eccles., 1. IV, c. xxm, P. G., t. xx,
ni. 385. — 'Mandat., IV, ci, P. G., t. il, col. 919. — • De ptfdi-
tiûa, c. l-m et passim, P. L., t. n, col. 980 sq. — M Joa., v, lu.
ayxou<Itv '■'? c-jvajj.Evoî... p.oi/sia; te xoti -opvEia; aç le-
vai10. A entendre Tertullien, Rome même traitait les
adultères avec cette étonnante sévérité, et Calliste (217-
222) aurait été le premier pape du IIIe siècle qui aurait
fait fléchir à cet égard la discipline pénitentielle11. Hip-
polyte tient un langage semblable et s'élève avec force
contre le relâchement qu'une pareille mesure introduit
dans l'Église : repôiio: (KaXXioro?) -à Tipô; ta; 7)5ovdc; rot;
àv8paj7ro!Ç £7revdï)crE, XÉfaiv 7râTiv Û7i' a-j-roCi àçiEaOai <i(J.ap-
Ti'a;1 2.On a nié que l'Église romaine ai t jamais appliqué aux
adultères une discipline aussi rigoureuse, sous prétexte
que le fait n'est attesté que par Tertullien et Hippolyte.
Mais un grand pape, saint Innocent I", confirme leur
attestation dans sa fameuse consultation à Exupère de
Toulouse (20 février 405) : comme celui-ci lui demandait
quelle conduite il devait tenir vis-à-vis des fidèles qui,
adonnés toute leur vie à l'incontinence et aux voluptés,
sollicitaient sur leur lit de mort tout ensemble la péni-
tence et la réconciliation de la communion, Innocent
répond : « Il y a à cet égard une double observance :
la première plus dure, la seconde plus douce et tem-
pérée de miséricorde. La première coutume voulait
qu'on leur accordât la pénitence, mais qu'on leurretusàt
la communion. C'était le temps des fréquentes persé-
cutions, et il y avait lieu de craindre que l'admission
facile à la communion, qui leur assurait la réconciliation,
ne fut pas une sauvegarde contre le danger d'une chute.
C'est pourquoi on refusait justement la communion aux
lapsi, tout en leur accordant la pénitence, afin de ne
pas leur refuser absolument tout. Cette rémission plus
sévère était une nécessité du temps. Mais lorsque Notre-
Scigneur eut rendu aux siens la paix de l'Église et que
tout danger eut disparu, il plut (à nos prédécesseurs)
d'accorder, en vue de la miséricorde divine, à ceux qui
allaient mourir, la communion comme une sorte de
viatique, afin de ne pas paraître imiter la rigueur et la
dureté de l'hérétique Novatien, qui leur refusait le par-
don. Accordez donc tout ensemble la pénitence et une
dernière communion, afin que ces hommes, pénitents
même à leur dernière heure, échappent à la mort éter-
nelle par la miséricorde de notre Sauveur13. »
On remarquera que la question de l'évéque de Tou-
louse ne regardait que les incontinents et les adultères,
et que la réponse d'Innocent vise surtout les lapsi. C'est
que dans sa pensée, évidemment, le même régime de
sévérité s'appliquait jadis aux deux catégories de cou-
pables. Origène et Tertullien14 le disent formellement. Il
n'y a donc pas lieu de contester que les adultères aient
été exclus de la réconciliation à Rome avant le pon-
tificat de Calliste. Il semble que le même régime ait été
en vigueur en Gaule à la lin du il» siècle. Saint Irénée
nous parle.de certaines pécheresses coupables d'adul-
tère et nous apprend que plusieurs d'entre elles ont
fait pénitence, mais ne dit pas qu'elles soient rentrées
dans l'Eglise • 5. Il laisse au contraire entendre que l'une
d'elles n'y est jamais rentrée : -bi ixr.xv-x ypovov éÇou.o-
Xoyo-JtiÉvT] oieté/ete 16. Son texte, cependant, n'est peut-
être pas tout à fait décisif, mais l'usage de Home et de
l'Afrique suffit pour en fixer le sens. On ne peut guère
douter que l'Espagne ait adopté de bonne heure la disci-
pline qui excluait à jamais de la réconciliation les adul-
tères. En tout cas, vers 300, le concile d'Elvire déclare
qu'on ne peut les admettre à la communion, même à
l'article de la mort : plaïuit eoa nec in fine accipere
cominuiiii»iemi'!. Enfin, on retrouve ce régime jusque
dans la Phrygie, la Paphlagonie, et en d'autres pro-
vinces voisines, vers 250. Il est vrai qu'en ces régions
— ,0De oralione, c. xxvm, /'. (.'.. t. xi, col. à'.?.'. — " De pudi-
ciiiu. c. i, P. t., t. n, col. 981. — '* Phitosophumcna, 1. IX,
c. XII, P. G., t. xvi, col. 3385. — " Ep ad Exsuperium, c. u,
P. L., t. XX, col. 499. — •« Loc. cit. — « Hmres., 1. I, c. xill,7,P.fi.,
t. vu, col. 592. — "Hxres., 1. I, c. XIII, 3, P. G.. I. vu. col. 588.
— "Can 7 et 8, dans Mansi, Concilia, nouvelle édit., t. il, p. 7.
ADULTÈRE
AFFRANCHISSEMENT
Î54
certains évêqucs admettent à la pénitence et à la récon-
ciliation les fidèles coupables d'adultère. Mais d'autres
ne leur accordent que la pénitence, et, pour le reste,
s'en rapportent à Dieu, qui « seul a le pouvoir de
remettre un si grand péché ». Cette mesure, disent-ils,
a l'avantage de retenir les fidèles dans le devoir et dans
la pratique de la vertu1. Question dogmatique à part,
il reste acquis que nombre d'Églises, pendant une cer-
taine période qui a dû varier selon les pays, ont refusé
la réconciliation aux adultères, tout en leur accordant
la pénitence.
Le pape Calliste (217-222) a changé cette discipline
par son fameux décret que l'érudition moderne2 a
essayé de reconstituer : Ego et mechim et fornicalionis
delicta pœnitentia functis dimitto3.La principale rai-
son qu'il allègue en faveur de sa décision, c'est que la
pénitence ecclésiastique doit porter ses fruits, et que le
fruit de la pénitence, c'est la venia, c'est-à-dire la
« paix », la « réconciliation » avec l'Église, la « commu-
nion » *. La théorie fut vite accueillie en Afrique, mal-
gré Tertullien, car saint Cyprien reprend l'argument de
Calliste à peu près dans les mêmes termes dans son épitre
à Antonianus : Dum fructus pœnitentix (renia:) interci-
pilur, pœnitentia ipsa tollitur6. Origène lui-même, si
intransigeant dans son traité De oralione, comme nous
l'avons marqué ci-dessus, est plus tolérant dans son
traité contre Celse, composé vers 250 selon Bardenhe-
wer; il admet tous les pécheurs, même ceux qui sont
tombés dans l'incontinence (y compris sans doute les
adultères), à la réconciliation, après une épreuve prolon-
gée : ojTot SI (ô; àiTo).!i>).ÔTa; v.ai TeâvrjxdTocç T(i> Qîw toÙ;
\iiz' àuôXyîiaî r{ tivo; àtÔTrcrj vsv.v.su.Évo'j;, toç vexpoù;
itev9oû<n, xa'i <I>; êx vsxpûv àvatrrâvca;, êâv a?;ô'Aoyov
èi/8s;|ovTat [j.STaooX-rçv, -/pôvu ir).et'ovc tmv -/.oct' àp/à;
et<7aY9(Juvrov uarspov ttotc ïrooGLEviac s:; o"Jôctj.;av ap/T,v
Y.cù 7rpoi7Ta(7;av tti; Às-fouiv^; 'ExxXvuTtaç toù 0eoO jtara-
/éyovTî; to'j; <f>6i<ravTa;, fAîTct to TtpcureXrjX'jôÉvac tô> >.dy<;>,
sTtTacxÉvai c. Si le régime de la sévérité demeura plus
longtemps en vigueur en Espagne, il fut vivement com-
battu par saint Pacien, évèque de Barcelone (ive siècle)
dans son épitre m à Sempronianus 7. Le pape Corneille
le poursuivit également dans la Phrygie et les régions
avoisinantes, dès le milieu du m0 siècle8. Bref, les ad-
versaires de la discipline préconisée par Calliste ne se
soutinrent qu'en formant une secte à laquelle Novatien,
héritier du montanisme, donna son nom, en 250. Cette
secte avait encore ses partisans au IVe siècle, comme le
prouve le traité De pœnitentia de saint Ambroise, et la
lettre de saint Pacien à Sempronianus que nous avons
citée. Mais elle finit par tomber dans le discrédit, et dans
toutes les églises les fidèles coupables d'adultère ob-
tinrent leur réconciliation après une pénitence plus ou
moins prolongée. En Asie Mineure, où florissait le ré-
gime des stages pénitentiels, l'adultère était soumis par
les canons à quinze années de pénitence publique, quatre
ans dans la station des Pleurants, cinq ans dans celle
des Écoutants, quatre ans parmi les Agenouillés, deux
ans parmi les Assistants 9. L'adultère secret de la femme
* Socrate, Hist. eccles., 1. IV. c. xxvm, P. G., t. lxvii, col.
537. — SE. Rolft's, Das Indulgenz-Edict des rômischen Bischofs
Katlist, dans Texte und Untersuchungen , 1893, t. XI, p. 3. —
'Tertullien, De pudicitia, c. I, P. L., t. il, col. 981. — 'Tertullien,
De pudicitia, c. m, P. L., t. n, col. 986. — 5C. xxix, P. L.y t. m,
col. 794; et. c. xxvii-xxviii, ibid., col. 793. — ° Contra Celsurn,
1. III, c. li, P. G., t. xi, col. 987. — ' C. i, P. /... t. xiii,
col. 1063. — 'Socratc, Hist. eccles., 1. IV, c. xxviu, toc. cit. —
,J Basile, Epist. canon. 211. cah. 58, P. G., t. xxxn, col. 797.
— 10 Basile, Epist. canonica 199, can. 34, ibid., col. 728. —
11 E. Biot, De l'abolition de l'esclavage en Occident, in-8%
Paris, 1840, p. 313; J. Yanoski, De l'abolition de l'esclavage en
Occident, in-8% Paris, 1842; Laitier, Suppi-ession de l'esclavage
par le christianisme, dans le Correspondant, 1852, t. xxx,
p. 577-606; J. Denis, Histoire des théories et des idées morales
dans l'antiquité, 2 in-8", Paris. 1856; F. Guizot, Essai sur l'his-
est puni moins rigoureusement, afin qu'on ne puisse
conclure de la pénitence à la nature de la faute; son
crime est expié dans la classe des Assistants 10. Dans les
pays qui ne connaissent pas le régime des stages péni-
tentiels (et c'est la grande majorité des Églises), la durée
de la pénitence pour l'expiation de l'adultère est fixe*-
par l'évêque ou par le prêtre pénitencier.
Nous n'avons pas à nous occuper ici des époux cou-
pables qui, après une première réconciliation, retom-
baient dans un nouveau crime d'adultère. On verra ail-
leurs quel traitement fut appliqué aux relaps dans
l'Église primitive.
Bibliographie. — Petau, De pœnitentix veleve ir
Ecclesia ratione Dialriba, 1022, dans Opus de theolo-
gicis dogmalibus, Bar-le-Duc, 1870, t. vm, p. 407 sq.;
De pœnitentia et réconcilia tione veteris Ecclesix mo-
ribus recepta diatriba, 1633, ibid., p. 677 sq. (ce se-
cond ouvrage est sur quelques points en contradiction
avec le premier); Morin, De adntinistratione sacra-
menti pœnitentix, 1. IX, in-fol., Anluerpico, 1682; Har-
nack, Gescliichte der altchristlichen Literalur, in-8°.
Leipzig, 1893, t. i, lasc. 2, p. 603; Roi Ils, Das hidul-
gcnz-Edict des rômischen Bischofs Kallisl, 1893, dans
Texte und Untersuchungen, t. XI, fasc. 3; Funk, Zur
altchristlichen Bussdisciplin, dans Kirchengeschicht-
Uche Abhandluhgen und Untersuchungen, in-8°, Pa-
derborn, 1897, t. i, p. 155; Vacandard, dans la Revue du
Clergé français, t. xxi, p. 28 sq. ; t. xxiv, p. 134 sq., 241
.-.([.; La pénitence publique dans l'Eglise primitive,
in-16, Paris, 1903, p. 25 sq. ; Tunnel, dans la Renie
d'histoire et de littérature religieuses, t. v, p. 205 sq.
E. Vacandard.
AOViGILDUM. Voir Laudes.
ADVOCATUS. Voir Defexsor.
ADYTUS. Voir Chœur.
AEDITU1. Voir Portiers
AER. Voir Voiles eucharistique
AETOS. Voir Aigle.
AFFRANCHISSEMENT. - I. L'affranchi. IL La
manumissio. III. Modes de manamissio. IV. Modes pri-
vés de manumissio. V. L'affranchissement et les inva-
sions. VI. L'aflranchissement in sacrosanctis ecclesiis.
VII. L'affranchissement per hantradam. VIII. L'affran-
chissement par testament et autres modes d'affranchis-
sements. IX. Distinctions entre affranchis. X. Condition
des affranchis. XL Bibliographie.
Entre toutes les questions que les jurisconsultes et les
historiens ont tenté d'éclairer, celle des rapports du
christianisme avec la législation de l'esclavage aura été
l'une des plus étudiées et il ne se trouve presque aucun
travail qui n'ait subordonné à la polémique le simple
souci de l'histoire ". Nous citerons comme exception le
toire de France, in-12, Paris, 1823, p. 448; G. d'Espinay, De
l'influence du droit canon sur la législation française, in-8".
Toulouse, 1856, p. 27-34; Ch. Giraud, Essai sur l'histoire du
droit français, in-8», Paris, 1845, t. I, p. 374; R. Troplong. D<>
l'influence du christianisme sur la législation des Romains,
in-12, Paris, 1866, p. 157-164; E. Havet, Le christianisme et ses
origines, in-8", Paris, 1871; H. Wallon. Histoire de l'esclavage
dans l'antiquité, in-8% Paris, 1879, t. III, p. 465; P. Allard, Les
esclaves chrétiens, in-12, Paris, 1900; C. Accarias, Précis de
droit romain, 3* édit-, in-8", Paris. 1867-1873, t. i, p. 97 sq. ;
Lrening, Geschichtc des Kirchenreclits, t. i, p. 323, 573; t. Il,
p. 229; M. Fournier, Les affranchissements du V au xtu' siècle,
dans la Revue historique, 1883, p. 1-58; Essai sur la forme et
les effets de l'affranchissement dans le droit gallo-franc, dans
la Bibl. de l'école des hautes études, fasc. 60, 1885. Cl. Fustel de
Coulanges, Œuvres complètes, in-8% Paris, 1891, passim
AFFRANCHISSEMENT
556
travail de H. Lemonnier '. L'histoire de la formation de
la- condition civile n'a p:i.s suivi une marche régulière-
ment progressive dans tous les siècles et dans tous les
pays. On voit, de nos jours encore, des peuples dont
l'affranchissement n'est pas un lait accompli, et le d.jsir
d'y aider a l'ait imaginer bien des systèmes et entrainé
à beaucoup d'erreurs. Il semble qu'il ne soit pas beau-
(Oii]) moins difficile de garder un parfait désintéresse-
ment à l'égard de l'affranchissement des peuples dans
!es temps qui nous ont précédés.
La législation romaine, comme tous les produits de
l'homme, a subi des modifications; cependant, dans
tout le cours de l'évolution sociale dont elle rédigea des
formules à des dates diverses, elle apparaît préoccupée
de maintenir ses traditions typiques jusque dans le dé-
tail. De là une gène, une lenteur, une timidité, une
maladresse enfin dont les lois et les institutions modi-
fiées portent la trace -.
Il faut avoir cette remarque présente à l'esprit au
cours de cette étude.
I. Laffranchi. — Le monde antique ne connaissait
que deux classes d'hommes : les esclaves, servi, et les
hommes libres, liberi. Ceux-ci formaient à leur tour deux
classes d'hommes libres, ceux qui l'ont toujours été, in-
gemti, et ceux qui ont passé par l'esclavage, liberti ou ii-
bertini. L'affranchissement était le seul mode légal de
laisser de la servitude à la liberté0; en règle générale il
était accordé à la suite d'une solennité qu'on appelle
allranchissement, manumitsioK L'ingénu tombé en ser-
vitude pour d'autres causes que celles que prévoit le
droit civil ne pouvait perdre sa liberté originaire 3; ainsi
il pouvait vivre in servitute, victime d'une erreur ou
d'un crime; son prétendu maitre ne pouvait l'affranchir,
i mamtmissio ne trouvait pas sur lui matière à s'exer-
cer.
IL La maxvmissiq. — i< L'usage est que les maîtres
affranchissent leurs esclaves en toute circonstance, à tel
point que l'affranchissement peut avoir lieu, même au
passage du magistrat, par exemple lorsque le préteur, le
proconsul ou le président de la province se rendent au
bain ou au théâtre6. »
La maituntissio ne produit d'effet qu'à la double con-
dition d'émaner du propriétaire foncier de l'esclave et
d'être accomplie suivant des rites prévus. Cette seconde
condition disparait l'an 671 ou 672 de Rome par l'effet
de la loi Julia Xorbana; néanmoins, le respect des types
traditionnels lui garde une quasi-existence en ce sens
que le moiiumissns affranchi sans solennité demeurait
dans une condition inférieure; il était libre mais n'avait
pas le droit de cité. Ceci dura jusqu'au temps de Justi-
nien.
III. MODES I>f. MANDJlIS6iO. — L'introduction d'un
esclave dans l'État intéresse tous les hommes libres;
c'est pourquoi la mauitnnssio n'est réalisée qui; si la
volonté du peuple s'accommode du dessein généreux du
maître de l'esclave. Ainsi donc toute manuttiisstn ne
sera rendue efficace que par l'adoption de l'un des modes
4 H. Lemonnier, Etude historique sur lu condition privée des
affranchit aux trois premiers siècles de t'empire remam, in-s ,
Paris, 1887, p. 25-28. — *Voa Ibering, L'esprit du droit romain
dans les diverses phases de son développement, trad. O. de
Meulensere, 1877, t. !, p. 328-330. — 3 Exception faite pour les
captifs redevenus libres et jouissant du Jus posUimitiii, Digest.,
1. XLIX, tit. xv, 10 : De capt. Pour le droit de Justinion et les
nouvelles exceptions, Cod. Justin., XII, xxxiv: Qui miiit. poss.,
Nov. c. XVII : Quomodo servus ordinari pussit, aitt ail-
scriptitius. — 'Toute ntatutmisgM ne donnait pas la liberté:
('.. Accarias, Précis, p. 82, mie :;. — :' Institut., 1. I, tit. iv : De
ingenuis; Paul, Sentent., I. V, tit. i, 2. — "Institut., 1. I, tit. V :
De liturtinis ; Gains, Institut, connu.. 1. I, x\. — ■ J. Cinin-
pini, Yetera inonimenta, in quibus pnveipue inusica opéra
sacrarum projanaruiuque wxlium structura... iUustrnntur,\n-
fol.,Romae, 1690, pi. XXJli; De Rossi, Huit, di areli. crest., 1871,
p, 47, — 'Cf. C. Accarias, toc. cf.. p. 09 .-j. —*C. Accarias,
d'affranchissement prévus, per vindiclam,per censum,
per testamentum.
4° L'affranchissement per vindictam est une fiction
légale. Un maître qui veut faire affranchir son esclave
se fait actionner en justice par un tiers qui affirme la
liberté de l'esclave et lui impose la lance en bois, sym-
bole de la propriété7. Le maitre interrogé par le ma-
gistrat déclare qu'il ne revendique pas, ou bien encore
garde le silence. Alors le magistrat prononce Vaddictio,
l'esclave est libre 8.
Cet artifice était préféré aux deux autres modes d'af-
franchissement comme plus pratique et plus avanta-
geux.
2" L'affranchissement ceiisu n'était réalisable que tous
les cinq ans, puisque tel était l'intervalle entre deux cens
successifs. Il était inconnu dans les provinces; à Rome
même il tomba en désuétude sous l'empire. Ses effets
donnaient lieu à controverse entre les jurisconsultes. En
effet, l'esclave s'allait taire inscrire, par ordre du maitre,
sur les registres du cens, à titre de citoyen romain; il
s'agissait de savoir si la liberté lui était acquise par
l'effet immédiat de cette inscription ou seulement après
la clôture du lustre.
Ce mode d'affranchissement fut remplacé sous Cons-
tantin par l'affranchissement in sacrosanctis ecclesiis.
« Rien avant ce prince, c'était un usage des chrétiens
de déclarer dans l'église, en présence du peuple et de
l'évèque, leur volonté d'affranchir tel esclave. Mais cette
manifestation de la volonté, toute solennelle qu'elle était,
ne pouvait avoir d'autre résultat que de donner à l'es-
clave une liberté de fait; il vivait in libertate sans être
devenu légalement libre. Constantin, érigeant cet usage
en un mode régulier d'affranchissement, l'assimila
quant à ses effets aux autres modes reconnus par le
droit ancien °. »
Ce fut par l'effet de ce respect superstitieux pour les
traditions que le droit romain s'accommoda assez vite
d'une modification fort grave en principe, mais habile-
ment dissimulée. L'évèque tint la place du magistral,
l'assemblée des fidèles remplaça le peuple; cependant
ces fonctionnaires improvises en prirent assez libre-
ment avec la tradition. On choisit de préférence les di-
manches, les féles qui suspendaient les procédures ordi-
naires, plus particulièrement la fête de Pâques10.
L'acte dressé en pareil cas remplaçait l'ancien instru-
ment uni manumissionis. Il parait avoir été obligatoire".
En tète, on mentionnait les trois lois de Constantin sur
la matière12. Saint Augustin fait allusion à ce mode
d'affranchissement lorsqu'il dit : Sereiim tuum manu-
nul tendu, n manu ducts in ecclesiatn. Fit silenlium ;
libellas Utue recitatur, ont fit desideru tut pi-osecutio.
Dicis te tenmm numumittere, fnad tibi in omnibus
tervaverit fidetn. Une. diligis, hoc honoras, hoc douas
pnenào libertmtu ,s.
Dans un autre discours, saint Augustin raconte qu'un
diacre d'Hippone. avant de devenir clerc, avait, sur se-
économies, acheté trois esclaves; [dus tard, n'ayant plus
loc. cit., p. 101-102; trois lois de Constantin : 1* Cod. Just., 1. I,
lit. Mil, 1; 2' en 316, Cod. .lest.. 1. I, tit un, 1; 3* en 3-21.
C,.,/. The,„l.. 1. IV. tu. vil, 1. — '° C-./. Jus!.. 1. III, tit. xil : De
feriis; (.'ci'. Just.. 1. I, tit. xin : De las qui in BcotawMê manu-
mittuntur; Heuchaïul, Examen d une opinion de Jacques Gode-
l'roi sur les af) raniliissernents il. s esclaves <iui se taisaient dans
l.-s ei/lises. ilims les Mon. Je Cacud. des inscr. et bellcs-lell >f.
1789, t. xl, p. 11940; J. Roder, De more veterum toemi di
enclos in fcstis, in-V, i"psal;e, 17(17, p. 14. Cf. P. Foucarl.
\i. maire sur Paffrtmchiaeement ia par forme m
vente à une dicinitc, d'après les inscriptions de Delpltes. in-8\
Paris, 1867. — " Cod. Just., 1. 1, tit. Xlll : De h, s qui in Ercl., 1 :
h.tcrpouatur scriplura in i/ua ipsi rice test m m signet, an-
née 316. - "SMUttèna, Ilist. ceci.. 1. I, c. i\, P. C... t. i.xvu. col.
ss, -,,. i s., kagastin, Serin., xxi, 6, P. /... t. xxxviu. col. 1 te.
Ct, R. A. Van Heotn, De tnanuniissiombus M sacr. ecclesiis,
in-V, Traj. ad lUi., DI p.
£57
AFFRANCHISSEMENT
rien à donTet" aux pauvres, il donna la liberté à ces trois
serviteurs et les fit affranchir par devant l'évêque1.
L'affranchissement in sacrosanctis ecclesiis lut assi-
milé depuis 316 jusqu'en 321 à la manurnissio non so-
lennelle; une loi de 321 déclara que les esclaves ainsi
affranchis seraient citoyens comme si on avait employé
à leur égard la solennité des formes légales. Nous avons
dans les oeuvres d'Ennodiusune formule prononcée dans
une assemblée chrétienne par devant l'évêque. Ennodius
est probablement l'auteur ùecepetitorium ainsi conçu :
<( Je veux être pour mon esclave, dit le maître, ce que
je souhaite que Dieu soit pour moi. C'est pourquoi je
prie Votre Béatitude d'accorder le droit de cité romaine
à Gérontius, dont j'ai apprécié la fidélité, la vertu, l'hon-
nêteté. Je veux être moins l'auteur que le témoin de cet
affranchissement. La manière dont il m'a servi fait voir
qu'il n'a pas une nature servile; je ne lui octroie pas
Sa liberté, je la lui rends plutôt. Avant de posséder le
nom de libre, il l'a mérité. Je lui remets donc les ser-
vices qu'il me devait et je lui restitue la liberté, dont
il s'est montré digrte par sa vie. Je demande à cette
assemblée que, par l'action de l'Église, il soit relevé de
toute infériorité, et puisse jouir à jamais du droit de
cité romaine et du pécule que je lui laisse sans en rien
diminuer. 11 serait inique de lui retirer quelque chose
de la petite fortune amassée par lui; je promets, au
contraire, de l'augmenter plus tard par mes libéralités 2. »
On ne saurait méconnaître au milieu de celte prolixité
un sentiment d'exquise courtoisie à l'égard de l'affran-
chi et une gravité de forme substituée à l'antique rituel
un peu badin avec la vïndicta et la vertigo, un soufflet
et une pirouette. Cujas rapporte une inscription placée
au-dessus de l'une des portes de la cathédrale d'Orvieto;
on y lisait ceci, dit-il : EX B£N£FICIO S+ P£R IOAN-
N£M GPISCOPVM £T P£R ALB£RTVM S+ CASA-
NATVM FACTVS EST LIB£R L£MTB£RTVS T£ST£
HAC SANCTA ECCLESIA^.
L'antiquité païenne avait connu et pratiqué le mode
d'affranchissement des esclaves par forme de vente à
une divinité4, « mais il faut le reconnaître, ces affran-
chissements n'ont été inspirés ni par une idée morale,
ni par un sentiment religieux. Ce genre d'affranchisse-
ment n'est pas particulier à Apollon; on a retrouvé des
actes analogues dans les temples d'Esculape à Sitiris et
à Elatée, de Sérapis à Chéronée, à Tithorée, à Coronée;
de Bacchus à Naupacte, de Minerve Poliade à Daulis et
même de Vénus Syrienne à Phiscis comme le montre
une inscription récemment découverte en Étolie :;. C'était
la divinité de chaque ville dont le temple servait à ces
affranchissements 6. » Un contrat véritable interve-
nait entre le dieu et le vendeur qui lui donnait ses
esclaves trop vieux pour servir ou trop jeunes pour
être utiles; si l'esclave était dans la force de l'âge, le
maître stipulait quelques conditions qui n'étaient qu'à
son avantage. Les esclaves préféraient beaucoup le ser-
vice des dieux à celui des hommes, cependant cette pra-
tique fut toujours localisée à Delphes et dans les contrées
voisines; ainsi ces affranchissements, quel qu'en fût le
nombre, ne pouvaient amener l'extinction de l'esclavage.
Pour mieux sentir ce qui a manqué à ces actes d'affran-
chissement et ce qui les a rendus stériles pour le pro-
grès de l'humanité, qu on les compare à un acte d'affran-
chissement de l'époque chrétienne (354 après Jésus-
Christ), retrouvé sur un papyrus de la Haute-Egypte.
'S. Augustin, .S'en)!.,' cclvi, P. L., t. xxxix, col. 1576. —
'Ennodius, Petitorinm quo absolutus est Gérontius puer Aga-
piti, P. L., t. lxiii, col. 258. — 3 Cujas, Notx ad libros quatuor
Institut. Justiniani, édit. Fabrot, in-lol., Parisiis, 1658. Ct.
M. Fournier, Essai, p. 79. — -»P. Foucart, Mémoire sur Caffran-
■chissement des esclaves par forme de vente à une divinité,
d'après les inscriptions de Delphes, dans les Archives des
missions scientifiques, II* série, t. m, p. 375 sq. — 5Bazin. Mé-
moire sur {Etolie, dans les Archives des missiuns scientifiques,
Cet affranchissement, sous forme de déclaration adressée
aux esclaves, est ainsi conçu :
'Ouo^ofài âv.o-jirito; y.a: aùOatpItto; xat àu.£Tavo7iTu>ç àçi-
[vtévat Ou.â;
à).î,oO£po\jç...y.aT' t\>sl&lxi tov îrave}er,{Mivo; ©eo-j...xai
[av6' ûv
èvï8î£?(oiî0ï (J.ol xarà jjpôvov sùvoc'aç -/.a". <7Topyr,ç sti te xai
[•jitïjpeffîaç
...xoù U.T) èËîorai 8è ji/flôevi Tàiv Èu,<ôv x).ï)povâu.u>v ânai;
àvn^iyeiv Va'J Tayrir) ttj vjrsitit'.-x îispi ■".ïjôsvàç y-atà (j-r^éva
[TpÔ7IOV.
« Je déclare volontairement, de mon plein gré et sans
regret, que je vous rends la liberté... par piété envers
le Dieu plein de miséricorde... et par reconnaissance
pour la bonne volonté que vous m'avez toujours mon-
trée, pour votre affection et vos services... et qu'il ne soit
permis à aucun de mes héritiers de s'opposer à cet acte
de piété à l'égard d'aucun de vous et d'aucune façon 7. »
3° L'affranchissement per teslamentum avait lieu di-
rectement ou par fidéicommis. Ces deux formes diffé-
raient entre elles profondément, car la liberté directe ne
pouvait être donnée par le testateur qu'à son esclave; la
liberté fideicommissaire pouvait être donnée même à
l'esclave d'autrui; l'héritier avait la charge de l'acheter
et de l'affranchir; s'il n'y réussissait pas, le droit clas-
sique tenait le fidéicommis pour éleint. Justinien lui
laisse vigueur jusqu'au jour où l'héritier pourra s'ac-
quitter de sa commission.
« L'affranchissement peut, dans une certaine mesure,
être comparé à la procréation. L'esclave devenu libre
lient de son maître non pas l'existence physique, mais
la vie civile. Chose lout à l'heure, il est devenu homme
par le bienfait de son maître; en ce sens, il est l'œuvre
du patron 8. » Il lui emprunte le nom 9, Vorigo 10, le do-
micile11 et, dans une certaine mesure, la généalogie.
IV. Modes privés de manuuissio. — 1° Per cpislolam .
— Le maître se trouvant loin de son esclave lui écrivait
qu'il lui permettait de vivre désormais en liberté.
2° Jnter amicos. — Simple déclaration du maître de-
vant témoins. L'empire vit apporter à ces dispositions un
grand nombre de modifications; plusieurs furent intro-
duites par pur privilège et on ne saurait en dresser ici
la trop longue liste. Parmi les plus dignes d'attention,
il faut signaler une loi de 321 (Constantin) qui accorde
au clerc le droit d'affranchir son esclave et d'en faire
un citoyen romain, même en dehors de l'assemblée des
fidèles et de toute solennité légale.
La législation de Justinien amena plusieurs réformes
importantes. Elle laissa subsister les affranchissements
viudicta, in sacrosanctis ecclesiis et testamento. Dans
deux cas, enrôlement de l'esclave dans l'armée ou en-
trée dans la cléricature, le maître conférait l'ingénuité.
Plus tard, Justinien effaça complètement l'infériorité
sociale des aflranchis. En définitive, à la dernière épo-
que du droit romain, il ne reste plus rien, en l'espèce,
des prescriptions du droit classique. Tous reçoivent le
droit de cit«, l'âge de trente ans n'est plus requis pour le
libertus, la manurnissio est ou n'est pas solennelle. C'était
un bouleversement. L'esclave, par l'acte particulier du
maître, sans l'intervention de la cité, devenait citoyen l2.
Dans les lois de Valentinien, de Théodose et de Justi-
nien la tendance à multiplier les causes de libération ne
nouv. série, t. I, 1804; P. Dccharme, Recueil iTinseriptions
inédites de Béotic, dans les Archives des miss, scieutif., nouv.
série, t. m, 1866, p. 486 sq. — " P. Foucart, lac. cit., p. 417. —
1 P. Foucart, loc. cit., p. 419 sq. — » C. Accarias, loc. cit., p. 104.
— "Tertullien, De resurr. carnis, 57, P. L., t. Il, col. 927. —
10 C. Accarias, loc. cit., p. 90, note 3. — " Digest., 1. L, tit. I : Ad
municipalem, 3-6. — 12Cf. W. A. Loon, Eleutheria, sive de tna-
num. servorum, passim; de Burigny, Sur les affranchis, dans
les Mém. de l'acad. des inscriptions, 1774, t. xxxvn, p. 513-340.
550
AFFRANCHISSEMENT
r""-v
se dissimule plus. L'esclave mutilé — quelque prétexte
qu'on invoquât — était libéré '. L'esclave délateur fut lui
aussi libéré, au moins dans certains cas, ou bien si la
délation tombait sur un païen -. L'esclave circoncis par
un juif devenait libre, l'esclave d'un hérétique devenait
libre en se convertissant '. Il semble, en parcourant cette
législation, que ses auteurs n'aient que bien peu songé
aux règles éternelles de l'équité.
En ce qui regardait l'entrée dans la cléricature ou
dans la vie monastique, la libération souffrit longtemps
des difficultés4; on finit par où l'on aurait dû commencer,
en prescrivant l'autorisation préalable du maître de
l'esclave; mais il arriva que des maîtres introduisirent
leurs esclaves dans l'Église et les firent promouvoir aux
ordres sans renoncer à leurs droits afin de tirer bénéfice
de la part double (sportula) qui était attribuée dans les
distributions publiques aux membres du clergé, à partir
d'un certain degré de la hiérarchie5.
Justinien régla que l'esclave et l'homme libre qui
entraient dans un monastère devaient}' subir un noviciat
de trois ans. « Si un maître, dit la Novelle, vient récla-
mer comme son* esclave le novice qui est dans le monas-
tère depuis moins de trois ans, le supérieur doit exiger
du réclamant la preuve que le novice est esclave, et qu'il
a pris la fuite après avoir commis quelque délit, et si le
maître fait cette preuve, l'esclave doit lui être rendu.
Mais si aucun délit n'est prouvé, bien qu'il soit certain
que le novice était esclave; si, au contraire, il est établi
par d'autres témoins que sa vie, dans la maison de son
maître, avait été pure et honorable, et si dans le monas-
tère sa conduite a été bonne, il doit y être conservé, en-
core que le délai de trois ans ne soit pas expiré, et
après ce délai il peut être admis à la profession monas-
tique6. » Rendu, il ne pouvait être châtié. L'esclave
devenait libre et ingénu par l'ordination, sur le consen-
tement exprimé ou tacite de son maître; mais si ce der-
nier avait ignoré l'ordination, il avait le droit de récla-
mer son bien pendant le délai d'un an. Ce délai écoulé,
l'ordination avait son plein ell'et, l'esclave était libéré".
Si l'ancien esclave renonçait à la vie monastique ou clé-
ricale, il pouvait être réduit à son ancien état8.
Le vieil édifice juridique est à peine reconnaissante.
Les lois anciennes ne sont plus guère alléguées quand
elles ne sont pas rapportées. Justinien acheva cette trans-
formation en affranchissant une multitude d'hommes
souvent indignes, presque toujours incapables de la
liberté. Il semblait que l'antique grandeur de Rome ne
dût périr que par les coups que depuis cinq cents ans
ses empereurs lui portaient. Cette invasion servile acheva
de compromettre les destinées de l'empire.
On substituait à la raison écrite la sensibilité. Justi-
nien ne cherchait plus qu'à affranchir le plus grand
nombre possible d'esclaves : « Il établissait à ce propos,
dit M. Wallon, une sorte d'enchères : celui qui pro-
mettait, les deltes (du testateur) une fois payées le plus
d'affranchissements, emportait l'adjudication °. »
Les graves modifications apportées par Justinien à la
' Cod. Just., I. IV, lit. xi. u : De eunuchis. — e Cod. Just.,
1. VII, tit. xiii : l'rn quibus rausis servi pro prxmio libert. ac-
cipiunt : dénonciation des crimes de musse monnaie, rapt, dé-
sertion. — 3 Coil. Ju.it.. 1. I, tit. x : Ne christianum mancipium
liœrct. habeat, année 417. — * S. Grégoire de Nazianze, Ejùst..
i.xxix, P. G., t. xxxvn, col. 149 sq. Cf. Conctt. Chalcedon.,
ann. 451, can.4, dans J. Hardouin, Concilia, t. Il, col. 603
Just., 1. II, tit. m, 38; S. Basile, Regulor fusius tractatœ, 11,
P. G., t. xxxi, col. 9ï7; S. August., De opère mtmachor., x\u.
P. L., t. xi., col. 668. — * Cod. Just.. 1. I. tit. m. Dr episco-
pis, 37, 1, et 38. •- 'Novell., v. tit. u, 1; Flodoard, Hist. Il<--
vtrnsis, 1. III, c. vu, P. 1... t. cxxxv, col. 147. — ' Justin,
CWIII, xvn : Quomodo serons ordinari i>ossit. <mt adscripti-
tius. - • MweK., V et CXXHI, xvn. —''Cod. Just., 1. VII, lit. n,
15 : De testamentaria manumissione: H. Wallon, Histoire de
l'esclavage, t. m, p. 423. Le concile de Rome, tenu par S. Gré-
goire en 595, aggravait encore ces dispositions en taisant de l'en-
jurisprudence étaient, au contraire, d'une sagesse incon-
testable. « Il accomplissait pour les affranchis ce qu'au-
trefois Caracalla avait décrété pour les hommes libres-
de l'empire : le nom de citoyen fut partout, dans les
actes particuliers et dans les lois, substitué à celui de
latin. Justinien concéda même de plein droit et par une
mesure générale aux affranchis la faveur de porter l'an-
neau d'or et cette grâce de la réhabilitation, que les-
princes s'étaient réservé d'accorder exceptionnellement
et par privilège. S'il y avait encore des esclaves, ii
n'y avait donc plus d'affranchis : tous étaient ingénus, et
le prince voulait leur en assurer les droits, sans suppri-
mer d'ailleurs ceux du patronage : car, pour encourager
à la libération des esclaves, il ne devait point anéantir
les avantages que l'intérêt des maîtres pouvait encore s'y
ménager. Et ainsi, quand il reproduit les lois anciennes
sur les devoirs des affranchis, quand il règle le partage
de leur succession, il ne dément pas le travail entier de
sa législation et tous les efforts de son règne; il est en-
core fidèle à cette règle d'Ulpien qu'il rappelle ailleurs
à ses ministres pour la faire appliquer â son propre do-
inaine : « qu'une question d'argent ne doit point nuire
à la cause de la liberté 10. »
V. L'affranchissement et les invasions. — Il est
évident que les grands mouvements de peuples, connus
généralement sous le nom d'invasions des barbares et de
grande invasion, ont amené depuis le commencement du
V siècle plusieurs modifications sociales et économiques
très importantes et durables. Parmi ces modifications
l'affranchissement semble ne devoir tenir qu'une place
effacée. Ce qui va se produire, sur ce point particulier,
ne différera pas essentiellement de ce que l'on a vu se
produire â l'époque qui précède. Les textes le prouvent.
Certaines formules graves, comme sont les titres 57-G3
de la loi des Ripuaires, ne sont qu'une intercalation tar-
dive de la première moitié du VU" siècle u dont nous trou-
vons l'inspiration et les sources elles-mêmes dans la
législation canonique des conciles. Les lois particulières
des Burgondes, dis Wisigoths, des Lombards ne con-
tiennent que des textes morcelés et dont la mise en
œuvre réclame la plus rare prudence; ce ne sont d'ail-
leurs que les « coutumiers » du temps. Au contraire,
les capitulaires ont une portée plus haute; mais leur
influence dure peu13. Les canons des conciles, comme
tous les textes législatifs, doivent être soumis à une cri-
tique d'une nature particulière. Il laut s'assurer dans
quelle mesure ils furent exécutés, ce que l'on jugera
d'après le retour plus ou moins fréquent des dispositions
qu'ils édictent; alors on pourra conclure, avec quelque
chance do vérité, que les canons le plus souvent renou-
velés représentent le mieux l'état opposé à la réaliti
faits. Il faut prêter moins d'attention aux formules. Ce-
formes de chancellerie n'appartiennent qu'à l'histoire
mentale de quelques particuliers. Leur répétition pendant
des siècles est affaire de vogue d'abord, de routine ensuite.
On ne s'attardera pas ici aux considérants invoqués
pour expliquer tel ou tel acte d'affranchissement11; ces
trée dans la vie monastique une cause de liberté, sans autre
recours au consentement des maîtres. — 10H. Wallon, Hist. de
l'esclavage dans l'antiquité, t. ni, p. 425. — " H. Sobm, I ■-
ber die Entstehvng der lex ripuaria, dans Zeitschrift fur
Rechtsgeschichte, t. v, p. 380; Schroedor, Die Franken m I
ihr Redit, dans Savigng Stiftung, 18S I «Thêve-
nin, Lex et Capitula, dans Mélanges publiés par VÉcoU: des
s-Etudes, in-8-, Parte* 1879. — ,SE. de Rosière, For-
mules, n. i.xii. i.xm, i xvi, i.xxvi: Arttusic. I. aan. 441, can. 7,
dans Labbc, Concilia, t. m, col. 1M8; Agath., ann. 506, can. 29,
ibid., t. rv.coL 1881 ;AweL V, ann. 541, can. 7. ibid., t. v, col. 390;
S. Grégoire le Grand, Epist.. \i. 12, P. Ci.. 1. 1 xxvu, col. 803 ;K. de
Roziére, loc. cit., n. i.xix. i.xm. i \\\\ . i \xx\ ni, i.xxxix, xcv :
ViM .S. Bathildis, dans lire, des hist. d ni, p. 573;
Yita S. Eptadii, ibid.. t. m, p. 381; Vita S. Uauri, ibid., t. m
p. ',17: Vita S. Romarici, ibid., t. m, p, 495; L. d'Àchery,
Spicilcgium, t. v, p. 51. Cf. M. Fournier, loc. cit., p. 11-12, uoles-
AFFRANCHISSEMENT
sortes d'arguments relèvent du sentiment plus que de
l'histoire i.
Le fait économique et social le plus grave dans l'his-
toire des origines du christianisme fut l'attitude qu'il
eut à prendre dans la question de l'esclavage. Les cou-
rants d'idées qui emportaient certains esprits et certains
groupes ne paraissent pas les avoir jamais amenés à
aborder cette question sous une forme aussi précise que
lorsque le débat s'ouvrit, il y a quarante ans, en Amé-
rique. Nul ne peut prévoir ce qui fût sorti d'un mouve-
ment dirigé par un Yindex ou un Sertorius chrétien.
De très bonne heure un cas fut posé; l'apôtre saint
Paul le résolut par la négative. L'esclave fugitif fut
renvoyé à son maître; les tempéraments introduits
dans le traitement fait à Onésime sont purement acci-
dentels. Afin de ne pas aggraver une situation déjà tort
précaire, les chefs des Églises paraissent généralement
chercher une conciliation entre le respect de ce qui
existe et la charité à l'égard de ceux qui en sont les vic-
times. Les Constitutions apostoliques et saint Ignate
d'Antioche montrent que l'on employait une partie des
biens offerts aux églises en rachat d'esclaves2. A Rome,
on pratiqua quelquefois des substitutions. « Nous avons
connu beaucoup des nôtres, disait dans les dernières
années du Ier siècle le pape saint Clément, qui se sont
jetés d'eux-mêmes dans les chaînes pour en racheter
d'autres. Beaucoup se sont donnés eux-mêmes en escla-
vage et ont nourri les pauvres du prix de leur vente3. »
Sainte Nonna 4, qui fut la mère de saint Grégoire de
Nazianze, souhaitait d'être vendue pour venir au se-
cours des misérables; saint Pierre le Collecteur se fit
vendre5; saint Sérapion fut vendu à des rnimes6; saint
Paulin de Noie se donna à la place d'un jeune gar-
çon1. Une inscription que nous croyons pouvoir pla-
cer vers la fin du 111e siècle mentionne un coureur
qui reçut le titre de son affranchissement sur son lit
de mort.
ZONISVS CVRSOR QVI CVCVR
RIT OPERE MAXIME QVI CVCVR
RIT ANNIS S ET MENSIS Mil
QVI VIXIT IN IVVENTVTE
i SVA ANNIS XXI
QVI DECESSIT DIE MAN[»]M E S (si onis) 8
A côté de ces faits incontestables, il faut faire une
place à d'autres taits d'une valeur historique moins biin
garantie, mais que l'on ne saurait passer sous silence-
Si nous faisons usage ici de quelques Actes des martyrs
que l'on ne saurait classer parmi les Actes sincères,
c'est que ces pièces contiennent fréquemment des
faits véridiques au moins pour le fonds, car le détail
a été trop souvent maltraité par les scribes du moyen
âge 9. Nous avons de nombreux récits d'affranchis-
* M. Fournier, Les affranchissements du :■' et du vT siècle,
in-8% Paris, 1883, 58 p. — * Const. apost., 1. IV, c. ix, P. G.,
I f, col. 821 ; S. Ignace, Ad Polgcarp., c. ix; Ad Smyrnacos, 6,
dans Opéra Pa.tr. Apostol., éd. Funk, in-8% Tubingse, 1887, t. I,
p. 238, 248. — 3 s. Clément, Epist. t, ad Corinthiôs, 55. dans
Opéra Patr. Apost., éd. Funk, t. i, p. 128. — * S. Grégoire de
Nazianze, Orat., xviu, In patrem, 21, P. G., t. xxxv, col. 1009.
a Vita S. Joannis Eleemosynarii, dans Acta sanct., januar.
t. n, p. 505. — eH. Wallon, Hist. de l'esclavage, t. m, p. 387. —
'S. Grégoire le Grand, Dial., 1. III, c. I, P. L., t. lxxvii. col. 216
sq. — 8 Muratori, Novus thés, inscr. veter., in-fol., Mcdiolani,
1742, t. iv, append., p. mmxi.ti, n. 7. — °Voy. l'art. Actes des
martyrs, col. 3S8. — "> Acta S. Alexandri, dans Acta sanct.,
maii t. I, p. 371. — u Acta S. Sebastiani, dans Acta sanct.,
januar. t. n, p. 275. Cf. P. Allard, Les dernières persécutions
du m' siècle, 2' éd., p. 308-310. — '- Vita S. Eudoxix, dans
Acta sanct., inart. t. i, p. 1G. — "Acta S. Pantaleonis, dans
Acta sanct., julii t. VI, p. 412. — "Acta SS. Cantii, Cantiani
et GantianilUn, dans Acta sanct., maii t. vu, p. 421. — '^Acta
S. Culliopi, dans Acta sa)ict., april. t. i, p. C58; Acta SS. Juan-
sements en masse. Hermès affranchit douze cent cin-
quante esclaves le jour de Pâques 10; Chromatius, pré-
fet de Rome, affranchit quatorze cents esclaves11;
Eudoxie 12, Pantaléon 13, Cantius, Cantianus et Cantia-
nilla u, plusieurs autres, tiennent une conduite sem-
blable15. Nous avons hâte de faire usage de pièces ab-
solument certaines; Mélanie la Jeune affranchit en un
seul jour huit mille esclaves16. Un souffle de charité
avait passé sur les âmes, on s'apitoyait sur le malheur
des esclaves et on y remédiait; mais, plus prévoyants que
la loi, les particuliers s'ingénièrent à ménager la tran-
sition de la servitude à la liberté.
Les gentils pratiquaient quelquefois dans de grandes
proportions l'affranchissement de leurs esclaves, le cas
le plus tréquent est celui de l'affranchissement par tes-
tament; l'esclave, sauf disposition expresse du testateur,
n'emportait pas son pécule avec lui. Il en résultait une
situation pire quelquefois que la servitude : c'était la
misère et les désordres qu'elle entraîne. Les documents
que nous citions plus haut mentionnent l'abandon du
pécule par le maître chrétien17, ou bien encore une
distribution extraordinaire en faveur de l'affranchi18;
c'est son viaticum 19. Saint Jean Chrysostome voyait plus
loin et plus juste lorsqu'il donnait le conseil de taire
apprendre un métier aux esclaves avant de les affranchir2.
A mesure que les dangers de l'empire allaient croissant,
invasions partielles, razzias sur les Irontières, on s'efforça
de sauver les malheureux réduits en esclavage. Le droit
classique avait des dispositions spéciales à l'égard de
ceux qui tombaient aux mains de l'ennemi, mais dans
l'énorme bouleversement du Ve siècle et des siècles sui-
vants, c'était à la spontanéité des individus et des asso-
ciations qu'était abandonné pratiquement le soin de
rendre les captifs à la libelle.
Certaines provinces avaient vu des régions dévastées,
des villages détruits, les chrétiens emmenés. Beaucoup
ne reparurent jamais21. On vivait sous le coup d'appré-
hensions souvent trop fondées 22, mais cela développa le
sentiment de solidarité affectueuse qui unissait les
communautés entre elles23. Ces laits n'ont pas été res-
treints à une province ou à quelques provinces de
l'empire; c'est tout le monde romain qui en Jit la dou-
loureuse expérience21. Les Goths, les Perses, les Huns,
les Mèdes, les Sarrasins, les Slaves, les Francs, les
Allemands, les Danois, les Vandales, les Avares se
ruaient sur l'empire23. « Trop heureux l'homme qui, en
ce temps de misère, n'est pas réduit en esclavage 2G. »
Tous les écrivains du temps parlent de cette situation
en des termes auxquels il est difficile de ne pas accorder
créance. Sans doute les contemporains sont souvent
assez mal renseignés, mais on peut cependant recevoir
leur témoignage en ce qui regarde leur propre pays. La
captivité reparait dans tous ces textes : « En Orient et
en Occident, dit saint Jérôme, les évoques sont laits
nis et Pauli, dans Acta sanct., jun. t. vu, p. 34; Acta, S. 2e-
nonis, dans Acta sanct., jun. t. v, p. 405; Acta S. Georgii,
dans Acta sanct., april. t. ni, p. 119. Cf. P. Allard, Les esclaves
chrétiens, in-12, Paris, 1900, p. 338-339. — »8 P. Allard, Esclaves,
serfs et mainmortables, in-12, Paris, 1884, p. 131. — 17 Acta
S. Calliopi, dans Acta. sanct., april. t. i, p. 658. — ,8 Vita S. Eu-
doxix, dans Acta sanct., mart. 1. 1, p. 16. — ,0 S. Jean Chrysos-
tome, Homil., xvi, In Epist. lad Titn.,2, P. G., t. util, col. 589.
— 20Id., Homil., In I ad Cor., xl, 5, P. G., t. lxi, col. 353.
— 21 Disputatio Archclaï cum Mancte, P. G., t. x, col. 1429
sq. Peut-être Clément d'Alexandrie lui-même lut-il de ce nombre;
on perd sa trace vers l'an 202. — 2î ActaSS. Jacubi et Mariant,
dans Ruinart, Acta sincera, in-Iol., Veronœ, 1731, p. 193 sq. —
23 Clément d'Alexandrie, Stromata, 1. II, c. xvin, P. G., t. vm,
col. 1028 sq. S. Cyprien, Epist., lx, P. L., t. iv, col. 370 sq. —
21 S. Augustin, Epist., exi, 1, Ad Victorianum, P. L-, t. xxxm,
col. 422; S.Jérôme, Epist., lx, 16, Ad Heliodorum, P. L., t. xxn,
col. 600. — » Ct. E. Le Blant, Inscr. chrét. de la Gaule, in-4\
Paris, 1865, t. n, p. 285 sq. — 2S S. Jérôme, Epist., cxxv, 20, Ad
Rusiicum ; Epist., lx, 16, Ad Heliodorum, P. L., t. :.«:n,col. 600.
AFFRANCHISSEMENT
:ci
prisonniers, les populations entraînées par troupeaux '. »
« Partout, ajoute saint Ambroise, les captifs tendent les
mains vers nous, et leur nonobre suffirait presque â
peupler une province 2. » 11 ne fallait plus rien attendre
de la valeur militaire des empereurs 3. La charité se fit
ingénieuse pour le soulagement de ces maux. Des chré-
tiens instituèrent les captifs pour héritiers, consacrant
toute leur fortune à leur rachat*. Les associations ne
voulurent pas rester en retard; elles aliénèrent leurs
biens5 et firent jeter à la fonte leurs vases sacrés6; on
trouve chez les païens des extrémités analogues; Zosime
raconte que pour racheter Rome assiégée on fit fondre,
parmi d'autres idoles, la statue d'or de la Victoire 7. Mais
dans tous ces cas l'affranchissement juridique n'est guère
pratiqué, il s'agit d'une chose nouvelle et différente : le
rachat des captifs. Voy. Captifs. Ce fut cependant sous
l'empire de la même préoccupation que les chrétiens se
parèrent comme d'un titre de leur bienfaisance à l'égard
<les esclaves ou à l'égard des prisonniers. On trouve sur
les épitaphes, en regard de la formule suivante :
CAPTIVOS OPIBVS VINCLIS LAXAVIT INIQVIS»
<l'autres formules analogues. Deux monuments de Briord,
<lans la Viennoise, mentionnent l'affranchissement par
testament. La première donne la liste des esclaves
affranchis par le défunt :
HIC REQV [iescit]
VIR VENER [abilis Manne]
LEVBVS QVI VIXIT AN [lœ]
MENSIS VI DIES XIII IN VMA [ne]
5 TATE ET BONITATE MORI
BVS ET CONVERSATIONE
CLARVS OBIIT IN PACE DIE
III IDVS FEBRVAR1AS BOETIO
VERO CLARISSIMV CONSVLE
10 RELIQVIT LIBERTVS ID EST
SCVPILIONE
GERONTIVM
BALDAREDVM
LEVVERA
15 OROVELDA IDELONE'
L'autre épitaphe est une des plus intéressantes parmi
celles de la Gaule; la formule réliqv,it libertiim est
identique à celle du marbre transcrit ci-dessus, et la
mention pro rectemplionem smimte suœ résout une con-
troverse célèbre touchant le «< remède des âmes que les
épitapfaes modernes des catholiques souhaitent aux
•défunts » io. Voici la conclusion de cette épitaphe :
HIC RELIQVIT
LEVERTO PVERO
NOMINE MANNONE
PRO REDEMPTIONEM
ANIMAE SVAE
Le bas-relief d'un sarcophage de s. doue (Dalmalie)
appartient au même ordre d'idées, mais il est plus ancien
« P. L., t. xxu, col. 600. — !S. Ambroise. De Offic ministr..
l. II, c. xv, 70, P. L., t. xvi, col. 129. Cf. Ennodius, Vita /?. £.pi-
phatiii, P. L., t. lxiii, col. 225; S. Grégoire lo Grand. In E:
homil. il, C, n. 22, P. L-, t. i.wvi, roi. 1010. — s Priai bc, Exœrpto
tic legatioiiiium gentiuta adBomemot, cm: Prooope, \necd..
I. XXII, c. vin. — « Cod. Juet., 1. F, tit. ni. 88. Conc. Vbtfe-
eonense II (ann. 585), dans Labbe, Concilia, t. v. <..). 981. — 'S.
Ambroise, De ofjiciis, 1. II, c. w, xwin, /'. /... t. wi, eol. 120
sq., 148 sq. ; Socrate, Hist. eccl., VII, x\i. P. G., t. lxvii.
■col. 781 sq. — 1Zozime, V, 41. — » E. Le Blant, Irisrr. ciiret. de la
Gaule, t. h, n. 543. — * Ibid., n. 379. Ci. Formula- Turorumeee,
12; Btturwenses, 9; Senonicae, 1; Merkeliansr, 14: lÀnden
brogianx, 10. Pour l'édition des formules nous renvoyons nue
fois pour toutes à la bibliographie placée a la lin do celle di--i i -
talion. — <" Ibid., n. 374. Cl. J. Spon, La politique du clergé de
France, p. 167; E. Le Blant, Aspstue à mie lettre du ];t jan-
vier 1680, dans Je Correspondant, 25 juin 1858.— "Alb. Dament,
(fig. 105). Nos inscriptions sont du Ve siècle"; celui-ci est
antérieur à la paix de l'Église. Il représente deux époux
debout aux côtés du bon Pasteur et entourés d'un grand
nombre d'hommes et de femmes de taille moins élevée
les regards tournés vers les époux. E. Le Blant voit là
des affranchis par testament qui assistent leurs anciens
maîtres au moment de leur comparution devant Dieu ".
Nous retrouvons la même mention dans les lormules 12;
on affranchit, mais le plus souvent sous l'influence
d'une préoccupation qu'ignorait le monde antique :
« au nom du Seigneur, afin que, quand je sortirai de
cette vie et que mon âme paraîtra au tribunal du Christ,
ie mérite d'obtenir miséricorde. » Une autre coutume
fut d'affranchir à l'occasion de la mort de quelque parent
ou ami, afin d'attirer sur son âme la miséricorde de
Dieu. Une inscription romaine apprend que lors des
funérailles d'une eniant son père et sa mère affranchirent
sept esclaves 13 ;
SECVNDVS-ET RVFINAFILIAEDVLCISSIME-HVNC
VNVSSCRITVRAINTRANNOS-VII-MNOMISIMVST
AM-CARITATEM-IFILIA-SIN-NA-HI-K-S
En Angleterre, un concile tenu en 816 à Celchyfe
ordonne d'affranchir tous les esclaves anglais d'un
évéque à la mort de celui-ci; en outre, il prescrit a
chaque évéque et abbé de libérer lui-même trois esclaves
et de les munir d'un vialicum >4.
La législation canonique concernant les affranchisse-
ments contient plusieurs décrets qui ne participent pas
de la générosité inconsidérée qu'on remarque dans Les
dispositions du droit civil. L'aflranchissemcnt amenait
pour le propriétaire une perturbation financière plus ou
moins importante, mais qu'il était d'une sage adminis-
tration de prévoir. Les églises, ayant une existence beau-
coup plus longue que l'existence ordinaire de l'individu,
étaient astreintes à une prévoyance qui envisageât non
seulement les conséquences de l'affranchissement sur
l'état de leur patrimoine présent, mais par rapport à
l'accomplissement de leurs devoirs permanents de
charité à l'égard des malheureux, l'n concile de Sévillc
(590) défendit donc aux prêtres de disposer du bien qui
ne leur appartenait pas par l'affranchissement des
esclaves de l'église, à moins qu'ils ne donnassent une
compensation prise sur leur propre patrimoine 1S. Le
quatrième (633) 16 et le neuvième (655) 'i conciles de
Tolède, et le concile de Mérida (666) ls confirmèrent ces
dispositions. Un canon d'Epaone (517) réprima la ten-
dance de quelques abbés à exploiter le labeur des
moines en déridant que l'on ne pouvait allranchir les
est -laves d'une terre pour ajouter une tâche nouvelle au
labeur des moines ,9.
Les églises entendaient affranchir à bon escient leurs
esclaves et ne consentaient à recevoir le fait accompli
que dans le cas où une compensation leur permettait
d'exercer dans la suite, comme par le passé, le bien
qu'elle avait pour mission de répandre afin desaiisuire
à la volonté de ceux qui les lui avaienl abandonnée.
dans la Revue archéolog., février 1872, p. 119-121; Mémoires
île la Société nationale des antiquaires d* France, 1872. p. 185
sq. ; E. Le Blant, dans les Mémoire» de l'Académie des inscrip-
tions et beUee-lettrea, 1* avril ist.î, et dans le Journal officiel,
22 avril, i>. 2720: 1.. .teiir. Dm eeetnetirimm mm Motuwtirine
zti Salona und der dortige .Sarho/ag der Gmbh Ilirten. d;in~
ftômische Quartalscliiift, IBM, p. B66-Sd3; A. l'orate. L'ar,
logie chrt tienne, in-12. Paris, 1888, ;l ^rJ sq. — '- E. de lW.iei e.
Formulée, n. i.xn. i xxxm. -- "Boldetti, Ottervanoni mtmra
asnti martiri ed antiehi eristiani di II-
in-toL, H. .ma, 1380, p. 386; De Bossi, Bull, di arch. crist.. 1834,
"Labbe, C rfUo,t. vu, ool. 1688. — **Oonc. llnïpml. I.
«an. 1, «laiis 1,,-ililie. Concilia, t V, col 158 c.'Ioleta-
nuni IV. e.-iii. 7o, ibid., t. V. Col. 1704. — " I 'inum IX.
.an. 12. ibid.. L IV, col. 451. -- "Conc. hmcritaintm, can. 80,
Und., i. \i. eol. 498. — ej c,,,,.-, Epaonense, can. s, Jajis .Manu,
Cotte, atitfl. cuil., t. vin, cel. 500.
-y^o»
AFFRANCHISSEMENT
5GG
L'affranchissement devait être fait par un clerc pour
tout esclave ou sert appartenant à un domaine d'église1;
le bénéficiaire, tabularius, ne laissait pas de retenir cer-
taines obligations, telles que la professio de condition
d'aflranchi renouvelée à certaines époques entre les
mains de l'évêque ou du clerc dont on dépendait 2. Il
semble qu'on saisisse ici le trait d'union entre les hom-
mages de l'affranchi pour son maître aux temps antiques
et les redevances de la féodalité.
Les affranchis ecclésiastiques semblent avoir été en
butte à l'hostilité des tribunaux ordinaires ;) ; c'est pour
compenser cette infériorité que l'Eglise revendiquait la
defensio de ses affranchis. Le principe de la protection
fut énoncé, semble-t-il, pour la première fois dans le
premier concile d'Orange (441) 4; on le trouve rappelé à
Arles (452) :;, à Agde (50(5)6, à Orléans (549)', à Màcon
montrent. Le testament de Désiré, évoque de Cahors,
s'exprime ainsi Libcros vcro meos libi matri ccclesise
tuoque adcocato successori nieo commendo. Semper
quœso virtute sanclilalis tua; ab insidiis quorumcum-
que defensentur, ut sub tuo se patrocinio se perrenire
gaudeant*-. Le testament de saint Rémi dit de même :
H os tolos quos Uberos esse jubés, fili fratris mci, Lupc,
sacerdotali aucloritate defensabis i3.
Le patronage14 cependant parait excessif sur différents
points : c'est lorsqu'il s'introduit jusqu'au loyer de
l'affranchi; mais ce qui nous parait choquant aujour-
d'hui ne surprenait personne en ce temps ; avant de
blâmer trop haut, il faut se dire que ce qui nous parait
à l'heure présente le dernier mot de la liberté et du
droit fera peut-être sourire quelques générations aprts
nous.
i.j. — Sarcophage du Musée de Spalato. D'après une photographie.
(585)8, à Paris (015)9, à Reims (030). Cette defensio avait
été reçue par le droit civil. La loi des Ripuaires10 et la
Conslilutio Clotarii (015) " sont d'accord avec le droit
canonique. Nous citerons cette loi, qui résume assez bien
ta situation à laquelle on s'était arrêté : Libertos cujus-
rumque ingenuorum a sacerdotibus juxta textus
rharlarum ingenuitatis suai defensandos, nec absque
prsesenlia episcopi aut praipositi ecclesise esse judican-
iios vel ad publicum revocandos (cas. 7). — Quod si cau-
sant inter personam publicam et homines ecclesiae ste-
ie>nt, parité»' ab utraque parte prœposili ecclesiarum
et judex publicus in audientia publica positi ea
debeant judicare (can. 5).
Cette defensio, ou patronage, a semblé moins redou-
table aux contemporains qu'aux historiens postérieurs,
et, comme nous en trouvons la mention dans des pièces
étrangères à la langue juridique, nous pouvons croire
qu'elle leur paraissait telle que ces documents nous la
1 Le.T ripuaria, lviii, 3, dans Bouquet, liée, des histor. des
Gaules, t. IV, p. 234 sq. — ■ Conc. Toletanwn IV, can. 70 (anno633),
dans Labbe, Concilia, t. v, col. 1703. — 3Conc. Maiisconcnse,
can. 7 (585), dans Labbe, Concilia, t. v, col. 981. Cf. Agobard, De
dispensatione ecclesiastic. rerum, c. xiv, P. L., t. civ, col. 236.
— *Conc. Arausicanum 1 (ann. 441), can. 7, dans Labbe, Conci-
lia, '.. ;::, col. 1448. — *Conc. Arelatense II, can. 33; dans Mansi,
Conc. ampl. coll., t. vu, col. 882. — «Conc. Agathense, can. 29,
dans Mansi, ibid., t. vm, col. 330. — ' Conc. Aurelianense V,
<an. 7, dans Mansi, ibid., t. IX, col. 130. — * Conc. Matisco-
nense II, can. 16, dans Labbe, Concilia, t. v, col. 981 sq. — ° Conc
En ce qui concerne le mariage du tabularius, il avait
toute liberté, sauf les conditions mises à certaines
unions que l'on voulait ne pas favoriser. Ces impedi-
menta se trouvent d'abord dans la législation canonique13
d'où ils passent dans le droit civil16. D'après la loi des
Ripuaires : 1" le tabularius qui épouse une serve
devient serf; 2° s'il épouse une serve ripuaire, ses en-
fants seuls deviendront esclaves; 3° s'il épouse une
ripuaire ingénue, ou si une tabidaria épouse un ripuaire
ingénu, les enfants suivront la pire condition.
On retrouve des prescriptions analogues dans la loi
des Wisigoths17.
Relativement à la puissance paternelle, le sixième
concile de Tolède porte le grave canon suivant : Eteni-m
decet ut là quorum parentes litulum libertatis de
familiis ecclesisi perceperunt, intra ecclesiam cm obse-
qirium debent, causa ei'uditionis enutriantur. Con-
temptus quippe est palrottorum, si ipsis neglectis aliis
Parisiensc, can. 5, dans Mansi, Conc. ampl. coll., t. x, col. 540.
— ,aLea: ripuaria, lviii, 1, dans Bouquet, liée, des hist. des
Gaules, t. IV, p. 234 sq. — " Constit. Clotarii, c. vu. Cl. Sohm,
foc. cit., p. 440; P. Rotli, Feudalitàt und Unterthanenverband,
in-8% Weimar, 1863, p. 301 ; M. Fournier, toc. cit., p. 24, 25. —
•-J.-M. Pardessus, Dtplomata, t. H, p. 101. — ,3 Ibid., t. I,
p. 118. — 1»Sur le paUonage. Voy. ce mot. — "Conc. Tolela-
num IX, ann. 655, can. 13, dans Labbe, Concilia, t. VI. col. 451.
— *« Leoc ripuaria, lviii, 9-14, dans Bouquet, Hec. des histor.
des Gaules, t. iv, p. 23i sq. — "Lefles Wisigothorum, v, 1,
7,17.
CC7
AFFRANCHISSEMENT
ad educandum delur progenies manionissomtm. lla-
que censcmus ut sive siti nati prsejudicio, ab episcopis
habeantur in doctrina obsequitim,quatenus et Mi debi-
lum reddant famulatum, et nullutn paliantur suse
ittgenuitatis dclrimenlum. Eos vero qui aliter quant
scntentia nostra decrevit agere tentaverint, invitos
jubemus ab episcopis ad hoc ipsuni reduci ; quod si
forte parentes eorum eos ponti/icibus suis dare con-
tcmpserint et alios sibi patronos adoplaverint, ingra-
torum [eriantur loge libertorum*.
Un mode d'affranchissement dont il n'y a que fort peu
de chose à dire est l'affranchissement dans le cirque.
Un document de valeur très médiocre, les Actes de
sainte Marciana, martyre d'Afrique, relate un de ces
cas d'affranchissement : Primo mane, cum gladiatores
de more ornuti de ludo descendercnt in arenam...
gladiator Me, noniine Flammeus, ex spectanlium pa-
pulorum vocibas de more accipiens libertatem 2. Ceci
est un trait antique dont on trouve d'autres exemples
dans Suétone3, Dion Cassius4, Suidas5, le Digeste et le
Code. Les empereurs Tibère et Hadrien6, devant lesquels
s'étaient produites de ces clameurs, ne les avaient pas
eues pour agréables. Marc-Aurèle et Septime-Sévère
annulèrent les affranchissements obtenus de la sorte.
Paul7 est partisan de cette rigueur; mais la répétition
même de ces dispositions témoigne qu'on en tenait peu
de compte et que l'abus se soutenait.
Il existait, chez les Germains, une classe d'affranchis;
mais Tacite a négligé de nous instruire à leur sujet :
c Les affranchis, dit-il, ne sont pas fort au-dessus des
esclaves8, » c'est que, en effet, il se trouvait une classe
d'affranchis inférieurs ; mais un autre mode d'affran-
chissement mettait ses bénéficiaires au niveau des
hommes libres. Ils portaient le nom germanique de
lidi que nous retrouvons dans les documents postérieurs
aux invasions. Toutefois, les affranchis inférieurs, ceux
qui occupaient une position intermédiaire entre la ser-
vitude et la liberté, doivent avoir été les plus nombreux.
Leur condition se maintint fort tard sans changement.
Au vin0 siècle, chez les Saxons, il était encore interdit
à cette soi'te d'affranchis d'épouser 1rs (emmes libres,
au même titre que le mariage avec une affranchie était
interdit à l'esclave9.
« L'affranchissement avait doue été une pratique aussi
germanique que romaine; il n'y avait pas de motif pour
qu'elle ne se continuât pas après 1rs invasions40. »
'Cotte. Toletanum VI, ann. 038, can. 10, dans Labbe, Concilia.
t. v, col. 17'i0. — - Art,* S. Marcianw, 5, dans Actasanct., 9 janv.
Cf. E. Le Blant, Les Actes des martyrs, in-4% Paris, -1882, n. 67.
— 'Suétone, Tiber., xi.vu. — *Dion, Tiber., XI. — 5 Suidas, au
Mot TiS-fi-,;. —"Dion, Hadrianus, xvi. — ' De lus qui a non do-
mino mannmissi sunt, Cod. Just., 1. VII, tit. x: Digest., 1. XI..
tit. ix. — "Tacite, Ger mania, 25; Fustel de Coulanges, Recherches
sur cette question : Les Germains connaissaient-ils la propriété
des terres'.' dans Recherches sur quelques problèmes d'his-
toire, in-8", Paris, 1NK5, p. 209. — "Pertz, Scriptores rerum ger-
manicarum, in-tol., Hannoveraj, 1830, t. il, p. 673: Translatio
S. Alexandri auctorib. Ruodolpho et Meginharto. Cf. Nithard,
Historiœ, 1. IV. o. u ; Hucbald, Yita .S. Lebuiui, dans Pertz,
loc. cit., t. il, p. 361. — ,0Fustel de Coulanges, Histoire des
institutions politiques de l'ancienne France, in-8% Paris, 1891,
t. iv, p. 304. — "Formula; Senonicse, 43. — '*Lex Wisigotho-
rum, tit. v, c. IV, 16; Lex Dajuwariorum, tit. XV, c. vil.
,3M. Fournier. tssai, p. :s sq., dont nous adoptons le classement.
— ,4Paul Diacre, Hist. Langobard., i, 13, /'. L., t. xcv, roi. 450;
Nithard, De dissensione flliorum Ludovici pti, i.iv, /'. / .
t. cxvi, col. 45 sq. — "Grégoire do Tours, Hist. franc, I. lit.
c. xv ; I. VI, r. xvn; 1. VII, c. XLV1 ; 1. VIII, o. xxvi; 1. X. e. \\ .
P. L., t. i.xxi, cl. 254 sq., 388 sq., 446, 465, 544 sq. — "E. do
Rozière, Formules, u. i.xxix, i.xxx. Cf. Grégoire de Tours, Hist.
franc., 1. VI, c. xxm, P. /.., t. i.xxi, col. 392; Marculle, Formai..
1. I, c. xxxix, P. L., t. i.xxxvn. col. 734; 1. il. <-. i.u. ibid.,
col. 756. — "Cod. Just., 1. III, tit. xu : de feriis, 8. ami. 392;
Testam. Bertramni. dans Pardessus, Diptomata, t. i, p. 213. —
••J.-M. Pardessus, loc. cit., t. i. p. 213; Conc. Emerit., ami. 060,
L'affranchissement par rachat dépendait entièrement de
la volonté du maître par la raison qu'en droit strict le
pécule lui appartenait, c'est ce que dit la carta redemptio-
nalis : « Comme tu m'as toujours bien servi, en consi-
dération de ta fidélité, j'ai résolu de te permettre de te
racheter de mon service, et tu t'en es racheté; tu m'as
donné tel nombre de deniers d'argent ou de sous d'or,
somme convenue; en conséquence, je fais écrire cette
lettre de rachat, afin que tu sois libre à perpétuité11. >
Parfois l'esclave se servait d'un tiers à qui il rembour-
sait sur son pécule le prix de l'allranchissement 12.
L'histoire des affranchissements se distingue diffici-
lement à travers les documents. On peut cependant
essayer d'indiquer quelques traits principaux : 1° soit
pour l'affranchissement volontaire; i" soit pour l'affran-
chissement de plein droit13.
1° Affranchissement volontaire. — Pour combattre1*
pour former une garde personnelle15; à l'occasion de la
naissance des princes16, ou des fêtes solennelles17; pour
se ménager la miséricorde de Dieu18; par reconnais-
sance ou par bienveillance • 9 ; pour aplanir les différences
de condition dans les familles-0; par le rachat à l'aide
du pécule personnel21; à l'expiration d'un engagement
servile à terme et libération d'office des esclaves chré-
tiens d'un maître païen22; enfin, tous les cas que la vie
pratique peut présenter23, et, dans une classe spéciale,
les affranchissements en vue de la cléricature24.
2° Affranchissement de plein droit. — A la suite d'un
préjudice grave causé à l'esclave ou aux siens par son
maître85; pour certains services publics26; dans le ri-
de l'esclavage chez un juif, il existait une législation
spéciale dont plusieurs clauses constituaient pour le
maître une mise hors la loi, sauf quelques adoucis-
sements dont on trouve la trace dans divers textes.
Je ne crois pas, malgré l'autorité de quelques auteurs.
que l'on doive compter comme affranchissement la
restitution de la liberté volontairement perdue, ni
l'emploi de la prescription27.
Autres formes d'affranchissement. — 11 reste à indi-
quer les formes d'affranchissement dans le droit _
main, car de l'emploi de l'une ou l'autre d'entre elles
résultaient des différences notables dans la condition
des affranchis. L'affranchissement per denarium (ja-
< lu nie denario, excusso denario) était chez les Francs le
mode ordinaire de l'affranchissement. Il exigeait la pré-
dit roi et peut-être même, à l'origine, l'inter-
i an 19-21, d t. vi. col. 498. Cf. Formula Titrant ■
n. 12; Bitui 9; Senonicw, n. 1 ; Merkelianœ, n. 1',;
. n. 10. — '"E. d" Rozière, Formules, n. lxi.
XCIX, c; Grégoire do Tours, Hist. franc., 1. III, c. XV, 1'. I
t. î.xxi, col. 254 sq.; Marculfe, 1. II. c. xxxm : Pro respectu
fi.i-i et servitii lui, l\ /... t. i.xxxvn. col. 7'iK. -- »E. do i; -
VUle8, n. oiv (VI" s.); n. CI (vin - mgo-
bard. Rotharis, c. ccxxm; Leges Langobard. Liutprand,
e. cxvi; Walter, Corpus, t. u, p. 34 : FormubB Merkelianœ,
n. xxxi. — !' Lex Ripuaria, fit. i.vm, c. i mm,
tit. xi. o. n; Lex Bajuuiariorum, tit. xv. c. vu; Walter, Cor-
pus, tit. n. p. 34; E. de Rozière, Formules, n. lxxxix, i.x,
xciv. — "K. de Rozière, Formules. D. xi.vii-i.u; Cône. Mali*-
con. I, ann. 581, can. 16, dans Labbe. Concilia, t. v, col. 961. --
saCi. M. Fournier, foc. cit., p. C. — «* Coue. Aurel, I. ann. 511,
J, dans Labbe, Concilia,^ iv, col. 1404; Auref. V, 541, can. 6,
ibid., t. v, col. 380; Tolet, IV, 633, can. 73. ibid., t. v. col. 1704;
Emerit 666, can. 20, ibid,. t. vi, col. 496; K. de Ro
Formules, n. î.xx-i.xxvi <ix* siècle) ; lî. Guérard, Polyptique
d'Irminon. t. i, p. 975, document de 823; Formula îierke-
lianm, xi i\ ; Senonenses, n, îx. — "Cod. Justin., i. vu, tit.
xiii ; Cod. Theod., I. VU, fit. xmii; 1. IV m. xxi. — "Leges
Wisigoth . fil. vu, e. VI, 1 ; lit. mi. c. u, l 'i : Edictum Theod
19. — i: Leges Wisigoth., tit. xu. c. n, 12-14; tit. xn, c. m, 12,
i6,i8;\Conc.Matisc., ann. 581, can. 16, dans Labbe, t v col. 967:
Meldens., can. 73; Tolet. 1Y. can. 65; Aurel. ///et l\ . can. 1:1
et 10. ci. Eusèbe, l'ito Constant., 1. IV. c. xxvu. /'. c. i x\
coi. 11 ne. Hist, eccf., i. iv, c. xvn, /'. <;., u lxxvo,
c. I. 1161 i ; '•' ■ des hist. de; Gaules, t. VI, p I
3C9
AFFRANCHISSEMENT
570
vention du peuple. Ce mode répondait à l'affranchis-
sement romain par l'empereur1, par un consul2, ou
par un gouverneur de province3. Ce qui caractérise ce
mode d aflïanchissement, l'emploi du denier dans la
main de l'esclave que le maître secoue afin de faire
sauter le denier (jactante [pour jactato] denario), est
spécial aux rois mérovingiens. Rien de semblable chez
les Burgondes, chez les Goths, chez les Lombards, les
Alamans, les Saxons, les Bavarois ; c'est donc par les
Mérovingiens et les Carolingiens qu'il s'est répandu plus
tard dans l'Italie et dans la Germanie. L'antiquité de
cette forme n'est pas prouvée; elle essaie de se rattacher
à la loi salique, mais rien n'est aussi douteux*. Elle
apparaît en 631, et semble jouir de sa plus grande vogue
sous les Carolingiens5. On voit des évêques6, saint Éloi
entre autres", en faire usage. Nous retrouvons dans ce
mode d'affranchissement ce qu'offrait le droit romain
dans la manumissio. La présence du représentant offi-
ciel de l'État, — préteur ou roi, — celle du maître, celle
de l'esclave — la rédaction d'un acte écrit constatait
l'affranchissement. Ici, comme à Rome, c'est le maître
qui affranchit, mais son action ne s'exerce que dans la
mesure où l'État reçoit l'homme libre qu'on lui donne.
Un tel affranchissement est complet et irrévocable.
VI. L'affranchissement /.v sacrosanctis eccleïii/.
— Il ne diffère pas, dans la loi des Ripuaires, de ce
qu'il était dans le droit romain'; c'est d'ailleurs « con-
formément à la Constitution de l'empereur Constantin n
que l'on prétend agir9. La formule à laquelle nous lai-
sons allusion parle d'affranchissement par la vindicte.
C'est une expression qui ne répond à rien en l'espèce;
il n'y a ici ni tribunal, ni procès fictif : c< Mais ces for-
mules, dit M. Fustel de Coulanges, sont composées d'élé-
ments divers, souvent disparates, et les hommes qui les
écrivaient d'âge en âge ne se préoccupaient pas du vrai
sens de chaque ligne. Les premiers qui avaient rédigé
la lormule d'affranchissement dans l'église avaient appa-
remment copié en partie la formule de la vindicte. Leur
erreur même a une grande signification. Elle nous
montre que la vindicte devant le juge disparait de la
pratique et qu'elle fait place à l'affranchissement
devant l'évêque10. »
VII. L'affranchissement per hantradam. — La loi
des Francs Chamaves règle un mode d'affranchissement
qu'on ne retrouve nulle part ailleurs : ...Quiper hantra-
dam11 hominem ingenuum dimittere voluerit, in loco
qui dicitur Sanction sua manu duodecirra ipsum inge-
nuum dimittere faciat '-. Celui qui voudra affranchir un
esclave, par le mode appelé lianlrada, le fera mettre en
liberté en jurant, lui douzième, dans le lieu appelé le Lieu
*Cod. Justi,,. . ! VII. tit. x; cf. 1. Vit, fit. Il et 1. VII, tit. I,
e. 4. — *Paul, au Digcst.. I. XL, tit. i. 4; Ulpien, ibid., tit. xl,
2, 5, et 1, 6; Cassiodoie, Epistolœ, 1. VI, 1. — 3Caius, au Di-
gest., 1. XL, tit. Il, 7; Paul, ibid., 1. XL, tit. Il, 17; Cod. Just.,
1. VII, tit. i, 14; 1. VII, tit. x, 7. — *Lex Salica. XXVI, 2. —
•Fustel de Coulanges, toc. cit., t. IV, p. 309. Cf. Bouquet, Re-
cueil des hisC. des Gaules, t. IX, p. 360, 440; Goldast. Rerum
alamannic. script., t. Il, p. 27; Muratori, Antiq. italicse, t. i,
p. 847, 850 et alibi. — Formules : Sangallenses, addit., n. 2;
Zeumer, loc. cit., p. 434; Merkelianse, n. 40, Senonicx, n.
42; Neugart, Codex diplomaticus Alemannix et Burgundix
transjuranx, 2 in-i% 1791, n. 440 (de 886), 658 (de 906). —
•Marculfe, Formul.. i, 22, P. L., t. lxxxvii, col. 713. — ' Vita
Eligii, 1. I, c. x, P. L.. t. i.xxxvh, col. 487 sq. — "Lex Ripuaria,
tit. lviii, c. i; cf. Lex romana Burgund., tit. m. — 'Formulx
Senvnicx, n. 2 et 3. — ,0 Fustel de Coulanges, loc. cit., t. IV,
p. 314 sq. Cf. R. A. van Beem, De manutnissionibus in sacro-
sanctis ecclesiis, in-4", Trajecti ad Rhenum, 1756, 92 p. : Bou-
chaud, Examen d'une opinion de Jacques Godefroi sur les
affranchissements des esclaves qui se faisaient dans les églises,
dans les Mémoires de VAcad. des inscr. et belles-lettres, 1780,
t. xl, i, p. 119-123. — " Per liandradam, ms. de Metz; per Itan-
dradum, ms. de Xavarre. — ^Xotitia vel eommemoratio de illa
euua qux se ad Amorem i Ilamarland) habet av. publié par Ba-
luze, Capitulare tertium annl oceexm, comme capilulaire, ce
saint. Ce texte donne lieu à quelques difficultés; il faut
chercher ce qu'il présente de certain. Le mode d'affran-
chissement per hantradam ne peut éliminer cette part
qui, dans un acte intéressant à la fois l'individu et la
société, appartient à l'autorité publique, l'État pouvant
seul faire d'un esclave un homme libre. C'est ce qu'in-
dique le texte de la loi lorsqu'il dit : ipsum ingenuum
DIMITTERE FACIAT ; le maître n'affranchit pas; il fait
affranchir, ou. si l'on veut, il provoque l'allranchisse-
ment. En outre, ce mode d'affranchissement re'quiert un
serment solennel prêté avec onze cojurateurs; or, le
cas le plus ordinaire13 montre l'office des cojurateurs
confirmant le serment judiciaire.
Nous pourrions déjà présumer que l'affranchissement
per hantradam est un acte réservé à l'État; qu'en outre,
c'est un acte judiciaire; un autre texte nous invite à le
penser. L'article qui précède immédiatement celui que
nous avons cité est ainsi formulé : Si guis hominem
ingenuum ad servitium requirit, cum duodecim honii-
nibus de suis proximis parentibus in sanctis juret et
se ingenuum esse faciat, aut in servitium codât1*. Si
quelqu'un réclame un homme libre comme son esclave,
celui-ci devra jurer sur les saints avec douze hommes
de ses proches parents, et ainsi il se fera reconnaître
pour libre; sinon il tombera en servitude.
L'exact parallélisme de cet article avec celui qui fait
l'objet de cette recherche induit à croire que s dans
l'un et l'autre le mot faciat est employé pour exprimer
le lait de provoquer, par une formalité légale, une sen-
tence que l'autorité judiciaire, moyennant cette forma-
lité, ne peut refuser. L'affranchissement per hantradam
parait donc avoir été une procédure judiciaire, abou-
tissant à faire déclarer la liberté de l'affranchi par une
sentence du tribunal1' ». Il n'est pas aisé de faire
l'accord sur ces questions et peut-être faut-il s'en
réjouir si la dispute amène enfin une explication défi-
nitive, quelle qu'elle soit.
Cette opinion n'a pas été accueillie par M. Fustel de
Coulanges qui voit dans le « prétendu •> affranchissement
per hantradam un affranchissement dans f église d'une
forme particulière, sans carta, mais en présence de
onze témoins touchant de la main l'autel10. C'est l'opi-
nion soutenue par Eichhorn17, et à laquelle Guérardis
opposait d'ingénieux rapprochements avec l'affranchis-
sement lombard per quartam manum19 et la 7nanu-
missio per manum des Bavarois i0. Enfin Pertz proposa
d'assimiler l'affranchissement per hantradam à l'affran-
chissement per denarium'21.
VIII. L'affranchissement par testament. — Il *assa
chez les Germains après les invasions --. Un grand
texte parait être en réalité la loi euua des Chamaves. habitant les
bouches du Rhin, et dater des premières années du ix' siècle. Cf.
E. Gaupp, Lex Francorum Cliamavorum, oder das vermeint-
liche Xantener Gaurecht, in-8", Breslau, 1855; Sohm, Die Fràn-
Icische Reichs-und Gerichtsverfassung (Die Altdeulsche Reichs-
tind Gerichtsverfassung), 1871, 1. 1, p. 580. — 13R. Sohm. loc. cit.
On relève trois ou quatre cas, en cinq siècles, de l'emploi de coju-
rateurs dans le serment promissoire, p. 578-579. — itXotitia..., x.
— ,5J. Havet, L'affranchissement <i per liantradam s, dans la
Xouv. revue historique du droit français et étranger, 1877,
p. 657; sur la Lex Chamavorum, voy. Gaupp, trad. Laboulaye,
dans la Revue historique du droit français, in-8*, Paris,
1855, p. 417; H. Froidevaux, Études sur la i Lex dicta Fran-
corum Chamavorum a, in-8% Paris, 1891. — '«Fustel de Cou-
langes, loc. cit., t. iv, p. 315, note 1. — '' K. Eichhorn. Deut.
Staats und Rechtsgeschiclde, 1843, t. I, p. 335. — ,8B. Guéiard,
Pohjptique d'Inninon, 1844, p. 370. — 19 De même J. Grimm,
Deutsch. Rechtsalterthumer, 1880, p. 332. — l» Lex Bajuwa-
riorum, t. iv, édît. de Merkel, dans Pertz, Monum. germ. hist.,
in-fol., Hannovera, 1863, t. m.Leges, p. 257 sq. — -' G. Pertz, dans
\bhandl. der Berlin. Akademie, 1846, p. 418. — "Lex romana
Burgundionum, tit. m: Lex Wisigothorum. tit. V, c. vn, 1 ;
Concil. Matiscon. II, ann. 585, can. 7, dans LabLe. Concilia, t. v,
col. 981 ; Conc. A relat. II, ann. 452. can. 22, ibid., t. vm, col. 330;
Conc. ArausiC, ann. 4M. c. vu, ibid-, t. in, col. 144S.
571
AFFRANCHISSEMENT
572
nombre de testaments montrent cet usage en vigueur '.
Saint Remy s'exprime ainsi : Je veux que Enia et le
plus jeune de ses fils, nommé Monulf, soient libres...
Babrimodus et sa femme Mora resteront serfs; mais
leur fils Manachaire sera libre... J'ordonne que Car-
tusio et Auliatena soient désormais libres2. »
Les testaments d'Éloi et de Bertramn l'ont mention
d'un autre mode d'affranchissement par lettre, per car-
lulam. Ce mode était dépourvu de toute solennité et il
devint très fréquent3; un capitulaire de 803 ; montre
qu'il était devenu un mode légal5. On le trouve répandu
partout, dans l'Anjou, en Auvergne, à Cologne, chez les
Alamans6. Les maîtres prenaient occasion des fêtes
liturgiques pour accorder la carlula à quelques esclaves7.
Nous connaissons un cas où cet affranchissement per
t'pistolam est confirmé dans le testament, ce qui parait
donner à cette forme une valeur plus grande8. En
outre, on y confirmait des affranchissements faits par
les ancêtres9.
L'affranchissement per sagittam ou per arma se se-
rait effectué d'une manière analogue aux affranchisse-
ments per gladium et per cultellum.
L'affranchissement per gnrathinx, per impans et per
manum. Cette forme est trop longuement décrite dans
l'édit de Rotharis pour faire l'objet de difficulté, si tou-
tefois le mot garathinx était clair, mais il ne l'est pas.
On a conjecturé que ce mode consistait dans une décla-
ration solennelle de la part du manumixsor et dans la
tradition de la personne affranchie dans les mains d'un
liers qui l'affranchissait réellement devant témoins. Le
mode per impana idest in ration régis marquerait que
dans un cas l'acte se passait devant l'assemblée et des
témoins et dans l'autre devant le roi. Le mode per ■ma-
num se retrouve dans le droit lombard, franc, bavarois.
burgonde et dans le mode romain in sacrosaticlis eccle-
siis. Ceci peut s'entendre, croyons-nous, d'après cette
interprétation que « l'affranchissement in eccleaia » s'ef-
fectuait par la tradition du manumisstis dans les mains
du prêtre (chez les Germains, ces modes d'affranchisse-
ment n'étaient, avec des variantes, que des formes de tra-
dition) 10, et que la tradition s'appelait per manu, per
■manum, etc.
IX Distinction des affhanciiis. ■— On distinguait les
affranchis par le mode de leur afranehisse ut. L'af-
franchi devant le roi s'appelait, toute sa vie, denarialù
ou denaiiatus11. L'affranchi par tablettes lues à l'église
ou par testament, tabvlarms '-'. On trouve aussi pour les
affranchis à l'église cerarii, allusion au cierge qu'ils te-
naient à la main au moment de l'affranchissement l3 ou
'H faut écarter celui de Pcrpotnus, 475; cf. J. Havet, Œuvres,
in-8", Paris, 189C, t. i, p. 21. Testament de Perpetuua. Voy.
Cuncil. Arelat. Il, ann. 452. cm] iS, dans J. Sirmood, Concilia.
t. r, p. 107 ; Testant. Bemegii, ami. 533, dans J. Pardessus, Dt-
ptomata, t. î, p, lis; Ca>8arii Arrtat., ann. 542, ibid . p. 130;
Aredii, ann. 572, ibid., p. 180; llertramni, ann. 615. ibid., p. 197-
213 ; Burgundofori, ann. 632, ibid., t. u. p. 17; Deaiderii Co-
riurcensis, ans. 663, ibid., p. 101; Idonx filii, ann. 690, ibid.,
p, 212; Irmirue ubbotiss.r, ann. 698, ibid., p. 954 ; Ernrintmdia,
ann. 700, Uni/., p. 257; Widrrmli, ann. 721. ibul., p. 324; A66o-
nis, ann. 7S0, ibid., p. 371, 378; Tutonis de Campeltioio-, ann.
777, dans A. Kitmagalli, Cudicc diplomatico San Ambrvsiano,
1805, p. 57; Peredii Lucensis, ann. 77S, dans Murât, ri, Antiq.
Italiae, t. i, p. 876; Optimaiis citftMdam, ann. 813, dans D. Vais-
sette, Ilist. du 'Languedoc, t. i. Preuves, n. 18; Everardi,
ann. 837, dans J. Ilcineccius, Antiquilates germanica?, t. m.
p. 19, et Du Gange, Gloesarium, an mot Monmiiiaaiff. - ' ÎV-
stam. Honigii, loc. cit. — 3Grégnire de Tours, lli.it. franc., ix,
36, P. L., t. i_\xi, col. 505. Cl. 1 istamentum Eiigii, dans Par-
dessus, Diplomata, t. Il, p. 11, et llertramni, t. I, p. 213; l.cxRur-
nundionum. tit. i.xxxvm ; Clone Mutiscon .//, ann. 585, can. 7.
dans I.abbe, Concilia, t. V, cet. 98t. — 'Capital., art. 7, dan* A.
Boretius, Die Capitularien im l.angobardcnreich, Halle, 1864,
iïi-8", p. 114. — *Addit. ad leg. Uajuwariorum, art. 6, dans 11. -
retins, loc. Cit., p. 158. — » Furniulx Andegavenses, n. 20; Ar-
vernenscs, u 4, Uituricenses, n. 8; MarcuUc, Formul., 1. II,
bien à la redevance en cire imposée à la plupart d'entre
eux. L'affranchi par lettre s'appelait epistolarius ou car-
tularius '*.
Il ne parait pas qu'on ait fait aucune recherche —
combien impossible d'ailleurs — de la race de l'esclave
pour laire choix du mode d'affranchissement à lui appli-
quer, et la loi ripuaire prononce qu'un même esclave
peut être successivement l'objet des deux modes d'aflran-
chissement les plus opposés; il serait civis romanus
sans "préjudice de devenir denarialis »5. L'affranchi tire
sa nationalité non de sa race ou de celle de son maitre l8,
mais de la sorte d'affranchissement qui lui a été con-
férée.
X. Condition des affranchis. — Nous devons faire
observer ici un nouveau point de contact entre la cou-
tume romaine et la coutume mérovingienne consistant
dans l'inégalité fondamentale entre les hommes libres et
les affranchis. Le Wcrgeld, ou compensation due pour
l'homme libre et pour l'affranchi, diffère17 :
WERGELD
Loi:,
Dé
["homme libre
De
l'alTian 'n
Pe
l'enclave
Loi des Alamans.
Loi des Bavarois.
160 Sun-.
ICO sous.
80 sous.
40 sous.
40 sous.
20 sous.
A quelque fortune qu'il s'élève, il portera la tache ori-
ginelle. Le Wergeld du comte né libre est de (KX) sous,
celui du comte affranchi de 300 sous ,8. Même proportion
pour l'ecclésiastique, fùt-il diacre, prêtre ou évèque :
Si quis clericum interfèrent, juxta qnod natirilns
ejus f uerit, ita coniponatur1*. Rien ne change avec
Charlemagne : Si presbyter natus est liber, triplice
compositione secundum legcm suam fiât composi-
lits *°.
L'affranchi était soumis au patronage (voyez ce mot),
sauf dans le cas où il était ttenartalis ou ciris romanus,
auquel cas l'affranchi n'était désormais attaché à l'égard
de son ancien maitre par aucun lien de dépendance, et
cependant il restait inférieur à ceux qui étaient nés
libres '-'.
S'il n'appartenait pas à l'une de ces deux catégories,
l'affranchi était soumis par les clauses de l'acte même
c. xxxn. xxxiv, va, I'. J... t. ixxxyii, col. 747, 748; S
nicx, n.1 ; Merkelianse, n. 13. 14. — ; Testamentunn Rcrtramm.
dans J. Pardessus, t. I, p. 213 : lllos vero quoi pro si'
ntalibusper epistolaarelexavi. — *J. r Diplo-
mata, n. 257, 'il 3, ViO. — " Testamentum Abbonis. dans J. Pardon-
sus, t. il. p. 371. — '° Fournier. Fssai, p. 66. — " Lac Ripuai i .
tit. lxi, c. m; tit. l.xiv (mss. II), c. Il; Capitularc laji Ripua-
ri.v udditum, ann. 803, art. 0; dans lîoivtius. loc. cit., p. 118. —
l*Lex Ripuaria, tic Lviu. c. i, n, IV, V, vin, îx. xi\. — "liiv-
■ I" 'l'ours, llist. franc . 1. X, c. ix, /'. / . . r. i \\i. o
sq. — '* Dccrctitm Vei mcl'Unae Pippini. dans H. retins, Capi-
tttimria Hcnum Francuriim, art 20, p. 41 ; Ctipitulare Aqin*
ijruncnsr, art. 6, dans Boretius. loc. cit., p. 171; H. Guérard.
Polypt. d'Irniinon. proies;., t l, p. 377. — '^Kustel de Cou-
lantes, loc. cit., t. iv, p. 31S-322, l.cx Ilipuaria. tit. LXI, C. I, m
— " Leœ Ilipuaria, tit. uxi, c. i, ni. -- " l.c.r Ripuaria.
tiL i.xi, c. I, n ; l.ex dicta Chaniavorum, c. Iii-v; l.c.r II
tliorum, tit. vin, c. iv, xvi; l.c.r liujuwai ioruni, tit. m, c. xiu;
tit. iv, c. xi ; tit. v, c. xviu ; tit. vu, c. I, x. — " Lex Ripuaria,
tit. cm, c l-n; Lex dicta Clwinavoriim, c. vil. — " Lrx Ili-
puaria, codices B, tit. xxxvui, c. v. — *> Caroli niagni e;i-
stola ad Pippinuni, dans Braquet, loe.Ctt.,t v, p. 620: l I •
inannoriim (éd. Perlz), tit. XI, c. I; l.c.r Rajuwariorinn. tit. I.
c. vui, ix. Cl. .7. Mavet. Œuvres, t. II. Ihi sens du mot ' ro-
main » dans /<.•< /lis [raiiqucs, p. 7. — w Capital., ann. 803,
art. 9, dans lloietius, p. 118
573
AFFRANCHISSEMENT
574
d'affranchissement à des obligations déterminées ', soit
à l'égard de son ancien maître devenu son patron et de
ses héritiers et arrière-héritiers à perpétuité, soil à
l'égard de l'église ou de la fondation à laquelle le maître
.1 cédé ses droits de patronage. On trouve, par consé-
quent, des clauses dans le genre de celles-ci : redevance
en nature -, journées de travail pendant le cours do
1 année, en nombre fixé3, soin d'assurer un service v,
paiement d'une rente (impensio) 3. Ceux-ci étaient donc
vraisemblablement les affranchis tributaires par opposi-
tion aux denariales et aux cives romani. Nulle part on ne
voit qu'ils reçussent la faculté de tester, le patron gar-
dant ses droits éventuels sur la succession de l'affranchi.
La condition d'affranchi était héréditaire G.
Il est une catégorie d'affranchis que nous trouvons dé-
signée 7 sous le nom de lassi, luili, lidi 8.
Le lite est un ancien esclave affranchi dont la situa-
tion est analogue sur plusieurs points à celle du liber-
/îis9 sans qu'on puisse soutenir l'absolue identité.
Les affranchis ecclcsiastici étaient d'anciens esclaves
ou descendants d'esclaves appartenant à une église10
dont ils étaient les serviteurs.
Une dernière catégorie est celle des homines regii,
.-ifiranchis du roi qu'il ne faut pas confondre avec les
denariales. C'est que le regins n'est affranchi que dans
la mesure où peut l'être l'esclave d'un particulier, les
regii avaient toutefois un privilège : leur wergeld était
égal à celui d'un civis romanus.
XL Bibliographie. — D'Achery (L.), Spicilegium,
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publié par de l'Épi nois et L.Merlet, 3 in-4°, Chartres, 1862-
1865. — Cartulaire de Notre-Dame de Paris, publié par
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Rotliaris, e. ccxxiv; dans Pardessus, Diplomata, t. I, p. 213;
t. H, p. 212 ; Marculfe, Formul., II, xvu ; Edictum Chlolarii,
ann. 614, art 7. Ct. Fustel de Coulanges, lue. cit., t. îv, 334 sq.
notes. — * Testam. Bertramni, dans J. Pardessus, t. i, p. 214. —
3 Testam. Erminetrudis, ibid., t. n, p. 257. — * Ibid. — 5 Test.
Abbonis, dans Pardessus, loc. cit., t. n, p. 371, 375. — 6 Marculfe,
Formulœ, t. il, 17; Testam. Bertramni; J. Pardessus, Diplo-
mata, t. i, p; 213; E. de Rozière, loc. cit., n. 69; Testam. Abbo-
tiis, dans J. Pardessus, Diplomata, t. Il, p. 375. — ' Lex salica,
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André-le-Bas, à Vienne, publié par U. Chevalier, in-8°,
Grenoble, 1873. — Carlulaire de l'abbaye de Saint-
Chaffre-du-Monastier, publié par U. Chevalier, in-8°,
Montbéliard, 1891. — Carlulaire de Saint-Berlin, pu-
blié par B. Guérard, in-4°, Paris, 1841. — Cartxdairede
Saint-Père de Chartres, publié par B. Guérard, 2 in-4»
Paris, 1841. — Cartulaire de Saint-Vincent de Mâcon,
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dionen nach den Volksrechten, 1874; J. Havet, Œuvres, t. Il,
p. 4; Fustel de Coulanges, loc. cit., t. iv, p. 342. — ,0 Lex Ri-
puaria, x, 12; xiv, 1; xvm, 3; xix, 2; xx. 2; xxn; lviii, 1.
2, 11, 13; lxv, 2. Capitularia Caroli ffagni, rv, 3; v, 8, 210.
Testam. Remegii, dans J. Pardessus. Diplom., t. I, p. 86; Fustel
de Coulanges, loc. cit., t. IV, p. 344.
)75
AFFRANCHISSEMENT — AFRIQUE
57G
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— Zœpfl (H.), Die Eva Chamavorum, in-8">, 1858;
Deutsche Bechtsgeschiehte, in-8», 1872.
En raison de nombreuses rélerences aux «. Formules »
et pour dispenser de recourir à la bibliographie de ce
mot, nous ajoutons ici quelques références ayant rapport
à cette littérature.
E. de Bozière, Formulée. Andegavenses, publiées
d'après le ms. de Weingarten. actuellement à Fxdde,
in-8», Paris, 1844; Formules inédites publiées d'après
un ms. de la bibliothèque deSaint-Gall, dans \aBibl. de
l'Éc. des Chartes, c. iv, in-8», 1853, c. n, 1851, 504-526:
463-483; Formules inédites publiées d'après un ms. de
la bibl. de Strasbourg, dans rec. cité, Formules wi-
sigothiques inédiles, publiées d'après un ms. de la
bibliothèque de Madrid, in-8°, Paris, 1854; Formules
inédites publiées d'après un ms. de la biblioth. roy. de
Munich, dans la Bec. hist. du droit, 1858, t. IV, 74-84;
Formidcs inédites publiées par deux mss. des bibl.
roy. de Munich et de Copenhague, dans rec. cité, 1859,
t. v, 1-65; Becueil général des Formules usitées dayis
l'empire des Francs, du Ve au xs siècle, in-8°, Paris,
I8Ô9-1861-1871. — Zeumer (K.), Formulas Merowingici
et Karolini mvi, dans Monumenta Germanise historica,
t. v, Leges, in-4», Hannoveroc, 1882-1886.
Pour les anciennes dénominations : Dictati, Linden-
brogianas, Senonicœ, Mcrkelianœ, etc.; cl. A'ora collec-
tif Formularum, ex veter. codd. mss. eruta, in unutn
collecta, nunc primum édita, dans Baluzius (Sieph.),
Capitularia regum Francorum, 2 in-fol., Paris, 1677,
t. il, p. 557-580', 591-638. 509-5Ô6. 495-508, 639-680, 433-
468, 467-494. H. Leci.ercq.
AFFUSION. Voir Baptême.
AFRIQUE. — Cet article comprendra cinq grandes
divisions : I. Géographie et histoire. II. La liturgie ante-
nicéenne. III. La liturgie postnicéenne. IV. L'archéo-
logie. V. La philologie.
I. AFRIQUE. — GÉOGRAPHIE ET HISTOIRE. — I. Géo-
graphie. IL Introduction et expansion du christianisme.
111. La primatie de Carthage et les circonscriptions ec-
clésiastiques. IV. Décadence de l'Église d'Afrique. V.
Époque byzantine. VI. Épisode final.
1. Géographie. — L'expression géographique d' i< Afri-
que romaine » indiquait chez les anciens la région du
litioral méditerranéen comprise entre la Cyrénalque, à
l'Est, et le fleuve Ampsaga (le Bumn>el).à l'Ouest; le reste
du littoral, vers l'Occident, portait le nom de Maurétanie.
Lorsque Borne substitua sa domination à celle de Car-
thage, elle rencontra de la part des peuplades indigènes
des résistances acharnées et sans cesse renaissantes qui
lui disputèrent non seulement le territoire, mais chacun
de ces progrès qui constituent une civilisation] «le là
cette persistance d'un certain type irréductible qui se
retrouve mêlé à presque toutes les directions de l'œuvre
romaine et que l'on a pris l'habitude de désigner du
nom d' « africain >\ encore qu'il soit plutôt numide, ber-
bère et punique. Il y a lieu de tenir compte de cet
élément dans l'étude des institutions et des faits pondant
toute la durée de l'Église d'Afrique.
Nous n'avons pas à rappeler les phases de rétablisse-
ment de la puissance romaine en Afrique à une époque où
le christianisme n'y avait pas été introduit et dont, dans
tous les cas, nous n'avons gardé aucune trace. A l'époque OÙ
l'occupation fut complète, le sens du mot « Afrique » prit
une extension plus large encore que par le passé et com-
prit tout le littoral, depuis la Cyrénaïque jusqu'à l'Océan.
L'Afrique était divisée dès le inc siècle en trois pro-
vinces : 1° la Proconsulaire ou Afrique proprement
dite qui comprenait la Byzacène et la Tripolitaine: -J- la
Numidie; 3> la Maurétanie. Au iv° siècle, Dioctétien
577
AFRIQUE (HISTOIRE ET TOPOGRAPHIE DE L')
578
imposa une nouvelle répartition administrative qui
demeura en vigueur à l'époque des Vandales et sous la
domination byzantine.
Il n'est pas aisé de délimiter les frontières ecclésias-
tiques de l'Église d'Afrique ' ; sans doute ici, comme pres-
que partout ailleurs, le christianisme marchait dans le
sillon tracé par l'administration romaine, adaptant ses
circonscriptions aux divisions provinciales; néanmoins
il faut faire la part de cet esprit d'apostolat, inhérent au
christianisme, qui entraînait ses adeptes et bientôt sa
hiérarchie dans des directions que la civilisation romaine
n'avait pas abordées. Car il s'en faut que cette civili-
sation ait conquis tout le pays de l'Atlas. La Maurétanie
garda toujours quelque chose d'indépendant; la région
montagneuse à l'ouest de l'Aurès et les plateaux qui
dominent le Tell ne devinrent guère romains. Des tribus
berbères et maures, à l'égard desquelles Rome se con-
tentait d'une alliance avec leurs cheiks nationaux, cou-
raient dans l'immense plaine du Tell; les hauts plateaux,
le Sahara et tout l'ouest de l'Atlas, c'est-à-dire la Tin-
gitane, étaient occupés par les Gétules, qui descendaient
jusqu'à la côte tantôt pour le commerce, tantôt pour le
pillage. Au dire de Tertullien, quelques tribus gétules
avaient entendu annoncer l'Évangile avant le commen-
cement du m6 siècle 2. « L'évangélisation de cette fron-
tière n'a pas d'histoire distincte de celle de l'évangélisation
de l'Afrique en général. On ne connaît aucun apôtre des
Maures; on ne trouve nulle part une Église, une orga-
nisation ecclésiastique spéciale à ce peuple. Le chris-
tianisme s'y est infiltré de proche en proche, comme
dans la province elle-même; les évêchés se sont fondés
au milieu des groupes de population, à une distance
plus ou moins grande vers l'intérieur. Mais c'est tou-
jours l'Église d'Afrique3. »
II. Introduction et expansion du christianisme. —
L'Église d'Afrique entre dans l'histoire en l'année 180
avec deux groupes de martyrs, l'un à Scilli *, l'autre à
Madaure5. Quelques années plus tard, on voit par les
écrits de Tertullien que le christianisme avait fort pros-
péré, puisqu'il avait franchi la frontière de l'empire et
poussait ses conquêtes chez les Gétules et chez les
Maures, peuplades répandues au sud et au sud-est de
l'Aurès. Il semble qu'après les deux faits de persécution
relevés en l'année 180 une longue accalmie ait favorisé
le développement des communautés6; ce n'est que pen-
dant les années -198 à 200 (ou 201) que nous sommes
avertis de nouvelles violences. A Carthage 7, on vit alors
charjue jour plusieurs chrétiens jugés et mis à mort,
outre les violences populaires contre les propriétés 8, les
* Nous ne pouvons qu'indiquer ici quelques ouvrages dans les-
quels on trouvera les textes connus depuis longtemps concernant
l'Église d'Afrique, on sait quelles modifications l'épigraphie et
l'archéologie ont apportées depuis cinquante ans à ces U'avaux :
Emmanuel de Schelstrate, Ecclesia africana sub primate
Carthaginiensi. Opus continens Dissertationes quatuor, in
quarum prima agitur de exordio africanse Ecclesise, eiusque
notifia et rcgimine sub primate carthaginiensi non autoce-
phalo : in secunda de flde et rilibus africana: Ecclesise uti a
romana mtauatis ita in eadem consonis : in tertia Conciliis
Africse, cum variis eorum editionibus, notis ac scholiis. In
quarta de successione episcoporum carthaginiensium et
variis africanse Ecclesise incrementis et decreiuentis, usque ad
eius interitum sseculo vm, per irruptiones Sarracenorum in-
troductum et hue usque continuatum, in-12, Parisiis, 1679
S. A. Morcelli, Africa christiana, 3 vol. in-4*, Brixîaî, 1816-1817
Fr. Mùnter, Primordia Ecclesix africanse, in-4*, Hamiae, 1829
Cel. Cavedoni, Memorie dell' antica Chiesa africana desunte
delV Africa cristiana di Ste/ano Antonio Morcelli, dans
Memorie di religione, scienze e letteratura di Modena,
II- série, t. vin, p. 305-365; t. ix, p. 5-51, 225-272; t. x, p. 5-30,
185-248; [J. Caliier S. J.,] Souvenirs de l'ancienne Église d'A-
frique, ouvrage traduit, en partie, de l'italien [de Col. Cave-
doni], par un Père de la C" de Jésus, in-12, Paris, s. d. ; plus
récemment ont paru : A. Toulotte, Géographie de l'Afrique
chrétienne, 4 vol. in-8-, Rennes et Montreuil-sur-Mer, 1894;
DICT. D'ARCH. CIIRÉT.
agressions contre les fidèles isolés. Chaque jour quelque
assemblée chrétienne dénoncée par un traître était en-
vahie et pillée9, les cimetières furent violés10. Tertullien,
à qui nous devons ces indications, n'y a ajouté ni un
nom, ni un chiffre, cependant la haine et l'acharnement
qui paraissent chez les païens font supposer l'existence
d'une Église déjà puissante et nombreuse. Ce que nous
avons de plus précis est un texte célèbre qu'on ne saurait
omettre de citer. S'adressant à la population païenne,
Tertullien lui dit : « Sans prendre les armes, sans nous
révolter, nous pourrions vous combattre, simplement en
nous séparant de vous; car, si cette multitude d'hommes
vous eût quittés pour se retirer dans quelque contrée
éloignée, la perte de tant de citoyens de tout état aurait
décrié votre gouvernement et vous eût assez punis :
vous auriez été effrayés du silence de votre solitude, du
silence, de l'étonnement du monde, qui aurait paru
comme mort; vous auriez cherché à qui commander; il
vous serait resté plus d'ennemis que de citoyens. A pré-
sent, la multitude des chrétiens fait que vos ennemis pa-
raissent le petit nombre... Nous ne sommes que d'hier et
nous remplissons tout, vos villes, vos îles, vos châteaux,
vos bourgades, vos conseils, vos camps, vos tribus, V03
décuries, le palais, le sénat, le forum11. » L' «Apologé-
tique » fut écrite vers l'année 200 12; le livre « A Sca-
pula », qui est de l'année 212 13, nous donne des chiffres:
« Que ferez-vous, demande encore Tertullien, de tant de
milliers d'hommes de tout sexe, de tout âge, de tout
rang, qui s'offriront à vos coups? Qu'il faudra de
bûchers et de glaives ! Que souffrira Carthage que vous
devrez décimer1*! » Il dit encore que « dans chaque
ville plus de la moitié des habitants sont chrétiens » lî>,
et il y avait dans l'Afrique romaine 16 plusieurs centaines
de villes dont quelques-unes très peuplées. Malgré l'ha-
bituelle exagération des paroles de Tertullien, son témoi-
gnage est, en l'espèce, très recevable; il écrit dans le
pays même, il parle de la situation présente, il semble
donc tenu à observer quelque précision dans ses éva-
luations; en outre, à en juger d'après ce qu'il a écrit du
développement du christianisme dans d'autres pays, il
parait avoir sur ce point quelque exactitude 17. Les mo-
numents ne nous permettent pas de vérifier le degré de
cette exactitude. Si la période préconstantinienne a
fourni un certain nombre d'épitaphes, elles sont en
trop petite quantité pour procurer les éléments d'une
démonstration l8, et nous croyons qu'on doit s'abstenir
d'attribuer à des sépultures chrétiennes, violées ou dé-
saffectées, toute une catégorie de marbres funéraires
d'où les formules païennes sont absentes. On ignore
F. Ferrère, La situation religieuse de l'Afrique romaine
depuis la fin du iv siècle jusqu'à l'invasion des Vandales (429),
m-S", Paris, 1897 ; A. Schwartze, Untersuchungen ùber die
Entwickelung der afrikanischen Kirche, in-8% Gottingen, 1892.
— tAdv. Judœos, c. vu, P. L-, t. II, col. 650. — 3L. Duchesne,
Églises séparées, in-12, Paris, 1S96, p. 286. — *Voy. Actes des
martyrs, col. 373. — 5 Epist. xvi inter Augustinianas, P. L.,
t. xxxiii, col. 82. — «Tertullien, Ad Scapulam, n. iv, P. L.,
t. n, col. 781. — 'Tertullien, Exhort. ad martyres, 1-6, P. L.,
t. I, col. 691 sq. — • Tertullien, Apologet-, c. xxxvn, P. L.,
t. I, col. 524 sq. — 8 Ibid., c. vu, P. L., t. i, col. 358 sq. —
">lbid., c. xxxvn, P. L., 1. 1, col. 525 sq. — " Ibid., c. xxxvn,
P. L., 1. 1, col. 525 sq. — l4Dom Cabrol et dom Leclercq, Monum.
Ecoles, lilurg., in-4*, Parisiis, 1902, 1. 1, praef., p. cxciv; P. Mon-
ceaux, Chronologie des œuvres de Tertullien, dans la Revue
de philologie, 1898, t. xxn, p. 77, adopte la date 197. — *3Dom
Cabrol et dom Leclercq, loc. cit., p. exiv ; P. Monceaux, loc.
cit., p. 77. — "Tertullien, Ad Scapulam, c. v, P. L., t. H,
col. 7S3. — "Ibid. — f6Nous entendons sous ce nom la région
limitée au nord par la Méditerranée, à l'ouest par l'Atlantique,
au sud et à l'est par le Sahara, ce que les Arabes désignent sous
le nom de Djezirat el-Magbreb. C. Tissot, Géographie comparée
de la province romaine d'Afrique, 2 in-4', Paris, 1884, 1. 1, p. 1.
— *' P. Mury, Le nombre des chrétiens de Néron à Commode,
dans la Rev. des quest. hist., 1877, t. xxu, p. 522. — <« Dom Ca-
brol et dom Leclercq, op. cit., t. I, n. 2808 sq. et p. 157.
I. - 19
579
AFRIQUE (HISTOIRE ET TOPOGRAPHIE DE L')
580
également les directions suivies par ceux qui portèrent
le christianisme dans les cités de l'intérieur. On signale
une épitaphe chrétienne datant de l'année 238, à Tipasa
en Maurétanie1, l'existence de domaines funéraires pos-
sédés par les chrétiens à Carthage, à Cirta, à Aptonge, à
Césarée de Maurétanie2. Aucun texte ancien ne nous
apprend vers quelle époque le christianisme avait été
introduit en Afrique, ni sur quel point il tenta ses pre-
mières conquêtes. Dans sa controverse avec Pétilien,
saint Augustin reconnaît que cette introduction fut
assez tardive. Ad Africain enim post modum evange-
lium venit, disait Pétilien, et ideo nusquam litterarum
scriptum est Africam credidisse. Saint Augustin n'y
contredit guère : Nonnullse etiam barbarie naliones
post Africam crediderunt,unde cerlum fit Africam in
ordine credendi non esse novissimam 3. Nous ne savons
pas non plus quels furent les premiers apôtres de
l'Afrique ni d'où ils venaient. Si les rapports entre
Rome et l'Afrique étaient fréquents, l'importance gran-
dissante de Carthage, dès son relèvement par Jules
César, laisse croire que les relations de commerce avec
le Levant purent y conduire ceux qui prêchèrent
l'Évangile les premiers. On parlait dans les villes de la
côte plusieurs langues, le latin, le grec, les idiomes indi-
gènes, ce qui fait autant de raisons pour nous détour-
ner d'attribuer à telle ou telle Église l'honneur d'avoir
envoyé des apôtres à l'Afrique. Les passages de Tertul-
lien et de saint Cyprien concernant les liens qui unissent
entre elles les Églises de Rome et d'Afrique ne prouvent
que l'heureux accord qui existait entre elles et la dé-
férence que l'on rendait à la primauté de Rome *\
Historiquement, les textes ne disent rien de plus; il faut
s'en tenir à ce qu'ils nous apprennent5. Ce fut donc,
semble-t-il, un mouvement de conversions assez vive-
ment mené qui fonda l'Église d'Afrique. Nous trouvons
un indice du progrès rapide de ces conversions dans les
considérants de l'édit de persécution de l'année 202, dont
Spartien a ainsi résumé le texte : In itinere Palxslinis
plurimajura fundavit [Severus], Judseos fieri sub gravi
pœnavetuit, item etiam de christianis sanxit. C'est donc
la propagande, c'est-à-dire, d'une part le prosélytisme,
d'autre part l'évangélisation, que l'on veut frapper ; il sem-
ble que dès cette date on ne puisse plus songer à entamer
la lutte avec la masse des chrétiens convertis. Nous ne
savons d'après quelles approximations Mûnter a cru pou-
voir adopter pour l'Afrique romaine, au début du ni* siè-
cle, une population chrétienne de cent mille âmes ; aucun
texte n'appuie ou n'infirme ce calcul 6. Les lois sont faites
d'après une situation donnée, on peut donc présumer
que l'édit de 202 témoigne de la profonde inquiétude qui
s'était alors emparée du législateur voyant les institu-
tions païennes menacées: obsessam vociferantur civita-
tem 7. Il faut, à mesure qu'on s'éloigne des premières
origines, faire la place plus large aux chrétiens de
4 Corp. inscr. lat., t. vui, n. 9289. — * Acta proconsularia
S. Cypriani, c. v, dans Ruinart, Acta sincera, in-4\Parisiis, 1689,
p. 219; Passio SS. Montant, Leucii, etc., ibid., p. 233 sq. ;Baluze,
Miscetlanea, in-fol., Lucse, 1761. 1. 1, p. 20 : Gesta purgationis Fe-
licis/p. 24 : Gesta purgationis Cseciliani. Corp. inscr. lat., t. vin,
n. 9585. — 3S. Augustin, Contra donalietasepist.. c. x\\, P. L.,
t. xlui, col. 419; F. Mùnter, Primordia Ecclesix africanzc . in-V,
Hafniie, 1829, p. 8-9. — *Cf. A. Harnack, Ueber verlorene Briefe
und Actenstucke die sich aus der Cyprianischen Briefsamm-
lung ermitteln lassen, in-8*, Leipzig, 1902. — 'Nous omettons
les rares légendes sur l'apostolat de saint Pierre en Afrique. Cf.
P. Monceaux, Hist. de la littérature chrétienne en Afrique, in-8%
Paris, 1901, t. i, p. 4, note 4, et Mùnter, loc. cit., c. m, p. 6, 7.
Les textes de Tertullien, De prxscriptionibus, c. xxxu, P. L.,
t. n. col. 52 sq. : Ecclesias ab apostolis haud conditas, tamen in
eadem flde conspirantes, non minus apostolicas deputandas '
esse pro consanguinitate dortrin.v, etc. xxi, P. L., t. n, col. 38:
commwiicamus cum Ecclesiis ajiostolicis quod nulla doctrina
diversa (est), semblent peu favorables à une prédication aposto-
lique; celui-ci est plus décisif ; Per Grsectam et quasdam Bar-
burias ejus plures Ecclesix virgincs suas abscondunt. Est et
naissance, puisque la propagande est ainsi combattue,
et que cette Église ne laisse pas de se soutenir et de
s'étendre; il faut encore admettre que d'assez bonne
heure on trouve des communautés non seulement dans
la Proconsulaire, mais jusqu'en Numidie et en Mauréta-
nie, les magistrats de ces provinces, proconsul, légat et
procurateur sont d'accord pour réprimer les fidèles;
enfin la passion des saintes Perpétue et Félicité nous
fait voir l'existence de groupes catéchétiques et d'une
hiérarchie bien complète comptant un évèque, un prêtre
catéchiste, des diacres, des fidèles, des catéchumènes,
des services organisés et fonctionnant régulièrement
pour porter du secours aux prisonniers, enfin des chré-
tiens un peu turbulents et assez nombreux pour que leur
sortie des églises fasse songer à la cohue qui entoure le
cirque à l'heure où les spectacles sont achevés.
Le Liber ad Scapulam nous apprend que parmi les
fidèles se trouvaient « des chevaliers et des dames ro-
maines, nobles comme [le proconsul], peut-être ses plus
proches parents et ses amis les plus intimes » 8, dont le
courage dans les supplices provoquait un mouvement
continuer de conversions. Nous en trouvons deux témoi-
gnages qu'il est utile de rapprocher: « Rien des hommes,
écrit Tertullien, frappés de notre courageuse constance,
se prennent à s'enquérir d'une si admirable patience,
et, sitôt qu'ils connaissent la vérité, ils sont des nôtres et
marchent dans nosvoies 9. » Un demi-siècle plus tard,
l'auteur d'un traité attribué à saint Cyprien et qui parait
être de son temps écrit de son côté : « Lorsque des
mains cruelles torturaient les membres du saint, lors-
que le bourreau lui déchirait les chairs sans pouvoir
abattre sa constance, j'ai entendu parler les assistants.
L'un disait: C'est une grande chose et dont je me trouble
fort que de voir maîtriser ainsi la douleur. D'autres re-
prenaient: Cet homme doit avoir des enfants, car une
épouse est assise à son foyer et cependant l'amour des
siens est impuissant à le lléchir. Il faudra pénétrer et
connaître le mystère qui fait sa force l0. »La période qui
s'étend de l'année 198 à l'année 212 paraît avoir été si-
gnalée par plusieurs persécutions et les documents s'ac-
cordent à parler de nombreux martyrs ", parmi lesquels
les uns furent torturés avant le jugement 1J, d'autres re-
légués dans les îles13, d'autres décapités1*, d'autres encore
livrés aux bètes 15 ; il y en eut qu'on fit déchirer avec des
crocs de fer16; il y en eut de brûlés17, de crucifiés18,
une chrétienne fut violée19, des fidèles furent pourchassés
à coups de pierre et leur? maisons brûlées*0, quelques-
uns se cachèrent ou s'exilèrent21.
La littérature exceptionnellement conservée de l'Église
d'Afrique nous fournit, à partir de cette époque, les bases
d'une évaluation plus précise. Le I" concile de Car-
thage,tenu par Agrippinus (218 à 222) 22, réunit dix-huit
évèques de Numidie; au III* concile de Carthage, saint
Cyprien sera entouré de quatre-vingt-sept évèques venus
sub hoc cxlo (scil. Africanu) institutum istud alicubi, ne qui
gcntilitati Grxcanicse aut Barbarie consuetudinem illam
adscribat. Sed easego Ecclesias proposui, quas et ipsi Apostoli
et apostolici viri condiderunt, et puto. ante qui>sdam, [lus
récentes, sans aucun doute, et qu'il ne nomme pas. De virgin.
velandis, c. H, P. L., t n, col. 938. — *F. Mùnter, loc. cit.,
c. v, p. 24. Ce chiffre parait vraisemblable, quoique peut-être un
peu grossi, à B. Aube, L'Église d'Afrique et ses pren
épreuves sous le règne de Septimc-Sévère, dans la Revue his-
torique, 1S79, t. Xi, p. 246. — ' Tertullien, Apotoget., c. I. P. I..,
t. i, col. 310. — «Teftullien, AdScapulam, c. v, P. L.. 1. 1. col. 7S3.
— » Ibid., P. L., t. i, col. 783. — <"> Ps.-Cyprien, Liber de laude
mattyrii, 15, P. L., t. iv, col. S26. -- " Passio S. Perpétua-, 13,
dans Ruinart, Acta sincera, In-V, Parisiis, 16S9, p. 92. — ^Ter-
tullien, Apologet., c. xn, P. L.. t. i, col. 392 sq. — "Ibid. —
i» ih,d. — '• Ibid. — »• Ibid. — «' Ibid. — <• Ibid. — '• Ibid.. c. L.
P. / .. t. i, col. 508 sq. — î0 Ibid..c. xxxvn, P. L.. t. I, col. 524 sq.
— *' Tertullien, De fvga. c. v, P. L., t. n, cl. 129. — "MorccUi
donne la date 198, Mùnter, 215, nous suivons celle de C. Htf.lè.
Conciliengeschichte, in-8-, Freiburg, 1855. t. i. p. 48 sq. ; trad.
franc, par Goschler et Delarc, Paris, 1S69, 1. 1, p. 53 sq.
581
AFRIQUE (HISTOIRE ET TOPOGRAPHIE DE L')
582
de la Proconsulaire, de la Numidie et de la Maurétanie.
Ces conciles d'Afrique avaient à gouverner une Église
turbulente, sans doute, mais qui savait, à ses heures,
faire preuve de la plus sage modération. S'il convenait
à Tertullien de dire que la persécution est l'état normal
pour le chrétien, il devait reconnaître que les chrétiens
i faisaient grand cas de la paix, se prêtaient, dans la me-
sure du possible, à la prolonger par des concessions lé-
gitimes. Cette disposition à reculer eut toutetois des
suites regrettables. Beaucoup de chrétiens avaient pu
croire que toute persécution serait évitée désormais à
l'aide de ces compromis, ils étaient si bien déshabitués
de l'idée de lutte et de souffrance que la persécution de
Dèce fut l'occasion d'un grand nombre d'apostasies; il y
eut telle communauté qui, l'évêque en tête, comme à
Saturnum, monta au temple des dieux pour y sacrifier.
Malgré tant de chutes, il restait assez de fidèles pour que
l'évêque de Carthage dût les prévenir de ne venir qu'en
petit nombre et non par masses visiter les prisonniers,
tamen caute hoc et non glomeratim née per multitu-
dinem simul junctam 1. Nous savons qu'il y eut des
groupes de bannis, l'un d'eux comptait 65 personnes; de
plus, au retour d'exil de l'évêque Cyprien, il ordonna
une quête parmi les chrétiens de Carthage pour venir en
aide au rachat des fidèles enlevés par les tribus nu-
mides; on recueillit cent mille sesterces2, environ
25000 francs de notre monnaie, somme qui laisse entre-
voir une communauté nombreuse et opulente.
Le péril où la querelle des libellatici jeta l'Église
d'Afrique résultait en grande partie non des dispositions,
mais de la multitude de ces pécheurs. Ils iormaient un
groupe d'une telle importance qu'ils purent songer à
lutter avec les chefs de la hiérarchie ecclésiastique que
soutenaient cependant des communautés encore nom-
breuses,quoique réduites parla persécution, l'exil, l'hé-
résie3. On trouve à cette époque un groupe de martyrs
appelé la massa candida qui aurait compté plus de 153
chrétiens au dire de saint Augustin4, et le biographe de
saint Cyprien nous apprend que, pendant la nuit qui pré-
céda l'exécution de leur évêque, les chrétiens s'étaient
portés en foule à sa demeure s. Ce n'est pas seulement
dans la Proconsulaire que nous recueillons des témoi-
gnages sur le grand nombre des chrétiens. Les Actes
'S. Cyprien, Epist., IV, P. L., t. iv, col. 235 sq. — s S. Cyprien,
Epist., lx, P. L., t. iv, col. 370. — 3 S. Cyprien, Epist., lxxiii,
P. L., t. m, col. 1155 sq. L'évêque de Carthage parle dans cette
lettre de milliers d'hérétiques. — 'P. Monceaux, dans la Revue
archéologique, 1900. p. 404 sq.: S. Augustin, Enarratio in psalm.
xux, n. 9, P. L., t. xxxvi, col. 571 ; Prudence, Peristeph., hymn.
xm, v. 83, P. L., t. XL, col. 577. — 5 Acta proconsularia, 5, dans
Ruinait, Acta sincera, in-4% Parisiis, 1689. p. 218. — 6 Voy. col. 414
sq. — 7 Passio SS. Jacubi et Mariant, 12, dans Ruinait, loc. cit.,
p. 231. — 8 Le texte connu de Tertullien : De prsescript liœret.,
c. xxxvi, P. L., t. il, col. 58, rapproché du même traité, c. xx,
ne pourra rien dire de plus que si d'autres textes, qui restent à
découvrir, le disent eux-mêmes. Ci. Miinter, loc. cit., p. 10. —
' S. Augustin, Epist., xlih, 7, P. L., t. xxxm, col. 163: Erat
etiam (Carlhago) transmarinis vicina regionibus et fama
celeberrima nobilis: unde non mediocris utique auctoritas
habeat episcopum, qui posset non curare multitwUnem ini-
micorum quum sevideret et Romanas Ecclesix, inquasemper
apostolicx cathedrœ viguit principatiis, et ceteris terris,
unde evangelium ad ipsam Africam venit, per communica-
turias literas esse conjunctum... Dans YAltercatio cum Pas-
centio ariano, on lit au contraire : Si enim licet dicere non
golum barbarie lingua sua, sed etiam romanis: siliora armen,
quod interpretatur : Domine miserere 1 cur non liceret in
conduis Patrum, in ipsa terra Grxcorum, unde ubique de-
stinata est fides, lingua propria liomousion confiteri, quod
est Patris et Filii et Spiritus Sancti una substantia? P. L.,
t. xxxin, col. 1038 sq. Mùnter, à qui nous empruntons ce texte, le
■fait suivre de cet autre, plus clair encore, mais dont il ne donne pas
l'origine: Addamus, dit-il, convicium ejusdem Augustini in
donatistarum sectam quarn accusât : ut pr/ecisam ab illa ra-
D1CE ECCLESIARUM ORIENTALIUM, UNDE EVANGELIUM IN AFRICAM
venit. F. Munter, Primordta Ecclesix ajricatix, in-8% Haf-
des saints Jacques et Marien martyrisés près de Cirla6
nous disent que le bourreau se trouva embarrassé de la
grande multitude qu'il avait à frapper7. Il semble que
ce soit sous l'épiscopat de saint Cyprien qu'ait surgi la
première idée des origines de l'Église d'Afrique. Jusque-
là, et nous n'avons que les écrits de Tertullien pour nous
instruire, on ne parait pas avoir songé à autre chose
qu'à établir qu'on dépendait du siège de Rome pour la
doctrine seulement et la hiérarchie ecclésiastique8;
saint Cyprien parle au contraire de l'Église de Rome
qu'il qualifie de radix et matrix,msiis c'est pour l'Eglise
entière, Ecclesix catholicse, qu'il la reconnaît telle; or
il est clair que nul ne pouvait attribuer à l'Église de
Rome la fondation de celle d'Antioche, par exemple; les
termes de radix et matrix ne peuvent donc être pris au
sens qu'une lecture hâtive du texte leur a fait donner.
Ce n'est que chez saint Augustin que la question est
résolue, mais un peu tardivement, il faut le reconnaître;
cependant le texte ne laisse place à aucune ambiguïté9.
A partir de la mort de saint Cyprien les documents
chrétiens deviennent rares et trop brefs pour que nous
puissions en tirer parti dans notre recherche.
III. La. primatie de Carthage et les circonscrip-
tions ecclésiastiques. — Sous Dioclétien eut lieu une
nouvelle division administrative de l'empire. Voici ses
dispositions concernant l'Alrique : 1° La Cyrénaïque,
rattachée au diocèse d'Orient, pourvue d'un gouverneur
particulier.! 2° Le diocèse d'Alrique comprenant : a. la
Tripolitaine depuis la Cyrénaïque jusqu'au lac Triton;
b. la Byzacène ou Valérie, du lac Triton jusqu'à Ilorréa;
c. l'Afrique propre, d'Horréa à Tabarka; d. la Numidie,
divisée en Numidie Cirtéenne (avec Cirta) et Numidie
Militaire (chef-lieu Lambèse), de Tabarka à l'Amsaga;
e. la Maurétanie Sitilienne (chef-lieu Sitifis),de l'Amsaga
à Saldœ; f. la Maurétanie Césaréenne (chef-lieu Cesareae),
de Saldœ à la Malva (Moulouïa). Le gouvernement civil
de chaque province était remis au prœses relevant du
vicaire d'Afrique; le gouvernement militaire apparte-
nait aux prscposili limitum soumis au comte d' Afrique,
3° La Maurétanie Tingitane mt rattachée au diocèse
d'Espagne et commandée par un cornes Tingitanse rele-
vant directement du magisler peditum, à Rome10. Le
morcellement des commandements H résultantde la sub-
niai, 1829, p. 12. Il est assez remarquable que dans la lettre du
pape Innocent à Decentius de Guhbio on ne réclame pour Rome
que l'honneur d'avoir établi les Eglises en Afrique, mais non la
foi ; la lettre du pape saint Grégoire I" à l'évêque de Carthage,
Dominique, est plus décisive encore : « Sachant fort bien, dit-il, où
l'épiscopat de vos Églises a pris son point de départ, vous avez
raison de chérir notre chaire apostolique, d'y recourir comme à
la source de votre ministère et de vous y tenir constamment unis
par une affection bien justifiée. » Epist., 1. VIII, n. 33, P. L.,
t. lxxvh, col. 934 sq. Ce qui est plus clair que tout, ce sont les
paroles de saint Cyprien désignant l'Église de Rome par ces
mots: Ecclesla principalis unde unitas sacerdotalis orta est.
Epist., lv, P. t., t. m, col. 845. — ,0 Lactance, De riwrtib.
persecut., c. vu, P. L., t. vu, col. 204 sq. Cf. TiUemont, Hist.
lies empereurs, in-4", Paris, 1723, t. iv, p. 57; Morcelli, Africa
christiana, in-4% Brixiae, 1816, t. i, p. 23 ; Naudet, Des change-
ments opérés dans toutes les parties de l'empire romain, in-8%
Paris, 1817, t. I, p. 294. — "H. Fournel, Les Berbères. Étude sur
la conquête de l'Afrique par les A rabes, in-4", Paris, 1875, t. I,
p. 61 ; Mommsen, dans Corp. insc. lat., t. vin, introduct., p. xvii-
xvin; C. Tissot, Géographie comparée de l'Afrique romaine,
in-4% Paris, 1886, t. n, p. 42; Pallu de Lessort, Fastes de la
Numidie sous la domination romaine, in-8% Paris, 1888, p. 173 ;
C. Jullian, dans les Mélang. d'arch. et d'Iiist. de l'école fran-
çaise de Rome, 1882, t. n, p. 85, 86, identifie Tabia avec Zabia,
cf. Corp. inscr. lat., t. vm, p. 750; Revue archéol., t. xiv, p. 393,
et Recueil de Constantine, 1888, t. xxv, p. 171; G. Ilenzcn,
Annali di corrispondenza archeologica, 1860, p. 30; F. Fer-
rère, La situation religieuse de l'Afrique romaine depuis la
fin il n iv siècle jusqu'à l'invasion de» Barbares (42!)), in-8%
Paris, 1S'J7, p. 3 sq. ; L. Renier, Rev. des inscr. de l'Algérie,
n. 1847, et Corp. mscr. lat., t. VIII, n. 4764, 7003, 7007 ; G. Goyau,
dans les Mélang. d'arch. et d'hist-, 1893, p. 251 sq., 277.
583
AFRIQUE (HISTOIRE ET TOPOGRAPHIE DE L')
584
division des provinces fut probablement une mesure prise
en prévision des rôves d'ambition qu'une trop grande
puissance pouvait faire naître dans l'esprit de ceux qui
l'exerçaient.
Nous constatons en Afrique ce qui s'est produit dans
le reste de l'empire : les circonscriptions religieuses se
sont modelées sur les circonscriptions civiles1, sauf
quelques cas assez rares; exception faite toutefois pour
la Tingitane qui, au point de vue ecclésiastique, fut
réunie à la Maurétanie Césaréenne. Ces conditions
s'expliquent par le développement rapide du mouve-
ment de conversions au christianisme qui suivit celle de
Constantin. Auparavant l'expansion se faisait individuel-
lement et rien ne provoquait à l'adoption d'un système
hiérarchique nécessairement très vaste et très compli-
qué. Vers le milieu du me siècle, saint Cyprien ne con-
naît en Afrique qu'une seule province ecclésiastique en
face des trois provinces civiles : Latius fusa est nostra
provincia, habet enim Numidiam et Mauretaniam
sibi cnhserenles * . Un demi-siècle plus tard, lôrs de la
répartition par Dioclétien, la Maurétanie Sitifienne
prend une existence civile propre et néanmoins elle ne
sera détachée de la Numidie, au point de vue ecclésias-
tique, que beaucoup plus tard, en 393. Ce n'est qu'alors
qu'elle obtient un primat et la dignité de circonscrip-
tion.
Les six provinces ecclésiastiques eurent chacune res-
pectivement pour métropole: la Proconsulaire, Carthage;
la Numidie, Cirta; la Byzacène, Hadrumète; la Tripo-
litaine, Tripoli; la Maurétanie Sitifienne, Sétif; la
Maurétanie Césarienne, Césarée. La multitude de sièges
épiscopaux qui existait en Afrique ne faisait que rendre
plus important le siège primatial de Carthage auquel on
s'ellorçait de maintenir sa grande situation en face du
pape de Rome. Les primats de chaque province étaient
d'assez modestes personnages, nullement en état de
balancer le chef de l'Église d'Afrique qui devait son
prestige, dit saint Augustin, à la célébrité de sa ville
épiscopale et à ses communications fréquentes avec
la capitale du monde 3. Les cinq primats provin-
ciaux étaient le plus ordinairement des vieillards, que
l'ancienneté et non le talent ou la vertu avait élevés
à la primatie 4. 11 en résultait que les titres de pri-
mats provinciaux n'étaient attachés à aucun siège en
particulier.
Le lien lus étroit qui attachait l'Église de Carthage à
celle de Rome n'était douteux pour personne 3, malgré
l'attitude très indépendante — quelquelois même jus-
qu'à la résistance ouverte — de son clergé à l'égard du
pape8. Des textes bien connus et souvent cités de saint
Augustin, de saint Cyprien, et même, dans une cer-
taine mesure, les attaques de Tertullien, établissent
cette prépondérance de l'Église romaine à l'égard de
l'Afrique. Cependant un ensemble de circonstances
avait contribué à grandir le primat de Carthage aux
yeux de toute l'Église d'Afrique et les titulaires ne pa-
raissent avoir rien fait, à notre connaissance, du moins,
pour tempérer cette tendance à augmenter l'inlluence
de l'évéque de Carthage même parfois au détriment de
l'évéque de Rome. L'un d'eux disait qu'il portait le far-
deau de toutes les Églises d'Afrique 7. Le primat visitait
1 Pour la Gaule notamment comparer Fustclde Cuulanges, His-
toire des instit. polit, de l'anc. France, in-8% Paris, 1891, t. I,
passim, avec L. Duchesne, Les fastes épiscopaux de la Gaule,
n-8\ Paris, 1804. — «S. Cyprien, Epist., KLV.P. L.,t. m, col. 733.
— SS. August., Epist., m. ni, c. vil, P. /.., t. xxxm, col. tG;t. Cf.
Labbe, Concilia, in-fol., Parisiis, 1671, t. iv, col. 1620 sq.;
C. Dielil, Histoire de la domination byzant. en Afrique, in-8\
Paris, 1896, p. 411.— * S. Léon, Epist.,\u,P.L., t.UV,col.645sq.
Cf. S. Grégoire, Epist., i.xxiv, P. L., t. LXXVH, col. 528. Ce pape
voulut imposer tes sièges piimatiaux fixes et les élections prima-
tiales; Murcelli, Africa cliristiana, in-lol., Romac, 181o\t. i, p. 83;
Toulotte, Gèogr. de l'Afrique chrétienne, in-8* , Paris, 1892, t. i,
les provinces tous les ans et principalement à l'ap-
proche des conciles. Loin de s'en indisposer, ses collè-
gues réclamaient son passage dans leurs Églises; c'était
lui, pensait-on, qui soutenait les Églises; aussi ses pou-
voirs étaient-ils assez étendus. Il avait le droit de choisir
un prêtre d'un diocèse étranger au sien et de l'ordonner
évéque, ou bien il pouvait imposer à un diocèse la mu-
tation d'un clerc dans un autre diocèse. C'était lui qui
convoquait les conciles de l'Afrique entière, qui ratifiait
les ordinations épiscopales, qui signait au nom de tous
les lettres synodales, lui enfin qui, un an à l'avance,
fixait le jour de la célébration de la fête de Pâques. Les
clercs eurent néanmoins dans la suite la faculté d'adres*
ser leurs appels au concile général d'Afrique.
Quand on voit la laçon dont saint Cyprien exerçait les
droits de sa charge dans son Église, on y constate l'exis-
tence, au moins transitoire, d'une sorte de régime re-
présentatif, mais il se peut que la modération apportée
par cet évéque n'ait pas toujours été imitée par ses suc-
cesseurs; ainsi la primatie dégénéra parfois en une
sorte de patriarcat indépendant dont les sentences
étaient sans appel ; c'est contre un tel état de choses ou
contre la possibilité de son retour qu'ont été portés des
décrets tels que le canon 17 du XVIe concile de Car-
thage. Les primats provinciaux apparaissent au ivc siècle.
La lettre de Constantin (314) au proconsul d'Afrique
pourrait y faire allusion, au moins en ce qui regarde la
Tripolitaine et une des Maurétanies. La Byzacène avait
certainement un primat en 349. En 393, le synode
dllippone pourvoit d'un primat la Maurétanie Sitifienne.
Enfin, tout au début du ive siècle, Secundus Tigisitanus
avait présidé le concile de Cirta (305) et il est probable
que c'était à titre de primat provincial.
Cette constitution ecclésiastique fut à peine modifiée.
Le nombre des sièges épiscopaux, subitement accru au
IVe siècle, demeura stationnaire. Les listes épiscopales
africaines comptent parmi les plus précieux documents
historiques de ce pays, mais elles ont subi le sort de
tant d'autres pièces : altérées d'abord par les copistes,
elles ont été dans la suite mal interprétées par les
commentateurs; cependant, il faut bien se garder d'en
faire un trop sévère reproche à ces derniers. L'explora-
tion scientifique de l'Afrique a permis de reviser un
certain nombre de noms d'hommes et de lieux, comme
d'identifier plusieurs sièges épiscopaux, grâce à l'épigra-
phie. Le P. Hardouin, allies Dupin, Morcelli ont fait
tout ce qu'ils pouvaient faire en leur temps; il serait
prématuré de tenter ici un classement des anciens
évéchés d'Afrique, ainsi que nous l'ont démontré nos
recherches entreprises dans ce but.
Un manuscrit de saint Cjprien, jadis à Vérone, perdu
aujourd'hui, donnait des notes intéressantes à la suite
des noms des évèques qui prirent part au concile de
Carthage au mois de septembre 256 8. Ces notes indi-
quent le sort d'un certain nombre de ces évéques, en
regard du nom desquels on lit soit : confessai: soit :
martyr, soit la mention : in pace. Dans les trois cas on
trouve une claire mentien du lieu de déposition du
martyr : 1° positus in Tertulli; 2° in novis areis posi-
tus; 3° in Faasti positus. Cette dernière indication se
rapporte au cimetière de Faustus, à Carthage, sur lequel
p. 58. — B Innocent I", Epist., I, ad Décent., 2, P. L., t. XX,
2. — • Cf . Chapman, The holy see and pelagianismus,
dans Dublin Review, t. cxx, p. 88-112; t. r.xxi.p.41-60; Id., Apia-
rius. dans la même revue, t. cxxix, p. 98-122; S. Augustine and
lus anglican critics, dans la même revue, juillet 1S90, p. 89-
109, et Anal, bolland., 1891, t. x, p. 488. — > L. de Mas-Latrie,
L'episcopus Gumnitanus et la primauté de l'évéque de Car-
thage, dans la Biblioth. de l'Ecole des chartes, 1883, p. 72 sq. ;
IV Monceaux, Chronologie des œuvres de saint Cyprien et des
premiers conciles africains du temps, dans la Revue de phi-
lologie. 1000, t. xxrv, p. 333. — •Merçati, dans Studi e docu'
menti di storia e dirilto, 1S98, t. xix, p. 345 sq.
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AFRIQUE (HISTOIRE ET TOPOGRAPHIE DE L°)
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s'élevait une basilique que mentionnent plusieurs textes '.
« Quant à l'indication in novis areis, elle nous donne,
dit M. Gsell, la clet de l'expression énigmatique basilica
norarum, nom d'une autre basilique de Carthagé 2 : il
faut sous-entendre arearuvi3. Il est à croire que le
cimetière ou la basilique de Tertullus se trouvait aussi
à Carthagé : on n'en a aucune autre mention4. »
Une autre liste épiscopale, celle des évêques catho-
liques de 484, présente, à la suite de quatre-vingt-huit
évéques, la formule prbt que Tillemont et Schôntelder
expliquent par periit en l'appliquant aux évêques qui
apostasièrent5. Cette interprétation n'est pas fondée6, il
iaut lire sans hésitation probatus ', comme le prouve
cette note qui termine la liste : ex quibus perïerunt
oclogintaocto. Ces évêques étaient morts, probablement
en exil, au moment où la notice fut rédigée8.
Les canons de l'Église d'Atrique témoignent de la
jalousie avec laquelle elle garda ses privilèges, et portent
parfois même la trace d'une volonté arrêtée d'entraver
la liberté d'un recours à Rome. Un prêtre excommunié,
fût-il réintégré par « un jugement d'outre-mer »,
demeure exclu du clergé d'Afrique; bien plus, lorsque
les prêtres, diacres ou clercs, croiront avoir à se plaindre
du jugement rendu par leur évèque, ils pourront, avec
le consentement de ce dernier, s'adresser aux évêques
voisins, qui prendront connaissance du différend. S'ils
veulent en appeler de nouveau, ce sera devant leur pri-
mat ou devant le concile d'Afrique que la cause sera
évoquée, mais quiconque fera appel à un tribunal
d'outre-mer doit être exclu de la communion dans l'in-
térieur de l'Afrique. Ce n'était d'ailleurs que l'extension
au bas clergé d'une mesure qui avait atteint depuis
longtemps les évêques, au moins sous la forme des
obstacles accumulés sur leur chemin dès que, sans le
consentement du primat d'Afrique, ceux-ci songaient à
faire le voyage de Rome. En droit, les évêques pou-
vaient s'adresser au pape, et il semble qu'en fait on
s'y soit résigné à cause de l'amoindrissement que
les rivalités intérieures avaient infligé au siège de Car-
thagé.
Si l'on a égard au nombre et à l'importance des évè-
chés en Afrique, on se rendra compte aisément de ce que
cette province offrait de chances de succès à une erreur
dogmatique assez subtile pour plaire à l'esprit ingénieux
des Africains. Cette erreur s'introduisant et s'implantant
ne fit pas que deux partis : il y eut des ramifications,
des partis dans les partis, et il ne s'en trouvait pas qui
n'eût quelques évêques pour le conduire. Libellatiques,
novatiens, donatistes, ariens, circoncellions, pélagiens,
semi-pélagiens, conçurent presque tous l'établissement
et le progrès de leur secte au moyen d'une organisation
ecclésiastique : cette circonstance tut des plus funestes,
en ce qu'elle ravalait l'antique Église africaine à n être
qu'une secte plus ancienne et, dans nombre de localités,
moins prospère que les sectes rivales; elle divisait en
outre les fidèles sur les questions fondamentales de la
foi et de la discipline, en un temps où une autorité
incontestée eût seule pu ramener l'unité et où cette
autorité émiettée entre les mains de tant d'évêques s'atta-
ehait beaucoup moins à la dignité hiérarchique d'un
primat ou d'un concile national qu'au mérite personnel
1 S. Augustin, Sertn., exi et cclxi, P. L., t. xxxvm, col. 641,
1202 ; Victor de Vite, Hist. pers. Vandal., 1. I, c. xxv ; 1. n,
c. xviii, xlvii-l ; 1. UI, c. xxxiv, P. L., t. lviii, col. 192, 207,
216, 246; De Rossi et Ducbesne, Martyrol. hieronym., in-iol.,
BruxeUis, 1894, die xv julii, p. 83; Mansi, Conc. ampl. coll.,
t. iv, col. 378, 402, 447; Hardouin, Acta concil., in-fol., Parisiis,
170. , t. h, col. 1154. Cf. S. Gsell, dans les Mèlang. d'arch. et
d'hist., 1901, t. xxi, p. 207. — * S. Augustin, Serm., xiv, et Bre-
viculus collationis cum donatistis, 1. 111, c. xxv, P. L., t. xliii,
col. 650; Victor de Vite, Hist. persec. Vandal., 1. 1, c. xxv. — 3 « n
Iaut probablement sous-entendre aussi arearum dans l'expression
basilica maiorum. » Gsell, dans les Mèlang. d'arch. et d'hist.,
— ou au génie — d'un Cypricn, d'un Fulgonce ou d'un
Augustin.
IV. Décadence de l'Église d'Afrique. — Cette mul-
titude d'évêchés avait produit un véritable éparpillement
de la hiérarchie et le pape de Rome s'en préoccupa.
On s'explique facilement, à l'aide de pareils textes, la
difficulté où l'on était de maintenir la discipline dans
un clergé si nombreux et si dispersé. Les nombreux con-
ciles assemblés dans l'Église d'Afrique la montrent pro-
fondément divisée par les questions de discipline et de
dogme. Le donatisme 9 et le pélagianisme y firent des
ravages profonds, l'arianisme, le manichéisme, le semi-
pélagianisme n'y furent pas moins redoutables. Le récit
de ces luttes est celui de l'affaiblissement progressif de
l'Église d'Afrique jusqu'au jour de son épuisement et de
sa disparition : il n'appartient pas à l'ordre de recherches
de ce dictionnaire; on le trouvera d'ailleurs traité avec
détail, sinon toujours avec une pleine compétence, dans
plusieurs histoires spéciales10; nous nous en tiendrons
à l'indispensable pour éclairer nos recherches ulté-
rieures sur la liturgie et l'archéologie. Ce qu'on ne doit
pas manquer d'observer avant de quitter ce sujet, c'est
la part considérable et à certains ér. .ds prépondérante
prise par l'Afrique dans le développement du christia-
nisme en Occident. Saint Cyprien a été le collaborateur
et, sur plusieurs points, l'initiateur des papes de Rome,
dans la constitution de la discipline intérieure du chris-
tianisme; saint Augustin a donné pour l'avenir à l'Église
catholique la direction intellectuelle sur plusieurs ques-
tions théologiques, enfin « ce furent principalement des
Africains, apologistes célèbres ou traducteurs ignorés de
l'Écriture sainte, qui imposèrent le latin comme langue
officielle aux Églises d'Occident. A cette époque, et à
cette époque seulement, l'Afrique du Nord a joué un
rôle prépondérant dans l'histoire du monde » u. La dé-
monstration en sera faite d'une façon spéciale pour le
latin liturgique dans l'article Afrique [Liturgie).
Cependant l'introduction du christianisme en Afrique
y fut en un sens l'occasion qui précipita la déchéance
de ce pays. D'abord des persécutions, conduites avec
une extrême rigueur, commencèrent d'épuiser la partie
la plus saine de la population; l'hostilité domestique
et civique se traduisait par des dénonciations, des
émeutes, puis vinrent les hérésies, lapsi, traditeurs, sur-
tout donatistes et pélagiens, qui rendirent odieux à
beaucoup d'hommes paisibles le séjour de l'Afrique; un
mouvement d'émigration était créé qui dépeupla lente-
ment et sûrement les villes jadis florissantes que la dis-
parition de la vie municipale avait condamnées 12.
Il s'en faut d'ailleurs que tous les chrétiens de ces
temps se montrassent dignes de leur religion. Saint Au-
gustin reprochait à ceux de Carthagé de partager les
festins qui suivaient les sacrifices dans les temples des
divinités païennes, mais on lui répondait : « Nous
mangeons dans le temple du Génie de Carthagé, ce n'est
qu'une pierre, » et cette persistance des usages et des
pratiques du polythéisme parmi les chrétiens de Ca*
thage, principalement dans le temple d'Astarté, est au-
jourd'hui établie '3. Il en résultait que les païens ne s'ex-
pliquaient plus les avances du clergé à leur endroit;
aux sollicitations qui leur étaient adressées ils répon-
t xx, p. 120; t. xxi, p. 207. — *S. Gsell, op. cit., t. xxi, p. 207.
— 5 Schonfelder, De Victore Vitensi episcopo, in-8% Breslau,
1899. — « Mèlang. d'arch. et d'hist., t. xiv, p. 318, n. 1. — ' Tou-
lotte. Géographie de [Afrique chrétienne, in-8% Montreuil, 1894,
Byzacène, p. 33, Numidie, p. 38, Maurétanies, p. 31. — BS.
Gsetl, dans les Mèlang. d'arch. et d'hist., 1901, t. xxi, p. 209. —
°Voyez L. Duchesne, Le dossier du donatisme, dans les Mèlang.
d'arch. et d'hist., 1890, t. x, p. 589-650. — ,0 Cf. U. Chevalier,
Répertoire, au mot Afrique. — " S. Gsell, Chronique archéol.
afric, dans les Mèl. d'arch. et d'hist., 1900, t. xx, p. 100. —
14 J. Toutain, Les cités romaines de la Tunisie, in-8*, Paris, 1896,
p. 371 sq. — i3 Revue africaine, avril 1857, p. 265.
5S7
AFRIQUE (HISTOIRE ET TOPOGRAPHIE DE L')
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uaient : Quare nos relinquannis deos quos christiani
nobiscum colunt ', et Salvien de Marseille écrivait à ce
sujet un siècle plus tard : Habcbant intra muros pa-
trios inlestinum scelus, cselestem illum scilicet Afro-
rum dsemonem dico... Quis ergo illi idolo non initia-
tus, qui non a stirpe ipsa, jorsitan et nativitate devo-
tusf Nec loquar de hominibus sicut vila ila etiam
professione ac vocabulo paganis et qui sicut profani
erant errore, sic nomine. Tolerabilior quippe est et
minus nefaria genlilitas in hominibus professionis
suse : illud perniciosius ac scelestius, quod multi eoruni
qui proj essionem Chrisli dicaverant, mente idolis ser-
viebant. Quis enini non illorum qui christiani appella-
bantur, cselestem illum, aut post Chrislum adoravit,
aut quod est pejus, multo anle quam Christum f Quis
non, dsemoniorum sacrificiorum nidore plenus, divinse
domus limen inlroiit et cum fetore ipsorum dsemo-
num Chrisli allare conscendit? Ecce quse Afroi~um et
maxime nobilissimorum fides; quse relligio, quœ
christianitas fuit 2.
Il ne faut pas croire que tous les chrétiens fussent
déchus à ce point, mais les documents sont trop pré-
cis et trop concordants touchant cette décadence pour
être mis en doute. Saint Augustin rapporte que le tau-
bourg de Mappalia, à Carthage, lieu de sépulture de saint
Cyprion, était devenu un quartier bruyant et assez mal
famé : Jstum lam sanclum locum ubijacet tam sancti
martyris corpus, invaserat peslilenlia et pelulantia
sallatorum. Per tolani nocteni canlabantur nefaria 3.
Le culte des martyrs était en eflet parfois l'occasion
d'abus grossiers, à tel point que les femmes honnêtes
hésitaient à se rendre aux offices et les païens en ti-
raient parti : « Pourquoi abandonner Jupiter pour se
prosterner devant un Mygdon, un Nampharao? » disait
Maxime de Mndaure4, et le manichéen Faustus ajou-
tait : « Vos idoles, à vous chrétiens, ce sont les martyrs,
vous leur rendez un culte semblable. C'est aussi par du
vin et des viandes que vous apaisez les ombres des
morts5. »
Ces abus étaient tellement invétérés que saint Augus-
tin courut quelque péril pour s'y être opposé6. Il nous
apprend que c'étaient de véritables banquets qui avaient
lieu sous prétexte d'honorer les martyrs, lorsqu'il dit au
peuple réuni le 21 janvier à l'occasion de la fête de plu-
sieurs martyrs d'Espagne : « Les martyrs ont horreur
de vos bouteilles, de vos poêles à frire, de vos ivrogne-
ries 7. » Ajoutons que ces abus n'étaient pas particuliers
à l'Afrique, car son peuple lui objectait le même usage
journellement pratiqué dans l'église de Saint-Pierre de
Rome8.
Ces réunions peu édifiantes se tenaient non seulement
au tombeau des martyrs, mais dans des lieux pourvus
d'ossements que l'on faisait passer pour ceux des saints.
Des imposteurs s'étaient livrés à cette lucrative super-
cherie d'enterrer des restes humains dans un lieu
écarté où ils allaient les déterrer sur une prétendue
inspiration du ciel'J. Jusque dans la ville épiscopale de
6aint Augustin l'abus des festins funéraires s'était im-
' A. Judas, Sur dix-neuf inscriptions numidico-puniques, dé-
couvertes ù Constantine, dans Y Annuaire de la soc. archcol. de
lu }iruv. de Cunstaiitiite, 1861, t. v, p. 100, cite ce texte sans réfé-
rence. — s Salvien, De provuleittia Dei, 1. VIII, n. 2, P. L., t. Lin,
col. 154. — 3S. Augustin, Serm., ccclv, n. 4, P. I... t. xxxix,
col. 1571 sq. Cf. P. Monceaux, Le tombeau et les basiliques de
saint Cyprienà Carthage, dans la Revue <rrc/icci<.,190l, t. xxxix,
p. 183-201. — «S.Augustin, Epist., xvi, 2, P. I... t. xxxn, col. 82. —
"S.Augustin, Conlr. Faustum, l.XX, c. xxi.P. L., t.xj.il,col.384.
— "M isla civitate (très probablement Carthage), fralres met,
nonne experti sumus, quod recordatur sanctitas vestra,
quanto periculo noslro de ista basilica ebriositates Kcpulsril
Dcusf nonne seditione carnalium pêne mergebatur nobiscum
navis? Serm., cclii, c. xliv, P. L., t. xxxvin, cul. 1174. — " Odc-
runt martyres lagenas vestras, oderuut martyres sartagenas
vesti-as, oderunt martyres ebrietates vesti'as. Serm., cclxxiii,
planté et il fallut à l'évèque trois jours de controverse
et une intraitable résolution pour venir à bout de cet
usage dans sa basilique l0. Le jour des calendes de jan-
vier continua d'être célébré comme au temps du paga-
nisme, car il semble que depuis la fin des persécutions
païens et chrétiens, certains chrétiens du moins, aient
vécu en bon accord : Nunc ista mala quse tanquam *
summa et extrema creduntur, dit saint Augustin,
ulrique genti et utrique regno, et Christi scilicet et
diaboli, videnius esse communia... Inter quse tamen
mala adhuc usquequaque frequentantur luxuriosa-
convivia, fervet ebriosilas, avarilia grassatur, perstre-
punt lascivi cantus, organa, tibise, lyrse, citharse, tes-
serse, multa et varia gênera sonorum atque ludo-
rum ' * .
Le christianisme en Afrique se mourait de cette cor-
ruption, et Salvien espéra peut-être que les Barbares
chargés par Dieu de châtier tant de crimes allaient
délivrer le monde du spectacle de cette Afrique avilie li
et remplacer tant d'impudicité par les chastes vertus
qu'on leur reconnaissait; mais cet espoir fut déçu.
Les Vandales apportèrent en Afrique cette pureté de
mœurs dont parlent Tacite et Salvien et les débuts pro-
mirent tout ce que la suite ne tint pas, car le vaincu
assimila le vainqueur et Procope décrit ainsi '.es enva-
hisseurs après leur solide établissement : « Parmi les
peuples dont nous avons entendu parler, il n'y en a pas
de plus sensuel que les Vandales. Depuis qu'ils ont
occupé l'Afrique, ils prennent des bains tous les jours
et garnissent leurs tables de ce que la terre et la mer
produisent de plus délicat et de plus recherché. L'or
brille en quantité sur leurs habits. Ils passent leur
temps aux théâtres, aux cirques, à d'autres divertisse-
ments et surtout à la chasse. On trouve aussi chez eux
lorce danseurs, force mimes et tout ce qui chez les
hommes peut flatter les oreilles et les yeux. La plupart
d'entre eux demeurent dans des iardins bien arrosés et
riches en arbres. Des repas, des intrigues d'amours,
voilà leur principale aftaire ,3. » Ainsi l'Afrique chré-
tienne demeura non moins célèbre par les vices que
par les vertus de ses habitants14.
V. Époque byzantine. — Les derniers temps de la
domination des Vandales furent moins durs à l'Église
d'Afrique que toute la période qui s'étend depuis l'inva-
sion jusqu'au règne de Hildéric. Après la persécution
ouverte et sanglante on considérait la tolérance comme
une faveur tandis qu'elle n'était qu'un droit. Cependant
les évèques purent recommencer à tenir des conciles à
Junca et Sufes en 524 '5, à Carthage en 525 1C; mais ce
dernier concile peut donner quelque idée des ravages
produits et des besoins à pourvoir; sur cent quatre-
vingts sièges épiscopaux que comptait la province
proconsulaire, on ne trouva au concile que quarante-
huit évéques17 et presque tous venaient de la même
région, celle de la presqu'ile du cap Bon et de ses
environs; tout le reste du pays était presque délaissé et
trop souvent les rares prélats se trouvaient divi
entre eux par des questions de préséance et de juridic-
c. vin, P. L., t. xxxvm. cul. 1251. — * Et quoniam de basilica
beati apostoli Pétri quotidianatvinolenUm proferebantur e.rem-
pla. dixi... Epist., xxix, ad Alypium, P. L., t. xxxiti. col. 119.
— "S. Augustin, Serm., cccxvin. P. L., t. xxxvm, col. 1437 sq.
— ,0S. Augustin, Epist., xxix, P. /... t xxxiii, col. 114 sq. —
"S. Augustin, Epist., cxcix. c. xi. n. ;>7, /'. L.. t XXXIII, col. 198;
cl. c. vin, n. 22. 23; Salvien. De gu)>ernatione Dei, 1. VII,
r \vi, P. L.. t. un, col. 149 sq. — ■* Salvien, De gubernat. Dei,
1. V11I, P. L.. t. lui. col. 151 sq. — "Procope, De bello Vanda-
lico, 1. Il, c. vi. — "Schultze, Geschiclile des Vntergangs des
griechish-runiischen Heidenthums, in-S- Leipzig, 1892, L n,
p. 1C5. — "Labbe, Concilia, in-lol., Parisiie, KÏ71, U iv, col. 18S7<
1628. — «"Labbe, op. cit., t. iv, col. 1628 sq. — " Ibid.. t. iv,
col.A&iOs(\.Cf .Tou]Me,Géographie de l' A frique chrétienne.!» \n-8',
Paris, 1892-1894; de Mas-Latrie, Ancien* évéi Ma de X Afrique
septentrionale, dans le Bull, de corresp. africaine, 1886, p. 85-89.
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AFRIQUE (HISTOIRE ET TOPOGRAPHIE DE L';
590
lion i, lorsque de plus graves divergences ne les sépa-
raient pas.
C'était de cet état d'humiliation'2 et de misère3 que
Justinien allait tenter de tirer l'Église d'Afrique. Nous
ne pouvons pas dire malheureusement tout ce qui fut
fait, car les textes nous manquent; si nous en jugeons
par la Proconsulaire, nous voyons que les sièges vacants
au concile de 525 ont pour la plupart retrouvé des
représentants au concile de 646 4; mais la Byzacène
n'était pas représentée en 525 5 : nous ne pouvons juger
des progrès accomplis en 646 6, et la Numidie 7, ainsi que
la Tripolitaine 8, s'étaient bornées en 525 à envoyer
quelques délégués de l'épiscopat de ces provinces. Si
donc la statistique précise est impossible, nous pouvons
présumer qu'un mouvement sérieux et général de
réoccupation des sièges épiscopaux se produisit dès le
début de la période byzantine ; au concile de Carthage,
tenu en 534, nous voyons assister deux cent vingt évo-
ques9. Carthage, en effet, conservait sa grande situation
primatiale de jadis; elle regagnait même le terrain
inévitablement perdu pendant le désarroi d'une persé-
cution; dès le retour des byzantins le siège métropolitain
tut confirmé dans tous ses privilèges par le pape et par
l'empereur10 : on parait d'ailleurs avoir voulu innover
le moins possible; il se pourrait cependant que la Tingi-
tane, représentée au vne siècle dans un concile de
Carthage, ait été rattachée dès cette époque à l'Atrique
ecclésiastique de même qu'on l'y rattachait alors au
point de vue administratif11. Cependant la domination
byzantine ne paraît pas avoir ramené l'unité de l'ancienne
Église d'Afrique. A lire de près les documents, et en
particulier les pièces conciliaires, on voit bien men-
tionner la présence à Carthage des évêques de la Pro-
consulaire, de la Byzacène et de la Numidie, ceux de la
Tripolitaine (peu nombreux il est vrai et proche voisins
de la Byzacène) et des Maurétanies manquent. C'est
pour les évêques maurétaniens principalement que le
fait est important; or ni aux assemblées de 534 et de 550,
ni au concile de 553 l'empereur ne fait mention d'eux.
Nous savons d'autre part que pendant une certaine
période, qui n'est pas antérieure à l'année 455, le pape
saint Léon Ier, qui avait pris la direction supérieure des
Églises de Maurétanie, y introduisit le comput romain
de 447 et, une fois cet usage pascal établi dans des pro-
vinces maintenant détachées de la primatie de Carthage
et restées romaines, il s'y maintint pendant un temps
indéterminé que les inscriptions nous apprendront
peut-être quelque jour 12. Ce qui n'est pas douteux, c'est
que les Maurétanies recouvrèrent à l'époque des Vandales
leur indépendance et leur autonomie politique. Procope
nous apprend que sous le roi Gunthamund les Maures
poussèrent les Vandales devant eux depuis Gibraltar
jusqu'à Cherchell13; il va même jusqu'à dire que, vers
ce temps, la plus grande partie de l'Afrique échappa
aux Vandales; le littoral que les barbares avaient exclu-
sivement occupé était donc perdu et le Sersou redevint
* Labbe, op. cit., t. iv, col. 1630-1632, 1642, 1644. — - Ibid., t. IV,
col. 1755. — 3 Novell., XXXVII, dans Corp. juris, édit. Galisset,
in-4% Parisiis, 1836. Nous croyons utile de citer ce texte impor-
tant : Venerabilem Ecclesiam, etc. Ab arianis ablata capiunto,
sibique habento Ecclesise Africse : ut tamen publicas pro Mis
pensiones conférant, ab iisdem acceptis immobilibus a nemine
lœâendis. Hœreticus non baptizato, ad rempubl. non accedito;
catechumenum non circitmcidito. Nulla omnino hxresis
domum aut locurn orationis habeto. Carthaginiensis Ecclesia
privilégia obtineto, qux in universum de omnibus dicta sunt
ecclesiis in codice. Qui ad carthaginiensem Ecclesiam confu-
gerit, is impunitatem habeto, nisi homicidium, aut raptum
virginis, aut vim in Christianum admiserit. Ecclesiis Africse
ab aliquo pro sua ipsius salute oblata, a nemine prorsus
auferuntur. Hoc ipse generaliter de omnibus Ecclesiis accipito.
— * Labbe, Concilia, t. iv, col. 1640 sq. ; t. vi, col. 147 sq — *Ibid.,
t. iv, col. 1633. — « Ibid., t. vi, col. 135-136. — ' Ibid., t. iv,
col. 1640; t. v (concile de 553, auquel assistèrent les délégués
indépendant, en admettant qu'il ait jamais cessé de
l'être. Ce qui peut nous aider à éclairer un peu les
destinées des Églises des Maurétanies, c'est que ces pro-
vinces furent alors gouvernées par une dynastie indi-
gène catholique. On ne saurait fixer la date de son
avènement ni celle de sa chute; mais on sait qu'elle
compta parmi ses princes ce Cabaon qui fut vainqueur
du roi Trasamund dans la Tripolitaine 1+ et appuya son
gouvernement sur le parti catholique de ses États. Cette
dynastie aura pu, vassale des Romains, régner jusqu'à
l'invasion vandale, et, alliée des Byzantins, durer
jusqu'au temps de l'invasion arabe16. On n'en saurait
dire plus pour le moment, mais c'est déjà quelque chose
« d'avoir pu entrevoir dans la Maurétanie Césarienne
un grand îlot catholique et romain entre les Vandales
ariens et les nomades païens de Gétulie. Il conserve,
sans être soumis aux empereurs de Constantinople, les
restes de la civilisation passée, sous une dynastie indi-
gène »16. Les maux de toutes sortes qui avaient fondu
sur ces provinces en avaient probablement fort réduit
les Églises. En 484, la Sitifienne compte quarante-quatre
sièges épiscopaux et la Césarienne cent vingt-six. En 525,
ces provinces ne peuvent envoyer à Carthage plus qu'un
représentant; nous ne savons rien de plus sur elles
pendant tout le règne de Justinien17.
Le règne de Justinien marque cependant une période
assez triste pour l'Église d'Afrique, à cause de la part
que le clergé lut appelé à prendre dans l'affaire des
Trois-Chapitres. Tandis que l'épiscopat de la province
entière perdait son temps en démêlés théologiques sans
issue, qu'une autre partie prévariquait à ses devoirs, le
chet illustre de l'Église de Rome, saint Grégoire Ier,
s'eflorçait de substituer à la discipline énervée l'esprit de
direction prudente qui assurait le maintien des tradi-
tions ecclésiastiques. Le pape employa en Alrique des
hommes qui contribuèrent puissamment à grandir le
prestige de l'Église de Rome aux dépens des vieilles
idées d'indépendance en matière de discipline dont nous
avons parlé. Le notaire Hilarus, administrateur des pa-
trimoines de l'Église romaine, fut une sorte de légat
pontifical surveillant les prélats et le leur laissant savoir,
leur adressant les réprimandes du pape et ses instruc-
tions, provoquant la réunion des conciles. Ce personnage
était secondé par le métropolitain de Carthage, Domi-
nique, dont la vertu éminente, le dévouement et la défé-
rence absolue à l'Église de Rome étaient assez profonds
pour qu'il consentit à laisser un simple évêque de Nu-
midie prendre une situation hors de pair dans l'épisco-
pat africain. « Par ces hommes, écrit M. Diehl, Grégoire
rétablit en Afrique l'unité, la concorde, la discipline ec-
clésiastique. De toutes parts, les Églises se tournaient
vers Rome; entre les évêques du diocèse africain et la
cour pontificale, c'était un constant échange de lettres et
de mandataires : c'est au pape que s'adressait quiconque
avait une plainte à faire, une injustice à dénoncer; c'est
à son tribunal qu'étaient cités les évêques accusés ou
de la Numidie), col. 417-418, 581-583. — » Ibid., t. iv, col. 1640
sq. Les Maurétanies Sitifienne et Césarienne se dérobent à toute
investigation; la Tingitane n'a aucun de ses évêques dans la Noti-
tia de 484. — ° Ibid., t. iv, col. 1755. Ajoutez un fragment de liste
conciliaire qui parait être du vir siècle, publié dans Byzantinische
Zeitschrift, t. II, p. 26, 31-32, 34. — '«P. L., t. lxvi, col. 45.
— " Gelzer, Notitia episcoporum, dans Byzantinische Zeit-
schrift, t. n, p. 33-34. — "L. Duchesne, Note sur une inscription
mauritanienne de l'année 480, dans le Bull. arch. du comité
des trav. hist., 1892, p. 314-316, — "Procope, De bello vavda-
lico, 1. n, c. x. — "Procope, De bello vandalico, 1. I, c. Vin. —
15 R. de la Blanchère, Voyage d'études dans la Maurétanie
Césarienne, dans les Archives des miss, scientif, 1883, p. 01-
97. — "Ibid., p. 99. Mephanias et son fils Massonas (très pro-
bablement le même que Masuna) mentionnés par Procope sont
probablement de cette dynastie. — " C. Diehl, Afrique byzan-
tine, histoire de la dayr>in,'ition byzantine en Afrique, in-8%
Paris, 1896, p. M&
591
AFRIQUE (LITURGIE ANTÉNICÉENNE DE L')
592
coupables : bref aucune décision importante ne se pre-
nait sans son assentiment, et Grégoire félicitait à juste
titre Dominique de Carthage du soin qu'il apportait en
toute circonstance à consulter respectueusement le
siège apostolique1. »
VI. Épisode final. — Ce regain de vigueur dura peu
de temps. Les Arabes ayant conquis l'Egypte commen-
cèrent à se porter sur les frontières de l'Afrique; en 642
ils avaient occupé Barca et la Cyrénaïque; en 643 ils
s'emparèrent de la portion orientale de la Tripolitaine,
Tripoli fut prise d'assaut, Sabrata pillée. En 647, le khalif
Othman autorisa Abdallah ibn Sand à attaquer, à la tête
d'une armée de 20000 hommes, la province d'Afrique;
son armée, victorieuse à Sbeitla (647), commença à se
répandre en Byzacène; on acheta sa retraite à prix
d'or. Cela procura quelques années de répit. L'Église
d'Afrique parut alors pour la dernière fois, et ce fut
tout à son honneur. Les populations, passionnément
attachées à l'orthodoxie, s'intéressaient peu à l'empereur
de Byzance; elles ne songeaient qu'à soutenir le pape
Martin Ier rentré en lutte ouverte avec Constantinople;
aussi ceux de leurs évêques qui vinrent siéger au concile
de Latran et souscrivirent à la lettre qui sommait l'empe-
reur d'abjurer l'hérésie répondaient-ils bien au senti-
ment public et c'était en vérité non seulement à ces
évêques, mais aux habitants de la province d'Afrique
tout entière que s'appliquait l'hommage rendu par le
pape aux « hérauts de la vérité » et aux gardiens de
l'orthodoxie. Les quarante dernières années du VIIe siècle
marquèrent la chute successive de lambeaux de l'Afrique
byzantine sous la domination arabe. La population ber-
bère qui semblait sérieusement entamée par le catho-
licisme passa à l'islam en très peu de temps et comme
naturellement; la conversion était récompensée par la
participation du butin. Quant à l'Église d'Afrique, sa
décadence fut prompte. « Tout d'abord, écrit C. Dielil,
les vainqueurs avaient permis aux populations chré-
tiennes de continuer à pratiquer leur culte, sous con-
dition de payer une taxe déterminée; et pourtant, dès
ce moment, soit pour conserver la possession de leurs
biens, soit pour échapper aux mauvais traitements,
beaucoup de fidèles avaient embrassé l'islamisme, et,
comme le dit un historien, une masse d'églises avaient
été transformées en mosquées. Vers 717, le khalife
Omar II retira aux catholiques leurs privilèges; ils
durent se convertir ou quitter le pays. Beaucoup émi-
grèrent, s'en allèrent en Italie, en Gaule, jusqu'au fond
de la Germanie; un plus grand nombre abjura; et moins
d'un demi-siècle après la conquête, l'Église d'Afrique,
jadis si illustre, était pour ainsi dire réduite à rien-. »
H. Lkclercq.
II. AFRIQUE. — i LITURGIE ANTÉNICÉENNE. —
1. Travaux. IL Sources. III. Le cycle chrétien. IV. Fê-
tes des martyrs et culte des morts. V. Dimanche, sta-
tions, semaine chrétienne. VI. Heures de la prière.
VIL Assemblée chrétienne. VIII. L'agape. IX. Eucha-
ristie, messe. X. Litanie. XL Baptême et confirma-
tion. XII. Pénitence. XIII. Mariage. XIV. Hiérarchie.
XV. Exorcisines. XVI. Langue liturgique et formulaire.
1 C. Diehl, op. cit , p. 510. — «C. Diehl, op. cit., p. 591 sq. Cf.
M. Caudel, Les premières invasions arabes dans l'Afrique du
Nord (651-718), dans le Journal asiatique, IX* série, t. xm, p. 103-
155, 189-237, 385-422; t. XI v, p. 50-87, 187-222. — » Liturgica lati-
ttorum, 2 vol. in-4% Coloniœ Agrippinae, 1571. — » E.rplication
de la messe, Paris, 1777, t. m, p. 131 sq. — 5 The antiquilies of
Vie Christian Church, Œuvres complètes, Oxford, 1855, t. I sq. —
• The liturgy and ritual of the antenicene Church, in-8% Loti-
don, 1897. — ' Les origines du culte chrétien, 2' éd. — • Ana-
lecta antenictpna, in-8*, Lond., 1854, t. m, p. 237-242; Gerbert,
Vêtus liturgia alemannica, 1776, t. I, p. 63. — 'Liturgie der drei
erslen christl. Jahr., in-8\ Tubingen, 1870. — ,0 De apostolicis
netnon antiquis Ecclesise OiXidentalis liturgiis, in-8*, Augustes
Vindclicorum, 1786. — " E. Stheleslrate, De ftde et ritibus Eccle-
sur africanm, dans Antiquilile* Ecclesix, in-fol., Romx, 1692;
XVII. Règles de foi. XVIII. La croix, gestes litur-
giques.
I. Travaux. — Quand on veut étudier la liturgie ro-
maine, la liturgie ambrosienne, la liturgie mo/.arabe,
les liturgies gallicanes ou même la liturgie celtique,
la liturgie grecque et les liturgies orientales, on peut
recourir aux livres qui ont servi ou servent encore dans
ces Églises, tout au moins à des fragments assez consi-
dérables qui nous donnent une base d'appréciation plus
ou moins large pour l'histoire liturgique. En Afrique
nous n'avons rien de tel. Des livres liturgiques, s'il y
en a eu, il ne reste rien, du moins on n'a rien encore
trouvé. On n'a même pas essayé jusqu'ici un système de
reconstitution d'après les textes des auteurs. La destruc-
tion de ces documents s'expliquerait assez parles causes
ordinaires qui ont rendu partout si rapide la disparition
des livres liturgiques, dès qu'ils n'ont plus été en usage,
et de plus par le triste état dans lequel a été plongée
cette Eglise à la suite des invasions vandales et musul-
manes. Aussi dans les ouvrages sur la liturgie, l'Alrique
est-elle à peine mentionnée. Pamelius ne donne qu'un
petit nombre de textes3; Le Brun ne s'y arrête pas4;
Bingham, suivant son plan plus logique qu'historique
ou géographique, ne distingue pas les rites africains de
ceux des autres Églises 5 ; Warren suit, à peu de chose
près, la même méthode0; M9r Duchesne s'applique sur-
tout, d'après son plan, à des liturgies d'une époque pos-
térieure7; quant à Bunsen, c'est à peine si l'on peut
prendre au sérieux son titre Liturgia Africana, où il
ne cite guère qu'une vingtaine de textes. Gerbert s'était
contenté de moins encore 8. Probst a réuni un certain
nombre de citations toujours utiles à consulter, mais qui
visent plus la question de la réalité du sacrifice et du
sacerdoce et d'autres questions dogmatiques que la li-
turgie proprement dite 9; Krazer ne donne qu'un court
aperçu l0; nous citons pour mémoire Schelestrate, Gran-
colas, Morcelli, Cavedoni, Cahier11; Mone est peut-être
le seul qui, à propos de ses messes latines et grecques,
ait tenté un vrai travail sur la liturgie africaine, mais
il est encore très incomplet et son étude est du reste
déparée par des erreurs qui trahissent l'incompétence
en ces matières d'un paléographe de grand mérite 12.
Il y a lieu de chercher à combler cette lacune dans la
mesure du possible, car la liturgie africaine est de pre-
mière importance. Si elle ne possède aucun document
liturgique proprement dit, elle est la plus ancienne
liturgie latine dont on peut essayer la restitution, gr.ice
aux allusions de ses écrivains; dès la fin du il" siècle
une foule d'usages alricains sont en effet attestés par
des textes d'une authenticité incontestable. Il faut
même dire que c'est la plus antique des liturgies latines,
car il est établi que sa langue liturgique était le latin
alors que l'Église romaine parlait encore grec. Peut-être
même arrivera-t-on à démontrer un jour, quand les
études philologiques sur le latin africain seront plus
avancées, qu'il y faut chercher les plus anciennes ori-
gines de la langue liturgique latine. De plus la parenté
liturgique entre l'Afrique et Rome, à un moment où
l'histoire de la liturgie romaine est plongée dans l'obs-
Grancolas, L'ancien sacramentaire de l'Église, 1. 1, Les ancienne*
liturgies, in-8', Paris, 1704; Morcelli, Africa chistifina, 3 in-4',
Brixias, 1816; G. Cavedoni, dont les articles, dispersés dans Me-
morie dt Modena, et dans diverses revues italiennes, ont été
traduits, arrangés, commentés par le P. Cahier, dans les Souvenirs
de Cane. Église d'Afrique, par un père de la Compagnie de Jésus,
in-8', Paris, s. d. Cf. aussi art. précédent, col. 576 sq. — '* /
nische u. griechitch» Messen ans tient zweiten (us ftccltslen
Jahr., in-8-, FranMui t am Main, 1850. On ignore généralement
que ce mémoire difficile à trouver a été traduit en français dans la
Revue catholique de Lotirait), année 1850-1851, t. vin, p. 149-
151, 197-208, iKi-238, 288-299; les documents qu'il cite sont repro-
duits dans P. L., t. cxxxvui, col. 855 sq. Comme exemple de ses
méprises, les stations de la leria IV- et de la teria VI* sont don-
nées comme correspondant au jeudi et au samedi, loc. rit., p. 83»
593
AFRIQUE (LITURGIE ANTÉNICÉENNE DE L'
594
curité la plus profonde, nous permet de projeter sur
cette dernière quelques rayons.
II. Sources. — Un travail complet sur cette liturgie
dépasserait de beaucoup le cadre de ce dictionnaire.
Mais on ne^'étonnera pas cependant que nous lui don-
nions quelque développement et que nous réunissions
ici les matériaux les plus importants, sans nous attar-
der à tirer les conclusions.
Pour la période anténicéenne nous possédons les ou-
vrages de Tertullien et ceux de saint Cyprien. Commo-
dien, si l'on veut y ajouter Minucius Félix, Arnobe, et
même Lactance, comme africains, ne nous fournissent
relativement que peu de textes. Mais, quant aux deux
premiers, leur activité littéraire a été incessante. Ter-
tullien surtout a touché un peu à tous les sujets, prière,
jeûnes, assemblées et réunions, vierges et veuves,
mœurs des chrétiens, etc. Sa tournure d'esprit aussi
bien que ses procédés littéraires le portent à chaque
instant à citer des traits de mœurs, à faire des allu-
sions tirées de la vie pratique. Aucun auteur de l'an-
tiquité ne fournit autant de renseignements sur la litur-
gie. Saint Cyprien et lui sont des témoins oculaires et,
on peut le dire, officiels, leur témoignage peut donc être
accepté en toute sécurité. A ces différents témoins de la
liturgie africaine, il faut ajouter quelques textes précieux
d'actes des martyrs, d'une authenticité incontestable, et
quelques inscriptions rares pour l'Afrique antéconstan-
tinienne, mais nombreuses après cette époque. Les con-
ciles de cette période se rapportent à peu près exclusive-
ment à la question des lapsi et à celle des rebaptisants
et ne fournissent que peu d'éléments pour la liturgie '.
III. Le cycle chrétien. — A l'origine il n'y a pas de
cycle chrétien, d'année liturgique. Les chrétiens gardè-
rent leur année civile, juive pour les convertis juifs,
grecque ou romaine pour les convertis de la gentilité.
Pour avoir une idée juste de la genèse liturgique, il faut
bannir de son esprit tout ce qui ressemblerait à un cycle
chrétien. Tout se réduisait au sacrifice, à la cène, qui est
vraiment le noyau de toute la liturgie chrétienne, et à la
réunion synaxaire où on lisait les livres saints, où l'on
chantait des psaumes, et où l'on prêchait. Cette réunion
se terminait d'ordinaire par la cène, ce qui fait que de
bonne heure réunion synaxaire et cène eucharistique se
soudèrent pour ne faire qu'un tout, la messe, où l'on dis-
tingue encore fort bien aujourd'hui les deux parties,
avant-messe et sacrifice 2. Cette réunion pouvait se célé-
brer en tout lieu et à n'importe quel jour de la semaine.
Elle s'attacha bientôt spécialement, par suitederaisonsque
nous étudierons ailleurs (voir Dimanche) au lendemain du
sabbat, qui devint le jour du Seigneur et, pour les chré-
tiens, remplaça le sabbat. Le dimanche revenait ainsi
chaque semaine, pour rappeler la résurrection du Christ;
ou plutôt, car tous ces événements se réunissaient en
quelque sorte en une fête synthétique, la pâque ou le
dimanche fondit d'abord en un seul souvenir la cène,
la passion, la mort et la résurrection du Christ; il fut
en réalité le premier pas dans la voie de la formation
d'une année chrétienne; c'était la pâque hebdomadaire,
si l'on peut dire. Ainsi la naissance du dimanche est
antérieure à la semaine chrétienne et la semaine chré-
tienne antérieure à l'année chrétienne. Par une consé-
quence toute naturelle la pâque hebdomadaire devint la
pâque annuelle, le jour octave devint jour anniversaire.
La pâque se développa, s'agrandit en quelque sorte, s'an-
* Cf. Mansi, Concilia, t. i, col. 734, 864 sq., 900 sq. Ces docu-
ments sont aussi réunis dans P. L., t. m, col. 1043 sq. — «Cf. dom
Cabrol et dom Leclercq, Monumenta Ecclesise liturgica, t. 1,
p. lxxxhi sq. — 3 Tertullien, De idol., 14, P. L., t. i, col. 759. —
'Tertullien, Adv. Marc, IV, 12, P. L., t. II, col. 413. — 5 Testim.
adv. Jud., I, c. xvi, P. L., t. iv, col. 714. — 8 Tertullien, De orat.,
23, P. L., 1. 1, col. 1298. — 'Tertullien, Dejejunio, 14, P. L.,t. n,
col. 1024. — *De idol., c. xiv, P. L., t. i, col. 759. —«Tertullien,
De orat., 23, P. L., 1. 1, col. 1298. — "> Ad uxor, n, 4, P. L., t. i,
nexa un temps de pénitence comme préparation, et,
comme complément, un temps de joie, une longue fête de
cinquante jours, jusqu'à la Pentecôte qui en est une dé-
pendance; peu à peu l'année tout entière s'orienta vers la
pâque; l'année ecclésiastique était créée. En même temps
quelques anniversaires de martyrs commençaient à s'in-
scrire au nouveau calendrier. A partir de ce moment les
conjectures tont place aux textes positifs, et c'est cet
état de choses que nous décrivent les écrivains africains.
Nous savons par eux que le culte et le calendrier juifs
en Afrique sont définitivement abandonnés : Nobis
quibus sabbata extranea sunt et neomeniœ et feriœ a
Deo aliquando dilectse 3, nous dit Tertullien, et ailleurs :
Per Jesum nunc quoque concussum est sabbalum^.
Saint Cyprien lui fait écho : le sacrifice ancien a cédé la
place à un nouveau sacrifice6. Cependant le jour du
sabbat conserve encore quelques-uns de ses privilèges
pour certains fidèles qui prétendent que ce jour-là,
comme le dimanche, on ne doit pas fléchir les genoux 6.
La pâque se célèbre au premier mois. Durant l'espace
de cinquante jours on prie debout et toute pénitence
est bannie : Cur pascha celebramus annuo circulo in
merise primo '? Cur quinquaginta exinde diebus in omni
exsultatione decurrimus f Cur...jejuniis parasceven di-
camus1'! Excerpe singidas sollemnilates nationum et
in ordinem tere, pentecosten implore non poterunts.
Nos vero, sicut accepimus, solo die Dominico resurre-
ctionis non abistotantum (genuflexione),sed omni anxie-
tatis habitu et officio cavere debemus. Tantumdem et
spatio pentecosles quse eadem ex^ultationis sollemni-
tate dispungimus. Caeterum omni die quis dubitet pro-
sternere se Deo, vel prima saltem oratione qua lucem
ingredimur 9 .
La nuit de pâque se passe en veilles et en prières.
La passion répond au premier jour des azymes 10.
La fête de Noël ne parait pas encore observée à cette
époque. Un écrit, peut-être africain, à tout le moins ita-
lien, le livre de Paschacomputus, du milieu du m0 siècle,
en est encore à croire que le Christ est né le 28 mars ".
IV. Fêtes des martyrs et culte des morts. — Les an-
niversaires de la mort des confesseurs et des martyrs,
dont les fidèles prennent soigneusement date pour
faire des services commémoratifs, ébauchent déjà le
cycle des saints dans l'année liturgique. Denique, etdies
eorum (confessorum in carcere defunctorum), dit saint
Cyprien, quibus excedunt, adnotate, ut commernora-
liones eorum inter memorias martyrum celebrare pos-
simus..., et celebrentur hic a nobis oblationes et sacri-
ficia ob commemoraliones eorum quœ cilo vobiscum,
Domino prolegente, celebrabimus i2... Sacri/icia pro
fis (martyribus) semper, ut meministis, offerimus quo-
liens martyrum passiones et anniversaria commemo-
ratione celebramus13. Ils sont ensevelis sous l'autel,
sed et intérim sub altare martyrum animas placidum
quiescunt '*.
Les inscriptions anténicéennes nous fournissent une
autre preuve du culte des martyrs. L'épitaphe suivante,
qui contient un bel éloge des martyrs, provient de Sétif:
[SONS
MARTIRIB SANCTIS PROMISSA COLONICVS IN-
SOLViT VOTA SVA L/ETVS CVM CONIVGE CARA
HIC SITVS EST IVSTVS HIC ATQVE DECVRIVS VNA
QVI BENE CONFESSI VICERVNT ARMA MALIGNA
PR/EM IAVICTORESCRISTI MER VER E CORON AMi»
col. 1407; Adv. Jud., 8, P. L., t. n, col. 656. — " Dans les édit,
de S. Cyprien, Hartel, Corpus script, eccles. lot., t. m, p. 267.
Saint Augustin reprochera aux donatistes de ne pas l'observer,
Serm., ccn, P. L., t. xxxni, col. 1033. — « Epist., xxvm, n. 2,
P. L., t. iv, col. 337. — «a Epist., xxxiv, n. 3, loc. cit., col. 331. —
"Scorpiace, c. xn, P. L., t. n, col. 170. — i5De Rossi, Bullett.
di arch. crist., 1875, p. 171 ; 1876, pi. III, n. 1 (cf. p. 59) ; Corp.
inscripl. latin., t. vin, n. 8641 ; P. AUard, Hist. des perséc, t. IV
p. 430 ; dom Cabrol et dom Leclercq, op. cit., t. i, n. 2809.
595
AFRIQUE (LITURGIE ANTÉNIGÉENNE DE L'
59»
Le monument des martyrs de Milève est justement cé-
lèbre parmi les épigraphistes.
TERTIV IDVS $ IVNIAS AEPOSI
TIO CRVORIS SANCTORVM MARTVRVM
QVI SVNT PASSI SVB PR/ESIDE FLORO IN CIV
ITATE MILETANA IN DIEBVS TVRIFI
CATIONIS INTER QVIBVS HIC INNOC
m zTwmmMmmcz in pkzwmmm
Dern. lig. : inter quibus hic (cruor) innocentis Flece (ou
Tecle) in pace ' .
Citons encore les deux épitaphes de Cirta :
I
I
NOMI
NA MAR
TVRVM
NIVALIS
MATRONE
SALVI NA
TALIS NONV IDVS
NOVEMBRES 2
NOMINA
MARTV
ROY-NIVALIS
MATRONE
SALVI
FORTVNATV
QVOT PROMISIT
FECIT3
On aime à choisir une place de sépulture auprès d'un
martyr* (voir Ad sanctos, col. 488 sq.) ; leurs reliques
sont précieusement gardées. On fait même des pèleri-
nages à leurs tombes et l'on y fait brûler des cierges et
des flambeaux 6. On leur dédie des mensa, sorte de
tables de pierres sur lesquelles on fait aux pauvres des
donations de pain ou d'autres mets.
MENSA
FELICIS5
GINIS-MARI
DEDICAVERVT
ANVS ET CONSTANT»
Mensam[artyrum (?)] feliciss[imorum... Mig\ginis,
Mari[a]e f[ecerunt et] dedicaverun^t...]anus et Constan-
[tia'!]6. Voir Agapes.
Nous avons parlé du culte des martyrs avant celui des
morts, parce que le premier se rattache à la question
du cycle, mais en réalité le culte des morts lui est an-
térieur, et lui sert, en quelque sorte, d'introducteur. Ils
restent, d'ailleurs, étroitement unis et la formule du mé-
mento des morts dans la plupart des liturgies en de-
meure la preuve. Tous les fidèles qui sont morts dans
le Seigneur sont auprès de Dieu, dans le sein d'Abraham ;
on reste en communion avec eux; leurs corps sont em-
baumés et confiés à la sépulture; cette charge incombe
à certains chrétiens : corpora medicata condimentis
sepultura mausoleis . et monumentis sequestrantur...
corpora marlyrum aut cxterorum si non sepeliantiir,
grande periculum imminet eis quibus incitmbit hoc
opus1. On garde leur souvenir, leurs noms sont écrits
auprès de Dieu, adhibe sororum nostrarvm exempta,
quorum nomina pênes Dominum*, belle formule qui
va se répercuter d'âge en âge sur les diptyques, dans les
oraisons, dans les inscriptions et dans les martyrologes.
• Héron de Villefosse, Rapport sur une mission archéol. en
Algérie, 1815; De Rossi, Bull, di arch. crist., 1875, p. 103, 177;
1876, p. 59 sq. ; Willmans, dans Corp. inscr. latin., t. vin, n. 6700;
Le Blant, dans le Journal des savants, mai 1882; Actes des
Martyrs, p. 266; dans les Lettres chrétiennes, t. v, p. 255; dom
Cabrol et dom Leclercq, loc. cit., n. 2816. — * De Rossi, llitll. di
arch. crist., 1875, pi. xn; P. AUard, Hist. des perséc., t. IV,
p. 42!); Corp. inscr. latin., t. vin, n. 5664; dom Cabrol et dom
Leclercq, loc. cit., n. 2817. — 3Dom Cabrol et dom Leclercq, loc.
cit., n. 2818. — » Acta S. Maximitiani. Cf. dom Cabrol et dom
Leclercq, Monumenla Ecclesise liturgica, t. i, n. 4008. — *Acta
S. Cypriani, n. 5. Cf. dom Cabrol et dom Leclercq, loc. cit., n. 3995,
3996; Cahier, loc. cit., p. 328, 367. — 6 Gsell, dans le Recueil de la
Soc. arch. de la prov. de Constantiné, t. xxvi, 1890-1891, p. 268,
n. 318, et dans le Bull, archéol. du comité des travaux histor..
1899, p. 457, note 3. — 'Cyprien, Epist., n, 3, P. L., t. iv, col. 233.
— • Ad uxor., 1. I, n. 4, P. L., t. i, col. 1392. Sur la foi-mule
On emploie l'encens à leur sépulture, nobis ad solatia
sepulturge usui sunt (thura) 9 ; scient sabsei pluris et ca-
rioris suas merces christianis sepeliendis profligari,
quam diis fumigandis 10.
On prie pour les morts, pro anima ejus orat, et re-
frigerium intérim adpostulat ei et in prima resurre-
ctione consortium, autres formules que nous retrouvons
aussi à peu près littéralement dans la liturgie funéraire11;
on offre le sacrifice à l'anniversaire de la mort, offert
annuis diebus dormitionis ejus i2...pro dormitione ejus
apud vos fiât oblatio, aut deprecatio aliqua nomine
ejus in Ecclesia frequentetur 13. Pro cujus spiritu po-
stulas, pro qua oblationes annuas reddis..., in oratione
commémoras, offeres, et commendabis per sacerdolem
et ascendet sacrificium tuumxi. Oblationes pro defun-
clis, pro nalaliliis, annua die facimus 15. Perpétue dans
sa prison prie pour son frère Dinocrate mort : Vt co-
gnovi me stalim dignam esse, et pro eo petere debere.
Ut cœpi pro ipso orationem facere multum, et inge-
miscere ad Dominum. Confidebam profuturam oratio-
nem meam labori ejus et orabam pro eo omnibus die-
bus... feci pro Mo orationem die ac nocte gemens et
lacrymans ut mihi donaretur 16.
Ceux qui sont indignes sont privés de ces prières et
leur nom même n'est pas prononcé dans la prière du
prêtre à l'autel, neque enim apud allare Dei meretur
nominari in sacerdotum prece qui ab altari sacerdotes
et ministros noluit avocari 17. Il ne faut pas pleurer les
morts qui meurent dans le Seigneur, ni prendre des vête-
ments noirs, car dans le ciel ils ont revêtu des ornements
blancs, « ils vivent auprès de Dieu », quos vivere apud
Dettm dicimus 18. En Afrique les morts étaient déposés
dans des cimetières en plein air ou arese; là même ils
n'étaient pas en repos, car la fureur des païens venait
partois les troubler dans leur sommeil, nec mortuis par-
cunt christianis, quin illos de requie sepulturse, de asylo
quodammorlis19; cum de areis sepulturarumnostrarum
adclamassenl:areaenonsint;areseipsontmnonfueriint2[J.
L'inscription suivante trouvée à Césarée de Mauri-
tanie, et qui appartient à la seconde moitié du IIIe siè-
cle, prouve l'existence d'une area ou cimetière, avec
une cella ou lieu de réunion pour les frères et que le
propriétaire a donnée à la « sainte Église;» ce monument,
brisé pendant les persécutions, fut restauré plus tard,
comme l'indique la dernière ligne de l'inscription :
AREAM AT SEPVLCRA CVLTOR VERBI CONTVLIT
[ET CELLAM STRVXIT SVIS CVNCTIS SVMPTIBVS
ECCLESIAE SANCTAE HANC RELIQVIT MEMO-
[RIAM
SALVETE FRATRES PVRO CORDE ET SIMPLICI
EVELPIVS VOS SATOS SANCTO SPIRITV
ECCLESIA FRATRVM HVNC RESTITVIT TITVLVM-
[M-A-I-SEVERIANI C-V- EX ING. ASTERI
Lig. 6 : Ecclesia fratrum hune restituit titulum mar-
moreum anno primo Severiani clarissimi viri Ex in-
genio Asteri-'. Voir Agapes.
quorum nomen Deus scit, cf. l'article Actes des martyrs,
CoL 410, et Le Blant, Inscr. chrét. de la Gaule, n. 563; Monu-
ntnita Ecclesiœ liturgica, préface, p. 160. — " De idol., c. xi, P.
I... t. I, col. 752. — «• Apologet., c. xi.li, P. L., t. I, col. 558. —
" Demonogam.,c. x,P. /.., t. n, col. 992. — IJ/bid. — l3Cyprien,
Epist., lxvi, n. 1, 2, P. L., t. IV, col. 411. — "De exhort. ca-
stit., c. xi, P. L., t. n, col. 97Ô. — " De Cor., 3, P. LA. n, col. 99.
— "Acta, n. vu. Cf. Monumenta Ecclesi.v liturgica, n. 3962,
3963,3964,3978. — "C\\<r. Epist.. i.xw tue. cit. -'»Demortalit.,
c. XX, P. L., t. iv, col. 618; cl. E;>.,i.xvn. n. 5, ibid.. t. m. col. 1023;
Commod., Instr., 1. II, n. 32 : Filios non lugendos, Corpus script,
eccles., Vindob., t. xv, p. 103. — '*Apol.,c. wxvii. P. L., 1. 1, col.
524. — ,uAd Scapul., n. 3, loc. cit.. t. I, col. 779. — •' L. Renier.
Insc. chrét. de C Algérie, n. 4025; De Rossi. Bull, di arch. crist.,
1864, p. 28; Corpus inscript, latin., t. vin, n. 9589; P. AUard,
dans les Lettres chrét., t. n, p. 73; et Hist. des persécutions,
L n, p. 87 ; dom Cabrol et dom Leclercq, op. cit., 1. 1, n. 2808.
507
AFRIQUE (LITURGIE ANTÉNICÉENNE DE L')
593
Sur la tombe des morls on met des inscriptions qui
rappellent leur toi en Dieu et au Christ :
isPES $ IN DEO È<-
La suivante est sur une bague
IN DEO VIVAS2
4M'AR
SI
TE
IN
DE
OV
IAS
Ai-site in Deo vivas. 3
VIBAS IN DEO
GAVDE SEMPER*
Une autre est Ja touchante prière d'une mère :
M1FILI-MATER-ROGAT-VT-ME
AD-TE-RECIPIAS- [P-Q] (?) 5
L'lv pace revient naturellement ici comme dans les
plus anciens monuments de l'épigraphie chrétienne,
sous des formes diverses :
)RIA VENANANTI
)l VICATI VSIN-PACE
VICXIT ANN Venanlius in vace1.
MINVS XV
AISCESSIT IN Vtm
CES
On en retrouvera plusieurs autres exemples dans la
dissertation De titulis Carthaginiensibus par dom Vitra
et De Rossi8. Comme le fait remarquer ce dernier, Vin
pace, qui, à Rome et presque partout, a le sens de in
pace (obiit), a en Afrique le sens de in pace (vixit). On
trouve du reste assez fréquemment dans cette province
la lormule entière IN PACE VIXIT, qui est au contraire
très rare à Rome9. Mais la plupart des inscriptions dont
il est question dans la dissertation citée appartiennent
au ive siècle ou à l'époque postérieure et nous en parle-
rons à propos de la liturgie post-nicéenne, cf. fig. 106.
Nous citerons cependant la suivante qui est d'un
grand intérêt et dont le formulaire remonte certaine-
ment au me siècle. Son origine africaine ne fait pas de
doute, après les ingénieuses restaurations de De Rossi,
encore qu'elle ait été trouvée à Rome.
MAGVSPVER INNOCENS
ESSEIAMINTER INNOCENTISCOEPISTI
QVAMSTAVILESTIVIHAECVITAEST
QVAMTELETVMEXCIPETMATERECLESIADEOC
MVNDOREVERTENTEM • COMPREMATVRPECTO-
GEMITVS-STRVATVRFLETVSOCVLORVM%^
Magus puer innocens esse jam inter innocentis (sic)
cœpisti quam stavilestivi (isla vile tibi?) fisse vita est.
Quam te letum excipet Mater ecclesia de hoc mundo re-
vertentem. Comprematur pectorum gemitus. Strualur
fletus oculorum 10.
Les formules sont tirées de saint Cyprien chez qui on
lit : quam vos laeta excipit mater ecclesia de prselio
« Corpus inscript, latin., t. vin, n. 5265. Cf. dom Cabrol et
dom Leclercq, Monumenta Ecclesiœ liturgica, t. I, n. 2819. —
'Pitra, Spicil. Solesm., t. iv : De titulis Carthagin., p. 499;
Corpus inscript, lat., t. vm, n. 104758; dom Cabrol et dom Le-
clercq, loc. cit., n. 2821 et 2824. — 3 Waille et P. Gauckler,
Inscriptions inédites de Cherchel, dans la Revue archéol., 1891,
m* série, t. xvn, p. 146, n. 13; dom Cabrol et dom Leclercq, loc.
cit., n. 4353. — * Corpus inscript, lat-, t. vm, n. 10550; dom
Cabrol et dom Leclercq, loc. cit., n. 2822. — 5 Lenormant, dans
Cahier et Martin, Mélanges d'archéol., t. IV, p. 125, note ; dom
Cabrol et dom Leclercq, loc. cit., n. 2812. Pour les lettres P. Q.,
et le christianisme de l'inscription, cf. Mérimée, Voyage dans le
revertcnles, De lapsis, c. il, et encore : comprimatur
pectorum gemitus, strualur fletus oculorum. lbid.,
c. xvi. L'inscription permet du reste de corriger le»
106. — L'in pace sur une tombe africaine.
D'après Pitra, Spicilegium Solesmense, t. iv, p. 501.
manuscrits qui portaient : statuatur, lequel n'avait pas
de sens. La phrase Quam te letum excipet, etc., est
restée dans le formulaire funéraire et nous en avons
déjà cité un autre exemple11.
V. Dimanche; semaine chrétienne; stations. —
Chaque dimanche, il faut le redire, est une fête : Nani
ethnicis semel annuus dies, quisque festus est : tibi
octavus quisque dies1-. Jeûner ce jour-là, ou adorer à
genoux est considéré comme défendu13; c'est le jour du
Seigneur, Dominicus diesli. Il y a réunion de nuit, vigile
et célébration de l'eucharistie 15.
La semaine chrétienne, en dehors du dimanche, au-
quel elle doit sa naissance, est consacrée par deux jours,
le mercredi et le vendredi, jours de jeûne et de péni-
tence, jours de prière, appelés jours de station. On ne
les considère cependant pas comme d'origine aposto-
lique, et quelques chrétiens moins fervents voudraient
s'en débarrasser ou même les faire passer pour des
rigueurs purement montanistes, sans racines dans la
tradition; dans tous les cas ils ne voudraient pas pro-
longer le jeûne au delà de none (3 heures de l'après-
midi). Ce qui parait très vraisemblable, comme nous
l'avons dit, c'est que l'institution liturgique de ces
deux jours est postérieure au dimanche; la station du
vendredi est un souvenir de la passion et probablement
un dédoublement de la pàque dominicale qui enlerme
primitivement l'idée de la passion et de la résurrec-
tion. Quant au mercredi, on n'en voit pas trop l'ori-
gine; à moins qu'il n'y faille y chercher une autre allu-
sion à Ja passion, la trahison de Judas; peut être sa
situation au centre de la semaine, lui a-t-elle seule valu
son privilège. Ces stations sont déjà indiquées dans la
Didaché et les documents anciens. Tertullien y insiste :
midi de la France, p. 292. — 8 Corpus inscript, latin., t. vin,
n. 9821 ; dom Cabrol et dom Leclercq, loc. cit., n. 2814. — ' Waille
et P. Gauckler, lnscript. inéd. de Cherchel, dans la Revue or*
chéol., t. xvn, 1891, p. 134, n. 70. — 8 Pitra, Spicil. Solesm.,
t. IV, p. 501. — 8 De titulis Carthagin., p. 511, 512, dans Spicil.
Solesm., L iv. — ,0 lbid-, p. 535, 536. Cette inscription a été
donnée aussi par Guasco, Inscr. num., t. m, p. 138; Adami, Del
culto dovuto ai santi martiri, p. 111 ; Le Blant, Inscr. chrét.
de la Gaule, t. i, p. 93. — « Cf. Acclamations, col. 253. —
<! Tertullien, De idol., 14, P. L., t. I, col. 759. — ,3 Id., De
cor., 3, P. L., t. n, col. 99. — ,l lbid., 3 et 11, loc. cit., col. 99
et 112. — " Ad uxor., !. II n. 4, P. L., t. i, col. 1407.
599
AFRIQUE (LITURGIE ANTÉNICÉENNE DE L*)
GOO
Stationes nostras ut indignas, quasdam vero in sérum
ctnstitulas, novitatis nomine incusant, hoc quoque mu-
nus et ex arbitrio abeundum esse dicentes, et non ultro
nonam detinendum, de suo scilicet more1. D'autres, au
contraire, par une rigueur malentendue, croient devoir
ce jour-là s'abstenir de recevoir le corps du Christ.
Tertullien s'en indigne à bon droit. Ergo devotum Deo
obsequium eucharislia resolvit'? an magis Deo obli-
gat? Nonne solemnior erit stalio tua si et ad aram
Dei steteris? Du reste il y a moyen de tout concilier,
et, si l'on craint que la communion ne rompe le
jeune, on pourra réserver l'eucharistie jusqu'à l'heure
où il est terminé : accepto corpore Domini et reser-
vato, utrumque salvum est, et participalio sacrificii et
executio officii 2. Ces jours-là on prie toujours à genoux,
jejuniis aulem et slalionibus nulla oratio sine genu,
et reliquo liumilitatis more celebranda est 3. On observe
les stations et les autres jeûnes avec plus de rigueur,
quand il y a menace de persécution 4.
Cette organisation liturgique parait bien rudimen-
taire : la passion, la (été de pàque et sa préparation, le
cinquantenaire sacré, les dimanches, les jours de sta-
tion sur semaine, quelques anniversaires de martyrs et
des défunts de la famille, et c'est tout. Mais cette pénurie
n'est qu'apparente; jamais peut-être la vie de prière n'a
été plus intense. Les fidèles se considèrent comme
obligés de prier sans cesse : Nulla hora excipitur chri-
slianis quominus fréquenter ac semper Deus debeat
adorari... inslenms per tolum diem precibus et ore-
mus... nec noclibus ab oralione cessemus*.
VI. Heures de prière. — Quelques heures dans la
journée sont cependant déjà consacrées d'une façon plus
spéciale à la prière, celles de tierce, de sexte et de
none6, heures apostoliques, déjà assignées à la prière
chez les juifs 7. Elles sont marquées du sceau de la Tri-
nité».
De plus, on priera le matin et le soir, quand la
lumière parait, et quand elle se retire, ingressu lucis et
noclis 9. Le matin est aussi l'heure de la résurrection
que l'on célèbre par la prière 10. Il convient encore aux
fidèles de prier avant le repas et avant le bain u.
Ces heures canoniales n'ont encore qu'un caractère
privé. Comme prière publique on ne connaît que la
vigile de nuit, et les prières qui accompagnent l'eucha-
ristie et l'agape.
La prière a dès lors un caractère très catholique,
universel; il ne faut pas prier seulement pour soi, il
laut prier pour tout le peuple : unusquisque oret Deum
non pro se lanlum sed pro omnibus fralribus... ora-
tione communi et concordi prece oranles pro omni-
bus li... Publicuest nobis et communis oratio ; et quando
oramus, non pro uno sed pro toto pomdo oramus 13. On
fait dans ses prières mention des frères, des amis, de
son évéque : Memnres mei sitis, dit saint Cyprien aux
fidèles, ut inter magnas atque dMnas cogilationes
veslras nos quoque animo ac mente volvalis, simque in
precibus et orationibus veslris u. Voyez § x.
VIL Assemblée chrétienne. — Nous trouvons dans
les textes airicains d'assez nombreux détails sur l'assem-
blée chrétienne. Elle se tient vers le milieu de la nuit,
avant l'aurore; on l'appelle cœtus antelucanus ^,convo-
catio noclurna. Lactance l'appelle pervigilia, et la
compare à la fin du monde16. Ce sont les diacres-qui
convoquent, indiquent le jour et l'heure; réunions lur-
• Dejejunio, 2, 10, 13, P. L., t. Il, col. 1007, 1016, 1023. —
« De orat., 19, P. L., t. i, col. 1287. — 3 De orat., 13 et 23, P. L.,
t. I, col. 1271, 1299. — *£>e funa, 1, P. L., t. H, col. 124-125. —
6 Cyprien, De orat. dont., c. x\xvr, P. L., t. iv, col. 562. —
•Tertullien, Dejejunio, c. x, P. L., t. u, col. 1017. — 'Tertullien,
De oralione, c. xxv, P. L., t. i.col. 1300. — "Cypr., De orat. dom.,
c. xxxiv, P. L., t. iv, col. 559. — 'Tertullien, De orat., c. xxv,
P.L., t. i, col. 1301. — "De orat. riomhi., <• xxxv, ibid., col. 560.
— "Tertullien, De orat., XXV, ibid., col. 1301. — "Cyprien, Epist.,
tives, car la femme chrétienne, mariée à un époux païen,
sera obligée d'avoir recours à des ruses pour ne pas
éveiller les soupçons de son mari 17. On cherche à se
cacher, à éviter les yeux des païens. Cependant ceux-ci
veillent et ils arrivent à découvrir l'heure et le lieu des
réunions et assiègent les fidèles, scitis et dies conven-
tuum nostrorum,itaque et obsidemur et opprimamur
et in ipsis arcanis congregationibus detinemur 18. Ils se
figurent que les chrétiens ne se cachent dans ces réu-
nions que pour commettre des crimes infâmes, l'homi-
cide, l'adultère, l'inceste. Minucius Félix, dont l'ouvrage
est, on peut le dire, en partie africain, puisque quelques-
uns de ses interlocuteurs au moins appartiennent a
cette province, nous en donne le témoignage19.
En réalité ces réunions ont pour objet la lecture de la
Bible, le chant des psaumes; on y écoute l'allocution
du président, on y fait la prière, probablement celle
dans laquelle les fidèles exposent leurs requêtes, les
oraisons litaniques, prout scripturx leguntur, aut
psalmi canunlur, aut allocutiones proferuntur, aut
pelitiones delegantur, et dans ce texte si précis et si
détaillé Tertullien nous donne la description exacte
de la vigile en dehors du sacrifice eucharistique dont
il parlera plus loin20. Ailleurs il ajoute quelques traits
à cette description : Coimus in cozlum et ad congrega-
lionem ut ad Deum quasi manufacla, precalionibus
ambiamus... Oramus pro imperaloribus , pro ministe-
riis eorum ac potcslatibus, pro statu sseculi, pro re-
rum quiète, pro mora finis. Cogimur ad litterarum
divinarum commemoralionem, si quid prsesentium
temporum qualitas aut prxmoverc cogit, aut reco-
gnoscere. Ainsi déjà on ne se contente pas de lire les
Écritures à la suite, on choisit les passages selon les
temps et les circonstances. On fait des exhortations, on
juge les délits et l'on punit les coupables s'il en est
besoin, on les sépare de la communion des fidèles :
Ibidem etiam exhorlationes, castigationes et censura
dirina. Nam et judicatur magno cum pondère... si
quis ita deliquerit ut a communicatione oralionis et
conventus et omnis sancti commercii relegetur.
L'assemblée est présidée par les anciens : Président
probaii quique seniores, honorent istum non prelio sed
testimonio adepli. On fait une collecte mensuelle pour
la caisse commune : Modicum unusquisque stipem
menstrua die, vel quum velil et si modo relit el si
modo possit, adponit; nam nemo compellilur, sed
sponte confert. Les fonds de cette caisse, arca, servent
à nourrir les pauvres, à les ensevelir, à secourir les
orphelins et les jeunes filles dans le besoin, à soutenir
les naufragés, ceux qui travaillent dans les mines, in
metallis, condamnés pour la foi chrétienne à ce dur
labeur, ou relégués dans les îles ou dans les prisons. La
réunion se termine par une agape comme nous le
dirons tout à l'heure21. On lit dans cette assemblée les
lettres des frères, ou des évoques22. Ailleurs, cet éton-
nant esprit, qui semble avoir eu des clartés sur tout,
relève le côté esthétique de ces réunions, un aspect
qu'il a peut-être été le seul à entrevoir à son époque.
Pour le chrétien ces assemblées remplacent les émo-
tions du cirque et du théâtre, elles sont une compensa-
tion, spectacula christianorum sancta, perpétua, gra-
tuita : in bis tibi ludos circenses interpretare, cursus
sseculi intucre, tempora labentia, spalia dinumera,
mêlas consummationis expecta, socictalcs ecclesiaruni
vu, n. 3, 7, 8, P. L., t. iv, col. 250 sq. — " De orat. dom., c. vm,
P. /.., t. îv, col. 541. — "Epist., xv, 4, ibid., col. 274; cf.
col. 344 sq., 402. — "Tertullien, Apolog., 2, P. L., t i, col. 321;
De cor., 3, P. L., t. u, col. 99. — "Ad ti.ror., 2, 4, P. L., L I,
col. 1407. Cf. Lactance, Instit., 7, 19, P. L., t. vi. col. "<>:. —
" Ibid. — "Ad nationes, I, 7, P. L., t. i, col. 639. — '» Octa-
vius, c. ix, P. L., t. m, col. 271. — »• De anima, c. ix, P. L.,
t. u, col. 701. - «' Tertullien Apolog., c. xxxix, P. L., L i, col. 533:
— "Cypr., Epilt., xi.ii, 2, P. L., t. III, col. 727.
601
AFRIQUE (LITURGIE ANTÉNICÉENNE DE L']
602
défende, ad signum Dei suscitare, ad tubam angeli
erigere, ad martyrii palmam gloriare. Si scenicm do-
ctrinal délectant, satis nobis litterarimi est, satis ver-
suuni est, satis senlentiarum, satis etiam canticorum,
satis vocum; nec fabulse, sed veritates; nec strophee,
sed simplicité/ tes '
Les livres lus à l'assemblée, Ancien ou Nouveau Testa-
ment appelés Codices sacri, peut-être libri deifici, sont
sous la garde des évêques et des prêtres. Il en est ques-
tion plusieurs fois dans des actes très authentiques de
martyrs africains, car dans la persécution de Dioclétien
on ordonna aux évêques et aux prêtres de les livrer,
parfois sous peine de mort. Ainsi dans les actes de saint
Félix de Tubiaca (edictum propositum est... principi-
bus et magistratibus) ut libros deificos peterent de
manu episcorum et presby terorum... Magnilianus cu-
rator dixit : Libros deificos habetis ? Aper dixit : Habe-
mus. Magnilianus curator dixit : Date illos igni aduri.
Tune Aper : Episcopus noster apud se illos habet2. Il
n'est pas question, explicitement au moins, d'autres
livres liturgiques.
VIII. L'agape. — L'agape qui termine parfois la réu-
nion indique par son nom même ce qu'elle est, id voca-
tur, quod dileclio pênes grsecos est. C'est un lestin oll'ert
aux frères pauvres par les plus riches de la commu-
nauté. Une douce gaieté y est de mise, mais tout désordre
en est banni; elle commence par la prière, editur quan-
tum esurientes capiunt, bibilur quantum pudicis est
utile. A la fin du repas on invite ceux qui en sont capables
à chanter quelque pièce empruntée aux Écritures saintes,
ou bien quelque cantique composé pour la circonstance
ut quisque de scripturis sanctis vel de proprio ingenio
potest provocalur in médium Deo canere, hinc proba-
tur quomodo biberit. La réunion se termine par la
prière 3. Cette agape se célèbre même parfois en prison,
parles soins de l'Église, pour la consolation des martyrs
qui y sont détenus4. C'est ce qui eut lieu pour les saintes
Perpétue et Félicité et leurs compagnons ; le repas libre
qui était le dernier repas des condamnés, devint une
agape, pridie quoque cum Ma cœna ultima, quam libé-
rant vocant, quantum in ipsis erat, non cœnam libe-
ram, sed agapen, cœnarent 5 Plus tard, le même Ter-
tullien qui nous a tracé de l'agape cette peinture idyl-
lique nous parle des désordres qu'elle entraînait,
portrait exagéré sans doute, car il est à ce moment
montaniste, mais dont bien des traits doivent être vrais,
car nous retrouvons les mêmes plaintes chez d'autres
écrivains du même temps 6.
Saint Cyprien ne nous parle de l'agape qu'une fois, si
nous nous trompons, ce qui tendrait à prouver que
déjà l'Église, par suite de ces excès mêmes, ne favorisait
pas la fréquence de ces festins; bientôt du reste elle les
abolira complètement1.
Les distributions aux pauvres sur les mensse marty-
rum se rattachent peut-être aussi par un lien plus ou
moins étroit à l'agape. Voir au § IV, Culte des martyrs,
et l'article Agapes.
IX. Eucharistie et messe. — La réunion eucharis-
tique a une tout autre importance. Elle a lieu aussi avant
l'aurore, antelucanis cselibus8. Notons que d'après les
expressions de Tertullien elle ne semble pas faire un
tout indivisible avec cette partie de la messe que nous
appelons aujourd'hui l'avant-messe ou messe des caté-
1 De spect., c. xxix, P. L., t. I, col. 735. — - Cf. dom Cabrol et
uom Leclercq, Monumenta Ecclesix liturgica, t. I, n. 4013, 4014,
4015, 4018, et aussi n. 3937, 3944, 3949, 3955. — 3 Tertullien, Apo-
log., c. xxxrx, P. L., t. i, col. 539. — * Ad Martyr., 2, P. L., t. I,
col. 696. — 5 Edit Ruinart, n. XVII. Ct. dom Cabrol et dom Le-
clercq, Monumenta Ecclesiœ liturgica, t. i, n. 3985. — ° De ie-
jurtio, c. xvii, P. L., t. il, col. 1029. — 7 Cyprien, Te&im. adv.
Jud., 1. III, c. XIII, P. L., t. iv, col. 762 sq. — «Tertullien, De
cor., 3, P. L., t. n, col. 99. Cf. Cyprien, Epist., lxiii, n. 16, P. L'.,
1. iv, col. 393. — "Cf. Les origines de la messe et le canon
chumènes, ce qui favorise l'hypothèse présentée ailleurs
de la séparation de ces deux parties, et sur laquelle nous
reviendrons9. Les catéchumènes n'assistent pas au sacri-
fice et Tertullien blâme les hérétiques qui ne gardent pas
ces règles, quis (apud eos) catechumenus, quis fidelis
incertus est ; pariter adeunt, pariter orant, sanctum ca-
nibus etporcis margaritas, licet non veras jactabunt 10.
Le sacrement de l'eucharistie est accompli sous la
forme du pain et du vin, avec les paroles prononcées
par le Christ lui-même : Corpus Christi in pane censetur
hoc est corpus meum ' ' ; sic enim Deus in evangelio quo-
que vestro (celui de Marcion) revelavit, panem corpus
suum appellans ut et hinc jam eum intelligas corporis
sui figuram panis dédisse12; acceptum panem et di-
stributum discipulis corpus illum suum fecit, hoc. est
corpus meum dicendo, id est figura corporis mei. Figura
autem non fuisset, nisi verilalis esset corpus... cur
autem panem corpus suum appellat13"!
Du temps de saint Cyprien certains évêques, oubliant
les traditions apostoliques, croyaient pouvoir faire le
sacrifice avec de l'eau au lieu du vin. L'évêque de Car-
thage proteste vivement contre cet abus; il écrit aux
évêques pour leur rappeler les prescriptions antiques.
Quamquam sciam, dit-il, episcopos plurimos, ecclesiis
dominicis in toto mundo divina dignatione propositos,
evangeliese veritatis ac dominicœ tradilionis tenere
rationem, nec ab eo quod christus magister et prœce-
pit et gessit humana et novella institulione decedere;
tamen quoniam quidam vel ignoranter vel simpliciler,
in calice dominico sanctificando et plebi minislrando
non hoc faciunt quod Jésus Christus Dominus et Deus
noster, sacrifiai hujus auclor et doctor fecit et docuit,
religiosum pariter ac necessarium duxi lias ad vos
litteras facere; ut si qui in isto errore adhuc tenetur,
verilalis luce perspecla, ad radicem atquc originem
Iraditionis dominicam reverlatur >4... admonilos autem
nos scias ut in calice o/ferendo dominica traditio serve-
lur neque aliud fiât a nobis quam quod Dominus prior
jecit ut calix qui in commemorationem ejus offertur,
mistus vino offerratur. Nam cum dicat Christus : ego
sum vitis vera, sanguis Christi non aqua est utique,
sed vinum is. Il faut, comme le grand-prêtre Melchisé-
dech, qui a préfiguré le sacrifice du Christ, ollrir le pain
et le vin; l'eau est pour le baptême, mais non pour le
sacrifice16. On a vu non sans raison une allusion à la
préface dans ces mots de Tertullien : Benedici Deum
omni loco ac tempore coniecel... cum Ma angelorum
circumstanlia non cessant dicere sanclus, sanclus,
sanctus11. Saint Cyprien, comme nous le verrons plus
loin, nous cite le dialogue de la préface.
Ajoutons aux textes que nous venons de donner et qui
sont à rapprocher des expressions mêmes du canon ro-
main un certain nombre d'autres passages précieux pour
l'histoire de ce canon. Cyprien revient en un autre endroit
sur l'allusion à Melchisédech : Quis magis sacevdos Dei
summi quam Dominus noster Jésus Christus qui sa-
crificium Deo Patri obtulit hoc idem quod Melchisé-
dech obtulerat, id est panem et vinum l8. Tertullien y
avait déjà fait allusion 19. Saint Cyprien nous dit encore
que l'on fait mention de la passion et de la résurrection,
passionis ejus mentionem in sacrificiis omnibus faci-
mus 20. Nos autem resurrectionem Domini mane cele-
bramus2i. On peut sans trop de témérité rapprocher
romain, dans la Revue du clergé français, 15 août et 1" sept.
1900, p. 573 sq. — «> De prœscr., c. xu, P. L., t. u, col. 68. —
"De orat., c. vt, P. L., t. n, col. 1263. — '2 Adv. Marcion.,
1. III, c. xix, P. L., t. n, col. 376. — "Ibid., 1. IV, c. xi-, loc. cit.,
col. 492. — ^Cyprien, Epist., lxiii, 1, P. L., t. iv, col. 384. —
"Ibid., n. 2, loc. cit., col. 385. — 16 Ibid., n. 5, 6, 7, 8, loc. cit.,
col. 389. —"De orat., c. m, P. L., t. i, col. 1258. — >*Epist.,
lxiii, n. 4, P. L., t. iv, col. 3S7 ; cf. col. 339. — <° Adv. Jud., c. n,
P. L., t. n, col. 640. — 2° Epist., lxiii, n. 17, loc. cit., col. 3'.is.
- 21 Ibid., n. 16, loc. cit., col. 398.
603
AFRIQUE (LITURGIE ANTËNICÉENNE DE L')
604
ces textes de l'anamnèse du canon romain : unde et me-
mores... tam bealse passionis, necnon et ab inferis
ressurrectionis... munera quod tibi obtulit summus
sacerdos tuus Melchisedech. Probst retrouve dans ces
paroles : preces in conspectu ejus, un souvenir de
celles-ci : m conspectu divinœ majestatis ejus. Enfin
oramus et petimus, ut precem pro omnium salute
faciamus, sont à rapprocher de pro nostra omniumque
salute ' .
Il y a certainement un autre rapprochement à faire
entre le prologue romain du Pater à la messe : Oremus.
Prseceptis salutaribus nwniti, etc., et les textes africains
qui nous parlent de cette prière comme de la légitima
oratio 2, qui nous disent avec Tertullien ; Memoria prse-
ceptorum viam oralionibus sternunt 3 et surtout avec
saint Cyprien en termes presque identiques : Qui (Domi-
nus) inter caetera salutaria sua monila et prsecepta
divina quibus populo suo consulit ad salutem etiam
orandi ipse formam dédit, ipse quid precaremur mo-
nuit et instruxiti.
Tertullien nous avait donné les paroles de la consé-
cration du pain; saint Cyprien à propos de la discussion
sur les éléments du sacrifice nous cite les paroles de
la consécration du vin : Calicem sub die passionis acci-
piens (Christus) benedixit et dédit discipulis suisdicens:
Bibite ex hoc omnes. Hic est enim sanguis novi testa-
nienti, qui pro mulùs effundetur in remissionem pec-
calorum. Qua in parte invenimus calicem mislum
fuisse quem Dominus obtulit et vinum fuisse quod
sanguinem dixit. Ainsi le sang du Christ n'est pas
offert si le vin manque5. Et l'apôtre ajoute : Quoties-
cumque biberinms in commemorationem Domini hoc
faciamus quod fecit et Dominus. Offrir de l'eau seule
dans le calice est donc contraire à la discipline évangé-
lique et apostolique 6.
Cependant on mêle de l'eau au vin dans le calice
pour la consécration, et cette eau représente les fidèles
qui s'unissent ainsi au sacrifice du Christ". On pos-
sède des calices sur lesquels est gravée l'image du Pas-
teur8.
On reçoit l'eucharistie sous les deux espèces, c'est le
diacre qui offre le calice aux assistants; mais le Christ
est tout entier sous l'espèce du pain; on recevait l'eucha-
ristie dans ses mains, on la recevait seulement de la
main de ceux qui présidaient, et on l'emportait dans sa
maison. On ne l'emportait que sous l'espèce du pain9.
Saint Cyprien raconte le fait.d'une femme qui avait reçu
le corps du Seigneur avec des mains impures; elle l'em-
porta chez elle dans un coffret, mais, quand elle voulut
manger le saint du Seigneur, elle ne trouva plus que
des cendres 10. Cette nourriture divine se prend à jeun;
« que pensera le mari païen d'une femme chrétienne,
dit Tertullien, en la voyant prendre secrètement cette
nourriture avant toute autre "? » On reçoit cette eucha-
ristie avec crainte et révérence; laisser tomber à terre
quelques parcelles du pain, ou quelques gouttes du
calice, est considéré comme un malheur 12. On la reçoit
chaque jour, surtout quand la persécution menace :
Gravior nuncet ferocior pugna imminet adquam...pa-
rare se debeant milites Chrisli, considérantes ideirco
se cottidie calicem sanguinis bibere, ut possinl et ipsi
propler Cltristum sanguinem fundere13 ; sacerdotes qui
' Probst, Liturgie der drei ersten christ. Jahr.,p. 227 ; Cyprien,
De or. dom., c. xvn, P. 1.., t. îv, col. 548. — * Mone, Die o/ri-
kanische Messe, lateinische u. griechisclie Messe, p. 80. — 3De
oratione, c. x; Mone, loc. cit., p. 82. — * De orat. dominica,
c. il, P. L., t. IV, col. 537. — '■Epist., lxiii, 9, 10, 11, loc. cit.,
col. 392 sq. — « Ibid., et sq. — ' Ibid., n. 13, loc. cit., col. 395 sq.
- " De pudicitia, c. x, P. L., t. n, col. 1053. — » Tert., De
ror., 3, P. L., t. Il, col. 99; De idol., 7; Cyprien, De lapsis. J,
9,15, 10,25; cf. Epist., i.vi, 9, /'. L., t. iv, col. 307; De bono
ntiœ, c. xiv. — '"De tapsis, 20, P. L., t. iv, col. 501. —
"Ad uxor., Il, 5, P. L., t. I, col. 1408. — '« De cor., 3, P. L.,
sacrificia Dei cottidie celebramus, hostias Deo et victv-
mas prœparemus u. Une faute grave nous prive de cette
communion au corps du Christ, qui in Christo sumus
et eucharistiam cottidie ad cibum salutis accipimus,
intercedente aliquo graviore delicto, dum abstenti et
non communicantes a cœlesti pane prohibemur, a
Christi corpore separemur^.
C'est le lieu de parler du baiser de paix qui dans la
masse africaine est rattaché au Pater. Il est appelé le
signaculum oralionis, et l'on sait que le terme oratio
désigne par excellence le Pater, signacidum pacis quod
est signaculum orationis 16. Quelques-uns étaient d'avis
de le supprimer les jours de jeûne, mais Tertullien
s'élève avec vivacité contre cette pratique. Le baiser de
paix n'est cependant pas employé exclusivement à la
messe, et ceci est un point important à noter, car il nous
semble qu'on a généralement attaché à cette cérémonie
une importance beaucoup trop grande comme caracté-
ristique de la messe. En réalité, Tertullien nous dit qu'M
n'y a pas de prière complète sans ce rite, pas d'office,
pas de sacrifice sans la paix17; tout au plus faut-il le
retrancher le jour de pàque (vendredi saint), qui est un
jeûne public18. Comment un mari païen souffrira-t-il
que sa lemme chrétienne donne le baiser à un irère 13 ?
Saint Cyprien semble parler aussi du baiser de paix que
l'on donne au baptême 20.
Nous avons remarqué ailleurs que Tertullien, quand il
reproche aux hérétiques de n'observer aucune règle
pour le sacrifice et de laisser approcher même les païens,
s'exprime en des termes qui semblent une allusion aux
paroles du diacre sancta sanctis : etiam ethnici, dit-il,
si super vener in t, sanctum canibus et porcis margarilas
licet non veras jactabunt 21.
Il y a renvoi du peuple à la fin de la messe Dimis-
sus a dominica... post transacta solemnia dimissa
plèbe ™.
Ce n'est pas sans raison que l'on a essayé de tirer de
la vision de sainte Perpétue quelques traits qui pa-
raissent bien s'appliquer à la messe; on entend retentir
le chant : Agios, agios, agios, sine cessa tione. Au mi-
lieu de l'assemblée est assis un vieillard aux cheveux
blancs comme la neige, ci préside; à droite et à gauche
sont vingt-quatre vieillards qui lui font cortège. Perpé-
tue et ses compagnons se tiennent debout et se donnent
la paix, et sainte Perpétue répond : Deo gratias. Elle
reçoit les mains jointes la nourriture que lui présente
le Pasteur, et tous répondent Amen 23. Tertullien nous
dit aussi que l'on répond Amen en recevant la commu-
nion 24.
X. Litanie. — Il est une autre prière récitée d'ordi-
naire à la messe, et qui est d'une grande importance,
car on la retrouve avec des modifications purement acci-
dentelles d;ins la plupart des liturgies; c'est la litanie,
une des formules liturgiques les plus antiques. Voir
Litanie. Elle est une sorte de nucleus autour duquel
se sont développées bien des prières. On y prie pour
l'église, pour ï'évêque, pour les prêtres et les autres
ordres; on peut dire que c'est la prière universelle.
Nous la voyons se transmettre et se transformer d'âge
en âge jusqu'à nos jours. Un texte important de Ter-
tullien nous permet de nous la représenter à peu près
dans sa forme primitive : Vêtus quidem oratio et ab
t. 11, col. 99; Testini. adv. Jud., 1. m, c. xciv, P. /.., t. iv,
col. 804. — '«Cyprien, Epist., lvi, 1, loc. cit., col. 359 sq. —
" Epist., uv, 3. P. 1... t. 111, col. 88'*. — "S. Cyprien, De orat.
domin., c. xviu, P. L-, t. iv, col. 549. — '•Tertullien, De ora-
tione. 10, 14 et 18, P. L., t. 1, col. 1281. Cf. Mone, loc. cit.,
p. 81. — " Ibid., col. 1282. - ■• lri,l.. col. 1284. — '• Ad u-ror.,
1. II. c. IV, P. L., t. 1. col. 1407. — «Cyprien. Epist., nx. 4,
/'. / ,, 1. m. coi 1059 sq. — " De prxscr . c. \i 1. P. I... t. 11,
col. 68. — ** Dratiima, c. i\. P. /... 1. 11. c. 1. 701. — "Cf. The
passion of S. Perpétua, dans Texts and studies, Cambridge,
1891,n.4ctl2,p.68et80. — "X»eaoect..c.XXV, P. L.,tl,OOl
€05
AFRIQUE (LITURGIE ANTINIGÉENNE DE L')
606
ignibus, et a bestiis et ab inedia liberabat et tamen
non a Christo acceperat formam... quanto amplius
oralur oratio christianorum. . . non esurientibus rusti-
corum prandium transfert... sed patientes, et senlientes
et dolentes sufferentia instruit, virlute ampliat gra-
tiani... sed et rétro oratio plagas irrogabat... nunc
vero oratio justitise oninem iram Dei avertit, pro ini-
micis excubat, pro persequentibus supplicat... nihil
novit nisi defunctorum animas de ipso mortis itinere
vocare, débiles reformare, segros remediare, dsemo-
niacos expiare, claustra carceris aperire, vincula in-
norentium solvere. Eadem diluit delicta, tentationes
repellit, persecutiones exstinguit, pusillanimes conso-
latur, magnanimos oblectat, peregrinantes deducit,
fluctus miligat, latrones obstupefacit, alit pauperes,
régit divites, lapsos erigit, cadentes suspendit, slantes
continet l.
On peut accorder que la prière pour les césars, qui
n'est mentionnée ici qu'implicitement, pro inimicis,
pro persequentibus, faisait aussi partie de la prière li-
tanique; il en est du reste question plusieurs fois dans
Tertullien. Nos enim pro salute imperatorum invoca-
mus Deum verum, Deum vivum. Precantes sumus
omnes semper pro omnibus imper atoribus, vilam Mis
prolixam, imperium securum, domum tutam, exerci-
tus fortes, senatum fidelem, populum probum, orbem
quietnm, et quxcumque hominis et Csesaris vota sunt 2.
Sed eliam nominatim atque manifeste : Orate, inquit,
pro regibus et pro principibus, ut omnia tranquilla
sint vobis 3. Voici d'un autre côté la réponse de saint
Cyprien dans ses Actes proconsulaires : nullos alios
deos novi nisi unum et verum Deum, qui fecit cmlurn
et terram, mare et quœ sunt in eis omnia. Huic Deo
nos christiani deservimus ; hune deprecamur, diebus
ac noctibus, pro nobis et pro omnibus hominibus et
pro incvlumitate ipsorum imperatorum 4.
Rien ne nous serait plus facile que de faire ici des
rapprochements avec d'autres liturgies. Nous nous bor-
nons à deux liturgies latines dont l'origine est fort an-
cienne. Quant à la liturgie romaine, la prière litanique
du vendredi saint et celle du samedi sont trop connues
pour qu'il soit utile de les citer ici.
Tertullien 5. Liturgie mozarabe Liturgie ambrosien-
à la messe. ne à la messe.
Oraisons d'uffer- Oraison sur les
toire. oblata.
Oratio... pro ini- Ecclesiam san- Oraison pour le
micis excubat, pro ctam eatholicam prêtre.
persequentibus in orationibus in Oraison pour l'ÉS-
supplicat... nihil mente habeamus*... glise.
novit nisi defuncto- Oraison pour tous
rum animas de ipso les fidèles vivants et
mortis itinere vo- Omnes lapsos, morts.
care, débiles refor- ca,)livos, inflimos Les missels ma-
mare, xgros reme- atque peregrinos in nuscrits et imprimés
diare, dsemoniacos mente habeamus... avant saint Charles
expiare, claustra mettent ici plusieurs
carceris aperire, oraisons ad bene-
vincula innocen- placitum:
tium solvere...
Eadem pusilla- Quia tu es vita Pro inimicis.
nimes consolatur , vivorum, sanitas Pro familiari-
...peregrinantes de- infirmorum, ac re- bus.
* De erat., 29, P. L., t. i, col. 1303. A rapprocher de la descrip-
tion des litanies dans saint Cyprien (voir l'essai de restitution
dans Probst, loc. cit., p. 222, 223), et des deux textes de Tertullien
sur les prières dans l'assemblée, plus haut, col. 600. — - Apolog.,
c. xxx, P. L., t. i, col. 504. — 3Ibid., c. xxxi; cf. Ad Scapul.,
1, 2, loc. cit., t. i, col. 775 sq. — * Dom Cabrol et dom Lcclercq,
Monumenta Ecclesise liturgica, 1. 1, n. 3991. — 5 De orat., loc.
cit. — ' Remarquons cette expression qui semble venir aussi en
droite ligne de Tertullien et de l'épigraphie primitive. Cf. plus
loin § XVI, Exorcisme. — 'Dom Cagin, Paléographie musicale,
Solesmes, 1896, t. v, p. 74 sq. — 8 Probst, loc. cit., p. 202, 227, 229.
— 'Tertullien, De idol., c. xxiv, P. L., t. I, col. 774; De bapt.,
C xx, loc. cit., col. 1332; De spect., c. IV, 13, 24, P. L., t. I,
ducit... alit paupe- quies omnium flde- Pro.tribulatione.
res, régit divites, lium defunctorum Pro in/irmo.
lapsos erigit,caden- in seterna ssecula Pro iter agenti-
tes suspendit... sxculorum. bus, etc.
Il faut remarquer ici que la liturgie ambrosienne em-
ploie après ces oraisons l'oraison romaine : Suscipe
sancta Trinitas hanc oblationem, etc. Elle en fait en
somme une oraison super nomina. Or ceci est impor-
tant. Ce n'est pas le lieu de s'étendre sur ce sujet, mais
nous trouvons dans les liturgies plusieurs variantes de
l'oraison Suscipe sancta Trinitas avec l'énumération
des noms, comme une véritable oraison super nomina.
La messe romaine aurait donc encore actuellement, dans
cette oraison, abrégée et arrangée, un vestige de l'orai-
son super nomina. De ce fait donc, une des grandes
divergences que l'on a remarquées entre la liturgie ro-
maine et les liturgies latines disparaîtrait, et serait con-
firmée du même coup l'hypothèse ingénieuse et hardie
qui a ramené les mémento du centre du canon à l'offer-
toire 7.
Quant à la place qu'occupent les litanies dans la litur-
gie d'Afrique, Probst prétend, un peu hâtivement selon
nous, qu'elles étaient recitées entre le trisagion et la
consécration ou l'épiclèse, c'est-à-dire à peu près à la
place où se trouvent aujourd'hui au canon romain le
mémento des vivants et celui des morts, qui ne sont au
fond que des prières litaniques 8. Dans les textes de
Tertullien cités ci-dessus (§ VIII, Assemblée chrétienne),
Oramus pro imper alonbus, etc., et prout Scripturse
leguntur, etc., la litanie semble au contraire accompa-
gner la lecture de l'Écriture et faire partie de la vigile,
plutôt que de la' cène proprement dite.
XI. Baptême. — Plus nombreux encore sont les ren-
seignements que nous avons sur le baptême africain.
Cette question sera traitée avec tous ses développements
à l'article Baptême. Notons simplement quelques parti-
cularités. On s'y prépare en apprenant les éléments de
la i„i chrétienne, par des prières plus Iréquentes, des
oraisons à genoux, des veilles, des jeûnes, par la confes-
sion de ses péchés; celui qui demande le baptême doit
renoncer au monde et au démon; d'après les différents
passages de Tertullien et de Cyprien où il en est question,
on peut reconstituer à peu près sûrement la formule en
ces termes : Abrenuntio diabolo, et pompse, et angelis
ejus et sssculo 9. Le baptême peut être donné aux en-
fants, et dans ce cas les parrains répondent pour eux.
Tertullien est peu favorable à ce baptême, mais saint
Cyprien au contraire ne veut pas que les enfants soient
hustrés de cette grâce10. Toute eau peut servir à bap-
tiser : ideoque nulla distinctio est, mari quis aul sta-
gno, flumine an fonte, lacu an alveo diluatur, nec quid-
quam refert inter eos quos Joannis in Jordane et quos
Petrus in Tiberi linxit ix. C'est dans l'eau que nous re-
naissons à l'image du Christ, notre maître, le poisson,
1X0 TS :nos discipulisecundumïX&TN nostrumJesum
Christum m aqua nascimur 12 (fig. 107 et 108). Ce bap-
tême est appelé couramment le baptême in nomine
Christii3, mais la formule est celle employée par le
Christ même : In nomine Patris et Filii et Spirilus
sancti u. D faut donner du reste cette description précise
du rite : ut a baptismate ingrediar, aquam adiluri,
col. 709, 720, 731 ; De cultu fxmin., 1. 1, c. il, P. L., t i, col. 1418
sq.; Cyprien, Epist., vi, 5, P. L., t IV, col. 244. — ,0 Tertullien,
De bapt., 18, P. L., t, i, col. 1330; Cyprien, De lapais, c. ix; cf.
Epist., lix, 2, P. L., t. iv, col. 487; t. ni, col. 1050. — " De
baptismo, c. IV, P. L., t. I, col. 1311. — ^Ibid., col. 1306.
Cf. Hagioglypta sive picturse et sculpturse sacra: antiquiores
explicalse a Joanne l'Heureux, edidit Garrucci, Lutetiae Pa-
risiorum, 1856, in-8°, et De Rossi, dans le t. m du Spicilegium
Solesmense : De christianis monumentis IX6ÏN exhibentibus,
p. 545 sq. — < = Cyprien, Epist., lxxiv, 5. P. L., t. m, col. 1177.
— "Tertullien, De baptismo, c. vi, 13, P. L., col. 1314, 1323;
Adv. Prax., c. xxvi, P. L., t. n, col. 213; Cyprien, Epist., xxu,
3, P. L. t. iv, col. 293.
607
AFRIQUE (LITURGIE ANTÉNICÉENNE DE L')
608
ibidem, sed et ali quanto prius in Ecclesia sub antis-
titis manu contestamur nos renuntiare diabolo, etpom-
<pm et angelis ejus:. dehinc ter mergitamur, amplius
a/ii/wid respondentes, quam Dominus in Evangelio
delerminavit. Inde suscepti, lactis etmellis concordiam
107. — Poissons représentant les fidèles.
D'après Garrucci, Hagioglypta sive picturx et sculpturx soerse,
1856, p. 7.
prsegustamus ; exque ea die, lavacro collidiano per to-
tam liebdomadam abstinemus l.
Le droit de donner le baptême revient d'abord à
l'évoque : Jus habet summus sacerdos, id est episcopus.
108. — Poisson près du Pasteur.
D'après Garrucci, Hagioglypta sive pictune et sculpturse sacra?,
1856, p. 1.
Dehinc presbytens et diaconls... alioquin ctiam laicis
jus est 2. On peut l'administrer en tout temps, mais
l'époque la plus convenable est celle de Pâques ù la Pente-
côte, diem baptisnw solemniorem Pascha prxstat, cum
et passio Domini in qua tinguimur, adimpleta est...
Exinde Pentecostes ordinandis lavacris latissimum
spatium est... Cietcrum omnis dies Domini est, omnis
hora, omne tempus habile baptisnw3. Aussitôt après
l'immersion, le baptisé reçoit le corps et le sang du Sei-
gneur, exinde opimitate Dominici corporis vescitur, eu-
charistia scilicet ... sic baptizatis et Spiritum sanction
consecutis ad bibendum calicem Doniini pervenitur K
L'onctionetl'imposition des mainsquidonnentle Saint-
Esprit suivent le baptême : Dehinc manus imponitur
per b"nedictionem advocans et invitans Spiritum san-
ctum*... Nunc quoque apud nos geritur, ut qui in ec-
clesia baptizantur prxposilis ecclesix offerantur, et
per nostram orationem ac manus impositioneni Spiri-
tum sanctum consequantur et signaculo dominico con-
summentur 6... m ejusdem Chrisli nomine illic et
manus baptizato imponitur ad accipiendum Spiritum
sanctum, cur eadeni ejusdem majestas nominis non
« Dp. cor., c. m, P. L., t. il, col. 99. — « Tertullien, De bapt.,
17, P. L., t. h, col. 132. - *lbid., 169, P. L., t. n, col. 1831. —
'De pudic., c. ix, P. L., t. H, col. 105; Cyprien, Ep., lxiu, 8,
P. L., t. iv, col. 391. — 'Tertullien, De bapt., 8, P. L., t. n,
col. 1316. — • Cyprien, Ep., lxxiii, 9, P. L., t. m. col. lieo!
— ' Id., Ep.. lxxiv, 5, P. L„ t. m, col. 1177. — • De Pudic, 1,
prsevalet in manus impositione quam valuisse conten-
dunt in baptismi significatione"? Num si potest quis
extra Ecclesiam natus, templum Dei fieri, cur non
possit super templum et Spiritus sanctus infundi ? Qui
enim peccatis in baplismo impositis sanctificalus est
et in novum hominem spiritualiter reformatus ad
accipiendum Spiritum sanctum idoneus factus est 1.
Saint Cyprien, comme on le sait, croyait et enseignait,
à tort, qu'il fallait rebaptiser ceux qui ont été baptisés
hors de l'Église. Il ne parvint pas à faire prévaloir cette
opinion; mais en s'exprimant comme il le fait dans le
texte précédent, il distingue avec une netteté parfaite
le sacrement du baptême du sacrement qui donne le
Saint-Esprit.
Ajoutons comme dernières particularités, que le bap-
tême est appelé presque toujours par Tertullien lava-
crum, le bain, et spécialement lavacrum regenerationis
et aussi tingere et tinctio, qui ne se trouvent que trè3
rarement dans les documents liturgiques de Rome ou
des Gaules, mais plus fréquemment dans la mozarabe8;
que l'on donnait aux nouveaux baptisés un anneau, quo
fidei pactionem interrogatus obsignat^; que l'onction
accompagne le baptême, exinde egressi de lavacro per-
ungimur10, ainsi que le baiser ".
XII. Pénitence. — Après le baptême et l'eucharistie,
c'est sur la pénitence que nous avons le plus de rensei-
gnements; nous résumons le sujet car il sera traité ail-
leurs avec plus d'étendue (voir Pénitence) ; la disci-
pline africaine ne parait guère, du reste, s'éloigner sur
ce point de la discipline commune. Quand il parle de la
pénitence, Tertullien nous dit qu'elle donne le pardon
à tous les péchés, Omnibus ergo delictis seu carne, seu
spirilu, seu facto, seu voluntate, commissis, qui pœ-
nam per judicium destinavit, idem et veniam per pœ-
nitentiam spopondit 12. Plus tard, devenu montaniste, il
's'éleva au contraire contre l'indulgence du pape, mais
ses invectives contre Calliste sont elles-mêmes fort in-
structives, car elles sont une description de la pénitence
telle qu'elle était exercée à Rome. On voit que le péni-
tent public, pour obtenir son pardon, arrive au milieu
de l'assemblée, vêtu d'un cilice, couvert de cendrés, en
signe de repentir, dans un appareil lugubre. Il se pros-
terne devant les veuvrs et les prêtres; il saisit la frange
de leurs vêtements, baise la trace de leurs pas, les prend
par les genoux; pendant ce temps l'évèque exhorte les
fidèles à se montrer cléments, il leur raconte la para-
bole de la brebis perdue l3. Il semble que les mêmes
rites existaient en Afrique, car Tertullien nous en parle
comme d'usages connus, in sacco et in cinere inhorres-
cunt, eodem fletu gemiscunt, eisdem precibus ambiunt,
eisdemgenibus exorant, eamdem invocant malrem u...
Cum te ad fratrum genibus prolendis, Christum con-
treclas... jEque illi cum super te lacrymas agunt,
Christus patitnr, Cltristus Patrem deprecaturii. Cy-
prien va nous les décrire à son tour.
En effet, une autre circonstance donna lieu dans cette
Église à des controverses qui éclairent la question de la
pénitence. Durant la persécution de Dèce un grand
nombre de chrétiens apostasièrent. Après la persécu-
tion ces lapsi voulurent rentrer dans l'Église, sans une
pénitence suffisante. Voir Liiiellatiques. Saint Cyprien
dans ses lettres fixe les conditions auxquelles on pourra
les recevoir : Ante expiala delicta, ante exomologe-
sim factam eriminis, ante purgalam conscientiam
sacrificio et manu sacerdotis 16... Quam mulli cotluiie
pœnitenliam non agentes, nec delicti sui comeientiam
P. L., t. H, col. 1032. — '\lbid., 9, P. /... t. Il, col 1051. -
,0 Tertullien, De bapt., 7, P. L., t. i. col. 1315. — "Cyprien, Ep..
LIX, 4, P. L., t. m, col. 1052 sq. — «De pœnit., i,P. L., t. i,
col. 1343. — '«De pudic, 13, P. L., t. n. col. 1056. — "Ibid.. »,
P. /-., t. il, col. 1040. — "De pœnit.. 10, P. L., t l, col. loùti
— "De lapsis, 16, P. L., t. iv, col. 493.
609
AFRIQUE (LITURGIE ANTÉNICÉENNE DE L'}
610
confi tentes1... dum admitti confessio ejus potest,dum
satisfactio et remissio per sacerdutes apud Dominum
grata est2... iejuniis, fletibus, planctibus iram {Do-
mini) placemus 3... jacere et prostemere se Deo debent
orare oportet impensius, et rogare, diem luctu transi-
gere, vigiliis noctes ac fletibus ducere, tempus omne
lacrymosis lamentationibus occupare, stratos solo
adhserere, cineri, in cilicio et sordibus volutari, etc. 4.
Il nous dit aussi que l'évêque et ses prêtres imposaient
les mains au pénitent, cum in minoribus peccatis
agant peccatores pœnitentiani justo tempore, et secun-
dum disciplinée ordinem ad exomologesim venient, et
per manus impositionem episcopi et cleri jus commu-
nicationis accipiant... nunc nonduni restituta Eccle-
sise ipsius pace, ad r.ommunicationem admittunlur et
offertur nomine eorum, et nondurn pœnitenlia acta,
nondum exomologesi facta, nondum manu eis ab
episcopo et clero imposita, euchavislia Mis datur 5.
Ceux qui revenaient de l'hérésie à la véritable Eglise
recevaient aussi l'imposition des mains, nos quogue ,ho~
die observamus...si poslmodum {quiad hsereticos trans-
férant) peccato suo cognito e>t errore digeslo, ad veri-
talem et matricem redeant satis sit in pœnitentiani
manum imponere^... lllos (apostatas) aportet, cum
redeunt, acta pœnitenlia per manus impositionem
solam recipi et in ovile unde erraverant, a pas-
tore restitui1. Ce rite est resté dans la liturgie. Cer-
tains auteurs prétendent même y voir le rite de la
confirmation. Mais c'est là une question compliquée
que nous n'avons pas à traiter ici. Voir Absolution,
col. 199, Abjuratjon, col. 98, et Hérétiques (B.éconci-
liation des).
Nous pouvons encore, d'après les textes africains, re-
constituer a peu près les formules de pénitence alors
usitées : convertamur ad Dominum mente iota, et pœ-
nitentiani criminis veris doloi'ibus exprimantes, Dei
misericordiam deprecemur * . . . Preces ipsas ad vos
prius convertimus, e quibus Deum pro vobis ut mise-
reatur oramus 9.
XIII. Mariage. — On connaît sur le mariage le texte
de Tertullien devenu banal à force d'être cité : Unde
suffîciamus ad enarrandum felicilalem hujus malri-
monii [christiani) quod Ecclesia conciliât et confirmât
oblatio et obsignat benedictio, angeli renunliant, Pater
rato habet, etc. 10. Ailleurs il parle encore de la béné-
diction : Non quidem abnuimus conjunctionem viri ac
feminse benedictam a Domino ii, et des tables nuptiales,
numquid tabulas nuptiales de Mo apud tribunal Do-
mini proferemus 12 ?
XIV. Hiérarchie. — Le service liturgique est présidé,
comme Tertullien nous l'a déjà appris, par des hommes
éprouvés, seniores, qui n'ont pas acquis cette charge à
prix d'or, mais par le témoignage que les frères leur
rendent13. Les noms d'évêque, de prêtre, de diacre
sont à cette époque d'un usage déjà ancien. Il se sert
de ces termes et de quelques autres qui désignent les
diverses classes : Quid ergo si episcopus, si diaconus,
si vidua, si virgo, si doclor, si eliam martyr lapsus a
régula fueril u. Ce docteur dont il fait ici mention, il
en donne plus loin la définition : est ulique frater ali-
' De lapsis, c. xxvi; cf. c. xxvm, P. L.,t. iv, col. 501. — -Ibid.,
c. xxix ; cf. Epist., lu, 11, 17, P. L., t. ni, col. 882 sq. ; lxiv, 5,
t. rv, col. 405. — zDe lapsis, c. xxix-xxx, toc. cit., col. 504 sq. —
* De lapsis, c. xxxv-xxxvi, toc. cit., col. 507 sq. — 5 Epist., IX, 2,
P. L., t. IV, col. 237. Ci. aussi Epist., X, 1, 4, loc. cit., col. 260 sq. ;
Epist. , xi, 2; xii, 1; xm, 2; liv, 1, loc. cit., t. m, col. 880 sq. —
6 Epist., lxxi, 2, P. L., t. IV, col. 422. — ''Epist., lxxiv, 12, P. L.,
t. ni, col. 1184. — 8 De lapsis, c. xxix, P. L., t. iv, col. 503._
— 9Poid., c. xxxii, loc. cit., col. 505 sq. — t0Ad uxor., 1. II,
c. IX. P. L., t. I, col. 1415. — » lbid., 1. I, c. m, loc. cit., col. 1389.
— ' -Ibid., l.n.c. m, loc. cit., col. 1405. — i3Apol., c.xxxix, P.L.,
t. i. col. 531 sq. — " De prsescr., c. ni, P. /.., t. II, col. 16 sq. —
"Ibid-, loc. cit., col. 31 sq. — 16Ce cor., 9, loc. cit. col. 108. —
DICT. D'ARCH. CHRÉT.
guis doclor gratia scientise donalus 13. Quis denique,
dit-il ailleurs, patriarches, quis prophètes, quis lévites,
aul sacerdos, aut archon, quis vel postea apostolus,
aut evangelisator, aut episcopus invenilur coronatus 16.
A quibus postulas?... ab episcopo monogamo, a pres-
bijteris et diaconis ejusdem sacramenti, a viduis )7? Il
reconnaît un certain nombre d'Eglises qu'il appelle apos-
toliques, qui conservent la chaire dans laquelle prési-
dèrent les apôtres, et ont gardé par suite avec plus de
soin leur tradition, percurre ecclesias aposlolicas, apud
quas ipsse adhuc cathedrse apostolorum suis locis pré-
sident 18. L'Église de Rome est une de ces églises et il
reconnaît, même sous une forme irrévérencieuse, l'im-
portance de son évêque : Pontifex maximus, quod est
episcopus episcoporum edicit :ego... Hoc in ecclesia le-
gitur, et in ecclesia promitur19. Saint Cyprien insistera
sur cette unité de l'Église et sur ce pouvoir des évêques,
successeurs des apôtres : unam cathedram constituit...
ut una Christi ecclesia et cathedra una monstretur20.
Episcopi qui in ecclesia prœsidemus... Episcopatus
unus est, cujus a singulis in solidum pars lenetur21.
Aux diacres qui paraissent avoir usurpé certains droits,
il rappelle leur origine : Meminisse aulem diaconi
debent quoniam apostolos, id est episcopos et prseposi-
tos Dominus clegit, diaconos autem, post ascensum
Domini in cselos apostolos sibi constituerunt episcopa-
tus sui et Ecclesise ministros 22. Tous les pasteurs sont
choisis et consacrés par une ordination : Non iste, dit-
il à propos du pape Corneille, ad episcopatum subito
pervenit, sed per omnia Ecclesise officia promolus et
in divinis administrationibus Dominum ssepe prome-
ritus, ad sacerdotii sublime fastigium cunclis religio-
nis gradibus ascendil 23... Non nisi in Ecclesia prsepo-
silis et evangelica legeac dominica ordinalione funda-
tis licere baptizare et remissam peccalorum dare 2*.
Cornélius a été élu de la façon suivante à Rome, le locus
Pétri : Factus est episcopus a plurimis collegis nostris
qui tune in urbe Roma aderant, qui ad nos litteras ho-
norificas et laudabiles et testimonio suse prœdicalionis
illustres de ejus ordinatione miserunt. Factus est au-
tem Cornélius episcopus de Dei et Chrisli ejus judicio
de clericorum psene omnium testimonio, de plebis
quse tune adfuit suffragio et de sacerdotum antiquo-
rum et bonorum virorum collegio : cum nemo ante se
factus esset, cum Fabiani locus, id est cum locus Pétri
et gradus cathedrse sacerdolalis vacaret2S. Celui-là
n'est-il pas évêque qui a été tait évêque par seize co-
évêques26? Aussi Dieu préside-t-il à ces ordinations: Tu
exislimes sacerdotes Dei sine conscientia ejus in Eccle-
sia ordinari 27 ?
Ces degrés il nous les énumère au courant de ses
lettres. En dehors des évoques, des prêtres et des
diacres, episcopi, presbyteri, diacones2s, on voit cités
dans sa correspondance Heremiam hypodiaconum, Lu-
cianum et Amantium acolythos 29, un exorciste et un
lecteur, prsesente de clero et exorcista et lecture 30. Il
y a même une charge, tombée plus tard en désuétude,
de doctor audientiuni. Fecisse me sciatis, écrit-il à
son clergé, lectorem Saturum et hypodiaconum Opla-
tum confessorem, quos jam pridem communi consilio
" Demonog., 11, loc. cit., col. 993. — "De prsescr., c. xxxvi, loc.
cit., col. 58. — "Depudic.,1, loc. cit., col. 1032. Cf. E. Rolfis, Dos
Indulgenz-Edict, dans Texte u. Unlers., 1893, t. xi, part. 3, pas-
sim. — "De unitate Ecclesise, c. rv, P. L., t. rv, col. 515. — '-' De
unitate, c. v, toc. cit., col. 516. Sur l'auliusnticité de ce texte, cf.
J. Chapman, dans la Rev. bénédictine. 1902. p. 246; p. 356; 1903,
p. 26 sq. — «- Epist., lxv. 3, P. /... t. i v. col. 408. — !» Epist., LU,
7, 8, P. L., t. m, col. 793. — «« Epist.. i.xxiu. 7. P. L., t. m, col.
1159. — « Epist.. LU, 8: cf. 9 et lxv, 1. P. /.., t. iv, col. 406. —
-ô Epis:.,Lll,2i, P. L., t. m. col. 815; cf. I.lil.l. — -'' Epist., lxix, 1,
P. L., t. iv. col. 413. — " Epist., lxxxu, 2, P. L., L ni, col. 1086.
— "Epist., lxxviii, 3(Inter Cyprianicas). P. L., t. iv, col. 434.
— 30 Epist., xvi (Inter Cyprianicas), P. L., t. iv, col. 276.
I. - 20
Cil
AFRIQUE (LITURGIE ANTÉNICÉENNE DE L')
612
clero pro.r.imos fecerantus, quart do aut Saturo die Pas-
chse semel atque iterum lectionem dedimus, aut modo
cum presbyteris doctoribus lectores diligenter probare-
mus, Oplatum inter lectores doctorem audientium
constiluimus, examinantes an congruerent Mis ortinia
quse esse délièrent in Us qui ad clerum parabantur1.
Commodien, de son côté, dans son rude langage poé-
tique, trace les devoirs du lecteur en des termes que
l'on pourrait rapprocher de l'admonition de l'évêque
aux ordinations : Lectores moneo quosdam cognoscere
tantum, etc. 2.
Cette fonction du lecteur étant toute liturgique, il ne
sera pas inutile d'insister sur l'importance que lui
donne Cyprien : merebatur talis clericse ordinationis
ulteriores gradus et incrementa majora, non de annis
suis sed de merilis sestimandus, sed intérim placuit
ut ab officia lectionis incipiat, quia, et nihilmagis con-
gruit voci quse Deum gloriosa prœdicatione confessa
est, quant, celebra.nd.is divinis lectionibus personare ;
post verba svblimia qum Christi martyrium prolocuta
sunt, Evangelium Christi légère, unde martyres
fittnt; ad pulpitum post catastam venire, illic fuisse
conspiatum gentilium multitudini; hic a fratribus
conspici, illic audititm esse cummiraculo circumstan-
tis populi, hic cum gaudio fraternitatis audiri. Hune
igitur, fralres dileclissimi,ame et a collegis qui prse-
sentes adorant ordinatum sciatis2. Dominico legit in-
térim nobis, id est auspicalus est pacem diim dédira1
lectionem *. Dans une autre lettre il parle presque dans
les mêmes termes de ce pulpitum, id est tribunal
Ecclesim, sur lequel monte le lecteur d'où il est vu par
tout le peuple, d'où il lit l'Évangile dont il a suivi les
préceptes les plus difficiles. Et pendant qu'il lit l'Évan-
gile, il invile le peuple à imiter la toi du lecteur1'.
Les expressions qu'il emploie pour décrire cette fonc-
tion et les instructions qu'il donne à ces clercs sont en
relation évidente avec le tormulaire dont se sert encore
l'Église romaine.
SAINT CYPRIEN
Vox divinis lectionibus
personare... tum evangelica
lectio de ore eius nuditur, le-
ctoris fidem quisque audierit
imitetur
in loci allions celsitato subnixus,
H plebi universse pro honoris
sui clarilnte conspiriius légat
prxrëptti et evangelium Bi-
nant qute fortiter ac /
sequitttr... hic a fratribus
ci... hiccum gaudiofra-
temitatisaudiri...oportebat lu-
cernani super candelabrumponi,
undfi omnibus luceat. et in al-
tiore loco constitui, ubi ah
omni circumstante conspecti,
videntibvis prœbeant, etc. '.
PONTIFICAL ROMAIN
f.rrtorem siguidem oportet
tegere ea quse pr.vdicot... stu-
dete igitur verba Dei, videliret
lectiones sucras... proferre...
mitent ore legitis, rorde
credatis, atque opère complea-
tis, quatenus auditoresvestros
verbo pariter et exemplo ve-
stro docere possitis. ldeoqnc
dum legitis in alto loco F>cle-
si;e stetls... ut al' omnibus au-
diamini... quatenus cunctis u
quihus audimini et videmitii
cxlestis vitse. formant prxbeu-
Us... Luceat lux vestra coram
hominibus... lumen q\
spirituals moribus pnebeant.
Pontificale Romanum, De </>■-
dinatione lectoris, de m
tione acoh/tlti.
A cette époque les lecteurs paraissaient suffire à tout,
aux lectures de l'Ancien et du Nouveau Testament, y
compris même la lecture de l'Évangile. Plus tard, soua
saint Augustin, il sera question de chantres, el di grands
changements se produisent dans la psalmodie et les lec-
tures7. Mais, pour le moment, les chants semblent
1 Epist.. XXIV, /'. I..,\. îv, cul. 396. — - Instruit. A. II, C. XXV]
Dominai, dans Corpus script, latin., Vienne, 1887, t. XV, p. 96. —
Epist.. xxxiii, 2, P. t., t. iv. col. 328. — * Ibid. — » Epist..
xx.xiv, 4, P. I... t. iv. col. :fol sq. — "Epist.. xxxiii. S; xxxiv,
4, 5, /'. L., t. IV. col. 331 sq. — ' Voyez AFRIQUE (.Liturgie post-
nicéenne). — "Commodien, htstruct.. I U.c. xxxv. vs.5.6. Corpus
script. lutin., 1887, t. xv, p. 106. — » /?;>., v, 4, P. L.. t. IV. roi. 340,
— ,0 Ep., lit. 1, P. L., t. m. col 787. — "Ep.. xxwi, 5j et
lu, 5, et xxxiii, 1. P. t., t. iv, col. 326 sq. — "Dcjejuniu. c. xm,
réservés pour l'agape et vraisemblablement pour les
acclamations comme Amen ou Alléluia ou Agios, pour
les hymnes et les psaumes du service liturgique. Peut-
être même des expressions que nous avons citées, cele-
brandis divinis lectionibus, divinis lectionibus perso-
nare, lectionibus resonantibus, pourra-t-on conclure
que ces leçons sont déjà chantées sur un récitatif. Com-
modien compare la voix des lecteurs à la trompette :
Buccina prseconum clamât lectore legente
Ut pateant aures, et tu magis obstruis Mas;
Luxaris labia, quibus ingemiseere debes*.
Les prêtres et les diacres entourent l'évêque dont ils-
lorment le conseil : Quando a primordio episcopatus
mei statuerim nihil sine consilio vestro et sine con-
sensu plebis mex privalim sententia gerere°...concor-
dia collegii sacerdotalis ,0... Collatione consiliorum
cum episcopis, presbyteris, diaconis, confessoribus pa-
riter ac stantibus laïcis factali. Tertullien parle même
déjà des conciles où sont traitées les affaires çrénérales
de l'Église : Aguntur prœterea per Grœcias illa.certis
in locis concilia ex universis ecclesiis per quœ etaltiora
quseque in commune tractantur et ipsa reprxscntalio
totius nominis christiani magna veneratione cele-
bratur 12.
Nous ne parlerons pas ici des vierges et des veuves
qui constituaient aussi une classe à part dans l'Église.
Il ne semble pas du reste que cette institution ait eu
en Afrique des caractères particuliers. Voir Vierges,
Veuves.
XV. Exorcismes. — Il faut donner une place aux
exorcismes dont l'importance est si grande aux trois pre-
miers siècles. Cependant rien de bien spécial à noter
ici. Terlullien dans des paroles souvent citSes parle de
la puissance extraordinaire des chrétiens pour com-
mander aux démons, véritable défi porté au magistrat
d'appeler un chrétien pour guérir un possédé. Il lait
allusion à une formule qui parait être in nomine Christi,
et à l'exsufllalion 13; il emploie le mot exoreizare, exor-
cisants, qui est resté dans la langue liturgique u. Saint
Cyprien nous donne la formule lit tamen (dœnwnes)
adfurati per Deum verum nobis staiim cedunt et
fatenlur et de obsessis corporibus e.rire cogunlur. Le
Deum verum est resté dans plusieurs exorcismes
de la liturgie romaine (exorcisme du sel par exemple) ,5.
On a vu plus haut qu'il nommait le* exon istes dans les
degrés de la hiérarchie; il nous dit qu'ils chaasenl le
démon, per c.rorcislas voce httmana et polestate dirina
flagellatur et uratur et torqueotur diabolus16. Nous
avons rencontré pour le baptême les formules de renon-
ciation au démon.
Nous ne citerons que pour mémoire le fameux exor-
cisme écrit sur une feuille de plomb, découvert récem-
ment dans la nécropole d'IIadrumèfo. et qui date pro-
bablement du m« siècle :
'OpxfÇto ers, 8aiu.6V.ov 7rvs'ju.a. tô kvOaosy.ecp.evov, ™ ovô-
fpan Ttô &r(b>. 'Au>0.
'A6[a(o]0, tôv Qebv toû 'ASpaàv /.a\ tov 'Iâ<.> tôv toû
f'Iiy.u'j. 'lato. etc.
La formule, d'origine probablement chrétienne, con-
tient des éléments superstitieux el trahit une main igno-
rante et grossière; on ne saurait la < onsidérer comme
une prière officielle11.
/'. / ... t. u. - . tt. Da testim.
u>iiiii;r.A: Id Scop.,C n, />. /.. t. [, col. 779. — "Detdot.. 1t.
P. I... t. i.rut 754 : Da cor . a. Il, P. I ., t. u. eoL tt2. — <°Qut>d
iiioiii tlii hou sittt. c. vu, cf. Ad Demetr., c, xv. /' / . t. n
>» Epist.. i.xxvi, 15, /'. /.., t. m. col. L198.— "Cl. Adjura-
tion, col. 527 sq., où l'on trouvera lo texte complet et une reproduc-
tion; de la HlaiH'liï'ie. Collection du musée Àhu'ut, Paris, '
p.t01s(].oti>l. vi; Revue archcol.. ÎS'.M, t. xxi.p. :«17 sq. ; dom C*.
brol et dom Leclercq, ilIonMmeiifn Ecclesim liturgicu . 1. 1, n. 4353 b.
313
AFRIQUE (LITURGIE ANTÉNICÉENNE DE L')
614
XVI. Langue liturgique, formules. — "Une étude
approfondie sur ce sujet est encore à taire, mais elle ne
serait pas à sa place ici. Nous devons cependant réunir
quelques données essentielles. Il ne faut pas oublier,
comme nous l'avons déjà dit, que, par la langue, la
liturgie africaine est la plus ancienne liturgie latine.
SA l'époque de Tertullien, et même on pourrait presque
dire à celle de saint Cyprien, la liturgie de Rome est en-
core grecque. Il est donc assez probable que. le formu-
laire africain a exercé son influence sur la formation de
la langue liturgique de l'Église romaine, et d'une façon
générale sur toutes les liturgies latines. De même donc
que pour les versions latines de la Bible, l'Afrique tient
le premier rang, il serait convenable de lui donner aussi,
parmi les liturgies latines, la même place, au moins
chronologiquement. Nous avons marqué au passage
quelques exemples; donnons-en un autre qui nous est
suggéré par le R. P. dom P. d-e Puniet.
S. Cyprien, De oratione dom., Gélasien, dans Thomasi. t. VI,
c. xit. p. 48.
Sanctificetur nomen tuum. Sanctiflcetur, etc. Id est non
Non quod optemus Deo ut quod Deus nostris sanctiflca-
sanctiflcetur orationibus no- tionibusquisemperestsanctus
stris... (le vrai texte sanctiflcetur ora-
sed quod petamus ab eo ut tionibus est restitué par le Gal-
nomen ejus sanctiflcetur in licanum Vêtus), sed petimus ut
nobis... nomen ejus sanctiflcetur in
Rogamus ut qui in baptis- nobis ut qui in baptismate ejus
mate sanctiflcati sumus in eo sanctificamur in eo quod esse
quod esse ccepimus perseve- incepimus perseveremus (les
remus. antres textes gallicans et géla-
siens ont la vraie leçon coepi-
mus).
Tertullien, Cyprien, Gélasien, dans
De oratione, De or. dom., Thomasi, loc. cit.,
c. v. c. xiii. p. 49.
Adveniat regnum Adveniat, etc. Adveniat, etc.
tuum. Veniitt quo- Nam Deus quando Deus namque no-
que regnum tuum... nonregnatautapud ster quando non reg-
Nam Deus quando eum quando inci- nat maxime cujus
non régnât ...aut pit quod et semper regnum est immor-
regnum Dei... ad fuit et esse non desi- taie? sed quia dici-
consummationem nit... nostrum reg-
txculi lendat. num petimus ad-
venive a Deo nobis
repromissum Chri-
eti sanguine et pas-
sione qusesitum.
musveviat regnum
tuum, nostrum reg-
num petimus adve-
nirea Deonobispro-
missum Christi san-
guine et passione
qusesitum.
Tertullien, Gela, ien.
De oratione, c. vin. dans Thomasi, loc. cit., p. 49.
Ne nos inducas in tentatio- Et ne nos, etc., i. e. ne nos
nem, id est, ne nos patiaris in- patiaris induci ab eo qui tentât
iuci ab eo utique qui tentât, pravitatis auctore, nam dici.
exterum absit ut Dominus
tentare videatur... diaboliest...
Malitia... hune locum poste-
rionbus confirmât : orate ne
tentemini.
Cyprien, De oratione, c. xvn.
.ut qui adhuc sunt prima
scriptura : Deus enim intenta-
lormalorum est, Diabolus vero
est îentatvr ad quem evincen-
dum Dominus dicit : vigilate
et orate ne intretis in tenta-
tionem.
Gélasien, 1" oraison de la
2" messe des scrutins au iv dlm.
de carême; ci. Muratori, p. 526.
Omrtipotems semp. Deus...,
nativitate terreni incipiunt Multiplica... ut qui sunt gene-
esse cxlestes ex aqua et spiritu ratione terreni, fiant regene-
nati. ratione cxlestes.
1 II nous semble que c'est surtout dans la liturgie mozarabe que
l'on trouverait des traces nombreuses à' africanismes. Nous en
avons relevé déjà quelques-uns au passage, mais la question de
parenté entre ces deux liturgies est encore de celles que l'on ne
peut traiter en un article. — * De unit. Ecclesix, c. xvn, P. L.,
t. rv, col. 529. — * Epist. ad Cypr., c. x, P. L., t. m, col. 1213,
— * De spect. c. XXV, P. L., t. I, col. 732. — * De oratione, 27,
P. L., t. i, col. 1301. — • Commodien, Carmen Apol., v, 840.
Corpus script, latin., 1887, t. xv, p. 169. — ' Tertullien, De spec-
tac., c. xxv, P. L., t. i, col. 783; cf. Adv. Hermog., c. II, P. L.,
Ce dernier exemple est d'autant plus intéressant que
le texte de saint Cyprien, qui évidemment a servi d'ins-
piration au thème liturgique gélasien, a subi une petite
transformation pour être plié aux règles d'une compo-
sition symétrique et antithétique, bien familière à la
liturgie romaine :
ut qui sunt generatione terreni
fiant régénérations cxlestes.
N'oublions pas cependant de remarquer que les for-
mules africaines que nous citons comme liturgiques
n'ont pas une valeur absolue; elles sont généralement
improvisées et libres, comme toute la liturgie à cette
époque, sauf quelques acclamations et quelques formules
déjà arrêtées; néanmoins le thème de l'improvisation
liturgique est fixé par certaines règles et dans certaines
circonstances. Saint Cyprien se plaint des hérétiques
qui osent : constituera aliud aitare, pacem alleram
illicilis vocibus facere '•>. Firmilien, son contemporain,
parle d'une sorte de prophétesse qui prétendait célébrer
les mystères et improviser une prière, d'ailleurs remar-
quable, mais qui ne ressemblait pas à l'invocation ordi-
naire, etiam hoc fréquenter ausa est, ut invocatione
non contentptibili sanctificare se panem et eucliari-
stiam facere simularet, et sacrificium Domino non
sine sacramento solilee prsedicationis offert 3.
Nous retrouvons, cela va sans dire, les acclamations
Amen11- et Alléluia : subjungere in, orationibus alléluia
soient et hoc genus psalmos, quorum clausulis respon-
deant, qui simul sunt 5. Cette réponse à certains psau-
mes (probablement ceux qui en hébreu comportent ce
genre de réponse), par des clausules, est à noter ici, car
c'est le plus ancien témoignage, si je ne me trompe, au
moins parmi les témoignages parfaitement clairs, précis
et authentiques, qui nous indique quelle est la véritable
origine du répons. L'in nomine Christi reparait aussi,
pour l'onction ou la bénédiction.
Et signo signât populum in nomine Christi9.
La finale E!ç aioivc.i; àrr'a'côivoi;, de sxculo in sseculum
et insevo eevorum, à rapprocher sans doute duper omnia
ssecula secculorum des psaumes, est citée aussi par Ter-
tullien1. Il y faut ajouter les doxologies : Gloria in
tsecula sseculorum^, Dominus cui sit honor et virtus in
ssecula sœculomm 9, Deus cui sit honor, gloria, claritas,
dignilas, potes tas nunc et insœcula sseculorum . Amen10 ;
pax et gralia a Domino nostro Jesu redundet 'i. Notons
encore dans Tertullien : Dominus meus unusest, Deus
omnipotens et seternus12, pax huic domui13, Deus
regnavit a ligno '+.
Les Actes des martyrs africains, d'une incontestable
authenticité, nous fournissent encore des formules
comme les suivantes : Dominum imperatorem regum
et omnium genlium 15, Dominum Deum meum colo et
adoro qui fecit cœlum et terram, mare et omnia quœ
in eis simf16, Deo omnipotenti gratias agimus... Deo
gratias et laudes, qui nos pro suo nomine ad gloriosam
passionem perducere dignalus estn. Domine Deus,
cx.li et terrée, Jesu Christe, tibi cervicem meam ad
viclimam flecto, qui permanes in œtemum, cui est cla-
ritas in magnificentia in sœcula sseculorum. Amen 1S.
In nomine lue, Christe Dei fili, libéra servos tuos1*.
Deus miserere... libéra servos tuos de captivitate hujus
sseculi... nec suf/icio libi gratias agere... Domine Jet
t. il, col. 323. — *Ad martyres, c. m, P. L., t. i, col. 697. — 'De
ovat.. c. xxrx. P. L., t. i, col. 1304. — ** Ad uxor., 1. I, c. i, P.
L., t. i. col. 1387. — " De virg. vel., c. xvu, P. L.. t. n, col. 962.
— "Apolog., c. xxxiv, P. L., L I, col. 512. — ,3 De orat., 26,
P. L., t. i, col. 1301. — '* Adv. Jud., c x, P. L., t n, col. 668. —
" Ex act. mart. Scillitanorum, dans Texts and Studies, t. i,
n. 2, p. 112. — <• Ibid.; cf. Monumenta Ecclesix liturg., L i, n. 3950.
— 'i Monumenta Eccl. liturg., t. i, n. 3591 sq. — '• Ex mar-
tyrio sancti Felicis, n. 6, ibid., n. 4017. — *• Ex martyrio SS.
Saturnini, Dativi et soc, u. 5, ibid., n. 4021.
615
AFRIQUE (LITURGIE ANTÉNICÉENNE DE L')
616
Christe... tu es spes nostra, tu es spes christiano7*um...
Deus altissime, Deus omnipotens. Tibi laudes pro no-
mine tuo reddimus, Domine Deus omnipotens... 0
Christe Domine, non confundar. . . Rogo Christe, subveni
Christe, serva animani meam, exaudi me. Gratias tibi
ago, Deus... Rogo, Christe, miserere... Dei fili subveni1.
On remarquera que dans ces derniers exemples la prière
est adressée directement au Christ lui-même; taDdis
que l'on considérait comme une sorte de loi liturgique
que la prière fût toujours adressée à Dieu le Père par
le Christ, au moins dans la prière officielle. Elle a été
formulée par un concile de Carthage, sans parler des
autres textes; mais elle admettait dès lors des excep-
tions; ce qui ne rend que plus intéressants les exemples
cités. Quum altari adsislitur, semper ad Patrem diri-
gatur oralio 2.
Mais il faut revenir à saint Cyprien chez qui nous
recueillons de vraies prières d'une forme ample et ora-
toire; nous ferons même remarquer, dans quelques-uns
des cas que nous citons, les premiers exemples de cette
prose rythmée, rimée et cadencée, de ce cursus qui se
retrouve dans les autres liturgies latines, et qui est
devenu surtout la caractéristique de la liturgie romaine.
Si l'on ne veut pas le reconnaître comme le créateur du
style liturgique latin, Cyprien lui a du moins fourni
quelques-unes de ses formes principales : Deum pro
vobis ut misereatur oramus 3. Id petimus et rogamus
ut qui in baptismo sanclificati sumus, in eo quod esse
cœpimus perseveremus i. Oramus et petimus ut precem
pro omnium sainte faciamus*. Saeerdos ante oratio-
nem prsefatione prœmissa parai fralrum mentes di-
cendo sursum corda, ut dum respondet plebs habemus
ad Dominum, etc. 6. Cette dernière formule est à rap-
procher de celle de Comrnodien,
Sacerd, s Domini cum sursum corda prxccpit
in prece fienda ut fiant silentia vestra,
limpide respondis1...
et permet de conjecturer, comme Thomasi l'avait
pressenti, il est vrai d'après des documents bien tar-
difs, que ces paroles sont le commencement de la
préface et que le Dominus vobiscvm n'en (ail pas pri-
mitivement partie8. Mais il faut ajouter qu'il y fut
ajouté, à tout le moins, de très bonne heure.
Oramus et petimus ut super nos lux denuo reniai,
Christi precamur advenlum lucis œlernse graliam
prœbiturum 9. Ceci est une prière pour le prochain avè-
nement que l'on retrouve dans Tertullien et plus an-
ciennement encore, dans la Atîay/Ji Tàiv 'A7to<7to'/wv 10.
Illic apostolorum gloriosus chorus, illic prophetarum
exultantium numerus, illic marlyrum innumerabilis
populus, paroles conservées dans le Te Deum *'. Fa-
ciat autem Deus qui omnia prœstat sperantibus in se,
ut omnes nos in his operibus (caritalis erga proximum
et defunctos) inveniamur 12. Oramus Dominum ut vos
saltem quos et in fide et in virlutc stare cognovimus,
tutos quoque in posterum perdivinam miseriçordiam
salulemus 13. Rogcmus pacem maturius redcli, cilo la-
tebris nostris et periculis subveniri, impleri qum fa-
mulis suis Dominus dignalur ostendere, redintegra-
tionem Ecclesiee suœ, securilalem salutis noslrse, post
pluvias serenitatem, post tenebras lucem, post procel-
* Ex mart. SS. Saturnini Dativi et soc, n. G, 7, 8, 10, etc.
Cf. autres exemples dans Monumenta Eccl. liturgica, t. i, n. 4033,
4034, 4039, 4042. — « Concil. Carlhag. III (397), can. 24. — ^ ibid.,
32, P. L., col. 506. — * De orat. dom., c. xn, P. L., t. îv, col. 544.
— 5 Ibid., c. xvii, P. L., col. 518. — ' Ibid., c. xxxi, P. L., col. 557.
— ''Instruct., 1. II, c. xxxv, vs. 12-17, Corpus script, latin.,
Vienne, 1887, t. xv, p. 107. — • Voir Actio, col. 446. — 'De orat.
dominica, c. xxxv, P. L., t iv, col. 560. — '«Voir Acclama-
tions, col. 258. — " De mortalitate, 26, P. L.,t. ni, col. 624. —
•« Epist., il, P. L., t. iv, col. 233. — >2 Epist., v, 1, P. L., L iv,
las et turbines placidam lenitatem, pia patemse dïle-
ctionis auxilia, divinae majestatis solita magnalia,
quibus et persequentium blasphemia retundalur et
lapsorum pœnitentia reformetur, et fortis et stabilis
perseverantum fiducia gtorietur^. In Deo Pâtre perpé-
tuant salulem1*. Intérim quod ostenditur fiai, ut cum
gratiarum actione suscipiamus hoc Dei munus, spe^
rantes de misericordia Domini ejusmodi ornamenta
complura, ut redinlegrato Ecclesiee suœ robore, tam
mites et humiles facial in consensus nostri honore flo-
rere i6 . Egisse nos étagère fratres carissimi, maximas
gratias sine cessatione profitemur Deo Patri omni-
potenti et Christo ejus Domino et Deo nostro Salva-
tori quod sic Ecclesia divinitus prolegatur, ut unitas
ejus et sanclitas non jugiter, nec in totum perfidise
et herelicse pravitalis deslinalione vitietur ,1. Remar-
quons cette phrase : Magnus illic nos charorum
numerus exspectat. Le charus appliqué comme quali-
ficatif à nos morts est resté longtemps dans les liturgies
latines 18.
Oramus et deprecamur Deum, quem provocare illi
et exarcerbare non desinunt, ut eorum corda mites-
cant, ut furore deposito ad sanitatem mentis redeant...
etmagis pétant fundipro se preces alque oraliones 19...
Deo Patri et Christo filio ejus Domino nostro gratias
agere et orare pariter ac petere, ut qui perfectus est
alque perficiens, cuslodiat et perficiat in vobis confes-
sionis vestm gloriosam coronam 20. Dei Patris omni-
potenlis et Jesu Christi Domini nostri et Dei conscrva-
toris nostri seternam salutem2*. Petite impcnsius et
rogale ut confessionem omnium nostrum dignatio di-
vina consummet, ut de istis tenebris et laqueis mundi
nos quoque vobiscum inlegros et gloriosos Deus libérât,
ut qui hic caritatis et pacis vinculo copulati contra
haereticorum injurias et pressuras genlilium simul
stelimus, pariter in regnis çxleslibus gaudcamus iî.
Quod ut consummelur in vobis, adsiduis orali nibus
Dominum deprecamur, ut iniliis ad summa pergen-
tibus, quos confiteri fecit, facial et coronari 23. Les
deux formules suivantes ne sont pas de saint Cyprien
mais de ses correspondants, elles ont du reste même
caractère et même inspiration : Rogamus ut Deum et
Cliristum et angelos in omnibus actibus nostris habea-
mus fautorcs '-*. Deo Patri omnipotenti per Christum
eius gratias cgimus et agimus quod sic conlorlati cl
corroborati sumus per tuam allocutionem, pelentes de
animi tui candore ut nos adsiduis orationibus tuis
in mente habere digneris, ut confessionem vcstram et
noslram quam Dominus in nobis confeive dignatus
est, suppléât™. Nous attirons l'attention sur celte for-
mule in mente habere, déjà employée par Tertullien,
qui se retrouve en Espagne dans les Actes de saint
Fructueux, à Rome daus les graffites sur les murs des
catacombes et dans les inscriptions anténicéennes, et
comme nous l'avons dit plus baut, dans la liturgie mo-
zarabe 26.
Voici chez Tertullien une formule de bénédiction :
omnis benedictio inter nos summum sit disciplinée et
conversationis sacramentum. Benedicat te Deus, tam
facile pronuntias quam christiano necesse est21. Il
semble aussi, d'après le texte de Comrnodien cité plus
haut, qu'au moment des lectures dans l'église le lecteur
crie qu'on se taise et qu'on écoute **.
col. -237. — "Epist., vu. S, loc. cit., col. 2Ô0, 2ôl. — '■ Epist., vm,
1, loc. cit., col. 251. — «• Epist., xxxv.toc. cit., col. 334. — *■ Epist.,
XL vu, 1, P. /.., t. m, col. 754. — <*De mortalit., c. xxvi, P. /... t. iv,
col. 624. — "Epist., lv, 19. P. L., t. m, col. 853. — "Epist.. lvui,
4, loc. cit., col. 1007. — •■ Epist., i.xxvu, i,loc. cit., t iv, coi 427.
— "Ibid., col. 432. — "Epist., lxxxi, 4, loc. cit.. col. 441. —
î4J?pisr.,LXXVin, lnterCyprian.,3, loc. cit., col 434. — ,s Epist.,
i.xxx, loc. cit., col. 437. — "Tertullien, Ad u.vor., L U.c. iv,
P. L.. t. I, col. 1407. — n De lestimonio aninur, c. n. P. L., L i,
col. 684. — " Comrnodien, Instruct., c. xxxv, vs. 5. 7.
617
AFRIQUE (LITURGIE ANTÉNICÉENNE DE L']
013
XVII. Règle de foi. — 11 est une autre formule à la-
quelle nous trouvons en Afrique de très fréquentes allu-
sions, c'est la régula fidei, sorte de symbole, récité au
baptême et sans doute dans d'autres circonstances :
Régula est autem fidei ut jam hinc quid defendamus
profileamur, Ma scilicet qua credilur unum omnino
Deum esse, nec alium prœter mundi conditorem ; qui
universa de nihilo produxerit, per verbum suum primo
omnium emissum; id Verbum Filium ejus appellatum ,
in nominc Dei varie visum a patriarchis, in prophelis
semper auditum, postremo delatum ex spiritu Patris
Dei et virtute in virginem Mariât)}, carnent factum
in utero ejus, et ex ea nalum egisse Jesum Christum;
exinde prsedicasse novam legem et novam promissio-
nem regni cselorum; vir tûtes fecisse; fixum cruci,
ter lia die resurrexisse ; in cselum ereptum sedisse ad
dexteram Patris ; misisse vicariam vim Spirilus sancti,
qui credenles agat, venlurum cum claritale, ad su-
mendos sanctos in vitse xternx et promissorum ceele-
stium frucluum, et ad profanas adjudicandos igni
perpetuo, Jacla ulriusque parti» resuscitatione cum
carnis reslilulionei. Cette règle de roi, selon lui, vient
des apôtres et existe la même partout. Il la répète
sous trois formes dans ses ouvrages 2. Voir Symboles
DE foi. Nous nous contenterons de donner ici le schéma
du symbole africain relevé par Burn 3 :
tiennes, savent qu'ils adorent la croix qui crucis nos
religiosos putat, consecraneus nosler erW .
Tertullien, qui dans ce texte nous parle du culte de
la croix, ne pouvait manquer de taire allusion au geste
liturgique qui consiste à imprimer la croix sur notre
corps. Il nous apprend en effet que le signe de la croix
est très fréquent, ad omnem progressum , alque pro-
motum, ad omnem aditum et exitum, ad calciatum,
ad lavacra, ad mensas, ad lumina, ad cubilia, ad se-
dilia quœcumque nos conversalio exercet, frontem
crucis signaculo terimus 8. Il se demande comment la
femme chrétienne, mariée à un païen, pourra, sans être
vue de son mari, marquer de ce signe son lit ou son
corps 9. C'est le signe du Tau dont il est question dans
Ezéchiel et que portent les fidèles, signum T&u in fron-
tibus virorum. Jpsa eut enim liltera grœcorum Tau,
nustra autem T, specics crucis quant portendebat fu-
turam in frontibus nostris 10. Il paraît bien, d'après ces
expressions, que ce geste liturgique consistait en un
signe fait sur le front ou sur l'objet que l'on voulait en
quelque sorte consacrer. C'est aussi ce qu'exprime saint
Cjprien, in hoc signo crucis salus sit omnibus qui in
frontibus nolenlur11, et ailleurs il parle de ce frons
cum signo Dei purai2. Ce culte pour la croix est con-
firmé par les monuments épigraphiques mis au jour
par le cardinal Pitra, et au sujet desquels De Rossi a
Credendi in unicum Dcum
omnipotentem
niundi conditorem et Filium
ejus secum Christus
natum Maria ex Yirgine.
Crucifixum sub Pontio Pi-
lato
tertia die resuscitatum a
mortuis,
receptnm in cxlis,
sedentem nunc ad dexteram
Patris.
Venturum judicare vivos et
mortuos.
Per carnis etiam resurre-
ctionem.
(De vir g. vel., 1.)
Creditur unum Deum esse Unum Deum novit creato-
nec alium prœter mundi con- rem universitatis,
ditorem qui...
Filium ejus... et Christum Jesum ex vir-
gine Maria Filium Dei crea-
toris,
delatum ex spiritu Patris
Dei et virtute in Virginem
Mariant
...ex ea natum, fixum cruci,
tertia die resurrexisse,
in cxlos ereptum
sedere ad dexteram Patris.
Venturum... ad profanes ju-
dicandos,
cum carnis restitutione. et carnis resurrectioncr.i.
Unicum. Deum credimus.
Filium Dei... Jesum, Chri-
stum... ex ea (virgine) natum
passum nuncmortuumetse-
pultum et resuscitatum et in
cxlo resumptum sedere ad
dexteram Patris, venturum
judicare vivos et mortuos.
(De prxscr., 13.)
(Ibid., 36.)
(Adv. Prax.. 2.)
XVII!. La croix; gestes liturgiques. — Nous ne
pouvons songer dans les limites d'un article, à être
complet, cependant il nous faut citer encore quelques
faits intéressants. On sait que les païens, trompés par le
mystère dont s'entouraient les chrétiens, se représen-
taient ce culte sous les couleurs les plus étranges; mais
ces expressions mêmes nous révèlent parfois l'existence
d'une pratique ignorée. Quelques-uns croient que les
chrétiens adorent une tête d'âne4; on colporte dans les
rues de Carthage des caricatures ridicules avec des ins-
criptions comme celle-ci : Deus Christianorum Ono-
koitès, un Dieu avec des oreilles d'àne. le pied fourchu,
couvert d'une toge et portant un livre 5. D'autres pen-
sent qu'ils adorent le soleil, peut-être à cause de l'habi-
tude des chrétiens de se tourner pour prier vers l'orient 6.
Certains même, plus au courant des croyances chré-
1 De prxscr., c. xm, P. L., t H, col. 30. Pour les autres ré-
gulée fidei dans Tertullien, cf. De prxscr., c. xxxvi, P. L., t. n,
col. 60 ; De Virg. vel., c. I, toc. cit., col. 937 ; Adv. Praxeam, 2,
col. 179. Cf. tes règles de foi données par saint Cyprien, Ep.,
lxxiii,4,5,P. L., t. m, col. 1-158 ;Ep., lxxvi,7, loc. cit., col. 1191.
— «Voir le tableau et De prxscr., c. XX, xxi, xxvi, xxxvn,
loc. cit., col. 36 sq. — 3 A. E. Burn, An introduction to the
Creeds and to the Te Deum, in-8°, London, 1899, p. 50 sq. —
*Apol., c. xvi, P. L., t. i, col. 429. — 5 Ibid., c. xvi. Cf. Ad
nationes, 1. I, c. xiv, P. L., t. i, col. 651. — ° Apol., c. xvi, loc.
remarqué que c'est sur les monuments figurés d'Afrique
que paraît pour la première fois la croix dans son aus
tère nudité qu'aucun ornement ne vient dissimuler n\
parer '3 (fig. 109 et 110).
C'est encore par dévotion à la croix de Jésus que les
chrétiens prient les bras en croix. Christiani manibus
expansis quia innocuis, capite nudo quia non et^ubes-
cimusli; nos vero non atlollimus tantum, sed etiam
expandimus e Dominica passione modulatum et oran-
tes confitemur Christo 15 ; ne ipsis quidem manibus
sublintius elatis, sed temperate ae probe elatis, ne
vullu quidem in audaciam erecto 16; orant pecudes et
feree... sed et aves nunc exsurgentes erigunlur ad cse-
lum et alarum crucem pro manibus extendunt ll.
On prie debout ou à genoux, et Tertullien réprimande
ceux qui s'asseyent, item quod, assignata oratione,
cit. ; Ad nat., 1. I, c. xm, loc. cit., col. 650. — ' Ibid., c. xvi, loc.
cit. — «De cor., n. 3, P. L., t. ir, col. 99. — «Ad uxor., 1. II,
c. v, P. h., t. il, col. 1407 sq. — « Adv. Marc, 1. III, n. 22, P. L.,
t. il, col. 381. — *« Testimonium adversus Judwos, 1. II, c. xxii,
P. L., t. IV, col. 745. — >*De lapsis, c. il, P. L., t. IV, col. 480.
— ,3 Card. Pitra, Spicilegium Solesmense, t. rv, p. 502-517. —
>lApologeticus, c. xxx, P. L., t. i, col. 503. — " Tertuflien, De
oratione, 14, P. L., t i, col. 1273. — '«Ibid., 17, loc. cit.
col. 1278. Cf. De spectaculis, 25; De idolatria, 7. — M De ora~
tione, 29, loc. cit., col. 1304.
619
AFRIQUE (LITURGIE POST-NICÉENNE DE L')
620
«ssidendi mes est quïbusdam, non perspicio rationeni
nisi si Hernias ille, cujus scriptura fere pastor inserv-
bitur, transacta oratione non leclum assedisset, veruni
aliud quid fecisset, id quodque ad observationem vin-
dicaremus. Utique non simpliciter enim et nunc posi-
tum est : Cum adorassem et assedissem super lectum
109. — Pierres de tombeaux antiques trouvées à Garthage.
D'après Pitra, Spicilegium Solesmense, t. iv, p. 502.
ad ordinem narrationis, non ad instar disciplinas ' .
Mais quelques-uns s'abstiennent de se mettre à genoux,
de genu quoque ponendo varietatem observationis pa-
titur oralio per pauculos quosdam qui sabbato absti-
?,, ^- ; ■- -- :-«i?<-rg-J»-
i
"~D
irinriiiii ] Wfriflf'-'fiiiîi i IT"** ' ' i ^
110. — Pierres oe tombeaux antiques trouvées a Car'
D'après Pitra, Spicilegium Solesmense, t. iv, p. 517.
nent genibus2. Pour le dimanche et le temps pascal,
la pratique de ne pas se mettre à genoux est générale,
die Dominico jejunium nef as ducimus, vel de geniculis
adorare. Eadem immunilate a die pasclix in Penlc-
costen usque gaudentvs :i.
Se frapper la poitrine est un geste employé comme
signe de contrition :
Veniati fundere preces
aut pulsare domum stomachi pro delicto diurno1.
Après Constantin nous verrons la liturgie africaine
recevoir de grands développements, tout en gardant soi-
gneusement les éléments originels que nous" venons
d'étudier. F. Cabrol.
<Deorat., 16, P. L., t. i, cl. 1275. — * Ibid., 23, toc. cit.,
col. 1298. — 3De cor., 3, P. L., t. u, col. 99. Pour la prière a
genoux, les bras en croix, la prière avec les mains croisées, cf.
encore Monumenta Ecclesur liturgica, t. i, n. 3995, 3996, etc. —
*Commodien, Instruct.. c. xxxv, vs. 3, 4. — «Ballerini, Opéra
S Leo.iis. P. L., t. lvi, col. 879. Cf. Hefele, Hist. des Conciles,
trad. Delarc, t. n, p. 253, 254: l'abbé Malnory, Saint Césaire
d'Arles, 503-543, in-8% Paris, 1894, p. vu et 50. — °E. Le Blant,
III. AFRIQUE (LITURGIE POST-NICÉENNE DE L'). —
I. Sources. II. Année ecclésiastique, fêtes des martyrs,
calendrier. III. Litanies et diptyques. IV. Dédicace des
églises. V. La messe en Afrique du rve au VF siècle, lec-
tures, graduel, alléluia, offrandes, prières litaniques,
prières du canon, Pater, baiser de paix, communion.
VI. Les heures canoniales, le chant liturgique et la psal-
modie. VIL Les sacrements, baptême, confirmation, ma-
riage, etc. VIII. Hiérarchie. IX. Prière pour les morts.
X. Acclamations. XI. Gestes liturgiques. XII. Oraisons,
doxologies, formules. XIII. Recueils liturgiques et livres.
XIV. Conclusion.
I. Sources. — Le rve siècle est pour toute la liturgie
chrétienne le commencement d'une époque nouvelle. A
vrai dire elle n'avait jamais été considérée comme une
institution parvenue à maturité et à laquelle il ne fallait'
pas toucher. En dehors de quelques formes essentielles,
comme certains rites de l'eucharistie et du baptême,
tout le reste variait, s'accroissait et se transformait sans
cesse. Mais après l'édit de Milan, par suite de la liberté
laissée au développement du culte, de l'introduction dans
l'Église, par ce fait, d'un nombre considérable de con-
vertis, et pour plusieurs autres raisons sociales et reli-
gieuses, des modifications plus importantes encore s'in-
troduisent dans le culte chrétien. La liturgie va donc se
transformer selon des lois nouvelles, on pourra le cons-
tater presque à toutes les lignes de cette histoire. Pour
cette période comme pour la précédente, la liturgie
d'Afrique est encore la seule des liturgies latines dont
l'histoire s'appuie sur des textes contemporains assez
nombreux pour permettre une reconstitution un peu
complète.
Comme témoin de cette période nous avons surtout
saint Augustin dont l'activité littéraire s'étend de 380
à 430. Dans le nombre considérable de ses ouvrages,
il n'en est aucun qui, à proprement parler, ait directe-
ment pour objet la liturgie, mais il en est peu où l'on ne
puisse trouver quelque renseignement. Les sermons
surtout nous lournissent la mine la plus abondante de
détails précis et sûrs pour la liturgie. Ce travail, qui n'a
jamais encore été tenté, ne peut l'être avec tous ses déve-
loppements à cette place, mais nous en donnerons cepen-
dant les lignes essentielles.
En dehors de saint Augustin, nous trouvons quelques
textes liturgiques parfois importants dans les écrivains
de la province africaine, Optât, Marins Victorinus, Ful-
gence de Ruspe, Arnobe, Tichonius, Victor de Vile, Fa-
cundus, Fulgence Ferrand, etc., qui sont édités dans
toutes les bibliothèques des Pères. Il y faut ajouter Vere-
cundus, un auteur du V siècle, mis au jour par dom
Pitra dans le Spicilegium S lesmense, t. iv, et les con-
ciles d'Afrique de cette période. Bien entendu, nous ne
nous servons pas des Actes du concile dit IVe de Car-
thage. qui contiennent de très intéressantes prescriptions
liturgiques, mais qui ne sont pas d'origine africaine.
Les Ballerini l'avaient déjà prouvé; Maassen a démontré
en outre que cette collection de canons est d'origine
gallicane, et enlin M. Malnory a précisé encore en les
attribuant à saint Césaire d'Arles*.
Les inscriptions africaines, fort peu nombreuses avant
le IVe siècle, vont se multipliant, et quelques-unes sont
de première importance pour notre sujet, comme l'ont
démontré Le Blant, De Rossi, le cardinal Pitra et le car-
dinal Lavigerie 6.
II. Année ecclésiastique, iètes des martyrs, cuxn-
a propos du volume vnr du Corpus inser. latin. (Tnêcripi -
Afnc.T lutour, IBM), dans le Journal des savants, 1888, p. 886-
309: le rnème, Vépigraphia chrétienne en Gaule et dans
l Afrique romaine, Paris. 1890, in-81 ; Mgr Lavigerie, De Cvtilité
d'une mission archéologique permanente à Carthage, lettre à
M. e secrétaire de l'Académie '1rs inscriptions et bettee-teNras,
avril 1881; Titra et De Rossi, De tltulis christiania Corthogi-
niensibus, dans Spicilegium Solesmense, t. iv, p. 497-539.
mi
AFRIQUE (LITURGIE POST-NICÉENNE DE L')
G22
crier. — Du IIIe siècle au rve, do Cyprien à Augustin, une
grande étape a été parcourue et de nouvelles fêtes se sont
ajoutées au calendrier. Celles de Pâques et de la Pentecôte
avec le carême ont conservé toute leur importance.
Saint Augustin y tait de fréquentes allusions dans ses
sermons. Le texte du psaume hsecdies quam fecit Domi-
nus, eoniltemus et Isetemur in ea, et ['alléluia en sont les
caractéristiques1. Valleluia est répété pendant les cin-
quante jours qui suivent et qui forment avec Pâques ' une
fête continue, d'où tout jeûne est banni 2. Les moines eux-
mêmes quittent leur solitude pour venir célébrer cette fête3.
Le carême est décrit avec beaucoup de précision. Il
consiste en une période de quarante jours consacrés au
jeûne, à la pénitence, à la prière, à la lecture et aux
œuvres de charité4, à l'exception des dimanches qui
conservent leur caractère de joie. Il est important de
remarquer que pour saint Augustin, le carême commen-
i mit exactement quarante jours avant Pâques, le nombre
des jours de jeûne doit être diminué de tous les diman-
ches qui se rencontrent dans ce temps 5. La semaine
sainte et surtout le vendredi et le samedi saints sont
marqués d'un caractère plus solennel encore et consa-
crés presque entièrement aux offices de l'Église 6.
Aux fêtes de la passion, de la mort et de la résurrec-
tion du Christ, se sont ajoutées les fêtes de la naissance
•et de la manifestation 7. L'Epiphanie est ici distinguée
très nettement de Noël et rappelle l'adoration des mages,
la manifestation du Messie aux gentils. Plusieurs ser-
mons de saint Augustin sont consacrés à la célébrer8.
L'Ascension est fêtée, dit saint Augustin, toto orbe
terrarum; il la met sur le pied des grandes solennités
de Pâques, de Pentecôte, de Noël. Il semble considérer
ces fêtes connue d'institution apostolique. Il ignore évi-
demment qu'elles étaient inconnues de Tertullien et de
saint Cyprien; pour l'une d'elles, l'Ascension, il parait
démontré que son institution était toute récente à
l'époque d'Augustin n.
La Pentecôte a sa vigile solennelle 10.
Le premier des calendes de janvier, commencement
de l'année civile, était consacré par des fêtes païennes
très populaires. En Afrique, comme dans d'autres pro-
vinces, il était bien difficile d'en détourner les chrétiens.
Pour protester contre la licence et les orgies de ces fêtes,
on institua un jeûne qui est observé, dit saint Augustin,
in universum mundum ii. Peu à peu la fête chrétienne,
comme en beaucoup d'autres cas, finit par supplanter la
lëte païenne, et il ne resta plus de cette dernière que
quelques innocents souvenirs, comme les souhaits et les
étrennes.
Les commémoraisons des martyrs, déjà célébrées au
siècle précédent, deviennent à partir de la lin du rvc des
fêtes de plus en plus solennelles, des solemnia ou solem-
1 Sermon., ccxxv, P. L., t. xxxvm, col. 1098. — -Sermon.,
cxxv, loc. cit., col. 696; Sermon., ccx, ccxliii, cciji, ccliv,
cclv, etc., col. 1049 sq. Cf. Epist., xxxvi, P. L., t. xxxin, col. 144.
— 3 Epist., ccxiv, ccxv, P. L., t. xxxm, col. 970. — * Sur le
carême et les fêtes de la semaine sainte et de Pâques, il faut lire
surtout Epist., lv, Ad Januarium, P. L., t. xxxm, col. 204 sq.
— 5 Sermon., cev, P. L., t. xxxvm, col. 1039; Sermon., cxxv,
ccrx, ccx, toc. cit., col. 696, 1046, 1047. — "Sermon., ccx.vm,
ccxix, ccxxi, P. L., t. xxxvm, col. 1084 sq. — 7 Sermon.,
clxxxiv, clxxxv, clxxxvi, CLXxxviii, clxxxix, etc., P. L.,
t. xxxvm, col. 995 sq., et t. xlvi, col. 981. — "Sermon., cxcix-
cciv, P. L., t. xxxvm, col. 1026 sq. — 9 Sermon., xevi, P. L.,
t. xxxvm, col. 586; cclxii, ibid., col. 1208; Epist., liv, P. L.,
t. Lxxxni, col. 200. Cf. Paléographie musicale, t. v, p. 102. —
10 Sermon., ceux, cclxvi, P. L., t. xxxvm, col. 1225, 1234. —
" Sermon., cxcvm, P. L., t. xxxvm, col. 1024. — '* Sermon.,
EU, P. L., t. xlvi. col. 979; xin, loc. cit., col. 856; ccxxxxv,
t. xxxvm, col. 1293 etc. — <3 Sermon., m, P. L., t. xlvi, P. L.,
col. 979. — " In psalm. eu, P. L., t. xxxvii, col. 1317. —
"Sermon., cclxxx, P. L., t. xxxvm, loc. cit., col. 1283. —
18 Sermon., ccxcv, P. L., t. xxxvm, col. 1352. — "In psalm.
lxuxviii, t. xxxvii, col. 1130. — l* Sermon., cclxxvi, P. L.,
t. xxxvm, col. 1257. — «• Sermon., cccli, P. L., t. xxxix,
nilates, ou festivitales, comme on les appelle. Elles
sont précédées déjeunes et de vigiles, c'est-à-dire d'un
office de nuit. On leur donne encore le nom de natale
ou natalitia ou anniversaria, parce qu'elles arrivent une
fois par an, memoria ou patrocinia la . Les termes qui
annoncent la fête sont les mêmes à peu près dont nous
nous servons encore dans la liturgie romaine : femina-
ruin marlyrum Guburbitanarum solenmitatem hodie
celebramus. ..;... nalalilia celebramus12; quorum memo-
riam hodie celebramus li; solemnitates eorum devotis-
sime celebramus l$ ; diem festum celebramus ,6 ; quorum
nalalitia celebramus sanguinem suum... fuderunt*1;
quse provincia... non gaudel celebrare martyrem^.
Quelquefois même, surtout lorsque la fête était célé-
brée de nuit sur le tombeau ou Memoria d'un martyr,
elle dégénérait en orgie, et saint Augustin, à la suite
d'autres évêques, est obligé de protester vivement contre
ces excès. Cur te nalalitia {marlyrum) conviviis lurpi-
bus celebrare delectat, et eoruno vitam sequi honestis
moribus non delectat 19.
Notons, parmi les principales fêtes, celle de saint Cy-
prien, sanctissimus, solemnissimus dies 20, que l'on célè-
bre à son tombeau, sed quoniam perendino die, id est
quarla sabbati, non possumus ad mensam Cypriani
convenire quia festivitas est sanctorum marlyrum;
crastino die ad ipsam mensam conveniamus 21 ; la fête
de saint Etienne au 26 décembre au lendemain de la
naissance du Christ22; la fête des saints Innocents23;
saint Jean-Baptiste, très solennellement honoré à deux
reprises, une lois à l'anniversaire de sa naissance, une
autre fois à celui de sa mort, et dont la fête supplante
une vieille solennité païenne avec les feux de joie et des
réjouissances de toute sorte24; la fête, très solennelle
aussi, des apôtres saint Pierre et saint Paul, qu'il célè-
bre en plusieurs sermons éloquents23; la fête des Macha-
bées 2G ; celle de saint Laurent 21 ; celle de saint Vincent,
le martyr espagnol, dont il dit : quse hodie regio, quseve
provincia ulla, quousque vel romanum imperium vel
chrislianum nomen extenditur natalem non gaudet
celebrare Vincenlii 28 ; les martyrs milanais saints Ger-
vais et Protais M.
L'épigraphie nous a conservé aussi le souvenir de
mémorise et d'autels consacrés aux martyrs ou d'épi-
taphes. Nous ne citerons que les suivants ■
1» MEMORIA BEATISSIMO
RVM MARTYRVM ID EST
ROGATI MATENIE NASS
El MAXIM/E QVEM PRI
MOSVS CAMBVS GENITO
RES DEDICAVERVNT PAS
SI XII KAL NOVM $ CCXC PROV 3"
col. 1548; Sermon., xm, P. L., t. xlvi, col. S57. Cf. Epist., xxil,
xxix, P. L., t. xxxm, col. 91, 115; De civit. Dei, 1. VIII, c. xxvn,
P. L., t. xli, col. 255 ; Contra Faustum, ibid., t. xlii, col. 385.
— 20 Sermon., cccix-cccxm, P.L.,t.xxxvm,col.l412sq. — "In
psalm. lxxx, P. L., t. xxxvn, col. 1046. Cf. Epist., cli, P. L.,
t. xxxvm, col. 648. Cf. Afrique (Archéologie), col. 061. — --Ser-
mon., cccxv, P. L., t. xxxvm, col. 1426. — S3 De libero ar-
bit., 1. m, c. xxiii, P. L., t. xxxii, col. 1304. — « Sermon.,
cc.LXXViii, ccclxxx (avecquelquesdoutes sur l'authenticité), P. L.,
t. xxxix, col. 1675; vm, P. L-, t. xlvi, col. 991 sq. ; cf. Sermon.,
cclxxxviii-ccxc, ccxcn, ccxciii, P. L., t. xxxvm, col. 1302
sq. — «Sêî-w on., ccxcv, ccxcvm, ccxcix, P. L., t. xxxvm,
col. 1343 sq. — !li Sermon., ecc, P. L., t. xxxvm, col. 1379. —
î7 Sermon., ccciv, P. L., t. xxxvm, col. 1395. — S8 Sermon.,
cclxxvi, P. L., t. xxxvm, col. 1257. — -9 Sermon., cclxxxvi,
P. L., t. xxxvm, coL 1299; Confessiones, P. L., t. xxxii, col. 770.
Cf. A. Toulotte : Le culte des saints Sébastien, Laurent, etc., aux
V et vr siècles, dans les provinces africaines, etc. ; Le culte de
saint Etienne en Afrique et à Borne, les deux articles dans Nuovo
bullettino di arch. crist., 1902, p. 205-217. — '"Troupel, dans le
Bull. d'Oran, 1882, n. 11, p. 124; n. 12, p. 2; et 1883, il. 57, p. 210;
Héron de Villelosse, dans le Bull, épigr. de la Gaule, t. n, 1882
p. 149; S. Schmidt, dans Ephem etiir. t, v 1884, p. 479, n. 1041.
623
AFRIQUE (LITURGIE POST-NICÉENNE DE L')
G24
3»
111. — Ciboiïum '.
D'après le Ballet, d'archéologie, 1877, pi. vm.
112. — Mensa d'un martyr.
Louvre. Sollc des antiquités chrétiennes1. D'après l'original
4° [INSONS
MARTIRIB SANCTIS PROMISSA COLONICVS
SOLVIT VOTA S VA LAETVS CVM CONI VGE CAR A
HIC SITVS EST IVSTVS HIC ATQ DECVRIVS VNA
QVI BENE CONFESSI VICERVNT ARMA MA-
[LIGNA
5 PRAEMIA VICTORESCHRISTI MERVERE CORO
[NAM 3
5» HIC MM SCOR
STEFANI ET
LAVRENTI
LVLIANI
5 POSSVY
XII rU. APRL
ABORI ET
SCÏ STEFANI
Hic m[e\n>(oriœ) s(an)c(t)or(um) Stefani et Laurenli
[et] Lvliani pos(itee) su[nt] xn K{a)l(endas) Apr(i)l(es)
[N\abori et s(an)c(t)i Stefani**.
Une inscription de Cirta, justement célèbre, nous ra-
mène la formule déjà signalée dans Tci tullien, formule
de martyrologe ou de diptyques :
+ llll-NON-SEPT-PASSIONE MARTVR
ORVM HORTENSIVM MARIANI ET
IACOBI DATI IAPIN RVSTICI CRISPI
TATI METTVNI BICTORIS SILBANI EGIP
5 Tll SCTÏM MEMORAMINI INCONSPECTV DNI
CVARVM NOMINA SCIT IS QVI FECIT fND XV «
' Bosredon, dans le Recueil de Constantine, 1876-1877, p. 380;
De Rossi, Bull, di archeol. crist., 1877, p. 97, pi. 8; Corpus
inscript, latin., t. vm, n. 10693. — « De Rossi, Bull, di archeol.
crist., 1888-1889, p. 97, note 1 ; Audollent et Letaille, dans les
Mélanges d'arch. et d'hist., t. x, p. 530, n. 97; Corpus inscript,
latin., t. vin, n. 16660. — »De Rossi, Bullett. di archeol. crist..
1875, p. 171 ; 1876, pi. 3, n. 1 et p. 59; Goyt. dans la Bévue de Cons-
tantine, 1876-1877, p. 346 ; Corpus inscript, latin., t. vm, n. 8631.
— «Rerbrugger, dans la Bévue afric, t. m, p. 104; Corpus in-
teript. latin., t. vm, n. 8632. — • Voir col. 595. Pour les variantes,
cf. Carette, dans les Mémoire» de l'Acad. des inscr. et belles-
Plus intéressante encore est la suivante, qui semble
aussi une page de martyrologe ou peut-être de dip-
tyques (fig. 13).
// T R
*S Afc~t*I B1CΰR M* ROMANVS û'C^PTR»!
'FElfRSqii TTO TR FEK' CI/^CF EK * <, R (,R 1
FEKRÇATZ AONATS"M* TU1BERT5 FqCSCREê
Nive ptmi Roqa c«nirozarVz rrKARiA bvûa
AOHATIN2 MARICX2 BUOR ' MVR1 * FV<ON K.A
Ai? »N kONAÂ7 BONIFATÙ NATAMC2 BIC'TRIAH
NATAMCV IINV CjAV?IOV RoMANV 1
£C HoMtNA JN°MIMA N°I2 PAtTIA SI
INVKVs/
1HC,VK|
113. — Catalogue de martyrs.
D'après le Corpus inscript, latin., t. vm, n. 16396.
Lig. -1.?
Lig. 2... n{us)lv(ibnnus) m(ilitum) Fo[rtensium] Be-
ne7i[ul\us.
Lig. 3 .. Abdi(a); Bictor m(artyrf); Romanus d(ia)
c{onu)s p(resby)t(e)ros (ou Petros?.)
Lig. 4. Fel(ix) : Bog(a)t(u)s... tr{ibunus?); Fel(ix);
Cin(namus?) ; Fel(ix]; Gr(e)g(o)ri[us],
Lig. 5. Fel(ix); R(o)ga[tu]s ; Donat(n)s m(artyr) »i(os-
ter?); Liber(a)tus ; F(eli)c(u)l(u)s ; Cre(s)conius.
Lig. 6. P(ater)ni?; Rog(atu)s Contvosar(i)us (contro-
versarius, De Rossi) (nom de femme?)
Lig. 7. Vonati(a)n(u)s ; Maricl(u)s, Bi(ct)or M(a?)
ari; Fuzon; Kadizon(9).
Lig. 8. Dona(t)u(s) ; Bonifati(u)s, Natalic(v)s ; Bic-
t(o)rian(ns).
Lig. 9. Natalic(u)s ; Tinu(s) Gauzio(s)u(s), Romanu(sy
lmdus.
Lig. 10. (Ha)ec nomina in omilia ; no(min)is patria
singul(a) 6.
Dans le même genre. l'Eglise de Carlhage nous offre
un document plus complet, c'est le calendrier décou-
vert par Mabillon et qui représente la liste des martyrs
fêtés par l'Église catholique de Carthage au commence-
ment du vie siècle; c'est le plus ancien calendrier
connu ; il parait avoir été versé dans le martyrologe dit
hiéronymien, avec d'autres listes de saints africains;
celles-ci proviennent sans doute de catalogues de diverses
Églises africaines, hypothèse de M9r Duchesne dans son
édition du Marturologium hieronymianum, p. lxxxii,
combattue par Âchelis, Die Martyrologien, ihre Ges-
chichte und ilir Werth T, mais reprise et appuyée par
Gsell 8. Nous n'avons pas à reprendre cette discussion
ici. Voir Calendriers. Il nous suffit de renvoyer à ces
documents africains comme aux pièces martjrologiques
les plus curieuses des liturgies latines. Voir aussi le § iv,
Dédicaces.
Un autre point intéressant à noter pour le culte des
martyrs en Afrique, c'est la prescription du canon 36
du IIIe concile de Carthage en 397 qui permet « le jour
de la commémoraison des martyrs, de lire leurs actes à
l'église » (à la première partie de la messe) 9. L'Église
lettres, 1843, série II', t. I, p. 214; Delamare, Explor. scientii'.
de l'Algérie, in-fol., Paris, 1850. pi. 136, n. 1 ; Renier, Recueil de»
inscr. d'Algérie, n. 2145; Corpus inscr. latin., t. vm, n. 7924;
Aube, L'Église et l'État dans la seconde moitié du ir siècle,
p. 406. Cf. aussi Actes des mahtybs, col. 416. — * Corpus inscr.
lalvi., t. vm, n. 16396. — 'Dans Abhandl. der kônigl. Gcsell.
der Wissensch. zuGôttingen [1900], t. m, n. 3. — • Gsell, Chro-
nique arch. africaine, dans les Mél. d'arch et d'hist. de CÈcole
franc, de Borne (1891). t. xxi, p. 207-209. Cf. Duchesne, dans Bull.
di arch. crist. ,1900, t. vu, p. 81. — «Mansi, Concilia, t. m, col. 916-
930. Cf. Héfélé, Hist. des conciles, trad. Delarc, t. 245 n, p., 261.
625
AFRIQUE (LITURGIE POST-NICÉENNE DE L')
d'Afrique était plus riche qu'aucune autre en fait d'actes
des martyrs, actes authentiques et de première valeur.
Voir Actes des martyrs, col. 379 sq. Ce t'ait liturgique,
à certain point de vue, paraît une innovation dans le
système des lectures.
III. Litanies et diptyques. — Martyrologes et dip-
tyques sont étroitement apparentés dans la liturgie pri-
mitive. Les inscriptions que nous avons citées précé-
demment semblent tenir également de l'un et de l'autre.
D'intéressantes particularités que nous recueillons dans
saint Augustin nous rendront le fait plus évident encore.
On sait que sur ces diptyques les martyrs sont invoqués à
part, et l'on ne prie pas pour eux, tandis que les défunts
sont nommés aussi à leur tour, mais on prie pour eux.
Vnde, dit saint Augustin quod norunt fidèles distincti a
defunctis loco suo martyres recitantur necpro eisora-
tur sed eorum orationibus Ecclesia commendatur l . Et
ailleurs : Quod fidèles noverunt, cum martyres eo loco
recitantur ad allare Dei, ubi non pro ipsis oretur, pro
cœteris autem convnierr oratis defunctis or atur-. Saint
Augustin insiste sur cette distinction essentielle pour
lui : Ideo proillis (martyribus) Ecclesia non orat. Pro
aliis fidelibus defunctis oratur, pro martyribus autem
non oratur... sed eorum potius orationibus se com-
mendat Ecclesia3... Perhibet enim prxclarissimum te-
stimonium ecclesiastica auctorilas in qua fidelibus
notum est, quo loco martyres et quo defunctse sancli-
moniales ad altaris sacramenta recitantur1'. Enfin nous
savons que l'on récite une série de noms de vingt
martyrs et ces martyrs sont honorés par les fidèles
d'un culte particulier5. Les paroles suivantes pourraient
faire supposer que la mémoire des morts se faisait du-
rant les prières du canon, et se rattachait d'assez
près à la communion : Neque enim plorum animse
morluorum separantur ab Ecclesia (scilicet separantur
ab animis martyrum?). Alioquin nec ad allare Dei
fieret eorum memoria in communicatione corporis
Chris ti6. Leurs reliques sont honorées, on les porte en
procession, on les place sous l'autel, cependant on ne les
honore pas comme des dieux, mais comme des hommes1.
Grâce à certains rapprochements de textes nous arri-
vons à reconstituer presque entièrement la prière lita-
nique africaine, qui, elle aussi, est en relation avec les
diptyques. L'Église, dans ces oraisons, prie donc pour les
rois et pour tous ceux qui sont constitués en dignité8.
Elle prie par la bouche suppliante des prêtres non seu-
lement pour les fidèles, mais pour les infidèles afin
qu'ils croient; elle prie pour ses ennemis9, pour ceux
qui ne veulent pas croire ut Deus operetur in Mis et
velle 10, ut aperiat Dominus Mis sensum et intelligant
scripturas • ' . A ces textes de saint Augustin, il faut ajouter
ceux-ci : orat ut increduli credant... ut credentes per-
sévèrent...\Oravimus]pro infidelibus inimicisut crede-
rent...Daillis, Domine, in teperseverareusqueinfinem.
Amen... Audis sacerdotem Dei ad allare exhortantem
populum Dei orare pro incredulis ut eos Deus concer-
tât ad fidem, et pro catechumenis ut eis desiderium re-
generationis inspiret et pro fidelibus, ut in eo, quod esse
cœperunt, ejus munere persévèrent, vel ipsum (sacerdo-
tem) clara voce orantem, ut incredulas génies ad fidem
suam venire compellat,... non respondebis Amen '*.
Ces diverses oraisons sont précédées d'une exhortation
ou sorte de prologue, comme nos oraisons litaniques du
vendredi saint, qui présentent du reste de grandes ana-
' Sermon., ccxcvii, P. L., t. y-xvm, col. 1360. — « Ser-
mon., eux, ibid., col. 868. — 3 Sermon., cclxxxv, ibid.,
col. 1295. Ct. Sermon., cclxxxiv, ibid., col. 1291. — « De sancta
virginitate, c. xj.v, n. 46, P. L., t. XL, col. 423. — » Sermon.,
cccxxv, P. L., t. xxxviit, col. 1448. —"De civit. Dei, 1. XX,
c. ix ; 1. XXII, c. vin, P. L., t. xli, col. 764 sq. — ''De civit. Dei,
toc. cit., col. 772. Cf. Sermon., cccxvm, P. L., t. xxxvm,
col. 1438. — ■ De civit. Dei, 1. XIX, c. xxvi, P. L., t. xli, col. 656.
— • Contra Julian., 1. VI, c. xli, P. L., t. xlv, col. 1606, et t. xi.iv,
logies avec les litanies africaines, encore que les formules
que nous venons de citer portent un caractère africain
très prononcé, nous dirions presque un caractère
augustinien ".
Il y a des prières pour demander la pluie, numquid
non ab Mo et hodic et lieri ct nudiustertius pluviam
petimus • *.
IV. Dédicace des églises. — La dédicace des églises,
par le rite de la déposition des reliques qui eo est le
centre dans certaines liturgies, est liée au. culte des
martyrs et par suite à celui des morts. L'autel est une
tombe où repose un martyr. C'est pourquoi nous traitons
à cette place du rite de la dédicace.
L'Église en Afrique est appelée dominicum ou basi-
lica, dominicum au temps de saint Cyprien, basilica
est le terme dont se sert d'ordinaire saint Augustin :s.
Saint Optât reproche aux donatistes d'avoir exorcisé
et lavé avec de Veau salée les murailles des églises
catholiques. Cette désécration semble bien être la con-
trefaçon d'une cérémonie chrétienne de la dédicace, dans
laquelle on lave d'eau bénite et de sel les murs de
l'église. D'autant plus qu'à cette occasion saint Optât pro-
nonce cette apostrophe de l'eau, conservée dans la litur-
gie romaine:
Saint Optât. Préface romaine
de la bénédiction des fonts.
O aqna... super quani ... Creatura aqux... cit-
ante ipsos natales mundi jus (Dei) spirilus super te
sanctus Spirilus fereba- ferebatûr... Cui (Deus) ta
tur... qum lavasii terrant, totam terram lavare prœ-
Oaqua quse sub Moxjse, ut cepit. Qui te in deserto
naturalem amaritudinem amaram, suavitate indila,
perderesindulcatalignotot fecit esse potabilem, et si-
populorum pectora suavis- tienti populo de pelra pro-
simis hauslibus satiasti, duxit.
etc. »*.
On verra aussi (Cf. Messe, col. 634) que l'autel con-
tient des reliques des martyrs, comme au rite romain, qui
diffère en cela du milanais. Saint Augustin nous dira plus
loin qu'on se sert du signe de la croix pour la consé-
cration des autels, la dédicace des basiliques et la bé-
nédiction des baptistères.
L'épigraphie africaine nous fournit aussi sur ce point
un supplément intéressant. Elle nous donne des titres
des invocations et des acclamations dont plusieurs sont
restés dans la liturgie de la dédicace romaine. Voici
l'inscription trouvée à Turca:
[PEREGRINIS ET P...
HEC PORTA DOMVS EST ECRESIE PATENS
ALIMENTIS QVE PARVIS
■rjàr ni
MIS ANG.
H(a)ec porta domus est ec(cl)esi(a)e, patens peregrinis
et p[auperibusf] alimentisque parvis nimis ang[usto
adituf] »
DDIE t CRIS
T I FECI T a v
/Ideo DaTvsN
D(omuni) D(ei) e[t] Crisli fecit Adcodatus**.
col. 744. Cf. De bono persev., toc. cit., t. xlv, col. 1031. — ,0 De
prœdest., P. L., t. xliv, col. 972. — « Epist., clxxxv, P. L.,
t. xxxiii, col. 793. — « De dono persev., c. vu, xxm ; Epist.,
ccxvn, Ad Vital., P. L., t. xlv, col. 1002, 1031, et t. xxxm,
col. 978. — •« Epist., ccxvn, P. /.., t. xxxm, col. 978, 988. —
« Sermon., lvh, P. L., t. xxxvm, col. 387. — •» Mone, Latei-
nische u. griechische Messen, p. 88-89. — "> De schismate Do-
nat., 1. VI, c. vi, P. L., t. xi, col. 1078. — « Corpus inscr,
latin., t. vin, n. 839. — *• Ibid., n. 992.
•627
AFRIQUE (LITURGIE POST-NICÉENNE DE L')
028
Cet autre s'est contenté du mot ECCLESIA SANCTA,
présenté dans tous les sens par un jeu de combinaisons
•qui parait bien un peu puéril ' :
A
1
S
E
L
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A
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C
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1
A
10
IN NOMINE DNI Dl N ATQUE
SALBATORIS ihv XPIc?
TEMPORIB BIR1 BEATISSIMIc?
FAVSTINI ERSCIMEC MVNITIO FVNV
MASTICANA EX VNTO PROPRIO FECIT
In nomine D(omi)ni D(e)i n(ostri) atque salbatoris
Jh(es)u Chr(ist)i Tempor(ib(us) biri (viri) bealissimi
Fauslini e\p](i)sc(op)i, [ha^cf Munitio Fun[d\umasti-
cana exun[t\o (ex sumptu?) proprio fecit2.
Vin nomine Domini aique Salvatoris est usité plus
d'une fois dans le latin liturgique d'Afrique. L'Hic exau-
dietur omnis qui vocat nomen Domini de la suivante
rappelle des oraisons et antiennes de la dédicace ro-
maine, quelques variantes sont discutées; nous suivons
la lecture de De Rossi :
^ HC DOMVS Dl NOS(tri) xqi HC AVITATIO SPS
[SCI P\aracleli
+ HC MEMORIA BEATI MARTIRIS DEI CONSVLTI
pi aei wmm.
+ HC EXAVDIETVR OMNIS QÏ INVOCAT NOMEN
. [DNI Dl OMNIPOT[e«tis
-]-- VR HOMO MIRA RIS DÔ~ IVBANTE MELIORA
[videvis a mm xi»
Autres formules à noter :
ARAM DEO
SANCTO AETERNQ*
' Moniteur algérien, 4 oct. 1843 ; A. Berbrugger, dans la Revue
africaine, t. I, p. 429; Delaporte, ibid., t. XII, p. 146; Prévost, dans
la Revue archéol., 1847, pi. 78; L. Renier, Rec. des inscr. rom.
d'Algérie, in-fol., Paris, 1855, n. 3703; Corpusinscr. latin., t. vin,
n. 9710. — * Luc de Bosredon, dans le Recueil de Constantine,
1873-1874, pi. in,6, et p. 67 ; Héron de Villelosse, dans les Arch. des
musions sciera <y., 1875, p. 494, n. 228 ; Corpus inscr. latin., t. vm,
1..2079. Autre exemple de Vin Nomine Christi Domini et Salva-
toris nostri, dans Gsell, Les monuments antiques de l'A Igérie,
t. n, Édifices du culte chrétien, p. 161 et alibi. — s Poulie, dans
le Rec. de Constantine, 1871-1872, p. 421; Bosredon, ibid., 1876-
1877, p. 378 ; Corpusinscr. latin., t. vm, n. 2220, et addition, p. 948,
et supplément, n. 17614, 17714; De Rossi. Bull, di archeol. crist.,
1878, p. 8; Gatti, ibid., 1884-1885, p. 37 ; De Rossi, La capsella ar-
gentea africana, in-fol., Rome, 1889, p. 17. — * Moniteur algérien,
4 oct. 1843; Revue afric, p. 430; Pontier, Souvenirs d'Algérie,
1850, p. 70; Corpus inscr. latin., t. vm, n. 9704. — » Farges,
dans le Bull, de VAcad. d'Hipponc, t. xvur, p. 31 ; De Rossi, Bull,
di archeol. crist., 1877, p. 97 sq. ; Gatti. ibid., 1K8'j-1885, p. 36 sq.
— « Farges, dans le Bull, de l'Acad. d'Hipponc, t. xvm, p. 122;
DeRossi, La capsella argentea, p. 30; Corpus inscript, latin.,
t. vm, n. 17608. — ' Reboud, dans la Revue africaine, 1869,
t. ix, p. 271; Corpus inscr. latin., t. vm, n. 5176. — «Poulie,
2e HIC E [si dom
VS [Dei hic
MEMO [rix
APOSTOL[or. et
5 BEATI EMERI
Tl GLORIOSI
CONSVLTI
Lig. 4. Apostolorum (scil. Pétri et Pauli).
Lig. 7 Consulti (id est Jurisconsulte^.
3»
HIC EST MEMORIA SANCTORUM
^ PRIMI ET QVINTASie ^ /A ___
Sur une tuile d'église, cette marque de fabrique:
ECCLESI
AxF^ TOLI
/K EX OFI
BEATAM
A M CA
CAM
NA FORT
rICI
UNATIANP
La suivante nous prouve qu'il y avait, dans les églises
d'Afrique comme dans celles de Milan, un cancel oour
les vierges :
Virginum canc(elli)b(onis) 6(<?ne)8.
Notons encore ces titres ou invocations : Domus Dei
perfecla9, domus oralionis celebratui (sic) ,0, pax in-
tranti (islam) januani (pax et reme)antin, in mente
habeas... servum Dei... Deo vivas1-, hic domus oratio-
nis13; sur un fronton d'église trouvé à Philippeville et
du ivc siècle, on lit cette longue inscription :
Magna quod adsurgunt sacris fasligia tcrlis.
Quai dédit officiis sollicitude piis;
Martyi'is ecclesiam venerando nomine Dignse
Nobilis autistes perpeluusque pater
Navigius posuit Crisli legisque minister
Suspiciant cuncti religionis opns '*.
On en trouvera quelques autres exemples dans les
deux mémoires de M. Gsell 15.
dans le Recueil de Constantine. t. xxv, p. 412: Papier, dans
les Comptes rendus de l'Acad. rf'Hippone,1888, p. cxx ; Audollent
et Letaille, dans les Méi. d'arch. etd'hist.,i. x. p. 506, n. 77. Q. S.
Ambroise, De lapsu virg., c. vi, n. 24, P. L.. t. xvt, col. 390*
— • Dewulf, dans le Recueil de Constantine, 1867, p. 233 ; Cor-
pus inscript, latin., t. vm, n. 4792. — *" Corpus inscript, latin.,
t. vm, n. 8429. — '■ Moniteur algérien, déc 1845; Berbrugger,
dans Akhbar, 22 janv. 1846, et Revue africaine. L v, p. 366;
M«* Dupuch, Mandement du carême, 1846; Renier, Recueil
des inscr. rom. de l'Algérie, n. 4058; Rossi, Bull, di archeol.
crist., 1878, p. 32; Co>-pus inscr. latin., t. vm, n. 9271. — «Ber-
brugger, dans la Revue africaine, t. xit, p. 144; Prévost, dans
la Revue archéol., 1847, p. 664, pi. 78; Renier. Recueil, etc.,
loc. cit. ; Corpus inscri/it. latin., t. vm,n. 9708. Pour la formule
In mente habeas que nous retrouvons ici, voir plus haut, ooL
— '3 Bull, de correspondance alrirainr, 1885, p. 223, n. 923;
Corpus inscript, latin., t. vm, n. 11444. — '»Gouilly, dans le
Bull, de corresp. afric. t. m. n. 1885, p. .">29; Le niant, dans le
Bulletin du Comité, lfv-V, p. 371 : Papier, dans le Bull, de rAc.
d'Hippone, 1886, p. 128; De Rossi, Bull, di arch. crist., 1886,
p. 26; J. Schmidt, dans les Ephem. epigr., 1892, t. vit, p. 138,
n. 445; Corpus inscript, latin., t. vm, n. 10913. — ".!••■' dei
II' congresso di archeol. crist., in-4*, Roma, 1902, p. 195 sq.
629
AFRIQUE (LITURGIE POST-NICÉENNE DE L'ï
630
Nous donnons la suivante à cause des accents qui
sont rares en épigraphie, et à cause de la formule :
IN- ATRI- DOMINI
DEF QVI EST SERMONI
DONATVS ET NAVIS
IVS FECÈRVNT CEDI
5 ÉNSÈS PÈCKATORES
Lig. 1, 2. In Patri Domini Dei, c'est-à-dire, selon
l'interprétation de De Rossi, acceptée par Mommsen :
In nomine patris domini Dei qui est sermoni (XôfOi,
cf. Tertullien, Adv. Prax., 5).
Lig. 3-5. Donalus et Navigius fecerunt cedienses
(trouvé à Cédia), peccalores i.
Un très curieux monument judéo-chrétien, qui appar-
tient peut-être à la période anténicéenne et que nous
avons donné dans nos Monumcnla liturgica, t. I,
n. 4168, sera reproduit plus loin. Voy. Afrique (Archéo-
logie).
Enfin nous citons encore deux dédicaces, l'une au
nom d'une relique de la vraie croix, l'autre au nom des
reliques de saint Laurent:
DSANCTO LIGNO CRVCIS CHRISTI SALVATORIS
[ADLATO
ADQ- HIC SITO FLAVIVS NVVEL- EX PRAEPOSITIS-
[EQITV
M ARMICERORVM VVNIOR FILIVS SATVRNINI
[VIRI
PERFECTISSIMI EX COMITIBVS ET COLLCIAL
[HONESTISSIMA
E FEMINAE PRIMEPOS ELVRI LACONIQ BASILI-
[CAM VOTO
PROMISSAMADQOBLATAMCVMCONIVGENONNI
CA AC SVIS OMNIBVS DEDICAVIT
De sancto ligno crucis Christi salvaloris adlato atque
hic sito Flavius Nuvel ex prœpositis eq(u)itum arrtii-
gerorum (i)unior(um), films Saturnini viri perfectis-
simi ex comitibus et Col(i)cia(e) (?) honeslissimœ feminse
pr(o n)epos Ecluri Laconi (?) basilicam volo promissam
adque oblatam cum coniuge Nonnica ac suis omnibus
dedicavit 2.
IN HOC LOCO SANCTO DEPOSI
T/E SVNT RELIQVIAE SANCTI
LAVRENTI MARTIRIS DIE III MN
AVG CONS HERCVLANI V C
5 DIE DOMN DEDICANTE LAVRENTIO
VVS P MOR DOM AN PCCCCXIII. AMEN
Ligne 6. v(iro) v(enerabili) s(anctissimo) 3?
La question de la forme et de la disposition des
églises alricaines sera reprise et étudiée plus en détail
dans l'article Afrique (Ar-chéologie), mais nous donne-
rons ici néanmoins un plan de basilique africaine pour
éclairer l'étude des cérémonies liturgiques et pour mon-
trer que sur ce point aussi, pour l'architecture et la
disposition intérieure de l'église, il n'y a pas de diffé-
rence essentielle entre Rome et l'Afrique (fig. 114).
Longueur totale 32 mètres, largeur 14m20. En avant
un vestibule de 2m80 occupe toute la largeur; les portes
du vestibule sont latérales. La basilique a trois portes.
• Dewulf, dans le Recueil de Constantine, 1867, p. 218 ; De Rossi,
Bull, di arch., 1879, p. 162; Corpus inscript, latin., t. vin,
n. 2309, et addit, p. 950. — ! Kenaudot, Tableau du royaume
d'Alger, éd. 1830, p. 13 ; Hiïbner, dans Hermès, t. n, p. 154 ; Cor-
pus inscript, latin., t. vm, n. 9255. — 3Leclercq, dans la Revue
archéol., 1850, t. vu, p. 369; Revue africaine, 1857, t. I, p. 220;
Renier, Recueil des inscr. rom. d'Algérien. 3431; de Buck,
<lans les Précis liistoriques, Bruxelles, 1854, t. v, p. 470 sq. ;
Le chœur est profond de 4m90. L'abside est plus élevée
que le reste de l'église. A droite et à gauche on voit la
114. — Plan de la basilique d'Henchir.
D'après Gsell, Monum. ant. ae l'Algérie, t. Il, p. 172.
trace de deux sacristies*. La disposition est à peu de
chose près celle des basiliques romaines, avec l'autel au
centre du chœur, l'ambon et le presbyterium. Le
même auteur donne un grand nombre d'autres basi-
liques qui appartiennent au même type, mais quelques-
unes sont beaucoup plus grandioses, par exemple la
magnifique basilique de Tébessa 5. Nous donnons aussi
les ruines de la basilique de Sainte-Salsa 6 (fig. 115).
La vue est prise du fond de la basilique, faisant face
à l'entrée. On en pourra lire la description détaillée
dans le beau livre de M. Gsell qui l'a fouillée.
V. La messe en Afrique du ive a.u vie siècle. — Elle
est quotidienne " et se dit le matin, ante prandium 8.
Elle ne peut être offerte ni pour ceux qui sont morts
sans baptême, ni pour ceux qui sont séparés de l'Église;
c'est dire qu'elle ne peut être célébrée que pour les
fidèles vivants ou morts9.
1° Lectures et graduel. — Pour les diverses parties de la
messe, nous avons malheureusement trop peu de détails;
cependant nous recueillons quelques notes du plus haut
intérêt. La messe est nettement divisée en deux parties;
la première comprend des chants, des lectures et une
exhortation, après laquelle on renvoie les catéchumènes
et tous ceux qui ne sont pas baptisés, fil missa cate-
chunienorum 10. Il y a plusieurs lectures, dont la der-
De Rossi, Inscr. christ, urbis Romse, 1. 1, p. v ; Corpus inscript,
latin., t. vm, n. 8630. — •» a. Gsell, loc. cit., t. n, p. 170, 171.
Comparez avec les plans donnés par C. Enlart, Manuel d'archéo-
logie française, t. I, p. 117 sq. —*R)id., p. 267. — «Voyez le plan
de cette église, fig. 135. — ' Epist., ccxxvm, P. L., t. xxxm,
col. 1016. — *Sermon., cxxvui, P. L., t. xxxvm, col. 716. — 9De
anima. 1. ni, xu, 18, P. L., t. xliv, col. 520 ; ibid., col. 481, 482,
501, 502. — "> Sermon., xlix, P. L., t. xxxvm, col. 324.
G31
AFRIQUE (LITURGIE P0ST-N1CÉENNE DE L')
632
nière est celle du saint évangile1 : Dominus noster J. C.
tribus modis intelligitur et nominatur, quando pra;-
dicalur siveper legem et propbetas, sive per episto-
LAS apostolicas, sive per fidem rerum gestarum quas
in evangelio cognoscinivs 2. Lcgis propeetam, evak-
GELIUM, apostolum 3, ou encore : apostolum audivimus,
psalnium audivimus, evangclium audivimus consonant
omnes divinse lecliones ^ . Hoc de apostolica lectione
percepimus, deinde cantavimus psalmum, post hsec
evangclica leclio, has TRES lectiones pertractemus^.
Mais clans ces deux derniers cas, il faut interpréter :
aposlulus ou apostolica lectio, la lecture de l'épitre,
. psalnvus, le psaume chanté, graduel ou trait, evange-
dans l'Écriture des lectures en rapport avec l'objet de la
fête; lecture de l'Ancien Testament, lecture des épitres
apostoliques et de l'évangile sont mises en relation, et le
psaume chanté est lui-même mis en rapport avec ces
leçons. Ceci représente évidemment l'office à l'état par-
fait, et souvent on dut s'écarter de la règle. Mais il n'est
pas inutile de constater quelle est la forme idéale vers
laquelle doit tendre la composition liturgique. On re-
trouve encore assez souvent dans nos plus vieux offices
cette coïncidence de la leçon, de l'épitre, de l'évangile,
des parties chantées, graduel ou trait, s'accordant har-
monieusement avec le but de la fête. Parfois le psaume
chanté fait suite à la leçon (voyez par exemple au mis-
115. — Ruines de la basilique de Sainte-Salsa à Tipa*a. D'après Gsell, Monuments antiques de V Algérie, t. n. p. Kl
lica lectio, l'évangile. Il les appelle du même nom, has
très lectiones, quoique pour nous cela ne fasse en réa-
lité que deux lectures. Malgré ces expressions et autres
semblables, le fait de trois lectures à l'avant-messe,
évangile compris, du temps de saint Augustin, ne semble
pas contestable et doit être noté avec soin. Il ressort
aussi de là qu'entre la lecture de l'épitre et celle de
l'évangile, se place un psaume chanté (voir Chant),
qui répond à notre graduel, au psalmellus milanais et
au psallenda mozarabe. Voir Lectures.
Il paraît aussi, d'après les expressions employées par
saint Augustin ici et dans plusieurs autres passages de
ses écrits, qu'il y a connexion d'ordinaire entre les lec-
tures et les psaumes chantés : c'est la leçon qui condi-
tionne le psaume; la leçon elle-même est conditionnée
par la fête ou par telle circonstance particulière. La
genèse d'un office paraît donc s'établir ainsi : on choisit
' Sermon., xi.ix, toc. cit., col. 320. — * Sermon., cccxli, P. L.,
t. xxxix, col. 1493. — 3 Sermon., XL, P. L., t. xxxvm, col. 245;
Cf. Sermon., xxxn, xxxm, xlvi; sur les trois lectures, loc. cit„
sel romain, le trait qui suit In 4e prophétie, au samedi
saint, et celui qui suit la 8e, et le cantique Benedictus
qui suit la leçon de Daniel au samedi des quatre-'emps).
Remarquons enfin que ce psaume est un répons; un
chantre le chante avec quelques inflexions, audivimus
psalmum, lectionem, et le peuple répond, respondimus*.
Ces lectures de la messe sont soigneusement sur-
veillées par l'autorité ecclésiastique. Un concile de Car-
thage, en 397, donne une liste des livres « que l'on doit
lire dans l'église sous le titre de divines Écritures ». Ce
canon est semblable à celui dont nous nous servons
encore aujourd'hui. On proscrit les autres livres, mais
on permet, comme nous l'avons dit, la lecture des Actes
des martyrs au jour de leur fête 7.
2° Alléluia. — Le chant de l'amen et de Valleluia,
acclamations dont l'usage est déjà ancien, prend un
nouveau développement : habent (hsereses) amen et al-
p. 196 sq. — * Sermon., ci.xv, P. L.. t. xxxvm, col, IK& —
• Sermon., ci.xxvi, P. L., t xxxvm, col. 96a — * Pali-oaraphia
musicale t. v. p. 30-32. — 'Mansi, Concilia, t. m. col. 924.
633
AFRIQUE (LITURGIE POST-NICEENNE DE L'j
034
teluia nostrum ' . Nonsonis transcuntibus dicemus amen
et alléluia'2. L'alleluia est même chanté solennellement
par un lecteur avec des modulations, témoin le fait sui-
vant bien souvent cité : Lector unus jam pulpito si-
stens, alleluiatim melos canebal, quo tempore sagilla
in gutture jaculatus, cadente de manibus codice, mor-
tuus post cecidit ipse3. C'est le chant consacré à cer-
taines époques : Est alléluia et bis alléluia quod nobis
cantare cerlo tempore solemniter moris est, secundum
ecclesise antiquam traditionem, neque enim et hoc sine
sacramento cerlis diebus cantamus alléluia^. On le
chante tous les dimanches, et aussi pendant le temps
pascal, omnibus diebus dominicis alléluia canta-
tur"°.
Plus la foule des fidèles augmentait, plus il devenait
nécessaire de développer les cérémonies si simples de la
première période, plus aussi on désirait donner de so-
lennité aux offices. Pendant que le clergé se rendait à
l'autel au commencement de la messe on eut l'idée de
chanter un psaume, ce fut le psaume d'introït; pendant
que les fidèles défilaient pour apporter leur offrande à
l'autel, on chanta aussi un autre psaume, ou offertoire;
enfin on introduisait le chant d'un troisième psaume
pendant la communion. Les deux derniers changements
se firent vers l'époque de saint Augustin. Mos erat ut
hymni ad altare dicerentur de psalmorum libro sive
unie oblalionem, sive cum dis tribueretur populo quod
fuisset oblalum 6.
Ces chants ont donc une origine toute différente de
celle du répons ou du graduel et du trait, qui font corps
avec une lecture précédente. Ils ne se rattachent à rien,
ils ont un caractère adventice, ils n'ont primitivement
aucun lien avec l'office du jour. Pour l'offertoire on choi-
sira un psaume qui fait allusion aux offrandes présentées
au temple; pour la communion, on chanlera d'ordinaire
le psaume xxxm avec le verset caractéristique gustale et
videte quoniam suacis est Dominus. Ce n'est que plus
tard que ces chants furent mis en relation avec la fête,
•et encore les livres liturgiques, même les moins an-
tiques, portent-ils les traces de la différence entre les
deux séries de chanK si l'on veut y regarder.
3° Offrande. — Les catéchumènes, les pénitents ou
les gentils, s'il s'en trouvait, devaient se retirer après
les lectures. La seconde partie de la messe était si net-
tement distinguée de la première qu'elle se célébrait
dans une autre église, comme c'était aussi la coutume à
Jérusalem vers la même époque1. C'est ce que nous
pouvons conclure des paroles suivantes : hsec... pro
exhortatione sufficiant, dit-il à la lin d'un sermon,
quoniam dics pauci sunt, et adliuc nobis in majore
basilica restant quse aganius cum charitale vestra 8.
En réalité, cette seconde partie qui forme un tout
distinct, est le sacrifice proprement dit. Voici un texte
précieux qui nous décrit l'ensemble du rite : Precaliones
facimus in celebralione sacramentorum anlequam
illud quod est in Domini mensa incipiat benedici : ora-
tiones cum benedicitur et sanctificatur et ad disty'i-
buendum comminuitur , quam totam petilionem fere
ernnis ecclesia dominica oralione concluait. .. Interpel-
lationes autem sive ut veslri codices habent, poslula-
tiones fiunt, cum populus benedicitur. Tune enim
antistites, velut advocati, susceptos sicos per manus
impositionem misericordissimse offerunt potestati.
Quibus peraclis et parlicipato tanto sacramento gra-
' Sermon., xxxvn, n. 27, P. L., t. xxxvm, col. 233. — * Ser-
mon., cccLxii, n. 29, P. L., t. xxxix, col. 1632. — "Victorde Vite,
Depersec. Vanc!al.,l. XIII, P. L., t. i.vm, col. 197. — iIn Psalm.
evi, P. L., t. xxxvu, col. 1419. — " Ep. ad Jan., P. L., t. xxxiu,
col. 213. — «Retract., 1. II, c. xi, P. L., t. xlii, col. 634. Saint
Augustin lut même obligé d'écrire un livre (aujourd'hui perdu)
pour justifier cette pratique. Retract., 1. n, c. xvn. — ' Pere-
grinatio Silvix, éd. Gamurrini, in-4-, 1887, p. 86, 87. — » Ser-
mon., cccxxv, P. L., t. xxxvm, ccl. 1449. — »Epist., lix, Ad
tiarum actio cuncta concluait, quam in his eliam ver-
bis ultimem commendavit aposlolus 9.
De ce texte, le suivant est à rapprocher : Tenetis sa-
cramentum ordine suo. Primo post oratinnem (la lita-
nie et la prière qui la suit) admonemini SURSUM babere
cor. Cum dicitur sursum coR,respondetis : babemus ab
domixum, et ne hoc ipsum, quod cor habelis sursum
ad Dominum, tribualis viribus vestris, meritis vestris,
laboribus vestris, ... ideo sequilur episcopus vel pres-
byter qui offert et dicit : GRATIAS AGAMUS domino deo
nostro — et vos attestamini : dignum et justum est
dicentes... JDeinde post sanctificationem sacrifiai
Dei, dicimus oralionem dominicam, post ipsam dici-
tur : pax vobiscum, et osculantur se christiani in
osculo sancto. Pacis signum est, sicut ostendunt labia.
fiât in conscientia. Magna ergo sacramenla 10.
Bunsen établit d'après cela un schéma de la messe
africaine au ve ou au vie siècle, que l'on peut accepter
et qu'il rapproche du rite alexandrin :
Oblalio populi.
Oralio oblationis : munda tibi... cum prece preca-
toria.
Prsefatio : sursum corda, etc.
Laudes : Vere dignum. Agios.
Sanclificalio sacrificii (prœmissis verbis inslilu-
tionis).
Osculum pacis.
Benedictio popidi (interpellalio) sacerdote populum
Deo offerente.
Communio.
Graliarum actio *'.
L'offrande est faite par les fidèles, reçue par l'évêquc
et placée sur l'autel sicut moris est, redditurus susc
salulis (la santé lui avait été miraculeusement rendue)
oblalionem Domino, quam episcopus accipiens altari
imposuili2. Oblaliones quse in allari consecrenlur
offerte. Erubescere débet homo idoneus si de oblalione
aliéna communicaveriti3.
L'autel est une table, mensa, cœna ; on dit couram-
ment mensa Cypriani, non quia ibi unquam Cypria-
nus epulatus, sed quia ibi est immolatus, ... paravit
liane mensam... in qua sacrificium Deo, cui ipse
oblatus est, offeralur1*-. Il est souvent fait de bois; on
le recouvre de linges. C'est l'autel de Dieu, qui porte
les membres du Christ, sur lequel descend le Saint-
Espril, quid enim est allare nisi sedes corporis et san-
guinis Christiio. Cependant les autels de pierres ne sont
pas rares (voir plusieurs exemples dans Afrique [Ar-
chéologie, autels\), ces autels renferment des reliques de
martyrs; en dehors des laits cités à cet endroit, nous
produirons la découverte toute récente à N'gaous (dé-
partement de Constantine) d'un autel contenant trois
vases et un curieux coffret dans lesquels étaient placées
les reliques, comme l'indique l'inscription :
In nomine Palris et Filii et Spirilus Sancti positx
sunt memoriœ sancti Jidiani et Laurentii cum sociis
suis per manus Beati Columelis episcopi sanctœ Ec-
clesise NicU ensis, islias plebis per inslanliam Donati
presbyteri, imperante Tiberio anno V indictione XI1J
sub die norias octobres 16.
Ne faut-il pas voir une allusion à l'une ou l'autre des
prières de l'offrande romaine, offerimus tibi, Domine,
calicem salutaris, ou suscipiat Dominus sacrificium, ou
quelque autre de même genre, dans ces paroles de
Paulin, (alias cxlix), P. L., t. xxxm, col. 636 sq. — "> Sermon.,
vi, P. L., t. xlvi, col. 835, 836; Sermon., ccxxxvn. Cl. Mone,
Lateinische u. griechische Messen, Die afrikanische ilesse,
p. 94. — << Bunsen, toc. cit., p. 242. — "Victor de Vite, 1. n,
c. xvii, P. L., t. lviii, col. 217. — "Sermon., cclxv, P. L.,
t. xxxix, col. 223S. — <*S. Augustin, Sermon., cccx, P. L.,
t. xxxvm, col. 1413. — ,5S. Optât, loc. cit., 1. VI, c. i, P. L., t. xi,
col. 1065. - ieDelattre, dans L'écho d'Hippone, 15 déc. 1902,
p. 8, 9.
635
AFRIQUE (LITURGIE POST-NICÉENNE DE L')
636
saint Augustin : Quis enim anlistilum in locts sancto-
rum corporum assistens altari, aliquando dixit : offe-
rimus tibi, Petre, aut Paule, aut Cypriane? sed quod
offertur, offer\ur Deo qui martyres coronavil, apud
memorias eorum quos coronavit ', qui sont dans tous
les cas à rapprocher de ces autres paroles : Mi (les
païens), talibus diis suis et templa aedificaverunt, et
statuerunt aras, et sacerdoles instituerunt, et sacrifi-
cia fecerunt :nos autem marlyribus nostris non templa
sicut diis, sed memorias sicut hominibus mortuis, quo-
rum apud Di'.um vivunl spiritus, fabricamus : nec ibi
erigimus allaria, in quibus sacrificemus martyribus,
sed uni Deo et martyrum et nostro : ad quod sacri-
ficium, sicut domines Bei, qui mundum in ejus con-
fessione vicerunt, suo loco et ordine nominantur ; non
tamen a sacerdole qui sacrificat, invocanlur ■ .
Saint Augustin fait souvent allusion au dialogue qui
précède la préface, nous en avons déjà cité un exemple
(voir col. 634) ; Mone en a réuni plusieurs : Audis
quotidie, homo fidelis, sursum cor... sursum enim cor
liabere debemus, sed ad Dominum... Et respondes :
habemus ad Dominum... Post salulalionem quam nos-
tis, id est, Dominus vobiscum, audistis : Sursum cor3.
4° Prières du canon. — Le corps même de la messe,
ce que nous appelons le canon, est nommé aclio en Afri-
que, agenda, quœ aguntur. Le mot semble passé de l'Afri-
que aux liturgies gallicanes et même à la romaine, qui
garde la rubrique Infra actionem. Voir Actio, col. 446.
On ne s'attend pas à trouver ici un texte tant soit peu
complet du canon africain. C'est un sujet sur lequel les
écrivains de cette époque se taisent généralement, et
quand ils en parlent, c'est avec des réticences comprises
seulement des fidèles agnoscit qui fidelis est, qui autem
calechumenus est ignorât 4 ; nnrunt fidèles quid dicam,
norunl Chrislum in fractione panis ; non oportel ut hoc
memoremus projeter catechumenos; /ideles lamen agnos-
cunt°; sacramentum ftdelium agnoscunt fidèles; au-
dientes autem (les catéchumènes), quid aliud quam au-
diunte;paralajam co'.na... quam sciunt fidèles- ; nuptias
filii régis ejusque convivium norunt omnes fidèles 8.
Toutefois, malgré cette règle du silence sur les mys-
tères sacrés, il est fait des allusions discrètes aux prières
du canon : ipse est sanguis qui pro mullis efj'usus est
in remissioncm peccatorum9 ; noster aulem panis et
calix... non quilibct sed certa consecratiune myslicus
fit nobis, non nascitur l0 ; Muni... prece mystica conse-
cralum rite sumintus... in menwriam pro nubis Do-
miniez passionisl] ; et inde (après la préface) qux
aguntur... ut accedente verbo fiât corpus et sanguis
Christi... adde verbum et fit sacramenlum. Ad hoc di-
citis Amen... Amen dicere subscribere est. Amen la-
tine interprelatitr verum12. Il est fait ici allusion,
comme on le voit, à la coutume des fidèles de répondre
à la fin des prières du canon Vamen qui était l'acte de
foi, l'adhésion aux prières du prêtre.
On admet assez généralement que la liturgie afri-
caine, notamment la messe, est étroitement affiliée à la
liturgie romaine. Un texte de saint Optât qui a rapport
à l'oblation rappelle en effet une formule du canon
romain :
Quis dubitel vos illud le- Canon romain.
gilimum in sacramcnlo-
rwn mtjsterio prselcrire Hxcsarrificia... qux tibi
nonposse? Offerrc vos Deo (clementissime Pater) offe-
' Contra Ftiustion. P. L., t. .\ur, col 084. —'De mit. Dei,
.. XXJI, c. X, P. L., t. XU, col. 772. — «Mone, loc. cit..
p. 93, notes. — * Sermon., ccxxxn, P. I... t. xxxvm, col. 1111;
Sermon., ccxxxrv, P. L., t. xxxvm, col. 1116. — * Sermon.,
cccvit, /'. /,.. t. xxxvm, col. 1407. — • Sermon., cxxxi, /' /
t. xxxvm, col. 729. — ' Se)-mon.. cxh, P. L., t. xxxvm, col.
643. — ".Sermon., xc, P. L., t. xxxvm, col. 559. — "Sermon.,
nxxxiv, /'. /.., i. xxxvm, col. 745. — "Contra Faust., P. L.,
dicitis pro Ecclesia qtt se una rimus pro Ecclesia tua
est : hoc ipsum mendacii sancta catholica... totc
pars est, unam te vocare, orbe terrarum... adunare
de qua feceris duas. Et digneris...
offerre vos dicitis pro una
Ecclesia qux sit in toto
terrarum orbe diffusa ls.
Mais par contre un autre Africain, Marius Victorinus,
contemporain de saint Augustin, nous donne ce texte
curieux dans son explication de Tite, il, 14, populum
■rcspiouo-tov, sicuti et in oblatione dicitur : munda tibi
populum circumvitalem, œmulatorem bonorum ope-
rum circa tuam substantiam venientem •'.
De même le texte de saint Fulgence ne suit que de
loin la trame générale du canon romain :
Cum tempore sacrifiai comment or a tionem mortis
ejus faciamus, charitatem nobis tribui per adventum
S. Spiritus poslulamus : hoc suppliciter exoranles ut
per ipsam charitatem qua pro nobis Christus crucifigi
dignatus est, nos quoque, gralia S. Spiritus accepta,
mundum crucifixum habere et mundo crucifigi possi-
mus : imitantesque Domini nostri mortem, sicut
Christus quod mortuus est peccalo mortuus est semel,
quod aulem vivit, vivit Deo,etiam nos in novilate vitse
ambulemus, et munere charitatis accepto, moriamur
peccato et vivamus Deo... Hoc autem quod petimus, id
est ut in Pâtre et Filio unum simus, per unilatem
gralise spiritualité)' accipimus 15.
Ces textes s'inspirent de près d'un texte liturgique
d'anamnèse et que l'on peut reconstituer à peu près
ainsi, à l'aide d'un autre passage de saint Optât :
Anpmnèse et épi-
clèse africaine, re-
constituées d'après
S. Optât. saint Fulgence. Anamnèse romaine.
Quid enim tam Commémorantes Undeetmemores,
sacrilegum quam pn3aionem D. JV. J. Domitte,nos...ejus-
allaria Dei in qui- C. lOStulamxs ut dem Christi Filii
bus et vos ahquan- charitas nobis tri- tui Domini nostrt
do obtulistis f'ran- buatur per adven- tam beatx passio-
gere... in quibus tum S. Spiritus, nis.necnon et ab in-
vota populietmem- suppliciter exoran- fit isresunectionis,
bra Christi portata tes Deum omnipo- s<'d et in cselos glo-
sunt.quo Deusom- tentem ut per ip- riosseascensionis...
nipotens invocatus sam charitatem Quelques formules
sit. quo postulalus qua pro nobis placent ici la Pente-
descendit Spiritus Christus crucifigi côte ou avènement
sanctus, unde a dignatus est, nos ohi S. Esprit, comme-
tnultispignussalu- mtoque, gratta S. le canon africain:
lisseterme.ettutela Spiritus accepta, le reste de la prièro
fldei. et spes resur- mundum cruci- suit une autre mai -
rectionis accepta fi.rum habeamus et che, et on n"y re-
cst... '*. >iu crucifigi trouve plus que des
possimus: imttan- analogies d'e.vpres-
tes Domini nostri sions comme : sup-
J. C. mortem, ut plices te roga-
sicut Christus quod mus, supplices ro-
mortuus est pec- gamus ac petimus,
cato mortuus est suppliciter exoran-
semel, quod autem "». etc.
vivit. vivit Deo.
etiatrt nos in novitate vitx ambulemus, et munere charitatis
accepto, moriamur peccato et vivamus Deo... Hoc petimus ut
in Pâtre et Filio unum simus, quod per unitatem gratix spi-
rilualiter accipimus.
5" Pater. — Le Pater, nous l'avons déjà vu, termine
toutes ces prières du canon et sa place, qui a tant d'im-
t. xlii, col. 379. — " De Trinit., ibid., t. xi.n. col. 874. —
"Sermon, iv, ibitl.. t. xlvi, col. 836. — •' Contra Parmen.,
1. n. Cf. Palmer, Prim. lit., t. t, p. 137. — " Adv. Arian.. 1. 1.
c. xxx, P. t... t. vin, col. 1063. — 1! Fragmentum, xxvni,
/'. /.., t. i.xv. cl. 789. Ci. Ad Monimum. I. II. c. vi, P. L.,
t. lxv, col. 184, 188, et plusieurs autres passages où Fulgence
expose sa doctrine sur l'épiclèse. — '« S. Optât, De schismate
donat., 1. VI, c. i, P L., t. xi, col. 1064.
637
AFRIQUE (LITURGIE POST-NICÉENNE DE L')
G38
portanee dans l'histoire de la messe, est assignée d'une
façon précise : Deinde (c'est-à-dire après les prières
du canon, precibus sanclis), dicitur dominica oratio...
guare anle dicitur quam accipiatur corpus et sanguis
C/iristi? quia... si aliqua contracta sunt de hujus mundi
tentatione... tergitur dominica oratione; ut securi ac
cedat.ius. Post hoc dicitur Pax vobiscum i.
Une autre phrase de saint Augustin, quod audemus
quotidie dicere : adveniat regnum tuum, rappelle le
prologue romain du Pater : Audemus dicere 2.
6» Baiser de paix. — On a aussi attaché à la place du
baiser de paix une grande importance pour la classifi-
cation des liturgies; dans la liturgie alricaine il est,
nous l'avons dit, à la fin du canon, post hoc dicitur Pac
vobiscum. Magnum sacramentum osculum pacis 3.
Cette place lui est assignée logiquement pour deux rai-
sons, parce que la clause du Pater et dimitte nobis
sicut et nos dimittimus entraîne naturellement le signe
de la paix, et aussi parce que l'union dans la mandu-
cation d'un même pain céleste, suppose la paix avec
les frères qui reçoivent la même eucharistie; ailleurs
nous lisons : cujus natalitia lanta celebratione fre-
quentabatis, cui pacis osculum inter sacramenta co-
pulabalis, in cujus manibus eucharistiam ponebalis1».
Ici le baiser de paix est rattaché nettement à l'eucha-
ristie, comme il l'est encore dans la liturgie romaine.
7° Communion. — Mais c'est la communion, sujet
essentiellement pratique pour un prédicateur, sur la-
quelle saint Augustin revient le plus souvent : les
fidèles s'approchent de l'autel, jusqu'au cancel où le
corps et le sang du Christ leur sont distribués : fidèles
ad altare accedentes corpus et sanguinem Chnsti su-
mentes 5; l'expression dont se sert le plus souvent saint
Augustin et qui paraît être devenue l'expression litur-
gique consacrée est celle-ci : accedere ad mensam do-
minicam, ou accedentes ad altare, comme dans un des
textes précédents : omnes qui acceditis ad mensam do-
minicam... accessurus ad mensam Domini 6; mémento
apostolum... ut securus accédas1 ; ad mensam Domini
accesserunl et sanguinem quem smvientes fuderunt,
credentes biberunt s ; ad mensam acceditis, accedamus
ad mensam Domini9 ; accedistis ad mensam potentis;
nostis fidèles ad quam mensam 10. Le mot est resté
dans la liturgie et les plus anciens sacramentaires ap-
pellent les oraisons de communion, les oraisons ad
accedentes, nouvelle preuve de cette influence de l'Afri-
que sur les liturgies latines.
Il semble aussi qu'il se serve des paroles mêmes du
prêtre quand il dit : accipile et édite corpus Christi et
potate sanguinem Christi*1.
On ne communie pas seulement à Pâques et aux fêtes,
saint Augustin voudrait que l'on communiât chaque
jour : propter natalem Cypriani (multitudo) bibit san-
guinem Christi 12; eucharistiam tuam quolidianum
cibum l3, in isto pane nostro quotidiano u.
En recevant la communion, on répond Amen : Amen
respondelis et respondendo subscribitis ,5 ; sanguinem
(ejus) accepistis, dicitis Amen*6. Cet Amen, employé
dans d'autres cas comme réponse à une bénédiction,
'Sermon., vi, P. L., t. xlvi. col. Sot;. — -Sermon., ex, 5. P. L.,
t. xxxvhi, col. 641. — ' Sermon., vi, P. L.. t. xlvi, col. 836. —
* Contra litt. Petit. . P. L, t. xi.ni, col. 277. — * Sermon., lvi, P. L.,
t. xxxvm, col. 384. — « Sermon., xc, P. L.. t. xxxvm, col. 561,
565. — ''Sermon., clxiv, P. L., t. xxxvm. col. 899. — 'Sermon.,
lxxvii, P. L., t. xxxvm, col. 485. — "Sermon., cxxxii, P. L.,
t. xxxvm, col. 735. — ,e Sermon., cccxxxn, P. L., t. xxxvm,
col. 1462. — "Sermon., ni, Adinfantes, P. L.,t. xlvi, col. 827. —
'-Sermon., m, P. L.,t. xlvi. col. 828. — <3Sermon., cclxx,P.L.,
L xxxvm, col. 1413.— " Sermon., lviii, P.L., t. xxxvm, col. 395.
— '* Sermon., lvi, P. L., t. xxxvm, col. 381. Cf. d'autres textes
cités par Mone, loc. cit., p. 96. — "Sermon., cclxxii, P. L.,
t. xxxvm, col. 1247. — ''Sermon., clxxxi, P. L., t.xxxvm, col.
983. — '»Fragm., m, P. L., t. xxxix, col.1721. — ,9/6i(f., col.1721.
— "In psatm. txxxvi, P. L., t. xxxvn, col. 1099. Cf. Sermon.,
sans doute à la bénédiction de la messe, garde pour
lui le même sens : Dej endamus et nos et vos ne et
nos sine causa benedicanius et vos sine causa, amen
subscribatis. Fralres mei, amen vestrum subscriptio
vestra est, consensio vestra est, adstipulatio vestra
est*"*.
Il cite même ici la formule d'une bénédiction qu'il
donne à son peuple : Auditis me, credo, fratres mei,
quando dico : Conversi ad Dominum benedicamus
nomen ejus, det nobis perseverare in mandatis suis,
ambulare in via recta eruditionis suse, placere Mi in
omni opère bono, et caetera lalia**.
L'antienne tirée pour la communion du ps. xxxm
est d'un usage quasi universel dans les liturgies; il faut
ajouter aux témoignages déjà réunis celui de saint
Augustin, qui fait en même temps allusion à la loi de
l'arcane : hoc est corpus meum ; hic est sanguis. Hoc
in evangelio legebatis vel audiebalis, sed hanc eucha-
ristiam esse nesciebatis. Nunc vero aspersi corde in
conscienlia pura et loti corpore aqua munda, accedile
ad eum et illuminanini 19.
VI. Les heures canoniales, le chant liturgique et
la psalmodie. — Le système des heures canoniales a peu
changé depuis saint Cyprien. Il y a une prière de nuit
ou vigile, si modo pugnamus contra nos et vigilamus in
his luminaribus et solemnitas ista dat nobis animum
vigilandi t0.
L'acclamation est déjà un chant. Valleluia, par
exemple, est devenu l'une des pièces principales du
chant liturgique. Voyez Alléluia, col. 632. Des psaumes
ou des versets de psaumes sont chantés fréquemment
et les allusions à cet usage sont si nombreuses qu'il faut
forcément ici en éliminer une partie. Voici, dans l'ordre
alphabétique, un certain nombre de psaumes ou de ver-
sets de psaumes que l'on chantait au temps de saint
Augustin. Il nous semble qu'il est utile de les noter ici,
car ils peuvent mettre sur la voie d'identifications pré-
cieuses pour l'histoire du chant ecclésiastique et dfr
i'antiphonaire :
Aestateni et ver tu plasmasti21.
Averte faciem tuam a peccalis 22.
Beatus homo quem tu erudieris 23.
Cor mundum créa in me Deus2i.
Deo subjicielur anima mea2$.
Deus manifeste veniet 26.
Dirigatur, Domine, oratio mea 27.
Emendabit me justus 28.
Exaudi me in tua justitia 29.
Exsultate justi in Domino30.
Exsurge Domine3*.
Hœc est dies quam fecit Dominus32.
In omnem terram exivit sonus eorum 3Î.
Judica me Deus et discerne 34.
Lsetamini in Domino 35.
Lseletur cor36.
Laudabo Dominum in vita mea 31.
Omnis consummationis vidi finem3*.
Ostende nobis, Domine39.
cxvi, P. L., t. xxxix, col. 1977, Sermon., x, P. L., t.xxxix, aol.
1760. — "Sermon., cxxxv, P. L.,t. xxxvm, col. 748.— "Sermon.,
xix, P. L., t.xxxvm, col. 132. — "Sermon., liu, P. L., t. xxxvm,
col. 825. — "Sermon., xx, P. L., t. xxxvm, col. 137. — "Ser-
mon., cclxxxiii, P. L., t. xxxvm, col. 1286. — "Sermon., xvin,
P. L., t. xxxvm, col. 128. — !1 Sermon., cccxlii, P. L., t xxxix,
col. 1501. — " Sermon., cclxvi, P. L., t. xxxvm, col. 1225. —
-"Sermon., clxx, P. /.., t. xxxvm, col. 930. — M Sermon., |xxi,
P. L., t. xlvi, col. 908. — =» Sermon., ex, P. L., t. xxxvm, col. 639.
— 3» Sermon., ccxxx, P. L., t. xxxvm, col. 1103. — 33 Sermon.,
ccxcix,P. L., t. xxxvni, col. 1367.— ** Sermon., cccxxvu, P.L.,
t. xxxvm, col. 1450. — ^Sermon., cccxxxv, P. L., t. xxxvm, col.
1470. — 3» Sermon., xxvm, P. L., t. xxxvm, col. 182. — 31 Ser-
mon., xxm, P. L. t. xlvi, col. 917. — ** Sermon., ccclviii, P. L.r
t. xxxix, col. 1588. — »• Sermon., clxiii, P. L., t. xxxvm, col.891.
639
AFRIQUE (LITURGIE POST-NICÉENNE DE L'J
6d0
Pretiosa est in conspectu Domini '.
Speravi in misericordia 2.
Tibi derelictus est pauper 3.
Toutes ces pièces sont des antiennes ou des répons
comme l'indiquent ces termes : Inde una voce conve-
nantes Deo cantamus ; consona pariter voce cantamus ;
oravimus enim cantando et orando cantavimus, audi-
vinius et cantavimus; in psalmo modo audislis; cum
psalmus cantaretur audivimus ; ou d'une manière qui
indique encore plus explicitement la nature des chants :
audivimus, concorditerque respondimus et Deo nostro
consona voce cantavimus; de quibus (apostolis) audi-
vimus et cantavimus, non possumus dicere non audi-
vimus, quando modo cantavimus, sicut audivimus
et cantando respondimus; ad hymnos audiendos et
canendos ; vox pœnitentis... quibus psallenti respon-
dimus, neque enim nos islum psalmum cantandum
lectori iniperavimus ; hoc enim justus arbilror ut
conventus ecclesiastici non fraudentur etiam psalmi
hujus intelligentia cujus ut aliorum delectari assolent
cantilena^.
Remarquons encore, en dehors des psaumes, une
allusion au chant du cantique de Moïse : Deus fidelis
in quo non est iniqidtas, Deut., xxxn, 45, une autre
au chant des hymnes de saint Ambroise 6 et aux hymnes
hérétiques des priscillianistes 1.
Verecundus, que nous avons déjà cité, enrichit i'histoire
de la liturgie africaine d'un élément très précieux.
Nous savons par lui qu'il existait en dehors des psaumes,
et présentant avec eux de grandes analogies, une collec-
tion de cantiques, qui auraient été recueillis à part et
édités par Esdras (?), et que d'ordinaire on joignait au
livre des psaumes; on les chantait de la même manière,
ut eodem sono cantuque psallantur, quo soient ipsi
quoque psalmi cantari 8. L'Eglise d'Afrique usait de cette
collection qui était ainsi composée :
Cantique de Moïse dans l'Exode ;
Camique de Moïse dans les Nombres, qui n'est pas en
usage dans la psalmodie ecclésiastique, parce qu'il est
trop court:
Cantique de Moïse au Deutéronomst ;
Cantique de Débora;
Cantique de Jérémie, Mémento. Domine;
Cantique d'Azarias, Benedictus es Domine Deus
patrum noslrorum;
Cantique d'Ezéchiel, Ego dixi in altitiidine dierr.tn
meorum ;
Cantique d'Habacuc, Spïendor ejus sicut lumen erit ;
Oratio Manasse (apocryphe) ;
Cantique de Jonas (caractéristique de la psalmodie
ambrosienne).
La collection grecque du iv« siècle n'a pas le cantique
de Débora, mais elle a en plus le cantique d'Anne et elle
concorde pour le reste avec Verecundus; la collection
romaine est à peu près la même que la grecque. Voir
Cantiques.
1 Sermon., cccvi, P. L., t. xxxvm, col. 1400 ; cf. col. 1454 et
passim. — 'Sermon., xxn, P. L., t. xlvi, col. 915. — 3 Ser-
mon., xiv, P. L., t. xxxvih, col. 111. — * Ibid. Mêmes réfé-
rences que pour tous les psaumes qui précèdent — 'Sermon.,
Ccclxih.P. L.,t. xxxix, col. 1638. — • De natur. et grat., l.LXIII,
lxxi v, P. L., t. xi. iv, col. 284 ; Confessiones, P. L., L xxxn, col. 777.
— ' Epist., ccxxxvu, P. L., t. xxxin, col. 1034, 1035. — • Pitra,
Spicil. Solesm., t. îv, p. 1. Saint Hilaire parle du reste déjà
de ros cantiques, Prsef. in Psalm., P. L., t. IX, col. 234 sq.
— • Co pus itiscript. latin., t. vm, n. 462. — ,0Cagnat et Saladin,
Noies d'archéol. tunis., p. 20; Clément, dans le Bull. d'Oran,
1884, p. 216 ; J. Schmidt, dans Ephem. epigr., 1884, t. v, p. 520. —
11 Renier, Recueil, etc., n. 3239; Lucas, dans le Rec. de Con-
stant., 1871-1872, p. 421; Corpus inscript, latin., t. vin. n. 2218.
— "Lavoignat et Pouydraguin, dans le Bulletin du Comité, 1888,
p. 178; Corpus inscript, latin., t. vin, n. 11269. — "Bull, épigr.
dl la Gaule, 1883, t. ni, p. 202; Bull. d'Oran, 1884, pi. vu, cf.
L'épigraphie africaine nous conserve aussi plusieurs
formules liturgiques, ou des textes des psaumes et de
l'Écriture sainte, probablement les plus usités en liturgie.
GLORIA IN EXCEL
SIS ÂÔ ET IN TE
C5RRA PAS (5
^ HOMINIS
^% BONE BOLV p
MTATISio
f
Fide in Deu (sic) et ambula, si Deus pro nobis guis
adversvs nosil. Exaudi Deus orationem meam auribus
percipe berba (sic) oris meii2.
La suivante, trouvée àTabarka,a presque l'allure d'une
oraison:
DOMINVS
D[e]VS NOSTER»»
(Ancre ou vaisseau)
CASTVLA • P
VELLA ■ ANN
XL-VIII-REDD
VI-IDVS. MAR
TIAS-PROPER
ANS-KASTITA
TIS • S V M E
RE PREMI
A • DIGNA •
M E R V I T
I N M AR Cl B
ILE CORONA
PERSEVERA
NTIBVS-TRIB
VET-DEVS-GR
ATIA- INPACE
Une brebis (?)
Castula puella ann(orum) XLViu redd(idit [spiritum])
VI idus Martias, properans kastitatis sumere prenua
digna. Meruit inmarc[esc]ibile(m) corona(m). Perseve-
rantibtts trijuel Deus gratia(m) inpace1*.
Un verset de psaume, un texte d'Ecriture sainte, con-
stituent, nous t'avons dit, une acclamation liturgique;
acclamations et versets ont la même origine. Voir Ac-
clamations, col. 254. L'épigraphie africaine nous en
fournit de nombreux exemples, dont plusieurs sont con-
servés dans la liturgie romaine.
Dicsvitxbreviabuntur1* ; Exsurge Domine Deus exal-
tetur mamts lua[6; Respice et exaudi me Domine Deus
meus1': Exa'abo te, Domine, quia suscepisti wie18; Et
nonjucundasti inimicos meos super me19 ; Salutem ac
cipiani et nonien Domini invocaboi0 ; adferle Domina
mundum sacri/icium, adferte Domino patrise gen-
tium2i ; in Deo sperabo non timebo qtiid milii facial
!ivmo~:; Si Deus pro nobis, niliil milii décrit'23.
VII. Les sacrements. — Le signe delà croix; qui fait
partie de la plupart des sacrements, est ainsi décrit: quod
signum nisi adhibeatur sive frontibus credentium, sire
ipsi aquae ex qua regeneranlur, sive oleo quo chris-
mate ungunlur, sive sacrifteio quo aluntur, nihil eorum
p. 128 sq. : J. Schmidt, dans Ephem. epigr., 1884, t. v, p. 425,
n. 824. — "Annotes de Constantine, 1860-1861, p. 252; Corpus
inscr. latin., t. vm, n. 2051. — " Bévue africaine, t. xxi, p. 319;
Corpus insci-ipt. latin., t. vm, n. 8397. — "Delamare, Explora-
tion scientifique de l'Algérie, pi. 84, n. 3; Renier, Recueil, etc.,
n. 3428; Corpus inscript, latin., t. vm, n. 8621. — "Renier, Re-
cueil, etc., n. 3457, Corpus i»script. Iati>i., t. vm, n. 8622. —
"Héron deVillefosse, dansla7teuueo>r/uv/.. 187C, t.xxxi.p. 209;
Corpus inso-ipt. latin-, t. vin, n. 8423. — '"Renier, Recueil, etc.,
n. 3429; Corpus inscript, latin., t. vm, n. 8C24. —"Poulie, dans
le Recueil de Constantine, 1873-1874, p. '•>''. — •' Bosred<n, dans
le Recueil de Constantin-. 1S7S. p. 8; Corpus inscript. Uitin.,
t. vm, n. 10656. — " Papier, dans les Comptes rendus de l Acad.
d'Hippone, 1888, p. exix. n. 1 ; Poulie, dans le Recueil de Cons-
tantine. t. \\v, p. 413; Corpus inscript, latin., t. vm, n. 18742.
— «>1 - la Bull, 'le l'Acad. d'Hippone, t. xvm. p. 123;
Corpus inscript, latin., t. vm. n. 17610.
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L— 21
643
AFRIQUE (LITURGIE POST-NICÉENNE DE L')
644
rite perficiuntur ' ; une autre description générale est
donnée en ces termes: deprecantem vel super aquam
baptismi, vel super oleum, vel super eucharistiam, vel
super capita eorum quibus manus imponitur2.
Citons encore comme descriptions générales ces deux
textes importants de Victor de Vite : Non psallatis, neque
oretis, neque ordinetis, aut aliquem reconciliare prx-
sumatis3... Qui nobis (sacerdotes) pœnitentiœ munvs
collaturi sunt et reconcilialionis indulgentia, a quibus
divini sacrificii ritus, qui nos solemnibus orationibus
sepulluri sunt1'.
L'épigraphie nous fournit un précieux monument qui
semble aussi se rapporter aux sacrements et les réunit
dans une sorte de sjnthèse (fig. 116).
Ce vase de plomb, auquel nous ne pouvons consacrer
une longue description, a été trouvé en Tunisie; l'in-
scription ANTAHEATE, etc., est le texte du psaume,
haurielis aquas in gaudio, usité dans la liturgie du
baptême et aussi dans celle de l'eau bénite. C'est à la
première destination (seau baptismal) que parait consacré
ce vase. Les paons auprès du vase semblent représenter,
selon De Rossi, l'eucharistie; les cerfs se désaltérant aux
quatre fleuves du paradis désignent d'ordinaire, dans le
langage symbolique, le sacrement du baptême; l'orante
et le pasteur, la victoire avec une couronne et la palme,
semblent .mssi des symboles parlants qui rappellent la
prière, les martyrs, et le Christ, pasteur des fidèles.
Quant aux symboles païens qui sont sur ce vase, comme
le Silène, la divinité locale de Carthage (orante?), la
néréide, ils ont du être mis là par symétrie3.
La question du baptême africain sera traitée à part.
Voir Baptême. Nous donnerons simplement ici les in-
scriptions de deux baptistères. Voir Baptistères; voir
aussi IV. Archéologie.
IC OFICINA LAVRI PLVR
A FACIAS ET MELIO
RA EDIFIAIS SI DEVS PR
OBIS QVIS CONTRA NOS
S NOMEN DEVS SCIT BO
VIT CVM SVIS
FISON
TIGRIS EV
10 FRATES
Lig. 3. edif(ice)s. Lig. 4. (o)nobis. Lig. 5. (cuj)us.
Lig. (i. (tn)rii(so)lrit. Lig. 7. g(eo)n6.
A Tipasa, près du baptistère :
SI-QVIS-VT-VIVAT
QVAERITADDIS
CERE-SEMPER-
HIC LAVETVR
AQVA-ET-VIDEAT
CAELEST (ta régna?)
La confirmation avec l'imposition des mains, une
prièreet l'onction, est nettement distinguée du baptême.
1 Tract. inJoh., P.L., t. xxxv, col. 1950. — 'Debapt. contra
Donat.,P L., t. xliii, col. 190. — 3 Victor de Vite, Depersec. van-
dal., P. L., t. i.vm, col. 240. — ■» lhi,L, cul 212. — » De Rossi,
Bull, di archeol. criât., 1867, p. 77 et la planche; Le Blant, dans
le Bull, des antiq. île France, 1867, p. 143; Corpus inscript.
latin., t. vin, n. 10484 ' ; Pératé, L'archéologie chrél.. p.
A rapprocher peut-être du vase baptismal publié par le P. De-
lauïe, Un pèlerinage auxruines de Carthage, Lyon. 1902, p. 4,">
— "Héron de Villefosse, dans les Comptes rendus de l'Académie
des inscr. et beltes-letlrcs, 1883, t. xi, p. 189; Gagnât, ibid.,
p. 119; Corpus inscr. latin., t. vm, n. 11133 ; Ephëm. epigr..
t. v, n. 1166; t. vu, ,n. 28. Cf. de Vogué, Les Églises de 1
Sainte, p. 111, pi. v, fig. 3; une inscription à rapprocher do celle-
ci. — " Gavault, dans la Bévue africain», 1883; de la Hlaii-
chère, dans le Bull, de corresp. a/ rie, 1884, p. 162; Poinssot, dan-
le Bull. d'Or an, 188'i, p. 3t:i: .1. Schmidt, dans Ephem, epigr.,
18ttL l. v, p. 562, n. 1304. — *Serm., cn.xix, P. L., t. xxxvm,
Haecitaque distinclio inter acceptionem baptismi et ac-
ceptionem Spirilus sancti satis nos instruit, ne habere
hos conlinuo spiritum sanctum putemus quos habere
baptismum non negamus*... unctos ejus chrismate*...
mystico Mo chrismate consecratis 10. Orabant quippe
(apostoli) utveniret in eos quibus manum imponebant,
non ipsi eum dabant. Quem morem in suis pr&positis
etiam nunc servat Ecclesia... inqua (ecclesia) preecipue
baptizati accipiunt Spiritum Sanctum11. Comme nous
l'avons dit plus haut (col. 199), la réconciliation des héré-
tiques a été, à tort ou à raison, rapprochée de la confir-
mation. Saint Fulgence nous dit à cette occasion: cum
compuncti corde... revertuntur, non in eis iteratur ba-
ptisma... sed per impositionem manuum Ecclesix re~
conciliantur 12.
Nous avons déjà parlé de l'eucharistie; pour la péni-
tence-, nous renvoyons aussi à cet article, cette insti-
tution n'ayant pas en Afrique de caractères bien parti-
culiers. Voyez Pénitence. Cependant nous noterons ici
que la prière apocryphe de Manassé parait avoir été
employée pour le rituel de la pénitence, ainsi qu'en té-
moigne un évêque africain du Ve siècle, Verecundus 13.
Cet apocryphe s'est glissé aussi dans un répons de la
liturgie romaine et dans l'eucologe grecu.
Les allusions au mariage comme sacrement et à la
virginité sont beaucoup plus fréquentes dans saint
Augustin. Il exalte la virginité, établit contre Julien qu'elle
est un état plus parfait que le mariage 15 et parle souvent
dans ses lettres de la cérémonie du voile et de la consé-
cration des vierges 16. Voir Vierges.
Mais il défend aussi le mariage comme sacrement,
nuptise quippe habent ordinem suum et benedictionem
m, bonumque suum n. Il parle de la bénédiction
nuptiale, des tabulée matrimoniales, et des autres céré-
monies qui se rapportent au mariage18.
L'inscription suivante, qui a été trouvée à Carthage,
« semble provenir d'une ordonnance impériale ou d'un
jugement épiscopal réglementant certaines questions de
mariage 19 : »
1ISSIMORVM PATRIARCHARVMET VNI\
liPA SANCTITATE VNDE CVM DIV DISCEP-
[TARE«
iitIMVS DISPOSITIONEM SANCTAE MFMO-
[RIAMI
iHRE VEL PASCERE NE QVE PVBLICE NE-
[QVE APVT SVOM
6 HtDINARVM NON ACCEDANT SET QVONIAM
■A HONORIFICENTIA COMMEMORARE ET
[PRMI
5IMVS SED QVIA RES TAM GRAVISSIMA
[APIR«I
VEAPPLLIATVRPROTOGAMIAADEQVEPRI-
(MASH2
«IONEM VENIRE AVSVS FVERIT QVI VIN-
[DICA^iJ
col. 1236. — 'De civit. Dei, P. L.. t. xli. col. 517, 532. — "Ibi.l..
col. 543. — « De Trinitate, P. L., t. xui. col. 1093. — " De T> i-
nitate, P. L.. t. lxv, col. 506. — " Ct. Pitra, Spicil. Sott
t. iv, p. 99. — '* Ct. doin F. Cabrol, La prière antique, p. 391-
392; dom Cabrol et dom Leclercq, Monum. Eccl. lilurg., in-4',
Parisils, 1902, t. i. pr.rt.. p. i xxi. — '» De nuptiis et a
P. L., t xi. iv, col. 416; Contra Julian., I'. L.. t. xi.iv. cul. 723.
724.— "Eius!.. ii.xwvm, P. /... t. xxxtu, coL 849 aq.; Epiât.,
ccxi, ibid., col. 959; De sanetu uirginitate, P. I... t \i .
col. 400 sq. — "Contra Julian., P. /.. t. xi.iv. col. 708. 717,
720, 731 sq, ;cf. col. 616, 037. 673-701 : De pecc. orig., L WMII.
c xi. n. P. /... t. xi. i\. col. 404, 'uni. et toul le traité De nuptiis
cup., P. /... t. xi iv, col. 421 sq, — " Epist.. i.xxxiv bis,
mwwii. /'. /.. i. xxxiii, col. 790,844; Serm., Ll, < iawiii,
i i \\\\ m. . i i \\ in. ici xxviii. c, cxxxil, /'. / .. I.xxxviu, coL
346, 901, 1125, 1233, 1272, 1463. - "A. 1 Maître, dans le Bull
arch. du Comité des trav. hist., 1900, p. CEI I
645
AFRIQUE (LITURGIE POST-NICÉENNE DE U)
646,
10 «2WMQVE MODO IVBANDOS ESSE PVTABE-
[rint o«
iHIS PROMISIT IPSE VQS EIDEM MERCEDI
[PARTI»
H1VE DIE NVPTIARVM QVARTA IERIA IIANTUi
Ce fragment si intéressant paraît dater de la première
moitié du ve siècle. « Il est difficile, pense Mgr Toulotte,
de ne pas mettre cette inscription en relation avec la
question du mariage des patriarches tant de fois sou-
levée par les manichéens et autres hérétiques contre la
doctrine catholique et si vigoureusement défendue par
saint Augustin *• »
VIII. Hiérarchie. — La hiérarchie des ordres était déjà
établie, pour la période anténicéenne, par le témoignage
de saint Cyprien. Peu de modifications sesont introduites
dans l'âge suivant; on retrouve chez saint Augustin des
allusions aux lecteurs2, aux sous-diacres, aux diacres3,
aux prêtres et aux évêques, à l'ordination, au caractère
ineffaçable imprimé par ce sacrement 4, mais rien qui
soit de nature à nous éclairer beaucoup sur la partie
vraiment liturgique de ces fonctions. Parmi les lecteurs
qui s'acquittent aussi du rôle de chantres, il y a de
jeunes enfants, leclores inj'antuli... una degunt, simul
vescuntur, pariter psallunt 5.
A l'époque de la persécution vandale, on compte à
Carthage cinq cents membres du clergé; l'archidiacre est
nommé à la même époque, secundus in officio mini-
strorum s.
Les inscriptions d'Afrique viennent confirmer et com-
pléter nos renseignements sur ce point. Nous citerons
deux épitaphes remarquables de lecteurs à Carthage :
La première porte les caractères des inscriptions
du îv* siècle.
)fr DEVSDEDIT
jt LECTOR ¥=
[in]PA[ceP |j& J
La seconde semblerait indiquer, ce qui est un fait
Qouveau, que Carthage comme Rome était divisée en
régions au point de vue religieux administratif et que les
lecteurs appartenaient à l'une ou l'autre région. Nous la
rapprochons d'une troisième qui rend l'hypothèse plus
probable encore.
+ MENA LECT-REG-QVH1»
FIDELIS IN PACE VIXIT
ANNOS XXXCII DP ÏD é
i]ND PRIMA 0
Lig. 1. — lect[or) reg{ioné) qu(arta) vel qu{inta) *.
DEVS INPA
CE R S
Lig. 2. — rcgione secunda.
Nous trouvons dans la même province ou dans les pro-
vinces environnantes des épitaphes de vierges (virgo
sacra, ou sanctimonalis), de veuves, de simples fidèles,
* A. Delattre, dans le Bulletin archéologique du Comité des
travaux historiques, 1900, p. cxci. — * Epist., i.xni, P. L.,
t. xxxin, col. 232; ccix, ibid., col. 954. — 3Serm., ccclxxxh,
P. L., t. xxxix, col. 1685; Epist., cxxvi, P. L., t xxxm, coL 478.
- * Epist., clxxxv, P. L., L xxxm, col. 812, 813. — 'Victor de
Vite, De persec. Vand., I. V, c. IX et X, P. L., t. lviu, col. 246,
248. — « Ibid., col. 500, 847. — 'De Rossi, Pull, di archeol. crist.,
1884-1885, p. 46; Delattre, dans Les missions catholiques, 1886,
p. 79, 102, 137; Corpus inscr. latin., t. vm, n. 13422. — «a.
Hinschius, System des kath. Kirchenrechts, t. I, p. 322, 377;
Harnack, Die Quellen der sogenannten apostolischen Kirchen-
"rdnung, Leipzig, 1886, p. 100 sq. ; Delattre, dans le Recueil de
Constantine, t xxiv, p. 46, n. 24; a. t. xxv, p. 338. Corpus
inscr. latin., t. vm, n. 13423, 13881. — •Delattre. dans le Re-
de clercs, d'acolythes, de sous-diacres, de diacres; dt
prêtres, d'archidiacres, d'évêques.
\» fidel}\5 IN PACE VIX[tt
vi]RGO SC IN PACE
Lig. 2. S(a)C(ro)»
2* Quodvult?] DEVS
V\RG[ofi] DELIS IN PAC[el •»
FIDEL(is inpace
BIDVATA-EST-AN[nos
VIIIM-VI-D-...H.
NEMINEM VEBERE
MO
Tl ME
INVIUiE
ODLA
H IN
( A|co,
BOR
RES
VRGE
SE»?
3»
i*
CASTHE SANIIMONIALEV
XIT ANIS xxx<;
Neminem debere mo(r)ti m(ese) invide(n)do labor[are\
Et [tu] in (Christo) resurges Eg[o] Castlie (='casta)
sanctimoniale (is) V(i)xit annis XXXVI 12.
5° ADEODATA F\[delis inpace
CY [prianus] FIDELIS [inpace
MMMmmm. f\\VZ\.\ [s inpace1*
6° + 80NATVS
CLERICVS
VIXIT ANN
OS VIMI REQVI
6 EBIT IN PACE
S?S. III ID
APRILES
Lig 6. SP!.III(= 'sm6 diem nonum) ou plutôt Sôs.lll
l=sub diem terlium) u
7"
10
BAEBIA SA
TVRNINA
EXEMPLVM
SANCTIMO
NIAiHTONI
GALHHIRELI
GIOSE PIE
CASTEQVE
VIX-ANN-XX
MENIUXlilXVI
H- S- E»s
8°
+ VALERIVS INNO
CENTI VIXI ANN LXI
QVI FVIT SVdC
NON OCT Ll INDC
X P.S +
Valerius Innocentons) vixi(t) ann(is) LXI, qui fuit
su(b)d(ia)c(onus) non (is) oct(obribus) et ind(i)c(tione)X
p(ositu)sil.
9° CYPRIAN [us pdel] IS IN PACE
NOVELLA FIDELIS IN PACE DPÇ ID OCTOB
GLORIOSV[s] ACOLVTVS IN PACE ».
cueil de Constantine, t. xxiv, p. 58, n. 82; Corpus inscr. la-
tin., t. vm, n. 13429. — <0 Delattre, loc. cit., t. xxv, p. 321,
n. 308; Corpus inscr. latin., t. vm, n. 13432. — *• Delattre, loc.
cit., t. xxv, col. 291, n. 172 ; Corpus inscr. latin., t. vm, n. 13427.
— " Bosredon, dans le Recueil de Constantine, 1876-1877,
t. xvr, p. 403, n. 1 ; Corpus inscr. latin., t. vm, n. 10689. —
,3Delattre, loc. cit., t. xxv, col. 322, n. 313; Corpus inscr. latin*,
t. vm, n. 13439. — u Province de Cirta, cf. Poulie, dans le Re-
cueil de Constantine, t. xxn, p. 288, n. 5 6 ; Corpus inscr. la-
tin., t. vm, n. 19671. — "> A Hanschir Nebhana, cf. A. Berbrugger,
dans la Revue n .';., t. u, p. 23; Corpus inscr. latin., L viu,
n. 78. — ** Corpus inscr. latin., t vin, n. 452. — «' Delattre, loc.
cit., t. xxrv, p. 45, n. 21; Cornus inscriptionum latinarum,
t vm. n. 13426.
647
AFRIQUE (LITURGIE POST-NICÉENNE DE L")
648
10»
!!•
GENERO[sm]S DIACONV[s»
MAXftr»us rfi]ACON[«s.
FORTV[na<ws inno]CENS IN PA[ce*
VS DIACONVS IN
VLVS FIDELIS IN PACE
12° Une couronne brisée
THEODOR
VS ARCCD
Lig. 2-3, archidiaconus 4.
ESBITER \H\pa
CE VIXIT AN
NIS XXXVI MEN
SES IIIIB
14» ROMANVS EPISCO[pws
IN PACE-D-XI-K
RUSTICVS EPISCOPVS IN PACE D-K-l
EXITIOSVS EPCP
IN PC-DP
GUI KL DC-
Romanus ëpisco(pus) in pace d(epositus) xi K(alen-
[das)...
Rusticus episcopus in pac[e) d(epositus) K(alendis)I...
Exitiosus ep(is)c(o)p(us) in p(a)c(e) d{e)p(ositus) vm
K(a)l(endas) d[e)c(embres).
Le titre d'Exitiosus a été gravé postérieurement
entre celui des deux évêques Romanus et Rusticus6.
Nous citerons encore pour un évèque les deux inscrip-
tions suivantes, la première trouvée à Tanaramusa Castra,
qui est digne d'attention; la seconde à Mactaris :
iHILTIS EXILIIÏ
PROBATVS ET FIDEI
CATHOLIC/E ADSER
TOR DIGNVS INVENTVS
IMPLEVIT IN EPISCOPATV
ÂN-XVIIIMIID-XII-ET OCCI
SUS EST IN BELLO MAVRO
RVM ET SEPVLTVS EST DIE
VI-ID-MAIAS P CCCCLVI
6 lig. an(nos) xvm nt(enses) II d(ies) XII.
9 lig. VI id(us) Maias {annu) p(rovincix) cccclviI.
' Delattre, dans le Recueil de Constantine, t. xxiv, p. 44.
n. 17 ; Corpus inscr. latin., t. vm, n. 13416. — * Delattre, loc.
cit., p. 44, n. 18; Corpus inscr. latin., t. vm, n. 13417.
— 3 Delattre, loc. cit., t. xxv, p. 284, n. 155; Corpus inscr.
latin., t. vm, n. 13418. — * Wilmanns, dans Corpus inscr.
latin., t. vm, n. 58 a (province de Byzacène). — " Berbrugger,
dans la Revue africaine, t. m, p. 74; Corpus inscr. latin.,
t. vm, n. 2014 (à Theneste). — ° Berbrugger, dans la Revue afri-
caine, t. I, p. 391, et Revue archéol., t. VII, p. 747; Guérin,
Voyage archéol. dans la régence de Tunis, Paris, 1862, t. u,
p. 277, n. 474; Wilmanns, dans Corpus inscr. latin., t. vm,
n. 879. — 'Berbrugger, dans la Revue africaine, t. i, p. 52;
t. X, p. 354; Catalogue du musée d'Alger, p. 79, n. 194; Renier,
Recueil des inscr. rom. de l'Algérie, in-fol., Paris, 1855, n. 3675;
Corpus inscr. latin., t. vm, n. 9286. — » Héron de Villefosse,
dans le Bull, des antiq. africaines, 1884, p. 366, n. 635; Bull, des
antiq. de France, 1885, p. 105; Letaille, dans le Bull, épigr. de
la Gaule, L VI, p 88; Corpus inscr. latin., t. vin, n. 11893. —
OLIM DO DIGNVS
HIC inTvmv Lo
IACET EPISC-GER
6 MANVS IN EPISCV1
AN-XII§lM-XDtI«XIIII «
IX. Prière pour les morts. — La prière pour les
morts, déjà en honneur au siècle précédent, prend dans
l'Église d'Afrique de nouveaux développements. Un petit
traité de saint Augustin De cura pro mortuis, vers 421,
serait à commenter tout entier. Il est consacré à éclairer
la piété des fidèles en leur montrant qu'il ne suffit pas
de se faire enterrer auprès des saints (voir Ad sanctos),
mais qu'il est plus important de bien vivre; il démontre
que les martyrs intercèdent pour nous, il atteste qu'il
faut prier pour les morts, comme le l'ait toute l'Église.
G. -M. Tourret a donné sur ce traité de saint Augustin
un travail épigraphique des plus intéressants, qui dé-
montre une fois de plus l'importance de l'épigraphie
pour nos études liturgiques9.
Saint Augustin revient plusieurs fois dans ses autres
ouvrages sur la prière pour les morts, sur l'oblation du
sacrifice, adhibeal quoque unusquisque pro charis suis
(le terme est à noter, car il a été conservé longtemps
dans les liturgies funéraires 10); cum ergo sacrificia sive
altaris pro baptizatis defunclis omnibus offeruntur " ;
nain pro defunclis quibusdam vel ipsius Ecclesiee vel
quorundam piorum exauditur or atioi2. On célèbre leurs
anniversaires, Quando celebramus dies fratrum de-
functorum, in mente habere debemus... i3. Il nous dé-
crit l'embaumement, la pompe funèbre, les rites, sed
forle cum mortuus plangitur, cum funus curatur,
cum exsequia prxparantur, cum effertur, cum itur,
cum sepelitur". A propos de la mort de sa mère, il
nous montre Évodius prenant le psautier des mains de
l'enfant que ses pleurs empêchent de chanter et
chantant lui-même le psaume c, auquel tous ceux qui
sont présents répondent par le verset : Misericordiam
et judicium cantabo tibi, Domine. On offre le sa-
crifice de la messe pour la défunte, on pose le cadavre
auprès du sépulcre avec des prières, sictit illic fieri
soletli.
Mais c'est surtout dans l'épigraphie qu'il faut chercher
les formules de la liturgie funéraire. Nous en citerons
quelques-unes : Qui in Deo con/idit semp. vivet, ACO ,6;
Spes in me 17, oralionibus santorum (sic) perducet Do-
minus i9;precessit nos in pace et discessit in pace " , qui
rappellent le qui nos prxcesserunt cum signo fidei
et dormiunt in somno pacis, du canon romain; Lux
telerna mors mea inDeomeo; Mane, Domine, injanuis
nostris 20 ; Dormit in pace; in Deo vivas, que l'on trouve
fréquemment et dont nous donnons aussi un exemple
ci-dessous, ainsi que du precessit in pace. Nous lisons
encore : requiescil i» pace 21 ; in pace bixit (vixit) i2 ; in
'P. L., t. XL, col. 591 sq. G. -M. Tourret, Étude épigraphique
sur un traité de saint Augustin, dans la Revue archéol., 1878,
t. xxxv, p. 140-155, 281-298. — ,0 Cl. plus haut Liturgie anté-
nicéenne, col. 616. — "De vm Dulcilii gu.vst., P. L., t. XL,
col. 158, cf. Enchir., c. ex. P. I... t. m . col. 283. — '• De civit.
Dei, l. XXI. c. xxiv, /'. L., t. xi.i, col. 737, 7o8. — "Serm.,
clxxiii, P. L., t. xxxvm, col. 937. — >'Serm., ccclxi. P. L.,
t. xxxix, col. 1001; cf. clxxii, P. L., L xxxvm, col 936,937;
clxxvii, ibid., col. 937. — <*Confessiones, 1. IX, c. XII. P. L.,
t. xxxii, col. 776, 777. — ■• Pellissier, dans la Rev. archéol.,
1848, p. 305, 413; Corpus inscr. latin., t. vm, n. 1247. — "Renier,
Recueil des inscr. rom. de l'Algérie, n. 3245; Poulie, dana
le Recueil de Constantine, 1871-1872, p. 422; Corpus inscr,
lutin., t. vm, n. 2215. — "Revue africaine, t. vi. p. 463.
d'après L'observateur de Blida ; Corpus inscr. latin., t. vm,
n. 9285. — "Corpus inscr. latin., t. vm, n. 9821, <l ReMM
archéol., t. iv, p. 662. — " Corpus inscr. latin., t. vm, D. 11643.
— " Ibid., n. 983. — " Ibid., a. 984.
649
AFRIQUE (LITURGIE POST-NIGÉENNE DE L')
650
Crislo (loreal1; hic pax Clirisli mterna moretur2; in
nomine Domini Salvaloris Ulpiana cum suis, Chri-
stojubenle perfecit3.
En voici quelques autres reproduites dans leur inté-
grité :
I»
2«
40
IN DEO — [-3 Iva(«c)'
BONE MEMO
RIAEROZONI-
MEDICI-VIXIT-
ANNIS-LXX-DIES-
5 XX-PRECESSIT
\nos] IN PACE
XÇ (kal maias)
PR CCC CX<;iH.
GAIA-VIRO D\ul
10 CISSIMO-FECIT
MI-FILI-MATER-ROGAT-VT-ME
AD-TE-RECIPIAS-PP Q«.
b. m.r)o GATA-VI-
xit.] aNNIS-llll-
va xi-&. 111 esi
dor MIT IN PACE?
Parmi les suivantes, la première, qui mérite d'attirer
l'attention des archéologues, signifie peut-être que la
défunte mourut le jour de son baptême :
lo D M S
I I I I A I I I
PAVLINA VA
XXIII H S E
KA
RISSIMAE FE
SOLA IN TERRIS
10 OMNIBVS VNO
EODEMQ-INDIE
VITAM ADEP
TA FVNCTA
QVEST
Lig. 2 (Titi)a (Titi Fil)ia. Lig. 3 v{ivit) a[nnos).
Lig. 4 h(ic) s(ita) e(st). Lig. 7 sq (conjugi?) karissimœ.
1 De Rossi, Bullet. di arch. crist., 1878, p. 22, pi. 3; cf. Atti
délia pont. Accad. di archeol. fév. 1886, p. 25. — * Corpus
inscr. latin., t. vnt, n. 10947. — 3 Renier, Recueil des inscr.
rom.de l'Algérie, n. 3848; Corpus inscr. latin., t. vin, n. 9703.
— * Renier, Recueil des inscr. rom. de l'Algérie, n. 1673. —
* Gay, dans la Revue africaine, t. xu, p. 400; Corpus inscr.
latin., t. vin, n. 9693. Cf. encore la formule precessit nos in
pace, Corpus inscr. latin., n. 9713, 9715. — eGuyon, dans le
Moniteur algérien, 10 août 1843 ; Berbrugger, dans la Revue
africaine, t. 11, n. 96; Renier, Recueil des inscr. rom. de l'Al-
gérie, n. 3864; Corpus inscr. latin., t. vin, n. 9691. Sur le carac-
tère chrétien de cette épitaphe, voir Lenormant, dans Cahier et
Martin, Mélanges d'archéologie, d'histoire et de littérature,
4 vol. in-tol., Paris, 1847-1856, t. m, p. 125, note. — 7 Les lettres
soulignées dans l'inscription ont maintenant disparu. Cf. Vercoutre,
dans la Revue archéol., série III, t. x, p. 183; Corpus inscr.
latin., t. vin, n. 11085. — • Farges, dans les Comptes rendus
fe(cit) sola in terris omnibus uno eodemque in die
vitam adepta functaque est 8.
2»
PAÏENNE VIVAS CVM TVIS ^
INE VIVE El VIDE % % SPES >£
I
IN DEO ^
Lig. 2 in (a)c{ternum) 9,
3» DEDITI XPI VMBRIVS FELIX MAC
FECIT VOTVM REDDIDIT DO PRECA
TVR PRO SVIS PECCATIS ALVT
FICETVR A-P. CCCIX etSIII
Lig. 1 Dedili Christi (?) Umbrius felix mac(gisler?)
Lig. 2 fecit votuni rcddidit d(e)o, precatur
Lig. 3 pro suis peccatis (s)alvificeturi0.
Les expressions qui se rencontrent souvent sur les
tombes, Hic requicscit, hic requiebit, et autres sem-
blables (par exemple, Corpus inscr. latin., t. vm,
n. 9709) sont peut-être à rapprocher de ce répons, qui
dans les recueils anciens est marqué pour l'office funé-
raire : Hsec requies mea in sseculum sseculi, hic habi-
tabo quoniam elegi eam.
X. Acclamations. — Outre les acclamations litur-
giques, Amen, Alléluia, Dominus vobiscum, Sursum
corda, dont nous avons déjà parlé pour la messe, et qui,
en dehors même du sacrifice, sont d'un usage fréquent n,
nous en recueillons un certain nombre d'autres Deo vi-
ras, Deo vivalis, Deo gralias, Deo laudes 12.
Pendant les sermons le peuple acclame fréquemment
soit en criant l'un ou l'autre de ces mots, soit en termi-
nant le texte scripturaire commencé par le prédicateur;
parfois il est invité par le prédicateur lui-même à
acclamer : Clamant qui noverint quod sequitur i3 ; qui
acclamastis intellexistis u; modo audistis et clamas tis ;
unde omnes acclamastis : nisi quia Dominus, etc. 1S.
Les inscriptions font écho à saint Augustin. Dans la
suivante Y Amen est employé avec le monogramme du
Christ.
+ + +
HIC RE
QVIEBIT
PETRVS
6 INNOCENS
FIDELIS
IN XPO
VIXIT AN
NIS VIII AS
10 Xllll- IN PACE
-P A -P ME -P N>«
de VAcad. d'Hippone, 1888, p. xliii ; Corpus inscr. latin., t. vm,
n. 16674. — » Bulletin du Comité, 1887, p. 110, n. 381 ; Corpus
inscr. latin., t. vm, n. 17460. — l0Demaeght, dans le Bulletin
d'Oran, 1884, p. 290, n. 583; J. Schmidt, dans les Ephem. epigr.,
1884, t. v, p.564, n. 1309. — » Serm., cccxxxiv.P. L., t. xxxvm,
col. 1469; Contra Faustum, P. L., t. xlii, col. 313; Serm.,
ccclxii, P. L., t. xxxix, col. 1632; cccxcv, ibid., col. 1716, etc.
— liDe civitate Dei, 1. XXII, c. vm, P. L., t. xu, col. 770;
Epist., ccv. P. L., t. xxxm, col. 949; Epist., ccxv, ibid.
col. 974; Epist., ccxxii, ccxxiv, ibid., col. 1000, 1002; Epist.,
ccxlvii, ccxlix, ibid., col. 1064, 1065, etc. — ,:>Serm., cclxxxix,
P. L., t. xxxvm, col. 1312. — "Serm., vi, P. L., t. xlvi,
col. 989. — "Serm., cxxi, P. L., t. xxxvm, col. 679; eu.
ibid., co\. 819; De Epist. Johannis adPorth., P. L., t. xxxv,
col. 2034, 2003, 2016, etc. — "Poulie, dans le Recueil de Cons-
tantine, 1875, p. 395; Corpus inscriptiouum latinorum, t. vm,
n. 5492.
651
AFRIQUE (LITURGIE POST-NICÉENNE DE L')
652
Voici d'antres acclamations liturgiques :
1» IN NOMINE DOMINI SALVATORIS
SANCTO VITALIANO EPISCOPO
VLPIANA CVM SVIS
CHRISTO IVBENTE PERFEC1T»
2»
3°
IC SEDES SANCTI
IC RECISIO CAVSE
IC IN CRISTO FLOREAT*
4»
AOM1NL REL<*ICEM£
1 >
•~
S
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P!
o
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r-
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r-
1 .
S-
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s
-
11.
DEO GRATIAS»»
12°
de]VS NOB!SCUM«2
A ICJ
13»
c?[OMINE-SALVO]s foc"
14»
A © CO DEI ED CR[is«i'*
15»
^ PROTEGE ^
S* o
g GLORIOSUM %
IN NOM DOM
ZEPELVTTA
[iJANVARIA*
(une porté) 15
Domine, re[sp]ice me, Domine da mihi luna(m)
bona(m), d'après De Rossi 3.
5° D A -£ G> M S
HANC MEMORIA QVAM FECIT FL EVSTASIVS ET
[IVLIA CRESCENTINA VXOR
EIVS IN NOMINE DEI ET CRISTI EIVS PRO TEM-
fPORE SVI
DEPOSITIONE EORUMAD PERFECTVM DEDICATV
EST DIE IDVS MARTIAS ANNO PROVINCIE
FILIVS SIIMANLM6 [CCCXLMV
6»
1*
DIVO CLAVD [w
VIVAS IN DE06
DEO LA 8« c/]o(»ii)NI((a)VDES
VDESi CA(n)A(mus)
TAS s
X
SPES-INDOET.CHRISTO-EI [ws]«
1 (Renier, Recueil des inscr. rom., n. 3848; Corpus inscr.
latin., t. vin, n. 9703. — > Bosredon, dans le Recueil de Con-
stantine, 1876, 1877, p. 380; Masqueray, dans la Revue africaine,
t. xxii, p. 468 ; De Rossi, Bull, di archeol. crise, 1878, p. 22,
pi. 3 ; Corpus, inscr. latin., t. vm, n. 10701-17617. — 3 Poulie,
dans le Recueil de Constantine, 1878, y. 422; Corpus inscr. lat.,
t. vm, n. 10905. — * Espérandieu, dans les Comptes rendus de
l'Acad. d'Hippone, 1883, fasc. 8, p. 14; J. Schmidt, dans Ephem.
epigr., 1884, t. v, p. 360, n. 591. — 8Goyt, dans le Recueil de
Constantine, t. xxn, p. 148, n. 38 ; Schmidt, dans Ephem.
epigr., 1884, t. v, p. 456, n. 944. — «A Carthage. La première
ligne est plus antique; c'est une ancienne pierre païenne dont on
s'est servi pour un chrétien, Humberliana, t. v, n. 196; Pitra,
Spicil. Solesm., 1. 1, p. 7; Corpus inscr. latin., t. vm, n. 1015. —
•"De Rossi, Bull, di arch. christ., 1875, pi. XII, n. 1 et p. 174;
Corpus inscr. latin., t. vm, n. 2046. Cf. la même acclamation,
ibid., t. vm, n. 2223, 17718, 17732, 17768 ; cette acclamation devint
donatiste et fut opposée par les schismatiques au Deo gratias des
catholiques. L'une de ces inscriptions fut trouvée en effet à Bagaï,
une des capitales des donatiûtes. Cf. Audollent et Letaille, dans les
Mélanges d'archéol. et d'hist., t. x, p. 510, n. 81. — • Rothmann,
Reise nach Carean, dans Lud. Schlœzer, Briefwechscl meist
historischen und politischen Inhalts, in-8", Gdttingen, 1780, 1. 1,
p. 337 sq. Cf. Corpus inscr. latin., t. vm, n. 10689. — • Renier,
Recucildes inscr. rom. de l'Algérie, n. 3240 ; Corpus inscr. latin.,
t. vm, n. 2219. — ,0 Héron de Villefosse, dans les Archives des
missions scientifiques, 1875, p. 458, n. 143; Corpus inscript, la-
tin., t vm, n. 2272. — " Héron de Villefosse, loc. cit., p. 451 ; De
Rossi, Bullet. di arch. enst., 1875, p. 174; Corpus inscr. latin.,
t. vm, n. 2046, 2308. — "Cf. Revue de Constantine, 1865, p. 160;
Corpus inscr. latin., t. vm, n. 2448. — IS Renier, dans le Recueil
10° FLABIVS ABVS DOME
STICVS IN NOMINE PATRIS ET FILII
DONI MVNTANI QVOD PROMI
SIT COMPLEVIT
À^oo (sic)
1 lig. Flavius avus Domesticus ,0.
16»
17»
fê
%,
\ér SPES $ IN DEO" %h
AOMINE IVBA NOS»"
Notons encore, sur les inscriptions des mêmes régions,
des acclamations comme celles-ci: Semper pax^, Deo
sanctissimo selerno l9, in Deo vivas ou vibas -°,in nomine
Dei omnipolenlis et Christi salvatoris nostri2i , in Patri
(sic) Domini Dei qui est sermoni donatus et naviguis fe-
cerunt cedienses (sic) peckalores (sic) 22. Deo laus et glo-
ria23 jmullosannos bibat (vivat-*) ; innomine Christi2*.
FIDE IN DEV ET AMBVLA
SI DEVS PRO NOBIS QVIS ADVERSVS NOS
P
«0
PAX DEI PATRiS"
IN HOC SI ^
PER VI ^
^3 GNVM SEM
^ NCES28
des inscr. rom. de l'Algérie, n. 1659; Corpus inscr. latin., t. vm,
n. 4488. — "Dewull, dans le Recueil de Constantine, 1867,
p. 237; Corpus inscr. latin., t. vm, n. 4770 et addit. p. 957. —
"Renier, Recueil des inscr. rom. de r Algérie, n. 3258; Corpu»
inscr. latin., t. vm, n. 4787. — "> Reboud, dans le Recueil de
Constantine, 1875, p. 49. — ,7 Payen, dans le Recueil de Cons-
tantine, 1864, p. 96, 1870, p. 307 ; Fi -raud. loc. cit., 1871-1872,
p. 307; Corpus inscr. latin., t. vm, n. 8S25. — '« Prévost, dans
la Revue archéol., 1847, pi. 78; Renier, Recueil, etc., n. 3702;
Berbrugger, dans- la Revue africaine, t. i, p. 429; Corpus
latin., t. vm, n. 9712. — *» Le Blani, dans le Journal des savants,
1882, p. 295 eq. ; Corpus inscr. latin., n. 9716. — M Bosredon,
dans le Recueil de Constantine, 1878, p. 30; ci. PiUa. Spicil. So-
lesm., t. iv, p. 499. — Sl Poulie, dans le Recueil de Constantine
1878, p. 360 ; Corpus inscr. latin., t. vm, n. 10787. — " Dewulf,
dans le Recueil de Constantine, 1867, p. 218; De Rossi, Bullet.
di arch. crist., 1879, p. 162. Cf. Bulletin de corresp. afric, 1883,
p. 327. — «3 Rousset, dans le Bull, de corr. afric, 1884, p. 315;
J. Schmidt, dans Ephem. epigr., 1*92. t. vm, p. 105, n. 334. —
•» Roy, dans le Bullet. dOran, 1884, p. 218, n. 505: J. Schmidt,
dans Ephem. epigr., 1884, t. v, p. 547, n. 1200. — ■ Espéran-
dieu, dans les Comptes r-mdus de V Académie d'Hippone, 1883,
lasc. 8, p. 15; J. Schmidt, dans kphem. epigr., 1884, t. v,
p. 360, n. 592. — ,0 Renier, Recueil des inscript, rom. de t'Ai
gérie, n. 3239; Lucas, dans le Recueil de Constantine, 1871-
1872, p. 421; Corpus inscr. latin-, t. vm, n. 2218. — « Gué-
rin, Voyage archéolog. à la régence de Tunis, L n, p. 34. n. 214;
Corpus inscr. latin., t. vm, n. 1214. — **C. Borgia, In Borgia-
nis Leydensibus, t. iv, n. 14, et In Humbertianis, t. v, n. 196.
Cl. Pitra, Spicil. Solesm., t. n*, p. 503, 505 sq. ; Guérin, loc. cit.,
t u, p. 6b, n. 246; Corpus inscr. latin., t. vm, n. 17C7.
153
AFRIQUE (LITURGIE POST-NICÉENNE DE L'j
654
A rapprocher de ces deux inscriptions la suivante :
m h]OC SIGNVIVI VINCiMVS INIMICfos1
■et celle donnée par le cardinal Pitra et expliquée par De
Rossi, et que ce dernier considère comme une acclama-
tion très rare:
IN HOC SIGNUM
SEM + PER
VI ' VigfH
c-MLvmi m
XI. Gestes liturgiques. — Dans une contrée comme
l'Airique qui a peut-être été la première à employer sur
ses monuments la croix toute seule et saris ornement
(voir plus haut col. 619), le signe de croix déjà en grand
honneur du temps de Tertullien (voir col. 618) conti-
nue à être employé fréquemment. Nous avons déjà cité
les deux textes éloquents dans lesquels saint Augustin
nous décrit ce signe devenu en quelque sorte le centre
de tous les rites et de tous les mystères, baptême, onc-
tion, sacerdoce, dédicace des basiliques, consécration
des autels et des baptistères (voir col. 640). Il n'est pas
encore dessiné à la manière actuelle, mais, comme à
l'époque précédente, on se contente de tracer une croix
sur le front ou sur le cœur avec ces mots: in nomme
Jesu Christi, comme l'indiquent les expressions sui-
vantes : signum crucis tibi in fronte depingitur 3, in
ipsa fronte... collocavimus, ea in fronte signentur *.
Voyez Signe de la croix.
Comme signe de contrition, on se frappe la poitrine;
il n'est pas de geste qui soit mentionné plus fréquem-
ment dans les œuvres de saint Augustin. On se frappe
la poitrine aux mots du Pater: dimitte nobis débita no-
slra*, à certains textes de l'Évangile ou des Livres saints
qui rappellent la pénitence; quelquelois même on se
frappe à con Ire-temps. Plusieurs lois saint Augustin
rappelle à ses auditeurs que ce n'est pas le lieu de le
faire lorsque le lecteur a lu un texte comme celui-ci :
confiteor tibi Pater6 ; ou celui-ci: nominavi fornica-
tores, audlvi quia pectora tuludistis1 ; d'autres fois, au
contraire, il les y invite8 et se frappe lui-même la poi-
trine, peccator sum, vobiscum pectus tundo9. On ex-
prime parfois son repentir d'une façon plus vive encore,
genua figere, frontem terrx concutere 10, surgis et oras
et genu figis et fronte terram per cutis u .
Le défunt Quodvultdeus est représenté (fig. 117), sur
l'épitaphe que nous donnons, dans l'attitude de la prière,
telle qu'elle était décrite déjà par Tertullien12. Il y a eu
en effet peu de changements à ce point de vue dans la
liturgie africaine et saint Augustin témoigne en faveur
des mêmes usages. On se tient debout pour la prière et
pour entendre la parole de Dieu13. Parfois aussi l'on
s'agenouille et l'on se prosterne : Inde, ad orationem
ingressi simius : ubi nobis ex more genua figentibus
atque incumbenlibus terrse, Me se ita projecit, tan-
quam fuisset aliquo graviter impellente prostratus] et
cœpit orare "*. Du reste dans sa réponse à Simplicianus
Quo situ corporis orandum, il laisse une grande liberté
pour la prière ls.
XII. Doxologies et formules. — Nous rencontrons
dans saint Augustin des doxologies comme les suivantes :
» Bull, du comité, 1887, p. 107, n. 361 ; Reboud, dans le Re-
cueil de Constantine, t. xxii, p. 48; De Rossi, La capsella
argentea africana, p. 32; Corpus inscr. latin., t. vm,
n. 17580. — 2Pitra, Spic. Solesm., t. rv, p. 503: De Rossi, ibid.,
p. 517; Corpus inscript, latin., t. vin, n. 1106. Cf. autre inscrip-
tion de même genre, Delattre, dans le Bulletin épigr. de la
Gaule, t. vi, p. 91, n. 379; Corpus inscr. latin., t. vm,
n. 14117. — 3 Serm., xvn, P. L., t. xlvi, col. 880. — * Fragment.,
P. L., t. xxxrx, col. 1724, 1729. — '■Serm., cccLxxxvm, P. L.,
t. xxxrx, col. 1790; cl. cccli, P. L., t. xxix, col. 1541. —
*Serm., xxix, lxvii, P. L., t. xxxvm, col. 431,434. — ' Serm.,
■cccxxxn, P. L., t. xxxvm, col. 463. — « Serm., xvn, P. L.,
Qui cum Pâtre et Spiritu Sancto vivit et régnât Dent
pro nobis crucifixus et ressuscitatus in ssecula sœculo-
rum. Amen 16. Quia tues summa intelligentia, essenlia
summa, vita summa, Pater, Filius et Spirilus San-
ctus, imitas triplex, infinita et sine fine, unus Beus in
ssecula sœculorum. Amen11. Per Dominum noslmm
Jesum Chrislum cui est honor et qloria et polestas, una
—y
El
1,
Œtfi/Sï
*SESTm%l
rabM miras
: iT3ncsîSî?A m MWâ\
117. — Attitude liturgique de la prière.
D'après Corpus inscriptionum latinarum, t. vm, n. 2000, 2013:
cum Deo Pâtre omnipotente et cum Spiritu Sancto
nunc et semper et per omnia smcula sœculorum,
AmeniS, avec la variante : cui est honor et regnum et
summa potestas 19.
Saint Augustin, qui nous a fourni déjà tant de for-
mules et de renseignements sur la liturgie, nous montre,
en plusieurs passages de ses œuvres, comment on
priait à son époque. Les passages des psaumes et des
Livres saints viennent comme naturellement à son appel,
se placer sous sa plume et se mêlent à ses accents per-
sonnels. Ainsi, à propos de la mort de sa mère, il prie
ainsi : Ergo itaque, laus mea et vita mea, Deus cordis
mei...tibi gaudens grattas ago... Dimitte illi et lu dé-
bita sua {Matth., vi, 12), si qua etiam contraxit per toi
annos post aquam salulis. Dimitte, Domine, dimitte,
obsecro, ne intres cum ea in judicium (Ps., cxlii, 2).
Superexaltet misericordia judicium (Jac, il, 13), quo-
niam eloquia tua vera sunt, et promisisti misericor-
diam miseticordibus (Matth., v, 7), quod ut essent tu
dedisti eis, qui misereberis cui misertus eris, et mise-
ricordiam prsestabis cui misericors fueris (Ex., xxxm,
19; Rom., ix, 15) 20. Il faudrait citer aussi tout son psaume
abécédaire contra partem Donati, psaume rythmé et
rimé :
Omnes qui gaudetis de pace, modo verum judicate
Abundanliapeccatorum solet fratres conturbare, etc. 2|.
t. xlvi, col. 880. — 'Serm., cxxxv, P. L., t. xxxvm, col. 749.
— "> Serm., ccxi, P. L., t. xxxvm, col. 1057. — " Serm.,
cccxi, P. L., t. xxxvm, col. 1419. — ** Corpus inscr. latin.,
t. vm, n. 2009-2013. — ,3 De cathechiz. rudibus, P. L., t. xl,
coL 324. Cf. De oral., P. L., t. xlvh, col. 1125. — " De civit.
Dei, 1. XXII, c. vm, P. L., t. xli, col. 762. — "De diversis
quxstionibus ad Simplicianum, qua;st. îv, P. t., t. xl,
col. 144, 145. — ,s Serm., m, P. L., t. xlvii, col. llo . — " So-
liloq., P. L., t. xlvii, col. 1150. — ">Serm., vm, P. L., t. xlvi,
col. 997. — «>Serm., x, P. L., t. xlvi, col. 1004. — *<>Confes-
siones, 1. IX, c. xm, P. L., t. xxxn, col. 778. — *' P. U.,
t. xliii, col. 23 sq.
655
AFRIQUE (LITURGIE POST-NICÉENNE DE L')
656
Plusieurs de ses sermons sont terminés par cette for-
mule qui a l'allure d'une oraison liturgiaue : Conversi
ad Dominum Deum Palrem omnipotentem , puro corde
ex, quantum potest parvitas nostra, maximas alque
veras gratias agamus ; precantes toto animo singula-
rem mansuetudinem ejus, ut preces nostras in benepla-
cito suo exaudire dignelvr; inimicum quoque a no-
stris actibus et cogitationibus suavirtute expellat, nobis
multiplicet fidem , menlem gubernet, spiriluales cogi-
taliones concédât, et ad bealiludinem suam perdu-
cat per Jesum Christum Filium- ejus. Amen '.
Dans un auteur africain déjà cité, Verecundus, nous
trouvons une oraison qu'il faut recueillir précieusement
car elle est d'une forme liturgique achevée : Illumina,
Domine, nostri cordis obtutus, ut quse digna sunt vi-
deamus, quse autem indigna, vilemus 2.
Malgré cette liberté d'improvisation il existe des
règles qui excluent certaines formules : Bene nosti,
dit Fulgence de Ruspe, nonnunquam dici : Per sacer-
âotem œternum Filium tuum D. N. J. C... sed in con-
clusion orationis : Per J. C. F. T. D. N. dicimus; per
Spirilum vero Sanctum nullatenus dicimus... Dicimus
Deo Patri:clui tecum vivit et régnât, ostenditur Palris
et Filii una non est persona, cum vero in unilate Spi-
ritus Sancti dicimus, unam naluram Spiritus Sancli
cum Pâtre Filioque monstramus3. Nous avons là une
formule toujours usitée dans la liturgie romaine : Qui
cum Pâtre et Filio vivit et régnai in unitale Spiritus
Sancti.
Le NI» concile de Carthage (an. 397, can. 24) insiste
sur la nécessité d'une règle en matière de doxologie :
ut nemo in precibus vel Patrem pro Filio, vel Filium
pro Paire nominet. Et quum altari adsistitur, semper
ad Patrem dingatur oratio^. D'après la coutume de
prier la plus ancienne dans l'Église on s'adressait au
Père par le Fils, on offrait à Dieu le Père tout-puis-
sant per Filium b. Les ariens tirèrent avantage de ces
formules pour s'efforcer de démontrer l'inégalité dans
la Trinité. Fulgence est obligé de leur prouver que le
sacrifice n'est pas offert seulement au Père, mais à
toute la Trinité : ltaque nos dicimus sacri/icium non
soli Palri sed simul unum Patri Filioque offerri,...
sacri/icium illud esse acceptabile Deo quod commu-
niter Palri et Filio supplex offert fidelium devotio...
Si qui vero catholici fidèles, hujus sacramenti nunc
usque videbantur ignari, deinceps scire debent omnc
cujuslibet honorificienlise et sacrificii salutaris obsc-
quium et Patri et Filio et Spirilui Sanclo, hoc est
Sanctrn Trinitati ab Ecclesia catliolica pariter exhiberi.
Neque enim prmjudicium Filio vel Sayicto Spiritm
comparalur, dum ad Palris personam precatio ab
offerente rtingitur*. Grancolas croit pouvoir induire
de ce passage une allusion à des prières africaines du
genre de celles qui, dans la liturgie romaine, commen-
cent par ces paroles : Suscipe, sancle Pater, siisc>ve,
sancta Trinitas 1.
XIII. Livres liturgiques et recueils. — Il parait
évident, d'après ce qui précède, qu'il régnait une certaine
liberté d'improvisation pour les formules. Mais, d'un
autre côté, quelques-unes étaient éliminées. On sentait
la nécessité d'établir des règles d'orthodoxie. Le canon
du IIIe concile de Carthage que nous avons cité, après
avoir proscrit certaines expressions, ajoute : et qui-
cumque sibi preces aliunde describit, non eis utatur,
nisi prius ea cum instructioribus fralribus contulerit.
Le concile de Milève est plus explicite encore : Placuit
enim... ut preces, vel orationcs seu niissx, quse pro-
batse fuerint in concilio, sive prsefationes, sire com-
'Serm., clxxxiii, ex, etc., P. L., t. xxxvm, col. 991 — 'Spi-
cil. Solesm., t. iv, p. 48. —*Epist., xiv, Fulg. Rusp., P. L., t. l\\ ,
col. 424, 426. — * Concil. Carth. III, can. 24 (an. 397), Mansi,
Concilia, t. w, col. 884. — » Cf. la Prière de Polycarpe, dans les Mo-
mendaliones, seu manus impositiones, ab omnibus
celebrentur. Nec alise omnino dicantur in ecclesia,
nisi quse a prudentioribus tractatse vel comprobatst
in synodo fuerunt. ne forte aliquid contra fidem,
vel per ignoran liant, vel per unius studium sit com-
positum*.
Il y a donc des formules consacrées et arrêtées. Saint
Augustin les donne couramment; saint Optât et saint
Fulgence les citent aux hérétiques de leur temps. Les
conciles recommandent qu'on ne s'en écarte pas. Le
canon précédent est fort intéressant, car il prouve qu'il
existe dès cette époque de vrais recueils liturgiques,
contenant les preces, orationes seu missse, termes sous
lesquels on reconnaîtra facilement les prières lita-
niques, des préfaces, des cêmmendationes seu manus
impositiones qui sont probablement les bénédictions
épiscopales à la fin de la messe. Ce renseignement est
peut-être à rapprocher de celui de Gennade qui nous
parle d'un Africain Visconius ou Vocontius, auteur d'un
livre des sacrements 9. Il y avait aussi des diptyques,
comme nous le constations déjà pour la période précé-
dente, ou recueil de noms qu'on lisait à l'offrande, et
des listes de martyrs, premier noyau d'un martyrologe
africain.
Grâce à ces textes, on peut donc se représenter l'état
des livres liturgiques à une époque qui ne nous a laissé
aucun manuscrit ou livre liturgique, puisque les plus
anciens représentants des liturgies latines ne remon-
tent pas au delà du vne ou tout au plus du vie siècle, la
question d'une plus haute antiquité restant jusqu'ici
réservée.
Et ces faits nous permettent de nous rendre mieux
compte de la composition interne des plus vieux sacra-
mentaires qui ont toujours l'aspect de compilations faites
sans beaucoup de suite ni de logique. Ce sont en général
des recueils factices, où l'on a réuni ces oraisons, ces
préfaces, ces bénédictions, et où l'on retrouve les
anciens titres super nomina, infra actionem, benedi-
ctiones, etc.
En debors de ces recueils de formules liturgiques, il
y avait sans doute aussi des lectionnaires, des codices
sacri ou livres de l'Écriture pour l'usage liturgique. Ils
étaient divisés en leçons, car les textes que nous avons
cités désignent toujours ces lectures sous le nom de
lectiones.
Verecundus nous a attesté l'existence d'un livre de
cantiques sacrés, tirés de la Bible, que l'on chantait
comme les psaumes.
Si l'on ajoute à ces livres quelques actes de martyrs
africains, on aura toute la collection des recueils dont
on se servit sans doute à cette date dans l'Église d'Afrique
pour la liturgie.
XIV. Conclusion. — Nous ne nous faisons pas l'illu-
sion de croire que nous avons épuisé le sujet si com-
plexe et si étendu qui fait la matière de cet article. Il
faudra reprendre cette étude de la liturgie africaine,
pousser plus loin la comparaison avec les autres litur-
gies latines, dresser le lectionnaire, étudier le glossaire
liturgique, etc. ; il n'est guère de point dans ce travail
qui ne puisse être repris et traité avec tout le détail de
démonstration qu'il comporte. Il semble que ce soit du
reste le sort des questions liturgiques, de celles même
qui paraissent les plus minimes, de révéler à chaque ins-
tant à l'investigateur des points de vue nouveau*. U y a là
un vaste champ ouvert aux recherches; on comprendra
qu'il ne nous était pas possible de nous y engar. r;
nous avons dépassé déjà, craignons-nous, les bornes
d'un article. Nous n'avons voulu, en tout cas, que met-
numentaEcclesixltturgica.i.i.yi.xwiv.— 'AdVonimum^.U.
c. in-v, P. L-, t. lxv, col. 180, 183, 184. — 1 Grancolas, loc. cit., 1. 1.
p. 297.'— * Concil. Milevit. /(402), Mansi, ConcH., t. iv, col. 83C
sq. —'De script, eccles., c. lxwiii, P. L., t. lviii, col. 1103.
657
AFRIQUE (ARCHÉOLOGIE DE; L')
658
tre à la disposition du lecteur les matériaux les plus
importants.
Pour les mêmes raisons, nous nous abstiendrons de
tirer des conclusions, qui seraient prématurées pour la
plupart. Une chose certaine, c'est que comme liturgie
latine, et s'exprimant en latin, la liturgie d'Afrique a la
priorité, même sur Rome, qui parlait grec à l'époque
primitive, et ceci seul constitue une différence capitale.
Tire-t-elle néanmoins son origine de la liturgie romaine,
comme on le dit si souvent, c'est ce qu'on ne peut dé-
montrer directement. Nous disons directement, parce
que pour faire cette preuve il semble qu'il faudrait
connaître la liturgie romaine à une époque où elle est
plongée encore dans l'obscurité; mais si d'autre part,
comme il parait démontré, c'est l'Église de Rome qui a
fondé celle d'Afrique, il est évident que ses mission-
naires, en même temps que leur évangile et leur sym-
bole, auront porté avec eux ces rites et ces prières, si
rudimentaires qu'on les suppose, qui forment la liturgie
primitive.
Quand même le fait de relations fréquentes entre
Rome et Carthage ne rendrak pas fort probable l'hypo-
thèse d'influence réciproque entre les deux liturgies,
nous avons relevé un certain nombre de laits qui éta-
blissent cette parenté. Mais il ne faudrait pas chercher,
comme on l'a tenté, à prouver que Rome et l'Afrique
n'ont qu'une même liturgie au sens étroit du mot. On
ne doit jamais oublier qu'à cette époque la liberté litur-
gique était grande, et sauf sur quelques points essen-
tiels, l'initiative personnelle et l'improvisation se don-
naient libre carrière. Les rites pas plus que les formules
n'étaient invariables.
Il n'est pas contestable non plus, qu'au moins au temps
de saint Augustin, l'Afrique emprunta des rites à
l'Église de Milan. Elle-même semble avoir exercé son
influence directement ou indirectement sur les liturgies
gallicanes, surtout sur la mozarabe. Il y eut donc échan-
ges entre toutes ces liturgies. L'africaine, même dans
l'état fragmentaire où elle nous est parvenue, présente
de nombreux traits de ressemblance avec elles; elle
rentre bien dans la famille des liturgies latines, et si la
présente étude peut aider à définir un peu mieux les
caractères généraux et les différences de ces liturgies,
ce sera son principal mérite.
XV. Bibliographie. — On trouvera, au début de cet
article et dans les notes, la bibliographie du sujet; sur
chacune des questions traitées dans ce travail, on pourra
du reste se reporter aux articles correspondants, Litanies,
Liturgies funéraires, Canon, Anamnèse, Baptême, Péni-
tence, etc., où les questions sont traitées dans leur en-
semble et qui donneront un supplément d'information.
Un volume des Monumenta Ecclesise lilurgica don-
nera le dépouillement méthodique et complet pour la
liturgie de tous les Africains et de toutes les inscriptions
liturgiques. Voir aussi l'article Augustin, et F. Probst,
Die afrikanische Liturgie, hauptsàchlich nach den
Schriften des h. Augustinus, dans Liturgie des vierten
Jahrhunderts u. deren Reform, in-8°, Munster, 1893,
p. 272. Dans les Atti del II" Congreso internazionale di
archeologia cristiana, Roma, 4990, in-4°, Roma, 1902,
on trouvera encore quelques allusions archéologiques à
notre sujet, notamment la dissertation de 0. Grandidier,
sur Deux monuments funéraires, p. 51-79, et les notes
du P. Delattre, sur la Croix africaine et sur Carthage,
p. 179, 185. Sur le prétendu IVe concile de Carthage, voir
Peters, Les prétendus 404 canons du IVe concile de Car-
thage, 398, dans Comptes rendus du Congrès scienti-
fique des catholiques, 1894, p. 220. F. Cabrol.
'S. Gsell, Les monuments antiques de l'Algérie, in-8°, Paris,
1901, t. n, p. 115. Aucun ouvrage ne peut rivaliser avec celui-ci
pour l'abondance des renseignements et la précision scientifique ;
néanmoins, quoique en y revenant sans cesse, nous pourrons nous
séparer de lui sur quelques points ou bien ajouter quelques détails
IV. AFRIQUE (ARCHÉOLOGIE DE L'). —I. Destination
et multitude des édifices religieux. II. Les mémorise mar-
tyrum. 1IL Temples païens transformés et matériaux de
remploi. IV. Orientation, plan, ordonnance. V. Atrium..
VI. Portique et vestibule. VIL Presbyterium. VIII. Ab-
side. IX. Édifices à une seule nef. X. Chapelles tréflées,
XL Influences subies par l'architecture religieuse en
Afrique. XII. Vestiges dans les constructions arabes.
XIII. Basilique de Tigzirt. XIV. Tipasa : Chapelle
d'Alexandre. XV. Tipasa : Basilique de Sainte-Salsa.
XVI. Haouch Khima-Mta Darraouïa. XVII. Damous el
Karita. XVIII. Lambèse. XIX. Malifou. XX. Tebessa.
XXI. Baptistère. XXII. Crvpte-baptistère. XXIII. Vase à
ablutions. XXIV. Autel. XXV. Mosaïques. XXVI. Fres-
ques et Peintures. XXVII. Terres cuites. XXVIII. Plâtres
ouvragés. XXIX. Bas-relief. XXX. Sarcophages. l°.Jarres
en terre cuite, 2° Cuves en marbre. XXXI. Lampes.
XXXII. Poteries. XXXIH. Ex-voto. XXXIV. Fonderie.
XXXV. Sigillographie. XXXVI. Climatologie de l'Afrique
ancienne. XXXVII. Le CaputAfricœ. XXXVIII. Les juife.
I. Destination et multitude des ébifices religieux.
— L'exploration scientifique de l'Algérie et de la Tunisie
par les érudits et les sociétés savantes sous le patronage
de la France, poursuivie presque sans interruption sur
tous les points successivement de l'ancienne province
romaine, a procuré à l'archéologie des documents plus
nombreux et plus complets que pour presque aucune
autre région du monde antique. Les débris des civilisa-
tions indigènes et ceux qui appartiennent à la période
phénicienne n'entrent pas dans le cadre des études de
ce Dictionnaire, nous n'avons donc à réunir des notions
aussi précises et aussi abondantes que ie comporte le
présent recueil que pour la période chrétienne; ce sont
principalement les monuments religieux qui attireront
notre attention. Ces monuments sont très nombreux et
la plupart d'entre eux ont beaucoup souffert; leur pré-
sence n'est parfois signalée que par l'aspect tourmenté
du sol qui recouvre leurs ruines. Des fouilles habilement
conduites sur l'emplacement de quelques-unes de ces
ruines laissent présager les richesses documentaires
que fourniraient, à coup sûr, des investigations éten-
dues et méthodiques, car ces édifices n'ont eu à souffrir
que la ruine et non la mutilation qui, sous prétexte de
remaniement, a dénaturé au moyen âge un si grand
nombre de temples contemporains des premiers siècles
du christianisme. « Renonçant à toute classification rai-
sonnée, nous avons adopté l'ordre alphabétique, écrit à
ce sujet M. S. Gsell. Il parait impossible, du moins à
l'heure actuelle, de constituer divers groupes, présentant
un ensemble de caractères nettement distincts, qui per-
mettraient de les attribuer à diverses écoles. D'autre
part, on ne saurait prendre la chronologie pour base
d'un classement, car il n'y a en Algérie qu'un très petit
nombre d'édifices chrétiens qui puissent être datés, soit
d'une manière exacte, soit approximativement1. »
Les édifices religieux se ressentent en Afrique du
caractère commun aux monuments des villes antiques;
ils sont entassés sur un espace étroit, gênés parfois les
uns par les autres, et les rivalités religieuses si ardentes
en Afrique ont multiplié les égHses, les basiliques, le»
oratoires dans un étrange désordre, si nous devions les
juger avec les habitudes d'alignement de nos villes mo-
dernes. La raison qui a pu, en certains cas, provoquer
ces constructions engagées les unes dans les autres fut
le désir d'approcher le plus près possible du sol qui ren-
fermait le corps d'un martyr, la pensée de braver jusque
dans leur temple les dissidents hérétiques ou ortho-
doxes. Saint Augustin rapporte que dans sa ville épis-
à ceux qu'il donne, n'ayant pu, à cause de la date de sa publica-
tion, faire usage des notions qu'il contient qu'après avoir entière-
ment rédigé la présente dissertation. Partout où nos recherche»
gardaient trace de lacunes, c'est à l'aide de ce précieux instru-
ment de u-avail que nous les avons comblées.
659
AFRIQUE (ARCHÉOLOGIE DE L')
660
copale en entendait d'une église à l'autre — catholique
et donatiste — les chants1. C'est surtout en Numidie
que la rivalité s'affirma sous cel aspect monumental; de
simples bourgades, Henchir el Azreg 2, Kherbet Bou
AddoulTen •1, Henchir Bou Takremalène *, Henchir Sef-
fan5, Kherbet Selmi 6, Henchir Teniet el Kebch1, pos-
sèdent les ruines de plusieurs basiliques qu'on peut
légitimement soupçonner d'avoir servi aux fidèles de com-
munions différentes. Il arrivait que, dans les localités
où ils n'étaient pas en force pour enlever aux orthodoxes
la basilique existante, les donatistes construisaient une
église : c'est ce que marque saint Optât de Milève lors-
qu'il reproche aux hérétiques l'érection de basiliques
non nécessaires : basilicas non necessarias 8 ; mais nous
voyons à Cirta la basilique des catholiques prise par les
hérétiques et l'empereur Constantin accorder aux catho-
liques un immeuble qu'il possédait dans la ville, à l'effet
d'y construire une nouvelle église aux frais du fisc9.
Ces églises occupaient sur l'emplacement des villes an-
ciennes des positions souvent excentriques; dans un
grand nombre de localités les ruines n'ont pas été rele-
vées, comme on pourrait s'y attendre, au centre de l'ag-
glomération, mais à la lisière des villes; on en a des
exemples à Djemila, à Ksar Sbéhi, à Matifou, à Mdaou-
rouch, à Taksebt, à Tebessa.à Tigzirt, à Tipasa 10. Cette
circonstance se retrouve ailleurs encore, en Italie, en
Gaule; on trouve même à Kherbet-Guidra une église
construite en dehors du rempart11; il n'y a pas lieu
d'en être surpris, si on tient compte des difficultés qu'on
pouvait rencontrer alors comme de nos jours dés qu'il
s'agissait de construire un édifice nouveau dans des
villes qui, comme Tipasa, comptaient deux églises, deux
basiliques, deux chapelles cémétériales; comme Tigzirt,
qui avait pour sa part deux églises, une chapelle et un
sanctuaire élevé sur le cimetière; comme Timgad enfin,
pourvu de deux églises et trois chapelles.
Aucun édifice religieux de l'Alrique n'appartient d'une
manière certaine à la période antérieure à la paix de
l'Église (313), bien qu'il soit vraisemblable que les églises
les plus anciennes qui nous sont connues aient été cons-
truites sur l'emplacement des oratoires qui abritèrent
les premiers fidèles de chaque ville. Nous ne devons
pas négliger à ce propos quelques rares indications que
les textes anciens nous fournissent. A Constantine,
en 303, lorsque éclata la persécution de Dioclétien, les
frères se réunissaient dans une maison : donvus m qua
clirisliani converti ebant 12, qui lut confisquée. L'installa-
tion comportait une bibliothèque et une salle à manger,
Irii-Unium. Cette domus était en réalité une église,
puisque nous apprenons qu'en mars 305, « les basiliques
1 S. Augustin, Epist., xxix, c. XI, P. L., t. xxxiu, col. 119 sq. —
» Giaillot et Gsell, dans les Mélang. d'arch. et d'hist., 1894, t. xiv,
p.. 47. fig. M, 12. — *& Gsell, Recherches archéol. en Algérie,
in-8°, Paris, 1893, p. 180, 184, 186, fig. 26-34; p. 186 sq., fig. 35-40.
— 'Giaillot et Gsell, loc. cit., p. 576-578, fig. 28-30. — *Ibid.,
p. 59-60, fig. 16 ; p. 61-62, fig. 17. — • S. Gsell, Recherches archéol.
en Algérie, p. 243 sq., fig. S5-86; p. 243, fig. 83. — ■> Giaillot et
Gsell, loc. cit., p. 57, fig. 15. — « S. Optât. De schismate dona-
tistarum, 1. III, c. i, P. L., t. xi, col. 9K7. — «S. Optât, Opéra,
«dit. Ziwsa, in-8% Vindobonae, 1893, p. 215 ; Lettre de Constantin,
ruinée 330, Corp. scnpt. eccl. lat., L xxvi. Pour se rendre compte
des causes de destruction des églises, cf. S. Optât, De schismate
donatislarum, L II, c. xvm, P. L., t. XI, col. 969 sq. On y lit le
récit de la prise d'assaut par les donatistes de l'église de Lemellef,
au sud-ouest de Sétil, sous l'empereur Julien. — ,0S. Gsell, Les
monuments antiques de l'Algérie, t. H, p. 117, note 1. — " Bro-
chin, dans le Bull, archéol. du Comité des travaux hist., 1888,
p. 426-429, pi. xiii. — "S. Optât, dans Corp. script, eccles latin.,
in-8", Vindobonae, 1893, t. xxvi, appendix, p. 187. — «3 S. Optât, De
schismate donatistarum , 1. 1, c. xiv, P. L., t. XI, col. 912; S. Au-
gustin, Contra Cresconium, 1. III, c. xxvu, P. L., t. xliii,
col. 510 sq. — i4S. Optât, dans Corp. script, eccles. latin., t. XX vi,
p. 194, lig.25.— <5S. Optât, ibid., p. 194,lig.27. — "S. Optât, ibid.,
p. 193, lig. 24-25 : in basilica apud Constantinam, indication dans
laquelle M. Gsell voit non sans vraisemblance la domus in qua
n'ayant pas encore été restituées, » les évêques venus à
Cirta se réunirent dans une maison particulière 13; néan-
moins les chrétiens avaient encore certains lieux d'as-
semblée à leur disposition, puisque, à la même date, on
procéda à une élection épiscopale dans un local ainsi
désigné : in area martyrum**, in casa maiore1*. On sait
que area désignait les cimetières, c'était donc dans un
bâtiment élevé en pareil lieu, sur les restes d'un martyr,
qu'avait été transportée la chaire épiscopale ; quand
cessa la persécution, on réintégra l'ancienne église16.
Les expressions maior,minor, se rencontrent souvent
en Alrique pour servir à désigner les églises. A Carthage
la basilica maior contenait les corps des saintes Perpé-
tue et Félicité, à Césarée de Maurétanie nous savons que
saint Augustin prêcha in ecclesia maiori, au mois de
septembre 418 17. Hippone comptait aussi sa basilica
maior1* ou basilica Paris*9 dont le secrelarium était
assez spacieux pour qu'on y pût tenir un concile en
393 20; en outre on y trouvait la basilica Leontiana 21, la
basilica ad octo martyres construite sous l'épiscopatde
saint Augustin22, la chapelle adviginti martyres23, la
memoria sancti Theogenis '2i, enfin la basilique des do-
natistes ïs. Outre ces édifices, saint Augustin mentionne
aux environs de sa ville épiscopale une memoria mar-
tyrum située dans la banlieue d'Hippone 26, une cha-
pelle dédiée à saint Gervais et saint Protais, à une tren-
taine de milles21; un oratoire : orationum locus,
contenant de la terre du Saint-Sépulcre, à Fussala, à
40 milles'8; une basilica, à Hasna29; une ecclesia à
Audurus 30, et il semble que la nomenclature pourrait
être prolongée 31. Carthage n'était pas moins largement
pourvue d'églises chrétiennes. On y comptait, outre la
basilica major que nous avons mentionnée, la basilique
de ResiUula, celle dédiée à Faustus et la basilica nova-
rvm arearum; des églises étaient consacrées à la mé-
moire des martyres Scillitani, à Celerina, à saint
Agileus, à saint Pierre, à la Théotokos, à saint Paul;
enfin parmi les plus notoires se trouvaient les basi-
liques de saint Cyprien. L'importance du culte de ce
martyr en Afrique et même dans le reste de l'Occident
donna aux édifices qui lui étaient dédiés dans sa ville
épiscopale un intérêt particulier. Saint Cyprien n'avait
pas été enterré sur le lieu même de son martyre.
Immédiatement après le supplice, le corps fut transporté
de l'Ager Sexli3'2 dans une maison voisine, afin de le
soustraire à la curiosité des païens33; pendant la nuit
les restes du martyr furent transportés « aux Afese de
Macrobius Candidianus le procurateur, qui sont situées
sur la Via Mappaliensk, près des Piscines »'*. Tous
ces lieux 35 ont pu être identifiés aujourd'hui avec une
ch)istiani convenicbant. — " De gratis cu,n Emerito, P. L.,
t. xi. ni, col. 697. Ct. Contra Gaudentium, I, xv, P. L., t. xliii,
col. 712 sq. ; Possidius, Vita S. Augustini, c. xiv. P. L., t. xxxn,
col 45. — "S. Augustin. Si xv, 1, P. L., t. xxxvm.
coL 1447 sq.; Cl. CCLVUI, 1, cl. i 194. — '"S. Augustin, Epist.,
ccxin, P. L., t. xxxviii, col. 1060. — "Mansi, Concil. ampliss.
coll., t. m, col. 850; t. iv, col. 481. — *'S. Augustin, Serm., CCLX,
cci.xii, P. L.. t. xxxvm, col. 1201, 1207. — «S. Augustin. Serm.,
ccclvi, 10. P. L., t. xxxix, cul. 1578. — "S. Augustin, De civit.
Dei, 1. XXtl. c. vm, 9, P. L., t. xi.i. col. 765; Serm., cxi.vin,
CCCXXV, P. L , t. xxxvm, col. 799, 1447. — " S. Augustin, Serm.,
cclxxiii, 7, P. L-, t. xxxvm, col. 1251. — " S. Augustin. Epist.,
xxix, 11, P. L.,\~ xxxui, col. 119. — » S. Augustin, Decivit. Dei,
1. XXII. c. vm, 19, P. L.. t. xi.i, ool. 768. — - Ibid., 1. XXII,
c. vm, 7, P. L., t. xli, col. 705. — « Ibid., 1. XX11, c. vm, 6, P.
L., t. xn, col. 764. — *» Epist., xxix, 12, P. L., t. xxxm, col. 102.
— "De civit. Dei, 1. XXII. c. vm, 15, P. L., t. xi.i, col. 767. —
3' Epist., cxxxix, 2. P.l... t. xxxi il. col. 535. — "Acta Cy priant,
5. dans Buinart. Acta surn-a, in-4*, Parisiis. 1689, p. 219. —
33 Ibid. — "Ibid. Cf. Victor de Vite, Hist. persec. Vandal., 1. I,
c. v. xvi, P. L., t. Lviii, col. 1S7. — 3»P. Monceaux, dans la. Revue
archéol., 1901, t xxxix. p. 1 83-201. Cf. A.-L. Delattre, dans le
Costnos, 7 décembre 1889, p. 19; E. Babelon, Carthage, in-12.
Paris, 1896, p. 148; E. de Sainte-Marie, Mission à Carthage,
in-8', Paris, 1884, p. 35.
601
AFRIQUE (ARCHÉOLOGIE DE L')
662
précision suffisante. Aux Arese de Macrobius comme
à ÏAger Sexti se tinrent des réunions liturgiques.
« Saint Augustin parle tantôt du tombeau proprement
dit, de l'endroit où reposait le corps, tantôt d'un autel
qui existait à ÏAger Sexti, et qu'on appelait la niensa
Cypriani » ' et où se célébraient des offices liturgiques;
par ailleurs nous savons que l'évéque d'Hippone lit en-
tendre trois sermons in nalali Cypriani martyris dans
le lieu où reposait le corps du martyr et sur lequel
s'élevait un autel. Saint Cyprien avait donc trois édifices
dédiés à sa mémoire à Cartilage : la basilique des
Mappales et celle de ÏAger Sexti, situées toutes deux
hors les murs, enfin un sanctuaire dans l'enceinte de la
ville dont nous parlent saint Augustin et Procope;
celle-ci élait située près de la mer, dans le voisinage du
port, et sainte Monique y passa en prière la nuit pen-
dant laquelle son fils s'embarquait à son insu pour
l'Italie 2. Outre les églises dont l'origine s'explique par
la présence d'une communauté chrétienne, l'Afrique
possédait d'autres édifices, en assez grand nombre,
destinés à commémorer les martyrs et à abriter leurs
reliques; on les désignait ordinairement sous le nom
de mémorise martyrum. Il vint un moment où cette
dévotion tourna à l'abus, les édicules et les basiliques
se multiplièrent, on en rencontra en tous lieux, en
rase campagne, le long des routes, et la plupart ne con-
tenaient aucune relique, ne se rapportaient à aucun
épisode de la vie des martyrs. Le canon 34e du con-
cile tenu à Carthago en 438 régla ce point de disci-
pline : Item placuit, ut allaria quse passim per
agros aut vias, tamquam mémorise martyrum , consti-
tuuntur, in quibus nullum corpus aut relliquise mar-
tyrum condilsc probanlur, ab episcopis, qui eisdeni
lotis prœsunt, si fieri potest, evertantur. Si aulem hoc
propter tumultus populares non sinitur, plcbes lamen
admoneantur, ne Ma loca fréquentent, ut qui recte
sapiunt, nulla ibi superstitione devincti teneatur. Et
omnino nulla memoria martyrum probabiliter acce-
pteur, nisi aut ibi corpus, aut aliquse certse relli-
quse sint, aut ubi origo alicujus habitationis, vel
possessionis, vel passionis fidelissima origine tradi-
tur. Nam quse per somma et inanes quasi revelatio-
nes quorumlibet hominum ubique constituuntur al-
laria, omnimode reprobenlur3. Nous connaissons les
ruines de plusieurs de ces mémorise. A Ain Ghorab (ré-
gion de Tébessa) il a existé un édifice dont l'inscription
dédicatoire mentionne le fait qu'elle était placée sous la
protection des saints apôtres Pierre et Paul *.
4 P. Monceaux, Le tombeau et les basiliques de saint Cyprien,
& Carlhage, dans la Revue archéologique, 1901, t. xxxix, p. 189.
— *S. Augustin, Confessiones, 1. V, c. vm, 15, P. L., t. xxxn,
col. 712 sq. ; Procope, Vandal., 1. I, c. XXI. Cf. P. Monceaux, loc.
cit., p. 198-201. — 3Mansi, Conc. coll. ampliss., t. ni, col. 971;
cf. t. iv, p. 494. — * Masqueray, dans la Revue africaine, 1878,
t. xxii, p. 465-466; de Bo6iedon, dans le Recueil de la Soc.
arch. de la prov. de Constantine, 1876-1877, t. xvm, p. 378-
380; De Rossi, Bullet. di arch. crist., 1878, p. 7-20; Corp.
inscr. latin., t. vm, n. 10707-10709, 17615. Sur la disposition de
cette inscription sur « un seul grand arceau, jeté à l'entrée
d'une abside », cl. S. Gsell, Les monum. antiq. de l'Algérie,
t. n, p. 159, note 4. L'inscription est copiée sur une inscription
métrique de Rome de la première moitié du v siècle; De Ros^i,
Inscr. christ, urb. Romse, in-fol., Roinœ, 1888, t. il, p. 48, 110.
— BCorp. inscr. latin., t. vm, n. 222 (p. 948), 17614: De Rossi,
La capsella arg. afric, in-fol., Roma, 1889, p. 17. — • Corp.
inscr. latin., t vm, n. 17715; De Rossi, loc. cit., p. 17. — 'De
Rossi, loc. cit., p. 30. — 8 De Rossi, Bull, di arch. crist., 1877,
p. 97-107, pi. vm ; H. Holtzinger, Die altchristlische Archi-
tektur, in-8% Stuttgart, 18S9, p. 140, 243, note 2, 245, fig. 175; A.
Schwarze, Untersuchungen ùber die Entwicklung der afrikan-
ischen Kirche, in-8% Gôttingen, 1892, pi. n ; F. X. Kraus, Ges-
€hichte der christlichen Kunst, in-4% Freiburg-im-B., 1895, 1. 1.
p- 373, fig. 309; Corp. inscr. latin., t. vin, n. 10693 ; V. Schultze,
Ârchàologie der altchristlichen Kunst, in-8", Miinchen, 1895,
P- 123; S. Gsell, Les monum. antiq. de l'Algérie, t. il, p. 229 sq.
CEDE PRIVS NOMEN [ho]VITATI CEDE VETVSTAS
REGIA LETANT[e]R VOTA DICARE LIBET
HAEC PETRI PAVLIQVE SEDES CRISTO LIBENTE
[RESVRGIT
VNVfm g]VES[o po]RES VNVM DVO [sumit]£ MV-
[NVS + AECLESIAM
VNVS H[ow,]OR CELEBRER quos /i]ABET VNA Fl-
[DES + DONil»
[pr]ESB[yteri <a]MEN HIC 0[pus est ET CVRA PRO-
[banti + i\srmm
Dans la même localité se trouvait une chapelle con-
tenant les reliques de saint Emeritus 5 ; au djebel Djaffa
(au sud de Kenchela) uie memoria en l'honneur des
apôtres6; une autre à Kherba (près de Duperré, dans la
vallée du Chélif) que les gens de la contrée désignaient
sous le nom de tabernaculum, 7 ; une autre encore à
Henchir Megroun8; à Orléansville on a signalé, à un
kilomètre environ de la basilique de Reparatus, au
milieu d'un cimetière chrétien, « les restes de deux
espèces de chapelles ou oratoires »9 dont il ne subsiste
rien, et sur la rive gauche du Chélif on a retrouvé les
indices de l'existence d'une memoria apostolorum qui
pouvait dater de la fin du IVe siècle ou du commence-
ment du siècle suivant |0.
AUUIUI
ISSIMO AEi
dIVM DIXIT C
wie»io]RIA APOSTOLORVM
pel\R\ ET PAVLI-PASSA
I-NON-MAI-ANn
jwJBENTE DEO ET XPo
^Tcnix
Ce grand nombre de mémorise apostolorum épar-
gnées par la destruction nous permet de juger à queV
point la dévotion aux apôtres était répandue en Afrique ";
mais ces édifices ne sont pas les seuls qne nous puis-
sions citer : à Guelma, on trouvait une chapelle dédiée
à saint Etienne12; le même saint avait à Hippone une
chapelle formant un bâtiment distinct de la basilica
maiori3; et une autre encore à Mechta el Bir (région
de Sétif) u. A Matifou, on a rencontré une dédicace d'une
basilique contenant une relique de la vraie Croix i:>, la
paléographie fait remonter ce titulus à la On du ive siècle
ou au commencement du Ve, mais l'identification des
lieux où-elle a été trouvée n'a pu être faite 16. Le culte
de la Croix a été également très répandu en Afrique 17.
— 8 Moniteur algérien, n. du 14 octobre 1843; Amati, Viaygioda
Milano in Africa, p. 376-380; Azéma de Montgravier, dans la
Revue de bibliographie analytique, 1844, p. 52. — 10A. Ber-
brugger, dans la Revue africaine, t. I, p. 434; t. iv, p. 113, 114;
L. Renier, Recueil des inscr. romaines de l'Algérie, in-4%
Paris, 1855, n. 3706; Corp. inscr. latin., t. vm, n. 9714. Voyez
le n. 9715 qui mentionne l'inhumation aput (sancto)s apostolos
petru et (paulu). L'inscription n. 9714 a fait l'objet d'un intéres-
sant commentaire de E. Le Blant, dans le Journal des savants,
1882, p. 306. — u P. Monceaux, Hist. de la littérat. chrét.
d'Afrique, in-8% Paris, 1901, t. i, p. 4, note 4; Corp. inscr. la-
tin., t. vm, n. 9714-9716, 10693, 10707, 17714, 17715, 17746, 18656,
20600, 21496; A. Schwarze, Untersuchungen ùber die aussere
Entwicklung der afrikanischen Kirche mit besonderer Ver-
wertung der archàologischen Funde, in-8% Gbttingen, 1892,
p. 103. Sur ces •lnounùEra en Orient, cf. Sozomène, Hist. eccl.,
1. VIII, c. xvn, P. G., t. lxvii, col. 1560; Acta sanct., jun. t. IV,
p. 325 ; L. Duchesne, dans le Bull, de corresp. hellén., 1878,
p. 292 sq. — 12S. Augustin, De civit. Dei, 1. XXII. c. vm, 12, 13,
P. L., t. xli, col. 776. — ,3S. Augustin, De civit. Dei, I. XX,
c. vm, xxii, P. L., t. xli, col. 670 sq., 694; Serm., cccxvm,
P. L., t. xxxviu, col. 1438 sq.; Serm., cccxix, P. L.,
t. xxxvm, col. 1440; Serm., ccclvi, P. L., t. xxxix, col. 1574.
— '*De Rossi, Bull, di arch. crist., 1878, p. 25; S. Gsell,
Monum. antiq. de l'Algérie, t. n, p. 228, n. 84. — ,s Corp.
inscr. latin., t. vm, n. 9255. — ,<s S. Gsell, loc. cit., t. n, p. 227,
n. 79. — " Mélanges d'archéol. et d'hist., 1890, t. x, p. 440.
€63
AFRIQUE (ARCHÉOLOGIE DE L')
664
Saint Augustin nous a conservé le récit circonstancié de
l'origine de la memoria élevée à Fussala, à 40 milles
d'Hippone, pour y recevoir quelques parcelles de la terre
rapportée du Saint-Sépulcre ' ; on peut citer encore
d'autres mémorise, mais sur le caractère desquelles il y
a lieu de garder quelque incertitude2; à Henchir Tagh-
taght, près de Khenchela, on retrouve dans un sanctuaire
chrétien les noms des saints apôtres et de saint Emeri-
tus associés dans un même hommage3, nous les avions
déjà rencontrés jouissant chacun d'un sanctuaire dans
une même localité, à Ain Ghorab4. Parfois ces édifices
présentent, au seul titre de leur emplacement, une
grande importance, par exemple la basilique de Tipasa
élevée sur le lieu même du martyre de sainte Salsa pré-
cipitée du haut de la falaise dans la mer5.
Il n'est pas rare que les basiliques importantes soient
pourvues d'une salle à abside dans laquelle on peut voir
des mémorise destinées à renfermer les reliques d'un
martyr dont le culte demeurait bien distinct de celui du
personnage auquel la basilique était dédiée : c'est le cas
à Tébessa6, à Morsott 7, à Timgad8. Nous n'avons
aucun exemple certain que ces oratoires aient été le
noyau des basiliques qui les auraient englobées, mais ici
comme sur un grand nombre de questions il ne faut pas
escompter les informations que l'avenir tient en réserve.
Enfin, il faut mentionner les oratoires privés, placés à
l'intérieur des maisons ou dans les monastères9; parmi
ceux de cette seconde catégorie il semble possible de
nommer l'oratoire ou la memoria en forme de chapelle
tréllée à Tébessa10 et la chapelle contre le rempart de
l'est". Si on tient compte du nombre de siècles qui nous
séparent de l'époque où exista l'Église d'Afrique, si on
y ajoute les malheurs qui l'ont accablée et enfin ruinée
complètement, les causes de destruction physique qui se
sont exercées à loisir et le concours qu'y ont apporté les
violences des donatistes, des Vandales, des Arabes, l'ex-
ploitation séculaire des matériaux pour servir aux
besoins des colons nomades, l'incurie et souvent même
le mauvais vouloir des administrations locales depuis la
conquête française12, on devra reconnaître que le nombre
de monuments que nous avons aujourd'hui sous nos
yeux témoigne d'une prospérité matérielle et d'une ri-
chesse archéologique exceptionnelles en Afrique à
l'époque qui fait l'objet de notre recherche. Parmi les
conclusions qu'on en peut tirer légitimement, c'est
d'abord celle-ci, que l'Eglise d'Airique a joui d'une vita-
lité intense et qu'elle a tourné en partie sa pié^é vers le
culte des martyrs; saint Augustin nous le laissait entre-
•S. Augustin, De civit. Dei, 1. XXH, c. vni, 6, P. L., t. xi.i,
col. 764. — 1 A Henchir et Begucur, S. Gsell, loc. cit., t. a, p. 175,
n. 211; dans la banlieue d Hippone, S. Augustin, De civit. Dei,
l. XX11, c. vin, 19, P. L., t. xli, col. 768; à la villa Victoriana,
près de cette même ville d'Hippone, S. Augustin, De civit. Dei,
1. XXII, c. viii, 7, P. L., t. xli, col. 765; près de la Sbikra (à
l'est de Khenchela), Bull. arch. du comité clés trav. hist., 1894,
p. 87, n. 12; à Ain Begueur, S. Gsell, op. cit., t. n, p. 160, n. 5 ;
à Ain Turk, S. Gsell, op. ctt., t. n, p. 161, n. 7; à Bir-Fradj,
S. Gsell, up. cit., t. n, p. 182, n. 31 ; à Peiigotville, S. Gsell, op.
cit., t. n, p. 248, n. 105. — 'Farges, dans le Bull, de l'Acad.
d'Hippone, t. xvin, p. 31-32; Corp. inscr. latin., t. vm. n. 17714.
— «S. Gsell, Munum. antiq. de l'Algérie, t. n, p. 159 aq. —
8 Ibid., t. n, p. 318, fig. 147. Cf. L. Duchesne, dans les Comptes
rendus de l'Acad. des inscript., séance du 14 mars 1890, p. 116;
Le monde, 4 avril 1890 ; Bull, critique, 1890, p. 125. — • S. Gsell,
op. cit., t. n, p. 319, note 2, observe avec raison que ces ora-
toires pourraient bien n'avoir été que les consignatoria, dans les-
quels les néophytes se rendaient après le baptême. — 'S. Gsell,
op. cit., t. H, p. 231, n.91. — 8S. Gsell, op. cit., t. n, p. 309, n. 152.
— "S. Augustin, Epiât., ccxi, 7, P. L., t. xxxin, col. 960. —
10 S. Gsell, Monum. antiq. de l'Algérie, t. Il, p. 118, note 6. Ce
qui semble enlever les derniers doutes est la présence d'un autel.
— « Ibid., p. 290, flg. 136. — ,!J. Schmidt, Bapport à l'Académie
royale des sciences de Berlin. Cf. Bull, de corresp. africaine,
1882, t. i, p. 399 sq. — ,aS. Augustin, Epist., i.xxvn, 3, P. L..
• xxxui, col. 269. — ,4P. Monceaux, Le tombeau et les basi-
voiret il n'exagérait en aucune manière en disant: Num-
quid non et Africa martyrum corporibus plena est13?
II. Les memorim martyrum. — Mais, quand il s'agit
de l'antiquité, il faut se garder d'introduire des classe-
ments trop rigoureux; les fidèles d'Airique ont gardé
dans la pratique une certaine liberté dont il reste à dire
quelque chose. Nous avons vu que la présence du tom-
beau de saint Cyprien n'excluait pas la célébration de la
liturgie14, le même fait se passait ailleurs; à Fussala,
près d'Hippone, la memoria construite pour recevoir la
terre du Saint-Sépulcre était destinée à servir en même
temps au culte ordinaire'5; parfois même, ce qui peut
surprendre un peu plus, les mémorise abritaient tout à
la fois les reliques des martyrs et les restes des fidèles;
c'était le cas à Orléansville 1C, peut-être aussi à RoufTach,
où l'on a trouvé, à une soixantaine de mètres d'un édi-
fice construit dans un cimetière, une inscription qui
indique qu'un défunt nommé Innocens fut enseveli au-
près du sang des martyrs de Milève11. A Sidi Ferruch,
près d'Alger, on a trouvé une inscription témoignant que
sur le tombeau d'un chrétien fut élevée une memoria
en l'honneur d'un martyr, peut-être saint Laurent18 :
hic rfowit»]ONOSTROPLACENSSABI,N A BEATO
?lauren]T\0 MARTIRI VOTVM REDDIDIT COM-
i0 (PLETO
œdi/ic]\0 DIE Xllll KALIVL 0 HIC EST IA-
f~ [NVARI
fil]U EIVS MEMORIA QVI VIXIT ANNXLVII M-V
5 quies]C\J IN PACE VI ANN PROVINC-CCCXHI1
LVCISI^MMWOSTVLAVIT'""'
Si les mémorise pouvaient recevoir les fidèles pour
l'assemblée liturgique, il parait en avoir été de même à
l'égard des églises dont la destination primitive s'accom-
moda de bonne heure à abriter non seulement l'assem-
blée des fidèles, mais les reliques des martyrs. Ce n'était
d'ailleurs qu'une question de quantité, pour ainsi dire,
car un des usages les plus antiques19 associait l'établis-
sement d'un lieu officiel de prières à la présence des
reliques des martyrs, et d'une part l'aversion témoignée
par les premiers chrétiens pour la division des re-
liques20, d'autre part des faits qui nous sont connus
en pleine lumière d'histoire21, laissent entrevoir la cou-
tume primitive de disposer l'autel sur les corps entiers
des martyrs. On peut supposer qu'il en fut ainsi en
Afrique à Gouéa (région de Médéa)22, à Henchir el Ham-
mam, au sud de Guelma 23, à Morsott, au nord de
Tébessa14, à Mouzaïaville sur l'emplacement d'une basi-
liques de saint Cyprien à Carthage, dans la Bévue archéo-
logique, 1901, t. xxxix, p. 189. — "S. Augustin, De civit. Dei,
1. XXII, c. vm, 6, P. L., t. xli, col. 764. — "S. Gsell, op. cit.,
t. Il, p. 241. — "Ibid., t. Il, p. 251 ; De Bossi, Bull, di arch.
crist., 1875, p. 163-167, 177; 1876, p. 59-63, pi. m, fig. 2; Corpus
inscr. latin., t. vin, n. 6700, 19353; S. Gsell, dans le Bull,
arch. du Comité des trav. hist., 1899, p. 452-453. Voir Am-
poules. — *• .l/o»i if eur algérien, décembre 1845; de Caussade,
dans les Mém. de la Soc. arcUéol. de VOrléanais, 1851, L i,
p. 286, note; A. Berbrugger, dans YAkbbar, 22 janvier 1846;
A. Berbrugger, dans la Itevue africaine, t. v, p. 356; Dupuch,
Mandement pour le carême de 1846 ; L. Renier, Becucil des
inscr. rom.de l'Algérie, n. 4058; De Rossi, Bull, di arch. crist.,
1878, p. 32: Co-v. inscr. latin., t. vm, n. 9271. Cette mosaïque
date de la seconde moitié du v siècle. A ers quelques e\cni| les
S. Gsell, Monum. antiq. de l'Algérie, t. Il, p. 119, note 6. ajouta
« probablement aussi Mélanges d'arch. et d'hist., t. XV, IMG,
p. 51, n. 10, à Périgotville, l'épitaphe d'une femme qui fecit sibi
ipsa sana sanctorum mensam e' qui se lit enterrer auprès de
cette inensa i. — *• Peut-être doit-il être permis d'y voir une
première allusion dans le texte de la liturgie asiate rapportée par
saint Jean : Vidi sub altarc Dei animas interfectorum, Apoc,
vi, 9. — " Passio S. F?-uctuosi, n. 6, dans Ruinart, Acfa stn-
cera, in-4-, Parisiis, 168t<. d. 223. — »' S. Ambroise, Epist.. xxii,
P. L., t. xvi. col, HXi2 sq. — "S. Gsell, Montait, antiq. de l'Al-
I. ii. p. 198 — "Ibid., t. Il, p. 210, n. 62. — «« Ibid.,
t ii p. 2S4, n. m
665
AFRIQUE (ARCHÉOLOGIE DE L')
666
lique aujourd'hui disparue, au fond de laquelle s'ouvrait
une abside à laquelle donnait accès un escalier de trois
marches; « sous cette abside ont été trouvés des tom-
beaux en briques renfermant des ossements. A l'entour
régne une enceinte de tombes doubles, empilées les
unes sur les autres*. » A Orléansville existait sous
l'abside « un caveau d'assez grandes dimensions dans
lequel ont été trouvés deux cercueils vides » 2. Ce qui
semble plus décisif, c'est la présence de tombes dans la
chapelle d'Alexandre, à Tipasa (fig. 118). « Au fond de la
nef, à l'est s'élève une sorte d'estrade à laquelle on
118. — Chapelle d'Alexandre à Tipasa.
D'après Fr. Wieland. Ein Ausfluch ins altchristliche Afrika,
p. 186.
montait par deux petits escaliers. Elle est en majeure
partie constituée par neuf sarcophages de pierre, ali-
gnés et orientés de l'ouest à l'est, les têtes étant placées
à l'occident. Par-dessus, on avait établi une mosaïque,
aujourd'hui presque complètement détruite; un cancel
en pierre, découpé à jour, bordait cette estrade du coté
do la nel. La grande inscription commémorative qui a
été tracée sur la mosaïque du vaisseau central, en avant
dos escaliers, nous apprend que ces tombeaux sont ceux
des justi priores : selon une remarque de Ma' Duchesne,
les « justes » dont il est ici question étaient peut-être
• Poiille, dans le Ree. de la Soc. ireh. de la prov. de Constan-
tine, 187b, i. xix, p. 345. — 'Prévost, Jans la llev arcliéolog.,
1848, t. IV, p. 659-664; t. v, p. 372-374; 1352, t. vill, p. 566-571 ;
S. Gsell, op. cit., t. u, p. 237. — -S. Gsell, op cit.. t. Il, p. 335sq.
— 4G. Boissier, dans les Comptes rendus de l'Acad des tnscr.,
1899, séance du 12 mai ; S. Rcinach, dans la Revue archèol.,
1899. III- série, t. xxxv, p. 162; S. Gsell, dans les M él darch. et
dhisl., 1900, t. xx, p. 141; 1901, t. xxi, p 236, note 2; Kabre,
dans le llullctin d'Oran, 1900, p. 399-408. — • S. Gsell. op. cit.,
t. Il, p. t'J2 sq. Cette basilique a disparu on 1844. - • fbid., t. il.
d'anciens évéques de Tipasa. Auparavant, dit l'inscription,
leurs sépultures n'étaientpasvisibles; l'évéque Alexandre
fit construire la chapelle pour les abriter :
[CORO
NVNC LVCE PRAEFVLGENT SVBNIXI ALTARE DE-
COLLECTAMQVE SVAM GAVDENT FLORERE CO-
• [RONAM
« Il ne reste aucune trace de cet autel, dressé sur
l'estrade; il a pu être en bois3. » A Benian, l'ancienne
A la Miliaria (province d'Oran), la basilique comportait
une crypte contemporaine du reste de l'édifice qui n'a
pu être élevé qu'entre les années 434 et 439. La crypte
est située sous l'abside dont elle adopte la forme semi-
circulaire mais avec des dimensions moindres. Au mi-
lieu de la courbe que décrit le mur se voit encore le
cadre d'une fenêtre placée à lm20 au-dessus du sol. Cette
fenêtre était pourvue d'une grille fixe et d'un volet à
tabatière permettant de regarder dans un caveau, situé
derrière la crypte et occupant le milieu d'une série de
sept tombeaux dont plusieurs sont antérieurs à l'église
et dans lesquels furent déposés les corps de divers ecclé-
siastiques, évêques, prêtres, religieuses, morts eutre422
et 446. Au milieu se trouvait la sépulture de la sœur de
l'évéque donatiste A'Aquœ Sirenses, une religieuse du
nom de Robba, tuée en 434 par ceux que l'inscription
qualifie de « traditeurs » et vénérée en qualité de mar-
tyre4. On venait vénérer dans la crypte les restes que la
fcnestella confessionis permettait d'apercevoir. L'ins-
cription ne laisse plus de doute sur ce point :
MEM-ROBBE SACRE DEI GERMANA
HONORIIlilIQVE SIRENEPSI CEDE-
TRADIUHIIViliXÂ A MERVIT DIGNI
TATE MARIIRIVIXIT ANNIS L- ET RED
5 DID-IT SPiVIDIE-SII-KALAPRILESPRoCCCXCV
Mem(oria) Robb(a)e, sacr(a)e Dei [ancillœ], gernia-
na(e) Honor[ali A\qu(a)e Siren(sis) ep(i)s(cop)i, c(a)ede
lradi[torum\ v[e]xata meruit dignitate(m) martiri(i)t
vixit annis L et reddidit sp(iritu)m die VIII Kal(en-
das) Apriles, [anno] pro(vinciœ) cccxcv (— 434 après
J.-C).
III. Temples païens transformés et matériaux de
remploi. — Nous rencontrons en Afrique quelques
exemples, en très petit nombre, de désaffectation d'édi-
fices païens dans l'enceinte desquels auraient été instal-
lées des églises chrétiennes. A Cirta, les fidèles utili-
sèrent le soubassement du Temple du Capitole et u,ne
partie des murs de la cella, non sans remanier profon-
dément l'aspect de l'édifice; l'orientation en fut modifiée,
la nouvelle façade fut placée au nord-ouest, ce qui obligea
à construire un escalier, le soubassement ayant de ce côté
4m31 de hauteur. Les murs de l'ancien temple étant
détruits à partir d'une certaine hauteur, on le releva avec
des matériaux de remploi tirés de côté et d'autre 3. Il
semble que la même adaptation ait eu lieu à Tébessa à
l'époque byzantine6, à Lambèse7; à Tigzirt, le chevet
occupe peut-être l'emplacement d'un sanctuaire jadis
dédié à Saturne 8. A Tipasa, la passion de sainte Salsa
nous apprend que l'église élevée en l'honneur de cette
martyre remplaça une synagogue qui, elle-même, avait
succédé à un* temple païen; mais il n'est pas vraisem-
p. 121. — ' Ibid., t. u, p. 219; Poulie, dans le Recueil de la Soc.
arcli. de la prov. de Constantine, 1882, t. xxn, p. 400; Corp.
inscr. latin., t. vm, n. 18488. — "S. Gsell, op. cit., t. u, p. 294,
n. 146. En Afrique, comme ailleurs, les temples païens eurent
généralement peu à souffrir des lois portées par les empereurs
du iv siècle. Eux-mêmes se firent les tuteurs des édifices contre
lesquels ils poussaient les chrétiens, Cod. Theod., XVI, x, 18. Cf.
S. Augustin. Serm., clxiii, 2, P. L., t. xxxvm, col. 889 sq.;
Epist., ccxxxn, 3, P. L., t. xxxii, col. 1025 sq. ; Mansi, Conc.
ampliss. coll., t. m, col. 766, can. 58.
667
AFRIQUE (ARCHÉOLOGIE DE L")
668
blable que l'édifice ait été approprié à sa nouvelle desti-
nation, les matériaux seuls auront servi1. Nous avons
eu l'occasion de montrer, à propos des édifices religieux
de l'Achaïe 2, combien les chrétiens prenaient goût à ce
mode de construction à l'aide de matériaux arrachés à
d'anciens édifices, il n'en allait pas autrement en Afrique.
Saint Augustin rapporte qu'un prêtre de son diocèse,
I.eporius, ayant un hôpital à faire construire, acheta une
maison « qu'il pensait devoir lui être utile à cause des
pierres » 3. Les ruines confirment ce que nous révèlent
ces paroles sur le peu de respect qu'on porta aux mo-
numents de la vénérable antiquité. Les édifices furent
traités comme des carrières, ceci explique pourquoi les
assises en pierres de grand appareil sont tellement
rares*; on en trouve à Tébessa5, à Tipasa 6, à Taoura,
région de Souk-Ahras1; parfois une partie seulement
de l'édifice a été construite de la sorte, par exemple, à
Tigzirt, le milieu de la façade8; à Announa, la façade
et l'abside9; à Guesseria, la façade d'une petite cha-
pelle ou baptistère10; à Henchir el Hamman, l'ab-
side " ; à Kherbet Guidra, les angles l2 ; à Tipasa, le bas
des murs13. Ce ne sont là, on le voit, que des excep-
tions. L'architecture africaine, disposant principalement
de retailles et de matériaux de remploi, a adopté ordi-
nairement la bâtisse en blocage avec chaînes en pierres
de taille variant de distance entre 0m80 et 2 mètres ; on
trouve parfois des poudingues de maçonnerie, mais
l'emploi de la brique est tout à fait exceptionnel.
L'épaisseur moyenne des murs est de 0m50-5"2 avec ren-
forcement à l'abside. On trouve cependant des basiliques
d'épaisseur plus grande : à Khamissa, lm30 à lm50u; à
Perigotville, \ piètre16; à Segnia, au nord-ouest d'Ain
Beida, 2-501"; à Timgad, 1" chapelle, 1-201': 2« cha-
pelle, 0mS518. L'origine chrétienne de la basilique de
Tébessa est aussi assurée que celle des basiliques du
Kef (Tunisie), tant pour celle de l'intérieur rio la ville
que pour celle du cimetière, et, malgré l'intérêt que l'oa
aurait à retrouver — s'il y en a eu — des basiliques ju-
diciaires païennes en Afrique, ces monuments doivent
servir simplement à l'histoire de l'art chrétien19. Il
semble bien en effet qu'il y ait eu une diflérence essen-
tielle de plan entre celui des basiliques païennes dont
les substructionset les descriptions nous sont parvenues
et le plan des basiliques chrétiennes; à tel point qu'on
regarde aujourd'hui comme très douteux que ces der-
nières procèdent en droite ligne des basiliques judi-
ciaires des Romains.
IV. Orientation, plan, ordonnance. — Il ne parait
pas que l'on se soit préoccupé de l'aspect de l'édifice, sa
commodité important seule. Saint Augustin s'exprime
sur ce point d'une manière intéressante : Sicut in (a-
bricis manufaclis,cum eleganter et magnifiée conslru-
unlur, corporalis noster mulcetur aspeclus; ita cum
lapides vivi, corda fidelium charitalis vinculo conlinen-
lur, décor est domus Dei, et locus tabervaculi clanta-
tis ejus. Disette ergo quod amare debetis ut an/are
possilis. Qui enim diligit decorem domus Dei, non est
dubium (juia ecclesiam diligit : non in labre f'aclis
parie l Unis et teclis, non in ni tore marmonna et la-
qnearibus aureis ; sed in hominibus firlelibus, sanctis,
Deum diligentibus ex toto corde suo, etc. 20. On ne
1 Calalogus codicum liagiograpliicuram qui asservantur in
Bibliutheca nationali Purisiensi, ediderunt hagiographi Bol-
landiani, in-8% Bruxellis, 1889, t. i, p. 346, S 3. — «Col. 332. —
3 S. Augustin, Serm., ccci.vi, -10, P. L., t. xxxix. col. 1574. -
* S. Gsell, op. cit., t. h, p. 122. — »/6trf.. p. 266. — • Ibid., p. 325.
— Ubid., p. 264. — 'Ibid., p. 294. — »lbid., p. 165. — "Ihid.,
p. 204. — " Ibid., p. 210. — "Ibid., p. 206. — "Ibid., p. 319.
— "Ibid., p. 215. — "Ibid., p. 248. — "Ibid., p. 253. —
17 Ibid., p. 314. — "ftiii., p. 314. — "Bull, archéol. du co-
mité des trav. hist., 1884, p. 160, 176. — "S. Augustin. Serm.,
XV, I, P. L-, t. xxxviu, col. 116. — « S. Augustin, Quœst. in
Hcptatc.uclium, il, 177, 5, P. L., t. xxxiv, col. 659. — « Depuis
la basilique d'Orléansville, à l'époque de Constantin, jusqu'à la
saurait moins encourager le goût artistique, et, si ces pa-
roles ont exactement répondu à l'état d'esprit généraL
on ne peut plus s'étonner de la médiocrité ordinaire des
édifices religieux. Us se distinguent d'abord par la mo-
notonie du type basilical : oblongam habeat quadratu-
rani, dit encore saint Augustin, lateribus longioribus,
brevioribus frontibus, sicut plerseque basilicm consti-
tuuntur21; ils sont orientés vers le levant, et, pendant/
toute la période de plus de trois siècles qui renferme)
l'activité monumentale de l'Église d'Afrique, cette règle
n'est que très rarement mise en oubli21; divers faits
prouvent qu'on attachait de l'importance à son observa-
lion : à Cirta, ainsi que nous l'avons dit, on s'engagea
dans de grands travaux pour que le temple du Capitole,
transformé en église, fût orienté au levant23; à Tipasa
on s'imposa une disposition gênante afin de s'en tenir à
la coutume24. Au point de vue architectural tous ces
édifices appartiennent à deux catégories suivant qu'ils
comportent une seule nef ou plusieurs nefs. Dans ce
dernier cas le rectangle se trouve sectionné en vaisseaux
parallèles plus ou moins étroits : ce sont les nets, ainsi
que nous les nommons ordinairement; à Orléansville,
on en compte cinq; dans la grande basilique de Tipasa,
sept; et il arrive dans ce dernier édifice qu'à une basse
époque, la solidité paraissant menacée par la largeur de
la nef centrale, on la subdivise alors en trois nefs nou-
velles au moyen de deux colonnades; dans la basilique
de Sainte-Salsa et à Tigzirt on a de même fait cinq nefs
avec les trois existant primitivement, lorsque l'incendie
ayant atteint les poutres oblige de les raccourcir et
qu'on ne peut ou qu'on ne veut plus les remplacer par
des matériaux de même longueur. Le type primitif et
persévérant de la basilique de cette catégorie est la di-
vision sur trois nefs, c'est lui que nous retrouvons en
pleine période byzantine à Dar-el-Kous, au Kef et à
Haïdra". La nef centrale est plus large d'un tiers envi-
ron ou du double que les nefs latérales, qui. séparées par
des colonnes ou par des piliers, sont presque partout
égales en longueur26. On trouve cependant quelques
basiliques dans lesquelles la nef centrale a reçu un dé-
veloppement plus grand encore 27. On ne peut s'expliquer
que par une hâte extrême ou une indiflérence singu-
lière quelques détails choquants, auxquels il eût été
aisé de remédier. Les matériaux de remploi dont on
faisait usage différaient presque de l'un à l'autre, il en
résultait un disparate auquel on parait n'avoir pas pris
garde. Tantôt des chapiteaux doriques servent de bases
comme à Guelma 28, tantôt on rectifie la hauteur des
colonnes en variant celle des dosserets de 0m35 à
0m50 centimètres. « Fort souvent, cependant, observe
M. Gsell, surtout dans le pays de Sélif et dans la N'u-
midie occidentale, les colonnes ont été faites exprès
pour les sanctuaires29, » ce qui peut s'expliquer par la
proximité des gisements du iMOJ'HMr numidicus30. Les
colonnades du vaisseau central supportent des arcades
par-dessus lesquelles se dresse un mur percé de fenêtres31
dont la hauteur ne rious est pas connue, aucun édifice
religieux d'Afrique ne nous ayant été conservé jusqu'au
faite. La toiture était en dos d'âne et en bois sur la net
centrale, des toits en pente abritaient les bas-côtés; ce-
pendant il est possible que quelques collatéraux aient
construction de la chapelle de Timjad (milieu du vu' siècle), od
ne peut citer que peu d'exemples de dérogation à cette règle.
Voir ces exceptions dans S. Gsell. op. cit.. t. n, p. 124. — **S.
Gsell, Monum. ant. de t Algérie, t. n. p. 194. — "Le mur
du rempart vient presque obstruer l'entrée de la basilique de
Sainte-Salsa. — "Ch. Diehl. Histoire de ta domination by-
zantine en Afrique, in*. Paris, 1S96, p. 424. — «• S. Gsell.
op. cit., t. n, p. 126, note 1. — "■'■ Ibid.. p. 125. note 4. —
"■'Ibid., p. 201 sq. — «• ibid.. p. 127. — "H, Journef, Ri-
chesse nihiérale de l'Algérie, in-4\ Paris, 18'iî>. p. 270 sq. —
;!1 Ecce videmus columnas quibus stmt superpoeiti parietee,
lit-on dans un sermon attribué à tort à saint Augustin, P. L.,
t. m. vi, col. 1003.
6G9
AFRIQUE (ARCHEOLOGIE DE V)
670
été surmontés de terrasses ' : on s'expliquerait plus faci-
lement alors un texte de Victor de Vite parlant d'une
église africaine assaillie par les Vandales et des fidèles
tués près de l'autel par les hérétiques qui, escaladant
les toits des bas-côtés, lancent leurs flèches par les fe-
nêtres de la nef : teela conscendunt et per fenestras
ecclcsise sagittas spargunt* ; ou bien, plus simplement
encore, ont-ils gravi les toits en pente douce et se sont-
ils juchés sur l'appui des fenêtres de la nef. Saint Optât
nous parle de l'église de Lemellef couverte en char-
pente et en tuiles, il s'agit de violences des donatistes
sous l'empereur Julien : Concurrerunt ad castellum
LerMellense : ubi cum contra importunitatem suam
vidèrent basiticam clausam, prsesentes jusserunt co-
mités suos, ut ascenderent culmina, midarent tecta,
jactarent tegulas : imperia eorum sine mora compléta
sunt; et cum allare defenderent diaconi catholici,
legulis plurimi cruentali sunt, duo occisi sunt 3. Le
plus souvent le peu d'épaisseur des murs imposait
l'adoption du toit en charpente, mais rien ne s'oppose à
ce que dans les édifices pourvus de murs très épais on
ait adopté un système de voûtes en blocage ou en tubes
d'argile; on n'en a aucun exemple en Algérie, au
contraire en Tunisie plusieurs églises étaient voûtées.
Dans quelques basiliques nous voyons introduire, posté-
rieurement à la construction, des tribunes sur les bas-
côtés; l'usage doit s'être introduit en Atrique vers le
Ve siècle car, à Tigzirt, cette disposition fait partie du
plan primitif de la construction, qui peut remonter au
Ve siècle4, tandis qu'à Tipasa, dans la basilique de
Sainte-Salsa8, et à Matifou 6 les tribunes datent du re-
maniement subi par ces édifices au Ve ou au vie siècle;
« l'aménagement de ces galeries nous échappe complè-
tement à Matifou et à Orléansville". » Dans ces deux
villes et à Tipasa les escaliers qui donnent accès à ces
tribunes sont placés à l'intérieur de l'édifice, à Tebessa
et à Tigzirt ils sont extérieurs, mais à Tigzirt il n'y en a
qu'un seul : il faut donc qu'une galerie courant le long
du mur de la façade ait relié les deux galeries collaté-
rales.
L'entrée principale est prise d'ordinaire dans la façade
et donne accès dans la nef principale; peut-être n'était-
elle ouverte qu'à certains jours où la foule était consi-
dérable, car elle est souvent flanquée de deux portes
s'ouvrant soit sur la nef comme à Morsott8, à Tigzirt9,
soit sur les bas-côtés comme à Henchir el Atech 10, à
Kherbet Bou Addoufen11, à Kherbet Guidra 12, à Te-
bessa 13. Il ne manque pas d'exemples où la porte d'en-
trée principale est remplacée ou suppléée par des portes
latérales; nous trouvons des portes latérales à Ain
Zirara 1-*, à Castiglione lr>, à Constantine )6, à Henchir
el Hammam '", à Matifou 18. Ces portes latérales con-
duisaient soit à l'extérieur, c'est le cas à Tipasa, soit
dans le baptistère, ainsi qu'à Matilou, soit dans quelque
annexe, comme à Tébessa. Ailleurs, à Djémila19, à
Khamissa 20, à Orléansville 21 (voir fig. 50), à Tigzirt 22,
l'entrée principale fait défaut, on pénètre dans l'église
par les baies latérales (fig. 119).
La lumière devait être distribuée en quantité suffisante
dans les édifices religieux par plusieurs rangées de fe-
nêtres. Les deux murs supérieurs de la nei en étaient
pourvus, ainsi que les murs des bas-côtés23. Dans l'église
de Sainte-Salsa, à Tipasa, ces lenêtres étaient placées à
2m65 au-dessus du 'sol et mesuraient en moyenne 0m60
de hauteur sur 0m53 de largeur. Toutes ces ouvertures,
aussi bien celles des bas-côtés que celles des murs supé-
1 Par exemple, dans la chapelle d'Alexandre, à Tipasa. — - Vic-
tor de Vite, Histuria persec. vandalicse, I, xni, P. L., t. lviii,
col. 194. — 3S. Optât, De schismate donatistarum,\. II, c. xviu,
P. L., t. XI, col. 969. — 'P. Gavault, Étude sur les ruines
romaines de Tigzirt, 1897, p. 62 sq. ; S. Gsell, Monum. antiq.
de l'Algérie, t. H, p. 296 sq. — » Ibid., p. 328. — « Ibid., p. 226.
— ''Ibid., p. 131. — »Ibid., p. 232. — • Ibid., p. 294. — *» Ibid.,
rieurs de la nef, étaient garnies de plaques de pierre
découpées à jour s'encastrant dans des feuillures. Plu-
119. — Chapelle de Tigzirt.
D'après S. Gsell, Monuments antiques de V Algérie.
t. m, p. 105, fig. 139.
sieurs débris de ces ajours ont été retrouvés, d'autres-
ont été relevés à Cherchel21.
V. Atrium. — L'existence d'une église imposait la
construction de plusieurs locaux et l'adoption de telles
dispositions consacrées qui se retrouvent généralement
partout, sauf les modifications de détails suivant les pays
et les coutumes locales. L'aménagement d'un emplace-
ment qui, sous le nom de narthex ou d'atrium, servait
comme de vestibule à l'église remonte aux premiers
essais de l'architecture religieuse du christianisme. En
Afrique, ['atrium paraît assez rare; on ne le trouve avec
certitude qu'à Tébessa et à Henchir Tikoubaï. Dans cette
dernière, Vatrium consiste en une grande cour carrée
entourée d'un quadruple portique de douze colonnes25
(fig- -120).
A Tébessa (voir fig. 13), Vatrium était également une
cour carrée bordée de portiques que soutenaient des
colonnes prises à des édifices anciens et oflrant quelque
bigarrure de style: bases, fûts et chapiteaux diffèrent de
hauteur, de style, de forme. Chaque entre-colonnement
est occupé par une base attique en pierre, dont le socle
très élevé servait sans doute à porter soit un vase, soit
un objet d'ornement; cette disposition est omise dans
l'axe des deux portes principales de l'atrium et de la
p. 171. — "Ibid., p. 184. — ^Ibid., p. 206. — "Ibid. p. 268,
289. Peut-être aussi à Henchir Mechta Si Salah et à Sériana. —
"Ibid., p. 161. — "Ibid., p. 187. — )0 Ibid., p. 193. — " Ibid.,
p. 210. — >*Ibid., p. 225. — ,9 Ibid., p. 195. — *aIbid., p. 215.
— " Ibid., p. 238. — e2 Ibid., p. 305. — -3 A Taoura, ci. S. Gsell,
ibid., p. 264 ; à Tipasa, ibid., p. 329. — " Ibid., p. 190. — "Ibid.,
p. 307.
671
AFRIQUE (ARCHÉOLOGIE DE L')
G72
basilique. L'atrium de Tébessa offrait au centre une
vasque ou grande cuve monolithe de 2m25 de côté et de
il m
Si
sus
120. — Atrium d'Henchir Tikoubaï.
'D'après S. Gsell, Monuments antiques de f Algérie,
t. il, p. 307, flg. 141.
0m70 de hauteur, servant aux ablutions des fidèles; la
cuvolte a la forme d'un trèfle à quatre feuilles, une grille
l'entourait; on voit encore le conduit qui permettait de
la vider, mais il n'y a pas de conduit pour amener l'eau:
il fallait remplir la vasque à la main1. On a retrouvé à
Zoui (région des Kenchela2) une petite vasque servant
sans doute au même usage, et à Djémila 3 le rebord
sculpté d'un objet semblable; on y voit représentés
Daniel parmi les lions, deux scènes du déluge et un pas-
teur gardant son troupeau.
VI. Portique et vestibule. — L'atrium est parfois
remplacé par un simple portique régnant sur la façade
et dont le toit incliné était soutenu par des piliers ou par
des colonnes. A Aïn-Tamda, région d'Aumale, ce por-
tique mesure en proiondeur 3m80; à El-Hamiet, région
deSétif (fig. l'il), la proiondeur du portique est de 2m20 et
*
J
Q
□
121. — Portique et vestibule d'El-Hamlet
D'après S. Gsell, Monuments antiques de l'Algérie,
t. il, p. 209, flg. 125.
en avant de celui-ci se trouvait un vestibule rectangulaire,
profond de 7m60, large de 7ro30, constitué par deux
murs latéraux pleins et deux piliers alignés sur le front
à l'extrémité des murs.
On retrouve un portique à Timedou, région du Hodna,
et à Saintc-Salsa de Tipasa, mais on n'a trouvé que sous
le portique de Bénian la trace de quelques ensevelisse-
«S. Gsell, Monum. antiq. de l'Algérie, t. H, p. 2CS. — "Ibid..
p. 341. — *!bid., p. 197. — * Ibid., p. 176. — »/Jnd., p. 135,
note 4. — * On trouve aussi des églises entourées d'une enceinte
défensive de basse époque, à Tébcssa, à Henchir el Begueur, à
ments: les épitaphes d'un diacre et d'un évêque y ont
été relevées4. Ailleurs, lé portique était remplacé par un
vestibule clos de murs; nous rencontrons ces construc-
tions dans un très grand nombre d'églises 5; dans la plu-
part des cas les vestibules n'ont qu'une seule porte : on
en signale deux à Morsott, et trois à Kherbet Guidra;
tantôt l'entrée était de face, tantôt latérale. Il est pos-
sible qu'une pensée belliqueuse ait inspiré cette dispo-
sition. Le vestibule ainsi fermé présentait une première
ligne de défense qui pouvait suffire, devant des assail-
lants peu nombreux ou peu résolus, à protéger la basi-
lique. Nous voyons à Morsott un vestibule divisé en trois
122. — Vestibule de Morsott.
D'après S. Gsell, Monuments antiques de VAlgérie,
t. Il, p. 232, fig. 130.
salles, et l'on se demande si les salles de droite et
de gauche ne seraient pas les bases de deux tourelles
(fig. 122).
A Lambèse nous avons, semble-t-il, une disposition
plus caractéristique encore, ce qu'en termes de po-
liorcétique on nomme une « crémaillère »6 Voir
fig. 139.
Nous trouvons à Sidi Embarek, à l'ouest de Sétif, le
type plus commun du vestibule fermé. Celui-ci abrite le
porche et forme un réduit rectangulaire de 4m25 de lar-
geur sur 2m70 de protondeur (fig. 123).
123. — Vestibule de Sidi-Embarek.
D'après S. Gsell, Monuments antiques de l'Algérie,
t. il, p. 257, fig. 133.
VII. PrESBYTBRIUU. — Le rang accordé au clergé dans
la hiérarchie chrétienne et plus encore le rôle qu'il jouait
dans l'accomplissement des rites invitaient à le séparer
du peuple et à le grouper le plus près possible de l'au-
Icl ; dés lors une partie de l'église lui fut attribuée excln-
Bivemenl et reçu! le nom de presbyterium. C'est le plus
souvent la portion extrême du rectangle formé par
les murs de l'église. Dans quelques édifices on s'en est
tenu là, par exemple à Henchir elAtech où l'on a di
un mur à 4 mètres en avant du fond de la chapelle : la
>allc ainsi formée communique avec la partie destinée
au peuple, quadratum populi, par une baie large de
■1 "::<)". Une petite chapelle de Timgad, datant de la fin
de l'époque byzantine (vue siècle environ), nous offre
un bon spécimen de la disposition dont nous parlons
(fig. 124).
Une partie de la restitution de ce plan est conjecto-
Kl Ksour lues de Tébessa. A Bénian l'enceinte était peut-én
lei'icui e a la construction de l'édifice. S. Gsell, op. cit., t. u, p. 149.
— 'S. Gsoll, liecherches archéologiques en Algérie, in-8*, Paria,
1893, p. 806, fig. 50.
673
AFRIQUE (ARCHÉOLOGIE DE L')
674
raie1. En ce qui nous concerne, le presby terium est
complet; c'est une salle rectangulaire dans laquelle De-
lamare découvrit dans l'angle nord une petite caisse
faite en tuiles renfermant beaucoup d'ossements dispo-
124. — Presbyterium de Tin gad.
D'après S. Gsell, Monuments antiques de l'Algérie,
t. il, p. 315, flg. 146.
ses par lits avec ordre; il est possible que ces ossements
soient ceux des martyrs sur lesquels reposait l'autel, les
chrétiens après les avoir retirés de leur place connue les
auront cachés dans ce coin afin de les soustraire à la
profanation. Voir G dans le plan (fig. 124).
La disposition que nous venons de signaler est excep-
tionnelle; ordinairement le presby terium n'est séparé de
la nef par aucun obstacle; il affecte des lignes très di-
verses, tantôt carré ou rectangulaire comme à Henchir
A.ourir (région de Batna2), à Henchir el Azreg, au nord
de î'Aurès3, à Henchir el Beïda*, à Henchir bou Takre-
matène5 et dans bien d'autres localités6. « Il faut ajouter
que, dans certains édifices, une abside semi-circulaire
peut avoir été établie à l'intérieur du cadre carré; cons-
12ô. — Abside presbyterium de Biar el Kherba.
D'après S. Gsell, Monuments antiques de l'Algérie,
t. il, p. 180, fig. 119.
truite en matériaux plus légers que le cadre, elle n'au-
rait laissé aucune trace7. »
VIII. Abside. —On trouveaussi l'abside, mais elle prend
une forme spéciale. Nous voyons s'avancer deux murs
latéraux et, au moment de fermer le sommet du paral-
<S. Gsell, Monuments antiq. de l'Algérie, in-8-, Paris, 1901,
t. n, p. 315 sq. La porte prise dans le latéral gauche est récente,
l'entrée primitive n'est pas encore reconnue. — «Graillot et
S. Gsell, dans les Mélang. d'arch. et d'hist., 1894, t. xiv, p. 553.
— 3 Ibid., p. 47, fig. 12 ; J. X. Kraus, Geschichte der christlichen
Kunst, in-4% Freiburg, 1895, t. i, p. 275, fig. 214. — «Graillotet
S. Gsell, dans les Mélang. d'arch. et d'hist., 1894, t. xjv, p. 64-
DICT. D'ARCH. CHRÉT.
lélogramme, la ligne droite s'infléchit et se courbe de
manière à former un espace arrondi. Ces sortes d'ab-
sides peuvent être très profondes, comme l'exige d'ailleurs
leur destination de presbyterium. A Aïn Tamda (région
d'Aumale)nous trouvons une abside profonde de 6 mètres8 ;
à Biar el Kherba (fig. 125), entre Sétif et Batna, 7">2fJ9;
à Henchir el Hammam, au sud de Guelma, 5m30; ces
absides et d'autres en assez grand nombre1 "ne sont pas
flanquées d'une sacristie, quoique cette dernière disposi-
tion soit plus commune; nous la trouvons à Henchir bou
Takrematène11, à Kherbet Fraïm12,à Henchir Mafouna.
126. — Abside presbyterium flanquée de sacristies à Henchir el
Atech. D'après S. Gsell, Monuments antiques de l'Algérie,
t. n, p. 171, fig. 116.
à l'ouest de Batna13; à Timedout, région du Hodnau.
Avec deux sacristies nous pouvons citer la basilique
d'Henchir el Atech (fig. 126), entre Sétif et Batna15; à
Henchir el Azreg, au nord de l'Aurés16; à Kherbet bou
Addoufen17 et dans plus de vingt autres édifices18. On
trouve aussi des absides enfermées dans un cadre recti-
ligne; ce type, qui se rencontre en Afrique dès le temps
du Haut-Empire, n'y aura pas de déclin: on le retrouve
dans les dernières constructions byzantines, mais alors
il pouvait n'être que l'effet de la précipitation et de
l'inhabileté. Ces sortes d'absides sont, comme celles que
nous avons déjà énumérées, parfois isolées, et c'est le cas
127. — Abside d'Announa.
D'après S. Gsell, Monuments antiques de l'Algérie,
t. H, p. 166, fig. 114.
à Announa (fig. 127): cette abside est partie en blocage,
partie en pierres de taille mal ajustées; elle est voûtée
en cul-de-four et surélevée de 0m31, on y monte par
une marche. La baie est de 3m70, tandis que le diamètre
de la salle est de 5 mètres; on y voit encore cinq gradins
65. — « Ibid., p. 578, fig. 30. — « S. Gsell, Monum. antiq. de
l'Algérie, in-8-, Paris, 1901, t. H, p. 137, note 2. — ' Ibid. —
*Ibid., p. 161. — 'Ibid., p. 179. — <» Ibid, p. 137, n. 4. — " Ibid.,
p. 186. — « Ibid., p. 197. — •» Ibid., p. 221. — " Ibid., p. 308. -
"Ibid., p. 171. — "Ibid., p. 172. — "Ibid., p. 184. — *» Ibid.,
p. 137, note 4, et, pour ce qui a trait généralement aux sacristies,
ibid., t. n, p. 141-142. (Voy. Sacristie.)
I. -22
675
AFRIQUE (ARCHÉOLOGIE DE L')
676
de pierre disposés en amphithéâtre, les quatre premiers
ont une hauteur de 0m20, le cinquième est haut deOm41.
Une interruption dans le quatrième degré marque la
place d'un bloc quadrangulaire qui supportait la chaire
épiscopale1. On trouve un autre exemple d'abside en-
cadrée et isolée à Guelma2. A Timgad, une petite cha-
pelle située à 60 mètres environ au sud-ouest du Capi-
tale offre une abside semblable, mais flanquée d'une
sacristie3; à Bénian nous trouvons deux sacristies4, à
Gouéa6, à Khamissa6 également; enfin à Morsott
nous voyons une abside flanquée de quatre sacristies7.
Signalons enfin les absides à pans coupés, si rares
qu'elles n'ont droit qu'à une rapide mention. A Cirta,
une chapelle byzantine n'a de pans coupés qu'à l'exté-
rieur8; à Tigzirt, le mur est pentagonal au dedans
comme au dehors (fig. 119). Nous trouvons pendant la
période byzantine l'église du Dar-el-Kous, au Kef (Tu-
nisie) (fig. 128): l'abside présente une disposition parti-
•128. — Le Dar-el-Kous, au Kef.
D'après Ch. Dielil, L'Afrique byzantine, p. 424, fig. 69.
culière avec ses cinq niches demi-circulaires accostées
par des colonnes: « ces niches ne sont pas arrêtées dans
leur partie supérieure par une arcade et une voûte en
cul-de-four, mais la voûte demi-sphérique qui forme
l'abside, au lieu d'être une surface continue, est une
coupole à côtes creuses dont chaque côté, à la naissance
delà coupole, a pour section le plan de la niche. Cette
disposition d'abside est absolument analogue aux voù-
* S. Gsell, Monum. antiq. de l'Algérie, p. 169. — - Ihid.,
p. 201; Grellois, dans les Mémoires de l'Académie de Metz,
1851-1852, t. xxxiii, 1" partie, p. 282. — 3S. Gsell, Monum. an-
tiq. de l'Algérie, t. il, p. 313, fig. 145. — * Ibid., p. 176, fig. 117.
— *lbid., p. 19<J, fig. 122. — »Ibid., p. ?1F, 3g. 127. — Vbid.,
p. 232, fig. 130. — * Ibid., p. 193. — » H. Saladi'n, Rapport sur une
mission en Tunisie, dans les Archives des missions scioiti-
fiques, 1887, III' série, t. xm, p. 206-207. Cl. S. Gsell. Édifices
chrétiens d'Ammaedera dans Atti del II' congresso interna-
zionale di arch. crist., in-4\ Roma, 1902, p. 232, fig. 3. — '• Car-
ton, Découvertes archéologiques et épigraphiques faites en Tu-
nisie, ro-8", Paris. 1895, p. 281-284. — " S. Gsell, Recherches
tes de certaines petites églises de Constantinople, voûtes
en coupoles à côtes reposant sur un tambour à côtes.
Ici, c'est une semblable disposition; mais, au lieu d'avoir
un tambour à côtes et une coupole soutenus par des
pendentifs, nous avons la moitié seulement de ce motif
appliqué à une abside9. » A Sidi-Abdallah-Melliti nous
trouvons un exemple de coupole sur pendentifs 10. On
peut rattacher à ce système architectonique, au moins
comme inspiration, les chapelles tréflées adaptées dans
la suite en absides trichores, comme c'est le cas à Kher-
bet el Addoufen, lorsque la chapelle primitive reçut l'ad-
dition d'un édifice à trois nefs auquel elle servit désor-
mais de presbijleriumli. Le goût des absidioles a laissé
sa trace à Matifou, dans la basilique reconstruite à l'épo-
que byzantine; on traça alors des lobes sur l'ancienne
abside et ces absidioles furent ornées de mosaïques re-
présentant des conques12. L'abside était ordinairement
voûtée en cul-de-four: on n'a pas d'exemple de l'emploi
d'une toiture; on accédait au presbyterium ou à l'abside
par un escalier unique, comme à Kherbet Guidra13, à
Lambèse '*, à Ouled-Alga 15, à Sidi Mabrouk 16 ; ou bien par
deux petits escaliers disposés à droite et à gauche de la
baie, comme à Bénian11, à Matifou18, à Morsott19, et
dans plusieurs autres églises. « Une colonnade simple20
ou double21, formant un heureux motif de décoration,
barrait quelquefois le devant du presbyterium ; les co-
lonnes étaient surmontées soit d'une série d'arcades,
soit probablement d'une architrave. Ailleurs, l'ouverture
était rétrécie par des murs ou peut-être simplement par
des murettes basses 22; on a aussi constaté à cette place
l'existence de barrières ou de grilles 23. L'abside était
éclairée par les baies prises dans le reste de l'église :
on n'a pas de preuves de l'existence de fenêtres dans
l'abside, mais on a la preuve de leur non-existence à
Announa (fig. 127), et à Sainte-Salsa de Tipasa. On trouve
des contre-absides sur le côté qui fait face au presbyte-
rium dans les églises de Matifou2*, Orléansville25
(fig. 50) et la chapelle d'Alexandre à Tipasa (fig. 118) 26.
Toutes trois sont des additions au plan primitil; elles
pourraient dater, à Tipasa, du début du îv siècle; à Or-
léansville, de l'an 475; à Matitou, de la période byzan-
tine; on y avait inhumé des personnages signalés.
IX. Édifices a une seule nef. — Les édifices à une
seule nef ont généralement peu d'importance, sauf à Bir
ben Zireg, entre Sétif et Batna, dont la longueur est de
23m30 et la largeur 6m862", à El-Ksour, au nord-ouest
de Tébessa, qui mesure 20m40 sur 7m2528, à Henchir
Tabia, au nord de l'Aurès, dont les dimensions sont: en
longueur 30 mètres, en largeur 8 mètres29. Ce-- édi!
sont rectangulaires et pourvus d'une abside sur l'un des
petits côtés; la construction n'offre aucune particularité
notable30; l'entrée n'est prise sur les murs latéraux que
toui à lait exceptionnellement, par exemple à Announa,
à Henchir Guesseria.
X. Chapelles tréflées. — Les chapelles I reliées ne
diffèrent guère des cellx trichorx dont nous avons
parlé ailleurs. Yoy. Abside, col. 186. A Agueinmouni
Oubekkar, en kabylie, nous nous trouvons probablement
dans une memoria (fig. 129). L'édilice est élevé au som-
met d'un mamelon, la terrasse sur laquelle il est bâti
est bordée au nord, à l'est et à l'ouest par une ligne de
archcol. en Algérie, in-S', Paris, 1893, p. 179, 18 1-184, i .. 25. —
''S. Gsell, Monuments antiques de l'Algérie, in-8*. !
t. il, p. 226, fig. 129. — "Ibid., p. 208, sur* 98. —
14 Ibid., p. 219. — "Ibid., p. 244. — »• Ibid.. p. 259, surélévation
0-40. — "Ibid., p. 177, surélévation 1*50, hauteur anormal
cessitée par l'existence de la crypte. — "Ibid.. p. 223, sm
ti.iii 0"95. — '■' Uni., p. 233. surélévation 1 mètre. — " A Bénian
et à Tigzirt. — :| A Tigzirt dans la grande basilique. — "A Ain
Tanida, à Announa, à Guesseria, à Henchir Seflan. — îJS. Gseï
cit., t. Il, p. 140. — » Ibid.. p. 224. — " Ibid., p. 23S. — - l
• — *: Ibid., p. 181. — «• Ibid., p. 217. — » Ibid., p.
— "Ibid., p. 151 sa..
677
AFRIQUE (ARCHÉOLOGIE DE L')
678
blocs non taillés. La chapelle mesure en longueur 6m50, en
largeur 5m60 dans sa partie rectangulaire, sur trois faces
de laquelle ont été bâties des absides. Au centre se
trouve une sépulture recouverte d'un carrelage et en-
tourée de quatre colonnes1.
D3rKXStjCSG&
129. — Chapelle tréflée d\Aguemounni Oubekkar.
D'après S. Gsell, Monum. ont. de l'Algérie, t. )i, p. 158, fig. 113.
XI. Influences subies par l'architecture religieuse
en Afrique. — L'époque la plus favorable aux construc-
tions monumentales en Afrique fut celle des Antonins
et des empereurs syriens (96-235 apr. .T.-C), pendant
laquelle l'architecture ne laisse pas de montrer une
certaine indépendance des traditions romaines et la
sculpture fait preuve d'une habileté technique très réelle,
ainsi qu'on peut s'en convaincre par l'étude des chapi-
teaux des temples de Sbeïtla, des softites des architraves
et des corniches de ces temples et des mêmes parties
dans l'arc de Septime Sévère à Haïdra. La période
d'un siècle environ, d'Alexandre Sévère à Constantin
(225-323), nous faitassister à une décadence rapide suivie
d'une renaissance artistique coïncidant avec l'établisse-
ment officiel du christianisme dans l'empire2. « Les
monuments élevés pendant cette période, [dite] période
latine, sont remarquables par l'emploi traditionnel des
formes de l'architecture classique, joint à un soin
extrême dans l'appareil des constructions3. » Cette
renaissance est brusquement interrompue par l'invasion
vandale (420) qui entraîne une misère matérielle et une
pénurie d'artistes et d'ouvriers romains telle que « les
monuments de cette époque nous offrent, avec de nom-
breuses réminiscences classiques dues à l'influence des
monuments encore debout ou des fragments existants,
un art d'un caractère tout particulier qui, par certaines
interprétations de l'ornementation végétale ou conven-
tionnelle, offre plus d'une analogie avec nos monuments
mérovingiens ou romans » 4. Malgré les nombreuses
attaches de l'Église d'Afrique avec Rome, dit M. Gsell,
les édifices religieux n'ont pas été copiés sur ceux de la
capitale du monde latin, où l'en trouve des transepts et,
plus fréquemment encore, des alria, où les absides ne
sont pas enfermées dans des cadres, où les sacristies
flanquant l'abside sont l'exception de même que les ves-
tibules clos par des murs. Les monuments chrétiens de
1 S. Gsell, op. cit., t. n, p. 158; de Vigneral, Ruines romaines
delà Kàbylie duDjurdura, in-8% Paris, 1SB8, p. 89, pi. xiv, fig. 1.
— 'Voyez particulièrement les monuments chrétiens de Haïdra et
Henchir-Goubeul ; H. Saladin, Rapport de i 882-85, dans les Archiv.
des miss, scient., 1887, p. 223. — 3H. Saladin, Rapport de 1885,
dans les Nouv. archiv. des miss, scient., t. n, 1892, p. 379. —
4H. Saladin, loc. cit., p. 379. « Crypte de Jouarre. J. Gailhabaud,
L'architecture du vi' au xvr siècle, in-4% Paris, 1850-1858, t. ni.
Comparer aussi le chapiteau mérovingien provenant de l'église
Saint-Vincent (actuellement Saint-Germain-des-Prés) qui est au
musée chrétien du Louvre, avec celui dessiné à Bir-Oum-Ali. H. Sa-
ladin, Rapport de i882-83, dans les Archiv. des miss, scient.,
1887, Bg. 266. » — B H. Saladin, loc. cit., n. 541 sq. — 6 S. Gsell,
Monum. antiq. de l'Algérie, in-8% Paris, 1901, t. n, p. 120. —
l'Afrique du Nord ressemblent beaucoup plus à ceux de
la Syrie et de l'Egypte qu'à ceux de Rome.
La période byzantine (depuis 533) substitua dans tous
les centres de population un peu importants le goût
oriental à celui qui avait inspiré les écoles indigènes. A
cette époque se rattachent un certain nombre de cons-
tructions et surtout une grande quantité de chapiteaux
sculptés. Ce qui est arrivé jusqu'à nous a échappe à la
dévastation systématique exercée par les Berbères et à
l'invasion des Arabes.
Les investigations faites en Tunisie tendent à « confir-
mer, dit H. Saladin, la réalité de la conception que nous
nous étions faite de l'évolution de l'art architectural à la
lin de l'Empire romain. Au moment où le christianisme
fut officiellement reconnu, les traditions d'art dans l'Em-
pire romain s'étaient unifiées et codifiées depuis long-
temps. Les mêmes exigences du nouveau culte agirent
de la même façon sur les éléments essentiels des tradi-
tions architecturales, et de l'unité des programmes et de
leurs exigences partout les mêmes, naquirent un certain
nombre de types d'édifices qui formèrent en quelque
sorte un patrimoine commun dans lequel tous les archi-
tectes chrétiens puisèrent leurs inspirations. Aux pays
pauvres en bois de construction, les voûtes en briques
ou en poterie triomphèrent des autres formes. Dans
les contrées aux grands matériaux les voûtes d'appa-
reil, les grands berceaux, ou les arcs supportant
des dallages furent les éléments constitutifs de l'école
si ingénieuse du Haouràn. Partout enfin où le bois
existait encore en quantité suffisante, la basilique per-
sista avec ses nefs terminées par des absides plus ou
moins riches. C'est généralement le cas en Tunisie, à
l'époque antérieure à la conquête musulmane » s. Il faut
ici distinguer entre la Tunisie et l'Algérie. Le vaste
territoire de la Numidie et des Maurétanies n'a, semble-
t-il, jamais connu le type basilical byzantin à coupole
centrale, aucun exemple jusqu'à ce jour n'en peut être
cité G et ceci s'accorde assez bien avec ce que nous savons
des difficultés que rencontra à s'étendre l'administration
byzantine qui, en dehors de son établissement dans la
Proconsuiaire, ne posséda jamais qu'une étroite bande
de terre le long du littoral méditerranéen. La Tunisie
posséda au contraire quelques belles églises byzantines.
« Dès le premier tiers du vie siècle, la fin de la persé-
cution vandale avait amené en Afrique un grand mou-
vement de constructions religieuses 7 ; la conquête
byzantine donna à ce mouvement un nouvel essor3. »
Aujourd'hui encore, il est aisé de retrouver un peu par-
tout les traces de cette activité due principalement à
l'impulsion de l'empereur .lustinien. A Cartilage, il fit
bâtir les basiliques de Sainte-Prirne et de la Théotokos,
tandis qu'on remaniait et ornait d'après le goût du temps
la basilique plus ancienne de Damous-el-Karita9. Pro-
cope rapporte que l'empereur fît élever à Leptis Magna,
en Tripolitaine, cinq églises, dont une fut dédiée à la
Théotokos10 ; une autre à Septem11, une à Sabra ta12. A Thé-
lepte 13, à Kasrin u. à Haïdra 13, on a relevé des débris ou
bien signalé d'anciens édifiées chrétiens. « A Bordj-
Massaoudi (Thacia), un chapiteau et de beaux fragments
de sculpture ont été retrouvés, appartenant évidemment
1 De Rossi, La capsella argentea africana, in-fol., Pioma, 1889,
p. 12, 13-14, 32; cf. Corp. inscr. lat., t vin, n. 10706, 17609;
Bull, di arch. crist., 1878, p. 12, 14 sq. — «C. Diehl, L'Afrique
byzantine, in-8% Paris, 1896, p. 420; R. de la JBlanchOre, dan*
les Archiv. des miss, scienlif., 1883, p. 84. — 9 Bull. arch. du
Comité des trav. hist., 1886, p. 224-237 ; A. Delattre, Archéolo-
gie chrétienne à Carthage, in-S', Paris, 1886, p. 15-16; P.
Gauckler, L'archéologie de la Tunisie, in-8% Paris, 1876,
p. 48-49. — "Procope, De xdiftciis, in-8% Bonn, 1833-1838,
p. 336. — " Ibid., p. 343. — 1! Ibid., p. 337. — 13C. Diehl, Rap-
port sur deux missions dans l'Afrique du Nord, dans les Nouv.
arch. desmiss, scient., t. IV, p. 342 sq, — "H. Saladin, Rapport
sur une mission en Tunisie, dans les Archiv. des miss, scient.,
1887, IIP série, t. xm, p. 160. — "Ibid., p. 174-175.
679
AFRIQUE (ARCHÉOLOGIE DE L')
680
à un monumer.t religieux de l'époque byzantine1; de
même à la Kessera 2, à lladjeb-el-Aioun au sud-ouest
de Kairouan, à Bou-Ficha, à Lorbeuss3, à Henchir-
Maatria4, à Sidi-Abdallah-Melliti5, à Tabarka6, des
inscriptions ou des ruines attestent la construction
d'édifices sacrés datant du temps de Justinien. En Numi-
die, Thibilis (Announa) a une curieuse église 1 ; à Timgad,
une chapelle s'élève au milieu de l'enceinte de la forte-
resse byzantine 8 ; Bagaï conserve les débris d'une
église et des fragments de sculpture appartenant au
vie siècle 9. Ailleurs, à El-Hassi, près d'Aïn-Beida, à
Guelma, à Testour, des édifices religieux s'élèvent pour
abriter les reliques des martyrs10; et jusque dans les
villages perdus dans les déchirures du plateau des
Nememchas, à Aîn Ghorab, à Aïn-Seggar, à Aïn-Sultan ",
ailleurs encore12, des inscriptions ou des monuments
nous prouvent l'ardeur qu'apportèrent les fidèles à res-
taurer ou à bâtir les sanctuaires de leur religion. Le
même zèle se retrouve dans les rares cités que Byzance
occupait sur les côtes de la Maurétanie césarienne; la
basilique de Sainte-Salsa, à Tipasa13, parait avoir été
reconstruite à l'époque de la domination grecque 14.
Ces édifices ont presque tous conservé intacte l'in-
fluence latine dans leur plan général, mais les modes
byzantines se font jour dans la disposition de l'abside.
Dans les basiliques de Haïdra et de Dar-el-Kous au Kef
nous voyons une abside dans laquelle des niches ont été
creusées15. Une inscription gravée sur un cippe trouvé
non loin de l'emplacement d'un ancien édifice chrétien
nous donne quelques utiles détails sur la construction de
l'église de Henchir Zerdan dont les frais avaient été
supportés par les cotisations des fidèles des bourgades
environnantes :
VENVSIANENSES
INITIAVERVNT
wmm^ VCRIONENSES
5 colvwinas-v.de
derunt cvzabe
tenses dede
rvnt colvm
nas • m • o m n e s
10 apsida stra
vervnt p l v s
cvzabe te ses
ornavervntro
gatvs presbiter
15 et emilivs zacon
edificavervnt
/£o[.<>'/7(icam)??] no[vam?] Venusiasenses initiave-
runt ; [M ?]ucrionenses columnas V dederunt; Guzabc-
* H. Saladin, ibid., p. 211-212, et 2* Rapport sur une mission
en Tunisie, dans les Nouv. archiv. des miss., t. I, 1897, p. 552-
553.— *Corp. inscr. lat., t. vin, n. 706; L;. Duchesne, dans R. de
la Blanchère, Collections du musée Alaoui, in-4*, Paris, 1890,
t. h c. iv. — * Bull. arch. du Comité des trav. hist., 1884, p. 160.
— * Archives des missions scient., t. xrv, p. 97. — "Carton, Dé-
couvertes archéol. et épigr. faites en Tunisie, in-8\ Paris, 1895,
p. 281-284. — 6 Archiv. des missions scient., t. ix, p. 162, 167.
— ' Bull. arch. du Comité des trav. hist., 1892, p. 521 ; C. Dichl,
Rapport sur deux miss., dans les Nouv. arch. des miss,
scient., t. IV, p. 368-370. — "A. Ballu, Rapport sur les travaux
de fouilles et consolidation des ruines de Timgad, dans le Jour-
nal officiel, du 4 juin 1896, p. 3123. — »G. Diehl, Rapport, lor.
Cit., p. 322-323. — "Corp. inscrip. lat., t. vm, n. 18656, 14902;
L. Duchesne, dans le Bull, de la Soc. des antiq. de France,
1893, p. 238-241. Cf. De Rossi, La capsella argentea africana,
in-fol., Roma, 1889, p. 16, 31; Bull. arch. du Comité des trav.
hist., 1889, p. 136-137. — "De Rossi, Bull, di arch. cn.it..
1878, p. 19-20, 22-24, 117. — 1! Duchesne, loc. cit.; Corp.
inscr. lat., t. vm, n. 10642. — "Comptes rendus de l'Acad.
des inscr., 1892, p. 246-247; S. Gsell, Recherclies archéol. en
Algérie, in-«*, Paris, 1893, p. 66-72. — "C. Diehl, L'Afrique by-
CCtnCNM, in-8% Paris, 1896, p. 422 sq. — ,BH. Saladin, Rapport,
daus les Archiv. de» miss, scient-, 1887, IIP série, t. xin, p. 206-
tenses dederunt columnas VI; omncs apsida straverunt;
plus Gîizabete(n)ses ornaverunt ; Rogatus presbiler et
(A)cmilius zacon[us) (a)edificaverunt 16 .
XII. Vestiges dans les constructions arabes. — A
ce que les textes et les monuments nous apprennent sur
l'architecture romaine et byzantine en Afrique17, il faut
ajouter les renseignements que nous pouvons tirer des
habitudes séculaires des Arabes de cette contrée ; ceux-
ci ont en effet construit un assez grand nombre d'ou-
vrages d'après les procédés qu'ils ont vus en usage et on
retrouve jusque dans leurs mosquées le type lointain
des basiliques 18. 11 faut en outre tenir compte des désaf-
fectations de basiliques chrétiennes dont la mosquée de
Lorbeuss (Tunisie) offre un exemple. Il ne subsiste de
l'édifice chrétien que quelques murs et les constructions
souterraines19. Le long de la cote orientale, à Sfax, à
Mahedia, à Lamta, à Monaslir, surtout à Sousse, les ves-
tiges de monuments chrétiens sont partout employés
dans les constructions arabes, « des colonnes de marbre,
des consoles, des chapiteaux d'un pur style byzantin,
d'un travail et d'une conservation admirables, qui pro-
viennent sans nul doute des édifices chrétiens du
vie siècle 20. Parfois même, dans quelque mosquée, dans
quelque bâtisse musulmane, se cachent des restes mieux
conservés encore de quelque ancienne église; à Sousse,
au milieu des souks, on voit ainsi une petite chapelle
couverte d'une coupole à côtes creuses portée sur un
plan carré; quatre niches en cul-de-lour occupent les
angles et l'ensemble paraît bien dater de l'époque grecque.
Dans l'intérieur du pays, les ruines des grandes villes nous
ont également conservé quelques monuments de cette
période 21. » Nous possédons une liste arabe, datée proba-
blement du xvie siècle et citant les endroits vénérés du
Djebel Nefousa 22. C'est, dit l'éditeur, « une sorte de guide
des pèlerins qui s'y rendent pour visiter les oratoires,
les sanctuaires, les mosquées et les lieux consacrés par
le souvenir d'un saint. Il rappelle, par sa composition,
les listes composées au commencement du moyen âge
pour les pèlerins chrétiens qui allaient visiter la Pales-
tine : l'Itinéraire de Bordeaux à Jérusalem, le De locis
sanctis de Paula et d'Eustochium, la Relation d'Arculphe,
l'Itinéraire de Willibald, etc. On remarquera que dans
cette énumération, un certain nombre d'endroits por-
tent encore le nom d'église (à^t^'xS) ; il s'agit évi-
demment d'anciennes églises transformées en mosquées
et où une exploration archéologique aurait chance de
faire des trouvailles : la tradition rapporte d'ailleurs que
les Nefousa étaient chrétiens ■*. » Ces sanctuaires, dési-
gnés sous le nom d'églises, sont au nombre de huit :
n. 16, Forsatà; n. 31, El Djezirah; n. 44, Boghtourah;
n. 48, Tin Betin; n. 50, Ar'erem en Imân devant
207. Sur cette basilique de Dar-el-Kous, cf. Coynptes rendus
de l'Acad. des inscr., 1896, p. 588 ;Giudicelli, .Foui/tes pratiquas
dans la basilique de Dar-el-Kous, au Kef, in-8% Tunis, 1897;
P. Gauckler, L'archéologie de la Tunisie, in-8*, 1896, p. 49;
Revue générale des sciences, 30 novembre 1896, p. 967; Sala-
din. dans les Nouvelles archiv. des miss, scient., t. n, p. 556-
558; C. Diehl, L'Afrique byzantine, in-8*, Paris, 1896, p. 422
sq. — «"GraillotetS. Gsell, dans les Mélang. d'archéol. et d'Itist.,
1894, t. xiv, p. 24, n. 78; Toulotte, Géographie de l'Afrique
chrét. : Numidie, in-8', Montreuil-sur-Mer, 1892. p. 151; S. Gsell,
Monum. antiq. de l'Algérie, in-8*, Paris, 1901, t. Il, p. 341. —
11 Carton, Les caractères de l'architecture de l'Afrique romaine,
mémoire lu au congrès archéologique de Tournai, 1896. — '• Sala-
din, dans ['Association franc aise pour l'avancement des sciences,
Tunis, 1896, t. n, p. 799. — "Bull, archéol. du comité des tra-
vaux historiques et scientifiques, 18S4, p. 160. — "Saladin, Rap-
port sur une mission en Tunisie, dans les Archives des miss,
scient., 1887, IIP série, t. xm, p. 4, 10. _1 , 29-81, 224. — *' C. Diehl,
L'Afrique byzantine, in-8*, Paris, 1896, p. 421; et. C. Diehl, Rap-
portsur deux missions dans l'Afrique du Nord, dans les Xou-
vell. archiv. des miss, scient., t. iv, p. 342-343. — " R. Basset)
actuaires du djebel Nefousa, dans le Journal asiatique,
1899, IX- série, t. xm, p. 423 sq. ; t. xiv, p. 88-120. — " R. Basset,
lue. cit., t. xm, p. 426.
681
AFRIQUE (ARCHÉOLOGIE DE V)
682
Abdilân; n. 58, Temezda; n. 76, Taoukit; n. 94, Masin.
L'une de ces églises, celle du Ksar de Temezda (district
deFosato), est appelée Tahouarit-Tomokrant, c'est-à-dire
la « grande mosquée apostolique ». « On y voit, dit un
auteur berbère, des piliers portant des inscriptions
incompréhensibles et les t'olba racontent qu'elles sont
dues à des populations païennes antérieures à Moham-
med '. » Deux autres églises de la même région portent
également le nom d'apostoliques 2.
Notre remarque a d'ailleurs une portée générale et ne
se borne pas aux seules constructions d'églises. Les ger-
mes d'art proto-roman déposés en Afrique n'y ont jamais
entièrement péri. « Dans l'art rudimentaire des Kabyles
d'aujourd'hui, on retrouve avec évidence les motifs
chers aux décorateurs du ve siècle. Le répertoire de ces
derniers ne s'est pas enrichi, loin de là; mais la tradi-
tion n'en est que plus visible, car ils se sont tenus aux
motifs essentiels. Les maisons kabyles cubiques et blan-
chies à la chaux, couvertes de tuiles rouges disposées
sur un toit à deux pentes, avec leurs fenêtres carrées et
leurs portes en plein cintre, sont donc l'exacte reproduc-
tion des maisons rurales de l'époque romaine. De même,
les carrés, les rosaces, les croix, les treillis qui ornent
Ce sont d'abord les séparations des nefs. Les basiliques
chrétiennes offrent : 1° — et c'est le cas le plus fréquent
— la colonne simple ; 2° les piliers carrés, c'est le cas à
Orléansville (basilique de Reparatus) et à Tipasa (basi-
lique de Salsa et basilique principale) ; 3° les colonnes
adossées aux piliers, c'est le cas à Thelepte et à Theveste 8 ;
4° enfin, les doubles colonnes, et c'est le cas à Timgad,
à Satafis9, à Tigzirt. La portée étant assez grande à
Tigzirt, l'architecte a craint de la voir fléchir et lui a
donné huit gros piliers en pierre de taille pour la soute-
nir, quatre dans la façade, deux dans la nef, deux en
avant de l'abside; cette disposition n'est pas sans exemple:
la basilique de Saint-Clément à Rome offre le même
nombre de travées et le même artifice que celle de Tig-
zirt10. L'accès de l'abside, ménagé par deux escaliers de
quatre marches chacun, présente trois travées portées par
huit colonnes deux à deux, la travée du milieu étant plus
large que les autres, et rappelle la colonnade placée jadis
sur le devant de l'abside de Saint-Pierre de Rome1 '; l'icono-
stase des églises grecques n'en est que le développement 12.
« Au milieu de l'abside, chose fort rare en Afrique,
s'élevait l'autel, sans doute en bois13, car aucune trace
n'en est restée u; son emplacement nous est certifié par
A---- ,
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i30. — Dosserets sculptés de Tigzirt. D'après Gavault, Éludes sur ics ruines de Tigzirt, p. 30, fig. 1, 4, 6, 8, et p. 31, Dg. 3.
les bois sculptés sont les mêmes que l'on retrouve dans
tous les monuments de l'époque chrétienne». »
XIII. Tigzirt. — Tigzirt est le nom moderne de l'an-
cienne ville romaine de Rusuccuru *. C'est de cette ville
qu'était originaire sainte Marcienne, martyre à Césarée»;
en outre, plusieurs de ses évêques nous sont connus. Les
textes nous montrent que le christianisme fut assez
répandu à Rusuccuru pour fournir deux partis, l'un
catholique, l'autre donatiste; l'inspection des ruines du
municipe conduit d'ailleurs aux mêmes conclusions,
puisque l'on y a déjà relevé l'existence de quatre églises
t dont une peut compter parmi les plus grandes et les
plus belles de l'Afrique du Nord »«; malheureusement
deux de ces basiliques ont disparu depuis la construction
du village français. La basilique principale de Tigzirt a
fait l'objet d'une étude approfondie à laquelle nous
devons renvoyer', nous nous bornerons à signaler les
particularités principales de l'édifice.
1 R. Basset, loc. cit., t.xiv, p. 91. Le djebel Nefousa, trad. Ca-
lassanti Motylinski.danslaB^/of/i.rfe l'École des lettres d'Algeri
fasc. 22, p. 93; cf. S. Gsell, dans les Mélang. d'arch. et d'hist.,
1900, t. xx, p. 110. — ' Le djebel Nefousa, fasc. 22, p. 74 ,75,
cf. Gsell, dans les Mélang. d'arch. et d'hist., 1900, t. xx, p. 110;
— * P. Gavault, Élude sur les ruines romaines de Tigzirt
1897, p. 83. — 'Cette identification, combattue par Cat, Essai
sur la province de Mai "Tétanie césarienne, in-8% Paris, 1891,
p. 100-102, est adoptée \ Y les éditeurs du Corpus inscr. lat.,
t. VIII, n. 8995; Pallu de Lessert, dans le Bulletin des Anti-
quaires de France, 1889, p. 176, n. 1 ; p. 178, n. 6 ; P. Gavault,
dans le Bull. arch. du Comité des trav. hist., 1894, p. 279,
n. 4; Étude sur les ruines romaines de Tigzirt, 1897, p. 1. Cf.
Fr. Wieland, Ein Ausflug ins altchristliche Afrika, in-12, Stutt-
gart, 19Q0, p. 170-177.— » Acta sanct., 9 janv., t. i, p. 569.— • P.
Gavault, Étude sur les ruines romaines de Tigzirt, 1897, p. 2.
— 'P. Gavault, Étude sur les ruines romaines de Tigzirt, 1897,
p. 134. — • Annuaire de la Soc. arch. de la prov. de Constan-
tine, 1860, pi. v ; Bull, archéol. du Comité des trav. hist., 1885,
p. 137. — • Mélang. d'arch. et d'hist., 1895, t. xv, p. 38. Ct
quatre colonnes demeurées en place, dont deux
intactes13, » destinées à soutenir le ciborium. On a en
outre trouvé dans l'abside un fragment sculpté en
marbre qui pourrait avoir été l'un des pieds du siège de
l'évêque. De chaque côté de l'abside sont deux pièces à
peu près carrées ayant servi de sacristies ; on y accède
par des portes ménagées dans l'abside, sur le linteau
desquelles se voient trois trous de scellement fort petits
où se plaçaient les crochets servant à soutenir le rideau
qui masquait la porte.
« Peu de monuments de cette époque, écrit P. Gavault,
ont donné une aussi riche moisson de sculptures archi-
tectoniques. Nous évaluons à deux cents le nombre des
pierres décorées que contenait l'édifice. Cette abondante
décoration se répartissait sur quatre sortes de membres
d'architecture : les chapiteaux, les dosserets, les arcs
triangulaires et les corniches. Les troisièmes ont tous été
spécialement taillés pour l'église; il en est de même de
S. Gsell, Recherches archéol. en Algérie, in-8% Paris, 1893, p. 14,
note 3; Dehio et von Bezold, Die kirchliche Baukunst des Abend-
landes, in-8% Stuttgart, 1884, p. 104; S. Gsell, M onum. antiq.
de l'Algérie, in-8% Paris, 1901, t. h, p. 127-128. Les piliers qua-
drangulaires étaient plus faciles à tailler lorsqu'on ne pouvait s*
procurer les colonnes de quelque édifice païen; on en trouve dans
un grand nombre de basiliques depuis le milieu du iv siècle, par
exemple à Henchir el Azreg, à Bénian, à Biar el Kherba, à Kher-
bet bou Addoufen, à Henchir Djardia, à Henchir Gouraï, à Henchir
Guesses et dans plus de dix autres basiliques. On se contentait de
superposer les moellons équarris ; cependant, à Biar el Kherba, à
Henchir Gouraï et à l'Oued R'zel les piliers sont monolithes ; aux
Hassnaoua on trouve des piliers octogonaux, à Ksar Tala des
piliers alternant avec des colonnes. — ,0E. Corroyer, L'architec-
ture romane, in-8% Paris, 1888, fig. 58. — " H. Holtzlnger, DU
altchristliche Architektur in systematischer Darstellung, in-8%
Stuttgart, 1889, p. 155. — ,SP. Gavault, loc. cit., p. 15. — '* !>•
Rossi, Roma sotterranea, in-fol., Roma, 1877, t. ni, p. 654. —
<*S. Gsell, Recherches archéologiques en Algérie, iû-8,f Paris,
1893, p. 29. — "P. Gavault, loc. cit., p. 16.
683
AFRIQUE (ARCHÉOLOGIE DE L')
684
la pïuparl des seconds; parmi les premiers et les der-
niers, il faut distinguer ceux qui sont des remplois '. »
Si insignifiantes que fussent les préoccupations artis-
tiques à Tigzirt on y trouve néanmoins les ordres dorique,
ionique et corinthien, seul le composite classique
manque; il n'eut d'ailleurs jamais de vogue en Afrique,
où on lui préféra l'ionique, ce qui peut s'expliquer par
la persistance de l'influence phénicienne. L'art punique
n'avait guère connu d'autre type que l'ionique, et l'art
chrétien, tout local et tout populaire, malgré ses réminis-
cences syriennes, adopta naturellement une manifesta-
tion esthétique qui régnait encore en Maurétanie lorsque
le christianisme y fut introduit.
Parmi les ruines de la basilique on trouve « deux
séries de pierres d'une forme insolite, sur lesquelles
semble s'être porté tout l'effort de la décoration sculptu-
rale » ». Ces pierres sont les « dosserets », c'est-à-dire
des pierres mesurant généralement 1 mètre de long et
(K30 de large; la hauteur varie de 0œ35 à 0™50 et la
face sculptée se trouve sur un des petits côtés formant
un parement oblique et incliné en avant de 10 à
20 degrés. On rencontre fréquemment ces pierres dans
La sculpture des dosserets de Tigzirt offre un certaiD
intérêt pour la symbolique.
On trouve : 1» le monogramme accosté de deux co-
lombes (fig. 130) ; 2» l'image d'un homme qui semble
monté sur un âne rétif qu'il s'évertue à faire avancer à
force de coups de bâton : c'est probablement une repré-
sentation de l'épisode du prophète Balaam (fig. 131,1) î
3° un édicule formé de trois colonnes réunies par des
arcades et un fronton, au milieu duquel est posée une
colombe. P. Gavault rapproche très heureusement de
cette sculpture un texte de Tertullien : Nostrœ columbse
domus simplex, in editis semper et apertis et ad
lucem ' (fig. 130,2); 4° les poissons rappellent un autre
texte du même auteur : Nos pisciculi secundum îyôjv ,
(fig. 130,3); 5° le lion et le lièvre réunis sont peut-être
une allusion à la parole de saint Pierre : Vigilate, quia
adversarius vester tanquam leo rugiens circuit quserent
quem devoret ' (fig. 131,3); le lièvre, symbole de la vigi-
lance, car il est réputé dormir les yeux ouverts, repré-
senterait ici le chrétien menacé par Satan; 6° Daniel
dans la fosse aux lions est représenté nu, sur un autre
dosseret il est vêtu d'une tunique tombant jusqu'aux
131. — Dosserets sculptés de Tigzirt. Musée du Louvre.
les monuments chrétiens de l'Algérie et de la Tunisie 3,
mais leur rôle dans la construction était resté un mys-
tère ; cependant, malgré la différence des formes, le
dosseret byzantin aurait dû, semble-t-il, mettre sur la
voie d'une explication4; c'est à l'occasion de la basilique
de Tigzirt que cette explication devait être donnée. Le
dosseret joue dans l'architecture chrétienne un rôle
analogue à celui du coussinet sur lequel les Grecs
faisaient reposer l'architrave. Ce rôle consiste donc à
mieux asseoir sur le chapiteau le poids de l'arc, et la
destination exacte du dosseret est de recevoir « des
retombées d'arcades, soit sur des pilastres, soit sur des
murs, soit enfin sur de simples colonnes jumelées ; la
retombée se faisant, en règle générale, non pas sur la
face antérieure, mais sur la ou les faces latérales » B.
Un fait curieux à noter à ce propos, parce qu'il nous
montre la pénurie des matériaux de construction à cette
époque, c'est la variation de la hauteur des dosserets, qui
oscille entre 0'»3ô et 0m50. Ceci s'explique parce qu'on se
servait de cette pièce pour compenser les différences qui
existaient, entre les colonnes ou les chapiteaux amenés de
divers édifices et présentant rarement la même hauteur.
1 P. Gavault. loc. cit.. p. 18, 20. — s Ibid., p. 25. — J H. -A. De-
lamare, dans Exploration scientifique de l'Algérie 1840 à 1845,
Archéologie, in-fol., Paris, 1850, pi. 59, ûg. 3; A. Ravoisié, Explora-
tion scientifique de l'A tgérie, Beaux-arts, architecture et sculp-
ture, in-fol., Paris, 1846, t. I, pi. 56, fig. 5 ; H. Saladin, dans les
Archives des missions Scientifique*, 111* série, t. un, fig. 203,
213, 244, 246, 251, 256, 260; nouvelle série, t. î, Ûg. 3t. — * De
Rossi, La capsella argentea africana, in-fol, Roma, 1889, p. 8
et pi. ni, n. 6, a le premier saisi le rapport qui existe entre un
dosseret d'Ain BeTda et les dosserets byzantins. - 'P. Gavault,
loc. cit., p. 26. Six dosserets ont été retrouvés en place à Tigzirt,
pieds (fig. 130,4) ; 7° et 8° up fragment représente un qua-
drupède ailé, un autre fragment porte l'aigle, un débris
très mutilé montre la tète et les pieds d'un lion: î est
possible que cette série représentât les symboles des
quatre évangélistes (fig. 131, 2, et 130. 5).
La basilique offrait une autre combinaison architecto-
nique aussi rare que disgracieuse ; nous voulons parler
des frontons (fig. 132), c'est-à-dire d'arcs triangulaires des-
tin.'s à soutenir des colonnes. «C'est là, dit P. Gavault, un
renversement hardi et complet de l'ordre classique, qui
bouleverse de fond en comble, on peut le dire sans
métaphore, toute l'esthétique architecturale des Grecs.
Ceux-ci faisaient porter leurs frontons sur des colonnes •.
nos Africains imaginent de faire porter les colonnes sur
des frontons. Tentative audacieuse, nous le répétons,
mais plus bizarre encore, et qui n'a eu d'ailleurs aucun
succès en Occident, si toutefois elle y a été connue 9. »
Une des pierres formant fronton nous montre, à l'époque
de la construction de l'église, une coupe de l'édifiée lui-
même et nous y voyons le rôle des frontons ^lig. 133*.
On ne voit pas que ces frontons aient été encastrer
dans des murs comme cela s'est pratiqué jusque vers
un à Taksebt. enfin les fouilles ont rendu o un ensemble tombé
d'un seul bloc où le dosseret était à sa place entre le chapiteau
et le sommier de l'arc ». Ibid.. p. 29. CS. S. Gsell, \ote sur
quatre consoles chrétiennes trouvées à ^forsott. dans le BulL
arch. du Comité des trav. hist., 1901, p. 158, 159. fig. 1-4. —
* Adrersus Valentinianum , c. m, P. L., t. n. col. 580. —
1 De baptismo, c. I, P. L., t. I, col. 1306. — • I Pet., v, 8.
On en rapprochera un lion dévorant un lièvre, sculpture pro-
venant de l'ile Barbe. Bull. arch. du Comité des trav. hist..
180-2. p. MO, fig. 10. — » P. Gavault, toc. cit., p. 39; cf. p. "3,
fig. 14.
685
AFRIQUE (ARCHÉOLOGIE DE L')
686
l'an -1000 en France et en Allemagne, ainsi que nous le
voyons dans le célèbre baptistère de Saint-Jean à Poi-
132. — Frontons.
D'après Gavault, Études sur les ruines romaines de Tigzirt,
p. 73, fig. 15.
tiers (vie ou vne siècle)1, à l'abbaye de Lorsch, près
Heidelberg (vine siècle) 2, sur le clocher de Saint-
Front de Périgueux (xe siècle) 3, à Saint-Géneroux dans
les Deux-Sèvres 4 et dans l'église de Montmille, près de
Beauvais (xie siècle), « un des derniers souvenirs, dit
Lenoir, de ces frontons mérovingiens s. » La basilique
de Tigzirt doit, en résumé, avoir été construite entre le
milieu du ve siècle et les premières années du vie, proba-
blement sur l'emplacement d'un sanctuaire de Saturne
dont les matériaux ont été réemployés (fig. 134) 6. Les
collatéraux étaient surmontés de tribunes communiquant
entre elles par une galerie transversale établie derrière
la taçade. L'accès des tribunes était ménagé au moyen
d'un escalier construit entre le mur du Nord et le bap-
tistère. Ces tribunes étaient bordées du côté de la nef
par une double rangée de supports, piliers pour la
rangée intérieure, colonnes ou demi-colonnes adossées
aux piliers pour la rangée vue de la net. Ces tribunes
offraient quelques dispositions originales 7. Comme on y
accédait par un escalier construit en dehors de l'édifice,
il est probable que la communication entre les tribunes
était établie au moyen d'une galerie transversale der-
rière la façade et surplombant un vestibule intérieur
qui occupait la première baie et présentait un front de
deux colonnes du côté de la basilique. L'édifice subit
divers remaniements dont rendent compte les traits
croisés de notre plan. Lors d'une reconstruction par-
tielle de l'édifice on établit dans le quadratum populi à
' A. Lenoir, Architecture monastique, in-4°, Paris, 1852-1856,
t. n, p. 50, fig. 336; Enlart, Manuel d'architecture fançaise,
in-8-, Paris, 1902. — s Lenoir, op. cit., t. I, p. 69, fig. 41. — 3 E.
Corroyer, L'architecture romane, in-8% Paris, 1888, fig. 54. —
«A. Lenoir, loc. cit., t. n, p. 51, fig. 337. — »/6id., p. 55,
fig. 341. — o P. Gavault, loc. cit., p. 88 ; S. Gsell, Les monuments
antiques de l'Algérie, in-8», Paris, 1901, t. Il, p. 294, n. 146; Fr.
Wieland, Ein Ausflug ins altchristliche Africa, in-8", Stuttgart,
1900. p. 172-177. — 'S. Gsell, loc. cit., t. n, p. 298 sa. — »J.-B.
hauteur des piles en pierre de taille une nouvelle façade
percée de trois baies et donnant accès dans la nef et
dans les collatéraux ; en outre la nef fut isolée au
moyen de murs élevés dans l'axe des colonnades et la
nef elle-même fut encombrée de deux rangées de piliers
et de colonnes destinés, selon toute vraisemblance, à
recevoir les nouvelles poutres insuffisantes pour soutenir
une portée de 9 mètres. On fit encore quelques autres
modifications et on y employa les matériaux provenant
de la partie antérieure de la basilique désormais
condamnée à disparaître. Rien ne laisse supposer qu'on
rejoignit les tribunes des collatéraux par une disposition
analogue à celle de la première basilique, peut-être en
avait-on abandonné l'usage faute de sécurité.
XIV. Tipasa. — 1. Chapelle d'Alexandre.— Tipasa, en
Maurétanie, s'étendait le long de la mer sur trois pro-
montoires rocheux; chacun portait une église chré-
tienne. Sur la colline de l'est se trouvait la basilique
dédiée à sainte Salsa, sur la colline de l'ouest s'élevait
une basilique funéraire dont l'enceinte présente un
pentagone irrégulier auquel on a ajouté, sur la face
ouest, une sorte d'abside ou d'hémicycle 8. Nous ne décri-
rons pas la fabrica de cette basilique, mais nous y relè-
verons quelques particularités. Tout le sanctuaire ou
bêma adossé au mur du bas de l'église est supporté par
une sorte de dallage que forment les couvercles de neuf
tombes remplissant toute la largeur du bêma par-dessus
lesquels est étendue une couche de béton qui sert de sup-
port à la mosaïque. Ces tombeaux nous sont clairement
décrits dans une inscription en mosaïque qui occupe la
nef centrale à hauteur du cinquième pilier. On y lit ceci :
HIC VBI TAM CLARIS LAVDANTVR MOENIA
[TECTIS
CVLMINA QVOD NITENT SANCTAQVE ALTA-
[RIA CERNIS
NON OPVS EST PROCERVM SETTANTI GLO-
[RIA FACTI
ALEXANDRI RECTORIS OVAT PER SAECULA
[NOMEN
5 CVIVS HONORIFICOS FAMA OSTENDENTE
[LABORES
IVSTOS IN PVLCRHAM SEDEM GAVDENT LO-
UASSE PRIORES
QVOS DIVTVRNA QVIES FALLEBAT POSSE
[VIDERI
NVNC LVCE PRAEFVLGENT SVBNIXI ALTARE
[DECORO
COLLECTAMQVE SVAWI GAVDENT FLORERE
[CORONAM
10 ANIMO QVOD SOLLERS IMPLEVIT CVSTOS
[HONESTVS
VNDIQfwe] VISENDI STVDIO CRHISTIANA AE-
[TAS CIRCVMFVSA VENIT
LIMINAQVE SANCTA PEDIBVS CONTINGERE
[LAETA
OMNIS SACRA CANENS SACRAMENTO MA-
[NVS PORRIGERE GAVDENS
Ces treize hexamètres nous apprennent que l'évêque
Alexandre fit construire la basilique pour y donner la
sépulture à certains justes anciens, iusti priores, qu'il a
cru devoir glorifier en élevant un autel sur leurs tom-
beaux. Il ne peut s'agir d'un groupe de martyrs, car les
différences qui existent entre les sarcophages indiquent
SHiDî-^érand, La basilique de Tipasa, dans le Bull. arch. du
uomité des crav. hist., 1892, p. 466 et pi. xxxn-xxxiu; reproduit
dans le Bulletin de la société diocésaine d'archéologie d'Alger,
1895, t. i, p. 1-32 ; L. Duchesne, dans les Comptes rendus de
l'Acad. des inscr., séance du 28 juillet 1892, p. 80 sq., 111-114;
De Rossi, Bull, di arch. crist., 1894, p. 90 sq.; S. Gsell, dans
les Mélang. d'arch. et d'hist., 1894, t. xrv, p. 389-392 ; Fr. Wie-
land, Ein Ausflug ins alschristliehe Afrika, in-12, Stuttgart,
1900, p. 186-189.
687
AFRIQUE (ARCHÉOLOGIE DE L')
688
que ces justes ont été ensevelis à diverses époques, Une
inscription mosaïque dont il ne restait que quelques
cubes désagrégés et qui se trouvait en avant du bêma
contenait peut-être les noms des personnages ensevelis,
il ne subsiste que le début de la troisième ligne, ainsi
conçu :
SANCTV[s i4/]EXAND[er]...
M0r Duchesne * propose de voir dans ces justi priores
les prédécesseurs de l'évëque Alexandre sur le siège de
Tipasa, néanmoins, il est permis de songer à un culte
liturgique rendu à des coniesseurs, ce qui, dès cette
époque, — la construction de la basilique devant se pla-
cer très probablement avant l'année 428, — serait le
plus ancien exemple de l'édification d'un sanctuaire sur
le tombeau des saints non martyrs; la première opinion
nous semble cependant mieux [ondée. Les trois derniers
vers de l'inscription iont allusion à l'usage du chant des
Psaumes pendant la célébration du sacrifice omnis
(chrisliana rnlas) sacra canens, et à la réception de
l'eucharistie dans la main. Ce rite primitif s'était con-
servé à Tipasa avec, celui de recevoir la communion de-
bout, c'est ce que démontre la hauteur du cancel qui
XV.. Tipasa. — 2. Basilique de Sainte-Salsa. — La
passion de sainte Salsa, martyre à Tipasa, que deux
manuscrits nous ont conservée 2, donne des détails
« d'un grand intérêt pour la topographie et l'histoire de
ce point de la côte d'Afrique » 3. La jeune sainte fut en-
terrée en dehors du rempart4, sur l'emplacement où
s'éleva une basilique en son honneur, au point culmi-
nant de la colline, à 300 mètres des murailles de la ville,
en face du port antique 5. Cette basilique mesure, par
suite d'un allongement postérieur 6, 30m60 de longueur
sur 15m06 de largeur, mais elle était primitivement
carrée (15m12 x 15m06), et l'on peut voir aisément sur
la face septentrionale l'endroit où le mur de la basi-
lique vint prolonger celui de la chapelle primitive. Le
premier édifice, élevé presque immédiatement après le
martyre de sainte Salsa, est appelé par le rédacteur de la
passion brève admodum tabemaculum 7. C'était une
chapelle pourvue d'une abside à l'est avec une nef et
deux bas-côtés séparés par des piliers carrés comme
dans la basilique de Réparatus à Orléansville. Elle lut
construite sur un emplacement occupé en partie par des
citernes et des tombes, l'une de celles-ci fut respectée
et se trouva désormais presque au milieu de la nef cen-
433.
Frontons représentés sur un dosseret de Tigzirt. Musée du Louvre.
séparait le sanctuaire de la nef et mesurait lm65 au-
dessus du niveau de la nef.
Une autre inscription, placée devant la porte princi-
pale, devait être tournée vers le bas-côté afin d'être lue
facilement par ceux qui entraient :
CLAVSVLA
IVSTITIAE EST
MARTYRIVM
VOTIS
OPTARE
HABES ET ALIAM SIMILEM AE
LEMOSINAM
VIRIBUS
FACERE
Clausula juslitise est marlyrium votis optare : liabes
et aliam similem, œlemosinam viribus facere.
La chapelle qui renfermait diverses épitaphes, en par-
ticulier celle du fondateur, est un spécimen intéressant
des édifices funéraires en Afrique.
L. Duchesne, dans les Comptes rendus de VAcad. des inscr.,
■éance du 18 mars 1892. — *Catalogus codicum hagiographico-
rum latinorum antiquiorum sxculo xvi, qui asservantur in bi-
bliot. nat. Paris., in-8°, Bruxellis, 1889, t I, p. 344 sq. ; cf. p. 334.
n. 12. — SL. Duchesne, dans les Comptes rendus de VAcad. des
inscr., séance du 14 mars 1890, p. 116 ; cf. Le Monde, 4 avril 1890 ;
Bull, crit., 1890, p. 125 ; J. Toutain, Fouilles de M. Gsell à Tipasa,
La basilique de Sainte-Salsa, dans les Mélang. d'arch et
d'hist., 1891, t. xi, p. 179-185; S. Gsell, Recherches archéolog. en
Algérie, in-8', Paris, 1893, p. 1-76. — * S. Gsell, loc. cit., p. 4,
note 5: p. 5, flg. 1. — "Mouchez, Instructions nautiques sur
Us côtes de l'Algérie, in-8', Paris, 1879, p. 109. — «S. Gsell, loc.
cit., p. 12, 40 sq. Cf. Leclerc, dans la Revue archéol., 1851, t. vil,
p. 557, pi 151, flg. 2; Duchesne, dans les Précis historiques,
in-8', Bruxelles, 1890, p. 523 sq. ; S. Gsell, Recherches archéol. en
Algérie, in-8*, Paris, 1893, p. 1-76, pi. i-vn; Id., Guide ar-
trale. C'était un sarcophage en pierre, trois bornes pla-
cées derrière lui et, devant lui, un cippe en forme de
caisson, le socle rectangulaire de 2n,3i de longueur sur
lm70 de largeur; il est revêtu de marbres et de décora-
tions empruntées à un édifice plus ancien. On a trouvé
dans le cippe des monnaies de Constantin Ier et sur le
cippe l'inscription suivante qui parait se rapporter à
une tante de la martyre, morte avant celle-ci, et
païenne
10
P D D M
FABIAE SALSE MATRI
SANCTETRARISSIM>E
ET INCOMPARABILI
QVAE VIXIT.ANN LXIII
Mil DXXVM H.VII1I- OB
MERITA EIVS. TITVLVM
FETF-ETN-AEDVCATRICI
SVEQCONSTABILITOSREI
FECER»
chéologique des environs d'Alger, p. 127-144; Fr. Wieland, Ein
Ausflug ins Afrika, in-8*, Stuttgart. 1900, p. 189-195; Dessau,
dans Archaologischer Anzeiger, 1900, p. 153; S. Gsell, dans
les Mélang. d'arch. et d'hist., 1901. t xxi, p. 233-235; Id.,
Monum. antiq. de rAlgéric, in-8', Paris, 1901, t. II. p. 323 sq.
i Catalogus codicum hagiugraphicorum latinorum, t I,
p. 351, § 12; p. 353, § 13. — • S. Gsell, dans les Mélanges d'arch-
et d'hist., 1891, t. xi, p. 182; il donne à la 5* ligne lxii; R. Ca-
gnat, dans la Revue archéol., 1891, t. xvn, p. 416, n. 99;
S. Gsell, Recherches archéol. en Algérie, p. 18. Dessau. dans
Archaologischer Anzeiger, 1900, p. 153, voit dans Fabia Salsa la
sainte elle-même qui serait devenue par la légende vierge et mar-
tyre Or cela ne serait possible que si l'inscription avait été ca-
chée par le massit de maçonnerie portant la table d'autel, mais
c'est le contraire qui est probable. Ci. S. Gsell, dans les Mélang.
d'arch. et d'hist., 1901, t xxi, p. 233 sq.
689
AFRIQUE (ARCHÉOLOGIE DE L')
690
D(e)d(icatum) m(emorise) Fabise Salse matri sanct(œ)
et rarissintee et incomparabili. qux. vixit ann(is) lxiii,
m(ensibus) il, d(iebus) xxvn, h(oris) vmi, ob méri-
ta ejus titulum f(ilii) et f(ilix) et n(epotes) xduca
trici sueq{ué) constabililos (= constabilitrici) rei fece-
r(unt).
C'est, croit-on, dans le sarcophage de Fabia Salsa, qui
n'est pas antérieur au début du ive siècle, que fat d'abord
déposé le corps de sa jeune parente; en tous cas on res-
pecta la maçonnerie du tombeau en construisant l'église
mais on s'arrangea pour masquer celui-ci entièrement.
Le sujet représenté sur le bas-relief était la visite de
flancs des piliers les plus rapprochés du fond on voit,
à une hauteur moyenne de lm80, des trous rectangu-
laires où entraient des barres qui ont pu servir de sup-
port à des rideaux, d'autres trous percés plus bas feraient
croire à l'existence d'une balustrade isolant la nef. L'ab-
side, qui appartient au plan primitif, n'offre aucune dis-
position particulière, sa voûte en cul-de-four était ap-
pareillée (fig. 135).
On hésite à préciser la place qu'occupait le tombeau
de sainte Salsa et l'autel qui étaient réunis, ainsi que
nous le dit l'inscription que nous allons citer : Munera
qux cernis quo sancta allaria fidgent... M[artyr] hic
135. — Basilique de Sainte-Salsa, à Tlpasa.
D'après S. Gsell, Monum. ant. de l'Algérie, t. h, p. 324, Cg. 150.
134. — Grande basilique de Tigzirt. D'après S. Gsell,
Monum. ant. de l'Algérie, t. n, p. 295, Cg. 135.
Séléné à Endymion, et le style indique le me siècle. Ce
sarcophage a été pulvérisé avec une incroyable pas-
sion ' ; les débris reposaient parfois, quand ils furent
relevés, sur ceux de la toiture et des claveaux des piliers,
ce qui indique que le sarcophage n'était pas placé sur
le sol, mais sur le socle de maçonnerie entouré d'une
grille de métal. De la chapelle primitive rien n'est as-
suré que les dimensions, car les aménagements peuvent
dater de l'époque de la transformation en basilique. On
dut alors supprimer le mur de la façade reportée a
15ra48 en avant, celle-ci fut précédée d'un portique.
L'ordonnance primitive fut respectée, une colonnade
séparant les trois vaisseaux fut prolongée ainsi que les
rangées de piliers. On éleva alors des tribunes sur les
bas-côtés, à une hauteur de 4m20 environ. Dans les
' S. Gsell, Recherches archéologiques en Algérie, p. 33-38.
Cf. 0. Grandidier, Deux monuments funéraires à Tipasa, dans
est Salsa. L'auteur de la passion de la sainte parle
de la scxna sepulcri que Firmus frappa d'un coup
de lance vers 372, le mot scœna désigne le front du
tombeau qui dépassait donc le sol. Il est probable qu'à
l'époque où eut lieu l'agrandissement on opéra une
translation des restes de la martyre, et c'est sur le der-
nier emplacement qu'elle occupa qu'on éleva le socle de
2m3i sur lm70 dont nous avons parlé. Ce socle est en
eflet postérieur au pavement en mosaïque sur lequel il
a été simplement posé, en outre il est entouré d'une
clôture qui mesure 5m65 de long sur4m94 de large.
Vers la hauteur des quatrièmes piliers à partir de
l'abside se trouvait dans la nef un cancel ajouré, en pierre
dont il reste des fragments. Voir Cancel. Le sol de
l'église est occupé par un très grand nombre de tombes.
Atti del H' congresso di archeologia cristiana, in-4", Roma,
1902, p. 51-67.
691
AFRIQUE (ARCHÉOLOGIE DE L')
692
L'église avait un pavement en mosaïque dans toute la
nef centrale et jusque sous le socle. Dans un grand ca-
dre carré de 2m25 de côté, situé en avant de l'abside, à
gauche, on lit encore cette inscription :
MVNERA QVAE CERNIS QVO
SANCTA ALTARIA FVLGENT
VBORQINESTCVRA
IENTI-CREDITVM
)ET PERFICERE MVN«S
1IC EST SALSA DVLCIOR
NECTARE SEMPER.QVAE MERVIT
CAELO SEMPER HABITARE BEATA
RECIPROCVM SANCTOHHiDENS
10 KitNVS INPERTIRE POTEN^
ERI
TVMQ.EIVSCELORVM REGNO PROUfiT
Mimera qusp cernis quo sancla altaria fulgent.
[His optus l]aborq(ue) inest cura[que Pot]enti,
Credilum [sibi qui gau]det perficere munus.
M[arlyr] hic est Salsa dulcior nectare semper,
Quas meruit csclo semper habitare beala. [Icntio,
Reciprocurn sancto [gau]dens [mu]nus imperlire Po-
[M\eritumq{uë) eius c(o)elorum regno pro[£>avi]£ >.
La basilique de Sainte-Salsa a subi plusieurs rema-
niements. Au Ve siècle l'évêque Potenlius décora l'autel
avec richesse et fit faire le pavement en mosaïque dans
la nef2. Au siècle suivant, et probablement sous le rè-
gne d'Hildéric, en 523, lorsque le culte catholique cessa
d'être persécuté, l'église fut doublée dans le sens de la
longueur, on construisit sur les bas-côtés des galeries su-
périeures, limitées du coté de la nef par des colonnes, et
devant la nouvelle façade on établit un narthex. « La date
indiquée pour ces modifications se fonde sur le style
des colonnes, sur les formules des inscriptions funé-
raires en mosaïques retrouvées dans le narthex, enfin
sur l'existence même de ces galeries supérieures qui
n'apparaissent guère en Occident avant le vie siècle 3. »
A l'époque de la domination byzantine, nouvelles trans-
formations. « Dans la nef centrale on établit en avant
des piliers une double colonnade, absolument barbare,
laite sans aucun souci de la mosaïque, ni des tombes
antérieures, ni de la grille qui entourait le socle 4. » Les
colonnes ne sont même pas alignées. Plus tard encore,
un incendie dont les traces sont restées visibles, détrui-
sit l'édifice; on entoura alors la partie de la nef où se
trouvent le socle et le sarcophage d'un mur grossier
dans la construction duquel on fit entrer des matériaux
de toute sorte, la plupart enlevés à l'église elle-même.
La première invasion arabe détruisit l'église, une se-
conde invasion en détruisit les ruines et des gourbis
s'installèrent sur son emplacement.
A quelques mètres au sud de l'église se trouve un
édifice du ive siècle ou du début du Ve, qui a servi de
iieu de sépulture, bien que ce ne dût pas être sa desti-
nation première, il portait l'inscription suivante :
DEDE 'ROMISSA Q\
CITINN MINE CRIST ITRA
Dede (—dedi) promissa [ re]qu(ies)cit in n(o)-
mine C(h)risl{i)... (in)tra Salsa (<?)...*>.
« S. Gsell, dans les Mélanges d'arch. et d'Iiist., 1891, t. xi,
p. 181, fig.; A. Geffroy, dans les Comptes rendus de l'Acad.
des inscr., 1891, p. 193; Revue de l'art chrétien, 1891, p. 506; De
Rossi, Bull, di arch. crist., 1891, p. 24; R. Gagnât, dans la Re-
vuearchéol., 1891, t. xvii, p. 416, n. 98; S. Gsell, Recherches ar-
chéologiques en Algérie, in-8°, Paris. 1893, pi. v, p. 23; Dessau,
dans Archàologisclier Anzeiger, 1900, p. 153; S. Gsell, dans les
Mélanges d'arch. et d'hist., 1901, t. xxi, p. 233 sq. Si on admet
que l'inscription est contemporaine de Potentius, il faut lire pro-
bubit au lieu le probavit, à la dernière ligne. — * Vers 450. Il se
courrait Qu'on dut identifier cet évoque avec l'évêque Potentius
XVI. Haouch Khima-Mta-Darraoi:ïa. — La petite
église chrétienne de cette localité, située dans la région
de Thelepte Fériana (Tunisie), est au point de vue de
l'art chrétien une des plus intéressantes que l'Afrique
puisse nous offrir, elle paraît « par son exécution pu-
rement romaine remonter à la première époque de
l'existence officielle du christianisme, c'est-à-dire à la
di
136. — Église d'Haouch Khima-Mta-Darraouïa.
D'après les Archives des missions scientifiques, 1887, t. xm.
p. 137, fig. 240.
seconde partie du iv« siècle »c. Cette église étant loin de
toute route fréquentée n'a pas été démolie pierre à
pierre par les Arabes, elle est précédée d'un portique
et d'un parvis rectangulaire. L'édifice mesure ù l'inté-
rieur 6m57 de long sur 7m68 de large, il se termine par
une abside en cul-de-four presque intacte. La cons-
truction est en pierres de grand appareil, la voûte est
une voûte d'arête de blocage. Nous donnons ici le plan
de cette église et un essai de restitution de M. H. Sa-
ladin (fig. 136 et 137).
XVII. Damous-el-Karita. — Parmi 1rs églises chré-
tiennes de Carthage dont le souvenir et le nom nous
sont parvenus il s'en trouvait une sur le lieu du martyre
qui fut chargé vers 446, par le pape Won le Grand, de faire une
enquête sur les élections épiscopales lie la Maurétanie césarienne.
De Rossi, Bull, di arch. crist., 1891, p. 26. — SS. Gsell, dans
les Comptes rendus de l'Acad. des inscr., séance du 29 juillet
1892. p. 242 sq. — * Ibid. — "S. Gsell, dans les Mèlavg, d'arch.
et d'hist., 1891, t. xi, p. 184; Recherches archéol. en Algérie,
p. 75; Monutn. antiq. de rAlgérie, t. Il, p. 331-H3 *. —«H. Sala-
din, Rapport sur une mission faite en Tunisie. 1882-1883,
dans les Archiv. des missions scientifiques. 1887, t. xm, p. 138;
S. Gsell, Édifices clirétiens de Tltelepte, dans Atti del Il'congr
nitcrn. di arch. crist., in-4', Roma, 1902, p. 195-224.
693
AFRIQUE (ARCHÉOLOGIE DE L*l
604
de saint Cyprien, une autre sur son tombeau, une autre
au bord de la mer, dans laquelle sainte Monique aliali
de quatre colonnes, taillées avec le stylobale et le cha-
piteau clans des monolithes tle marbre gris. Le cancel
137. — Restitution de l'Eglise d'Haouch Khima-Mta-Darraouïa.
D'après les Archives des missions scientifiques, 1887,
t. xiii, p. 138, fig. 242.
prier1; la Basilica maior renfermait les corps des
saintes Perpétue et Félicité, une autre église portait le
nom de Restituta et l'on croit même avoir retrouvé «a
fragment de son titre contenant les lettres 2 :
r | EST | ituta.
Deux autres églises portaient les vocables de Faustus
et de Novarum arearum. En outre, on trouvait des
églises dédiées aux martyrs Scillitains, à Célérina, à
saint Agileus, à saint Pierre, dans la VIe région; à saint
Paul, à la Mère de Dieu, dans le palais; et quelques
autres encore. Une de ces basiliques fut retrouvée
en 1878, sur le lieu appelé Damous-el-Karita, à 250 pas
des anciens remparts, et la découverte fut annoncée
en 1881 par le cardinal Lavigerie 3. Après des fouilles
méthodiques on parvint à reconquérir tout l'espace an-
ciennement occupé par l'église* (fig. 138).
Le monument se divise en trois parties : l°au milieu,
la basilique; 2° à gauche, l'atrium semi-circulaire
pourvu du trichorum et du nymphseum; 3° à droite, le
baptistère dans une seconde basiliquecontiguëàla basi-
lique centrale.
1° La basilique forme un parallélogramme de 65 mètres
de longueur sur 45 mètres de largeur. A l'extrémité se
trouve une abside. L'aire rectangulaire est divisée en neuf
nefs séparées par huit rangées de douze piliers. La nef
principale mesure 12m80 d'axe en axe des colonnes.
Outre l'abside qui tient la place ordinaire à cette cons-
truction dans les monuments chrétiens, on en voit une
autre, inscrite à in première, et ces deux absides con-
centriques rappellent celles du Xenodochiwn de Pam-
machius à Porto.
Enfin à l'extrémité est du transept se trouve encore
une abside, celle-ci fermée par un iconostase composé
' Cf. P. Monceaux, Le tombeau et les basiliques de S. Cyprien,
à CartYiage, dans la Rev. archiol., 19U1, t. xxxix, p. 183-201. —
*Corp. inscr. lat.,t. vm,n. 1404"1;A. Schwarze, Untersuchungen
ùber die àussere Entwickelung der afrikanischen Kirche mit be-
sonderer Verwertung der archàologischen Funde, in-8% Gôttin-
gen, 1892, p. 40. — aCard. A. Lavigerie, De Futilité d'une mis-
sion archéologique permanente à Carlhage, in-8% Alger, 1881,
p. 50 sq. — * A.-L. Delattre, Basilique de Damous-eUKarita,Car-
thage, 1892, in-8% Constantine, 1892, 17 p. et 1 pi.; La basilique
de Damous-el-Karita, dans le Recueil de» notices et mémoires
138. — Basilique de Damous-el-Karita.
D'après Delattre, Basilique de Damous-el-Karita, 1892.
de l'iconostase était formé de panneaux de marbre blanc
décorés, d'un côté, de la croix latine paltée, de l'autre
côté, du monogramme du Christ.
de la Société archéologique de Constantine, 1S90-1S91, t. xxvi,
p. 185-202 ; S. Gsetl, dans les Mélang. d'arch. et d'hisl., 1900,
t. xx, p. 118; 1901, t. xxi, p. 211, note 2, à propos de l'identifica-
tion proposée dans le Nhovo bullettino di arch. cristiana, 1898,
t. IV, p. 219-226 ; Fr. Wieland, Ein Ausftug ins altchristliche
Afrika, in-12, Stuttgart, 1900, p. 24-36, et pi. p. 27. G. Stuhlfauth,
Bernerkungen von einer christlich-archàologischen Studien-
reise nach Malta und Nord-Afrika, dans Mittheilungen des
k. deutsch. archàol. Instituts, ROmischa AbtteUung, 1898,
p. 275-304.
AFRIQUE (ARCHÉOLOGIE DE L')
696
Au centre du transept et de la nef principale se trou-
vait le ciborium supporté par des colonnes de marbre
vert dont la base et le chapiteau sont de marbre blanc.
Un caveau funéraire se trouve creusé contre un des
quatre gros piliers du centre de la basilique, d'autres
excavations ne paraissent être que des citernes romaines
antérieures à l'élévation de la basilique; elles parais-
sent avoir servi de remise à des matériaux provenant
des mosaïques détruites.
2° L'atrium ou area semi-circulaire, à ciel ouvert,
était entouré par une colonnade formant galerie cou-
verte. Au sommet de la courbe l'enceinte donne accès à
un trichorum qui paraît avoir renfermé trois tombeaux.
L'absidiole du milieu a gardé les traces d'un sarcophage à
strigiles qui y fut primitivement placé. Suivant De Rossi,
il y aurait eu à cet endroit une mensa martyrum, le
tombeau d'un martyr. La voûte du trichorum est ornée
de mosaïques, les parois ont reçu les graffiti des visi-
teurs. Au centre de l'atrium on a retrouvé la base du
nymphœum ainsi que les trous dans lesquels se pla-
çaient les montants du cancel qui l'entourait.
3° Le baptistère mesure 35m75 de longueur sur 24m55
de largeur. Les fonts se trouvent au centre, on y accède,
sur deux de leurs côtés, par trois degrés. Plusieurs locaux
assez étroits communiquent directement avec la basilique
du baptistère, c'étaient probablement des chambres qui
servaient de vestiaire. A l'angle sud-ouest se trouve un
oratoire très exigu, mais qui néanmoins est pourvu
d'une abside avec les deux niches entaillées et les
deux armoires à droite et à gauche destinées à ren-
fermer les saintes huiles, les vases, les linges et les
livres liturgiques nécessaires à l'administration du sa-
crement.
D'autres constructions, situées au sud-est de la basi-
lique, devaient servir à l'habitation du clergé.
Les inscriptions trouvées dans la basilique seront
étudiées ailleurs. Les bas-reliefs y sont nombreux, on les
compte par centaines. Une des figures les plus fréquentes
est celle du Bon Pasteur. On trouve aussi Eve après le
péché, le Christ portant le scrinium, le miracle de la
multiplication des pains, le reniement de saint Pierre,
l'adoration des mages.
XVIII. Lambèse. — Nous connaissons par saint Cy-
prien l'existence d'un évéché à Lambèse et nous savons
que c'est dans cette ville que se réunit le concile de 240
qui condamna l'hérétique Privatus1. A partir de ce
moment la communauté de Lambèse rentre dans l'oubli 2;
néanmoins elle n'a pas laissé de se soutenir, ainsi qu'en
témoignent les ruines récemment découvertes d'une
basilique chrétienne de basse époque située à 1 500 mètres
au nord-est du camp, dans la nécropole romaine 3
(fig. 140). La petite basilique de Lambèse est orientée du
nord-est au sud-ouest, elle mesure: longueur20 mètres,
largeur par devant 11">75, largeur par derrière 12m50.
L'épaisseur du mur d'enceinte est de 0m60 sauf au che-
vet. A cet endroit et sur une longueur de 5ro50 environ
l'épaisseur du mur ne dépasse pas 0ro50, cette partie sert
d'abside, elle n'est cependant qu'une saillie d'un mètre
environ dont les extrémités sont rattachées par deux
quarts de cercle au reste de l'enceinte. Une partie de
cet édifice formait une sorte de caveau funéraire occu-
pant le cinquième de la longueur à partir du chevet. Un
mur de 0m50 ferme ce caveau que subdivisent deux
autres murs transversaux amorcés aux coins arrondis
'S. Cypricn, Epist., xi.vi, 10, 7». t., t. m, col. 836, et Mansi,
Concil. ampl. coll., t. I, col. 787. — 'En ce qui concerne les
saints Jacques et Marien que l'on a cru longtemps avoir soullert
le martyre à Lambèse, voir Actes des martyrs, col. 414. Cette
opinion se retrouve néanmoins dans Besnier, Inscript, et monu-
ments de Lambèse et des environs, dans les Mélanges d'arch.
et d'hist., 1898, t. xvm, p. 470-472. Elle a d'ailleurs été reprise et
défendue récemment par S. Gsell dans \b Recueil de ConstanUne,
t. xxx, p. 212 sq., qui s'efforce de prouver que l'inscription com-
de l'abside. Les deux petits compartiments sont à peu
près carrés, 2m50 x 2m50, le compartiment central est
139. — Petite basilique de Lambèse.
D'après les Mélanges d'archéologie et [d'histoire, 1898, p. 471
irrégulier, ses murs ontOm50 et 1 mètre et il a été jadis
en communication avec les deux réduits, mais l'un d'eux
seulement a été conservé, l'autre est complètement
clos. ,
Le sol de ces caveaux est briqueté et presque tout
entier couvert de sépultures, on y a recueilli divers
fragments en mauvais état de conservation, poteries,
lampes, monnaies; le caveau central renferme deux
tombeaux accolés bien conservés, recouverts de tuiles
de 0m60 de côté sans autre ornementation que des
stries tracées à la main. Les tombes mesurent lm 80 de
longueur, lm05 de largeur aux pieds, et lm20 de lar-
geur à la tête *. A droite et à gauche s'élevaient les
deux petites colonnettes destinées à supporter le cibo-
rium qui ombrageait l'autel placé au-dessus des tombes
dans lesquelles on retrouva des ossements intacts et en
place.
Le reste de la basilique comportait trois nefs tracées
par des colonnes dont l'emplacement a été reconnu. Ces
colonnes ont été dans la suite reliées entre elles par une
grossière maçonnerie (ce sont les m s en clair sur le
plan, fig. 139). Cela formait une sorte de petit fort
dans lequel on pouvait songer à se réfugier et à se dé-
fendre en cas d'invasion. Des pierres disposées en forme
d'escalier conduisent au niveau du mur du fond; un
autre escalier, mais plus petit, a été établi le long du
mémorative (Corp. inscr. lat., t. vin, n. 7924) se trouvait où
elle est placée, par suite d'une fausse interprétation du passage
des Actes et que les martyrs furent exécutés à Lambèse. Cl. Un
missionnaire d'Afrique, dans Nuovo bull. d'arch. crist., 1898,
i iy, p. 212sq. ; S. Gsell, Monum. antiq.de l'Algérie, t. n, p. '-21,
note 1. — * Besnier, loc. cit. — * Voir Nuovo bull. </i arch.
criai, 18%, t. iv, p. 212-218; Mèlang. di arch. et d'hxsr.. 1900,
l. xx, p. 133; Fr. Wieland.Ein Ausflug ins altchristliclie Afrika,
in-12, Stuttgart, 1900, p. 137-141.
"697
AFRIQUE (ARCHÉOLOGIE DE V)
698
mur du sud. Les deux premières colonnes sont reliées
par une dalle de pierre, de même que deux colonnes
situées à lm50 en avant de celles-ci.
L'ouverture centrale de la face sud-est a été bouchée;
peut-être la ligne de pierres en équerre qui se projette
au dehors est-elle le reste d'une sorte de petit redan des-
tiné à la défense de l'entrée. Le sol des nefs a été bou-
leversé, le pavage en briques et les tombes n'ont pas été
épargnés, quelques objets épars rencontrés çà et là ont
un médiocre intérêt. Des pièces de monnaies en cuivre
datent du règne de Valens et de Valentinien. Parmi les
fragments de lampes on a retrouvé un chandelier à
sept branches, un autre fragment représente un person-
140. — Basilique de Matifou.
D'après le Ballet, archéolog. du Comité des travaux hisior.,
1900, p. 134, fig. 3.
nage debout, ailé, vêtu de la tunique courte, la main
droite levée, la gauche baissée, et deux personnages plus
petits à ses pieds, à droite et à gauche.
XIX. Matifou. — Des fouilles entreprises à Rusguniae
— cap Matifou, près d'Alger (nov. 1899-févr. 1900) —
ont permis l'étude d'une basilique chrétienne ruinée par
les Vandales et relevée à l'époque de la domination
byzantine (fig. 140). Nous ne noterons ici que quelques
particularités architectoniques de l'édifice1. La voûte
de l'abside montre l'emploi a'un procédé qui se retrouve
dans les thermes de Feriana. De grandes jarres remplies
de cailloux et de mortier, ce dernier dans la proportion
de 2 pour 1 des matériaux employés, étaient disposées à
* H. Chardon, Fouilles de Rusgunise, dans le Bull. arch.
du Comité des trav. hist., 1900, p. 129-151, et fig. 2, 3; Id.,
dans le Bull, de la société de géographie d'Alger, 1900, p. 157-
184; Grandidier, Une basilique chrétienne à Rusgunise, dans
la Semaine religieuse du diocèse d'Alger, 1900, t. i, et in-8%
Alger, 1900; S. Gsell, Monum. antiq. de l'Algérie, in-8% Paris,
4901, t. il, p. 222 sq. — * Héron de Villelosse, dans les Comptes
la commande des formes de la partie à construire;
l'intervalle qui séparait les amphores était rempli par
un pouddingue de maçonnerie semblable à celui qui rem-
plissait les amphores. Au fur et à mesure du travail
celles-ci étaient rangées par couches successives. Lors
de la réédification de la basilique on fit entrer dans la
construction. tous les matériaux qui tombèrent sous la
main. L'ancienne basilique comptait trois nefs, la nou-
velle en eut cinq, ce qui était imposé généralement à
cette époque par la retaille des poutres rompues ou
brûlées nécessitant des travées moins larges. On fit de
même en réparant la basilique principale de Tigzirt et
celle de Sainte-Salsa, à Tipasa.
L'abside présente un agencement rare en Afrique et
qni parait dater de la reconstruction de l'édifice 2; les
absidioles sont au nombre de trois et non de cinq,
car ce qui donnerait lieu de croire à ce nombre est
un simple arrondi. L'axe de l'abside est incliné à
droite de quelques degrés sur l'axe de la basilique, ce
qui n'est pas sans exemple ; aussi peut-on y voir l'in-
tention de symboliser l'inclinaison de la tête du Christ
crucifié.
Le baptistère est placé à gauche de la basilique en M,
il est séparé par un couloir, M, du tepidarium, F, où
les néophytes allaient se réchauffer en sortant de la
piscine baptismale.
A droite et à gauche du presbyterium on voit des ves-
tiges de sacristies; il parait problable que, primitive-
ment, ces locaux n'avaient pas la forme courbe que
présente leur mur de fond. La sacristie de droite, mise
en communication avec l'abside par une baie, était le
diaconicum; la sacristie de gauche, servant de salle
d'offrandes, était probablement de plain-pied avec le col-
latéral sur lequel elle avait une issue. La date de la pre-
mière construction de l'église ainsi que celle de sa ruine
ne nous sont pas connues; une épitaphe en mosaïque
d'une enfant trouvée sur le pavement nous apprend que
le père de celle-ci, un nommé Mauricius, maître de la
milice, entreprit la restauration de l'édifice depuis
longtemps ruiné :
+ MEM CONSTANTINAE FILIAE DOM-
GL- MAVRICI MAG-ML QVI EDIFICIA
CIRCVMLAPSA-DIV-IN-HANC-SCA-BASI
LICA RESTAVRAVIT DEPOSITA EST IN
5 PACE -ANN-III-DIE-KL-NOBR-IND Vllll
+ Mem(oria) Constanlinse, filise dom(ni) gl(oriosi?)
Maurici,mag(istrï) m(i)l(itum), qui (a)edificia circum-
lapsa diu in ha[u]c s(an)c(l)a basilica restauravit. De-
posila est in pace, ann(o) III , die k(a)l(endas) nob
(emb)res, ind(ictione) VllH*.
Cette restauration date de l'époque byzantine ; elle
témoigne de l'appauvrissement général à Matifou comme
en tant d'autres lieux. Le manque de matériaux a imposé
le rétrécissement de la nef primitive, large de 8m60, et
qui fut réduite de moitié afin de pouvoir utiliser les
poutres retaillées. L'église eut alors cinq nefs divisées
par des piliers rectangulaires (1 mètre X 0m50) simple-
ment posés s'"r la mosaïque; en outre, la nouvelle église
eut des tribunes, mais on ignore si elles s'étendaient sur
tout le collatéral ou bien sur le vaisseau le plus rap-
proché de chaque côté de la nef principale.
XX. Tébessa.. — Parmi les basiliques chrétiennes les
plus dignes d'attention et dont nous ne pouvons que
signaler ici l'importance nous nommerons Tébessa sur
rendus de l'Acad, des inscr. (séance du 9 février 1900), p. 40 sq.
L'abside parait avoir été d'abord de forme semi-circulaire; aussi
les mots : qux coeunt latere ex utroque décentes , de l'inscription
mosaïque placée en avant de l'abside, ne semblent pas pouvoir
être appliqués aux absidioles, qui sont d'ailleurs postérieures à
la dédicace de la net. — 3 Héron de Villefosse, loc. cit. ; H. Char-
don, loc. cit., p. 146.
699
AFRIQUE (ARCHÉOLOGIE DE L';
700
laquelle les archéologues ont présenté des conclusions
parfois bien opposées1. Nous nous en tiendrons donc à
l'exposé de ce qui parait incontestable (voir fig. 13) :
1° La basilique proprement dite (avec son abside et ses
sacristies), l'atrium et l'escalier qui la précède, la cha-
pelle tréflée, flanquée de quatra salles carrées, sont
du IVe siècle; la destination primitive de la basilique
était donc chrétienne. Dès cette époque les bas-côtés ont
dû être surmontés de tribunes2, « car autrement, dit
M. Gsell, qui a fait de cette basilique une étude atten-
tive, l'intérieur eût été trop bas. C'est donc très proba-
blement du ive siècle qu'il faut dater les dosserets
sculptés que l'on a trouvés dans les fouilles et qui comp-
tent, avec ceux de Tigzirt3, parmi les restes les plus
par des corbeaux de moindres dimensions i. Outre que
cette disposition eût été fort disgracieuse, les fouilles da
Tigzirt nous montrent avec évidence qu'ils reposaient
sur les colonnes des tribunes et supportaient des
arcades5. On ne voit pas où se trouvaient les esca-
liers conduisant aux tribunes dans cette première pé-
riode °. »
2° A l'époque postérieure appartient l'ensemble consti-
tué par la place qui fait face à l'escalier et les portes
monumentales du nord-est et du nord-ouest, les portiques
qui relient ces portes, les deux extrémités de l'escalier
et la grande salle à l'ouest de la place dans laquelle on
a retrouvé une installation complète pour les chevaux.
Cette adaptation de la salle en écurie parait tardive, en
■141. — Vue du chœur et de l'abside de la basilique de T< I
D'après Frz. Wieland, Ein A usflug ins altchristliclie Afrika, in-12, Stuttgart, 1900, p. 89.
curieux de l'ancien art chrétien en Afrique. Ces dosse-
rets ne servaient pas, comme on l'a pensé, à soutenir la
charpente apparente du toit et ils n'étaient pas portés
' Mémoires de la Soc. des antiq. de France, 1844, t. xvii,
p. 17 (plan intitulé : « Ruines d'un temple romain »); Lenoir,
Architecture monastique, 2 vol. in-4", Paris, 1802, t. Il, p. 481-
488 ; Moll, dans l'Annuaire de la Soc. arch. de la prov. de Cons-
tontine, 1860-1861, p. 209-213; Girol, dans le Recueil de la Soc.
arch. de la prov. de Constantine, 18G6, t. X, p. 186-213; Seriziat,
même revue, 1868, t. XII, p. 473-477; Clarinval, même revue, 1870,
t. xiv, p. 005-611 ; de Laurière, dans Rivista archeologica délia
provincia di Como, 1874, fasc. 6, p. 20-27 ; Playfair, Travels m the
foolstcps of Bruce in Algeria and Tunis, in-4% London, 1S77,
p. 109-112; A. Hytrek, dans Bull, di arch. crist., 1882, p. 90, 94-
95, loi ; Graham, Remains of the roman occupation of North
Africa. dans Transactions of the royal hislituteof britixh ar-
chitecte, 1886, nouv. série, t. II, p. 22, plan; Méquesse, dans la
Revue africaine, 1886, t. xxx, p. 477-484; Sériziat, dans le Bull,
de l'académie d'Hippone, 1886, t. xxii, p. 43-46; Audollent, dans
les Mélang. d'arch. et d'hist., 1890, t. x, p. 516; A. Ballu, 2e-
bessa, Lambèse, Timgad, in-8% Paris, 1891, p. 15-20, pi. iv-xm ;
Cli. Diebl, Rapport sur deux missions dans l'Afrique du Nord,
dans les Nouvelles archives des missions, 1893, t. iv, p. 331-
tous cas elle a succédé à une autre disposition dont on
retrouve les amorces des divisions le long du mur de
l'est. La destination de la grande place n'est pas cer-
332; M., L'Afrique byzantine,- in-8*, Paris, 1896, p. 4S
pi. xi; C. Duprat, Monographie de la basilique i
dans le Rec. de la Soc. arch. de la prov. de Constantine
1890. t. xxx, p. 1-87; A. Ballu, Le monastère byzantin de 1 ■-
bessa, in-fol.. Paris, 1897; S. Gsell, dans les tiélang. d'arch. et
d'hist., 1898, t. xvin, p. 120 sq. ; 1899, t. xix. p. 73-75 ; 1900, t. x\,
p. 130; Un missionnaire des Pères blancs, La basilique de Thé-
veste et le l'emple de Jérusalem, dans Nuovo bull. di arch.
Criât., 1899, p. 51-63; Fr. Wieland, Eïn Ausftug ins aitchrist
Afrika, in-12, Stuttgart, 1900, p. S3 99; Ch. Dichl, Justinien et
la civilisation byzantine <tu rr siècle, in-V, Paris. 1901, i
fig. 170; S. Gsell, Monum. antiq. de l'Algérie. in-S\ Paris, 1901,
t. il, p. 265-291. — * « A Rome, les plus anciens exemples des
tribunes au-dessus des bas-cotés datent de la lin du VT siècle, niais
en Orient comme en Afrique, cette disposition se rencontre Uu
plus tôt; voir P. Gavault, Étude sur les ruines de Tigznt.
p. 65. » Gsell, dans les Mélang. d'arch. et d'Iiisl.. 1898, t. xvm,
p. 122. — 'Gavault, loc. cit., p. 25 sq. — 'A. Hall
Lambèse, Timgad, in-8*, Paris, 1894, p. 19. — ' Gavault, loc. cit.,
p. 29, et lig. à la p. 73. — * Gsell, loc. cit., p. Itt
701
AFRIQUE (ARCHÉOLOGIE DE L']
702
taine : était-ce un marché? un cimetière? ou simplement
un jardin divisé en quatre compartiments? Cette der-
nière hypothèse, la plus simple, est peut-être la meilleure.
Cet ensemble est disposé suivant un axe différent de
celui du premier ensemble.
3° Le baptistère (à l'est de l'atrium), la salle située au
nord de la chapelle tréllée et en communication avec
elle, les cages d'escalier construites devant l'atrium, enfin
les chambres appliquées contre trois des côtes de la basi-
lique, exception faite pour celles qui sont situées du
côté du perron de l'atrium entre la cage de l'escalier et
le portique, toutes ces constructions appartiennent à
une troisième époque. C'est vers le même temps que
M. Gsell fait dater l'enceinte fortifiée . « On la croit byzan-
tine, ajoute-t-il, ce qui ne me parait pas incontestable :
le mode de construction n'est pas celui que les Byzantins
employèrent généralement dans leurs ouvrages militaires
en Alrique1. »
4° Postérieurement à la construction de l'enceinte se
place celle de la petite église située au nord-est de la
saïque nous donne la date de la pose des fondations,
21 novembre 324, année 280 de l'ère provinciale :
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MENTE HABEASiUHIA
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DEO VIVAS3
Prévost, de la relation duquel sont tributaires toutes
les descriptions*, ajoute que de petits bâtiments, sacris-
ties ou habitations, étaient adossés au mur postérieur de
l'église; l'une de ces pièces parait avoir été une salle de
bains.
La disposition adoptée à Orléansville a dû être aban-
donnée de bonne heure, car nous ne la retrouvons plus
dans les édifices, tous postérieurs à la basilique de Repa-
142. — Baptistère d'El-Kantara. D'après de la Blanchère, Collection du Musée Alaouï, 1890, fasc. 1, p. 56.
chapelle tréflée et dont l'abside est insérée entre deux
contreforts (fig. 141).
L'importance exceptionnelle de ce monument ne se
prête guère à une description sommaire, on en traitera
ailleurs avec le développement et la précision qu'il com-
porte. Voir Monastère.
XXI. Baptistères. — Il semble qu'à aucune époque
la disposition des baptistères ait fait l'objet d'une régle-
mentation. Leur emplacement et leur ordonnance pa-
raissent laissés au goût du clergé ou du donateur ou à
l'ingéniosité de l'architecte. Parlais le baptistère est in-
stallé dans l'église même, c'est le cas à Orléansville où
il semble que primitivement les lonts baptismaux fussent
établis sur l'emplacement occupé plus tard par la contre-
abside et le tombeau de l'évêque Reparatus. La présence
de deux canaux, venant d'un réservoir et passant contre
le mur, rend cette hypothèse très vraisemblable2; elle est
d'autant plus cligne d'attention que le pavement en mo-
1 S. Gsell, loc. cit., p. 123 sq. — s Prévost, dans la Bévue
archéol., 1848, t. iv, p. 059-664. — 3 Moniteur algérien,
14 octob. 1843; Akhbar, 19 octob. 1843; A. Berbrugger, dans
la Revue africaine, 1856-1857, t. i, p. 428-429; 1868, t. xn,
p. 144-147 ; Prévost, dans la Revue archéol., 1848, t. iv, p. 664,
fig. 78 ; Pontier, Souvenirs d'Algérie, in-8% Orléansville, 1850,
p. 69 ; L. Renier, Recueil des inscr. roin. de l'Algérie, in-fol.,
Paris, 1S55, n. 3700; Corp. inscr. lut., t. vin, n. 9708. Cf.
Ant.-Ad. Dupuch, Fastes sacrés de l'Algérie chrétienne, in-8°,
Bordeaux, 1848-1850, t. iv, p. 431-433; Ibos, Notice sur la mo-
saïque d' Orléansville, in-8°, Alger, 1895. — ' Les ruines, décou-
vertes en 1843, ont été enfouies de nouveau; elles se trouvent
sous l'emplacement actuel de la place du marché. — s S. Gsell,
Monum.antiq.de l'Algérie, in-8% Paris, 1901, t. n,p.l98, fig. 122.
— * P. Gavault, Etude sur les ruines romaines de Tigzïrt,
ratus. Nous parlons avec détail du baptistère de Casti-
glione (voir plus loin, n. XXII) ; à Gouéa, région de Mé-
déa, le baptistère était établi dans une salle à droite de
l'abside parallèlement à la sacristie 5. Dans le cas le plus
ordinaire le baptistère est un édifice distinct et séparé de
l'église, mais peu éloigné d'elle. Suivant les ressources
locales ou la prévoyance des fondateurs le baptistère est
flanqué de diverses salles qui ont servi de consignaloria
ou de tepidaria. A Morsott et à Tipasa les consignaloria
étaient pourvus d'une abside, c'était dans ces salles que
les néophytes recevaient le sacrement de confirmation;
on trouve aussi des tepidaria où ils pouvaient aller se
réchaufler et reprendre leurs vêtements.
Plusieurs baptistères d'Afrique se sont conservés d'une
manière suffisante pour nous permettre quelques obser-
vations positives au sujet de ces édicules. La forme cru-
ciale à branches arrondies, qui est celle du baptistère de
Tigzirt (fig. 134) 6, est étroitement apparentée avec les
1897, p. 89 et fig. 1 de la p. 7; A.-L. Delattre, Basilique de Da-
mous-el-Karita, Carthage, 1892, in-8", Constantine, 1892, pi. Pour
les chapelles et absides tréflées eu Afrique : Carthage, cf. A. De-
lattre, dans le Rec. de la Soc. arch. de la prov. de Constantine,
1890-1891, t. xxvi, pi. i; Zaouïa de Sidi-Moham med-el-Gebioui,
et. Saladin, dans les Archiv. dos missions scient., IIP série, t. xm,
p. 34, fig. 41;Fernana, près de Souk-el-Arba, cf. J. Toutain, dans
le Bull. arch. du Comité des trav. hisl., 1882, p. 175, pi. xvm;
Rec. de la soc. arch. de la prov. de Constantine, 1870. t. xiv,
pi. Viu; Tébessa, Ibid., 1882, t. xxu, pi. xvm, n. 5; Aguem-
moun-Oubekkar, cf. de Vigneral, Ruinps romaines de l'Algérie
Kabylie : du Djurdura, in-8% Paris, 1808, p. 89, pi. xiv, fig. 15;
Kherbet-bou-Addouten, au sud-esl, de Sétil, cf. S. Gsell, Re-
cherches archéologiques en Algérie, in-8% Paris, 1893, p. 179,
Se. 25.
703
AFRIQUE (ARCHÉOLOGIE DE L')
704
baptistères trèfles de Damous-el-Karita, à Carthage, et de
Tébessa (fig. 13 ) '. Cette disposition se retrouve en
Lycie 2, d'où elle pourrait bien être originaire, et à Cas-
tiglione, entre Alger et Tipasa 3, à El-Kantara, dans l'île
de Djerba4; enfin en Gaule s. Cette forme de croix à
branches recourbées est d'ailleurs un des ornements les
plus fréquents en Afrique G.
Le baptistère d'El-Kantara (l'ancienne Meninx) (fig.142),
dans l'ile de Djerba, est un ouvrage fait au moyen de
matériaux de remploi : huit pièces de marbre blanc dont
quatre se plaçant en croix, les quatre autres se contour-
nant. « Le tout était évidemment emboîté dans une
maçonnerie. Ces morceaux sont fort gros : le plus petit
n'a pas loin d'un demi-mètre cube, le plus grand a tout
près d'un mètre. Il est probable que cet ensemble, avec
le blocage qui le complétait, était placé, dans le baptis-
tère d'où il provient, soit au ra^ du dallage, comme c'est
le cas ordinaire, soit avec une saillie égale à une marche.
Dans chacun des quatre grands blocs qui constituent la
cuve même, est évidée une descente de trois degrés7. »
Le baptistère de Tébessa, dont nous donnons un plan
et une vue (fig. 143 et 144), n'est pas le local destiné à
r
143. — Plan du baptistère de Tébessa.
D'après S. Gsell, Monuments antiques de l'Algérie,
t. Il, p. 430, fig. 135.
cet usage dans la construction primitive ; il appartient
à la troisième époque des remaniements. Le baptistère,
pendant la première époque, a pu être placé dans la
salle tréflée, laquelle aurait été pourvue d'une piscine
centrale, piscine remplacée plus tard par un autel. Cette
disposition est assez probable si on considère que la
salle trétlée est de la première époque et que la même
forme se retrouve à Tigzirt; quoi qu'il en soit, le baptis-
tère d'époque postérieure est appliqué contre Yatrium
dans lequel on a pratiqué une baie pour lui donner accès.
* C. Duprat, Monographie de la basilique de Tébessa, dans
le Recueil de Constantine, t. xxx, pi. en regard de la page 59.
Voyez la même disposition à Rome, chapelles de Saint-Sixte,
Sainte-Sotère, Sainte-Symphorose (voir Abside, col. 186), Bull,
archéol. du Comité des trav. hist., 18i»3, p. 8. — !V. Schultze,
Arcliàologie der altchristlichen Kunst, in-8-, Mùnchen, 1895,
p. 77. — 8Grandidier, Élude sur la basilique de Castiglione
entre Alger et Tipasa, dans le Bulletin de la Société d'ar-
chéulogie du diocèse d'Alger, 1895, t. i, p. 112. — * R. de la Blan-
chère, Collections du musée Alaouï, in-4% Paris, 1890, p. 52.
— B Grégoire de Tours, De gloria martyrum, 1. I, c. xxiv,
P. L., t. lxxi, col. 725. — " Dans les mosaïques en particulier. Cf.
Annuaire de la soc. arch. de la prov. de Constantine, 1860-1861 ,
pi. m ; Recueil de la Soc. arch. de la prov. de Constantine, 1866,
t. x, pi. xxvii ; Revue africaine, 1883, t. xxvii, pi. I, à l'article
de la page 400; Bull. arch. du comité des trav. hist., 1886,
pi. iv, p. 122; Archives des missions scient., III- série, t. xm,
p. 65, 107; H. -A. Delamare, Exploration scient, de l'Algérie,
Le sol y est en contre-bas de 0m50, l'on y descend par
trois marches. La salle, précédée d'un vestibule, mesure
4m80 sur 3m90; elle contient une piscine circulaire dont
le fond ne mesure que 0m85 de diamètre, dans laquelle
on descend par trois degrés circulaires. Bassin et marches
sont revêtus de béton, une grille devait régner autour
de l'orifice de la cuve.
Des fonts baptismaux trouvés dans une basilique chré-
tienne à Sainte-Marie du Zit, au sud-est de Zaghouan,
forment une croix aux branches arrondies 8. L'une de
ces branches était fermée à l'aide d'un devant de sar-
cophage païen faisant fonction de balustrade et repré-
sentant les Trois Grâces et les Quatre Saisons en bas-
relief. Il est probable que cette clôture était le lieu où se
plaçait l'évëque. On remarque qu'on a trouvé des fonts
baptismaux de même forme à El-Kantara 9 et même en
Espagne, à Burguillos 10.
A Vasampus (?) au nord de Tébessa, nous trouvons des
fonts de forme carrée u; à Rusgunise (cap Matifou) ,2,
darfs une intéressante basilique, la piscine est rectan-
gulaire; à Rusuccuru (Tigzirt), elle est ronde13. Cette
dernière est suffisamment conservée pour nous fournir
quelques renseignements certains. La hauteur extérieure
de la cuve est d'au moins 0m45, le diamètre mesure
lm80; tout l'intérieur est cimenté. L'eau y était apportée,
car la seule conduite existante sert à vider le bassin. On
descend trois degrés pour atteindre le fond de la piscine,
et toutes ces dispositions sont semblables à celles adoptées
à Tipasa G. A l'extérieur on remarque une sorte d'estrade
en béton qui permettait d'atteindre au niveau du rebord
de la cuve sans être dans l'obligation de l'enjamber. Le
bassin est flanqué de quatre colonnes (diamètre 0m33)
qui devaient supporter une architrave à laquelle on
accrochait probablement les rideaux qui cachaient la
nudité des néophytes aux regards indiscrets '*.
Les baptistères de la province Proconsulaire bâtis à
l'époque byzantine nous montrent que les architectes afri-
cains de ce temps ne s'astreignaient pas à l'imitation
servile des modèles grecs ou romains, mais qu'ils réus-
sissaient, en modifiant les types en vogue, à faire preuve
d'une réelle originalité. Sur onze baptistères relevés
jusqu'ici dans celte province, quatre seulement, dont
trois à Carthage même, reproduisent servilement les
types byzantins '•■.
Les fouilles opérées dans la basilique de Dermech,
terrain Ben-Attar, à Carthage, nous ont rendu un débris
du mobilier du baptistère de cette église; il a été trouvé
près de la citerne gauche de l'autel et consiste en « une
petite vasque en marbre blanc, calotte sphérique accostée
de quatre oreillons, l'un réservé pour le bec de la
cuvetle, les trois autres portant les trois premières
lettres de l'alphabet A, B, C » ". Afin de comprendre l'im-
portance de cet objet, il faut se reporter à ce que nous
avons dit au sujet d'un vase trouvé à Carthage, ayant
fait partie d'un mobilier de baptistère et portant ces mêmes
lettres A, B, C. Voir Abécédaire, col. 53.
in-fol., Paris, 1850, pi. 11. — ' R. de la Blanchère, Collections du
musée Alaouï, in-4-, Paris, 1890, p. 51 sq. — • P. Gauckler, dans
les Comptes rendus de la marche du service des antiquités
en i891, in-8*, Tunis, 1898, p. 7; Comptes rendus de l'Acad.
des inscr., 1898, p. 643. — • La Blanchère et Gauckler, Catalogue
du musée Alaouï, p. 51. — l8 Rolelin de la real Academia de la
Historia, 1S98, t. xxxn. p. 359. — " Mélang. d'arch. et d'hist.,
1901, t. xxi, p. 225. — <! Uélang. d'arch. et d'hist., 1901, t. xxt,
p. 233. — ,3S. Gsell, Mélang. d'arch. et d'hist., t. xiv, p. 366.
C'est le cas le plus fréquent, cf. S. Gsell, Afonum. antiq. de l'Al-
gérie, t. h, p. 153, note 2. — "P. Gavault, Essai sur les ruines
romaines de Tigzirt, 1897, p. 69; S. Gsell, Monum. atttiq. de
l'Algérie, in-8*, Paris, 1901, t. n, p. 303. — «» Communication
de P. Gauckler à l'Académie des inscript. Cf. L. Dorer,
Bulletin mensuel, dans la Revue archéol., 1901, t. xxxix,
p. 428. — ,0 P. Gauckler, Notes d'épigraphie latine en Tunisie,
dans le Rult. arch. du Comité des trav. hist., 1901, p. 130,
n. 28.
705
AFRIQUE (ARCHÉOLOGIE DE L']
706
XXII. Crypte-baptistère. — Le village de Castigiione
(44 kil. à l'ouest d'Alger, 24 kil. 500 à l'est de Tipasa)
est élevé sur un bourg antique l dont les ruines ont
presque entièrement disparu. La basilique chrétienne
n'offre guère d'intérêt que par sa crypte creusée dans le
tuf au-dessous de l'abside et des sacristies *. Elle repro-
duit exactement la disposition et les dimensions des
constructions qu'elle supporte. Cette crypte et celle de
Bénian sont, jusqu'à ce jour, les seuls exemplaires
connus dans les édifices chrétiens d'Afrique3, car à
Kherbet-bou-Addoufen on n'a affaire qu'à une sorte de
catacombe*. Cette crypte a servi jadis de baptistère;
« au milieu de la salle centrale, M. Grandidier a constaté
fouilles de Tigzirt. Dans notre église, les deux pièces
latérales de la crypte étaient évidemment des dépen-
dances de la salle où l'on baptisait; c'est là sans doute
que les catéchumènes se dépouillaient de leurs vête-
ments1. » La construction de la basilique paraît remonter
au Ve siècle (fig. 145).
L'abside de l'église supérieure est surélevée de 2m10
et revêtue d'une couche de béton, elle est profonde de
6 mètres, et, si elle était flanquée de sacristie, elle ne fai-
sait pas saillie sur le parallélogramme de la basilique.
En avant de l'abside deux massifs de blocage empiétaient
sur la nef8 et flanquaient un passage couvert qui con-
duisait au moyen de quelques marches clans une salle
144. — Vue du baptistère de Tébessa. D'après une photographie du Service des monuments hist^iiqu
S. Gsell, Monuments antiques de l'Algérie, t. n, p. 282.
l'existence d'une construction en pierres de taille délimi-
tant une cuve en forme de croix aux branches arrondies.
Ce sont là, sans nul doute, les fonts baptismaux. On voit
une cuve de forme analogue au musée de Tunis; elle a
été trouvée dans l'île de Djerba 5. Grégoire de Tours en
décrit 6 une semblable : Piscina est apvd Osen campum
(en Lusitanie) anlirjtiitus sculpta et ex marmore varia
in nwduni crucis miro composila opère. Cette forme
pouvait être donnée au baptistère lui-même; tel était
celui que P. Gavault a tout récemment trouvé dans les
1 A. Berbrugger, dans la Revue africaine, 1861, t. v, p. 361. —
♦Outre la partie taillée, il y a aussi une partie en maçonnerie. Il
ne taut pas compter au nombre des cryptes les souterrains funé-
raires d'OrléansviUe et de Gouéa, simples caveaux ménagés,
semble-t-il, dans le soubassement du presbyterium. S. Gsell,
Monuments antiques de l'Algérie, in-8% Paris, 1901, t. Il, p. 144
et note 2. — SM. Bertrand, Note sur la basilique de Castigiione,
dans le Bull. arch. du Comité des trav. hist., 1896, p. 140;
Grandidier, dans le Bulletin de la Soc. d'archéol. du diocèse
d'Alger, 1900, t. i, p. 99-116. — * Cf. S. GseU, Recherches
archéologiques en Algérie, in-8°, Paris, 1893, p. 181 : i Le sou-
DICT. d'arcii. CIinÉT.
souterraine au centre de laquelle se trouve une piscine
baptismale consistant en un massif carré de maçonnerie
de 2m15 de côté et s'élevant à 0m30 au-dessus du sol ; le
diamètre de la cuve est de lm10 et la profondeur 0m70.
On y descend par quatre petits escaliers, deux arrondis
et deux rectangulaires, formant une croix. La piscine se
remplissait à la main, mais le conduit d'évidement de l'eau
existe encore. De chaque côté de la salle se trouvent
deux salles : l'usage de celle de gauche n'est indiqué
d'aucune manière; celle de droite, qui communique avec
terrain, creusé dans le tuf, a au moins 60 mètres de long ; la
largeur est d'environ 2 mètres. De chaque côté sont creusées
dans la muraille des cases « en forme de mangeoires de che-
« val », dans lesquelles ont été déposés les morts. Il y en a plu-
sieurs rangées superposées. Le devant de ces cases était fermé
par des briques. » — 5B. de la Blanchère, Collections du mu-
sée Alaouï, in-4% Paris, -1890. p. 51-52. — "De gloria marty-
rum, 1. I, c. xxiv, P. L., t. lxxi, col. 725. — 7 M. Bertrand, loc.
cit., p. 141. — 8A chaque extrémité se trouvaient les petits esca-
liers en bois donnant accès à l'abside et marqués en pointillé sur
le plan.
I. -Ï3
707
AFRIQUE (ARCHEOLOGIE DE L'}
708
le bas-côté droit par un escalier, a pu servir de consigna-
torium, car on y voit encore une petite niche semi-circu-
laire qui a pu servir à recevoir les ustensiles du culte;
145. — Crypte-baptistère de Castiglione.
D'après S. Gsell, Monuments antiques de l'Algérie,
t. h, p. 188, fig. 120.
en outre on a trouvé jadis en cet endroit un bloc de
pierre, creusé d'une cavité carrée, dont le couvercle
s'insérait dans les feuillures : peut-être était-ce le réci-
pient des saintes huiles.
XXIII. Vase a ablutions. — A ce que nous venons de
dire sur les églises d'Afrique nous devons ajouter la
description d'un monument qui parait être la vasque
de l'une de ces fontaines {cantharns, phialsc), que l'on
plaçait jadis au centre de l'atrium qui précédait l'église.
Voir Ablutions. Ce fragment a été rapporté des environs
de Zaghouan, en 1889 ; il est en pierre très dure et offre
l'aspect d'une table qui a dû mesurer en longueur 0m80
sur 0m65 de largeur et 0m15 d'épaisseur. Le centre est
creusé en forme de cuvette d'environ 0m42 de diamètre.
L'alimentation de cette cuvette pouvait se faire au
moyen d'un jet d'eau, mais le fragment ne comprend pas
cette partie. Aux angles existaient des cavités destinées
probablement à recevoir des colonnes supportant une
petite coupole qui devait recouvrir la fontaine; « ce se-
rait, dit Mor Duchesne ' , en petit une disposition analogue
à celle du cantharus de Saint-Pierre de Rome, et dont il
nous reste quelques descriptions et même un dessin 2. »
Sur la tranche on lit cette inscription fréquente en
Afrique (fig. 146) :
GLORIA IN EX(ce!sis Deo)
XXIV. Autel. — On employait en Afrique les autels
en bois et les autels en pierre. 11 ne reste sur les pre-
miers que le témoignage des auteurs contemporains3,
endant on a trouvé dans la basilique de Tébessa le
cadre de pierre qui portait l'autel en bois. Dans un
espace circonscrit par une clôture de dalles, on voit, à
3m10 de l'abside, un cadre rectangulaire affleurant le
sol. Il mesure 4m20 de longueur sur 3m60 de largeur;
Formé de deux rangées juxtaposées de pierres de taille,
lesdimensionsdu champ sont 2m40 surlm40. D'autres ves-
tiges d'autels, mais ceux-ci en pierre, ont été trouvés à
Henchir cl Begueur (voir plus haut), à Kherba *, à Kherbet
el Ousfane 5, à Sériana où une dalle présente une ca-
• L. Duchesne, Cuvette de fontaine et jambage d'autel, dans
H. de la Blanchère, Collections du musée Alaouï, in-4\ Paris,
1890, p. 45. — «De Rossi, Bullettino di arch. crist., 1881, pi. v,
n. 1 ; le Liber pontiflealis, édit. L. Duchesne, in-4*, Paris, 1834,
t. i, p. 266, note 23. — »S. Optât, De schism. donatist , 1. II,
c. xxi; 1. VI, c. I, P. L., t. xi, col. 976, 1063; S. Augustin,
Contra Cresconium, 1. III, c. xlvÎi, P. /.., t. xlui, col. 524 ;
vite rectangulaire (0m33 de :long, 0m22 de large. 0m035
de profondeur) qui renfermait sans doute un reliquaire
et que surmontait la table d'autel en bois ; à El Touel,
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— Vasque servant aux ablutions.
D'après R. de la Blanchère, Collections du musée Alaouï,
pi. m, n. -J, 3.
au sud de Biskra, l'autel était construit en galets 6, au
centre de la maçonnerie se trouvait un bloc de travertin
(0m87 + 0m53) creusé en auge et contenant des re-
liques dans un vase d'argile; à Zoui, dans la région de
Kenchela, on a trouvé dans la basilique une large dalle
percée à son centre d'une ouverture carrée, à côl
cette dalle on a déterré une inscription perlant la li-!i
des noms des saints dont l'autel contenait quelques re-
liques1.
Nous pourrions citer bien d'autres exemples. La table
de l'autel recouvrait tantôt un coffre contenant de-
liques, comme à Aïn Zirara, à Biar Haddada, à Guelma.
à Sériana, a Kl Toual, à Sétif, à Sidi Ferruch ; tantôt des
coffres contenant des reliques, c'est le cas à Lambèse. à
Tipasa, dans la basilique de Sainte-Salsa et dans la
chapelle d'Alexandre: a Gouéa, à Henchir el Hammam,
à Mrakhib Thala, à Orléansville.
Une particularité assez notable que nous rencontrons
plusieurs fois en Afrique, c'est l'emplacement de l'autel
Epist., ci.xxxv. n. 27, P. I... t. xxxiii. col. 805; Collât. Carthag.
anno 4ii habita. P. L., t. xi, col. 1316. — *De Rossi. Lacap-
sella argenlea a/ricana, in-fol., Roma, 1889, p. 30. — i Graille*
et S. Gsell, dans les Mélang. cTarch. et dhitt.. 1894. t. xiv,
p. 571-574; S. Gsell, Monum. antiq. de FAIgérie, in-8\ Paris,
1901, t. n, p. 247. — «S. Gsell, op. cit., t. n, p. 338. — ''Corp.
inscr. lat., L vin, n. 17653.
709
AFRIQUE (ARCHÉOLOGIE DE L')
710
dans les basiliques. A Thelepte, il existe trois églises
jans lesquelles l'autel se trouvait à quelques mètres en
avant de l'abside ' :à 5 mètres dans la \™ (36 mètres
de longueur), à 2ra60 dans la 2e (18 mètres de lon-
gueur), à 2 mètres dans la 3e (25 mètres de longueur).
Dans la grande basilique de Carthage (Damous-el-
Karita) l'autel se trouve presque au milieu de l'édifice à
24 mètres en avant de l'abside 2. Disposition semblable
probablement à Sertei 3, où l'autel est à 8 ou 9 mètres
en avant de l'abside. Dans la chapelle d'Alexandre à
Tipasa, l'autel ne se trouvait pas dans l'abside, mais
i l'opposé sur un bêma ou estrade, adossé au mur du
bas de l'église et qui, à cause de son élévation, était
désigné, dans l'inscription dédicatoire, par le mot : cul-
mina*.
A Tigzirt, au contraire, l'autel était au milieu de l'ab-
side 5 ; à Aguemmoum-Oubekkar (Kabylie), à l'entrée de
l'abside tréflée 6.
On voit que l'usage était plutôt favorable à l'isolement
de l'autel ainsi que l'insinue cette parole de saint Au-
gustin : Mensa Christi est Ma in medio constituta 1.
Voir Autel.
Une pierre trouvée dans l'amphithéâtre de Carthage,
marquée d'une croix et présentant un godet circulaire
de 0ra08 de diamètre, parait bien être une pierre d'autel
improvisé 8. A Ouled-Aglatt (aujourd'hui Lecourbe), à
2 kilomètres de la route qui relie Tazmalt à Bou-Sada,
se trouvent les ruines d'une ville romaine ayant possédé
une basilique chrétienne sans grand intérêt. Dans
l'abside cependant se voient deux dalles perpendiculai-
rement dressées sur le sol et qui supportent une autre
dalle de grès jaune, placée horizontalement ; c'est l'antique
autel 9. A Zana, l'ancienne Diana Veteranorum, « ville
la plus forte de la contrée, » dit Moula Ahmed 10, on
trouve, derrière le fortin bâti autour de l'arc de triomphe,
une église en forme de basilique dont l'autel porte une
croix inonogrammatique ".
Nous reproduisons ici un précieux monument
d'Afrique provenant de la basilique de Henchir-el-
Begueur, région de Tebessa : une table de pierre carrée
ayant servi d'autel et portant au centre une cavité qui
n'est autre que le loculus des reliques. Sur la tranche
de cette table se lit cette inscription :
MEMORIA
VACTIMO
NTANI
Ce saint Montanus est le célèbre martyr dont nous
possédons les Actes, qui mourut à Carthage en 259 12.
La table mesure un mètre sur chacun de ses côtés,
elle a 0m24 d'épaisseur. Le loculus cylindrique a 0m09
de profondeur et 0m25 de diamètre, son couvercle carré
n'a pas été retrouvé (fig. 147).
La découverte de la petite basilique de Aïn-Zirara (à
8 kilomètres dAïn-Beida, en Numidie, entre Tébessa et
* Pedoya, Lavoignat et de Pouydraguin, dans le Bull, archéol.
du Comité des trav. hist., 1885, p. 142, 148-149; 1S88, p. 178.
Même fait à El-Toual, au sud de Biskra, cf. Massie, dans le Rec.
de la Soc. arch. de la prov. de Constantine, 1882, t. xxil, p. 4C9.
— - A.-L. Delattre, dans le Bec. de la Soc. arch.. de la prov. de
Constantine, 1890-1891, t. xxvi, p. 186, pi. — 3 S. Gsell, La
basilique de Sertei, dans les Mélanges G -B. De Bossi, in-8%
Paris, 1892, p. 353, et Recherches arch. en Algérie, in-8% Paris,
1893. p. 29. — * J.-B. Saint-Gérand, La basilique de Tipasa, dans
le Bull. arch. du Comité des trav. hist., 1892, p. 475-477;
L. Duchesne, dans les Comptes rendus de l'Acad. des inscr.,
1892, p. 80 sq. — 5 S. Gsell, Becherches arch. en Algérie, p. 28,
note 1. — °C. de Vigncral, Ruines romaines de l'Algérie; Ka-
bylie du Djurdura, in-8% Paris, 1868, p. 89, et pi. xiv, fig. 1. —
'S. Augustin, Serin., cxxxn, c. I, P. t., t. xxxvm, col. 735. —
•A. Delattre, rouilles de l'amphithéâtre de Carthage (1896-1897),
dans les Mém. de la Soc. des antiq. de France, 1896, p. 187.
Voyez encore une pierredans laquelle on a creusé sept cavités. Ca-
Constantine) a permis d'éclairer plusieurs points concer-
nant l'aménagement de l'autel des basiliques. Une fouille
opérée à l'angle septentrional de l'édifice fit découvrir
à lm50 de profondeur une pierre rectangulaire mesu-
147. — Table-autel à Henchir-el-Begueur.
D'après le Bulletin de la Société des antiquaires de France,
1880, p. 270.
rant f>38 de long sur 0m32 de large et O20 de hau-
teur. Une cavité ovale avait été pratiquée au centre de
la/ace supérieure de la pierre, elle mesurait 0m30 sur
0m15 et on y avait déposé un coffret d'argent de forme
ovale qui avait dû, à en juger par les débris accumulés
dans la cavité, être enfermé dans une boite en bois
munie de deux charnières d'argent et d'un crochet de
même métal, servant d'étui à la cassette 13 (fig. 148).
« L'orifice de la cavité et presque toute la surface de
la pierre étaient recouverts par une dalle en pierre de peu
d'épaisseur. Au-dessus de cette dalle était construit, se-
lon les dimensions de la pierre rectangulaire, comme
un tombeau dont les quatre faces étaient formées par
quatre autres dalles jointes et placées debout^. » La dé-
couverte des petits pilastres du cancel (hermulse) " à
gnat, dans les Archivez des miss, scientif., 1885, p. 17, n. 20. —
9 A. Milhavet. Note sur les ruines du village de Lecourbe, dans
le Bull. arch. du Comité des trav. hist., 1898, p. 360 sq. —
10 Ragot, dans le Rec. de la Soc. arch. de la prov. de Constan-
tine, 1873-1874, p. 226. — » Ch. Diehl, dans Nouvelles archives
des missions scientif., 1893, t. iv, p. 302, fig. — «-De Bosiedon,
dans les Mém. de la Soc. arch. de la prov. de Constantine. t m,
p. 22 ; De Rossi, Bull, di arch. crist., 1880, p. 74, pi. iv ; Héron de
Villeiosse, dans le Bull, de la Soc. des antiq. de France, 18S0,
p. 270 sq. ; Corpus inscr. lat., t. vm, n. 10665, 17607; la lecture
Vacti Montini ne fait plus de difficulté, il faut lire Sancti. (.1 De
P.ossi, loc. cit. — 13De P.ossi, Lacapsella argentea, in-lol., Rorna,
1S89, 36 p. et III pi., traduct. J. de Laurière, La capsella d'argent
africaine, dansle Bull, monumental, 1889, p. 315-397.Ct. De Rossi,
Bull, di arch. crist., 1887, p. 118-129. — '* De Rossi, op. cil., p. 10,
êitant une description de visu de M«' Toulotte. — ,5De Rossi,
Roma sotterr., in-fol., Roma, 1877, t. ni, p. 439; H. Holtzinger,
Kunsthistorische Studien, in-8% Tubiugen, 1886, p. 43 sq.
741
AFRIQUE (ARCHÉOLOGIE DE L')
712
l'endroit où se trouvaient l'abside et le loculus des reliques
invite à croire que la cassette aux reliques a été trouvée
dans le bêma (chœur) et le sanctuaire, c'est-à-dire à
tanie Césaréenne. C'est une table d'autel en pierre cal-
caire mesurant 1»25 de largeur, lm12 sur les petits'
côtés, 0m15 d'épaisseur. Elle porte une bordure d'un
148. — La capsella argcntea africana. D'apiès une pliotograpnie.
l'emplacement môme de l'autel. Les dimensions de la
cassette sont : 0»16 de longueur, 0m08 de largeur,
0m10 de hauteur, avec le couvercle. Le petit coffre formé
de quatre dalles placées verticalement en carré était
donc superposé à la cassette contenant les reliques;
c'est dans ce coffre que les fidèles déposaient les linges
(braiidra) et autres objets de dévotion qu'ils voulaient
faire toucher au sépulcre vénéré (fig. 149). « Pour ce
rite, dit De Rossi, était appropriée la petite fenêtre ouverte
sur la face ou dans le soubassement de l'autel, et qui
permettait de plonger le regard et le bras dans la ca-
taracta, ou simplement dans le vide qui séparait le sé-
pulcre inférieur de la table supérieure '. » Il est possible
cependant que le coffre en question ait servi à abriter
des reliques, peut-être celles quYnumérait une inscrip-
tion dont on a trouvé les débris vers le milieu de la
basilique ■.
A ces quelques monuments nous ajouterons celui qui
fut découvert entre Oppidum et Tigaras dans la Mauré-
' De Rossi, La capsella, p. 10; Iloma solterr., t. m, p. 425 sq. ;
Bull, di arch. crist., 18S7, p. 102 sq. ; G. Rohault de Fleury, La
messe, in-4", Paris, 1883, t. i, pi. xxvi sq. « Un authentique de
plomb a été décuuvert en Mauritanie Sétifienne dans une cassette
de terre cuite, renfermée de la môme manière que notre cap-
pella d'argant, sous une pierre carrée (table d'autel). > De Rossi,
relief peu marqué et près des deux bords des grands-
côtés on lit • :
POSTVLATTIBVS A CREATURE DEO ET £ ME
MOR1A SArCTORVM PETRI ET PAVLI DESIDE
R#E ONESTA AARE CVM GRATIA
PL"RONIANVS CASS1VS ET PATRÎCIVS CVM SVIS
IN HOC TABERNACVLO PRO SVA PRECE POSVERVNT
Postulaiitibus bénéficia a créature Dca cl Cliristo
La capsella, p. 10. Cf. Poulie, dans le liée, de la Soc. arch. de
la prov. de Constantme, 1873-74, t xvi, p. 411 ; Corp. inscr.
lat., t. vin, n. 8731. — «De Rossi, La capsella, p. 15, pi. m ; Rous-
set, dans le Bull, de corresp. africaine, 1884, p. 315; Ephem.
epigr., t. vu, n. 334; Corp. inscr. lat., t. vm, n. 17746. — ' D»
Rossi, La capiella argentea africana, in-fol., Roma, 1889, p. 30.
713
AFRIQUE (ARCHÉOLOGIE DE V)
714
memoria(m) sanctoritm Pétri et Pauli desiderante
(H)onesta mettre cum Gratia sorore ? Petronianus,
Cassius et Putricius in hoc tabernaculo pro sua prece
posuerunt.
« Dans le milieu de la table, écrit De Rossi, il n'y a pas
de creux pour y déposer la memoria sanctorum Pétri
■>*
fit
;.v
149. — Cassette à reliques et coûi'et à brandea.
D'après De Rossi, La capsella argenlea africana, pi. m, n. 8.
et Pauli, qui doit avoir été mise ou dans un loculus
dans le support de l'autel, ou sous son sol, dans un
petit sépulcre, comme celui de la capsella d'Aïn Zirara.
Sur la face du support, ou sur la face de l'autel, doit
avoir été pratiquée la fenestella confessionis '. Le tout
'III -IH^USrj; y/A^'SSM$JlZ~n
150. — Fenestella d'Aïn-Fakroum.
D'après l'original. Musée du Louvre.
était couvert par le tabernacle, entouré de colonnes, et
peut-être les entre-colonnernents étaient-ils garnis de
transennes 2. L'épigraphe, exemple nouveau du fait,
4 o On voit des exemples remarquables de loculi et de leurs
fenestellse dans des supports d'autels, dans E. Rohault de
Fleury, La messe, in-4°, Paris, 1883, pi. xxvm sq. (cf. Bull, di
arch. crist., 1877, p. 99 sq. ; 1878, p. 37 sq.); H. Holtzinger,
Handbuch der altchristlichen Architektur, in-8*, Stuttgart,
1889, p. 130 sq. Cf. Pulgher, Relazione di scavi net duomo di
Pola, dans Atti delta Soc. Istriana di arch., 1884, pi. XII.
Pour les fenestellse à la place de l'autel et du loculus des reliques
sous sa base, cf. Nesbitt, On the churches at Roma earlier
than H50, dans Archseologia, t. xl, p. 157 sq. ; R. Garrucci,
Storia delV arte cristiana, in-fol., Prato, 1872 sq., pi. 413;
Holtzinger, op. cit., p. 122 sq. » De Rossi, La capsella, p. 31,
notel. Pour l'Afrique citons Rénian, cf. S. Gsell, Monum. antiq.
de l'A tgérie. — * Cf. la représentation exacte de semblables ta-
bernacles entourés de transennse, dans Bull, di arch. crist ,
1869, p. 49, et la fenestella confessionis du tombeau de la mar-
tyre donatiste d'Alamiliaria, Robba, G. Roissier, dans les Comptes
nomme tabernaculum l'ensemble du monument dans
lequel [fut déposée] la memoria des apôtres. Un curieux
spécimen d'une très petite fenestella à deux baies,
adaptée à la façade du petit loculus d'une capsella, a été
découvert en Numidie, à Aïn-Fakroum (fig. 150), entre
Constantine et Ain Beida3. La double arcade est percée
à jour, alin que l'on pût y introduire les mains et dépo-
ser les linges dans le vide au-dessus du loculus de la
capsella. Signalons-en une autre à Satafis dans une ba-
silique chrétienne'* (fiç. 151). La paléographie de l'épi-
151 . — Fenestella de Satafis.
D'après les Mélanges d'archéologie et d'histoire de l'École
de Rome, 1895, t. xv, p. 41, fig. 3.
graphe est du vie siècle5. » Ajoutons que la memoria
il'un autel pouvait être transférée dans un autre autel
comme nous l'apprend une inscription de Calama
(Guelma) :
+ HIC
MEMORIA
PRISTINI
ALTARIS +6
La place des reliques dans l'autel, le loculus ou
« tombeau » était variable. A Henchir el Begueur et à
Zaoui le loculus est creusé dans la table de l'autel;
ailleurs, l'autel repose sur le coffre contenant les re-
liques (voir col . 708) ; ailleurs encore, à Chabet Medabouah
par exemple, le loculus parait avoir été ménagé dans le
pied de l'autel 7. Il n'est pas rare de trouver une inscrip-
tion donnant le détail des reliques contenues dans le lo-
culus; tantôt cette inscription se lit sur la table même8,
tantôt sur le pied 9, tantôt sur un jambage ou sur une
rendus de l'Acad. des inscr., 1899, p. 276 sq. — » Cette pierre a
été décrite par Poulie dans le Rec. de la Soc. arch. de la prov.
de Constantine, 1888-89, t. xxv, p. 413; elle est aujourd'hui au
musée du Louvre, et mesure en largeur 0-215, en hauteur
0-215, en épaisseur 0-OQb ; en hauteur des baies sous les arcs :
0-105, en largeur 0"06. Cf. Corp. inscr. lat., t. vin, n. 18742. —
4 S. Gsell, Satafis (Perigotville) et Thamalla (Tocqueville), dans
les Mélang. d'arch. et d'hist., 1895, t. xv, p. 41, flg. 3. — 5De
Rossi, La capsella, p. 30. — * Reboud, dans le Rec. de la Soc.
arch. de la prov. de Constantine, t. xxn, p. 48; R. Cagnat, In-
script, inédites d'Afrique extraites des papiers de Léon Renier,
dans le Bull, archéol. du Comité des trav. hist., 1887, p. 105; De
Rossi, La capsella, p. 32. — ' Sergent, dans le Rec. de la Soc. de
la prov. de Constantine, 1879-1880, t. xx, p. 79; De Rossi, La
capsella argent, afric, p. 30; Corp. inscr. lat., t. vm, n. 19414;
S. Gsell, Monum. antiq. de l'Algérie, t. il, p. 189. — 'Corp.
inscr. lat., t. vm, n. 10665, 17607. — 9 Ibid., t. vm, n. 19414.
715
AFRIQUE (ARCHÉOLOGIE DE L')
716
pierre placée à peu de distance1. Une pierre trouvée à
Guelma mentionne non seulement les reliques, mais
encore la nappe qui recouvrait l'autel :
+ SVB HEC SACRO
SCÔ BELAMINE ALTA
RIS SVNT MEMORIAE
SCOR MASSAE CANDI
DAE SCI HESIDORI
PVERORV
ROMANI
SCOR TRIV
SCI MARTINI SCl
XXV. Mosaïques. — L'art de la mosaïque a pris en
Afrique un immense développement et un très grand
nombre d'échantillons de ses produits nous sont parve-
nus. « La mosaïque romaine d'Afrique se transtorme
constamment du i« siècle de notre ère au vie, suivant
une loi qu'on peut énoncer ainsi : elle va du réalisme
au symbolisme, du concret à l'abstrait, du décor vivant
au décor géométrique 3. » Ce qui revient à dire que « les
mosaïstes, qui étaient d'abord presque des artistes, sont
devenus de plus en plus de simples manœuvres, fort
indifférents à l'étude de la nature, et que, sachant de
moins en moins dessiner, ils ont été amenés à éviter
de plus en plus les représentations de personnages et
le décor vivant, pour taire dans leurs œuvres une place
toujours grandissante à des motifs ornementaux d'une
exécution facile » *.
L'école des mosaïstes de Sousse eut une période très
florissante et beaucoup de ses ouvrages sont aujourd'hui
sous nos yeux &, par exemple la villa de Sorothus6, le
Virgile entre les muses Clio et Melpomène "'. Mais nous
ne pouvons entreprendre ici sur le domaine de l'anti-
quité profane; les mosaïques chrétiennes d'ailleurs ne
font pas défaut. Les fouilles exécutées à Tbabraca
(aujourd'hui Tabarka) en 1890 ont amené au jour un
grand nombre de tombes chrétiennes à couvercles re-
vêtus de mosaïques8, conservées au musée du Bardo, à
Tunis. Les sujets représentés se ramènent à trois types
principaux : 1° l'orant entre deux flambeaux allumés;
2° le calice où se désaltèrent paons et colombes; 3° les
animaux divers, oiseaux, agneaux, poissons parmi les
fleurs accompagnant parfois le défunt représenté dans
l'attitude de la prière9. Ces mosaïques sont tout à fait
médiocres et ne peuvent être datées plus haut que le
v« siècle, cependant l'exactitude avec laquelle les dé-
1 Aïoum Berichl, Corp. inscr. lat.,t. viu.n. 18656, cf. Bull.arch.
du Comité des trav. hist., 1896, p. 234, n. 40; Kherbet Ma et
Abiod, cf. Cagnat, dans le Bull. arch. du Comité des trav. hist.;
1895, p. 319 ; Mechta el Bir, ci. De Rossi, Bull, di arch. crist., 1878.
p. 25 ; Meslong, cf. S. Gscll, dans le Bull. arch. du Comité des trav.
hist., 1899, p. 454 sq. ; Rouffach, cf. De Rossi, Bull, di arch. crist-,
1875, p. 163-167, 177; 1876, p. 59-63, pi. m, fig. 2; Corp. inscr. lat.,
t. vin, n. 6700, 19353; S. Gsell, loc. cit., 1899, p. 452 sq. ; Sétif,
ci. Corp. inscr. lat.. t. vin, n. 8630, 8632; De Rossi, La capsella.
p. 16; Zoui, Corp. inscr. lat., t. vin, n. 17653. — «De Rossi, Bull,
di arch. crist., 1894, p. 39. — 3P. Gauckler, dans l'Association
française pour l'avancement des sciences, Tunis, 1896, t. i,
p. 278, et dans la revue A travers le monde, 1896, p. 329-332, fig.
— *S. Gsell, dans les Mélanges d'arch. et d'hist., 1898, t. xvm,
p. 94-95. — "Hannezo, dans l'Assoc. franc, pour l'av. des sciences,
Tunis, 1896, t. n. p. 816; R. de la Blanchère, dans le Bull, ar-
chcol. du Comité des trav. hist., 1888, pi. vi, et H. de Villelosse,
Mosaïques récemment découvertes en Afrique, dans le Bull,
des antiq. afric, 1887, p. 373 sq. — "R. de la Blanchère, dans
les Collections du musée Alaouï, in-4*, Paris, 1890, p. 16 sq. —
'P. Gauckler, dans les Comptes rendus de l'Acad. des inscr.,
1896, p. 578, et Mosaïques trouvées par le capitaine Dupont
dans les travaux de construction du nouvel arsenal de Sousse,
dans la Revue archéologique, 1897, t il, p. 8-22, pi. ix-xii; Fon-
dation Eugène Piot : Monuments Piot, in-4*, Paris, 1897. t. rv :
Le domaine des Laberii à Uthina, p. 177-219, 233-246, pi. xx.
11 iaut citer encore la belle mosaïque des cinq esclaves triclinarii
tails du costume sont rendus ne laisse pas d'avoir son
intérêt.
Sousse, Tbabraca et Oudna ont fourni les plus riches-
152. — Tombe en mosaïque de Dardanius.
D'après de la Blanchère, Tombes en mosaïque de lhabraca,
pi. I, n. 1.
séries de mosaïques ,0. Les mosaïques de Thabraca pro-
viennent de deux cimetières peu éloignés de la basi-
trouvée à Carthage. S. Reinach, dans le Bull. arch. du Comité
des trav. hist., 1889, p. 356 sq., pi. ix. — *Ce mode de sarco-
phages est fréquent en Afrique. Cf., à Carthage : Corp. inscr. lat ,
t. vin, n. 13418, 13462, 13543. 13743, 13751, 13786, 13813. 14129.
14144, 14168,14171, 14175,14184, 14185,14214, 14222, 14227, 14229,
14235, 14251 ; G. Rohault de Fleury. La messe, in-8% Paris, 1883.
t IV, p. 68, pi. cclxxv ; à Utique : Corp. inscr. lat., L vin,
n. 14326 ; Robault de Fleury, loc. cit. ; à Sousse : Corp. inscr.
lat.. t. vin, n. 11149; à Lamta : ibid., n. 11117 sq. : à Hanschir-
Bcni-Hassen : ibid., n. 11134; à Sta* : ibid-, n. 11077 sq. ; à Tha-
braca : ibid.. n. 17385 sq., Comptes rendus de l'Acad. des inscr. r
1890, p. 129, 330; à Constantine : Corp. inscr. lat.. t. vin, p. 620,
n. e; à Tébessa, Corp. inscr. lat., n. 2009-2013; à Sétil : Compte»
rendus de l'acad. d'Hippone, t. xxm, 1888. p. lxix, n. xxn ; Reç.
de la Soc. arch. de la prov. de Constantine, 1890-1891. t. xxvi,
p. 358; à Sertei : Bull. arch. du Comité des trav. hist., 1888,
p. 428, 434, pi. xin ; à Orléansville : Corpus inscriptionum
latinarum, t. vin, n. 9709, 9713; à Tenès : Ibid., n. 9963, 9694.
— »R. de la Blanchère, Tombes en mosàique de Thabraca,
in-8', Paris, 1897, p. 1-18. Pour les mosaïques de la chapelle de
Cherchel, près de la porte de Tenès, cf. Waille et Chipiez, dans la
Revue de Vart ancien et moderne, 1897, 1. 1, p. 343-346; J. Tou-
tain, Fouilles et explorations à Tabarka et aux environs, dan»
le Bull. arch. du Comité des trav. hist., 1892, p. 193 sq. — «"R.
de la Blanchère et P. Gauckler, Catalogue des musées et collée-
tions archéologiques de l'Algérie etdela Tunisie, Musée Alaoui ■
in-8*, Paris, 1879.
717
AFRIQIUE (ARCHEOLOGIE DE L*)
718
lique chrétienne *, elles sont l'œuvre d'ouvriers de pro-
vince et, à ce titre, elles présentent un intérêt particu-
lier, « travail courant et ordinaire, sans prétention au
grand art, et auquel on tenait assez peu pour ne pas
craindre, d'abord de le laisser exposé aux intempéries,
ensuite de le cacher, de le salir, de le ruiner2. » Le
153. — Tombe en mosaïque de Haostina.
D'après de la Blanchère, Tombes en mosaïque de Thabraca,
pi. I, n. 6.
musée du Bardo à Carthage « possède encore une
douzaine d'autres mosaïques extraites de divers cimetières,
particulièrement de celui de Taparura (Sfax) 3, de celui
de Leptiminus (Lamta)4, de celui de Thélepte (Fé-
riana)5. La série que ces pièces forment avec nos
tombes de Thabraca conduit sûrement depuis le premier
âge chrétien jusqu'aux derniers temps de la domination
byzantine » 6.
La technique sera étudiée ailleurs (voir Mosaïques),
nous ne relèverons ici que ce qui a trait aux particularités
locales. La facture des différentes pièces accuse une
décadence croissante; à Lamta, on avait conservé les
solides traditions de dessin de l'école d'Hadrumète 7,
1 R. de la Blanchère, Tombes en mosaïques de Thabraca,
1897, p. 3 sq. — « Ibid., p. 5. — 3R. de la Blanchère, Catalogue
iu musée Alaouï, n. 29-32. — * Ibid., n. 33-38. — * Ibid., s. 28.
traditions q»i ne se retrouvent plus, même dans les
meilleurs morceaux de Thabraca, ceux du petit enclos
voisin de la basilique, lequel offre des tombes entière-
ment décorées, tandis que ceux du second cimetière
sont absolument barbares et ne recouvrent plus qu'une
partie de la tombe.
Les mosaïques de l'enclos ont encore le décor vivant,
on y voit l'orant debout, entre deux flambeaux allumés
et quelques ornements variés : monogramme, couronne,
colombes, c'est l'ancienne tradition des tombes mosaï-
ques de Sfax; dans le second cimetière, on ne rencontre
plus guère que le décor géométrique et non vivant,
154. — ïumbe en mosaïque de Lollianus.
D'après de la Blanchère, Tombes en mosaïque de Thabraca,
pi. H, n. 12.
l'orant est remplacé par le calice où s'abreuvent des
paons, des colombes. Enfin, un groupe assez important
emploie exclusivement la flore et la faune combinées
avec les symboles chrétiens d'une façon tsop malhabile
pour être encore agréable. On observe aussi, à mesure
que les temps se rapprochent, la disparition des flam-
beaux. La tombe de Dardanius (fig. 152) et celle de Lol-
lianus (fig. 154) fournissent le type de deux périodes
de cette décadence. Si grossière que soit l'exécution, il
n'est pas impossible que l'ouvrier ait eu quelque in-
tention iconique, car il est remarquable que toutes les
physionomies diffèrent et offrent un caractère très
personnel, en outre le sexe et l'âge concordent tou-
— «R. de la Blanchère, Tombes en mosaïques de Thabraca,
p. 5. — ' R. de la Blanchère, Co action du musée Alaouï, in-4\
Pari», 1890, p. 31-32.
719
AFRIQUE (ARCHEOLOGIE DE L')
720
jours parfaitement entre l'épitaphe et la représenta-
tion.
Un point important à signaler pour le symbolisme,
o c'est l'équivalence voulue du grand cratère ou calice et
de l'orant. Ils ne se trouvent jamais ensemble; ils
occupent la même place, au-dessous de l'épitaphe et du
chrisme; les colombes se posent sur les épaules de l'un
comme sur les bords de l'autre. C'est donc bien le fidèle
qui, ici, comme dans beaucoup d'autres exemples,
représente le vas Christi1. »
155. — Tombeau en mosaïque de Félix.
D"après de la Blanchère, Tombes en mosaïque de Thabraca,
pi. il, n. 11.
11 est presque impossible de rien dire de certain sur
l'âge de ces mosaïques; divers indices un pou vagues
indiquent le IVe et le Ve siècle. La tombe de Dardanius
(fig. 15'2) serait parmi les plus anciennes 2 ; celle de Cas-
tula, religieuse de l'un des deux monastères de Tha-
braca 3, est un très précieux spécimen de la persistance
* R. de la Blanchère, Tombes en mosaïque de Thabraca,
p. 7. Dans les Collections du musée Alaouï on trouvera, pi. vu,
p. 118. une vue intéressante de la tombe de Dardanius pendant
les fouilles. — 'Le P. Delattre rapporte au V* siècle la tombe
de Cresconia, Bull, des antiq. africaines, 1885, pi. m, p. 8
sq. ; ci. aussi pi. iv ; Héron de Villetosse, dans la Bévue de
T 'Afrique française, fasc. 32 (1887), pi. vi, 1; Corp. inscr.
•at., t. VIII, n. 17387, 17390. — 'Victor de Vite, Hist. persec.
Vandal., 1. I, c. x, P. L., t. lviii, col. 194. — * Bull, épigr.
<le la Gaule, 1883, t. i:i, p. 202; Bull, des antiq. africaines,
1. vu, 1884, y. 128 sq. et pi. Vil ; Tliedenat, d'après Rebora,
du plus ancien symbolisme, le navire et l'agneau*. La
formule de l'épitaphe nous paraît avoir une importance
liturgique assez considérable et il est permis d'espérer
que des fouilles entreprises au pied de la colline du
Bordj, où cette tombe a été relevée, fourniraient quelques
indications sur le monastère que gouvernait sa in te Maxime
vers le milieu du v° siècle et qui était peu éloigné du
monastère des hommes (fig. 157).
L'épitaphe de Pélagius n'est pas moins ancienne et
150. — Tombe en mosaïque de Cresconia.
D'après le Bulletin des antiquités africaines, 1887,
pi. VI.
nous offre la représentation d'un évèque (V) priant debout
dans la chaire épiscopale*.
La paléographie des inscriptions mosaïques est d'un
faible secours pour déterminer l'antiquité du travail, car
les lettres anguleuses du style classique sont plus faciles
à reproduire avec les cubes que ne le seraient les formes
dans lo Bull, de la Société des antiquaires de France, 1883,
t. xi.iv, p. 243; Héron de Villefosso, dans la Revue de l'Afrique
française, fasc. 32, 1887, pi. vm; Corp. inscr. lat., t. vm,
n. 17380. — » Victor do Vite, Hist. pers. Vandal., 1. I, c. x,
P. L., t. i.vm, col. 195. A Tebessa le monastère des femmes
et celui des hommes étaient également très rapprochés. — • Bull,
épigr. de la Gaule, 1883, t. m, p. 202; Bull, des antiq. afri-
caines, 1884, t. vu, pi. vi, p. [28; Thédenat, d'après Rebora,
loc. cit., 1883, t. xliv, p. 2i2; Biar, dans le Bull, de l'acad.
d'Hippone, t. xix, p. xxxvi ; Héron de Villefosse, loc. cit.,
pi. vu; Corp. inscr. lat., t. vm, n. 17389.
721
AFRIQUE (ARCHEOLOGIE DE L')
722
tordues de l'onciale et des écritures de décadence. La
langue et l'orthographe n'en disent pas beaucoup plus,
nous retrouverons toutes les confusions ordinaires aux
lapicides illettrés. Les formules n apprennent rien non
plus de positif. Le chrisme pourrait fournir une indica-
157. — Tombe en mosaïque de Castula.
D'après la Revue de l'Afrique française, 1887, pi. vm.
tion précise, mais outre qu'il a disparu dans les tombes
du second cimetière, celles de l'enclos sur lesquelles
nous le relevons ne sont certainement pas contempo-
raines des débuts de ce monogramme. Voir ACO, col. 12,
et Monogramme. Les vêtements sont ceux en usage dans
1 Voyez Bec. de la Soc. archéol. de la prov. de Constantine,
1868, t. xn, pi. i, n, m, iv. — * Moniteur algérien, 4 octo-
bre 1843; A. Berbrugger, dans la Revue africaine, t. i, p. 429;
t .xn, p. 144; Prévost, dans la Revue archéol., 1847, p. 664, pi. 78;
Pontier, Souvenirs de l'Algérie, in-8% Orléansville, 1850, p. 69 ;,
Léon Rénier, Recueil des inscr rom. de l'Algérie, in-fol., Pa-
ris, 1855, n. 3700; Corp. inscr. lat., t. vm, n. 9708. « L'iden-
tification d'Orléansville ou El-Asnam avec le Castellum Tingitii
est devenue absolument certaine, » A.-L. Delattre, Communica-
tion dans le BuU. des antiq. africaines, 1888, t. vi, p. 241. —
'Corp. inscr. lat., t. vm, n. 8344-8348. Cf. au sujet des fonctions
exercées par ces personnages, De Rossi, Bull, di arch. crist.,
1878, p. 31-36; Pallu de Lessert, dans le Bull, des antiq. afric,
1884, t. n, p. 333 sq. ; S. Gsell, Monum. antiq. de l'Algérie,
in-8°, Paris, 1901, t. il, p. 196. — *Corp. inscr. lat., t. vm,
n. 2335. -- » S. Gsell, Monum. antiq. de l'Algérie, t. n, p. 207. —
'Ibid., t. n, p. 255. — ilbid., t. n, p. 256; Corp. inscr. lat.,
t. VUl, a. 8629. — «S. Gsell, op. cit., t. il, p. 300. — »D. Cabrol
l'empire du iv« au vi° siècle, nous les décrirons ailleurs.
Voir Vêtements.
Nous savons que les chrétiens, par un sentiment de
respect, s'abstenaient ordinairement de représenter
Dieu sur le sol des édifices, mais ils multipliaient son
image sur les parois et sur la conque de l'abside. En
Afrique, ces vastes compositions murales nous sont
signalées par les auteurs, mais il ne nous en est par-
venu que des débris méconnaissables, principalement
dans la basilique de Tébessa dont, au contraire, le
pavage a été retrouvé presque intact1. Ces ouvrages,
dans lesquels on voit se modifier l'ancienne technique
par l'adoption des incrustations à base d'émail mélan-
gées aux cubes de marbre, sont souvent dignes d'intérêt.
On trouve à Orléansville la plus ancienne inscription
chrétienne en mosaïque à date certaine et elle nous
lournit l'époque de la construction de la basilique de
cette ville, qui est l'année 324 (année 280 de l'ère pro-
vinciale'2). Voir col. 702.
Un grand nombre d'églises sont pavées de mosaïques,
c'est particulièrement à l'abside qu'on prodiguait cette
décoration, il n'est pas rare de trouver la nef principale
et même toute la surface du sol recouverte de mosaïque.
Nous pouvons citer Aïn Zirara, Bénian, Cherchel,
Constantine, Djemila, Henchir-Guesseria, Kherbet Gui-
dra, Kherba, Matifou, Morsott, Orléansville, Sériana,
Sétif, Sidi Ferruch, Sidi Mabrouk, Taksebt, Tébessa,
ïénès, Tigzirt, Timgad, Tipasa. Parfois ces mosaïques
nous fournissent d'intéressantes particularités sur les
usages des communautés. A Djemila, la mosaïque conte-
nait dans cinq médaillons les noms des donateurs qui
se cotisèrent pour fournir cette décoration 3 ; de même
dans d'autres localités, à Henchir-Guesseria 4, à Kher-
bet Guidra5, à Sériana6, à Sétif7, à Tigzirt8, et dans la
synagogue de Naron9. « Tantôt les donateurs s'enten-
daient pour faire achever l'ouvrage en une fois10;
tantôt le travail était exécuté au fur et à mesure que les
donations permettaient de l'entreprendre, et les divers
panneaux qui venaient s'ajouter les uns aux autres se rac-
cordaient tant bien que mal il. «Dans quelques absides la
mosaïque tapissait les parois verticales, par exemple à
Tigzirt et à Tébessa.
Toutes ces mosaïques offrent des motifs ornementaux
longtemps et généralement employés en Afrique ,a. Par
exemple les étoiles formées par la combinaison de deux
carrés tressés se rencontrent à Orléansville (vers 32'i) 13et
â Tigzirt (début ou milieu du vi" siècle) 14, les tresses
dans des carrés, les bandes de triangles à Tipasa, dans
la basilique d'Alexandre (fin du iv* ou commencement
du Ve siècle)16; les carrés à peltes, les croix natlées à
Tipasa, dans la basilique de Sainte-Salsa (ve siècle) 16,les
guirlandes-cadres de Tipasa, de Tigzirt et de Constan-
tine ».
Nous ne nous arrêterons pas aux mosaïques de la
grande basilique de Tigzirt dont il ne reste plus un
ensemble, mais seulement quelques détails : trois navi-
et D. Lcclorcq, Monum. Eccl. niurg., in-4% Parisils, 1902, t. I,
n. 4168. — ,0A Djemila. Peut-être à Henchir Zerdan : omnes
absida straverunt, mais il n'est pas sûr qu'il s'agisse d'une mo-
saïque. — " S. Gsell, op. cit., t. Il, p. 156. Cf. E. Muntz, Études
iconographiques et archéologiques, in-12, Paris, 1888, p. 7 sq.
— "Héron de Villefosse, Mosaïques récemment découvertes
en Afrique, dans le Bull, des antiq. afric, 1887, lasc. 32,
p. 399, et Bull, de la Soc. des antiq. de France, 1884, p. 304 sq.
— *sIbos, Notice sur la mosaïque d'Orléansville, in-8", Alger,
1895, planche. — ,4P. Gavault, Étude sur les ruines romaines
de Tigzirt, 1897, p. 64 et pi. I. — "Mosaïque inédite. —
"S. Gsell, Recherches archéol. en Algérie, in-8', Paris, 1893,
pi. v, p. 22; A. Ravoisié, Exploration scient, de l'Algérie,
in-tol., Paris, 1846, t. n, pi. 34. — "P. Gavault, dans la Re-
vue africaine, t. xxvn, p. 400 et pi.; Saint-Gérand, dans la
Bull. arch. du Comité des trav. hist., 1892, p. 466-484-
Annuaire de la Soc. arch. de la prov. de Constantine, 1862,
t. xi, pi.
723
AFRIQUE (ARCHÉOLOGIE DE L')
724
res1, quelques animaux, des inscriptions malheureu-
sement tort endommagées.
Une très curieuse mosaïque de l'hypogée de Praecilius
(ve siècle) représente, au fond d'une piscine circulaire,
un vivier où se jouent des poissons de toute espèce :
anguille, brochet, pageot, bonite, langouste, crevette.
L'observation est excellente, sauf pour la langouste. Cette
mosaïque est en partie détruite, elle mesure 0m48 de
diamètre. Il est impossible d'y voir une allusion au
symbole du poisson parmi les chrétiens2.
En 1880, on découvrit sous l'emplacement de l'autel
de la basilique de Tébessa une mosaïque désignée com-
munément sous le nom de Pierre sacrée de Tébessa.
C'est une dalle en pierre de 0m50 de côté, dont une des
faces porte une mosaïque admirablement conservée
représentant une abside vue de face avec dôme percé
d'une ouverture circulaire à sa partie supérieure, « ce
dôme est côtelé et chacune des arêtes aboutit à l'inter-
section d'une série de dentelures faisant le tour de
l'abside. Deux colonnes se dressent de chaque côté de
ce sanctuaire et cinq marches, figurées par des lignes
de cubes de couleurs dégradées, permettent d'y accéder.
Au milieu du dessin et se détachant sur le fond sombre
de l'abside, brille le monogramme du Christ en émaux
dorés, accosté de V alpha et de l'oméga. Au-dessus de la
lettre p est enchâssée une belle gemme bleue; -enfin, aux
deux coins supérieurs, sont placées deux croix latines
blanches sur fond rouge 3. »
Parmi tant d'autres, signalons encore une mosaïque
à Furni (Henchir Msaâdin), dans un mausolée, repré-
sentant Daniel parmi les lions * ; même représentation
dans un caveau funéraire chrétien à Bordj-el-Youdi
(Tunisie), où le prophète est entouré de quatre lions5.
Ce caveau contenait sur chaque face du pentagone
deux arcosolia placés symétriquement dans des niches
arquées. Ces tombes étaient toutes, sauf une, recouvertes
de mosaïques à la façon des tombes de Tabarka et de
Carthage.
La superficie couverte par les pavements en mosaïque
était parfois considérable: dans la mosaïque de Rusgu-
niae cette superficie est de 700 mètres carrés6.
C'est parmi les mosaïques que nous classerons les
scènes représentées sur les parois elliptiques de la cas-
sette d'argent d'Ain Zirara dont voici la description :
Le signum Christi est planté sur le rocher d'où s'écou^
lent quatre sources auxquelles un cerf et une biche
viennent se désaltérer. Deux palmiers symbolisant la
Palestine et la Terre promise encadrent la scène. Sur kl
paroi opposée les extrémités du sujet sont remplies par
deux édilices d'où sortent des brebis qui convergent vers
l'Agneau de Dieu, lequel se tient au milieu, debout, et
derrière lui se dresse la croix latine1. Les deux édifices
'P. Gavault, loc. cit., p. 41-57, pi. i, h; p. 50, fig. 12; p. 56,
fig. 13; il subsiste aussi un fragment d'une représentation du
sacrifice d'Abraham, p. 45, fig. 11. La dégradation de la mosaïque
est due, en grande partie, à la mauvaise labrication du béton. —
4Cherl)onneau, dans l'Annuaire de la Soc. arch. de la prov.
de Constantme, 1863, t. vu, p. 262 et pi. xm. Pour ce qui a trait
à l'hypogée de Praecilius, voir ï'Annua?re de 1856, et Léon Rénier,
dans le Journal de l'instruction publique, t. xxiv, n. 52, 30 juin
1855 Dans la mosaïque d'Hadjeb-el-Aïoun, on voit poissons et
colombes. Cf. E. Le Blant, Sur quelques carreaux en terre cuite,
dans la Hev. arch-, 1893, nr série, t. xxil, p. 279, fig. 6. Mosaïque
avec poissons à Rusgunix, H. Chardon, dans le Bull. arch. du
Comité des trav. hist., 1900, pi. v. Même sujet dans la basilique
de Sertei, S. Gsell, Note sur la basilique de Sertei (Maurétanie
Sétiflennc), dans les Mélanges G.-B. De Rossi, in-8*, Paris,
1892, p. 345-300. Vivier poissonneux à Tipasa, dans la basilique
d'Alexandre, J.-B. Saint-Gérand, Une basilique funéraire à
Tipasa, dans le Bull. arch. du Comité des trav. hist., 1892, p. 470
et pi. xxxm. Cf. P. Gavault, dans la Revue africaine, sept.-
oct. 1883. — 3Ch. Duprat, Monographie de la basilique de Té-
bessa, dans le Rec. de la Soc. arch. de la prov. de Constantine,
1897, t xxx, p. 41. — * Héron de VHlefosse, dans les Mem d<* lu
Société des antiq. de France, séances des 30 mars, 6 avril,
représentent Jérusalem et Bethléhem 8. « Si nous recom-
posons l'une sous l'autre les deux faces des parois ellip-
tiques de la cassette, écrit De Rossi, et si nous complétons-
les scènes, réduftes par suite du manque d'espace, nous
aurons dans son entier la disposition et la représenta-
tion d'une mosaïque absidale, composition dont aucun
autre exemple et aucune trace n'avaient apparu jusqu'à
présent en Afrique9. »
XXVI. Fresques et peintures. — Les bouleversements
nombreux que les guerres et les invasions ont infligés à
l'Afrique expliquent la pauvreté de cette classe de docu-
ments. Ce n'est qu'en 1895 que l'on découvrit une fres-
que chrétienne, dans le style des catacombes, sur les
parois d'une chapelle souterraine sur le flanc su<i est de
la coHine de Saint-Louis, à Carthage. Sous l'arcade du
fond de la salle rectangulaire « on voit l'image d'un saint
dont la tête est nimbée. Ce personnage parait être un
évêque. Il est vêtu d'une tunique blanche ornée du cla-
vus de couleur brune et de calliculœ. Il porte de plus un
manteau brun. La main droite semble bénir. A sa droite
(à gauche du visiteur) il y a trace de trois autres per-
sonnages. Le plus rapproché du saint était à peu près
de même grandeur. Les mains paraissent jointes. Le bras
gauche qui se voit dans cette fresque est orné de brace-
lets. Les deux dernières ligures sont beaucoup plus pe-
tites. L'une parait représenter un fidèle qui porte de la
main droite un objet double comme les lames de ciseaux r
l'autre semble être un ange. Heureusement que la par-
tie la moins détériorée de cette fresque est celle qu'oc-
cupe le personnage principal. Les traits du visage ont
conservé une expression énergique... Cette peinture
murale parait romaine et non byzantine. Le personnage
qui nous apparaît ainsi dans cette chapelle souterraine,
voisine du palais proconsulaire et des prisons de Car-
Iliade, représente peut-être saint Cyprien. Mais on ne
peut faire que des conjectures à ce sujet »10.
Faut-il rapprocher cette scène du récit de la vision
que le même saint Cyprien fit à Pontius? Nous ne pou-
vons l'affirmer, quelques traits cependant paraissent
s'accorder assez si Ton tient compte de la licence ordi-
naire aux artistes chrétiens primitifs dans l'interprétation
des textes11. Les trois personnages groupés pourraient
être le juge avec ses assesseurs12, les ciseaux tenus par
un fidèle de petite taille pourraient rappeler le geste de-
l'ange à saint Cyprien signifiant que le fil de sa vie était
coupé, peut-être enfin la petite taille du fidèle serait-elle
une allusion aux enfants prophètes dont parle r'évèque
de Carthage. Voici le récit de Pontius le diacre: « Le
premier jour que nous passâmes à Curube (car la ten-
dresse de sa charité avait daigné me choisir, entre ceux
qui composaient sa maison, pour partager volontaire-
ment avec lui son exil ; et plût à Dieu que j'eusse pu
27 avril 1898; R. Cagnat, dans le Bulletin critique, 1898, p. 358,
359, 378. — »P. Gauckler, Note sur la découverte d'un caveau
funér. chrét., dans le Bull. arch. du Comité des trav. hist., 1898,
p. 335 sq. Cf. Bull, de la Soc. des antiq. de France, 1894. p. 69 sq.
et pi. — • H Chardon, Fouilles de Rusguniw, dans le Bull. arch.
du Comité des trav. hist , 1900, p. 140. Cf. Héron de Villefosse et
de Vogué, dans les Comptes rendus de l'Acad des inscr., 1890,
p. 178. — ' Les brebis sont au nombre de quatre de chaque côté,
mais la convexité de la cassette ne permet pas de représenter
celles qui ne font que sortir de l'édicule. — • n faut noter la res-
*semblance de ces édicules avec le lampadaire de bronze en Rirme do
basilique ajouré. Cf. De Rossi, Bull, di arch. crist., 1866, p. 15. 16;
A. Darcel et A. Basilewsky, Collection Basilewsky. Catalogue
raisonné précédé d'un essai sur les arts industriels du f au
xvr siècle, in-fol., Paris. 1877, n. 37, p. 48, pi. iv. — » De Rossi,
La capsella argentea africana, in-fol., Roma, 1889, p. 22. —
10 A. Delattre, Lettre du 29 avril 1895 à Knrico Stevenson, Ipo-
geo con affreschi sacri scoperto a Cartagine (Africa). dan»
Nuovo bull. di arch. crist., 1895, p. M6 sq. : A. Delaâtre, L'an-
tique chapelle souterraine de la colline de Saint-Louis, in-8*
Paris, 1896. — " Voir Abraham (Sacrifick n"), col 112. — '«Cf.
E. Le Blant, Les persécuteurs et les martyrs, in-8*, Paris, 1893,
p. 280.
725
AFRIQUE (ARCHÉOLOGIE DE L')
726
partager son martyre!): « Je n'étais pas encore tout à fait
t endormi, me dit-il, lorsque nrapparut un jeune homme
« détaille extraordinaire; il me conduisit au prétoire et
« me présenta au proconsul, qui était assis sur son tribu-
« nal. Celui-ci m'eut à peine vu qu'il se mit aussitôt à
« tracer sur une tablette une sentence que je ne pouvais
« connaître; car il ne m'avait pas l'ait subir l'interrogatoire
« accoutumé. Mais le jeune homme qui se tenait debout
a derrière lui, par une indiscrète curiosité, lut tout ce qui
« avait été écrit: et parce que de la place où il était il ne
« pouvait me parlerai m'en expliqua le contenu parsignes.
« En eflet, étendant la mainetfigurantlalamed'unglaive,
« il imita le coup ordinaire du bourreau sur sa victime.
« Ainsi il m'indiquait, comme s'il me l'eût dit, ce qu'il
« voulait me faire entendre. Je compris que la sentence
« de mon martyre allait s'exécuter1. »
M. Héron de Villefosse préfère y voir une représen-
tation du Christ avec deux saints2 et E. Stevenson sous-
crit à ce jugement a. Les autres personnages seraient
des anges ou des fidèles en adoration, peut-être les do-
nateurs de la fresque4. La personne richement vêtue et
munie d'une couronne est sans aucun doute l'image
d'un saint. Le P. Delattre voit dans les saints représentés
sur cette fresque trois martyrs de Carthage, l'évêque
saint Cyprien et les saintes femmes Perpétue et Félicité,
et dans le lieu lui-même, non un caveau funéraire, puis-
qu'il se trouve à l'intérieur de la ville5, mais un ancien
cachot où furent enfermés des martyrs. Cette opinion
est d'autant plus probable que la chapelle a été jadis un
lieu fréquenté par les fidèles qui ont criblé les murailles
du corridor de graffites et de monogrammes. Ces mono-
grammes sont de la forme la plus ancienne, voisine
assurément des temps qui suivirent la paix de l'Église.
Nous savons, il est vrai, que les prisons de Carthage
n'étaient pas situées sur le lieu où fut établie cette cha-
pelle, mais la passion des saintes Perpétue et Félicité
nous apprend par ailleurs que les inculpées furent aus-
sitôt après leur arrestation mises en surveillance soit
dans leur propre maison, soit dans celle d'un magistrat,
jusqu'à leur transfert dans les prisons. Il se peut que la
chapelle souterraine de la colline Saint-Louis fût élevée
sur l'emplacement d'un de ces lieux de demi-détention
que les anciens appelaient custodia libéra ou privata6.
A Périgotville, l'ancienne Satafis, on a constaté l'exis-
tence de fresques sur les parois d'une église en ruines, ces
fresques « tombèrent aussitôt au contact de l'air. Elles
représentaient de larges feuilles de vigne rouges et
brunes sur fond noir et blanc »8. A droite de l'entrée
on voit quelques traces, à peine distinctes, de peintures
anciennes. On a trouvé en outre des traces de peintures
dans un hypogée creusé dans le roc au bord de la mer,
' Pontius, Vita et Passio Cypriani, 12, dans Ruinart, Acta
êincera, in-4", Parisiis, 1689, p. 211. — 'Héron de Villetosse,
dans le Bull, de la Soc. des antiq. de France, 1895, p. 159-160. —
SE. Stevenson, dans Nuovo bull. di arch. crist., 1896, p. 94-97.
— * H est intéressant de comparer cette fresque avec une de celles
qui ont été découvertes dans la maison des saints Jean et Paul,
au Cœlius. P. Germano di San Stanislao, La casa celimontana
dei SS. Giovanni e Paolo, in-8% Roma, 1894, p. 320 sq., cf. p. 252 ;
A. Dufourcq, Etude sur les Gesta martyrum romains, in-8%
Paris. 1900, pi. n, p. 151. — 6 Voir Ad sanctos, col. 499. —
« Cf. Digest., 1. XLVIII, tit. vm, 1, 12, 14; FI. Josèphe, Ant.
jud., 1. XVIII, c. vi ; Passio S. Montani, 3, dans Ruinart, Acta
•tnc, in-4°, Parisiis, 1689, p. 233; Acta S. Felicis Tubiacensis,
3, ibid., p. 377; Rambaud, Le droit criminel dans les Actes
des Martyrs, in-8% Lyon, 1885, p. 30 ; Pio Franchi di Cavalieri,
La passio SS. Perpétuas et Felicitatis, dans Romische Quar-
talschrift, Roma, 1896, p. 15, 16. — ' Vincent, dans la Revue
africaine, 1877, t. xxi, p. 320 sq. ; Poulie, dans le Rec. de la Soc.
arch. de laprov. de Constantine, 1876-1877, t. xvm, p. 574-575;
S. Gsell, Satafis (Périgotville) et Thamalla (Tocqueville), dans
les Mélanges d'arch. et d'hist., 1895, t. xv, p. 38-41, Dg. 1 ; le
même, Monuments antiq. de l'Algérie, in-8% Paris, 1901, t. Il,
p. 248. — 8 P. Gavault, dans la Revue africaine, 1883, t. xxvn,
p. 321 sq. — » S. Augustin, Serm., cccxvi, 5, P. L., t. xxxvm,
à Tipasa, malheureusement leur état de détérioration
ne permet pas d'en tirer profit 9. Saint Augustin parle
incidemment dans quelques passages de ses écrits de
peintures qui existaient de son temps; il signale une
peinture, sans doute murale, représentant la mort de
saint Etienne, mais on ignore dans quelle chapelle ou
basilique elle se voyait, car rien ne prouve que le ser-
mon ait été prononcé dans la chapelle de Saint-Étienne,
à Hippone i0. Il mentionne encore une peinture représen-
tant le Christ et ses apôtres11 et le sacrifice d'Abraham
totlocispictumi2, ailleurs il se plaint des excès auxquels1
se portait le culte de quelques chrétiens à l'égard des
images peintes.
XXVII. Terres cuites. — Une série de carreaux his-
toriés en terre cuite trouvée en Tunisie a rappelé l'at-
tention sur ces productions grossières qui paraissent
entouies en grand nombre dans le sol de l'Afrique ro-
maine 13. La spécialité de cette industrie ne doit pas
être bornée à cette province, car des pièces analogues
sont sorties du sol dans le Bas-Poitou et dans le
pays de Retz, à Vertou, Rezé et Luçon u; mais le
contingent nouveau et considérable fourni par la Tuni-
sie a périmé les conclusions fondées sur quelques rares
exemplaires des musées de Nantes et de Saint-Ger-
main 16.
Les types découverts ont été classés provisoirement
par R. de la Blanchère : 1° rosaces; 2» rosaces à légende;
3° animaux; 4° hommes; 5° sujets bibliques; 6° sujets
proianes. Entre tous les spécimens, plusieurs nous inté-
ressent particulièrement: ce sont: 1° un carreau portant
une rosace inscrite dans un médaillon perlé de chaque
côté duquel s'élèvent des colonnes torses; en haut et en
bas on lit cette inscription (fig. 158):
>ï< SCT ffiARIA
AvHBAnOS ^
La paléographie d< l'inscription ne semble pas per-
mettre de la faire remonter au delà du vie siècle. Au mo-
ment de la découverte, plusieurs carreaux adhéraient
encore aux murs de la basilique qu'ils décoraient. Les
carreaux représentant des animaux paraissent inspirés
par la symbolique chrétienne. On trouve fréquemment
le lion (leo de tribu Judai6) dans des attitudes variées,
le cerf passant (sicut cervus desiderat ad fontes aqua-
rum11), les paons18.
Parmi les sujets bibliques nous trouvons: 1° Adam et
Eve séparés par l'arbre sur lequel s'enroule le serpent;
les personnages sont nimbés. — 2° Le sacrifice d'Abra-
ham. Le patriarche est vêtu d'une longue robe, son fils
est nu et déjà agenouillé devant lui, la main de l'ange
col. 1434. — 10 S. Augustin, De consensu evangelistarum, 1. I,
c. x, P. L., t. xxxiv, col. 1049. — »' S. Augustin, Contra Fau-
stum, 1. XXII, c. Lxxm, P. L., t. xlii, col. 446. — «S. Au-
gustin, De moribus Ecclesist catholicse, 1. I, c. xxxiv, P. L.,
t. xxxu, col. 1342. — 13P. de Witte, dans la Revue archéol.,
1845, p. 27; Leemans, dans Nederlandsche Staatscourant .
11 févr. 1845 ; R. de la Rlanchère, Carreaux de terre cuite à
figures découverts en Afrique, dans la Revue archéol., 1888,
t. XI, p. 302 sq. ; E. Le Blant, dans les Comptes rendus de
l'Acad. des inscr., 1893, t. XXI, p. 219 sq.,et Revue archéol.,
1893, t. H, p. 273 sq. ; De Rossi, Bull, di arch. crist., 1884-1885,
p. 54; Bull, archéol. du Comité des trav. hist., 1894, p. 292;
Hannezo, dans le Bull, du Comité, 1894, p. 308. — <*B. Fillon,
L'art de terre chez les Poitevins, suivi d'une étude sur l'an-
cienneté de la fabrication du verre en Poitou, in-4% Niort,
1864, p. 41, giav.; Salomon Reinach, Catalogue du musée de
Saint-Germain-en-Laye, in-12, Paris, p. 94. — 1S Héron de Vil-
lefosse, dans le Bull, de la Société des antiq. de France, 1884.
p. 170-173 et fig. ; De Rossi, Bull, di arch. cristiana, 1884-1885,
p. 53-54, pi. m; Sal. Reinach, dans le Bull, archéol. du Comité
des travaux historiques, 1884-1885, p. 327, pi. vm; Audollent,
Mission épigr. en Algérie, dans les Mélang. d'arch. et d'hist.,
1890, t. x, p. 528. — '"R. de la Blanchère, loc. cit., n. 14-19. —
*' Ibid., n. 22-29. — ,8 Ibid., n. 31.
727
AFRIQUE (ARCHÉOLOGIE DE L')
728
va saisir le bras levé et le bélier attend1. Au-dessus,
dans la bordure, on lit ces caractères à rebours:
3ASIT 3MAFiaA +
Abra(ha)m et lsa(a)c
circonstance qui donnerait à penser que nous avons ici
un moule au lieu d'une empreinte (fig. 159). — 3° Un
autre carreau, brisé, représente le même sujet, traité
sans dillérence notable. — 4° Jonas rejeté par le monstre
marin, qui est représenté sous la forme d'un quadrupède
à la robe mouclietée et pourvu de longues oreilles3. —
5° Le Christ entre deux apôtres nimbés multipliant les
pains et les poissons. — 6° Saint Pierre nimbé recevant
une clef des mains du Christ. — 7° La Samaritaine de-
vant le Christ nimbé, portant une longue croix, tandis
que la femme tient de la main droite la corde à laquelle
est atlaché le vase qu'elle tire du puils. — 8° Enfin un
158. — Carreau historié en terre cuite.
D'après la Revue archéologique, 1888, p. 307, fij
i:î.
fragment sur lequel on voit un cheval à coté duquel se
trouve un personnage nu, les bras réunis au-dessus de
la tête, un personnage vêtu semble offrir un récipient
contenant de la nourriture à l'animal, tandis qu'un troi-
sième individu agenouillé se livre à quelque travail
sous le ventre de l'animal. Le sujet représente Pégase
soigné par les nymphes*.
Ajoutons à ces représentations celles de carreaux
conservés dans les musées d'Europe: 1° à La Haye:
l'histoire de Suzanne et le chrisme; 2° dans le pays de
Retz: Adam et Eve au pied de l'arbre et quelques autres
sujets non bibliques.
Au revers des carreaux on voit des faisceaux de stries
qui ne laissent aucun doute sur l'origine chrétienne de
ces monuments5 (fig. 1G0).
Une autre pièce fut trouvée en 1862, à Mouzaïaville,
l'ancienne Tanaramusa: c'est un carreau de terre cuite
* S. Reinach, Notice sur deux briques estampées provenant
4e Kasrin, dans le Bull, arcliéol. du Comité des trav. hist.,
, 1885, p. 327 et pi. vin ; Héron de Villefosse, dans le Bull, de la
Soc. des antiq. de France, 1884, p. 170. — » E. Le Blant, toc.
cit., p. 220. — > De la Blanchère, toc. cit., n. 35. — * E. Le Blant,
Sur quelques carreaux de terre cuite nouvellement découverts
en Tunisie, dans la Revue archèol., 1893, ni" série, t. xxu, p. 273;
Clermont-Ganneau, Lettre sur un carreau de terre cuite décou-
vert en Tunisie, dans les Comptes rendus de l'Acad. des inscr.,
1888, p. 368-370. — » Voy. le Bull. arch. du Comité des trav. Mat.,
d'une extrême finesse mesurant 0m45 de long sur 0m37
de large, y compris les rebords. Sur chacun de ces re-
bords se voient des groupes de trois figures en relief
parfaitement conservées et identiques. Au milieu du
rebord supérieur se trouve un enfant qui tient à la main
un emblème ayant la forme d'Y. Au milieu du carreau on
voit deux guerriers la lance à la main, prêts à sauter u
159. — Carreau historié en terre cuite.
D'après la Bévue archéologique, 1888, pi. xi-xii.
selle, une urne les sépare au-dessous de laquelle on lit:
ORATIONI6VSSANTORVMPERDVCETDOMINVS6.
Il n'est pas douteux que ces produits soient de fabri-
cation africaine. La fragilité de la matière ne permet
160. — Revers de carreaux.
D'après la Bévue archéologique, 1888, p. 819.
guère l'exportation ni même un transport à trop longue
distance, mais nous ignorons le nom de l'officine d'où
sont sortis ces objets. Peut-être les explorations nous
l'apprendront-elles dans la suite, comme elles nous ont
l'ait connaître l'officine de Oudna, dont le matériel a été
retrouvé lors des fouilles exécutées dans les thermes des
Laberii. Cette officine avait été installée en ce lieu au
ve ou au vie siècle, on a recueilli îles cachets, dos for-
mes, des moules et un grand nombre de fragments de
poteries déjà estampillés de la croix, du monogramme,
de la palme, de la rose, du calice, ou bien de la colombe,
du lièvre, de l'agneau7.
1890, p. 179, fig. 9 et 10. Même marque à Tipasa, cf. Saint-Gé-
rand, dans le Bull. arch. du Comité des trav. hist., 1892, p. 469,
fig. 2; à Rusguniœ, Bull. arch. du Comité des trav. hist.,
1900, p. 136. — • L'observateur de Blidah, cf. A. Berbrugger,
dans la Bévue africaine, 1862, t VI, p. 643; Bévue des études
grecques. 1900, t. xill, p. 226. -- ' Mélang. d'arch. et d'hist.,
1898. t. xviii. p. 101-102; 1899, t. XIX, p. 61-62; A.-L. Delattre,
La Croix, dans Atti dcl 11' congresso internazionale d'archeo-
logia crisliana tenuto in Borna neli aprile i9O0, in-4*, Rom*.
1902, p. 186.
729
AFRIQUE (ARCHÉOLOGIE DE L')
730
La plupart des carreaux en terre cuite trouvés en
Afrique appartiennent, pour le style et la facture, à
l'époque et à la technique de ceux que nous avons décrits,
provenant des basiliques de Kasrine et de Dou-Ficha '.
Ceux que l'on a retrouvés dans la basilique d'Hadjeb-el-
Aïoun (Tunisie) ajoutent quelques types à ceux que nous
connaissions déjà : 1° Adam et Eve, dans le Paradis, des
deux côtés de l'arbre sur lequel est enroulé le serpent»;
2° saint Pierre recevant une clef des mains du Christ»;
3« la multiplication des pains et des poissons par le
Christ entouré de deux apôtres nimbés comme lui « ; 4° le
sacrifice d'Abraham; ou + ABRAM + YSAC6;5» la Sama-
ritaine écoutant le Christ qui porte une longue croix»,
6» Daniel parmi les lions ; on lit AANIEr et sur un autre;
fragment SCS (sqncius).
Tous ces types reproduisent les deux montants servant
de cadre des carreaux de Kasrin. Citons encore des car-
reaux estampés, représentant Abraham, et d'autres sujets
bibliques, trouvés au Kef ' ; enfin un plat en terre rouge,
de fabrication chrétienne, trouvé à Tipasa, montrant
deux personnages estampés portant une croix».
XXVIII. Plâtres ouvragés. — Dans l'une des basi-
liques de Morsott (figv 161), ancienne Vazampus, on a
ICI. — Abside de la basilique de Morsott.
D'après Gsell, Monurn. antiq. de l'Algérie, t. II, p. 232.
trouvé dans l'abside aux points inarqués C, C,C, dans le
dessin ci-dessus, trois magnifiques consoles qui devaient
être fixées deux à deux dans les parois de l'hémicycle.
Leur destination est inconnue, ces consoles sont en
pierre dure, « d'un fini remarquable et artistement fouil-
lées9, » elles ont une décoration de feuilles d'acanthe et
présentaient, lorsqu'elles étaient en place, hors du mur
de l'abside, une saillie d'au moins 80 centimètres et une
largeur de 50 centimètres, elles étaient munies d'une
queue qui permettait de les emboîter. Les parois de
l'abside étaient en outre ornées d'une luxuriante décora-
tion en plâtres appliqués sur brique d'un travail soigné.
« Ils représentent des bandeaux de torsades en forme de
gourmettes, de branches de lierre, de coeurs entourés
de flamme, de trèfles découpés, de rosaces avec rayons
rectilignes ou en double courbure, de cœurs nus, c'est-
à-dire en forme de pique de nos cartes à jouer, de
losanges, de cercles évidés et dans la circonférence des-
quels quatre dents de loups figurent entre leurs vides
une croix grecque, etc., etc. Toute cette décoration était
fixée et courait dans tous les sens sur les parois et le
dôme de l'abside. Elle ne Darait pas avoir été peinte 10. »
* Hannezo, L. Molins et A. Laurent, Notes sur une basilique
chrétienne découverte à Hadjeb-el-Aïoun (Tunisie), dans le
Bull. arch. du Comité des trav. hist., 1894, p. 286-294; E. Le
Blant, Sur quelques carreaux en terre cuite nouvellement dé-
couverts en Tunisie, dans la Rev. archéol-, 1893, ni* série, t. xxn,
p. 273 sq. On a trouvé les mêmes types à Bordj-el-Youdi ; cf.
P. Gauckler, dans le Bull. arch. du Comité des trav. hist.
1898, p. 337. — * Rev. archéol., 1893, m- série, t. xxu, p. 274,
Cg. 1. — » Ibid., p. 276, fig. 3. — * Ibid., p. 275, fig. 2. — *lbid.,
p. 277, fig. 4. — «Ibid., p. 278, fig. 5. — > H. Saladin, dans les
Archiv. des miss, scientif., 1887, t. xm, p. 215. — 'S. Gsell,
dans les Mélang. d'arch. et d'hist., 1894, t. xiv, p. 449, fig. 61 ;
Cf. P. Gauckler, dans le Bull. arch. du Comité des trav. hist.,
Une deuxième basilique parallèle à la première et
située à 60 mètres de dislance présente les mêmes par-
ticularités'd'ornementation, mais avec plus de richesse
encore11; une particularité digne d'être notée, c'est la
présence d'inscriptions moulées parmi ces ornements
divers, cœurs, feuilles de lierre qui se retrouvent ici;
sans doute on écrivait ainsi des sentences, des devises
destinées à l'édification des fidèles.
XXIX. Bas-relief. — Parmi les antiquités chrétiennes
de l'Afrique, la sculpture en bas-relief est représentée
par un débris du plus haut intérêt qui nous montre la
Vierge assise tenant l'enfant Jésus sur ses genoux. La
mutilation de la sculpture laisse distinguer néanmoins
l'aile et les pieds d'un ange debout devant la Vierge,
tandis que derrière elle un simple vestige d'une main
ouverte témoigne de la présence d'un autre personnage
debout. M. Héron de Villefosse 12 a vu dans ce fragment
une représentation de l'Adoration des Mages et son in-
terprétation a été acceptée et fortifiée par De Rossi13
(fig. 162).
Nous aurons l'occasion de revenir sur ce sujet (voir
Mages [Adoration des], aussi ne relèverons-nous ici
que ce qui a trait à la technique du bas-relief. La disposi-
tion du groupe principal se retrouve fréquemment sur
les sarcophages du ive et du Ve siècle. « Le style du frag-
ment de Carthage, autant qu'on peut en juger, écrit De
Rossi, nous parait appartenir à la première période de
la sculpture des sarcophages chrétiens du ive siècle; et
certainement ce n'est pas celui des sarcophages de Ra-
venne et du pays vénitien au temps de l'exarchat byzantin
et de l'office du marbrier Daniel et de son école. Quand
nous aurons une lionne série de dessins des sarcophages
de l'Afrique et de leurs fragments, nous pourrons mieux
juger du développement et des phases de cet art dans
l'Afrique chrétienne. Ce que nous en connaissons jus-
qu'ici nous apprend que, sauf les particularités locales
des formes des cuves sépulcrales et la spécialité de
quelques types, qu'il est inutile d'indiquer, le choix des
sujets bibliques, la manière de les représenter, ainsi
que le style de la sculpture ne varient pas beaucoup de
l'Afrique à l'Italie et à Rome. C'est pourquoi il est certain
que le fragment dont nous parlons appartient à la pé-
riode que j'appellerai romaine ou latine des cuves sé-
pulcrales ornées de reliefs, et non pas à la période italo-
byzantine ou de Ravenne. »
XXX. Sarcophages. — 1° Jarres en terre-cuite. —
Parmi les modes d'ensevelissement en usage en Afrique
nous devons signaler celui dont on a rencontré plusieurs
exemples en Byzacène, aux environs de Taparura (Sfax).
Le docteur Vercoutre décrit ainsi l'opération : « Soit un
cadavre d'enfant à ensevelir : on prenait une grande
jarre (certaines ont dû avoir un mètre de haut et plus)
et on la brisait en deux parties... la cassure étant per-
pendiculaire au grand axe, ou encore on la sciait...; on
y faisait entrer le corps, et l'on rejoignait les deux parties
de la jarre, que l'on couchait horizontalement sur le sol
en la calant avec des pierres pour l'empêcher de rouler;
ensuite on assurait, autant que possible, la fermeture
hermétique, en plaçant, aux points inexacts de jonction...
de la terre, des pierres ou des débris de poterie; le col
1892, p. 119. — » Ch. Vars, Inscriptions inédites de la province
de Constantine pour l'année 1899, dans le Rec. de la Soc.
archéol. de Constantine, 1899, t. xxxm, p. 398. — <° Ibid., p. 399.
— u Ibid., p. 406 sq. Cf. S. Gsell, Monum. antiq. de l'Algérie,
in-8% Paris, 1901, t. H, p. 233, 235. — <s Héron de Villefosse,
Fouilles du cimetière chrétien et de la basilique de Damous-
el-Karita, à Carthage, dans le Bull. arch. du Comité des trav.
hist., 1886, p. 220 sq., et pi. xn. — lsDe Rossi, Area cimiteriale
con portici ed annessa basilica scoperte in Cartagine, dans le
Bull, di arch. cristiana, 1884-1885, p. 49-52, et pi. i, h. Cf.
J. Liell, Die Darstellungen der allerseligsten Jungfrau und
Gottesgebàrerin Maria, in-8", Fieiburg im Breisgau, 1887,
p. 279 sq., fig. 56.
731
AFRIQUE (ARCHÉOLOGIE DE L')
732
de la jarre avait été préalablement fermé par un bouchon
de ciment. Si le corps était celui d'un adulte, une seule
jarre... était trop petite pour le contenir; dans ce cas,
entre la partie inférieure et la partie supérieure de la
jarre brisée ou sciée, on plaçait une ou plusieurs panses
de jarres. Le sarcophage était alors constitué par trois
ou quatre parties emboîtées, donnant l'apparence d'une
jarre entière... (fig. 163).
a Assez souvent, au-dessus de la jarre-sarcophage, on
disposait un toit pour la protéger; ce toit était constitué
par de grandes tuiles, qui, placées obliquement le long
des parois de la jarre et s'appuyant sur elles, se tou-
chaient par leur extrémité supérieure (fig. 164).
c ... Nous avons vu, dans un seul cas, un sarcophage
parfois la forme d'un prisme triangulaire, et alors
tapissée a l'intérieur de grandes tuiles disposées en
arête, cavité contenant le corps étendu horizontalement
sur le dos, sans mobilier funéraire. Ces tombes, ordinai-
rement sans aucun ornement... sont souvent recouver-
tes par un bétonnage cimenté supportant horizontale-
ment tantôt une inscription en mosaïque, tantôt une
inscription sur marbre •. — B. Cercueils-auges, en pierre
tendre, avec couvercle un peu bombé, sans inscription,
et contenant plusieurs corps; rares. — C. Sépultures en
jarres, avec ou sans toit de tuiles,... nous avons vu une
seule de ces jarres-sarcophages ayant un toit de tuiles
placées horizontalement au-dessus de la jarre... Plusieurs
jarres sont noyées dans une grossière maçonnerie. Ces
>
162. — Fragment de bas-relief représentant l'adoration des mage:.
D'après Bull, di archcol. crist., 1884-1S85, pi. II.
{de petit enfant) formé par l'emboîtement de deux extré-
mités inférieures de jarres, de telle sorte que le sarco-
phage avait la forme d'un gros œuf à deux extrémités
pointues... Toute la plaine... doit former une vaste né-
cropole à fleur du sol.
« On mit àjour, ajoute le même auteur, nombre de débris
<jui se classent en trois catégories : A. Tombes constituées
par des caissons ou massifs en mauvaise maçonnerie
circonscrivant une étroite cavité parfois oblongue et
ayant contenu alors un cercueil en planches, mais ayaml
' La plupart des inscriptions trouvées jusqu'à ce jour sont chré-
tiennes, la seule païenne rencontrée (Corp. inscr. lat., t. vm.
n. 1107G) pourrait ne pas provenir de cette nécropole. — »V«r>>
«outre, La nécropole de Sfax et les sépultures en jarres, dans
la Revue archéologique, III* série, t. x, p. 28 sq. Cf. Coynptes
rendus de l'Académie des inscr., 1837, p. 50 sq.; 1899, p. 10 sq. ;
R. de la Blanchère, dans le Bulletin du Comité arch. des trav.
hist.. 1888, p. 154; Corp. inscr. lat , t. vm, suppl., pars 1,
n. 11076; D. Carton. La nécropole de Bulla Regia, dans le Bull,
archéol. du Comité des trav. hist., 1890, p. 149 sq , p. 178-181 ;
G. Hannezo etL. Fémétiaux, Note sur la nécropole chrétienne
de Sfax, dans le Bull. arch. du Comité des trav. hist., 1900,
p. 150 sq. — *À Carthage, cf. A. Delattre, dans le Bull. arch. du
trois catégories... sont... contemporaines, [car]... toutes
ces sépultures sont au même niveau. Quoique mélangées
les unes aux autres, sans ordre, [ellesl sont orientées
dans le même sens (est-ouest) et... le cadavre est place
constamment la tête à l'ouest. Aucune des médaille»
trouvées aux environs des sépultures ne remonte au
delà de Dioclétien; la grande majorité... est, de Cons-
tantin '-'. »
Les tombes à ampbores sont fréquentes en Afrique
depuis l'époque punique jusqu'à l'époque chrétienne3;
Comité des trav. Mat., 18S6, p. 227; R. de la Blanchère, Collec-
tions du musée Alaoui, in-4*, Paris. 1S90, p. 111; à Sfax, cf.
Vercoutre, loc. cit. ; à Salakta. cf. G. Hannezo. dans le Rec. de la
Soc. arch. de laprov. de Constantine, 1892. t. xxvi. p. 286; à
Zarzis, cf. Étenaud, dans le Bull. arch. du Comité des trav. hift.,
18S7, p. 449; à Lamta, cf. H. Saladin. dans les Archives des
miss, scient., série III, t. xm, 1887, p. 15: à Kulla-Regia. cf. Car-
ton, (t>c. cit., et Rev. archéol-, t. xv, 1890, p. 25; dans l'oasis de
Liouah, dans le Zabif. et. A. Delattre. dans le Rec. de la Soc.
arch. de la prov. de Constantine, 1888-1889. i xxv. p. 271: i
Biskra, à Stora, à PhilippeviUe, à Chéraga près d'Alger, cf. A. d«
Mortillet et Topinard. dans le Bull, de la Svc. d'anthropologie
de Paria, série IV, 1888, t. xi, p. 720 sq.
733
AFRIQUE (ARCH-ÉOLOGIE DE L')
734
on en rencontre en dehors de l'Afrique, en Sar-
daigne1, dans le midi de la France2, en Ligurie3, en
Corse *.
2» Cuves en marbre. — A Cherchel, on a découvert
un sarcophage d'époque assez basse, mais intéressant
néanmoins s. Il mesure 1»>20 de long sur 0-32 de large et
163. — Sépulture en jarre.
D'après Corpus inscriplionum latinarum, t. vm, n. 11076.
représente les trois Hébreux dans la fournaise et l'Ado-
ration des mages. Ces deux scènes présentent une. par-
ticularité qu'il y a lieu de relever. Dans le premier sujet,
l'addition d'un bourreau qui alimente le brasier ; dans le
second sujet, un des mages élève la main droite et pro-
nonce évidemment quelques paroles, tandis que ses
compagnons demeurent en silence; un personnage se
tient debout à côté de la Vierge, et ce doit être saint
Joseph6. Au second plan, derrière les mages on voit
164. — Sépulture en jarre couverte d'un toit.
D'après Corpus inscript, lat-, t. vin, n. 11076.
trois chameaux. Bien qu'on ignore la provenance de
ce morceau de sculpture, il est bon de faire observer
que le canon symbolique chrétien s'était imposé en
Afrique, car ces deux scènes « se retrouvent ailleurs
mises en pendant. On s'accorde à reconnaître dans ce
rapprochement une sorte de confusion, d'identification
symbolique et voulue entre deux groupes de personnages
abandonnant l'idolâtrie pour la foi »7.
* Dans Notizie degïi scavi, 1881, p. 30; 1892, p. 216. — -K. Le
Blant, L'épigraphie chrétienne en Gaule et dans l'Afrique
romaine, in-8", Paris, 1890, p. 31. — 3 Issel, dans Bullett. di
paleontologia italiana, 1885, t. XI, p. 109-110, pi. IX, fig. 7, 8.
— * A. de Longpérier, Jarres cylindriques trouvées en Corse,
fermées des deux bouts, et renfermant un cadavre placé
dans le vase de terre avant la cuisson, dans les Comptes
rendus de la S' session du Congrès international d'anthropo-
logie et d'archéologie préhistoriques, Paris, 1867, p. 160. —
» V. Waille, dans la Revue archéologique, 1890, p. 214, pi. ;
A.'Audollent, Mission épigraphique en Algérie, dans les Mélang.
d'arch. et d'hist., 1890, t. x, p. 406, fig. — « Cf. De Rossi, Bull.
di arch. crist., 1884-1885, p. 49-52. — 7 E. Le Blant, Les sar-
cophages chrétiens de la Gaule, p. 146, pi. xxxvi, fig. 2. Voyez
un sarcophage trouvé à Collo et reproduit dans \' Annuaire de la
Soc. arch. de Constantine, 1855, t. m, pi. 10 et p. 182 : « Bas-
relief énigmatique. » — 8Ch. Duprat, Monographie de la basi-
lique de Têbessa, dans le Rec. de la Soc. arch. de la prov. de
Constantine, t. xxx, 1897, p. 39. Pour les sarcophages chrétiens
d'Afrique, cf. Héron de ViUefosse, dans le Bull, archéol. du Co-
mité des trav. historiques, 1898, p. clx; il faut ajouter à sa liste
le sarcophage signalé par S. Gsell, dans le Bull. arch. du Comité,
séance de juin 1889, et un autre trouvé jadis par Delamare à
Batna et représentant deux poissons et un calice, cf. Mèrn. de la
Société des antiquaires de France, t. xxi, pi. l, fig. 16. —
•Bull, di archeol. crist., 1887, p. 124. Cf. F. X. Kraus, Ges-
Un sarcophage découvert dans la chapelle tréflée de
Tébessa et qui sert aujourd'hui d'autel à l'église repré-
sente trois figures allégoriques placées chacune entre
deux ilambeaux allumés, vêtues de robes amples; celle
de droite, une femme, relève son manteau et tient en
main le volumen ; celle de gauche, un adolescent, tient
les mains écartées du corps dans l'attitude de la prière
ou de l'acclamation ; le troisième personnage, une
femme, est représenté assis, levant le bras gauche et ten-
dant la main droite8. « La figure centrale, dit M. Gsell,
représente certainement Rome, comme l'a du reste vu
De Rossi9. Rome est assise, en costume d'Amazone et
casquée selon la tradition païenne; mais, au lieu d'une
arme ou d'un globe, elle tient un calice. La figure de
droite est coiffée à l'africaine : peut-être représente-
t-elle l'Église d'Afrique, ou l'Église de Théveste. Quant à
forant de gauche, je ne saurais émettre aucune hypo-
thèse sérieuse à son sujet. Il semble que ce soit un
homme, et non une femme ; faut-il y voir simplement une
image du défunt? En tous cas ce sarcophage très curieux
est, pour ainsi dire, un acte d'orthodoxie, une affirma-
tion des liens indissolubles qui unissaient les catho-
liques de Théveste à l'Église de Rome 10. » Ce sarcophage
peut dater du Ve siècle ou de la fin du ive siècle. Un
autre sarcophage fut découvert au coin sud de Y atrium
de la basilique. C'est un ouvrage païen, d'une facture
médiocre, qui a servi d'abreuvoir dans la suite des temps.
La cuve seule existé et mesure 2m23 de longueur sur
0m65 de largeur et 0m75 de hauteur. Il représente
Mnémosyne entourée de ses neuf filles, les Muses. La
face latérale droite représente Apollon11, l'autre Athéné.
Un sarcophage de chrétien de Tipasa montre le Christ
assis entouré de quatre adolescents portant les insignes
des quatre saisons : le Printemps une corbeille de ileurs,
l'Été une gerbe d'épis et une faucille, l'Automne une
grappe de raisin, l'Hiver une houe sur l'épaule et des
canards dans la main droite. A l'une des extrémités
Moïse fait jaillir l'eau du rocher, l'autre extrémité
manque1'2.
Un sarcophage chrétien trouvé à Tipasa13 (fig. 165)
peut être daté de la première moitié du IVe siècle. Il
représente le bon Pasteur, sujet des plus fréquents
en Afrique u, et à l'extrémité de la cuve un lion dévo-
rant une gazelle, symbole de la puissance de la mort.
Ces lions sont intéressants à un autre titre; on re-
marquera qu'ils sont parés d'un vêtement orné; ce
sont donc les lions d'une venatio. Voir Ad bestias,
col. 450.
Les sarcophages actuellement connus et classés sont
chichte der christlichen Kunst, in-8", Freiburg, 1895, t. I, p. 250 :
Recueil de la Soc. arch. de la prov. de Constantine, 18IT0, t. xiv,
pi. ix et x; Tour du Monde, 1880, t. Il, p. 10. — ,0S. Gsell, dans
les Mélang. d'arch. etd'hist.,i90i,t. XXI, p. 211, note 2. — "S.Rei-
nach, Sarcophage de Tébessa, dans le Bull. arch. du Comité
des trav. hist., 1891, p. 159 sq., pi. xiv et xv ; C. Duprat, Rec.
de laSoc. arch. de la prov. de Constantine, 1897, t. xxx, p. 52,
la planche en regard. — 12S. Reinach, Monuments chrétiens de
Tipasa, dans le Bull. arch. du Comité des trav. hist., 1893,
p. 129, pi. xill ; S. Gsell, dans les Mél. d'arch. et d'hist., 1894,
t. xiv, p. 445, pi. IX. Cf. H. de ViUefosse, dans la Gazette archéo-
logique, 1879, p. 148 sq. ; R. Cagnat, Une mosaïque de Carthage
représentant les mois et les saisons, dans les Mém. de la Soc.
des antiq. de France, 1896, p. 251 sq. — •* L'illustration,
1874, t. lxiv, p. 156, fig. ; Cherbonneau (communiqué par A. de
Montaiglon), dans la Revue des sociétés savantes, V* série, 1873,
t. IX, planche à la page 123. — •* Héron de ViUefosse, dans les
Archives des missions, série III, 1875, t. H, p. 408; Doublet,
dans la Revue africaine, 1892, t. xxxvi, p. 395, n. 4 ; A. De-
lattre dans Les missions catholiques, 1882, t. xiv, p. 114;
1886, t. xviii, p. 150; E. Le Blant, dans les Comptes rendus de
l'Acad. des inscr., 1888, p. 47; Ravoisié, Exploration de l'Algé-
rie, archéologie, in-fol., Paris, 1846, t. m, pi. 44, fig. il. Cf.
A. Dupuch, Essai sur l'Algérie chrétienne, in-8*. Bordeaux,
1848, p. 204; ci. S. Gsell, dans les Mél. d'arch. et d'hist., 1894,
t. xiv, p. 444, notes 4, 5.
735
AFRIQUE (ARCHÉOLOGIE DE L')
736
au nombre de seize pour l'Algérie et de trente-six pour
la Tunisie '.
XXXI. Lampes. — Les lampes trouvées en Afrique
sont en nombre considérable, à tel point qu'on a tenté
d'en écrire l'histoire. La lampe phénicienne antérieure
à noire ère est une sorte de soucoupe en terre rouge
grossière repliée en trois endroits de façon à former
deux becsa. La fabrication romaine antérieure à notre
ère fournit des produits bien supérieurs, la légèreté et
la ténuité de l'argile sont remarquables, la forme est
modifiée, elle est circulaire et le bec forme appendice;
cette lampe n'a pas d'anses. Dès cette époque on com-
mence à appliquer un médaillon central peu orné, ce
n'est que vers le Ier et le 11e siècles de notre ère que les
lampes en Afrique reçoivent l'anneau et que la décora-
tion se complique par l'introduction du dessin vivant.
Dès la fin du Ier siècle on trouve le petit trou-entaille
voisin du bec destiné uniquement à l'aération, puisque
le poinçon à l'aide duquel on faisait avancer la mèche se
trouvait toujours dans le trou central. Ces lampes sont
Le P. Delattre a établi une sorte de Corpus des lam-
pes chrétiennes d'après environ un millier de variétés.
Le classement adopté est basé sur le motif de décoration.
Voici ce classement qui doit permettre d'ajouter indéfi-
niment les trouvailles rentrant dans chaque catégorie :
1, le poisson; 2, lé lion; 3, le cerf; 4, le cheval; 5, le
lièvre; 6, l'agneau; 7, animaux divers; 8, le pélican;
9, la colombe; 10, le coq; 11, le paon; 12, l'aigle; 13, le
phénix; 14, oiseaux divers; 15, le cèdre; 16, le palmier:
17, la vigne; 18, Heurs et arbustes; 19, la coquille;
20, la rosace; 21, le vase; 22, les chandeliers à cinq,
six et sept branches; 23, la lettre I(ï)<toO;); 24, )£;
25, ^C; 26, *; 27, -f; 28, 4"; 29, + ; 30, la croix ornée
d'agneaux; 31, la croix surmontée de la colombe; 32, la
croix sous un ciborium ; 33-34, le carré et le cercle ;
35, personnages de l'Ancien Testament; 36, Notre-Sei-
gneur Jésus-Christ; 37, divers personnages; 38, disques
réflecteurs; 39, marques qui se lisent au-dessous des
lampes.
165. — Sarcophage chrétien trouvé à Tipasa.
D'après les Mélanges d'archéologie et d'histoire de l'École franc, de Borne, 1894, pi. vm.
façonnées à l'aide d'un moule en bronze auquel on
substitua vers le m«-ive siècle le moule en plâtre; la
terre employée à cette époque a une teinte grisâtre.
La forme et la matière des lampes chrétiennes sont
généralement distinctes de celtes dont on taisait usage
dans les officines païennes. La forme s'allonge et l'argile
est rouge. On fabrique ces lampes à l'aide de deux
moules, l'un pour le dessous, l'autre pour le dessus,
l'anneau disparaît, on le remplace par une queue un
peu relevée, non forée et émoussée à son extrémilé.
Nous ignorons les noms des potiers chrétiens, et l'his-
torien des lampes d'Afrique estime que l'anonymat d'une
lampe est un indice sérieux en faveur de son origine
chrétienne; mais le critère vraiment certain est lors-
qu'on reconnaît que le sujet emblématique a été rapporté
et appliqué sur le disque supérieur, « néanmoins une
lampe peut appartenir à l'âge chrétien sans présenter
cette particularité :!. »
• Héron de Villefosse, dans le Bulletin arch. du Comité des
trav. hist., 1898, p. r.i.iv sq. Cf. J. Poinssot, Sarcophage en
marbre blanc à Bou-Djelida, Tunisie, dans le Bullet. des ant.
afric, 1882, t. i, p. 294, 11g. 1. - s Gf . Bec. de la Soc. arch. de
la prov. de Constantine, 1879-1880, pi. vil. — 3 De CardaiUac,
Histoire de la lampe antique en Afrique, dans le Bull, de la Soc.
arch. d'Oran, 1890, f>. 251 sq. Cf. A.-L. Delattre, Lampes chré-
tiennes de Cartltage, dans la Bévue de l'art chrétien, 1890,
p. 134 sq. ; 1891, p. 39 sq.. 596 sq. ; R. Cagnat, Bull, arcliéol. du
Com. des trav. hist., 1891, p. 578 sq. — 'Ibiil., p. 579. — BOn a
trouvé des lampes avec cette formule à Fonka, Tipasa, Cherchel,
A ce classement nous ajouterons la description de
quelques types plus dignes d'attention*. A Cherchel (Cé-
sarée de Maurétanie) on a mis à jour une série de lampes
à anse non forée présentant la répétition d'une curieux
formule d'appel à la bourse du passant B :
EMITE LVCERNAS
LVCERNAS CoLATAS
S3NOOI SAIAIOO
COLLATAS AB ASSE
(DE OFINA ASS ENI
SANH33VI 3IIM3
Une autre lampe de grand module offre le mono-
gramme du Christ entouré d'une double auréole où se
déroule cette inscription :
EME BONO TVMH-ARI
Eme bono(m) tu(te)lari(um).
« Achetez un bon gardien, à la fois contre les ténèbres
et contre l'esprit malin6. »
Gouraya. Cf. Corp. inscr. lot., t. vm, n. 10478, 1, c et e ; de
Cardaillac, Bull, trimestr. de géogr. et darch. d'Oran, 1890.
t. x, p. 304, fig. 57; p. 305, fig. 58" V. Waille et P. Gauckltr,
dans la Bev. archéol., 1891, t. xvn, p. 138, n. 3; S. Gsell, Re-
clierches arcliéol., in-8*, Paris. 1893, p. 61, n. 1, 2: p. 62, n. 3-8
— • V. Waille, Inscript, sur poterie et sur marbre, découverte!
à Cherchel, dans le Bull. arch. du Comité des trav. hist., 1893
p. 133-134, n. 14-17. L'inscription : Emitc lucernas colatas al
esse, se retrouve à Cherchel. Cf. V. Waille, Bapport sur in
fouiUes faites à Cherchel en 1894-1895, dans le Bull. arch. iu
Comité des trav hist., 1895, p. 59, n. 4.
737
AFRIQUE (ARCHÉOLOGIE DE L')
738
Une belle formule :
DONATO COR MAGISTRO VITA
« Donnez votre cœur au maître de la vie, » rectilie la
lecture fautive de De Rossi : Vita Donalo coromagistro,
« Vive Donatus le coroplaste1. »
Une lampe de Musti montre le Christ accosté de deux
anges et tenant la croix; il foule aux pieds l'aspic, le
basilic, le dragon et le lion 2. Une autre lampe, trouvée
à Carthage, représente le Christ piétinant le serpent
maudit et le chandelier à sept branches renversé, sym-
bole du culte judaïque 3, c'était peut-être une interpré-
166. — Lampe trouvée à Cartilage.
D'après les Mémoires de la Soc. nat. des antiquaires
de France, 1896, p. 247.
tation de cette parole de l'Eglise à la Synagogue : Eccc
sub pedibus meis purptwala quondam regina versaris *
(fig. 166).
Un fragment de lampe trouvé à Carthage ne consiste
plus que dans la zone circulaire qui entoure ordinaire-
ment le sujet principal et celte partie, au lieu de pré-
senter comme à l'ordinaire des motifs de décoration
symbolique ou géométrique, nous fait voir des médail-
lons circulaires reproduisant alternativement la face et
1 R. Cagnat, dans le Bull. arch. du Comité des trav. hist.,
1895, p. 59, note 1; De Rossi, Bull, di arch. crist., 1877, p. 142,
note 3. — - P. Gauckler, Rapport épigrapkique sur les décou-
vertes faites en Tunisie, dans le Bull. arch. du Comité des
trav. hist-, 1897, p. 453. — 3E. Le Blant, La controverse des
chrétiens et des juifs aux premiers siècles de l'Église, dans
les Mém. de la Soc. des antiq. de France, 1896, p. 249 et pi. de
la page 247. On sait combien le chandelier est fréquent sur les
épitaphes juives. Corp. inscr. grxc, t. iv, n. 9901, 9903, 9907,
9910, 9912, 9914, 9916, 9917, 9919-9921, 9923, 9926. A Venouse,
Corp. inscr. lat., t. IX, n. 6199, 6204, 6212. 6219, 6221, 6224
6225 623S. A Carthage, cimetière juit de Gaju<irt, Corp. tmer.
lat.- t. vin, n. 14102, J4104; E. Le Blam. Inscriptions chré-
DICT. D'ARCH. Ciip.i-t.
le revers d'une monnaie romaine à l'efligie de Théo-
dose II. « Cette monnaie imprimée en relief sur la
lampe de Carthage a dû y être reproduite par le potier à
l'aide d'un moule de terre cuite que la monnaie elle-
167. — Tube en terre cuite.
D'après les Archives des miss, scientif., t. XIH, p. 35, fig. 44.
même avait servi à façonner. On ne peut, en effet,
s'arrêter à la pensée que le potier aurait eu en main le
coin d'un atelier monétaire5. »
Outre ces lampes, il en existait d'autres, de grandes
dimensions, à l'usage des basiliques, ayant la forme
1C8. — Voûte avec tubes en Terre cuite.
D'après les Archives des miss, scientifiques, 1887,
t. XIII, p. 118, fig. 210.
d'une barque et garnies de plusieurs becs, huit générale-
ment. La partie médiane est garnie de deux anneaux de
suspension. Le musée du Bardo, à Tunis, en possède
plusieurs exemplaires, provenant en partie de la basilique
de Dermech à Carthage0. Nous décrirons ailleirs la
tiennes de la Gaule, in-4», Paris, 1856-1865, t. n, n. 621, et Nou-
veau recueil, in-4\ Paris, 1892, n. 284 a, 292. — *Dialogus de
altercatiane Ecclesix et Synagogse, P. L., t. xlii, col. 1132;
E. Le Blant, De quelques lampes chrétiennes découvertes à
Carthage, dans les Comptes rendus de l'Acad. des inscript.,
1S88, p. 445 sq. — 5 A. Delattre, Un fragment de lampe chré-
tienne, dans le Bull. arch. du Comité des trav. /u'st.,1897, p. 288.
Voir aussi E. Delorme, Note sur une lampe antique, dans la
Bev. archéol., 1901, t. xxxvin, p. 24 sq. et fig. 1, et deux au-
tres exemplaires de poteries avec impression de types moné-
taires dans <e Bull, de :n Suc. des antiq. le France, 1884,
p 129 sq. — " p.Gauckier, dans ia Bull. arch. du comité de*
i trav. ms(. . 1901. -j. 135-13K.
I. — 24
739
AFRIQUE (ARCHÉOLOGIE DE L')
740
lampe-basilique trouvée en Afrique. Voir Lampes '.
XXXII. Poteries. — A Oudna, on a recueilli dans les
déblais des Thermes « plus de 300 estampilles entières,
sur fonds de plats et de patères, sans compter d'innom-
brables tessons plus ou moins endommagés. Ces estam-
pilles ont un caractère chrétien nettement accusé. Elles
représentent le chrisme avec la boucle tournée tantôt à
droite, tantôt à gauche, et plus ou moins orné, accom-
pagné ou non de l'a et de l'w ; les diverses formes de la
croix, surtout la croix latine et la croix grecque, simple,
gemmée, divisée en triangles et en losanges, ornée de
palmettes, puis la croix gammée ou swatiska inscrite
dans un carré ; dix types différents de colombes, plusieurs
coqs, trois types différents de l'agneau, deux du lièvre
courant, des rosaces à six ou à huit pétales, des fleurons
et des palmettes variées, des calices seuls ou réunis, qua-
tre par quatre, autour d'un cercle central. Enfin d'autres
marques de fantaisie, plus difficiles à caractériser » 2.
calement deux bandes brodées. La femme applique la
main gauche sur la poitrine et la main droite sur le
ventre dont la saillie est fortement marquée. Plusieurs
statuettes chrétiennes du musée de Carthage offrent la
même particularité qui donne lieu de penser que ces
petits objets servaient d'ex-voto pour les femmes chré-
tiennes à l'occasion de leurs grossesses6.
XXXIV. Fonderie. — 1. Seau en plomb. — Un vase-
en plomb orné de symboles trouvé en Tunisie a été longue-
ment décrit par De Rossi 7. Nous n'aurons qu'à rappeler,
d'après lui, ce qui a trait à la technique de cet objet; ce
qui concerne son usage liturgique a été traité ailleurs.
Voir Eau bénite; voir aussi Afrique, Liturgie, col. 643.
Le vase a la forme d'un seau elliptique sur lequel on a
soudé une longue bande de même métal rehaussée de
figures et d'inscriptions; on ne voit aucune trace de
poignées ou d'anses pour saisir le vase. L'inscription est
enfermée dans un cartouche à queues d'aronde, sa pa-
169. — Vase en plomb de Carthage (voir fig. 116).
D'après le Bulletin d'archéologie chrétienne, 18G7, pi. vm.
Nous signalerons en outre parmi les poteries les
matériaux entrant dans la construction des voûtes. Dans
un grand nombre de ruines on constate l'existence de
voûtes formées au moyen d'une carapace de tubes en
poterie, emboîtés les uns dans les autres et revêtus de
mortier8. La voûte de la crypte de la basilique de Casti-
glione ëtail faite « avec des moellons, des amphores, des
tubes eu argile, emboîtés, enfin d'autres éléments en
tcirc cuite qui ont la forme d'obus »4. A Sbeitla se
trouvent deux églises dont « les voûtes étaient construi-
tes au moyen de petites bouteilles de terre cuite de
0"'15 de long et 0'"06 de diamètre » 5. Le même système
est employé à Sidi-Mohammed-el-Gebioni, où se voit
une chapelle musulmane sur une construction antique,
el encore m Kef, à Sbeitla, à Fériana. à Haïdra (fig. 167
et 168).
XXXIII. Kx-voto. — Une curieuse statuette en terre
cuite trouvée à Oudna représente une femme debout,
vêtue d'une longue robe sur laquelle se détachent verti-
' De Iîo.ssi, dans le Bull, di arch. crist.. 1866. p. lé. Qg. 1, 2,
et p. 16; 1880, p. 150. A. Daroel et B. Baauewsky, Collection Ba-
eilewsky. Catalogue raisonné précédé d'un essai sur les arts
industriel*, du i" au xvr siècle, in-fol., Paris, 1874, pi. iv. —
*P, Gauekier, Itapport épigraphigue sur (m découvertes archéo-
logiques en Tunisie, dans le Bull. arch. du Comité des trav.
Iiisi., 1WI7, p, 456, pi. vm et ix. — 3 S. Gsell, Montait, snttf.
de V Algérie, in-8', Paris, 1901. t. il, p. 139. — 'Ibid., t. n,
p. 188. — »H. Saladin, Rapport sur une mission faite en Tu-
léographie ne permet pas de le faire descendre après
IV (in le v siècle et la technique des ligures se rap-
porte également à cette époque (lig. 169). L'inscription
esl ainsi libellée :
ANTAHCAT£ YAGÛP MCT eYOPOCYNHC
l'ui-i/ île l'eau avec joie. »
Cette formule est empruntée an prophète [sale : Kvt&if-
rji-.i GSiop \i.i-' sùçpoo-jvrjç s el se retrouve fréquemment
sur les vases à eau bénite de fabrication byzantine''.
L'emploi de la langue grecque dans une province aussi
exclusivement latine a lieu de surprendre, aussi De Rossi
a cru devoir faire sortir ce vase d'une officine de la Cy-
rénaïque, province de langue grecque, mais en rela-
tions d'affaires assidues avec l'Afrique proconsulaire. La
décoration du vase comporte un encadrement compose
de l'inscription et de trois bandelettes couvertes de
pampre et de grappes de raisins. Les deux extrémités
île I inscription aflleurent deux pelits rectangles repré-
tusie de nov. i8S2 à avril i883, dans les Arch. des mte.
soient., 1887, t. xm, p. 92. — »P. Gauekier, Rapport ipiara-
l'Iuque sur les découverte» faites eu Tunisie, dans le Bull.
arch. du Comité des tTOV. hist., 1897, p. 457. — 'De Hossi, Bull.
di arch. crist., 1867, p. 77 sq. Cl. A. Peraté, L'archéologie chré-
tienne. in-8% Paris, ls'i-J. p. -JOS; Garrucci. Storia delCorte cris-
liana. in-fol., Prato, 187:!. t. vi, p. 33, pi. VJs. « [gala, \ii, 3. Le
ms. Vaticanus, porte : fcrdjiran. — BPaciaiidi. De mort* tmti-
quorum balneis, t'n-4\ Rom», 1758, p. 160 sq., pi. iv.
741
AFRIQUE (ARCHÉOLOGIE DE L']
742
sentant, l'un, deux paons buvant dans le col d'un vase,
l'autre, une Néréide assise sur l'hippocampe, auprès de
la tête de celui-ci se voit une conque marine, auprès de
la tête un dauphin. La partie centrale de la décoration
comprend des sujets qui, bien que séparés, ne laissent
pas de concourir, d'après De Rossi, à une interprétation
unique. 11 s'agit ici d'allusion au martyre de sainte Per-
pétue qui, dans une vision, se vit changée soudain en
gladiateur. Elle nous raconte qu'elle combattit en cet
état où l'un des cartouches du seau nous la représente
et qu'elle remporta la victoire, signifiée par la couronne
qu'elle élève de la main droite. A ce combat se rapporte
le personnage ailé, d'une taille plus élevée que les au-
tres; vir quidam mirx magniludinis ', portant une
palme : ferens... ramuni viridem 2 qu'il donnera à la
martyre. Aux deux extrémités, des cartouches portant
des arbres se rapportent au viridarium dont parlait
Saturus en racontant sa vision écrite par Perpétue, en-
fin un cartouche représente le bon Pasteur et fait allu-
touches extrêmes représentent, à gauche, deux cerfs se
désaltérant au pied d'un monticule surmonté de la croix
et arrosé par les quatre fleuves ; à droite, le même su-
jet, mais l'un des cerfs est remplacé par un agneau. Ce
sujet symbolique ne permet pas de faire remonter la fa-
brication du seau de plomb avant le IVe siècle; c'est
donc du ive au Ve siècle qu'il doit être daté. Nous ne
pouvons accepter l'interprétation de De Rossi; en ce qui
concerne l'orante il faut y voir une déesse phénicienne
et l'ensemble fortuit des sujets n'est probablement que
l'utilisation faite par un marchand de divers sujets or-
nementés qu'il avait en magasin et qu'il a appliqués sans
discernement pour garnir la panse du seau B.
2. Moule. — Deux petits blocs en marbre blanc trou-
vés à Carthage sont creusés de manière qu'en répan-
dant un métal en fusion dans le canal qui aflleure l'ex-
trémité des découpures on obtienne une figure qui
munie de son anneau pouvait être portée suspendue au
cou (Mg. 170).
XXXV. Sigillographie. — « Chaque hiver, lorsque,
par le gros temps, les vagues déferlent avec violence,
remuant et lavant le sable sur tel point du rivage, il se
fait un triage qui amène à la surface de minuscules
morceaux d'or ouvré. Ce même sable aurifère renferme
des milliers de morceaux de plomb..., les plus intéres-
sants, au nombre de plusieurs centaines se présentent
sous la forme de tessères (peut-être des plombs de
douane) ayant reçu l'empreinte d'un sceau 7. » Parmi
ces derniers objets se trouve un plomb de bulle de
l'époque byzantine (fig. 171). C'est un sceau épiscopa!
170. — Moule.
D'après Bull, di archeologia cristiatia, 1891, pi. îx, n. 5.
sion à la première vision de la sainte : vidi spatium
horli imntensum et... hominem canum, in habitu
Pastoris 3. Un dernier cartouche représenterait la sainte
en orante, symbole consacré pour exprimer l'âme en-
trée dans la béatitude. Dans la série inférieure des car-
touches nous remarquons plusieurs animaux, l'un d'eux
pris dans l'attitude du bond en avant parait être un
ours, ce qui s'appliquerait à ce passage de la passion :
Salurninus... et Revocatus leopardum experli etiam
super pulpilum ab urso vexati suntlt; les deux car-
' Passio S. Perpétuai, 10, dans Ruinart, Acta sincera, in-41,
Parisiis, 1689, p. 91. - -Ibid. — 3 Ibid., 4, loc. cit., p. 87. —
* Ibid., 19, loc. cit., p. 95. Les quatre cartouches du centre
représentent un silène ivre et trois venationes d'animaux. Il est
douteux que ces sujets se rapportent à la passion de sainte Per-
pétue. — "Cette figure de pseudo-orante se trouve sur les mon-
naies de Carthage dès le temps de Dioctétien. Cf. J. Eckhel,
Doctrina nummorum veterum, in-4% Vindobonae, 1700, t. vin,
p. 11 ; Friedlander, Die Miinzen der Vandalen, in-8*, Leipzig,
1849, pi. i ; E. Le Blant. dans les Mélang. d'arch. et d'hist., 1883,
t. m, p. 445 sq., pi. x; Bull. trim. de corresp. africaine, 18S4,
p. 318. — « A. Delattre, dans le Cosmos, 2 octobre 1889, et la
Revue de l'art chrétien, 1890, p. 129. Cf. De Rossi, Bull, di arch.
crist., 1891, p. 146 et pi. ix, n. 4, 5. — 'A. Delattre, Note sur le
table aurifère de la mer et sur une collection de plombs avec
inscriptions trouvés à Carthage, dans le Bull. arch. du Co-
in. — Sceau de l'évêque Victorianus.
D'après le Bullet. archéol. du Comité des travaux historiques
1898, p. 163.
sur le revers duquel on peut lire Victo[r]ianu[s] ep[is]-
c[opu]s. Ce sceau ne peut avoir appartenu qu'à Victo-
rien, évêque d'Uzalis, aujourd'hui El-Alia, « localité que
l'on aperçoit de Carthage au loin sur la montagne dans
la direction de Bizerte. » 8 Ce prélat assista au concile
de Latran en 649.
Les bulles de plomb des évêques de Carthage ai
vne siècle et même de quelques autres personnages
d'Afrique portent généralement au revers l'image de la
Vierge avec Jésus dans ses bras9.
XXXVI. Climatologie de l'Afrique ancienne. — Il
n'est pas sans intérêt pour nous de connaître les con-
ditions climatériques de l'Afrique ancienne10; car si,
mité des trav. hist., 1898, p. 160 sq. et pi. n. — ''Ibid., p. 163.
— 9 Munter, Epist. de duobus vet. eccl. monumentis, dan9
Antiq. Abhandlungen. de Copenhague, 1816, p. 75 sq., pi. I, n. 4;
Rec. de la Soc. arch. de la prov. de Constantine, t. xx, pi. xvm,
n. 8; De Rossi, Bull, di arch. crist , 1881, p. 115; 1887, p. 132. —
,0M. R. du Coudray de la Blanchère, L'aménagement de l'eau
et l'installation rurale dans l'Afrique ancienne, dans les Nouv
arch. des miss, scient., in-8°, Paris, 1895, t. vu; Bourde, Rap-
port sur les cultures fruitières, et en particulier sur la culture
de l'olivier dans le centre de la Tunisie, in-8", Tunis, 1893
C. Carton, Climatologie et agriculture de l'Afrique ancienne
dans le Bull, de l'Acad.'d'Hippone, t. xxvii, p. 1-45, et Varia
lions du régime des eaux dans l'A frique du Nord, dans les A n
nales de la Soc. géol. du Nord, t. xxiv, 1896, p. 29-47 ; S. Gsell
dans les Mélang. d'archéol. et d'hist., 1896, t. xvi, p. 466 sq. ; J
Péroche, dans Ann. de la Soc. géol. du Nord, t. xxrv, 1896, p. 69-72
743
AFRIQUE (ARCHEOLOGIE DE L')
744
d'une manière générale, il est vrai que la production
d'une région demeure presque invariable pendant des
siècles -, certaines modilications ne laissent pas de se pro-
duire sous l'action de causes que nous n'avons pas à re-
chercher. C'est pour prévenir les conséquences de la civi-
lisation que les Romains avaient multiplié en Afrique les
travaux hydrauliques, car l'expansion de la population a
pour résultat de modifier sensiblement les conditions
météréologiques d'une contrée dans laquelle le déboi-
sement est régulièrement opéré pour permettre l'éta-
blissement des colons, et par déboisement il faut en-
tendre les broussailles et les vergers comme les forêts.
Ce déboisement systématique a donc eu pour consé-
quence en Afrique le ruissellement plus rapide de l'eau
de pluie que n'arrêtaient plus les feuilles, les racines,
les touffes d'herbes et la terre que soutenaient les ar-
bres. La pluie tombe d'une manière fort inégale sur les
diverses provinces, aussi les Romains avaient-ils entre-
pris d'obvier à cette répartition, suivant en cela l'exem-
ple que les rois numides leur avaient laissé. Pas une
goûte d'eau tombant sur cette terre n'était perdue; des
canaux la recueillaient, la transmettaient et la condui-
saient sur les parties arides du sol; aussi peut-on dire
que tant qu'on prit soin d'entretenir ces travaux, la
prospérité et les conditions de la vie physique ne chan-
gèrent que dans une faible mesure, mais le déboisement
amena un changement assez notable depuis qu'on lais-
sait glisser l'eau sur le sol au lieu de l'y introduire ; il
amena un abaissement de la nappe souterraine. Cette
corrélation entre l'action des forêts et l'humidité de
l'air 2 amenait un dessèchement du pays qui ne pou-
vait qu'influer sur le tempérament de ses habitants;
c'est à ce point de vue qu'elle nous intéresse, nous ai-
dant à mieux comprendre l'état économique de l'Afrique
dans l'antiquité. Nous savons d'ailleurs, par l'état des
ruines relevées aujourd'hui, que certaines régions dé-
pourvues d'eau n'ont guère vu jadis les colons. On en
trouve la démonstration sensible dans le pays situé au
sud et au sud-est de Kairouan. Le régime des eaux y a
été totalement négligé, on n'y rencontre ni aqueducs,
ni barrages, ni aménagement quelconque, mais seule-
ment des bassins, des réservoirs, des citernes destinés
à recevoir la provision d'eau pluviale indispensable à la
vie. A mesure qu'on s'éloigne du littoral, les zones se
succèdent de plus en plus stériles et désertes. Les Ro-
mains se sont groupés sur le littoral, vers l'ouest on ne
rencontre déjà plus que des villages, plus loin, des
fermes isolées et quelques forts de défense, enfin les
habitations disparaissent, on ne voit plus guère que des
mausolées de type punique ou romain, des citernes;
c'est ici que vécurent les nomades. Ces observations
sont capitales pour la recherche des directions de. l'ex-
pansion du christianisme en Afrique3.
XXXVII. Le CAPVT Arnir.E. — On trouvait à Rome
' Taine, Philosophie de l'art, in-12, Paris, s. d., t. I, p. 11;
Littré, Études sur les Barbares et le moyen âge, in-8', Paris,
18G7, p. 109. — «Carton, Revue tunisienne, 1896, t. m, p. 87-94;
Carton, La restauration de l'Afrique du Nord, dans le Compte
rendudu congres international colonial, 1897, Ul-8*, Bruxelles,
1898, p. 28; Drappier, Enquête sur les installations hydrau-
liques romaines en Tunisie, in-8', Tunis, 1899, 1900, ajoutons
que cette opinion n'est pas adoptée par tous les météréologues.
Cf. Ed. Cat, Essai sur la province romaine de Mauritanie
Césarienne, in-8", Paris, 1891. — 3Blanclict, dans l'Association
française pour l'avancement des sciences, Tunis, 1896, t il
P. 807 sq. — *G. Paris, VAppendix Prvbi, dans les Mélanges
Renier, Biblioth. de l'Ecole des hautes-études, in-tol., Paris,
1887, p. 301 sq. Cf. l'édition récente de VV. Heraiis, dans Archiv
fur lateinische Lexikographie, 1899, t. xi, p. 301-341; S. Gsell,
dan9 les Mélang. d'arch. et d'hist., 1900, t. xx, p. 107, et le Bull.
arch. du Comité des trav. histor., 1899, p. 456. — 8 Vico et
non vice; dans les indications topographiques on emploie l'ablatil
vico. — * Becker, Handbuch der rom. Alterthùmer, in-8', Leip-
zig, 1844, t. i, p. 508; II. Jordan, Topographie der Stadt Rom.,
dans la deuxième région une rue qui portait le nom de
vicus Capitis Africx et que par suite d'un usage popu-
laire on appelait couramment vicus Caput Africx. Un
des morceaux placés à la suite de VArs fli'ior de Vale-
rius Probus dans le manuscrit latin n. 16 de la biblio-
thèque impériale de Vienne (p. 197) présente une liste
de graphies vicieuses mises en regard des formes cor-
rectes; ce morceau, qui est probablement, d'origine
africaine, se distingue par sa richesse des listes ana-
logues, aussi est-il spécialement connu et Diez, Seel-
mann, P. Meyer, G. Paris* l'ont spécialement mis à
profit. On lit clans ce document la remarque suivante :
Vico 5 Capitis Africx non vico Caput Africx.
L'existence de cette rue, qui devait probablement son
nom à un busto représentant l'Afrique, nous çst attestée
par d'autres documents 6. Les inscriptions apportent
leur part de lumière, et c'est ainsi que nous apprenons
l'existence dans la « rue de la Tête d'Afrique » d'un
psedagogium destiné à l'instruction des jeunes esclaves
du palais impérial ', Ce psedagogium était situé sur la
pente ouest du Palatin; ce n'était pas le psedagogium
des pages encore à l'école, mais des pages déjà de ser-
vice. La maison d'éducation, le véritable psedagogium
était situé entre le temple de Claude et l'église S. Tom-
maso in Formis, à coté de l'arc de Dolabella, sur le
Cœlius8. Les élèves portaient le titre de Caput afri-
censes; l'un d'eux, qui était chrétien, nous intéresse
particulièrement à cause des fonctions ecclésiastiques
qu'il remplissait et dont nous n'avons qu'une autre
mention outre celle-ci :
ALEXANDER
AVGG . SER . FECIT
SE BIVO-MARCO- FILIO
DVLCISIMO- CAPVTA
5 FRICESI-QVI.DEPVTA
BATVR INTER BESTITO
RESQVIVIXIT.AN.NIS
XVIII- MENSIBV- Vllll
DIEBVV.PETOABOBIS
10 FRA. TRES-BONI. PER
VNVM-DEVM-NE-QVIS
post UiO'mmmmmm
Cet établissement nous est encore connu par une
liste de professeurs : pxdagogi pucrorum a Capite
Africx 10, et quelques noms isolés ". Becker et J. Mar-
quardt|2ne font pas remonter cette école avant le régne
de Caracalln, mais Cavedoni ,3 cite le tituba d'un nomme
M. Ulpius Agathonicus, pmdagogus a Caput Africx qui
remonterait au règne de ïrajan, et après Visconti '*• et
Léon Renier ls nous croyons devoir placer à la fin du
in-8*, Berlin, 188Ô, t. n. p. 588; Grogorovius, Geschichte drr
Stadt Rom im Mittelalter, [n-8', Stuttgart, 1859-1873, t. v. p. 627.
En 18i2, des fouilles, pratiquées à Pompoi, firent découvrir doux
figures colossales peintes en buste, l'Afrique et Cartilage ou Clique.
!.. Vinet, dans Daremberg-Saglio, Dict. des antiq. gr. et rom.,
au mot Afriea. — 'J, Marquardt, Das Privatleben der Romer,
in-8", Leipzig, 1879, p. 156; Orelli, Inscr. latinx, in-8*, Turici,
1828, u. 2685, 2934, 2935; Corp. inscr. lat., t. v, n. 1039: Phila-
grypno Aug. vcm. ex Kap. afriexs. — *G. Gatti, Del Caput
Africx nella seconda regione di Roma, in-8*, Borna, 1882. Cf. A.
de la Blanchcrc, dans le Bull, de coi >esp. afric, 1882. L i, p. 402
sq. —•Orelli, loc. cit.,n. G371 ; n. Cabrol et D. Lecloïoq, il^-
num. Eccles. liturg., in-V, Paris, 1902, t. l, n. 3446. Cf. pour
la seconde mention au mot Acoi.ytuf.. col. 351. — ,0 Ibid.,
n. 2934. — " Ibid., n. 2685, 2935. - "Loc. cit. — " Bullettitut
dell' Istituto archeologico Romano, 1S50. p. 160. — " Atti délie
Accad. rom. di arch., t. vi, p. 43. — l5L. Renier, dans L. Per-
ret, Catacombes de Rome, in-fol., Pnris, 1852, I. vi, p. 170 sq.;
De Bossi, Roma sotterranea, in-fol.. Borna, 1864, t. I, p. 107; E.
Le Blant, Inscr. chrét. de la Gaule, in-V, Paris, 1856, 1 1, p. 120.
745
AFRIQUE (ARCHÉOLOGIE DE L')
746
11e siècle, sous Marc-Aurèlc ou Commode, l'épitaphe du
■oestitor Alexandre.
XXXVIII. Les juifs. — Parmi les monuments laissés
par les juifs en Afrique on ne saurait oublier un cime-
tière situé entre Marsa et Gamart dont on avait attribué
les tombes à l'ancienne population punique, mais qui
n'est pas plus ancien que l'époque des empereurs '. Ce
cimetière n'avait qu'une médiocre importance et les
inscriptions qu'on en a retirées n'ajoutent guère à ce que
nous savons sur la communauté juive de Cartbage ; elles
sont, pour la majeure partie, gravées sur le marbre,
cependant quelques-unes sont peintes en rouge 2.
La nécropole juive de Carthage se trouvait prise dans
la montagne de Gamart, elle était peu étendue, le nombre
de ses caveaux ne dépassait pas deux cents. Ces caveaux
étaient creusés dans le calcaire, sur le modèle de ce qui
se pratiquait en Palestine. L'entrée de la nécropole était
très simple et large seulement de 0ra90, lermée par une
dalle de pierre ou bien par des moellons. Les chambres
funéraires avaient leurs parois percées de loculi, c'étaient
des niches en forme de fours au nombre de quinze ou
dix-sept par chambre, rarement plus. Le plafond et les
parois sont enduits de stuc blanc. Au-dessus des niches
on lit encore quelques inscriptions en latin, peintes en
rouge ou simples graflites. On voit aussi sur quelques
caveaux des peintures : rinceaux, ceps de vigne, génies
ailés, buste, vendangeur, cavalier, etc. ; l'ornementation
et la répartition des sujets présentent quelque analogie
avec les peintures connues, notamment celle de la Voie
latine. Aucun mobilier dans les sépultures.
La seule particularité notable est l'emploi fréquent3
de la formule caractéristique des épitaphes chrétiennes :
m pace. Les noms propres paraissent avoir subi l'in-
lluence du milieu ambiant; on trouve Sérapion (?) '•,
Gaius 6, Sidonius6, Macido7, Colomba1*, Alexander9,
Aster10, Sabira". Le chandelier à sept branches ne se
trouve représenté que deux fois l2, il est accompagné une
fois seulement des deux insignes le lulâb et Vethrog 13.
Clermont-Ganneau et Renan '* avaient pensé reconnaître
les mêmes objets de chaque côté de l'un des candélabres
de la mosaïque découverte dans la synagogue de Naro
(aujourd'hui Hamnâm-Lif), mais c'étaient Vethrog et le
1 A. Delattre, cité par de Vogué, dans la Revue archéologique,
série III, 1889, t. xm, p. 178 sq. ; E. de Sainte-Marie, Mission à
Carthage, in-8% Paris, 1884; A. Delattre, Gamart ou la nécro-
pole juive de Carthage, in-8% Lyon, 1895, 51 p. Sur les établis-
sements des Juifs en Afrique, cf. Talmud de Jérusalem, traité
Schebuth, fol. 36 ; traité Kedoschim, fol. 61, col. 111 ; Talmud de
Babylone, traité Berachott, fol. 29 a; traité Menachott, fol. 110a;
Cazes, Essai sur l'histoire des Israélites de Tunisie, depuis
les temps les plus reculés jusqu'à l'établissement du protec-
torat de la France en Tunisie, in-8% Paris, 1888; Lapie, Les
civilisations tunisiennes, in-8°, Paris, 1898, p. 52-60, 123-135,
164-170, 220-226 ; Isaac Bloch, Inscriptions tumulaires des
anciens cimetières Israélites d'Alger, in-8% Alger, 1888 ; Wahl,
L'Algérie, in-8% Paris, 1889, p. 214 sq. ; P. Monceaux, Hist. litt.
de l'Afrique chrét., in-8% Paris, 1901, t. I, p. 8, 9. Nous connais-
sons l'existence d'une synagogue à Volubilis (Maroc), cf. Ph. Ber-
ger, dans le Bull. arch. du Comité des trav. hist-, 1892, p. 64
sq. ; une autre à Sétif, cf. Corp. inscr. lat., t. vm, n. 8499,
o. 8423; une colonie juive à Auzia, cf. Corp. inscr. lat.,
t. vm, n. 20760; une autre à Tipasa, cf. S. Gsell, dans les Mél.
d'arch. et d'hist., 1894, t. xiv, p. 304; une enfin à Césarée de
Muurétanie, cf. S. Gsell, Cherchel, Tipasa, in-8% Alger, 1896, p. 25.
De plus, Ibn-Khaldoun donne une longue liste de tribus berbères de
Tripoli et du Maroc qui observaient les rites du judaïsme. Hist.
des Berbères, trad. de Slane, in-8% Alger, 1855, t. m, p. 208. —
*R. Cagnat et J. Schmidt, dans le Corp. inscr. lat., t. vin,
suppl.. part. 1, n. 14097-14114. Cf. A. Delattre, dans le Cosmos,
1888, fasc. 167, p. 16 sq., et 1890, fasc. 258, p. 132. Ajouter Hnscrip-
tion n. 14191 du t. vm du Corp. inscr. lat. — 3 Corp. inscr. lat.,
t. vm, n. 14099 b, c; 14101 b, c; 14102, 14104, 14106, 14108
(14113?). Cf. R. Garrucci, Cimetero degli antichi ebrei scoperto
recentemente in vigna Bandanini, in-8% Roma, 1862, p. 30 sq. ;
D. Cabrol et D. Leclercq, Monumenta' Ecclesiœ liturgica, in-4%
Parisiis, 1902, t. I, prsef., p. cxxxix. — * Corp. inscr. lat.,
schophar, c'est-à-dire la corne donl on fait usage chez
les Juifs pour annoncer le nouvel an, ainsi que l'a
démontré E. Schiirer par le rapprochement d'autres
monuments'3. L'édifice dans lequel se trouvait la mo-
saïque ne paraît pas avoir jamais dû être à l'usage d'une
communauté chrétienne. Les églises présentent toujours
le ciborium et le presbylevium au fond, et (sauf une
exception) dans l'axe de la salle 16, ce qui n'est pas le cas
à Naro : ainsi tout concourt à y faire voir l'existence
d'une synagogue. Nous ne pouvons cependant accorder aux
termes synagoga et archisynagogi de l'inscription l'im-
portance que réclament pour eux A. Harnack n et E. Schii-
rer18, car nous avons montré ailleurs19 que les chrétiens
des premiers siècles ne repoussaient pas les termes ju-
daïques avec la même énergie qu'ils y mirent plus tard.
La mosaïque de Naro est digne d'une attention parti-
culière, non pas tant à cause de son parfait état de con-
servation et de sa grandeur que des symboles qu'on y ren-
contre 20. Ces symboles sont de telle nature qu'ils ont fait
hésiter longtemps sur l'origine, soit juive, soit chrétienne,
du monument; les fouilles qui ont dégagé entièrement les
restes de l'édifice ne révèlent pas avec certitude la destina-
tion chrétienne primitive et il me semble préférable d'y
voir une synagogue. Divers indices utilisés d'abord en
faveur de l'attribution chrétienne doivent faire retour à
l'antiquité judaïque. Vethrog et \esc/wphar dans lesquels
on avait pensé reconnaître l'A et l'û, lettres qui, à la
rigueur, pourraient ne pas répugner au judaïsme21, sont
hors de question aujourd'hui. Le panier contenant des
pains ne présente aucune des particularités attachées à
ce symbole dans les représentations eucharistiques et le
panier contenant des fruits se retrouve sur des mon-
naies juives 22 où il rappelle probablement les corbeilles
dans lesquelles on apportait triomphalement les pré-
mices, les biccourim 23. Le caractère chrétien si connu du
poisson Çv/Jlûç) semble plus décisif, cependant quelques
rares monuments juifs font usage de cet emblème qu'on
retrouve sur les monnaies juives 24, sur une pâte de verre
du Cabinet des médailles de Paris23, sur une très
ancienne Bible juive26, enfin sur les peintures antiques
formant plafond de la catacombe juive de la vigna Ran-
danini27; ces mêmes peintures nous montrent aussi le
t. vm, n. 14100. — 5 Ibid., n. 14099. — »Ibid.,n. 14106. —
' Ibid., n. 14102. — « Ibid., n. 14098. — » Ibid., n. 14097. — <» Ibid..
n. 14099. — " Ibid., n. 14105. — « Ibid., n. 14102, 14104, cf.
n. 14191. — t3Ibid., n. 14104. Cf. Delattre, dans le Cosmos, 1888,
fasc. 167, p. 16; de Vogué, dans la Revue archéol., t. xm,
p. 181. — UE. Renan, dans la Revue archéolog., 18s3, p. 156 sq.;
1884, p. 275; Comptes rendus de l'Acad. des inscr., 1883, p. 19
— "Corp. inscr. grsec, t. iv, n. 9903 ; Inscr. regni Neapolitani.
in-fol., Lipsiae, 1852, n. 6727. Sur l'usage du schopluir, cf. Tal-
mud, Misclina, tr. Rosch haschana.3-i, et S. Jean Chrysostome,
Orat. adv. Judseos, I, 1 ; iv, 7, P. G., t. xlviii. col. 848 sq., 881
sq. — "E. Renan, La mosaïque de Hammâm-Lif, nouvelles
observations, dans la Rev. archéol., 1884, p. 275. — "A. Har-
nack, Hermse Pastor, Ad mandatum, xi, 8, in-8% Lipsiae, 1877,
p. 119. — " E. Schiirer, Die Gemeinde verfassung der Juden
in Rom in der Kaiserzeit, in-8% Leipzig, 1876, p. 25 sq. — ,9D.
Cabrol et D. Leclercq, Monum Eccl. lit., t. I, praef., p. XII. —
80 De Rossi, dans les Archives de l'Orient latin, t. ns p. 452 ;
Gazette archéol., 1883, chroniques, p. 9, 14. Pour le christia-
nisme du monument, cf. L. de Mas-Latrie, dans la Biblioth. de
l'École des chartes, 1883, p. 72 ; Revue archéolog., 1883, t. I,
p. 234; Relations et commerce de l'Afrique septentrionale,
Paris, 1886, p. 26; R. de la Blanchère, Le musée Alaouï, in-4%
Paris, 1897, p. 15-18 ; R. Cagnat, P. Gauckler, E. Sadoux, Les
monuments historiques de la Tunisie, t. i: Les temples païens
in-8% Paris, 1898, p. 152 sq. — «' D. Kaufmann, Etudes d'archéo-
logie juive, dans la Revue des études juives, 1886, t. xm, p. 44.
Cf. S. Reinach, même revue, t. xm, p. 217, 220. — »• A. Lévy.
Geschichte der jïcdischen Mùnzen, p. 48-138, note 1. Cf. D. Kaut-
mann, loc. cit., p. 50.— " D. Kaufmann, loc. cit., p. 50. —
!t Ibid., p. 50. — «» Gazette archéologique, t. i, p. 116. — «G.
Schlumberger, dans la Revue archéologique, nouv. série, 1883,
t. I, p. 227. — "R. Garrucci, Stoiia deli arte cristiana, in-lol.,
Prato, 1872 sq., t. vi, p. 156 et pi. 489.
747
AFRIQUE (LANGUES PARLÉES EN)
748
paon, auquel il serait d'ailleurs impossible d'attribuer
un symbolisme exclusivement chrétien. En ce qui con-
cerne le chandelier à sept branches (voir ce mot), il
n'est pas contestable que ce symbole se rencontre sur des
monuments chrétiens ', mais nous ne pensons pas que
les chrétiens se soient toujours interdit de le représenter
sur leurs monuments. Le texte de l'inscription est d'ail-
leurs fort clair :
SANCTA SINAGOGA NARON PRO SA
LVTEM SVAM ANCILLA TVA IVLIA
NA-|- DE SVO PROPIVM TESELAVIT
Sancta(m) s(y)nagoga(m) Naron(ilanam) pro salute
sua ancilla tua Julia Na[ronitana] de suo proprio tes-
telavit.
La deuxième inscription, qui se trouve sur le seuil qui
conduit du portique à la salle principale est ainsi
conçue :
ASTERIVS FILIVS RVS
TICI ARCOSINAGOGI
MARGARITA RIDDEI PAR
TEM PORTICI TESSELAVIT
Elle se peut lire: Asterius /ilius Rustici arcosynagogi,
margarilari d\omus\ dei, partem portici tesselavit.
Enfin la troisième inscription :
ISTRV
MENTA
SERVI
5 TVINA
RITANVS
ISTRU
MENTA
SERVI
TVIANA
RONI
provient d'une petite salle dans laquelle étaient peut-être
enfermés les rouleaux de la Loi2. H. Leclercq.
IV. AFRIQUE (LANGUES PARLÉES EN). — I. Les
langues parlées en Afrique. Le latin. II. Le grec. III. Le
punique et le libyque. IV. La langue ecclésiastique. V.
Les lettres et traités de saint Cyprien. VI. Les sermons
de saint Augustin. VII. L'histoire de Victor de Vite. VIII.
Prosodie. Allitération, assonance, rime. IX. Commodien
et Verecundus. X. Dracontius. XI. Epigraphie mé-
trique. XII. Bibliographie.
I. Les langues parlées en Afrique. Le latin. —
L'exploration scientifique par la France des provinces
qui formaient l'Afrique romaine a été conduite avec une
méthode si rigoureuse et d'après un plan si étendu qu'il
est possible aujourd'hui de grouper un certain nombre de
faits d'après lesquels on peut se faire une idée à peu
près distincte de la civilisation et des coutumes des chré-
tiens d'Afrique. Malheureusement la question du latin
parlé en Afrique demeure assez obscure, et on ne peut
dire encore dans quelle proportion la langue apportée
d'Italie dans la banlieue d'Utique résista ou s'abandonna
à l'action latente des idiomes sémitiques, le punique et
le libyque. Tout d'abord nous ignorons jusqu'aux élé-
ments d'une statistique partageant ceux qui parlaient
des vieux idiomes du pays et ceux qui parlaient latin ;
4E. Le Blant, La controverse des chrétiens et des juifs aux
premiers siècles de l'Eglise, dans les Métn. de la Soc. des
antiq. de France, 1896, p. 247. Cf. S. Reinach, dans la Revue
des études juives, t. xin, p. 219; A. Delattre, Lampes chré-
tiennes de Cartilage, in-4% Lyon, 1880, p. 38. — 'Revue archéo-
logique, 1884, III* série, t. ni, pi. vu et vm, et plan p. 274; Revue
des études juives, 1886, t. un, p. 48-49, planche. Cf. Journal
officiel tunisien, 1" mars 1883, 29 mars 1883 ; Le monde, 11 mai
1883 ; R. Mowat, Communication à la Société nat. des antiq. de
France, séance du 3 juin 1891. — 3 Serm., clxvii, 4, P. L.,
t. xxxvm, col. 910. A Fussala, il était nécessaire que l'évèque
parlât le punique, cf. S. Augustin, Epist., ccix, 3, P. L-, t. xxxm,
col. 953. A Hippone, cf. S. Augustin, Confess., 1. I, c. xiv, P. L.,
t. xxxii, col. 671; Epist. lxxxiv, 2, P. L., t. xxxm, col. 294,
avec les observations de G. Boissier, dans le Journal des savants,
nous savons simplement que vers le début du Ve siècle
il restait encore des christiani punici, puisque saint
Augustin cite complaisamment une définition qu'ils don-
nent du baptême et à laquelle il trouve une saveur évan-
gélique3. Mais ce groupe n'était déjà plus qu'une infime
minorité et tout nous invite à croire que ce fut en grec
et en latin que le christianisme fut prêché en Afrique;
les chrétiens de ce pays n'eurent à leur disposition que le
texte grec des Septante, la version dite Itala, et peut-
être des traductions fragmentaires qui ne nous sont pas
parvenues. Si le latin des écrivains d'origine africaine
a paru ressentir l'effet d'infiltrations indigènes, il reste
plus facile de déterminer les défauts que cette littérature
a de commun avec toutes les autres provinces de l'em-
pire que de préciser ceux qui lui sont spéciaux*. Quoi-
que, depuis l'antiquité, on se soit appliqué à cette re-
cherche 5 elle n'est guère avancée aujourd'hui et si elle
doit donner un jour des résultats positifs ils ne pourront
être acquis que par des monographies philologiques 6.
Il ne semble pas prématuré toutefois de faire les obser-
vations qui suivent. La langue latine dut être en Afri-
que, comme dans les autres provinces de l'empire, la
langue officielle imposée avec une certaine ostentation
par l'administration : Opéra data est, dit saint Augustin,
ut imperiosa civitas non solum jugum, verum etiam
linguam suam domitis gentibus imponeref . Toutefois
cette exigence ne dépassait pas le cercle toujours assez
restreint de ceux qui doivent régler leur façon d'agir
d'après les volontés du pouvoir; le sermo plebeius, vul-
garis, cottidianus ne subit que lentement l'infiltration
de la langue classique et cette infiltration eut lieu nrin-
cipalement par l'éducation de la jeunesse que la passion
de ce temps précipitait vers les écoles, très nombreuses
en Afrique. Au temps de la jeunesse de saint Augustin,
le très insignifiant municipe de Thagaste possédait une
école où l'enfant reçut les premières leçons, on l'envoya
ensuite à Madaure, enfin à Carthage et beaucoup d'étu-
diants allaient même dans les écoles de Rome. Une loi
de Valentinien nous apprend qu'ils étaient nombreux
et turbulents dans cette ville et ordonne que s'ils abusent
des théâtres et des festins nocturnes, « si, en un mot. ils
ne se conduisent pas comme l'exige la dignité des études
libérales, »on les embarque au plus vite pour leur pa\ss.
Ces générations d'hommes instruits ont dû puissamment
aider l'administration romaine à refouler les partisane
du sermo vulgaris dansj'obscurité. Ces jeunes lettrés,
précisément afin de faire montre de leur science, ont
pris à tâche d'employer des mots recherchés qu'une éru-
dition, mieux préparée de nos jours qu'elle ne l'était
jadis, a pu restituer à ses légitimes inventeurs9 et ce
sont ces jeunes lettrés, Apulée, saint Cyprien, Arnobe,
Lactance, saint Augustin qui, rhéteurs de profession,
ont constitué le fond caractéristique de la littérature afri-
caine, littérature très romaine, d'ailleurs, puisqu' « une
loi impériale ferme la porte de l'Afrique aux exilés, parce
qu'ils y auraient trouvé les habitudes, les plaisirs et le
langage de Rome »10. Après tant d'essais infructueux
pour dresser un catalogue des termes relevant certaine-
ment de Yafricitas nous nous bornerons à en signaler
1895, p. 37, note 1, et p. 38. — * Cf. G. Boissier, toc. cit., p. 38;
E. Misset, dans les Letti-es chrétiennes, 1881-1882, t. m, p. 456;
Aymeric, même revue, 1882-1883, t. IV, p. 255; Éludes sur la
latinité des Pères africains, dans les Lettres chrétiennrs, 1880,
t. I, p. 249-257. — » a. G. Boissier, toc. cit. , p. 38. — • A. Ré-
gnier, La latinité des sermons de saint Augustin, in-8', Paris.
1886; L. Bayard, Le latin de saint Cyprien, in-8\ Paris, MB.
— ' S. Augustin, De civitate Dei, 1 XIX, c. vu, P. L., t xu,
col. 634. Cf. Plutarque, Cato, c. xn ; Suétone. Clauditi*. c xvl —
• Cod. Theodos., 1. XIV, tit. ix, 1. — • Voyez les références de
la note 2 et pour l'influence hellénique sur Apulée. Tertullien,
Minucius, G. Boissier, L'Afrique romaine, in-12. Paris, 1901.
p. 293, n. 1, et sur la lutte de l'école et de la tamille contre les
patois, p. 294. — ,0 Poujoulat, Histoire de saint Augustin, in-8".
Tours, 1866, introd., p. 24.
749
AFRIQUE (LANGUES PARLEES EN)
750
quelques-uns qui paraissent plus assurément africains.
lllud eliam quod non auferre possumus de ore can-
tanlium populorum» super ipsuni flomet sanclificatio
mea. Nihil profecto sentenlise. detrahit : auditor ta-
■men peritïor mollet hmc corrigi, ut non flomet, sed
jlorebit diceretur1.
Unde plerumque loquendi consaetudo vulgaris uti-
lior est signi/icandis rébus quam integrilas litterala.
Malleni quippe cum barbarismo dici « non est abscondi-
« tum a te ossvm mcurn » quam ut ideo esset minus
apertum, quia magis latinum est... cur pietalis docto-
rempigeat imperilis loquentem OSSUM potius quam os
dicei e 2 ?
Quod susum vis facere deum et te iusum3; qua su-
sum, ivsum convertunt'*.
Les « africanismes » semblent se réduire à n'être
plus que des phénomènes au lieu de constituer un idiome
complet. Ce qui parait donc vraisemblable, c'est que le
latin classique et officiel ne se laissa guère pénétrer par
les patois africains qu'il poussa devant lui à mesure que
la civilisation romaine s'étendait. Du temps d'Apulée, on
parlait un si mauvais latin à Madaure, que cet écrivain
lut forcé de rapprendre la langue quand il vint à Rome;
deux siècles plus lard on s'y était, au contraire, si bien
latinisé que les noms puniques sonnaient d'une façon
étrange aux oreilles de Maxime, grammairien de Ma-
daure: diis hominibusque odiosa nomina, dit-il à leur
sujet5 en s'adressant à saint Augustin, qui, de son côté,
nous apprend que tout le monde autour de lui parle
latin et qu'un enfant n'a besoin que de l'écouter pour
l'apprendre6. Le christianisme devint un puissant véhi-
cule de la langue latine. A défaut de livres liturgiques qui
ont tous disparu, au moins jusqu'à ce jour, les traités
catéchétiques des Pères ne nous sont parvenus qu'en
latin; de plus, les inscriptions qui ornaient les églises,
frontons de marbre ou pavements de mosaïque, pré-
sentent presque exclusivement le latin. Sans doute, il
fallait faire effort pour être entendu; saint Augustin
commet volontairement des fautes de grammaire et em-
ploie des mots incorrects, aimant mieux, dit-il, mécon-
tenter les savants que d'être incompris de ses auditeurs,
et l'ensemble des inscriptions chrétiennes et païennes
des derniers siècles de l'empire nous prouve que les
-gens de la condition la plus modeste choisissaient pour
leur tombe une épitaphe latine ; en effet, les tituli dans
l'idiome indigène sont si rares qu'ils méritent à peine
une mention. « Si les inscriptions, observe justement
G. Boissier, étaient d'une correction irréprochable, on
pourrait supposer qu'elles n'ont été rédigées que par
des lettrés de profession et qu'au-dessous d'eux on
ne comprenait que les idiomes du pays. Les impro-
priétés de termes, les erreurs de grammaire, les solé-
cismes et les barbarismes, qu'on y rencontre presque
à chaque ligne, nous montrent que nous avons affaire
à des ignorants, qu'ils parlent mal latin, mais qu'au
inoins ils le parlent. Il faut donc croire que les Africains
ont fini par se rendre maîtres d'une langue qui leur
était d'abord étrangère, puisqu'ils s'en servent pour
exprimer les sentiments qui leur tiennent le plus7. »
Enfin si les « africanismes » se sont trouvés faire partie
de la langue classique on peut en dire autant des termes
barbares. Il n'y avait pas deux façons de parler mal le
* S. Augustin, De doctrina christiana, 1. II, c. xm, 20, P. L.,
t. xxxiv, col. 45. — s S. Augustin, De civitate Dei, 1. III, c. vu, avec
les observations qu'y joint J. Aymeric, dans Les lettres chré-
tiennes, t. i, p. 255. — 3 S. Augustin, In Johannem, tr. VIII,
P. L., t. xxxv, col. 1450 sq. — *Tertull., De prsescript., c. xxn,
P. L., t n, col. 39; en ce qui concerne l'Appendix Probi, recueil
de locutions africaines vicieuses, voir le Caput Africx, col. 744. —
*S. Augustin, Epist., xvi, P. L., t. xxxi, col. 82. - - • Confes-
sions, 1. I, c. xiv, P. L., t. xxxii, col. 671. - ' G. Boissier,
L'Afrique romaine, in-12, Paris, 1901, p. 344 sq. 8 J. Aymeric,
Origine africaine du Codex lugdunensis, dans Les lettres
latin, mais une seule qui se retrouve dans toutes les
provinces; l'Alrique, l'Espagne, la Gaule, l'Italie et
Rome même commettent des fautes semblables et sur ce
point encore Va/ricitas ne nous donne rien do positif.
« Où est le latin vulgaire qui soit différent du latin de
l'Église d'Afrique ? Dans toutes les provinces de l'empire,
le latin fut la langue du peuple romain, la langue de la
maison, de la famille, du marché, de la rue, de l'atelier
et des camps. Mais pourquoi parler donc du latin afri-
cain? Le voici: cette langue commune à toutes les pro-
vinces devint d'abord, en Afrique, la langue écrite et la
langue de la littérature. A Rome, en Italie et dans les
autres provinces, elle fut seulement parlée et n'eut pas
de littérature. L'Afrique seule eut des Tertullien, des
Cyprien, des Augustin. Voilà pourquoi il est permis de
prononcer le nom de latin africain et d'appuyer cette
dénomination sur le caractère spécial de ces grands
écrivains, mais non sur la langue elle-même. A supposer
même qu'il existe des expressions introuvables ailleurs
qu'en Afrique, on ne devrait encore rien conclure. Ne
pourrait-on pas, peut-être, en trouver qui soient exclu-
sivement propres à un Italien, à Plaute, Térence ou Pé-
trone? En conclura-t-on qu'il y a un latin italien8? »
Il faut bien se garder de vouloir imposer à Yafricitas
des caractères tranchés, une chronologie, des limites
géographiques, un développement régulier qui n'ont pas
de fondements dans les faits. D'autre part, on ne doit
pas être surpris outre mesure de relever des formes ap-
parentées tant pour la syntaxe que pour le style entre
des auteurs d'un africanisme assuré et des écrivains
appartenant à des provinces soustraites à l'influence et
à la pénétration littéraire de l'Afrique, car il laut tenir
compte des affinités naturelles qui expliquent l'adoption
servile jusqu'au pastiche de procédés rencontrés chez
tel auteur dont la lecture a plu. Outre les locutions ré-
gnantes que leur rencontre sur un point déterminé
permet de dater et de localiser approximativement, il
est un côté qui échappe à tout contrôle. Nous ignorerons
toujours les migrations des manuscrits et des individus,
nous voulons peut-être trop souvent rendre raison de la
présence de telle ou telle forme à telle date, en tel lieu,
nous en tirons des conclusions générales qui visent le
dialecte d'une province entière alors que nous n'avons
affaire qu'à un témoin isolé. Rien de surprenant qu'un
écrivain, obligé par ses fonctions cléricales dans le plus
grand nombre de cas, d'employer un langage accessible
à la foule, adopte telle tournure vulgaire, l'àvttitTwo'iç
par exemple, et laissant à sa plume les mêmes licences
qu'à sa parole nous en garde des exemples plus ou
moins fréquents; si ces tournures se retrouvent en plu-
sieurs provinces à l'état sporadique nul ne s'en étonnera
parmi ceux qui savent la part qu'il faut faire aux dépla-
cements lointains et prolongés dans la vie des anciens.
Pendant plusieurs siècles l'empire envoya ses vétérans
s'établir dans les régions qu'il lui convenait de peupler,
c'est ainsi que des hommes qui avaient appartenu à la
légion cantonnée à Lambèse pouvaient après des années
de séjour en Afrique se retirer sur les bords du Rhin
ou du Danube, car ne l'oublions pas, c'est de l'apport
des individus qu'il s'agit dans cet aspect de la question.
Comment se laisser surprendre par la rencontre en
Gaule d'un solécisme essentiellemint africain 9, l'emploi
chrétiennes, t. iv, p. 255. — 9 F. Ferrère, Langue et style de
Victor de Vita, dans la /tenue de philologie, 1901, t. xxv, p. 112,
signale cette tournure dans E. Le Blant, Inscr. chret. de la Gaule,
in-4-, Paris, 1856-1865, t. I, p. 163 : PETIVIT VT FIDEL1S DE
SAECVLO RECESSISSET. « J'ai rencontré, dit-il, cette construc-
tion à chaque page, dans Arnobe, Optât de Milève, Victor de
Vite. Zink la signale dans son étude sur Der Mytholog Fulgen-
tius. Ein Beitrag z>ir romischen Litteraturgeschichte uni
zur Grammatik des afrikanischen Lateins, in-4% Wùrzburg,
1867, p. 47. Cf. P. Monceaux, Les Africains, in-12, Paris, 1894,
p. 111. »
751
AFRIQUE (LANGUES PARLÉES EN]
iVZ
du plus-que-parfaît du subjonctif, après la conjonction
ut, au lieu du plus-que-parfait? Sans doute, l'argument
peut s'appliquer à des cas particuliers en si grand nombre
qu'il semble se dérober à la discussion, mais on ne peut
nier que dans une enquête où les pièces sont souvent
uniques il soit raisonnable d'invoquer les cas particuliers.
Prétendre s'élever de ces constatations minutieuses à
des conclusions serait prématuré. « Les recherches
d'épigraphie, de critique verbale, de métrique, les études
«ur le vocabulaire d'un auteur ou d'une période litté-
raire, sont autant de sources d'informations qui doivent
fournir à la philologie comparée leur contingent de faits
et de renseignements1. »
C'est également une erreur, croyons-nous, de préten-
dre retrouver les caractéristiques du latin d'Afrique
dans les ouvrages d'apparat des littérateurs africains.
Ceux-ci ont subi, beaucoup plus que toute autre influence,
celle des vieux écrivains, Plaute, Caton, d'autres encore.
La production littéraire est d'ailleurs très intermittente
en Afrique. Si on en excepte les Actes des martyrs qui
te présentent avec assez de régularité pendant le ni» siècle,
mais qui peuvent être comptés difficilement parmi les
monuments de la langue, à cause de leur brièveté, de
tfétroitesse du cercle de sujets qu'ils traitent et des for-
mules toutes faites qu'ils contiennent, il faut passer de
Tertullien à saint Cyprien et Commodien, de ceux-ci à
Lactance etArnobe, dont l'africanisme est bien mélangé
d'éléments étrangers, pour Lactance surtout; entre l'avè-
nement de Constantin et celui de Valentinien toute la
littérature est contenue dans quatre productions hagio-
graphiques, toutes les quatre de mains donatistes; c'est
ainsi qu'on arrive, avec ces longs intervalles, à saint
Optât d'où il faudra franchir encore un espace de temps
assez considérable pour atteindre l'œuvre de saint Au-
gustin. Un grand nombre de causes sont intervenues
pouir créer une langue factice où l'on a hâtivement re-
connu des africanismes; il faut, avant d'en venir à cette
extrémité, élaguer des compositions tous les termes
empruntés à la rhétorique, à la littérature grecque, aux
locutions populaires communes à Rome et à l'Afrique,
à la lecture de la Bible dont la traduction était remplie
de tournures hébraïques et non puniques2. Il y a donc
peu à prendre dans le bagage littéraire proprement dit
et pas beaucoup plus peut-être dans l'épigraphie, car les
conditions dans lesquelles se gravaient les inscriptions
nous montrent que les leçons curieuses que nous four-
nit cette classe de textes sont imputables au manque
d'instruction des ouvriers lapicides, et il serait hasar-
deux d'étendre leur langage à la classe moyenne et d'en
rien conclure avec trop d'assurance sur les africanismes
de la langue. Ce que les inscriptions peuvent surtout
nous apprendre, à ce point de vue, en dehors des fautes
d'orthographe évidemment attribuables aux ouvriers,
c'est la prononciation d'une classe nombreuse d'hommes
parmi lesquels nous ne pouvons faire le départ de ceux
qui élaient africains de race et des étrangers venus
1 Bopp, Grammaire comparée, trad. M. Brcal, 5 vol. gr. in-8',
Paris, 1866, Introduction, p. vu. — - W. Kroll, Dus afrikanische
Latein, dans Rheinisches Muséum, 1897, t. lu, p. 569-590. Cf.
G. Boissier, L'Afrique romaine, in-12, Paris, 1901, p. 267 sq. ;
Journal des savants, 1895, p. 35 sq, ; S. Gsell, Mélanges
d"arch. et d'Iiist., 1898, t. xvm, p. 94; Geyer, dans Jahres-
bericht ûber die Fortscliritte der classischcn Alterthumsu'is-
senschaft von Bursian, 1898, t. xcvin, p. 75-103, donne la bi-
bliographie des travaux parus depuis 1891 jusqu'à 1897 sur
Vafricitas. — 3Audoilent, De l'orthographe des lapicides car-
thaginois, dans la Revue de philologie, 1898, t. XXII, p. 213-222.
Ce très judicieux travail ne dispense pas de recourir aux auteurs
qui l'ont précédé. K. Sittl, Die lokalen Verschiedenheiten der
lateinischen Sprache mit besonderer Berucksichtigung des
afrikanischen Lateins, in-8°, Erlangen, 1882; C. W. Mœller,
Titulorum a/ricanorum orthographia, in-8% Greifswald, 1875;
M. Hoffmann, Index grammaticus ad Africse provinciarum
Tripolitanœ Byzacensc Proconsularis titulos latinos, forme
s'établir dans le pays et estropiant la langue qu'ils en-
tendaient parler 3 : aussi reste-t-il douteux que la mor-
phologie et la syntaxe dialectales africaines soient jamais
absolument éclaircies et fixées.
Voici quelques particularités que suggère la compa-
raison des tituli chrétiens :
1° Omission de la consonne finale, principalement »)*
et s : CENTU, Corp. inscr. lat., t. vm, n. 1246; CO-
MITU, n. 10515; DEU. 2218; DIE, 2011; PETRU. 9715;
QUARTU, 2011; SEPTE, 8639; - LABORIBO. 4354;
SANCTORII, n. 18656;
2° Omission de la consonne initiale li : 1° au début IC,
n. 2011, 8638, 8639, 10701 ; ORA, n. 672, 2013, 9461, 10542;
2» dans le corps du mot : CRISTUS, 2535;
3» Confusion de o et u : LABORIBO, n. 4354; VO-
LONTATIS, n. 10642;
4» Redoublement de l'w : FRATRUUM, n. 9585;
5» Substitution de ex à x : INSTRUCXIT, n. 10035;
VICXIT, n. 684, 748, 9751, 11121;
6° Assimilation des prépositions: ADLATUS. n. 9255;
CONPARATUS, n. 8275; INP(ERATOR), n. 4354;
7» Confusion de m avec e : MAEMORIA, n. 8643;
PIAETAS, n. 684; EBO (pour œvo), n. 684; MEMORIE,
n. 11064, 11079; PACAE, n. 11120;
8° Omission de la lettre redoublée :VIXITANISTRES.
n. 8637; ANOS, ANIS, n. 457, 684, 748; DISCESIT.
n. 9866; ECLESIA, n. 839, 2311; OFICINA, n. 11133;
9° Confusion de b et v : 1° b pour v : ABBENA,
n. 5353; EBUM, n. 684; ABUS, n. 2272; IUBARE,
n. 4799, 8825; MILITAVIT, n. 5229; NOBEMBRES,
n. 2010, 2011, 9869; PROBIDENTIA, n. 2095a"; QUIE-
BIT, n. 451, 5263; SALBATOR, n. 2079; SERBUS.
n. 5489; UIBAS, n. 10550, 10711; BICTORIA, n. 7923,
BIXIT, n. 56, 57, 457, 670, 984, 1100, 1769. 9808. 2» v
pour b : VONE, n. 10640; VALEVIT, n. 5352;
10" Emploi de c pour qu : CESQUET, n. 1091; RE-
CIEVIT, n. 459;
11° Confusion de dett .-ED. n. 4770; QUOT. n.5665;
12° Formation irrégulière du pluriel : GENERES (de
gêner), n. 7928;
13° Adjonction de la consonne muette h : HAC, n.4799;
— après la lettre c : DIACHONUS, n. 1389; — après
la lettre t : CASTHE, n. 10689»«;
14» Adjonction de la voyelle i : ISPIRITO, n. 8191;
15» Redoublement de la voyelle i : IPSIIUS, n. 8610,
16° Emploi de e pour te: MEMORE. n. 2009.
17» Confusion de n et m : NOBENBRES, n. 2011.
18° Omission de n : TRASMARINUS, n. 8638.
19° Emploi de SERMO au lieu de VERBUM.n. 17759.
II. Le grec. — Le grec était parlé à Carthage, notam-
ment par la population chrétienne v. Le texte latin de la
Passion de sainte Perpétue contient un certain nombre
de mots grecs, en outre elle nous montre cette sainte
s'entretenant en grec avec son évêque. Vers le même
temps, Tertullien traita d'abord en grec plusieurs des
sujets qu'il reprit ensuite en latin 5 et on a pu croire
le t. i des Dissert, philol. Argent, selectx, in-8', Argentorato,
1879; B. Kuebler, Die latein. Spraclie auf afrik. lnschriften,
dans Arc/itu fur latein. Lexik. und Grammatik, 1892, t. vm,
p. 161-202. — • L. Duchesne, En quelle langue ont été écrits les
actes des saintes Perpétue et Félicité, dans les Comptes rendus
de l'Acad. des tnscr.,1891, séance du 23 janvier, p. 4t. Sur toute
cette question du grec et des idiomes indigènes, cf. W. Bernhardy,
Grundriss der rômischen Lilteratur, in-8', Halle, 1850, note 5S.
— «Ci. A. Harnack, Die gricchische Uebersetzung der Apolo-
geticus Tertutlian's, dans Texte und Untersuchungen, in-8".
Leipzig, 1892, t. vm, fasc. 4, p. 1-37. Sur De speetneutis, De
baptismo, De velandis virginibus, De corona militis, d'abord
écrits en grec et traduits en latin par Tertullien, cf. W, S. Teuffel,
Hist. de la littér. mmaine, trad. Bonnard et Pierson, in-*,
Paris, 1883, t. m, p. 63. n. 1; C. P. Caspari, Om Tertull. grieske
Skrifler, dans Foi handlinger in Verdensk. Selsk. i Christiania,
1875, p. 403 sq. ; A. Harnack, Geschichte der altchristl. L.itei-atur,
in-8-, Leipzig, 1893, t. i, p. 673 sq.
753
AFRIQUE (LANGUES PARLÉES EN)
754
que les Actes des martyrs scillitnins, notre plus ancien
texte chrétien en Afrique, et la Passion de sainte Perpé-
tue avaient été écrits d'abord en grec '. Ce n'est pas à Car-
tilage seulement que l'usage du grec était répandu, mais
encore à Leptis magna, à Oea, à Cirta, ainsi qu'en té-
moignent les inscriptions 2. Pudentilla, la femme d'Apu-
lée, était originaire d'Oea et écrivaiteouramment le grec;
Septime Sévère, né à Leplis magna, savait celte langue;
il était, dit Spartien : grsecis litteris erudilissimvs J. Les
écoles enseignaient à lire les ouvrages d'Homère, d'Es-
chyle, de Démosthène, de Platon et nous savons par
saint Augustin que jusqu'au IVe siècle une partie consi-
dérable de la population chrétienne parlait cette langue,
puisque, de son temps, il regrettait que la version
latine des Septante ne fût pas encore achevée4. A Car-
tilage, le grec s'était répandu dans les basses classes,
« il faut cependant ajouter que l'usage du grec, comme
langue populaire, ne se répandit pas dans l'intérieur du
pays. Il resta circonscrit dans quelques ports, à Car-
thaga, à Hadrumète et sur les rivages des Syrtes,
c'est-à-dire partout où l'influence de l'Orient hellé-
nique pouvait s'exercer, soit grâce à l'importation d'es-
claves venus d'Asie, soit à la faveur des relations ma-
ritimes et commerciales. Loin de la côte, il n'a été
jusau'à présent trouvé en Tunisie que très peu d'ins-
criptions grecques antérieures à l'occupation byzan-
tine 5. »
III. Le punique et le libyque. — L'idiome vraiment
populaire demeura longtemps le punique et le libyque.
Aucune œuvre littéraire composée en ces patois locaux
ne nous est parvenue, néanmoins l'épigraphie témoigne
la persistance du vieux langage à Maktar, à Masculula,
à Thugga, à Simitthu, à Mididi 6. Les classes élevées ne
dédaignaient pas d'ailleurs la pratique d'un idiome na-
tional. Septime Sévère était, parait-il, fort disert en
cette langue, les sermons de saint Augustin nous font
connaître à quel point elle était encore répandue dans
les campagnes de la Numidie. Un texte d'Apulée indique
assez clairement que « dans l'Afrique romaine les jeunes
gens apprenaient le latin sur les bancs de l'école ; c'était
la langue noble, celle de la bonne société. Le peuple, au
contraire, les ignorants, les gens sans instruction et
sans éducation, s'exprimaient dans l'ancien idiome du
pays »'. L'idiome libyque ou berbère a persisté, mais
nous sommes mal renseignés à son sujet. Il s'est con-
servé jusqu'à nos jours presque sans altération parmi
plusieurs tribus du Sahara et peut-être fut-il refoulé par
le latin et le néo-punique dans les districts montagneux
et peu accessibles, en particulier dans le massif qui sé-
pare la Tunisie de l'Algérie. Quant au punique il n'a
pas disparu, mais il s'est fondu lors des invasions arabes
dans la langue des conquérants. Les aflinités très étroites
qui existaient entre ces deux idiomes d'origine sémitique
expliquent sans peine cette fusion; on le comprendra
mieux en comparant les noms de nombre dans les deux
langues :
* Armit. Robinson, The passion of Perpétua, dans Texts and
Sturiics, in-8*, Cambridge, 1891, t. i, p. 47 sq. Cette opinion avait
été émise par MM. Harris et Gifford à la suite de la découverte
du texte grec dans la bibliothèque du patriarcat grec de Jérusalem,
elle a été pleinement adoptée par A. Harnack, dans Theologische
Literaturzeilung, 1890, p. 423. — -Corp. inscr. lut., t. vm,
n. 1003, 1005-1007, 1007-, 10997, 10998, 12487, 12493, et les ta-
bellse devotionis, n. 12508-12511. — 3 Spartien, Severus, 1. Cf.
Corp. inscr. lat., t. VIII, n. 15, 16. — * S. Augustin, Epist.,
Lxxi, 2, 3, P. L., t. XXXIII, col. 241, 242. — 5J. Toutain, Les
cités romaines de la Tunisie, in-80, Paris, 1896, p. 200. In-
scriptions grecques : à Cherc-hel, Ephem. epigr.,t. v, n. 1036,
1037 : à Kerbet-Zemmouri, près de Kroubs, B. Cagnat, Inscript,
inédites extraites des papiers de Léon Rénier, dans le Bull,
archèol. du Comité des trav. hist., 1887, p. 121, n. 760; à Sidi-
Brahim, Ephem. epigr.,t. vn,n. 315; auKef, Ephem. epigr., t. v,
n. 634; à Lamta, R. Cagnat, dans les Archiv. des miss, scientif.,
1S85, p. 117, n. 15,; à Haïdra, R. Cagnat, dans la même revue,
NOMBRES PUNIQUE
1 ahed
4 arba
5 hams{a)
7 sba
10 asar
ARABE MODERNE
ouahed
arba
kltamsa
sala
acheva
Parmi les derniers et les plus célèbres partisans de la
langue punique il faut citer les Circoncellions, qui ne
pouvaient communiquer avec les évèques donatistes
qu'au moyen d'un interprète8. Le libyque, que nous
appelons aujourd'hui le berbère, est presque totalement
ignoré des écrivains de l'Afrique, à l'exception de saint
Augustin qui en dit quelques mots et traite cette langue
comme un idiome à l'usage des tribus barbares. Dès le
règne de Massinissa, le libyque avait vu consommer sa
déchéance au profit du punique et, fait curieux, les
annales mêmes du peuple berbère n'ont pas été écrites
dans sa langue, mais en punique par Hiempsal, en grec
par Juba, en arabe par Ïbn-Khaldoup. Les progrès de la
langue punique en Numidie n'y effacèrent cependant
pas le souvenir du libyque dont on a retrouvé des mo-
numents épigraphiques en assez grand nombre autour
de Cirta qui fut le centre du royaume de Massinissa.
D'autres ont été relevés dans la vallée de la Cheffia à
quelques lieues d'Hippone, « presque tous ont tenu à
faire graver sous leur épitaphe latine une inscription
libyque. Il semble qu'il est facile d'expliquer ce qui se
passait alors par ce que nous voyons sous nos yeux. A
partir de Massinissa, beaucoup de Numides parlèrent à
la fois le libyque et le punique, comme leurs descen-
dants usent de l'arabe et du berbère, puis le latin vint
par-dessus, comme aujourd'hui le français, et il eut sa
place entre les deux autres langues, sans les faire tout
à fait oublier 9. » Toutefois, remarquons-le bien, le pu-
nique offrait quelque chose de tenace chez ceux qui
l'avaient pratiqué ou qui en avaient subi l'influence, qui
aide à comprendre le rôle qu'on lui a accordé. Il semble
bien mériter la qualification que lui donne saint. lérôme :
stridor puniese linguœ10... lorsqu'on apprend de Spar-
tien que Septime Sévère avait gardé dans son langage
quelque chose d'africain, Afvum guiddam, et que la
sœur de cet empereur ayant continué d'habiter Leptis,
ville de la Tripolitaine restée phénicienne, quitta sa cité
pour Rome après l'élévation de Sévère, mais elle parlait
un tel jargon qu'on la renvoya chez elle au grand regret
de la cour qui s'en amusait fort ", soror sua vix latine
logvensut de Ma multum impevator erubesceret.
IV. La langue ecclésiastique. — La principale diffi
culte est de saisir le point de départ du latin chrétien.
Faut-il prendre ce point de départ dans les anciennes
versions faites sur le grec : Ilala, épitre de Clément Ro-
main, de pseudo-Rarnabé, d'Ignace, de Polycarpe, du
« Pasteur » d'Hermas, d'Irénée, de la Chronique d'Hip-
polyte (liber gencrationis et Barbants Scaligeri), d'Ana-
tolius, de la Didaché, de l'évangile de Thomas, du canon
p. 112, n. 228; à Tébessa, Audollent, dans les Mél. d'archéol. et
d'hist., 1890, t. x, p. 532, n. 99. — « Corp. inscr. latin., t. vm,
n. 5209, 5216-5218, 5220, 5225, 17317, 17319, 17320. — ' Toutain,
loc. cit., p. 202. — 8 Tillemont, Mém. hist. eccl., in-4°, Bruxelles,
1731, t. vi, p. 38, col. 2. Cf. H. Fournel. Les Berbères. Études
sur la conquête de l'Afrique, in-4", Paris, 1875. t. I, p. 64 :
« Un passage de saint Augustin (Epist., cvm, Ad Macrobium,
c. v, n. 14, P. L., t. xxxni, col. 414) a fait dire que ces fana-
tiques furieux — les Circoncellions — n'entendaient que la langue
punique : j'admets qu'en effet ces paysans entendaient le punique,
mais je n'en suis pas moins convaincu que c'étaient des Berbères,
qui, par leur contact prolongé avec les Carthaginois, parlaient
la langue de ceux-ci. » — "G. Boissier, L'Afrique romaine, in-
12, Paris, 1901, p. 350. — ,0S. Jérôme, Epist., cxxx, Ad Deme-
triudem, n. 5, P. L., t. xxn, col. 1109. — "Spartien, Seve-
rus, c. xv. Voyez Corpus inscriptionum latinorum, t. vin, p. 2 ;
R. Basset, Études sur les dialectes berbères, in-8% Alger, 1894,
n. 7, 15, 16.
755
AFRIQUE (LANGUES PARLÉES EN)
756
de Muratori, d'Origène'. Entre tous ces ouvrages l'in-
fluence de la Bible est considérable, nous n'oserions
dire qu'elle est prépondérante, les faits ne permeltent
pas encore de l'affirmer. Assurément il faut se garder
de confondre le latin biblique et le latin chrétien 2, mais
c'est dans cette distinction que la difficulté principale
survient, car les premières traces de latin chrétien appa-
raissent dans la version Ilala et la question est de savoir
dans quelle mesure elle a influé sur le style des auteurs
chrétiens tout pénétrés de la littérature profane par leur
éducation de jeunesse, puis, soudain, plongés par la fer-
veur de leur conversion dans l'étude d»s livres saints,
souvent même de la lettre de ces livres. Tel est en effet
le cas de ïertullien, de saint Cyprien,de saint Augustin.
Nous avons essayé de préparer un moyen d'éclairer cette
question en établissant une confrontation perpétuelle de
la version du livre le plus connu et le mieux su de la
Bible, le psautier, telle que itous la fournissent d'une
part les écrits des Africains, d'autre part les ouvrages
des Occidentaux 3. Nous ne pouvons faire plus que si-
gnaler cette source, à tout le moins de conjectures, les
limites de notre travail ne nous permettant pas d'en
entreprendre ici la mise en œuvre.
Dans la recherche souvent entreprise de la termino-
logie introduite par le christianisme, il semble qu'il
faille se réduire à un très petit nombre de mots4, aussi
n'est-ce pas dans cette direction, comme on pourrait être
tenté de le croire, qu'on doit aborder le problème. Il
faut ici entreprendre une statistique sur chaque mot, le
noter à son apparition, le suivre dans tous les docu-
ments dont la date, le lieu d'origine et, quand elle est
possible, la filiation auront été préalablement détermi-
nés. Ici encore nous ne pouvons que marquer la voie;
le travail de G. Koffmane, Gescliir/iledes Kirc/ienlateins,
«st un des guides les plus sûrs dont on puisse se munir
pour y marcher avec profit. Une semblable recherche
ne comporte pas les résumés, nous n'entreprendrons
pas d'en faire à cette place.
Parmi les auteurs qui paraissent inviter à l'étude
philologique de leurs écrits, Tertullien est un des plus
ardus, mais il sembl* que l'on lui ait prêté plus d'inno-
vations qu'il n'en a faites. « Sous le rapport de la com-
position des mots, dit Benan, Tertullien n'a rien in-
venté; il n'a fait que jeter des termes nouveaux, créés
par son génie, dans le moule spécial de la langue vul-
gaire et ce moule était celui d'Apulée, de Caton, de Pé-
trone, de Plaute, de Varron, de Vitruve, etc., etc., surtout
celui de la version llala s. » Quant à son style il « présen-
tera le phénomène littéraire le plus étrange : un mé-
lange inouï de talent, de fausseté d'esprit, d'éloquence
et de mauvais goût » ». Le même critique lui refuse le
titre de grand écrivain, mais ce jugement nous 'paraît
beaucoup moins motivé que celui de son dernier histo-
rien, M. Paul Monceaux, qui reconnaît et apprécie mieux,
selon nous, son génie littéraire 7.
Tertullien a les habitudes de la composition classique.
11 expose la question, réfute ce qu'il juge erreur, pro-
clame ce qu'il estime vérité et poursuit se démonstration,
absolvant et condamnant tour à tour au nom des prin-
* M. Schanz, Geschichte der romischen Literatur bis :um
Gesetzgebungswerk des Kaiseis Justinian, t. m : Die Zeit vont
Hadrian (117 n. Chr.) bis auf Constantin (324 n. Chr.), in-8%
Mùnchen, 1896, p. 204 sq. Nous n'entrons pas ici dans le détail
bibliographique assez étendu de plusieurs de ces écrits, tels que
l'Itala, le canon de Muratori, etc. — *G. Koffmane, Geschichte
des Kirchenlateins, in-8", Breslau, 1879, t. i, p. 2-3. Cf. J. Ayme-
ric, dans Les lettres chrétiennes, 1881, t. n. p. 469 sq. —
*D. CabroletD. Leclercq, M on uni. eccles. liturg., in-4% Parisiis,
1902, t. i, p. clxiu-clxxxiv. Sur la question de la Bible en
Afrique, cf. P. Monceaux, Hist. de la liltér. chret. d'Afrique,
in-8% Paris, 1900, t. i. — *J. Koffmane, loc. cit., t. i, p. 3-4;
J. Aymeric, Notes sur le vocabulaire de Tertullien, dans Les
lettres chrétiennes, 1881, t. h, p. 447 ; E. Misset, dans la mémo
revue, t. m, p. 456 sq.; J. Aymeric, Études sur la latinité des
cipes qu'il a posés, et ne discute pas. Comme toute son
œuvre, celle du moins que nous possédons, est par-des-
sus tout polémiste, on doit s'attendre à une certaine
force de langage. Pour y suffire, Tertullien se fait un
style très personnel, comme d'un homme qui veut
qu'on le lise. Ce style tient à son tempérament et à son
milieu. Il emprunte presque sans démarquer et prend
son bien où il le trouve, chez Apulée surtout. Il pra-
tique l'art pour l'image, pour le beau littéraire, au
moins autant que pour la vérité. Sa langue est laite du
latin des rhéteurs, de celui du peuple, et du grec; à
cela il ajoute tout ce qui s'entend de son temps et peut
servir à sa démonstration, mots techniques, néolo-
gismes, mots vulgaires, il accepte tout, et lorsque,
malgré cela, il en manque, sur-le-champ il improvise un
mot nouveau, on le croirait du moins. Il n'est pas aisé
de dire où en était le latin chrétien avant lui, et il n'est
pas très prudent par conséquent de lui rien attribuer
en propre. Il est possible qu'il ait rajeuni de vieux
mots, qu'il en ait composé d'autres d'une manière tout
à fait régulière d'après les règles de l'analogie; est-ce lui
qui a inauguré les verbes en hâte calqués sur les verbes
grecs en ïÇetv, lui qui a augmenté le nombre des ad-
verbes, altéré le sens de certaines prépositions et qui
doit être tenu pour responsable de quelques autres
violences grammaticales? Tout cela est possible, mais
rien de tout cela n'est assuré. Ce qui est bien à lui, mais
non pas à lui seul, c'est l'emphase : accumulation de
termes équivalents : maie ac pessime. magistri et prœ-
positi, accouplement de mots synonymes régis l'un par
l'autre : fvstitise innocenlia, (ides obtequii; abus du
pluriel des mots abstraits : concatenaliones temporum,
simplicitates, enormitates ; comparatifs et superlatifs
renforcés : extremius, extremissimi, magis proxima.
Chez Tertullien donc, vocabulaire et syntaxe sont égale-
ment accueillants aux nouveautés. Ce style ardu, souvent
obscur et bientôt fatigant avec son intarissable llux
de mots éclatants, d'images brutales, de pensées trop
rapprochées par une logique sans trêve, ces pamphlets
haletants faits pour être mis en harangue, ont malgré la
logique qui les inspire quelque chose de disloqué dans
l'exécution, une précision de termes qui ne laisse aucun
repos à l'esprit du lecteur et qui remplace la conviction
par la surprise, une rapidité de diction qui laisse des
inconnues dans la phrase et lorce parfois à interrompre
l'auteur pour reprendre dans l'énigme de sa parole la
suite de sa pensée.
V. Les lettres et traités de saint Cyprien. — L'his-
toire de la langue parlée en Afrique au ni" siècle est
exceptionnellement documentée. Outre les écrits de Ter-
tullien nous avons une pièce d'un caractère tout parti-
culier, écrite sans apparat par une toute jeune femme
de 22 ans, matrone illustre sous le nom de Vibia Perpé-
tua. Le journal qu'elle écrivit pendant la durée de son
emprisonnement est un document plein d'intérêt; un de
ses compagnons de captivité, Saturus. écrivait lui aussi
quelques notes et le style des deux martyrs offre une
ressemblance notable. Tous deux ont gardé le souvenir
de leurs lectures et leur pensée prendra l'expression
Pères africains, même revue, t. i. p. 248 sq. — * J. Aymerk.
loc. cit., t. H, p. 448. Cf. P. Lallemand, Quelque* iho.'s </« voca-
bulaire de Tertullien, même revue, t. n, p. 307 sq. ; P. Lingen,
Deusu prsppositionum Tertullianeo, in-4% Monasterii, 1869-1870;
.1. Schmidt, De latinitate Tertulliani. in-8*, Erlangen, 1870;
G. R. Hauschild, Die Grimdsiit;e %md Mittel der Sprachbildung
bei Tsrtullhm, in-4% Lipsia:, 1876; in-4\ 1881 ; J. P. Condamin.
De Q. S. F. Tertulliano vex. relig. patr. et prircipuo apud
latino? christ, hnguae artifice, in-8', Barri-Ducis. 1877. (X .1 II.
Olivier, dans les Annal, du monde religieux, 1878, t. u. p. 390-
394-5 ; P. Lallemand, dans Les lettres chrétiennes, t. n, p. 307 sq. ;
J. Aymeric, même revue, t. Il, p. 446 sq. — • Renan, Marc A urcle,
in-8% Paris, 1883, p. 456. Cf. A. Ebert, Gesch. der altcnrifll. Lite-
ratur, in-8*, Leipzig, 1874, t. I, p. 32-54. — 'Paul Monceaux, Hist.
de la littér. chrùt. d'Afrique, in-8% Paris, 1900, t i, p. 4C0-461.
757
AFRIQUE (LANGUES PARLÉES EN]
758
même qu'ils ont rencontrée dans les livres qu'ils ont
lus '. Ce qui est caractéristique du style de Saturus c'est
la pauvreté de.la narration qu'interrompt sans cesse la
copule et; en voici un exemple pris au hasard : et ve-
nimus prope locum, cuius loci parietcs taies erant,
quasi de luce xdificati; et ante osliiim loci illius an-
geli quattuor stabant, qui introeuntës vestierunt slolas
candidas, et introivimus, ET audivimus vocemunitam
dicentem : Agios, agios, agios, sine cessatione ; et vi-
dimus in eodem loco sedentem quasi hominem canum,
niveos habentem capillos, et vultu juvenili; cujus
pedes non vidimus et in dextra et sinistra seniores
qualluor et post illos ceteri seniores complures stabant,
ET introeuntës cum admiratione stetimus ante thronum:
et quattuor angeli sublevaverunt nos : et osculati
sumus Muni ET de manu sua traiecit nobis in faciem,
ET ceteri seniores dixerunt nobis : Sternus ET stetimus
et pacem fecimus et dixerunt nobis seniores : Ite ET
ludite et dixit Perpétuas, Habes quod vis, ET dixit
mihi... 2. Le style de Perpétue n'en diffère guère :
Post dies paucos, dum universi oramus, subito média
oratione profecta est mihi vox et nominavi Dino-
cratem : et obstupui quod numquammihi in mentem
venisset nisi tune; et dolui commemorata, casus eius,
et cognovi me statim dignam esse et pro eo petere
debere ET cœpi de ipso oralionem facere multum ET
ingemiscere ad Dominum3. Ce latin diffère « beaucoup
de la langue familière à l'époque classique, ce qui n'a
rien de surprenant, dit M. Bayard, mais aussi du latin
d'ouvrages soignés écrits par des Africains, comme Mi-
nucius Félix, à peu près à la même époque. Dans le
chapitre premier de la Passio, pour nous borner à
celui-là, on rencontre non seulement un assez grand
nombre de mots grecs, mais des expressions insolites,
•comme su fferenlia pour patientia, inquit pour inquam,
commanducans pour nianducans cum, desub pour sub:
une syntaxe où l'analogie du grec, peut-être même du
punique, amène des constructions nouvelles : me clama-
vit (ÈxiXe<TSv u.e), me cria, m'appela, non me nocebit
(où [i>ï |xé jiXdt'*'*))' motus in hoc verbo pour motus hoc
verbo; enfin des' mots dont le sens n'est plus le même :
affectio pour amor, EÙo-îtXayxv!ai commeatas pour li-
ber tas, exterminare pour perdere, refrigerare pour
consolari, sustinere pour exspectare,ipse pour idem, etc.
Cette langue familière était apparemment celle de la
bonne société à Carthage, et dans les villes voisines; au
temps de sa jeunesse, Cyprien en a subi l'influence; il
y en a quelques traces dans ses écrits, mais son édu-
cation littéraire lui a fait éviter tout ce qui s'écartait par
trop de la langue des écrivains vraiment romains »4.
Cyprien reçut une éducation littéraire soignée, son style
garde des réminiscences des auteurs expliqués dans sa
jeunesse, Cicéron, Horace, Ovide, Sénèque, Lucain,
Pline, etc. Tout cela formait une syntaxe un peu hété-
roclite, mais dans laquelle en somme le bon l'emportait
beaucoup sur le mauvais. Le style de saint Cyprien est
tout encombré des artifices mis à la mode par Apulée
et adoptés avec empressement par son école.
On a remarqué que la graphie de saint Cyprien nous
fournit quelques exemples des prononciations usitées en
Afrique, par exemple : susum pour sursum, promisca
pour promiscua. Tout ce qui a trait à la phonétique de
cet auteur présente peu de traits remarquables, il semble
que les préférences orthographiques ont subi avec une
médiocre résistance les préoccupations étymologiques
plus ou moins fondées, toutefois l'étymologie elle-même
cède du terrain devant la prononciation qui impose des
formes telles que cludo, malivolus, optuli, promisca,
' Voir Actes des martyrs, col. 418. — s Passio S. Perpétuas,
o. 12, dans Texts and Studies, in-8% Cambridge, 1891, p. 80. —
» /6ïd., n. 7, toc. cit., p. 72. — *L- Bayard, Le latin de saint
Cyprien, in-8% Paris, 1902, p. xvm. — *lbid., p. 15. — 'Ibid.,
susum*. Au moment où les besoins de sa charge de-
mandent à l'évêque de Carthage de traiter le dogme
chrétien, un grand nombre de néologismes sont créés
dont il pourra se servir, mais il ne s'en contentera pas
toujours et « fréquemment, pour obtenir des effets fon-
dés sur le son, sur la rime, le rythme, etc. », il emploie,
de préférence à tel autre, tel suffixe de dérivation rare,
ou même crée des mots nouveaux donnant le résultat
cherché 6. Saint Cyprien n'a guère créé plus d'une
soixantaine de mots, à moins qu'il s'en trouve parmi eux
qu'-il a notés dans ses écrits où nous les rencontrons
pour la première fois sans que néanmoins il en soit
l'auteur. Ces mots appartiennent au vocabulaire profane
ou au vocabulaire religieux. On pourra voir dans l'étude
récente de M. L. Bayard sur le latin de saint Cyprien
ce « que l'attention patiente peut tirer des lumières de
quelques mots en apparence peu remarquables pour
l'éclaircissement de la terminologie théologique d'une
t'poque » 7. L'histoire du dogme comme celle de la liturgie
sont tributaires au premier chef de ces minutieuses
déterminations. Nous aurons fréquemment l'occasion de
revenir sur ces questions que nous nous bornons à
effleurer ici.
Le style de saint Cyprien offre un grand nombre
d'exemples de l'allitération et de la rime. Nous le voyons
parfois écarter d'une citation les mots qui ne formaient
pas une allitération dans le modèle pour en adopter
d'autres qui se prêteront à l'artitice. Minucius Félix
écrit : nos qui non babitv sapientiam, sed mente
prœferimus, et Cyprien corrige : nec vestitu sapientiam
sed veritate prœferimus 8. La rime est au plus haut de-
gré caractéristique du style de saint Cyprien, en voici
un admirable exemple :
Doleo, fratres, doleo vobiscum nec mihi ad leniendos dolores meos.
integritas propria et sanitas privata blanditur,
quando plus pastor in gregis sui vulnere vulneretur,
cum singulis pectus meum copulo,
maeroris et funeris pondéra luctuosa participo
cum plangentibus plango,
cum deflentibus defleo,
cum jacentibus jacere me credo,
jaculis illis grassantis inimici mea simul membra percussa sunt,
saevientes gladii per mea viscera transierunt,
inmunis et liber a persecutionis in cursu fuisse non potest antmt'S,
in prostratis fratribus et me prostravit adfectus ».
Souvent il se satisfait avec la symétrie des membres
de phrases ou de phrases scandées par la rime « qu'on
rencontre à chaque pas »; dans certains traités elle
règne le long des chapitres entiers et répète jusqu'à
trois ou quatre fois et plus la même rime et le même
groupement symétrique. Il parle de la patience :
quae iram tempérât,
quas linguam frenat,
quae mentem gubernat,
pacem custodit,
disciplinam régit,
libidinis impetum frangit,
tumoris violentiam comprimit,
incendium simulatis extinguit **.
« Autant et plus que par la rime, l'évêque de Carthage
cherche à flatter l'oreille par la disposition mesurée et
rythmée des mots dans les clausules et à la fin des phrases
ou des membres de phrase. Les observances auxquelles
cette recherche donne lieu sont certainement une des
parties les plus intéressantes de son art11. » Les règles
qu'il observe sont très strictes. Le passage suivant en
montre l'application : Idcirco et in columba venit Spi-
rïtûs sànctùs, simplex animal et laetum est, non folle
p. 16. — ''Ibid., p. 169-202. — » Ibid., p. 293. — 9S. Cyprien, De
lapsis. vin, P. L., t. iv, col. 486. — 10Id., De bono patientise,
xx, P. L., t. iv, col. 659. — " L. Bayard, Le latin de S. Cy-
prien, in-8% Paris, 1902, p. 298.
759
AFRIQUE (LANGUES PARLÉES EN)
7G0
ârnârûm, non môrsibûs sâevùm; non unguiuni laccra-
tiôrië vwlèiilùm; huspilia huniânâ dlltgërë, unius
domus consortium nôssë : curn générant simul fillôs
ëdërè, cuni commeant, volalibas invïcëm côhâerèrè ;
conimuni conversatwne vitam suâm dëgërë, oris osculo
conrordiam pâcïs âgnôscërë, legem circa omnia una-
niiuiiâiis implêre, haec est in ecclesia noscèndâ slniptl-
cîtùs, Usée càrïtâs ôbtïnêndâ, ut e^lumbas dilectio fra-
ternilàus imïiëtûr ut mansuelui^o et lenitas agnis et
avions ôei/uêlur1. Le style et la langue de saint Cyprien
sont sans cesse commandés par les exigences de sa mé-
trique, à tel point que pour n'y pas déroger il se résigne
à introduire des mots inutiles. Cette préoccupation du
style domine sans cesse saint Cyprien, elle influe sur sa
langue et lui enlève une part de sa valeur documentaire
(sur son style liturgique, voir Liturgie, col. 615) en tant
que témoin de la langue parlée en Afrique.
VI. Les sermons de saint Augustin. — L'activité litté-
raire de saint Augustin s'étend de 380 environ à 430; ses
écrits ont des destinations bien marquées, l'érudition
pure, — autant qu'on peut parler de l'érudition quand il
s'agit des Pères de l'Église, — la théologie d'école, la polé-
mique, la philosophie, la morale sociale et domestique
déterminent les directions principales de son activité
scientifique et littéraire. La catégorie qui nous intéresse
spécialement dans ses écrits est celle dans laquelle
l'évèque africain remplit sa charge de docteur des
fidèles d'Hippone. Il importe toutefois « de préciser et
de bien reconnaître de quelle façon et jusqu'à quel
point une œuvre littéraire comme les sermons de saint
Augustini peut nous donner une idée du langage du
peuple à cette époque, si elle a pu favoriser son déve-
loppement et préparer son triomphe définitif.
« Pour ce qui est de l'emploi des mots, les emprunts
faits à la langue vulgaire y sont vraisemblablement assez
nombreux. Mais ils ne sont faits qu'à bon escient. Non
seulement les termes classiques (qui forment la très
grande majorité) ne sont jamais altérés dans leurs
formes, mais ceux qui ne sont pas classiques seraient
presque toujours dignes de l'être par la régularité de
leur dérivation.
« Une chose qui fait bien roir le souci qu'avait Au-
gustin de conserver aux mots leur forme correcte, c'est
le soin qu'il prend de s'excuser, de donner ses raisons,
lorsqu'il lui arrive par hasard de se permettre un petit
barbarisme pour se mieux faire comprendre de ses au-
diteurs. Il cite comme fautifs quelques termes qui
étaient en usage de son temps, tels que dolus pour
dolur; il avait peine à empêcher le peuple d'employer,
dans le chant d'un psaume, la forme de futur effloriet i ;
enlin, voici une phrase qui montre bien la différence
qu'il faisait entre le latin proprement dit et la langue
vulgaire : Quod vulgo dicitur ossum, latine os dicitur3.
« Il est donc fort probable que les sermons n'ont
guère contribué au triomphe des formes populaires que
saint Augustin employait très rarement et à regret, dont
il combattait même l'introduction dans le langage des
fidèles. Ce n'est pas là qu'il faut chercher des éléments
pour étudier la phonétique de la lingua rustica » *.
Ce qui nous intéresse particulièrement dans cette
* S. Cyprien, De calhol. eccl. unit., ix, P. L., t. iv, col. 522. —
«H. Schuchardt, Der Vokalismus des Vulgàrlateins, in-8*,
Leipzig, 18U6, p. 98. — 8 S. Augustin, Enarratio in psulm.
cxxxvm, 20, P. L., t. XXXVIII, col. 1796. — *Ad. Régnier, De la
latinité des sermons de saint Augustin, in-8*, Paris, 1886,
intrud., p. vm sq. — "Rbnsch, Itala und Vulgata, in-8", Mar-
burg, 1869, introd. passim, fait remarquer que l'Evangile se
prêchait partout dans la langue des pauvres, mais il ne faut pas
abuser des distinctions et confondre le langage dépourvu de
préoccupations grammaticales avec des patois ou un « argot •
intelligibles à des groupes d'initiés. Dans fa prédication de l'Évan-
gile aucun document ne permet jusqu'ici de soupçonner l'emploi
de ces dialectes dégénérés et exclusifs, dès lors il ne s'agit plus
que de syntaxe et de style, la langue des pauvres et celle des riches
recherche c'est moins les particularités de langage dans
le détail desquelles il ne nous est pas possible d'entrer,
que le diapason intellectuel qui règle lesjapports entre
l'évèque et ses fidèles. Si on étudie l'œuvre totale de saint
Augustin on croit pouvoir définir son tempérament lit-
téraire : un po te-logicien. Dans ses Serniones ad po-
puluni il mélange la force et la grâce et, dans l'abandon
du genre, il atleint parfois la sécheresse et l'afféterie.
Quant à la hauteur théologique à laquelle l'évèque
s'élève dans un grand nombre de ses sermons, il importe
de faire la remarque qu'on ne sait absolument rien dans
la plupart des cas sur la composition de ses auditoires6,
les paroles qui le désignent sont vagues, les reproches
qu'on lui adresse peuvent frapper les gens du peuple
comme la bonne société. Ce qui a pu induire en erreur,
c'est que la langue des sermons est souvent familière,
il ne s'ensuit pas qu'elle soit « populaire » au sens
scientifique de ce mot.
La trame littéraire de la langue que parle saint Au-
gustin est classique, c'est-à-dire qu'elle offre cette rigi-
dité de formules et fait usage de ce vocabulaire restreint
dont on s'écartait de plus en plus, comme pour hâter
d'autant la décadence; ce qui pourrait induire en erreur
c'est l'emploi de termes appartenant à la langue ar-
chaïque transmis pendant des générations par les classes
qui n'écrivent pas, et revenant à la surface à l'époque
où les auteurs polis ne sont plus seuls à nous faire en-
tendre la langue latine. Les mots employés par les
auteurs archaïques reparaissent en assez grand nombre
dans les sermons de saint Augustin 6.
lncantare se retrouve dans la loi des XII tables; cor-
datus, dans Ennius ; luminare, dans Caton; amalricc.
deliranientani. litigium, multiloquium, speclahix,
falsidicus, macilenlus, milleni, multiloijuus, tantillus,
confabulari, constalnlire, eradicare, magnipendere,
purpware, propitiare, condigne, medullitus, veraciter,
dans Plaute; pœntiudo, dans Pacuvius; deambulatio,
proslitutio, magnipendere dans Térence,
Il faut tenir moins de compte probablement des
apports purement helléniques dans les sermons de saint
Augustin, mal disposé pour cette langue, que d'ailleurs
il ne savait guère7. Diverses causes concouraient à faci-
liter l'invasion des mots grecs dans la langue latine,
mais ce n'étaient pas là des héllénismes. Ces mots de-
meuraient pour ainsi dire « dépareillés s, les uns demeu-
raient invariables, d'autres perdaient tous leurs sens à
l'exception d'un seul, plusieurs conservaient la trans-
cription en caractères grecs; aussi, dans la plupart
des cas, ce n'est pas à ces mots stérilisés que la langue
ecclésiastique fait ses emprunts, elle s'adresse directe-
ment à la langue originale, c'est chez elle seule qu'elle
trouvera le sens plein, c'est d'ailleurs dans les pays de
langue grecque que la religion fait ses débuts et se
trouve obligée de satisiaire aux besoins de son dogme et
de sa liturgie; au moment où elle aborde les terres la-
tines toute l'ossature terminologique est arrêtée et dres-
sée, il ne s'agit dans la plupart des cas que d'une ques-
tion de désinence, simple passeport des mots mis à
l'usage de la foule. Le service que le grec avait rendu
au latin à l'époque où l'on commença de philosopher en
est substantiellement la morne. L'auditoire auquel s'adressait
saint Augustin a été décrit par J. Vérin, Sancti Attgustini au-
ditores.se. de Afrorum cltristinnorum eirca Aug. ingenio ae
nwribus, in-8*. Parisiis, lf 70; A. Degert, Quid ad mures inge-
niaque Afrorum cognoscenda conférant sancti Augustini
sermones, in-8', Lutetiœ Parisiorum, 1894. — " Ad. Régnier, loc.
cit., p. 10. — 'S. Augustin, Confes., I. I. C. xiv : Car ergu grse-
cam etiam grammatiaim oderam talia cantnntemf P. L.,
t. xxxii, col. 671. ci Cette répugnance de saint Augustin est ici d'un
grand intérêt. On est en droit d'en conclure que la plupart des
tournures grecques qu'il emploie ne lui sont pas particulières,
mais étaient déjà passées dans l'usage du temps où H écrivait. >
Ad. Régnier, La latinité des sermons de taint Augustin,
in-8\ Palis, 1886, p. 87 sq.
761
AFRIQUE (LANGUES PARLEES EN]
702
cette langue1, il le rendit également à la langue ecclé-
siastique qui avait à suflire aux termes abstraits d'une
théologie complète. Saint Augustin, par le nombre de
sujets qu'il traita et la pénétration qu'il y apporta, fut
amené à faire usage des termes abstraits plus qu'aucun
autre avant lui. Quand il s'agit du vieux matériel latin,
il est peu maltraité dès qu'on est en droit de lui appli-
quer les règles générales, mais en ce cas les néologismes
pullulent : adorator, affirmator, intelleclor, falsidicus,
beati/icus sont parfaitement réguliers, mais ils ne pa-
raissent guère autre chose que des innovations étrangères
au génie de la langue par ce seul fait qu'elles se pro-
duisent en un temps et dans un milieu qui n'ont pas
qualité pour créer des éléments nouveaux et enrichir la
langue.
Il semble qu'un large parti pris philologique ait gou-
verné la langue de saint Augustin: prendre son bien où
il le trouve. Il fera subir ensuite aux mots l'examen qu'il
jugera convenable, les accueillera on les repoussera,
ajoutant, retranchant, livrant la langue à ce pourquoi
elle semble faite, c'est-à-dire à exprimer la pensée,
toute pensée ; ignorant en littérature i art pour l'art.
Pour dix pages de grand style il aura un volume entier
médiocre, diffus, peu soigné, mais ces digressions, cette
maladresse seront employées à éclaircir des questions
assez obscures de théologie ou de psychologie et les dix
pages seront parmi les plus éloquentes et les plus pro-
fondes de l'esprit humain. Dans ses sermons il entend
bien avoir la langue entière à son service, les mots tech-
niques ne lui échappent même pas2, les termes religieux3,
les termes positifs4, les noms abstraits5 subissent une
atteinte qui les fera dévier pour toujours dans la langue
ecclésiastique. Dans un grand nombre de cas on saisit
les tours qui conduiront aux langues romanes: exem-
pïwwi6, quseslio 7, supplicium*, spirilus9, préludent à
leur évolution ; certaines locutions apparaissent telles
que nous les employons encore: « savoir par cœur, »
verbum quud corde gestamus10, le pronom indéterminé
« on » se fait pressentir dans cette phrase: Quando...
prœlium tentationis itifertur homini, jejunandwm estil.
Nous pourrions prolonger longtemps ce catalogue, tel
quel cependant il montrera la part à faire aux change-
ments de signiiication des mots dans la transformation
du latin.
Nous pensons qu'il faut se montrer très circonspect
avant d'imputer à saint Augustin certaines particularités
dites « de llexion », peu nombreuses d'ailleurs et dans
lesquelles on est souvent plus porté à mettre en doute la
science grammaticale d'un copiste que le goût d'un rhé-
teur impénitent. Une édition critique pourra seule auto-
riser sur ce point des observations ne laissant qu'un
minimum à la conjecture. II ne faut pas trop invoquer
ce mot: melius est ut reprehendant nos grammatici
Sur l'existence de tournures et l'absence d'expressions servant
& énoncer les idées abstraites pour lesquelles les Romains des
meilleurs temps avaient de la répugnance, cf. M. Bréal, Excur-
sions pédagogiques, p. 35. Cf. Ad. Régnier, loc. cit., p. 89. —
* S. Augustin, Serm., ccni, 2, P. L., t. xxxviu, col. 1036 :
reus, « défendeur, » devient « coupable »; Serm., ccxi, 2;
P. L., t. xxxviii, col. 1055 : reatus, « l'état de défendeur, » de-
vient « la culpabilité » ; Serm., cxcvn, 1, P. L., t. xxxvm,
col. 1021; Serm., cxcvm, 1, P.' L-, t. xxxvm, col. 1024:
gentes, « les peuples, » devenant « les n»n-juifs ». — 3 Serm.,
cccxxxv, P. L., t. xxxvm, col. 1447 sq. : tartarus devient sy-
nonyme de infernus. — * Serm., xlvii, 11, P. L., t. xxxvm,
col. 301 : sedificare dans le sens religieux d' « édifier »; Serm.,
ccxlvii, 2, P. L., t. xxxvm, col. 1157: œdifleatio, même sens;
Serm., cccliv, 6, P. L., t. xxxix, col. 1516 : inflatio, de-
vient « orgueil ». — 5 Serm., cxx, 3, 4, P. L., t. xxxvm,
col. 444: adversitas dans le sens latin de res adversx, Serm.,
xxxiv, 1, P. /,., t. xxxvm, col. 210: factura «ignifiant non
« l'action de faire », mais « ce qui a été fait ». — • Serm., i,
5, P. L., t. xxxvm, col. 25 sq. : Taliurn locutionum innu-
mera exempta. — ' Serm., II, 2, P. L., t. xx.wni, col. 28 :
quam non intelligant populi 12, ce sont là des paroles
qui ne remplacent pas les faits et les faits, nous le répé-
tons, ne sont pas suffisamment éclaircis. Ce qui a trait à
la syntaxe nous entraînerait dans un détail infini; d'ail-
leurs, chez saint Augustin, l'emploi du nominatif ne
présente pas d'anomalie, pour les autres cas, on trou-
verait des exemples dans les meilleurs auteurs. Ces ir-
régularités, dont plusieurs, chez lui, sont passées à l'état
d'habitude, sont dues quelquefois à l'influence de l'hé-
breu (influence directe et qui tient à l'usage des traduc-
tions de la Bible) et bien plus souvent à celle du latin
populaire, sensible surtout dans la syntaxe des ser-
mons13 L'emploi des prépositions ab, ad, apud,cumi!>
offre plus de pnrticularités intéressantes, au contraire la
préposition de se montre déjà envahissante quoique
saint Augustin écrive au seuil d'une décadence et ne soit
en aucune manière gêné par les cas de la langue clas-
sique.
VII. L'histoire de Victor de Vite. — L'ouvrage prin-
cipal de Victor de Vite, YHistoria persecutionis Vanda-
licœ, a été écrite vers l'année 489. La destination de cet
écrit virulent nous apprend assez quelle langue il emploie,
c'est celle de la foule, et, à ce titre, YHistoria peut être
classée parmi les narrations légendaires de la décadence
latine. Ses lecteurs sont ceux qui prennent intérêt aux
miracula et aux actes des martyrs falsifiés qui com-
mencent à pulluler en Occident; la langue classique y
est totalement étrangère, au moins comme préoccu-
pation.
Les locutions archaïques que nous avons relevées dans
les sermons de saint Augustin reparaissent sous un
aspect plus curieux encore dans Victor de Vite; on
trouve chez celui-ci la confusion des genres des noms
assez peu différente de ce que nous trouvons dans les
plus anciens documents de la langue. Tantôt le neutre
est employé pour le masculin : cubilem exsilii 15 ; majo-
rem opprobrium16 ; naturalem officium11 ;senilem ad-
tereret corpus1*; tantôt le masculin pour le neutre :
thesawrum quod invenerat haberent commwiem19;
quoddam ligni truncum10; tantôt le misculin pour le
féminin: intexti radices2i. Cette confusion, générale au
ive siècle22, remontait à l'époque classique qui avait
admis des substantifs à deux genres : baculum et bacu-
lus, dies prseclarus et prœclara; peut-être pour quel-
ques-uns d'entre eux n'était-ce qu'une survivance de leur
dualité dans la langue populaire qui dut les conserver
tels quels. Il est possible que certaines confusions des
déclinaisons et du genre des noms se soient introduites
dans la langue par suite de l'extension arbitraire de cet
usage archaïque; on lit dans Victor de Vite: in Ellada
pour in Ellade*3; examina, neutre pluriel de la troisième
déclinaison, devient un féminin singulier de la première
déclinaison examina, se 2* ; ou bien encore la deuxième
Non sibi fecit qusestionem. — • Serm., ccxxm, 2, P. L.,
t. xxxvm, col. 1093 : Plana est vita hxc supplicis. — • Serm.,
ccx, 5, P. L., t. xxxvm, col. 1050 : Non ebrpore sed spiritu;
Serm., cxcvin, 3, P. L., t. xxxvm, col. 1026 : Spiritus
enim seductoree gaudet seductis. — •• Serm., clxxxvh, 3,
P. L., t. xxxvm, col. 1002. — «< Serm., ccx, 2, P. L.,
t. xxxvm, col. 1049. Sur ce point cf. Ad. Régnier, La latinité des
sermons de saint Augustin, in-8\ Paris, 1886, p. 21-24, 26 sq.
Sur toutes ces questions, cf. G. Koffmane, Geschichte des Kir-
chenlateins, in-8-, lireslau, 1879, t. i, passim. — '* Enarratio
in ps. cxxivut, n. 20, P. L., t. xxxvn, col. 1796. — ,3 Ad. Ré-
gnier, loc. cit., p. 41 sq. Cf. Sittl, Lokale Verschiedenheiten der
lateinisclien Sprache, in-8", Erlangen, 1882. — " Ad. Régnier,
loc. cit., p. 50-53. — "Victor de Vite, Hist. persec. Vatidal., 1. III,
c. xliv, dans Corp. script, lat. eccles., in-8% Vindobonae, 1881,
t. vu. — "Ibid., 1. I, c. xliv. — ^ Ibid., 1. II, c. xxxn. —
" Ibid., 1. III, c. xliii. — <• Ibid.. 1. I, c. xxxh. - «• Ibid.,
1. II, c. xxvii. — ''Ibid., 1. I, c. xlvi. — "Aypell, De génère
neutro intereunte in lingua lalina, in-8*, Erlangen, 1883,
p. 79. — •» Hist. persecutionis Vandalicse, 1. I, c. li. —
-lIbid., 1. I, c. xjciu.
763
AFRIQUE (LANGUES PARLÉES EN)
764
et la quatrième déclinaison sont confondues. Les verbes
présentent la même particularité, l'actif et le passif per-
sistent dans un grand nombre de cas; formes et conju-
gaisons subissent toutes les violences. On lit dans Victor:
sortirez, lucraverunt2, partiboz, mentires^, glo-
riares, lamentare6, siccaverant = siccatse fuerant1.
Les verbes composés sont employés, semble-t-il, sans
raison particulière:
enecare% — neutre,
pervidere 9 = videre,
comprnniittere11* = promittere ;
par contre:
firmare ' 4 = confirmare,
hgare12 = colligare = alligare,
carpere13 = discerpere;
les prépositions paraissent prises sans discernement
comme si elles avaient perdu toute valeur :
convenire1^ = evenire,
respicere ' 5 = suscipere,
adurere1^ = comburere,
agnoscere11 — cognoscere,
aspirare '
insptrare,
conspicere1* = adspicere,
adterere20 = conlerere.
De telles altérations ne s'exercent pas sur une langue
sans lui faire subir une transformation plus ou moins
radicale dans la signification des mots. Dans le désarroi
où jette un peuple l'invasion soudaine de son territoire
on s'explique que les écrivains aient surtout la préoc-
cupation d'être entendus ; plus leurs ouvrages sont ce
qu'on appelle des « écrits de circonstance » plus il faut
s'attendre à y rencontrer l'excès d'un mal qu'ils aggra-
vent parla préoccupation où ils sont de donner des écrits
qui, en demeurant intelligibles à leurs contemporains,
établissent ou soutiennent la réputation littéraire de
l'auteur; d'où une aggravation dont le départ est
impossible à faire, mais dont il faut tenir grand
compte néanmoins. Toutes les circonstances de milieu
influent sur cette déformation de la langue: en ce temps
d'invasions et de tueries de peuple à peuple, exercitus
perd son vieux sens d' « armée » et signifie « nation » ;
c'est bien en effet la « nation armée » des V;undales qui
a envahi l'Afrique; les polémiques théologiques sur la
grâce, la chute de l'homme, l'état de nature ont familia-
risé le récit qui ouvre la Genèse et en appelant le démon,
serpent, anguis, on pourra être désormais entendu de
tous. Nous ne citerons que quelques exemples de ces
altérations de mots et de ces transmissions de sens :
aggcr publicité-* = via publica.
argumenttwi 22 = ars, fraus.
aula venerabilis23 = ecclesia.
confusio2'' = pudor.
conlinenlia2"" = « le contenu, ».
corona26 = marlyrium.
funus 27 = cadaver.
gralulatio 28 = gaudium.
passio29 = niorbus.
plebs30 = laid.
« Victor de Vite, Hist. persec. Vand., 1. I, c. xxxi. — « lbid..
V I, c. xxxvi. — 3 lbid., 1. II, c. wxi. — ^ lbid., 1. Il, c. XXXVI,
— tlbid., 1. III, c. i.i. — elbid., 1. III, c. lxiv. — • lbid., 1. III,
c. L, lvi. — 8 lbid., 1. I, c. ix. — » lbid., 1. I, c. xxvn. —
•• lbid., 1. II, c. XLi. — » lbid., 1. I, c. xxm. — •« lbid, 1. I,
c. xxxvn ; 1. II, c. xiv. — ,s lbid., 1. I, c. xxwii. — «* lbid.,
1. I, c. XI. — " lbid., 1. I, c. xi.ni. — <« lbid., 1. II, c. xvi.
— «' lbid., 1. II, c. xxxix, XLi-xi.m. — <• lbid., !. II, c. i.xxvn.
— •• Jbid., 1. m, c. xl. — " Ibid.,\. III, c. xliii. — »• lbid.,
1. II, c. xxxvi. — "lbid., 1. II, c. xlv. — "lbid., passim. —
"lbid., 1. II, c. Ll. — "lbid., 1. III, c. vu. — "lbid., I. I,
c. l. — "lbid., 1. III, c. lvhi. — "lbid., 1. I, c. x\xv. —
promulgatio31 = decretum.
sacerdos :'2 = episcopus.
titulus 33 = dignitas.
accipere 34 = intelligere.
credere3'6 = velle.
cubitare36 = concumbere.
delegare 31 = imperare.
indicare39 = narrare.
prœsumere39 = rapere.
proponere''u —jubere.
Les adjectifs, les pronoms, les conjonctions sont ainsi
treités. « Toute distinction entre Me, hic et iste a dis-
paru; le pronom ille joue absolument en quelques pas-
sages le rôle de notre article41. » La syntaxe de Victor de
Vite lui appartient d'une manière plus personnelle et à ce
titre ne nous intéresse pas au même degré que son voca-
bulaire; de même son style si recherché appartient de
droit à l'étude de l'humanisme et des traditions clas-
siques dans les écoles du christianisme. Voir Écoles.
« Pour me résumer, confusion des genres des noms et
des formes des verbes, changement de signification des-
mots, désarroi dans la syntaxe, ignorance ou abandon
des règles les plus générales de l'accord classique :
d'autre part, à côté de ce dédain de la grammaire, re-
cherche de l'effet oratoire ou poétique, par l'abus des
abstractions, des synonymes, des métaphores, des tours
et des termes empruntés à la poésie: voilà ce que l'on
remarque à toutes les pages du livre de Victor et voilà le
latin d'Afrique42. »
VIII. Prosodie. Allitération, assonance, rime. —
Les Africains pourraient fournir la matière d'une longue
étude sur l'allitéralion, l'assonance et la rime43. Tertul-
lien, le premier en date parmi les auteurs chrétiens
apportequelquesformesnouvelles,si lantesl qu'on puisse
parler ainsi alors que tant d'oeuvres littéraires plus an-
ciennes ne nous sont pas parvenues. Nous trouvons
chez lui: victus instructus, carti soli, nuraculisoraculis,
spectaculum spiraculwn, /Inclus flains, rillum filum,
nominis hominis, > afin urbem orbem destinée à une
longue fortune. Son œuvre fourmille d'exemples eu ce
genre: jluxih f&Hli,captivusadoplivus,petulantem adu-
lantem,potioris notions, sonora canora. Ce besoin de ca-
dence réparait dans ses traductions. On lit dans la Ge-
nèse (l, 2) : tolm uâ-bohu, dans la Vulgale: maiiis et
cacua. dans Terlul lien : invisibiliset iucn>iipiisita^i . Saint
Cyprien parle une langue plus châtiée que Tertollien et
montre peu de goût pour ces amusements littéraires;
on trouve chez lui des assonances telles que divilim, de-
licise, mais elles ne l'étaient p:is alors, car' le/ disparais
s, lit dans le zézaiement, on prononçait dwitiat, comme
zaboius, zaconus pour chabolus, diaconus; Arnohe ne
parait non plus faire usage de ces petits artifices, l'ai
contre saint Augustin en fait un usage constant: fitSUra
et scissura ; forte vel sorte; mm poeta sedproplieta. Déjà
Tertulli&n avait changé ricins cl vestitus mi vu lus et
instructus, saint Augustin améliore et dit victus ci atm-
ctus. On trouve chet lui: astutus et acutus; impudente*
algue imprudenter ; dura el dira ; concordions consor-
libus, les verbes lui fournissent pareille matière: mta-
rerenonheerere ; Umgit atqueangil ; funditur tunditur;
"lbid., I. III, c. xi.iv. — "Tbiti., 1. Il, c. mi. — "lbid.,
1. III, c. Xlii. — 31 lbid., t. I, c. V, x, XVIII; I. II. c. vi. —
33 lbid., 1. III, c. xiii. — "lbid., I. Il, c. i.xxvni. » lbid.,
1. I, c. xxx. — M lbid.. 1. I, c. nxxi. - « lbid., 1. I. c. XXX\ n
— "lbid., 1. II, c. xlix. — M lbid ., 1. III, c. vin. — *° lbid.,
1. lu. c. vu. — " 1. Ferrère, La langue et le style dt Victor
de Vite, dans la Bévue de philologie, 1001, p. 121. — *• lbid..
p. 335. — *• E. Wolfflin, Der Reim un l.nleinisehen. dan»
Archiv fur lateinische l.eodkograpliie, 1881, t. i, p. SOI sq. CI
Hopf. Allitération, Assonunz, Reim in der Bibel, in-8', Er-
langen, 1883, p. 8 sq. — "Tertullieo, De baptismo, c. m, P. L.,
t. i, col. 1310.
765
AFRIQUE (LANGUES PARLÉES EN)
768
sculpilur scribitur; legitur agitur : cantatur saltatur.
C'est surtout dans les sermons et dans les lettres qu'il
a prodigué ces jeux d'esprit *.
Parfois le procédé se fait plus compliqué. Voici
d'abord Tertullien:
et tune prophetis concionantibus
et nunc lectionibus resonantibus*;
de vicinorum criminum nexu
de propinquorum scelerum complexu3;
non ex srminis limo
non ex concupiscentix fimo * ;
et montium scapulss decurrendo
et fontium venss cavillando 8 ;
canales non odoro
cancellos non adoro*;
Dans une autre catégorie d'exemples on peut citer:
nec trâdi magie potuisset quam invâdi1
non quia elephantus, sed quia Phidias tantus*
tôt pernicies quot et species ;
toi dolores quot et colores9.
Dans ses sermons saint Augustin se montre plus
accommodant encore que Tertullien sur le choix de ces
fantaisies littéraires :
frange lunim et fac fortunam '•.
nemo est donis dei beatus,
qui donanti exstitit ingratus ".
non, ut post divortium adultéra revocetur,
sed ut post Christi consortium adultéra non vocetwr ".
mandatum, non dàtum, sed naturn'3.
qui ambulabat iacet,
qui loquebatur lacet '*.
Tout cela sent l'exercice et on pourrait en dire à juste
titre, que de semblables ouvrages révèlent plutôt la
subtilité de l'esprit que la protondeur, verborum certa-
mini, nonrerum examini.
Cette préoccupation soutenue de l'assonance et les
timides essais de rime sur une poésie qui y répugnait
nous appai-iissont avec plus d'évidence en Afrique à
raison de l'abondance et de la conservation exception-
nelle de sa littérature, il e»t utile néanmoins d'en re-
cueillir le témoignage. On prend ainsi sur le vif un des
agents principaux de l'évolution littéraire amenée et
hâtée par le christianisme, et c'est à tort que l'on né-
glige l'action profonde exercée par les habitudes du
culte à ces origines de la religion nouvelle. Les fidèles
participaient à la célébration de ce culte par leur pré-
sence, par la communion et par le chant. Un répertoire
leur était imposé, ils avaient, comme dans la tragédie
antique, une fonction chorale à remplir. La célèbre
lettre de Pline le laisse entrevoir; voilà pourquoi en
même temps que l'unité essentielle des rites s'impo-
saient des variantes locales et régionales suivant que ce
peuple prenait part à l'oflice célébré en l'honneur d'un
patron, d'un martyr, d'une nécessité quelconque d'ori-
gine locale ou régionale. Heydler l'a parfaitement re-
connu en disant que le chant d'Église est en même
temps le chant du peuple : Das kirchenlied isl auch
' E. Wôllflin, loc. cit., p. 363; Die meisten Beispiele fallen
auf die Predigten und Briefe. — * Tertullien, Apolog., c. xxn,
P. L., t. i, col. 467. — *ld., De pudicitia, c. v. P. L., t. h,
col. 1040. — * Ibid., c. vi, P. L., t. Il, col. 1043. — " Id., De pallio,
c. h, P. L., t. il, col. 1088. — ° Ibid., c. v, P. L., t. h, col. 1102.
— 7Id., Adv. Marcionem, 1. IV, n. XL, P. L., t. n, col. 491.
— «Id.. De resurr. carnis, c. v, P. L., t. h, col. 849. — 9Id.,
Scorpiace, c. i, P. L., t. n, col. 143. — ,0S. Augustin, De dis-
cipl. christ., 1. VIII, P. L., t. XL, col. 674. — « Id., De bono vi-
duitatis, c. xvi, P. L., t. xl, col. 443. — "Id., De conjug. adult.,
1. II, c. ix, P. L., t. xl, col. 476. — >3 S. Augustin, Sertn., cxl,
6, P. L., t. xxxvm, col. 775. — " Sermon., clxxih, 3, P. L.,
t. xxxviii, col. 939. — "Heydler, Ueber das Wesen und die
Anfdnge der christlichen Kirchenlieder, p. 4. Cf. Edélestand
du Méril, Poésies populaires, in-8% Paris, 1843, p. 23, note 1. —
'• Renan, Marc Auréte. in-8% Paris, 1883, p. 439, note 2; p. 445,
note 3; Rubens Duval, La littérature syriaque, in-12, Paris.
Volkslied 15. Cette compénétration des refrains popu-
laires et du chant ecclésiastique a une grande impor-
tance dans l'histoire des origines de la plupart des
Églises. C'est par le chant que l'on venait à bout d'intro-
duire certaines vérités parmi les fidèles, on peut s'en
convaincre en voyant Bardesanes, saint Éphrem ,6, Paul
de Samosate17 altérer les chants d'église ou en compo-
ser de nouveaux afin d'amener le peuple à leur doc-
trine; peut-être Arius fit-il de même 18, le psaume com-
posé par saint Augustin contra partem Donati n'avait
pas d'autre but 13.
On sait le goût prononcé de saint Augustin pour le»
jeux de mots 20, il faut rappeler les jeux de sons qui ne
lui plaisaient pas moins, « effets d'harmonies cherchés
soit dans la répétition du même mot, soit dans l'asso-
nance, l'allitération ou la rime, soit dans une certaine
similitude de plusieurs membres de phrases •*. » En voici
quelques exemples : Audisti, agnovisti, didicisti, te-
nuisti, fecisti -2. Dignatus est illum virum vocare erran-
tem, mundare sordentem, formate credentem, docere
obedientem, regere docentem, adjuvare pugnanlem,
coronare vincentem '23. Invalidus infantilibus membrit,
involutus infantilibus pannis 24. Voici un exemple digne
d'attention parce qu'il nous montre sur le vif le rhéteur
au fait des délicatesses de la langue et des finesses de
métier : Vigilat iste, mentibus piis fervens et luces-
cens ; vigilat Me, dentibus suis frendens et tabescens 25.
Nous avons ici deux phrases comptant même nombre
de syllabes, même nombre de mots égaux deux à deux
en longueur, rime de ckaque mot avec son correspon-
dant, quantité pareille :
Vïgïlât ïstë mêntïbûs pïîs fêrvëns et lûcêscêns,
Vïgïlàt ïllë dëntïbûs suis frêndëm et lâbèscëns.
Sans doute ce n'était là rien de très nouveau, Lucilius,
Plaute, Térence, Ennius, Lucrèce et Cicéron et Tite-Live
eux-mêmes s'étaient distraits à de pareils jeux de sons*6.
Malheureusement ce genre de licence est sans consé-
quence aux beaux jours d'une littérature, il est perni-
cieux à son déclin et précipite la décadence. Commo-
dien, dont le guasi-versus paraissait tout permettre, a
écrit tel acrostiche dont tous les vers finissent par la
même lettre. La dernière pièce des Instructiones se
compose de vingt-six vers uniformément terminés par
la voyelle o. La pièce il, 8, intitulée Pmnitentibus, ait
compose de treize vers terminés par un e21.
Psenitens es factus : noctibus diebusque precare,
Attamen a matre noli discedere longe,
Et tibi misericors poterit Altissimus esse,
Non fiet in vacuum confusio culpse proinde,
In reatu tuo sorde manifesta deflere,
Tu si vulnus habes altum, medicumque requirs,
Et tamen in pesnis poteris tua damna lenire.
Namque fatebor enim unum me ex vobis adess*
Terroremque item quondam sensisse ruinse.
Idcirco commoneo vulneratos cautius ire,
Barbam [atque] comam fœdare in pulvere terrm
Volutarique saccis etpetere summo de Rege,
Subvenire tibi, ne pereas forte de plèbe *».
1899, p. 246. — « Eusèbe, Hist. eccl., 1. VII, c. xxx, P. L., L XX,
col. 713. — "Socrates, Hist. eccl., 1. VI, c. vm; Sozomène, Mit.
eccl., 1. VIII, c. vm, P. G., t. lxvii, col. 689, 1536. — "P. L.,
t. xliii, col. 23 sq. — ,0 Ad. Régnier, De la latinité des sermons
de saint Augustin, in-8% Paris, 1886. p. 115-118. — » Ibid.,
p. 121. — " Serm., clxiv, 6, P. L., t. xxxvui, col. 898. —
**Serm., cccxn, 6, P. L., t. xxxvm, col. 1422. — "Sertit*,
ce, 1, P. L., t. xxxvm, col. 1029. — nSerm., ccxnc, P. L.,
t. xxxvm, col. 1088. — •• E. Wolflin, Ueber die allitterisrenden
Verbindungen der lateinischen Sprache, dans Sitzungsberichte
der philos. -philol. und hist. Klasse der k. bayer. Akad. d.
Wis., 1881, t. n, p. 1 sq. — «'E. Wolfftin, Der Reim im latei-
nischen, dans Archiv fur lateinische Lexikographie, 1884,
p. 350 sq.; L. Havet, Une correction au texte de Commodien,
dans la Revue de philologie, 1887, t. xi, p. 45, note i. — *• Com-
modien, dans Instructiones, 1. H, c. vm; Dombart, Corp. script,
eccl. latin., in-8% Vindobonse, 1887, p. 66 sq.
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AFRIQUE (LANGUES PARLÉES EN)
7G8
Cette fantaisie, introduisant la rime dans une poésie
où elle n'avait que faire, ne laissa pas de jouir du succès
et saint Augustin s'y astreignit :
Omnes qui gaudetis de pace, modo verum judicate,
Abundantia peccatorum solet fratres conturbare :
Propter hoc Dominus noster voluit nos prxmonere,
Comparans regnum cloxrum reticulo misso in mare,
Congreganti multos pièces, omne gémis, hinc et inde.
Quos curn trahissent ad liltus, tune cœperunt separare :
Bonos in vasa miserunt; reliquos malos, in mare '.
Ce chant que l'évèque d'Hippone avait fait par strophes
suivant l'ordre des lettres de l'alphabet de A à "V était
destiné à être répété par les fidèles2, dont l'acrostiche
aiderait la mémoire; seul le refrain : Omnes, etc., était
excepté de l'acrostiche. « Ces poèmes alphabétiques, dit
très justement Edélestand du Méril 3, étaient probable-
ment imités de l'hébreu4. La chanson de saint Augus-
tin prouve d'ailleurs que cette forme était déjà popu-
laire à la fin du ive siècle, et une prédilection aussi
étrangère à l'esprit de la langue latine et à toutes les
habitudes littéraires n'aurait pu s'établir sans l'inlluence
que le rythme des psaumes devait naturellement exercer
sur l'esprit des premiers chrétiens. Cette forme se re-
trouve chez tous les peuples de la chrétienté, et à des
époques si dilférentes, qu'on ne peut l'attribuer à des
caprices individuels, ni à des influences passagères. »
Tous les vers de ce psaume ont seize syllabes divisées
en deux hémistiches égaux; l'i et Vu suivis d'une
voyelle sont considérés tantôt comme voyelles, tantôt
comme consonnes suivant les exigences du rythme ;
l'élision a toujours lieu, à moins que les deux voyelles
soient séparées par la pause de l'acrostiche. Tous les
couplets ont seize stiques, excepté les 3«,4« et 6e couplets
qui n'ont que dix stiques.
L'introduction de la rime dans l'hymnog/aphie chré-
tienne parait donc pouvoir être attribuée aux écrivains
africains. Sans doute ils ne l'inventèrent pas. Dans les
vers d'Ennius les rimes ne sont pas rares 5 et on trouve
dans Ovide 6 et Lucain " quelques consonnes finales. On
a compté que sur 12 914 vers de Virgile il y en avait 924
qui étaient léonins. « Probablement, comme la rime ne
portait pas sur une syllabe accentuée, elle passait presque
inaperçue, mais l'autorité des meilleurs critiques oblige
d'y voir au moins des négligences, excepté dans les vers
pentamètres, où elle rendait la césure plus sensible 8. »
On ne peut séparer l'histoire de cette décadence poétique
de l'histoire de la musique, l'emploi systématique de la
rime paraissant coïncider avec l'affaiblissement du
rythme lorsque précisément l'intervention croissante de
la musique9 dans la célébration du culte exigeait qu'il
fût plus fortement marqué. L'acrostiche monorime de
Commodien est en quelque sorte dépareillé dans le long
poème dont il fait partie, il n'y joue qu'un rôle acces-
* S. Augustin, Psalmus contra partent Donati, P. L.,
t. xi.tu, col. 23 sq. ; W. Meyer, Ueber den Ursprung der latei-
nischen und griechischen rhytlumschen Poésie, dans Abhandl.
der philos. -philol. Classe der bayer. Akad. d. Wiss., t. xvn,
1" partie. — *S. Augustin, Retractationes, i. î, c. XX, P. L.,
t. xxxti, col. 617. Volens etiam, dit-il, causam donatistarum
ad ipsiics humillimi vulgi et omnino imperitorum atque idio-
tarum notifiant pervenire et eorum quantum fleri posset per
nos inhxrere mémorise psalmum qui eis cantaretur per
latinas Hueras feci, sed usque ad v litteram. Taies aulemabe-
cedarios appellant. — P.teseos popularis ante sxculum duo-
decimutn latine decantatx reliquias sedulo collegit, e manu-
scriptis exaravit et in corpus primum digessit Edélestand du
Méril; Poésies populaires latines antérieures au xn' siècle,
in-8", Paris, 1843, p. 121, note. — »K. du Méril, Essai philoso-
phique sur la versification, in-8\ Paris, 1841, p. 51, note 4;
Alvar de Cordoue, Indiculus luminosus, dans Flores, Espana
sagrada, in-4% Madrid, 1754-1879, t. xi, p. 274; F. Koster, Die
Pialmen nach ihrer strophischer Anordnung, in-8*, Kônigsberg,
1837, p. xxm; Beda le dit même en termes positifs, Hist. eccl.,
1. IV, c. x.\, P. L., t. xcv, col. 204. — "Ennius, Opéra, édit.
Hessel, p. 237-238. — «Ovide, Mttamorph., i. VI, v. 639;
soire, mais enfin la rime est introduite. Tandis qu'elle
se fait adopter en Gaule, à Milan, à Rome, elle se main-
tient en Afrique comme nous le voyons dans les poèmes
attribués à Tertullien et qui paraissent des compositions
africaines du ive siècle lù :
Quis mihi ruricolas aptabit carminé Musas,
Et verni (s?) roseas titulabit fiuribus auras,
JEstivxque graves maturet messis aristas?
Quis dabit et tumidas aulumni vitibus uvnsT
Quisve hiemi placidas semper lau-labit olivas
Recludetque ipsis renovatas fontibus undas?
Ce serait toutefois se faire une idée inexacte de con-
sidérer exclusivement les poètes chrétiens pour se faire
une idée de la poétique en Afrique. La compénétration
des deux sociétés, païenne et chrétienne, était si étroite
qu'il y a lieu de rappeler au moins les contemporains
de Commodien et de Verecundus dont nous allons par-
ler. A la fin du me siècle vivait le métricien Terentianus,
originaire de la Maurétanie et auteur d'un traité inti-
tulé : De litteris, syllabis, metris, remarquable par la
facilité avec laquelle Terentianus manie les mètres les
plus divers, glyconiques, sotadéens, tétramètres, tro-
chaïques, hexamètres dactyliques H.
IX. Commodien et Verecundus. — Parmi les écrivains
chrétiens d'Afrique on rencontre deux poètes populaires
dont les rimes ont provoqué de nos jours des éludes
approfondies dans l'espoir d'y trouver des lumières sur
la phonétique et la rythmique des langues néo-latines.
La versification classique des Latins ne reproduisait pas
exactement celle des Grecs, ses représentants les plus
distingués se trouvent à mi-chemin entre l'antique ver-
sification grecque fondée sur la quantité et la métrique
latine à qui l'accent sert de pivot12. Cette tendance ryth-
mique s'affirme dès le il* siècle et au siècle suivant, « on
trouve nombre de vers qui sont considérés comme mé-
triques et dans lesquels pourtant la quantité classique est
régulièrement violée13. » Chez Commodien la facture de
l'hexamètre semble parfois tenir du hasard, ce n'est
qu'à l'instant de fermer le vers que l'écrivain se rap-
pelle l'exigeance du rythme; mais l'étude de ses écrits
témoigne d'une réelle préoccupation poétique, tout au
moins du dessein arrêté de mettre ses vers sur des pieds
bien déterminés.
Une étude attentive des poèmes de Commodien montre
qui l'écrivain reproduit, aux derniers pieds de ses \n<. la
distribution classique des mots et des accents, sans
s'occuper de la quantité, toutefois il ne remplace pas
une brève classique par une tonique longue. Les premiers
vers des Instructiones nous le font voir préoccupé
d'imiter la disposition des syllabes et des accents dans
le vers classique :
Prima prxfàlio nôstra viâm errânti demônstrat",
Réspectùmque bonwn, cum vénerit sdecuti meta,
1. VIII, v. 441; 1. XIV, v. 411; 1. XV. v. 160. — 'Lucain,
Pharsalia, 1. V, v. 442 sq., 639-640, 660-661. — « Edélestand
du Méril, Poésies populaires, i'n-8', 1843, p. 81, note 1. —
u S. Augustin, Confess., 1. X, c. XXXIII, P. L., t. xxxn,
col. 799 sq. — <°P. L., t. Il, col. 1107 sq. Cf. A. Harnark,
Geschichte der aitchristlichen Littcratur, in-8*, Leipzig, 1893,
t. i, p. 675. — " W. S. TeufTel, Hist. de la littérature ro-
moine, trad. Bonnard-Pierson, in-8-, Paris, 1883, t. m, p. 107.
— 1SL. Vernier, Élude sur la versification populaire des Ro-
mains de l'époque classique, in-8', Besançon, 1889. — "L. Ver-
nier, La versification latine populaire en Afrique: Commodien
et Verecundus, dans la Revue de philologie, 1891, t. xv, p. 14,
117-130. Cf. Hanssen, De arte metrioa Commudiani, dans
Rheinisches Muséum, t. xxxvm, p. 222; w. Meyer, Anfang
und Ursprung der lateinischen und griechischen n/thmischen
Dichtung, dans Abhandlung. der bayer. Akadcmie, 1885,
p. 24sq.;G. Boissier, Commodien, dans les Mélanges Renier, in-8\
Paris, 1887, p. 51 sq. ; L'Afrique romains, in-12, Paris. 1901.
p. 302. — ''Commodien, Instruct., 1. I, prsf., v. 1 sq., dans
Corp. script, eccl. latin., in-8", Vindobona», 1887, t. xv, p, 5. ivm-
bart omet le mot prima qui est donné par le mis. de Cheltenhmn.
n. i 895, et par Lndwig.
769
AFRIQUE (LANGUES PARLÉES EN)
no
AêtertMm fleri, quod discrédunt inscia corda.
Égo similitér errâvi témpore mûlto
Fana proséquendà, paréntibus insciis ipsis.
Cette pratique sou;Tre des exceptions dans Commodien,
aussi, on se demande si, pour lui, un mot donné avait
bien le nombre de syllabes qui nous est indiqué par
l'écriture et s'il portait l'accent à la place même où le
mettent les grammairiens. Ajoutons que Commodien
n'est pas seul dans son cas. Les écrivains ses contem-
porains qui employèrent la forme métrique nous
montrent, trop fréquemment pour qu'elles ne soient
pas leur fait, des fautes de quantité qui ne peuvent et,
selon nous, qui ne doivent s'expliquer que par les
usages de leur temps, par la prononciation usuelle.
C'était à cette époque une habitude tolérée d'ôter un
temps à la syllabe voisine de la tonique. Était-elle
longue, on l'abrégeait; était-elle brève, elle cessait de
compter comme syllabe, le mot se trouvait ainsi réduit
de la valeur d'une brève ou d'un temps. En voici des
exemples :
Après la tonique, disparition d'une longue dans un
vers :
Festinavitque diês obdùcere sidéra noctis*
Avant la tonique :
quem régio nûlla capiébat*
et encore :
Inimicis etiâm qui jubét alimenta prœbére3
il y a même suppression d'une' longue dans le vers :
Majestatémque canûnt et se sub figura fatigant*
On trouve de même chez un compatriote, Vere-
cundus :
Cognitor antiquus certa majestate dierum*
La langue populaire admettait aussi le changement
d'accent, ce qui permettait de réduire les mots d'un
temps; ainsi on accentuait vâlidius à cause de vàlidus
et on en venait à prononcer vùldius en supprimant la
brève devenue voisine de l'accent, de même on disait
surpite pour sùrripite, de même enfin on pourrait
scander ce vers :
Et Samariàm caperét, verbiim priusquâm loquerétur6
en élidant i, ou bien en tenant iam pour une seule
syllabe.
Chez "Verecundus nous voyons le changement d'accent
coïncider avec l'abréviation d'une longue :
Oceani magni cumulos superavëre fluctus
Telluremque simul tenebrosus consùmit ardor '
et dans les mots d'origine étrangère l'abréviation de la
pénultième est de règle, c'est donc parfaitement régulier
à Commodien d'écrire ces fins de vers :
prâebere laudes*;
aûgere quâerunt9;
de radiée Jésse ">;
per prôphetam Ain os";
' Commodien, Carmen apologet., vs. 418 (422, édit. de Dom-
bart) ; le ms. de Cheltenharn, n. 12261, porte la leçon inducere,
cependant obdùcere est reçu par Pitra, Spicil. Solesm., in-4°, Pa-
risiis, 1852, t. I, p. 33 ; par H. Rœnsch, dans Zeitschrift fur die
historische Theolog., 1872, p. 163 sq., et par E. Ludwig, Corn-
mod. opéra, in-8", Lipsiœ, 1877, vs. 418. — 2 Commodien, Carmen
apologet., vs. 120. Dombart a la leçon : capebat. — 3 Instr. II,
§ 20, vs. 14. — * Instr. I, § 17, vs. 5. — » Verecundus, De satis-
factione pœnitentiœ, vs. 197, dans Pitra, Spic. Solesm., in-V.
Parisiis, 1858, t. IV, p. 143. — " Carmen apologet., vs. 410, p. 141,
— 'Verecundus, loc. cit., vs. 58, 154, dans Pitra, loc. cit., t. iv?
p. 139, 142. — s Commod., Carm. apolog., vs. 37, p. 118. —
»Ibid., vs. 607, p. 154. — ,0 Ibid., vis. 291, p. 134. — " Ibid.,
vs. 423, p. 142. — •* Vernier, loc. cit., p. 14 sq., 117 sq. —
13 Commod., Instr., I, § 38, vs. 2. — '* Commod., Instr., II,
§7, vs. 11. — <5 Verecundus, Exhortatio pœnitendi, vs. 42,
DICT. D'ARCII. CHRKT.
Toute l'œuvre poétique de Commodien a été étudiée
avec cette érudite patience 12 que nous ne pouvons
imiter, vu l'espace dont nous disposons. Le rapproche-
ment établi entre les écrits de Commodien et les inscri-
ptions est fort instructif. Nous savons que l'accentuation
triginla était une faute vulgaire ; c'était l'habitude de
glisser faiblement sur Vn qui l'avait introduite ; Com-
modien et les inscriptions l'omettent et ce n'est pas une
simple fantaisie de leur part, mais le résultat d'altéra-
tions que les grammairiens n'ont pas notées à mesure
qu'elles se produisaient. Venu à l'heure où la langue
latine, par suite des apports trop considérables et des
fréquents néologismes que lui imposaient des popula-
tions nouvellement réunies à l'empire, subissait une
sorte de fermentation, Commodien hésite, retouche sa
langue, ses vers changent plusieurs fois de conjugaison
et par suite de quantité; or le grammairien Probus en-
seigne, et les poètes chrétiens prouvent son dire, que l'i
pénultième s'allonge dans la langue populaire, dans les
formes erimus, erilis. Nous voyons donc Commodien et
Verecundus écrire :
exherédes eritis 13 ;
peccâre nolite '*;
vivéndo displicet'*.
Les Jnstructiones de Commodien paraissent être de
l'année 238, le Carmen apologelicum leur serait pos-
térieur de dix ou douze ans et la langue est identique
dans ces deux poèmes10, cependant le Carmen apologe-
ticuni dénote quelque progrès dans la versification, en
ce sens qu'on y rencontre un nombre relativement plus
grand d'hexamètres corrects. Commodien est le principal
représentant en Afrique d'un genre prosodique que
Gennadius qualifie en ces termes : scripsit mediocri
semnone quasi versu librum adversus paganos il. Les
quasi versus furent souvent employés par les rimeurs
africains et nous en trouvons un exemple assez inat-
tendu dans une lettre écrite pai les martyrs de Carthage,
Lucius et Montan, mis à mort sous Valérien en 259 ou
260. Voici le texte de leur lettre : Si nos invitant Justin
promissa prœmia, si terret injuslis psena praidicta, si
cum Christo esse et regnare cupimus, qum ad Chrislum
et ad regnum ducant illa faciamus 1S.
On peut ramener sans violence cette phrase aux
quatre hexamètres suivants :
Si nos invitant promissa pnemia justis,
Si terret injustis pœna prœdicta (gehennœ),
Si cum Ctiristo esse et (semper) regnare cupimus,
Quae ad Christum et regnum ducant, illa faciamus ".
•
Le quasi versus n'était pas, ainsi qu'on l'a pensé, une
spécialité littéraire de l'Afrique. On le trouve dans plu-
sieurs inscriptions romaines du Ier et du IIe siècle20, et
même dans deux inscriptions chrétiennes du cimelière
de Calliste21. Le quasi versus est difficilement réductible
à un système prosodique, ce qui se comprend sans peine
puisque ceux qui l'employaient ignoraient les règles
classiques pour la plupart; si, parfois, on rencontre des
dans Pitra, loc. cit., p. 133. Cet ouvrage parait être de date
plus récente. Cf. G. Meyer, dans Abhandlungen der le. bayer.
Akacl. der Wiss., Mùnchen, 1885, t. XVK, part. 2, p. 4:31 sq. —
>«W. S. Teuffel, loc. cit., t. m, p. 87, S 1 ; Pitra, loc. cit.. t. i,
prœf., p. xvm, § 26; A. Ebert, dans Abhandlungen der philol.-
histor. Classe der sâchs. Gesellsch. der Wissensch., t. v,
p. 414, 419 ; B. Dombart, dans Corp. script, eccl. lutin., t. xv,
praef., p. m. — 17 Gennadius, De script, eccl-, c. xv, édit. E. Cu-
shing Richardon, in-8% Leipzig, 1896, p. 67. — ls Passio SS. Lucii
et Montani, 11, dans Ruinart, Acta sincera, in-4", Parisiis,
1689. p. 237. — '"DeRossi, Inscr. christ, urb. Romœ, in-fol., Ro-
mas, 1888, t. n, procem., p. xxxn. — *° G. Henzen, dans Bull. delV
Istit-, 1863, p. 9, et Corp. inscr. Int., t. iv, n. 17130 ; Lanciani,
dans Bull. arch. comm., 1880, p. 140, et Ephcm. epigr., t. iv,
p. 346, n. 946. — 2I De Rossi, Inscr. christ, urb. Romse, t. i,
prxf., p. cxv, et Roma sotterranea, t. m, p. 45- 18, 556.
1.
25
771
AFRIQUE (LANGUES PARLEES EN
772
vers métriques mélangés aux vers rythmiques1, il ne
faut pas se hâter d'en faire honneur aux versificateurs
populaires, car les carmina de ce temps offrent presque
tous le témoignage de réminiscences introduites presque
sans modification dans le poème. Commodien a particu-
lièrement fait usage de cet artifice littéraire. En ce qui
concerne l'Écriture sainte il parait s'être contenté de la
citer d'après les Teslimonia de saint Cyprien 2 ; il a uti-
lisé également les autres écrits de saint Cyprien3, ceux
de Tertullien et de Minucius '*, d'Hermas 5 et de
Théophile6; mais c'est surtout aux poètes, à Horace, à
Lucrèce, à Virgile et parfois il a très probablement uti-
lisé Cicéron, Ovide et Tibulle 7,.
« Le défaut essentiel des vers de Commodien c'est
S'être l'imitation de l'inimitable. C'est le moule classique
rempli d'éléments populaires, qui n'arrivent plus à s'y
bien conformer ; c'est le mètre des Grecs, calqué dans
une prosodie désormais impuissante à la reproduire. On
aligne des suites de syllabes qui ne sont pas des rythmes,
qui souvent ont cessé d'être des vers. On garde pourtant
quelque chose des classiques; on reproduit la disposi-
tion des syllabes, et surtout on imite toujours ce qu'il
y a de plus latin dans les vers latins, ceux dont le sen-
timent persiste encore malgré les changements de la
langue, la distribution des accents s. »
X. Dracontius. — Mais l'Afrique n'a pas produit en
fait de poésie que le quasi versus. Elle eut un véritable
poète dans les dernières années du Ve siècle, ce fut Dra-
contius qui après des débuts dépourvus de tout mérite
s'éleva soudain, sous le coup d'une disgrâce terrible, à
la véritable poésie. Jeté en prison pour quelques petits
vers trouvés séditieux, battu, ruiné, abandonné, il écri-
vit une Salisfactio ad regeni qui ne lui obtint pas son
pardon; ce fut alors qu'il entreprit le Carmen de Deo,
consacré à louer la miséricorde du Seigneur. Ces deux
œuvres ont un réel mérite. On ne saurait en choisir de
preuve meilleure que le passage détaché de son poème
par un lettré délicat :
205 Agmina te astiorum, te signa et sidéra laudant,
200 Auctorcm confessa suum; te fulmen adorât,
207 Te tonitruus hicmesque tremunt; te stagna, pa]udc>.
213 Voce sua laudant, te nubila crassa coruscant.
217 Ter te fetat humus, per te, Deus, herba virescit,
21N Ki ondescunt silvae, spirat flos, germinat arbor.
222 Te fera, te pisces, pecudes, armenta, volucres,
223 Turba cerastarum laudant, genus omne veneni
22ï Sibilat ore fero Imgua vibrante tnsulca :
226 Aucttu cm \ ita: gaudet stridore ruiuaci
227 Materies laudarc necis 9.
« 11 n'y a pas à en douter, écrit G. Roissier, celui qui
était capable de porter sans faiblir une période si large,
si ample, d'un si grand souille; celui qui a su retrouver
par intervalles la vigueur ou la grâce du vieil hexamètri
latin, était vraiment un poète10. » Dracontius n'est pas
seulement l'auteur du Carmen et de la Satisfaclio, mais
ses épopées traitent (les sujets empruntés à la mythologie
et VOrestis Tragœdia a été écrite probablement par
quelque familier du poète.
XI. ÉPIGRAPHIE MÉTRIQUE. — L'expansion rapide de la
* Voyez la distinction dans Si/lloge Circumpadanse et Subal-
pin:r, De Roasi, Inscr. christ., t. tl, p. 169-170, et proœm.,
p. xxmv. — -h. Dorobart, dans Zcitschrift fur wiasensch. Théo-
logie, I. xxn, p. 374 sq. — 'Voyez la chronologie des écrite de
saint Cyprien, 1). Cabrai et D. Leclercq, Monvm. Ecoles, liturg.,
in-<ip, Parisiis, 1908, t. i, p. c.xciv sq. Cf. P. Monceaux, Chro-
nologie des œuvres de saint Cyprien et des conciles n/ricains
du temps, dans la Revue de philologie, 1900, t. XXIV, p. 333-350.
— *B. Dombart, Commodiani opéra, dans Cor/K script, eccl.
Vindob., in-S*, Vindobomr, 1&N7, t. XV, praef.. p. m, note 5. —
'A. Harnaok, dans Theologisclie Literaturzeitmuj. 1N76, p. 51 sq.
— "Th./.ahn, Porschungen zur Geschichte des neutestament-
lichen Kanons. in-8*, Erlangen, 1881-1884, t. n, p. 301 sq. :
t. ni, p. 259. — 1B. Dombart, loc. cit.. prœf., p. m-vii : De
fonlil/us Commodiani. — "Vcrnier, loc. cit., p. 83. — 9 Carmen
poésie populaire fut amenée par diverses causes dont
plusieurs nous sont connues, celle-ci entre autres, dont
saint Augustin nous rend compte lorsque, écrivant con-
tre les donatistes, il crut devoir se servir des rythmes-
populaires afin d'éviter l'emploi des mots peu usités et
de rebuter ses lecteurs 11.'L'épigraphie africaine nous
offre de nombreux exemples de la versification populaire,
et cette circonstance ajoute encore à la difficulté de
déterminer la série de ces pièces, car « quand les au-
teurs d'inscriptions les ont rédigées en hexamètres dac-
tyliques ou en distiques élégiaques, il est toujours facile
de s'apercevoir que l'on a affaire à des vers, et à quelle
sorte de vers, si grossiers qu'ils soient. Il en va autre-
ment quand il s'agit des autres mètres, et notamment
des vers iambiques; Cicéron nous dit que souvent ils
naissaient d'eux-mêmes dans la conversation12; aussi
peut-on se demander, en présence de certaines inscrip-
tions, où sont alignés des iambes, si l'on doit y recon-
naître des vers ; l'embarras augmente quand on a à
classer des textes d'origine populaire, provenant d'une
basse époque où la métrique a été défigurée par des
licences extrêmes, souvent attribuables à la prédomi-
nance de l'accent tonique sur la quantité » 13.
Contrairement à ce qui se passe pour les inscriptions
païennes, celles des chrétiens d'Atrique n'ont donné
jusqu'à ce jour qu'un nombre relativement minime de
pièces métriques, il sera donc nécessaire de laire usage
des indications que nous fournissent les marbres païens.
Ici comme dans l'œuvre de Commodien c'est le quasi
versus qui domine, c'est-à-dire le langage populaire.
D'une manière générale les accents ont conservé leur
place et on continue d'observer la distinction des temps
forts et des temps faibles, c'est tout ce qui subsiste de
la versification classique14. Le souvenir ou la lecture
des anciens suffisaient d'ailleurs à maintenir quelque
chose du passé, on s'y conforma dans la distribution des
syllabes dans les pieds et les accents mais en s'abstenant
de mettre une longue tonique là où les anciens mettaient
une brève; cela ne donnait qu'une illusion de l'ancienne
rythmique, mais on s'en contentait. Ce qui donne son
principal intérêt à l'étude prosodique des inscriptions,
c'est que les tapicides avaient devant les yeux, nous le
savons, des modèles métriques, ainsi « les fautes qu'ils
commettent contre la prosodie classique montrent leur
degré d'instruction, et mesurent pour ainsi dire la part
de la prosodie populaire, autrement dit du laiiL
usuel. Ces diverses phases de l'imitation en font très
lii n ressortir le caractère général; elles permettent de
saisir sur le fait l'origine et le développement a ses di-
vers degrés de la versification populaire qui se greffe
peu a peu sur le vieil arbre Classique
Un premier sujet de perturbation vient de la substitu-
tion inintelligente d'un nom propre à un autre, ou bien
du nombre d'années10, toutefois il n'est pas impossible
que dans quelques cas on eût fait usage d'expressions
qui rachetaient l'erreur commise; c'est ainsi «lue pour
XL on prononçait peut-être quadranta au lieu de qua-
draginta. Ouelquelbis un lapicide aux abois substi-
tuait à un pentamètre un hexamètre '■ malgré la métri-
», L II. VS. 205-227, /'. /... t. i X. col. 7S7 sq. — <«G. Boissier,
L'Afrique romaine, p. 312. Cf. C. Kossberg, In Dracoutii car-
mina minora et lh-estis qux vocatur tragœdiam observatioties
calice. m-12*, Stadae, 1878; Id.. Mnterialcn zu einetn Com-
mentar Ùber die Orestis tragœdia des Dracontius, in-8*. Hil-
desheim. 1888. — "S. Augustin, Betract., 1. I. c. *.x. P. L.,
i \xxii, cul. 617. — '• Cicéron, De orat., c. lv : SenarU propter
similitudini fectisunt, ut noununquam
ri.r m lus numéros et versus intelligi possit. — "'G. Lafaye,
dans la Rente de pluld.. ls'.H.. I. xx. p. 202. — '• L. Vcrnier. / M
inscript, métriques de V Afrique roin.. dans la Bev. archéol.,
1891, t, xviu. |i. 371 8<J. — |*/Wd., p. 373. — "Corp. inscr. lat.,
t. vin, n. 412, 1523. Voir AJBERCIUS, col. 70. — '" Corp. inscr.
Int.. i. vin, n. 1523, vs. 12, et n. 7228, vs. i. On trouve un penta-
mètre inséré dans une série d'hexamèUes, ioiJ., n. 2756.
773
AFRIQUE (LANGUES PARLÉES EN)
774
que de toute la pièce, ou bien il estropiait le vers par
l'omission d'un mot, d'ailleurs nécessaire au sens1.
L'épitaphe de L. Praecilius Fortunatus de Cirta pré-
sente un sujet intéressant :
Hic ego, qui toceo, versibus mea vita demonstro,
Lùccm clâram frûitits et tempora summa.
Praecilius, Cirténsi laré, argentàriam exibui ârtem.
Fycles in me mira fuit et Veritas ômnis.
5 Omni(s)bus cômmunis ego ; cui non ubique misertus.
Risus liixurià[m] sempér fruitus cum câris amicis.
Tàlem pôst obitûm Valeriâe non invèni pudicse
Vitam cum potui gratam habui cum conjuge sancta.
Natales honéste meôs centûm celebravi felices.
10 At venit suprema diés, ut spiritus inania membrareliquit.
Titttlos quôs legis vivus mese morti paravi.
Ut voluit fortûna, nunquâm me deséruit ipsa.
Séquimini taies ; hic vos exspecto : venitx *.
Les vers 3, 6, 8, 9, 10 ont un pied de trop. La scan-
sion du premier vers est impossible si on ne le trans-
forme ainsi :
Hic ego, qui taceo, meam versibus vitam demonstro
Le vers 2 est mal coupé. Au vers 3 argentàriam, au
vers 7 Valeriœ forment quatre et trois syllabes par suite
de l'iotacisme africain. Au vers 10, il fallait prononcer
spirtus; au vers 12 nunquam n'est pas accent ié. Les
vers 2-13 donnent l'acrostiche : L. P. Fortunalus.
Parfois, quand l'insertion d'un nom propre embarrasse,
on l'intercale entre les vers sans qu'il en fasse partie au
point de vue de la mesure; voici l'artifice :
• QVOT DEDIT IT REPETIT NATVRANON
IA PECCAT ■ DICERE NE PIGEAT
PSITT! -OPTAT!-
MOLLITER
OSSA
C V B E N T s.
ce qu'il faut lire ainsi :
Quoi dédit, il repetit natura non quia peccat
P-SITTI-OPTATI
Dicere ne pigcat : molliter ossa cubent.
On trouve rarement les vers mêlés de prose, mais le
fait n'est pas sans exemple. On rencontre aussi des
inscriptions rédigées dans un mètre différent de l'hexa-
mètre. Ce sont des vers rythmiques, le phérécratéen dont
le spondée initial peut être remplacé par l'anapeste4.
Alfenô Fortunâto
Visas dicere somno
Liber Pâter bimatus,
Jovis e fulmine natus,
Basis hanc novationem
Génio dômus sàcrandam.
Vôtum déo dicàvi
Prâef(ectûs) ipse câstris
Ades ergô cum Panisco
Memor hoc munere nostro
Natis sospite maire;
Fâcias videre Romam
Dominis munere, honore,
Màctum côronatûmque.
Les numéros 647 et 682 du Corpus nous montrent un
lapicide reproduisant quelques vers de son voisin mais
en changeant les noms propres et les noms de nombre,
ainsi XXX devient XIV, simul est ajouté à une phrase.
Le numéro 647 qui parait être le plus correct des deux
exemples contient plusieurs fautes notables, des irrégu-
larités, à tout le moins des bizarreries dues à l'inadver-
tance et plus encore à l'ignorance. Ces quelques exem-
1 Corpus inscr. lat., t. vin, n. 7228. Pour tout ce qui a trait à
l'altération des modèles dont les lapicides faisaient usage, cf. E.
Le Blant, Sur les graveurs des inscriptions antiques, in-8°, Pa-
ris, 1859, et R. Cagnat, Sur les manuels professionnels des
graveurs d'inscriptions romaines, dans la Rev. de philologie,
1889, p. 51-65. — s Corp. inscr. lat., t. vin, n. 7156. W. S. Teuf-
fel, Histoire de la littérature romaine, in-8% Paris, 1883, t. m,
pies tendent à confirmer ce fait que le quasi-versus
populaire conserva du vers élégiaque le rapport des
accents et du temps fort ; le reste est négligeable.
Nous avons eu occasion de faire remarquer les
emprunts de Commodien au répertoire classique.
Les textes épigraphiques appartenant à la métrique
ne sont pas restés indemnes de ces emprunts.
Le Corpus inscriptionum lalinarum en contient plu-
sieurs exemples. A Aïn-Ghorab, en Numidie, on s'inspi-
rait principalement d'inscriptions romaines5, lesquelles
n'étaient d'ailleurs pas beaucoup plus correctes. Outre
les vers rythmiques les inscriptions nous ont conservé
un exemple unique de vers sénaires ou iambiques à
Césarée de Maurétanie dus à un poète d'ailleurs inconnu
qui a pris soin de signer son ouvrage : ex ingenio
Asterii.
Aream at sepulchra cultor Verbi contulit
Et cellarn struxit suis cunctis sumptibus :
Eclesise sanctx hanc reliquit memoriam.
Salvete, fratres puro corde et simplici,
Evelpius vos sa[lu]to sancto spiritu.
Eclesia fratrum liunc restituit titulum*.
XII. Bibliographie. — Nous ne donnerons ici que les
titres de quelques travaux pouvant aider à des recher-
ches plus étendues : H. Kretschmann, De latinitate
L. Apulaei Madaurensis, in-8°, Kônigsberg, 1865; —
M. Zink, Der Mytholog Fulgentius. Ein Beitrag zur
rôrnischen Litleraturgeschichte und zur Grammatik
des afrikanischen Lateins, in-4", Wûrzburg, 1867 ; —
P. Langen, De usu prsepositionum Tertullianeo, in-8°,
Monasterii, 1869; — F. J. Schmidt, De latinitate Tertul-
UanC, in-8°, Erlangen, 1870 ; — H. Koziol, Der Stil des
Apuleus; ein Beitrag zur Kenntniss der sogen. afri-
kanisch. Latinilâl, in-8°, Wien, 1872 ; — C. G. Mœller,
Titulorum africanorum orthographiant conrposuit
C. G. M., in-8°, Gryphiswaldise, 1875; — H. Rônsch, Itala
und Vulgata, in-8°, Marburg, 1875; — G. R. Hauschild,
Die Grundsâtze und Mittel der Wortbildung bei Ter-
lullien, in-4°, t. i, Leipzig, 1876; t. n, Frankfurt, 1881;
— Kellner, Die spracldichen Eigenthumlichketten Ter-
lulliens, dans Tùbing. Theol. Quartalschr. ,1876, t. lviii,
p. 229-251; — J.-P. Condamin, De Q. S. F. Tertidliaho
vexatse religionis patrono et prsecipuo apud latinos
christianse linguse artifice, in-8°, Barri Ducis, 1877 ; —
F. J. Schmidt, Commentatio de nominum verbalium in
tor et trix desinenlium apud Tertullianum copia ac vi,
in-8°, Erlangen, 1878 ; — M. Hoffmann, Index grammait-
iiini ad Africse provinciarum Tripolitanse, Byzacense,
Proconsularis, titulos latinos, in-8°, Argentorati, 1878; —
Studemund, dans Zeitschrift fur ôstr. Gyninas., 1878;
— G. Wilmanns et Mommsen, dans Corp. inscr. lat.,
t. vin, p. 1108 sq. ; — G. Koffmane, Geschichte der Kir-
chenlateins, in -8°, Breslau, 1879; — J. Aymeric, Notes
sur le vocabulaire de Tertullien, dans Les Lettres chré-
tiennes, t. H, p. 446-448; — Noël Valois, La latinité de
saint Cyprien, cf. Les Lettres chrétiennes, t. v, p. 476 ;
— E. Wollilin, Ueber die allitterietenden Verbindungen
der latein. Sprache, dans Sitzungsb. der philos. -philol.
und histor. Klasse des Akad. zu Munchen, 1881, t. H,
p. 1 sq. ; — F. Haussen, De arte metrica Commodiani,
in-4°, Argentorati, 1881 ; — E. Wôllflin, Der Reint im La-
teinischen, dans Archiv fur latein. Lexikogr., 1884, t. i,
p. 361 sq. ; — A. Régnier, De la latinité des sermons de
saint Augustin, in-8°, Paris, 1886; — Le Provost, Étude
philologique et littéraire sur saint Cyprien, in-8°, Paris,
1889; — VanderVliet, Studia ecclesiaslica ; Tcrtullianus,
p. 88, § 5, en a fait la remarque : « On [y] retrouve, dit-il, ce même
mélange de vers acrostiches, de prosodie et de métrique barbare. »
— *Ibid., n. 7759, cf. n. 683. — * Ibid., n. 2632, cf. n. 241. —
5 Ibid., t. vm, n. 10707, 10708. — 6 Ibid., n. 9585. Cf. P. Monceaux,
dans le Bull, de la Soc. des antiq. de France, 1901, p. 250-253;
Id., Hist. de la littér. chrét. d'Afrique, t. il, p. 125-129; S. GseU,
dans les Mélang. d'arch. et d'hist., 1902, t. xxu, p. 342, note 5.
775
AFRIQUE (LANGUES PARLÉES EN) — AGAPE
776
in-8°. Lugduni Batavorum, 1891; — L. Vernier, Les in-
scriptions mélriquesdel' Afrique romaine, dans la Revue
archéol., 1891, t. xvm, p. 371 sq. ; La versification popu-
laire en Afrique : Commodien et Verecundus, dans la Re-
vue de philologie, 1891, t. xv, p. 14, 117; — Bernh.Kûbler,
Die lateinische Sprache auf afrikanischen Inschriften,
dans Archiv fur lateinische Lexikographie und Gram-
malik, 1892, t. vm, p. 161-202; — Watson, The style and
language of St. Cyprian, in-8°, Oxford, 1896; — H. Holl,
Terlullian als Schrtfsteller, dans Preuss. Jahrbuch, 1896,
p. 262; — Happe, De sermone Terlullianeo qusest. seleclse,
in-8", Marburgi, 1897; — A. Audollent, L'orthographe des
lapicides carthaginois, in-8°, Paris, 1898; — Olcott, Stu-
dies in the word formation of the latin inscriptions,
in-8°, Rome, 1898; — Goetz, Der dite Anfang und die
Ursprungform von Cyprian' s Schrift ad Donatum,
in-8°, Leipzig, 1899; — Mercati, D'alcuni nuovi sussidi
per la crilica del teslo di S. Cipriano, in-8°, Roma,
1899 : — F. Ferrère, La langue et le style de Victor de
Vite, dans la Rev. de philol., 1901, p. 121; — L. Bayard,
Le latin de saint Cyprien, in-8°, Paris, 1902.
H. Leclercq.
VI. AFRIQUE (ÉPIGRAPHIE DE L') Voir BVZACÈNE,
Mai'béianie, Nimidie, Trocoksilaibe.
AGAPE. — I. Les repas funèbres. IL Le dernier
repas de Jésus. III. Le repas appelé « agape » à l'époque
apostolique. IV. Ce qu'a pu être l'agape primitive.
V. L'agape au IIe siècle, textes grecs. VI. La fresque de
la Capella greca. VIL L'agape au il* siècle, textes latins.
VIII. L'agape au nc siècle, textesdisciplinaires. IX. Lieux
de réunion pour l'agape. X. Collège d'agape. XL Origines
du culte des martyrs et l'agape. XII. Déchéance défini-
tive de l'agape. XIII. Les tables d'agape. XIV. Les calices
des agapes. XV. Le formulaire de l'agape. XVI. Le rituel
de l'agape, XVII. La représentation du banquet des élus
et de l'agape.
I. Les repas funèbres. — Les anciens célébraient en
l'honneur de leurs défunts des repas funèbres auxquels
ils donnaient les noms de TtipiSeravov, expatrie Seîtivov,
compotatio, silicerniuni, cœna noremdialis '. Dans leur
pensée, ce repas était une offrande. Nous touchons ici à
l'un des rites les plus universels, les plus graves et les
plus obscurs de l'antiquité classique et de l'antiquité
chrétienne; nous entrerons à son sujet dans des détails
circonstanciés afin de mettre en lumière l'enchaînement
des institutions de la Grèce et de Rome avec celles qui
font l'objet direct de notre recherche.
Les premiers vestiges de croyances des populations
primitives nous apprennent que jamais la race indo-
européenne n'a pensé que la vie de l'homme se bornât à
la courte période de temps qu'il passe sur la terre. A
une première vie en succédait une autre que la mort et
une série d'épreuves plus ou moins compliquées sépa-
raient en les reliant. Les premiers qui réfléchirent à ce
sujet présentèrent aux peuples diverses théories, accom-
modées aux superstitions régnantes et aux conditions
locales de l'existence. En un temps difficile à déterminer
avec précision, mais en tous cas postérieur aux hymnes
'Tacite, Annal, 1. VI, c. v; A. Dumont, Mélangea d' archéol.
et d'épigraphie, édit. llomolle, in-8", Paris, 1892, p. 69-101;
i>. Reinach, Manuel île philologie, in-8*, Paris, 1883, t. il. p. 71-
52; Gardner, dans Journal of lielleuic studies, 1884, p. 105 sq. ;
V. Furtweengler, La collection Sabouroff. Monuments de l'art
p-ec, in-fol., Berlin, 1882, introd., p. 25 sq., pi. x\\-x\xiu avec
leurs notices; Pottier-Reinach, Nécropole de Wyrina, in-V,
Paris, 1887, p. 152-153, 437-442; Girard, L'Asclépiéion /l'Athènes,
in-8°, Paris, 1881, p. 103 sq. ; C. Schmidt, De variis cœn.r funebris
appcltativiiibus, in-4% Lipsiœ, 1693. — «Cicéron, Tusculan.,\. I,
xvi : Suli terra censebant reliquat» vitam agi mortuorum. Cf.
fc'ustel de Coulanges, La cité antique, in-12, Paris, 1900, p. 7 sq.
— 'Virgile, Mnexd-, 1. III, vs. 67 : Animamque sepulcro con-
dimus. — * Virgile, toc. cif.;Ovide, Fasti, 1. V.vs. 'i.M : Tumulc
fraterna» condidit umbras, -Pline, Epist.,l VII, xxvn : mânes
des Védas, les Aryas de l'Orient se rangèrent à la
croyance en la métempsycose, tandis que les populations
hellènes et italiotes adoptaient une opinion qui envoyait
les âmes vivre sous la terre 2 ; on pensa même que l'union
de l'âme et du corps se prolongeait, indissoluble, jus-
qu'au tombeau3. Virgile, Ovide, Pline le Jeune, dégagés
pour eux-mêmes de ces croyances, ne laissent pas de faire
usage d'expressions significatives qu'ils empruntaient
au langage dans lequel s'étaient fixées les idées antiques *.
Tous les rites funèbres témoignent de la persistance de
cette croyance plus ou moins vague à mesure que les
mœurs anciennes se font plus rares. L'épigraphie offre
par milliers les formules que les écrivains ont enregis-
trées : René sit. — Heine situs est. — Sit tibi terra
levis, et tant d'autres5. Il ne faut pas chercher d'autre
raison que cette croyance à l'usage d'ensevelir avec le
mort tout ce qui doit servir à sa vie d'outre-tombe: des
armes, des vêtements, des vases; bien plus on lui cons-
tituait une maison, des esclaves, des chevaux, une mai-
tresse", on lui servait des repas, à des époques fixes on ré-
pandait du vin sur la tombe et on y déposait des aliments.
A cette croyance primitive s'adapta tout ce qui eut
trait à la nécessité de la sépulture. La seconde vie était
une sorte d'installation souterraine dont il appartenait
aux vivants de ménager la jouissance aux morts. « Ce
n'était pas pour l'étalage de la douleur qu'on accom-
plissait la cérémonie funèbre, c'était pour le repos et le
bonheur du mort7. » L'accomplissement même de ces
rites funéraires traditionnels importait grandement au
défunt à qui un simple enfouissement dans la terre
n'eût procuré que la vie errante et douloureuse des
ombres en peine 8. Ceci n'est pas un cas isolé, puisque
Plaute rapporte l'histoire d'un revenant dont l'âme errait
misérable parce que son corps n'avait pas été enterré
suivant les rites 9. On voit par là quelle importance y
devaient attacher les anciens, puisque faute de les rem-
plir les âmes ne pouvaient être fixées et enfermées dans
le tombeau.
L'omission des rites équivalait donc à la privation de
sépulture et celle-ci nous représente, par les craintes et
les précautions qu'elle provoquait, la croyance vraiment
primitive de l'humanité; croyance qui parvint à se
maintenir malgré les dénégations des philosophes et
les fictions des poètes. L'être humain poursuivait donc
dans le tombeau une vie mystérieuse el les siens avaient
l'obligation de lui fournir dans sa demeure éternelle ce
qui était nécessaire à son entretien; aussi, à des jours
déterminés, la famille apportait au défunt un repas des-
tiné à lui seul, c'était lis maniant jura*0. Malgré la
transformation profonde des croyances vers les pre-
miers temps de l'empire, l'usage se maintint longtemps.
Ovide et Virgile décrivent le rite de ce repas funéraire :
Hic duo rite mero libans carchesia Tiarcho
Fundit humi, duo lacté novo, duo sanguine sacro
Purpureisque jacit flores ac talta futur :
Salve, sancte parens, animseque umbrxque paWrMjp".
Est honor et tumulte; animas placate patentas.
... Et sparsœ fruges parcaque mica solis
Inque mero mellita ceres vtolxque solutx '.
rite conditi. — » Une recension épigraphique n'apprendrait rien de
plus que la formule presque toujours Pour les autours,
voir Iliade, 1. XXIII, vs. JJ 1 ; Eurii Ï79 : K»ij«
„,zfcj -- , Si irvius, Ad Mneid., II. vs. 040:111. V6
XI, vs 97; Ovide, Fasti, 1. IV, vs. 8Ô2; Metamorph,,\.\, vs. 62;
.Invénal, Satyr., 1. VU, vs. 207;Martial, Epigr., i, vs.79; v. vs.35;
IX, vs. 30. — • Fustel de Coulanges. loc. cit., p. 9. — 7 Ibid.,
p. 10; Iliade, 1. XXII, vs. 358; Odyssée. 1. XI, vs. 73. — «Ce
fut le cas de Caligula enterré hâtivement, sans que les rites eussent
été observés; aussi, observe Suétone : saris constat, priusquam
id fieret, hortorum custodes umbris inquietatos... ttullam
noctem sine aliquo terrore transactam. Caligula, c. lix. —
» Plaute, Mostellaria, III, vs. 2. — ,0Cicéron, De legibus,
II. xxu. — " Virgile, .Eneid., 1. V, vs. 77-81. — •• Ovide, Fasti,
1. II, vs. 535-542.
777
AGAPE
778
Tacite ' et Tertullien parlent de cette coutume encore
pratiquée de leur temps 2. « On se tromperait fort, si l'on
croyait que ce repas funèbre n'était qu'une sorte de
commémoration. La nourriture que la famille apportait
était réellement pour le mort, exclusivement pour lui.
Ce qui le prouve, c'est que le lait et le vin étaient ré-
pandus sur la terre du tombeau; qu'un trou était creusé
pour faire parvenir les aliments solides jusqu'au mort;
que, si l'on immolait une victime, toutes les chairs en
étaient brûlées pour qu'aucun vivant n'en eût sa part;
que l'on prononçait certaines formules consacrées pour
convier le mort à manger et à boire; que, si la famille
entière assistait à ce repas, encore ne touchait-elle pas
aux mets; qu'enfin, en se retirant, on avait grand soin
de laisser un peu de lait et quelques gâteaux dans des
vases, et qu'il y avait une grande impiété à ce qu'un
vivant touchât à cette petite provision destinée aux
besoins du mort3. » Les monuments céramographiques
renferment une classe de vases d'origine athénienne du
plus grand intérêt pour nous. Ce sont des lécythes à
fond blanc et à dessins au trait représentant presque
tous la même scène. Des jeunes filles apportent à un
tombeau les offrandes destinées au mort; elles ornent le
monument de bandelettes, le couvrent de fruits, font des
libations; des jeunes hommes les aident, des vieillards
assistent à la scène*. A ces lécythes athéniens on peut
joindre les stèles funéraires : entre les uns et les autres
la parenté est évidente, nous avons ici une scène inspi-
rée par l'usage des vexûaia ou banquets funèbres. Rien
n'était plus fréquent que l'accomplissement de ce rite
dans l'antiquité: « A chaque jour, à chaque heure, le Grec
voyait autour de lui se célébrer des banquets funèbres.
Aucune cérémonie des cultes modernes n'est plus fré-
quente, plus quotidienne que ne l'était chez les anciens,
et en particulier en Attique, dans les Cyclades, en
Thraceet sur les côtes méridionales de l'Asie Mineure 5,
l'habitude des festins sur les tombeaux6. » « Si étrange
que le banquet puisse paraître, il semblait naturel à la
race grecque, car cette race n'y a jamais renoncé. On
célèbre encore aujourd'hui dans toute la Grèce et tous
les jours le repas en l'honneur des morts, repas sacré
accompagné de formules pieuses, composé de blé
bouilli, de grenades et de raisin, et qui n'a aucun rap-
port avec les banquets qui suivent quelquefois les funé-
railles en Occident. L'Église orthodoxe l'a longtemps com-
battu, puis a fini par l'admettre en le sanctifiant. Les
principes d'une religion nouvelle n'ont pu détruire un
usage qui est la négation des idées chrétiennes1. »
Le banquet funèbre ne s'en tint pas toujours à son
type primitif. Si nous voulons compléter l'histoire de
ses transformations nous avons pour nous instruire les
monuments de l'Étrurie qui sont en rapport évident
avec ceux qui proviennent de la région méridionale de
l'Asie Mineure, et ce n'est pas seulement les bas-reliefs
étrusques, mais les nécropoles de ce même pays qui
nous montrent avec évidence combien les repas funèbres
y étaient d'un fréquent usage et quel luxe on y appor-
tait. Puisqu'il se donnait en l'honneur du mort il avait
lieu dans le caveau même, mais lorsque l'on eut aban-
donné l'usage antique qui faisait du banquet le repas du
'Tacite, Hist., 1. II, c. xcv. — 'Tertullien, De resurrect. car-
nis, I, P. h., t. Il, col. 841 : Defunctis parentant quos escam
desiderare prœsumant ; De testimonio animx, c. IV, P. L., t. I,
col. 687 : Defunctos vocat securos, si quando extra portam cum
obsoniis et matteis parentas ad busta recedis. — 3Fustel de
Coulanges, La cité antique, p. 13 sq. — *A. Dûment, Mélanges
à'archéol. et d'èpigr., in-8% Paris, 1892, p. 84. — s Et aussi en
Étruiio, cf. A. Dumont, loc. cit., p. 85. — » Ibid., p. 85 sq.
— ' Ibid., p. 86. — 8 Bullettino delV Istituto, 1873, p. 98-101.
— 'G. Dennis, The cities and cemeteries of Etruria, 2 vol.
in-8% London, 1878, t. II, p. 317. — "> Monumenli delV IsMuto,
1. 1, pi. xxxii ; t. ix, pi. xm-xv. — <« Martha, Art étrusque, in-8-,
Paris, 1889, p. 412. — "Ibid., p. 384 sq. — <3 Bull. deW Isti-
tuto, 1834, p. 97 sq. — "Canina, Etruria marittima, in-fol.,
défunt à l'exclusion de tousautres, lorsque la compagnie
fut devenue trop nombreuse pour trouver place tout
entière dans l'hypogée on commença adresser des tables
au dehors; beaucoup de fresques nous font voir les con-
vives à l'ombrage des arbres8, sous une tente9, ou bien
sous une tonnelle 10, ou encore devant la façade du tom-
beau enguirlandé pour la circonstance ". Tantôt on ne
voit qu'un seul lit, tantôt deux, tantôt un triclinium li;
dans une peinture de Cervetri,on voit neuf lits et dix-huit
invités 13, et peut-être dans ce dernier cas le banquet se
donnait-il pour plusieurs défunts à la fois, car la scène
se développe le long de la paroi dans laquelle ont été
taillés les loculi1^. Quelquefois les femmes sont séparées
des hommes, le plus souvent elles y sont mêlées.
Tous portent de riches habits, sont couronnés de ileurs,
mangent, boivent, causent, regardent les jeux. AOrvieto,
à Volterraon a trouvé des détritus de tout genre, du bois
carbonisé,desosde chèvre et de volatiles15. Ces banquet»
furent d'abord célébrés le jour des funérailles, dans la
suite on les renouvelait à des dates fixes, neuf jours16,
un an après la mort 17, et afin de procurer au défunt le
secours d'une sorte de banquet perpétuel on en faisait
peindre ou sculpter auprès de lui les scènes principales.
Plusieurs monuments figurés, entre autres un sarco-
phage de Cltiusi, montrent rapprochés l'appareil du sa-
crifice et celui du banquet qui doit le suivre 18, d'où il
semble que la frugalité ait été bannie d'assez bonne
heure; une fresque nous fait voir les apprêts d'un de
ces banquets où l'on mangera volaille, gibier, un lièvre,
des perdrix, un chevreuil, divers quartiers de viande et
un bœuf entier19; un bas-relief de Pérouse montre les
animaux conduits au sacrifice et destinés au repas, c'est
deux béliers et deux bœufs20. L'Egypte a célébré elle
aussi les repas funéraires. Dans une des grandes ins-
criptions de Deni-Hassan, Khnoumhotpou parle ainsi :
« Je fis fleurir le nom de mon père, construisant ses
chapelles de Ka, je transportai ses statues au temple de
la ville, je leur octroyai leurs offrandes de pains, li-
queurs, eau, viande pure, je choisis un prêtre de Ka, et
je le constituai maitre de champs et de serfs, je décré-
tai ses repas funéraires à toutes les fêtes du cimetière,
à la fête du nouvel an, à la fête du commencement de
l'année, à la fête de la grande année, à la fête de la petite
année, à la fête du bout de l'an, à la Grande Fête, à la
fête du grand feu, à la fête du petit feu, à la fête des cinq
jours épagomènes, à la fête de la rentrée des grains (?),
aux douze fêtes du mois, aux douze fêtes du demi-mois,
à toutes les fêtes des vivants et des morts. Que si le prêtre
de Ka ou quelque autre individu y trouble rien, qu'il
cesse d'être, que son fils ne soit pas en sa place al. »
Il n'existe presque pas de peuple ancien qui n'ait
adopté le banquet funèbre et chez qui on ne retrouve
la signification primitive plus ou moins altérée; c'est ainsi
que les documents ne nous permettent pas toujours de
préciser le moment auquel ce repas funéraire dévie assez
de l'esprit de son institution pour n'être plus considéré
que comme un repas liturgique en l'honneur des dieux.
S'il faut en croire Aristote 2i et Strabon 23, Lacédémone
emprunta à la Crète ses o-ujctTia dont on retrouve
l'équivalent à Athènes où les Seïirva çuXE-rtxà, 8ï|u.oTixà,
Roma, 1846-1851, pi. LXIII, lxiv. — ,5F. Inghirami, Monum.
etrusc, in-4", Fiesole, 1821-1826, t. iv, p. 90; Nulizie degli
scavi, 1887, p. 349 sq. — '"Tacite, Annal., 1. VI, c. v. — 17Ovide,
Fasti, 1. II, vs. 617. — 18Helbig, dans Annali del Istituto, 1864,
p. 28; Daremberg-Saglio, Diclionn. des antiquités, flg. 3355. —
'"Conestabile, Pitture murali, in-4°, Firenze, 1865, pi. v. —
20Conestabile, Monumenti di Perugia etrusca eromana, in-fol.,
Perugia, 1870, pi. xxxix. Même représentation en Egypte : cf.
G. Perrot et Ch. Chipiez, Histoire de l'art dans l'antiquité, in-4",
Paris, 1882, t. I, p. 145, fig. 91; Maspéro, Études sur quelque»
peintures funéraires, dans le Journal asiatique, mai-juin 1880,
p. 387 sq. — S1 Maspéro, dans le Recueil de travaux sur l'ar-
chéul. égyptienne, t. i, p. 164. — "Aristote, Politica, 1. H,
c. ix-x. — "Slrabon, Geogr., 1. X.
779
AGAPE
780
çpatptxà et ôpYEtuvixà étaient très fréquents1. On les
retrouve à Carthage : aveant-a. tùW èTocipiôiv 7uapairAïjffia
toîç çiSt-rtoi;2. L'éloignement que les Juifs témoignaient
pour les usages des Gentils semble faire place ici à une
coutume identique. Après la mort d'Abner et ses funé-
railles, David prononce une sorte d'élégie; une multi-
tude se trouvait rassemblée en ce lieu pour le banquet
funèbre, mais David, en signe de deuil, le fit tarder
jusqu'après le coucher du soleil 3. L'usage est claire-
ment décrit par Jérémie; parmi les marques ordinaires
de respect accordées aux morts il cite la fraction du
pain avec celui qui pleure le défunt4. C'était aux amis
qu'incombait ce soin du repas dans lequel on appor-
tait des mets recherchés et des vins choisis5. C'est,
semble-t-il, le silicernium des Gentils. Peut-être l'adop-
tion de ce rite datait-il de la captivité, car rien n'est plus
favorable à l'introduction des pratiques étrangères dans
une nation qu'une longue dispersion de ses membres
chez les peuples lointains. Nous voyons dans le livre de
Tobie que le vieillard ordonne à son fils de porter du
pain et du vin sur la sépulture du juste 6, ce qui est pré-
cisément la scène que nous font voir les lécythes athé-
niens que nous avons décrits plus haut. La coutume des
banquets funèbres se retrouve doncsur un grand nombre
de points du périple de la Méditerranée où nous verrons
aborder les colonies chrétiennes. L'Italie, la Grèce,
l'Asie Mineure, la Palestine, l'Afrique, l'Egypte s'accor-
dent à reproduire les traits essentiels d'une institution
primitive consistant à célébrer un rite funéraire au
tombeau du défunt; à l'origine ce rite consiste en un
repas servi au défunt, mais par suite de l'évolution des
coutumes cette réunion perd de sa sobriété primitive et
se transforme en un repas copieux auquel prennent
part les invités admis à la commémoraison du mort;
parfois même ce banquet funèbre dégénère de ses ori-
gines au point de se confondre avec les repas célébrés
en l'honneur des dieux '. Vers le Ier siècle de notre ère
cependant, grâce à la persistance des anciennes mœurs,
le banquet funèbre se retrouve encore sur nombre
de points avec sa signification, sinon avec ses rites
primitifs; chez les Juifs en particulier se conservait le
rite du « pain des douleurs », D'iiN DnS. et du « calice de
consolation », n'on;n Dis8. Un témoignage formel de
Flavius Josèphe nous garantit l'existence des banquets
collectifs dans les colonies juives de la Diaspora, elles
tenaient de Jules César l'autorisation expresse de former
des thiases et de se réunir pour des repas fraternels.
Taio; Kat'irap... [xdvovç toutouç ojx Èxa>X'j<T£v O'jte
yvpr,(j.aTa txuvsiscpêpeiv oute <ruv8Et7rva 7totetv 9.
II. Le dernier repas de Jésus. — Il y aura avantage
pour nous à grouper les récits les plus anciens relatant
le repas qui fait l'objet de notre recherche. Le premier
en date est incontestablement la dernière cène, en voici
la relation ordonnée sur le protévangilede saint Marc 10.
Voir col. 781-782.
' Athénée, ûnitvoffoB«rr<<;, 1. V, c. h. — 'Aristote, Polittca.'l, XI.
— MI Reg., m, 32. — * Jerem., xvi, 7; cf. Ezech., xxiv, 17. —
6J. Buxtorf, Synagoga judaica, c. xxxv, in-8% Basileœ, 1682. —
4 Tobie, IV, 18. Cf. E. Cosquin, Le livre de Tobie et l'histoire du
sage Akibar, dans la Bévue biblique, 1899, t. vin, p. ^0-82. —
1 On ne laisse pas cependant d'entrevoir les phases de cette évo-
lution. Le banquet funèbre célébré au début en l'honneur de tel
ou tel défunt a perdu nécessairement son caractère lorsque le
défunt était divinisé après sa mort. — * Nous ne ferons pas usage
dans cet exposé des textes de Philon et de Flavius Josèphe con-
cernant les thérapeutes et les esséniens, puisqu'il ne s'agit dans
ces sectes que de repas faits en commun sans aucune pensée
funéraire, du moins d'après ce que les textes nous apprennent. —
•Josèphe, Ant. jud., 1. XIV, c. x, 8. — <• Allan Menties, The
earliest Gospel. A historical study of the Gospel according to
Marte, in-8-, London, 1901 ; A. Wright, A synopsis of the Gospels
in greek after the Westcott and Hort text, in-V, London, 1896,
p. 84. — " Nous omettons I Cor., XI, 23-25, qui n'ajoute aucun trait
Si nous complétons ces récits les uns par les autres11,
nous pouvons reconnaître à ce repas solennel les carac-
tères suivants : Il s'agit du souper pascal célébré suivant
le rite du temps, lequel comportait quelques modifica-
tions au rituel primitif; il a lieu le soir et les con-
vives sont couchés. Vers la fin de ce repas liturgique le
président introduit un épisode nouveau qu'il adapte au
rite de la quatrième coupe et il prescrit à l'assemblée
de renouveler ce qui vient de se passer lorsqu'il ne sera
plus au milieu d'elle12; on chante ensuite l'hymne or-
dinaire et on quitte la salle. Voilà, réduit à ses éléments
essentiels, le type du repas que les assistants devront
reproduire dans leurs réunions. Mais quel est ce repas,
sera-ce le souper pascal ou bien le rite attaché à la
quatrième coupe et la consécration du pain? Remarquons
qu'en présentant la coupe, Jésus dit : to-jto tcoieïts,
£<jâxi( èàv mvr|TE, eiç tr,v Èp.r,v avâ|i.vï]mv, « Toutes les
fois que vous la boirez, faites ceci en mémoire de moi .»
S'il s'agissait de la coupe pascale il est évident que la
célébration de l'eucharistie serait réduite par les termes
mêmes de son institution à n'être célébrée qu'une fois l'an-
née, or nous voyons par les premiers chapitres du livre
des Actes des apôtres que la fraction du pain se célébrait
très fréquemment, peut-être quotidiennement13, dès les
jours qui suivirent la Pentecôte; et il piraît difficile de
croire que moins de deux mois après l'institution — et
en un temps où les paroles en étaient bien connues
puisque saint Luc et saint Paul les recueilleront— on s'en
fut si ouvertement écarté. Il n'a donc pu s'agir de re-
nouveler l'eucharistie, en tant que repas pascal, avec
une telle fréquence; d'ailleurs, en dehors du jour qui
lui était attribué, le souper pascal perdait toute signifi-
cation et la manducation de l'agneau, du charoseth et
des herbes amères eût été quelque chose d'analogue
tout au plus à une « messe blanche », encore que nul
indice n'autorise à supposer qu'un Juif se fût permis de
reproduire dans le courant de l'année les rites du souper
pascal, à plus forte raison qu'on eût trouvé parmi des
milliers de convertis, dans les maisons desquels se cé-
lébrait l'eucharistie, assez de liberté d'esprit pour con-
sentir à une cérémonie si étrangement contraire aux
idées reçues I*.
Il faut, pensons-nous, écarter l'hypothèse d'un renou-
vellement quotidien, ou peu s'en faut, du rite pascal
servant d'introduction à la consécration de l'eucharistie.
D'autre part le rituel pascal offre une progression eucho-
logique que nous retrouvons exactement dans le type
liturgique clémentin 13. 11 y a dans ce fait une indication
trop grave pourètre négligée; sa démonstration, qui sera
faite ailleurs avec le développement qu'elle comporte
(voir Eucharistie), nous fournit la conclusion suivante:
Le souper pascal a inspiré les formules qui précèdent
et préparent la célébration de l'eucharistie dans le type
le plus antique qui nous soit parvenu de ces formules.
Si haut qu'on fasse remonter le type liturgique clé-
mentin, il est impossible de le relier par une tradition
au récit. — " Luc, xxu, 19; I Cor., XI, 23, 25. — ,s Act., n, 45. —
"»G. H. Box, The jetvish antécédents o/the Eucharist, dans The
journal of theological studies, 1902, t. ui, p. 3."<7 sq. L'auteur
propose U'ès ingénieusement de voir dans le dernier repas de
Jésus le Kiddûsh hebdomadaire du sabbat. Cette explication
avait déjà été présentée par Foxley, dans Contemporary He-
view, févr. 1899; par F. Spitta. ZurGeschichte und l.itteratur
der Urchristvntums in-^\ Oôttiogeo, 1893, p. 247; et par Drews,
dans Hauck-Herzog, Real-Encycloputlir, t. v. p. 5tS, au mot
Eucharistie. Voir une solide discussion par J. C Lambert, The
passover and the Lords supper, dans The journal of theologi-
cal studies, t. IV, p. 184-193, et la suggestive théorie de M. Power,
S. J., The ang laj ewish calendar far every day in the G< «
in-12, London, 1902. — "Monum. Eccl. titiinj.. in-V, Parisiis,
1902. t. I, pr.i I . p. xix-xxm. Nous serions di.nc actuellement
disposée à admettre que la partie rituelle proprement dite du
souper avait été délaissée, mais que les formules avaient été ac-
cueillies et ont formé la trame primitive du sacrifice eucharistique.
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textuelle au formulaire indiqué par les paroles du livre
des Actes: xax'r|u.spav te 7ipo(ncapT£pojvT£; 6p.o8up.a8bv
ev tu îepài, xX&vtsç ts xax' ocxov apTOv, p.ETEXàp.ëavov
Tpoçr)ç Èv ayaXXioc<TEi xat à?îXÔT/)Ti xapSi'aç, aivoûvTEç tôv
6eôv ', « ils continuaient d'aller tous les jours avec
union d'esprit dans le temple, et rompant le pain tantôt
dans une maison, tantôt dans l'autre, ils prenaient leur
nourriture avec joie et simplicité de cœur, louant Dieu. »
Il paraîtrait donc qu'un formulaire a enisté transmettant
et conservant une adaptation au christianisme des for-
mules du souper pascal. Dans l'intervalle, ce rituel juif
se sera chargé d'additions, telles que l'avant-messe, dont
nous n'avons pas à rechercher ici l'origine - ; mais en-
tre le formulaire juif et le type liturgique clémentin, si
large que soit l'hiatus, nous ne sommes pas entièrement
dépourvus de documents qui nous permettent d'entre-
voir quelque chose de l'évolution parcourue par le sou-
per pascal célébré par le Christ jusqu'à son aboutisse-
ment au canon de la messe.
Afin de préciser autant que possible notre pensée,
nous dirons donc que, en introduisant le rite eucharis-
tique dans le souper pascal, Jésus abolissait celui-ci et
lui substituait une institution absolument nouvelle dont
les conditions d'existence étaient incompatibles avec
celles du rite pascal juif. Néanmoins celui-ci faisait par-
tie d'un ensemble euchologique qui se trouvait avoir
servi de cadre au premier repas eucharistique; dès lors
on pressent l'inclination que devaient avoir les convives
à retenir toute cette partie euchologique qui les aidait en
quelque sorte à reconstituer les alentours du moment
solennel de l'institution de l'eucharistie. L'incomparable
supériorité du sacrifice eucharistique d'une part et l'im-
possibilité de réitérer chaque fois le rite pascal juif
d'autre part, concouraient à conserver le développement
euchologique et à faire délaisser les rites.
III. LE RKPAS APPELÉ « AGAPE » A L'ÉPOQUE APOSTO-
LIQUE. — Le premier document est le texte qui vient
■l'être cité et dans lequel nous apprenons que la fraction
du pain était accompagnée d'un repas et de louanges
adressées à Dieu. L'imprécision de ces détails ne laisse
pas de montrer une réunion reproduisant tous les ca-
ractères essentiels du souper pascal. Repas, communion
(eucharistique), louanges divines. Quelques lignes plus
haut nous avions une allusion, moins claire, il est vrai,
aux mêmes circonstances : ^jo-av 8é 7rpc<<7xapT£po0vTE;;
Tr, ÔlSïJT/j TCÔV aTTOCTÔXlOV Xai TT| xotvcovca xai Tr, xXâo'Ei
toû à'prcij xai xacç TzpooE\iy_<xïç •', « ils persévéraient dans
la doctrine des apôtres, dans les réunions, la fraction du
pain et la prière. » Le terme xoivtovc'a est trop vague
pour désigner un acte déterminé, son sens littéral est :
communication, et on ne peut de ce terme tirer ou
exclure l'idée d'un repas pris en commun4, mais seu-
lement d'un acte ou d'un état distinct de la fraction du
Dain. Cela ne suffit pas, selon nous, pjur étayer ou
' Act., Il, 46 — *D.CabroletD. Leclcrcq, loc. cit., p. Lxxxmsq. ;
L. Duchesne. Origines du culte chrétien, in-8', Paris, 1898, p. 45
6(|.; J. Ilermann et Em. Renan, Essai sur l'origine du culte
chrétien dans ses rapports avec le judàisme, in-8', Paris, 1886.
— 8 Act., Il, 42. — * A. Robinson, dans Hastings, Dictionary uf
the Hihle, au mot Communion, s'exprime ainsi sur wamt: « it
is usod in relation to the Christian society to express the idea of the
fellowship in which it is united and the acts of fellowship in which
the idea is realised. i>Th. Harnack, Der christliclw Gemeindgot-
tesdienst im apostolischen und altkatholischen Zeitalter, in-8',
Erlangen, 1854, p. 78 sq., se refuse à voir dans Act., Il, 42, une des-
cription liturgique; il interprète mvuvfa ausens de <ru|iSiWts, coha-
bitation mariage. F. Probst, Liturgie der drei ersten Jahrhun-
ilerte, in-8", Tùbingen, 1870, p. 23, entend nnmia du repas en
commun qui accompagnait la SiSagr, et la prière. — "Luc, 1,3. —
'Act.. xx. 7, 11. — 7 ICor., xi, 18. a L'apôtre distingue tout d'abord
deux genres de réunion, écrit M. Jean Réville : 1' vuvipx°p><"» ftpâv
iv t<j îxxXr,»;» (y. 18) ; 2* uuviç/onivuï Ici t6 aùifc (y. 20) ; la première a
pour objet l'instruction et l'édification mutuelles, les délibérations
sur les affaires communes ; il s'y produit des dissensions, des con-
ébranler un fait historique. Ncus écarterons donc Act., n,
42, de la série des témoignages historiques. Resterait à
savoir la nature du repas désigné par les mots : p.sTaXàjA-
êavov Tpoçïiç, du verset 46e. Nous l'ignorons et il est
superflu de conjecturer. Nous avons placé ce texte en
premier lieu, bien que nous n'ayons à son sujet aucune
note chronologique, parce que sa place dans le récit des
Actes semble le faire rapporter aux années de début ;
connaissant par ailleurs le goût de l'auteur des Actes
pour les chronologies exactes 5,on est fondé à croire qu'il
a enregistré ici soit ce que ses souvenirs personnels,
soit ce que de bons mémoires lui avaient appris. Le
deuxième récit que nous rencontrons dans l'ordre de
nos recherches concerne le séjour de saint Paul à Troas,
probablement en l'année 58; c'est la même année que
se place la Irc épitre aux Corinthiens qui contient d'im-
portants détails pour notre sujet. Voici ce qui se passa à
Troas : 'Ev SI Tr) [uà tcôv actêoâ-tiri o"-Jvr|yp.Év(ov f,u,b>v
xXia-at ap~ov ô IlajXoç SteXlyeTO aùtoï;, uiXXiov gÇiévai T*)
ÈTia-jpiov, TtapÉTeivév te tov Xôyov pi/pc u.so~ovuxtîou...
xat xXâ(ja;-rbv aptovxai vE'j(râ|XEvoç, è? "txavâv te optX^aai
av_pi otùyïjç, oÛtw; JÇîjXôev 6. « Le premier jour de la se-
maine nous nous assemblâmes pour rompre le pain, et
Paul, qui le lendemain s'en devait aller, entretint les
disciples et son discours dura jusqu'à minuit,... il rom-
pit le pain, en goûta, et ayant parlé encore aux disciples
jusqu'au point du jour, il partit. » Ce texte ne parle
que de la fraction du pain sans faire aucune allusion au
souper: avait-il lieu néanmoins9 Nul n'est en mesure de
le dire; il laut remarquer que la réunion a lieu le soir,
ce qui la rattache au souper eucharistique de la der-
nière cène; en outre, dès cette époque on a rompu avec
la coutume judaïque de réserver les assemblées au jour
du sabbat; en admettant que ce jour fût encore dans
les principaux groupes chrétiens jour de synaxe eucha-
ristie, nous voyons qu'il n'était plus le seul. La lettre
adressée par saint Paul aux fidèles de Corinthe ne laisse
guère de place à l'interprétation, le texte suffit à tout :
IIptôTov piv yàp o-uvEp-/op.Év(i>v ûuuôv Èv ÈxxXir)o-t'i " ; la réu-
nion des chrétiens a donc lieu dans un local affecté spé-
cialement à cet usage: est-ce un lieu unique ou bien
y a-t-il plusieurs de ces « églises », le fait importe peu ;
<ruvEpxop.Évd)v ouv -Jp.div àiri tô aJTÔ o-jx ecttiv xuptaxbv
ÔEÎitvov çayEïv É'xaaTo; yàpTÔ iGiovôe?ir/ov irpoXauaivïi £•/
T(ô çayeïv, xai 8; p.kv tteivî, o; 6è |xe8jsi. Mtj yàp o!x:a;
oGx e-/ets Et? t'o ècrfjtEtv xa\ itivEivJ t\ rîje. èxxXri<j:a; toj
ÛeoO xaTaçpovEÎTE, xai xaTaio-y.ûvsTE tov; (jlt) E/ovta;...
iÔitte, àÔEXçoi U.OU, o-WEpyo'u.Evot e!( xô çayEÏv aXXr/oj;
èxSÉxEaOE" eï tiç ueivï, év oi'xio ècôiétio, îva ur) e!; xptaa
o-wépxv^fjs8. « De vous assembler comme vous faites, ce
n'est plus la cène du Seigneur, car chacun emporte son
souper; de sorte que quelques-uns n'ont rien à manger
pendant que les autres font grande chère. Ne pouvez-
vous pas boire et manger dans vos maisons? ou mépri-
flits entre les doctrines, les tendances diverses qui régnent dans
l'Église (y. 18, 19). La seconde est une réuni, n plus intime, où les
frères et les sœurs prennent leurs repas en commun. Il est possible
que ce soit dans un local différent, de même que beaucoup d'asso-
ciations religieuses grecques avaient des salles spéciales attenant à
leur sanctuaire, appelées Siav5vi< ou çu*.t;tt,çi* ; mais rien n'oblige à
admettre cette distinction de local. Dans I Cor., xrv, 'J3. la morne
expression iuv<j(wtat f-i ri «J-o désigne le local ou se pn duisent les
phi in. mènes de glossolalie, c'est-à-dire le local des réunions reli-
gieuses. » Les origines de Vépiscopat, in-8*, Paris. 1894, p. 117.
— ■ICor., xi, 18,20-22, 33, 34. La traduction française du P.
Amelotte, adoptée par l'Assemblée du clergé de France, traduit
npo'/.BiiSàvii x.t.v.. par ces mots I hacun apporte son souper et le
prend sans attendre personne. Cette traduction est acceptée par
un grand nombre de commentateurs. Nous ne nous arrêterons pas
à l'opinion du D' Gardner sur l'influence fascinatrice exercée par
les mystères d'Eleusis sur saint Paul pendant son I nlhe.
P, Gardner, The origin of the Lords supper, in-8', London,
1893 ; il a été réfuté suffisamment par Cheetham : The tnysterics,
pagan und Christian, in-8', London, 1897.
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sez-vous l'Église de Dieu? ou voulez-vous faire rougir
ceux qui n'ont rien?... » L'npôlre décrit alors l'institu-
tion de l'eucharistie par la consécration du pain et du
calice dont la réception indigne eo traîne condamnation,
il continue « C'est pourquoi, mes frères, lorsque vous
vous assemble, 'ins l'église pour manger, attendez-vous
les uns les autres; et si quelqu'un est pressé par la faim
qu'il mange au logis. »
Nous devons tirer de ce texte les conclusions disci-
plinaires qui suivent: Il y a : 1" faculté pour tous de
manger avant de se rendre à l'assemblée ; 2° obligation
pour tous lorsqu'ils s'assemblent de se trouver dans la
condition requise à la célébration de la coma du Sei-
gneur; 3° condition qui consiste à attendre pour manger
son souper l'arrivée du reste des membres de la commu-
nauté; 4° d'où l'impossibilité pour ceux-ci, si la condition
n'est pas observée, de prendre part à la cœna puisqu'ils
n'ont rien à manger ; 5° concession faite aux allâmes de
prendre un acompte avant de quitter leur maison. En
conséquence l'assemblée chrétienne redeviendra la cène
du Seigneur lorsque chacun apportant son souper, le
prendra après que tous étant réunis on sera assuré qu'il
ne se trouve pas quelques frères n'ayant rien à manger
Il ne semble pas que le texte que nous éludions ne
s'applique qu'à l'eucharistie exclusivement, puisque saint
Paul écrit: « De vous assembler comme vous faites ce
n'est plus la cène du Seigneur, car chacun apporte son
souper et le prend sans attendre personne ' ; » or on ne
saurait dire que la cène consiste à manger les mets ap-
portés après que tous sont arrivés, en ce cas chacun
apporterait donc l'eucharistie. Mais si chacun apporte
l'eucharistie, c'est-à-dire le pain et le vin de l'oblation.
qu'il consomme sans plus attendre, alors, ou bien il anti-
cipe sur la consécration et il n'y a pas eucharistie, ou
bien il attend qu'elle soit prononcée, et en ce cas ceux
qui la consomment à ce moment font la communion et
on ne saurait leur demander d'attendre plus longtemps.
Il s'agit donc ici, selon nous, d'un souper où chacun,
sauf les frères trop pauvres, apportait sa quote-part; ce
souper comportait le boire en le manger en telle quantité
qu'on pût s'y enivrer — y.où oç jxèv icecvS, o; cï [ie6-jet —
et il se faisait dans l'église; on ne devait le commencer
qu'après que tous les fidèles étaient réunis et pourvus
de vivres. Aller au delà n'est pas pure conjecture; les
textes que nous citerons plus loin, quoique appartenant
à une époque moins reculée, nous montrent dans
l'Église la pratique très répandue d'un souper semi-
liturgique pris en commun et dont la loi fondamentale
est l'égalité de traitement entre les convives et la fruga-
lité des mets qu'on y prend; il est permis de croire que
cette interprétation d'une coutume plus ancienne gar-
dait encore quelques traits primitifs.
A Corinthe comme à Jérusalem nous voyons fonction-
ner une institution comportant deux actes distincts, un
repas en commun et une communion eucharistique. Une
autre phrase de la même lettre aux Corinthiens va peut-
être nous fournir une preuve nouvelle de ce souper
en nous révélantlecaractèredesréunionseucharistiques.
Observons d'abord que le texte Act., Il, 42, tendrait plutôt
à insinuer un banquet xoivuvt'a et que le texte Act., xx, 7,
11, ne le mentionne pas et ne le nie pas: il n'en dit rien ;
des lors il nous reste Act., n, 4G, qui ne nous apprend
rien sur le caractère ou la tendance des réunions litur-
giques à Jérusalem et I Cor., xi, 18 sq., qui nous parle
avec détail de ces réunions à Corinthe, mais qui, isolé
de tout autre récit anecdotique, se trouve être unique et
ne peut, par conséquent, être utilisé qu'avec les plus
1 On ne s'expliquerait guère que l'apôtre dise que si quelqu'un
a trop grand'faim pour attendre l'heure de l'assemblée il peut man-
ger au logis en attendant ce souper, car en aucun temps l'eucha-
ristie proprement dite n'a pu être considérée comme un aliment
suffisant pour apaiser la faim de ceux qui avaient la force d'attendre
jusqu'à ce moment. Cf. F. X. Funk. dans la Revue d'hist. eccl., 1903,
expresses réserves. Or nous lisons que Jésus, tandis qu'il
instituait l'eucharistie, dit ces paroles : àraxi; yàp £àv
âcrOiTiTe tov àprov toûtov xatTÔ TtOTvip;ov Ttiviyce, tov Odcva^ov
:(.•- i\.niw> ycaTayyéXXsTE, ct/pt oj 'ùA-r\'1, « car toutes les
fois que vous mangerez ce pain et que vous boirez ce
calice, vous annoncerez la mort du Seigneur, jusqu'à
ce qu'il vienne. » Voici donc le caractère des assemblées
chrétiennes dans ht pensée de Celui qui les a instituées;
ce sont des commémoraisons funèbres du fondateur. Il
a choisi lui-même le mode employé très généralement
de son temps, nous l'avons montré, le banquet funèbre,
pour grouper ceux qui sont demeurés fidèles à Celui qui
n'est plus parmi eux. Nous aurions donc ici une forte
raison de voir, sans écarter l'idée de la pàque dans les
réunions décrites plus haut, un véritable banquet funèbre
comprenant un repas frugal et profane et un repas sacré
qui était véritablement le but de la réunion, la réception
du corps et du sang fie Jésus faite « en mémoire de Lui »,
î!; tv]v è;j.r|V àvà|xv/]aiv 3, et annonçant sa mort, tov Oâvoctov
zaTayyÉXXsTE4.
Il faut bien se garder d'attacher une idée de tristesse
au souper eucharistique tel que nous croyons pouvoir
l'envisager, comme banquet funèbre. La mort n'offrait
pas aux chrétiens les pensées lugubres qu'elle éveillait
chez les païens5; loin d'en repousser l'image ils en sou-
haitaient la réalité afin d'être plus tôt réunis au Christ.
Du reste le côté mélancolique de cette commémoraison
de la passion du Christ était compensé par le reflet
joyeux qu'y mettait le souvenir de la résurrection et
l'une et l'autre devenaient inséparables comme nous pou-
vons en juger par la substitution du dimanche au sab-
bat. L'assemblée chrétienne, ainsi que nous l'avons dit.
se tenait vers le soir et se prolongeait fort avant dans
la nuit, le souper, la prédication, la prière, la fraction
du matin demandaient de longues heures; commencée
le samedi, alors que les souvenirs pouvaient se reporter
sur le sabbat qui suivit la mort de Jésus, la cérémonie
s'achevait le dimanche, à l'aurore, c'est-à-dire au jour
et à l'heure qu'avait glorifiés la résurrection du Christ,
et ici encore le rapprochement s'imposait. Le banquet
funèbre eucharistique annonçait donc bien « la mort du.
Sauveur jusqu'à ce qu'il vienne ». La pensée de Jésus
avait été bien comprise. Nous pouvons rapporter ici à
titre de curiosité une hymne qui a, dit-on, été chantée
par le Christ et ses disciples lors du souper pascal ; s'il
en était ainsi il serait assez probable que celte pièce aura
trouvé place parfois dans le banquet funèbre eucharis-
tique6. Saint Augustin rapporte que les Priscilliens
attribuaient au Sauveur cette composition, Hymnus
sane, quem dxcunl esse Don Uni nostri Jesu Christi,...
in scripturis solet apocryphis inveniri. Habes verba
eorum ita posita : « Hymnus Doniini quem dixit secrète
sanclis apostolis discipulis quia scriptum est in evange-
lio: flymno diclo adscendit in montem, et qui in ca-
none non est positus, propter eos, qui secundum se sen-
liunt et non secundum spirituni et veritatem Dei, eo,
quod scriptum est : sacramentum régis bonuni est
abscondere ; opéra auteni Dei revelare honori/icum
est. » In isto hymno cantalur et dicitur;
Solvere volo et solvi volo,
Salvare volo et salvari volo,
Generari volo et generare volo,
Cantare volo et cantari volo,
Ornare volo et ornari volo,
Luccrna sum tibi, ille qui me vides,
Janua sum. tibi, quicunque me puisas,
Qui villes quod ago, tace opéra mea, etc. '.
Verbo illusi cuncta et non sum iliasus in totum.
p. 7 sq. — 2I Cor., XI, 26. — 3 I Cor., XI, 25. — ' I Cor., XI, 26. —
» A. de Ridder, De l'idée de la mort en Grèce à l'époque classique,
in-8% Paris, 1896. — "Nous citons cette pièce à cause de son attesta-
tion antique, mais sans prétendre écarter les psaumes cxm, CXVIII,
qui paraissent avoir eu leur place dans le rituel pascal. — ' S. Augus-
tin, F.pist, ccxxxvn, ad Ceretium.P. L..t. xxxm, col. 10344038.
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AGAPE
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Nous avons une version grecque de cette hymne plus
complète que la précédente. Elle faisait partie du dia-
logue intitulé : AtâX£!;i; 'IovSafou xai XpioxiavoG et elle
fut lue devant les Pères du IIe concile de Nicée par le
diacre Épiphane, mandataire de l'évêque Thomas, de
Sardaigne * :
IIp\v Si <mX).7)<p8r|vai aùxôv ûtcÔ xâiv àv<5(j.o)v xai Ûtcô
<xv<5p.ou oçea); vo|jlo6exou(i.évu>v 'Iouêac'uv (Tuyayayù>v 7râvxa;
Ti(iâÇ É'çy). IIpiv (ae Èxeivoiç TrapaooSîjvai v|xvt|0-0[iev xbv
TtaxÉpa xal oûxu>; i|éX6a>u.ev liti xb ixpoxEi[j.Evov. KeXeûaa;
ouv T|p.iv yûpov 7roir](jai aTtoxpaxoûvxwv xàç àXXiiXwv yeïpaç,
âv p.iau> Se aùxô; yE^ôpiEvoç ËXeyE xb 'A(j.t)v, ÉTraxouExÉ (xov-
"Hp£axo oùv vpLveïv xa'i Xéyeiv
AdÇa soi, nârsp
xai Yi|xeï; xuxXeuovxeç èTnr)xovou.Ev avx<î> xb, 'Ap.7]v.
AoÇa (roi, AoyE
Ab!;a <rot, x°<pi;" 'A(iT|v.
Aô£a trot, xb IlvEj|j.a- 'Au.tjv.
Aô£a «roi, âyiE,
A6£a <rov ttj Sd^- 'A|xt|v,
'Aivoûp-év (7t, Ilàxep
'Euj(ap[(TTOÛ(j:Év (701, Cfâ);,
'Ev tô ctx(5to{ O'Jx oïxeï" 'A(Ar,v
'Eip' <p 6ê EÙx«pt<rxoOp.£v, Xévo)
2a>6r)vai 6ÉX<i) xai <7tô<7ai 6éX(o- 'A[iT|v,
AuÔTJvai OeXii) xai Xûo-ai ÔÉXw 'Ajjltiv.
Tpwôîivai 8éXa) xai xpûiffat 6ÉXur 'Apurçv.
«bàyEiv 6éXa> xai ppuO^va'. 8éXw 'A(i-^v.
'Axoueiv SÉXio xai àxo'j£cr6ai 6ÈXw 'A|A»jv.
Nor|6î)vai 6ÉXu), voûç u>v ôXo;- 'A|j.T|V
AoOo-ao-Ôai BàXto xal Xoueiv 6éXuv 'Ap.rçv.
'H x<*Plî X°P£^£'
'AviX-rjirai OÉXa> ôpy^a-aoilE Tràvxe;- 'Ap.Y|v.
©pr)VT|<Tai 6ÉX10 xO'|/ao6E TtâvxEc- 'Ap.T|V
•xai (iEÔ'ÊTEpa. Taûxa, àyaTtryroi, x0?6'-"3,8» V-^' 'iM-wv o
Kûpioç, èÇrjXÔÊ, xai TjfUîç (i><77tEp ixXavr)0£vxE;.
« Avant que Jésus fut arrêté par les impies et par les
Juifs qui reçoivent la loi de Satan, il nous réunit tous et
dit: Avant que je leur sois livré chantons une hymne
au Père, nous irons ensuite. Alors il nous fit former le
cercle, nous tenant par la main, lui était au milieu et
disait: Amen, obéissez-moi; et il commença l'hymne;
Gloire à toi, Père, et nous qui l'entourions lui répon-
dions : Amen. — Gloire â toi, Verbe ; gloire à toi, grâce.
Amen. — Gloire à toi, Esprit; gloire à toi, saint ; gloire
à ta gloire. Amen. — Nous te louons, Père ; nous te
rendons grâce, lumière en qui les ténèbres ne demeu-
rent pas. Amen. — De celui de qui nous rendons grâce,
je parle: être sauvé je veux, et sauver je veux. Amen.
— Etre délivré je veux, et délivrer je veux. Amen. —
Être blessé je veux, et blesser je veux. Amen. — Naitre
* Hardouin, Concilia, in-fol., Parisiis, 1715. t. IV, p. 298 ; Mansi,
Concil. ampl. coll., t. xm, col. 169. Cf. J. G. Morlin, De origine
agaparum vet. Christ., dans Volbeding, Thés, comment., in-8\
Lipsiae, 1849, t. n, p. 189-190 ; Th. Zahn, Acta Joannis, in-8-, Er-
langen, 1882, p. 220-221 ; P. Batiffol, dans le Dictionnaire de la
Bible, au mot Actes apocr. des apôtres, 1. 1, col. 160: a on dirait un
hymne orphique. » — * Jud., 1. 12. Le codex Alexandnnus et le co-
dex Ephrsemi donnent la leçon 4*<zt«-; au lieu de d-d-an. néan-
moins cette dernière leçon a prévalu ; cf. B. Weiss. Die katholischcn
Briefe. Texlkritische Unlersuchungen und Textherstellung,
in-8-, Leipzig, 1892, p. 226 ; Alford, The Greek Testament, in-8\
London, 1862, t. IV, p. 536; E. Nestlé, Xovum testam . grsece , in-18,
Stuttgart, 1898, p. 610; Fr. Brandscheid, Nov. test. gr. et lot., in-18,
Friburgi, 1901, 2' part. p. 656; R. Edw. Hayes Plumptre, dans
Dictionary of Christian atUiquities, au mot Agape, t. i, p. 40:
« The balance of textual authority incline in favour of Ifina^ ra-
ther than anime; ; » A. Plummer, The expositor's bible. The gê-
nerai episttes of St. James and St. Jude, in-12, London, 1899,
p. 427 : « We hâve hère iv Tar; ivdtiai;... niX4ti< ; but in II Pet., il,
13, ntiXai... iv t«î; àri-ra:; (with àvizan as a various reading pro-
bably taken from this passage) ; » R. Ch. Bigg, A critical and exe-
getical commentar onthe epistles ofSl. Peter and St. Jude, in-S',
je veux, et engendrer je veux. Amen. — Manger je veux,
et être nourri je veux. Amen. — tntendre je veux, et
être entendu je veux. Amen. — Être [compris je veux,
étant tout entier intelligence. Amen. — Ltre lavé je veux,
et laver je veux. Amen. — La Grâce est notre chorège :
chanter je veux; dansez en chœur, tous! Amen. — Je
veux être pleuré, pleurez tous. Amen. — Je suis ta lu-
mière, toi qui me vois. — Je suis ta porte, toi qui me
heurtes. — Toi qui vois ce que je fais, tais mes actions. —
J'ai plaisanté sur tout et je n'ai été plaisanté en rien. »
Le dernier texte que nous rencontrons parmi les écrits
des apôtres ayant trait au souper tunèbre eucharistique
est l'épitre de saint .lude à laquelle on peut attribuer la
date de l'année b5. L'apôtre y dénonce certains fidèles
relâchés qui suivent, dit-il, la voie de Caïn, l'égarement
de lialaam. la révolte de Coré: ils sont, ajoute-t-il, des
écueils dans vos agapes, faisant impudemment bonne
chère, se repaissant eux-mêmes: oùxoi e'io-iv ol êv xaï;
ayàîiatî ù|A<ôv (77tiXà8E; o-'jvev(oxovu.£voc, açoëio; éauxoù;
Ttoiuat'vovTE;2. La dépendance que l'on a cru trouver entre
ce texte et celui de II Pet., II, 13, ne suffit pas à altérer la
lecture àyàuai; et à entamer le sens du texte dont elle
fait partie. Elle n'a d'ailleurs qu'une importance secon-
daire, puisque les destinataires de l'épitre ne sont pas
connus3, et qu'elle signale un désordre nettement décrit
par la lettre à l'Église de Corinthe et confirme ce que
celle-ci nous apprenait, à savoir que moins de trente an-
nées après la première prédication du christianisme
une de ses pratiques semblait prêter par sa nature même
à de graves abus; lors des réunions des fidèles il se
trouvait à Corinthe et ailleurs des chrétiens transfor-
mant le repas funèbre eucharistique en un souper
luxueux et bruyant, se souciant assez peu des frères pour
commencer le banquet sans les attendre et consommer
eux-mêmes tous leurs vivres. Ce que notre dernier texte
nous apprend de plus intéressant, c'est lu nom que, dès
lors, on donnait au repas de corps qui précédait la con-
sécration eucharistique ; ce n'est ni le sih •emium ni le
« sussite » ni le souper orgéonique, le nom adopté était
des plus heureux, on appela ces soupers fraternels des
« agapes », d'un mot grec qui voulait dire « affection s.
IV. Ce qu'a pu être l'acape primitive. — Il est remar-
quable que l'agape, malgré la sainteté de son origine et
l'éminente vertu de tant de chrétiens de ce temps, nous
apparaisse dans deux textes qui nous la signalent et la
décrivent sur trois qui nous en parlent, comme déjà
atteinte par de graves abus; il n'y a pas lieu toutefois
d'en montrer de la surprise si on considère que l'insti-
tution offrait beaucoup de points de ressemblance avec
les institutions analogues du monde antique. Parmi
ceux qui prenaient part à l'agape il n'était presque per-
sonne qui n'ait fait partie des éranes ou thiases dont
chaque ville ou peu s'en faut était pourvue*, de là
Edimbourg, 1901 , p. 333 : « &Tà,«,< is undoubtedly the right reading. >
— * Peut-être la lettre était-elle k destination d'une Église de Sy-
rie, c'est du moins l'hypothèse la plus recevable en l'état de la
critique. — »R«ss, Inscr. grspe. inédite, in-4\ Naupliae, 1834,
lasc. 2. n 282. 291, 292; Hamilton, Researches in Asia Minor,
Pontus and Armenia, in-4', London, 1842, t. Il, n. 301 ; Corp.
inscr. grxc.,1. I, n. 120, 126 ; Nd|»os if«v[i<r]Tiv. — [Mr,]Si«'< Hi<m.
i-ftllvai n"; tt,v <rt|ivoTaTrtv ffjvoSov T«» ipaviffTo«v npiv a* oott|Aa«TvlT] lï
f«rctv â[*vjb; «ai iùffi6T,( val ày[aft]d;' Soxi^aÇtTw Si o wpoerctTT; xaï •
ipjupavKTTT,; xai ô -paf*(i«Tiù; xaï oî Tauiat xaï <rù*$ixoi, t. II, n. 2525 0,
2562; Rhangabé, Antiquités helléniques, in-4\ Athènes, 1842,
n. 811; 'Eo»£n pr, lutt/nx «ixoùt «iio> toù ipd[.]ou. it, «r, tivi
<up.6t,: r, Std «i[vtscj f, S.* »ltvu«v 4io>.ii5«i!vai ; G. Hemen, In-
script, antiq. ampliss. coll., ln-8*, Tunci. 1856, n. 6062 ; Revue
archéoL, nov. 1864, p. 397 sq., 460 sq. : juin 1865, p. 451-452,
497 sq.; sept. 1865. p. 214 sq. ; Digeste, 1. XLVIII. tit. xxn. De
coll. et corp., 4; Pline, Epist., x, 93, 94. Pans la seule Ile de
Rhodes il y eut jusqu'à dix-neuf de ces confréries. C. Wescher,
dans la Rev. archeol., déc. 1864. p. 460 sq. ; à Éphèse, le palais
Impérial en comptait cinq. Corp. inscr. kit., t. m. n. 6077. l'ne
bonne étude sur les associations religieuses antiques se lit dans
G. Boissier, La religion romaine, in-8*, Paris, 1874, t. Il, p. 277-342.
789
AGAPE
790
une tendance à transporter dans Ja réunion chrétienne
des habitudes prises dans les confréries païennes '.
C'est d'après cette analogie des institutions que nous
pouvons tenter de ressaisir quelques traits de l'agape
chrétienne primitive ; il faut se montrer néanmoins ici
très réservé, nous ne présentons aucun de ces traits
•comme ayant fait historiquement partie des soupers des
fidèles, mais à défaut de la certitude, ils offrent une
vraisemblance dont il appartient à chacun d'être juge.
Les confréries grecques étaient encore au début de
notre ère des associations estimables et prospères, pour-
vues d'une administration et d'un corps de dignitaires,
les « clérotes»,xXrîp<oToc,d'où le « clergé «chrétien, xXripoç,
peut avoir tiré son nom. Les dignitaires avaient un prési-
dentélu et tous ensemble discutaient les titres d'admission
des récipiendaires de qui on exigeait « sainteté, piété,
bonté » -. Les sociétaires, hommes et femmes, avaient
-des réunions absolument secrètes, un règlement sévère
y maintenait l'ordre 3 ; ils célébraient ensemble certaines
fêtes par des banquets où régnait la cordialité4. Ces as-
sociations trouvaient une grande faveur dans les classes
déshéritées parmi lesquelles elles se recrutaient prin-
cipalement s et auxquelles elles servaient de famille;
mais les patriciens montraient peu de goût pour les con-
* Il ne faut pas juger de l'agape d'après les collegia un peu
dégénérés, mais d'après les collegia irréprochables, car toute
nouvelle confrérie prétend bien bannir les abus qui se passent ail-
leurs, dans les autres confréries. Ce sont ces abus, introduits
■dans les collèges d'agapes comme dans les autres, par le fait des
sociétaires peu scrupuleux, qui provoquent les admonestations des
apôtres saint Paul et saint Jude; il est clair néanmoins que ces
réprimandes sont purement locales et n'atteignent pas l'institution.
On peut leur comparer les textes suivants qui montrent également
les abus de ces collèges et nous mettent sur la voie de ceux qui
troublaient les agapes. Aulu-Gelle, Noctes attiese, 1. II, c. xxvi :
Jurare apud consules verbis conceptis non amplius in singu-
las cœnas esse facturas quam centus vicenosque seris prxter
olus et far et vinum... neque argenti in convivio plus pondo
quam libras centumillaturos. Varron, De re rustica, m, 2-16:
Quotus enim quisque est annus quo non videas epulum aut
triumphum aut collegia non epulari, qux nunc innumerabi-
lem incendunt an/ionam. Sed propter luxuriam, inquit, quo-
dani modo epulum cotidianum est intra januas Romx. Citons
encore l'inscription d'Alburnus en Pannonie, Corp. inscr. lat.,
t. m, p. 924 : Descriptum et recognitum fractura ex libello qui
propositus erat Alb[urno] majori ad statione[m]Resculiinquo
scriptum erat id quod in[fra] scriptum est. Arternidorus
Appolloni magister collegi Jovis Cerneni et Valerius Niconis
et Offias Monofili, qu\a]estores collegi ejusdem posito hoc libello
publiée testantur : ex collegio supra s[cripto] ubi erant ho[mi-
nes] uni. ex eis non plus remansisse ad Alb[urnum] quam
h[omines\ xvu ; Julium Juli quoque commagistrum suum ex
die maqisteri sui non accessisse ad Alburnum neq[ue] in col-
legio : seque eis qui prxsentes fuerunt, rationem reddidisse ;
et si quid eorum \h]abuerat reddidisset sive funeribus et cau-
tionem suam in qua eis caverat recepisset, modo que autem
neque funeraticio sufficerent neque loculum [h]aberet neque
quisquam tam magno lempore diebus quibus legi [se. collegiï\
continetur, convenire voluerint aut conferre funeraticia sive
munera : se que \id] circo per hune libellum publiée testantur
[testari] ut si quis defunctus fuerit ne putet se collegium [h]a-
bere aut ab eis aliquem petilionem funeris habiturum. Pro-
positus Alb\ur>w] majori V. Idus Febr. Imp. L. Aur[elius]
Vero m et quadrato es. Actum Alb[urno] majori. Philon, In
Flaccum, 47, se plaint des thiases d'Alexandrie dans lesquels il
note des abus analogues à ceux de Corinthe. Aristote, Ethiq.
à Nicomaque, 1. VIII, ix, 7, observe qu'un grand nombre se font
introduire dans les thiases pour se procurer des plaisirs. Cl. Ins-
cript, de Lanuvium, Corp. inscr. lat-, t. xiv, n. 2112. — tCorp.
inscr. grxc, t. i, n. 126. Cf. Bévue archéol., sept. 1865, p. 216;
P. Foucart, Des associations relig. chez les Grecs, in-8% Paris,
1873, p. 146, 202; J. F. Keating, The Agape, in-12, London,
1901, p. 7 ; Liebenam, Gesch. der Rômischen Vereinswesen,
in-8% Leipzig, 1890, p. 171, note. — 3 C. Wescher, dans les Ar-
chives des miss, scient., II* série, t. i, p. 432 ; Rev. archéol.,
sept. 1865, p. 221-222 ; Corp. inscr. grxc, t. n, n. 2271, lignesl3-14 ;
J. Reville, Les premières communautés pauliniennes ont-elles
été des ér ânes ou des synagogues? dans les Origines de l'épis-
fréries6 et l'État romain se préoccupa surtout d'entra-
ver leur développement. Un décret porté, semble-t-il,
sous Auguste, régla le nouveau droit d'association. Dé-
sormais les collegia ne pouvaient subsister qu'à la con-
dition d'être exclusivement funéraires 7. Malgré ces me-
sures oppressives ils regorgaient d'associés, esclaves8,
vétérans9, gens de peu10. L'égalité y régnait entre les
personnes libres, les affranchis et les esclaves", les
femmes y étaient en grand nombre '-. Les réunions de la
confrérie étaient un délassement pour ces pauvres gens,
mais les repas surtout leur étaient une joie sans mé-
lange. L'inscription de Lanuvium nous initie aux petits
détails de ces fêtes, fixées à certains jours de fête patro-
nale et aux anniversaires de quelques confrères bien-
faisants 13. Chacun apportait sa quote-part; un des con-
frères, parmi ceux qui jouissaient de quelque aisance,
fournissait à tour de rôle les accessoires du souper,
savoir les lits, la vaisselle, le pain, le vin, les sardines,
l'eau chaude14. Afin de garder au souper son caractère
amical il était interdit d'y traiter d'aucune affaire rela-
tive au collège 15 et toute parole désagréable était punie
d'une amende 16. Il faut croire que le type des associa-
tions et des réunions différait assez peu de celui des
éranes ou thiases puisque Lucien, toujours si bien in-
copat, in-8% Paris, 1894, p. 180 sq. Au i" siècle de notre ère
les distinctions entre thiases et éranes avaient disparu. Cf. G.
Heinrici,Die Christengemeinde Kurinlhs unddie religiôsen Ge-
nossenschaften der Griechen, dans Zeitschrift fur wissen-
schaftl. Théologie, 1876, p. 465 sq. ; Id., Zur Gcschichle der
Anfànge paulinischer Gemeinden, même revue, 1877, p. 89
sq. ; Id., Das erste Sendschreiben des Apostel Paulus an die
Coritithcr, in-8% Berlin, 1880; E. Hatch, The organisation
of the early Christian Churches, in-8', London, 1881, p. 29;
H. Weingarten, Die Umwandlung der ursprunglichenGemein-
deorganisation zur katholischen Kirehe, dans Von Sybel's
historische Zeitschrift, 1881, p. 441 sq. Les thiases qui n'avaient
pas un caractère national étaient ouverts à tous : « L'admission, et
l'admission sur le pied d'égalité, d'étrangers de toute condition,
libres on non, était une condition nécessaire de la prospérité, de
la vie même des thiases, de ceux du moins dont le culte s'adres-
sait à quelqu'une des grandes divinités de l'Orient. Il fallait bien
qu'ils s'ouvrissent à la foule des métèques et des esclaves d'origine
barbare, qui sans cela se seraient trouvés sans dieux et sans culte. »
M. Clerc, Les métèques athéniens, in-8', Paris, 1893, p. 126. Sur
la participation des femmes aux thiases, cf. Foucart, loc. cit.,
p. 10, 21,148 sq. ; C. Wescher, dans la Revue archéol., 1865,
p. 226. — 'Aristote, Morale à Nicomaque, VIII, ix ; Plutarque,
Quest. grecques, n. 44. — 'Rapprochez ce que dit saint Paul,
I Cor.,xi, 21 : quelques-uns n'ont rien à manger (pour l'agape), pen-
dant que les autres font grande chère. — 8 Dion Cassius, Hist.
rom., I. LU, c. xxxvi ; 1. LX, c. vi. — ,' Kaput ex S. C. P. R.
Quibus coïre, convenire, collegiumque habere liceat .Qui stipem
menstruam conferre volent in funera, ii in collegium coeant,
neque sub specie ejus coltegit nisi semel in merise coeant con-
ferendi causa unde defuncti sepeliantur. Inscription de Lanu-
vium, 1" colonne, lignes 10-13, dans Mommsen, De collegiis et
sodaliciis Romanorum, Kiliae, 1843, p. 81-82, et Orelli, loc. cit.,
n. 6086; Digeste, 1. XLVII, tit. xxn, 1. Parfois les collèges
demeuraient ilticita et passibles des peines édictées par la loi,
mais il dépendait des magistrats de les leur appliquer. Cf. P. Wil-
lems, Les élections municipales à Pompéi, in-8*, Paris, 1887. —
8 Inscr. de Lanuvium, 2" colonne, lignes 3, 7 ; Digeste, 1. XLVTI,
tit. xxii, 3. — 'Digeste, 1. XLVII, tit. xi, 2. — <" Digeste, 1. XLVII,
tit. xxn, 1, 3. — " Heuzey, Mission archéol. en Macédoine,
in-8% Paris, p. 71 sq. ; Orelli, Inscr. latin., in-8% Turici, 1S28,
n. 4093. — <s Orelli, loc. cit., n. 2409; Melchiori e Visconti, Silloge
d'iscrizioni antiche inédite, in-8% Roma, 1823, p. 6. — 1S Inscr.
de Lanuvium, 2" colonne, lignes 11-13; Orelli, loc. cit.,n. 4420. —
"Inscr. de Lanuvium, 1" colonne, lignes 3-9, 21; 2- colonne,
lig. 7-17 ; Mommsen, Inscr. regni neapol-, in-fol., Lipsias, 1852,
n. 2559; G. Marini, Atti e monumenti de fratelli Arvali, in-4%
Roma, 1795, p. 398; Muratori, Thés, inscr. vet., in-fol., Medioiani,
1739, p. ccccxci, n. 7; Mommsen, De colleg. et soda!. Romanor.,
p. 109 sq., 113. — 15Inscr. de Lanuvium, 2" col., lignes 24-25; Pla-
cuit si quis quid quxri aut referre volfit in conventu référât,
ut quieti et hilares... epulemur. — ,e Ibid., 2' col., lignes 26-29 :
Si quis in opprobrium aller alterius dixerit aut tumultuatua
fuerit, ei multa esto.
791
AGAPE
792
formé, appelle le président des Églises chrétiennes le
thiasarque, ûca^âp-/';?1- Les collegia chrétiens prirent-
ils dès la première heure la charge de procurer une
sépulture aux associés, nous ne saurions le dire. « De
Rossi, qui n'est pas suspect de l'aire des concessions aux
ennemis du christianisme, reconnaît que les premiers
chrétiens ont dû profiter avec empressement de la tolé-
rance accordée aux collèges funéraires. C'était pour
eux un moyen si simple de désarmer la loi et de protéger
leurs tombes, qu'ils ne devaient pas hésiter à s'en ser-
vir; mais pour être confondus avec les collèges et jouir
des mêlées droits, il fallait cherchera leur ressembler2.»
La malveillance peu déguisée du pouvoir central à l'égard
des confréries peut les y avoir amenés; les difficultés
que l'on accumulait depuis deux siècles devant l'inva-
sion des superstitions étrangères3 se multipliaient de-
puis Auguste ; les autorisations accordées aux confréries
possédant une caisse et ayant un autre but que la sépul-
ture des confrères se faisaient si rares et si restrictives4
qu'il ne paraît pas croyable que les Se-nva àyaTCTixà
aient échappé à la loi commune, sauf, peut-être, quel-
ques rares exceptions, car, remarquons-le, l'agape reli-
gieuse constituait un délit prévu, puisque le prétexte de
religion et d'accomplissement de vœux était formelle-
ment indiqué comme délictueux3, délit qui, pour celui
qui a provoqué l'agape, ne sera pas moindre que la lèse-
majesté 6. Si on bravait la loi on s'exposait à ne pou-
voir faire l'agape faute d'un local pour la confrérie.
Claude n'avait-il pas été jusqu'à fermer les cabarets où
les confrères se réunissaient, jusqu'à interdire les petits
restaurants où les pauvres gens trouvaient à bon marché
de l'eau chaude et du bouilli et une salle pour leur
souper7?
Quoi qu'il en soit dé ces conditions accidentelles et
des résolutions qu'elles inspirèrent, il demeure que
l'agape fut le puissant véhicule qui aida et soutint dans
une large mesure l'essor du christianisme naissant. En
s'adressant à tous, en leur ouvrant des asiles où ils pus-
sent converser, manger et prier ensemble, l'institution
de l'agape répondait à l'éternel besoin du sentiment re-
ligieux dans l'homme; elle lui offrait tout à la fois un
objet de tendresse et un sujet de consolation: des frères
et des réunions. Pour l'homme de basse condition qui
savait que l'État n'aime personne et qui n'avait guère
de famille, il rencontrait une petite société fondée sur
l'affection réciproque, il savait qui aimer et se savait
aimé. Pour lui, c'était la joie, et la joie c'est souvent la
vie, l'effort, le triomphe. A première vue, les ressem-
blances seules nous frappent entre les collèges funé-
raires et les associations des agapes, mais il faut recon-
naître que les collèges manquaient du sentiment reli-
* Lucien, Peregrinus, 11. Celse dit de son côté : 8i«ofiw 'lr,»o: ;
Origène, Contr. Cclsum, I. III, c. xxm, 1'. G., t. xi, col. 945. Cf.
K. J. Neumann, dans les Jahrbiicher fur protestantische Théo-
logie, 1885, t. xi, p. 123 sq. — * G. Boissier, La religion ro-
maine, in-8", Paris, 1874, t. il, p. 338. — »Tite Live, 1. XXXIX,
c. xv-vi. Cf. J.-F. Keating, Roman législation on collegia and
sodalicia and Us bearing on the history of the agapé, dans
The Agapé, in-12, London, 1901, p. 180 sq. - » Digeste, 1. XLVTI,
lit. xxn, en entier; Inscr. de Lanuvium, 1" col., lign. 10-13;
Marini, Atti e monum. de frat. Arvali, in-4% Romae, 1795,
p. 552; Muratori, loc. cit., p. dxx, n. 3; Orelli, loc. cit.,
n. 4075, 4115, cf. 1567, 2797, 3140, 3913; Henzen, loc. cit., n. 6633,
6745; Mommsen, De colleg. et social., p. 80 sq. — * Digeste,
1. XLVII, tit. XI, 2. — • Digeste, 1. XLVII, tit. XXII, 2; 1. XLYI1I,
tit. iv, Ad Leg. Juli. majest., 1. — ' Dion Cassius, Hist. roin.,
1. LX, n. 6. Remarquons encore que les scholx ou locaux de réu-
nion des collèges étaient en général construites en forme d'hémi-
cycle et que les oratoires bâtis au-dessus des catacombes avaient
cette forme. De Rossi, Bull, di arch. crist-, 1864, p. 25 sq. —
* Pour pseudo-Barnabe qui date probablement de 96-98, D. Ca-
brol et D. Leclercq, Monum. Eccl. liturg., in-4°, Parisiis, 1902,
t. I, praef., p. Cl-xxxv, il n'en saurait être question; quant à
l'épitie de Clément Romain, on a tenté en vain d'y introduire une
allusion à l'agape. J. B. Lightloot, The apostolic Fathers, part. I,
gieux indispensable à l'accomplissement des grands
desseins, sentiment qui, avec les éléments d'une autre
nature, donna au christianisme l'élan et la puissance
de renouveler le monde.
V. L'ah-ape au ii< siècle. — Textes grecs.— Avant la fin
du Ier siècle nous trouvons trois documents chrétiens,
dont deux ne contiennent rien qui ait trait à l'institution
de l'agape 8 ; un seul, la Didachè, semble offrir un pas-
sage se rapportant à notre recherche9. La liturgie
eucharistique contenue dans les chapitres ix-x de cet
écrit donne le texte de trois prières. Les deux premières
formules sont précédées de la mention que voici : Ilepi
Se T% e'jy_apio-t!a;, outco; vjyjxpimrfizxf Tipoitov Trspi toû
irorripiou. E'j/ocpt<7ToOu.év <so:, nâisp rlu.djv... Ilept ôè toO
x).â<ru.aToç-E-J-/'api!7To-ju.ev «roi, irà-rep ^u-côv 10... « Pour ce
qui est de l'eucharistie, vous rendrez grâce ainsi ; d'abord
sur le calice : Nous te rendons grâce, ô notre Père...,
ensuite sur le pain : Nous te rendons grâce, ô notre
Père...» Ni l'une ni l'autre formule ne permet de supposer
que la consécration du pain et du vin soit faite à ce mo-
ment11. Les mots £J/apicrrr,(Ta-:c, t-J/apiTTO-juiv n'ont au-
cune valeur pour désigner un temps passé à l'exclusion
d'un temps à venir; « rendre grâce » s'applique égale-
ment avant et après la consécration des éléments. Au
début de l'anaphore dans la liturgie des Constitutions
apostoliques le président de l'assemblée prononce ces
paroles : Ev/apiTTrl<T(ou.ev t<ô Kvipsu qui font partie du
dialogue de la préface. Après ces deux formules vient
une mention qui concerne clairement le temps qui suit
le repas : pstà aï t'o iu.it).-r,(r6r,va'. 12; « après vous être
rassasiés. » Quelques-uns ont cru trouver dans cette
phrase une mention de l'agape, puisque, disaient-ils,
elle introduit une troisième oraison alors que les deux
formules précédentes suffisaient à l'action de grâce pour
la communion du corps et du sang de Jésus-Christ. Si
on compare la troisième formule aux deux précédentes
on sera frappé de rencontrer dans cette dernière la
mention très claire de la communion : j|u.ïv « i/api7u>
RVEUUaTlXT|V TOOSr,'/ KSI 7TOTOV y.y: Çû)T|V slcôvlOV Slà ToG
TrxtSôç tou13; en outre la rubrique : « après vous être
rassasiés » sépare les deux premières actions de grâce de
la troisième, marquant entre elles la place de la fraction
du pain et de la réception de l'eucharistie. Les termes
mêmes que nous venons de citer imposent l'idée du
corps et du sang du Christ à l'exclusion d'une nourri-
ture quelconque, fût-elle bénie, comme serait celle de
l'agape : « Tu as daigné nous accorder la nourriture
spirituelle et le breuvage de la vie éternelle par toD
fils '*. » Un autre passage du même document a été in-
voqué en témoignage de l'agape : xsA 7tî; irpoçr,-:/;;
ôpt'ïtov TpâTCÎav èv Tr/£-ju.aTc, oj çâyeTït in' aur»);, et 8e
in-8«, London, 1890, t. Il, p. 134, note 8; Hofling, Die Lehre der
attester» Kirchc vom Opfer, in-8', Brlangen, 1851, p. 8 sq.;
J.F. Keating, The Agapé, p. 52 sq. ; P. Batiffol, Études d'histoire
et de théologie positive, in-12, Paris, 1902, p. 286 sq. — «La
date du document oscille entre les vingt dernières années du
I" siècle. D. Cabrol et D. Leclercq, loc. cit., 1. 1, prsef., p. clxxxv.
— "> Doctrina duodecim apustolorum, dans Opéra patr. apost.,
édit. F. X. Funk, in-8-, Tubingen, 1887, t. i, p. Cl-viu, CLX. —
" F. X. Funk, loc.cit., p. eux, note, écrit au sujet du mot i jjwfintat, à
la fin du cli. IX : distincte elemerUa consecrata désignât ; il serait
préférable de dire consecranda, car il est clair que la prohibition de
l'eucharistie à l'égard des non-baptisés ne peut être mise en ques-
tion et, par ailleurs, on ne saurait dire que les oblations pussent
être consommées entre la prière d'offrande et la consécration. Il
faut donc, croyons-nons, entendre la prohibition non comme
applicable dans le présent, mais dan.-' le temps futur : « Que per-
sonne ne mange ni ne boive de votre eucharistie » quand elle
aura été consacrée. — '* F. E. Biïghtman, Liturgies eastern and
western, in-8*, Oxford, 1896, p. 14. — " Doctrina duodecim
apostolorum, n. x, dans Opéra patr. apost., édit. F. X. Funk,
t. I, p. CLX, J. F. Keating, The Agapé, p. 53, et G. H. Box, dans
The journal of thcological étudies, t. m. p. 369, entendent le
ixiT* Tfc l|»^«tl|««i, « after having partaken the Agape. • —
"JWd., p. clxii.
793
AGAPE
794
fx.T|Y£ typjSonpoyrpriz tari*. Le sens général de ce texte
tort obscur parait bien être celui-ci : « Si un prophète
parlant au nom de l'Esprit-Saint ordonne de dresser
une table, on y servira les pauvres, mais le prophète ne
mangera rien, de peur de paraître penser à lui-même ;
sinon, on le tiendra pour un faux prophète2. » Rien ne
permet d'introduire l'idée de l'agape dans ces paroles.
De l'absence de toute mention de l'agape dans ces do-
cuments et dans plusieurs autres, nous nous garderons
de conclure à sa non-existence. Cette sorte d'arguments
négatifs exige non seulement le silence de tel ou tel do-
cument, mais le silence de tous. Il n'en est pas ainsi
pour l'institution de l'agape; l'omission de Clément et
de la Didachè à son endroit n'est pas plus probante
que peut l'être le silence de deux écrits sur tout autre
sujet, si on veut bien tenir compte des inconnues que
laisse en suspens la multitude des Scripta deperdita.
Si l'agape, comme nous avons tenté de l'établir, avait
une existence légalement reconnue, elle n'était ni plus
ni moins qu'un repas de corps sur lequel il n'y avait
pas lieu de parler et de revenir sans cesse ; elle était
sans comparaison, au regard des docteurs du christia-
nisme, avec son appendice mystérieux et divin, la man-
ducation du corps et du sang du Christ, qui provoquait
au contraire et presque exclusivement l'attention et
l'enseignement. La coutume liturgique dont témoigne
la Didachè avait adopté l'agape eucharistique hebdoma-
daire. Nous avons vu que dès le temps des courses aposto-
liques de saint Paul, lors de son passage à Troas 3, il se
manifestait une tendance à faire glisser le repas sacra-
mentel du sabbat au dimanche; au temps de la Didachc
c'est désormais un fait accompli 4 : xaxâ xuptaxriv 8è
x'jpîou (Tuva^OsvTEç -/.).à(7aT£ apxov -/.ai e'Jyapir?xr|(7aTS.
Les lettres de saint Ignace d'Antioche font un emploi
fréquent du mot agapé, vingt-huit fois en tout; un de
ces passages est d'une clarté qui ne laisse rien à désirer
et nous apprend que dans le cercle des Eglises asiates
avec lesquelles correspond l'évêque trois fonctions litur-
giques requéraient absolument la présence de l'évêque
ou de son délégué : c'étaient l'eucharistie, le baptême
et l'agape. Voici le texte : Mï]Seïç x^P'? êTtiffxômou ti
irpa<r<T£T<«> tcôv àvyjxdvTtùv ti; tï)v âxxXr)o-tav. èxetvr] peêai'a
eù/apcarta riyeicôa) •/) inzb tov £7U(7xo7rov o-jaa, r) û> àv
avxôç eirirpé']/?). otiou âv çpavr| ô STn'axoTroç, èy.eï 10 TÙ,r\boç,
ë'ara), (Stnrep ditou av v} Xpiarôc; 'Lja-oûç, èxeî r\ xaOoXcxr]
ÉxxXvja-ia" oùx èÇôv è<7Ttv x^pUtoû èiuaxo'iïou oû'te paun'Çetv
oû'xe àya7rr|V tcoisïv" âXX' 0 av ixsïvoc; ôox[u.â<jY], to'jto xai
tô> 0sà> eOâpsorov, i'va âa-îpaXèç v\ xai pÉëaiov itâv 0
npâuffEte6. « Que personne ne fasse sans le concours de
l'évêque rien de ce qui concerne l'Église. L'eucharistie
présidée par l'évêque ou par son délégué sera réputée
valide. Que l'Église soit groupée autour de son évèque
de même que l'Église universelle est groupée autour du
Christ Jésus. Il n'est pas permis en l'absence de l'évêque
soit de baptiser soit de faire Vagapè, mais ce qu'il aura
approuvé sera agréable à Dieu, et sûr et valide tout
ce qui sera fait. » Nous avons ici trois termes dillé-
' Doctr. duodec. apost. ,n. XI, p. clxvi. P. Sabatier, La Dida-
chè ou renseignement des douze apôtres, in-8°, Paris, 1885, qui
souhaite démontrer que 0 notre document suit ici la coutume
juive d (p. 103), a interverti l'ordre des mots de l'original dans sa
traduction, faisant passer « le boire » avant « le manger spiri-
tuels » (p. 56), ce qui devient en effet conforme à la coutume
juive. La mention de la vie éternelle obtenue par la réception du
corps du Seigneur rappelle Jean, VI, 55, 56 : « Celui qui mange
ma chair et qui boit mon sang a la vie éternelle; car ma chair
est véritablement nourriture et mon sang véritablement breuvage; »
quant au mot iiuttaiattyiicii, il n'entraîne pas l'idée d'un repas
copieux, puisque nous le retrouvons dans saint Jean, VI, 12, après
le récit de la multiplication des pains : wç 5è tvn:^ff<h)rav ;
« après qu'ils furent rassasiés. » — s Ibid., p. CLXVI, note. —
3Act., xx, 7, 11. — * Doctr. duodec. apost., c. xiv, dans Opéra
patr. apost., t. i, p. clxi. Rapprochez de ce texte celui de l'Apo-
calypse, sortie vers 93-96 des mêmes parages que la Didachè, et
I rents répondant à trois actions distinctes : eùxapiort'a,
£ia7iT!ÇEiv, àyân/iv tioieÏv. Au risque de s'engager dans
quelques embarras il faut toujours commencer par
prendre les mots ut sonant. « Présider l'eucharistie »
et « faire Vagapè » pourraient bien différer de sens autant
que de son. Si l'un était l'autre, c'était à saint Ignace
de ne pas parler de l'un et de l'autre, car de prétendre
que Vagapè c'est l'eucharistie, c'est ce qu'il faudrait
préalablement démontrer. S'il y a imprudence à inter-
préter un écrivain autrement que par lui-même, ce n'est
pas à l'interpolateur des épitres ignatiennes, vivant au
IVe siècle, que nous pourrons demander ce qu'il faut
entendre par le mot agapè. C'est donc à un autre écrit
du même auteur que nous demandons un éclaircisse-
ment sur le sens de agapè; or nous lisons dans son
épitre à la communauté de Rome : apxov QsoG ôéXto 0
sartv aàpÇ 'Iï)<to0 Xpto-Toij,... xa\ ir<5u.a 6éXa> tô aïu.a
a-jToO 8 èuxtv àyàitTi à'çOaproç 6. « Je veux le pain de
Dieu qui est la chair de Jésus-Christ et je veux en breu-
vage son sang, qui est Vagapè incorruptible ; » il existe
alors vraisemblablement une agapè corruptible et c'est
celle que doit faire l'évêque d'après ce que nous a
appris le premier texte que nous avons cité. On s'est
demandé si cette agape était alors jointe à l'eucharistie
ou si elle avait cessé de l'être. Nous l'ignorons et nul
n'est en état de le dire; car on ne saurait conclure à une
discipline du rapprochement lait par quelques textes
tels que Act., n, 46; I Cor., xi, "18-34, de l'agape et de
la manducation eucharistique qui offraient l'analogie
d'actions extérieurement semblables. Les renseigne-
ments que nous possédons sont trop peu explicites sur
ce point particulier pour qu'on doive en tirer autre chose
que des présomptions. En outre, rien n'autorise sur la
base de quelques textes visant l'usage de Jérusalem,
celui de Corinthe, celui de Smyrne et peut-être celui
d'une Église syrienne, à invoquer une discipline géné-
rale. Dispersés à ce point et distants les uns des autres
par beaucoup d'années, ils ne nous autorisent à rien
autre chose sinon à conclure que dans les Églises de
Jérusalem, de Corinthe, de Smyrne et quelque autre
encore, les fidèles avaient coutume à diverses époques
du Ier siècle de célébrer outre le banquet eucharistique
un autre repas fraternel dont nous avons relevé les
principaux traits au cours de la dissertation qui pré-
cède. Les épitres d'Ignace d'Antioche se placent entre
les années 107-117 7, et c'est maintenant un document con-
temporain que nous trouvons à étudier, la lettre écrite
d'Amisus 8 en Bithynie par le légat impérial Plinius Se-
cundus à l'empereur Trajan, dans l'automne de l'an 112 9.
A la suite de dénonciations anonymes, Pline ayant
fait arrêter des habitants de la province qui lui étaient
déférés en qualité de chrétiens, commença leur interro-
gatoire. Bien que la nature délictueuse du chef d'accu-
sation ne lui parût pas établie il fit mourir un certain
nombre de ceux qui s'avouaient chrétiens. Parmi les
inculpés il se trouva des apostats et des païens qui
n'avaient jamais cessé de l'être, on les renvoya après
qui fait mention de la liturgie dominicale. Apoc, 1, 10. On pourrait
même croire que, dès les dernières années du I" siècle, ce point
de discipline était réglé a car Dieu, écrit Clément Romain, a com-
mandé de ne pas célébrer les sacrifices et les cérémonies du
culte selon le caprice et irrégulièrement, mais à des temps et des
heures déterminés », xi; tî ufosioçiç *<a ItiToufféaç 'iT.mltXaiai,
-/aï ojx eÏxtj Vj ètéxtwç i-niXiuciw yÎve<7Ôki, à/.).* û»p [ff^'v otç xatoo"î *Œt «uçatç.
/ ad Corinth., c. XL, dans Opéra patr. apost., édit. F. X. Funk,
t. I, p. 110. — B S. Ignace, Epist. ad Smyrn., n. vin, dans Light-
foot, Apostolic Fathers, part. II, t. 11, sect. 1, p. 309 sq. — " Id.,
Epist. ad Rom., n. vm, dans Lightfoot, loc. cit., p. 227. -'D. Ca-
brol et D. Leclercq, Monum. Eccl. liturg., t. 1, praîi.,p. Clxxxv.
— 8 Aujourd'hui Samsoun, sur la mer Noire. — ' Nous n'avons pas
à rappeler ici la bibliographie étendue provoquée par la question
de l'authenticité de cette lettre, authenticité dont personne ne doute
plus aujourd'hui. Cf. H. Leclercq, Les martyrs, in-12, Paris,
1902, t. 1, p. 40, 58.
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AGAPE
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un sacrifice auquel ils s'associèrent; un autre groupe
d'apostats sacrifia également, mais fit les aveux sui-
vants : Adftrmabant auteni hanc fuisse summam vel
culpse sv.se vel erroris, quod essenl soliti stalo die ante
iucem convenire carmenque Christo quasi deo dicere
secum invicem, seque sacrum ento non in scelus aliquod
obslringere sed ne furta, ne latrocinia, ne adulleria
commilterent, ne /idem f allèrent, ne depositum appel-
lali abnegarent : quibus peractis moreni sibi disce-
dendi fuisse rursus coeundi ad capiendum cibum pro-
miscuum tamen et innoxium, quod ipsum facere
dédisse post ediclum rneum quo secundum mandata
tua hetœrias esse vétueram*. La commission de Pline
en qualité de légat impérial en Bithynie ne peut être
antidatée au 17 septembre 111 2, la suppression des
« hétéries » est postérieure à cette date; ainsi donc,
lors du procès d'Amisus, il y avait moins d'une année
qu'on subissait le nouvel état de choses, car, à partir du
jour où les confréries avaient été dissoutes celles des
chrétiens avaient cessé leurs réunions devenues délic-
tueuses. Or de quelle réunion s'agit-il, car le texte en
désigne deux espèces difiérentes? L'une tenue à jour fixe,
stato die3, à l'aube, que remplissent des chants adressés
au Christ en sa qualité de Dieu et des engagements solen-
nels pris par les sociétaires. Cette première réunion a dû
disparaître, car elle est prohibée formellement : Sub prse-
textu religionis, vel sub specie solvendi voti, cœtus ïlli-
citos nec a veteranis tentare oportet 4 . La réunion malu-
tinale était doublement délictueuse, ayant pour objet des
cérémonies religieuses et l'accomplissement de vœux en
commun. Une seconde réunion, dont on ne nous dit pas
le moment, assemblait les confrères pour un repas dans
lequel on se contentait d'une « nourriture ordinaire et
parfaitement innocente ». S'agit-il ici d'une agape avec ou
sans l'eucharistie? Aucun indice ne permet de le dire.
L'agape fut-elle seule supprimée avec l'hétérie et la com-
munion reportée à un autre moment? Nous l'ignorons5.
Il ne fallait pas songer en tous cas à la transporter à la
réunion matinale que son caractère délictueux avait f;iit
supprimer. Tout ce qu'on peut tirer de plus du texte pour
ou contre l'agape est du domaine de la conjecture.
La première Apologie de saint Justin publiée à Rome
1 Pline, Epist., 1. X, xcvi. — s Dierauer, dans Bùdinger, Uuter-
suchunge» zur romischeu Kaieergeschichte, in-8% Lei] u.
1808, t. i, p. 113, 126, note 2; Mommsen, dans V Hermès, 1808,
t. m, p. 55 sq. ; M , Étude sur Pline le Jeune, trad. Morel, dans
la llibliuth. de l'Ecole des hautes études, 187:>. Fasc. 15, p. 25-
30, 70-73; Noël Desvergers, dans les Comptes rendus de l'Acad.
des iriser., 1866, p. 83-84; E. Renan, Origines du christianisme,
in-8°, Paris, 1H77, t. V, p. 471-472. — 3 Est-ce à dire le jour du
dimanche? Aucun texte formel ne permet de le dire; cf. les con-
jectures de .1. H. ISoluner, De stato die chrisiiannrum, dans
Dissertât, ju ris écries., in-12, Lipshe, 1711, p. 5 sq. ; J. H. Bar-
tels, De stato die veterum chrisiiannrum ad Plin., X, 07, in-4",
Vitembergae, 1727. — 'Digeste, 1. XLYII, tit. xi, 2. W. Ramsay,
The Church in the roman empire before A. D. 170. in-8", Lon-
don, 1893, p. 213 sq., pense que les chrétiens n'ont pas renonce aux
réunions matinales, car la réunion pour le repas commun consti-
tuait seul la sodalitas. Le texte du Digeste nous paraît Infirmer
cette opinion. Delaunay, L'Église chrétienne devant la législation
romaine à la fin du r" siècle, dans les Comptes rendus de
l'Acad. des inscr., 1879, p. 30-64; A. de Celeuneer, Essai sur la
vie et le règne de Septime Sévère, in-8% Bruxelles, 1880, p. 224.
— "On ne saurait invoquer l'heure, probablement nocturne, delà
réunion pour en exclure la célébration île l'eucharistie et réserver
\c cilius promiscuus et innoxius à l'agape, car l'usage de com-
munier après lo repas du soir se rencontre en Egypte, au V* siècle.
Sozomèno, Hist. ceci., I. V, c. xxu, P. G., t. i.xvu, col. 135 sq.;
Socrate, Hist. eccl.. I. Vil, c. xix, P. G., t. lxvii, col. 1478. —
*D. Culirol et D. Leclercq. Monum. Eccl. liturg., t. I, pra-f..
p. ci.xxxvi. -• 'F. X. Eunk, dans la Revue d'hist. eccl., 1903,
p. 10.— 'Monum. Eccl. liturg., I.l.prtef., p. clxxxvi. — » Opéra
•patr. apost., «dit. F. X. Kunk. in-8% Tubingen, 1887, t. 1. p. 318.
-- '"Minucius Félix. Octavtus, c ix, P. t., t. ni, col. 272. -
" F Ce:-., su, 21. — " La question était résolue affirmativement et
définitivement s'il avait empLivé ■>■.:'■■>. ou mémo ■-!(«{»«, Clément
vers 152-153 6 décrit les réunions chrétiennes. Apparem-
ment l'auteur n'y défend que ce qui est attaqué, c'est
pour cela qu'il expose en détail toute la liturgie de
l'eucharistie sur laquelle des réticences calculées avaient
répandu une apparence de mystère, vite interprétée de
la manière la plus défavorable aux initiés. De ce que le
rite eucharistique est seul décrit faut-il en conclure
qu'il existât seul? Le procédé serait logique si Justin
avait écrit un sacramentaire à la place d'une apologie.
Dès lors prenons ce qu'il nons donne et tenons-nous-y.
Le silence de saint Irénée n'est pas plus démonstratif.
Son ouvrage a une portée polémique que le titre et le
contenu justifient, ce n'est pas une exposition didactique
de la discipline chrétienne. L'auteur, dit-on, fait ce que
bon lui semble; n'y ajoutons rien". Avant de quitter le
ne siècle nous croyons pouvoir mentionner un document
dont la date oscille entre 150 et 300, nous l'avons ailleurs
rapporté à l'an 160 8, nous ne voyons pas de raison
d'abandonner cette date. Il s'agit de l'écrit intitulé
Epilre à Diognète qui parait être sortie d'une Église de
la Grèce. L'auteur expose que les chrétiens ne diffèrent
guère des autres citoyens, sauf toutefois que leurs
femmes ne se font pas avorter; « ils partagent la même
table, mais ils ne partagent pas le même lit, » TpàusÇav
xocvt)v uapaTiSevTai, à'AX' oj xofrnv9. Il est manifeste
qu'il y a ici une allusion aux accusations de débauche
infâme portées contre les chrétiens. Voir Accusations,
col. 275. Le fait signalé est ainsi rapporté par un païen :
« Dans un jour solennel, tous se rendent au banquet
avec leurs enfants, leurs femmes et leurs sœurs; là,
après un long repas, lorsque les vins dont ils sont eni-
vrés commencent à exciter en eux les feux de la
débauche tu, ils éteignent la lumière et s'unissent au
hasard, au milieu des ténèbres, par d'horribles embras-
sements. » Le banquet en question parait identique à
celui auquel VEpitre à Diognète fait allusion et d'autre
part il offre une circonstance qui rappelle la lettre de
saint Paul aux Corinthiens; tels convives boivent jusqu'à
l'ivresse : 3; 6s uitei", ce qui n'est d'aucune applica-
tion à la gorgée de vin de l'eucharistie. Il y a dans l'ap-
position de TpârceÇa et de xoi'tï) une intention qu'il
semble malaisé de ne pas reconnaître l2. Le fait de rece-
d'Alexandrie peut être difficilement invoqué comme témoin d'une
institution qui tient au sens précis que l'on donne à un mot. 1! voit
un abus dans l'emploi du mot agape pour désigner cette nourri-
ture qui soutient notre vie corporelle, il déplore qu'on fasse rejail-
lir sur l'institution salutaire du Christ nmfctsi fjyovroû \iye\i on ne
sait quel relent de viande et de sauce. Clément d'Alexandrie,
Ptedag., I. II, ci, P. G., t. vm, col. 384. Il est impossible, dit-il. de
donner le nom d'agapes à ces réunions qui se font dons le seul
but de prendre du plaisir, soupers, diners, festins et tout ce qu'on
appelle avec raison des assemblées. A rien de tout cela le
Seigneur n'a donné le nom d'agapes. Et Clément cite à ce propos
les textes dé l'Écriture qui mentionnent ces sortes de réunions toutes
profani S. Ibid., P. G., t. vin, col. 386. Voici les textes qu'il cite :
Quando fueris invitatusad nuptias, Luc, xiv, 8; Quando ffeoe-
ris prandium nul cœnam, Luc, XIV, 12; Quando feceria epttlutn
l'uni iiiendicos. Luc, XIV, 13; Homo quidam fecil COenam
gnam. Luc, xiv, 16. Après un éloge de la sobriété dans les repas
il CQUClut : k-'v.T.ri ai x<~. ovTt hcoufâviô; It-a t&o=ïi, loTÎavt^ Xoftmi, l'agape
est une nourriture céleste, un festin raisonnable. P. (.'.. t \iu.
eoL 385. Il semble donc que Clément envisage l'agape comme un
repas bien caractérisé avec lequel on doit éviter" de confondre les
réunions joyeuses et d'intention purement profanes; il pm
contre cette confusion ; mais il est difficile de trouver rien de plus
précis dans le langage de cet écrivain ami letton. Dana
un autre passage, le même auteur reproi be •■ la secte des carpo-
cratiena les débauches infimes qui souillaient leurs réunions litur-
giques, car, dit-il, je ne saurais appeler leurs assemblées du nom
d'agapes: O'j ?4j frr&itqv ifc»in*« ^w;t -r.v o-jviXnm jj-:.;. . Clément
d \l v. Strvm.. 1. 111, c il, />. G'., t. \ m, 1110. On trouvera dans
.1. 1'. Kealing, The Agape, in-12, London, 1901, une longue étude,
p. 78-93. sur les textes de Clément susceptibles d'être rapportés t
l'agape, nous ne croyons pas que le langage employé par le docteur
:.iii m puisse autoriser des conclusions fondées sur ce qu'il ex-
prime. 1'. X.Eunk, loc. cit., p. 18, admet que Clément parle de l'agape.
797
AGAPE
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voir la communion debout, dans la main droite, à côté
les uns des autres, n'implique en aucune façon l'idée de
coucher ensuite dans le même lit, tandis que cette idée
est naturellement appelée si à la place de la communion
debout on entend Tpâireïaxoîvïj de la posture qu'on avait
sur les lits servant aux repas où l'on se couchait les
uns à côté des autres. L'emploi du mot TpiTrsîct étant
unique dans YÉpître à Biognète il serait oiseux de
chercher s'il s'appliquait dans la pensée de l'écrivain à
la table des agapes ou à la table eucharistique, il reste
donc qu'il déclare que les chrétiens se couchent à côté
les uns des autres pour manger, mais non pour dor-
mir. Un autre monument nous fournira le supplément
de clarté que nous voudrions trouver dans ces pa-
roles.
VI. La fresque de la capella grec a. — Nous vou-
lons parler d'une fresque de la Capella greca du cime-
tière de Sainte-Priscille, découverte en 1893, connue
sous le nom Fractio panis et figurant le miracle de la
multiplication des pains sous la forme d'un repas auquel
prennent part sept convives dont une femme. Six des
convives sont couchés sur le lectus triclinaris en forme
de demi-cercle, tandis que le septième est assis sur un
escabeau bas. Celui-ci préside la réunion. C'est pour
cette raison qu'il parait, par une faute de perspective,
reposer les pieds sur la zpâimZ'x; il a à ses pieds deux
assiettes contenant l'une deux poissons, l'autre cinq
pains et en outre un calice; sept paniers dont trois à
l'extrémité de droite et quatre à l'extrémité de gauche
complètent le symbolisme (fig. 172). Il est manifeste que
nous avons ici une allusion au miracle de la multipli-
cation des cinq pains et des deux poissons au moyen
desquels le Seigneur rassasia une grande foule de peuple
à tel point qu'on put recueillir les restes du repas dans
des paniers. Dès la plus haute antiquité cet épisode fut
considéré comme la préfiguration de l'eucharistie. Saint
Jean en a peut-être voulu indiquer le rapport lorsqu'il a
fait suivre le récit du miracle de la multiplication par la
discussion si vive et si claire dans laquelle Notre-
Seigneur annonçait à ses contradicteurs l'institution
future de l'eucharistie '. Origène fait observer que le
repas miraculeux fut précédé de la guérison des ma-
lades et il rappelle à ce propos que cela s'est fait afin
que « ceux-ci puissent, en bonne santé, prendre les
pains bénis, les malades ne pouvant pas recevoir les
pains bénis par Jésus. Considérons ensuite, dit-il, que,
si quelqu'un est malade, il doit s'appliquer ces paroles :
Que l'homme s'examine soi-même à fond, et qu'il mange
ensuite de ce pain, etc. Mais il arrive que ceux-là, les
malades, ne les observent pas et prennent du pain et
du calice de Notre-Seigneur; il s'ensuit qu'ils de-
viennent faibles et malades et meurent, vaincus pour
ainsi dire par la force du pain : Kal Ttpâitov y s i-riprjo-ov,
Sic, (j-ÉXXtov Toû; rîjç E-JXoyia; aprouç SiSôvai toïç paOïiTatç,
tva 7tapa8û><n toï; ô'/Xoiç, èôepâuEUdE roùç àppwarouç, t'va
bytâwttt xSivzt^ç zikoyitLt lUTaXâêwc iv apTcdv'où l'àp S'jvavtai
o'i etc appaiar&s -/topr|c7at touç ttjç T/îhoû euXoytaç aptouç.
'AXXà xai iiv tcç, 6sov àxoûstv toO- Aoxip.aΣT<i> ce exaaro;
Éavrôv xcù ctjtio; c<j9cétco ex toO ap-rou, x.t.X., to'Jtiov p.Èv
(j.t) xaxaxo'jT,, <î>; êw/s Sï (jLETaXap.oâvY| aptou Kupiou, xai
TOTïjpLOu a-JTO'j, àffÔEvr); Ti appo)(7"oç Yt'vETai, r\ xai Èx tûO,
iv ' otjtùjç eîtcco, xapoûaOat iiiib TÎjç toî àpxou ôvjvâp.£co;
1 Joa., vi, passim. — * Origène, Comm., in Matth., I,x, § 25,
P. G., t. xin, col. 902 sq. — 3S. Ambroise, De virginit., 1. III,
c. i, P. L., t. xvi, col. 219 sq. — lIbid. — 5S. Cyrille, Cateches..
xxii (mystay., iv), 2, P. G., t. xxxm, col. 1098. Cf. S. Cyprien.
Epist., lxiii, 12, P. L., t. IV, col. 383 : Quam vero perversum
est quamque contrarium, eum Dominus in nuptiis de aqua
vinum (ecerit, nos de vino aquam faciamus, cum sacramen-
turn quoque rei illius admonere et instruere nos debeat, ut
in sacrificiis Dominicis vinum potius offeramus. — 8J. Wil-
pert, Fractio panis. La plus ancienne représentation du sa-
crifice eucharistique à la Capella greca, in-4°, Paris, 1896, p. 11,
xoificijxEvo; 2. Il n'est donc pas douteux que pour Origène
et pour son auditoire les pains multipliés par Jésus ne
soient le symbole de la communion des fidèles et ce
rapprochement ne réclame de sa part aucune explica-
tion, c'est donc une chose admise en son temps. Un
siècle plus tard nous retrouvons la même pensée expri-
mée par le pape Libère, lors de la vêture religieuse de
sainte Marcelline, sœur de saint Ambroise. Parlant du
Christ, il dit : Hic est, qui quinque panibus et duobus
piscibus quattuor millia populi in deserto pavit. Plu-
res potiiit,si plures jam tune qui pascerentur fuissent.
Benique ad tuas nuptias plures vocavit : sed jam non
panis ex hordeo, sed corpus ministratur e cselo 3.
Le même texte interprète au sens de l'eucharistie le
miracle des noces de Cana immédiatement avant les pa-
roles que nous venons de rapporter : Hic est qui roga-
tus ad nuptias aquam in vina convertit''; or saint
Cyrille de Jérusalem entend lui aussi ce dernier miracle
comme symbolique de la transsubstantiation : Tb {iôwp
uorÈ Et; oevov jAETaëÉoXrixïv, oîxEiVv ouacm, Èv Kavâ Tf|Ç
raXiXaiaç' xat oùx tx^iômazô; Èittiv, otvov p.=TaëaXà>v elç
aîu.a 5. « Le Christ changea jadis à Cana de Galilée
l'eau en vin, qui a une affinité avec le sang. Ne devons-
nous pas croire qu'il a changé le vin en son sang? » et
c'est en se fondant sur ce qui s'était passé à Cana que
saint Cyprien combattait l'erreur des encratites qui
remplaçaient par l'eau le vin du sacrifice.
Les monuments figurés ne sont pas moins précieux
pour témoigner de la pensée des anciens. Deux fresques
du IIIe siècle de Yarcoso/ium d'une des cryptes dt la
catacombe des Saints-Pierre-et-Marcellin, nous mon-
trent à gauche la multiplication des pains, à droite le
changement de l'eau en vin; la manière dont la com-
position est traitée en fait deux répliques6. Une
pyxide en ivoire trouvée à Cartilage, qui a servi jadis de
réserve eucharistique pour quelque chrétien, nous
montre le Christ assis bénissant les pains et les pois-
sons que lui présentent deux apôtres, tandis que de
chaque côté de cette scène d'autres personnages s'éloignent
portant distribuer à la foule la nourriture miraculeuse-
ment multipliée '. Ici encore la multiplication des pains
est symbolique de la communion des fidèles, car, comme
le dit saint Ambroise : In apostolorum ministerio fu-
Lura divisio dominici corporis sanguinisque preemitti-
turi. Une peinture d'une catacombe découverte à
Alexandrie il y a un demi-siècle et qui peut remonter
au ve siècle 6 occupait la frise de l'abside d'une petite
basilique souterraine, au-dessus de l'autel où le sacri-
fice était célébré. Cette fresque comprend trois sujets
que séparent des arbres. Au centre, la multiplication
des pains et des poissons par le Christ à qui Pierre et
André présentent les vivres, tandis que réunissant deux
moments distincts dans un même cadre, l'artiste a re-
présenté aux pieds du Sauveur les douze corbeilles qui
furent remplies des débris du repas. La scène de droite
laissait voir un repas, on y pouvait lire encore ces
mots :
TAC CYAOriAC TOY x7
eCOIONTCC
« Ceux qui mangent les eulogies du Christ. »
note 4. Id., La Fractio panis rappresentaia in affresco cimi-
teriale délia prima meta det sec. n, dans Memorie dull Accad.
pontif. di archeol., 1894, pi. vi. — ''De Rossi, Bull, di arch.
crist., 1891, pi. iv-v, p. 47 sq. — 8 S. Ambroise, Expos, in Lucam,
L VI, P. L., t. xv, col. 1G91. — » C. Wescher, dans les Archives
des missions scientifiques, t. 1, 1" livraison ; De Rossi, Bull, di
arch. crist., 1865, p. 57; J. Wilpert, loc. cit., p. 10, note 2; l'in-
curie a laissé périr cette catacombe et tout ce quelle renfermait,
c'est d'ailleurs le sort des antiquités de la ville d'Alexandrie de
n'être mises au jour que pour être détruites. Cf. Néroutsos bey,
L'ancienne Alexandrie, in-8°, Paris, 1888.
801
AGAPE
802
La scène de gauche laissait voir aussi un autre repas
dont l'identification n'était pas douteuse, car on lisait
auprès des personnages les inscriptions suivantes : IC
(Jésus), H ATIA MAPIA (la sainte Marie), 17AIAIA (les
serviteurs); c'était donc une représentation des noces
de Cana et la place choisie, au-dessus de l'autel, pour
cette iresque dispense de s'arrêter à un rapprochement
symbolique évident pour tous. Si enfin on cherche à
Rome même et parmi les monuments les moins éloignés
par leur date de la célèbre Fractio partis on ne peut
manquer de mentionner les « chambres des Sacre-
ments » du cimetière de Saint-Callixte, où l'on ren-
contre précisément parmi les scènes eucharistiques le
repas miraculeux de la multitude.
De la fresque que nous étudions nous devons conclure
1» qu'à Rome, au n* siècle, l'idée d'un repas était étroi-
tement associée à l'idée de la célébration de l'eucha-
ristie; 2° que les personnages couchés sur notre fresque,
ne pouvant faire la communion en cette posture, repré-
sentent les convives célébrant le repas de l'agape présidé,
ainsi que l'exige saint Ignace d'Antioche, par l'évêque
à qui il appartient de faire aussi l'eucharistie; 3° que,
vers le temps où la fresque fut faite, la célébration de
l'eucharistie était jointe à l'agape et l'une et l'autre
étaient figurées par le miracle de la multiplication des
pains1 dont le symbolisme nous permet seul de recon-
naître ici une agape suivie de l'eucharistie au lieu d'un
simple banquet funèbre.
VII. L'agape au IIe siècle. — Textes latins. — Les
derniers textes que nous pouvons rapporter au IIe siècle
nous sont fournis par Minucius Félix et Tertullien.
Minucius écrit : Convivia non tantum pudica colimus,
sed et sobria : nec enim indulgemus epulis aut convi-
vium mero ducimus. « Nous observons dans nos repas
et la pudeur et la sobriété; en effet, nous évitons l'abus
des mets et celui du vin. » On ne saurait tirer autre chose
de ce texte sinon un aveu de l'existence des repas dans
lesquels on mangeait les uns à côté des autres sans que
la pudeur la plus sourcilleuse put s'alarmer, quant aux
mets ils se composaient de viande et de vin en quantité
modérée 2. A lire de près les deux accusations énoncées
contre les chrétiens par Cécilius, l'interlocuteur de
Minucius Félix, on reconnaît deux courants calomnieux
bien distincts : 1° l'inceste d'Œdipe, consommé à la
suite d'un repas copieux et à la faveur des ténèbres3;
2° le festin de Thyeste. Voici en quoi il consiste : On
présente un enfant couvert de pâte à celui qui doit être
initié, lequel frappe l'enfant à coups de couteau, le
sang jaillit, les initiés le lèchent et se partagent les
membres palpitants de la victime. Dans l'inceste d'Œdipe
le fait essentiel qui a servi de thème est un repas en
commun, xpim^a xoîvï], ainsi que s'exprime l'auteur de
YEpilre à Diognète ; dans le repas de Thyeste le fait
essentiel est une communion à la chair et au sang de la
victime dissimulée sous le voile du pain. Nous avons
bien ici les deux courants calomnieux s'attachant l'un à
l'agape, l'autre à l'eucharistie ; nous allons retrouver la
distinction dans Tertullien. Dans son Apologétique, Ter-
tullien consacre les chapitres vn-ix à réfuter l'accusation
'S. Paulin, Epist., xm, P. L., t. lxi, col. 213, fournit un texte
intéressant en ce qu'il montre qu'une scène d'agapes suggérait au
spectateur le souvenir de la multiplication des pains. Minucius
Félix, Octavius, c. xxxi, P. L., t. m, col. 351 ; F. X. Funk, dans
la Revue d'hist. ecclés., 1903, p. 10, traduit nec indulgemus
epulis, par ce les banquets ne sont pas en honneur parmi nous »,
ou bien « nous ne sommes pas passionnés pour la bonne chère ».
M. C. Callewœrt propose de comparer Octavius,c. xxxi, à Octavius,
c. ix. et de rapprocher de même les chapitres xxxvm et xxxix en
faisant ressortir les expressions parallèles, Revue des quest. hist.,
1903, 1" avril, p. 664. — *La restriction porte non sur les mets
et sur le vin, mais sur l'abus qu'on en ferait; s'il en était autre-
ment et que le texte entraînât l'exclusion des mets pour mieux
exclure l'agape, il entraînerait encore l'exclusion du vin et dès
lors exclurait l'eucharistie. — 8 Voir col. 274. — * Digeste,
DICT. D'ARCH. CHRÉT.
des festins de Thyeste et des promiscuités infâmes qui
les suivraient, il ne reviendra plus désormais sur l'eucha-
ristie, mais il nous donnera des détails circonstanciés
sur les sodalicia chrétiens et sur leurs occupations. Les
sociétaires usant de la liberté accordée par la loi se
réunissaient pour des prières, des lectures, des
exhortations; mais aussi pour veiller à l'observation de
la discipline et prononcer au besoin l'exclusion des
confrères indignes. Conformément à ce que prescrivait
la loi i et à ce que nous voyons se pratiquer dans le
collège funéraire de Lanuvium 6, ces pauvres gens
mettaient chaque mois leur denier dans le tronc com-
mun et bien que rien ne les y forçât, mais l'argent ainsi
recueilli a une destination bien déterminée : « il n'est
employé qu'à nourrir et à enterrer les pauvres, les
orphelins sans biens, les domestiques cassés de vieil-
lesse, les naufragés. S'il y a des chrétiens condamnés
aux mines, détenus en prison, ou relégués dans les îles
uniquement pour la cause de Dieu, ils y sont entretenus
par la religion qu'ils ont confessée6. » Surtout rien
n'était distrait de la caisse au profit des repas de corps,
car il fallait garder, extérieurement du moins et devant
la loi, l'attitude de collège funéraire et la cotisation
mensuelle ; « c'est un dépôt de piété, dit en effet Ter-
tullien, qu'on ne dissipe pas en repas et en rasades, »
inde non epulis nec potaculis dispensatur1. Il est clair
que l'emploi des fonds procurés par la cotisation men-
suelle, tel que Tertullien l'explique dans son Apologé-
tique, dépasse de beaucoup la destination spéciale d'un
collège funéraire ; mais nous savons que l'État romain,
débordé par les innombrables associations qui couvraient
l'empire, s'en tenait aux apparences devant son impuis-
sance à enrayer l'immense développement des collèges.
Quant à la fréquence des réunions il est probable qu'il
en était de même que pour l'emploi de la caisse de la
confrérie. Il arrivait en temps de persécution que chaque
jour quelque assemblée chrétienne dénoncée par un
traître était envahie et pillée8. De quelles réunions
s'agit-il ici9? Probablement de réunions extra-légales,
simples tolérances auxquelles on peut, avec quelque
vraisemblance, rapporter telles occupations incompa-
tibles avec les attributions du collège funéraire, les repas
de corps par exemple qu'alimentaient des fonds, dons en
argent, ou en nai'.e, «ur la réunion et l'emploi desquels
l'État ne pouvait rien savoir. Ce qu'étaient ces repas de
corps, Tertullien nous le dit : « Pour les chrétiens, il
n'est pas étonnant que s'aimant si tendrement ils aient
des soupers communs. On cherche à décrier nos soupers,
non seulement comme criminels, mais comme trop
somptueux... on ne parle que des repas [de solo t7°iclinio)
des chrétiens. Leur nom seul montre quel en est le
motif; on les appelle d'un mot qui chez les Grecs veut
dire dilection (id vocalur quod dilectio pênes grsecos).
Quoi qu'ils puissent coûter, c'est un bénéfice d'en faire
les frais au nom de la religion, car nous soulageons les
pauvres par ce moyen... Vous voyez à quel point est
honorable le motif de nos soupers, appréciez l'ordre qui
y règne, et comment ils peuvent être des œuvres de
religion. On n'y souffre rien de vil et d'immodeste, on ne
1. XLVU, tit. xxii, 1. Permittitur tenuioribus stipem men-
struam conferre, dum tamen semel in mense coeant, ne sut
prseteœtu hujusmodi illicitum collegium coeant. — 'Inscript.
de Lanuvium, 1" colonne, lignes 10-13 : Qui stipem menstruam
conferre votent in funera, ii in collegium coeant, neque sut
specie ejus collegi nisi semel in mense coeant conferendi
causa unde defuncti sepeliantur, dans Mommsen, De colle-
giis et sodaliciis Romanorum, in-8% Kiliaî, 1843. — ° Tertullien,
Apolog., c. xxxix, P. L., t. i, col. 533. — > Ibid., P. L., 1. 1, col.
533. — » Ibid., c. vu, P. L., t. i, col. 358 sq. — » Ibid., c. xxxix,
P. L., t. 1, col. 541. Il n'est pas impossible que la phrase qui
suit : Hsec coitio, etc., soit employée à deux fins. Elle répond cer-
tainement à la phrase du début : Coimus, etc., mais elle pour-
rait avoir eu aussi dans la pensée de l'auteur le sens d'une-
riposte brutale à des accusations ignobles.
I. -2G
803
AGAPE
804
se met à table (non prius discumbitur) qu'après une
prière à Dieu; on mange à la mesure de sa faim, on
boit dans la mesure convenable aux gens pudiques ; on
se rassasie comme il convient à qui n'oublie pas que
même pendant la nuit on a Dieu à adorer, on converse
comme qui sait que Dieu écoute. Après qu'on s'est lavé
les mains, et qu'on a allumé les flambeaux, quiconque
pouvant chanter, soit d'après les saintes Écritures, soit
d'inspiration, est invité à le faire au milieu de tous et
l'on peut juger alors comment il a bu. Le repas iinit
comme il a commencé, par la prière. On se sépare non
pour faire du désordre, commettre des insolences, des
meurtres, mais avec modestie, avec pudeur : comme
gens qui ont soupe de discipline plutôt que de bonne
chère '. » Et Tertullien conclut : Hsec coitio christia-
norum.
Ayant fini dès le chapitre i£ avec l'accusation des
festins de Thyeste, il met ici à néant c»-lle des promis-
cuités infâmes; pour cela il expose avec détail l'agape
qui fournit matière à l'accusation et afin qu'on ne s'y
trompe pas on relève ces mots triclinium, discumbere,
caractéristiques exclusivement de l'agape, enfin le mot
lui-même que nous avons vu dans l'épître de saint Jude.
Indépendamment de cette observation le texte ne peut
s'appliquer qu'à l'agape, car la posture des convives que
nous venons de signaler et diverses observations ne
laissent aucune ambiguité à cet égard. « Quoi qu'il puisse
en coûter, » or la dépense de l'eucharistie est insigni-
fiante : « on mange à la mesure de sa faim, » est incom-
patible avec la bouchée de pain eucharistique 2 ; « qui-
conque peut chanter... et l'on peut juger alors comme
il a bu, » ceci est déraisonnable s'il ne s'agit que de la
gorgée de vin eucharistique.
C'est toujours une entreprise périlleuse de faire voir
sous le sens littéral des mots un sens symbolique qui
fût le seul véritable ; il faudrait pour y réussir aux
dépens du texte que nous venons de citer une démons-
tration, qu'aucune affirmation, pour autorisée qu'elle
soit, ne saurait suppléer.
Nous pouvons maintenant déduire le rituel del';;gape,
en Afrique, à la lin du 11e siècle. 1» Prière préliminaire,
une manière de benedicite. — 2° Les convives prennent
place sur les lits. — 3° Repas pendant lequel on s'en-
tretient de choses pieuses, fabulantur ut qui sciant
Deum audire. — 4° Lavabo. — 5° On éclaire la salle.
— 6° Chant de psaumes ou d'hymnes improvisés. —
7° Prière finale. — 8° Départ. Rien n'indique l'heure du
repas, mais il est à peine douteux qu'il se fasse à la
tombée du jour, puisqu'on apporte les flambeaux au
moment où on l'achève 3 et que les confrères, en se
retirant, évitent ce genre de désordres qui régnent dans
les grandes villes comme Carthage, principalement la
nuit. On ne trouve aucune mention de l'euclkanstie qui.
4 On voudra bien nous permettre de ne pas entendre ceci de la
faim spirituelle ; nous faisons de l'histoire, tenons-nous-y. — ! Lo
texte que nous venons de citer renferme-t-il la mention d'une distri-
bution de vivres faite aux pauvres dans ces paroles : inopes quos-
que refrigerio isto juvamus, nous n'oserions l'affirmer, car ces
paroles peuvent ne viser que les seuls convives prenant part au
repas et on n'y trouve aucune trace do l'institution mentionne* par
saint Justin à Rome, d'après lequel a l'issue de la célébration de
l'eucharistie se plaçait une distribution faite aux pauvres. £, Justin,
Apolog., I, c. lxvh, P. G., t. vi, col. 429. L'usage des distributions
D'est pas mis en question, mais c'est leur nature et leur moment.
— 3 De là probablement l'heure des réunions variait suivant la
saison; on trouve de même dans la règle monastique de saint
Benoit des heures variées afin qno le repas se iasse toujours à la
lueur du Jour. — *S. Cyprien, Epiât., uni, 15 : Omnis religionis
etverilalis disciplina subvertitur, nisi quod spiritualité)- prxci-
pitur fidélité--- reservetur niai, si M sacrificiis matuttnis hoc
quis veretur ne ver saporem vini redoleat sanguinem Christi,
P. L., t. iv, col. 397. Pour ectto constatation il est possible
qu'on employât le vieil usage du Baiser. Cf. TarroUien. Apolog.,
t. VI, P. L.. . I, col. 353, 354. F. X. Funk, dans la Hevue d'hiat.
â cette époque, en Afrique, ou du moins à Carthage,
devait être séparée de l'agape et avoir lieu le matin,
car nous lisons que certains chrétiens redoutaient que
l'odeur du vin ne révélât leur réception matinale de
l'eucharistie*.
Les mentions de l'agape et de l'eucharistie sont
fréquentes chez Tertullien, nous les avons recueillies
dans un autre travail 5, nous nous bornerons à éclairer
quelques-unes plus importantes pour notre sujet. Dans
son Exhortatio ad martyres, Tertullien nous apprend
que dans le séjour de la prison l'esprit profite plus
que la chair ne perd, celle-ci d'ailleurs, grâce à la pré-
voyance de l'Eglise, reçoit son dû, l'agape des frères ♦.
Cependant cette portion n'eût pas suffi aux prisonniers',
car l'agape, encore qu'on y mangeât, dit Tertullien, « à
la mesure de sa faim, » n'était qu'un repas; aussi les
fidèles riches pourvoyaient à augmenter la ration que
l'Église faisait parvenir à ses enfants * : Inter carnis- ali-
menta, benedicti martyres designati, quae vobis et
domina mater Ecclesia de uberibus suis, et singuli
fratres de opibus suis propiis in carcerem submini-
strant '. Nous avons, précisément à l'époque où vécut
Tertullien, un exemple historique de ce fait. Une cou-
tume accordait aux gladiateurs et aux bestiaires, la
veille du combat, la consolation d'une suprême orgie,
c'était ce qu'on appelait « le repas libre », cœna libéra,
le peuple y pouvait assister. Il en fut ainsi dans la
soirée du 6 mars 203, à la prison de Carthage. On avait
accordé aux martyrs du lendemain, Perpétue, Félicité,
et leurs compagnons, la permission de faire le repa9
libre, mais ceux-ci le transformèrent en agape : Priait
quoque cum Ma cœna ultima, quant liberam vocant,
quantum in ipsis erat, noncœnam liberam, sed agapen
ccenarent10. C'était peut-être la sportule apportée de la
réunion chrétienne qu'ils mangèrent à ce moment.
Dans un pamphlet de Tertullien postérieur à son aban-
don de l'Église catholique, il reprochait aux fidèles de
ne pas observer les jeûnes avec la rigueur qu'y mettait
la secte montaniste. Son réquisitoire l'amcnt» à reprocher
à ses anciens coreligionnaires des usages qu'il avait
jadis recommandés. Il en est ainsi des agapes qu'il
qualifie en ces termes : Apud te agape in cacabis
fervet, fides in culinis calet, spes in ferculis jacelli. 11
continue l'énumération des désordres vrais ou prétendus
et joue sur le mot agape. Sed major his est agape '*
quia per hanc adolescentes tui cum sororibus dormiunt.
Appendices scilicet gulee, lascivia alque luxuria. Nous
voilà revenus à la conception calomnieuse de l'agape
fondée sur la célébration d'un repas et la posture cou-
chée des convives : à tel point qu'on pourrait redire à
Tertullien le mot de YEpitre à Diognète sur les chré-
tiens : a Ils partagent la même table, mais ne partagent
pas le même lit, » TpôneÇav xoivvyv TrapaT-Oevxai, &ÏX'
eccl., 1903. p. 18, admet aussi que l'agape avait lieu le soir el
l'eucharistie le matin. — » Cf. D. Cabrol et D. Leclercq, Monum.
Eccl. liturg., in-4*. Parisiis, 1902, t. I, p. 159-173. — «Tertullien,
Ad martyres, n. 2, P. L., t. i, col. 696. — 'Nous savons pai
d'autres documents que par motif d'avarice il arrivait fréquem-
ment que les prisonniers fussent réduits à une portion tout à fait
insuffisante : Pussio S. Perpetux, n. xvi, dans Ruinart, Acta
sincera, in-4\ Parisiis, 1689, p. 93. Rapprochei la Pa*sio S. Mon-
tant, n. vu, ibid., p. 235, où les martyrs ne reçoivent qu'une
ration de « solon » ; enfin nous apprenons par la correspondance
de saint Cyprien que plusieurs frères moururent de faim en pris. n.
— » C'était un usage admis que les prisonniers reçussent des vivres et
«les douceurs de leurs parents et amis. Cf. Passio S. Piunii, n. 11,
ibid , p. 130. — "Tertullien, Ad martyres, n. 1, P. L., t. 2, col. 681,
— "> Pansio S. Perpétuée, n. 17, dans Texts and studies, t, I,
1891, p. 86, et la version grecque s'exprime ainsi : 'AUX x«l «»•
■M-.ài cti th fa/a-ttjv ixiïvo SiTnvov, ô*ip tirJôtpo* ô>o;xc*owarv, £»•» 0«
!o' mlKftT( oJx iXiû8*fov ài~vov àiX* &vù-i]i» îcmàXouv ?>; ft&c5v r«pf>T;ffi«.
ï'oid., p. 87. — 4I Tertullien, De jejunio, n. xvn, P. L., t n,
col. 1029. — 4,I Cor., xm, 13. Renan lit : Sed nnxjoris est agape
quia... ÎJarc-Awèle, in-8*, Paris, 1883, p. 519, note 3.
805
AGAPE
806
«ûzoîTiiv1. Signalons un nouveau trait commun entre
la discipline des collèges d'agapes et celle des sodalicia
païens. Tertullien marque la double gratification ou
ration accordée aux présidents 2 et nous trouvons dans
un collège les présidents se qualifiant de magislri
sesquiplares, magistrats à deux parts et demie3.
"VIII. L'agape au IIe siècle. — Textes disciplinaires. —
Nous ne pouvons songer à discuter ici la date la plus
probable à laquelle on puisse attribuer les anciens écrits
liturgiques dans lesquels l'institution de l'agape parait
visée et réglementée. En première ligne ^rmi ces écrits
se présentent les Constitutions apostoliques ; nous n'en
ferons pas usage et en voici la raison : les Constitu-
tions apostoliques sont une compilation de documents
d'origines et de dates différentes mis à profit par un
rédacteur qui ne s'est pas fait mute d'interpoler les
tentes. Nous pouvons nous faire une idée de la liberté
dont il a usé en le prenant sur le fait dans l'édition
interpolée par lui des Épitres de saint Ignace d'An-
tioche :
Lettre aux Smyrniotes, vm*
Édition interpolée5.
otto'j œv cpav/j 6 eirtaxoitoç, otco'j av cpav?) 6 étticxquo;,
Izsï tô 7r).r,6oç k'cra)- waTrsp Èxst t'o 7t).ï,9oç é'<tt«i>" (ucnrep
•Sttou av v) XpcTTÔç 'Iï]<to0ç, oîtou à Xptarôç, itâtra Y)
Ixe; ■!] y.a6oXcx.Yj EX%Vq,fffa. oùpâvtoç (Tipaxià Tcapsarï)xsv
Oùx ÈEôv Èittiv Xt»ptç ToO toc àpycarpaT^yto tï)? 8uvâ-
&m<tx(5iiov ovte paru-iÇEiv [ieuç KupÉou xai 8iavo(j.eï
O'jtî àyâTtïjv t^oieïv' rcâo-r,? voï]-;r|î <p'JO"E(oç. Oùx
èÇôv scmv yifùpli toO èni-
«TXÔTIO'J 0UT6 pa7CTl'ÇetV OUTE
wpo<TtpÉpeiv oute 8u<na Ttpoc-
XùpiÇsiV O'JTS So^V E7riTE),£ÏV.
On voit par ce seul exemple qu'il est impossible d'uti-
liser les indications fournies par les Constitutions
jusqu'à ce que le texte ait reçu, par la critique des
sources, une valeur historique définitive. A défaut de ce
texte nous a^ons un de ceux dont le faussaire a fait usage
pour sa compilation. C'est un document intitulé
Canons d'Hippohjte, dans lequel les critiques les plus
autorisés proposent « de voir une œuvre synodale de
l'Église romaine des environs de l'an 195 » 6. C'est un
document de premier ordre ; « sauf quelques retouches
faciles à reconnaître, les 38 canons concordent admira-
blement avec ce que nous savons de l'organisation de la
discipline, de la liturgie en vigueur au commencement
du IIIe siècle, à Rome et en Afrique7. » Les canons dits
d'Hippolyte représentent l'agape comme un repas dont
ils nous donnent le règlement détaillé :
Canon 32, n. 164. Si agape fit vel cœna ab aliquo
pauperibus paratur xvpiaxv) 8 tempore accensus lu-
cernée, prsesente episcopo surgat diaconus ad accen-
dendum. 165. Episcopus autem oret super eos et eum,
qui invilavit illos. 106. Et necessaria est pauperibus
EJ/apiaTta, quse est in initio missee. 167. Missos autem
faciat eos, ut separatim recédant, antequam tenebree
oboriantur. 168. Psalmos recitent antequani recédant.
Canon 33, n. 169. Si fit àva[mj<rtç pro Us qui de-
funrti sunl, primum antequam consideant mysteria
■sumant ; neque lanien die prima. 170. Post oblationem
distribuatur eis panis È|op-/.ccru.oû, antequam consi-
deant. 172. Non sedeat cum eis aliquis catechumenus
in agapis xuptaxaïç. 173. Edant bibanlque ad saliela-
' Epist. ad Diognet.. dans Opéra ■pair, apost... édit. F. X. Ftink,
in-8',Tubingen, 1887, 1. 1. p. 318.— «Tertullien, Dejejunio,n. xvii,
P L.. t. n, col. 1029. — 3 Orelli, Inscr. lat., in-8», Turici, 1828,
». 7181. — ' J.-B. Lightfoot, Apostolic Falhers, t. n, sect. 1,
p. 310. — * Ibid., sect. 2, p. 808. Sur les « Constitutions apos-
toliques », cf. F. X. Funk, Die apos'olischen Konstitutionen.
Bine literar-hsistorisake Untersucbnnq. in-12. Rottenburg, 1891,
p. 281-356; L. Duchesne, dans le Bull', crit.. 1892, t. xitu p. 81;
H. Achelis, dans Theoloq. Lileraturz., 1892, t. xvn, p. 493;
tem, neque vero ad ebrietatem ; sed in divina preesen-
tia cum laude Dei.
Canon 34, n. 174. Ne quis multum loquatur neve
clamet, ne forte vos irrideant, neve sint scandait}
hominibus, ita ut in contumeliam vertatur qui vos in
vitavit cum appareat, vos a bono ordine aberrare. 175.
Sed polius invitent eum constanter et totam familiam
ejus et videatur modestia uniuscujusque nostrum et
oblinealur magna dignitas exemplis Mis, qux in no-
bis conspiciuntur. 176. Oret autem quisque, ut sancti
introeanl sub tectum ejus; dicit enim salvator noster :
Vos estis sal terrée. 177. Quando autem episcopus ser-
mocinatur sedens, ceteri lucrum habebunt neque ipse
sine lucro erit. 178. Si autem absente episcopo pres-
byter adest, omnes ad eum convertanlur, quia ipse-
superior est ceteris in Deo, honorentque eum sicut
honoratur episcopus, neve contumaciter illi adversen-
lur. 179. Ipse vero distribuât panem È^opxio-u.oû, ante-
quam consideant, ut Deus agapen eorum prœservet a
timoré inimici utque surgant salvi in pace.
Canon 35, n. 180. Diaconus in agape absente presby-
tero vicem gerat presbyteri quantum perlinet aa ora-
tionem et frac tionem panis, quem invitatis distribuât.
181. Laico autem non convenit ut signet panem, sed
tanlummodo frangat, nihil prseterea faciat 182. Si cle-
ricus omnino non adest, quilibet suam partem come-
dat cum gratiarum actione, ut videant gentes mores
vestros cum invidia. 183. Si quis viduis cœnam parare
vult, curet, ut habeant cœnam et ut dimittantur ante-
quam sol occidat. 184. Si vero sunt multae, caveatur,
ne fiât confusio neve impediantur, quominus ante ves-
peram dimittantur. 185. Unicuique autem earum tri-
buatur sufficiens cibus potusque. Sed abeant, ante-
quam nox advesperascat.
L'agape que nous venons de décrire offre un caractère
que nous avons signalé dans d'autres documents : les
convives pourront manger et boire suivant la nécessité
de chacun. Ainsi que le prescrivait saint Ignace d'An-
tioche aux Smyrniotes, l'agape est présidée par l'évêque;
d'autre part elle nous apparaît, comme dans la description
deTertullien, encadrée par un rituel de prières et de chants,
et se célèbre à la même heure, vers la tombée du jour.
L'intérêt principal de la description donnée par les
canons réside dans deux mentions trop brèves : exclu-
sion formelle des catéchumènes de l'agape ; distribution
au commencement du repas par le président, évèque,
prêtre, diacre ou laïque, du pain dit « de l'exorcisme ».
L'admission des fidèles exclusivement au repas de
l'agape donne lieu de penser que la réunion comporte
une partie liturgique ; en l'état des documents on ne
saurait dire rien de plus. Quant à la nature « du pain
de l'exorcisme », on est réduit à des conjectures; il est
nécessaire de remarquer que ce pain paraît avoir droit
à la qualification qu'il porte dès avant la réunion, car il
est dit que l'évêque ou le prêtre le distribuent aux
convives, mais il n'est fait nulle mention d'une béné-
diction prononcée sur ce pain; bien plus, un diacre et
même un laïque suffisent à cette distribution, ce dernier
toutefois ne pourra faire le signe de croix sur le pain,
mais il devra le rompre de suite. On voit que si la
qualification de « pain de l'exorcisme » était attachée à
une cérémonie qui ouvre l'agape, le pain distribué par
un laïque ne remplirait pas la condition, dès lors il n'y
aurait pas agape ou bien il y aurait agape incomplète. Il
P. Batilïol, dans la Revue historique, 1894, t. UV, p. 144 ; F. E.
Brightman, Liturgies eastern and western, in-3% Oxford, 1896,
t. i, introd., p. xvnsq. — "P. Batiffol, La littérature grecque,
in-12, Paris, 1897, p. 159. G. Morin, Revue bénédictine, 1900,
p. 241 sq., donne aax canons d'Hippolyte une origine égyptienne.
— 'L. Duchesne, dans le Bull, cru., 1891, t. XII, p. 41. — » P.
Batiffol, dans le Dictionn. de théologie, de Vacant, au mot
Agape, t. i, col. 553. Le texte dit fautivement xuçtaxij pour
xuçiaxç.
807
AGAPE
803
semble donc légitime de conclure que le « pain de
l'exorcisme » tenait son nom d'une bénédiction reçue
dans une cérémonie antécédente ; peut-être était-ce une
eulogie bénie à la messe le matin ou dans les jours
précédents. Une autre observation concerne le rite men-
tionné de la fraction de ce pain avant sa distribution.
Ni l'évèque, ni le prêtre ne paraissent faire cette
fraction, mais peut-être n'avons-nous ici qu'une omis-
sion ; ce qui est le plus important pour nous c'est la
mention de la fractio panis par un diacre et même par
un laïque pourvu qu'il préside l'assemblée *. Ce terme
de fractio panis que l'on a cru réservé à l'eucharistie
dans l'antiquité 2 s'appliquait donc à un rite qu'un
laïque pouvait accomplir 3. Était-ce simplement' par
analogie entre ce rite et celui par lequel l'évèque con-
sacrait le corps du Christ? C'est possible, nous dirons
même que c'est probable, et nous en donnerons pour
raison l'exclusion des catéchumènes que nous signalions
plus haut. Si on admet que l'agape décrite par les
canons d'Hippolyte s'ouvre par un rite calqué sur celui
de l'eucharistie, cette exclusion s'explique, elle s'impose
même: en outre nous n'aurons pas ici une eucharistie,
mais simplement ce que nous appellerions aujourd'hui
une messe blanche. Peut-être la fractio panis dont nous
avons parlé plus haut (col. 797 et fig. 172) représente-t-elle
une agape avec le « pain de l'exorcisme » ; l'analogie
avec le rite eucharistique pourrait expliquer en pareil
cas la présence du calice et des pains avec la posture
couchée des convives, posture incompatible avec la
réception du sacrement.
L'agape serait donc devenue un mémorial de l'eucha-
ristie, mémorial elle-même de la mort du Christ.
Nous mentionnerons trois autres sources disciplinaires,
moins importantes assurément que les Canons d'Hip-
polyte, mais qu'il est néanmoins utile de connaître. Ce
sont : 1° La Constitution apostolique égyptienne : A';
ciaïayoc: ai 8iâ K/.-f^i.v/xo; scaï xavôveç exx^i)0~iao*Tixol tffiv
àyior/ aTrooràXuiv 4 ; opuscule d'origine égyptienne qu'on
peut attribuer à la fin du ine siècle. — 2° La Didascalie
ou doctrine des douze apôtres et des saiiits disciples
de Notre Sauveur 6, ouvrage écrit primitivement en grec
vers la première moitié du m8 siècle et dont la version
syriaque, qui porte les marques de rajeunissement, peut
dater de la seconde moitié du même siècle. — A" Le
Testament de Notre-Seigneur Jésus-Christ qui ne pa-
rait pas antérieur au milieu du iv siècle c. Ces textes,
' H. Achelis, Die Canones Hippolyti, dans Texte und Unter-
such., in-8\ Leipzig, 189-1, p. 105-111. — SJ. Wilpert, La Fractio
panis rappresentata in affresco cimiteriale delta primametà
del sec. u, in-4% Roma, 1894, p. 9 : « Ora l'antichità non conosce
che una sola fractio payas, cioè la Hturgica, la quale précède la
communione. » — 3La fresque romaine que nous reprodu
(fig. 172) n'autorise pas à déterminer le caractère dont est
revêtu le président : elle s'accorde sur ce point avec le texte des
canons en ce qu'elle laisse supposer un évêque, ainsi que le
veulent la Didaché et saint Ignace, ou bien un simple it président
des frères », ainsi que le veut saint Justin, on enfin le senior qui
prxsidet dont parle Tertullien. — iCod. Vindobon. iiist. gr.rc..
U5, d'après lequel l'opuscule a été publié pu Pitra, Juris eccl.
grzee. Iiist. et monum., in-4% Romae, 18G4, t. I, p. 75; A. Ilil-
genfeld, Novum Testant, extra canonem receptum, in-8 ,
Leipzig, 1884, p. 111 ; A. Harnack, Gesch. der altchristl. Li-
teratur, in-8*, Leipzig, 1893, t. I, p. 4M ; t n, p. 532; le même,
Die Quellen der soyenannten apostolischen Kirchenordnung,
in-8", Leipzig, 188b ; L. Duchesne, dans le Jhill. critique,
t. vu, p. 361. La partie liturgique est reproduite dans D. Ca-
brol et D. Leclercq, Monum. Eccl. liturg., in-4", Paris, 1902,
t l, n. 2533-2549. Le texte grec que nous citons est l'ouvrage de
P. de Lagarde-Boetticher dans Bunsen, Analecta antenicxna,
in-8", Londini, 185'i, t. II, p. 401 sq. L'original copte dont il s'est
servi pour reconstituer le texte grec ofTrait d'assez sérieuses
difficultés, cf. toc. cit., p. 40, et présentait de notables différences
avec le texte thébain publié par H. Tattam, Apostolic constitu-
tions in Coptic, in-8*, London, 1848. — " Cod. Sangerman.
tyr. 38, du i.v ou x' siècle, publié dans une traduction grecque
que leur étendue ne nous permet pas de transcrire, ne
modifient aucun des résultats auxquels nous sommes
parvenus1.
IX. Lieux de réunion pour l'agape. — Avant de
quitter le IIe siècle nous voulons mentionner des textes
épigraphiques qui peuvent avoir quelque rapport avec
notre recherche. La compénétration évidente entre les
usages des collèges funéraires et ceux des collèges d'a-
gapes nous donne lieu de penser que l'agape a pu être
célébrée parfois dans des hypogées chrétiens. Les hypo-
gées construits sous l'empire offrent généralement deux
étages, l'inférieur destiné aux inhumations, le supérieur
servant aux réunions familiales et aux banquets funè-
bres. L'épigraphie païenne met cet usage en pleine
lumière; une pierre de Pouzzoles s'exprime ainsi :
CVBICVLVM SVPERIOREM AD CONFREQVEN-
TANDAM MEMORIAM QVIESCENTI VM s. c'est b'en
ici le CVBICVLVM MEMORIAE que nous trouvons dans
une inscription0 et que mentionne et décrit le célèbre
testament de Bàle : [Ccllam quant] sedi/icavi mémorise,
perfici volo ad exemplar quod cledi, ita ut exedra sit
eo, in qua statua sedens ponatur marmorea ex lapidé
quant optumo transmarino... Lectica fiât sub exedra
et II sitbsellia ad duo latera ex lapide transmarino.
Strattti ibi sit quod slernatur per eos dies, quibus cella
mémorise aperielur... araque ponatur ante id œdifi-
cium ex lapide lunensi... in qua ossa mea reponantur.
Cludaturque id œdi/icium lapide lunensi, ita ut facile
aperiri et denuo cludi possit 10. Une inscription men-
tionne un cubicnlum pourvu d'un solarium, sorte de
terrasse couverte au sommet de l'édicule où l'on célébrait
le banquet funèbre :
D- M
AVRELIVS- VITTALIO-HANC
MEMORIAM-CVM -SOLARIO-
ET CVVICVLO-A SOLO ■ FECIT
SIBI-ET-AELIAE-SOFIADI-CONIVGI etc.*'.
D'autres lituli sont plus explicites encore; une in-
scription trouvée à Rome sur la sépulture d'un ménage
africain s'adresse aux parents et amis des défunN :
AMICI ET PARENTES HABEATIS DEOS PROPI-
TIOS SALVI HVCAD ALOGIAM VENIATIS HILARES
CVM OMNIBVS12; l'épigraphe du collège d'L'sculape .'t
d'Hvgie est ainsi libellée : LOCVM AEDICVLAE CVM
PERGVLA ET SOLARIVM TECTVM IVNCTVM IN
par P. de Lagarde-Bcetticher, Analecta antenic.vna, in-8*, Lon-
dini, 1854, t. n, p. 45 sq. Cf. S. Munck, dans Cureton, Coiyas
i ,,alianum, in-8-, London, lsV.>, p. 342. Une version latine de
cet écrit a été trouvée sur un ms. palimpseste de Vérone, elle
peut remonter au l\" siècle. E. llauler. lune tateinische Palim-
psestiibersetzung der Didasc. apost., in-8-, Wien, 1890; le
même, Didascalix apostotorum fragmenta veronensia latina.
Accédant qui dicuntur apostol. et ecclestastici canones, in-s-,
Leipzig, 1900. — "Ignat. Epbr. Rahmani, Testamentum Donnai
nostriJesu Christi, in-'r, Moguntite, 1899. Cf. H. Achelis, dan»
Theoloy. Literatttrzeituny, 26 décembre 1899 ; Church quar-
terty review, janvier et avril 1900; Colltns, dans The Guardian,
0 décembre 1899. —'Bunsen, Analecta anteniceena, t. n,
p. 469 sq. ; E. Hauler, Didascalise apostotorum, p. 113 sq.,
n. i.xxv-lxxvi; J. E. Rahmani, Testamentv 1. I,
c. xxxii, p. 77; 1. II, c. xi, xiii, p. 133, 135. — "De Petra, dans
Giornaledegli scavi di Pompa, lai'.'. 1. 1. p. 242. — »R. Fabretti,
i,.<riij>t.antiq.quxin KdUntBptttei intur, expUcatie,
in-fol., Romae, 1699, p. 103, n. 240. — ,0De Rossi, Bull, di or, h.
1868, p. 48, 94 sq. ; 1864, p. 26 sq.; E. Hubner, dans Anmili
dell' Istit. di corrisp. arch., 1864, p. 205 sq. — *' De Rossi, Roma
sottermnea, in-fol., Roma, 1877, t. ni, p. 89. Disposition anal. une
ui-Callixte où la basilique supérieure, probablement détruite
pendant la persécution de Dioctétien, <i< \ ait ser\ ir île salle de ban-
quets; dans la suite elle devint la basilique de Saint-Sixte II et de
Sainte-Cécile. — " Bull, dell' Istit. di corrisp. archeol., 1858,
p. 116; De Rossi, toc. cit.. t. m, p. 475 : « Alogia fu dette il conxito,
Iterd: e dall" essore state l>- funebrl mlogie célébrais
nei terrazzi, salaria, parcui derivato il volgare loggia, bal vue. •
809
AGAPE
810
QVO POPVLVS COLLEGII EPVLETVR l. A cet effet
on construisait une perguîa en maçonnerie, recouverte
de fresques, et on lui donnait parfois la forme d'un véri-
table triclhiium. Tel fut le triclinium chrétien bâti en
avant du vestibule du cimetière de Domitille avec le
réduit qui lui est annexé contenant un puits et une fon-
taine. Il s'agit ici d'une véritable schola sodalium sem-
blable à celles des sodalicia païennes destinées aux ban-
quets funéraires; ses proportions, observe De Rossi, sont
considérables, parce que, au moment où cette schola fut
bâtie, il ne s'agissait plus des convives peu nombreux
d'une seule famille, mais de ceux d'une confrérie éten-
due 2. Or cette schola se trouve accolée à l'entrée même
du cimetière.
Au jugement de De Rossi, qui invoquée ce sujet l'ana-
logie des monuments païens, la disposition de l'hypogée
juif de la vigna Randanini et les inscriptions des con-
fréries païennes, il ne peut y avoir l'ombre d'une
hésitation sur la destination de ce local : « l'atrio
on les désignait sous le nom de scholse. La schola du
collegium Siluani, contiguë au cimetière de Callixle,
était une belle salle de forme ronde1; celle des sodales
Serrenses, près de la voie Nomentane, pouvait contenir
cinquante convives commodément assis8. Si la confrérie
était trop pauvre elle se réunissait au cabaret 9, mais
d'ordinaire elle trouvait un bienfaiteur qui loumissait
un local pour ses réunions l0 :
C • H E D V
L E 1 V S
IANVARIVS Q Q
A R A M S
0 D A L 1
B V S • S VI S ■
SERRE
N • S 1 B V S •
D O N V Wl
POS VI T ET
LO C V M
SCHOLE IPSE ACQVISIVIT
« Suivant les pays, le local portait des noms diffé-
rents11; »en Atrique, une célèbre inscription chrétienne
173. — Plan de la Schola sodalium christianorum, de l'hypogée de Domitille. D'après Bullel. di arch. crist., "1865. p. 96.
A. Vestibule de l'hypogée adossé à un renflement du sol qui a été aplani dans ce but3. Le vestibule primitif était orné d'un beau
revêtement de briques et couronné d'une corniche. Au-dessus de la porte de l'hypogée, à hauteur de la corniche était posée l'in-
scription. Ce vestibule est de la meilleure époque de» constructions impériales*, mais il a été abîmé sur ses deux côtés par des
constructions postérieures en tui. — B. E. Cette salle est certainement antérieure à la paix de l'Église, car elle commande l'entrée
de la chambre D dont les peintures ne peuvent être reportées au delà du nr siècle. Autour de la salle court une banquette1 qui
s'interrompt devant l'entrée de la chambre D et du réduit F, tous deux contemporains par conséquent de la construction. Au
milieu du réduit F se trouve un puits; on voit encore sur les parois latérales les chambranles en travertin supportant la poulie qui
soutenait le seau à puiser; à droite un réservoir apporte l'eau à la vasque G; à côté de la vasque, une niche a été taillée dans la
muraille afin qu'on y déposât les vases et autres ustensiles.
eostruito innanzi al cemetero di Domitilla è una schola
ad uso principalmente di triclinio per le agapi sacre 6 »
(fig. 173 et 174).
Lorsque les tnclinia étaient la propriété d'un collegium
'R. Fabretti, loc. cit., p. 724, n. 443; Orelli, Inscr. lat. antiq.,
in-8% Turici, 1828, n. 2417; G. Boissier, La religion romaine,
in-8*, Paris, 1874, t. n, p. 298. Voyez la représentation de ces
pei'gulse, trichilx, triclix avec leur puits ombragé d'une ton-
nelle, dans Campana, Di due sepolcri romani del secolo di
Augusto scoperti tra la latina ht l'Appia, in-4", Roma, 1840.
— * De Rossi, Bull, di arch. crist., 1805, p. 97. — 3 Notons une
disposition semblable à la sépulture des Nason, taillée dans la
roche vive sur la voie Flaminienne; cette disposition n'est pas
rare dans les constructions importantes de l'époque romaine; on
taille de même souvent dans une colline, afin d'asseoir à moins
de frais une partie des gradins des amphithéâtres (voir ce mot).
— *Le f.tyle en est plus antique et plus pur que celui de la façade
de la crypte de Saint-Janvier au cimetière de Prétextât, ouvrage
de Césarée de Maurétanie nous montre un bienfaiteur
construisant à ses frais une cella mémorise jointe à l'hy-
pogée, mais ici l'hypogée est une area à ciel ouvert et
la cella aura servi aux banquets funèbres. Il est à
qui date de l'époque de Marc-Aurèle. Cf. De Rossi, Bull, di
arch. crist., 1863, p. 20. — *C. L. Visconti, dans Antiali dell'
Istit. de corrisp. arch., 1868, p 387, décrit le local des réunions
des sodales Serrenses près de la voie Nomentane. Il y a observé
une banquette établie dans les mêmes conditions : a in essa re-
gnava intorno un sedile continuo, dipinto di color rosso cupo. b —
» De Rossi, Bull, di arch. crist., 1865, p. 97. — ' De Rossi,
Roma sotterranea, t. ni, p. 475. — 8 C. L. Visconti. dans Annati
del Istit. di corrisp. archeol., 1868, p. 387. — "Dion, HUl.
rom., 1. LX, c. vi. — ,0P. E. Visconti, dans Oiornale di Borna,
9 juin 1864 ; De Rossi, Bull, di arch. crist., 1864, p. 57 ; Le même,
Roma sotterr., t. m, p. 475; C. L. Visconti, dans Annali dell'
Istit. di corrisp. arch., 1868, p. 387. — " G. Boissier, La religion
romaine, in-8% Paris, 1874, t n, p. 297.
811
AGAPE
812
remarquer que la colla, et 1res probablement aussi
Yarca. sont remises à l'Église locale qui pourra ains
surveiller les agapes funéraires qu'on y fera sous la pré-
sidence des membres du clergé. L'inscription se place
entre les années 258 à 304 (lig. '175) '.
L'épigraphie romaine ne nous fournit aucune attesta-
tion d'une cclla ou d'une schola d'agapes aussi explicite
que l'inscription dédicatoire de Césarée de Maurétanie.
Deux d'entre les plus anciens liluli chrétiens méritent
cependant d'être rapportés à cause des rapports qu'olfrent
leurs formules avec celles des liluli païens mentionnant
Cette formule est absolument nouvelle dans l'épigra-
phie antique où on ne rencontre nulle part l'exclusion
funéraire portée au nom d'un dissentiment religieux,
pas plus que la communion entre fidèles d'une secte
n'est un titre à l'admission d'un coreligionnaire dans
un tombeau étranger. La relligio n'était pour un païen
que le sentiment religieux, non la foi religieuse à telle
ou telle forme de croyance et de culte. Religio mea
ne pourrait être que le fait d'un Juif ou d'un chrétien,
les uns et les autres professant, on le sait, une pro-
fonde horreur pour la promiscuité du cadavre des in-
174. — Vue de la Schola sodalium chnstianorum de l'hypogée de Domitille, servant de salle d'agapes.
D'après Bullet. di arch. crist., 1865, p. 96.
la fondation d'un cubiculum pourvu d'une annexe pour
les banquets funéraires2.
10
M O N V M
E N T V M
V A L E R 1 M
ERCVRI
ET IVLITTES
1 V Ll A N
IET QVINTILIES
VERECVNDESL1
BERTIS •
.IBERTABVSQUE
POSTE
R ISQVE
EOR V M
IV T RELIGIONE
M PERTINENTES
MEAM
HOC A
MPLIVS
IN CIRCVITVM
Cl RCA
MONVMENTVM
LATI
LONGI
PER PEDES BINOS
QVOD
PERTIN
ET AT
1 P S V M
M O N V
MENT
1 A. Berbrugger, dans la Revue africaine, 1856, t. i, p. 110,
n. 4; p. 462; Catalogue du musée d'Alger, in-8", Alger, p. 66,
n. 166; L. Renier, Recueil des inscr. rom. de V Algérie, in-'r,
Paris, 1855, n. 4025; De Rossi, Bull, di arch. crist., 1864,
p. 28; Wilmanns, dans Corp. inscr. lat., t. vin, n. 9589; Ba-
bington, dans Dictionary of christ, antiq., au mot Ini-
tions ; P. Allard, dans Les lettres chrétiennes, t. il, p. 73; De
Rossi, Roma sotterranea, t. i, p. 107; D. Cabrol et D. Leclerco,.
Monum. Eccl. liturg., in-4% Paris, 1902, t. I, n. 2808. Pour
l'expression cella memorim, cf. le Testament de Bàle, que nous
fidèles; il n'est pas aisé de se décider en faveur de l'un
(Nt de l'autre, cependant De Rossi termine la longue étude
qu'il consacre à l'inscription en disant : « Mi sembra
perôprobabfle essere epigrafe cristiana*. » Nous aurions
donc ici une inscription que sa paléographie place
vers la seconde moitié du n« siècle et son texte un
peu plus tôt, sous les Flaviens peut-être, Xerva, ou
Trajan. Valérius Mercurius ouvrait un hypogée à tous
ses coreligionnaires parents et affranchis et à leur ascen-
dance; ce que nous avons dit de l'analogie des u*
païens avec les chrétiens donne lieu de penser que
l'hypogée contenait une salle destinée à la célébration
du banquet des agapes.
Une autre inscription presque aussi antique que la
précédente et trouvée en 1853 au cimetière de Domitille
avons rit.1 plus haut. La ligne 5 de l'insmrti.n prend le supplé-
ment • itatat et se lit ainsi : Evelpius vos (salutat) tatoê sancto
SpiritU. La ligne 6 : Ec{c)lfsi<i fratrun, hune l uittfMÏ titulum
m[armofeum] a[nno] r (i. e. primo) Sevniani cQarieaitat) ivi),
Cf. col. 774. — !De Rossi, Rull. di arch. crist.. 1866, p. 37, 54,
92; Corpus tnscrtptfomwi terwarwn, t. vi, n. 10418 ;D. t.abrol
etD. Leclercq, Monument* Becteste liturgica. in-4\ Parisiis,
1902, t. i, praef., p exi iv, n. 43». Cette insori] n,n a «Hé trou-
vée dans la villa Patriii. — 3De Rossi, Bull, di arch. crist,
1865, p. 95.
813
AGAPE
814
mentionne l'attribution d'un hypogée à un groupe de
fidèles, et ici encore la supposition est permise d'une
pergula ou d'un trielinium attenant à l'hypogée '.
M CS A N T O N I
VSPRESTVTV
S CS F E C I T CS Y P O
GEVSIBI£5ETCf
5 SVISPFIDENTI
BVS IN DOMINO
La formule se rencontre encore à l'extrême limite de
la période des persécutions, alors même que peut-être
l'institution funéraire était privée de son trielinium, de
sessodales; en tous cas nous n'en voyons aucune trace dans
sait la répugnance des anciens pour la fosse commune,
le putieulus 3; c'est ce qui explique 1 extension prise par
les collèges funéraires qui assuraient à leurs sociétaires
la consolation de penser qu'ils reposeraient après leur
mort dans le columbarium et auraient chacun leur
plaque de marbre où leur nom serait gravé*. C'est un
pareil bienfait que Valérius Mercurius et M. Antonius
Restutus procuraient à leurs esclaves et clients appar-
tenant comme eux au christianisme, mais la situation
légale ne permettant pas la fondation d'un collegium
fune.ralicium christianorum, les hypogées destinés à la
sépulture des fidèles ne portèrent aucune mention lais-
sant soupçonner l'existence d'un collège, ni les mots
collegium, cubiculum, schola, pergula, ni rien de ce
ÎIAMATSEPVlJCFRACVirORV^RBtC
GELLAM SUYITSVIS C VN€TÏ| SVf
ESÂNCÏMHÀMCRELiWft
AIRES PVROlE*
l fi
^EVELPIVSVOSSATOSANCTÔSÇIRI
DUNGA.STFR1-
Inscription de la cella d'agapes, à Césarée de Maurétanie. Musée d'Alger. D'après une photographie de M. Gsell.
la précieuse inscription du diacre Sévère qui mentionne
néanmoins les deux chambres :
Cubiculum duplex cum arcisoliis et luminare
Jussu p(a)p(m) sui Marcelli diaconus iste
Severus fecit, mansionem in pace quietam
Sibi suisque memor, etc. -.
Ces deux inscriptions, contemporaines, ou peu s'en
faut, de l'état de choses signalé par Pline à Trajan, tirent
en grande partie leur intérêt de leur imprécision. On
«De Rossi, Roma sotterr., t. I, p. 109, 188; D. Cabrol et
D. Leclercq, loc. cit., t. i, prasf., p. CXLV, n. 2860; De Rossi,
Bull, di arch. crist., 1865, p. 95. — 'De Rossi, Inscr. christ,
urb. Romx, in-fol., Romee, 1861, p. cxv : cubiculum duplex
exeunte sxculo tertio vel ineunte quarto a Severo diacono
excisum exornatumque esse inscriptio testatur. — 3 Horace,
Satyr., 1. I, vm, vs. 8 sq. — *Pour les plus malheureux, ceux
dont le maître faisait jeter le corps dans les puticuli, ils sa-
vaient du moins que quelques amis leur feraient « des funérailles
imaginaires », comme il est dit dans l'inscription de Lanu-
vium, 1" colonne, lignes 24, 25, 32. — 5 Aringhi, Roma sotterr.,
in-fol., Lutetiaî Parisiorum, 1659, t. i, p. D24; t. n, p. 625; Bol-
detti, Osservazioni, in-fol., Roma, 1720, p. 232; Mabillon, Iter
italicum, in-4°, Lutetiae Parisiorum, t. i, p. 135 ; Fletwood, Syl-
loge inscript, antiq., in-8°, Londini, 1691 ; A. Zaccaria, Storia
letter. d'italia, in-8", Modena, 1751, t. n, p. 406, 407; t. xit, p. 410;
le même, De veterum inscript, usu in rébus theologicis, c. m,
in-4% Venetiis, 1761 ; Mamachi, Orig. cnmst., in-4', Roma?, 1749,
1. 1, p. 433; in-4", Romœ, 1846, t. I, p. 432; Georgi, Ad martyrol.
Adonis, in-fol., Roma, 1745, L n, p. 486; Lami, De eruditione
apostolorum, in-4*, Florentiœ, 1733, p. 221 ; Orsi, Stor. eccl.,
in-8% Ferrare, 1746, t. n, p. 101 ; Marini, dans Mai, Script, veter.
nova coll., in-4-, Romœ, 1831, t. v, p. 361, n. 4, et p. 469 pour les
lectures de Doni ; Ch. Kortholt, De persecutionibus Ecclesiae sub
imperatoribus ethnicis deque veterum christianorum crucia-
tibus tractatus, in-4% Kiloni, 1689, p. 209; Greppo, Trois mé-
moires sur l'hist. ecclés., in-8', Paris, 1840, 3' mémoire, p. 242;
Cruice, Hist. de l'Église de Rome sous les pontificats de S. Vic-
tor, de S. Zéphyrin et de S. Calliste, de l'an i92 à l'an 22 U, un
tiède avant le concile de Nicée, in-8', Paris, 1856, p. 192; Lettre
qui pouvait donner l'éveil sur les réunions et les repas
des sociétaires secrets dans la salle annexe de l'hypogée.
Nous avons donc ici une étape sur le stade franchi par
le banquet funèbre jusqu'à sa constitution en collège
funéraire, c'est la confrérie secrète tenant les réunions
de ses affiliés dans des locaux qui n'étaient pas, semble-
t-il, à l'abri des irruptions de la police. Nous citerons
à ce sujet, quoiqu'en l'entourant des plus extrêmes ré-
serves3, une inscription dans laquelle nous trouvons
signalée une réunion illégale soudain dispersée par la
de J.-B. De Rossi à M'", vicaire général du diocèse de Reims,
sur le martyre de saint Venerius, dans la Revue archéulug.,
1856, t. xin, p. 146 sq. ; Renan, Origines du christianisme, in-8°,
Paris, 1879, t. VI, p. 293, note 1; L. Rénier, dans L. Perret, Le»
catacombes de Rome, in-fol., Paris, 1852, t. vi, p. 73; W. H. Wi-
throw, Catacombs of Rome, in-8% London, 1876, p. 77; D. Ca-
brol et D. Leclercq, Monum. Ecoles. Htwro/., in-4", Parisiis, 1902,
t. I, prœt., p. cxxxn, n. 3364. Nous ne saurions rien dire au delà
pour cette inscription, sinon qu'elle est douteuse. On l'a suspec-
tée à raison des symboles, mais la palme et la croix sont antiques ;
quant au chrismon, sa présence sur une épitaphe de la galerie
des Acilii dans la catacombe de Priscille, qu'on ne peut faire des-
cendre après le début du nr siècle au plus tard, résoudrait les
objections qu'on avait élevées. Cf. J. Wilpert, Fractio panis, in-4%
Paris, 1896, p. 47. Quant à l'époque de l'inscription nous ne pou-
vons que répéter ce que nous avons écrit ailleurs : « Au sujet de
la mention d' Antonin, je crois qu'il faut l'entendre ici de Sévère
Antonin, car on sait que cet empereur entra par une adoption fic-
tive dans la postérité de Marc-Aurèle, quinze ans après la mort
de celui-ci. Reportée à cette époque, je trouve un rapprochement
qui ne laisse pas que de retenir l'attention entre ce témoignage de
l'insécurité des catacombes et deux textes qui se rapportent à la
persécution de Sévère Antonin. Tertullien écrit : Quotidie obside-
mur, quotidie prodimur, ne in ipsis plurimum cœiibus et
congregationibus nostris opprimimur, Apolog., c. vu, P. L.,
t. I, col. 359; Scitis et dies conventuum nostrorum, itaque et
obsidemur et opprimimur et in ipsis arcanis congregationi-
bus detinemur. Ad nationes, 1. I, c. vu, P. L.. t. i, col. 639. »
Cf. D. Cabrol et D. Leclercq, lue. cit., t. i, prœf., p. cmkxii.
note 1.
€15
AGAPE
816
justice qui s'empara d'un des assistants à qui il en coûta
la vie. Il est l'ait mention des occupations des affiliés en
ces termes : 0 tempora infausta quïbus inter SACHA et
vota ne in cavernis quidem salvari possimus. Voilà bien,
semble-t-il, le caractère délictueux prévu et formellement
indiqué parmi les circonstances qui mettent une réu-
nion sous le coup de la loi : Sub prsetexlu nEUGiùNis,
vel sub specie solvendi voti, cœtus illicitos ncc a vete-
ranis tentare oporlet*. S'agit-il en définitive de l'eu-
charistie et des agapes? on peut le soutenir si on se
rappelle que la réunion décrite par Tertullien, et dans
laquelle nous avons cru reconnaître le banquet des
agapes, comporte une sorte de conseil de discipline
qui prononce au besoin l'exclusion des confrères indi-
gnes.
ALEXANDER MORTVS NON EST SED VIVIT SV-
[PER AS
TRA ET CORPVS ID HOC TVMVLO QVIESCIT
[VITAM
EXPLEVIT CVM ANTONINO IMP-QVI VBI MVL-
[TVM BENE
FITII ANTEVENIRE PREVIDERET PRO GRA- ,
[TIA ODIVM &
REDDIT GENVA ENIM FLETENS VERO DEO fft,
[SACRIFICA ^
TVRVS AD SVPPLICIA DVCITVR O TEMPORA
[INFAVSTA
QVIBVS INTER SACRA ET VOTA NE IN CAVER-
[NIS QVIDEM
SALVARI POSSIMVS QVID MISERIVS VITA SED
[QVID MISERIVS IN
MORTE AVM AB AMICIS ET PARENTIBVS SEPE-
[LIRI
NEQVEANT TANDEM IN CAELO CORVSCAT
VIXIT OVI VIXIT IV-XTEM. [PARVM
l
X. Collège d'agapes. — Une stèle de pierre dure,
haute de 0m58, large de 0m29, trouvée à Fano (Fanum
tortunœ), nous fournit la précieuse indication d'un
collcgium chrétien célébrant son repas de corps avec
régularité :
L O C • S E P •
CONVICTOR
QVIVNA EPVLO
VESCI SOLENT
5 IN FR-PHlilNAGR
P-XX
Loc(us) sep(ullurœ) [collegii] convie tor(urn) qui uno
epulo vesci soient.
In fr(onte) p(edes)... in agro p(edes) viginti2.
De Rossi estime avec raison que les collèges païens
n'avaient aucun besoin de dissimuler leurs associations
' Digeste, 1. XLVII, tit. XI, 2. — '- Muratoiï, Novus thés. vet.
inscript., p. ccccxr-i, n. 7; S. Maffei, Muséum Yeronense,
in-fol., Veronœ, 1749, p. 362, n. 10; J. C. Orelli, Inscript,
latin, sélect, ampliss. coll., in-8% Turici, 1828, t. Il, p. 231,
n. 4073 ; Corp. inscr. lat., t. xi, n. 6244. Cette dernière édi-
tion supprime, à la ligne 6*, les chiffres xx ; M. Armellini, Lc-
zioni di archeologia cristiana, in-8% Romae, 1898, p. 357. —
'De Rossi, Bull, di arch. crist., 1804, p. 62. — *G. Boissier, La
lettre de Pline au sujet des chrétiens, dans la Revue archéol..
1876, t. xxxi, p. 119 sq. De cette ingénieuse reconstitution de
l'édit primitif de persécution (ci. Actes des martyrs, col. 417)
rapprocher la réponse ordinaire : Christianus sum, qui est à
elle seule l'aveu de la culpabilité et la résistance à la loi : Chri-
stiani non sint. Cf. De Rossi, Bull, di arch. crist., 1865, p. 94. —
— 5 Paléographie musicale, in-4", Solesme, 1896, t. v, p. 55. —
* Tertullien, De corona, c. m, P. L., t. Il, col. 78-79. — ' Ibid.,
cf. Tertullien, De exhortât, castitatis, c. xi, P. L., 1. 11, col. 975:
Et jam receptœ apud Deum, pro cujus spiritu postules, pro
•quo oblationes annuas reddas. — 8 Epist. Eccl. Lugdun., xvn,
dans Ruinait, Acta sincera, in-4% Paris, 1689, p. 57 : Les con-
au moyen d'une périphrase 3, tandis que c'était une
question de prudence élémentaire de la part des chré-
tiens de cacher leur nom véritable sous un régime qui
faisait du nom même de chrétien un acte délictueux :
nomen in causa est1'.
XI. Oricines du culte des martyrs et l'agape. — Les
réunions liturgiques destinées à commémorer la mort
du Christ et sa résurrection nous ont fait voir aux ori-
gines du culte chrétien l'influence active des rites lu-
nèbres. L'impossibilité de réitérer quotidiennement ou
hebdomadairement le repas pascal et la dignité toute
nouvelle que la consécration de l'eucharistie donnait
désormais à ce repas concouraient à faire du sacrifice
le mémorial exclusif de la passion, de la mort et de la
résurrection du Christ, mémorial vraiment funéraire,
ainsi que ne permet guère d'en douter le récit histo-
rique qui introduit la partie la plus solennelle du sacri-
fice et qui se trouve être en même temps la partie essen-
tielle puisqu'elle contient les paroles de l'institution
sacramentelle. Or nous avons sur ce point l'unanimité;
aucune liturgie ne s'est dégagée du mémorial funéraire 5.
Mais nous touchons ici à une extension nouvelle de
l'institution, extension qui, au dire de Tertullien, se
rattacherait à des traditions demeurées en usage dans
l'Eglise de temps immémorial : Si nulla Scriptura de-
lerminavit, cerle consuetudo corroboravit, quse sine
dubio de traditione manavit 6 ; et il énumère ces rites
traditionnels qui sont : le baptême, l'eucharistie, obla-
tiones pro defunctis, pro nataliliis annua die faci-
nius 7. Ainsi donc, dès la fin du IIe siècle, on assimile
au rite eucharistique la célébration des commémora-
tions funèbres et des anniversaires. Il est difficile de ne
pas être frappé de cette analogie entre le sacrifice mé-
morial de la mort du Christ et les oblations annuelles
en mémoire des défunts. Tertullien ne fait aucune
distinction parmi ces défunts et cependant on est en
droit de conjecturer que l'oblation ne s'étendit d'abord
qu'à ceux dont la mort rappelait celle du Christ, dont
ils complétaient la passion par leur propre martyre et
dont ils partageaient le titre8. Un intime rapproche-
ment s'était opéré dès la fin du Ier siècle entre la com-
mémoraison du Christ et celle des martyrs : l'autel du
sacrifice eucharistique leur était commun désormais; le
corps du Christ se consacrait sur la pierre qui contenait
les reliques de ses témoins sanglants : eïSov CnoxaTo)
toj 8'jaiao"Cï|piou tôç <J/UY.à; tùjv Èo-çafU-Evuv 8ià tbv Xoyov
toO fleoG xa\ 8ià ty)v jiaprjpt'av rtv sfyov9; « je vis sur
l'autel les âmes de ceux qui avaient souffert la mort
pour la parole de Dieu et pour le témoignage qu'ils
avaient en eux-mêmes. » Cette opinion est celle de saint
Maxime de Turin 10 : Convenienter igitur, dit-il, et
quasi pro quodam consortio ibi martyribus sepultura
décréta est, ubi mors Domini quotidie celebratur, sicut
ipse ait : Quoliescumque hxc feceritis, mortem meatn
fesseurs a n'osaient s'attribuer le titre de martyrs, ne permettaient
pas même qu'un leur donnât ce nom. Si quelqu'un des fidèles, soit
par lettre, soit de vive voix, les appelait ainsi, ils le reprenaient
vivement. Ce titre de martyr, ils le réservaient particulièrement
au Christ ». Même préoccupation de tirer la ressemblance enU-e
le martyre du Christ et celui de saint Polycarpe : « Presque tout
ce qui a précédé (son martyre) est arrivé afin que Dieu eut occa-
sion de nous témoigner combien ce martyre était en coniormilé
avec l'Évangile. » E. Le Blant, Les persécuteurs et les martyr»,
in-8\ Paris, 1893, p. 235 : « L'imiter (le Seigneur) dans sa vie.
comme dans son sacrifice, était pour (les martyrs) un suprême
honneur. Vénérés, salués entre tous ceux-là qui mouraient comme
le Maître : saint Pierre, sainte Blandine qui, liée à un poteau
du cirque et priant les bras étendus, sembla aux assistants l'image
du Christ lui-même; saint Théodule, crucifié comme lui; saint
Calliope expirant sur la croix au jour et à l'heure même où le Sau-
veur avait autrefois rendu rime. Si dans l'histoire d'un martyre
il est quelque trait rappelant le drame dénoué au Calvaire, les
fidèles se hâtent de le noter. » — «Apoc, vi, 9. — ,0S. Maxim»
de Turin, Sermon., lxxvh, P. L., t. lvii, col. 690.
817
AGAPE
818
annuntiabilis donec veniam. Scilicet ut qui propter
niortem ejus mortui fuerunt, sacramenli ejus mysterio
quiescant. Non inmerito, inquam, velut consortio
quodam illic occisi est tumulus constitutus, ubioccisionis
dominicse membra ponuntur; ut qitos cum Chrislo
unius passionis causa devinxerat, unius etiam loci re-
ligio copularet. Le traité De aleatoribus qu'on peut
faire dater du début du m" siècle1 associe sur l'autel le
Christ, les anges et les martyrs : Esto potius non alea-
tor sed christianus, pecuniam luam adsistente Chrislo
spectanlibus angelis et marlyribus prsesentibus super
niensam dominicam sparge2. Nous pouvons donc
tenir pour prouvé que le culte des martyrs a dépendu
dans une certaine mesure de la place donnée à leurs
reliques dès la plus haute antiquité, toutefois il faut
bien se garder de croire que cette contusion se soit
prolongée. De très bonne heure les martyrs eurent leur
commémoraison particulière; les Actes de saint Poly-
carpe, écrits en l'année 155, ne laissent pas de doute sur
ce point : OÔTtoç xe ï]u.eï; ûorepov avsXôu.evoi ta Tcu.ia>T£pa
XiOcov TroXuTeXtov y.a\ 8oxtu.(ÔT6pa \rnip xpuaiov ôorà av.oû
cfa:s6é[xe6a, ô'itou xa\ àxô>.ou0ov tjv. "Ev8a to; Suvatov Yif-ïv
auvayoïAÉvoi; âv àYaXXiâffci xai x*pà irapéÇei à xûptoç im-
TeXeiv ty|V toû [iapTupfou aû-uoû rjuipav fevsÔXtov, et'; te
ttjv T<3v 7ipor)8Xr|xÔTa)V u.v:rç(ju]v xat tôW u.sXXo'vctov uaxrtolv
te xa\ lToiu.a<riav 3. « Nous recueillîmes les ossements,
plus précieux que les pierreries et plus purs que l'or, et
les déposâmes en un endroit convenable, disent les
témoins oculaires du martyre. Ici, autant que possible,
nous nous réunirons et le Seigneur nous donnera de
célébrer l'anniversaire de son martyre en exultation et
joie, afin de renouveler la mémoire de ceux qui ont déjà
combattu, d'inspirer aux survivants un stimulant et de
les laire s'apprêter à subir le même combat. » Un siècle
plus tard cet anniversaire de saint Polycarpe était célé-
bré à Smyrne par une vigile et peut-être par une agape ;
nous en trouvons le témoignage dans les Actes de saint
Pionius, prêtre de Smyrne : Cum ante diem quam na-
talis Polycarpi adveniret (Pionius) cum Sabina et As-
clepiade dévolus insisteret jejuniis, vidit in somnis
sequenti die esse capiendum... Facta igitur oratione
sollemni, cum die sabbato sanctum panem et aquam
dégustassent 4. Aucun indice ne permet de faire de
Pionius un hérétique aquarien, on peut donc soupçonner
non sans raison qu'il s'agit ici d'une agape. A la même
époque nous trouvons en Afrique l'usage de célébrer le
sacrifice à l'anniversaire des martyrs : Sacrificia pro eis
semper, ut meministis, offerimus quoties martyrum
passiones et dies anniversaria commemoratione cele-
bramus°; et encore : Denique et dies eorum quibus
etccedunt annolate, ut commemoratione eorum inter
memorias martyrum celebrare possimus : quanquam
Tertullus... scripscrit etscribat ac signi/icet milii dies,
quibus in carcere beati fratres nostri ad inwwrtali-
tatem gloriosœ mortis excitu transeunt, et celebrentur
hic a nobis oblationes et sacrificia ob commemorationes
eorum, quse citovobiscum, Domino prolegenle celebra-
bimus*. C'est exactement l'institution signalée parTer-
tullien qui se continue; mais la célébration de l'eucha-
ristie se doublait maintenant de cérémonies qui ne nous
sont décrites qu'au moment où elles étaient complète-
ment dégénérées. A Carthage en particulier, le culte de
saint Cyprien avait donné naissance à des réunions dans
'A. Harnack, Der pseudocyprianische Tractât « De Aleato-
ribus », dans Texte und Untersuck., in-8% Leipzig, 1888, t. i,
fasc. 1. — « Corp. script, eccl. lat., in-8', Vindobonœ, 1870, t. I,
pars 3, p. 103. — 3 Martyrium Polycarpi, c. xvm, dans F. X.
Funk, Opéra pair, apost., t. I, p. 302. — * Passio S. Pionii,
n. 2, 3, dans Acta sanct., febr. 1. 1, p. 40. — B S. Cyprien, Epist.,
ixxiv, n. 3, P. L., t. iv, col. 323. — 8 Ibid., xxxvn, n. 2, P. L.,
t. iv, col. 328 sq. — 'S. Augustin, Sermon., cccxi, 5, P. L.,
t. xxxvm, col. 1415. — » Ibid. — "S. Augustin, Epist., xvi,
2, P.L., t. xxxii, col. 62. — ,0S- Augustin, Contr. Faustum,
lesquelles il est aisé de ressaisir la trace de l'institu-
tion primitive de l'agape sous sa forme de banquet fu-
nèbre. Les Carthaginois avaient pris peu à peu l'habi-
tude d'aller, le soir, danser et chanter autour du tombeau
de saint Cyprien. C'était pour les véritables fidèles un
sujet de scandale et de tristesse; afin de venir à bout de
cet abus, l'évêque de Carthage, Aurélius, institua auprès
du tombeau des « veillées », c'est-à-dire une sorte de
garde d'honneur dont la présence entravait les ébats
des danseurs et les contraignit bientôt à chercher abri
ailleurs. Ce fut depuis ce temps, rapporte saint Augustin,
que l'on célébra les vigiles en ce lieu 7 qui, « il y a
quelques années, avait été envahi par l'effronterie des
danseurs. Pendant toute la nuit; on chantait ici des
chansons criminelles, et, en chantant, l'on dansait8. »
Contrairement à ce qui se voit pour la plupart des
institutions, celle de l'agape semble n'avoir pas eu ses
périodes alternatives de ferveur et de décadence. Dès la
première heure et pendant toute la durée de son exis-
tence, la célébration recueillie de l'agape a sa contre-partie
dans la célébration bruyante et même scandaleuse.
L'abus sortait régulièrement de l'usage. C'est principa-
lement en Afrique que nous trouvons les indications
les plus précieuses sur l'agape au iv* siècle. La célébra-
tion du culte des martyrs y était l'occasion de désordres
si grossiers que les femmes honnêtes hésitaient à se
rendre aux offices et les païens en tiraient cette objection
contre ceux qui les pressaient de se convertir : « Pour-
quoi abandonner JupiUr pour se prosterner devant un
Mygdon, un Namphamo ? » disait Maxime de Madaure 9 ;
et le manichéen Faustus ajoutait : « Vos idoles, à vous
chrétiens, ce sont les martyrs, vous leur rendez un culte
semblable. C'est aussi par du vin et des viandes que
vous apaisez les ombres des morts 10. » On ne pouvait
plus nettement rattacher l'agape à l'antique coutume
du banquet funèbre. D'ailleurs les contemporains ne
faisaient pas difficulté de le reconnaître et de s'en
applaudir.
Plusieurs textes des Pères nous invitent à penser que
l'organisation d'agapes en l'honneur des martyrs fut le
résultat d'une prévoyance que saint Grégoire Ier explique
ainsi, en autorisant des agapes au jour de la dédicace
des églises pour les Anglais récemment convertis : Boves
soient in sacrificio Dœmonum multos occidere. Débet
his etiam hac de re aliqua solemnitas immutari, ut
die Dedicalionis, vel natalitio sanctorum martyrum,
quorum reliquise illic ponuntur, tabernacula sibi circa
easdem ecclesias, qux ex fanis commutatse sunt, de
ramis arborum faciant,et religiosis conviviis célèbrent* * .
Saint Paulin de Noie écrit de son côté :
... Ignoscenda tamen puto talia parvis
Gaudia qux ducunt epulis : quia mentibus error
Irrepit rudibus, nec lantx conscia culpx
Simplicitas pietate cadit (caret) maie credula sanctos
Perfusis halante mero gaudere sepulcris '*.
Nous avons eu déjà occasion de remarquer que
l'Église n'avait témoigné aucune espèce de répugnance
pour ces transitions et c'est presque à chaque institu-
tion du christianisme que nous trouvons ainsi un pro-
totype profane que la psychologie inviterait à pressentir
si l'histoire ne le montrait avec évidence13. « A l'aide
d'une pratique ancienne, dont la religion nouvelle
1. XX, c. xxi, P. L., t. xlii, col. 384 : Sacrificia paganorum
non vertimus in agapas, sed sacriflcium illud intelleximus :
Misericordiam volo quam sacriflcium. Agapx enim nostrse
pauperes pascunt sive frugibus sive carnibus, quas vos Mani-
chxi ut tenebrarum principis opus damnatis. C'est une dis-
tinction, rien de plus, pour dire que c'est bien les rites païens
qu'on a transportés dans le christianisme, mais avec une nouvelle
direction d'intention. — " S. Grégoire, Epist., 1. XI, IXXh P. L.,
t. i.xxvii, col. 1215. — <«S. Paulin Nol., Natal., IX, vs. 563-567,
P. I... t. lxi, col. 661. — ,3Voir Abrasax, col. 135.
819
AGAPE
820
s'était bornée à changer l'objet et à purifier l'intention,
le peuple, toujours esclave de ses anciennes habitudes,
toujours sensible aux impressions matérielles et aux
jouissances physiques, se laissait tout doucement attirer
du culte païen des mânes au culte chrétien des martyrs.
Dans cette heureuse transition d'un système à l'autre,
des festins célébrés sur des tombeaux servaient à la fois
de lien avec l'ancien ordre de choses et d'appât pour le
nouveau; et les chrétiens les plus éclairés, entre lesquels
le premier rang est dû sans contredit à saint Augustin1,
pouvaient s'applaudir de cette espèce de douce surprise
et de contrainte innocente, exercée au profit de leur
croyance sur les souvenirs mêmes et sur les habitudes
du paganisme2. » Ces repas, lorsqu'ils se célébraient
avec la décence convenable et la charité que leur nom
même impliquait, étaient d'ailleurs un moyen de faire
connaître la religion chrétienne à ceux des assistants
qui ne la pratiquaient pas encore, c'est du moins ce
que nous apprend saint Augustin, au dire duquel les
pauvres qui avaient pris part à ces agapes en qualité de
convives s'en retournaient chez eux prosélytes 3.
Nous avons pu juger par des exemples de ce qu'était
l'agape recueillie et l'agape scandaleuse, nous pouvons
même retrouver la description des mets qui se consom-
maient dans les unes et dans les autres. Saint Augustin
nous apprend que le peuple s'était réuni dans l'église
le 2! janvier à l'occasion de la fête de plusieurs martyrs
qu'on célébrait en buvant des vins et en mangeant des
fritures * ; le même écrivain nous montre sainte Monique,
sa mère, à son arrivée à Milan, se disposant à visiter
les « mémoires des saints » ou les « mémoires des
défunts ». Ignorant les coutumes de l'endroit, elle s'y
rend « ainsi qu'elle faisait en Afrique », portant dans un
panier les provisions de rigueur à manger et à distri-
buer: canistrum cum solemnibus epidis prseguslan<lis
atque largiendis, c'était du vin, du pain et de la bouillie
de farine. Mais déjà en Italie ces modestes agapes avaient
été condamnées. Le portier de la basilique interdit à
sainte Monique de donner suite à son dessein, car l'évêque
de Milan, Ambroise, a interdit ces pratiques qui servaient
d'occasion aux désordres et ressemblaient trop aux paren-
talia des païens : quia illa quasi parentalia superslitioni
gentilium essent simillimr r\ Il est probable que les
désordres dont saint Ambroise interdisait le retour dans
son Église étaient de la même nature que ceux qui pa-
raissaient justifier à leurs propres yeux ceux des fidèles
de Carthage parce qu'ils se passaient dans la basilique
de Saint-Pierre à Rome : de basilica beati apostoli Pétri
quotïdwnœ vinolentise proferebantur exempla 6. La
suppression de l'abus des banquets funèbres sur la
tombe des martyrs souleva dans certaines Églises les
plus graves difficultés. Saint Augustin, écrivant en 392 à
l'évêque de Carthage, lui signalait l'usage de célébrer
« S. Augustin, De civit. Dei, 1. Mil, c. xxvn, P. L., t. xxxu,
col. 383; Confess., 1. VI, c. II, P. L., t. xxxu, col. 719 sq. —
* Raoul-Rochette, Premier mémoire sur les antiquités chré-
tiennes. Peintures des Catacombes, dans les Mém. de i'Acad.
des inscr., t. xm, p. 137. — SS. Augustin, Contr. Faustum,
1. XX, c. xx, P. L., t. xlii, col. 383 ; Ps.-Origène, In Job com-
mentar., 1. m, P. G., t. xvii, col. 505 sq. - 'S. Augustin,
Sermon., cclxxiii, c. vin, P. L., t. xxxvm, col. 1251 : Oderunt
martyres lagenas vestras, oderunt martyres sartagimas ve-
stras, oderunt martyres sobrietates vestras. Il faut rattacher
peut-être à ces réjouissances l'origine des foires qui bientôt ajoutè-
rent encore à la multitude et au désordre : Ad natale sanctl Cy-
priani, écrit Cassiodore, religiosissime vénérant peragendum,
mercimoniisque suis faciem civitatis ornandam. Cassiodore,
Variar. epist., 1. VIII, epist. xxxm, P. L., t. i.xix, col. 764.
•S. Augustin, Confessioncs, 1. VI, c. H, P. L., t. xxxu, col. 719.
— • S. Augustin, Epist., xxix, 10, ad Alypium, P. L., t. xxxm,
col. 119. — 'S. Augustin, Epist., xxn, P. L., t. xxxm, col. 92.
— • Ps.-Cyprien, De duplici martyrio, n. xxv, P. L., t. IV,
col. 975. Temulentia adeo communis est Africse nostrx, ut
propenwdum non habeant pro crimine. Annon videmus ad
martyrum memorias christianum a cliristiano cogi ad ebrie-
dans les cimetières des beuveries et des festins déréglés,
in cœmeteriis ebrietates et luxuriosa convivia non so-
lum honores martyrum a carnali et imperita plèbe
credi soient, sed etiam solatia mortuoi-um 7 ; car il
semble qu'à cette époque non seulement on célébrait la
mémoire des martyrs par l'ivresse s, mais l'usage s'était
introduit de célébrer par des réunions liturgiques le
souvenir des parents que i'on avait perdus : « Réunissez-
vous dans les cimetières, disent les Constitutions aposto-
liques, lisez-y l'Écriture sainte et chantez des psaumes
en l'honneur des martyrs déposés en ces lieux et de
tous les saints décédés de ce siècle, ainsi que de vos
frères qui se sont endormis dans le Seigneur. Célébrez
l'antitype du corps royal du Christ, l'agréable eucharis-
tie, dans les églises et dans les cimetières9. » Ceci
expliquerait comment l'abus avait pris une telle exten-
sion; l'Italie presque entière et toutes les Églises trans-
marines l'avaient supprimé grâce au zèle des évêques
lorsque l'Afrique les imita vers la fin du IVe siècle; mais
ici la pratique de ces banquets était quotidienne : Co-
messationes enim et ebrietates ita concessse et licitm
putantur, ut in honorent etiam beatissimorum mar-
tyrum, non solum per dies solemnes... sed etiam quo-
tidie celebrentur^; les martyria, les églises en étaieni
souillées " et saint Augustin proposait de les remplacer
par des oblationes pro spiritibus dormientium super
ipsas memorias i2.
XII. DÉCHÉANCE DÉFINITIVE DE L'AGAPE. — On ne
saurait affirmer sur la foi de deux textes peu explicites '*
que les abus signalés en Afrique se soient reproduits à
Rome et en Italie. Dans une lettre qui date de 384, saint
Jérôme raconte que les veuves chrétiennes de Rome
mettaient dans leurs aumônes une ostentation très
déplacée : cum ad agapeti rocaverint, prseco conduci-
tur 14. Faut-il en conclure qu'à ce moment le terme
« agape » était devenu à Rome synonyme d'aumône, on
en peut douter lorsqu'on voit quelques années plus tard,
en 397, un banquet funèbre organisé sous ce nom en
faveur des pauvres dans la basilique de Saint-Pierre, par
Pammachius en l'honneur de sa défunte femme Pau-
lina l*. Saint Paulin, qui en fait un récit trop redondant,
a vu celte agape comme il lui a plu de la voir, cleemosy-
nam animee infundens 16. La foule encombrait la basi-
lique et l'atrium et mangeait sur place les vivres qu'on
lui distribuait en abondance : video congregatos ita di-
stincte per accubitus ordinari etpro/luis omnes saturari
cibis ". Quelque nom qu'on donne à ce banquet funèbre,
nous voyons par son exemple qu'il ne faut pas trop vou-
loir faire l'histoire d'après les textes disciplinaires, ou
bien, si on fait usage de ces derniers, il faut que ce soit
pour introduire comme permanents les abus qu'ils con-
damnent et dont ils ont semblé rendre le retour impos-
sible; laissons donc toujours une marge chronologique
tatem; S. Augustin, Contr. Faust., 1. XX, c. xxi, P. L., L xlii,
col. 384 : Qui se in memoriis martyrum inebriant, quomodo a
nobis approbari possuntf — ' Constit. apost., 1. VI, c. xvn,
P. G., t. i, col. 987 sq. — ,0S. Augustin, Epist., xxn, 3, P. L.,
t. xxxm, col. 91. — " Ibid. — <•- Ibid., P. L.. t. xxxm, col. 92.
— "S. Augustin. Epist., xxix, 10. P. L . t xxxm. col. 119;
Confessiones, 1. VI, c. Il, P. L., t. xxxu, col. 719 sq. Cf. S. Pau-
lin,, Carm., xh, in S. Felicem, vs. 319-320, P. L., t. lxj,
col. 562. — «»S. Jérôme, Epist., xxn. 32, P. L.. t. x\n. col. 418.
— »» S. Paulin, Epist., xm, P. L., t. LXI, col. 213 sq. —
"Ibid. Rien ne nous apprend positivement l'intention de Pamma-
chius en organisant ce repas. — '' Ibid.. cf. P. L., t. LXI, col. 847,
note 35. Remarquons que cette agape suggère à saint Paulin un
rapprochement avec le miracle de la maltiplicatioo des pains : ut
ante oculos evangelicx benedictionis uberlas, eorumque popu-
lorum imago verset ur, quos quiuquc panibus et duobus pisci-
btis panis ipse vertu et aquze vivx piscis Cliristus etrplevit.
1'. L., t. lxi, col. 213. Si ce texte n'était à une distance de plus de
deux siècles de la fresque de la Fractio panis nous n'hésiterions
pas à l'invi>quer pour restituer à la scène représentée le carac-
tère exclusif d'agape au sens où les canons d'Hippolyte la décri-
vent.
821
AGAPE
bien large qui donnera à ces abus le temps de dispa-
raître peu à peu ; il est vraisemblable que nous serons
alors plus prés de la vérité que si armés d'un texte nous
prétendions supprimer absolument à jour fixe tel ou tel
usage invétéré, fût-il bien et dûment condamné par ce
texte et d'autres encore. Le 30e canon du IIIe concile de
Oarthage s'exprime ainsi : « Que personne, ni évêque, ni
clercs, ne lusse de repas dans les églises, à moins que,
d'aventure, ils n'aient à réconforter des voyageurs1. »
Avec ce texte nous quittons les témoignages occiden-
taux2. En Orient nous trouvons peu de chose; d'ail-
leurs on reconnaîtra que cette fin de l'agape n'offre qu'un
médiocre intérêt. Saint Jean Chrysostome mentionne
les repas de corps à l'époque apostolique sans faire allu-
sion à l'usage de l'Église de Constantinople en son
temps 3. On n'a aucun fondement pour interpréter au
sens d'agape ce que l'empereur Julien dit de la charité
que témoignent les chrétiens envers les pauvres que
l'indifférence des prêtres païens met au désespoir. Ce
que Julien qualifie d'agape n'a rien de liturgique et
paraît être un simple repas préparé à des malheureux
par des hommes compatissants; au contraire nous re-
trouvons le banquet funèbre tel que nous l'avons vu en
Afrique, en Asie Mineure ou en Syrie, dans les lieux sanc-
tifiés par le tombeau d'un martyr. A en croire saint Jean
Chrysostome, rarement porté à une telle indulgence, tout
se passe d'une manière pleine d'édification dans ces pè-
lerinages. La messe dite, les dévotions terminées, chacun
ira se délasser aux environs du mavtyrium, qui sous une
vigne, qui sous un 'figuier, sous l'œil du martyr qui
veille à ce que les saints exercices ne dégénèrent pas en
péchés4. Au contraire, nous apprend saint Grégoire de
Nazianze, tout ne se passait pas avec cette décence et le
repas tournait souvent aux excès : MaprjpoiAat, à6Xôi>opoc
xai (jiâpTUpe;, vêpiv êBtjxkv -ctixàç ifj.Exépa; oî cpùoyaaTo-
piôou. °.
L'agape était encore l'objet de quelques essais de rè-
glements en Asie Mineure. Le concile de Laodicée, en
Phrygie, tenu vers l'an 363, défend par son canon 27e
aux clercs et aux laïques conviés à l'agape d'emporter des
parts dans leurs maisons, ce qui serait en contravention
avec les règlements ecclésiastiques ° ; le canon 28e
défend « de faire ce qu'on appelle les agapes dans les
basiliques ou dans les églises, de manger dans la maison
de Dieu et d'y dresser des tables »; Sti où Se; iv toîç
xvpiaxoïç r, ev i«tç è-/.-/.X?)0"taiî xù( Xsyofiéva; àyârcaç 7toieïv
/.al èv rai oï/.a> to-j Oeoû ecÔisiv xcà axxo-jëtra orpcovvÛEiv 1.
A la même époque et dans les mêmes parages le concile
de Gangres en Galatie (560-570?) porte le canon sui-
vant : « Si quelqu'un méprise ceux qui par religion
font des agapes et qui pour honorer le Seigneur y invi-
tent les frères, et s'il refuse de prendre part à ces invita-
tions par mépris de cette pratique, qu'il soit anathème : »
Et tiç xaTaçpovoi'ï] tùSv èx ttiutecoç àyàira; tohouvtwv xal
8ià tiu.ï)V xupt'ou o-uyxaXoùvrtov touç àSsXçoùç, xal \i.r\ èOÉXot
xoivwvcïv xaïç xXt|0-eo-i, ôià tô è;E'JteXi^e:v tô ycvôjjiEvov,
àvâÔEaa ï(j~.u> °. Malheureusement ces textes sont trop
isolés pour qu'on puisse faire autre chose que de les
citer; un texte disciplinaire ou législatif signale presque
toujours un abus, car la loi réprime plus qu'elle ne pré-
1 Mansi, Concil. ampliss. coll., t. m, col. 885. — » Citons
encore cependant un témoignage de la persistance des banquets
funèbres fourni par le II" concile d'Orléans (541). Ne quis in
ecclesia yotum suum cantando, bibendo, vet lasciviendo exsol-
vat; quia Deus talibus votis irritatur potius quam placetur.
Conc. Aurel. II, can. 12, Mansi, loc. cit., t. vm, col, 837. —
* S. Jean Chrysostome, Homil., xxvil, inCorinth., P. G., t. lxi,
col. 223 sq.; cf. Homil., xxii, P. G., t. lxi, col. 181 ; J. F. Kea-
ting, The Agapé, in-12, London, 1901, p. 141 sq. — * Homil., iv
in sanct. Julian., P. G., t. xlix, col. 669 sq. — 6 Carmina,\.ll,
8ect. n, n. 29, P. G., t. xxvm, col. 99; cf. 1. II, sect. n, n. 27,
P. G., t. xxxviii, c. 97. — • Mansi, Conc. ampl. coll., t. n,
col.570 ' Ibid.— *Ibid., t. u, col. 1101.— "Théodoret, Hist.
voit; dans quelle mesure l'abus était-il parvenu à dé-
former l'usage, rien ne nous permet de le dire. C'est
dans les mêmes conditions que se présentent quelques
autres attestations. Théodoret rapporte qu'à Antioche on
ne se bornait pas à envahir l'église pour y célébrer un
repas trop bruyant, on s'y livrait ensuite à la danse9;
ailleurs il avance que les fêtes païennes font place aux
solennités des martyrs Pierre et Paul, Thomas, Serge,
Marcel, Léonce, Pantéleemon, Antonin, Maurice, et
d'autres encore; à la pompe immodeste d'autrefois suc-
cèdent des fêtes recueillies, sobres, sans excès de jeux et
de rires, mais remplies par le chant des hymnes, l'au-
dition de la parole de Dieu et les prières attendries 10.
Nulle trace d'agapes. Il n'en est pas plus question dans
un texte de Socrates (vers 440) qui signale, chez « les
Égyptiens voisins d'Alexandrie et chez les habitants de
la Thébaïde », l'usage d'une synaxe le samedi et « d'y
participer aux mystères d'une manière non conforme à
la coutume des chrétiens : après avoir mangé et s'être
repus, quand vient le soir ils font l'oblation et commu-
nient '*. » Sozomène, qui reproduit ce passage, n'y laisse
aucune ambiguïté : « Chez les Égyptiens, dit-il, en
beaucoup de villes et de villages, contrairement à l'usage
universel, on se réunit le soir du samedi après le repas
pour participer aux mystères » '-. Nulle trace d'agape.
Nous citerons un dernier témoignage dont l'époque
peut difficilement être précisée. Un auteur que l'on s'est
habitué à désigner sous le nom d'Eusèbe d'Alexandrie"
et dont nous possédons quelques sermons qui ne sont
pas antérieurs au Ve siècle ni postérieurs au vir2, a con-
sacré deux homélies à la commémoration des martyrs :
itepl [ivet'aç âyîwv et aux repas qui se donnaient à cette
occasion, Tispi èo-Otâo-scoç. La première s'ouvre par cette
objection : Un jour qu'on célébrait dans la ville la fête
des saints, Alexandre vint trouver Eusèbe et lui dit : « A
quoi bon, quel besoin les saints ont-ils de nous mainte-
nant qu'ils viventen Dieu u?» Eusèbe, là-dessus, explique
à son interlocuteur qu'on célèbre les fêtes des saints par
des prières et des hymnes afin de les intéresser à pré-
senter nos requêtes à Dieu. Ceux qui célèbrent ces fêtes
y doivent apporter un grand soin et une piété vive; il
faut que ceux qui tiennent alors table ouverte forcent
leurs hôtes à s'y asseoir, considérant qu'ils reçoivent les
martyrs eux-mêmes, et il n'y a pas lieu de douter qu'il
en soit ainsi et qu'à festoyer les pauvres en pareille cir-
constance ce soit les martyrs que l'on festoie. Quant à
ceux qui vont assister à ces repas ils doivent célébrer la
vigile, malheureusement la plupart sont à la recherche
d'un bon dîner et provoquent des désordres, tandis que
d'autres s'assoient et ne prêtent aucune attention à la
lecture de l'Écriture sainte et aux psaumes; au contraire
ils aiguisent leur langue, causent, rient et s'amusent
jusqu'à ce qu'ils roulent ivres-morts et demeurent ainsi
jusqu'au jour; oubien s'ils se lèvent c'est pour applau-
dir des représentations théâtrales, crier contre ceux qui
voudraient prier. Tandis qu'à l'intérieur le prêtre prie
pour eux et consacre le corps du Christ, ils se dissipent
en dehors.
Dans la seconde homélie, l'orateur recommande aux
convives de se contenter de ce qu'on leur donne et de
eccl., 1. III, c. xxn, P. G., t. lxxxii, col. 1120. — <° Théodoret,
Grzec. affect. curalio, serm, vm, P. G., t. i.xxxiii, col. luJ3.
— "Socrates, Hist. eccl., 1. V, c. xxn, P. G., t. lxvii, col. 63a
— "Sozomène, Hist. eccl., 1. VII, c. xix, P. G., t. lxvii, col. 1477.
— "L'identification d'Eusèbe d'Alexandrie avec Eusèbe d'Émèse
proposée par G. Augusti, Eusebii Emeseni qux supersunt opus-
cula grœca, in-8°, Elberfeldi, 1829, est réfutéepar Mai, Bibliotheca
nova, in-4", Romae, 1852, t. n, p. 499. Sar Eusèbe d'Alexandrie, cf.
J. C. Thilo, Ueber die Schriften des Eusebius von Alexandrien
und des Eusebius von Emisa, ein kritisches Sendschreiben,
in-8% Halle, 1832 ; O. Bardenhewer, Patrologie, in-8", Freiburg im
B.,1894, p. 344; D.Ceillier, Hist. gén. des auteurs ecclés., in-4*,
Paris, 1861, t. vm, p. 383 sq. — 1*P. G., t. lxxxxi. col. 357 sq.
823
AGAPE
824
f/Gwercier. Vous n'êtes pas venus pour manger, dit il,
mais pour prier. Si on vous a invités c'est pure bonté,
on n'y était pas tenu. Beaucoup réclament cependant :
Pourquoi nous inviter, disent-ils, pour nous traiter de
la sorte? Nous sommes gens de qualité. EtÉlie ne l'était-
il pas autant que vous, cependant il s'accommodait d'un
pain cuit sous la cendre, vous n'êtes pas satisfaits avec
du pain et du vin et vous ose/, exiger plus que ce qui est
offert. Suivez la maxime de saint Paul : Si quelqu'un a
faim, qu'il mange chez lui et n'importune pas le voisin.
Il arrive souvent qu'un brave homme, mais pas riche,
veut célébrer la fêle des saints et il offre des eulogies
(siAo-fîa;) suivant ses moyens. Vous qui êtes riches, vous
accoure/, espérant des merveilles et méprisant ce qu'on
vous offre '.
XIII. Les tables d'agapes. — Plus qu'aucune autre
contrée l'Afrique romaine a rendu des monuments
assez reconnaissables pour fournir à l'étude de l'anti-
quité des notions certaines. On a retrouvé à Matifou,
l'ancienne Rusguniir, près d'Alger, parmi les ruines de
la basilique (fig;. 176), une table d'agapes. Pendant les
176. — Table d'agapes au nr siècle.
D'après le Bullct. archéol. du Comité des travaux historiques,
1900, p. 147, fig. 4.
fouilles do novembre 1899-février 1900, on découvrit,
parmi les substructions d'une basilique antérieure pou-
vant remonter au iue siècle, un « bloc de maçonnerie
semi-cylindrique de lm30 de largeur, et de 0m 70 de
hauteur, surmonté d'une sorte de cuvette peu profonde
en ciment très dur. La surface de cette cuvette était
polie et bordée d'une feuillure de 0m07 de hauteur.
Les cailloux roulés qui servent d'assise à la mosaïque
recouvraient entièrement cet édicule. Le bloc entier,
jusqu'à la tablette de ciment, était entouré d'un mur
s'adaptant exactement aux formes extérieures. La ma-
çonnerie de ce mur était composée de pierres plates
reliées entre elles par un mortier assez friable de cou-
leur rouge. Le tout s'appuyait sur une sellellc de même
nature. La feuillure émergeait seule au-dessus du mur
d'enveloppe. Cette construction n'était autre chose
qu'une table d'agapes, mensa, en usage dans les premiers
siècles du christianisme »2.
A Tipasa, on a retrouvé deux tables d'agapes. A
quelques mètres au sud de la basilique de Sainte-Salsa,
se voit un bâtiment encore bien conservé 3 fouillé depuis
peu d'années. Il se compose d'un couloir long de 10"'- 20
et de largeur inégale; d'une abside bâtie entièrement en
blocage, parois et voûte, et éclairée par trois petites fe-
nêtres; d'une grande salle de 10"' 20 sur 6"" 20 dont le
•P. G., t. lxxxvi, col. 364 sq. — SH. Chardon, Fouilles de
Busgunix, dans le Bull, arcli. du Comité des trav. hist., 1900,
p. 147, fig._ 4; S. Gsell adopte cette opinion, Monuments antiques
de l'Algérie, in-8% Paris, 1901, t. il, p. 222-223. Cf. II. Chardon,
dans le Bull, de la Société de géogr. d'Alger, 1900, p. 107-184;
Grandidier, Une basilique chrCtiennc à Busgunix, in-8\ Alger,
1900. — 3 S. Gsell, lue. cit., pi. xciv. — ' Profondeur (Ms. —
• <r La face verticale de l'est, qui n'est séparée du mur de la salle
que par un espace de quelques centimètres, est pourtant iccou-
verte, comme les autres faces, d'un enduit de mortier: or, il eut
été impossible d'étendre cet enduit si le mur en question avait
déjà existé. » S. Gsell, loc. cit., p. 333. La basilique de Sainte-Salsa
étant de la première moitié du iv* siècle, on peut attribuer la table
sol est bétonné. On y a trouvé des sarcophages, mais ne
outre on remarque « dans la partie orientale un grand,
massif trapézoïdal en maçonnerie, recouvert de mortier;
il mesure de 3m60 de longueur et 2m85 de largeur sur
le côté principal; la hauteur niaxima est de Ôm73. La
surface supérieure n'est point plane, mais elle s'incline
dans la direction dos bords; au nord, elle présente un
grand creux à fond uni1, qui avait sans doute la forme
d'un hémicycle. Cette petite construction est une table
d'agapes : les convives, accoudés, s'allongeaient autour de
la partie creuse, dans laquelle on plaçait les mets. Elle
parait être plus ancienne que la salle s. A une date posté-
rieure, une tombe fut établie vers le milieu de la table,
qui avait cessé d'être utilisée pour des repas » 6.
La chapelle funéraire de l'évêque Alexandre, à Ti-
pasa 1, qui semble dater de la fin du IVe siècle ou du
commencement du V, présente à droite de la nef, entre
deux piliers, un monument « qui était sans doute une
table d'agapes (tig. 177). C'est un massif en maçonnerie,
presque semi-circulaire, mesurant 3m 35 de diamètre el
0m 70 de hauteur maxima. Il est revêtu d'une couche de
mortier. Comme la table analogue retrouvée près de la
basilique de Sainte-Salsa, la surlace supérieure s'incline
vers les bords. Elle offre au milieu un creux semi-cir-
culaire d'un mètre de diamètre, à fond plat (profon-
deur 0m 18). Plus tard, on encastra dans ce massif, vers
une de ses extrémités, un petit sarcophage d*enfant, donl
l'épitaphe sur mosaïque occupa l'intérieur du creui
central » 8.
Cette dernière table d'agapes a d'autant plus d'im-
portance à nos yeux qu'elle se trouve dans un édifice
dont la destination ne peut faire l'objet d'un doute. La
chapelle funéraire fut construite par l'évêque Alexandre
pour abriter neuf tombeaux de personnages dont la
dignité ou la sainteté était si bien avérée qu'on éleva
l'autel par-dessus leurs sarcophages et qu'on les quali-
liait de jusli priores. Il semble que nous trouvions dans
cet exemple un témoignage définitif de l'existence des
agapes, du lieu où elles se célébraient et en l'honneur
de quels personnages. L'inscription en mosaïque, tracée
par ordre d'Alexandre rappelle que les sépultures au-
paravant n'étaient pas visibles et qu'un concours de
peuple de tout âge se faisait maintenant à la chapelle,
tous y prenaient part aux chants et on recevait l'eucha-
ristie dans la main suivant le rite liturgique. Voilà
donc un édifice funéraire servant aux banquets des
fidèles et installé dans ce but, dans lequel on célèbre la
liturgie et qui est en même temps un lieu de pèleri-
nage. L'inscription qui nous apprend ces faits mesure
5m50 sur 2>" 00, elle occupe presque toute la largeur de
la nef centrale au pied du suggestion qui portait l'autel :
HIC VBI TAM CLARIS LAVDANTVR MOENIA
[TECTIS
CVLMINA QVOD NITENT SANCTAQVE ALTA-
[RIA CERNIS
NON OPVS EST PROCERVMSETTANTI GLORIA
[FACTI
ALEXANDRI RECTORIS OVAT PER SAECVLA
[NOMEN
d'agapes au siècle précédent — e S. Gsell, loc. cit., t. n, p. 333.
« Cet édifice a servi de lieu de sépulture, mais telle n'était pas
évidemment sa destination première. 11 faut y voir une annexe du
sanctuaire de Salsa : nous ne saurions préciser davantage. » —
*L. Duclicsne, dans les Comptes rendus de l'Acad. des inscr.,
1892, p. 111-114; Saint-Oérand. dans le Bull. arch. tu Comité des
irav. hist., 1892, p. 4G0-474, pi. xxMi-xxxiu, réimprimé dans le
Bul'.. de lu Société diocésaine d'archéologie d'Alger, 1895, t. I,
p. 1-32; De Rossi, Bull, di arch. crist., 1894, p. 90-94 ; S. Gsell,
dans les miang. d'arch. et d'hist . 1894, t. xiv, p. 389-392; F.
Wiclanil. Ein Ausflug lus ultchristliche Afrika, in-12, Stuttgart,
1900, p. 18C-189; S. Gsell, f.es monuments antiquesde l'Algirie,
t. il, p. 334, llg. 151. — > Ibid., t. il, p. 336 sq.
825
5
AGAPE
826
CVIVS HONORIFICOS FAMA OSTENDENTE
[LABORES
IVSTOS IN PVLCRHAM SEDEM GAVDENT LC-
[CASSE PRIORES
QVOS DIVTVRNA QVIES FALLEBAT POSSE
[VIDERI
NVNC LVCE PRAEFVLGENT SVBNIXI ALTARE
[DECORO
COLLECTAMQVE SVAM GAVDENT FLORERE
[CORONAM
10 ANIMO QVOD SOLLERS IMPLEVIT CVSTOS
[HONESTVS
VNDIQ[«c] VISENDI STVDIO CRHISTIANA
[AETAS CIRCVMFVSA VENIT
LIMINAQVE SANCTA PEDIBVS CONTINGERE
[LAETA
OMNIS SACRACANENS SACRAMENTO MANVS
[PORRIGERE GAVDENS'
L'épigraphie africaine a fourni à clic seule une im-
portante série de tables d'agapes; mais ici encore il
MEMORI/€ /ELI/E SECVNDVL>E
FVNERI MV[J]TA QVID(t>)M CONDIGNA IAM Ml SI-
[MVS OMNES
INSVPER AR(a)EQV(e) DEPOS!T(a)E SECVNDVL/E
[MATRI(s)
LAPIDEAM PLACVIT NOBIS ATPONERE MENSAM
IN QVA MAGNA EIVS MEMORANTES PLVRIMA
[FACTA
DVM CIBI PONVNTVR CALICESQ(uc) £[t] COPER-
T/E3
VVLNVS VT SANETVR NOS ROD(ens) PECTORE
[S/EVVM
LIBENTERFABVL(« iDVM SERA RED(d)IMVS HORA
CAST/E MATRI BONAE LAVDESQ(we) VETVLA DOR-
[MIT
IPSA O NVTRIT* IACES ET SOBRI/E B SEMPER
\'(ixit) A(nm's) LXXV. A(wwo) P{rovincix) CCLX
STATVLENIA IVLIA FECIT
Les tables d'agapes cl les textes littéraires nous font
comprendre ce que les Africains appelaient mensae.
177. — La UiLle d'ugnj es ae la chapelle funéraire d' Alexandre, a Tipasa.
D'après une photographie de S. Gsell, dans Monuments antiques de V Algérie, t. n, pi. xcv.
importe de rattacher l'usage chrétien ù un usage qui
l'avait prélédé. Une inscription de Salafis (Maurétanie
Sitifienne) de l'an 299 de notre ère mentionne la fon-
dation d'un banquet funéraire à la mémoire d'une
païenne J.
4 J.-B. Saint-Gérand, La basilique de Tipasa, dans le Bull,
arch. du Comité des trav. hist-, 1892, p. 472 sq.; L. Ducliesnc,
dans les Comptes rendus de l'Acad. des inscr., 1892, séances du
18 mars et du 28 juillet ; De Rossi ; Bull, di arch. crist., 1894,
p. 91. Le vers 11" réunit deux hémistiches virgiliens. — »S, Gsell,
dans les Mélang. d'arch. et d'hist., 1895, t. xv, p. 49, n. 7. —
De précieux textes de saint Augustin nous donnent
quelques détails sur la rtiensa Cypriam* qui existait à
l'Ager Sexti où avait été mis à mort l'évéque de Car-
thage7. Il dit dans un de ses sermons pour l'anniver-
saire de Cyprien : « Vivant, il a gouverné l'Église de
3 Copertx, c'est notre mot français « couverts ». — * Lire nu-
trix. — 5Lire sobria. — c S. Augustin,' Sei-m., xm, cccv,
cccx, 2, P. L., t. xxxvnr, col. 107, 1397, 141S; Enarr. in
Psalm. lxxx, 4, 23, P. L., t. xxxvn, col. 1035, 1046. — ^ Acta
S. Cypriani, 5, dans Ruinart, Acta sine, in-4°, Parisiis, 1689,
p. 218.
82"
AGAPE
828
Cartilage; par sa mort, il l'a honorée. C'est là qu'il a
exercé son épiscopat, c'est là qu'il a consommé son
martyre. En ce lieu même, où il a déposé les dépouilles
de sa chair, une cruelle multitude s'assemblait alors,
pour verser le sang de Cyprien par haine du Christ; en
ce lieu, aujourd'hui s'assemble une multitude recueillie,
qui à cause de l'anniversaire de Cyprien boit le sang du
Christ. Enfin, comme vous le savez, vous tous qui con-
naissez Cartilage, dans ce lieu même a été construite
une mensa consacrée à Dieu; et pourtant on l'appelle
la mensa Cypriani. Non pas que Cyprien ait jamais
banqueté en cet endroit, mais parce qu'il y a été immolé.
Par son sacrifice même, il a préparé cette mensa, non
pour y nourrir personne ou s'y nourrir, mais afin qu'on
y offrit le sacrifice à Dieu, à ce Dieu à qui lui-même
s'est offert. Mais cette mensa, qui est consacrée à Dieu,
est appelée aussi la mensa Cypriani; en voici la raison.
De même qu'elle est entourée maintenant par les
fidèles, de même alors, Cyprien y était entouré par les
persécuteurs. Là où maintenant cette mensa est hono-
rée par des prières amies, là Cyprien était foulé aux
pieds par des ennemis en fureur. Enfin, là où cette
mensa se dresse, là succomba Cyprien '. » La mensa Cy-
priani était donc un véritable autel2, où se célébrait
le sacrifice et où le peuple y prenait part dans la com-
munion. Les réunions devaient y être assez fréquentes,
puisque saint Augustin y prêcha trois fois au moins 3 à
des jours différents de l'anniversaire ou Cypriana qui
était l'occasion d'une réunion liturgique *. Il est pro-
bable qu'une cella s'élevait au-dessus de la mensa ci
on peut en conclure que dès le IVe siècle la cella qui
abritait la mensa Cypriani servait de lieu de réunion
aux fidèles, encore qu'elle ne fût peut-être pas alors une
église proprement dite. On ne saurait mettre en doute
que Carthage ait possédé le tombeau de saint Cyprien
sur lequel s'élevait un autel5 et auprès duquei, comme
à la mensa, se célébrait l'anniversaire. Certaines coïnci-
dences inviteraient même à identifier le tombeau et la
mensa en un seul monument, on y a opposé deux textes
dont le témoignage donnerait lieu de penser que le
coi'ps était resté aux Mappales et que la mensa ne re-
couvrait que des reliques. Un de ces textes ne peut
prouver ce qu'on lui veut faire dire6, l'autre, celui de
Victor de Vite, distingue, à la fin du v« siècle, la basili-
que élevée à l'endroit où C\prien a versé son sang
d'une autre basilique où a été enseveli son corps, au
lieu dit les Mappales' , c'est bien le lieu où. au témoi-
gnage des Actes, le corps fut transporté dans la nuit
qui suivit l'exécution, mais Victor de Vite ne dit pas que
le tombeau se trouvât en ce lieu au temps où il écri-
vait et saint Augustin ne nous apprend pas non plus
si de son temps le corps était encore aux Mappales,
mais seulement que la mensa se trouvait au lieu du
martyre.
Les tables d'agapes forment une série des plus inté-
1 s. Augustin, Serin., cccx, 2, P. L., t. xxxvm, col. 1413.
Cf. P. Monceaux, Le tombeau et les basiliques de saint Cyprien
à Carthage, dans la Iîev archéol., 1901, t. xxxix, p. 190. —
e S. Augustin, Sermones inediti, xiv, 5 : Non eninx aram consti-
tuirnus, tanquam Deo, Cypriano; sed Deo vero aram fecimus
Cyprianum, P. ],., t. xi.vi, col. SG2. — 8 S. Augustin, £
xiu, ccev. P. L. t. xxxvui, col. 107, 1307; Enarr, m
Psalm. lxxx, 4, 23, P. L.. t. xxxvu, col. 1035, 1046. — «S. Au-
gustin, Serm., cccx, 2. P. L., t. xxxvm, col. 1413. — 5S. Au-
gustin, Servi., cccxi, 5, P. L., t. xxxvm, eol. 1415; Serm.,
cccxn, 6, P. L., t. xxxvm, col. 1422; Sewm., cccxiu, 5, P. L.,
t xxxvm, col. 1424. — CP. Monceaux, toc. cit., p. 193, cite un
passage du De miraeulis sancti Stephani, écrit en 420 par un
clerc d'Uzalis, OÙ l'on voit une matrone guérie miraculeusement se
rendre aux Mappales," le jour de Pâques, pour s'acquitter d'un
vœu fait à saint Cyprien. P. X.., t. xli, col. RiS. « Ce texte, dit
M. Monceaux, semble bien prouver qu'au commencement du
v siècle, le corps de saint Cyprien était encore aux Mappates »
Cette conclusion parait peu fondée si on relit ce que dit suint Gré-
ressantes à laquelle nous ne pouvons à regret accorder
qu'un commentaire restreint. La plus célèbre parmi les
niensee a été trouvée près de Tixter, entre Sétif et Alger,
à Oied oum Lahdam8; elle est déposée aujourd'hui au
musée chrétien du Louvre (fig. 178).
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,0Y
QVfV
■■•e'JCfrl-VClWO^I
. .rJEIir'igf/x 0 rH\ ^OW jVJi Ê MAI ^ fc STC, m-S'-V
'■ I/VLO. Sfe&'li \ P ■£'TiU£TPAV.LU,Of\fr{l
.. |NA^M%I^AyiÛAJJLklJ"lùOY
178. — Table d'agapes trouvée près de Tixter.
D'après l'original, Musée du Louvre, n. 3023.
Voici la lecture de cette inscription. Le texte primitif
parait avoir été constitué ;iinsi : 1» un cercle central en
relief inscrivant le chrismon et les mots memoria
sa{n)cta. — 2° l'inscription suivante sur sept lignes :
De ter(r)a promis(sï)onis, xibe (=ubi) nains est C(h)ri-
stus; apostoli Pétri et Pauli; nomina m(a)rturu{»i)
Datiani, Donatiani, Cipriani, Nemes(s)ant, Cil(t)ini,
et Victo[r\ia[i]s. An(n)o provi[nc(iœ)l] >vcentirigestimo).
— 3° sur la tranche antérieure, les noms des donataires :
Posuit Benenalus et Pequaria. La date est celle de
l'année 359.
Plus tard eut lieu l'addition suivante à droite et à
gauche du cercle :
Vicierai i - f \ septimuid
[ J us septmr
Miggin /
et JJabula et de lignu crucis
La pierre mesure lm30 de long sur l»30 de large, sa
destination ne fait pas de doute. L'inscription tracée
goire I" sur les miracles que les saints opèrent en d( s lieux u
leurs corps ne reposent pas, mais où se c< nserve leur souvenir,
Dialogor., 1. II, c. xxxvm, P. L., t. lxvi, col. 202. — 'Victor
de Vite, Hist. persec. Vandal., 1. I, c. v. P. L., t. i.vm,
col. 187. — "L. Duchesne, dans les Comptes rendus de l'.'
des iriser., 1889, p. 417; A. Audollent. I bique
en Algérie, dans U's Mékmg. d'arch. et d'hist., 1880, t. x, p. MO
sq. et fig. p. 441; Bulletin * s 1890, p. 313, fig., R. Ga-
gnât, dans L'année épigrapliiquc, 1S90, n. 114; S. Gsell, dans
le Bull. arch. du Comité des trav. hist.. 1899, p. 4T>5-458; le
même, dans 1rs Uèlang. d'arch. et d'hist., 1901, t XXI, p. 981 : «J'ai
Indiqué qu il convient sans doute de lire ainsi les additions qui c ni
a début: Yictorinus,septimu(ni)idussept(epv<li)ri,cs);
Miggin idu(s); et Dabula [= Zabulla] et de tigno crucis. • Le
( s de quelques inscription» cluet. d'Afrique,
dans le Bulletin archéologique du Comité des traeau.r histo-
I, 1899, p. 455 sq. Cf. R. Poulie, dans le Recueil de t
ciêtê archéologique de la province de Constautine, 1890-l^Jl.
t. XXVI, p. 370-373.
829
AGAPE
830
sur la tranche antérieure montre que la pierre devait
être posée à plat, ainsi donc le cercle en relief était
destiné à recevoir une écuelle; c'est en effet la disposi-
tion qu'offrent deux mensse de Aïn-el-Ksar, aux abords
duDjebel-Sdin» :
M E N SA M
mm
& FELICIS-NA
FILI
IN MENTI
VICTOR E PRB- CVMOMN BVSSVISQVIFECERVNT
Mensa m[artyrum?]... F(e)licis, Na... In ment[e
habeas?] Victore(m) pr(es)b(y terum) cum omn\\ibus
suis qui fecerunt.
L'autre mensa est ainsi libellée 2 :
MENSA
FELICIS
GINIS-MARMiE
DEDICAVERV
5 ANVS ET CONSTA
Mensam [martyrum?] feliciss[imorum... Mig]ginis,
Mari[a]e f[ecerunt et] dedicaverun[t ]anus et Con-
*tan[tia?]
Une dalle trouvée à Duperré (Oppidum novum) et
qui était posée sur les reliques de plusieurs saints offre
deux cavités en forme d'écuelles 3 :
^_^ FIORAS — .
O I o
5 TIPASI MAR
Cl/E ET CESALI/E
Les agapes ont fait l'objet de stipulations analogues à
ce que nous appelons « fondations perpétuelles » ; on
en trouve un témoignage à Aïn-Kabira, au nord de
Sétif* :
FLORE BONE M
EMORIE CON
IVGI QVETVS
MARITVS MNSAM
6 PERPETVAM POSV
IT QVAE VICSIT AN
NIS LX DECESSIT O
CTAV- KAL MARTIAS
ANNO PROVINCIAE
10 CCCX
D'autres niensse portaient des représentations de
plats, soit en creux, soit en relief, symboles des repas
funèbres accomplis sur les sépultures. La pierre sui-
vante a été trouvée à Mdaourouch, l'ancienne Madaure;
on ne peut la faire dater au delà du ive siècle. Elle
'S. Gsell, Recherches archéologiques en Algérie, in-8% Paris,
1893, p. 2G9, n. 319; A. Poulie, dans le Rec. de la Soc. arch. de
la prov. de Constantine, 1890-1891, t. xxvi, p. 370. — *S. Gsell,
loc. cit., p. 268, n. 318; le même, dans le Rull. arch. du Comité
des trav. hist., 1899, p. 457, note 3. « On avait peut-être l'inten-
tion de creuser une cavité semblable à droite (à celle qui se voit
à gauche), car l'espace correspondant au trou de gauche a été
laissé vide par le graveur. » S. Gsell, loc. cit., p. 457, note 1. —
*Bull. arch. du Comité des trav. hist., 1S97, p. 573, n. 47. —
'A. Audollent, dans les Comptes rendus de l'Acad. des inscr.,
1890, p. 239. La date est celle du 22 ou du 23 février 349. — » Héron
de Villefosse, dans les Archiv. des missions scientifiques, 1874,
p. 489, n. 221, et note de E. Le Blant qui pr<~vise la lecture sui-
vante, lig. .1 : pater liabes innocenciœ, ibid., p. 490; S. Gsell,
porte dans les angles de droite la palme et ia phiala,
dans les angles de gauche deux patères 6.
IP$ AM
FELIX PATER HABES
DIGNA TVAE PREMIA
UliUiOPTIMA CUM RESONAT
PERPETUO NOMINE FAMA PRE
CONIUMQ TUM MERITO COMMU
ilJORE PHIR PER BENIGNA TIBIQ
I PECTORA DUM
NDO CUNTIS AMO
^IPONIANUS
Q FELIX UIX AN
LXXIIII
I p(er) [Christum] a(d) m(artyres)
Félix, paler, habes digna tuse pr(a)emia vi[tœ],
Optima cum resonat perpetuo nomine fama,
Pr(a)econiumq(ue) tu(u)m merito communi ore[pro-
Per benigna tibi q [batu]r
Pectora dum ando cun(c)tis amo[rem\
[Pomjponianus, q(ui) felix vixit att(nis) LXXIIII
XIV. Les calices des agapes. — Les basiliques rui-
nées de l'Algérie nous ont fourni un autre souvenir des
agapes. A Morsott, au nord de Tébessa, l'abside d'une
grande église était flanquée de plusieurs salles. « Deux
d'entre elles, placées à l'extrémité des bas-côtés, com-
muniquent avec ces vaisseaux et avec l'abside. Dans
celle de gauche, on a recueilli une quantité considé-
rable de débris de calices en verre (vases à pied élevé,
sans anses) qui servaient probablement aux agapes. Le
poids de ces débris dépassait 4 kilogrammes c » (fig. 179).
Cette classe d'objets est représentée par un très grand
nombre d'exemplaires trouvés dans les catacombes
romaines. Une dissertation spéciale devant leur être
accordée nous ne signalerons ici que quelques types
remarquables. Un fond de coupe qui a dû être à
l'usage d'un chrétien ayant comme nom Victor lui ser-
vait annuellement le jour du natale de saint Laurent
pour la célébration de l'agape en l'honneur du martyr;
on lit encore cette devise : Victor vivas (=bibas), in
nomine Laure(n)ti(ï) ; Victor, bois au nom de Laurent1
(lig. 180).
Un autre fond de coupe a pu servir aux agapes de
saint Laurent et à celles de saint Cyprien dont les noms
sont écrits dans le champ du fond de coupe. La légende
montre que l'on y a conservé la pensée inspiratrice des
agapes, elle contient une interpellation adressée à l'âme
du défunt à qui elle souhaite de vivre joyeux avec les
siens, elle qui se désaltère sans trêve dans la paix de
Dieu » (fig. 181).
Il ne nous semble pas douteux que la plupart des de-
vises écrites sur les coupes reproduisent des acclama-
tions liturgiques que les convives poussaient en l'hon-
neur des défunts et pour leur soulagement.
La répétition et les variantes que nous offrent plusieurs
formules semblent mettre ce fait hors de doute. Pour
dans le Bull, du Comité des trav. hist., 1896, p. 178, n. 59, qui
interprète la 1" ligne : / per Christum ad meliora ; à ce dernier
mot nous substituons martyres. La raison qu'il s'agit d'une table
d'agapes nous y pousse moins que cet hémistiche deCommodien:
Sircfrigerare cupis animam, ad martyres i! Instruct.,\. TJ,
c. xvti, vs. 19, dans Corp. script, lat., in-8*, Vindobonœ, 1887,
t. xv, p.82. — 'S. Gsell, Monuments antiques de l'Algérie, t. n,
p. 234. — 'P. Buonarotti, Osservazioni sopra a!cuni frammenti
di vasi. antichi di vetro ornati di figure, trovati ne' cimiteri di
Roma, in-4°,Firenze,1716, pi. xrx, n. 2; D. Cabi-o! et D. Leclercq,
Monum.Eccl. liturg., m-4', Parisiis, 1902, t. i,n.3758. — • Ibid.,
pi. xx, n. 2; D. Cabrol et D. Leclercq, toc. cit., t. I, n. 3532. Cf.
De Rossi, Bull, di arch.crist. ,1873, p. 126 et pi. x,n. 2, un fond
do coupe qui a pu servir à des agapes funéraires.
$31
AGAPE
832
s'expliquer l'inspiration de ces acclamations funéraires,
si bien ù leur place dans un banquet funèbre, il faut se
faire une idée exacte du sens que les chrétiens des pre-
170. — Salle où se conservaient les calices d'agapes à Morsott.
D'après Gsell, Monuments antiques de l'Algérie.
t. n, p. 232, fig. 130.
miers siècles donnaient à ces mots bibere, propinare,
refrigerium.
X"V. Le formulaire de l'agape. — Toute l'antiquité
chrétienne était pénétrée de l'idée du repas céleste des
180. — Coupe servant aux agapes de saint Laurent.
D'après Garrucci, Storia dell' arte cristiana, pi. -180.
élus, et ici encore nous saisissons peut-être une trace
d'influence ou de pénétration juive. Le IVe livre d'Ksdras,
qu'on peut dater avec vraisemblance de l'an 97 de notre
ère * et dont l'inlluence fut si profonde sur les origines
liturgiques du christianisme2, fait allusion à ce ban-
quet3 : Surgite et state et vidcle numerum signato-
rum in convivio DominH. Les Actes des martyrs de
Pergame sous Marc-Aurèle, Carpos, Papylos et Agatho-
*E. Renan, Origines du christianisme. Index général, in-8*,
Paris, 1883, p. 284. — *D. Cabrol et D. Leclercq, Monum. Eccl.
liturg., in-4', Parisiis, 1902, t. I, praef., p. lxxxi. — » TV Esd.,
n, 38. — *R L. Bensly, The fourth Book of Ezra ; the latin
version eilited from the niss., dans Texts and studies, in-8*,
Cambridge, 1895, t. ni, fasc. 1'. Le cod. Sangermanensis, au-
jourd'hui Biblioth. nationale, fonds latin, n. H504-H505, donne
et state, tandis que le cod. Ambianensis (Biblioth. commu-
nale d'Amiens, n. iO), donne instate. — • B. Aube, dans la Bévue
archéologique, décembre 1881, p. 348 sq.; le même, L'Église et
TÉlat dans la seconde moitié du ni' siècle, in-12, Paris, 1885,
p. 499 sq. — 'Renaudot, Lilurgiarum orientalium collectio,
nicé nous montrent cette femme s'éenant : « J'ai aperçu
moi aussi le glorieux festin, il faut que je m'y associe
et y prenne part : t'o ap:<rtov toCto è[io\ 7\toi\î.&o\a.f Set
Ojv u.s u=Ta/.aoo-j'7av çocyeiv tov e/Oo;ovi opicrov
Les
liturgies orientales contiennent des expressions ana-
181. — Coupe servant aux agapes de saint Cyprlen
et de saint Laurent.
D'après Garrucci, Storia dell' arte cristiana, pi. 189.
logues : Dignos effice convivio tito beato 6 ; Vocati
ad convivium 7 ; Fac eos invitatos esse ad convivium
tuum 8.
L'épigraphie funéraire offre des mentions qui se
rapprochent des formules" que les verres gravés nous
vont faire connaître. Une inscription de i'snnée 307
contient l'acclamation : Anima dvlcis pie zeses*
(fig. 182) :
anima
A
'TAB
falSdfk^
W\^
182. — Inscription romaine.
D'après De Rossi, Inscrijitiones Christian» urbis Forme,
t. i, p. 30, n. 29.
On trouve encore cette acclamation au cimetière de
Calliste : tv.i |v &tû>, bois en Dieu10, allusion évidente
à l'agape divine, car il ne peut s'agir ici d'une invitation
à boire adressée aux survivants comme c'est peut-être
le cas pour les coupes de verre.
C'est dans le même ordre d'idées, mais dégagé de
in-4-, Parisiis, 1715-1716, t. ir, p. 164. — ' Ibid., t. il, p. 196. —
" Ibid., t. H, p. 520. — «De Rossi, Inscr. christ, urb. Rom»,
in-fol., Borna:, 1857-1861, t. i, p. 30, n. 29. Ce n'est d'ailleurs pas
un exemplaire unique. Cf. Muratori, Thés. vet. inscr., in-fol.,
Mediolani, 1735, p. mcmxxii. n. 3; De Rossi, Bull, di arch.
crist., 1882, p. 125, note 7. Anima dulcis, que nous avons déjà
rencontré sur les acclamations des coupes de verre, se retrouve
sur un sarcophage représentant un banquet à Avignon. E. Le
Blant, Les sarcophages de la Gaule, in-fol., Paris, 1886, p. 27,
n. 39; Sarcoph. d'Arles, in-lol., Paris, 1878, p. xxxvi. — ,0 De
Rossi, Borna solterr., in-fol., Roma, 1867, t il, p. 272, 326, pi. xlvu-
XLV11I, p. t.
833
AGAPE
834
toute réalité matérielle, que saint Augustin écrira au
sujet de son défunt ami Nebridius : Jam ponit spiri-
tuelle os ad fonteni tuwni (Domine) et bibit quan-
NApocm-eNec-
F
183. — Inscription romaine.
D'après De Rossi, Roma sotterranea, t. n, pi. xlvii-xlviii, n. 7.
tum potest sapienliam pro aviditate sua sine fine
felix '.
Le refrigerium prenait souvent la signification de
festin ou d'un lieu de bien-être. La Passio de sainte
Perpétue emploie sept fois ce mot avec le sens d'un
allégement dans les souffrances, d'un repas 2. L'épigra-
phie s'exprime de même:DEVS REFRIGERET SPIRI-
TVM TVVM 3; ANTONIA ANIMA DVLCIS TIBI DEVS
REFRIGERET*; le sacramentaire dit de Gélase offre
les formules suivantes : Ut digneris dare ex locum re-
frigerii 5; Dona omnibus quorum corpora requies-
cunt, refrigerii sedem*.
Ceci aidera à comprendre le formulaire suivant dont
nous ne prétendons pas rétablir l'ordre primitif :
DIGNITAS AMICORVM PIE ZESES CVM TVISOMNI-
BVS BIBE ET PROPINA''
[:%]NITAS AMICORVM [ptJE ZES[es cum tuis om-
nib]VS BIBAS8
DIGNITAS AMICORVM VIVAS CVM TVIS FELICITER
ZESES»
DIGNITAS AMICORVM VIVAS CVM TVIS FELICITER
PIE»tiI§io
DIGNITAS AMICORVM VIVAS CVM TVIS ZESES "
DIGNITAS AMICORVM VI VAS CVM TVIS FELICITERA
DIGNITAS AMICORVM VIVASIM PACE DEIZESES''
De ce souvenir donné « au plus digne des amis » et
qu'on pouvait varier un peu nous pouvons rapprocher
d'autres formules dont la répétition n'est guère moins
fréquente :
HILARIS VIVAS CVM TVIS FELICITER SEMPER
REFRIGERIS IM PACE DEI '•
HILARIS [vivas] CVM TVIS OMNIBVS FELICITER
SEMPER IM PACE DEI ^
HILARIS [vivas cu]M TVIS OMNIBV[s] FELICITER
SEMPER IM PACE DEI »s
HILARIS CVM TVIS PIE ZESES IN DEO ^
ANIMA DVLCIS PIE ZESES IN DEO <»
DVLCIS ANIMA PIE ZESES VIVAS "
CVM TVOS OMNES ELARES PIE ZESES2*)
PIE ZESES CVM DONATAsi
P\[izeses /u'i]ARES OMNES 22
lS. Augustin, Confessiones, I, IX, c. m, P. L., t. xxxir, col. 765.
— * Passio S. Perpétuas, dans Texts and Studies, in-8°, Cam-
bridge, -1891, t. I.fasc. 2, p.6i, lign. 8, 16; p. 75, lign.5, 16; p. 82,
ligne 8; p. 86, lign. 1,5. — ? A. Lupi, Dissert, etanimadv. ad.nu-
per inventum Severm epitaphium, in-4% Panormi, 1734, p. 137-
— ' Boldetti, Osservazioni sopra i cimiteri dei santi martiri,
in-fol., Roma, 1720, p, 418. — s Muratori, Liturgia romana vêtus,
in-fol., Mediolani, 1748, t. I, col. 749. — * Ibid., t. I, col. 760.—
' D. Cabrol et D. Leclercq, Monum. Eccl. liturg., t. 1, n. 3589, cf.
n. 3738. — " /tx'rf., n. 3586. Cf. Eck, Le cimetière gallo-romain
de Vermand,Aans le Bull, nrcli. du Com. detrav. hist., 1887,
DICT. D'ARCH. CHRÉT.
D'autres acclamations sont tout à fait rapides : ius
ïrjffatç, Çï)ffaTO, rists Çsitsts, Çene;, tus Çete; -3 et on y re-
connaît sous le vêtement latin la langue grecque en
usage à Rome jusqu'au milieu du IIIe siècle. On trouve
encore des textes bibliques ; (in pa)ce Dei ze[ses]2v;
ïeis; bibas23 et plus simplement : Vivatis, vibalis,
bibile, bibalis-6. Parfois on se borne à crier un seul
nom : Cris tu Zesus, Zesus Criuslus, Maria2'1, et ce der-
nier nom est aussi associé à celui des- princes des
apôtres : Maria, Paulus, Petrits 28. Les noms de ces
derniers sont parmi ceux qui reviennent le plus fré-
quemment29, les saints romains reparaissent aussi
plusieurs fois, mais l'identilication de plusieurs d'entre
eux entraînerait dans un long commentaire.
XVI. Le rituel de l'agape. — Ces acclamations ne
sont pas tout ce qui nous reste de certain dans l'antique
rituel de l'agape; cependant on peut être surpris qu'une
institution dont nous avons constaté l'existence en un
grand nombre de lieux et pendant plusieurs siècles
n'ait laissé que peu de traces dans la liturgie. Si on se
reporte au texte disciplinaire le plus ancien que nous
ayons invoqué, les Canons d'Hippolyte, nous ne pou-
vons nous dissimuler que le rituel de l'agape offrait
une analogie frappante avec une partie du sacrifice
eucharistique puisqu'il comportait une fractio panis que
nous ne pouvons que mentionner par son nom très sug-
gestif sans préjuger de son contenu. Observons toute-
fois que cette fraclio panis est à tel point essentielle à
la célébration de l'agape qu'en l'absence de l'évëque et
du prêtre, le diacre ou le laïque qui préside ne devra
pas l'omettre, pur simulacre cependant puisque dans le
cas où c'est le laïque qui fait la fractio, il ne pourra pas
la bénir, mais simulacre indispensable. Si nous ne nous
abusons, cette remarque invite à resserrer beaucoup les
liens de ressemblance, peut-être même de parallélisme
plus ou moins exact entre le rituel de l'agape et le ri-
tuel de l'eucharistie qui se seraient développées l'une
et l'autre autour d'un même point central identique et
immuable.
Tommasi a publié un Libellus orationum et precum,
appelé plus ordinairement Oralionalc par les anciens
auteurs, dont la troisième partie concerne les offices
quotidiens. L'éditeur y a ajouté des formules concer-
nant différentes nécessités et tirées de divers manuscrits
dont il ne donne malheureusement pas un signalement
précis. Les pièces qui nous intéresssent, concernant
l'agape, sont certainement d'origine romaine :
ORATIO AD agapen PAVPERVM. — Da Domine fa-
mulo tuo 111. sperata suffragia oblinere, ut qui tuospau-
peres vel tuas Ecclesias memoravit, sanctorum omnium
simul et beati martyris lui Laurenlii mereatur consor-
tia, cujusnunc estexempla smiius, Per.
ITEM PRO HIS QV>t AOAPElf FACIVNT. PR/EFATIO. —
Oremus dilectissimi nobis omnipotentem Deumpro filio
nostro 111. qui recollens divina mandata dejuslis labori-
bus suis victum indigenlibus subministrat, qualenus
hsec devotio ipsius sicut nobis est necessaria, ila sil Deo
semper accepta. Per Dominum Jesum Christian filium
suum qui cum eo vivit et régnât Deus, etc.
ITEM ALI a. — Sanctum ac venerabilem retribulorem
bonorum operum , Dominum deprecemur pro filio nos-
tro 111. qui de suis juslis laboribus victum indigen-
p. 187,195. — • C. Cabrol et L. Leclercq, op. cit., n. 3000. cf.
n. 3710. — "Ibid., n.3590.— "Ibid., n. 3592. — ». Ibid., n. 3561.
- u Ibid., n. 3562. - » Ibid., n. 3532. — >6 Ibid., n. 3533. —
"Ibid., n. 3614. — " Ibid., n. 3554. — >• Ibid. ,n. 3555, cf. 3728,
3729, 3744. — '• Ibid., a. 3569. cf. n. 3709. - »• Ibid., n. 3639. —
"Ibid., n. 3692. — " Ibid., n, 3687. — •' Ibid., n. 3530, 3538,
3539, 3544, 3565. Cf. De Rossi, Bull, di arcli. crist., 1882.
pi. vin et p. 135. — •* D. Cabrol, et D. Leclercq, op. cit n. 3529.
— "Ibid., n. 3545. — » Ibid., n. 3540-g542, 3546. — "Ibid..
u. 3563, 3564, 3570. - « Ibid., n. 3567,3568. — "Ibid., il. 3574,
J576, 3580, 3583,' 3587-3589, etc., etc.
1.
27.
835
AGAPE
836
tibus administrât ut Dominus cxlestis sua miscricor-
dia terrenam eleemosijnam compenset et spiritales
diviùias largiatur, tribu a t ei magna pro parvis, pro
terrenis cselestia, pro temporalibus sempiternel. Per
Dominum nostrum Jesum Chris tum Filium suum qui
cum eo vivit et régnât Deus, etc.
oratio. — Deus gui post baptismi sacramenlum se-
cundam abhitioneni peccatorum eleemosynis indidisti,
respice propilius super famulum tuum 111. pro cujus
operibus tibi gratiœ rcferunlur, fac eum prœniio bea-
lum quem fecisti pietate devotum. Per.
Deus qui homini ad tuam imaginent facto etiam
spiritalem alimoniam prœparasti, concède fdio noslro
fantulo luo 111. qui in pauperes tuos tua séminal dona
ut vertus melat suorum operum fruclus et largitatis
hodiernse compensalio istius perpétua conferalur reci-
pauperes tuos hxc operelur. Per Dominum nostrum*.
XVII. La. représentation du banquet des élus et
de l' agape. — Nous mentionnons sans nous y arrêter
une opinion qui a prétendu attribuer le litre d'agape
aux repas que les anciens donnaient à l'occasion du
mariage; rien n'autorise dans les textes cette dénomina-
tion. De ce qu'un dîner ait été préparé aux convives on
ne saurait en conclure qu'il ait le moindre rapport avec
la pensée inspiratrice des repas auxquels seuls convient
le nom d'agape, alors même qu'ils eurent dégénéré de
leur rituel primitif. Les représentations de repas et de
banquets n'ont été l'objet que d'une vogue un peu ca-
pricieuse parmi les artistes qui décorèrent les cata-
combes. Outre la scène de la fractio panis de la Ca-
pella greva que nous avons décrite on ne trouve guère
ces suiets en dehors des Quatre cimetières de Domitille,
184. — Scène de banquet.
D'après Bullettino di archeologia cristiana, 1882, pi. v.
piatque pro parvis magna pro terrenis cœlestia pro
temporalibus sempiterna. Per.
sécréta. — Deus, qui Vuorum corda fidelium per
cleemosynam dixisli posse mundari: prtesta, quxsu-
mus,ut hujus consortiis Sacramenli ut ad conscient,;/
suas f rue tum non gravare studeant miser os, sed juvare.
Per.
INFRA ACTION EU. — liane igiltir oblationem, Domine,
famuli tui 111., quam tibi offert ob juslis eleemosynis
suis, quod in pauperes tuos operatur, plavatiis susei-
pias deprecamur. Dm quo majeslali tum supplices fun-
dimus preces; ut ad/icias ci tempera oitse : ut per
limita curricula annorum Ixtus tibi in pauperes tues
hxc operelur; atque anima tibi vola persolvat. Per
Chris tum. Quant oblationem.
post commun. — Omnipotens sempilerne Deus, res-
pice propilius super hunv famulum tuum 111.. qui in
pauperes tuos operatur : virtute custodi, potestate
luearis:ut per mulla curricula annorum Iselus tibi in
'Tommasi, Opéra, édit. Vezzosi, in-4", noms, 17Ï7. t. n. p. 5.VJ.
La première formule est annotée d'un G que l'éditeur nous dit repré-
senter S. Gregorii sacramentum preecipue ex mss. codicibus.
Toutes les formules suivantes sont annotées H, ce qui renvoie à
lïomiwse Ecclesise librum sacratnentorum ex antiquiore mxti-
tuto quem Gelasianum dicebanl. Pameliup, Liturgicon Ecclesite
lalhue. in-8-, Colonia? Agrippinse, 1571, t. Il, p. 384, donne notre
première formule sous le litre Oratio ail agapen pauperum sans
de Callixte, de Sainte-Agnès et des Saints-Marcellin-el
Pierre. Au cimetière de Domitille il ne s'a-it que d'un
repas (oomm. du n° siècle); au cimetière de Callixte les
quatre banquets (fin du ii'-comm. du nr siècle) parais-
sent contemporains du pape Callixte lui-même. A Sainte-
Agnès, le banquet >lrs cinq femmes est de la seconde
moitié du IIP Biècle; celui des sept convives immédia-
tement postérieur à la paix de l'Église. Dans la cata-
combe des Saints-Marcellin-et-Pierre on a trouve no
repas et neuf banquets. Ces dix ouvrages ont été exé-
cutés entre la seconde moitié du nr siècle et le com-
mencement du ive, sauf un seul qui pourrait être
reporté dans la première moitié du IV siècle. Ces sujets
doivent être classés sous plusieurs types différents.
D'abord les banquets comptant sept personnages, tous
du sexe masculin, et des corbeilles contenant des pain-.
C'est ici une représentation de la cène du Seigneur, car
on sait que les artistes embarrassés de peindre les
douze apôtres dans un champ restreint se contentaient
autre changement que N à la place de III. Cf. Aiirkv iat
col. 164. Le sacramentaire gélasien contient dans sa IIP partie,
| \i.vm : Orationee pro his qui agape faciunt, les oraisons Uan-
scrites ici, sauf la première; par contre il donne une
une oraison infra OCtionem que Tommasi a supprimées. Ytura-
tori, lAturgia romaxa uetus, tn-foL, Venetiis, r - ~is-
719. Le sacramentaire dit grégorien contient notre première for-
mule. Muratori, loo» rit.. I. Il, cl. 385.
837
AGAPE
838
de six d'entre eux. Voir Agneau. Un autre type moins
uniforme offre des convives, hommes, femmes, entants,
groupés autour d'une table frugalement servie. Tous les
anciens explorateurs des catacombes avaient vu dans
«es banquets une agape jusqu'à ce que l'on ait proposé
d'en faire un symbole du festin céleste l. Une particula-
rité semblait devoir mettre sur la voie de l'identifica-
tion. Au-dessus de la tète de deux femmes qui servent
les convives on lit les devises suivantes :
Irène da calda — Agape m'iscc mi
Irène porge calda — Agape misce nobis
Irène misée — Agape da calda
Irène misce — Agape porge calda
Ces peintures décorent des arcosalia ou des cubicules
du cimetière des Saints-Marcellin-et-Pierre 2. Polidori
conjecture que Irène et Agape ne sont pas les noms
symboliques donnés pour la circonstance à des convives
et destinés à rappeler ainsi la haute inspiration du fes-
tin, mais que les deux femmes auxquelles ils s'appliquent
représentent deux caractères essentiels du bonheur des
élus dans le ciel, la paix et V amour3. On pourrait objecter
que s'il en est ainsi les attributions de l'une et de l'autre
doivent être invariables, puisque dans le ciel toutes
choses demeurent et ne varient plus; nous ajouterons
que sur une des fresques 4 une des devises parait s'ap-
pliquer non à l'amour, mais à une femme du nom
d'Agape, car l'inscription porte des 0 retournés, ce
qui dans certains cas sert à désigner un personnage fé-
minin. Sans prêter à cette remarque plus de portée
qu'il ne convient, nous ne pouvions l'omettre; mais
nous allons chercher dans un monument à peu près
contemporain quelques lumières plus vives sur notre
série de banquets, nous voulons parler du tombeau
de Vincentius et de Vibia, adorateurs de Sabazius, re-
trouvé dans* le cimetière de Prétextât5. Un des arco-
solia nous offre la représentation de deux banquets
distincts et d'une intention bien différente sur laquelle
les inscriptions ne laissent pas de doute possible. L'un
des banquets représente un repas funèbre célébré
par les survivants, qualifiés septem pii sacerdotes. La
salle est embellie de ces guirlandes de fleurs que nous
avons vues sur les lécythes athéniens, les convives
étendus sur un aïy\>.<x; un repas composé d'une volaille,
d'un lièvre, d'un pâté, d'un poisson leur est servi
(fig. 185).
Faisant pendant à cette scène, Pluton enlève une jeune
femme nommée Vibia et l'emporte aux enfers : Abreplio
Vibies et discensio. Entre les deux sujets se développe
la scène du jugement de Vibia, enfin un dernier tableau
occupant le mur du fond complète le sujet. Nous passons
du tribunal dans le paradis, l'àme^le Vibia est introduite
dans le séjour des bienheureux par son bon ange, angé-
lus bonus, un bel adolescent portant une couronne d'or
et tenant une couronne de fleurs à la main. Aucun
doute ici encore, car l'inscription nous avertit : Inductio
Vibies, angélus bonus. Ce paradis consiste en une cam-
1 De Rossi, Borna sotterr., t. Il, p. 247; L. Lefort, Les sr.ènes
de banquets peintes dans les catacombes romaines et notam-
ment dans celle des SS. Marcellin et Pierre, dans Etudes sur
les monuments primitifs de la peinture en Italie, in-12, Paris,
1835, p. 143 sq. — « L. Lefort, Étude sur les monuments primi-
tifs de la peinture en Italie, in-12, Paris, 1885, p. 64 sq., n. 77-
82. — 3L. Polidori, Dei conviti efpgiati a sitnbolo nei monu-
menti cristani, dans L'amico cattolico, 1844, Milano, t. vu,
p 390; t. vm, p. 174, 262. — * De Rossi, Bull, di arch. crisl.,
1882, pi. v. — 6G. Bottari, Sculture e pilture sagre, in-fol.,
Roma, 1737, t. m, p. 110, 218; Raoul-Rochelte, Mémoire sur
les antiquités chrétiennes, dans les Mém. de VAcad des inscr.,
1836, t. xiii, p. 147, 158; R. Garrucci, Les mystères du syncré-
tisme phrygien dans les catacombes romaines de Prétextât,
dans Cahier et Martin, Mélanges d'archéologie, in-4% Paris, 1856,
"t. IV, p. 1 sq.; R. Garrucci, Storia dell' arte cristiana, in-fol.,
Prato, 1873, t. vi, pi. 494, p. 171. Le même, Tre sepolcri con
pagne couverte de fleurs et ombragée d'arbres, qui rap-
pelle la description faite dans les Actes de sainte Per-
185. — Banquet funèbre de Vincentius.
D'après Garrucci, Storia dell' arte cristiana, pi. 494.
pétue 6. Vibia y est reçue et admise au banquet des
élus qui sont, eux aussi, sortis du jugement avec bon-
heur : Bonorum judicio judicali; ils étaient cinq con-
vives et ont fait place à Vibia qui occupe la place
d'honneur, et porte la couronne de roses que son bon
ange a dû lui remettre (fig. 186).
« L'analogia del predetto dipinto dei cultori dei mis-
teri Sabazzi con i simili dei Cristiani è manifesta, » dit
à ce sujet De Rossi ". Il n'est pas possible en effet de ne
pas se souvenir que Sabazius est le titre de Bacchus-Soleil
et que les adorateurs de Mithra-Soleil imitaient servile-
ment plusieurs rites du christianisme au dire de Ter-
tullien : A diabolo scilicel cujus sunt parles interver-
tendi veritatem qui ipsas quoque res sacramentontm
divinorum idoloritm mysteriis semulalur*.
Nous avons donc bien maintenant le sens du banquet
funèbre. Celui que célèbrent les survivants répond à celui
que les élus célèbrent dans le paradis; remarquons que
si celui des élus est plus sobre on y retrouve en partie
le» mêmes mets, et en particulier le poisson. L'agape a
donc été un véritable symbole du festin céleste des élus.
Il existe entre eux une exacte relation dont nous avons
un témoignage si clair qu'il suffit à lui seul à donner le
sens de l'agape chrétienne e< ce sens est tout proche,
ainsi que nous l'avons montré au début de cette disser-
tation, d'une pensée de commémoration funèbre et de
résurrection dans la gloire; nous avons ici un souvenir
accordé au défunt en même 'temps qu'un symbole de
l'état nouveau de l'élu. Les Actes des saints Jacques et
Marien martyrisés en 259 9 rapportent les paroles de
saint Jacques : Ad martyrum beatorum pergo convi-
vium. Namista nocle Agapiuni nostruniia videbam...
pitture ed iscrizioni appartenenti aile superstizioni pagane
del Bacco Sabazio e del Persidico Mitra, In-4% Napoli, 1852;
C. M. Kaufmann, Das Mahl der Vibia in der synkretistichen
Katàkombe an der appischen Strasse, dans Forschunyen, in-4%
Mainz, 1900, t. I, p. 107. — 6 Passio S. Perpetuœ, n. xi, dans
Texts and studies, in-8% Cambridge, 1891, p. 78 : factuni est
nobis spatium grande, quod taie fuit quasi viridarium, arbores
habens rosx et ornne genus flores. Altitudo arborum erat in
modum cypressi, quorum folia canebant sine cessatione.
Comparez à cette description la fresque des Cinque santi dans le
paradis, dans De Rossi, Roma sott., t. m, pi. Mi. — ' De Rossi,
Bull, di arch. crist., 1882, p. 123. — «Tertullien, De prsescript.,
c. XL, P. L., t. Il, col. 29. — 9 Sur ces Actes dunt nous avons parlé
avec détail, voir Actes des Martyrs, col. 414, et Pio Franchi de'
Cavalieri, La Passio SS. Mariani et Jacobi, dans S'.udi e testi,
l'.oma, 1900. — '"C'est le nom d'un martyr mis à mort peu de
temps auparavant.
839
AGAPE
840
sollemne quoddam et Isetilise plénum celebrare convi-
vium. Quo cum ego et Marianus quasi ad AGAPEN,
spiritu dileoiionis et caritatis raperemur, adeucurrit
nobis obvius puer, quem conslabat esse alterum ex
geminis anle triduum cum maire passis, eprona rosea
collo circumdalus1 et in manu dextra palmam viri-
dissimam prœferens : Et quid properalis? inquit :
gaudete et exultate, cras nobiscum et ipsi cœna-
bitis 2.
Le festin des élus apparaît dès les origines de l'art
chiétien. Au fond du grand ambulacre de la catacombe
de Domitille, se voit une fresque qui remonte à la fin
du Ie1' ou au commencement du IIe siècle.
De Rossi y voit avec raison un banquet céleste, avec
cette réserve toutefois que son interprétation pourra être
partiellement modifiée, mais non substantiellement con-
tredite3. Il ajoute que le caractère de la composition,
SA.NCT0S, col. 489), affirmée avec cette fermeté, à Rome,
en un temps où nous voyons que cette conviction était
assez peu accueillie pour que saint Ignace d'Antioche
crût devoir en parler avec une particulière insis-
tance *.
Il faut franchir un intervalle de cent cinquante ans
au minimum, pour arriver à un autre banquet, celui de
Sainte-Agnès. Ici l'allusion au banquet céleste n'est pas
douteuse dans cette représentation des vierges sages
admises au séjour du Christ5; une fresque contempo-
raine de celle-ci, au cimetière des Saints-Marcellin-et-
Pierre, représenterait également un banquet d'élus6, à
moins qu'il faille y voir le prototype des six scènes dont
nous allons parler; en effet, à droite et à gauche de la
composition se voient deux femmes debout qui bientôt
vont quitter l'anonyme et afficher en toutes lettres leurs
noms et leurs fonctions.
18G. — Banquet céleste de Vibia.
D'après Garrucci, Storia dell' arte cris'.iana, pi. 494.
son ordonnance artistique rappelant les banquets funè-
bres des stèles grecques témoignent du caractère archaï-
que de la peinture. C'est cette considération qui nous por-
terait à laisser absolument dans le doute s'il s'agit ici
du banquet funèbre des survivants ou du repas céleste
des élus reçus dans le ciel. Aucun caractère ne permet
de rien affirmer avec certitude. L'époque très reculée
de la peinture nous fait hésiter un peu à y voir la grave
question de la résurrection des corps, objet de tant de
résistances de la part îles premiers chrétiens (voir Ad
1 Nouveau trait ù rapprocher des élus du festin de Vibia
dans le paradis. — 'Possio SS. Jacobi et Mariant, n. xi, dans
Ruinait, Aela rincera, in-'r, Parisiis, 1689, p. 230. — 8De Rossi,
hall, di arch. crist., 1865, p. i&; C. M. Kaulmann, Die Dar-
stellungen des himmlischen Gastmahles, dans forschu
in-4". Mairiz, 1900, t. i, p. 10'* sq. — * S. Iynace. Epist. ad llo-
manos, IV, n. 2, dans Opéra patr. apost., édit., F. X. Funk,
in-8 , Tubingcn, 1887, t. I, p. 21G : MïXXgv *o~i.a.i.s.tcti.-.t -i Orçoiu, Vva
îlot twcoî YtvttvTOCl xat uujoev ï«:cc'/.îrwîi T«>v toj ffwtiaTÔç Ltou... tôt:
efforce [jiaOrçT/,; à/.r.Or.ç xoù XpioroB, oti oiStv t& ffwttû lioj g xûtjao;
F&k«v. — 5 Cubicule 3* de Bosio. Bottari, Sculture e pitture sa-
cre, in-tol., Borna, 1737, t. m, pL e.xi.vm et c.xux ; Séroux d'Agin-
tourt, Histoire de l'art par les monuments, in-fol., Paris,
1. 1, pi. xn, n. 10; L. Perret, l.i -s catacombes de Home, in-fol.,
Paris, 1852, t. il, pi. xxxix à Xl.u inclus; R. Garrucci, Storia dell'
arte cristiana, in-fol.. Prato, 1873, pi. 84, n. 2; !.. Leiort, Étude
surlesmonum. vrim.de la peinture en Italie, p.47, n.48; |
— "Cubicule 0 de Bosio. Bottari, loc. cit., t. II, pi. evi ; Garrucci.
toc. cit., pi. 45, n. 1 ; L. Leiort, loc. cit., p. 4â, n. 41 ; p. 150. —
Sur les six banquets que nous étudions, quatre seule-
ment peuvent être utilisés; les deux autres sont tellement
ruines qu'on doit se borner à les mentionner ". Calui que
Bosio vit et publia est fort inexactement reproduit; il a
introduit sur la table an agneau à la place d'un pois-
muis. Nous donnons ici la reproduction de ces pein-
tures qui mettront toutes les pièces du débat entre les
mains du lecteur » (fisf 18». 187-190).
Avant de prendre parti et de faire de Irène et
Agape des convives de l'agape ainsi que l'enseignait
'■ Ils i nt été découverts un par Bosio, deux en 1S.M par Pc RoEa)
trois entre 1880 el I882parle même arche' h gue.Cf.L. Leiort, Chro-
nologie des peintur) *< les catacombes romaines, àansla Revue ar-
chéologique, septembre-décembre 1880. — «De Rossi, Dechnstie*
nis monwnentis iifc* exliibentibus, dans Spicilegium Soles-
mense, in-'r, l'arisiis, 1856, t. m, p. ô69 sq. — «Nousdi niions ici I*
bibliographie delà fig. 188, afin de permettre le ra] al avec
[ les représentations inexactes qui en existent : i o sot-
terr., p. 391 ; Aringhi, lioma subterr.. t. n, p. 1 19; Bottari, loe.
fit., pi. cxxvn; d'Agincourt, loc. cit.. pi. vi n. 5; R. Garrucci,
1 loc. cit., pi. 56, n. 1, 2; De Rossi. Huit, di arch. crist., 1882,
pi, m; Martigny, Diet. desantin., 2- édit., p. 699. Pour lafig.189,
cf. d'Agincourt, loc. cit., pi. ix, n. I">: R. Garrucci, toe. cit., pi. 56,
I n. 3, 4, 5; De Rossi, loc. cit., pi. IV . Pour la lig. 190, cf. De Rossi,
Bull, di arch. crtst., 1882 pi. VI. <'.. Clir. Gcbauer, De Caldx
etcaldi apud veteres potu, ln-4\ Lipsiac. 1721 ; Raoul-Rocbett»,
dans les JftmotrM de (Mcaue - ' xm, p. 1*2,
144; T. Roller, Les catacombes de Rome, in-tol., Paris, 1881, t. u,
pi, i.iii, n. 1, 2.
841
AGAPE
842
Rosio, ou bien des figures symboliques de « l'institution
même des agapes destinées à entretenir la paix et la
charité parmi les fidèles »', ou enfin les chrétiennes
reposant dans le tombeau, suivant l'opinion dePolidori,
il importe d'observer que leurs attributions varient,
tantôt c'est Irène qui donne l'eau chaude, tantôt c'est
Agape et réciproquement lorsqu'il s'agit de verser à
boire2. C'est là une indication qu'on ne saurait négli-
ger; en outre on remarquera que nul symbole dans les
types des servantes du festin ne requiert de leur appli-
quer les noms d'Agape et d'Irène, car ni l'une ni l'autre
n'offrent rien de particulier, bien plus le personnage
désigné par AGAPE parait plutôt avoir le type masculin,
ce qui pour la figure 184 est en contradiction avec l'ob-
servation que nous avons faite sur les Q retournés mar-
quant un personnage féminin. On le voit, l'interpréta-
Fabretti donne celui-ci :
IRENE AGAPE COC INCOMPARABIU.V.ANN-
R-IVI-XXX-MEC-FECIT ANN-XIIIM-XI
QVE DM IN PACE DX KAL IAN s
Enfin une épitaphe trouvée au cimetière de Saint-
Hermès nous montre un père rédigeant une épitaphe à
ses deux filles mortes en bas âge6.
AGAPE. QVAE-VIXIT-
ANN > V > M f- ll-DIEB > XXI *
IRENE-QVAE-VIXIT-ANN-III *
M-VII-DIEB f- V >
IVLIVS-VRBANVS f- PATER >
FECIT* H— >
■187. — Scène de banquet.
D'après Bullettino di archeologia cristiana, -1865, p. 42, n. 3.
tion des deux figures représentant la paix et la charité
n'est pas aussi aisée qu'on le croit ni aussi définitive
qu'on le dit. Ajoutons une dernière remarque. Les noms
d'Agape et d'Irène, dans lesquels on croit voir une ren-
contre trop lortuite pour n'être pas voulue, se trou-
vaient parfois réunis dans une même famille et portés
par deux sœurs. C'est ce qui se voit dans les Actes de
trois sœurs martyres à ïhessaloniquc en l'année 304.
L'auteur du prologuey explique symboliquement les noms
quelles portaient : Agape méritait d'être appelée ainsi
par sa charité; Chionie était vraiment comparable par sa
pureté à la neige, /ttôv ; Irène portait bien son nom à cause
de son esprit pacifique 3. Muratori a publié le texte sui-
vant :
AGAPE ET RVSTICA ET ERENE
FECERVNT SIBI LOCVM
TRISOMVM <■
1 Raoul-Rochette, Tableau des catacombes, in-12, Paris, 1837,
p. 142. — *De Rossi, Bull, di arch. crise, 1882, p. 129 : « Mis-
cere divenne sinonimo di infondere il vino : le epigrafi di bic-
chieri di vetro dicono indiflerentemente impie me, misceme; »
A.Weerth, dans Jahrbùcher d. Vereins v. Alterthumsfreunden
im Rheinlande ,1881, t. lxxi, p. 114. — 3Acta SS. Agapes, Chio-
nise, [renés, n. 2, dans Ruinart, Acta sincera, in-4% Parisiis,
1689, p. 421 sq. — * Muratori, Novus thesaurusveterum inscrip-
Pour nous, nous serions plus disposé à ne voir au-
cun rapport entre les devises et les soi-disant servantes
pour qui cette fonction n'est d'ailleurs rien moins que
prouvée. Les banquets de la catacombe des Sainls-
Pierre-et-Marcellin seraient des allégories de la félicité
des élus dans le paradis, allégories dans lesquelles on
aurait rappelé le rapport qui existait entre ces banquets
célestes et les agapes funéraires par des inscriptions
empruntées au rituel de l'agape. Un dernier trait nous
invite à reconnaître cette compénétration des deux
scènes, l'agape et le banquet des élus, dans nos iresques.
On remarquera que les deux personnages placés à l'ex-
trémité du aiyfia sont tantôt deux, tantôt trois : ce sont
des jeunes filles ou des jeunes garçons et ils sont assis
sur des chaises ou bien ils servent les convives couchés.
Or, c'est là ce qui convient aux jeunes Romaines et aux
jeunes Romains qui s'asseyaient à l'extrémité des lits de
tionum, in-iol., Mediolani, 1739, p. mdcccxxi, n. 3, répétée
p. mdcccclxx, n. 10; Boldetti, Osservazioni, p. 265. — 3Fa-
bretti, Inscript, antiq. quse in œdibus paternis asservantur,
explicalio et supplementum, in-fol., Roma:, 1699, p. 553,n. 37;
Boldetti, Osservazioni, in-fol., Roma, 1720, p. 55, avec des cou-
pures de ligne différentes et COI au lieu de COC, D au lieu de DM,
et IANN au lieu de IAN. — « Roller, Les catacombes de Rome
in-lol., Paris, 1881, t. I, pi. x, n. 27.
843
AGAPE
844
repos ' où se plaçaient leurs parents2 à qui ils servaient
les plats du festin 3. La reproduction constante de ce
trait de mœurs semble d'une application douteuse s'il
s'agit d'un repas céleste, elle s'explique plus aisément
si les artistes ont été préoccupés de rappeler tout à la
fois le banquet des survivants et celui des élus. La pré-
sence du poisson comme mets unique ne parait pas
pouvoir s'appliquer à une agape funéraire; il est tout à
lait vraisemblable qu'il n'y a là aucune allusion à l'eu-
charistie, mais simplement l'indication que les élus
jouissent de la béatitude autour de la personne du Christ
symbolisé par le poisson I-X-0-Y-I-4 dont ils se rassa-
siaient pour l'éternité.
L'agape commencée sur la terre s'achevait donc dans
souvenir, à des soins dont l'expression subit une défor-
mation progressive depuis le jour où les survivants
offraient au défunt pour son usage exclusif des vivres
que l'on se. mit dans la suite à manger en participation
avec lui, mais en observant toujours un rituel caracté-
ristique de ces banquets funèbres. Cette coutume uni-
verselle contenait une part d'inspiration conforme à la
doctrine chrétienne, puisqu'elle enseignait que la mort
ne détruit pas l'homme tout entier et pour toujours
mais qu'elle commence une vie nouvelle et mystérieuse
pour laquelle le souvenir et le secours des survivants
ne lui sont pas inutiles. La réunion dernière du Christ
avec ceux qui formaient sa famille lui fut l'occasion
de leur prescrire de ne pas omettre ce souvenir enveis
/?/
sft. — Peine de banquet.
D'après Bullettino di archeologia crisliana, 1882, pi. UI.
l'éternité, c'est le vœu qu'on
lu
lit sur plusieurs tom-
XIII
■ CAL ■
APRIL
DP
ERMOGENIA
IN fi
CAPE
LICINIVS IVSTINAE
CONIVGI MERENTI
A G P m
S/'.SINA IN AGAPE
IV • STE NOMEN
TVM IN AGAPE
Conclusions. — Dans le sujet que nous avons étudié
un fait apparaît incontestable et identique à ceux que
l'antiquité chrétienne offre dans la plupart des directions
suivant lesquelles on s'efforce de l'éclairer; ce fait, c'est
le caractère sporadique des éléments d'information que
nous parvenons à recueillir et ce serait forcer la vérité
que prétendre tirer des textes disséminés et peu nom-
breux une conclusion d'ensemble et une institution
ecclésiastique universelle. Sous cette réserve, qu'il faut
avoir sans cesse présente à l'esprit, nous pouvons entre-
prendre de résumer les vicissitudes de la coutume anti-
que connue sous le nom d'agape.
L'humanité la plus reculée a pris soin de la vie pos-
thume des morts. Elle a pensé qu'ils avaient droit à un
1 Suétone, Cluudius, c. xxxu : Adhibebat uititii etiue et libéras
suvs ctim mûris pucllisque iiubilibus, qui more veteri ad
fulcra lecttirum sedentes vesceroitur. — ' Marini, Atti dey//
fralelli Arvali, in-4", Roma, 1795, p. 535. — 3J. MarquanJt,
Hômisch. Alterth., in-8°, Leipzig, 1H7i'>, t. v, p. 91. — * De Roui,
De chrislianis monumentis i^Oi-. eochibentibus, in-4-, Parisiis,
1 85* i , p. 569. Le banquet avec le poisson se retrouve sur les sar-
cophages. E. Le Blant, Les sarcophages i lu itic»s de laGaule,
sa mémoire. Mais ici se passèrent des choses d'une nou-
veauté vraiment divine et qui ne ressemblent à au
des rites de l'antique banquet funèbre.
H ne faut pas songer à trouver entre celui-ci et l'insti-
tution eucharistique des analogies que rien ne soutien-
drait plus, mais il faut peut-être reconnaître dans le
repas eucharistique en même temps qu'un souvenir de
la pàque, un mémorial funéraire qualifié comme tel par
son fondateur : Toutes les fois que vous mangeri / et
que vous boirez ce calice, vous annoncerez, la mort du
Seigneur, faites ceci en mémoire de moi.
Dès l'époque apostolique nous voyons pratiquer à Corin-
the, probablement à Jérusalem et ailleurs encore, un usage
qui dès l'an 65 environ est déjà pourvu du nom d'à.
qu'il conservera désormais. Il consiste en une réunion
au cours de laquelle se place un repas; nous retrouvons
cette agape substantiellement dans plu Uses, Bans
que rien dans les textes nous autorise à en faire une in-
stitution générale soumise à une discipline invariable.
Pendant une période qui comprend les deui premiers
siècles, noua ignorons si elle était réunie à l'eucharistie,
ou bien si elle en était séparée, à quels juins, à quelles
heures on la célébrait; mais nous savons qu'on \ devait
manger et boire avec sobriété et que les convives étaient
couchés sur des lits sans que la décence put s'en alarmer.
A la fin du nc siècle, à Cartilage et probablement aussi
iii-fnl-, t'ari-, issu p. 27, n. 30. pi. IX, fig. I, | ncon-
nue; De Itossi, Bull, di arcU. criât.. 1882, p. IX) sq., 122. pi. I\,
et la note corrective de la page 137. — ■ Marini, / papiri diplo-
mtitict. in-fol.,Roma,1805,p.224. Cf.Boldetti,Oajertia»om, p. 371 :
Marangoni, .A cta S. Yictoriui, in-4". Roma, 1740, p. 134; Passionei,
IserisUme antichc, in-lol., Luca, 1763, p. 118, n. 43: De !
Bull, di arch. crist.. 1*82, p. 128; D. Cabrai et D. Leclercq, Mo-
num. Eccl. liturg., in-4% Parisiis, 1902, t. i. n. 2938, 3843.
845
AGAPE
846
à Rome, l'agape avait lieu avant la tombée du jour; elle
était encadrée par un rituel de prières et de chants.
Un élément nouveau s'introduisit comme de plein
droit dans l'agape. Le culte rendu aux martyrs les ayant
associés à la gloire du Christ, aboutit bientôt à des com-
mémoraisons particulières pour lesquelles on ne conçoit
legranza sopra alcuni sacri monvmenli anlichi di.
Milano, in-4°, Milano, 1757, dissert. VII, p. 113-134; —
A. Allen, Christian institutions, in-8°, Edinburgh, 1898,
p. 522 sq.; — P. Aringhi, Roma subterranea. in-fol.,
Roma, 1651, t. h, p. 599-608; — Augusti, Handbuch der
cJirisll. Archâol., Leipzig, 1836-1837, t. i, p. 124 sq.; —
"IS9. — scène de nanrjuet.
D'après Bulleltino di archeologia cristiana, 1885, pi. lv.
pas autre chose que des réunions organisées d'après le
type de celles qui servaient à la commémoraison du Sau-
veur, le premier martyr, ainsi qu'on l'appelait. Ces réu-
nions arrivent à ressembler si exactement aux banquets
funèbres, parentalia des païens, que c'est tout le motif
de leur interdiction. L'agape dominicale devient pendant
ce temps de plus en plus indistincte, les textes ne nous
P. Batiffol, Études d'histoire et de théologie positive-
in-12°, Paris, 1902, p. 277-311, et art. Agape, dans le
Dictionnaire de théologie catholique, t. i, col. 551 sq.
— J. P. Bender, De conviviis Hcbraeorum eveharisticis,
in-4", Bremœ, 170i; — C. Bigg, The Christian Plato-
nisls of Alexandria, in-8°, Oxford, 1886, p. 102 sq. ; —
J. Bingham, Origines ecclesiasticœ, in-8». Halle 1724-
190. — Scène de banquet.
D'après Butlettino di archeologia cristiana, 1S82, pi. vi.
entretiennent plus que de l'agape sanctorale qui nous
offre ce curieux phénomène d'une institution retour-
nant aux mêmes excès d'où on l'avait pour un temps
tirée en l'associant à l'institution la plus sublime qui
ait été faite sur la terre dans le cours des temps.
Bibliographie. —H. Achelis, Die âltesten Quellendes
orienlalischen Kirchenrechts , dans les Texte und Unter-
tuchungen, t. vi, n. 4; in-8°, Leipzig, 1891, p. 198-205;
— G. Allegranza, Spiegazione e riflessioni del P. G. Al-
1738, t. vi, p. 504-524; — J. H. Bôhmer, De coilionibus
Christianorum ad capiendum cibum, dans Dissert, ju-
ris ecclesiastici antiqui ad Plinkim secundum et Ter-
tullianum genuinas origines praecipuarum juris eccle-
siastici démons trant es, in-8°, Lipsiœ, 1714, p. 223-296;
— J. C. Bohn, Von den Liebesmahlen der ersten Chris-
ten, in-8°, Erfurt, 1762; — G. Boissier, Les associations
populaires, dans La religion romaine, in-8", 1874, t. n,
p. 267-342; — Boldetti, Osservazioni sopra i cimiter
847
AGAPE — AGATHE i(SAINTE)
848
dei Cristiani, in-fol.. Roma, "1720, p. 41-50; — .T. Bolduc,
De Ecclesia post legem, liber unus anagogicus, in-4°,
Parisiis, 1630, p. 89; — J. Bona, Rerum liturgicarum
libri duo, édit. R. Sala, in-fol., Augustse Taurinorum,
1747, t. i, p. 55 sq. ; — A. Bosio, Roma solterranea,
in-lol., Roma, 1632, p. 632-635; — Ph. Buonarotti, Os-
servazioni sopra alcuni frammenti di vasi antichi di
vetro ornati di figure trovali ne' cimiteri di Roma,
in-4», Firenze, 1716, p. 113, 131; — Callewœrt, dans la
Revue des questions historiques, 1er avril 1903, p. 6C4;
— J.-B. De Rossi, Roma solterranea cristiana, in-fol.,
Roma, 1877, t. m, p. 500; Del convito cui ministrano
Irène ed Agape, dans Bull, di arch. crist., 1882, p. 121
sq., lasc. 1-2, pi. m-vi; — J. Th. F. Drescher, De vete-
runx christianorum agapis, in-8», Giessœ, 1824 ; réim-
primé dans J. E. Volbeding, Thésaurus commentalio-
num selcctorum, in-8», Lipsise, 1847, t. n, p. 197-218; —
A. Duguet, Des anciennes agapes, in-4», Paris, 1745; —
J. A. Fabricius, Bibliographia anliquaria, in-4°, Ham-
burgi, 1716 et 1760, xi, § 25, p. 564, cite un bon nombre
d'anciennes dissertations; — Fred. Faut, Disscrtatio de
agapis, in-4», Upsalse, 1805, 18C6; — P. Foucart, Des
associations religieuses chez les Grecs, thiases, eranes,
orgéons, in-8°, Paris, 1873; — W. B. Frankland, The
early Eucharist (A. D. 30-180), in-8», London, 1902,
p. 126; — Freinsheim, dans Hisl. cccles. Christ., sec. n,
col. 620, 628; sec. m, col. 724; sec. v, col. 978; — J.
Fronteau, De ç'.).oTr,<-;îa'.: veteruin. Epiistola in qua ritus
antiqui sese in compolationibus salutandi tractanlur
et ad illustrandam divinse Eucharisties inslitutionem
rmdla affcruntur, in-4», Parisiis, 1660, p. 468-488; —
C. Frùhaul, De agapis, in-4», Zitt., 1768; — F. X. Funk,
dans la Revue d histoire ecclésiastique, 15 janvier 1903;
— J. G. Hànzschel, De helseriis veterum christiano-
rum, in-4°, Lipsise, 1729; — C. Hébert, The Lord's sup-
pcr uninspired leaching, in-8°, London, 1879; — J. Hil-
perl, De agapis, in-4», Helmstadii, 1656; — Hoffmann,
Die Abendmahlsgedanken Jesu Christi, in-8°, Kônigs-
berg, 1876, p. 21 sq.; — J. F. Keating, The agape and
the eucharist in the early Church, in-8°, London, 1901;
cf. Rassegna Gregoriaua, 1903, t. Il, p. 147; — A. Kest-
ner, Die Agape oder der geheime Welthund d. Chris-
ten von Clemens in Rom unter Domitians Regienmg
gesliftet, in-8», Iense, 1819; — C. Korlholt, Commenta-
rius in epislolas Plinii et Trajani de christianis pri-
msevis, in-4°, Kiloni, 1074; — C. Korthold, De calum-
niis genlilium invétérés christianos, c. xvm, in-4°, Ki-
loni, 1698, p. 157-172; — C. L'Empereur, Talmudis babylo-
nici Codex Middoth, she de mensuris templi, hebr.
cum versione et comment., in-4°, Lugd. Batav., 1630,
p. 81 ; — "W. Liebenam, Zur Geschichle und Organisa-
tion des rômischen Vereinsivcsen, in-8°, Leipzig, 1890,
p. 171 sq. ; — T. M. Mamacbi, De' costumi de' primitivi
cristiani, libri tre, in-12, Venczia, 1757, t. m, p. 88-190;
Origines et antiquitates cccles., in-4°, Homa\ 1S46,
t. m, p. 260 sq.; — S. A. Morcolli, Agapoca Michelia et
tesserae pascliales, in-8°, Bononise, 1822; — J. G. Mer-
lin, De agapis veterum christianorum, in-4°, Lipsise,
1730, réimprimé dans Volbeding, Thésaurus commenta-
lionum, in-8», Lipsise, 18i7, sous le titre : De oriybie
agaparum veterum christianorum, t. n, p. 183-194 ; —
L. A. Muratori, De agapis sublalis, dans ses Anecdola
grœca, in-4», Palavii, 1709, p. 241 sq.; — J. J. Oldccop,
De agapis, in-4», Helmstadii, 1656; — L. Paleotimus,
Antiquilatum sive originum ecclcs. summa, in-4°, Vc-
netiis, 1766, p. 138-140; — H. C. Poltzius, Dissert, hist.-
theol. in qua agapas nascentis Ecclesiee... elucid., in-4»,
Rostochii, 1711; — F. Probst, Liturgie der drei ersten
' Martyrologium hieronymianurn, éd. De riossi-Duchcsne,
p. 17. Le marlyrol. hiéron. cite encore sainte Agathe le 12 juillet
(p. 90), le 25 juillet (p. 96). — - Kalendarium Carthaginense,
dans Ruinart, Acta sincera maityrum, 1G89, p. 695. — 3Mc-
Jahrhunderte, in-8°, Tflbingen, 1870. p. 64 sq.; — J. N.
Quistorp, De agapis, in-4», Rostochii, 1711; — W. Ram-
say, The Church in the roman Empire before A. D. HO,
in-8», London, 1893, p. 219 sq. ; — Raoul-Rochette, Mé-
moire sur les antiquités chrétiennes, dans les Mém. de
l'Acad. des inscr., 1836, t. an, p. 775; — J. P. Rese-
nius, De agapis, quarum mentionem Judas v. 12 facit.
i-n, in-4», Hafnlse. 1600; Le môme, Agapae primo-
rum christianorum usque-ad ann. J.-C. 30; in-4», Haf-
nise, 1601; — A. H. Sahmen, De Agapis, in-4», Regio-
monte, 1701; — A. Santiclli, De priscorum Christiano-
rum synaxibus extra œdes sacras, in-8», Venetiis, 1770;
— T. Schlegel, De agaparum setate apostolica, in-8»,
Lipsise, 1756, réimprimé dans Voldebing, Thésaurus
commentationum , in-8», Lipsise, 1847, t. n, p. 170-182;
— C. Schmidt, De variis cœnm funebris appcllationibus,
in-4», Lipsise, 1693; — J. C. Schubert, De agapis vete-
rum Judmorum, in-4», Gorliczise, 1761; — C. S. Schurz-
fleisch, De veteri agaparum ritu, in-4°, Lipsise, 1690 et
1699; — J. L. Selvaggi, Antiquit. christ, inslitulioncs,
p. 87-90; — C. Sonntag, Ferise céréales christianorum ,
in-4°, Altorfii, 1704; — W. F. Skene, The Lord's supper
and the passover ritual., in-12», Edinburgh, 1891; — E.
Stapfer, La Palestine au temps de Jésus-Christ, in-8",
Paris, 1886, p. 323 sq.; — B. Stolberg, De veterum
christianorum agapis, in-4», Viteburgi. 1693; — J. W.
Stuck, Antiquitates convivalex libri III, in-fol., 1690,
1. I, c. xxxi, p. 119 sq. ; — M. Sund, Agapae veterum,
in-4», Hafnix, 1727; — P. J. Tilemann (dit A. Schenk), De
agapis, in-8», Marburgi, 1693; — W. C. Troppaneger,
De epulis veterum christianorum sepulcralibus, in-4°,
"Vitebergae, 1710; — J. E. Warren, The liturgy and
ritual of the antenicene Church, in-12», London, 1897.
H. Leclercq.
AGAPETES. Voir Subintroduct^:.
AGATHE (SA'MTS). Sainte Agathe est inscrite, au
5 février, dans les plus anciens calendriers. Le Martyro-
loge hiéronymien indique, à cette date, son martyre à
Catane : Nonas Febr. in Sicilia Catenas passio S. Aga-
tse virginis*. Le Calendrier de Carthage dit hculement :
Nonas Febr. ranctœ martyrit Agatlitc-. Ces mentions
suffisent à établir la célébrité dont Agathe jouissait, en
dehors de la Sicile, au vie siècle.
Peut-on trouver d'elle une mention pin* ancienne 11
en serait ainsi, si l'hymne écrite en son honneur par un
poète du nom de Damase devait être attribuée au célèbre
pape du IVe siècle. Mais cette attribution est inadmissible,
comme l'a montré Tillemont3. De Rossi écrit à ce sujet:
« Le style de l'hymne est très différent, non seulement du
style de Damase dans ses poèmes authentiques, mais en-
core de celui des autres poètes du siècle de Damase et de
Prudence. Il n'est point certain que la fête de sainte
Agathe fût solennellement célébrée à Rome au temps de
Damase : cela est mémo peu probable. Donc, ou un second
Damase, distinct du pontife, a composé ces vers, et a in-
séré son nom dans la pièce; ou dans l'hymne ;i sainte Aga-
the le nom de Damase fut faussement mis, pour donner à
celte pièce plus d'autorité*. » De Rossi ajoute que le nom
de Damase n'est pas rare au moyen âge : il cite plusieurs
personnages célèbres qui le portèrent à cette époque.
La plus ancienne mention que l'on trouve, à Rom.',
du culte de sainte Agathe nous ramène, comme le Mar-
tyrologe hiéronymien et le Calendrier carthaginois, au
commencement du VIe siècle. Le Liber pontifical»
raconte que le pape Symmaque (498-514) construisit à
deux milles de la ville, sur la voie Aurélia, une basilique,
avec baptistère, en l'honneur de sainte Agathe :'. A la lin
moires pour servir à l'histoire ecclésiastique dis sir pre-
miers siècles, 1695, t. ni, note 1 sur sainte Agathe. — * Bullettino
di archeologia cristiana, 18R4-1885, p. 17. - • » Le Liber poutifl-
calis, éd. Duchesne, t. I. p. 262, 267 note 30
849
AGATHE (SAINTE
AGAUNE
850
du même siècle, le pape saint Grégoire le Grand (590-
604), voulant consacrer au culte catholique une église
occupée par les Goths ariens, porta dans celle-ci des
reliques de saint Sébastien et de sainte Agathe1. Il se
peut que les rapports étroits quf l'Église romaine entre-
tenait alors avec la Sicile, à cause des vastes domaines
qu'elle y possédait2, aient contribué à populariser dans
Rome le culte de la martyre de Catane. Sainte Agathe
est du petit nombre de saintes dont le nom se trouve
au canon de la messe et dans les litanies : on remar-
quera qu'une autre martyre de Sicile, Lucie, partage le
même honneur.
Une sainte aussi vénérée ne pouvait manquer d'avoir
sa Passion. Malheureusement, celle-ci est de trop basse
époque pour qu'il soit possible de lui attribuer une
valeur historique. On la possède sous trois formes : des
Actes latins; des Actes grecs; d'autre Actes grecs, que
Bollandus attribue à Métaphraste 3. Ces diverses rédactions
ne diffèrent que par quelques détails, et paraissent se
rapporter à un original commun. Mais le tour à la fois
romanesque et banal du récit ne permet pas d'attribuer
à cet original perdu une date ancienne et une véritable
autorité, Il semble possible, cependant, de lui emprun-
ter une indication, qui, par elle-même, est vraisemblable.
Les trois Actes placent le martyre d'Agathe sous Dèce;
les latins précisent, et indiquent le troisième consulat
de cet empereur, c'est-à-dire l'année 251. Un détail aussi
exact engage à préférer cette date à celle de Dioclétien
que, dans son De virginibus, 22, indique saint Adhelme
(f 709), suivi par le Martyrologe de Bède.
Tillemont, qui à bon droit juge sévèrement les Actes
de sainte Agathe, dit cependant qu' « ils ne sont pas de
ceux qui méritent d'estre d'abord entièrement méprisés »,
et leur reconnaît « quelque chose de grave et de beau d.
Il est possible, en effet, d'entendre un écho d'une tradi-
tion authentique dans une partie de l'interrogatoire
d'Agathe. Ses réponses aux questions du gouverneur de
Sicile sont très belles. « Quelle est ta condition? lui de-
mande le juge. — Je suis de condition libre et de nais-
sance noble :*toute ma parenté en fait foi. — Si tu es
libre, pourquoi mènes-tu la vie basse d'une esclave? —
Je suis servante du Christ, et par là de condition scr-
vile. — Si tu étais vraiment libre, tu ne t'humilierais
pas jusqu'à prendre le titre d'esclave. — La souveraine
noblesse est d'être l'esclave du Christ. » Comme nous
l'avons fait remarquer ailleurs, ces sentiments et ces
paroles sont bien des chrétiens de ce temps, qui se plai-
saient parfois à prendre par humilité le titre et la ma-
nière de vivre d'esclaves 4.
Sainte Agathe fut enterrée à Catane. « Dans un fau-
bourg de cette ville, appelé Hybla major, il y avait, dit
De Rossi, des cimetières chrétiens, avec des sépultures
de martyrs illustres, au premier rang desquelles était
la tombe de sainte Agathe. » C'est dans cette nécropole
que fut découverte l'épigraphe si curieuse de Nila Flo-
rentina, pagana nala,... fidelis fada, qui, dit l'ins-
1 Liber pontiflealis, p. 312, 313, note 8. — S. Grégoire le Grand,
Dialog., ni, 30. L'église ainsi purifiée porte aujourd'hui le nom de
« Santa Agata dei Goti ». Autres églises à Rome sous le vocable de
Sainte-Agathe : S. Agata de Caballo; S. Agata nel Transtevcre;
S. Agata ad colles jacentes; S. Agata ad caput Africœ;
S. Agata in posterula; S. Agata de burgo. Deux seules, Sainte-
Agathe-des-Golhs et Sainte-Agathe du Transtévère, existent en-
core. Armellini, Le chiese di Roma, 1887, p. 101-105. — sCl.
Grisar, Roma alla fine del mondo antico, in-8", Roma, 1899,
t. m, p. 358 sq. — 3Acta sanct., jan. t. i, p. 621. — » Les Esclaves
chrétiens, 3" éd., 1900, p. 243. — 5 Bulletlino di archeologia cris-
tiana, 1868, p. 75. — ° Bullettino di archeologia cristiana, 1887,
p. 86. — " S. Eucher, Passio S. Mauricii et sociorum ejus,
dans Ruinart, Acta sincera, in-4% Parisiis, 1689, p. 291 ; cf. Nuovo
bull. di arch. crist., 1899. p. 71, fig. — 8 Sur la « Passion de
saint Maurice et ses compagnons », cf. A. Polthast, Bibliotheca
histurica medii xvi, in-8", Berlin, 1896, t. Il, p. 1472 sq., en
complétant la bibliographie des éditions par Br. Krusch, Scriptor.
cription, baptisée à l'âge de dix-huit mois et vingt jours,
mourut quatre heures après, et fut déposée pro foribus
martyrum* .
Beaucoup moins authentique, probablement, est l'épi-
laphe de la martyre elle-même, telle que la rapportent
ses Actes. Ils racontent qu'au moment où la tombe allait
être lermée, un jeune homme, que l'on crut être un
ange, apporta une pierre sur laquelle étaient gravés
les mots suivants ; Mentem sanctam spontaneam, ho-
norent Deo, et patriœ liberationem. Ces paroles devin-
rent très célèbres au moyen âge : on les inscrivait fré-
quemment sur les cloches. Une de celles de l'ancienne
basilique de Saint-Pierre de Rome les portait. Odon de
Châteauroux, évêque de Tusculum, a consacré tout un
sermon (entre 4254 et 1269) à les commenter, mais sans
faire allusion à la coutume de les graver sur les cloches 6.
On sait que, d'après les Actes, un des supplices infli-
gés à la martyre fut l'ablation des seins. L'art chrétien
s'est hardiment inspiré de ce détail, vrai ou légendaire :
une des plus belles ligures peintes par Flandrin dans la
nef de l'église Saint-Vincent de Paul, à Paris, représente
Agathe, noblement drapée, portant dans un plat ses
deux seins.
Bibliographie. — Bollandus, Comm. prœv'uts, dans
Acta sanct., feb. t. i, p. 599 sq. ; Tillemont, Mémoires
pour servir à l'histoire ecclésiastique des six premiers
siècles, 1695, t. in, p. 109-414, 730-733; Allard, Histoire
des persécutions pendant la première moitié du in" siè-
cle, 2= éd., 1894, p. 318-319; Armellini, Le Chiese di
Roma, 1887, p. 101-105.
P. Allard.
AGAUNE. — I. Origines. IL Les documents. III. La
fondation de saint Sigismond. IV. La laits perennis. V.
La châsse mérovingienne du trésor.
I. Origines. — « Agaune, dit un évêque de Lyon, est
distant de la ville de Genève d'environ soixante milles;
il n'est séparé de la tétc du lac Léman, dans lequel se
jette le Rhône, que par une distance de quatorze milles.
Ce lieu est placé dans une vallée située elle-même au
milieu des sommets des Alpes; le chemin qui y conduit
est étroit, escarpé et n'offre au voyageur qu'un passage
difficile. Car le Rhône, minant à leur base les rochers
qui forment la montagne, laisse à peine aux passants un
chemin praticable. Mais à peine a-t-on franchi et dépassé
les gorges du défilé, que l'on voit s'ouvrir tout à coup
parmi les rochers de la montagne une plaine d'une cer-
taine largeur7. » Ce lieu est devenu célèbre depuis
qu'un récit dont la valeur historique demeure toujours
discuta'-'0, a placé à Agaune l'épisode du massacre d'une
légion entière dans les premières années du ive siècle.
Il ne rentre pas dans les limites de ces recherches
d'entreprendre l'étude du fait historique ou légendaire
auquel Agaune doit son illustration, néanmoins il est si
étroitement lié aux destinées archéologiques et litur-
giques du monastère que nous ne pouvions le passer
entièrement sous silence 8.
rer. meroving., t. m : Passiones vitxque sanctorum œvi mero-
vingici et anliquiotum aliquot, in-4", Hannoverœ, 1890, p. 30;
L. Duchesne, dans le Bulletin critique, 11 décembre 1897,
p. 487-488. Pour les travaux critiques sur le texte, A. Potthast,
toc. cit., p. 1472-1474 ; U. Chevalier, Répertoire des sources
historiques, Topo-bibliographie, in-4", Paris, 1877, col. 1539 sq.,
et Supplément, in-4% Paris, 1888, col. 2738. Pour la Vita san-
ctorum abbatum Agaunensium, A. Potthast, loc. cit., t. I,
p. 603; Br. Krusch, loc. cit., p. 171; le même, dans Mélanges
Julien Havet, in-8", Paris, 1896, p. 39-56 ; Anatecta bollandiana,
1897, t. xvi, p. 85 sq. ; P. Bombant, Saint Maurice d' Agaune
en Suisse et ses fouilles, dans Nuovo bullettino di archeologia
cristiana, 1898, p. 194 sq.; 1899, p. 71 sq., p. 177 sq. ;Alb. Jahn,£»ie
Geschichte derBurgundionen und Burgundiens bis zum Ende
der I. Dynastie, in-8", Halle, 1874, t. II, p. 286-324 ; W. Arndt,
Kleine Denkmàler aus der Merovingerzeit, in-8", Hannover,
1874, p. 12-21 ; Acta sanct., novemb. 1. 1, in-Iol., Bruxellis, 1887,
p. 543 sq.
851
AGAUNE
852
Ce n'est que dans la deuxième moitié du ive siècle
qu'un évêque d'Octodurum, Tiiéodore, parait s'être
intéressé aux souvenirs qui se seraient attachés à
Agaune. Théodore, qui souscrivit aux conciles d'Aquilée
(381) et de Milan (300) et mourut l'année suivante (391),
écrivit à son collègue de Genève, l'évèque Isaac, dont
l'épiscopat commence en 389, touchant les faits attri-
bués à la légion thébéenne. Si l'on s'en rapporte au
récit de saint Eucher de Lyon, l'évèque Théodore avait
élevé une basilique aux martyrs : « Les corps des bien-
heureux martyrs d' Agaune, dit-il, furent révélés, comme
on le rapporte, longtemps après le massacre, à saint
Théodore, évêque de ce lieu; et tandis qu'il faisait cons-
truire en leur honneur une basilique, qui adossée à un
immense rocher, n'est accessible que par un seul côté,
il apparut un miracle, etc. '. » Aucun élément historique
méritant quelque considération ne permet de préciser
la date de l'érection de cette basilique, pas plus que le
régime clérical ou mon.istique qui lui fut imposé. Le
terme de « basilique » nous apprend lui-même peu de
chose sur l'importance de l'édifice. Au temps où écrivait
l'évèque Eucher, basilica avait perdu le sens exclusit de
la langue classique et ne désignait plus les monuments
de style et de plan presque invariables ainsi qu'il en
était avant l'affectation des basiliques judiciaires à la célé-
bration du culte chrétien. Saint Jérôme recommande à
Lseta de ne pas laisser sa fdle visiter toute seule « les
basiliques des martyrs, ni les églises » 2. C'est le même
sens qu'on retrouve clans Sulpice-Sévère pour désigner
les trois édilices élevés par la mère de Constantin, à
Jérusalem ' et dans un autre passage pour indiquer une
église dédiée à des martyrs hors les murs d'une ville 4.
Si on s'en tient aux écrits des contemporains d'Eucher
ou de ceux qui l'ont précédé et suivi d'une ou deux
générations, on retrouve l'emploi du mot basilique dans
le sens bien déterminé que nous venons de lui voir
attribuer. Saint Avit de Vienne, ayant à répondre à son
suffragant de Grenoble sur la conduite à tenir à l'égard
des édifices religieux détenus parles hérétiques, fait une
distinction très nette entre « basiliques » et « églises ».
« Vous me demandez, dit-il, ce qu'il faut faire des ora-
toires ou basiliques des hérétiques, hœreticorum ora-
toria sive basilicœ. La question est aussi difficile à
résoudre pour leurs oratoires privés ou petites basiliques
que pour leurs églises, de oratoriis vcl basilicidis priva-
tis, perinde ut de ecclesiis eorura difficile défini!"
Une telle distinction s'explique peut-être par la situation
excentriquedestasUicaset leurdestination. Elevéesendes
lieux sanctifiés par un épisode elles pouvaient se trouver,
et c'était le cas à Agaune, en dehors des voies de com-
munication, partant d'un accès difficile; en outre, ne
répondant pas, du moins au moment de leur fondation,
aux exigences d'une agglomération urbaine ou même
rurale, elles n'étaient visitées que d'une façon intermit-
tente, aux jours d'anniversaire, de pèlerinage; il n'en al la il
pas tout à lait ainsi pour les églises paroissiales établies
au centre d'un groupe dont la vie chrétienne était orga-
nisée en vue d'une assistance quotidienne à la célébra-
tion du culte. Par d'autres passages d'Avit on voit les
* Acia sanct., sept. t. vi, p. 341, n.202:Atvcro beatissimorum
martyrum corpora post multos passionis annos S. Théodore/
hujus loci episcopo revelata traduntur. In quorum honore
cum extrueretur basilica, quse vastx tune adjecta rupi, unu
tantum latere adelivis jacebat, sed nunc, jubi'nte prœclaro
meritis Ambrosio hujus loci abhate denuo xdifleata biclivis
esse dignoscitur. Cf. E. F. Gelpke, Kirchengeschichte der
Schweiz, in-8% Bcrn, 1856-1861, t. i, p. 92-93. — *S. Jérôme,
Epist., Lvn, ad hxlam : Basilica» martyrum et ecclesias situ
maire non adeat, P. L., t. xxir, col. 875. — 3 Sulpice Sévère,
Hist. sacr., 1. II : (Helena) basilicam in loco dominiez
nis, et resurrectionis, et ascensionis, constituit, P. /... sx,
col. 148. — * Sulpice-Sévère, Hist. sacr., 1. II : In basilica mar-
tyrum extra oppidum situ (Constantius) diversntus est, P. L.,
t. xx, col. 150. — ">S. Avit, Epist., vi, édit. Chevalier, Œuvres
basiliques disséminées autour de la cité comme autant
de fortins avancés : Plus hsec basilicis, quant propu-
gnaculis, urbs munitur ; cingitur undique tulamine
sacrarum œdium,... et ad portarum limina... nisi
sanctis janitoribus notyveni 'tur 6 . Il dit encore en parlant
des Rogations fondées par saint Mamert son prédéces-
seur : Ad basilicam, qux tune mœnibus viciniqr erat
civitalis, orationem primai processionis indicit1.
Grégoire de Tours confirme ce qui parait maintenant
bien clair, la distinction entre églises et basiliques, ce
dernier nom étant affecté aux édifices élevés en l'honneur
des martyrs ou en dehors des agglomérations. Citons
quelques exemples : « Litorius construisit la première
église dans l'intérieur de la ville de Tours, et ce fut
aussi lui, qui de la maison d'un sénateur Otla première
basilique*. — Namatius bâtit à (Clerruont), à ses frais,
la plus ancienne église de la ville, et sa femme éleva
dans le laubourg la basilique de Saint-Etienne 9. » —
Ailleurs l'évèque de Tours énumérant quelques céré-
monies liturgiques en usage dans sa ville épiscopale
nous apprend qu'elles ont lieu « à Noël, dans l'église;
lors de la nativité de saint Jean-Baptiste, dans la basi-
lique de Saint-Martin ; à Pâques, dans l'église ; lors du
martyre de saint Jean, dans la basilique du baptistère » 10.
« Le roi Cbildebert, dit-il encore, distribua tous ses
biens aux églises et aux basiliques des saints ". » Enfin
il s'accorde avec ce que saint Avit nous apprend en
montrant une armée envoyée contre le Puy en Velay
s'arrêtant « auprès des basiliques voisines » 12. C'est
d'après ces données et d'autres encore que Adrien de
Valois 13 a conclu a que par le mot basilica, en France,
dans le vi» et le vu» siècle, on entendait toujours une
église de moines. Les cathédrales étaient appelées
ecclcsix, les paroisses aussi » u. En réduisant à une
application très étendue ce que cette proposition a de
trop absolu on sera plus proche de la vérité et on verra
ce que peut signifier exactement la phrase de l'évèque
Eucher au sujet de la construction de Théodore à Agaune.
Il est médiocrement utile de conjecturer sur le i
intérieur du groupe de prêtres chargé* par l'évèque
d'Octodurum de desservir la basilique d'Agaune; rien ne
permet de préférer la présence des moines à celle du
clergé séculier, ni l'autorité d'un supérieur religieux à
celle de l'évèque du lieu ; remarquons toutefois qu'avant
l'année 391 il est bien prématuré d'introduire des moines
en Valais alors qu'on les connaissait depuis un demi-
siècle seulement à Rome et à Trêves, à moin- que la
solitude du lieu et sa célébrité naissante n'y aient attiré
quelques religieux. Entre ces dernières années du
iv« siècle et le milieu du v , la kisilique de Sainl-.Man
d'Agaune avait conquis une réelle notoriété. Eucher de
Lyon, dans sa lettre à Salvius (435), nous apprend que
plusieurs, « de lieux et de provinces divers, offrent en
l'honneur et pour le service des saints des présents d'or
ou d'argent ou d'autres libéralités » « et cet évêque
Salvius avait, au témoignage du même document, pri<
à cœur le développement du culte des martyrs " . Peut-
être existait-il dès lors des pèlerinages à la basilique des
martyrs, il est difficile de croire que la description des
complètes de S. Avit, in-8-, Lyon. 1890, i 133. — "S. Avit.
Fragm. V, P. L., t. lix, col. 296. Sur les saints, protecteurs des
cités, cf. E. Le Blant. dans Comptée rendtisde FAcad. desinsn-.,
1887, p. 346. — 1S. Avit, Homilia, v, édit. Chevalier, p. 296. —
•Grégoire de Tours, Hist. franc., 1. X, c. XXXI, P. L., t. lxxi.
col. 563. — "Ibid., 1. II, c. xvi, xvii, P. L., t. LXXI, col. 214,
215. — "> Ibid.. 1. X, c. xxxi, P L., l. XXXI, col. 568. - " Ibui.,
1. III, c. x, P. L., t. lxxi, col. 250. — •« Ibid., 1 X. C xxv, P. L..
t. i.xxi, col. 557. — "Had. de Valois, De basilicis quas primi
Francorum reges condiderunt. in-8\ 2 parties: I. Disceptatio
de basilicis, in-8«, Pariais, L658; II. Dcfrnsio disceptatione de
basilicis. in-8-. Paiïsiis,1660. — "Mabillon, Ouvrages poaCte-
in-'i-, Paris. 17'2i, t. m, p. 355. — " S. Eucher, Passio
S. Vnuricii et tocior. ejus. dans Iluinart, Acta sincera, ia-4%
Parfaits, 1689, p. 189. — «• Ibid.
853
AGAUNE
85 i
lieux donnée par Euehcr, et que nous avons reproduite,
ne soit pas faite de visu; la vie du prêtre saint Mathu-
rin nous apprend qu'au Ve siècle, l'évèque de Sens,
Polycarpe, faisant son pèlerinage ad limina, s'arrêta à
Saint-Maurice où il mourut i. Un abbé de Condat, dont
on place la mort vers 460, saint Romain, se rendait en
pèlerinage à Agaune, mais un miracle qu'il fit en passant
à Genève lui attira tant de marques de vénération qu'il
rentra en toute bâte dans sa maison de Condat 2. Un
fait qui, parmi les hommes de ce temps-là avait un
retentissement considérable, la découverte du corps d'un
nouveau Tbébéen nommé Innocent, fut l'occasion d'une
invention solennelle et d'une translation faite dans
l'église d'Agaune par Domitianus, évoque de Genève,
Gratus, évèque d'Aoste, et Protasius, que le chroniqueur
anonyme de la fin du vin» siècle qualifie episcopus
hujus loci, ce qu'on ne saurait restreindre au sens de
l'établissement d'Agaune quel qu'il fût, mais qu'il est
meilleur d'entendre du diocèse dans lequel était situé cet
établissement !.
II. Les documents. — Celte première période de
l'abbaye est donc profondément obscure. L'homélie pro-
noncée par saint Avit lors de l'inauguration de la laus
perennis à Agaune, semblerait autoriser par son titre
même la conjecture qui place à Saint-Maurice une
première fondation monastique remplacée et éclipsée
par celle du roi Sigismond; nous dirons plus loin les
raisons qui nous engagent à entendre le titre en ques-
tion : in innoratione monasterii, d'une « innovation »
liturgique, non d'une restauration monastique. Il n'y
aurait cependant pas lieu d'en douter si on prêtait une
valeur historique à deux documents anciens, la Vila
Severini Acaunensis et VHistoria abbalum Acaunen-
siam, dont les auteurs se présentent à nous en qualité
de contemporains des temps dont nous recherchons ici
les vestiges. La Vila Severini 4 a été décrite au début
du IXe siècle par les soins de l'archevêque de Sens,
Magnus, dans le diocèse duquel se trouve la paroisse de
Caslrum Nantonis (Château-Landon) b dont saint Sé-
verin est le patron. Cette particularité s'explique par
l'épisode final que l'on introduisit dans la vie du person-
nage. Son mérite était si répandu que le roi Clovis étant
tombé malade en la vingt-cinquième année de son
règne (507), manda Séverin d'Agaune, que le médecin
du roi, Tranquillinus, recommandait comme un excel-
lent thaumaturge. Séverin reçoit la députation du roi
îles francs et se met en route, il guérit en chemin
l'évèque de Nevers, Eulalius, sourd-muet, guérit un
lépreux en arrivant à Paris, guérit le roi, guérit a la
cour et à la ville, et reprend le chemin d'Agaune; mais
il s'arrête, malade, à Château-Landon où il meurt. Le
biographe de Séverin, qui se donne le nom de Faustus,
nous apprend en outre que le saint avait été jadis élu
abbé parles religieux d'Agaune : Severinus... crescenti-
1 Acta sanct., febr. t. n, p. 545. — 2 Acta sanct., febr.
t. m, p. 744 sq. — 3Acta sanct., sept. t. VI, p. 348. — * Acta
sanct., tebr. t. n, p. 547-550. — "Aujourd'hui dans le départe-
ment de Seine-et-Marne. — 6 De vita vel actibus S, Severini,
auctore Fausto, dans Acta sanct-, tebr. t. n, p. 547. — ' Br.
Krusch, La falsification des vies de saints burgondes, dans
les Mélanges julien Havet, in-8% Paris, 1895, p. 39 sq. — 8 Ana-
lecta bollandiana, 1897, t. xvi, p. 85 : « La démonstration de
M. Krusch me paraît convaincante. » — 9 Vita sanctorum abba-
tum Acaunensium, édit. Arndt, dans Kleine Denkmàler aus
der Merovingerzeit, in-8°, Hannover, 1874, p. 12-21 ; Acta sanct.,
novemb. t. I, p. 552-556: Corp. script, eccles. latin., in-8% Vindo-
bonas, 1894, t. xxxi ; Meyer v. Konau, Zùr Geschichte von S.
Maurice. Historia abbatum Acaunensium, dans Anzeiger fur
schweizriscke Geschichte, in-8% Zurich, 1871, t. Il, p. 37 ; W. Wat-
tenbach, Dcutschlands GeschiclUsquellen, in-8", Berlin, 1893, 1. 1,
p. 103. — ,0Br. Krusch, op. cit., p. 48 sq. — " Analecta bollan-
diana, 1897, t. xvi, p. 86. — «s Grégoire de Tours, De gloria
tnartyrum, 1. I, c. lxxv, P. L., t. lxxi, col. 770; et. Hist. franc.,
I. III, c. v, P. L., t. lxxi, col. 245. Quant au texte de Hist.
franc, epitom., P. L., t. lxxi, col. 589, il est du continuateur
bitsannis ad Jioc usqve perductus est, ut in sacrosancto
Agaunensium monaslerio, ubi sanctus Mauritius, prse-
clarus Christi martyr, corpore quiescit, abbas... elige-
retur6. Il y aurait donc eu un monastère et un abbé à Agaune
en 507 si le biographe a lu, suivant son dire, un écrit composé
par Faustus, disciple de Séverin et son compagnon pen-
dant trente ans. Il est impossible de l'en croire. La
Vila Severini est un tissu d'inexactitudes, de contra-
dictions et de falsifications ainsi que l'a démontré
M. Bruno Krusch". Il n'y a rien à en retenir 8. La Vita
sanctorum abbalum Acaunensium est, elle aussi, sujette
à caution. Elle a pour auteur un moine d'Agaune qui se
présente comme contemporain de l'abbé Achivus9. C'est
une pièce l'un peu disparate dans laquelle on trouve,
outre les vies des premiers abbés, la vie de Tranquiïïus,
successeur d'Acbivus, les épilaphes des trois premiers
abbés et un écrit en quasi versus sur un certain saint
Probus qui avait été en relations avec ces abbés. Un
nommé Pragmatius, prêtre, était l'auteur de celte com-
position soi-disant poétique; se trouvant malheureuse-
ment en veine il a entrepris do remanier les épitaphes
de ces anciens abbés. Celle de Tranquillus nous est
arrivée à travers une transcription prosaïque qui laisse
néanmoins l'ancien poème reconnaissable, celle d'Hymne-
modus est en prose avec additions poétiques, celle d'Am-
brosius en vers élégiaques. Mais ces épitaphes ne vont
pas sans soulever quelques diflicultés, il existe entre elles
une contradiction qu'on ne peut pas faire peser sur le
tituhts d'Ambrosius dont la versification est irrépro-
chable; dès lors son prédécesseur Hymnemodus, qui
mourut le 3 janvier de l'année 516, aurait eu son épi-
tapbe interpolée puisqu'elle nous apprend que son art
dans le chant des psaumes et son titre d'abbé ont dû
faire de lui le premier abbé après la construction du
monastère par Sigismond, tandis que l'épitapbe d'Am-
brosius le qualifie de premier abbé à l'époque de l'in-
troduction de la psalmodie perpétuelle 10. On a tenté
d'accorder ces deux textes de la manière suivante :
« Hymnemodus étant mort trois mois après la dédicace
de l'abbaye, et la prélature d'Ambroise ayant été une
époque de grande prospérité pour l'abbaye, le souvenir
du premier abbé pouvait — surtout pour le poète qui
écrivait l'épi taphe — disparaître devant celui de son
illustre successeur11. » Peut-être pourrait-on ajouter que
l'abbatiat d'Hymnemodus et celui d'Ambrosius ne se
succédèrent pas immédiatement ; rien ne le prouve.
Le premier abbé mourut en 516, le deuxième entra en
charge lors de l'introduction de la laus perennis qu'un
texte de Grégoire de Tours12 ne permet pas de faire
inaugurer avant l'année 522, après l'assassinat de Sigeric ,
dont elle était l'expiation. Si donc on admet avec Marius
d'Avenches13 la construction d'Agaune par Sigismond
en l'année 515, rien ne semble s'opposer à ce que l'abbé
Hymnemodus soit mort le 3 janvier 516 u et que, lors
connu sous le nom de Frédégaire. Cf. Acta sanct., novembr. t. I,
p. 547, n. 76. Toute la chronologie du P. de Smedt est commandée
par la confiance absolue qu'il a en la contemporanéité de la Vita
abbatum dont l'étude de Br. Krusch, loc. cit., recule la compo-
sition de plusieurs siècles. — ,3Marii, Chronicon, dans Bouquet,
Recueil des historiens des Gaules, in-fol., Paris, 1738, t. il,
p. 14. — ** On ne saurait, pensons-nous, arguer du talent attribué
à Hymnemodus pour la psalmodie ; quelque règle qu'on suivit à
Agaune dans la période qui s'écoula de 515 à 522, on peut assu-
rer sans crainte d'être démenti qu'on y célébrait la psalmodie; le
rapprochement accidentel de l'introduction d'une psalmodie par-
ticulièrement solennelle avec le nom du personnage a pu donner
lieu à une interprétation injustifiée dans les faits, car Hymnemo-
dus est une adaptation tardive d'un nom véritable de l'abbé en ques-
tion : « Le nom d'Hymnemodus est une déformation d'Imemundus
ou Ememundus (Binding, Geschichte des Burgundisch-Rom.
Kônigreichs, in-8°, Leipzig, 1868, t. I, p. 386). Guidé par la con-
sonance du mot allemand avec le grec hymnus on a rattaché ce
nom au chant des psaumes et c'est ainsi que l'Imemundus, qui se
trouve enterré à Acaunum en 516, est devenu le premier abbé
Hymnemodus. » Br. Krusch, op. cit., p. 49.
855
AGAUNE
856
de la grande innovation tentée à Agaune, en 522 au
moins, un abbé du nom d'Ambrosius ait gouverné le
monastère. Il faut enfin observer que le texte « un peu
nébuleux » de son épitaphe laisse à résoudre la question
de savoir si son entrée en charge coïncida avec l'inau-
guration de la laus perennis ou bien si elle remontait à
une date antérieure :
AMBROSIVS GESTIS CVI CAELI REGNA PA-
[TESCVNT
HVIC QVOQVE PROMERVIT MEMBRA
[DONARE SOLO
PROTEGIT HVNC TELLVS SANCTORVM SAN-
[GVINE POLLENS
QVEM CAELI MERITIS CLARÏOR AXIS
[HABET
5 SIC PATER OMNIPOTENS QVOS MVNDVM
[TEMNERE CERNIT
IVIARTIRIBVS VOLVIT CONSOCIARE SVIS
ET LICET HOC TEMPLVM FVLGENTI LVCE
[CORVSCET
HIC QVOQVE SVBLIMAT CORPORE TEM-
fPLA SVO
QVEM TEMPLVM SERVASSE FIDEI VITAMQVE
[FVTVRAM
ÎÔ PERPETVASSE BONIS GLORIA CELSA
[DOCET
NAM MERVIT PRIMAM ABBATIS NOMINE
[PALMAM
CVM SANCTIS FRATRVM COEPIT AMICA
[FIDES
AVCTORIS NOSTRI LAVDEM SINE FINE CA-
[NENDAM
PSALLERE SVCCIDVO PERPETVOQVE
[CHORO
15 HVNC SI MARTYRII VIDISSENT TEMPORA
[IVSTVM
POST PRIMVM VICTOR ISTE SECVNDVS
[ERATi
Voici l'inscription d'Enemodus :
Relictor s.ecuu, presdyter sanctus, Hymnehodus
AURA, SAXCTORUM EXESlPLA SECUTUS LAUDABILI VITA
AD LAUOBM O.VKES IUVITANSDEI AUXILIO EXEMPLOQUE
SUO VOTA CANENTIUU 1UVANS, LX. POST VIT.E ANMJM
CORPORE REQUIESCIT AGAUNO, MERITOQUE SANCTIS L\
CjElesti regno conwnctus est. Omit ter no Nos as
Januarias, coksule Petro.
D'après l'opinion que le P. de Smcdt s'était formée,
l'auteur de la Vita sanctorum abbalum Agaunensium
étant contemporain de l'abbé Acliivus, il fallait aban-
donner l'assertion de Grégoire de Tours et relever la
date de la laus perennis avant 522; cette conséquence
ne nous parait pas fondée depuis que nous avons dit
l'imposture par laquelle le chroniqueur du vui» siècle
tente de se faire passer pour l'ami qui a dû refouler ses
larmes afin de trouver la force d'écrire la vie d'Achivus2.
L'épitaphe que l'on vient de lire est trop correcte pour
être de la composition de Pragmalius, mais elle seule
pourrait fournir une indication chronologique contre-
' E. Egli, Die christlichen Inscliriften der Sehweiz von 4.-9.
Jahrhundol, dans Mittheilungen der antiquarisclien Gesells-
chafl fur vaterlandische Alterlliùmer,iH3j, t. xxiv.p. 10, n. 5. —
* Analecta boUandiana, -1896, t. xvn, p. 86 : « De tout l'ensemble
des faits allégués par M. Kruscb, il reste du moins ceci — et sur
ce point je partage son opinion — que la Vita sanclorum abba-
tum Agaunensium n'est pas l'ouvrage d'un contemporain. » —
3 Ur. Krusch, La fal^ificution des vies de saints burgondes,
p. 50. La Chronique d'Agaune.aété écrite vin 330. Cfi J. Gremaud,
Origines et documents de l'abbayede Saint-Maurice a" Agaune,
dans le Mémorial de Fribourg, 1857, t. iv, p. 344 sq. ; E. Aubert,
l'résor de l'abbaye de Saint-Maurice in-4% Paris, 1872, p. 207.
disant Grégoire de Tours d'une manière valable, elle ne
le lait pas.
Si nous résumons ce que nous savons d'incontestable
sur la première période d'Agaune, on reconnaîtra que la
conjecture y tient souvent la place de la certitude. Le
personnage de l'abbé Sévcrin, en tout ce qui touche à ses
relations avec Agaune, n'offre aucune valeur historique.
Au moment des premières libéralités du roi Sigismond,
nous pouvons entrevoir un personnage nommé Ene-
modus, mort le 3 janvier 516, à qui la Vita sanctorum
abbatum Acaunensium s'est donné mission de com-
poser une vie bien complète dont le détail importe peu
si on considère les erreurs grossières que contient ce
récit3. A Enemodus, et pendant une période comprise
entre 516 et 522, succède quelque autre abbé dont le gou-
vernement n'offrant rien de considérable4 a pu laisser
perdre le nom; ou bien c'est Ambrosius qui, lui aussi,
passe les six premières années de son abbatial dans une
sorte de médiocrité, jusqu'au moment où le monastère
prend un développement subit et s'illustre par une
innovation sans exemple en Occident.
III. LA. FONDATION DE SAINT SlGISMOND. — «Après que
Sigismond, fils du roi Gondebaud, eut abjuré les erreurs
de l'arianisme pour embrasser la foi catholique, il s'ap-
pliqua avec zèle à servir les intérêts de la religion. Ce
fut alors que Maxime, évêque de Genève, engagea Si-
gismond à chasser, de la place que les bienheureux
martyrs thébéens avaient rougie des taches de leur il-
lustre sang, un ramassis d'habitants vulgaires, et de ra-
mener en ce lieu, sur lequel un châtiment atroce avait
jeté tant d'éclat, une population respectable, afin que les
ténèbres y fissent place à une perpétuelle lumière... Un
conseil ayant alors été tenu, chacun fut d'avis, par l'ins-
piration divine, d'expulser d'Agaune toutes les femmes,
ainsi que les familles laïques, pour y installer une fa-
mille de Dieu, c'est-à-dire une famille de moines qui,
imitant jour et nuit les intelligences célestes, se consa-
creraient à l'exécution des chants divins5. » La tonda-
tion de cet important monastère n'est pas demeurée
inconnue aux contemporains. Marius d'Avenches en fixe
L'érection à l'année 515 : Florentioet Anthemio consuli-
bus momuterium Acauno a rege Sigismundo eon-
struetum est6; Grégoire de Tours retarde la londation
jusqu'après la mort du roi Gondebaud qui arriva en 516 :
morluo Gundebado regnum ejus Sigismundus filins
cjusobtinuit, monasteriumque Agaunense soUerli cura
cum domibus basilicisque sedificavit '■■ Après le meurtre
de son file Sigeric, en 522, le roi Sigismond pris de re-
mords ad sanctos Agaunenses abiens, per multos die*
infleluetjejuniis dur ans, veniani precabatur; psalten-
tium ibi assiduum instituais Lwjditno regressus est*.
L'auteur de la vie de Sigismond s'accorde avec l'.régoire
de Tours pour attribuer l'origine de la fondation d'une
psalmodie perpétuelle à Agaune au besoin d'expiation
qui tourmentait le roi, Sigismundus post inlrrrmptum
periniqux consilium conjugis filiuni,compunclus corde
Agaumtm dirigit ibique... pœnilcnliam egit... et psal-
lenthtm cotidianum inslituit9.
Nous possédons encore la relation de l'assemblée
tenue à Agaune pour y décréter les innovations et dona-
tions du roi Sij tsmond, c'est une très longue pièce,
— * Tout ce que dit la Vita sanctorum abbatum Agaunensium,
n. 4, dans Acta sanct., nov. t. i, p. 553, du choix d'Ambrosius
par Enemodus, est une manière de recoudre les vieilles épitaphes
do l'abbavc dont l'écrivain avait le texte sous les yeux, avec
celui d'L'nemodus et celui d'Ambrosius. — *ll atum
Agaunensium, ciléedans la Vita S. Siyismundi, dans Actasanct.,
mail t. i, p 84. —• Marti, Chronicon, dans Bouquet. Hecueil de»
historiens des Gaules, in-fol., Paris, 1738, t. n, p. 14. — 1Gré-
•oire de Tours, Hist. Francor., 1. III, c. v, P. L., t. i.xxi. col. 244.
— *lbid., P. L., t. lxxi, col. 2i5. — «Grégoire de Tours. De
gln-ia martyrum, 1. I, c. L\w, P. L-, t. lxxi, col. 771. a.
l'iîa 6". Sigismundi, n. 6, dans Acta sanct., maii t. I, p. S9.
857
AGAUNE
858
imprimée plusieurs fois, non sans fautes grossières et
d'inexplicables variantes. Nous en donnerons la partie
concernant le régime liturgique nouvellement inauguré
dans le monastère d'après une copie du xiie siècle ap-
partenant au chartrier de l'abbaye * :
In nomine Domini noslri Jhesu Christi. Cum regnaret
inBurgundia pius rex Sigismundus féliciter, convocatis
sexaginta 2 episcopis totidemque comitibus, pridie Ka-
lendas maii, venit Agaunum, quem locum sanctus Mau-
ricius cum suis commilitonibus preciosi sui sanguinis
effusione célèbrent reddiderunt... Inilo consilio [patres]
ad regem dixcrunt : Visvm est nobis bonum esse ut cle-
mentia régis basilicam lantis martyribus dignam de
regiis sumptibus construere precipiat et eorum tan-
tuni corpora quorum nomina nobis coniperta sunt, id
est Mauricii, Exuperii, Gandidi, Victoris, infra ambi-
tum ipsius basilice decenter sepeliantur ; reliqua vero
corpora munilissimo atque aptissimo sub ipsa basilica
uno congerantur in loco et sub eximia custodia custo-
des deputenlur, ne forte, quod absit, falsatores ex eis
furentur; ibique officium psallendi die noctuque in-
desinenter constituatur, et virum sanctissimum in
omnibus operibus bonis comprobatum Ymnemodum
in ipso loco constituamus abbatem, quia et ipse
accersitus a venerabilibus episcopis una cum san-
clissimis viris Achivo, Ambrosio, Probo et ceteris viris
sanclissimis ad hoc opus suscipiendum de monasterio
Granensi venerat. Una cum rege omnibus placuit
consilium islud. Post hsec inter se agitabant cum
prœclaro rege Sigismvndo episcopi quam regularis
inslitucionis normam psallentibus imponere deberent,
quia propter illud institutum psallentium quod ibidem
constitutum est et, Deo protegente, usquein perpetuum
conservabitur, non potest ut cetera monasteria opéra
exercere... Conveniens itaque est juxla quod supra-
dictus almus paler Ymnemodus abbas peritissimam
vitam gerit, posteri euni imitentur et exemplum san-
ctilatis eius in corde meditentur et in opère cxerceant.
Recle michi videtur ut, secundum plenissimam devo-
tionem doni régis, de psallendi inslitucionibus fiant
quinque norme, id est Granensis, Insolana, lurensis
et Meluensis seu donni Probi succedenles sibi officiis
canonicis, id est nocturnis Malulinis, Prima, Secunda,
lercia, Sexla, Nona, Vespertina, et cum pace die
nocluque indesinenter Domino famulcntur. His vero
diclis, omnes episcopi conscnserunt ; quibus rex ait:
Jam enim de psallendi of/icio desiderio meo satisfa-
ctum est; quid vobis videtur de munificentiamonasterii
exortacione doctrine, vel qualiter ipsi monachi vivere
vel cui regxde vel institucioni subjacere debeant"? Jam
enim supra dictum est quia ut cetera monasteria
propter institutum psallencium non queunt opéra
exercere, diligenter cxaminate, ut ex nostra auctori-
' Gallia christiana, in-fol., Lutctios, 1636, t. iv, p. 12; 2' édit.,
in-fol., Parisiis, 1715, t. XIII, Instrum., p. 421 ; C. Le Laboureur,
Les Masvres de l'abbaye royale Les Lyon, in-4°, Lyon,
1665-1681, p. 28; Ph. Labbe, Sacrosancta Concilia, in-fol.,
Parisiis, 1671-1672, t. iv, col. 1557 ; Guillaume Bérody, alias Sigis-
mond de Sainct-Maurice, Histoire du glorieux saint Sigismond
martyr, roy de Bourgogne, in-4% Lyon, 1666, p. 375; in-8% Ge-
nève, 1880, p. 375; Mansi, Concil. ampliss. coll., t. vm, col. 531 ;
S. Bfriguet], Concilium Epaunense assertione clara et veri-
dica loco suo ac proprio fiœum in Epaunensi parochia Vallen-
sium seu Epaunse Agaunesium, vulgo Epenassex, in-8% Se-
duni, 1741, p. 71; Acta sanct-, sept. t. VI, p. 353; Franc. Pétri,
Germania canonico-augustiniana, dans Collect. scriptorum
rerum historico-monaslico-ecclesiasticorum variorum reli-
giosorum ordinum, in-iol., Ulmoe, 1756, t. m, p. 69; S. Furrer,
Urkunden welche Bezug haben auf Wallis, in-8% Silten, 1852,
p. 20; J. de l'Isle, Défense de la vérité du martyre de la légion
thébéenne, in-12, Nancy, 1741, p. 43 sq.; P. de Rivaz, Éclair-
cissements sur le martyre de la légion thébéenne, in-8% Paris,
177'J, p. 127 sq. ; J. Grémaud, Origines de l'abbaye de Saint-
Haurice d'Agaune, dans le Mémorial de Fi -ibourg, 1857, t. IV,
latesit munitum et manusnostre fvrmitate roboratum
atque sub vinculo anatematis sit obligatum. Ad hanc
in I errogationem venerabilis vir Vivenciolus urbis Lug-
dunensis archiepiscopus una cum aliis episcopis dixe-
runt : Optimum nobis videtur ut munificentiam ad
regem habeant, exortacionem et doctrinam ad sedem
apostolicam. Jam enim scimus probatam habere dis-
ciplinant et sanctam conversacionem sanclum virum
Ymnemodum quem preesse constituimus monasterii
hujus officia; ipsius sequantur exemplum ad omne
opus bonum; omnes ei obediant et sine preceptis
ipsius nichil agalur; omnia communia fiant ;omni die
exeuntes de secunda capitulum agant; cl quidquid a
prioribus ordinalunt fuerit juniores sine murmura-
tione adimpleant; et per singulas normas singuli
decani constituantur digni, ut abbas diviso pondère de
providenlia eorum sit securus...
L'authenticité de ce document est loin d'être à l'abri
de tout soupçon. Les érudits les plus qualifiés ne s'ac-
cordent pas à son sujet 3, cependant sa chronologie est
très fautive. Il semble en effet que le synode dont il
relate les actes ait été convoqué postérieurement à la
mort de Sigéric (522-523), or il institue abbé cet Ene-
modus dont l'épitaphe reporte la mort en 516. Si on
adopte l'année 515 donnée par Marius d'Avenches
comme étant celle des premières constructions faites à
Agaune par ordre du roi Sigismond rien ne s'oppose à
ce que, à la suite de l'assertion deux fois répétée da
Grégoire de Tours, on fixe après la mort de Sigéric,
en 522, l'institution de la laus perennis. Or le document
que nous étudions mentionne, parmi les évoques assem-
blés en 522 pour débattre les conditions de l'institution
nouvelle, Théodore, évèque du Valais, dont le successeur
souscrit au concile d'Epaone dès 517. Il ne nous parait
pas douteux qu'on doive accorder à une indication chro-
nologique précise de Grégoire de Tours, la préférence
sur un texte anonyme que nous avons déjà surpris en
flagrant délit d'erreur sur le fait de la mort d'Enemo-
dus à qui il accorde une survie de six années au moins;
dès lors il semble que la mise en scène historique rela-
tée par le document se réduise à rien; les mentions
concernant les propriétés terriennes ont peut-être, s'il
est possible, moins de valeur encore; mais les détails
liturgiques que nous avons transcrits nous paraissent
être la partie la plus résistante de cet acte. Nous ne
serions pas éloignés d'y voir la transcription d'une règle
plus ancienne ou plus simplement et plus exactement
des « us » du monastère au temps de son éclat. Cette li-
turgie ne contient rien qui provoque la défiance; nous
y voyons qu'à Agaune l'heure de laudes était dite
prima et l'heure de prima était appelée seconda; en
outre Completorium n'est pas mentionné.
IV. La laus perennis. — L'institution de la psalmo-
p. 327 sq.. 337 sq. ; E. Aubert, Trésor de l'abbaye de Saint-
Maurice d'Agaune, in-4% Paris, 1872, p. 203. — *Au lieu de
sexaginta (lx) il faut peut-être lire novem (ix), il est vrai que
nous sommes ici sur le terrain de l'improvisation à quelques siècles
de distance des événements qu'on prétend raconter. — aMabi!lon,
Annales Bened., 1. 1, in-iol., Paris, 1703-1739, t. i, n. 71, 72, et
Pardessus, Diplomata, in-fol., Parisiis, 1769-1876, t. I, proleg.,
p. 23, 66, note 9; E. De Rozière, Recueil général des for-mules,
in-8", Paris, 1861, t. il, p. 729, soutiennent l'authenticité d'une
manière générale. E. F.Gelpke, Kirchengeschichte der Schweiz,
in-8% Bern, 1856, t. I, p. 116 sq.; A. Jahn, Die Geschichte der
Burgundionem und Burgundiens bis zum Ende der i. Dy-
nastie, in-8% Halle, 1874, t. n, p. 293-297, note, repoussent cette
authenticité. Le P. de Smedt déclare que : nunc vero invicte
jam. demonstratur suppositio, Acta sanct., nov. t. i, p. 547,
n. 17. Cf. P. de Rivaz, Éclaircissements sur le martyre de la
légion thébéenne, in-8% Paris, 1779, p. 127-145; J. Grémaud,
dans le Mémorial de Fribourg, 1857, t. iv, p. 334; A. Rilliet,
Études paléographiques, in-4", Genève, 1866, p. 98, note 2. Nous
exprimerons notre sentiment en citant celui de Mabillon, loc. supr.
cit. : Quod, ut genuinum non sit, certe antiquissimum est.
859
AGAUNE
860
die perpétuelle, laus perennis, que le biographe de
Sigismond appelle imtsitatum opus1, ne modifiait pas
le cursus officii ; l'innovation respectait la constitution
•de la psalmodie existante avec ses psaumes et ses lec-
tures, mais elle supprimait désormais toute interruption
entre les heures canoniales. C'est pour subvenir aux
nécessités embarrassantes qu'entraîne la co-existence
en un même lieu de plusieurs groupes dont la vie et les
occupations se succèdent avec tant de régularité que
l'existence y est comme une journée perpétuelle n'ayant
pas de nuit, qu'on organisa des bandes, lurnxse ou chœurs,
chori, qui se succédaient jour et nuit afin que la prière
ne fût pas interrompue. La laus perennis était alors une
chose nouvelle en Occident, mais elle fonctionnait régu-
lièrement en Orient, à Constantinople, dans les monas-
tères des acémètes2 (voir ce mot, col. 307), dont le
nom était d'accord avec la règle (àxot^Toi), car, au
moyen de la succession incessante des chantres, la
psalmodie ne s'endormait jamais 3. Vers 460, l'institution
des acémètes avait pris un] nouvel éclat à la suite de la
fondation d'un monastère de cette règle, par un per-
sonnage du nom de Studius, à Constantinople. Les rap-
ports qui existaient entre le royaume de Bourgogne et
l'Orient de même qu'entre les Églises des deux pays
étaient nuancés, de la part des Occidentaux, d'une sorte
de subordination politique et religieuse, les lettres de
saint Avit de Vienne au patriarche de Constantinople4 et
à l'empereur Anastase de la part du roi Sigismond 5 en
rendent bon témoignage; on ne saurait dès lors répu-
gner à rattacher ce qui fut fait à Agaune à ce qui se
pratiquait à Constantinople.
La date la plus tardive que l'on puisse assignera cette
innovation à Agaune étant 522-523 il n'est pas possible,
ainsi qu'on s'est emplojé à le démontrer6, d'y intro-
duire la règle monastique de saint Benoit dès cette
époque. Outre que cette règle ne parait pas avoir été
codifiée avant l'année 529, limite a mininta, l'omission
de l'office de Compiles que nous avons relevée dans le
document connu sous le nom de synode d'Agaune. in-
vite, si médiocre autorité qu'on lui concède, à chercher
les « us » liturgiques primitifs d'Agaune ailleurs que
dans la règle de saint Benoit qui imposait la célébration
de Compiles. La règle pratiquée à Agaune semble avoir
été la règle dite de «Tarnate »que le Codex regulamm
cite fréquemment ". Cette opinion d'abord acceptée par
Mabillon 8 lui parut dans la suite inacceptable : Verum,
dit-il, ut sil de Tarnadis Anlonini, Tarnatense mo-
nasterium idem esse cum Agaunensi inducere animnm
haudquaquam possum. Nusquam enim Agaunense
monasleritlm Tarnalense appellalum inventas, sed
ubiqnc rel Agaunense vel sancti Mauricii. Adeoque si
régula Tarnalensis Agaunensium monaclwruni gratia
condila fuisset, non Tarnalensis, sed a vulgari mona-
* Vita s. Sigismundi, n. 6, dans Acta sanct., maii t. I, p. 89.
— *C. A. Burger, De acœtnetis, in-4*, Sehneeburgae, 1086. —
'Acta sanct., jan., die xv, t. il, p. 306. — *S. Avit, Epist.,
vu: Ut prsecijntum sacerdotem jttsto vos desideriu sititims...
Custodite traditam vobis etiam super nos disciplinant...
Expectal occidentalis Ecclesia in serntonibus vestris d*
cselestis oraculi. — 5S. Avit, Epist., lxxxiii : Vester qtlidem
est populus meus, sed me plus servire vobis quant itli prœesse
détectât; cumque gentent nostram videamur regere, non aliud
nos quant milites vestros credintus ordinare. — 6 Arnold Wion,
Menant, Bucelin, Hérédia, Cherté, cf. Acta sanct., nov. t. i,
p. 543, n. 2 ; p. 547, n. 19. — ' S. Benoit d'Aniane, Codex regul.,
c. xxvn sq., P. h., t. cm, col. 941 sq. Cf. Codex régulai iunt ,
édit. M. Brockie, in-fol., August. Vindelic, 1759,t. r, p. 180; C. Coin-
tius, Annales ecclesiaslici Francorunt, in-fol., Parisiis, 1065, ad
ann. 536, n. 200 sq. — « Acta sanct. O. S. B. in-fol., Parisiis,
1608, t. i, p. xi ot p. 576, note b. —' Annal, bened., in-fol., Pari-
siis, 1703, t. i, 1. I, n. 73; cf. Append., il, n. 5 (ibid., p. 678). —
'"Josias Simler, Valtesix descriplionis lib. II, et de Alpibus,
in-8% Turici, 1574; in-24, Lugd. Batav., 1633; cf. Acta sanct.,
nov. t. 1, p. 547. — " Voyez les textes dans Acta sanct., nov.
sterii nomine Agaunensis fuisset nuncupata : cum e
contrario numquani alto nomine quant Tamatensis
dicta sit in Concordia regularum, apud Sntaragdum,
Trithemium, aliosque omnes qui eam laudaruntQ.
Mabillon propose ensuite l'identification de « Tarnate »
avec les localités de Ternay, Ternan, et Terny ; peut-être
ne faut-il pas tant s'écarter si, comme l'avance le très
érudit Josias Simler10, Agaune a porté très ancienne-
ment les noms de Tamadee, ou Tarnaise.
Le texte falsifié du synode d'Agaune, deux passages de
Grégoire de Tours, la Passion de saint Sigismond et la
Passion interpolée des martyrs thébéens contiennent
diverses indications sur la discipline psalmodique
d'Agaune11. L'un de ces documents que nous avons cité
plus haut, le pseudo-synode d'Agaune, mentionne cinq
bandes, quelques manuscrits écrivent neuf, entre les-
quelles était établi le roulement. D'après le texte que
nous suivons, ces bandes auraient été désignées du nom
de leur monastère d'origine : Grigny, l'île Barbe, Condat,
Melde. Mabillon observe judicieusement à propos de ces
bandes, non aliunde, ut quibusdam placet, adscitas,
sed ex ipso Agaunensi monasterio conflalas i-. Les dis-
tances considérables qui séparent les monastères susdits
de celui d'Agaune nous dispensent d'insister sur ce
point; ce qui a pu donner naissance aux appellations
mentionnées ci-dessus c'est le choix qui avait été fait
dans ces monastères de groupes considérables pour venir
s'établir à Agaune, où il est possible que ces groupes
soient demeurés distincts et se soient recrutés sans se
confondre avec le personnel spécial d'Agaune et les autres
bandes leurs collaboratrices. Ce qui reste d'un peu obscur
au sujet de la laus perennis dans les textes que nous
avons rappelés est d'ailleurs absolument éclairci par les
termes de l'épitaphe de l'abbé Ambrosius :
Nam mentit primant abbatis nomine pahnam,
Cum sanclis fratrum cœpit arnica fuies
Auctoris noslri laudem sine fine canendam
Psallere succiduo perpetuoque cltoro iS.
L'inauguration de la laus perennis dans la basilique
d'Agaune fut l'occasion d'une homélie de saint Avit,
i vêque de Vienne. On n'en possède plus que deux frag-
ments, l'cxorde et la péroraison, et son titre même ne
semble pas éclairer la question de savoir si, conformé-
ment à l'affirmation de Grégoire de Tours, l'institution
de la laus perennis est d'une époque différente de celle
de l'agrandissement du monastère. Voici ce titre :
[Dic]TA IN BASILICA SCORVM ACAVNENSIVM IN
INNOVATIONE MONASTIRII [ijPSIVS VEL PAS-
SIONE MARTYRVM. L'exorde qui suit ce titre se rap-
porte à la fête dis martyrs et ne donne aucun éclaircis-
sement qui permette d'attribuer l'homélie à la dédicace
du monastère ou à l'inauguration de la règle nouvelle;
t. I, p. 548-549. — "Annal. B&ted., I I, in-fol., Parisiis, 1703,
t. i, n. 72. — ,3Ce texte soulève une dernière difficulté de chro-
nologie. La Chronologica séries pritnoiu n abhatttm
Agaunensium du ms. Bruxcll., n. 8281a, accorde cinq années
d'abbatiatà Ambrosius qu elle fait successeur immédiat dr Enomo-
dus mort le 3 janvier 516. Ambrosius devrait, d'après ce calcul,
être mort en 520 ou 521, en tous cas avant l'institution de la laus
perennis dont son épitaphe le représente comme le créateur a
Agaune. Il n'est pas douteux que, si la Chronologica séries dé-
pend de la Yita saiictoruiit ahbittttm Agaunensium, elle entend
ii b faire succéder immédiatement Ambrosius à Enemodus, mais
en ce cas elle a la valeur de la Yita, c'est-à-dire qu'elle est de la
lin du viir siècle ou du commencement du ix' ; si la Cln
séries représente une autre source d'informations il suffira de rap-
peler les paroles du P. de Smedt pour metue en début toul .irgu-
ment chronologique que l'on prétendrait tirer de cette liste contre
l'institution de la laus perennis en 522; le P. de Smedt dit en
effet : Hos abbates si nulla interregna sejunxerunt... (Acta
sanct., nov. t. i, p. 557). Ces périodes intérimaires dont la Chro-
nologica séries ne dit rien enlèvent au document sa portée dans
une question qui tient avant tout à des dates précises et certaine».
861
AGAUNE
862
la péroraison est heureusement beaucoup plus explicite1.
Ce fragment publié incomplètement par le P. Sirmond,
se trouve dans la copie de Jérôme Bignon d'après
laquelle nous Talions donner 2 :
1° Transcription*
(fol. 8V] cu[iu]s aditus nocte non claudetur quia non habit nocte cuius fores sem[per
p[a]ratas iustis patidas impiis inaccessas non alternant claustra sed mérita
cu[iu]s fundamentum Christus est fides machina muros corona margaritum porta
a[u]rum platea agnus lucerna choros eclesia cui inter diuinas laudes omnes operis ne
5 ce[ssi]tate seclusa sola erit requies sinceritas actionis multa sunt piissime prseso[l
in[tri]bunali aliquibus iunior in altario omnium prior multa sunt inquam operebus
tu{is] quibus nos actinus gratias debuisse dicamus ditati donis pauperis uerbis
per]cipitnus magna pauca persoluimus ornasti eclesias tuas, gazarum cum
u]lo [nu]mmero populorum struxisti sumtibus qux munerebus cumolaris altari
a] nu[n]quam quidem contulemus uerba uirtuti sed cum adprsesens psalmison
o] sol[e)mne peruentum est parum puto si dicam uerba nostra uicisti hodie insu
p]er [et op]era tua quis enim NEgArit interdum tabernacolis officiorum mutacione uac
a[n]tebus illud yl[o]rios[um] innouari quo semper christianus sonit semper Christus
a]B[exit] semper auD[ia]tur exteris semper uideatur exaudiens uos nunc hab
s[x]coli labor ad spem perpetux quietis inuitat quibus occupatis actione
fE'Ji]ci omne peccandi tempus excludetur a quibus quicquam senislrwn
g[es]sisse laudabile est quod non dclectat cxleste si nequeat mundum
q[ui]dem fugetis sed orate pro mundo excluso a uobis sxcolo cuius actum
uigelare uestrum cunctis inuegelet quo
WMBMter no]bis institutione tali WMMWMMMMMMBMi
(fol. 8r] Gallia nostra floriscat orbis disiderit quod locus inuexit incipiatur
hodie et diuotioni xternitas dignitas regioni laudantibus in prxsenli [sxco
lo deo laudaturis pariter in futuro renouet magis obilus quam terminet ac[ti
onern recognuscatis in cxlo quam de hac tellore portabitis consuetudine[m
5 prxmiorum tantusque perseuerantiam uestram honor sequatur ut quo[D
uobis in exercitio erit operis hoc soluatur in prxmio pro rctribucione mer[cEdis
FI[NIjT
10
15
2° Restitution
(fol. 8™]
... Cuius adilus nocte non clauditur, qui non habet
nocte.w; cujus fores semper paratas, justis patulas,
impiis inaccessas non alternant claustra, sed mérita;
cujus fundamentum Christus est, fides machina,
murus corona, margaritum porta, aurum platea,
agnus lucerna, chorus ecclesia; cui inter divinas lau-
des, omnis operis necessitate seclusa, sola erit requies
sinceritas actionis. Multa sunt, piissime prxsid, in
tribunali aliquibus junior, in altario omnium prior,
multa sunt inquam IN operibus tuis, quibus nos ha-
ctenus gratias debuisse dicamus : Dilali donis, paupe-
res verbis, percepimus magna, pauca persolvimus ;
ornasti ecclesias tuas gazarum cumulo, numéro popu-
3° Traduction
« Après avoir, écrit A. Rilliet (dont nous donnons la
traduction), on ne sait à quel propos, célébré les gloires
et les lélicités de la Jérusalem céleste, Avitus s'adresse
en ces termes à un prince qui ne peut être que le roi
Sigismond :
« O très pieux souverain qui, pour être sur le trône
plus jeune que d'autres princes, n'en es pas moins le
premier de tous dans ton zèle pour les autels, il y a
dans ce que tu as accompli bien des choses qui ont dû,
jusqu'à présent, nous inspirer une vive reconnaissance;
comblés de bienfaits, mais pauvres de paroles, nous re-
cevons de grands biens, et nous y répondons mal. Tu
as rempli tes églises de trésors et de fidèles; tu as con-
1 Bibliothèque nationale, fonds latin, n. 8013, fol. 7. C'est un
recueil des homélies de saint Avit écrit sur papyrus au vr siècle.
A. Rilliet, Études paléographiques et historiques sur des pa-
pyrus du vi' siècle, in-4% Genève, 1866, p. 33 sq. ; L. Delisle,
Notice sur un feuillet de papyrus récemment découvert à la
Bibliothèque impériale relatif à la basilique que Maxime,
évêque de Genève, substitua vers l'année 5i6 à un temple
payen, dans les Études paléographiques et historiques sur des
papyrus du vr siècle en partie inédits ren fermant des homé-
lies de saint Avit et des écrits de saint Augustin, in-4", Ge-
nève, 1866, p. 8 sq. ; Œuvres complètes de saint Avil, évêque de
Vienne, édit. U. Chevalier, in-8% Lyon, 1890, p. 337-339; Al-
cimi Ecdicii Aviti Opéra quœ supersunt, édit. R. Peiper, dans
Monum. Germanise historica. Auctores antiquissimi, in-4%
Berolini, 1883, t. vi, pars posterior. On trouvera, p. xlii sq., de
la préface de cette édition, une étude sur la prononciation vulgaire
d'après les papyrus de saint Avit. Pour le texte des papyrus et
leur paléographie, cf. Mabillon, De re diplomatica supplernen-
tum, in-fol., Parisiis, 1704, p. 10 et fig. ; Nouveau traité de di-
plomatique, in-4% 1754, t. m, p. 422, reproduit la figure donnée
par Mabillon; Champollion-Figeac, Charles et manuscrits sur
papyrus de la bibliothèque royale, in-4°, Paris. 1840, pi. xnr, xvr,
fol. 3', 3", 9', 9"; Natalis de Wailly, Éléments de paléographie,
in-4°, Paris, 1838, t. n, p. 288; Silvestre, Paléographie univer-
selle. Collection de fac-similé d'écritures de tous les peuples et
de tous les temps, tirés des plus authentiques documents de
l'art graphique, in-fol., Paris, 1841, pi. clxiv; W. Wattenbach,
Das Schriftwesenin Mittelalter, in-8", Leipzig, 1871, p. 66 sq. ;
2" édit. 1875, p. 80 sq. ; L. Delisle, Le Cabinet des manuscrits,
in-4% Paris, 1868, t. m, p. 222 sq., pi. XV, 1-3; Bound et Thomp-
son, The palseographical Society, in-fol., London, 1873-1878,
t. i-viii, pi. lxviii; Annales de philosophie chrétienne, série V,
t. xv, p. 426-447; t. xvi, p. 82 sq.; Bévue critique, 1869, n. 8,
p. 119, note ; L. Delisle, Notice sur un feuillet de papyrus, in-4%
Genève, 1866, pi. 1-4. — ' Le fragment vu' de Sirmond s'arrête à
notre ligne 12, opéra tua. La lecture de R. Peiper donne le long de
la marge gauche quelques lettres de plus que la lecture do
Rilliet.
S63
AGAUNE
864
lorum ; struxisti sumptibus, quae muneribus cumulares
altaria; numquam quidem conlulimus verba virtuti,
sed cum ad prxsens psalmisonuM sollemne perventum
est, parum puto, si dicam verba nostra : vicisti hodie
insuper et opéra tua. Quis enim negarit inlerdum ta-
bernaculis offtciorum mutatione vacantibus illud glo-
riosum innovari,quo semper Chrislianus sonel, semper
Christus Babiret, semper audiatur ceRNENs, semper
videatur exaudiens. Vos nunc habitaturos hic. . . .
sœcoli labor ad spem perpetux quie-
tis invitât, quibus' occupatis actione felici omne pec-
candi tempus excluditur ; a quibus quidquiD sinistrum
cessisse laudabile est, quod non détectât, cselestes si
nequeat. Mundum quidem fugitis, sed orate pro
mundo, excluso a vobis sœculo, cuius actum..,; san-
ctum virgilare vestrum cunctis invigilet, quo. . . .
JUGiler nobis inslitulione lali
[fol. 8'°]
Gallia nostra fîorescat; orbis desideret, quod locus
invexit; incipiatur hodie et devotioni evternitas et
dignitas regioni, laudantibus in prœsenti sœcidodeUM,
laudaturïs pariter in futuro; renovet niagis obitus
quam lerminet actionem ; recognoscatis in cselo , quam
de hac tellure porlabitis consueludinem preemiorum,
tantusque perseverantiam vestram honor sequalur, ut,
quod vobis in exercilio erit operis, hoc solvalur in
prscmio pro relribulione mercedis. Finit.
Les passages que nous avons signalés par l'italique et
la petite capitale ne laissent aucun cloute et dispensent
de toute démonstration. Nous savons donc que la psal-
modie perpétuelle fut inaugurée à Agaune le jour de la
fôte de saint Maurice, 22 septembre, de l'année 522 pro-
bablement '.
L'archevêque de Vienne présidait la cérémonie en sa
qualité de métropolitain, le monastère d'Agaune appar-
tenant au diocèse d'Octodurum suffragant de Vienne.
Parmi les contemporains la création nouvelle s'appelait
familièrement l'innovation ou l'institution d'Agaune.
Nous sommes malheureusement moins bien renseignés
sur les dispositions pratiques qui durent être adoptées
pour subvenir aux exigences de la charge imposée au
monastère. Les quelques indications qu'on peut recueil-
lir sur ce sujet ne nous sont venues que sous forme in-
directe et il faut en pareil cas faire toujours une part à
l'inexactitude. On peut cependant avancer que l'institu-
tion d'Agaune fut le prototype de fondations similaires
en Gaule. En 584, le roi Gontran inaugurait dans l'église
de Saint-Bénigne, à Dijon, et dans le monastère de
Saint-Marcel, à Châlons, cet ordo psallendi qui in loco
SS. Agaunensium temporibus Sigismundi régis ab
Avito et cseteris ponlificibus illius lemporis institulus
fuit '. En 634, Dagobert I« introduisait le même usage
dans le monastère de Saint-Uenys-en-France et c'est
encore, au témoignage de Clovis II, 1' « institution
d'Agaune » qui avait servi de type : Eo ordine ut, sicut
tempore domini geniloris noslri ibidem (in Scô Diony-
sio) psallencius per turmas fuit institutus vel sicut ad
monasthirium Si Mauricii Agaunis die nocteque tene-
tur, iin in loco ipso celebretur'. La laus perennis fut
pratiquée encore à Luxeuil en Bourgogne, à Saint-
Germain de Paris, à Saint-Médard de Soissons, à Saint-
Biquier dans le Ponthieu. Ce ne fut pas seulement les
moines qui se livrèrent à cette liturgie perpétuelle, nous
trouvons la laus perennis établie dans deux monastères
de nonnes. A Remiremont (Habendense), dans les
« Pour la discussion de cette date, cf. A. Hillict, Étudc3 \>clèo-
grapliiques, in-4% Genève, 1866, p. 93 Bq. — : Aimoin ds (locry.
De yestis Francorum, 1. III, c. i.xxx, dcjis Bouquet, Recueil de»
historiens des Gaules, in-fol., Piiris. 1738, t. ni, p. 106. — 'Di-
plôme de Clovis II, 22 juin 653, dans Ruinait, Opéra Oregorii Tu-
ronensis, in-fol., Parisiis, 1699, p. 1384, P. L., t. lxxi, col. 1198.
struit à tes frais les autels que tu as ensuite enrichis de
tes dons. Jamais nos paroles n'ont été à la hauteur de
tes mérites, mais lorsque nous venons à la solennelle
psalmodie d'aujourd'hui, ce serait peu dire que tu sur-
passes nos louanges, puisque tu surpasses même tes
propres œuvres.
« Qui pourrait, en effet, méconnaître ce qu'il y a de
glorieux dans cette innovation, grâce à laquelle, tandis
que, pendant les intervalles des offices, le culte cesse
dans les autres sanctuaires, dans celui-ci la voix des
CHRÉTIENS RETENTIRA PERPÉTUELLEMENT, LE CHRIST SERA.
PERPÉTUELLEMENT CÉLÉBRÉ, PERPÉTUELLEMENT ENTENDU,
et paraîtra vous exaucer perpétuellement en habitant
désormais parmi vous Votre travail
en ce monde vous fait goûter l'espoir du repos éternel :
occupés d'une œuvre bénie toute occasion de pécher vous
est ôtée... Vous fuyez le monde, il est vrai, mais vous
priez pour le monde... Que votre sainte vigilance
veille pour tous... Par une telle institution... puisse
cette Gaule qui nous est chère fleurir et prospérer ! Que
l'univers envie ce que ce lieu vient d'inaugurer! Qu'au-
jourd'hui commence l'éternité pour cette œuvre pieuse,
et pour ce pays la célébrité... »
Vosges, saint Romaric fonda en C2ô un monastère de
femmes dans lequel, dit le biographe de saint Amatus,
multis virginibus congregalis, psallentium per septem
turmas, in unaquaque turma duodenis psallenlibus
die nocluque jugiter, instituit '. Vingt ans plus tard on
trouvait à Laon un autre monastère de nonnes, fondé
par sainte Salaberge, suivant la même règle qu'à Bemi-
remont et à Agaune : die ac nocte psallendo canonem
Omnipotenli personare et, juxta egregium prxdicato-
rem Paidum, sine intermissione orare*.
La pratique de la laus perennis survécut à son aban-
don par le monastère qui l'avait pratiquée le premier.
Introduite dans l'abbaye de Saint-Riquier par le gendre
de Charlcmagne, saint Angilbert, à cette époque pré-
cisément où elle achevait de périr à Agaune, nous pou-
vons croire que les prescriptions imposées au vme siècle
différaient assez peu de celles qui provoquaient trois
siècles auparavant l'enthousiasme de saint Avit. C'est à
ce titre que nous transcrivons ce qui a trait à la psal-
modie perpétuelle dans la règle de saint Angilbert 6 :
Tractare cœpimus qualiter inDci laudibus, in doclri-
nis diversis et canticis spiritualibus, Christo oninipo-
tenti placere valeamus. Quapropler trecentos mona-
chos in hoc sancto loco regulariter victuros auxiliante
Deo constiluinuts ... Centum etiam pucros scholis
ertdiendos sub eodem habitu et victu statuimus, qui,
Fratribus per très choros divisis, inauxilium psallendi
et canendi intersint ... Ea autem ratione ipsi chori
très in divinis laudibus personabunt, ut omnes horas
canonicas in commune simul omnes décantent. Quibus
decenter expletis, unius cujusque chori tertia pars
ecclesiam cxaat et corporis nécessita libus vel aliis uti-
litatibus inserviat, certo temporis spatio interveniente,
ad divinœ taudis munia eclebranda denuo redeuntes...
Quin imo omnes unanimes sacrificium laudis Domina
omnipotenli, pro salute gluriosi met Domini Augusti
Karoli, proque regni e jus stabili taie , continnadciotione
jugiter exhibeant.
— • Aria sanct. O. S. B.. s«c. H, p. 133, Vita sanrti Am.iii,
n. xx. Cet Amatus avait été élevé à Agaune et se trouvait être lit
d'amitié avec Romaric. Sur l'expansion de la laus perennis dans
les monastères d'Occident, cf. Manillon, Pr&fationes in Acta sanct.
O.S.B., in-4-,Tridenti, 172'» ; pr.-ef.2i jn saec. IV, n. cciv sq. p.SSl-
38C. — *Jbid., p. 423. — • Aria sa net. O.S.B., saîc. IV, par» 1», p. 47.
AGAUNE
866
La vie de saint Angïlbert précise quelques points de
•détail : Pras omnibus studuit ut divina laus et sancto-
rum memoria absque ullo interslitio in ecclesia Sal-
vatoris indefesse haberetur : ad quod rite tenendum
statuit très semper esse choros... Et omnes guident
horas canonicas très chori una semper concinebant :
quibus finitis pars v.niuscujusque chori persislebat
suo loco psallens voce mediocri: cœ.teri interea relaxa-
bant usque ad prsefinitum temporis spatium ; cumque
là se omnibus necessariis relevassent, adveniente /iora
redibant ad exercitium divins? laudis; et eodem numéro
quo isti redibant, alii ex eodem choro exibanl... Sic
■ad mensam, sic ad lectos, sic ad omnia onini tempore
exibant, ut indeficiens psalmodia in ecclesia Salvatoris
■omnia tempore permaneret1.
Nous ne savons jusqu'à quel point est exact le chiffre de
400 ou 900 religieux qu'on attribue au monastère d'Agaune,
mais il semble que, soit par suite des inconvénients in-
séparables d'une telle agglomération, soit par suite de
la pratique liturgique du monastère, la décadence s'y soit
vite introduite. Une bulle du pape Eugène II (821-827)
constate, en accordant des privilèges aux chanoines régu-
liers établis dans l'abbaye, que l'on avait été contraint
d'en chasser les moines que « déshonoraient d'infâmes
et déplorables souillures » : sicut ante noslri predeces-
sores ejusdem loci monachos, ita nos canonicos quos,
propulsis monachis nephanda et miserabili sorde pol-
lutis, in eodem loco idem gloriosissimus rex ordina-
verat, auclorilate apostolice sedis decoremus 2. 11 semble
d'ailleurs que partout où elle avait été établie la laus
perennis ait demandé un effort surhumain que, à me
sure qu'on s'éloignait de la ferveur des débuts, les géné-
rations monastiques se lassaient bientôt de fournir. S'il
faut en croire les doléances des chanoines que les
princes séculiers substituaient aux moines dégénérés,
1' k institution » périssait sous le poids d'une sorte d'hé-
bétement qu'elle entraînait à sa suite. Les chanoines
de Tours s'expriment ainsi en "s'adressant à Philippe de
Heinsberg, archevêque de Cologne, vers 1180 : Mona-
chis, vel propter inerliam, vel propter frequentantium
inquietudinem, intègre non prosequentibus, canonici a
principibus terrai substituti sunt... Et, ad teniperandum
laborem Muni fastidiosum et intolerabilem , juges Mm
et interminabiles psallenlium alternaliones ad cerlaset
(h.ïcrelas, siculin aliis fit ecclesiis, horas dislinctaisunt3.
Outre les deux épitaphes des abbés Enemoùus et
Ambrosius nous possédons celles des autres abbés. Celle
d'Achivus est en partie acrostiche :
AMORE CHRISTI FERV1DVS
CASTVSQVE SANCTVS MORIBVS
HEROS ACHIVVS PRAEIV1II
IVRE AETERNI CANITVR
5 VITAE EXEMPLVM NOBILE
VIR DEO PLENVS PROFERENS
SVMMAM PERFECTI MVNER1S
ABBA ELECTVS DOCVIT
BENIGNA QVIES NVNC VERVM
10 BEATAE LVCI TRANSTVLIT
AD CAELVM MITTENS SPIRITVM
MEMBRA HIC LIQVIT FRATRIBVS
ARTAVIT CORPVS CRVCIBVS
MENTE LEVAVIT PONDERE
15 SEMPER QVEM BLANDA GAVDIO
PROBO CONIVNXIT CARITAS*.
' Acta sanctor. 0. S. B., scec. iv, pars 1', p. 127. — * G allia
christiana, in-fol., Paris, 1715, t. XII, Instrum., col. 425; Historix
patrise monumenta, chartarum, in-fol., Augustœ Taurinorum,
1854, t. h, col. 5; J. Gremaud, Origines de l'abbaye de Saint-
Maurice d'Agaune, dans le Mémorial de Fribourg, 1857, t. IV,
p. 354. — » Acta sanct. O. S. B., ssec. iv, pars 1*, p. 173. —
*E. Egli, Eine Grabschrift ans Agaunum, dans Anzeiger fur
schweiz. Alterthumskunde, 1890, p. 315 sq. ; le même, Die
DICT. D'ARCH. CHRÉT.
Voici la leçon adoptée par le P. de Smedt : Amore
Chrisli fervldus | Castusque, sanclis moribus, \ lleris
Achivusprœmii | Jure œterni canitur. | Vitjbexemplum
nobilem | Vir Deo plenus proferens, \ Sanclurn per-
fecti muneris \ Abba eleclus docuit : \ Benigna quies
nunc verum | Beatse luci transtulit. \ Ad cœlum mit-
tens spirilum, | Mcmbra hic liquit fralribus. | Artav'U
corpus crucibus, | Mente levavift pondère, | Semper
quem Manda gaudio | Probo conjunxit caritas.
L'acrostiche ne dépasse pas la onzième stique et nous
donne ACHIVVS ABBA.
L'épitaphe de l'abbé Tranquillus est tout ce que la
Vila primorum abbatum Agaunensium nous apprend
à son égard; on y trouve une rapide allusion au chant
des psaumes :
Tranquillus iste mitis sanctusque sacerdos, cui claruit
benigna /ides moribus de nomine vila, cum meritis
animani sidéra clara tenent, dum fragilis sœculi tu-
midos évitât honores, vanaque despiciens , domini prse-
cepta secutiis, ieiuniis precibusque psalmis pemiansit
honeslus, et insuper leprosis plus addidit servire mi-
nister; humilis ut altam possit viam mercari salutis,
cum meritis- reddilur mterni régis merces promissa
laborum, praimiaquo patent iustis rétribuante Deo,
quod index cœli reelor libralo pondère pensât, lbi
iam probatus gaudet suscepta mimera Christi, hono-
ribus ditatus summis possidet cxleslia dona, et cum
vitali redeunt animai cum corpore necti, quandoque
caro recipit surgens post funera vitam, sic iterum ut
nova rursus ulanlur sanguine membra, tune rulilo
décore terris regressus lumine fulgit. LXXXVI post
vitsi annum corpore requiescit Agauno. Obiil pridie
Idus Deccmbris5.
Une autre épitaphe a été rendue par les fouilles
de 1894, c'est celle de Vultcherius, évoque de Sion et
abbé d'Agaune, mort en 875. Elle contient deux accla-
mations dignes d'intérêt (fig. 191) :
Wi
N£ MSeREREANI/m/lf^frW U T V $
v!TCtïESn5EDVN£'feSF5>Ef .1
■ : P R.Tf'VM Kt IV "; ' W" QVIF^
v.T;^N4 DO NAElti ',. ELTto '
A JWv*
191. — Inscription de Vultchnrius.
D'après Nuovo bullettino Ai archeologia cristiana, 1899, p. 182.
D(omi)ne miserere animée famuli lu(i) Vultcherii
Sedunc(n)sis ep[i....] a[bb(atis)] qui obiit Vil kl. juni.
christlichen Inschrlften der Scliweiz von 4.-9. Jahrhundert,
dans Mittheilungen der antiquarischen Gesellschaft fur vater-
làndische Alterthùmer, 1895, t. xxiv, p. 11, n. 6; Ch. de Smedt,
Vita primorum abbatum Agaunensium, n. XIII, dans Acta
sanct., novemb. 1. 1, n-fol., Bruxelles, 1887, p. 555. — °E. Egli, Die
christlichen Inschriften, dans Mittheil. der antiquar. Gesellsch.
fur vaterliindische Alterthùmer, 1895, t. xxiv, p. 13, n. 7; Ch.
de Smedt, loc. cit., dans Acta sanct., novemb. t. i, 1887, p. 554.
I. - 2&
867
AGAUNE
Requie(m) eterna(m) dona ci D(onu)ne et lux perpé-
tua) luceat et. Amen1.
V. La châsse mérovingienne du trésor. — La châsse
décorée de verroteries cloisonnées faisant partie du trésor
de Saint-Maurice est un des morceaux les plus précieux
et les mieux conservés de l'orfèvrerie mérovingienne2
(tig. 192). Voici ses dimensions :
Mètre.
Longueur 0,185
Largeur (dans le sens d'épaisseur) . 0,065
Hauteur totale, du bas au sommet
du cylindre 0,125
Hauteur de la partie carrée 0,078
Hauteur de la partie formant toit
jusqu'à la naissance du cylindre. 0,045
Diamètre du cylindre 0,011
« camée » et l'inscription qui méritent notre attention.
Le « camée » n'en est pas un, c'est un simple médaillon
en « verre filé » dont voici les dimensions :
Mètre.
Hauteur 0,036
Largeur 0,026
« Sa technique, dit M. de Mély *, est des plus curieuses ;
j'ai longuement étudié son faire et je crois pouvoir expli-
quer comment il a été exécuté. Ce n'est pas une pâte de
verre, mais du verre filé, je ne saurais trop insister sur
ce point. Les pâtes de verre n'ont rien de rare; Millin
nous parle des camées que les anciens réussissaient à
imiter par l'application de deux verres de couleur et
d'épaisseur différentes, auxquels ils faisaient prendre un
commencement de fusion. L'empreinte surmoulée en
^^^^^^^t^S^^^^l^^^gSa^g^^g^jj
192. — Châsse mérovingienne du trésor de Saint-Maurice; face antérieure.
D'après une photographie.
Les faces antérieures sont entièrement couvertes de
Verroteries et de pâtes de verre cloisonnées; sur ce fond
décoratif on a serti des chatons dans lesquels sont logées
des pierres précieuses unies ou gravées et des perles
fines. Les f.ices postérieures et Le dessous du coffret sont
en or couvert de filigrane. Les planches que nous don-
nons de ce remarquable objet suppléeront avec avantage
à une description. La face postérieure offre une inscrip-
tion dont chaque lettre est enfermée dans un des carrés
formés par le filigrane, l'inscription est tracée en biais
en pariant de l'angle droit supérieur de cette face du
reliquaire. La technique de ce coll'ret offre plusieurs
détails dignes d'intérêt '■'■. mais c'est principalement le
1 P. ] Saint- if aurice d'Agaune en S •/ ses
fouilles, dans Nuovo bull. di arch. erist., 1899, p. 182 sq., 195;
le même, V archevêque subit Vultchaire et iption
funéraire; le tombeau de Nitonia Avi fouilles de
Saint-Maurice, dans le Congrès scienUf. internat, des i
liques. Art chrétien, in-8», Fribourg, 1897, p. -19-37 ; .Télic croit
cette (lierre de la lin du \nr siècle on du commencement du
i\" giècli i ■ très cientif. internat, des cathol., p 8; J. Mi-
chel, Les fouilles sur l'emplacement des anciennes basiliques
de Saint-Maurice, in-8", Fribourg, lS'.)7:le même. I
ti.'" à PhiStoire de l'abbaye de Saint-Maurice, ln-8
verre d'une couleur était ensuit au moufle, sur
une petite plaque de verre d'une autre couleur. Ici rien
de pareil, excepté peut-être l'aspect, et encore, c'est en
l'examinant de bien près que j'ai pu découvrir la diffé-
rence d'exécution. L'artiste, car il n'y a pas à nier que
nous no soyons en présence d'une réelle œuvre d'art, a
commencé par étendre sur la petite plaque de verre noir
qui lui servait île fond une couche de verre opalin, fondai
la lampe, indiquant avec de grossiers reliels la forme de
la tète, moins le nez. la bouche et le menton, il a ensuite
préparé les cheveux et les plis grossiers du vêtement.
Sur cette première opération il a dirigé le feu de sa
lampe qui a glacé le verre opalin seulement, laissant en
1 1 oiœher de Fabbaye de Saint-Maurice d'.\-
gaune, ln-8*, Frtbonrg, 1900. — *F. de Lasteyrie, Mémoires de
C. des anliq. de France, t. XXVI, p. 70; Ch. de Linas,
rcrie mérovingienne, l.cs œuvres de
verroterie cloisonnée, in-S*. Paris, 1864; K. Aubert. Trésor de
l'abbaijedc Saint-Maurice d'Agaune, in-i', Paris, 1872, p. 141 sq ,
pi. xi-mi. xm-xiv: F. de Mély, Visite aux trésors de Saint-
Maurice d'Agaune et de Sion, dans le Bull. arch. du Cotnitc
trav. hist., 1890, p. 375-392. — 3Cf. E. Aubert, loc. cit^
i — *F. de Mély, loc. cit., dans le Uull. arch. du C
a trav. hist., 1890, p. 880.
869
AGAUNE
870
place tous les reliefs, mais en amollissant inégalement
par des intensités de chaleur volontaires ces détails de
second plan. Soudant alors un filet de verre au front, il
a d'un fil dessiné le nez et la bouche, figuré l'œil d'un
point, d'un autre point marqué le menton, tracé les
cheveux du chignon dont les détails sont moins flous que
ceux du sommet de la tête. Un nouveau coup de lampe,
moins violent que le premier, a de nouveau soudé, aplati
et parfondu tou'es ces parties nouvelles, mais en leur
laissant déjà un certain relief; enlin d'un filet de verre
soudé au sommet du front H a tracé le contour d'une
coiffure, qu'un léger coup de feu a fixé, sans modifier la
forme du boudin du filet. C'est ce dernier détail qui a
tout d'abord attiré mon attention : une pierre gravée
n'aurait pas eu de ces creux en dessous, ou alors l'arête
eût été vive. Pai été dès lors conduit à reconnaître que ce
roue. Ce qui sort encore ici de l'ordinaire, c'est que la
roue du lapidaire n'a rien eu à faire, le camée venant
des mains du verrier est resté tel que le feu l'avait glacé;
la meule n'a rien eu à ébarber, rien à diminuer; le tourèt.
rien à creuser. C'est une révélation qui pourra peut-être
faire connaître d'autres pièces, prises pour des camées
jusqu'à présent, et montrer sous un jour nouveau toute
une série de monuments, compris jusqu'ici dans la glyp-
tique et qui doivent dès lors rentrer dans les arts du feu.
« La question de l'âge de cette châsse a été fort dis-
cutée : les documents comparatifs sont rares, les monu-
ments de cette époque presque introuvables. Ce cloison-
nage de verroteries rouges n'a guère de similaire; on
discute sur l'épaisseur des cloisons, sur leur disposition
'curviligne, on veut en rapprocher l'épée et les fibules
du trésor de Pouan, les pièces du trésor de Chilpéric;
193. — Châsse mérovingienne du trésor de Saint-Maurice ; (ace postérieure.'
D'après une photographie.
prétendu camée était simplement de verre filé et glacé au
feu, ce qui est, à mon sens, beaucoup plus important pour
l'histoire de l'art que la plus belle des pierres taillées.
« Ce verre opalin n'est en résumé autre chose que
if émail blanc. Mais de quelle époque date-t-il? Certaine-
ment le travail est antique; dès l'origine, il a été placé
sur la châsse et jamais artiste du moyen âge, de l'époque
du coffret, n'aurait produit une pièce aussi simple, con-
servant ainsi un aspect qui jusqu'à ce jour a trompé
tous ceux qui s'en sont occupés, copie faite, haut la
main, sans retouches possibles, sans repentirs, d'un
modèle que l'artiste avait devant les yeux. De ce genre
de travail je n'ai rencontré qu'un autre exemple, encore
se rapproche-t-il bien davantage des pâtes de verre,
car je ne puis y voir que quelques retouches au filet sur
un relief de verre coulé : un scarabée, placé sur une
momie du musée Bernard de Lyon, qui me parait à
certains points de vue l'ancêtre du camée de la châsse
mérovingienne de Saint-Maurice, avec cette différence
essentielle cependant, que le scarabée ne porte aucune
trace d'art en lui-même, puisqu'il peut se reproduire à
l'infini dans le moule qui a été coulé, tandis que le ca-
mée est une œuvre unique, œuvre d'un arlisie assis devant
sa lampe comme le graveur en pierres fines devant sa
le doute continue à régner. Les remarques de M. d'Arbois
de Jubainville, lues aux Antiquaires de France en 1872,
sont certainement la note la plus exacte qui ait encore
été donnée sur l'inscription qu'elle porte ', et que voici :
T £
V D E R I
C V S P R e S
B I T € R . I NHO
NVRÊS .CI M A V
R I C I I F I £ R I
IV S S I T . A M £ N
N O RDOALAVS
£ T RI H L . INDIS
ORDENARVNT
FA B R I C A R €
V N . D I H O
C T G L L O
F I C £ R
V N T
« Teudericvs presbiler in honure sci Mawicii fien
' D'Arbois de Jubainville, dans le Bull, de la Soc. des antiq.
de France, 1872, t. xxxm, p. 103;.
871
AGAUNE — AGDE (CONCILE D'1
872
jussit. Amen. Nordoalaus et RUilindis ordenarunt
fabricare. Uncliho et Ello ficerunt ' .
« La compétence de M. d'Arbois de Jubainville, la pré-
cision de son étude, la rendent impossible à résumer et
nous font un devoir de la reproduire intégralement :
« M. Aubert donne la description détaillée d'une
châsse2 dont l'inscription avait déjà été publiée par
M. Le Blant ». MM. de Lasteyrie et de Linas, dit M. Aubert,
sont unanimes pour fixer à l'époque mérovingienne la
date de ce monument. Il est, je crois, possible de pré-
ciser davantage. Déjà M. 'Wackernagel, dans l'Histoire
du ruyannie des Burgondes1' de M. Bindig, p. 343, a
affirmé que celte châsse était postérieure à la chute du
royaume des Burgondes. Deux des qualre noms propres,
d'origine germanique, contenus dans l'inscription, pré-
sentent un caractère qui permet de leur assigner une
date relativement récente : Rih-lindis, L'ndiho. Ces
deux noms supposent des formes plus anciennes, Rico-
lindis, Undico. Le c de Rico-lindis et d'Undico s'est
changé en ch = h, vers la fin de la période mérovin-
gienne. Dans cinq diplômes originaux des années 710
et 717, le nom du roi Chilpéric II est écrit Chilperichvs
au lieu de Chilpericus 5. Dans une inscription de Bevel-
Tourtan, le hom propre A dica, ou mieux Athica, se ter-
mine par le même suffixe que Vndiho et ce suffixe con-
serve encore la gutturale sourde du germanique primitif0.
L'inscription de Bevel-Tourtan est datée de 563. A cette
date, la substitution de la spirante ch, h, à l'explosive c,
n'était pas encore accomplie. L'inscription de la châsse
de Saint-Maurice parait donc postérieure à 563.
« Un autre nom germanique qui, dans celte inscription,
n'a pas un caractère archaïque, c'est Nordoalaus, nom
composé, dont le second terme nous semble avoir déjà
perdu deux consonnes. On a dû dire d'abord Nordo-
valahus. Le v du second terme a été conservé par Fré-
ilégaire, dans le nom propre Aeno-valavs' . Ce second
terme parait identique au vieux haut-allemand : Walah,
étranger; No?yJoalaus, pour Nordo- Valahtn, signifierait
< étranger venant du Nord ». Mais les formes latines
n'ont pas subi l'influence de la réforme grammaticale
imposée par Charlemagne : honure, ficerunt, appar-
liennent à la langue du VIIe ou du vme siècle. »
« Nous n'ajouterons, pour notre part, reprend M. de
Mely, qu'un mot à cette savante dissertation, c'est que
lout à côté, à Sion, se trouve une petite châsse, celle de
saint Althée; elle ost datée de 7S0. On y lit le mot honore
au lieu de honure; la châsse de Saint-Maurice est donc
plus ancienne, soit du vne ou du VHI" siècle. Le lieu
d'origine soulève moins de difficultés; tout le monde
jusqu'à présent s'accorde à lui reconnaître une origine
hurgundo-germanique. »
VI. Liturgie. Voir Iïobuio (Sacramentaire ije)8.
H. Leclercq.
AGDE (Concile d'). — I. Date, circonstances, ob-
jet. II. Le concile d'Agde, la liturgie gallicane et les
mœurs chrétiennes. III. Bibliographie.
I. Date, circonstances, objet. — Agde, Agatha, civil as
Agathensium, urbs Agathse, ou Agathensis, chef-lieu de
pagus9, cité importante de la Gaule Narbonnaise, par sa
situation et son commerce, semble n'avoir eu un évêque
qu'assez tard. Le premier du moins dont on puisse consta-
ter, d'après un document absolument authentique, l'exis-
tence et le nom est Sophronius, celui-là même sous lequel
se tint le concile 10. Mais, ajoute justement M. Longnon, on
peut tirer de la vie de saint Sévère la preuve que Sophro-
nius avait eu pour le moins un prédécesseur, Beticus".
Le concile qui s'y tinten 506, peut être considéré comme
un grand événement religieux et politique. Après une
persécution arienne, Alaric II, roi des Visigoths du midi
de la Gaule, effrayé par la conversion de Clovis et par les
progrès de l'idée catholique dans ses États, sentit le besoin
de revenir à une politique plus conciliante. Il autorisa
donc ce concile qui avait pour but, après de longues crises,
de réorganiser la vie religieuse dans le royaume visigoth.
Il eut pour président le fameux évêque d'Arles saint
Césaire à qui revient, d'après Malnory, l'honneur de
l'avoir convoqué ' - ; tous les évêques du royaume, au
nombre de vingt-quatre, et dix prêtres délégués s'y trou-
vèrent réunis. A ce point de vue le concile d'Agde a
de frappantes analogies avec celui d'Orléans en 511 1:1.
Mais on aurait tort d'y voir avec Fauriel la préface d'une
conspiration politique avec le secret dessein chez les
évêques d'appeler Clovis à la conquête du royaume
d'Alaric14. Bien dans les textes ne justifie une pareille
supposition, encore que la conduite d'Alaric dans les an-
nées précédentes ait rendu trop naturelles les préférences
des catholiques du sud de la Gaule. On a pensé que la
grande fondation monastique de saint Sévère à Agde ex-
pliquait le choix de cette ville comme siège du concile;
la supposition n'a rien que de vraisemblable, encore que
l'importance de la cité au sein des États d'Alaric eût pu
suffire à déterminer ce choix lr'. D'après Malnory, qui ne
parait pas tenir compte de la dissertation de E. Thomas
que nous citons, ce choix aurait été dicté par la posi-
tion intermédiaire d'Agde entre les pays arlésien et
aquitain, les Pères s'y trouvant à l'abri de la surveillance
des ariens l0. Dans tous les cas, saint Césaire en lut l'âme
et le concile s'inspira de ce que l'abbé Malnory appelle
« la discipline artésienne » déjà condensée dans les
statuts1''. Le nom de quelques-uns des signataires qui
siégèrent à côté de Césaire est une nouvelle preuve de
l'importance du concile et un précieux indice du grou-
pement géographique et ecclésiastique; nous Tie citerons
que les métropolitains de Bordeaux, de Bourges, les
évêques de Toulouse, d'Agde, de Nîmes, de Rodez,
d'Albi, de Cahors, d'Aix, d'Auch, de Lescar, d'Oléron.
de Lodèvc, de Périgueux, les délégués des évêqui
Narbonne, de Fréjus, de Tours, etc. ,s. Le concile régla
1 F. de Lasteyrie, Description du trésor de Guarrazar, accom- ,
pagnée de recherches sur toutes les questions archcolugiques
qui s'y rattachent, in-4", Paris, 1860, p. 30, 104; le même, ,
dans les Mémoires de la Société des antiquaires de France,
1859, t. XXVI, p. 76; Ch. de Linas, Orfèvrerie mérovingienne.
Les œuvres de saint Élut et la verroterie cloisonnée, in-8\
Paris, 1864, p. 104, 105 ;' E. Le Blant, Recueil des inscript,
chrét. de la Gaule antérieures au vur siècle, in-4°, Paris,
1856-1865, t. h, p. 580, n. 684, pi. xci, n. 542; E. Egli, Die
christlichen Inschriften der Schweiz, dans Mittheilungen der
u>,tiquarischen Gcsellschaft, 1895, t. XXTV, p. li, n. S. — *E. Au-
bert, dans les Mémoires de la Suc. des nntiq. de France, 1871, •
t. xxxn, D. 33 sq. Ce mémoire est antérieur à la publication
d'ensemble dont le titre a été donné col. 868, note 2. — s Cf. note 1.
— *E. Binding, Das burgundisch-romanischc KSnigreich von i
443-55?, in-4-, Leipzig, 1868, p. 343. — SJ. Tardif, Monument»
historiques, in-8°, Paris, 1866, n. 46-50. — "E. Le Blant, op. cit.,
t. n, p. 150, n. 466 a. Cf. C. Binding, op. cit., p. 348. —
' D. Bouquet, Recueil des historiens des Gaules, in-lol., Paris,
1731), t. n, p. 466. — "Cf. A. Gastouë, Un rituel de la province
de Milan du a" Siècle, dan- I iregorUmo, 190;>, t. II,
p. 246 sq., 304 sq. ; Paléographie musicale, in-4 1896.
t. v, p. lo4, 160 sq.; L. Ducliesne, Origines du culte chrétien.
in-8", Paris. 1898, p. 151. — 9Cf. Longnon, Atlas historique
de la France, in-4', Paris, 1885. p. 163. — ,0 M'' Ducliesne.
Les fastes épiscopaux, in-8«, Paris, 1894, t. i, p. 306. -- •« Lon-
gnon, Géogr. de la Gaule au \r siècle, in-4-, 1' . 609.
— "Saint Césaire d'Arles, in-8-, Paris, 1894, p. 62 sq. — ' I
Kurth, Cluvis, 2" édition, in-8-, 1901, t. II, p. 54. 135. Ct. Arnold,
Csesarius von Arelate, p. 231, note 736; Malnory, op. cit.,
p. 114. qui présente sur quelques poinU des divergences d B] pré-
dation avec Kurth, Clovis, loc. cit., p. 138. — " l'ainkl. Hist.
de la Gaule méridionale, in-8-, Taris, 1836, t. II, p. 53. —
,SE. Thomas, Le concile d'Agde en 506, dans les Mémoire* * la
Soc. archéol, de Montpellier, 1854, t m, p. 643; tirage a part,
in-4\ 1854, 44 p. — "Loc. cit., p. 67. — "Malnory, op
p. 62 sq. — "Simiond, Concilia Galiuc. t. I, p. 170; Mansi.
Concilia, t. vm, col. 319, 333 et 340; Héfélc, Hist. il -
(trad. Delarc), t. m, p. 254. Dom Ceillier, Hist. des auteurs 80
2- éd., 1861, t. X, p. "36, parle à tort de quatre-vingt-quatre.
873
AGDE (CONCILE D')
874
plusieurs questions sur la conduite des clercs, leur or-
dination, l'excommunication, les biens d'Eglise, les af-
franchissements, la pénitence publique, la discipline
monastique et la liturgie. Il compte en réalité quarante-
sept canons authentiques, quoiqu'on lui en attribue par-
fois un plus grand nombre '. Plusieurs ont passé dans le
Corpus juris au moyen âge. Laissant de côté tout ce qui
touche au droit canon ou à la discipline proprement dite,
nous ne nous arrêterons qu'aux règlements qui présen-
tent un réel intérêt pour la liturgie ou l'histoire des an-
tiquités chrétiennes.
II. Le concile d'Agde, la liturgie gallicane et les
mœurs chrétiennes. — Le deuxième et le cinquième
canons condamnent les clercs désobéissants ou voleurs à
la communio peregrina. Les archéologues, les litur-
gistes, les canonistes et même les théologiens ont discuté
longtemps sur le sens de ce terme, déjà employé par le
concile de Riez en 439 et qui le sera encore au concile
de Lérida en 524. Quelques-uns, comme Binius, l'ont
confondu à tort avec la communia laïca -. Marc-Antoine
de Dorninis, dans une dissertation : Ad canones 2 et 5
concilii Agathensis et itllimam Llerdensis, de commu-
nione peregrina, in-4°, Parisiis, 1645, croit qu'il
s'agit ici de la communion donnée après tout le clergé,
mais avant les laïques. Bellarmin vivement combattu sur
ce point par Bona3, et quelques autres théologiens avec
lui, ont voulu y voir la communion sous une seule espèce,
et un argument en faveur de la pratique actuelle; pour
d'autres, il s'agit là de la communion retardée jusqu'à
l'heure de la mort; on pourra voir dans la dissertation
de Bingham le résumé de quelques opinions aussi extra-
vagantes*. Ce dernier, qui ne fait que reprendre la thèse
d'Albaspinœus, de Bona, de Sirmond, de Schlestratc, de
Petau et d'autres archéologues 5. nous dit qu'il ne faut pas
entendre par ce terme la participation à l'eucharistie, dont
ces clercs étaient privés par le fait de leurs fautes, mais
la participation ou communio aux charités et aux secours
de l'Église, comme on les accordait aux étrangers pere-
grini, qui, n'ayant pas de lettres de recommandation,
n'étaient pas admis à l'eucharistie, mais recevaient les re-
cours dont ils avaient besoin. Voir Litterte cojimenda-
titi/E. Ce sens est assez généralement adopté aujourd'hui.
Le canon 12e prescrit le jeune tous les jours pendant
le carême y compris le samedi, et à la seule exception
du dimanche. La discipline du jeûne pendant le carême
a varié beaucoup depuis l'origine. Au VIe siècle on était
arrivé à peu près généralement en Occident à admettre
quarante jours de carême, ce qui ne signifiait pas tou-
jours quarante jours de jeûne, et dans certaines pro-
vinces le samedi, aussi bien que le dimanche, bénéficiait
d'une exception comme en Orient, soit par suite des
anciens privilèges du jour du sabbat dont on trouve la
trace dans la liturgie jusqu'au VIe ou au vu0 siècle, soit
à cause de la solennité du dimanche qui remontait jus-
' Mansi, t. vm, col. 337, 338. — « Binius, Notœ ad Concil.
Llerdcnse, dans Labbe, Concilia, t. IV, col. 1617. — 3 Rerum
liturgicarum, 1. II, c. xix, n. 5. — * The Works of J. Bingham,
Oxford, 1855, t. II, p. 108; t. v, p. 408, et surtout t. VH, p. 21-32,
Of the punishment called communio peregrina. —'Voyez la
dissertation de Bingham, et la bibliographie, et aussi notre article
Communio peregrina. Cf. Hétélé, Hist. des Conciles, trad.
Delarc, t. III, p. 255, 313. — » Thomassin, Traité des fûtes, 1697,
p. 310 sq. ; dom I. de l'Isle, Hist. dogmatique et morale du
jeune, 1741, 1. II; Linsemayr, Kirchl. Fasten Disciplin, 1878.
Cf. les arti:les Carême et Samedi. — ' Ordo Romanus vu,
P. L., t. Lxxvm, col. 996-997; Sacramentaire gélasien,
I, 35, dans Thomasi-Vezzosi, Opéra, t. vi, p. 44. — 8 S. Ambroise,
Epist., XX, P. L., t. xvi, col. 103. Ce témoignage, quoique
certain, paraissait bien un peu isolé, mais la découverte de dom
Germain Morin nous permet d'ajouter à saint Ambroise l'évan-
gcliaire d'Aquilée, étroitement apparenté à l'ambrosien et qui a la
traditio symboli, au dimanche des Bameaux, L'Évangéliaire
d'Aquilée, dans la Revue bénédictine, 1902, p. 1 sq. —«Cf. Sa-
crament. de Bergame, K" siècle, dans Auclarium Solesm.,
qu'au samedi. Le concile réduit le samedi au rang des
autres jours de la semaine6.
Le 13e est ainsi conçu : Symbolum etiam placuit ab
omnibus ecclesiis una die, id est ante oclo dies (var.
oclavo die ante) dominiese resurreclionis, publiée in
ecclesia competentibus tradi. Cette traditio symboli
lait partie, comme on sait, de la discipline du catéchu-
ménat et c'est un rite important dans la classification
des diverses liturgies. A Rome la cérémonie s'accom-
plissait dans la semaine qui précédait le quatrième di-
manche de carême7, mais à Milan c'était d'abord le
dimanche des Rameaux 8, plus tard ce fut le samedi avant
ce dimanche9 ; chez les Mozarabes, c'est aussi le même
dimanche10. Le concile d'Agde, en fixant le dimanche des
Rameaux pour ce rite, reste donc dans la tradition galli-
cane dont on retrouve encore des témoins dans saint Ger-
main de Paris, dans le sacramentaire de Bobbio, dans le
Missalc Gallicanum vêtus, dans le Missale Gothicum u .
On peut se demander aussi de quel symbole il s'agit
dans ce canon, celui des apôtres ou celui de Nicée? Il
est incontestable que dans toute l'antiquité c'est le sym-
bole des apôtres qu'il faut entendre sous ces termes de
traditio symboli, mais au commencement du W> siècle
la question peut être discutée. Dom de Puniet, dans un
savant article sur La liturgie baptismale en Gaule
avant Charlemagne 12, se demande à propos du baptême
de Clovis si les termes employés par Grégoire de Tours
pour le baptême de Clovis, sacerdos... cœpil ei insi-
ratare Deum rerum factorem cseli et [ac] terras crede-
rcln, ne rappelleraient pas plutôt le symbole de Nicée
que celui des apôtres. Mais il semble cependant qu'en
Gaule au moins, le symbole de Nicée ne remplaça pour
la traditio symboli le symbole des apôtres d'une façon
un peu générale, que vers le vil" ou même le vm' siècle,
époque postérieure à notre concile14.
Le 14e a trait à la consécration des autels et s'exprime
ainsi : Altaria placuit non solum unelione chrismatis,
sed etiam sacerdotali benedictione sacrari. Ce canon
témoigne d'un rituel très rudimentaire pour la consé-
cration de l'autel, une onction du chrême et la bénédic-
tion du prêtre, et encore semble-t-il insinuer que jusque-
là on se contentait parfois de la seule onction du chrême,
mais il faut constater aussi que ce canon est très galli-
can, car la liturgie romaine ne connaîtra que bien plus
tard la cérémonie du chrême dans la dédicace. Le texte
suivant de Grégoire de Tours est d'accord avec le canon
du concile : l'évèque vient le matin sanctifier l'autel,
Mane vero venientes ad cellulam, allare quod erexe-
ramus, sanctificavimus 13. Dans la dédicace gallicane
telle qu'on peut la reconstituer par des livres gallicans
d'époque un peu postérieure (commentaire de Rerriy
d'Auxerre, ixe siècle16, Ordo de Vérone, sacramentaire
d'Angoulèrae, fin du vme siècle, sacramentaire de Gel-
lone, même époque, Missale Francorum), la cérémonie
in-4°, s. 1. n. d., p. 57; Sacrament. de Biasca, toi. 103. Cf. Ebner,
Quellen d. Missale Romanum, 1896, p. 74; Antiphon. ambro-
sien (Londres, British Mus., add. 34 209, foi. 218); cf. Paleogr.
music, t. v. — "Cf. Duchesne, Origines du culte, 2* édit., in-8",
p. 307, notel. — "S. Germain, Epist. il, P. L., t. lxxh, col. 96;
Sacram. Bobiense, Missale Gallicanum velus, Missale Gothi-
cum, P. L., t. lxxii, col. 487, 348, 263. — "Revue des questions
Itistoriques, oct. 1902, p. 382 sq. — ,3Histor. Francor., 1. II,
c. xxxi, dans Monumenta Germanise, Scriptores, 1883, t. r,
p. 92, 93. — u II est vrai qu'en Espagne l'usage du symbole de
Nicée serait constaté, d'après Harnack, dès le VIe siècle, mais
Kattenbusch le conteste, Das apostolische Symbol, t. Il, p. 802;
cf. p. 296 sq. et t. 1, p. 55, note 4. L'influence des usages espa-
gnols sur le concile d Agde ne parait pas prouvée, au moins eu
matière liturgique. Cf. sur cette question dom de Puniet, La litur-
gie baptismale en Gaula, dans la Rev. des quest. hist., oct. 1902,
p. 387 sq. — <5 De glor. Confess., c. xx, P. L., t. lxxi, col. 842.
— « Mercati a démontré depuis que ce prétendu Bemy d'Auxerre
est de l'Yves de Chartres tout pur, et par suite du xsi1 siècle. Sturli
e testi, c. vu, Antiohe reliquie êéturgiche, Borne, 1902, p. 9. '
875
AGDE (CONCILE Dv
876
est déjà plus développée ' ; on y asperge d'eau bénite
l'autel, on l'oint d'huile bénite, on y fait brûler l'encens,
mais l'onction de l'autel avec le chrême et la bénédic-
tion de l'évèque demeurent bien les deux rites essentiels.
La prière de l'évèque répond aux termes sacerdotali
benedictione sacrari du canon : Bei Patins omnipoten-
tes, dit l'oraison gallicane, misericordiam dilectissimi
fratres, deprecemur ; ut hoc altarium sacrifions spiri-
tualibus consecrandum, vocis nostrse exorandus officio
prsesenti benedictione sanclificet ; ut ineo semper obla-
tiones famulorum suorum studio suse devotionis impo-
sitas benedicere et sanctificare dignetur, etc. 2.
Le 21e canon contient un règlement pour les chapelles
de campagne : Si quis etiam extra parochias, in quibus
legitimus est et ordinarius conventus, oratorium in
agro habere voluerit; reliquis festivitatibus, ut ibi
missas teneal propter fatigationem familise, justa or-
dinatione permit limus : Pascfia vero, natale Bomini,
epiphania, ascensionem Bomini, pentecostem et nata-
lem S. Joannis Eaptistse, vel si qui maximi dies in
festivitatibus habenlur, non nisi in civitalibus aut in
parochiis teneant. Clerici vero, si qui in festivitatibus,
quas supra diximus, in oratoriis, nisi jubente aut per-
mittente episcopo, missas facereaut tenere voluerint, a
communione pellantur. Ce règlement fixe les fêtes prin-
cipales observées à cette date dans l'Église gallicane ; il
montre la sollicitude des évèques à maintenir le privilège
de l'église de la cité et de l'église paroissiale 3. Le terme
missas tenere aut facere courant à cette époque sera
expliqué à p.opos du canon suivant.
Ce canon, le 30e, est surtout intéressant au point de
vue du cursus gallicanus : Et quia convenit ordinem
ccclesise ab omnibus sequaliter custodiri, disent les
Pères, studendum est ut tient ubique fit, et pont anti-
phonas, collectiones per ordinem ab episcopis vel pre-
sbyteris dicanlur ; et hymm rtiatutini vel vespertini
diebus omnibus decanlentur, et in conclusione matuti-
norum vel vespertuiarum missarum post hymnos ca-
pitella de psalmis dicantur ; et plebs collecta oratiouc
ad vesperam ab episcopo cum benedictione dimittatur.
Il importe d'expliquer les termes de ce canon qui d'or-
dinaire n'a pas été bien compris, même par les éditeurs
de conciles4. Les anliphonse désignent ici les psaumes
chantés en antiennes, c'est-à-dire probablement à deux
chœurs. Cette méthode tendait de plus en plus à sup-
planter, sans la supprimer complètement, la psalmodie
responsoriale, dans laquelle le chantre disait le psaume,
tandis que le chœur répondait 5. Lu psalmodie anti-
phonée doit être suivie de collectes ou oraisons dites
selon l'ordre, par les évêques ou par les prêtres. Sur ce
point le concile suit la vieille tradition orientale décrite
par Cassien et par Silvia, et attestée par certains anciens
psautiers qui, à la fin de chaque psaume, donnent une
collecte6. Mais il semble qu'elle n'était pas suivie, à
cette époque au moins, à Rome, et saint Benoit parait
aussi s'en écarter dans sa règle 7.
Les hymnimatutini vel vespertini signifient, comme
dans le concile de Vannes de 465, canon 14, les laudes
et les vêpres. Ces offices seront célébrés quotidienne-
ment dans les cathédrales. Le terme missai matutinœ
vel vespertinse désigne dans la langue de l'époque,
comme au canon 21e, toute espèce d'office, qui se termi-
nait par la missa ou dimissio, renvoi des fidèles. C'était
* Voir la restitution de la dédicace gallicane dans Duchesne,
Origines du culte, 2< éd., p. 394 sq. — * Duchesne, toc. cit.,
p. 398. — 3 Imbart de la Tour, Les paroisses rurales, in-S-, Paris,
1900, p. 6 sq. — *Cf. Ht'félé, Conciles, loc. cit., p. 209. — » Voir
Antiennes, Répons, Psalmodie. — "Cassien, De cœnob. inslit.,
1. II, c. vin sq. P. L., t. XJLIX, col. 94 sq. ; Silviss peregrinalio,
éd. Geyer, Itinera Hierosol., 1898, p. 71. Thomasi en a édité
quelques-uns, voir notamment Psalterium cum canticis et ora-
tionibus, dans Thomasi-BianchiEi, Opéra, 1. 1, pars 2% p. 139 sq. —
''Régula S. Benedïcti, c. IX sq. — •Mabillun, De cursu lialli-
la formule usitée même dans les tribunaux pour ren-
voyer le peuple.
Ce texte intéressant prouve encore que ces deux offices
se terminent par des hymnes, des versets et une oraison.
Le concile d'Agde se sépare encore ici de la tradition
romaine qui n'admit que beaucoup plus tard les hymnes,
de celle du concile de Laodicée, dont le 59e canon pros-
crit les plebeios psalmos, et du \2° canon du Ier concile
de Braga, qui montre le même rigorisme. Mais déjà une
autre coutume s'introduisait qui admettait, à côté de
l'Ancien et du Nouveau Testament, des compositions
poétiques, comme la liturgie ambrosienne, la liturgie
bénédictine, le IVe concile de Tolède, canon 12, c^luide
Tours, canon 23 8.
Il faut remarquer encore ici la place de l'hymne,
chantée après la psalmodie; c'est aussi une tradition
antique. Saint Benoit, à peu près contemporain du
concile, quand il veut établir le cursus bénédictin, place
l'hymne au commencement des heures, et avant la
psalmodie pour vigiles (matines), prime, tierce, sexte,
none, la tradition ne s'étant pas encore nettement pro-
noncée sur ce point. Mais pour les laudes (matutinm) et
les vêpres, il met l'hymne après la psalmodie9. On sent
ici encore l'influence de saint Césaire qui dans sa règle
donne aussi cette place à l'hymne10.
L'hymne est suivie des capitella, qu'il ne faut pas tra-
duire par capitule, comme on l'a fait, ce nom étant ré-
servé aujourd'hui aux petites leçons, étymologiquement
petits chapitres, qui tiennent lieu des longues lectures
à certaines heures. Les capitella sont ici ce que nous
appelons les versets et sont en effet des séries de courts
versets tirés en général des psaumes. C'est le sens que
leur donne saint Césaire dans sa règle ". La liturgie ro-
maine et la liturgie bénédictine sont ici d'accord avec
le concile, les capitella s'y disaient à laudes et aux vêpres,
à celte place.
Dans le choix des capitella, le concile d'Agde se mon-
tre plus rigoureux, et exige que tous soient tirés des
psaumes; c'est aussi la tradition des bonnes époques li-
turgiques. Mais il suffit d'étudier ces collections de ver-
sets pour se convaincre qu'on ne fut pas toujours aussi
strict. Voir Versets.
Enfin les capitella sont suivis de la collecte, après
laquelle, à vêpres an moins, l'évèque renvoie le peuple
après l'avoir bénit. Cette dernière oraison était la finale
obligée de tous les offices dans l'antiquité; il n'est guère
de tradition qui se soit plus fermement maintenue et
dont on trouve plus de traces dans la plupart des litur-
gies. La bénédiction de l'évèque et le renvoi des fidèles
sont aussi des rites antiques que nous retrouvons à Jé-
rusalem, au ivc siècle avec Sylvia 12, dans les livres litur-
giques qui ont garde des collections de formules de bé-
nédictions, dans les orationes super populum, dans les
sermons de saint Augustin, peut-être dans ces commen-
daliones seu m anus impositiones dont parle le IIIe con-
cile de Carthage. Voir Afrique (Liturgie d'), col. 655,
656. Il y est même fait une allusion très claire dans la
Vie de saint Césaire : Factum est ut quodanx tempore
quatuor ei episcopi ad occursum venirent, cum qvi-
bus ad lucernarium (l'office des vêpres) ad basilicani
sancti Stephani descendit. Cumque expleto lucemario
benedictionem populo dedisset l* etc.
L'ensemble de ces canons a son importance, on le voit,
cano, § 2. P. L., t. lxxh, col. 394 sq. — ' Régula S. Benedicti,
cap. Mu, xviii. — "> Mabillon, De cursu Gallicano, P. L.,
t. lxxii, col. 394 sq. — " Régula. S. Czesarii, P. L., t. i.wu,
col. 1102. Cf. S. Baumcr, fin Beitrag z, Erklarung von Litanix
.. Missse, dans Sludien u. MiUheilungcn ans den Benedik-
tiner u. Cisterc. Orden. 1886, p. 285 sq. — '* Geyer, Itinera
Hierosol, loc cit., p. 73. — ,a Vite S. Cxsarii, l. 11, n. xni,
P. L., t. lxvii, col. 1031. Édit. Bi-. Krusch dans les Mon. Gcrm.
— "Script, renon Meroving., t. ni, 1S9ti, p. 490, n. lti. Cf.
Mebiilao. De cursu Gallicano, S V, P. /.., t. i.xxn, col. 4Û6.
«77
AGDE (CONCILE D') — AGNEAU
878
et fixe chronologiquement quelques poinls dans l'his-
toire du Cursus gallicanus.
Le 38e canon prescrit aux clercs et aux moines de ne
voyager qu'avec des litterae commendatiliae. C'était une
discipline très ancienne, qui bien observée, eût coupé
court aux excès et aux abus des moines gyrovagucs, une
des plaies de cette époque Voir Gyrovagues, Litter/e
commendatitl*:. Une autre prescription du même ca-
non concernait les anachorètes; défense est faite aux
moines de se séparer de la communauté et de se bâtir
des cellules à part, si ce n'est lorsqu'ils sont d'une vertu
éprouvée ou bien lorsqu'ils sont malades. Ce règlement,
renouvelé du concile de Vannes en 463, canons 5, 6, 7
et 8), est entré dans la discipline générale de l'Eglise au
moyen âge et fut inséré au décret de Gratien. Il s'éclaire
singulièrement par l'étude de la législation monastique,
qui avait à combattre les abus des faux anachorètes ou
sarabaïtes (voir ce mot), définissait le véritable anacho-
rète et fixait les cas dans lesquels un moine peut se sé-
parer de la communauté pour vivre de la vie d'ermite.
Le canon d'Agde avait évidemment aussi en vue ces abus
•et s'exprime presque dans les mêmes termes que la régie
contemporaine de saint Benoit. Voir Ermites.
III. Bibliographie. — Pour le texte du concile, c;.
Mansi, loc. cit. ; Sirmond, Concilia Galliœ, 1. 1, p. 175 sq. ;
Labbe, Concilia, t. iv, col. '1380-1399; Bouquet, Recueil
des historiens de la France, t. iv, p. 102, 103; dom
Labat, Concilia Galliœ, 1789, t. i. p. 777-SOi; Coleti,
Sacrosancla concilia, t. v, p. 5l9-5i2; Hisl. littér. de
la France [1735], t. m, p. 40-48. Pour les autres, cf.
Chevalier, Topo-bibliographie, au mot Agde. On sait
que Massen, Concilia xvi Merovingici, t. i, dans Monu-
tventa Germanise lustorica, ne commence qu'à l'an 511.
Dans le Journal of thcological studies, 1803, t. iv, p. 431,
432, on trouvera des renseignements sur un manuscrit
important de Saint-Pétersbourg autrefois au collège de
Clermont, contenant le texte de plusieurs conciles, no-
tamment celui d'Agde. Maubon, Les livres liturgiques
du diocèse de Montpellier, dans le Congrès de la Société
bibliogr., in-8°, Montpellier, 1895, 62 pages, traite de la
liturgie de ce diocèse depuis le concile d'Agde. Sur la
liturgie, cf. S. Baumer, Gcsch. des Breviers, in-S°, Frei-
burg, 1895, p. 153 et 262. Sur la communia peregrina,
outre les auteurs cités au courant de l'article, voyez llos-
pinianus, Historia sacrament., 1. II, c. i, in-fol., Tiguri,
1598, p. 24; Bellarmin, De Euchar., 1. IV, c. xxiv, Opéra,
t. m, p. 750. G. Henao, De sacrificio missse, part. III,
disput. XXVIII, n. 49, in-fol., Lugd., 1655, a une longue
dissertation sur ce sujet. Cassander, Opéra, in-fol., Pari-
siis, 1616, De sacra communione in ulraque specie,
p. 1015; Vossius, Thés, theolog., disp. XXIII, thés, v,
p. 516; Sirmond, Hislor. pœnitcntiœ publicœ, cap. ult.,
dans Opusctda varia, Paris, 1675, t. m.
F. Cabrol.
AGEND A. VoirAcrio, col. 446 ou Liturgies funéraires.
AGNEAU.— I. Symbolisme général. II. Symbolisme
primitii. III. Agneau muni des attributs du Bon-Pasteur.
IV. Agneau sur la montagne. V. Variantes du type pré-
cédent. VI. Agneau, symbole de Moïse et de Jésus-Christ.
VII. Agneau, symbole des martyrs. VIII. Agneau, sym-
bole des fidèles.
I. Symbolisme général. — La Bible contient des al-
lusions claires et fréquentes au symbolisme de l'Agneau i
et les Pères sont explicites à son sujet. Toute erreur
« Gen., iv, 4; Exod., xn, 3; xxix, 38-39; Is., xvi, 1; un, 7;
Jer.,xi, 19. — * Joa., i, 29. a. I Petr., i, 19. — 3 Hebr., xm,
20. Ci. I Petr., i, 11, 24. — * Exod., xu, 3. — 5 S. Cypiïen, Adv.
Judxos, 1. III, c. xv, dans Corp. script, latinor. eccl., in-8», Vin-
dobonae, 1866, t. t, p. 80. — » Joa., xxi, 16-17. Ct. Matth., x, 16;
xxvi, 31; Rom., vni, 36. — ' Bottari, Sculture e pilture sagre,
in-fol., Rorna, 1737, t. ni, p. 5. Cf. Martigny, Étude archéologique
fur l'agneau et le Bon-Pasteur, suivie d'une notice sur les
d'interprétation étaitd'ailleurs rendue impossible depuis
ces paroles de saint Jean-Baptiste: Ecce Agnus Dci, ecce
qui lollit peccalum mundi i, que devaient populariser les
visions de l'Apocalypse dans lesquelles l'Agneau imma-
culé et immolé est plus de trente fois rappelé. Des écrits
antérieurs à l'Apocalypse et d'une intelligence moins diffi-
cile avaient déjà laitle rapprochement. On lit dans l'Épitre
aux Hébreux ces paroles très claires : Deus pacis qui eduxit
de mortuispastorem magnum ovium in sanguine testa-
menti eeterni Dominum nostrum Jesuni Chrislum3.
Les anciens paraissent avoir confondu l'agneau, la bre-
bis, le mouton qu'ils ont pris indifféremment pour sym-
boliser le Christ ou les fidèles; c'est ainsi qu'un même
texte des Septante souffre des traductions différentes
du mot 7tpdoaTov. On lit dans l'Exode: Xaêétoxiav ëxacroç
•jtpdSaTOv xkt'oi'xouç narptâiv, é'y.auToq îipdëaTov xoct'oî-
y.iav*, ce que la Vulgate traduit: Tollat unusquisque
agsum per famihas et domos suas, et de son côlé saint
CypriemAccipiantsibisingidiovEMperdomostribuum,
oveu sine vitio perjeclum masculum^. Il semble ce-
pendant que la distinction ait été établie par le Sauveur
lui-même qui confia à saint Pierre la charge de faire
paître ses brebis et ses agneaux6. On s'est généralement
accordé à reconnaître les apôtres dans les brebis et les
fidèles dans les agneaux, et il est possible que ce soi»,
d'après cette explication qu'un sculpteur ait représenté
le Christ caressant de la main la brebis la plus rappro-
chée de lui, marquant par ce geste le privilège de la pri-
mauté accordée à saint Pierre7. Martigny a ingénieuse-
ment observé8 que le fondement de la distinction faite
entre apôtres et fidèles ou brebis et agneaux, repose sur
cette circonstance que les apôtres pour venir au Christ
ne doivent pas sortir des deux cités de Jérusalem et de
Bethléhem, symboliques du judaïsme et de la gentilité,
ainsi que nous l'expliquons plus bas. Dès lors, les repré-
sentations dans lesquelles sont supprimés les.portiques de
ces deux villes doivent avoir eu l'intention de représenter
les brebis, c'est-à-dire les apôtres venus tous sans excep-
tion du judaïsme. En outre, on voit dans quelques monu-
ments les douze apôtres en personne et à leurs pieds les
douze brebis (Sarcophage du Latran, n. 177) 9, sans que
jamais dans ces monuments apparaissent les deux por-
tiques des villes typiques (fig. 194). Une antique inscrip-
tion de l'abside de Saint-Eusèbe que nous a conservée la
Sylloge de Pierre Sabinus nous fait voir dans les brebis
le type des agneaux, c'est-à-dire l'Église entière 10 :
CRIMINA QVI TOLLIT AGNI DESIGNAT IMAGO
IVSTORVM SPECIE QVEM VENERANTVR OVES
Les textes, il faut en convenir, sont moins clairs. Clé-
ment d'Alexandrie commente ainsi la parole du Sauveur:
Paissez mes agneaux: « Quand le Sauveur dit: mes petits
agneaux, il veut dire des enfants bien simples, comme
étant de leur nature non des hommes, mais des agneaux
et des brebis, » updSctTx ovtaç y.axà yÉvoç11. Saint Au-
gustin donne aux fidèles le nom d'agneaux 12 sous lequel
il comprend les catéchumènes que saint Paulin de Noie
semble exclure, réservant le titre aux seuls baptisés13:
Inde parens sacro ducit de fonte sacerdos
Infantes niveos corpore, corde, Jiabitu;
Circumdansque rudes feslis altaribus agnos,
Cruda salutiferis imbuit ora cibis.
Ilinc senior sociœ congaudet turba catervx:
Alléluia novis balai ovile choris.
Agnus Dci, dans les Annales de l'Acad. de Mâcon, t. v, 1860,
p. 82. — » Martigny, loc. cit., p. 84. — ° Th. Roller, Les cata-
combes de Rome, in-fol., Paris, 1881, 1. 1, pi. xliii, n. 2. — <°De
Rossi, Inscr. christ, urb. Rom., in-fol., Romae, 1888, p. 436, n. 117.
Sabinus avait mentionné que l'inscription était : antiquiss. litte-
ris. — "Psedagog., 1. 1, c. v, P. G., t. vin, col. 265. — ««S. Au-
gustin. De doctrina christiana, 1. n, c. vi, P. L., t. xxxir, col. 33
— "Epist., xxxu, ad Sever., n. 5, P. L., t. un, col. 333.
879
AGNEAU
880
a Alors le praire tire des l'onls sacrés ces enfants aux-
quels il vient de donner la vie. blancs comme l.i neige
dans leur corps, dans leur cœur, dans leur vêtement;
et, rangeant autour des aulels en fête ces agneaux nou-
la colombe portant le rameau, symbole de l'âme entrée in
puce. Une pierre moins ancienne trouvée dans l'abside
de la basilique souterraine des saints Nérée, Achillée et
Pétronille offre le même type8 (fig. \%).
194. — Sarcophage du Latran, n. 177. D'après une pnotographie communiquée par M. Marucchi
veau-nés, il repait leurs bouches pures de l'aliment du
salut. Alors la troupe des anciens accueille avec une joie
fraternelle ces nouvelles recrues, et, au sein du bercail,
de nouveaux chœurs s'associent au doux bêlement de
l'alleluia. »
Ces interprétations n'étaient cependant pas si exclu-
sives que l'on ne puisse trouver chez les anciens d'autres
explications du symbole de l'agneau; par exemple, saint
Basile de Séleucie nous fait entendre ces paroles de
Dieu le Père: è(j.ôç [j.ovoyevt|Ç tbv çopo'ju.evov àgivôv èiti-
ciicei t<5 udcôu, mon fils unique, que l'agneau représente,
est livré à la mort '. Eusèbe d'Alexandrie s'exprime ainsi :
6 7;eK[rrçv TTpocfrjveYxe tô Ojp.a... 7rpo<TT|VEYX£ Tô itpô6axov,
ocra et; to <rC>[j.a aùiw XoyîÇetgu 2, saint Pierre Chryso-
logue : Paslor bonus ovem veniens quserere in mun-
dum, in utero virginex regionis invenit 3, et il con-
tinue: venit sux nalivilalis in came, et in crucem le-
vans humeris sux imposuit passionis, ce qui semble
s'appliquer à toute une série de représentations de
l'agneau portant la croix. Suivant saint Zenon, l'agneau re-
présente la nature humaine chargée du péché : Ex hxdis
humana designabatur caro suis onusta peccatis *. Saint
Ambroise fit représenter dans son église l'Agneau de la
vision de Jérémie et inscrire au-dessous cette devise :
HIC EST HIEREMIAS SACRATVS MATRIS IN ALVO
HOSTIA CVI DOMINVS SOEPE MONSTRATVR VT
[AGNVS-
II. Symbolisme primitif. — Toutefois il ne semble pas
excessif de dire que le symbolisme primitif de l'agneau
"fut la représentation de la victime expiatoire des péchés
du monde et du sacrifice accompli sur le ment Golgotha;
c'est ce que saint Paulin a fort exactement exprimé par
ces paroles:
Sub cruce sanguinea niveo stat Chris lus in agno
Agnus innocuj injusto datus hostia letho6.
Nous possédons un très précieux monument de ce
type trouvé dans la crypte de Lucine au cimetière de
Callixte et antérieur à la paix de l'Église, probablement
de la première partie du iip siècle7 (fig. 195). On y voit
l'agneau couché au pied de l'ancre cruciforme et à gauche
1 Homil., vu, in Abraham, P. G., t. lxxxv, col. 112. —
• Theodoret, Dial. III, édit. Schulze, Halae, 1772, t. IV, p. 228. —
• Serm., clxix, P. L., t. lu, col. 641. — * Tractatus, 1. n,
tr. LV, P. L., t. XI, col. 510. — "G. Allegranza, Sacri monwnenti
antichi di Milano, in-4*, Milano, 1757, pi. iv. — ° Epist., xxxn,
ad Sever., 17. P. L., t. lxi, col. 339. Il est presque sans exemple
de trouver la croix remplacée par le monogramme, cependant on
peut appliquer & ce cas les paroles de saint Paulin : eadem crux...
Cette représentation nous met sur la voie de la pre-
mière idée que les chrétiens attachèrent au symbole de
FAVSTINIANW
VIT
195. — Inscription du cimetière de Callixte.
D'après De Rossi, Roma sotterranea, t. n, pi. xx, n. 1.
l'agneau, qui est celle de la victime divine entourée de l'ado-
ration des fidèles. Le sarcophage d'Honorius, à Ravenne,
1
196. — Inscription de la basilique des SS. Nerée, Achillée et Pé-
tronille. D'après Marucchi, Éléments d'archéologie, t. ir, p. 113.
oflre une nouvelle et heureuse représentation du type9.
Il semble que le témoignage des textes et celui des
monuments s'accordent à nous enseigner que les plus
eloquitur dominum tamquam monogrammate Clirislum. Na-
tale xi. S. Felicis, v. 617, 618. P. L., t. lxi, col. 544. Cf. De Rossi,
Bull, ili arch. crise, 1892, p. 10. — ' De Rossi, Borna tottetr., 1. 1,
pi. xx.n.l. — «De Rossi, BkH. diarch. criât., 1882. p. 11. La res-
titution de la croix est conjecturale. Peut-être était-elle menogram-
matique. NltOVO bull. diarch. crist.. 1899, p. 33-44; 0. Marucchi,
Éléments d'arcU. chrét., in-8% Paris, 190 ', p. 118. - "A- VenturL
Storia dclf arte ital., in-8«, Milano, 1901, t. I, p. 216, fig. 203.
081
AGNEAU
882
antiques représentations de l'agneau le montraient cou-
ché. Au temps de saint Paulin de Noie il est debout:
STAT CHRISTVS AGNVS VOX PATRIS C^LOTO-
[NAT
Le type de l'agneau couché nous est offert par un
raonument des plus remarquables qui doit compter
parmi les plus anciennes inscriptions de la Gaule et
qui a été trouvé à Maguelonne 2. La simplicité de la
formule et la paléographie permettent de faire remon-
ter ce monument au in' siècle. La pierre nous offre
un exemplaire antique de la représentation de l'agneau
(«g. 197).
Uu vase sacré, patène d'argent ayant, dit-on, appar-
tenu à saint Pierre Chrysologue, nous montre l'agneau
couché sur l'autel , avec cette inscription : Q V E M F L E N S
TVNC CARA CRVCIS AGNVS FIXIT IN ARA HOSTIA
FIT GENTIS PRO LABE PARENTIS^. Cette repré-
sentation est le véritable commentaire du tanquam oc-
cisus et le symbole arrive ici presque à son dernier degré
de clarté. Si on la rapproche des vers de saint Paulin que
III. Agneau muni des attributs du Borv-PASTEUK. —
Ce type est parmi les plus anciens et, pour cette rai-
son, assez rare. Il montre l'agneau passant, bondissant
ou debout et immobile devant une houlette à laquelle
est suspendu le vase de lait, ou bien encore portant sur
le dos ce vase symbolique6.
La pensée a été ici d'exprimer la double fonction du
Christ à l'égard des fidèles, celle de Pasteur et celle
d'agneau immolé. On lit en effet sur la porte de Sainte-
Pudentienne : IDEM SVM PASTOR ET AGNVS '
(fig. 198). Buonarotti 8 conjecture que l'agneau repré-
senté aux quatre angles de la voûte de la IX0 chambre
du cimetière des Saints-Marcellin-et-Pierre (fig. 499)
pourrait rappeler l'usage antique de la réserve eucharis-
tique qui, gardée dans un vase, eût été ainsi placée sur
un agneau. Il n'est pas douteux que le vase représenté ici
soit la mulclra ou récipient in quo mulgelur, in quo coa-
gidaliones fiunt 9, ce qui remet en mémoire la bouchée
de lail caillé que le Bon Pasteur donna en vision à sainte
Perpétue : et de caseo, qaod mulgebat, dédit mihi quasi
buccellam^ et qui est certainement le symbole de l'eu-
197. — Inscription trouvée à Maguelonne. D'après un.e photographie.
n >us avons cités plus haut4 on peut se demander si le
poète n'a pas entendu le mot crux dans le sens devenu
commun de son temps, c'est-à-dire le lieu où le Christ
est immolé, par conséquent l'autel.
Une représentation fréquente mais tardive est celle de
l'agneau couché ou debout sur le livre scellé de sept
sceaux5. L'allusion au texte de l'Apocalypse est ici évi-
dente, mais les monuments de ce type sont pour la
plupart d'un médiocre intérêt.
1 De Rossi, Inscr. christ, urb. Rom., in-fol., Romae, 1888,
t. n, p. 191, n. 4, et le commentaire note 4. Voyez un agneau pas-
sant, fragment d'opus sectile marmoreum de Saint-Ambroise
de Milan, dans A. Venturi, Storia dell' arte italiana, in-8% Mi-
lano, 1901, t. i, p. 51, fig. 40 et 60. — *E. Le Blant, L'épigra-
phie chrétienne en Gaule et dans l'Afrique romaine, in-8%
Paris, 1890, p. 10, pi. n ; E. Le Blant, Nouveau recueil des inscr.
de la Gaule antérieures au viw siècle, in-4% Paris, 1892, p. 372,
n. 324; J. Fabrège, Histoire de Maguelonne, in-4% Paris, 1894,
1. 1, p. 31, 84, fig. ;D. CabroletD. Leclercq, Monum. Eccl. liturg.,
in-4% Paris, 1902, n. 4171. Un marbre de Rome qu'on ne peut
dater plus tard que la moitié du II" siècle nous montre l'agneau
couché. J. Wilpert, Fractio panis, in-4% Paris, 1896, pi. xv, n. 1.
— s Sebastiano Paoli, De patena argentea Foro-Corneliensi.
dissert., in-4% Neapoli, 1745; Paciaudi, De cultu sancti Joannis
Baptistœ, in-4% Romae, 1755, p. 166, note. — • S. Paulin, Epist.,
xxxii, 17, P. L., L lxi, col. 339. — "Vettori, Nummus xreus
charistie. D'autres textes paraissent favoriser cette conjec-
ture, le plus clair est celui de saint Zenon de Vérone :
Agnus... suum lac beatumvagitu hiantibus vestris labris
indulg enter infudil ii. Une' peinture du cimetière de
Saint-Callixte appartient à ce groupe symbolique (fig. 200).
Ce type symbolique nous offre un exemple assez no-
table de la persistance de certaines représentations. Un
pupitre en bois, ayant appartenu à sainte Radegonde
(f 587), montre un agneau sans attribut particulier et
veterum christianorum explicatus, in-4% Romse, 1737, p. 68;
Martigny, dans les Annal, de l'acad. de Mâcon, 1862, t. v, p. 67.
— " Ai'inghi, Roma subterranea, in-iol., Lutet. Parisior., 1659,
t. i, p. 537; t. il, p. 91; R. Garrucci, Hagioglypta, in-8% Parisiis,
1856, p. 147, 251. Il se pourrait que dans certains cas on se soi
trop hâté et que pedum et houlette soient simplement le capis et
le lituus. Il faudrait alors restituer ces monuments au paganisme;
c'est le cas par exemple pour une lampe publiée par Th. Roller,
Les catacombes de Rome. Histoire de l'art et de la croyance
religieuse pendant les premiers siècles du christianisme, in-tol.,
Paris, 1881, 1. 1, pi. xxvm, n. 6. — ' Martigny, dans les Annales
de l'Acad. de Mâcon, t. v, 1860, p. 55. — » Buonarotti, Osserva-
zioni, in-4% Firenze, 1716, p. 33; cf. Martigny, :p- oit., p. 56;
R .lier, op. cit., t. i, pi. xxxvil, n. 7, 8. — • Du Gange, Glossa-
rium, aux mots : Mulctra, mulctrale. — «>Passio S. terpetux,
§ 4, dans Ruinart, Acta sincera, in-4% Parisiis, 1689, p. 87. —
» S. Zenon. Tractatus. 1. H, tr. LX11I, P. L., t. xi, col. 494.
883
AGNEAU
884
seulement accompagné d'arbres ou de palmes1 (fig. 201).
Le sarcophage de Constance, à Ravenne, offre sur une
de ses faces la combinaison de l'agneau nimbé debout
sur le roc aux quatre ruisseaux et les palmiers2. C'est de
198. — Le Bon Pasteur.
D'après Bosio, Borna sotterranea, t. n, pi. XII, fig. 1.
ce type que semble procéder celui que nous allons
décrire.
IV. Agneau sur la montagne. — Dans l'agneau de-
bout sur un monticule d'où s'échappent quatre ruis-
seaux, nous avons vraisemblablement l'interprétation
de ce texte : El vidi, et ecce Agiius stabat super mon-
tem Sion3; les ruisseaux représentent les quatre fleuves
qui sortaient de l'Éden pour arroser les quatre parties
du monde4, dans lesquels on voyait une insinuation des
quatre Évangiles qui portaient au monde entier la grâce
du Christ5. C'est ainsi que l'évêque de Noie interprétait
les figures de la mosaïque de l'abside de la basilique de
Saint-Félix :
Pelram superstat ipse pelra Ecclesise
De qua sonori quatuor fontes vieant
Evangelistœ viva Cliristi flumina 6.
On retrouve dans les baptistères antiques la même
disposition ou du moins ki même préoccupation. Le
Liber pontifîcalls nous apprend que Constantin donna
au baptistère du Latran, fondé par lui, un agneau d'or,
du poids de trente livres : In labio fontis baplislcrii
agnum aureum fundentem aquam, pens. Ub. xxx;ad
dextram agni, Salvatorem ex argento purissimo, in
pedibus V, pens. Ub. ci.xx; in leva agni, bealum Jo-
hannem Baplistam ex argento, in pedibus V, tenentem
tituluni sbriptum qui lioc liabet : Ecce agnus Dci, ecce
qui tollil peccala mundi, pens. Ub. cxxv1. Ce groupe
faisait face probablement à l'escalier par lequel on des-
i P. Durand, Le pupitre de sainte Radegonde conservé dans
Le couvent de Sainte-Croix de Poitieis, dans les Mélanges d'ar-
chèol. de C. Cahier et A. Martin, in-4% Paris, 1853, t. ni, p. 157
sq. On peut rapprocher de ce type celui de l'agneau broutant.
De Rossi, Inscript, christ, urb. Romse, in-fol., Romre, 1861, t. i.
p. 19, n. 12, inscription de l'année 278. Voir aussi le type de
l'agneau paissant, ibid., et Th. Roller, Les catacombes de Home,
in-fol., Paris, 1881, t. i, pi. xxvm, n. 5. — «Venturi, Storia dell'
artc italiana, in-8", Milano, 1901, t. I, p. 217, fig. 204. — 3 Apoc,
xiv, 1. — *Gen., xi, 10 sq. — "S.Cyprien, Epist., lxxiii, ad .lu-
batanum : Quibus (evangeliis) baptismi gratia salutaris cietesti
niiindatione largitur, P. L., t. m, col. 1110. — «S. Paulin.
Epist., xxxii, ad Severum, § 10, P. L., t. lxi, col. 336. Ci.
cendait dans la piscine. Le texte ne laisse pas entrevoir
si la gerbe d'eau sortait de la bouche de l'agneau ou du
rocher placé sous ses pieds 8. Tout autour de la piscine,
199. — Agneau portant la houlette et le vase a lait,
attributs du B.n Pasteur.
D'après Aringhi, Roma Sotterranea, pi. I, p. 537.
sept tètes de cerf en argent fournissaient autant de
gerbes9. En Afrique, nous trouvons une inscription
ayant appartenu à un baptistère, mentionnant les quatre
lleuvcs de l'Éden et il est tout à lait probable que la
figure de l'agneau et des ruisseaux devait se trouver non
loin de cette inscription.
IC OFICINA LAVRI PLVR
A FACIAS ET MELIO
RA EDIF[ice]S SI DEVS PR
[o] NOBIS QVIS CONTRA NOS
5 [c«i]VS NOMEN DEVS SCIT BO
[tu]M S[o]LVIT CVM SVIS
GfeolN
FISON
TIGRIS EV
10 FRATES'O
Une inscription en vers léonins, qui ne peut être anté-
rieure au XIe siècle, ornait l'abside de Saint-Grégoire ai'
S. Grég. de Nysse, Orat., rv, De resurrectione. P. G., t. xlvi,
col. 684; De Rossi, Itiscr. christ, urb. Romse, in-iol..Romae, 1888,
t. u, p. 191 ; Wickhoff, Das Apsismosatk in der Basilika rit /• h,
Félix zu Wola. dans Mmische Quartalschrift. 1889, p. 15S sq.
— 7 Liber pontiftcalis, Silvester, g xm (èdit. Duchesne), in-4",
Paris, 1884, p. 174. — • Dans les bains antiques la gerbe sorUit
fréquemment d'un mufle d'animal, panthère, sanglier, lion.
Cf. Daremberg-Saglio, Diction», des antiq. gr. et rom., au mot :
Balnevm, fig. 745, 746; E. Le Blant. Les sarcophages de la
Gaule, in-fol., Paris, 1886, p. 40, note 1. — »De Rossi. op. cit.,
t. n, p. 240, 241, n. 4 d . — ,0 Héron de VUlefosse, dans les Compte»
rendus de t'Acad. des inscr., 1883, t. xi, p. 189; .1. Scbmidt, dan»
Ephem. epigr., 1884, t. v, p. ;>17, n. 1165; 1892, t. vu. pi. 11. n. 28.
885
AGNEAU
886
Célius, la voici telle que nous l'a conservée la Sylloge de
Pierre Sabinus ' :
AGNI BISSENI SVNT DISCIPVLI DVODENI
PONTIFICEM MAGNVM MEDIVM COGNOSCE PER
[AGNVM
NE SITIANT AGNI DANT FLVMINA QVATTVOR
[AMNEN 2
SANCTVS SANCTORVM MEDIO STAT DISCIPV-
[LORVM
Nous rappellerons encore quelques autres inscriptions.
Une du Latran connue par la seule Sylloge de Verdun,
et antérieure au IXe siècle 3 :
[CENS
PASTORVM DOMINVS SVB AGNI DECORE NITES-
On ne peut songera donner le catalogue de toutes les
fois aux gentils, dans la personne des mages; à Bethlé-
hem, disait saint Augustin, inchoata est fides genlium ■i.
Il n'est pas douteux que les quatre ruisseaux n'aient
toujours été considérés comme symboles des quatre
Évangiles apportant le baptême aux hommes. C'est évi-
demment la pensée de saint Cyprien, pensée exprimée
peut-être avant que la représentation qui nous occupe
existât, mais qui la commente d'autant mieux qu'elle a
pu aider à l'inspirer : Quotiescumque autem aqna sola
in scripturis sanclis nominatur baptisma preedicatur,
ut apud Esaiam, xun, 18-21, significari videmus.
Prsenuntiavit illic per Prophetam Deus, quod apud
gantes in locis, quœ inaquosa prius fuissent, flumina
postmodum redundarent et electum genus Dei, id est
per genevalionem baptismi filios Dei factos ddaquarent.
Item denuo prœcanitur et anle vrsedicitur Judxos si
200. — Peinture du cimetière de Saint-Callixte.
D'après De Rossi, Rama sotterranea, t. ir, pi. xn, %. 1.
pièces qui reproduisent avec quelques variantes le type
que nous étudions, bornons-nous à signaler une clos
plus célèbres (fig. 202). Buonarotti4 a publié un fond de
coupe divisé en deux registres. Dans le registre supé-
rieur on voit le Sauveur debout sur un monticule du
sommet duquel découle le Jourdain. Le registre inférieur
offre une scène souvent reproduite par l'art chrétien.
Au centre, l'agneau debout sur le monticule du sommet
duquel découlent quatre ruisseaux, à droite et à gauche
trois agneaux tournés vers lui et sortant de deux édicules
désignés, celui de droite par le mot BECLE (=Bethl<:hem),
celui de gauche lERVSALE(m). Jérusalem et Bethléhem
représentent ici Juifs et gentils, car Jérusalem était le
centre religieux du judaïsme et ce fut à Bethléhem que la
révélation d'une religion nouvelle fut faite pour la première
'De Rossi, Inscr. christ, urb. Romx, in-fol., Romae, 1888,
t. n, p. 440 n. 140. — *Le texte porte annem. — 3 DeRossi, loc.
cit., p. 139, n. 29. — * F. Ruonarotti, Osservazioni sopra alcuni
frammenti di vasi antichi di vetro ornati di figure, trovati nei
cimiteri di Roma, in-4% Firenze, 1716, pi. vi, 1, p. 40; Boldetti,
Osservazioni sopra i cimiteri de" cristiani, in-fol., Roma. 1720,
p. 200, n. 13; R. Garrucci, Vetri ornati di figure in oro trovat.
nei cimiteri dei cristiani primitivi di Roma, in-fol., Roma, 1858,
sitierint cl Christwm quxsierinl apud nos esse pota-
luvos, id est baptismi gratiam consecuturos : si siti-
erint, inquit, per déserta adducet illos, aquam dépêtra
producet illis, findetur petra et fluet aqua et bibet plebs
mea, Esaias, XLViu, 21. Quod in Evangeho adirnpletur
quando Christus qui est petra flnditur ictu lancese in
passione,qui et admonens quidper prophetam sit anle
prsed.ictum, clamât et dicit : siquis sitit ventât et bibat :
qui crédit inme sicut scriptura dicit, flumina de ventre
ejus (luentaquse. vïvse. Joa., vu, 37-39 6. A l'autre extré-
mité de l'époque que nous étudions nous laissons le sym-
bolisme de cette représentation pleinement constitué :
Fonlis désignât Salvator iure figurant
De quo quadrifluis decurrunt flumina rivis.
pi. x, n. 8; R. Garrucci, Hagioglypta, in-8% Parisiis, 1856, p. 40,
L. Perret, Les catacombes de Rome, in-fol., Paris, 1855, t. îv,
pi. xxx, n.80. Martigny, Élude archéologique sur l'agneau. in-S*
Paris, 1860, p. 11 sq., avait estimé ce type comme le plus ancien
dans la symbolique de l'agneau; il a abandonné cette opinion
dans son Dictionnaire des anliq. chrét., au mot Agneau. —
•-Serm., cci, n. 1, P. L., t. xxxnr, coL 1031 — aS. Cyprieu,
Epist., LXlll. 8, P. L., t. iv, col. 379.
887
AGNEAU
888
Quatuor ut quondam nascenlis origine seecli
Limpida pcr latuni fluxerunt /lumina niundum,
Qnse rubros flores et prala virenlia glebis
Gurgitibus pnris et glauco rare rigabant.
Sic doctrina Dei fluxit de fonte quaterno
Arida divinis irrorans corda scatebris ' .
11 n'est presque pas de matière sur laquelle l'art des
chrétiens se soit exercé et qui ne nous oflre la compo-
sition que nous décrivons. La cassette d'argent d'Ain Za-
rira (voir fig. 148) nous la montre2 et les mosaïques en
multiplient les reproductions. Il n'est pas douteux que le
fond de coupe qui nous occupe ne soit étroitement lié
avec un type symbolique presque immuable destiné à
rappeler la conversion des Juifs et des gentils et leur
entrée dans l'Église du Christ par le baptême. Or, l'in-
scription du registre inférieur de notre fond de coupe
portant : IERVSALE. IORDANES-BECLE nous fait
voir le sacrement de la régénération désigné par le mot
Jordunus; il y a ici un précieux indice d'un antique
201. — Pupitre de sainte Radegonde.
D'après Cahier, Mélanges d'archéologie, t. m, pi. 150.
usage. La grande habitude de comparer ainsi le Jour-
dain avec le baptême avait fait qu'en certains lieux,
on désignait la fontaine baptismale du nom de Jour-
dain; nous en avons plusieurs exemples; dans Pru-
dence :
Durare nos taies jubé
Quales remotis sordibus
Nitere prideni jusseras
Jordane linctos flumine3.
Dans la Vie métrique de saint Martin par Paulin de
Périgueux :
Ahera poc.la décent hommes Jordane renatos*.
Enfin, le patriarche de Jérusalem, Sophronius : Sur-
gens pretiosum Jordanem ingredere; hoc enim nominc
Alexandrini sacri baplisnialis piscinam significant,
eo quod Christus Dominas noster ad purgalionem
noslri sit in Jordane flumine baplizatus^.
1 S. Aldhelmus, Poema de aris 13. M. et xn apo.ttolis dedicatis,
xi, P. L., t. lxxix, col. 295. — «De Rossi, La capsclla argentea
africaiia, in-fol., Roma, 1889. — 3 Cathemerinon, hymn. II, vs. 61
sq., /'. L., t. i.ix, col. 791. — * Vita S. Martini, 1. IV, vs. 253,
P. L., t. lxi, col. 1042. — "Sophronius, De miracut. sanctorum
Cyri et Ju)ian)iis, dans Mai, Scriptorum veterum nova colte-
etio. in-4", Romoe, 1825-1838, t. x, p. 436. — • Florus, Carmina,
Une antique fresque offrait la même représentation
et le diacre Florus nous l'a décrite :
... Christus Rex prœsidet altus.
Circumstant miris animalia mystica formis
Nocte diequè hymnis triton inclanianlia numen;
Adslat apostolicus pariter chorus ore corusco,
Cum Clirislo adveniet certo qui lempore iudex;
Vivaque Jérusalem Agno illustrante refulgeyis,
Quattuor uno agitât paradisi flumina Jonle H.
Cette composition subit avec le temps des complica-
tions qui paraissent n'avoir eu pour but que de rendre
plus lacilement intelligible le symbolisme de l'agneau.
On voit, dans les sarcophages d'époque tardive le Christ
dominant l'agneau, remettant à saint Pierre le rotulus
et se tournant vers saint Paul avec un geste qui exprime
une allocution 7. « Il existe entre cette action du Sauveur
et les quatre fleuves une corrélation évidente : Jésus-
Christ confère aux deux apôtres la mission de porter,
l'un aux Juifs, l'autre aux gentils, la parole de la vie
202. — Fond de coupe.
D'après Gamicci, Vetri ornati di figure, pi. x, n. b.
éternelle qui jaillit sous ses pieds divins8. » Ces apôtres
tiennent ici la place des édicules désignés par les noms
de Jérusalem et Bethléhem, et la célèbre mosaïque de
Sainte-Pudentienne, qui remplace apôtres et édicules
par deux personnages féminins, nous donne le commen-
taire de ces diverses expressions d'un même type sym-
bolique dans deux inscriptions, l'une correspondant à
Jérusalem, à saint Pierre, est ainsi conçue : ecclesia ex
circumeisione, l'autre correspondant à Bethléhem, à
s;unt Paul : ecclesia ex gentibus. Cette interprétation
est à peine douteuse si on considère une pierre sépul-
crale publiée par Marangoni9, et dans laquelle le geste
du Christ semble indiquer une étoile placée au-dessus
de l'édicule qui, derrière saint Paul, figure Bethléhem;
ici l'étoile rappelle la présence des Mages et la voca-
tion des gentils dont saint Paul était l'apôtre (fig. 203).
Une autre combinaison du symbole apparaît au
iv» siècle, elle introduit au pied du rocher deux cerfs ou
bien un cerf et un agneau qui se désaltèrent aux ruis-
seaux. Ces animaux figuraient les catéchumènes avides de
n. vi, P. L., t. CXIX, col. 259. — ' Botta ri, Sculture e pitturt
sagre, in-lol., Roma, 1737, pi. xxi, xxn, alibi. — • Martigny,
Étud« archéologique sur l'agneau et le bon pasteur, suivie
d'une notice sur te* Agnua Dei. dans les Annotée de l'acad. de
Macan, t. v, 1860, p. 54 — » G. Marangoni, Acta S. Yictorini,
in-4*. Rom», lT-'tO. p. VJ; piiMièe de nouveau par L. Perret, /. I
tnbee de Home, in-fol., Paris, VsVj, t. v, pi. ni.
AGNEAU
890
recevoir le baptême ' (fig. 204). On trouve encore l'agneau
^t le paon affrontés sur d'anciens monuments 2 (fig. 205).
cette difficulté d'une manière définitive (fig. 206).
Le sculpteur ne se sentant pas l'habileté de repré-
5^^
203. — Pierre sépulcrale" romaine.
D'après Perret, Les catacombes de Rome, t.
p. 3.
Cependant une difficulté subsiste dans le type complet
que nous venons de décrire. Pouvait-on voir la repré-
sentation des apôtres sous l'inscription Ecclesia ex genti-
senter douze brebis s'est borné à six, mais il double
chacune d'elles en gravant au-dessus du groupe de droite :
PETRVS, ANDREAS, IACOVVS, IOANNIS, FIIIPVS,
2Ci. — Peinture du IV siècle.
D'après Bullettino di archeologia cristiana, 1865, p. 12.
bus et le nombre réduit de douze à six n'était-il pas
l'indice d'une intention symbolique différente? La décou-
verte d'un sarcophage du VIe siècle à Salone a résolu
1 Paciaudi, De sacris balneis, in-4°, Rcmac, 1758, p. 154; Ciam-
pixû, Vêlera monimenta, in-fol., Romae, 1680, t. u, p. 7, pi. m cl ;
De Rossi. Bull, di arch. crist., 1865, p. 12, pi. ; cf. 1867, p. 86.
— - V. Schuitze, Archàologie der altchristlichen Kvnst, in-8".
Miinchen, 1895, p. 265; Boldetti, Osservazioni, in-lol., Roma, 1720,
p. 361; Martigny, loc. cit., p. 91. Une mosaïque trouvée à Car-
tilage nous montre le paon, l'agneau et la rose. A. Delattre, dans
BARTOLOMIXS ; et au-dessus du groupe de gauche .
PAVLVS, IACOVVS, IIVEVS, SIMON. IOMAS,
MAIIIVS 3. Les exemples de cette réduction du nombre
Les Missions oatlioliqu.es, 3 août 1883, p. 369. — a Bulic, dans
la Bull, di archeol. e storia Dalmata, 1885, p. 52, n. 162; le
même, lnscriptiones qux in museo arclwologico Salomtano
Spalati asservantur, in-8°, Spalati, 1886, p. 250, n. 58. Dans le
premier ouvrage M" Bulic lisait : tadevs, mottevs, dans le
deuxième : iivivs, maiievs. Nous suivons ici la lecture de De
Rossi dans Bullet. di arch. crist., 1891. p. 120; 1892, p. 7 sq.
891
AGNEAU
892
douze au nombre six ne manquaient pas », mais aucune
n'avait été aussi décisive que celle du marbre de Salone2.
AEUABlCTORi
KA' PO^ViT-
AVRELU £
P R O Ba E '
205. — Épitaphe romaine.
D'après V. Schultze, Archâol. der altchristlichen Kunst, p. 265.
Voir Apôtres. L'agneau porte autour de lui l'inscription
suivante :
fe]CCI AC NVS
[D]EI«QVI 10L LIT
[pec]CATVM SECVLI
C'est exactement la devise qui désignait l'agneau d'or
dans le baptistère du Latran^.
Les sarcophages de la Gaule reproduisent l'agneau sur
le roc au: ?aux jaHlissantes s. L'ambon de la basilique
Saint-Ambroise, à Milan, nous montre Jésus enseignant
les docteurs et un agneau à ses pieds 9.
V. Variantes du type précèdent. — Une catégorie de
monuments ligures, les lampes, nous offre la repré-
sentation de l'agneau ; le plus souvent il est montré de
flanc, debout, immobile, ce qui peut tenir à l'inhabileté
des graveurs dans un module aussi resserré que celui
de ces sortes de sujets 10.
On rencontre fréquemment une théorie d'agneaux par-
tagée en deux bandes qui s'acheminent vers le centre de
la composition dont le sujet est variable. Ces agneaux
sont généralement au nombre de six dans chaque bande
et représentent les apôtres (fig. 207). Ruffi nous a
laissé le dessin d'un de ces monuments qui ornait
l'église Saint-Victor de Marseille '», au centre se trouvent
quatre livres ouverts représentant les quatre évangiles
et par ce côté nous touchons au symbole des quatre
fleuves.
Un autel de Marseille" porte sur ses deux tranches
les principales images du Christ et des disciples.
Ici l'agneau placé au centre représente le Christ et
sous ses pieds s'échappent les quatre ruisseaux symboli-
\ h\ VWft \ ce ;„ sisJ^fù.
IlSl) mSS'MOKiowaSm v*^ ;x
_ o ,. - X !
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>%
206. — Fragments d'un sarcophage de Salone. D'après Bulleitino di archeologia crintiana, 1892. pi. t
le monticule. L'un d'eux jadis conservé à Jaint-Victor de
Marseille, aujourd'hui disparu, décomposait en deux
registres une scène plus souvent combinée. Le registre
inférieur montre l'agneau sur le rocher au pied duquel
deux cerfs se désaltèrent, tandis que dans le registre
supérieur deux groupes de trois brebis s'acheminent vers
le monogramme central; le groupe de droite sort d'un
édicule qui doit représenter Jérusalem ou Bethléhem , il
n'est pas douteux qu'une disposition analogue fût adoptée
pour le groupe de gauche*. Nous signalons simplement
les sarcophages de Reims 5, de Marseille B, d'Aix " repré-
sentant l'agneau aux pieds du Christ. monté parfois sur
1 De Rossi, dans Bull, di arch. criât., 1875 p. 143. Cf. Gar-
rucci, Vetri ornati di figure in oro, in-fol., Roma, 1858, pi. vi,
1; dans la 2- édition, pi. x, 8. Dans la cassette d'argent d'Ain
Zarira le nombre des brebis est, faute d'espace, réduit à huit.
De Rossi, Bull, di arch. crist., 1887, p. 121. Une amulaen ar-
gent conservée à la bibliothèque Vaticane offre d'un côté le buste
du Sauveur avec quaU-e bustes d'apôtres, de l'autre côté l'agneau
entre quatre agneaux et la croix entre quatre colombes. Cf. Gar-
rucci, Storia delV arte crist., in-fol., Pratu, 1873, t. VI, pi. 460,
n. 1-4. — * Ce sarcophage n'a pas été mis à profit par G. Ficker,
Die Darstellung des Apostels in der altchristlichen Kunst, in-8*,
Leipzig, 1887, p. 150. — * Liber pontiflcalis, édit. Duchesne, in-i°,
Paris, 1884, Silvester, t. I, p. 174. Surl'à;:ct; 'aiyopuvo* : peccatum
sueculi, cf. De Rossi, dans Bull, di arch. crist., 1892, p. 15 sq. —
'E. Le Blant, Les sarcophages de la Gaule, in-fol., Paris, 1886,
p. 36, n. 5i), cf. p. 26, n. 36, et sarcophages : n. 52, p. 39, pi. xu.
fig. 4; n. 02, p. 48; Garrucci, loc. cit., pi. 327, n. 2; pL 328, n. 1 ;
ques. Un autel trouvé prés d'Auriol (Bouches-du-Rhône
représente sur une de ses tranches douze colombes,
l'autre douze brebis se dirigeant vers le monogramme
cette composition se serait rattaché selon Lupi un graffite
trouvé en 1732 sur un loculus du cimetière de Prétextât
dans lequel on voyait douze fois la lettre A reproduite
en deux groupes de six lettres de chaque côté d'un di nîi-
cercle central. Lupi voyait ici les douze apôtres et le
Christ était un demi-cercle14; il rapprochait de ce
monument une lame de bronze trouvée à Sainte-Marie
délia Mentorella où les douze bustes des apôtres entou-
rent le faldistorium sur lequel est posé un livre ouvert;
pi. 329. n. 1 ; pi. 341, n. 1 . 2 : pi. 342, n. 1 : cl. 355. — ■ Le Blant, loc.
cit., n. 17, p. 17. *- » Ibid., n. 56, p. 43, pi. xm. — « Ibid., a
p. 145, pi. m. — ° Ibid., n. 145. — °G. Allegrania, Sacri mon-
umenti antichi di Milano, in-V, Milano. 1757, pi. iv. — ,0De
Rossi, Bull, di arch. crist.. 1867. p. 11, 14 et p. 12, fig. 2. — " Ruffi,
Hist. de la ville de Marseille, in-fol., Marseille, 1096, t. n (2- édit.).
p. 123 : R. Garrucci, Storia delV arte cristiana. in-foL, Prato, lS7:î,
t. v, p. 129 et dI. 386. n. 1 ; E. Le Blant, op. cit.. n. 51, D. 37.
Même sujet sur une peinture, cf. De Rossi. Bull, di arch. crist..
1884-1885, p. 160, ni. xi-xu. — " Le Blant. Inscr. chrét. de la
Gaule. in-4\ Paris. 1856-1865, t. il, n. 547. — "Barges, Notice
sur autel luituvie orné de bas-relief.'! et d'inscriptions lof)
in-8% Paria, 1861 : Dassy. dans la Bévue de l'art chrétien, t. i.
p. 456; Grimmiard de Saint-Laurent, Guide de rart chrétien.
in-8-, Paris. 1878, t. n. p. 62, 06, 67, 120. — ,4A. Luni. Disserte-
in-4-, Faenza. 17Kr>, t. i. p. f:60-264; Bedi nei Saggi di
diss. deW accad. di Cortuna. t. n, p. 117
893
AGNEAU
894
ce motif était placé sous un portique avec l'agneau divin
portant la croix et cette devise : EGO SVM OSTIVM ET
OVILE OVIVM. Malheureusement cette interprétation
n'est pas exacte. Le marbre marqué de douze A est une
simple tabula lusoria ' . Un bas-relief, encastré dans le
mur extérieur de la basilique de Saint-Marc à Venise, et
qai peut être attribué au viie siècle, représente les douze
agneaux au-dessus desquels il est écrit : 01 AT70C-
TOAOI 2. Dans cette série de représentations l'agneau
qui remplace le Christ est ordinairement de plus grande
(aille que les autres, peut-être en avons-nous la raison
dans une phrase de Clément d'Alexandrie : 'Au,vo;
X£fi5[J-evoç ouj( âuXû;, iva jMfjttî (uxpov •JTtoXâër), àXk'6
pifaç xal pi-paroi;, où fjuxpbç T"P ô T°ù ®eoù, à aïptov
tt)v â[i.apTtav toû -x.oap.ov 3. Saint Avit de Vienne voit
dans cette composition les apôtres au moment d'aller
chrisme est placé sur le dos de l'Agneau ,8 et une sculp-
ture à Deïr-Sanbil (Syrie centrale) décorant la façade
d'une maison (fig. 208). « C'est le seul exemple, écrit
M. de Vogué, que cette région nous ait fourni de la repré-
sentation sculptée d'un être vivant. Cette maison, selon
toute probabilité, est du Ve siècle et parait d'ailleurs avoir
été habitée ou bâtie par une famille qui avait un goût
spécial pour la symbolique chrétienne, car un des lin-
teaux de porte renferme des ornements où il est bien
difficile de ne pas reconnaître d'un côté les panes decus-
sati, pains marqués d'une croix, et de l'autre les grappes
de raisin qui sur les monuments primitifs chrétiens
figurent les espèces eucharistiques i9.
Le monument le plus remarquable de cette catégorie
est une lampe antique en forme de bélier, allusion évi-
dente au texte de l'Apocalypse : lucerna ejus est Agnus 20.
207. — Autel de Marseille. D'après une photographie.
répandre l'Évangile, ce qui n'est pas sans rapport avec
ce que nous avons dit des quatre fleuves sortant du
rocher :
Inde quaterterni puris quod mentibus agni
Egerunt toto spargentes semina mundo*
Un sarcophage d'Aix et un de Saint-Maximin nous
font voir l'agneau dont le front est surmonté d'une
croix 6; cet insigne paraît avoir commencé à être em-
ployé vers la fin du ive siècle », mais il l'a été avec
bien des modifications, c'est ainsi que l'on trouve la
croix surmontée d'une colombe', la croix monosfram-
_P
matique ; , la croix monogrammatique accostée de
ACO 8, le monogramme dans un cercle ".
On rencontre aussi l'agneau couronné du nimbe cru-
cifère", mais ée n'est guère avant le v« siècle que le
nimbe employé pour les images du Christ dès le m» et
le ive siècle » est adopté pour l'agneau ; le plus ancien
exemplaire qu'on en puisse citer est celui de la mosaïque
du baptistère de Saint-Jean de Latran, exécutée par ordre
du pape saint Hilaire en 462 '*. Viennent ensuite celle
des Saints-Côme-et-Damien, en 530 », celle de Saint-
Vital, à Ravenne, en 547 14. Cette dernière est digne de
remarque, car l'agneau s'y détache sur un ciel étoile.
Voir Étoiles. Un diptyque de Milan montre le nimbe
lauré»s; il est probable, bien que la démonstration en
soit peu aisée, que le nimbe de l'agneau fut d'abord
simple; ce n'est qu'ensuite qu'on introduisit dans le
champ une croix gemmée " qui dans la première moitié
du v« siècle ce serait transformée en nimbe crucifère ».
Il faut signaler en outre une pierre gravée où le
« De Rossi, Bull, di arch. enst., 1872, p. 136. — * De Rossi
Bull, di arch. crist., 1875, p. 144. - 3 Cité sans référence par
R. Garrucci, Storia delV arte crist., in-fol., Prato, 1872, t. i,
p. 235, note 1. — ^ Ad Fuscinam sororem, de laudè castitatis
n. 401-402, P. L., t. Lix, col. 376. - »E. Le Blant, Les sarco-
phages de la Gaule, in-fol., Paris, 1886, p. 145, n 207 pi lu
n. 2 ; p. 156, n. 214, pi. zm, a. 1. - « R. Garrucci, loc. ' cit.]
t. r, p. 235. — > Ibid., t. vi, pi. 472, n. 2. — » Ibid., t. i pi 58
n. 1. — »Ibid., t. v, pi. 355, n. 1; cf. t. iv, pi. 237 — ^ ibid '
t. iv, pi. 290; t. vi, pi. 430, n. 5; cf. t. vi, pi. 465, n. 2, et t iv'
pi. 212, 213. — "Buonarotti, Osservazioni sopra alcuni vasi
anUchi di vetro, in-4% Firenze, 1716, pi. rx, xv, xvn; G Ciam-
pini, De sacris sediftciis a Constant. Magn. construc'tis in-fol
Romae, 1693, pi. xxxn. - « Giampini, Vetera monimenta, in-fol '
Romœ, 1690, t. i, pi. lxxiv-lxxv. — "Ibid., t. n pi xvi —
"Ibid., t. n, pi. xvm. - ««Bugati, Memorie storicho-critiche
witorno le rehquie di S. Celso martire, in-4% Milano, 1782-
La tête de ce bélier est surmontée d'une croix sur
laquelle repose une colombe; une autre croix est indi-
quée sur la poitrine de l'agneau 21 (fig. 209). 11 n'est pas
208. — Sculpture de Deir-Sanbil.
D'après de \ogùé, Syrie centrale, p. 48.
impossible que le fabricant de cette lampe ait pensé à la
promesse que fit le Christ à ses apôtres de leur envoyer
le Saint-Esprit après que, par sa mort, il serait retourné
au ciel.
cf. Martigny, dans les Annal, de Vacad. de Mâcon, 1862, t v,
p. 60. — « Ciampini, op. cit., t. 1, pi. xlvi. — « Martigny, loc.
cit., p. 69 sq. Pour les époques des modifications subies par la
chrisme, voir D& Rossi, De titulis christtanis carthaginiensibus.
dans Pitra, Spicileg. Solesm., in-4% Parisiis, 1858, t. IV, p. 497.
— 18R. Garrucci, Hagioglypta, sive pictural et sculptures sa-
crée antiquiores, prsesertim quee Romm reperiuntur explicatse
a Johanne L'Heureux, Macario. in-8% Lutetiœ Parisiorum,
1856, p. 222. Une bague trouvée à Chouy (Aisne) montre l'agneau
portant sur le dos un chrisme étoile. M. Deloche, Étude historique
et archéologique sur les anneaux sigillaires et autres des pre-
miers siècles du moyen âge, in-8% Paris, 1900, n. cxxm bis.
— 18De Vogué, Syrie centrale. Architecture civile et reli-
gieuse, in-4% Paris, 1865, p. 92, pi. 48, n. 3. — 2°Apoc, XXI, 23.
— " De Lasteyrie, dans les Mém. de la Société des antiq. de
France, t. xxn, pi. v; R. Garrucci, Hagioglypta, in-8% Parisiis,
1850, p. 46.
895
AGNEAU
896
Au vc siècle saint Paulin écrit au sujet de ces deux
symboles, l'agneau et la croix :
Sanclam fatenlur crux et agnus victimam1
et vers le même temps nous trouvons des représenta-
tions, plus fréquentes et d'un style plus lacile à dater,
209. — Lampe antique
D'après les Mémoires de la Société des antiquaires ne France,
t. XXII, pi. 5.
d'un agneau non plu- avec la croix sur' la télé, niais
muni d'une croix liastée -'. Un des cinq médaillons de la
porte de Sainte-Pudentienne à Rome présente ce motif
d'ornementation avec cette inscription : HIC AGNVS
MVNDVM RESTAVRAT SANGVINE LAPSVM MOR-
TVVS ET VIVVS IDEM SVM PASTOR ET AGNVS. Un
bas-relief publié plusieurs fois3 nous montre l'Agneau
avec la croix baslée sur l'épaule, accompagné d'une
main bénissant à la manière latine, et dans un encadre
ment semi-circulaire celte inscription : ECCE AGNVS
DEI QVI TOLLIT PECCATA MVNDI MISERERE
NOBIS.
Peu à peu 1rs deux s\ mbolcs, la croix Cl l'agneau,
subissent une sorte de com pénétration. Dans le cours du
vi» siècle on voit, sur une mosaïque de l'abside de l'an-
cienne basilique Vaticane*, l'agneau debout sur un
trône orné de pierreries, au pied de la croix gemmée, le
liane percé et laissant couler son sang dans un calice
d'où ce sang coule en cinq ruisseaux, allusion aux cinq
plaies de Jésus, pour se réunir enfin en un seul fleuve.
Vers le déclin du vic siècle, on voit l'agneau peint sur
•S. Paulin, Epist., XXXII,, 10, P. I.., t. î.xt. col. 330. —
* Aringhi, Iloma sublerranea, in-fol., l'arisiis, 16à9; Ciampini,
Vêlera monimenta, in-Iol., Hom;e, 1690, t. I, p. 27. — a G. Ga-
rampi, De nummo argenteo Denedicti III... appendix vetc-
rum nionumentorum, c. v, xm, in-4°, Ronue, 1749; Paciaud^
De sacris chrxstianorum balneis, in-4% Borna:, 1758, p. 141. —
4 ciampini, De sacris sedif. à Constant. Magn. constructis,
in-fol., Rome, 1093, pi. xiu, p. 45. Cf. G. Bosio, De cruce
triumphante,\. VI, c. xn, In-fol., Antwerpùe, ItilT. — »Boi
gia, De cruce Vaticana, in-4", Bornas, 1779, p. 127. 130. Ci. An-
nuaire de la société arcliéol. de Constantine, t. vi, pi. ix,
n. 3, poterie représentant l'agneau sur une croix. — •Venturi,
Storia dell arle italiana, in-8% Milano, 1901, t. l, p. 450 et
la croix à la place qu'occupera bientôt l'image du Christ.
La célèbre croix du Vatican étudiée par Borgia montre
à la croisée des bras et de la haste un agneau nimbé
tenant une croix, le Christ n'y est encore représenté
qu'en buste et dans deux médaillons en bas et en haut
de la croix s. Un monument non moins précierx, les
colonnes antérieures du ciborium de Saint-Marc, à Ve-
nise, nous offre pour la première moitié du vi« siècle
une représentation si curieuse que nous ne saurions
omettre de la donner (fbj. 210J. Contrairement à la porte
210. — Fragment de cil i rinm de Saint-Marc à Venise.
D'après une photographie.
de Sainte-Sabine nous avons ici les deux larrons cruci-
fiés, mais le Christ esl remplacé parl'agneau. L'antiquité
chrétienne offre peu de monuments aussi précieux pour
la symbolique et d'une interprétation aussi claire6.
L'usage de représenter la personne du Sauveur ayan\
définitivement prévalu," l'agneau ne fut pas aussitôt
abandonné. La croix stationale de Velletri avait un
n au au revers 'f de même la croix de bronze étudiée
par Lami8. Cette pratique persista jusque vers le \ siè
cle, mais le décret du concile in Tnitlu'', réprouvant la
représentation di l'agneau comme insuffisante pour ré-
véler le mystère, porta à l'ancien t\pe un coup décisif !".
du moins en Orient. Il semble que ce décret ait sus-
cité, au moins à Rome, une protestation. Voyei Ai, m s
Dei, formule liturgique. Mais à partir de cette époque
la destinée de ce symbole ne rentre plus dans h limi-
tes chronologiques de ce travail ".
Nous n'avons pas fait usage dans celle étude d'une
série de monuments d'une appréciation difficile; plu-
ieurs objets du Tesoro Giancarlo y> < -,s> i offrent des
représentations symboliques de l'agneau dont nous nd
croyons pas, jusqu'à plus ample information, pouvoir
faire usage comme de documents authentiquée'*.
fig. 261. — 'Borgia, De cruce veHtewa, in-'r, Ronue, 1790, —
• Novelle litte*xtri U Pïren: 1766, t xx vin, col. 818. — 'Conc.
TruUanum, can. B3, dans Pitra, Monum. jv in-4#.
Bonite, 1868, t. n. p. 62. — "> J. Gretzer, De cruce, 1. II. c. xm.
in-ful., tngotstadii, 1616 — " Voyez pour les quelques laits |
rieurs. Martigny, dans les Annales de CAcad. de Mûcon, t, V,
1862, p. 71 sq. — "Giancarlo Bossi, CommenH sopra suppcltel-
tili sacre di argento ed oro appariaient! ai piimissimi secoli
délia ('liicsa... seconda edizione con ngniunta di tavole e am-
pliamente di diludazioni degli Bcrittori Rossi, Di Carlo e De
Vecclii Pieralice. in-fol., Borna, 1890; R. Cattaneo, L'arcliitcttura
in Italia ital secolo tv al mille circa, Venezia, 1888; Rômische
I887,p 272;1888, p. 86Bq.,148sq.,277 8q.;MSB,
897
ACNEAU
898
VI. Agneau symbole de Moïse et de Jésus-Christ. —
L'agiieau peut symboliser soit le Christ, soit les apôtres,
soit les prophètes, soit les fidèles. Nous aurons l'occa-
sion de rencontrer plusieurs applications de chacun
de ces cas. Un célèbre sarcophage, celui de Junius
Bassus (f 358), conservé au Vatican, nous offre plusieurs
compositions de l'agneau qui doivent compter au nombre
des plus originales qui nous soient parvenues (fig. 211).
Ce sarcophage nous fait voir dans le vide des angles
formés par des arcatures de l'étage inférieur des figures
dont se compose le bas- relief une série de petits sujets
qui représentent ' : 1° un agneau touchant Lazare du bout
d'une verge qu'il tient avec la patte; 2» un agneau
recevant les tables de la Loi sur le Sinaï 2; 3° un agneau
211. — Détails du sarcophage de Junius Bassus.
D'après une photographie.
posant l'un de ses pieds de devant sur la tête d'un autre
agneau à demi plongé dans l'eau; une colombe domine
la scène qui rappelle le baptême de Jésus-Christ; 4° la
multiplication des pains par un agneau qui touche avec
p. 66 sq. ; Fabio Gori, Sul tesoro... del cav. Giancarlo Rossi,
in-8", Spoleto, 1892; 0. Marucchi, dans YOsservatore Bomano,
17 marzo 1893; Revue de l'art chrétien, 1893, t. xxxvi, p. 89-97,
157, 520; Rivista storica italiana, 1888, t. v, p. 711; G. Rohault
de Fleury, La messe, in-4% Paris, 1889, t. vm, p. 114, pi. 653;
Historich-politische Blâtter, 1892, t. ex, p. 907; K. Fbrrer et
G. A. Millier, Kreuz und Kreuzigung in ihrer Iiunstentuiicke-
lung, in-8% Strassburg, 1894, p. 21: L. Bruzza, dans Rcsoconto
délie conferenze dei cultori di archeolvgia cristiana, Roma,
1882, p. 227; De Rossi, Bullettino di arch. crist., 1883, p. 73 ;
H. Grisar, S. J., dans Zeitschrift fur katholische Théologie,
Innsbruck, 1895, t. XIX, p. 306-331 ; Pio Franchi de' Cavalieri, dans
la Civiltà cattolica, 1894, t. m, p. 736; Di un preteso tesoro cris-
tiano de' primi secoli, studio archeologico di H. Grisar, tra-
duz. ital. di P. Franchi de' Cavalieri, in-4% Roma, 1895; Un
prétendu trésor sacré des premiers siècles, trad. franc, par J.
Vetter, in-4% Rome, 1895 ; G. C. Rossi, L'ultima parola ma ne-
cessarissima sul sacro tesoro Rossi, rinforzante la storia
dell' antica titurgica dottrina, in-8", Roma, 1898. — ' Bottari,
Pitture et sculture, in-fol., Roma, 1737, t. i, p. 46; F. Buonarotti,
DICT. d'ARCII. CIIRL'T.
une verge deux cystes remplis de pains; 5° un agnoau
frappant de la verge un rocher d'où s'échappe une gorbe
d'eau ; 6° un agneau à la nage qui semble en guider un
autre nageant derrière lui ; peut-être est-ce une figure
du passage de la mer Rouge.
VII. Agneau symbole de l'Église et des martyrs. —
Une pierre annulaire (fig. 212) représente l'agneau portant
le chrisme sur le dos et nimbé; il repose sur une colonne
qu'entourent deux agneaux et deux colombes 3, symbole
des pasteurs et des fidèles groupés autour de la pierre
de l'Église : petra autem erat Christus*. On sait que
l'usage de donner le nimbe à l'agneau, en y faisant en-
trer ou en omettant le monogramme, a été en vigueur
pendant tout le IVe et la première moitié du ve siècle3.
Un fragment de coupe en verre du musée Kircher et
publié pour la première fois par le P. Garrucci 6 présente
un dessin très délicat du Bon Pasteur portant sur ses
212. — Tierre annulaire. D'après Smith,
Dic'.ionary of Christian antiquities, 1. 1, p. 718.
épaules la brebis égarée ; à ses côtés deux agneaux sont
peints en couleur rouge (fig. 213). Il n'est pas impossible
que l'artiste ait voulu symboliser ici les martyrs revêtus
de rouge comme le Christ lui-même au jour où il
triomphe de la mort et de ses ennemis : SoO èpuâpà Ta
iu.i-'.a xal rà ivh'vy.tXTÛ. <rou <ô; ànô nar/;ToO ).ï]v"oû '. Pru-
dence nous dit que la foi couronne de Heurs lae martyrs
et les revêt de la pourpre :
Tune fortes socios parla pro laude coronat
Floribus, ardentique jubet vestirier ostro 8.
Osservazioni sopra alcuni vasi antichi di vetro, in-4% Firenze,
1716, p. 45; Martigny, dans les Annales de l'Acad. de Mâcon, 1860,
t. v, p. 57 sq. ; R. Garrucci, Storia dell' arte cristiana, in-tol.,
Prato, 1873, t. i, p. 234, pi. 322, n. 2. Autre représentation de
l'agneau avec une corbeille de pains, cf. De Rossi, Insc. christ,
urb. Romx, in-fol, Romae, 1888, t. h, p. 429, col. 1 ; A. de Waal,
Der Sarkophag des Junius Bassus in der Grotten von S. Pe-
ter, in-4% Rome, 1900. — 2 Aringhi, Roma subterranea, in-fol.,
Lutetise-Parisior., 1659, t. II, p. 482, fait remarquer, d'après saint
Isidore, qu'il s'agit ici des secondes tables données à Moïse, Ta-
bulas illse (primse) imaginem demonstrabant priscx legis, non
post longum intervallum pro peccato populo cessantis. Alise
vero ad instar priorum iterato incisx novi testamenti liabuere
figuram. Istx non franguntur ut ostenderetur novi testamenti
eloquia remansura. — 3 R. Garrucci, Hagioglypta, in-8*, Pari-
siis, 1856, p. 222, 224; Martigny, op. cit., t. v, 1860, pi. — * I Cor.,
x, 4. — « L. Palustre, dans le Bulletin monumental, 1878,
p. 260 sq. — • R. Garrucci, Vetri omati di figure in oro, in-
fol., Roma, 1858, p. 20 et pi. vi, n. 8. — 'Isaïe, lxiii. — • Psy-
Chom., vs. 38, P. L., t. LX, col. 24.
1. — 29
899
AGNEAU
900
Ailleurs le même poète nous dit à propos des martyrs
de Saragosse qu'ils portent des vêtements rouges et des
vêtements blancs.
.... Chorus unde surgens
Tendit in cselum niveus togatse
NobUitcttis
Lapsibus nostris veniam precatur
Turba, quam servat procerum creatrix
Purpureorum ' .
Enfin dans l'hymne à saint Vincent, martyr, il dit
Nunc Angelorum particeps
Collucis insigni stola
Quam testis indomabilis
Rivis cruoris laveras -.
Une inscription de l'abside de Saint-Celse, qui ne parait
pas antérieure au xne siècle, nous est parvenue dans la
seule Sylloge de Pierre Sabinus 3.
QVOD CERNIS MIRIS TEMPLVM SPLENDERE
[FIGVRIS
ECCLESIAE NATI DIVINO FONTE RIGATI
MARTYRIBVS SANCTIS STRVXERVNT FVNDITVS
[ISTIS
VT SIMVL HIS AGNIS AGNI SOCIENTVR in AVLIS
VIII. Agneau symbole des fidèles. — Nous connais-
sons plusieurs représentations de l'agneau portant dans
213. — Fragment de coupe de van
D'après Garrucci, Vetri ornati di figure in oro, pi. 6, n. 8.
la bouche une couronne', il n'est pas douteux qu'elles
symbolisent en ce cas les fidèles, car nous avons deux fres-
ques qui nous montrent cette fois les fidèles eux-mêmes
se présentant la couronne dans les mains à l'entrée du
paradis". L'agneau placé auprès des enfants est le sym-
bole de leur innocence. Nous en avons un monument
précieux dans un marbre du musée Trivulce à Milan,
qui remonte au vi» ou au vu* siècle6.
AfH Saint Nazaire NAZA ATHOYZ Saint Celse KAI
0
avec un
PHOYZ APNOZ avec AZ
Y
agneau
0 O YIOZ un agneau OYZ
Z
APNOZ TOY
O YIOZ
GEOY
GEOY
La mosaïque de Saint-Apollinaire in Nuovo,i Ravenne 7,
nous représente sainte Agnès escortée d'un agneau
' Péri Steph., hymn. iv, vs. 74, 190. P. h., t. lx, col. 366, 376.
— « Ibid., hymn. v, vs. 10, P. L., t. i.x, col. 378. — >De Rossi,
lnscr christ urb. nom., in-fol., Rom», 1888. t. Il, p. 446, n. 194.
Il ressort de ce texte que l'on voyait les saints Celse et Julien aux
côtés du Christ et à la partie inférieure de l'hémicycle une théorie
d'agneaux. — » R. Garrucci, Storia dell" arle «ristiana, in-f..l.,
Prato, 1873, pi. 304, n. 2. — » Ibid., t. il, pi. 100, n. 1, 2. — « Bugati,
Memoric storiclio-critiche intortw le reliquie di S. Celso mar-
bre, in-4', Milano, 1782. frontispice et p. 79; KinlilmlT, dans Corp.
inscr. grsec, t. IV, n. 8966; Mai, Script, veterum nova collectio,
tn-4', Rom», 1831, t. v, p. 53, n. 1. R. Garrucci, Storia dell' arte
cristiatia, t. i, p. 236, note 1, n'accû(ite pas la locture île Bugati :
plus éclatant que la neige, ainsi que s'expriment ses
actes : et ad dextram cius agnnm slanlem nive candi-
diorem 8.
Un peigne trouvé clans une très ancienne communauté
chrétienne, à Chiusi (Clusium), nous fournit un nouveau
et important spécimen de l'agneau et de la couronne 9
(fig. '214). Ce petit objet peut dater du tv= siècle ou de
la première moitié du V. Une face représente deux
agneaux accostant une couronne, l'autre face deux autres
agneaux accostant un siège voilé- sur lequel repose non
un coussin, ainsi qu'on en a un exemple l0, mais le livre
des divines Écritures, ce qui d'ailleurs se retrouve sur
214. — Peigne trouvé a Clusium.
D'après Bullettino di archeologia cristiatia, 1886. pi. VI.
d'autres monuments ".La couronne est en rapport évi-
dent avec les deux représentations que nous avons citées
plus haut, les agneaux symbolisent les fidèles recevant la
couronne de justice promise à leurs mérites ' -, La face qui
porte une cathedra voilée, marque d'honneur dans l'an-
tiquité 13, accordée particulièrement aux évêques dispen-
sateurs et juges de la doctrine dans l'Église : montrerait
donc ici des fidèles représentant l'Église enseignée rece-
vant la parole de Dieu, et l'ensemble des deux compo-
sitions pourrait être destiné à rappeler que la docilité
aux enseignements de l'Église procure iiin RdèsM la
vie éternelle.
J àfvbî. ; u',b< to3 6io3, car le marbre porte, dit-il, O APNOnorC
TOI' 9 V qu'il faut lire : à ipvnb; nJ e(io):. Il faut en outre je indu-
ces mOtS : «y^ouç Na^ap^oyç, «fijoyf;] KatAmuç. — 1 R. GaiTUCfi.
loc. cit., t. IV, pi. 259. — • jlctn sanct.. 21 janv., t n, col. 717.
• De Rossi, dans le Bull, di arch. triât., 1880, pi. vi.a, b, et 1881.
p. 76 sq.; Harbier de Montault, dans le Bulletin monumental, 188U.
p. 664 sq. ; 1881, p. 744 sq. — <aBull.ili arch. i/in.<l., 1872, 1 1. vi.
vm. — " Ibid., p. 127 sq. ; Garnuvi, Storia, pi. 257, n 2 — " D.
U,.ssi, dans le Bull, di arch. crist., 1881, p. 81. — ,J De Rossi.
Bull, di arch. christ., 1872, p. 125 sq. : 1Sl'v\ p. 68 sq. ; 1881, p. 82
sq. ; Ruinart, Acta sincera, in-4', Parisns, ltWJ, p. 214: S. Pa-
cien, Epist., n, ad Sympron., 3. P. 1. . t. xm. col. 10f>9.
904
AGNEAU
coa
Nous rencontrons fréquemment dans l'épigraphie des
illusions au symbolisme de l'agneau par rapport aux
fidèles; il est vraisemblable que ceux-ci étaient en géné-
ral beaucoup moins bien informés de la symbolique que
nous ne le sommes aujourd'hui, ce qui explique le choix
qu'ils faisaient d'un type que sa dignité toute divine
semblait devoir soustraire à cette nouvelle application
qu'on en fit ' :
IANVARIVS INNOCENTISSIMVS
IN PACE
I
I
Une autre publiée par Mai 2 :
ROGATO ET AGAPITO DVOBVS FRATRIBVS
[INNOCENTIBVS
QUI BICXERVNT INTER SE ANNOS
VII BENE CESQVENTIS PARENTIS FECE-
[RVNT
Une pierre du IIe ou du début du 111e siècle trouvée
dans la villa Giustiniani, à Rome, en 1727, contient un
'Ev8â8ô xêtp.[at] Pps^oç xoivoû (Stdroco au.oipoç»
'HSt'ffTou 7tocT6po; xai u-rjTipo; eOu.op<p['ï]ç,
lJpa>TÔToxov, èieTÈî, ®tû> |ie[iEXï)uévov ï|8û,
cH).tôitai(, Xeuùv (?) fXuxepoùç "/pï](ttoij; TSTOXïjac,
0eoO tsxvov.
On rencontre une formule encore plus caractéristique
sur un lltulus antique conservé au Vatican* :
FLORENTIVS FELIX
AGNEGLVS DEI
Florentins, felix agnellus Dei.
Mais la plus belle formule est assurément celle d'un
adolescent de quinze ans 5 :
LAVRENTIVS INNOX ANIMA AGNVS
SINE MACVLA QVI DE SECVLO
RECESSIT BIXIT ANN . XV . MES
*V . D . III
Un symbole unique a été trouvé sur une épitaphe de
bonne époque découverte dans le cimetière de Pris-
cillee (f|g. 215'
215. — Épitaphe découverte dans le cimetière de Priscille. D'après Bultr-ttino di archeologia cristiana, 1886, pi. VI.
bel éloge d'enfant surmonté de l'agneau entre deux pois-
sons; peut-être la formule finale est-elle l'interprétation
de ce symbole 0(e)o(û) T(i) K(vo) N : enfant de Dieu3.
EN0AAE KEIME BPEOOZ
KOINOY BIOTOIO AMOI
POZ • HAIITOY TTATEPOI
KAI MHTEPOI ETMOP<plHZ
6 TTPG0TOTOKON AIETEZ ©ECU
MEMEAHMENON HAT • HAI
OrTAIZ AYnCON TAYKEPOYZ
XPHZTOYZ TE TOKHAZ
G O • T K N
' Bo*detti, Osservazioni sopra i cimiteri cristiani, In-fol.,
Roma, 1720, p. 365. — * A. Mai, Script, vet. nov. coll., in-4*.
l'.ompe, 1831, t. v, p. 401, n. 3; cf. p. 363, n. 5; l'agneau entre deux
colombes. — 3 Schopflin, Alsatia illustrata, 2 vol. in-fol., Colma-
riae, 1751, t. i, p. 601; Oberlin, Muséum Scliôpflini, in-4', Argen-
torati, 1773, p. 72. — *WeIcker, Syllorj. epigr. grspcorum, in-8#,
Bonnae, 1828. p. 115 ; Raoul-Rochette, dans les Mémoires de V Acad.
des insc, t. xm, p. 129; F. Becker, Die DarstellungJesu Christi
unter dem Bilde des Fisches, in-8°, Breslau, 1806, p. 78 sq. ;
Kircbhoff, Corp. inscr. grxc, t. IV, n. 9727 ; D. Cabrol et D. Le-
clercq, Monum. Ecoles, liturg., in-4', Paris, 1902, t. i, n. 3296.
Lignes 4-5: dulcisse peut-être pour dulcissimte ; en ce
cas, au lieu de sanctse, il faudrait dulcisse qiim.
La première pensée que suggère le symbole est celui
du martyre, mais le texte épigraphique ne s'y prête pas;
en outre, le symbole lui-même que De Rossi se proposait
de publier ne l'a pas été, que nous sachions: il est donc
difficile de rien conjecturer à son sujet. Peut-être y a-
t-il ici quelque réminiscence de l'Apocalypse, il est moins
aisé de le prouver que de le dire7.
Une des plus belles formules de l'épigraphie funéraire
d'Afrique est celle de la nonne Castula du monastère de
Thabraca dont l'épitaphe a été retrouvée près de Bordj-
Sidi-Messaoudi. Elle offre l'image de l'agneau et du
navire comme le commentaire animé de cette belle
phrase : properans kastitatis sumere premia digna.
Cette inscription est remarquable à bien des titres; pour sV°P"
«us, cf. E. Le Blant, Les persécuteurs et les martyrs, c. v,
Le culte de la beauté à Vèpoque des Persécutions, in-8', Paris,
1893, p. 45 ; pour /,>t<toa(& c'est une manière de dire que l'enfant
était né un dimanche, jour de soleil. Cf. S. Justin, Apol. I,
P. L., t. vi, col. 429. — 5L. Perret, Les catacombes de Borne,
in-fol., Paris, 1852, t. v, pi. xm. Cf. L. Renier, Notes aux
inscriptions, ibid., t. vi, p. 149, et Maitigny, dans les Annal, de
l'Acad. de Mâcon, t. v, 1860, p. 94. — «Boldetti, Ossirvazioni,
p. 408. — , De Rossi, dans Bullett. di arch. crist., 1886, p. 69,
n. 75.
903
AGNEAU
904
On sait en effet que le navire représentait dans la sym-
bolique primitive le cours rapide de l'existence '.
10
15
CASTVLA • P
VELLA • ANN
XL • VIII • REDD
VI • IDVS • MAP,
TIAS; PROPER
ANS • KASTITA
Tl S • S V M E
RE P R E M I
A . D I G N A .
M E R V I T ■
INMARCESCIEJ
ILE CORONA
PERSEVE RA
NTIBVS • TRIB
VET- DEVS- GR
ATIA • IN PACE
Castula puella ann{prum) XLVII1. Redd(idit spiri-
tuni) VI idus Mar(tias) properans kastilatis sumere
premia digna. Meruit inmarc[esr]ibile(m) corona(m).
Perseverantibus tribuet deus gratia(m) In pace.
Dans l'Italie centrale nous trouvons deux marbres
représentant la croix entourée par deux agneaux. C'est
Une peinture allégorique, trouvée en 1845, au cime-
tière de Prétextât, représente un agneau entre deux
i
n >
216. — Inscription de Lyon du v eiècle.
D'après Boissieu, Inscriptions antiques de Lyon, p. 594.
loups. Aucune hésitation n'est possible grâce aux inscrip-
tions indiquant que l'artiste a représenté Suzanne entre
les vieillards 7 et mettant hors de doute l'intention que
nous venons de préciser (fig. 217).
Nous trouvons dans une inscription d'Aix, en quasi
versus, une mention intéressante d'un jeune enfant
217. — Suzanne et les vieillards. D'après Perret, Les catacombes ae nome, t. i. pi. lxxvih.
d'abord à Narni l'épitaphe de l'évèque Cassius mort en
558 'J, ensuite à Otricoli, sur le sépulcre du martyr saint
Victor 3. Ailleurs on trouve deux agneaux auprès d'un
vase plein de fruits et d'épis 4.
Une inscription de Lyon, duv siècle, d'une exécution
très soignée, représente à sa partie inférieure un vase
d'où sortent des épis que becquètent des colombes
(fig. 216). De chaque côté viennent ensuite des agneaux5.
Il est tout à fait probable que dans ces différents
sujets les agneaux représentaient le défunt et un autre
fidèle destiné à partager sa tombe dans la suite. H
parait à peine douteux, d'après cette application aux
fidèles du type symbolique de l'agneau, que les premiers
chrétiens y ont vu une allégorie de l'innocence et de la
douceur. Quare dictus est agnus? dit saint Augustin,
Propter innocentiam 6.
' Rebora, dans te Bull, epigr. de la Gaule, 1883, t. ni, p. 202;
Bull, des antiq. afr. (Oran), 1884, p. 128, pi. vu; Ttaédenat, dans
e Bull, de la Soc. des antiq. de France, 1883, t. xi.iv, p. 243 ;
J. Schmidt, dans Epliem. epigr., 1884, t. v, p. 425, n. 824; Hé-
ron de Villefosse, dans la Bévue de l'Afrique française, fasc. 32.
1887, pi. vin ; Corp. inscr. lat., t. VIII, n. 17386. — «F. Labbe,
Thésaurus epitaphiorum veterum acrecentium, in-8*. Parisiis,
1666, p. 89; G. Eroli, Miscellanea Narnese, Narni, 1858, 1. 1, p. 280.
— 3 Mai Script, vet. nova coll., in-4*, Romœ, 1831, t. V, p. 76.
nommé Dextrianus qui est placé parmi les agneaux qui
sont à la droite du Christ8 :
+ INDOLIS-HICIACIT-HE + V
ECCE SEPVLTVS
CVNCTIS-KARVS EXOSVS
NONNISIMALIVOLIS
+ DEXTRIANVSNOMINE
VOCITATATVS IN VITA-
NEC INMERITO-NAM TVO
SICMVNERE-CRISTE-
DEXTRISTIBI-NVNC-FIDE
ADSISTIT-IN AGNIS
etc.
Nous ne saurions mieux conclure que par cette For-
mule qui nous montre réunis les deux courants princi-
n. 1. Cf. Ughelli, Jtalia sacra, 1C in-fol., Venetiis, 1717-1722,
t. x, p. 150; De Rossi, dans le Bull, di arch. crist., 1871. |
note 1; Ciampini, Vetera numimenta, in-fol., Romœ, 1690, t. n,
pi. m. — * Allegranza, Sagri monumenti di Milano, in-4', Milano,
1757, p. 41, pi. il. — *De Boissieu, Inscr. antiq. de Lyon, in-4",
Lyon, 1846-1854, p. 594. — • S. Augustin, Sertn., iv, n. 22, P. L.,
t. xxxvm, col. 45. — 1L. Perret, Les catacombes de Borne,
in-fol., Paris, 1852, t. I, pi. î.xxviu. — » E. Le Riant, Inscr. cltt\i.
de la Gaule, in-i\ Paris, 1856-18 >:>. t. u, ;
905
AGNEAU — AGNÈS (SAINTE)
906
paux du type symbolique que nous avons étudié, le
Christ-agneau entouré des fidèles ses agneaux.
H. Leclercq.
AGNEAU PASCAL. L'euchologe grec contient une
bénédiction spéciale pour l'agneau pascal '. Le prêtre
dit d'abord les prières initiales communes à tous les
offices 2, puis trois fois l'apolytikion de Pâques, Xptorbç
àvéoTY| 3, enfin une oraison où il rappelle le bélier immolé
par Abrahan, l'agneau offert par A bel et le veau gras tué
pour le retour de l'enfant prodigue. Dans les éditions
imprimées, la rubrique donne un titre général : e-jy-/) sic
to e\i\oyrl<j'xi iSîTuaTa xpe<3v rr} iyi'ot y.a; u.£vàXy) xupiaxïj
toO Ildta-ya. Mais il s'agit bien ici principalement de
l'agneau. Cf. la variante citée par Goar 4 : eîç tô eùXo-pio-at
à[j.v<5v xai y.6ayov xa'i xpéa tô Ilâaya, et cette autre par
Dmitriewskij 5 : e.ùyr\ in\ toû àjAvoC. Une autre oraison,
publiée par Goar6, s'applique non à l'agneau lui-même,
mais à ceux qui l'ollrent : îjyr, ètù toï; irpoiçépouaiv àu.vov.
Aujourd'hui, en pays grec du moins, on se oontente
d'apporter à l'église, pour les faire bénir, un quartier
d'agneau, avec du fromage, mais surtout avec des œufs
teints en rouge. Voir Œufs de Pauues. Cf. Nilles, Kalen-
darium manuale ulriusque Ecclrsise, 2e édit., t. il,
p. 326. Rappelons, à titre de curiosité, que d'après le
xiie ordo romain, le pape et les cardinaux mangeaient
l'agneau pascal au chant du IlaT/ot ïspôv, un des plus
beaux tropaires de l'office pascal grec 7.
S. PÉTRIDÈS.
AGNÈS (Sainte). — I. Le cognomen. IL Les ré-
cits du martyre. III. Les sources. IV. La passion. V. La
légende latine. VI. Époque du martyre. VIL Authenti-
cité; monuments du culte. VIII. Les églises. IX. Fouilles
récentes. X. Bibliographie.
I. Le cognomen. — Sainte Agnès est une des plus célè-
bres martyres romaines. Elle fait partie du petit nombre
des saints commémorés au catalogue de la Depositio
martyrum, document du milieu du rve siècle 8. La
date de son anniversaire, 21 janvier, et le lieu de sa
sépulture, voie Nomentane, y sont ainsi indiqués : XII
Kal. Febr. Agnetis Nomentanm. Le Martyrologe hié-
ronymien rappelle la même date, et indique la ville de
Rome, sans marquer la voie : Rome XII Kl. Februarias
■passio Agnetis virginis9. Le Calendrier de Carthage
porte, avec indication de date, mais sans indication çle
Meu : XII Kal. Febr. sanctx martyris Agnes i0.
Agnes est la traduction de l'adjectif grec âyvr,, pure u.
Sur les verres dorés, où la martyre est souvent repré-
sentée, on lit : Anne, Annes, Ane, Ancne, Agne12. Dans
* EJjroXôftov x» néya, Rome, 1873, p. 349. — * 'ûço^oyiov, Rome,
1876, p. 3. — 3 IWrixooTàptov, Rome, 1883, p. 6. — * Euchologium,
Paris, 1647, p. 713. — " Opisanie liturgitcheskij rukopisei, t. h,
EùxoMyia, Kiev, 1901 (en russe), p. 256. — "Op. cit., p. 714. -
' DtvTY|«<rcàpn>v, p. 12. — 'Depositio martyrum, dans Ruinart,
Acta primorum martyrum sincera et selecta, 1689, p. 692. —
• Martyrologium hieronymianum,éd. De Rossi-Duchesne, p. 11.
— ,0 Ruinart, p. 695. Sainte Agnès est encore marquée au Mar-
^rologe hiéronymien les 27 et 28 janvier. A ce dernier jour,
son nom est accompagné d'une mention singulière : Romse sem
Agnetis virg. de nativ(itate). Sur cette mention, voir Tillemont,
Mémoires pour servir à Ihistoire ecclésiastique, 1698, t. v,
note iv, sur sainte Agnès; Armellini, Il cimitero di S. Agnese,
in-8% 1880, p. 49 ; Le Bourgeois, Les martyrs de Rome, in-8°, 1897,
p. 85-87. Les Grecs ont jusqu'à trois fêtes de sainte Agnès : 14 ou
15 janvier, 21 janvier, 5 juillet; voir Le Bourgeois, op. cit., p. 86,
note 1. — " Martigny, Dict. des antiquités chrétiennes, art. Noms,
2* éd., p. 510, et Kraus, Reul-Encyk. der christl. Allerthumer,
art. Namen, t. n, p. 477, me paraissent se tromper, en dérivant
Agnes de Agnus. Saint Jérôme emploie ù-prt,, pure, comme épi-
thète : « iTv>i vita laudata est. » Epist. cxxx, P. L., t. xxn, col. 1123.
C'est dans ce sens que saint Ambroise, faisant allusion au nom
de ces martyres dit : <a Nomen virginis titulus est putlnris. » De
virginibus, r, 2, P. L., t. xvi, col. 200. Cependant saint Augustin
semble combiner les deux étymologies, Serm., cclxxiii, 6, P. L.,
t. xxxvm, col. 1250. — "Garrucci, Vetri ornali di figure in oro
trovati v.ei cimileri di ensliani primitivi di Roma, p. 137. —
les inscriptions, soit monumentales, soit funéraires, ce
nom se décline de trois manières différentes : Agne au
nominatif13, Agnes au génitif'14, Agnen à l'accusatif15;
ou Agnes au nominatif, Agnetis au génitif 16, Agneli au
datif17, etc.; ou encore Agna, Agne 1S. Les mêmes va-
riantes se rencontrent sous la plume des écrivains. Saint
Ambroise dit: Natalis est sanctie Agnes 19; et Prudence :
Agnes sepulcrum -°. L'accusatif Agnen est employé par
saint Ambroise21 et par saint Augustin 22. On a pensé que
le génitif Agnes était propre aux écrivains du IVe siècle,
et Agnetis aux écrivains postérieurs : la remarque n'est
pas tout à fait exacte, puisque Agnetis se trouve dans le
Férial philocalien de 354, et depositio martyris Agnes
dans le Calendrier de Carthage, qui est du vie siècle23.
Agnès paraît avoir été le cognomen de la martyre.
Bien que rare, ce cognomen n'est pas sans exemple
dans l'antiquité : on le rencontre sur plusieurs épita-
phes païennes 2t.H se peut que ce n'ait pas été son cog-
nomen légal, mais un simple agnomen baptismal, de
signification symbolique, comme en prenaient quelque-
fois les premiers chrétiens25. Quoi qu'il en soit, ce nom
a été réellement porté dans les premiers siècles : on
trouve au cimetière de Calliste la tombe d'une Agnès,
distincte de la martyre26, et dans la catacombe même de
sainte Agnès la pierre sépulcrale d'une Hagne, qui n'a
de commun avec elle que le lieu de la sépulture et le
nom -1.
Mais tous les efforts tentés pour rattacher Agnès à
l'une des familles connues de l'aristocratie romaine 28
conduisent à des hypothèses absolument dénuées de
preuves. Une seule chose est certaine : l'existence et la
grande célébrité de la vierge martyre, attestée par la vé-
nération que lui portaient les Romains, et par les récits
que donnent de sa confession et de son supplice des
écrivains du iv» siècle aussi considérables que saint Am-
broise, saint Damase, et le poète Prudence.
II. Les récits du martyre. — Ces récits soulèvent une
question fort intéressante. Tous racontent des circon-
stances différentes du martyre d'Agnès. Doit-on les con-
sidérer comme étantl'écho de trois traditions divergentes,
ou seulement comme des narrations dont chacune est
incomplète, mais dont le rapprochement et la combi-
naison permettent de reconstituer l'histoire d'Agnès?
Saint Ambroise parle d'elle dans le traité De virgi-
nibus, écrit en 377 à la prière de sa sœur Marceline, et
dans lequel il réunit, en trois livres, plusieurs prédica-
tions qui avaient la virginité pour sujet. C'est bien ora-
torio modo qu'il célèbre sainte Agnès. De là, peut-être,
,s» Agne sanctissima, » Armellini, Il cimitero di S. Agnese,
p. 68 et pi. xni, 3. — u« Depositio Annes, » De Rossi, Roma
sotterranex, t. n, pi. xlv, 68; « Templum victricis virginis
Agnes, » De Rossi, Inscript, christ, urbis Romsp, t. n, p. 45. —
15 Ibid. — '"« Locus Agnetis, » Bullettino di archeologia cris-
tiana, 1863, p. 24, 32; ci In honorem... Agnetis, » Ed. Le
Blant, Inscriptions chrétiennes de la Gaule, t. n, n. 610, p. 455.
— ,7« Martyre(i) Agneti. » Bull, di arch. crist., 1877, p. 10. —
< 8 <c Virginis hocAgme clauduntur membra sepulcro, » De Rossi,
Inscr. christ., t. n, p. 62. — ,8 S. Ambroise, De virginibus, i, 2,
P. L., t. xvi, col. 200. — î0Prudence, PeriStephanôn, xiv, 1, éd.
Dressel p. 463. — !1 S. Ambroise, Epist., xxxii, ad Simplic, P. L.,
t. xvi, col. 1093. — n S. Augustin, Serm., cccliv, P. L., t. xxxvm,
col. 2039. — *3On retrouve Agnes au génitif dans des documenta
très postérieurs: Epitome de locis SS. martyrum (vir siècle),
dans De Rossi, Roma sotterranea, t. i, p. 178, col. iv; Registr.
Gregorii II (715-731), dans Jaflë, Reg. pont, rom., 2- éd., n. 2215;
notice d'Hadrien (772), au Liber pontiftealis, éd. Duchesne, t. i,
p. 511 ; de Léon (795-816), ibid., t. n, p. 30. Dans les document»
topographiques des vir-vnr siècles, publiés par De Rossi, les
génitifs Agnes, Agnetis et Agnae se rencontrent, Roma sotter-
ranea, t. i, p. 178-179. — 2» Citées par Bartolini, Actes du mar-
tyre de sainte Agnès, trad. française, in-8% 1864, p. 7-9. — " Cf. De
Rossi, Roma sotterranea, t. I, p. 315. — S6 Ibid., t. il, pi. xlv,
n. 68. — w Nuovo Bullettino di archeologia cristiana, 1901,
p. 223. — 28 Bartolini, Actes du martyre de sainte Agnès
p. 7-11; Armellini, Il cimitero di S. Agnese, p. 49 sq.
907
AGNÈS (SAINTE)
908
autant que du vague des tradition?, provient le caractère
imprécis de la narration qu'il fait du martyre de la
vierge. Trois traits distincts en ressortent seulement.
Le premier est l'âge de la victime : Hsec duodecim an-
norum niartyrium fecisse traditur. Le second a trait à
une sollicitation de mariage, dont Agnès aurait été
l'objet : Quanto terrore egit carnifex ut timeretur,
quantis blanditiis ut suaderet, quantorum vota ut sibi
ad nnptias perveniretl La réponse prêtée à Agnès se
rapporte aussi à cet ordre d'idées, sans que l'on puisse
savoir clairement quel était le prétendant à qui fut pré-
féré l'Époux divin. At Ma : Et hsec Sponsi injuria est
expectare placituram. Qui me sibi prior elegit, accipiet.
Quid, percussor, moraris? Pereat corpus quod amari
potesl oculis quibus nolo. Le troisième détail regarde le
genre de mort. Ambroise montre Agnès mourant déca-
pitée : Stetit, oravit, cervicem inflexit. Cemeres... tre-
pidare percussoris dexteram. Et enfin le saint évêque,
par une allusion à des circonstances qu'il n'indique pas
clairement, conclut qu'Agnès mourut martyre et de sa
pudeur et de sa foi : Habetis igitur in una hoslia duplex
niartyrium, pudoris et religionis Et virgo permansit,
et niartyrium obtinuit*.
Damase, le pontife poète, qui a composé en vers l'éloge
de tant de martyrs, écrivit aussi celui d'Agnès. Les vers
qu'il a consacrés à la sainte 2 nous ont été conservés non
seulement, comme beaucoup d'autres de ses productions,
par des copies manuscrites, mais même par le marbre
original sur lequel il les avait fait graver : celui-ci a été
découvert en 1728 dans le pavage même de la basilique
de Sainte-Agnès. Voici le texte du poème épigrapbique :
Fama refert sanctos dudum retulisse parentes
Agnen cum lugubres cantus tuba concrepuiseet
Nutricis gremium subito liquisse puellam
Sponte trucis calcasse minas rabiemq. tyranni
Urere cum flammis voluisset nobile corpus
Viribus immensum parvis superasse limorem
Nudaque profusum crinem per membra dédisse
Ne Domini templum faciès peritura videret
O veneranda mihi sanctum decus aima pudoris
Ut Damasi precib. faveas precor inclyta martyr.
« La renommée rapporte que les saints parents ont, il
y a longtemps, raconté qu'Agnès, après que la trompette
eut sonné ses lugubres chants, soudain quitta, jeune fille,
le sein de sa nourrice, foula spontanément aux pieds
les menaces et la rage du cruel tyran, quand il voulut
brûler dans les flammes son noble corps, et, nua, couvrit
ses membres de sa chevelure répandue, de peur qu'un
œil périssable ne vit le temple du Seigneur. 0 vénérée,
ô pure, ô sainte gloire de la pudeur, écoute favorablement
les prières de Damase, je t'en prie, noble martyre. »
On remarquera que ces vers sont d'accord avec la nar-
ration de saint Ambroise sur un point : le jeune âge de
la martyre. Damase la représente « quittant le sein de
sa nourrice » : on sait que, au moins dans les maisons
aristocratiques, la nourrice, ordinairement esclave ou
affranchie, demeurait jusqu'au mariage, quelquefois
même plus tard3, au service de la jeune fille qu'elle
avait élevée: une lettre de saint Jérôme et une loi de
Constantin attestent la mauvaise influence morale par-
fois exercée sur celle-ci par Tancienne nourrice *. La
mention de la nourrice par Damase -<';iecorde très bien
avec l'âge de douze ans qu'Ambroisë attribue à sainte
4 S. Ambroise, De virginibus, I, 2, P. L., t. \vi, cul. 201. —
•DeRossi, In$criptione8 christ ianœ urbis Romte, t. n, p. 45;
Tbm, Damasi epigrammata, 1895, p. 44. — * Juvénal, vi, 354. —
*S. Jérôme, Epist-, uv, ad Furiam, P. L.,t. xxu, col. 551 ;
Code Théodosien, IX, xxiv, 1. — "Cf. Pio Franchi de' Cavalieii,
S. Agnese nella tradizione e nella leggenda, in-8% 1899, p. 13.
— * P. L., t. xvii, col. 1249; Dreves, Aurelius Ambrosius,
der Vater des Kirchengesanges, in-8% 1893, p. 69, 135. — ' Pio
Franchi de' Cavalieri, S. Agnese, p. 8-9. Voir en sens con-
traire le P. Dreves, dans Zeilsrhri/t fur kotolische 'Dm-
Agnès : je ne crois pas qu'il y ait lieu de voir ici dans
nutrix un synonyme de mater*.
Mais, en dehors du jeune âge, aucune des circonstances
rapportées par saint Ambroise ne se rencontre dans
saint Damase, comme aucun des détails donnés par
saint Damase ne se trouve dans le récit de saint Am-
broise. Ni le reius de mariage, ni le supplice de la déca-
pitation, ne sont mentionnés par Damase : en revanche,
Ambroise ne dit rien de la démarche spontanée d'Agnès
quittant sa maison et les soins de sa nourrice pour se
livrer aux persécuteurs, du supplice du feu, de la nudité
d'Agnès couverte par le manteau de ses cheveux. Mais
la plume si peu souple de saint Damase, la gaucherie
habituelle de son vers, l'absence de clarté de ses narra-
tions, laissent le champ ouvert aux hvpothèses : on peut
se demander si, dans sa pensée, le feu tut le supplice
final auquel succomba Agnès, ou seulement une forme
de la torture, ou même seulement une des menaces du
persécuteur : on peut aussi se demander si c'est à ce
moment de son histoire, ou dans quelque autre épisode
auquel Damase ferait ici vaguement allusion, que la
sainte se serait enveloppée de ses cheveux. Une seule
chose est évidente, la complète divergence des détails
donnés par l'évêque de Milan et par le pontife romain,
bien que tous deux fussent contemporains.
Nous laissons ici de côté l'hymne en l'honneur de sainte
Agnès, attribuée à saint Ambroise 6. Cette attribution
n'est pas démontrée : la pière. littérairement très belle,
semble la paraphrase du passage du De virginibus où
il est question de la sainte : il s'y rencontre de nom-
breuses expressions familières à saint Ambroise ; mais,
cela même indique peut-être qu'elle est due à un imita-
teur. Sur un point, d'ailleurs, l'hymne paraît s'écarter
de la version d'Ambroise : l'auteur montre Agnès, déjà
frappée à mort, et cherchant à tomber avec décence :
elle se couvre même le visage de sa main : il pense donc
qu'elle fut égorgée, tandis qu'Ambroisë raconte qu'elle
fut décapitée. Cette préoccupation d'une mort pudique,
in morte vivebatpudor, est peut-être inspirée deDarnase.
Une autre circonstance ie rappelle plus clairement :
l'auteur de l'hymne dit, comme lui, qu'Agnès s'enfuit de
la maison paternelle, détail étranger à saint Ambroise.
On peut donc se demander si, au lieu d'être de ce der-
nier, cette hymne qui est certainement antique, ne
serait pas un premier essai de conciliation entre la tra-
dition ambrosienne et la tradition dainasienne 7.
Le poète espagnol Prudence, à la fin du îv* siècle
ou tout au commencement du v«. a chanté le martyre
d'Agnès. Il lui consacre une des plus belles pièces du
Péri Slcphanon, l'ode XIV. Celle-ci a été composée soit
pendant, soit après son voyage à Rome. Les premier!
vers montrent qu'il a vu le tombeau de la sainte : il
a dû, par conséquent, lire Vepygrammm tLitnn-un. La
similitude de queiqaai expressions (inartyris itu iyta ...
tntx tyrannus) peut en être une réminiscence •. Mais là
se bornent les emprunts faits par Prudence à l'œuvre
du pape. Sur un point, il s'accorde avec lui, comme
avec saint Ambroise : c'est sur l'âge de la martyre :
Autnt jmjali ei.T habilem toro
Primis m armie forte puellulam*.
Les mots vix habilem toro semblent la traduction poé-
tique des douze ans que saint Ambroise donne à Agnès,
logie, p. xxv (1901). qui persiste à voir dans l'hymne une œuvre
authentique de saint Ainluvise. <, 11 ne regarde pas comme
inadmissible que le saint, mieux informe, se soit corrigé lui-
même ; et puis surtout il n'est pas frappé au même point que
M. Pio Franchi de la différence des deux versions. » Analecla
bollandiana, 1901, t. XX, p. 474. — • Cf. Puech, Prudence, 1888
p, 122, note 1. Peut-être aussi dans le Mortis gloria libene
de Prudence (xiv, 9) devrait-on reconnaître un souvenir du
sponte de Damase. — * Péri Stephanôn, xiv, 10-11, éd. Dresselt
I>. 464.
909
AGNÈS (SAINTE:
910
puisque la douzième année était pour les Romaines
la limite extrême de l'âge nubile • ; et le primis in
annis forte puellulam fait penser à la nutrix dont
parle Damase. Mais, pour tout le reste, Prudence tait
les indications données par celui-ci. 11 ne parle ni de la
fuite de la maison paternelle, ni du feu employé comme
torture ou supplice, ni de la chevelure voilant les
membres de la vierge. Il se rattache, au contraire, à la
tradition suivie par Ambroise, puisqu'il montre Agnès
décapitée :
Uno sub ictu nam caput amputât*.
Mais il ne fait pas allusion à un refus de mariage, que
laisse entrevoir Ambroise; et il introduit, à son tour,
dans le récit un épisode dont Ambroise ne fait pas men-
tion, et qui n'est pas, explicitement au moins, raconté
par Damase.
Cet épisode est l'ordre donné par le juge d'exposer
Agnès dans un mauvais lieu, si elle ne consent pas à
adorer Minerve :
Hanc in lupanar tradere pubiicum
Certum est, ad aram ni caput applicet3.
Il n'est pas besoin de rappeler les exemples nombreux
de cet horrible traitement. Il en est souvent question dans
les Passions des martyrs 4. Tertullien parle de chrétiennes
condamnées ad lenonem potins quant ad leoneni '■',
montre les persécuteurs s'efforçant de punir les femmes
chrétiennes par les souillures plus que par les tortures,
inquinamentis potius carnis quant tormentis, afin de
leur arracher ce qu'elles préfèrent à la vie même, id
volens eripere quod vitse anteponunt, c'est-à-dire leur
chasteté0. Saint Cyprien dit qu'en temps de peste les
vierges chrétiennes mouraient joyeuses, parce qu'elles
n'avaient plus à craindre la menace du lupanar: exce-
dunt ecce in pace tutœ cum gloria sua virgines... cor-
ruptelas et lupanaria non timentes 7 . Parfois les con-
damnées à mort devaient subir l'outrage avant le
supplice : les Actes de sainte Thècle la montrent sup-
pliant qu'on la laisse pure jusqu'au moment d'être dé-
vorée par les bêtes, i'va à-pr) u.et'v7) ui^pt; oJ 6/)piou.a-/ifa'') 8-
Le jeune âge même ne préservait pas de l'infamie :
qu'on se rappelle les lilles de Séjan, immaturse puellœ,
violées par le bourreau avant d'être étranglées 9. La
condamnation d'Agnès au lupanar peut être une inven-
tion du poète, de même que quelques-uns des récits de
ce genre qui se rencontrent dans les Passions de mar-
tyrs peuvent avoir été imaginés par leurs rédacteurs;
mais cette condamnation peut aussi avoir été réelle 10, car
elle était dans les mœurs, et on lui trouve de nombreux
précédents.
Ce qui aurait plus de chances d'être une invention du
poète, c'est l'histoire du jeune débauché qui ose lever
les yeux sur Agnès, de l'oiseau de feu qui le foudroie, de
la vue qui lui est miraculeusement rendue à la prière
de la vierge. Prudence rapporte ici une tradition popu-
laire, sans affirmer : sunt qui retttderint 1 1 , dit-il en re-
latant la guérison du malheureux frappé de cécité. Mais
peut-être l'épisode du lupanar se racontait-il ailleurs de
façon différente: il y a si peu de suite dans les récits de
Damase, qu'on pourrait admettre que l'allusion faite
* Voir C. Lécrivain, art. Matrimonium, dans le Dictionnaire
des antiquités, t. ni, p. 1658. Exemple, l'an 330, d'une chré-
tienne mariée avant quatorze ans; De Rossi, ■ Inscript, christ,
urbis Ronue, t. I, n. 37, p. 36. — s Péri Steph., xiv. 89, éd. Dres-
sel, p. 467. — » Ibid., 25-26. — * Tertullien, Apol., 50, P. L., .. i,
col. 565. Voir Allard, Hist. des persécutions pendant les deux pre-
miers siècles, 3* éd., 1903, p. 232, note 2. — 5Tertullien, Apol.,
50, P. L., t. i, col. 603. — uId., De pudicitia, 1, P. L., t. il,
col. 1034. — 7S. Cyprien, De tnortalitate, 1, éd. liartel, p, 306. —
*ActaS. ThecUe,Zl, Lipsius, p. 255. — «Tacite, Ann., v, 9; Sué-
tone, Tiberius, 61 ; Dion Cassius, lviii, 11. — 10E. Le Blant, Les
persécuteurs et les martyrs, 1893, p. 208, entend d' « une épou-
par lui aux longs cheveux dont Agnès voila sa nudité se
rapporte au séjour de la vierge dans le mauvais lieu,
plutôt qu'au dépouillement qui aurait précédé pour elle
le supplice du feu. Le ne Domini templum fades peri-
lura riileret serait le pendant du
... ne petulantius
Quisquam verendum conspiçeret locum,i.
III. Les sources. — La question se pose donc ainsi, au
sujet des sources de l'histoire d'Agnès :
Il se peut que les trois écrivains du ive siècle qui la
racontent avec de notables variantes aient puisé à des
sources diverses. Saint Ambroise dit qu'Agnès fut déca-
pitée; saint Damase parle du martyre par le feu; Pru-
dence fait précéder la décapitation de l'exposition au
lupanar. Saint Ambroise seul fait allusion à une demande
en mariage repoussée par Agnès; saint Damase seul
dit qu'Agnès quitta la maison paternelle pour se dénon-
cer spontanément au persécuteur. Ces versions parais-
sent inconciliables 13.
Mais il se peut aussi que chacun des trois écrivains
n'ait rapporté que partiellement, ne nous ait présenté,
en quelque sorte, que sous un aspect fragmentaire l'his-
toire d'Agnès, et que la combinaison de leurs récits per-
mette de la reconstituer. Agnès aurait fui la maison de
ses parents, se serait présentée d'elle-même au juge
(Damase); celui-ci, ou quelqu'un de son entourage,
l'aurait pressée de se marier (Ambroise) ; pour la con-
traindre, et pour lui faire abjurer sa foi, on l'aurait me-
nacée du feu (Damase); la constance montrée par elle
aurait ensuite décidé le juge à la condamner au déshon-
neur (Prudence); ayant réussi à préserver de toute
atteinte sa chasteté (Prudence, peut-être Damase), elle
aurait enfin été décapitée (Ambroise, Prudence) I4.
IV. La passion. — On voit quels problèmes, non encore
résolus, soulèvent les textes où se répercutent les tradi-
tions qui avaient cours au ive siècle. Ce que l'on peut dire
avec assurance, c'est qu'Ambroise, Damase et Prudence
ont pris les éléments de leurs récits dans la seule tradi-
tion orale. Il est visible, en les lisant, qu'ils n'ont pas
puisé à une source écrite. L'absence de précision des
paroles tout oratoires d'Ambroise l'indique assez, et plus
clairement encore cette phrase sur l'âge de la martyre :
Hiec duodecim annorunt martyrium fecisse traditur.
Quant à Damase, il le dit en propres termes : c'est du
témoignage déjà ancien que la renommée prête aux pa-
rents d'Agnès qu'il s'inspire : Fania refert sanctos du-
dum retulisse parentes. Prudence se sert de formules
analogues, au commencement et dans le cours de son
poème : Aiunt... sunt qui rettulerint. Si ces écrivains
avaient eu sous les yeux d'anciens Actes de sainte Agnès,
ils auraient probablement employé un autre langage.
Après eux, s'inspirant de leurs narrations, les ampli-
fiant librement, parait un récit détaillé du martyre, his-
torique par ce qu'il leur emprunte, légendaire par ce
qu'il y ajoute.
La passion de sainte Agnès nous est venue sous trois
formes : un texte latin, une imitation grecque de celui-
ci, un autre texte grec, qui en est indépendant.
L'auteur de la Passion latine prend le nom d'Am-
broise, soit qu'il veuille se faire passer pour l'évëque de
vantable alternative laissée aux filles chrétiennes » ce texte, que
nous n'avons pas encore cité, de saint Ambroise, De off. ministr., î,
41 : « Quid de sancta Agnes, quae in duarum maximarum rerum
posita periculo, castitatis et salutis, castitatem protexit, salu-
tem cum immortalitate commutavit? » — " Péri Stephanùn,
xiv, 57, éd. Dressel, p. 466. — 12 Péri Stephanôn, xiv, 41-42, éd,
Dressel, p. 646. — ,3Dans ce sens, Pio Franchi de' Cavalieri, S.
Agnese nelle tradizione e nella leggenda, p. 1-26; les Analecta
bollandiana, 1900, t. xix, p. 17-27. — «* Dans ce sens, 1698, Tille-
mont, Mémoires pour servir à l'histoire ecclésiastique, t. Hi, art,
sur sainte Agnès; Allard, La persécution de Dioctétien, 2* éd.,
1900, 1. 1., p. 4O0-W7; I.e Bourgeois, Les martyrs de Rome, p. 33-59.
911
AGNÈS (SAINTE)
912
Milan, soit que le nom d'Ambroise lui appartienne réel-
lement : mais ni son style, ni son récit, ne permettent
de l'identifier avec le grand docteur. T[ prétend avoir
découvert des écrits jusque-là cachés, in, voluminibus
abdilis, qui lui auraient fourni les éléments de sa nar-
ration. Cela est, de toute évidence, une fiction littéraire :
on reconnaît tout de suite que le pseudo-Ambroise
s'est borné à couvrir d'une broderie légendaire le cane-
vas que lui prêtaient les trois écrivains du ive siècle.
C'est ainsi que, là où ceux-ci indiquaient seulement le
jeune âge d'Agnès, il la montre fréquentant les écoles
publiques. Ambroise a fait une vague allusion à des
projets de mariage : le passionnaire dit que le pré-
tendant évincé par Agnès était le fils du préfet de Rome.
Avec la précision que les auteurs de légendes se piquent
d'introduire dans leurs récits, il donne le nom de ce
prétet, Simpronius : l'inventeur ici se trahit, car ce nom
ne se rencontre pas sur la liste des préfets urbains. Il se
met, du reste, en contradiction avec Damase, quand il
montre Agnès dénoncée par un parasite, et amenée au
tribunal par des appariteurs : Damase avait dit qu'elle
se dénonça elle-même, et se rendit de son plein gré
devant le juge. Après avoir, comme l'indique Prudence,
raconté que le magistrat donna le choix à Agnès ou de
sacrifier, ou d'être condamnée au déshonneur (mais en
substituant au sacrifice à l'honneur de Minerve, dont
parle seulement le poète, l'enrôlement parmi les Vee-
tales), il ajoute qu'Agnès fut aussitôt dépouillée de ses
vêtements et conduite en cet état, précédée d'un héraut,
jusqu'au lupanar. Là, ses cheveux la couvrirent entière-
ment : mais, de plus, un ange l'enveloppa d'un manteau
de lumière, et une blanche tunique lui fut miraculeu-
sement offerte. Le fils du préfet, ayant c«é lever les yeux
sur elle, tomba mort. Le préfet accourut, accabla Agnès
de reproches, l'accusa d'avoir usé de maléfices. L'ange,
alors, se montra de nouveau, et, sur la prière d'Agnès,
ressuscita le jeune homme. Le peuple cria à la magie.
Le préfet, ne voulant plus condamner Agnès, et n'osant
l'acquitter, laissa au vicaire Aspasius le soin de continuer
le procès. Celui-ci condamna Agnès au bûcher : c'est la
version de Damase. Mais Agnès fut miraculeusement
préservée des flammes. Alors le vicaire commanda
d'égorger Agnès : in gutlur ejus gladium mergi.
Ce court résumé montre ce que le passionnaire fait
des traditions recueillies par Ambroise, Damase et Pru-
dence, comment il les concilie, comment il les modifie,
ce qu'il y ajoute, en quoi il s'en écarte. Le caractère de
composition factice, et le procédé même de l'auteur, se
trahissent à chaque ligne. Les réminiscences assez con-
fuses notées par les trois écrivains deviennent, sous
la plume du compilateur, un petit roman pieux, bien
ordonné, et propre à satisfaire le goût du public pour
le merveilleux. Outre l'abondance de ce merveilleux
— dont les écrits hagiographiques vraiment anciens
sont au contraire si sobres — d'autres traits dénotent
ici l'écrivain de basse époque. L'ordre de dépouiller
Agnès devant le tribunal, et de la conduire nue à
travers les rues de la ville, est invraisemblable1. Les
paroles du préfet engageant Agnès à s'enrôler parmi les
Vestales ne peuvent avoir été écrites qu'à une époque où
l'on n'avait plus une idée exacte de ces prêtresses, les-
quelles durèrent jusqu'en 39't : un détail analogue se
rencontre dans les Actes des SS. Nérée et Achillée, qui
sont du v« siècle.
C'est bien à cette époque que semble aussi avoir été
écrite la Passion de sainte Agnès.
En effet, l'homélie composée en l'honneur de cette
sainte, par saint Maxime de Turin, mort après 165, re-
' Ammien Marcellin, xxvni, 1 ; cf. Franchi de' Cavalieri, p. 29,
note 3. — * Tillemont, Mémoires pour servir à l'histoire ecclè-
tiaatique, t. v, note i sur sainte Agnès. — 3 Pio Franchi de'
Cavalieri, S. Agnese nelle tradizione e nella leaaenda, appen-
produit non seulement les détails les plus caractéris-
tiques de la légende latine, ceux qui ne se rencontrent
point dans Ambroise, Damase ou Prudence, mais en-
core se sert souvent des expressions mêmes employées
par le passionnaire. A moins d'admettre, comme Tille-
mont l'a supposé sans preuves2, que cette homélie n'est
pas authentique, on ne saurait faire descendre la Passion
latine de sainte Agnès plus bas que la seconde moitié du
Ve siècle. Le travail légendaire d'où elle est sortie est
postérieur de plus d'un demi-siècle aux témoignages des
trois écrivains du ive siècle qui en ont fourni le thème.
Des deux Passions grecques que nous possédons, l'une
a peu d'intérêt, puisqu'elle n'est que la traduction de la
légende latine3. L'autre est beaucoup plus intéressante,
parce qu'elle offre un récit indépendant. M. Pio Franchi ■
de' Cavalieri Ta publiée le premier, d'après deux manus-
crits, l'un du Vatican, l'autre du patriarcat grec de Jé-
rusalem4.
Cette Passion grecque est beaucoup plus courte que
la légende latine. Elle n'est pas attribuée comme celle-ci
à un Ambroise. Elle en diffère sur des points impor-
tants. C'est ainsi qu'au lieu d'être présentée sous les
traits d'une enfant de douze ans, Agnès nous est mon-
trée comme une vierge d'âge mùr, autour de laquelle
s'assemblaient les matrones romaines, avides d'entendre
ses leçons. Dès le milieu de son interrogatoire le juge la
fait mettre nue, ce qui n'est pas dans la légende latine,
où elle n'est dépouillée de ses vêtements qu'au moment
d'être conduite au lupanar ; mais, en revanche, la Pas-ion
grecque lui rend une tunique à ce moment. Les scènes
qui se passent dans le mauvais lieu sont, avec quelque
amplification, imitées de Prudence. Le juge fait périr
Agnès par le feu, contrairement au récit de ce dernier
et de la légende latine. La Passion grecque ne donne
pas le nom du juge, ne le montre point passant la main
à son vicaire, et ne dit pas que le jeune libertin frappé
de mort puis ressuscité soit le fils du préfet de Rome.
Il semble, à première vue, difficile d'établir une dé-
pendance entre ces deux récits. C'est cependant ce qu'a
cru possible M. Franchi de' Cavalieri. Il pense que le
texte latin est une amplification du texte grec, mais que
l'auteur de la légende latine a corrigé ce dernier après
avoir lu l'inscription damasienne. Malgré les raisons
plausibles dont le savant critique appuie son senti-
ment, il n'est pas impossible de renverser l'hypothèse,
et de voir au contraire dans la Passion grecque un
abrégé de la Passion latine : l'helléniste aurait ignore,
sur un point au moins, la tradition damasienne, et
donné à l'héroïne un âge qui lui paraissait rendre plus
vraisemblable le reste du récit. Les autres variantes
s'expliqueraient par la liberté que prenaient, vis-à-vis de
l'original adapté par eux, les abréviateurs comme les
amplificateurs de légendes. La question reste donc ou-
verte, et il serait sans doute périlleux de se montrer
•rop affirmatif dans un sens ou dans un autre : je ne
puis que renvoyer, sur ce point, aux prudente* obser-
vations des Analecta bollamtiniin >.
De la Passion grecque récemment éditée dépendent la
version syriaque depuis longtemps connue6 et aussi le
texte abrégé inséré dans les Menées ' ,
V. La légende latine. — La Passion grecque se ter-
mine à la mort d'Agnès : la doxologie qui remplit les.
dernières lignes montre bien que la pièce finit là. Au
"contraire, dans la légende latine, un second récit -*■
grefle sur celui du martyre. C'est la narration de la
sépulture d'Agnès dans un hypogée de famille, du cou-
cours des chrétiens autour de son tombeau, d'une
émeute de païens dans laquelle périt Emérentienne,
dice 2, p. 76-92. — * Ibid., appendice 1, p. 71-75. — » Analecta bol-
landiana, 1900, L xix, p. 227-228. — • Assemani. Acta SS. mar-
tyrum orientalium et occidentalium, Rome, 1748, t. il, p. 159-
164. — 'P. G., t. cxvn, p. 524; Acta sanct., jan. t. m, p. X4.
m 3
AGNÈS (sainte;
014
sœur Je lait d'Agnès, de l'inhumation d'Emérentienne
dans un prsediolum voisin de l'hypogée d'Agnès, de
l'apparition de celle-ci à ses parents, de la guérison
miraculeuse de Constantina, fille de Constantin, de la
construction par cet empereur, à la prière de sa fille,
d'une basilique sur le tombeau de la martyre, et enfin
de la construction d'un mausolée pour elle-même par
Constantina.
Aucun de ces faits n'est rappelé dans l'homélie de
saint Maxime de Turin. Il y a lieu de croire qu'il ne les
a pas connus. Cette seconde partie de la Passion, où se
montre autant de précision topographique qu'il y en a
peu dans la première, sera facilement, malgré les res-
semblances de style, jugée d'un autre auteur : on croira
même volontiers qu'elle a été rédigée à une époque très
postérieure, et que la première rédaction de la Passion
latine se terminait au martyre de la sainte.
VI. Époque du martyre. — En quel temps fut marty-
risée sainte Agnès ? Rien ne permet de le dire avec cer-
titude. Plusieurs critiques placent l'histoire d'Agnès
pendant la persécution de Valérien (257-259). Ils tirent
argument dans ce sens du nom d'Àspasius Paternus,
que la Passion latine donne au vicaire du préfet, et qui
fut porté sous Valérien par un proconsul d'Afrique,
celui-là même qui, en 257, exila saint Cyprien1. L'in-
dice fourni par cette similitude de noms est de mince
valeur. Les passionnaires de basse époque donnaient
volontiers aux magistrats qu'ils mettaient en scène des
noms portés par des personnages historiques1'. Il est
facile de voir que l'Aspasius Paternus des Actes authen-
tiques de saint Cyprien et l'Aspasius Paternus de la
Passion de sainte Agnès ne peuvent être la même per-
sonne. La persécution de Valérien étant comprise entre
les années 257 et 259, il faudrait, pour que le même
Aspasius ait pu condamner saint Cyprien en Afrique et
sainte Agnès à Rome, ou que du proconsulat d'Airique
il ait été nommé au vicariat de la préfecture urbaine,
ce qui eût renversé l'ordre des magistratures, ou que de
ce vicariat il fût monté directement au proconsulal
d'Afrique, ce qui n'a pu avoir lieu. D'ailleurs, le vicariat
de la préfecture urbaine n'apparaît pas avant Dioclétien.
Il faut ajouter que la condamnation d'une enfant de
douze ans au déshonneur et à la mort ne rentre dans
aucun des cas prévus soit par l'édit promulgué par Va-
lérien en 257, soit par l'édit promulgué par le même
empereur en 258. Un tel acte de barbarie conviendrait
plutôt aune persécution comme celle de Dioclétien, où
l'on vit des excès de toute sorte, et qui prit quelquefois
le caractère d'une tuerie en masse.
VII. Authenticité; monuments du culte. — On voit à
quoi se réduit l'incontestable dans l'histoire d'Agnès.
Si l'on écarte les détails qui ne sont que vraisemblables,
pour s'en tenir seulement à ce qui est certain, on reste
en présence de bien peu de chose. Ce peu de chose, ce-
pendant, existe. Il y a des points sur lesquels la tradition
ancienne ne varie pas. L'un de ces points est le jeune
âge d'Agnès : Ambroise, Damase, Prudence, sont ici
unanimes. L'autre est le péril auquel fut exposée sa
chasteté : les trois écrivains du iv* siècle voient en elle
une martyre de la pudeur en même temps que de la foi :
les détails sont plus ou moins sûrs, mais l'indication est
« Mazocchi, Comm.in marra, neap. Kalend., p. 920 ; Armellini,
M cimitero di S. Agnese, p. 41 ; Le Bourgeois, Les martyrs de
Rome, t. i, p. 20-32. — 2 CI. Ed. Le Blant, Les actes des martyrs,
1882, p. 27. — 3 Une petite pierre sépulcrale, mesurant 0"' 66 sur
0"33, et conservée au musée de Naples, porte : AGNE SAN-
CT1SSIMA. Voir sa reproduction dans Armellini, Il cimitero di
S. Agnese, t. xiii, n° 3, et dans Wilpert, Die Gottgeweihten
Jungfrauen, 1892, pi. v, n° 8. M. Armellini (p. 66) y reconnaît
le titulus primitif de sainte Agnès. La dimension de la pierre
semble convenir au tombeau d'un tout petit enfant, plutôt qu'à
celui d'une jeune fille de douze ans. On pourrait admettre, cepen-
dant, que la pierre qui a servi à fermer le loculus catacombal
était plus grande, et a été brisée aux deux extrémités. Mais l'at-
tout à fait affirmative. On hésitera davantage à définir
le genre du supplice, bien que saint Ambroise et Pru-
dence concordent ici, et que Damase ne leur soit peut-
être contraire qu'en apparence. Mais ce qui éclate à tous
les yeux, dans une lumière devant laquelle s'évanouis-
sent les incertitudes de détail, c'est la popularité dont
Agnès jouit à Rome au IVe siècle. Cette petite fille, sur
laquelle nous savons si peu, se montre à nous comme
une sainte nationale des Romains, comme une patronne
de leur cité :
Conspectu in ipso condila turrium
Servat salutem virgo Quiritium,
dit Prudence, qui semble peindre Agnès comme une
sentinelle avancée, veillant à la sécurité de ses conci-
toyens, et, de sa tombe, qu'ils apercevaient du haut de
leurs remparts, les protégeant contre les incursions de
l'ennemi.
En dehors des textes du poète, de saint Ambroise et
de Damase, nombreux sont les témoignages de la dévo-
tion du ive siècle envers la jeune martyre.
Le premier est son tombeau lui-même. La Depositio
marlyrum indique celui-ci sur la voie Nomentane. Au
moment où ce document fut rédigé, c'est-à-dire au
milieu du ive siècle, un cimetière s'était déjà formé
autour de la sépulture primitive de sainte Agnès. Plu-
sieurs des galeries de ce cimetière avaient même été dé-
truites pour faire place à la basilique semi-souterraine
construite au niveau du second étage de la catacombe,
de manière à englober la tombe de la martyre 3. D'après
le Liber ponti/icalis, cette basilique fut élevée par
l'ordre du premier empereur chrétien, c'est-à-dire avant
337, sur la demande de sa fille Constantina4, probable-
ment celle qui épousa Annibalien, puis Gallus. Une ins-
cription acrostiche, qui se lisait dans l'abside de la basi-
lique avant la réfection du vne siècle5, la donne comme
sa fondatrice. Cette région cémétériale est un des lieux
constantiniens de Rome : tout près de la basilique existe
encore le charmant édifice, à la fois mausolée et baptis-
tère, où Constantina fut enterrée avec sa sœur Hélène,
femme de l'empereur Julien6.
On voit que le culte de sainte Agnès a précédé les plus
anciens témoignages écrits qui nous soient restés sur
elle. Probablement même une image sculptée de la mar-
tyre, découverte il y a quelques années, est-elle anté-
rieure à l'écrit d'Ambroise, aux vers de Damase et de
Prudence. En 1884, lors de travaux exécutés dans la ba-
silique, on trouva une plaque do marbre, qui avait tait
partie delà décoration du presbijterium, et formait pro-
bablement le devant de l'autel primilit. Une orantey est
sculptée en bas-relief, jeune, les cheveux rattachés en
nœud au sommet de la tête : elle porte une tunique à
larges manches et une dalmatique tombant jusqu'aux
pieds. Un ancien graffito, revit en très petites lettres,
près de la tète, porte : SCA AGNES 7.
Un peu plus tard, Agnès apparaît encore, en orante,
sur les verres à ligures dorées, qui ont été trouvés en assez %
grand nombre dans les catacombes8. Après les deux
saints fondateurs de l'Église romaine, elle est le person-
nage le plus souvent représenté sur ces fragiles monu-
ments. On l'y voit à côté de la Vierge Marie, ou entre
tribution est tout à fait conjecturale. — * Liber ponti/icalis, Sil-
vester, éd. Duchesne, t. i, p. 180. — 5De Rossi, Inscriptiones
christianse urbis Romx, t. n, p. 44. — ° Ammien Marcellin, xxi,
1. Cf. Allard, Julien l'Apostat, in-8", 1903, t. n, p. 32. — ' Bul-
lettino di archeologia cristianu, 1885, p. 128; Wilpert, Die
gottgeweihten Jungfrauen, pi. n, n" 2. Ce bas-relief avait
déjà été vu par Bosio, et édité dans sa Roma sotterranea,
p. 249; mais on y avait reconnu à tort un débris de sarcophage
et, faute de lire le graffito, on avait pris cette orante pour
l'image d'une défunte anonyme. — «Ganucci, Vetri ornati
di figure in oro trovati nei cimiteri dei cristiani primitivi di
Roma, pi. xxi, 5; xxn, 1; Storia dell' arte cristiana, pi. 301,
n. 10.
915
AGNÈS (SAINTE
OdG
saint Pierre et saint Paul, entre saint Vincent et saint
Hippolyte, ou plus souvent seule. Un verre la représente
ayant au cou un riche collier : une sorte d'écharpe, posée
sur la tunique, est rattachée à la ceinture par une large
fibule. Au-dessus de la tête est écrit : ANGNE. Il se peut
que ces bijoux soient un souvenir d'un passage bien
connu de la Passion latine, où il est question des orne-
ments dont l'époux céleste para sa fiancée. Sur le même
verre se reconnaît un souvenir de l'hymne de Prudence.
Aux pieds d'Agnès sont représentées, à droite et à gauche,
deux colombes tournées vers elle, et portant chacune
dans le bec une couronne qu'elles semblent lui offrir :
c'est la traduction plastique des vers du poète :
Duplex coro»a est prsestita martyri :
Intactum ab omni macula virginal,
Mortis deinde florin libéras1 :
lesquels ne sont eux-mêmes que la paraphrase du mot de
saint Ambroisesur le duplex martyrium, pudoris et re-
ligionis, qui fit la gloire d'Agnès.
Au VIe et au vne siècle, c'est clans les mosaïques
218. — Fond de coupe.
D'après Garrueci, Storiti del arte cristiana, pi. 801, D. 10.
qu'apparaît l'image de sainte Agnès. A Ravenne, au-
dessus des arcades d'une nef de Saint-Apollinaire-le-
Jeune, est représentée une procession de saintes, riche-
ment vêtues, et portant dans leurs mains des couronnes
qu'elles vont offrira Marie. Aux pieds d'Agnès se voit un
petit agneau, la tête tournée vers elle 2. Cela semble un
souvenir de la Passion latine3. Celle-ci raconte que,
pendant que les parents de la martyre veillaient près
de son tombeau, ils virent un chœur de vierges, vêtues
de robes tissées d'or : parmi elles était Agnès, parée de
même, à la droite de laquelle se tenait un agneau plus
* Péri Stephanôn, xiv, 7-9, Dressel, p. 464. — * Garrueci,
Storia delV arte cristiana, pi. ccxliv, 3; ccxlv, 1, 2; Bayet,
L'art byzantin, p. 67. — 3 A moins que ce détail ne soit suggéré
par le nom même de la martyre : Agnes latine agnam signifl-
cat, grsece castam. S. Augustin, Serm., cclxxxiii, 6, P. h.,
t. xxxvin, col. 1250. — *Une coutume liturgique romaine rattache
encore l'agneau au souvenir de sainte Agnès. Chaque année, le
21 janvier, dans sa basilique de la voie Nomentane, sont bénits
deux agneaux dont la laine servira à la confection des pallia des-
tinés aux archevêques ou évèques que le saint-siege veut hono-
rer. Pendant cette bénédiction, le chœur chante une antienne
tirée de la Passion d'Agnès : Stans a dextris ejus agnus nive
candidior, Christus sibi sponsam consecravit et tnartyrem.
Sur les détail* de cette cérémonie, voir Le Bourgeois. Le» mar-
blanc que la neige4. Le mosaïste contemporain de .lus-
tinien a peut-être lait allusion à ce détail. Un siècle plus
tard, c'est un autre trait de la Passion latine qui est
rappelé dans la mosaïque dont le pape Honorius fit dé-
corer la basilique romaine d'Agnès. La sainte, qui res-
semble à une impératrice byzantine, porte une tunique
sur laquelle est brodé le phénix, symbole d'immortalité;
elle est debout entre Honorius et un autre pape, peut-
être Symmaque. Devant elle se voient deux globes de
flammes. L'allusion, ici, se rapporte au récit de la Pas-
sion, d'après lequel le feu où le vicaire Aspasius fit jeter
Agnès se divisa en deux parties, de manière à ne pas
la toucher. Près des globes de flammes, le mosaïste
a représenté un glaive : allusion à la décapitation
finale \
VIII. Les églises. — Outre la magnifique basilique
■
TSIïISIiïsKI
219. — Mosaïque de Saint-Apollinaire-le-Jeune a Ravenne.
D'après Bayet, L'art byzantin, p. 67, fig. 17.
construite au iv siècle, réparée au vi-*;. puis au \w",
qui garde jusqu'à nos jours, sur la voie Nomentane, le
tombeau de la sainte, et semble comme une lkur de
marbre poussée de sa catacombe 8, Rome a possédé
plusieurs églises construites en l'honneur d'Agnès.
Deux d'entre elles, S. Agnes in Transtevere eiS.Agnese
ad duo fuma, ont disparu» : mais celle de la place Na-
vare, S. Agnese in Agone, est encore debout, à l'endroit
tyrs de Rome, p. 90-91. — "De Rossi, Musaici délie cliest di
Roma anteriori al secolo xv, in-fol., 1S72, sec. vu, fasc. 3-4.
— • Sous le pape Symmaque ; Liber pontiflcalis, éd. Duchesne,
t. I, p. 263, 268. — 'Sous le pape Honorius; Liber pontiflcalis,
éd. Duchesne, t. I, p. 323-325. — Voir les diverses inscription»
mises dans la basilique par Honorius; De Bossi, Inscr. christ.
urbis Romx, t. il, p. 62, 89, 10'». 137. — » Probablement existait
dès le v siècle un monastère de femmes dans le voisinage de la
basilique. Découverte, pris du tombeau de la sainte, de l't'pi-
taphe d'une abbesse (abbatissa) morte en 514 à l'âge de quatre-
vingt-cinq ans. Xuovo bull. di arch. crist., 1901, p. 298-300;
H. Leclercq, Soie sur les abbesies dans Vepigraphie et la
liturgie, dans llassegna Gregoriana. 1903, p. tO-15. — •Anuel-
lini, l.r chiese di Roma, p. 105.
9-1 7
AGNÈS (SAINTE) — AGNÈS (CIMETIÈRE DE SAINTE-)
918
même où s'élevaient les arcades du stade de Domitien.
Au témoignage de l'Itinéraire d'Einsiedeln, elle existait
dès le VIIe siècle. Au XIe, les Mirabilia urbis Remise la
citent comme consacrant le lieu même du martyre
d'Agnès. On ne saurait dire à quelle date remonte cette
tradition, car Prudence ne nous fournit, dans le Péri
Stephanôn, aucune indication précise de lieu. Mais la
situation de l'église, rapprochée de l'incident du lupa-
nar, lui donne assurément quelque vraisemblance. La
Passion latine, écrite au cours du ve siècle, c'est-à-dire
à une époque où tout souvenir local n'était probable-
ment pas effacé, place in theatrum l'endroit de l'expo-
sition, puis du supplice d'Agnès. On sait que sous les
fomices «des stades, des cirques, des théâtres de Rome
s'abritaient toujours de mauvais lieux : De circo, de
tlieatro, de stadio... merelrices collegit, dit le biographe
d'Élagabale1. L'existence d'une église construite préci-
sément au-dessus d'une de ces fornices, et dédiée à
sainte Agnès, a très naturellement porté à croire qu'un
des endroits infâmes existant sous le stade dont la place
Navone occupe aujourd'hui le lieu vit le martyre
d'Agnès. Que si l'on refuse d'admettre cette hypothèse,
parce que les documents anciens ne contiennent pas
trace de cette « localisation », laquelle apparaît seule-
ment sous une forme précise au moyen âge2, on devra
supposer que dans le seul but de sanctifier un empla-
cement autrefois souillé, une église y fut élevée sous le
vocable de la chaste martyre.
IX. Fouilles récentes. — Des fouilles ont été exé-
cutées, en 1901, dans la basilique de la voie Nomentane
par les chanoines réguliers de Latran, qui ont la garde
de cette basilique et de son cimetière. Elles ont fait re-
trouver, entre l'autel et l'abside, des tombes du ive siècle,
sépultures ménagées dans le voisinage de celle de la
martyre, après la construction de la basilique; puis, au-
dessous du niveau des galeries cémétériales démolies
pour édifier celle-ci, un ambulacre encore intact, conte-
nant des loculi pour la plupart fermés; enfin les fonda-
tions d'une abside, située un peu en dehors du plan de
l'abside actuelle, et qui pourrait appartenir à l'édifice
constantinien 3. Un autre résultat des fouilles a été la
découverte, dans le massif de maçonnerie situé au-des-
sous de l'autel, d'une châsse d'argent où le pape Paul V
déposa, en 1615, des ossements vénérés comme ceux de
sainte Agnès et de sainte Émérentienne *.
Ces ossements furent reconnus, en 1605, par le cardi-
nal Sfondrate. Il avait trouvé, sous la confession, dans
une sorte de fosse construite en forme d'arche, deux
squelettes posés sur une tablette de marbre. Dix ans
plus tard, le pape Paul V enferma ces restes dans une
châsse, qui fut placée sous le soubassement de l'ancien
autel. C'est cette châsse que viennent de remettre en
lumière les fouilles de 1901 5.
On s'est demandé si elle contient les reliques authen-
tiques des deux martyres 6. Aucune inscription accom-
pagnant les corps trouvés en 1605 ne permet de les
identifier avec certitude. Il ne parait pas résulter des
documents anciens qu'Agnès et Émérentienne aient
jamais partagé la même tombe. Quand le pape Hono-
rius (625-638), après avoir lait probablement une recon-
naissance des reliques7, décora d'ornements d'argent et
d'un dais de bronze doré le tombeau d'Agnès 8, il y mit
une inscription dans laquelle il est seulement question
de celle-ci : Virginis hoc Agnse claudimtur membra
•Lampride, Elag., 26. — « Pio Franchi de' Cavalieri, S. Agnese,
p. 66. — 8 Nuovo bullettino di archeologia cristiana, 1901,
p. 223-224 ; 1902, p. 133, 297. — * Ibid., p. 297. — » Cf. Le Bourgeois,
Les martyrs de Rome, t. i, p. 123-126. — «Cf. Franchi de' Cava-
lieri, S. Agnese, p. 19, note 1. — " « .4 solo ubi requiescit quetn
undique ornavit, exquisivit... » Liber pontiflcalis, Honorius,
éd. Duchesne, t. i, p. 323. — * Ibid. — "De Rossi, Inscr. christ.,
t. h, p. 62. — 10 Voir l'Itinéraire de Salzbourg, VEpitome de locis
sanct. inart-, la Notifia portarum, viarum, etc. ; De Rossi, Borna
sepulcro'1. Vers la même époque, les itinéraires des pè-
lerins constatent qu'Agnès reposait seule, sola, dans sa
basilique, et Émérentienne dans une crypte d'un cime-
tière voisin 10. Au commencement du IXe siècle, le pape
Pascal Ier (817-824) transporta e cymiteriis seu cryptis
dans l'église de Sainle-Praxéde niulta corpora sancto-
rum : dans la longue liste qu'il en dressa, et qui existe
encore dans cette église, est nommé celui d'une Émé-
rentienne ". D'après le témoignage de Jean Diacre, le
chef de sainte Agnès était vénéré en 1169 au Sancta
Sanctorum près du Latran 12; un demi-siècle plus tard,
le pape Honorius III (1216-1227) l'enferma dans une cas-
sette d'argent, encore conservée dans ce sanctuaire13.
Or, quoique Bosio dise le contraire, la relation officielle,
publiée par Boldetti, suppose que les squelettes trouvés
dans la basilique avaient tous deux leurs tètes, puisqu'il
y est question de débris en or et de restes de tissus gisant
prope capitali. Le rapprochement de ces divers laits
rend difficile d'affirmer, au moins jusqu'à nouvel examen,
que ce sont bien les corps des deux saintes qui furent
retrouvés au xvue siècle, et qui ont donné lieu de nos
jours à une nouvelle découverte 15.
Sans prétendre porter un jugement définitif, nous di-
rons seulement que la trouvaille de 1605, sur laquelle
les récentes fouilles ont rappelé l'attention, n'offre pas
d'indice assez sûr pour dissiper l'obscurité des textes et
permettre de conclure qu'Agnès mourut par l'epée plu-
tôt que par le feu.
X. Bibliographie. — Acta sanctorum, 1643, jan.
t. m, p. 350-363. — Ruinart, Aeta primorum martyrum
sincera et selecta, 1689, p. 505-508. — Assemani, Acta
sanctorum martyrum orientalium et occidenlalium ,
1748, t. n, p. 148-149. — Tillemont, Mémoires pour ser-
vir à l'histoire ecclésiastù/iie des six premiers siècle*.
1698, t. v, p. 344-350, 723-725. - Martigny, Notice his-
torique, liturgique et archéologique sur le culte de
sainte Agnès, 1847. — Barlolini, Actes du martyre de
la très noble vierge romaine sainte Agnès, trad. fran-
çaise, 1864. — Martigny, art. Agnès, dans Dictionnaire
des antiquités chrétiennes, 2e éd., 1877, p. 29-32. — Ar-
mellini, U cimitero di S. Agnese nella via Nomentana,
1880. — Kraus, art. Agnes, dans Real-Encyklopàdie der
christlichen Àltert humer, 1882, t. i, p. 27-29. — Allaid,
La persécution de Dioctétien et le triomphe de l'Eglise,
2= éd., 1900, t. i, p. 399411. — Le Bourgeois, Les mar-
tyrs de Rome, 1897. t. i, p. 23-96. — Dulourcq, Étude
sur les Gesta martyrum romains, 1900, p. 214-217. —
Pio Franchi de' Cavalieri, S. Agnese nella tradizione e
nella leggenda, 1899. — L. de Kerval, Sainte Agnès
dans la légende et dans l'histoire, 1901. — Marucchi,
Les catacombes romaines, 1900, p. 259-292. — Nuovo
Bullettino di archeologia cristiana, 1901, p. 222-225;
1902, p. 127-133, 297-300.
P. Allard.
AGNÈS (Cimetière de Sainte-). — I. Topogra-
phie, géologie, superficie. II. Origines. III. La gens Clo-
dia. IV. Description du cimetière : 1. Région primitive;
2. Deuxième région; 3. Troisième région; 4. Quatrième
région; 5. Le mausolée Constanlinien; 6. Sainte-Agnès
hors les murs ; 7. L'area à ciel ouvert ; 8. Le sarcophage
de sainte- Constance.
I. Topographie, géologie, superficie. — A l'époque
la plus prospère de l'empire un grand nombre de la-
milles nobles possédaient des jardins et un hypogée le
sotterranea, 1. 1, p. 178, 179. — ' ' Duchesne. Le Liber pontifîcalis,
t. n, p. 54, 64,1. 5. — "De eccl. Later., dans Mabillon, ilf us. ital.,
t. n, p. 573. — >* P.L., t. lxxviii, n il. 139. — l*Roma sotterranea,
p. 621; Osservazioni sopra i cimituri, p 026. Le texte italien de
cette relation est peut-être plus amphibologique : il dit : o tra il
posto délia testa deU' uno edell' altro (oorpo). » — ,5Cf. Revue d'his-
toire ecclésiastique, Louvain, 1902, p. 1(168-1069. Voir, dans lesens
opposé, F. Jubarru, Le martyre de sainte Agnès et les fouilles
récentes, dans les Études religieuses, 1902, t. xen, p. 145-156.
910
AGNÈS (CIMETIÈRE DE SAINTE-)
920
long de la route qui conduisait à Nomentum1. Ce fut
sur cette voie que l'apôtre Pierre établit son premier
centre catéchétique2. Saint Paul avait exercé son mi-
nistère près de ces lieux pendant sa détention, aux
castra prsetoriana, bâtis par Séjan, près de la via No-
mentana3. De très bonne heure une des familles possé-
dant son prsedium funéraire su» la via Nomentana, à
proximité de l'Ostrianum, ubi Petrus baptizabat, aurait
embrassé le christianisme; malheureusement il n'est pas
possible de rattacher ces origines conjecturales aux ori-
gines historiques du cimetière par un lien bien solide.
Les Actes de sainte Agnès, quoique dépourvus de toute
valeur4, peuvent être cités lorsqu'ils nous disent que les
parents de la martyre possédaient une petite propriété
sur la via Nomentana : Parentes vero ejus cum omni
gaudio abstulerunt corpus ejus et posuerunt illud id
prsediolo suo, non longe ab Urbe in via qux dicitur
Numentana^, et à propos de la déposition des restes de
sainte Émérentienne, les mêmes Actes rapportent la
même chose : et sepelierunt illud (corpus) in confinis
agelli beatissimse. virginis Agnetis*. La question de sa-
voir en quoi consistait ce domaine est assez obscure. A
quelle époque était-il entré dans la famille de la jeune
martyre? Cette famille était-elle chrétienne? Autant
d'interrogations auxquelles certains trouveraient ré-
ponse : nous n'avons pas l'intention de les imiter7. On
a pensé que les édits de Valérien et de Dioclétien portant
confiscation des propriétés ecclésiastiques avaient pu at-
teindre le prœdium de la famille de la martyre et par
une ingénieuse conjecture celle-ci se trouvait être une
descendante des Flavius; mais on ne saurait dire autre
chose, sinon que le domaine de la gens Flavia était limi-
trophe et distinct de celui des parents de la jeune fille.
Le cimetière de Sainte-Agnès se trouve à une profon-
deur de onze mètres sous la via Nomentana, taillé
dans un sol de formation volcanique, de cette période
que les géologues nomment pliocène. Les couches
d'épaisseur variable sont du genre pierreux, semi-pier-
reux, friable et granulaire. Ce cimetière est, en compa-
raison des autres, dans un état de conservation excep-
tionnelle : les ébouleinents ont été rares, les loculi sont
demeurés souvent intacts, les squelettes ont gardé leur
première position. Un grand nombre de ceux-ci sont
saupoudrés d'une couche de chaux blanche qui enve-
loppe le corps, sur lequel se voit encore l'empreinte du
suaire qui servit à l'ensevelir. La poussière roussàtre que
l'on remarque sur ces squelettes donne une belle flamme
et une odeur caractérisée d'aromates : c'est un eflet des
' La villa de Phaon, l'affranchi de Néron, était située entre la
voij Salaria et la voie Nomentana, vers la quatrième borne mil-
liaire, environ une lieue et demie, sans doute un peu au delà de
l'Arno, entre le ponte Nomentana et le ponte Salaro, sur la via
Patinaria. Cf. %. Platner et C. J. Bunsen, Beschreibung der
Stadt Rom, in-8% Stuttgart, 1830, t. m, 2* partie, p. 455. On sait
que Néron sortit en fugitif par la porte Colline, et Suétone, iVe-
ron, 48, rapporte qu'on voulut le blottir dans une excavation de
pouzzolane comme on en voit beaucoup dans ces parages. D est
resté un souvenir épigraphique du règne de Néron sur l'abaque
d'un chapiteau composite à l'entrée de la vigne du monastère de
Sainte-Agnès. R. Fabretti, Inscript, antiquar., quœ in sedib.
patern. asservantu; , explicatio, in-fol., Rom», 1702, p. 721,
n. 431; F. Ficoroni, Piombi anticlii, in-4*, Roma, 1740, p. 15;
Promis, Gli architecti e l'architeltura, presso i Romani, in-4',
Torino, 1871, p. 137; Bruzza, Iscrizioni dei marmi grezzi, in-8*,
Roma, 1872, p. 132-133. — « De Rossi, Del luogo appellato ad
Capream, presso la via Nomentana, dalV età arcaica ai primi
secoli cristiani, dans Bull, délia Co>nmiss. arch. comunale di
Roma, 1883, p. 244-258; Bull, di arch. crist., 1867, p. 39; 1876,
p. 150-153; Armellini, Scoperta delà cripta di S. Emerentiana
e di una memoria relativa alla caltedra di San Pietro,
in-8*, Roma, 1877. — 3 Act., xxvm, 16; Suétone, Tiberius,
xxxvu; Armellini a en effet découvert, parmi des tombes
païennes répandues sur l'area adjacente à la basilique, celle
d'un soldat des cohortes prétoriennes. — * Pio Franchi de' Cava-
li«ri, S. Agnese nella tradition» e nella leggenda, dans flû-
résidus de baume et d'autres substances odoriférantes en
usage dès le IIe siècle pour l'ensevelissement des chré-
tiens, soit comme marque d'honneur, soit comme désin-
fectant8. Le cimetière était creusé à deux niveaux diffé-
rents, le plan supérieur a été presque entièrement bou-
leversé et détruit lors de la construction de la basilique
et de ses annexes. Trois escaliers donnent accès à la
catacombe, deux d'entre eux touchent la basilique, le
troisième se trouve au mausolée de sainte Constance.
Le peu d'étendue du cimetière de Sainte-Agnès porte à
croire qu'il n'a jamais fait partie des vingt-cinq cime-
tières auxquels étaient attachés des titres presbytéraux;
en outre, l'absence de locaux destinés aux assemblées
nombreuses confirme le caractère privé qu'il a,ura tou-
jours conservé : il ne sera jamais tombé dans le do-
maine administratif de l'Église de Rome, ce qui lui a
permis de garder le nom de son fondateur. Rossi juge
que le cimetière et la basilique de Sainte-Agnès ont dû
faire partie de la quatrième région ecclésiastique 9.
Si l'on s'en rapporte à la Passion de sainte Agnès, le
corps de la martyre fut inhumé par ses parents in prse-
diolo suo; à quelques jours de là, sa sœur de lait, Émé-
rentienne, fut inhumée elle aussi in confinio agellf. Ces-
deux désignations agellus et preediolum n'ont proba-
blement pas été inventées par l'un des scribes qui ont
rédigé la Passion, en tous cas elles ont subsisté long-
temps; mais leur fortune fut moins grande que celle de
quelques autres dénominations telles que area, cœme-
terium. Les termes agellus, agellulus semblent avoir
répondu à une pensée analogue à celle qui, dans de
nombreuses épitaphes, lait désigner le domaine funé-
raire par le mot hortulus; l'un et l'autre semblent avoir
un parfum rural, le voyage de la mort fait penser à une
retraite à la campagne : IN HORTVLIS NOSTRIS
SECESSIMVS ■», ou bien : IN AGELLVLIS MEIS
SECESSI".Ce serait une erreur de croire que Yagellut
était toujours un domaine de minime étendue. Une
inscription du règne de Septime-Sévère nous permet de
prendre une idée exacte de ce qu'était un agellus *2 :
L • SEPTIMIVS SEVERINVS AVG LIR
FECIT MVNIMENTVM A SOLO CVM
AGELLO CONCLVSO SIBI ET SVIS
LIBERTIS LIBERTABVSQVE POSTERIS
5 QVE EORVM HABET AVTEM AGELLVS
CONCLVSVS LATITI/E P LXXV
LONGITIAE P CXXXVÏÏ- H • L* E • N • H*
mische Quartalschrift, dixième supplément, in-8*, Roma, 1899.
Cf. Analecta bollandiana, 1900, t. xrc, p. 226-229. — » Acta
sanct., 21 janv., 350. — 'Ibid. — 'De Rossi, Bull, di arch.
crist., 1865, p. 10, a signalé entre la basilique de Sainte-Agnès
et le mausolée de Sainte-Constance, un columbarium païen qui,
dit-il, se trouvait sans doute « dentro i confini dell' agello di
S. Agnese e di sua nobile famiglia t, et il formulait le souhait que
les épitaphes du columbarium missent sur la voie du nom de la
gens à laquelle appartenait la martyre. — 8 Tertullien, Apologet.,
c. xlii, P. L., t. I, col. 558. Si Arabie quxruntur, scient Sabiri,
pluris et cariosis suas mer ces christiayiis sepeliendis profil-
gari, quamdiis fumigandis. Témoignage identique de Prudence
au iv* siècle; Cathemerinon, hymn. x, vs. 169-172, P. L., t. lix,
col. 888 : Nos tecta fovebimus ossa ]| Violis et fronde frequenti
|| Titulumque e frigida saxa \\ Liquida spargemus odore. — *De
Rossi, Roma sotterranea, t. m, p. 517, cite une inscription qui
n'est pas antérieure au iv* siècle et qui fut trouvée dans le pavement
de la basilique de Sainte-Agnès ; clic mentionne l'acolyte Abundan-
tius, de la quatrième région; cf. col. 8&i : L'épit&phe du sous-diacre
Importunus, découverte en 1896, confirme cette opinion. — '° De
Rossi, loc. cit., t. I, p. 109; t. ni. p. 431. — "Lanciani, dans Bull,
delf istit. di corrisp. arch., 1870, p. 16-17 ; De Rossi, loc. cit., t. m,
p. 431 ; M. Armellini, Il cimitero di S. Agnese, p. 62. — '• Mariai,
Iscrizioni anliche délie ville de' palazzi Albani, in-4*, Roma, 1785,
p. 119; Orelli, Inscript, latinar. sélect, atnpUss. collectio, in-8*,
Turici. 1S2S, t. it, n. 4561. Vagellus des parents il ' \ t pai>
lie de Vager Velisci. Cf. De Rossi, Bull, di arch. crist. ,it&2,p. 96.
921
AGNÈS (CIMETIÈRE DE SAINTE-)
922
La superficie de Yagellus de L. Septimius Severinus
formait un rectangle de 137 pieds en longueur sur
75 pieds en largeur. Le pied romain correspond à 30 on
34 centimètres, suivant qu'on adopte la mesure en usage
sous Vespasien ou sous Antonin le Pieux. Si on prend
la mesure du temps de Vespasien, Vagelius mesurait
45 mètres en longueur sur 24 en largueur; avec la me-
sure du temps d'Antonin on aura 41 mètres sur 22 et la
contenance en mètres carrés sera de 1 139 mètres dans
le premier cas ou 924 dans le second. Michel De Rossi
a calculé qu'une superlicie de 125 pieds carrés pouvait
contenir un développement de galeries de 250 à 300 mè-
tres à chaque plan, soit environ 700 ou 800 mètres si on
creusait à trois niveaux dillérents '. Si on compare ces
chiffres avec ceux que donne Yarea de l'hypogée ar-
chaïque, on constate que Yagellus des parents d'Agnès
pouvait mesurer environ 45 mètres en longueur et
30 mètres en largeur, c'est-à-dire, à peu de chose près,
les mêmes dimensions que Yagellus de L. Septimius
Severinus. Y a-t-il là une simple coïncidence ou bien
une indication des limites ordinaires des agelli, nous ne
saurions le dire. Vagelius était probablement pourvu
d'une clôture, soit une muraille, soit une palissade, telle
que nous la fait voir une fresque d'un arcosolium du
cimetière de Cyriaque à YAgru Verano2. Voir Ame.
L'usage de fermer le domaine funéraire par une clô-
ture nous est révélé par d'autres documents. Une ins-
cription mutilée trouvée dans les murs du mausolée
constantinien se rapporte par sa paléographie aux pre-
miers temps de l'empire. Elle est ainsi conçue :
UAPHIVMlî
HVLO-INFT
1 NOMENTA
ÊE-LAEVA-C!
i?TEM-A\
On peut suppléer sans crainte d'erreur les mots sui-
vants : \Cepol\aphium... [via] Nomenla[na]... [part]e
leeva. M. Armellini conjecture que ce marbre a pu appar-
lenirau cenotaphium sanctse Agnelis, situé précisément
sur la via Nomentana, parte Iseva; rien n'est venu jus-
qu'ici confirmer ou détruire cette hypothèse, mais il ne
paraît pas douteux que Yagellus ait été exactement
limité; un grand nombre d'inscriptions païennes men-
tionnent les mesures des domaines : in fronte, in agro.
Prudence nous apprend que le cimetière d'Hippolyte,
près de Y Agro Verano, avait été bien délimité 3 ; on cons-
tate un usage analogue à Pnlestrina *, et probablement
aussi à Reims et à Trêves 5.
La construction de la basilique dédiée à sainte Agnès
entraîna dans Yagellus les mêmes bouleversements qui
1 Michel De Rossi, dans Borna sotterranea, t. i, 1' partie, p. 58.
— * Séroux d'Agincourt, Histoire de l'art par les monuments,
In-fol., Paris, 1823, Peinture, pi. ix, n. 8; De Rossi, Bull, di arch.
crist., 1876. p. 145 sq., pi. vin, rx; L. Lefort, Peintures d'un cubi-
cule dans la catacombe de Cyriaque, dansla Revue archéol., janv.
1878, p. 43 sq., réimprimé dans les Études sur les monuments pri-
mitifs de la peinture en Italie, in-12, Paris, 1885, p. 217-221 ; cf.
ibid., p. 76, n. 97. — 'Prudence, Péri Stephanôn, hymn. xi, vs. 151,
P. L., t. LX, col. 546 : metando eligitur tumulo locus; De Rossi,
Borna sotterr., t. III, p. 400. — * Lors de la découverte, en 1864,
de la basilique cémétériale, dans laquelle avait été enterré saint
Agapit, un fragment a laissé lire ces mots : [posuit ou fUvit]...
tumui.o metas, expression qui vise l'opération de fixation des
limites de Vagelius. De Rossi, Roma sotterr., t. m, p. 400; Sco-
namiglio, Delta primitiva basilica del mai-tire S. Agapito, in-8%
Roma, 1865, p. 10; O. Marucchi, Notizie storiche sul martire
S. Agapito prenestino, in-8% Roma, 1874, p. 28; Id., Belazione
dci lavuri di scavo eseguiti recentemente nell' antica basilica
d% S. Agapito presso Palestrina, dans Nuovo bullettino di arch.
crist., 1899, p. 233. — 6 Inscriptions en lettres dorées que fit tra-
cer Jovinus, maître de la milice, entre 363 et 366 sur le fronton de
l'église Sainte-Agricola à Reims, fondée par lui et destinée à sa sépul-
ture; on y lisait : cohporis hospitium l^etus metator ador-
se produisaient ailleurs. Le tombeau primitif delà sainte
fut détruit, mais son corps ne fut pas changé de place,
il demeura près de l'escalier principal du cimetière.
Une petite plaque de marbre blanc (66 cent, sur 33),
conservée au musée national de Naples et que le cata-
logue mentionne comme provenant de la collection
Borgia, à Vellelri, et d'origine sûrement romaine, a
semblé être le marbre qui ferma le tombeau de la mar-
tyre (fig. 220).
On a objecté les dimensions restreintes du titulus
qui indiqueraient « la taille, non d'une jeune fille de
douze ou treize ans, mais d'un tout petit enfant6 ». L'ob-
jection tombe complètement si on rapproche de notre
titulus celui d'une tombe du cimetière de Lucine; la
dalle qui porte le nom de la défunte, ne s'étant pas
trouvée assez longue, a été encadrée par deux autres
dalles plus petites qui doublent la longueur du loculus
tel que les dimensions de l'épitaphe auraient pu nous le
faire soupçonner1. Les lettres C et G qui sont caracté-
ristiques se retrouvent sur un fragment et sur une épi-
taphe du cimetière de Sainte-Agnès 8. L'épithète san-
TIS S IMiL
220. — Épitaphe supposée de Sainte Agnès.
D'après Armellini, Il cimitero di S. Agnese, pi. xm, n. 3.
ctissima est un éloge rarement employé par les lapicides
chrétiens; si les fidèles furent de très bonne heure appe-
lés « saints », ce titre ne tirait pas à conséquence, parce
qu'il s'applique à tous les frères dans le Christ; mais
lorsqu'elle fait l'objet, comme c'est ici le cas, d'une dé-
termination particulière, cette qualification paraît avoir
le sens que nous lui attachons; elle désignerait donc un
personnage du nom d'Agnès, pourvu d'un culte public,
enterré au cimetière de Sainte-Agnès. Il semble, dès
lors, difficile d'admettre l'existence d'une autre Agnès
réunissant ces conditions, et nous croyons que, sans
rien affirmer, faute de faits positifs, on peut présumer
que le titulus en question est bien celui du caveau
primitif de la martyre.
II. Origines. — Le cimetière dit de Sainte-Agnès était
donc situé sur la via Nomentana, à gauche de cette
voie et à deux milles environ de la porta Nomentana
(porta Pia), à peu de distance de YOstrianum dont U
était distinct, bien qu'ils aient pu, à une certaine épo-
que, être mis en communication l'un avec l'autre9.
nàt; les hexamètres de ce titulus furent reproduits à Trêves, sur
l'oratoire de Saint-Euchaire, par l'évèque Cyrille, en 458. Cf. Lori-
quet, dans la Bévue archéologique, 1860, t. i, p. 147 ; E. Le Blant,
Inscript, chrét. de la Gaule, in-4% Paris, 1856-1865, t. I, p. 337,
343; De Rossi, Borna sotterr., t. m, p. 400. — «P. AJlard, Hist.
des persécutions, t. iv, p. 387, note de la page 386. — 7 De Rossi,
Roma sotterranea, in-fol., Roma, 1863, t. i, pi. xvm, n. 1.
Cf. Bosio, Borna sotterranea, in-fol., Roma, 1650, p. 415. — 8 Ar-
mellini, loc. cit., p. 69-70, pi. xm, n. 1, 6; le même, Die neu-
entdeckte Fronseite der ursprunglichen Altars in der Basilica
von S. Agnese au der Via Nomentana, dans Bômische Quar-
talschrift, 1889, t. m, p. 65; J. Wilpert, Die gottgeweihten
Jungfrauen in den ersten Jahrhunderten der Kirche nach den
patristischen Quellen und Grabdenkmalern dargestellt, in-4*,
Freiburg-im-Br., 1892, p. 89, pi. v, n. 8; Joséfa Bilczemskiego,
Archeologia chrzéécianska wobec historyi koêciola i dogmatu,
in-8-, Krakow, 1890, p. 125 sq. — «De Rossi, Bull, di arch.
crist., 1871, p. 30-34; M. Armellini, Scoperta délia cripta di
S. Emerenziana e di una memoria relativa alla cattedra di
S. Petro nel cimitero Ostriano, in-8% Roma, 1877. Ces deux
cimetières ont même été longtemps confondus ; cf. M. Armellini,
Il cimitero Ostriano erroneamente chiamato e creduto di S.
Agnese, dans II cimitero di S. Agnese, in-8% Roma. 1880, p. 28-34
923
AGNÈS (CIMETIÈRE DE SAINTE-)
924
L'orientation étrange de la basilique (voir le plan) sem-
ble pouvoir s'expliquer par le choix de l'emplacement
primitif de la tombe de la marlyre : en outre, la confi-
guration du sol à cet endroit eût rendu presque impos-
sible l'érection de la façade de la basilique face à la
via Nomentana, qui alors se trouvait à droite de son
tracé actuel1. Le cimetière de Sainte-Agnès subit le
contre-coup des témoignages de piété prodigués à la
basilique, on l'abandonna et on l'oublia. Sous le pape
Honorius Ier (625-640), les travaux d'embellissement faits
à la basilique, principalement la réfection de l'abside,
obstruèrent l'entrée principale de la catacombe. L'infil-
tration d'une boue très légère qui se produisit dans les
galeries voisines de cette entrée, finit par former un
obstacle dont l'extrême résistance interdit l'accès de la
catacombe. Les auteurs des Itineraria du vne siècle ne
pénétrèrent pas dans les galeries creusées sous la basi-
lique; toutefois il semble qu'une région plus éloignée du
même cimetière ait été visitée jusqu'au moyen âge.
Bosio dit avoir vu l'escalier par lequel les moines des-
cendaient dans ce souterrain 2, et Armellini en a re-
connu l'emplacement3. A l'époque moderne la cata-
combe fut visitée, ainsi qu'en témoignent les noms
charbonnés sur les parois, par Onofrio Panvinio, Anto-
nio Bosio, Marangoniet quelques autres moins célèbres.
En 1767, Gaetano Marini trouva dans la catacombe de
Sainte-Agnès deux marbres que leur paléographie faisait
remonter au IIe siècle du christianisme4. De Rossi avait
cru devoir les attribuer au cimetière Oslrien5, mais
une découverte postérieure a permis de restituer la sé-
pulture des CLodius Crescens au cimetière de Sainte-
Agnès6. Ces épitaphes font partie d'un groupe de tiluli
dont la paléographie, du type classique, est d'une rare
beauté1; on pourrait se l'expliquer par l'aflectation au
cimetière de Sainte-Agnès d'un lapicide exceptionnelle-
ment habile dans son art, mais il y a plus. Le système
onomastique et symbolique et le style épigraphique sont
si nnciens qu'on se trouve dans le cas d'hésiter sur
l'origine chrétienne de certaines épitaphes. Plusieurs
ne portent que le nomen ou le cognomen du défunt et
rien de plus; le plus grand nombre n'ajoute que ces
simples titres : filio, fdix, conjugi, ou bien filio dulcis-
Mfllo, filise dulcissimse, conjugi duhissimse, parentibus
dulcissimis, etc., et une ou deux fois seulement : incom-
parabili; les épitaphes grecques et les latines usent des
mêmes formules, le symbole le plus fréquemment em-
ployé est l'ancre. Une seule fois on trouve l'acclamation :
Vivas en Deo. Tout conspire donc à faire croire, écrit
De Rossi, que cette famille avec celle des tituli peints
'Bullett. di arch. municipale, 1873, p. 11b; M. Armellini, Il
cimitero di S. Agnese, in-8\ Roma, 1880, p. 4. — 'Bosio, Borna
sotterranea, in-fol., Romae, 1632, p. 412 : « E per quell' adito lo
stesso vi sono disceso scbbene poco innanzl ml fu permesso peter
camminare, ritrovando tutte le strade ripieno di terra. » — » M. Ar-
mellini, /{ cimitero di S. Agnese, p. 9. — * Marini, Lettera al
Gaspare Garatoni, dans le Giornale dei litterati di Pisa, 1767,
t. vi, p. 69. — * De Rossi, Roma sotterranea, in-fol., Roma, 1863,
t. i, p. 192. — • M. Armellini, Il cimitero di S. Agnese, p. 11. —
1 Les inscriptions de cette famille sont réunies dans le musée épi-
graphique du Latran, pilastre xx, n. 1-30; l'appartenance du n. 27
a cette famille est douteuse. — 'De Rossi, Roma sotterr., 1. 1, p. 192.
— • Sur le mot « basilique », voyez col. 851. — •• Liber pontiflralis,
Silvester, edit. Vignoli, in-4*. Romae, 1724, t. r, p. 97. — «' Un autre
exemple de ce lait est signalé par De Rossi, Scoperte nell' are-
naria tra icimiteri di Trasonee dei Giordani sulla via Sala-
ria nuova, dans le Bull, di arch. crist., 1873, p. 14. Cette pra-
tique de ne pas séparer les ossements des martyrs fut en vigueur
jusqu'au temps de saint Grégoire I" (590-604). Voir à ce sujet la
lettro des envoyés du pape Hormisdas à leur maître, en 519, dans
laquelle ils lui font part de la demando du comte, depuis empe-
reur Justinien. Celui-ci, disent-ils, basilicam sanclorum apuslo-
lorum (Pétri et Pauli), constituit, in qua desideratet beati Lau-
rentii martyris reliquias esse et sperat ut prtrdictorum san-
ftorum rcliqaiaa celeriter concedatis. Ceci, ajoutaient les légats,
était secundum morem Grsecorum. mais contraire à la coutume
au minium du cimetière de Priscille, est antérieure à la
rédaction du formulaire épigraphique chrétien et avoi-
sine les plus lointaines origines de son introduction à
Rome 8.
La basilique de Sainte-Agnès se trouve au nombre de
celles que l'auteur du Liber pontificalis appelle sim-
plement cœmcteria, p. ex. : Saint-Laurent nell' Agro
Vcrano ; Saint-Paul sull' Ostiense; Sainte-Pétronille
sur la via Ardeatina et plusieurs autres toutes très
antiques. Simples marlyria au temps des persécutions,
ces oratoires presque clandestins prirent rapidement, à
l'époque de Constantin, le type et la splendeur basili-
cales9. A en croire le Liber pontificalis, l'édilice serait
dû à la libéralité de Constantin 10; quoi qu'il en soit, le
rapide accroissement du culte de la jeune martyre ne
laisse pas de doute sur l'antiquité de la basilique, qui
dut être élevée dès les premiers temps de la paix de
l'Église, et, précisément à cette époque, l'éloignetnent
qu'éprouvaient les chrétiens pour toute violation de la
sépulture des martyrs (car la pensée de les honorer en
partageant leurs corps semblait encore en ce temps une
profanation), cette répugnance, disons-nous, poussait les
chrétiens à élever la basilique sur l'emplacement même
du tombeau. Ce respect si louable a eu des eflels déplo-
rables au point de vue archéologique, en amenant la dé-
vastation des sous-sols dans lesquels s'enfoncèrent les
fondations11. Les travaux entrepris par Mnriano Armel-
lini ont fait voir dans ïarea située devant la porte
.principale de la basilique, du coté qui regarde la via
Salaria, area creusée de quelques mètres afin de fa-
ciliter l'accès de la basilique, les ambulacres du cime-
tière rasés jusqu'au niveau du plan. Pénétrant par un
trou sons le pavement de la basilique et cheminant entre
les sépultures modernes jusqu'au massif qui contenait
le corps de la martyre, l'archéologue vit à peu de dis-
tance de là d'autres traces de galeries cémétëriales et
de constructions antérieures à la basilique et les parties
antérieures des anciens loculi adhérents au tombeau de
sainte Agnès. En 1738, les ouvriers occupés à la réfec-
tion du pavement de la basilique, composé en grande
partie avec les tituli enlevés de la catacombe, découvri-
rent l'inscription damasienne consacrée à la titulaire
du cimetière12 (fig. 221).
L'original est un exemplaire achevé du type épigra-
phique damasien, sun importance historique a semblé
considérable et, à l'aide de témoignages contemporains
de celui-ci, ceux de saint Ambroise uet de Prudence •*,
on s'est cru en possession de détails authentiques, d'une
justification un peu laborieuse peut-être, mais qui, à
du siège apostolique, Epistolte Romanorum ponti/lcnm a
S. Hilario ad l'clagium, u, edid. A. Thiel, in-8», Bi nn>l>ergœ,
1867, p. 874; cf. De Rossi, Bull, di arch. crist., 1872, p. 14 sq.
Précisément sous Pelage II, prédécesseur do Grégoire I", nous
avons un exemple de la tendance à toucher ces corps saints; lors
des travaux ordonnés par le pape pour la décoration du tombeau
de saint Laurent : subito sepulchntm ipsius ignuranter a/>er-
tum est, et ii qui prsesenles eranl atque laborabant mumachi
et manxionarii quia corporis ejusdem martyris viilcrunt;
quo quident minime tangere prse*umpserant omues intra d#-
cem rites defuncti sunt. S. Grégoire I", Epist., I. IV, ep. xxx,
P. L., t.LXXvn, col. 702. — "Marangoni, De autographo hiscrip-
tionis S. Damnsi papte in S. Agneiis virginis et martyris lau-
deni, ad ejusdrm sepulchrum abeudem olim appvsitu i» basi-
lica eidem dicata Via Nomentana, prodigiose détecta nique a
nnbii ab immiofitivastationevindicato. Dissertation insérée en
appendice dansât c'a S. Victorini, in-4*. Romae. 1740, p. 137; Mal,
Scriptor.vet. nova coll., in-V, Romae. 1831, t. v, p. 33; Arniellni,
/( cim itrro di S. Agnese,in-8", Roma, 1880, p. 38, pi. x vi ; De Ui>sal,
Inscript. christ, urb. Romie, in-fol., Rom», 1888. t. Il, pars 1,
p. 45; J. V/ïïpcTt, Die golttjeweihten Jungfrauem,io-bM. Freil-iirg,
1892, p. 90, pi. IV, U. 9. Cette inscription est fixée malMQMt
dans l'escalier de la porte d'entréo de 1 église Saintr-Agm »-tnm>
lUH'llUliH La transcription a été donnée plu- liant, r. I • 7. — "8.
Amliioise, De virgmibus, 1. I, c. n, P. /,., t xvi, <vl 200. —
u Prudence, PeriSteplianôn, hymn. xiv, P. L.,t. i.xvm. col. 580.
925
AGNÈS (CIMETIÈRE DE SATNTE-)
926
défaut d'une filiation de documents écrits, se réclamaient
des traditions locales. Malheureusement, dès la fin du
iv« siècle, il courait sur la martyre des récits contradic-
toires; à partir du ve siècle « nous sommes déjà en plein
travail de la légende, et les récits postérieurs ne font que
renchérir sur le caractère fantaisiste des précédents » '.
III. La gens Clodia. — Les fouilles de Mariano
Àrmellini n'ont rien appris de certain sur la gens à la-
quelle appartenait sainte Agnès, depuis lors aucun texte
n'est venu répondre à cette question. Quelques indices
ont été recueillis dont il y a lieu de tenir compte.
D'abord il est constaté que le noyau primitif du cime-
tière coïncide avec remplacement de l'hypogée gentilice,
hypogée dont la très haute antiquité nous reporte jus-
qu'aux premiers temps de la prédication évangélique
dans Rome. Ceci pourrait donner lieu de penser que la
conversion de la gens d'où sortit la martyre datait de
ces premières années, alors que les apôtres Pierre et
Paul exerçaient leur ministère à VOslvianum et aux
castra prœtoriana. L'étude de l'hypogée témoigne de sa
destination strictement privée et familiale, avec ses cor-
ridors étroits, le manque de cubicules et ses divers
autres signes d'une haute antiquité. Il conserva ce ca-
ractère alors que le développement de la communauté
chrétienne au iir5 siècle transformait les autres prsedia
funéraires en véritables nécropoles. Toutefois il faut nbser-
dium. Si on dresse la statistique de tous les gentilices
relevés dans la catacombe, elle donne en plus grand
nombre les Flavii, les Elit, les Ulpii, les Aurelii; qui
pour la majeure partie sont dès affranchis de domo
Cœsaris pendant les dernières années du Ier siècle et les
premiers temps du siècle suivant. Une série, moins
nombreuse, mais d'une plus haute antiquité, puisqu'elle
nous conduit aux règnes de Claude et de Néron, porte le
gentilice des Clodii. Cette considération est moins im-
portante toutefois que le fait que tous ces Elii, ces
Ulpii, ces Aurelii n'offrent aucune preuve de parenté
entre ceux qui portent le même gentilice, tandis que nous
trouvons un groupe de Clodii au nombre de trois unis
entre eux par un lien de parenté. Ce sont ces épitaphes
que Marini avait vues en place formant deux loculi6 :
CLODIA * ISPES * LIB * L * CLODI
* CRESCENTIS*
L * CLODIVS * CRESCENS f- CLODI/C # VICTORI/E >
CONIVGI *> INCOIVIPARABILI *
Dans son commentaire de la première inscription, De
Rossi écrivait : « Unico nel suo génère tra le iscri/ioni
WÂ MAPvEFERTSANCTOSDVJDVMjrlETVlLISSEPARËNTJH?
, A GNEJNJ CVJVÏLVGVBRE S CANTVStT VBAC ONCREPVI S SET
^VTRICISGREMIVMSVBITOilQVISSEPVELLAjVf
îSPONTETKVCISCALCASSEMïNASRABIEMQ*XYRA3Sr>fI
VRERECVJVïFLAJVrATISVOrsaSSETNOEïLECORPVS
'VIRIMNMEN SVMPARVI S SVPERAS S E X I JVTOREM
'^4VDAQVEPPvOFVSVJVtCRIJVÉMPERMEMBRADEDISSE
JSEJDOJVTlJNrlTEJVÎPLVATFACl[ESPEPvIXVRAVIE)ERET
iOVENERANDAJVLlHISAJSTCTfVMDECVSAIJVIAPVDoRïS
rTI3AiMASIPRECIBiFAVEASPRE CORINCIATAMARTYR
221. — Inscription damasfenne. D'après une photographie
ver que, même dans les hypogées d'un caractère privé,
on est exposé à rencontrer des défunts étrangers à la
famille et à la clientèle du propriétaire. Une épitaphe de
Pola propose à tous les amis du défunt de venir reposer
auprès de lui : SIBI ET SVIS... ET AMICIS CARIS
MEIS QVI VOLENT HOC VENIRE SVO QVISQVE
DIE VENIANT ET REQVIESCANT 2; une autre épi-
taphe gravée sur l'hypogée d'un affranchi d'Hadrien, à
Ostie. présente cette formule : SIBI ET LIB[e»'Hs]... ET
MISERICORDIAE 3. Amati interprète avec raison ce mot
misericordia par l'autorisation d'ensevelir par miséri-
corde dans l'hypogée, les pauvres et les voyageurs1.
Dans ces conditions, et si l'on veut bien tenir compte
de la concision du style épigrapbique romain à cette
époque, on reconnaîtra quelles difficultés soulève tout
essai de conjecture sur la gens propriétaire du prœ-
* Analecta bollandiana, 1900, t. xix, p. 227. — * Corp. inscr.
lat.,1. v, n. 182; De Rossi, Borna sotterr., t. m, p. 508. —
ïlbid., t. m, p. 508. — * Amati, dans le Giornale arcadico di
scienze, lettere ed arti, t. xxxix, p. 223. Sur les sentiments de
bonté chez les païens, cf. E. Egger, Mémoires d'hist. ancienne
et de philologie, in-8% Paris, 1803, t. xv; G. Perrot et Guillaume,
E rploration archéologique de la Galatie et de la Bithynie,
ïrécutee en i86i, in-fol., Paris, 1862, p. 119; Corpus inscr. lat..
t. vin, n. 7384. En ce qui concerne l'inscription de l'affranchi
d'Hadrien on pourrait la soupçonner d'être chrétienne à s'en tenir
à la formule que nous citons et dont il faut rapprocher les paroles
de Lactance qui réprimande les philosophes qui omnem tollunt
l/'Viefaciendi misericordiam, et affirme que miséricordes verc
esse solos Chriitianos auxquels appartient en propre maximum
enstiane di Ruina è il classico titoletto : Clodia Ispes
liberla L. Clodii Crescentis, e parrebbe pagana 6. » Nous
avons ici L. Clodius Crescens, sa femme Clodia Victoria
et leur affranchie Clodia Ispes à laquelle ils accordèrent
la sépulture dans leur hypogée. Le formulaire ne laisse
pas de doute sur l'antiquité des épitaphes, le gentilice des
deux époux, Clodius, n'appartient pas, comme c'est le
cas pour un grand nombre de fidèles, à des affranchis de
domo Csesaris, mais à une gens ingenua dont il est fait
mention à plusieurs reprises dans les derniers temps de
la République. Une inscription de Brescia 7 et une autre
d'Anagni R mentionnent un Lucius Clodius Crescens et un
Clodius Crescentianus qui exerça la préture municipale.
Les fouilles ont rendu un troisième tilulus que sa
paléographie ne permet pas de faire descendre au delà
des Antonins» (fig. 222).
pietati8 officium, peregrinorutn et pauperum sepullura. Lac-
tance, Divin, instit., 1. VI, c. x, xu, P. L., t. VI, col. 666, 676. —
0 Marini, Schede Vaticane, n. 120(1. 1207 ; Giornale dei litterati di
Pisa, 1767, t. VI, p. 70; De Rossi, Borna sotterr., L i, p. 192;
Armellini, H cimitero diS. Agnese, p. 11, 53. — "De Rossi, tac
cit., t. i, p. 193. Les fouilles de 1901-1002 nous permettent de
rapprocher de cette inscription celle de Celius Placidus dans
laquelle est mentionnée la condition de libvrius. Cf. A. Bacci,
Scavi nel cimitero e basilica di S. Agnese, dans Nuovo bull. di
arch. enst., 1902, p. 130. — " Giornale arcadico di scienze, littere
cd arti, 1819, t. IV, p. 266; M. Armellini, /( cimitero Ai S. Agnese,
p. 54. — 'Bull, dell Islituto di corresp. arch., 1859, p. 49. —
"M. Armellini, Il cimitero di S. Agnese, in-8«, Roma, 1880,
pi. xi» n. 4, p. 55.
927
AGNÈS CIMETIÈRE DE SAINTE-)
928
Ce groupe de quatre Clodii est le plus antique de tous
ceux qu'on peut former avec les épitaphes de l'hypogée;
c'e«t une raison plausible d'attribuer à la gens Clodia
la possession et la création du domaine funéraire que
nous étudions. La présence de la sépulture d'une affran-
chie, Clodia Ispes, montre que les Clodii chrétiens
étaient de condition aisée; elle est plus remarquable
encore en ce qu'elle nous fait toucher une époque assez
reculée pour que les mentions concernant la position
sociale du délunt fussent encore inscrites sur les tombes.
Une pieuse susceptibilité et peut-être le souvenir d'un
avertissement de l'apôtre saint Paul » devaient bientôt
faire bannir tout ce qui rappelait les distinctions de
race et de naissance 2. Un dernier trait vient appuyer
ces conjectures. Un large fragment de marbre, employé
au IVe siècle en guise de gradin, provenait du columba-
rium païen des Clodii élevé proche de l'hypogée primi-
tif et incorporé au domaine lorsque la branche de la
gens à laquelle appartenait ce columbarium fut conver-
CLODIVS^ CRE
S*CENT1ANVS
222. — Epitaphe de Cl. Crescentiunus.
D'après Armellini, Il cimitero di S. Agnese, pi. xi, n. 4.
tie au christianisme. Le gradin porte une epitaphe en
partie détruite d'après laquelle nous voyons qu'elle
appartenait à une tombe élevée à Catellus l'Iorus par
Clodia Africana, sa mère-1. De tous ces indices on ne
saurait conclure avec certitude que la martyre Agnès
appartenait à la gens Clodia, mais on a quelques raisons
de le supposer.
IV. Description lu cimetière. — Le plan que nous
donnons (lig. 223) permet de reconnaître au premier as-
pect l'emplacement et l'étendue des quatre arase dont se
compose le cimetière; en outre, on a indique lis aré-
naires, ou du moins ce qui subsiste des anciennes aré-
naires qui s'étendaient jadis entre le cimetière Oslrien
et celui de Sainte-Agnès. La légende qui complète le
plan indique les époques successives auxquelles remon-
tent les quatre arese, nous n'entrerons donc pas à ce
sujet dans le détail minutieux que contient l'étude de
M. Armellini, nous ne pouvons taire plus que de noter
quelques particularités et quelques inscriptions.
/. RÉGION primitive, IIe siècle. — Cette région est
représentée sur le plan par un tracé bleu. Par une sin-
gularité qu'il est bon de noter, cette région n'a lourni
aucune peinture. Les premières inscriptions que l'on
' Gai., m, 28 : Oùx t*i 'lo-jSaVoç ojSè "E'/./.r,v, oix tvt £o3>.o; oùSi
J)i«0(lipo«. où» fvt apnev iaï 8i;\u. — * E. Le Blant, Manuel d'épigra-
phie chrétienne d'après les marbres de la Gaule, in-12, Paris,
1869, p. 3-14. — » M. Armellini, loc. cit., p. 56, 326. — * Armellini,
Il cimitero di S. Agnese, p. 84. — 5 D. Cabrol et D. Leclercq,
Munum. Eccl. liturg., in-4*, Parislis, 1902, t. i, n. 8300. — • De
Vogué, Les églises de la Terre-Sainte, in-4#, Paris, 1860, p. 125;
De ftossi, Roma sotlerranea, 1. 1, p. 87 ; M. Armellini, loc. cit.,
rencontre appartiennent à l'âge de début du formulaire
épigraphique. Nous rencontrons une acclamation litur-
gique gravée sur une plaque de lm08 de longueur :
C5 0HAIKITA P MNHCOOIC P *
Il faut entendre ici le second mot comme s'il était écrit
;j-.r,(7Ûr,Ti, mémento, formule fréquente dans la liturgie
funéraire et dont les exemples ne manquent pas :
MNHCOH O OEOC EYTENIHC, Mémento DeusEuge-
nise; MNHCOHC IHCOIYC O KYPIOE TEKNON, Re-
miniscatur Jésus Dominus filise ; MNHCKECOE AE K Al
HMON EN TAIC ATIAIC YMQN, Mémento nostri in
sanctis 'i.
La première chapelle que l'on rencontre est moins un
cubiculum qu'une grande excavation fermée avec une
seule pierre et qui n'est pas sans analogie avec celle du ci-
metière de Domitille que De Rossi a qualifiée de « cubiculo
semitico » à cause des points de ressemblance qu'oflrait
cette sépulture avec celles que pratiquaient les Juifs 6.
L'inscription trouvée auprès de cette « chambre d con-
tient une formule jusqu'ici unique dans l'épigraphic fu-
néraire des chrétiens : honoris causa; aussi n'est-il pas
douteux que nous soyons ici en présence d'un titulus
digne d'une particulière attention :
AVRELIO • SABI
NO • CYRILLA • ONO
RIS CAVSE . POSV •
IT • CONIVGI • SVO •
5 BENEMERENTI
A la période antique caractérisée par les 1 tria nomina
du vieux système épigraphique se rapporte l'inscripti. n
suivante (fig. 224) que nous reproduisons à titre île spé-
cimen de Fart du lapicide attaché à l'hypogée de la fa-
mille de sainte Agnès ».
Ce beau tilulus remonte certainement à l'époque des
Antonins. P. jElius Narcissus, bien qu'il ne soit pas de
naissance ingénue, porte les trois noms, prenomen, no-
men et cognomen, Aurélia Phœbilla ne porte que le
nomen et le cognomen. Il est impossible de ne pas
rapprocher le nom servile de Narcissus des paroles de
saint Paul dans l'Epitre aux Romains :salutale eos qui
sunl ex Narcissi domo, qui sunt in Domino9, c'est
une nouvelle indication en faveur de la haute antiquité
des premières sépultures de Varea. Le cubiculum du-
plex de Fortunata et de Domitianus nous donne trois
précieuses inscriptions. L'une d'elles nous fait connaitie
un membre de la hiérarchie, le lecteur Favor10. Cette
inscription ferme un tombeau encore intact. Plusieurs
loculi portaient des épitaphes dont le christianisme ne
peut être affirmé que grâce au lieu de la découverte; ce
sont des désignations très brèves du délunt ou de la
funte par son nom, sans aucun svinbole: E-YNOI-KH " ;
AELIAE ISIDORE'*; PAVLE "; BIKTCOP <*;ASSIA-FE-
LICISSIMA-SVCESSA'B; EY<pPOo-YNH •' ; ArAGCO-
fTOVC 17. Parlois on trouve l'épithète dulcissinuu, dui-
cissima qui appartient à la plus haute antiquité : ABI-
LIAEDOMNAEET-QVAE-AMMATI-DVLCISSIMAEi*;
AVIANAE FORTVNATAE FIL-DVLC>9. Une epitaphe
contient l'antique formule païenne vale 20 :
p. 87, pi. I. — ' SI. Armellini, loc. cit., p. 89. — • Ibid., p. 96,
— •Rom., xvi, 11. — "Armellini, loc. cit., p. 104, pi. xi. n. 1;
De Rossi, Bull, di arch. crist., 1871, p. 32; D. Cîbrol et D. Lec-
lercq, Monum. Eccl. liturg., t. i, n. 3099. — M Eunice, Armel-
Uni, loc. cit., p. 108. — '*Ibid., p. 111. — "Ibid., p. 113 —
''Ibid., p. 118. - "Ibid., p. 118. — «« Ibid., p. 119. — *i Ibid.,
p. 121. — «• Ibid., p. 114. — •• Ibid., p. 124, et. p. 139. — -Ibid..
p. 136.
■5 ^ -5; ^ % <g ^ <s
DICT. D ARCH. CHRET.
30
931
AGNÈS (CIMETIÈRE DE SAINTE-)
932
d'un enfant portait l'épitaphe suivante peinte au mi-
nium6 :
Une autre doit être remarquée, elle est ainsi libel-
lée ' :
AVR-HELIODORVS-P R T
Le sigle final semble au premier abord devoir être
rendu par pr(esby)t(er) , mais cette interprétation
serait évidemment fautive, car le loculus est celui
d'un tout jeune enfant, en outre le nom et le sigle
offrent une différence notable; les lettres de l'un sont
également espacées, tandis que les lettres du sigle
ont entre chacune d'elles un espace double. Faut-il
voir ici une acclamation connue de tous et qu'il
suffisait dès lors d'indiquer, ce n'est pas impossible; | Nous terminerons cette rapide énumération par une
mais nous ne trouvons parmi les acclamations les ( statistique des loculi, inscriptions et divers objets trou-
SSIMO
ilO
iATER
SPIRITVM TVVM
DEVS REFRIGERET
AVRELIA* PHOEBILLA * ET f>
P*AELIVS * NARCI S S VS
224. — Inscription portant les tria nomina.
D'après Armellini, II cimitero di Santa Agnese, pi. xi, n. 3.
plus archaïques aucune formule qui s'adapte exacte-
ment à celle-ci 2 ; on a proposé : pax refrigerium
tibi3; on pourrait dire aussi : palumba refrigerium
t.ibi, la colombe étant un des symboles de l'àme4.
Un loculus ayant contenu le corps d'un adulte et celui
vés dans Varea du u* siècle, d'après le tableau dressé
par M. Armellini. Les numéros affectés aux galeries
sont ceux qui sont marqués sur le plan, les numéros
placés sous les autres colonnes donnent le nombre
d'objet de chaque série par galerie.
•
INSCRIPTIONS SUR
GALERIES.
o
h]
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'M. Armellini, Il cimitero di Santa Agnese, p. 138; De
Rossi, Bull, di arch. crist., 1871, p. 31, n'admet que la lecture
presbyter et s'explique les dimensions du loeuhta par une
translation d'ossements d'un adulte ou bien par l'emploi d'une
épitaphe retaillée mais provenant de la sépulture d'un prêtre. —
•D. Cabrol et D. Leclercq, ilonum. Eccl. liturg., ln-4", Parlslis,
1902, t. I, prœf., p. Cl-cvi. — 30. Marucchi, Eléments d'ar-
chéologie chrétienne, ln-8", Paris, 1900, t. n, p. 9M. — » h. Ca-
brol et D. Leclercq, toc. cit.. p. eu : palumba sintfeU. — *Ibid.,
a. 3050.
933
AGNÈS (CIMETIÈRE DE SAINTE-)
934
//. DEUXIÈME RÉGION. IIIe SIECLH. — Cette l'éyion est
représentée sur le plan par un tracé noir a trait plein,
elle est peu étendue et fut en partie détruite par la
construction de la basilique. Le terrain dans lequel est
creusée Yarea est extrêmement friable. Parmi las
objets remarquables que cette région a rendus, sur le
rebord d'un loculus se trouvait un chrismon dont voici
le dessin (fig. 225).
225. — Chrismon.
D'après Armellini, Hcimitero di Santa Agtiesc
pi. xv.
Nous aurons occasion de revenir sur ce monogramme
qui n'est pas isolé dans l'art des chrétiens. On peut le
rapprocher d'une intaille ornant le chaton d'un anneau
de cristal donné par Bosio qui l'avait trouvée dans les
catacombes ' . La lettre sigma qui se voit au côté gauche
du chrismon est très probablement en relation avec lui,
il faut donc lire ainsi Xpiaro'., Cûrcr^p, « Christ Sauveur. »
Cette forme de chrismon se retrouve sur deux inscrip-
tions grecques de Sicile, sur l'une d'elles on lit C-J-GO,
sur l'autre %C -. Une inscription dont il ne subsiste
qu'un fragment est ainsi libellée :
VIVAS
ETINDIE
resurrectionis a] D E A M
cum fiducia ad «n^uJNALCRISTI
La paléographie de l'inscription est celle de la
deuxième moitié du iue siècle3. 11 est possible que la
formule que nous restituons ici d'après d'autres épi-
taphes soit inspirée de ces paroles des épitres de
saint Paul: Omnes stabimus ante tribunal Christi*;
Omnes enini nos manifestari oporlct ante tribunal
Chrisli 5.
Plusieurs loculi portent les sigies* et + qui se rap-
portent au nom du Christ et à son supplice11; on ren-
contre aussi la palme assez fréquemment, ce qui indique
non la sépultured'un martyr, maiscelle d'un deceslideles
dont on disait alors : Palnias in manibiîs habent dum
quolibet modo triumphant de antiquo hosle et liujus
sseculi voluptatibus1. Nous trouvons dans cette area
quelques belles acclamations : IN PHCE +. In pace
Chrisli»; IVSTA IN PACE a ; [i]N©,i» Christo (?)>»; si-
gnalons une acclamation dans laquelle la formule in
pace est au début au lieu d'être à la lin de l'acclama-
tion : IN PACeoo GORGONIVS <<.
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•Bosio, Roma sotterranea, {a-fol., Roma, 1632, p. 656. Voir
Anneau et col. 14, note 21. — îCorp. insc. grsec, t. iv,
n. 9455, 9462, 9476, 9486, 9499; Castelli, Iscriz. sic, p. 263,
n. xxil ; De Rossi, Bull, di arch. crist., 1872, p. 83; M. Ar-
mellini, Il cimitero di S. Agnese, p. 160-162. — 3 Ibid., p. 163
sq.pl. xiii, n. 7. — 'Rom., xiv, 10. — sll Cor., v, 10. Cf.
Hebr., iv, 16 : Adeamus ergo cum fiducia ad thronum gra-
tis. — «Armellini, loc. cit., p. 169, 179, 181, 182, 237, 285. D
faut réserver le cas où ces sigies sont numéraux et désignent
des galeries. Ibid., p. 239. — 7 Paul Orose, Fragm. exposi-
tionis in Apocalypsim, dans De Magistris, Acta mart. ad
Ostia Tiberina, in-fol., Roma?, 1795, p. 470. — * Armellini,
loc. cit., p. 169. — >Md., p. 180. — "> Ibid., p. 185. — « Ibid.,
p. 186.
935
AGNÈS (CIMETIÈRE DE SAINTE-j
936
;//. troisième région, iv» siècle. — Cette région
est représentée sur le plan par un trait double, c'est
celle qui offre les galeries les plus développées et qui
a rendu le plus grand nombre d'objets, comme on pourra
le voir dans la statistique ci-dessous. Parmi les inscrip-
tions les plus remarquables nous signalerons celle du
prêtre Célérinus, datée de l'an 381, qui contient une
belle formule ' :
P PRAESBYTER HIC SITVS EST CELERINVS NOMINE
[DIC \tus
CORPOREOS RVMPENS NEXVS QVI GAVDET IN
[ASTRIS
DEP. VIII. KAL • IVN FL- SYAGRIO ET EVCHERIO
On a retrouvé également l'épitaphe de la sœur de ce
piètre :
HEMILIANE SE VIVA F[ecit
SORORRRESBYTERI • CEL[erini*
Un fragment trouvé sous l'escalier qui conduit à
l'area contient le nom du Christ écrit dans son entier,
chose assez rare dans l'épigraphie chrétienne, qui prê-
terait l'emploi du monogramme :
. . . .vixil anni] S Mil [mensibus]. .
/eci]T PATER F[ilio benemerenti?...
.... in]CRISTO[ 3
La cubicule dit « du fossoyeur » a donné entre autres
inscriptions un fragment sur lequel est représenté assez
grossièrement un fossor dans l'exercice de sa profession.
Voir Fossores 4. Un autre fragment, ou plus exacte-
ment trois fragments appartenant à une même inscrip-
tion paraissent contenir les débris d'une laudatio fune-
bvis; les exemples, on le sait, en sont assez rares dans
l'épigraphie chrétienne 6. Dansl'ambulacre noté 2,39 sur
notre plan, devant le cubicule noté 40 fut trouvé un
marbre offrant réunis les trois symboles du poisson, du
pain eucharistique et du chrismon 6 (fig. '226) :
226. — Épitaphe portant trois symboles.
D'après Armellini, Il cimitero di Santa Agnese, pi. xiv, n. B.
Nous nous bornerons à rapprocher cette représenta-
tion de celle qui fut trouvée à Modène, en 1862 (fig. 26,
v 'Muratori, Nov. Thés, inscript., in-fol., Mediolani, 1739,
p. ccclxxxix, n. 1; le même, Antiquitates medii xvi, in-Iol.,
t. v, p. 29; H. Clinton, Fasti romani, in-8\ Oxonii, 1845-1850,
t. n, 198; De Rossi, Inscript, christ, urb. Romx, in-fol., Romae,
1857-1861, t. i, n. 303, p. 137; Armellini, Il cimitero di S.
Agnese, p. 191, 386, n. xxv. — * Ibid., p. 191. — 3 Ibid., p. 192.
— 'Ibid., pi. xiv, n. 3. — B Ibid., p. 200. — » Ibid., p. 201,
pi. xiv, n. 6. — 'De Rossi, Bull, di arch. crist-, 1865, p. 76;
Corp. inscr. lat., t. XI, pars 1, n. 943; D. Cabrol et D. Leclercq,
Monum. Eccl. liturg., in-4% Parisiis, 1902, t. i, n. 4174. —
8 Bull, dell' istit. di corrisp. arch., 1862, p. 127. — «Armellini,
loc. cit., p. 204, pi. xiv, n, 1. — ,0L. Rénier, Recueil des in-
script, romaines de C Algérie, ln-4*, Paris, 1855, n. 3702, 3703.
De même en Syrie, Waddington dans Le Bas, Voyage archéol.
col. 84) '. Il faut voir peut-être ici une nouvelle expres-
sion du symbolisme qui montrait les fidèles sous la forme
de pisciculi se rassasiant, pendant toute l'éternité, du
Christ, représenté par le pain crucifère. Il semble en effet
que le pisciculus de notre fragment a la bouche entr'ou-
verte en se dirigeant vers le pain et dans le marbre de
Modène le pain est déjà happé. Un autre monument
trouvé à Modène en 1842 près de columbarium di For-
migine n'est pas non plus sans rapport avec notre
marbre. Près de l'ourlet d'un vase en terre on voyait deux
poissons qui, la bouche ouverte, se dirigeaient vers le
monogramme x 8. Le marbre du cimetière de Sainte-
Agnès parait dater du début du ive siècle. L'inscription
suivante appartient certainement au siècle précédent'
(fig. 227).
La formule vixit in pace est rare dans les épitaphes
cémétériales romaines, elle est fréquente au contraire
en Afrique où le mot pax était en corrélation de sens
avec ecclesia catholica à l'époque des controverses les
plus ardentes entre orthodoxes et donatistes 10. Le mot
rediit rappelle également les formules africaines peu
différentes : recessit, prsecessit, reddidit. Les symboles
placés auprès des queues d'aronde sont « en fonction »
l'un de l'autre; le cheval passant fait allusion dans la
symbolique des chrétiens à la vie terrestre du fidèle
qui fuit avec le temps, la colombe qui se désaltère dans
le vase montre ce fidèle parvenu dans le ciel où son
âme s'abreuve et se nourrit en Dieu. Une sépulture
porte une épitaphe en mosaïque dont les cubes sont de
trois couleurs différentes, noirs, blancs, rouges. Les
inscriptions de ce genre sont tout à fait rares dans les
catacombes : celle-ci remonte au ive siècle". Non loin
de là fut trouvé un monogramme du Christ, taillé à jour
dans une plaque de marbre blanc12 (fig. 228). De Rossi a
fait observer que ce morceau, d'un remarquable tra-
vail, rappelait par sa technique les reliefs qui ornaient
les parois de la basilique de Junius Bassus sur l'Esqui-
lin 13. Ce genre de décoration jouit d'une grande vogue à
Rome au IVe siècle; le mausolée de sainte Constance,
dont nous parlerons plus loin, était orné de ces marbres
découpés1*. La partie ajourée parait avoir été remplie
par des émaux ou des verres colorés ainsi que per-
mettent de le conjecturer les portions pleines entre la
courbe du p la hasle droite du X et la partie fermée de
l'A. Le disque monogrammatique a été trouvé en deux
fragments, on peut lire maintenant l'acclamation très
rare qui orne la bande extérieure :
IN HOC SIGNO SIRICM5
Nous traiterons ailleurs (voir Labarum), avec les dé-
tails indispensables, de ce qui a trait à la célèbre for-
mule : In hoc signo vinces, mais il n'est pas douteux
que nous en avons ici une réplique :
IN HOC SIGNO M^ SIRICI \vinces)
Nous omettons un certain nombre d'épitaphes dans
le rapide exposé que nous fjisons des textes épigra-
en Asie Mineure, in-fol., Paris, 1847. t. ni, n. 2519. Cf. De
Rossi, Bull, di arch. crist., 1874, p. 128. — " Armellini. toc. cit.,
p. 213. — '* Ibid., p. 214 sq., pi. x. — ,s De Rossi, Bull, di arch.
crist., 1872, p. 32, pi. m, reproduction de la grandeur de l'objet.
Ct. Mélanges d'arch. et d'hist., 1894, t. xiv, p. 377. — «»C. Pro-
mis, Vila de Francesco di Giorgio Martini, architetto senesc,
aggiuntovi il catalogo dei codici, in-8*, Torini, 1841 ; cf. Trat-
tato di architettura civile e mililare di Francesco di Giorgio
Martini architetto senese del secolo xv, édit. C. Promis, in-v.
Torino, 1841, p. 105. — " M. Armellini, Cronachetta mensunle
délie più importanti moderne scoperte neU/lSCieme naturali.
redatte dal prof. Tito Armellini, juin 1875, p. 92; De Rosm.
Bull, di arch. crist., 1875, p. 80 sq., pi. VI ; M. Armellini, 11 c-
mitero di S. Agnese, in-8-, Roma, 18S-0, p. 214, pi. x.
937
AGNÈS (CIMETIÈRE DE SAINTE-)
938
phiques rendus par la catacombe, nous aurons l'occa-
sion d'utiliser ces tituli an cours de diverses disserta-
tions. Parmi les plus remarquables citons celle-ci qui
se rapporte, non à l'époque des persécutions comme De
Rossi hésitait à le croire, mais à celle où les fidèles
sées dans le tuf et parait avoir servi de lieu de réunion
pour les réunions liturgiques dans les dernières années
qui précédèrent la paix de l'Église. Au fond de la crypte
se trouve Y arcosolium où fut enseveli le principal per-
sonnage, peut-être le titulaire, dont on ne peut savoir le
MEUOK-1VN-V)
|AV 1)1 «POOL VDIREDII!
227. — Inscription du m* siècle.
D'après Armellini, II cimitero di Santa Agnese, pi. xiv, n. 1.
affirmaient, sous l'empereur arien Constance, leur foi
en la consubstantialité du Verbe ' (fig. 229).
Balentine vivas in Deo Chrislo. Peut-être faut-il rap-
porter à ce même temps et, plus précisément, au voyage
à Rome de saint Athanase,l'épitaphe d'une enfant morte
228. — Monogramme en marbre.
D'après Armellini, Il cimitero di Santa Agnese, pi. x.
à deux ans et à laquelle on a donné le vocable très rare
d'A thanasia 2 :
ATHANASIAE VIRGINI • QVI VIXIT • ANN
Une belle chambre à laquelle on a donné le nom de
t cnbicule de Sabina » se trouve être la plus vaste du
cimetière. Elle est voûtée et ornée de six colonnes creu-
nom jadis inscrit sur la chaux du loculus; il ne subsiste
que l'épitaphe d'une jeune fille recueillie par charité et
dont il avait îdit son alumnie. Voir Alumm. La recon-
naissance de celle-ci s'est traduite sous une forme des
plus précieuses pour nous, ainsi que nous permet d'en
juger son épitaphe :
benemer]EHTi SABINAE ALVMNA[e quse
vix. on[NP-M-XXVÔXLII SVPER PATRO[num
DEC- llll • IDVS
Sabine voulut donc être ensevelie au-dessus de la se-
BALENTINE VI
VAS IN DEO
*
229. — Épitaphe anti-arienne.
D'après Armellini, II cimitero di Santa Agnese, p. 259.
pulture de son père adoptif. Nous avons montré ailleurs
(voir Ad sanctos, col. 490) la répugnance qu'éprouvaient
les chrétiens pour cette superposition des corps dans
laquelle beaucoup voyaient un obstacle apporté à la ré-
surrection future3.
Sur le sol de la chapelle gisait l'inscription suivante *
(fig. 230).
La formule : qui vixitin pace Christi, ne laisse pas de
doute sur l'un des sens de cette expression in face que
* M. Armellini, llcimitero di S. Agnese, p. 259. — « Ibid., p. 282.
— *lbid., p. 296. — * Ibid., p. 296.
939
AGNÈS (CIMETIÈRE DE SAINTE-
940
l'on interprète trop généralement du repos éternel; il
est évident qu'elle doit s'entendre ici de la vie terrestre
du défunt qui s'est écoulée « dans la paix du Christ »,
c'est-à-dire dans la communion avec son Église. Nous
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1NPAC ANN1SLV
230. — Épitaphe de la fin du m* siècle.
D'après Armellini, Il cirnitero di Santa Agnese, p. 296.
avons déjà rencontré cette expression, mais vixit in pace
était moins formel; nous ne voyons pas qu'on puisse se
dérober à la formule vixit in pace Christi.
Nous avons mentionné plus haut l'existence d'un
arénaire qui se dirige vers le cimetière Ostrien et dont
l'origine est d'une haute antiquité; son existence dès le
les gentilices démontrent l'antiquité. Le tilulus peut
être attribué au IIe siècle - (fig. 231).
L'intérêt principal du titulus est moins dans l'ins-
cription que dans le médaillon de forme hexagonale
encastré dans la partie gauche de la plaque de marbre.
Ce médaillon est composé à l'aide de pâtes d'émaux et
de divers autres matériaux : émaux vert et azur, plaqut s
et lamelles d'os peint en différentes teintes. Il n'existe
aucun autre objet dans l'antiquité chrétienne et dans
l'antiquité profane qui puisse être comparé à celui-ci
pour la technique. Nous le reproduisons dans la gran-
deur de l'original (fig. 232).
Au centre se voit le portrait de Ulpia Sirica, dont la
coiffure est assez remarquable : les nattes ondulées rap-
pellent les bustes de Crispine, femme de Commode, et
de Mammée, mère d'Alexandre Sévère; seul le chigncn
sur le sommet de la tête est vraiment original; c'est
bien le vertex lurritus que décrivent saint Paulin3 et
Prudence4 et qui se voit, mais moins accusé, sur les
bustes d'Ottacilia Severa. Cette coiffure est presque
identique à celle du marbre que nous donnons plus
loin (fig. 233). C'est ce que Varron appelle le tutulus.
On jugera aisément de l'importance de Yarea que
nous venons de décrire par la statistique qui va suivre.
Le nombre des types appartenant à chaque catégorie
est considérable et permet de se faire une idée exacte
de ce qu'était le mobilier funéraire au ivc siècle.
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y
4
ne siècle de notre ère n'est pas douteuse; il ne serait pas
impossible que cet arénaire fût celui dans lequel l'af-
franchi Phaon proposa à Néron de se blottir1. Cet aré-
naire a servi non seulement à recevoir les terres prove-
nant des galeries céméteriales, mais même des sépultures.
Un des tombeaux est encore clos avec sa plaque de
marbre. Nous reproduisons ce monument dont la pa-
léographie, le style, le vieux système des tria nomina et
1 Suétone, Nero, c. xx.vm : Ibi hortante eodem Phaonte ut
Intérim in specum egestm arenee concederet, negavit se vivuvi
8ub terram iturum. — *De Rossi. Roma sotterr., t. m, p. 593;
IV. QUATRIÈME RÉGION. IV ET V SIÈCLES. — Cette ré-
gion s'étend entre la basilique de Sainte-Agnès et le
tombeau de sainte Constance. Elle contient six hypogées
païens qui devinrent, après la paix de l'Église, propriété
des chrétiens et furent réunis à la catacombe. Le plus
curieux de ces colombaria appartenait au collège des
Péanistes 5. L'épigraphie chrétienne de cette région offre
peu d'intérêt, nous donnerons la statistique qui réunit
Armellini, toc. cit., p. 315 sq., pi. vm et XI, n. 2. — 3S. Paulin, Epi-
thal. Juliani, vs. 85-86, P. h., t. lxi, col. 635. — * Prudence, Psy-
chotn., vs. 183, P. h., t. lx, col. 37. — «Armellini, toc. cit., p. 339.
941
AGNÈS (CIMETIÈRE DE SAINTE-)
942
dans ses brèves indications ce que cette partie du cime-
tière peut nous fournir de renseignements utiles.
nent une grande valeur; il n'est guère de cimetière
chrétien qui puisse fournir un ensemble aussi complet,
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139
25
94
11
144
35
110
20
33
56
47
4
17
Les statistiques que nous venons de reproduire sont I non que d'autres cimetières ne soient plus riches, mais
toujours susceptibles d'être complétées sur tel ou tel | l'exacte proportion entre les diverses catégories d'objets
COIVQI CAMSSlXUvrlFïClTlMPACE
ftJ
231. — Epitaphe du il' siècle.
D'après Armellini, Il cimitero di Santa Agnese, pi. XI, n. 2.
point, néanmoins l'état de conservation et les conditions
de l'exploration du cimetière de Sainte-Agnès leur don-
ne s'y trouve pas au même degré, à cause du peu de soin
qu'ont pris les divers explorateurs pendant des siècles
943
AGNÈS (CIMETIÈRE DE SAINTE-)
944
de noter les objets qu'ils rencontraient. Les quatre
arête que nous avons décrites présentent les dimensions
suivantes :
ARE.-E.
SUPERFICIE
en
MÈTRES CARRÉS.
DÉVELpPPEMENT.
I'-
U-
iv-
l'OTAUX . .
1 200
5 075
5 800
4 400
208.40
272,89
807,87
314,35
16 475
1603,51
Nous n'avons pu mentionner dans ia description de>
différentes arese plusieurs inscriptions dont la prove-
consulaires présentent parfois de belles formules que
nous relèverons rapidement : [armeo] AM1CORVM '.
- [virginitate (?)] M HABENS ANIMO ET CORPORE *.
- IparlENTIS (= parentes) ET [ajMICI VALETE3.
Une inscription fragmentaire, dont la date peut varier
entre les années 294 et 360, mais dont la paléographie
paraît indiquer la fin du me siècle, contient des for-
mules dignes d'être recueillies4.
,|IN DEVM • PR • KAL ■ IVL • CONSTANTlj. . . .
. VS SEMPER E1DES MAISITAT APVD Ojeum. .
JSEDEM PATRIS STAT DIGNVS Dj
.wjENTISCASTAE ERAT FAI^;}!J^j
. praJESCIENS SIBI PROV \ulit sepulcrum . . .
. . . . TflS FRVI v\V\
iVTVj
232. — Médaillon composé de pâtes d'émaux et de lamelles d'os coloriées
D'après Armellini, II cimitero di Sa»ta Agnese, pi. vm.
nance n'est pas douteuse, mais dont les anciens collec-
teurs n'ont pas toujours précisé exactement le lieu de la
découverte. Celles de ces inscriptions pourvues de dates
1 M. Armellini, // cimitero di S. Agnese, p. 380, n. 5. Cf. Dr
Rossi, Inscript, christ, urb. lîomx, t. i, p. 150. n. 339. — *IM.
Armellini, loc. cit., p. 385, n. 18; Dp P.nssi, loc. cil., p, 104, n. 198
Une épitaphe de l'année 381-382 nous parait digne
d'êlre transcrite. Un fragment seul du marbre a été con-
servé, mais l'épitaphe entière a été relevée dans plusieurs
— *Garruoci, Hagioglypta. in-s-, Parisiis, 1S56, p. 109; Armellini,
loc. cit.. p. 886, n. •>•>•, De Rossi, toc. cit., p 182, n. 256. - ' De
Rossi, loc. Cit., p. 521, n. 1123; Armellini, loc. cil., p. 383, n t'i
945
AGNÈS (CIMETIÈRE DE SAINTE-)
946
manuscrits '.Nous transcrivons en caractères minuscules
la partie conservée par les seule manuscrits :
Theodora quaevixit annos xxi m vu
D XXIII IN PACE EST BISOMV
AMPLIFICAM SEQUITVR VITAM DVM CASTA AfRODITE
[fecit ad astr
a viam Christi moDO GAVDET IN AVLa restitit
[haeç mundo
5 sempkr caelestia qvaerens optima servatrix
[legis fideique
MAGISTRA. dédit egreGIAM SANCTIS PER SECVLA
[MENTEM INDE -f- EXIMIOS PARADISI
régnât odores.teM PO RE CONTINVO VERNANT
[UBI GRAMINA rivis
expectatque Deum sVPERAS QVO SVRGAT AD
[AVRAS HOC POSU1T CORPUS TUMULO
mortalia linquens FVNDAVITQVE LOCVM CO-
[NIVnx EvAcfn'iis ins]TAHS
10 DEP DIE
ANTONIO ET b SIACRIO CONss
Une autre épitaphe métrique trouvée dans le même
cimetière présente également des emprunts à l'ancienne
poésie. Les dieux de l'Olympe et le vieux personnel my-
thologique firent longtemps partie des formulaires ver-
sifiés des lapicides chrétiens. Le poème que nous allons
transcrire appartient à l'année 442 et sa correction parfaite,
ainsi que la justesse d'expression et le goût dont il fait
preuve inviteraient volontiers à lui chercher une inspi-
ration ou même un prototype à l'époque classique. Ces
formes ont été employées, il est vrai, au ve siècle par des
rhéteurs et des versificateurs de profession tels que Si-
doine Apollinaire, Ennodius de Pavie et quelques autres,
mais ils ne faisaient qu'accommoder des modèles plus an-
ciens. L'inscription, trouvée en 1603 à Sainte-Constance,
était gravée sur un sarcophage; elle a été souvent repro-
duite 2, nous aurons l'occasion d'y revenir plusieurs lois.
PEPITAFIVM REMO ET ARCONTIAE QVI NATIONE
[GALLA GERMANI FRATRES S +
ADALTI VNA DIE MORTVI ET PARITER TVMV-
[LATI SVNT
HAEC TENET VRNA DVOS SEXV SED DISPARE
[FRATRES
QVOS VNO LACHESIS MERSIT ACERBA DIE
5 ORA PVER DVBIAE SIGNANS LANVGINE VESTIS
VIX HIEMES LICVIT CVI GEMINASSE NOVEM
NEC THALAMIS LONGINQVA SOROR TRIETE-
[RIDE QVINTA
TAENAREASCRVDO FVNERE VIDITAQVAS '
ILLEREMILATIOFICTVMDESANGVINENOMEN
10 SED GALLOS CLARO GERMINE TRAXIT AVOS
AST HAEC GRAIVGENAM RESONANS ARCON-
[TIA LINGVAM
NOMINA VIRGINEO NON TVLIT APTA CHORO
DEPOSITI NONIS NOVEMB • CONSVL ■ DIOS-
CORI \Fc-
1 Ms. Vatican.-Palat., n. 833, fol. 82; Ms. Barberini, xxxvm,
100; De Rossi, loc. cit., p. 141, n. 317; Armellini, loc. cit., p. 387,
n. 26. — sBiblioth. nationale, Suppl. lat., n. 1418, p. 18; Fonds
Dupuy, n. 461, p. 42; Bosio, Roma sotterranea, in-fol., Roma,
1632, p. 438; Aringhi, Roma subterranea, in-fol., Lutetiœ Pari-
siorum, 1659, t. il, p. 176; Reinesius, Syntagma inscriptionwn
antiquarum , in-fol., Lipsioe, 1682, cl. xx, n. 380; R. Fabretti, In-
scrip. antiquar. explicatio, in-fol., Romse, 1702, p. 112, n. 277;
Relandus, Fasti consulares, in-8°, Trajecti Batavorum, 1715, p. 616 ;
Georgi, Ad Baronii Annales, an. 442, in-fol., Romae, 1738, t. vu,
p. 551; Sirmond, Opéra, in-fol., Parisiis, 1696, t. I, col, 1878; Mu-
ratori, Novus thésaurus inscriptionum, in-fol., Mediolani, 1739,
p. ccccvi, n. 2 ; P. Labbe, Thésaurus epituphiorum veterum
<xc recentfum selectorum, in-8°, Parisiis, 1666, 1. 1, p. 66 ; Bur-
mann, Anthologia veterwm latinorum epigrammatum et poe-
matum, in-4,,Amsteia3dami,1759, t. n, p. 79; Clinton, Fasti roma-
ni, in-4-, Oxouii, 1845-1850, t. h, p. 202; De Rossi, Inscript, christ.
Un bas-relief signalé et reproduit par iiosio • n'avait
obtenu qu'une médiocre attention de la part des archéo-
logues. Ce marbre, orné de pilastres à son extrémité, a
l'ait partie de la balustrade qui entourait l'autel recou-
vrant les restes de sainte Agnès; l'honneur de cette al-
l ribution qui n'est pas douteuse revient à M. O. Marrucch i.
Au centre se trouve sculptée en relief l'image d'une
toute jeune fille en orante, portant la tunique talaire et
les cheveux gracieusement noués sur la tête. Il y aurait
lieu de conjecturer que cette gracieuse figure représente
la jeune martyre, on n'en peut douter après avoir lu en
caractères minuscules à côté de la tête ces deux mots :
SS ANNEAS
Ce bas-relief, que l'on avait tenu jusqu'alors pour ano-
nyme, paraît appartenir au iv« siècle (fig. 233) 4.
233. — Transenna de marbre de Sainte-Agnès.
D'après une photographie.
v. le mausolée constantiniex. — Ce bel édifice cir-
culaire a été pris jusqu'à notre siècle pour un temple
païen dédié à Bacchus •> à cause des scènes de vendange
qui forment une partie de sa décoration. Vingt-quatre
colonnes accouplées en granit soutiennent le dôme qui
urb. Romx, in-fol., Romse, 1857-1861, 1. 1, p. 310, n. 710 ; M. Ar-
mellini,/£ cimitero diS. Agnese, \n-8°, Roma, 1880, p. 391, n. 38.
— 3 Bosio, Roma sotterranea, in-fol., Roma, 1632, p. 429. Bottari,
Sculture e pitture, in-fol., Roma, 1737, t. il, pi. cxxxvi; M. Ar-
mellini, Die neuentdeckte Fronseite der ursprùnglichen Altars
in der Basilica von S. Agnese an der Via Nomentana, dans
Rômische Quartalschrift, 1889, p. 59-65, pi. i ; A. Venturi, Storia
deW arte italiana, in-8", Milano, 1901, 1. 1, p. 449, fig. 407, p. 536,
539. On peut rapprocher de ce type les verres dorés publiés par
L. Perret. Les catacombes de Rome, in-fol., Paris, 1855, t. iv,
pi. xxvi, n. 41, 42; pi. xxvm, n. 65 ; pi. xxxm, n. 114 et Boldetti,
Osservazioni, in-fol., Roma, 1720, p. 194, n. 3. — *De Rossi,
Bull, di arch. crist., 1884-1885, p. 128, 1886, p. 7. — 5Bartolini,
dans Atti dell' Accademia romana diarcheologia. t. xn, p. 313,
le même, Atti di S. Agnese, p. 13 sq. Cf. Mélanges G.-B. de Rossi,
in-8°, Roma, 1892, p. 138; Comptes rendus de l'Acad.desinscript-,
1898, o. 63.
AGNÈS (CliMETIÈRE DE SAINTE-)
046
est entièrement revêtu de mosaïques sur lesquelles nous
renseignent diverses descriptions manuscrites et quel-
ques dessins (lis;. 234).
234.
Plan du mausolée de Sainte-Constance
D'après -Dehio.
Au premier rang se trouve un manuscrit de Ferrare1
restitué par De Rossi - à Pompeo Ugonio. Cet archéolo-
gue3, dont l'écriture offre des difficultés de lecture pres-
que insurmontables, avait consacré les lignes suivantes
aux mosaïques de Sainte-Conslance. Si vede che fu un
tempio anlico. El alcun dicon che era un tempio di
Bacco. Hoggidi ancora intero; perche e un tempio tondo
con un porlico tondo appogiato sopra colonne numidi-
che... La voila del porlico e lutta à musaico con figure
bellissime di fanciulli clie sono con (?) vile et uve*.
Plus loin Ugonio exprimait son avis que Sainte-Cons-
tance avait toujours été un édifice chrétien s, c'était
également l'opinion de son ami Antonio Bosio6. Dans
le manuscrit de Ferrare il est revenu sur ce sujet et
on lit au folio 1103 ce titre : Templum S. Constan-
tin, via Ntmientana. C'est une minutieuse description
•Voici sa nuticc au catalogue : « Peverati (Angélus;. -Uu.
(N. i6i. N. C. 6) Inscrijitiones et monumenta urbis Romœ,
fol. autogr. ined. Di quest' opéra vien fatta menzione nelle Na-
vette letterarie di Venezia delT anno 1741, al n* 2, sotto il di
18 marzo. Essa perô tal quale si trova è molto desordinata. Poi
ignoriamo il fondamente a coi appogiato il P. Miltarelli s'indusse
a dir guastallese il nostro Peverati nella sua Bibliotcca di Mu-
rano, p. 882. Vedi il Verrosi, di Scrittori Tcalini, part. 2,
pag. 176. i Cette notice, dit E. Muntz, dans la Revue arcliéol.,
1878, t. vi, p. 355, est aussi incomplète qu'erronée. — ' Sur la
première page du manuscrit on lit cette noie : « Il ch's. Gio. Bat-
tista De Rossi mi scrive da Roma 16 agosto 1855, che il présente
ms. è autografo di Pompeo Ugonio, corne ha potute verificare con
altre opère mss. dello stesso Ugonio. Antunelli, bibliotecario,
20 agosto 1855. » Cf. De Rossi, [iiscript. christ, urb. Rom., in-
fol., Romae, 1857, t. i, p. xxni, et voir aussi p. xvm-xix, et le
même, Roma solterranea, in-fol., Roma. 1867, t. i, p. 19-20. —
Ml est l'auteur de : Historia délie station i di Roma, che si cele-
brano laquadragesima, in-fol., Roma, 1588. — * Ms. Barbcrini,
xxxi, 45, fol. 129. — » Ibid., fol. 966. — • Bosio, Roma solterra-
nea, in-fol., Roma, 1632, p. 419: Alcun» figure eh» ail' abito
nwstravano essere ccclcsiastiche. — 'E. Muntz, dans la Revue
archéol., 1878, t. VI, p. 358 sq. — » Andréas FulvilM, Antiquita-
tes Urbis. in-fol., Rom.-r, 1527, p. 6; Fabriclus, Romanarum
(fol. 1103-1110, en caractères microscopiques) des mo-
saïques de la coupole, écrite, ou plutôt sténographiée
probablement à Sainte-Constance même. Cette descrip-
tion a été interprétée et éditée, son étendue ne nous
permet pas de la reproduire 7. L'opinion de Ugonio et de
JSosio, sur le caractère primitivement chrétien de Sainte-
Constance, ne prévalut pas. Les écrivains, depuis André
Fulvius 8 se partagent et le plus grand nombre adopte
l'opinion définitivement abandonnée depuis le travail
de Vitet9. Le caractère chrétien ressort des sujets décrits
par Ugonio pour la voûte du dôme et dans les absides
par la représentation symbolique des deux Testaments,
enfin dans la voûte annulaire, les Eros et les Psychés,
les amours occupés à la vendange, les brebis portant la
muleta sont de nouveaux symboles dont les chrétiens
ont fait un fréquent usage. Voir Agneau, Ame.
Un manuscrit de la bibliothèque de Saint-Marc de
Venise 10 contient un dessin à la plume qui date vraisem-
blablement du xvi» siècle, et quoique ce croquis ne porte
pas de titre son identification est aisée. C'est un fragment
de la mosaïque de la coupole de Sainte-Constance". H
est précieux, parce qu'il permet d'examiner le bien fondé
d'une accusation portée par Garrucci contre Pietro San
Bartoli à qui nous devons une gravure de cette mosaïque
d'après un dessin conservé à l'Escurial (fig. -230). Gar-
rucci a avancé que San Bartoli avait introduit dans la
planche des motifs étrangers au dessin original >2. Le cro-
quis de Saint-Marc prouve, en ce qui concerne le motif
principal, cariatide entourée de tigres ou de lions, quïl
est exactement reproduit; il nous apprend en outre ce
que l'auteur du dessin de l'Escurial n'avait pu recon-
naître, à savoir que les « télainons s de la figure placée
au-dessus de la cariatide étaient pourvus de bras et
même tenaient des cartouches historiés dont les sujets
ne nous sont malheureusement pas connus. Le même
manuscrit renferme « deux autres croquis qui nous pa-
raissent également se rapportera Sainte-Constance. L'un
d'eux nous offre la coupe d'un dôme richement décoré.
A la base on voit six cariatides, chacune flanquée de
deux tigres ou de deux lions et surmontée de deux dau-
phins, absolument comme dans le croquis reproduit par
notre gravure (lig. '236). Puis viennent dix-huit figures
disposées par groupe de trois. Ces groupes sont séparés
les uns des autres par des compartiments rectangulaires
renfermant des « storie »; ils donnent à leur tour nais-
sance à des rinceaux qui se réunissent au sommet du
dôme. Nul doute que nous n'ayons là une nouvelle re-
présentation de la coupole de Sainte-Constance. Il est
fort probable aussi que les incrustations de marbre figu-
rées sur un autre feuillet du même recueil sont une
copie de celles de Sainte-Conslance » t3.
antiquitalum libri duo, in-4', Basileae, 1560, p. 95; Schraderus,
Mon umentorum Italix libri IV, in-fol., Helmstadii, 1592 p. 120 sq.;
P. Aringhi, Roma subterranea christiana, in-fol., Romae, 1651,
t. il, p. 156, les croit chrétiennes; Nardini, Roma antica, in-4',
Roma, 1G06, pense de même; Ciampini, De sacris xdiflciis a
Constantino Magno constructis synopsis historica. in-fol.,
Roma, 1093, p. 132-133, tient pour l'opinion favorable au temple de
Bacchus; Dcsgodetz, Edifices antiques de Rome, in-4', Paris,
1682, p. 63. — "L. Vitet, Études sur l'histoire de l'art, in-12,
Paris, 1864, t. i, p. 204-216, 298. — "Fonds italien, cl. iv, n. 149.
Cest un recueil de dessins d'architecture représentant presque
tous des édifices antiques, suivi dune collection de plans de di-
verses villes. — " E. Muntz, Notes sur les mosaïque» chrétiennes
de l'Italie, dans la Revue archéologique, 1878, t. VI, p. 353-367,
I>1. xi. — '*R. Garrucci, Storia dell' arte cristiana, in-fol.. Prau.
1S73, t. iv, p. 8. — "E. Muntz, toc. cit., p, 354 sq. Des trao •=
d'une décoration de ce genre ont été relevées par Cb.-Ed. Isa-
belle, Les édifices circulaires et les dômes, classés par ordie
chronologique et considérés sous le rapport de leur disposa
lion, de leurs constructions et de leurs décorations, in-fol.. Pa-
i is, 1855, p. 81. La décoration en question se compose d'ornements
angles, losanges, d'oves, de consoles et de vues
d'édifices d'une, architecture Tous cee types repa-
I dans les compartiments de la voûte annulaire.
9i0
AGNÈS (CIMETIÈRE DE SAINTE-)
950
Ce dessin confirme donc et complète ce que celui de
Francesco d'Olanda nous avait appris. Mais la question
est plus étendue et réclame quelque détail. Le dessin
d'Olanda conservé à l'Escurial ne représente qu'un
fragment de la mosaïque de la coupole, quatre compar-
timents sur douze; on peut se demander sur quels té-
moignages figurés San Bartoli a restitué les autres
compartiments. Ugonio, Francesco d'Olanda et San Bar-
toli sont pleinement d'accord pour les compartiments,
arcus, 8, 9, JO, 11. Pour les compartiments qui manquent
dans le dessin de l'Escurial les descriptions d'Ugonio,
faites de visu, cessent de s'accorder avec les planches de
San Bartoli, faites on ne sait d'après quelle autorité '.
bois. Dans la gravure de Bartoli au contraire on aper-
çoit un vieillard ailé s'échappant d'une tour devant la-
quelle voltige un génie, etc.
« Si l'on s'attache au caractère même des figures, on
trouvera qu'ici encore il y a des différences fondamen-
tales. Dans les croquis, assez informes, qu'Ugonio a
joints à ses notes, les personnages ont le costume et les
attributs des chrétiens; dans la planche de Bartoli ils
ont un costume de fantaisie et ressemblent le plus sou-
vent à des divinités païennes.
« Nous avions espéré que la description d'Ugonio nous
apprendrait quelles étaient les figures représentées dans
les cartouches du sommet de la coupole, ceux-là mêmes
235. — Dessin de Fr. d'Olanda conservé à l'Escurial représentant la mosaïque du dôme de Sainte-Constance.
t Compartiment n. 1 : Ugonio a vu très distinctement
une scène de sacrifice (un taureau placé sur un autel),
avec de nombreux assistants et un fond d'architecture
fort riche. Bartoli au contraire nous montre deux figures
debout dans un paysage. «Compartiment n. 2 : D'après
Ugonio, on voyait un homme attaché à une colonne;
d'après Bartoli, une femme offrant des fleurs à deux
hommes. Compartiment n. 3 : D'après Ugonio ce com-
partiment contenait une scène dans laquelle il est peut-
être permis de voir le sacrifice de Noé : un vieillard sor-
tant d'un édifice et devant lui un homme coupant du
1 Cest ainsi que Bartoli a représenté dans un compartiment
un homme assis auquel on présente un agneau, tandis que le troi-
sième personnage joue du violon ; or le violon est une gerbe et la
scène représente Caïn et Abel offrant les prémices de leurs biens.
Cette rectification, d'abord conjecturale, du P. Garrucci a été con-
firmée par la description d'Ugonio dans le manuscrit de Ferrare.
R. Garrucci, Storia dell' arle cristiana, in-fol., Prato, 1873, t. I,
p 447-454. — =E. Miintz, dans la Bévue archéol., 1878, t. vi,p.364.
— 3Memorie di varie escavazioni fatte in Roma e nei luoghi
suburbani vivente Pietro Santé Bartoli, dans C. Fea, Miscel
ianea filologica, critica e antiquaria, 2 in-8\ Roma, 1790-1836,
où Bartoli a placé des satyres, des ménades et d'autres
acteurs du cycle bachique. Mais du temps d'Ugonio cette
partie de la mosaïque avait presque disparu. On ne sera
pas loin de la vérité en admettant qu'elle renlermait des
Psychés, des Éros, comme les mosaïques de la voûte
annulaire. Un fait certain, c'est que Bartoli n'a pas
inventé ces cartouches : le croquis de la bibliothèque de
Saint-Marc est d'accord sur ce point avec le témoignage
d'Ugonio pour donner raison au graveur romain2. »
Ce qui subsiste aujourd'hui de la décoration est peu
de chose 3, mais cela suffit à faire juger sa richesse * de-
t. i, p. ccli. L'inscription suivante, rapportée par Ciacconio, Vtî.r
pontiflcum, in-fol., Romae, 1677, t. iv, p. 418 ,fixe la date des mu-
tilations : Fabritius. S. R. E. Card. Veralus || templum.
DIV.E. CONSTANTlAE. RUIN.E. PROPINQUUM || RESTAURAVIT. ET
ORNAVIT || ANNO DOMINI- MDCXX. Cf. 0. Panvinio, De prx-
stantia basilicœ S. Pétri, ms. du Vatican, n. 6180, fol. 278 v.
— *Ciampini, Vetera monimenta, in-fol., Romae, 1699, t. il, p. 2,
pi. i. La planche sa trouve au Cabinet des estampes, elle repro-
duit la coupole intégralement; dans les Vetera monimenta on
n'a que la moitié de la composition; Bellori, Picturse antiqux,
in-tol., Roma?, 1819, suppl., pi. Il, cf. p. 85-86.
951
AGNÈS (CIMETIÈRE DE SAINTE-)
952
meurée presque intacte jusqu'aux malencontreuses res-
taurations du cardinal Veralli (1620) et de Grégoire XVI
(1836) * . C'est grâce à un dessin de l'archéologue Francesco
d'Olanda2, exécuté vers le milieu du xvie siècle, et aux
236. — Détail de la mosaïque de Sainte-Constance.
D'après la Bévue archéologique, 1878, t. vi, pi. xi.
notes de Pompeo Ugonio, l'ami de Bosio. à la suite
d'une visite faite au mausolée en octobre 159i. que nous
pouvons décrire ce chef-d'œuvre unique de l'art archi-
tectural des chrétiens dans les années où la paix de
l'Église leur donnait le loisir et le moyen de reprendre
ou d'interpréter les traditions d'art de l'époque classique.
La rotonde tout entière était revêtue de mosaïques
et d'incrustations de marbre, ce que l'on appelait opus
sectile niarmoream. Le pavement représentait en noir
sur blanc ces scènes de vendange qui furent un des
motifs favoris de l'art constantinien. Des amours joyeux
bondissent parmi les ceps, foulent le raisin; les sarco-
phages nous offrent quelques bons exemplaires de ce
sujet, malheureusement ceux de plusieurs membres de
la famille de Constantin, lourdes cuves en porphyre jadis
placées sous la voûte du mausolée, sont très inférieurs
comme technique à ce que l'on aurait pu espérer. Le
pavement nous montre deux petits génies dont l'un
monté sur un âne, des oiseaux, des chalumeaux, deux
autels parmi les pampres.
« Les douze arcades appuyées sur les colonnes accou-
plées qui soutenaient le tambour de la coupole étaient
1 E. Plattner, C. Bunsen, E. Gehrard, W. Rdstell und L. Ur-
llchs, Beschreibung der Stadt liom, in-8-, Stuttgart, 1837, t. m,
2* part., p. 452. — * Raczynski, Dictionnaire historique artistique
très simplement plaquées de marbre blanc veiné. Le tam-
bour comprenait deux zones séparées par une corniche
décorée en opus sectile marmoreum . La zone inférieure
portait douze tablettes de marbre bordées de listels et
reliées par de petits pilastres, des consoles, des frises en
lamelles de marbre multicolores ; la zone supérieure
était percée de douze fenêtres reliées par une belle déco-
ration architectonique d'ordre ionien, soutenant une cor-
niche ornée de couples de dauphins enlacés à des tridents.
« De cette corniche partait la grande voûte entiè-
rement couverte de mosaïques d'une composition aussi
riche et harmonieuse que possible. A sa base on
voyait d'abord une nappe d'eau circulaire, un fleuve
sans fin coupé d'ilôts et de barrages, où s'agitaient
mille scènes gracieuses. Tout un peuple de génies en-
fantins, aux ailes d'oiseaux, s'y jouait sur des radeaux
et en des nacelles, ramant, péchant les poissons à la
ligne ou au filet, harponnant les poulpes luttant avec
les canards et les cygnes qui s'ébattaient, qui dormaient,
qui cherchaient pâture au milieu des eaux. On n'eût
rien pu trouver qui rappelât de façon plus exquise la
meilleure époque de l'art antique. Mais ce qui donnait
ici une empreinte chrétienne à ces aimables sujets, si
fréquents dans le décor des villas païennes et des salles de
bains, c'était la présence, dans la partie de la mosaïque
qui dominait l'autel, d'une nacelle avec deux personnages
religieusement vêtus de la tunique et du pallium, assis
à la proue, et un troisième au gouvernail. On reconnaît,
llottant dans ce joli décor maritime, la nef mystique qui
en précise le sens et l'adapte à la destination du splen-
dide édifice, baptistère en même lemps que mausolée.
« Douze écueils, divisant à intervalles égaux celte pre-
mière zone, supportaient de larges touffes d'acanthe d'où
surgissaient des cariatides noblement drapées, chacune
d'elles ayant deux tigres à ses pieds. De leur tête et de
leurs bras elles soulevaient de nouveaux feuillages,
entrelacés avec des couples de dauphins; ces volutes
de feuillage, symétriquement rejointes, formaient douze
élégants berceaux pour encadrer les groupes de person-
nages qui se mouvaient sur la rive du fleuve. Cependant
au-dessus des premières cariatides de nouvelles touffes
d'acanthe s'enlr'ouvraient pour montrer des figures fé-
minines plus petites, réunies trois par trois et portant
de leurs mains tendues des cartouches où se dévelop-
paient d'autres scènes. Enfin les gracieux feuillages,
sVlançant encore de la tête des femmes, se rejoignaient
en pavillons au-dessus des cartouches, et, se ramifiant
en volutes de plus en plus étroites, rejoignaient le cercle
central au sommet de la coupole.
« Que signifiaient ces grandes scènes encadrées par
les berceaux de feuillage, et que contenaient les cartou-
ches de la zone supérieure? Ugonio n'a pu tout distin-
guer : la mosaïque était endommagée en plus d'un
endroit. Mais il a décrit neuf des grandes scènes, parmi
lesquelles on peutreconnaitreÉlie contondant les prêtres
de Barri, le sacrifice d'Abraham, Tobic et le poisson mi-
raculeux, les vieillards accusant Suzanne, le jugement
de Daniel, l'offrande d'Abelet de Cain et Moïse frappant
le rocher. Les cartouches représentaient des scènes plus
petites, des figures d'Éroset de Psychés, selon K. Mûnt/.
on plutôt, selon De Bossi, des tableaux de la Loi nouvelle,
en parallèle avec les épisodes de l'ancienne Loi. La
mosaïque de la coupole réunissait donc, selon les ex-
pressions de De Bossi, un cycle grandiose d'images bibli-
ques, les prophéties et l'histoire sacrée tout ensemble,
traduisant, sur cette voûte qui abritait la piscine régé-
nératrice, les enseignements de la catéchèse solennelle
dont le baptême était précédé 3. »
La voûte en berceau ou voûte annulaire est divisée en
du Portugal, in-S-, Paris, 1847, p. 136-157; Academùr, Madrid,
l.s77, t. i, p. 139-140. — >A. Pératô, L'archéologie chrétienne,
in-8-, Paris, 1892, p. 190 sq.
953
AGNÈS (CIMETIÈRE DE SAINTE-
954
onze compartiments (lig. 237) à fonds gris dont plusieurs
sont du même modèle; au lieu du douzième comparti-
ment, devant l'abside du fond, une petite coupole sur-
montait l'autel. Ces compartiments appartiennent à
quatre séries décoratives : 1° dessin géométrique, la
croix alternant avec les rosaces ' ; 2° jonchée de fleurs
et de palmettes entremêlées d'amphores, de cornes
d'abondance, de corbeilles et d'oiseaux; le champ est
trop chargé et l'impression confuse -; 3° semis régulier
de médaillons circulaires et chantournés qui encadrent
des motifs variés : Éros, Psychés, têtes juvéniles à collier
images de Constantine, fille de Constantin, et du césar
Crispus6. Le champ est couvert de pampres de vignes,
des oiseaux picorent, des amours cueillent le raisin en
jouant, bondissent d'un cep à l'autre, c'est la récolte,
puis vient la rentrée de la vendange sur un chariot attelé
de bœufs aiguillonnés par un amour, enfin le pressoir
consiste en une simple cuve carrée surmontée d'un toit
en pointe, trois amours vignerons foulent le raisin dont
le jus s'écoule dans les amphores. La composition est
charmante, le dessin spirituel et précis, le goût irrépro-
chable (fig. 238).
'237. — Intérieur du mausolée de Sainte-Constance. D'anrès une photographie.
de feuillages, fleurons, animaux3; 4° deux comparti-
ments se distinguent par leur grâce et leur originalité.
Nous y retrouvons des scènes de vendange4. Au centre,
un buste de grandeur naturelle se détache sur un fond
blanc; dans l'un des panneaux le buste est celui d'une
femme, dans l'autre il paraît être celui d'un jeune
homme et l'on a conjecturé que ce pourraient être les
1 Venturi, Storia deW arte italiana, in-8% Milano, 1901, t. 1,
fig. 90-92, p. 229-242. — *Ibid., fig. 93, 94. — *Ibid., fig. 97-
100. — * Ibid., fig. 95-96 ; Vetera monimetita, in-fol., Romae,
1699, t. il, pi. 30; Ch.-Ed. Isabelle, Les édifices circulaires, in-
fol., Paris, 1855, pi. xxxvn; Photographie de la collection Par-
ker, n. 1606. Les mosaïques que nous étudions sont reproduites
dans R. Garrucci, Storia dell arte crisliana, in-fol., Prato,
1877, t. IV, pi. 204-207, d'une manière fidèle, mais peu soi-
gnée. La description La plus complète se trouve dans Ch.-Ed. Isa-
Ces mosaïques sont les plus anciennes que l'on con-
naisse dans l'art des chrétiens. Les quinze niches taillées
dans le mur circulaire étaient ornées de mosaïques à
fond blanc où se détachaient des étoiles de couleur vert
sombre. Dans la grande niche placée en face de l'entrée,
au-dessus de l'endroit où était le sarcophage de sainte
Constance, on a relevé parmi ces étoiles, un cercle en-
belle, loc. cit., p. 79-85, pi. xxxin : Plan et vues de la fa-
çade principale et de la façade latérale ; pi. xxxiv : Coupe,
coupe restaurée, plan restauré ; pi. xxxvi : Vue restaurée ;
pi. xxxv : Tombeau de sainte Constance; détails du sarcophage ;
pi. xxxvu : Mosaïque de la voûte annulaire ; détails de six
compartiments ; cette planche est en couleurs. — bNibby, Roiim
nell anno MDCCCXXXV11I, in-8', Roma, 1839. p. 542, hésite
entre Hélène, lemme de Julien, et Constantine, femme de
Gallus.
955
AGNÈS (OÏMETIÈRE DE SAINTE-)
956
fermant le monogramme du Christ1. Ce monogramme
est composé au mo\cn de cubes de cristal doré, dont
l'usage est aussi rare au ive siècle qu'il devient fréquent
au siècle suivant.
Les mosaïques des absides latérales ont été attribuées
au IVe, au vne, au ixe et même au xiw siècle ; il n'est pas
douteux qu'elles soient du ivj siècle et telle est l'opinion de
Barbet de Jouy, Cavalcaselle, Crovve, De Rossi, E. Mûntz,
A. Pératé. La conque de ces grandes niches a conservé
jusqu'aujourd'hui ce décur. L'abside de droite repré-
sente Dieu le Père assis au milieu d'un bouquet de
palmiers et donnant la Loi à Moïse. L'abside de gauche
bleinent mutilées par les restaurations. La deuxième
conque nous offre le prototype d'un grand nombre
d'absides basilicales.
Le Christ debout sur le monticule d'où sortent quatre
fleuves et qu'entourent les agneaux (voir Agneau, col. 889
fig. 203) ; aux extrémités deux cabanes rappellent Jérusa-
lem et Bethléhem. Sur le volume que Jésus-Christ remet
à saint Pierre on lit ces mots : DOMINUS PACEM
DAT3. Devant .la niche qui abritait le mausolée de
sainte Constance et au-dessus de l'autel une petite cou-
pole, ainsi que nous t'avons dit, avait été aménagée
dans la voûte annulaire. Ugonio nous apprend qu'elle
238. — Mosaïque de l'un des compartiments de la voûte du mausolée de Sainte-Constance.
D'après une photographie.
(fig. 239) représente saint Pierre recevant du Christ la
Loi nouvelle; saint Paul, présent à la scène, fait le geste
de l'acclamation 2. Ces deux mosaïques ont été abomina-
•Armellini, II cimite>o di S. Agnese, p. 304; C. B. Kuenstle,
Dos Mausoteum von S. Costanza uiul seine Mosaïken, dans
Romische Quartalschrift, 1890, t. iv, p. 12 sq. ; H. Ficker.
dans Bull, dell' Instit. germ., 1888, fasc. iv; 1889, fasc. I.
Cf. American Journal of archseology, 1889, p. 225; Davin.
dans la Revue de l'art chrétien, 1880, p. 422 sq. — sOn peut
apercevoir dans notre figure 237 l'emplacement de cette mo-
saïque par rapport à l'édifice. Sur ces mosaïques, et. E. Muni/.
dans la Bévue archéologique, 1875, t. XI, p. 273 sq. Ciampini.
De sacris xdificiis a Constantino Magno constructis synopsis
historica, in-ful., Roms, 1693, p. 131, et Furietti, De mitsivis,
ad SS. Patrem Benedictum XfV, in-4*. Romae. 1752, p. 60,
admettent que ces deux mosaïques sont constantiniennes. L. Vitet,
Études sur l'histoire de Vart, in-12, Paris, 1864, t. I, p. 208, dit :
« Quant aux deux absides, les attribuer au temps de Constantin
était ornée d'une composition où l'on voyait, d'un côté,
le Christ siégeant parmi les apôtres et deux femmes
debout, vêtues de robes blanches; de l'autre, l'agneau
est d'une impossibilité manifeste; » il les donne comme ouvrages
du vu* ou du viip siècle. Labarte, Histoire des arts industriels.
in-'f, Paris, 1806, t. iv, p. 212, les place sous Hadrien I" (772-798);
.1. Parker, Mosaic pictures in Rom and Ravenna, in-81, Oxford,
1866, p. 37, adopte la même limite; Schnaase, Geschichte derbild.
Kitnste, in-8*, Dùsseldorf, 1869, t. m, p. 567, propose la fin du
vr, ou le commencement du vrr siècle; il est suivi par Raher,
Km Besuch in Ravenna, dans Jahrbuch fiir Kunstwissentchaft,
1868, p. 303, etparBurckhardt, Der Cicérone, m-8", Lei|7.ig, 1869,
2* édit., p. 730. Z. Platner et Bunsen, Beschreibung, d*r Stadt
Rom, in-8-, Stuttgart, 1837, t. m, p. 453, placent les mosaïques sou»
Alexandre IV (1251-1261). — "Garrucci, Vetri ornati di figure,
in-fol., Borna, 1858, p. 31, et Hagioglypta, in-S-, Paris, 1856,
\ lit : Dominus i.kof.m dat. De Rossi maintient la leçon pa-
. i -m, Bull, di arch. orist., 1808. p. 'i4.
957
AGNÈS (CIMETIÈRE DE SAINTE-)
958
de Dieu, entouré de vases et de brebis, devant un bel
édifice. Ces mosaïques ont disparu depuis longtemps,
mais Ugonioa fait à leur propos une remarque intéres-
sante. La mosaïque de Sainte-Constance, dit-il, offrait
de grandes analogies avec la célèbre mosaïque de Sainte-
Pudentienne1. Son témoignage est d'autant plus impor-
tant qu'Ugonio s'était occupé plusieurs fois de cette mo-
saïque et qu'il l'avait finalement ramenée du ix« siècle -
aux premiers temps du christianisme3. « Le rapproche-
ment qu'il établit doit donc être pris en sérieuse con-
sidération et on ne sera pas taxé de témérité en regar-
dant avec lui la mosaïque absidale de Sainte-Constance
comme le prototype de celle de Sainte-Pudentienne *. »
Dans la mosaïque de la coupole il faut remarquer la
« La décoration de Sainte-Constance fut le type accom-
pli d'une époque unique pour l'art, la Renaissance
constantinienne. En un même moment se trouvèrent
harmonieusement fondues la tradition antique et l'ins-
piration des catacombes avec le génie et l'art nou-
veau '. »
vi. SAiNTE-AGSES-iiORS-LES-MURS. — La basilique avait
été construite sur le tombeau même de sainte Agnès, au
niveau du second étage de la catacombe qui fut de ce
fait gravement endommagée. Cette fondation se trouve
relatée dans les Actes apocryphes de sainte Constance et
dans une inscription acrostiche qui se lisait sur l'abside
de la basilique élevée à sainte Agnès sur la voie No-
mentane et qui nous a été conservée ainsi que les vers
"239. — Mosaïque de l'abside de droite.
D'après la Revue archéologique, 1875, pi. XXIII.
ressemblance qui existe entre ce morceau et les mosaï-
ques absidales de Sainte-Marie-Majeure et de Saint-Jean-
de-Latran; cette dernière surtout offre la répétition
presque textuelle des motifs de Sainte-Constance; « en-
fants conduisant une barque, — jetant des filets, —
assis sur un roc, péchant à la ligne ; — puis quelques
variantes légères, non moins caractéristiques : à Sainte -
Constance, un des génies à enfourché un cygne et na-
vigue sur cet esquif vivant; à Saint-Jean-de-Latran,
l'oiseau pourchassé refuse de se prêter à ce service.
On voit en outre abonder, dans les deux peintures, les
poissons, les monstres marins5 et toute espèce de vola-
tiles 6.
' Sur cette mosaïque, cf. L. Lefort, dans la Revue archéolo-
gique, 1874, 1. 1, p. 96-100. — !P. Ugonio, Historia délie stationi,
in-fol., Roma, 1588, p. 164. — 3De Rossi, Bull, di arch. crist..
1867, p. 51. — 4E. Miintz, dans la Revue archéologique, 1878,
t. VI, p. 362. — B A. Valentini, La patriarcale basilica Latera-
nense, in-tol., Roma, 1837, t. i. — a E. Mûntz, Notes sur les mo-
saïques chrétiennes de l'Italie. Sainte-Constance de Rome, dans
la Revue archéol., 1875, t. x, p. 225 sq. Il faut observer que la mo-
saïque du Latran a pour auteur Jacques Toniti, au xiii* siècle.
de saint Damase sur sainte Agnès à la fin de plusieurs
manuscrits de Prudence. A partir du vne siècle, ces
deux inscriptions ne se voient plus dans les sylloges où
les voyageurs notaient les inscriptions lues par eux à
Rome. Ceci s'explique par le fait que la basilique bâtie
sous Constantin dans la forme même que nous lui
voyons aujourd'hui a été plusieurs fois restaurée. L'in-
scription acrostiche de Constance était peinte et dès le
vi« siècle elle avait péri, car sous le pontificat de Sym-
maque (496-514), l'abside, qui menaçait ruine, fut re-
construite8. A qui est-on redevable d'avoir transcrit
cette pièce, vers le commencement du vie siècle, à la
suite du Péri Stcphanon, on l'ignore 9. Un ancien ma-
Vitet et Miintz pensent qu'il se sera borné à conserver la composi-
tion primitive, les nouveaux arguments apportés par Miintz ren-
dent cette hypothèse bien voisine de la certitude. Cf. Vitet, Journal
des savants, 1863, p. 501 ; Études sur l'histoire de l'art, in-12,
Paris. 1864, t. I, p. 298. — 7 A. Pératé, L'archéologie chrétienne,
p. 197. — » Liber pontiflcalis, Symmachus, § xii. — 9Ce ne fut
pas en tout cas Iso magister, car le ms. Ambrosianus D. Sôsup.,
toi. 18, du vu' siècle, le contient déjà. Le ms. de Prudence qu'an-
nota le consul Rasilius Mavortius est incomplet.
959
AGNÈS (CIMETIÈRE DE SAINTE-
969
nuscrit de Saint-Germain (n. 1309) qui date du VIIIe siè-
Je i, nous le donne ainsi :
RequeRe— ORDINë- hISTORIe.
Constantina ilaquc augusta cum essflt prudentis-
sima- et vehementer litteris mundialibus erudita hos
versiculos in dedecalione basilicœ dictavit et super ar-
chwni qui basilicam contenet jusset seribi ita ut capita
versuum nomen ejus scribant singulis litteris primis
intentis quibus legitur CONSTANTINAdô.
CONSTANTINA DEVM VENERANS CHRISTO-
[QVE DICATA
OMNIBVSIMPENSISDEVOTAMENTEPARATIS
NOMINE DIVINO M VLTVMQVE CHRISTO IU-
[BANTE
SACRAVI TEMPLVM VICTRICIS VIRGINIS
[AGNES
5 TEMPLORVM QVOD VINCIT OPVS TERRENA-
[QVE CVNCTA
AVREIQVE RVTILANT SVMMI FASTIGIA TECTI
NOMEN ENIMCHRISTICELEB'RATVR SEDIBVS
[ISTIS
TARTAREA SOLVS POTVIT QVI VINCERE
[MORTEM
INVICTVSQVE CAELO SOLVS FERRE TRIVM-
[PHVM
10 NOMEN ADDE REFERENS ET CORPVS ET
[OMNIA MEMBRA
A MORTIS TENEBRIS ET CAECA NOCTE LE-
[VATA
DIGNVM IGITVR MVNVS MARTYR DEVOTAQVE
[CHRISTO
EX OPIBVS NOSTRIS PER SAECVLA LONGA
[TENEBIS
OFELIXVIRGOMEMORANDINOMINISAGNES
Nous avons des témoins épigraphiques des restaura-
tions et des embellissements faits à la basilique par
le pape Honorius Ier (625-C38) 3, qui se fit représenter
avec le pape Symmaque sur la mosaïque absidale de
chaque côté de la jeune martyre et, comme le disent les
deux derniers vers que nous allons transcrire, le pape
Honorius, revêtu des ornements pontificaux, offre la basi-
que à sainte Agnès4 (fig. 240).
Trois syl loges épigraphiques ont conservé les vers qui
se lisent sous la mosaïque 5.
lsti versiculi scripti sunl in ecclesia
sanctae Agnetis in illo throno ubi pansât
corpore.
AVREA CONCISIS SVRGIT PICTVRA METALLIS
ETCOMPLEXASIMVLCLAVDITVR IPSA DIES
FONTIBVS E NIVEISCREDAS AVRORA SVBIRE
CORREPTAS NVBES RVRIBVSARVA RIGANS
6 VEL QVALEM INTER SIDERA LVCEM PROFE-
[RET IRIM
PVRPVREVSQVE PAVO IPSE COLORE Nl-
[TENS
QVI POTVIT NOCTIS VEL LVCIS REDDERE
[FINEM
* De Rossi a édité ce texte dans D. Bartolini, Atti <li S. Agnese,
in-4\ Borna, 1858, p. 103, 104; R. Garrucci, Storia dell' arte cris-
tiana, in-fol., Prato, 1873, t. I, p. 447, 448, a suivi le même ma-
nuscrit. Cf. De Rossi, Inscript, clirist. urb. Bomse, in-fol., Etomse,
1688, t. n, pars 1, p. 44 sq. — Ml est maniieste que ce passade
se rapporte au texte des Actes apocryphes de sainte Agnes dans
lesquels on lit : Erat ipsa Constantin regina virgo prudentis-
siniu. Constantia est ici une erreur pour Constantina. Cf. Bartolini,
loc. cit., p. 10; De Rossi, Inscript, christ, urb. Rom., t. II, p. 45.
— »Ibid., t. il, p. 62, n. 5; p. 63, n. 6; p. 104, n. 37; p. 137,
n. 18; p. 249, n. 18. — *M. Armellini, /( cimitero di S. Agnese,
p. 372. — "De Rossi, Inscript, christ, urb. llomx. t. n, pars 1.
p. 104, n. 36; p. 137, n. 17; p. 249, n. 19. — • L'autel actuel est mo-
MARTYRVM E BVSTIS HINC REPPVLIT ILLE
[CHAOS
SVRSVM VERSA NVTV QVOD CVNCTIS CER-
[NITVR VSQVE
10 PRAESVL HONORIVS HAEC VOTA DICATA
[DEDIT
VESTIBVS ET FACTIS SIGNANTVR ILLIVS ORA
EXCITAT ASPECTV LVCIDA CORDA GERENS.
L'autel u occupe la place primitive sur le tombeau de
la martyre. Vers la fin du iv* siècle, cet autel fut décoré
par un nommé Potitus, comme on le voit par une in-
scription tracée sur un reste de l'arehitrave conservé au
musée du Capitule '.
Deux autres tilull mentionnent l'ornementation de
la basilique à une époque postérieure. Sur l'abside se
trouvait celle-ci :
VIRGINIS AVLA MICAT VARIIS DECORATA ME-
[TALLIS
SEDPLVS NAMQVE NITET MERITIS FVLGENTIOR
[AMPLIS8
Celle-ci se rapporle également à la basilique :
[RIS
INCLITA VOTA SVIS ADQVIRVNT PRAEMIA LABO-
DVM PERFECTA MICANT MENTE FIDE MERITIS
VIRGINIS HOC AGNAE CLAVDVNTVR MEMBRA
[SEPVLCHRO
QVAE INCORRVPTA TAMEN VITA SEPVLTA TE-
[NET
HOC OPVS ARGENTO COSTRVXIT HONORIBVS
[AMPLO
MARTYRISETSANCTAEVIRGINISOBMERITVM9
Sainte-Agnès-hors-les murs appartenait à la Regio IV,
comme en témoigne une inscription dont Bosio a eu un
fragment entre les mains10; des fouilles faites en 18%
ont confirmé ce point de topographie par l'épitaphe sui-
vante " :
+ LOCVS IMPORTVNI SVBDÏÂC • RËG • QVARTAE
Les fouilles de 1901-1902 ont amené au jour un frag-
ment sculpté représentant l'apôtre saint Paul l-, un locu-
lus avec cette inscription : III IDVS NOBENBREIS
DEPO EMERENTI IN PAC Ma*3, un autre avec ces
mots tracés sur la chaux Mil NONAS IN PACE ABIIT
HAGNE i*. Le rapprochement des nom^ d'Agnès et
Emerentius est à tout le ins curieux, en outre les
deux épitaphes ont été relevées dans une galerie
tiguè à la. sépulture de la martyre. Ces mêmes fouilles
ont fait découvrir une inscription faite en double et de
dimensions différentes ' •.
Ces fouilles ont conduit une galerie souterraine qui tra-
verse l'abside sous l'autel à une très petite distance du
tombeau de sainte Agnès, c'est un véritable type de la sé-
pulture rétro sanctos (voir Ad SANCTOS, col. 491) ; une in-
scription de l'année 3 19 y est encore à sa place 1G (fig. 241).
La galerie marquée C ' sur la coupe ci-contre se trouve,
on le voit, à peu de distance de la sépulture de la mar-
tyre. Dans « le massif de maçonnerie », en D' on a pu
derno. — : M. Armellini, // cimitero di s. Agnese, p. 375. pi. xnt
n. 2. — 8 De llossi. loc. cit. — '•' llml.. t. n, p. 63, n. 5. — '"Nous
avons donné cette épitaphe de l'acolyte Abundantius, col. 351. —
"E. Stevenson, Scoperte epigraftehe n S. Agnese fuori la mûri.
dansNuovobull. <ii orch. crise, 1896, p. 189. — "G. Wllpert,
Prammento d'ion1 lapide cimiteriale col busto iti S. Paolo, dans
la même revue, 1901, p. 257, pi. îx. - " o. Maïucehi. Scuvi ne/.'a
basilica di S. Agnese, dans même revue, 1901, p. 224. — '* Ibid.,
p. '223. — ,5A. Bacci, Scari nrl cimitero e basilica di vS'.
Agnese, dans même revue, 1902, p. 132. Cf. Armellini, /; cimi-
tero di S. Agnese, p. 394, n. 51. — ">0. Marucchi. Scavi nella
basilica di S. Agnese, dans Xuovo bull. di arch. crist.. 1902,
p. 223.
961
AGNÈS (CIMETIÈRE DE SAINTE-)
962
.•evoir l'urne en argent contenant, depuis Paul V, les re-
liques de sainte Agnès et de sainte Émérentienne. On
a reconnu en outre l'existence de fondations d'une abside
antérieure à l'abside actuelle ; c'est probablement l'ab-
side constantinienne restaurée par le pape Symmaque.
Le 12 décembre 1901, on découvrit à un mètre de
profondeur sous le pavé du chœur de la basilique une
situé auprès de la basilique de Sainte-Agnès et nous
permet d'assigner très probablement aux années d'ab-
batiat de Séréna la restauration de l'abside sous Sym-
maque (496-510). On a voulu voir dans l'inscription de
Constantina Beum venerans, etc., que nous avons citée
plus haut, la confirmation des Actes très médiocres de
sainte Agnès, lesquels rapportent que Constantina con-
240. — Mosaïque absidiale de la basilique de Sainte-Agnès. D'après une photographie.
plaque de marbre blanc de 1 mètre sur 0m75 portant
l'inscription suivante1 :
-j-HIC REQVIESCIT IN PACE
SERCNA ABBATISSA-SV-
QUAE VIXIT ANNVS-PM LXXXV
DËP-ÇII-TrJ-MAI-SENATORE
I VCCONS-
t
t
Hic reqidescit inpace Serena abbatissa s[acra] v[irgo]
quse vixit annas p(lus)m(inus) LXXXV. Dep(osita) VIII
'ul(us) mai. Senatore v(iro) c(larissimo) cons(ule).
La date consulaire est l'année 514 et le consul, Flavius
Magnus Aurelius Cassiodorus, Senator 2. La présence d'un
groupe monastique à Sainte-Agnès-hors-les-murs, dès
l'année 514, est curieuse à plus d'un titre. Elle recule
beaucoup la date d'existence du monastère de vierges
< A. Bacci, Scavi nella basilica di S. Agnese sulla via Nomen-
trtna, dans Nuovo bull. di arch. crist., 1901, p. 299; le même,
Relazione degli scavi eseguiti in S. Agnese, dans Rômische
Quartalschrift. 1902, p. 51-58, cf. p. 56, n. 13; H. Leclercq, Note
sur les abbesses dans Vépigraphie et la liturgie, dans Rassegna
Gregoriana, 1903, t. il, p. 8; .1. P. Kirsch, Ausgrabungen in der
basiltha der M. Agnes an der Via Nomentana. dans Rômische
Quartalschrift, 1902, p. 78 sq. — sFontanini, Biblioteca delV elo-
quenzaitaliana, in-4% Venezia, 1755, t. tl, p. 297, invoquant l'au-
torité d'un seul manuscrit de Vérone, avait nié que le nom de Sena-
tor laissé tout seul s'appliquât à Cassiodore, car, selon lui, il fallait
distinguer deux personnages : Cassiodorus, au nom duquel, di-
D1CT. D'ARC!!. CHRÉT.
sacra sa virginité dans le monastère de Sainte-Agnès-
hors-les-murs. Assurément la formule : Christoque di-
cata, ne dit rien d'aussi formel et les Actes n'ont, en
l'espèce, aucune valeur; néanmoins le fait de la décou-
verte de l'épitaphe de 514 est un jalon important qui
permet de rapprocher les origines historiques de ce
monastère de ses origines légendaires. Nous ne croyons
pas que l'âge avancé de la défunte permette de conclure
ni même d'insinuer l'existence ancienne du monastère
où elle passa sa longue vie; c'est en elîet une question de
savoir si Séréna avait voué la virginité dès sa jeunesse
et si c'était dans le monastère même où elle mourut.
vu. l'are A A ciel ouveiit. — Devant le mausolée de
sainte Constance a existé un cimetière à ciel ouvert de
forme elliptique dont le mur d'enceinte a été en partie
détruit. Ce cimetière, qui est évidemment postérieur à la
paix de l'Église est peut-être le plus ancien à Rome parmi
les cimetières chrétiens à ciel ouvert3. Voir Area. La
destination de cet emplacement n'est pas douteuse. On
sait-il, sont" portés les écrits du célèbre consul, et Cassiodorius, qui
ne devrait pas être confondu avec lui. Or, le ms. en question porte
trois lois la lecture Cassiodorius, et Joseph di Costanzo a confirmé
l'identification des deux personnages en un seul en invoquant la
leçon d'un manuscritdu Mont-Cassin qui porte 1 historia tripartita,
au nom de Cassiodorii senatoris. J. di Costanzo, Odeporico, ms. da
la bibl. de Saint-Paul, p. 249. Cf. De Rossi, Inscript, christ, urb.
Rornœ, in-fol., Romae, 1857-1861, t. i, p. 430. Pour les noms et
prénoms de Cassiodore, voir S. Maffei, Opusculi ecclesiastici,
à la fin de la Storia theolog., in-fol., Trenta, 1742, p. 182 sq. —
3 F. Fea, Varietà di notizie, in-8°, Roma, s. d., p. 169; De Ross»,
Roma solterranea, t. m, p. 394.
I. -31
863 AGNÈS (CIMETIÈRE DE SAINTE-) 904
y a trouvé des sarcophages chrétiens en marbre ', une I fut ramené à Rome (354). Elle avait habité sur l.l voie
grandr quantité de tombes, des fragments d'inscriptions | Nomentane, dans le Suburbanum Constantini. Celle
qui nous intéresse était-elle vierge? Peut-être si on
et des monnaies de bronze à l'effigie de Constantin 2. Les
241. - Inscription de l'année 349.
D'après Armellini, H chuitero di S. Agnese, pi. xm, n. 2.
lombes y étaient protégées par un toit de tuiles sub
teglata, dit une inscription 3 :
ÎLOCVSj
OPP \ortuni
sub] TEGLAjJa
Mabillon a publié une inscription de ce cimetière qui
offre une belle formule d'anathème contre la violation
des tombeaux4 :
MALE PEREAT INSEPVLTVS
IACEAT NON RESVRGAT
CVM IVDA PARTEM HABEAT
SI QVIS SEPVLCHRVM
HUNC VIOLAVERIT
8" Le sarcophage de sainte Constance. — La princesse
qui a donné son nom au mausolée que nous décrivons
prend Cliristo dicata en ce sens, mais rien n'y oblige
et l'épithète s'appliquerait également bien à une veuve
gardant la continence. Peut-être était-ce une fille de la
Constantina que nous venons de nommer, peut-être
une fille de Constantin; cette question ne rentre pas
dans le cadre de nos recherches 5. Nous devons signaler
le sarcophage de porphyre qui contenait le corps de
sainte Constance et demeura dans sa niche jusque sous
Paul II qui le lit transférer sur la « piazza di S. Marco ».
Rendu par Sixte IV à son antique emplacement il lut
repris par Pie VI en 1788 et transféré au musée du Va-
tican. C'est encore la décoration de pampres et d'amours
(fig. 243) occupés à récolter la vendange et à louler les
grappes, mais la facture est lourde, le dessin y a
perdu toute sa légèreté qu'un ciseau plus habile eut su
conserver. On a découvert à Constantinople et on con-
serve dans le musée de cette \ille un fragment de sar-
cophage antique identique à celui de sainte Constance
Abside '■ Presèytérfum
Autel
Secti
A
__1
A M è±
fdvement aie l'£ç//se
Plan.duOmettëre soi
'■ Tuf v,
P/dn du C/nelitir?
__ .
242. — Coupe de la galerie souterraine, près du tombeau de sainte Agnès.
D'après Nuovo bulleltino di archeologia cristiana, 1901, p. 297.
et élevé la basilique de Sainte-Agnès-hors-les-murs
dont nous avons parlé n'est pas très clairement iden-
tifiée. Il a existé une Constantina, femme d'Annibalien et
m [in' de Constantin; elle mourut en Bithynieel son corps
'M. Armellini, Il chuitero di s. Agnese, p. 866. — 'C. Fea,
dans Atti delV Accad. rotnana d'archeoiogia, i. m. p.
«Armellini, loc. cit., p. 367. Cf. Roller, Les peii cata-
combes, in-fol., Paris, 1881, t. n, pi. î.xx a, n. 28; De Rossi,
Huma soterr., t. i, p. 216; t. m, p. 43;(; Rômieche Quartalschrift,
1901, p. 41 : ... hOCVM svb teol.aia... — 'Mabillon, lier llalicum.
in-'f, Parisiis, 1087, p. 149. — "Cl. L. Duchcsne, dans le Bulletin
critique, 1892, p. 142. Le baptistère a pu servir de lieu de sé-
jusque d;m> ses détails. Le musée d'Alexandrie possède
un couvercle de sarcophage en porphyre rouge qui ne
diffère du couvercle du sarcophage de sainte Constance
que par de légers détails. On croit pouvoir inférer de
pulture. Cet usage tourna à l'abus, puisqu'un canon du conci'.e
d'.\u\ 35 Inte lit cette double destination donnée aux
édifice- La ferveur chrétienne porta les populations voisines
à grouper leurs dernières demeures auprès de cette sainte sé-
pulture ; et c'est ainsi que se trouva lormé en avant de l'édifice
le Campo Santo (fig. 234), que quelques profanes ont eu le tort de
prendre pour un hippodrome. » Ch.-Ed. Isabelle, Les édifices
circulaires, p. 79.
965
AGNÈS (CIMETIÈRE DE SAINTE-
AGNUS DEI
966
là que notre sarcophage serait un travail égyptien1. Le
sarcophage de sainte Constance est très intérieur à celui
de sainte Hélène auprès duquel il est conservé au Va-
tican2. H. Leclercq.
AGNUS DEI. — I. VAgnus Dei, formule liturgique.
II. VAgnus Dei pascal.
I. L'AGNUS DEI, FORMULE LITURGIQUE. — L'Agi) us
Dei est une invocation qui se trouve aujourd'hui dans
la messe romaine, à la fin du canon, après la prière :
Hxc conwiixtio et. consecratio, etc. Elle est répétée deux
ejus, et nomen patris ejus scriptum in frontibus suis.
Apoc, xii et xiii, et. v, 6, 8, 12, 13; VI, 1, 16; vu, 9, 10,
14, 17; xiv, 1, 4, 10; xv, 3; xvn, 14; xix, 7, 9; xxi, 9,
14, 22, 23, 27; xxn, 1, 3, 14; II Petr., u, 24. Enfin saint
Jean-Baptiste s'adresse ainsi au Sauveur : Ecce agnus
Dei, ecce qui tollit peccatum mundi. Joa., i, 29.
Il suffit de remarquer, sans s'étendre, autrement sur ce
symbolisme (voir Agneau, col. 877), que deux idées sont
exprimées ici : le Messie est désigné comme l'agneau
et son sang efface les péchés. Le texte de VAgnus Dei
à la messe n'est guère que la répétition de ces formules
'213. — Sarcophage de sainte Constance. D'après une photographie.
fois sous la forme Agnus Dei, qui tollis peccata mundi,
miserere nobis ; la troisième fois, on remplace ces der-
niers mots par ceux-ci : dona nobis pacem. Cette forme
très simple est inspirée par l'Écriture. Isaïe donne
l'Agneau sous la figure du Messie dans son célèbre cha-
pitre lui, où il décrit les souffrances et les abaisse-
ments du Christ : Oblatus est quia ipse voluit, et non
aperuit os suum; sicut ovis ad occisionem ducetur, et
quasi agnus coram tondente se obmutescet, et non
aperiet os suum. Cf. xvi, 1, Emitte agnum, Domine,
dvminatorem terrée; Jer., il, 19. Ego quasi agnus
mansuelus, etc.
Mais c'est surtout dans l'Apocalypse qu'il est question
de l'Agneau : Agnus qui occisus est ab origine mundi...
Et ecce Agnus stabat supra montent Sion et cum eo
centum quadragi?ita quatuor millia habentes nomen
* C'est l'opinion de Strzygovvski, Orient oder Rom, c. m,
cf. Revue archéol., 1903, p. 104. — s Venturi, Storia dell' arte
scripturaires, sous forme de prière. La plus ancienne
introduction de cette invocation dans la liturgie est
sans doute celle qui se trouve dans l'hymne très antique
du Gloria in excelsis et qui est l'équivalent à peu près
de celle de la fin du canon; elle s'y présente sous ces
formes diverses :
Codex Alexandrinus,
IV" siècle.
'0 àjxvîïç ToC 0£o3 o
utbç toù n«Tçb; o ctipwv
uou.
Gloria romain Bangor
et ambrosien. (tradition celtique).
Agnus Dei qui Agnus Dei qui
tollis peccata mun- tollis peccatum
di... Qui sedes ad mundi, miserere
dexteram Patris, nobis. Même version
miserere nobis.
dans le missel de
Stowe, le Book of
hymns, et d'autres
manuscrits anglais3.
italiana, t. i, fig. 168, 171. — 'Warren, The Antiphonary of
Bangor, t. u, p. 31, 76, 77, 100.
967
AGNUS DEI
968
La messe actuelle de saint Jean Chrysostome porte à
la fraction ces paroles : MzV.Znai -/ai Zt.ay.ipiZi-:a.i o
àpvb; toO @e.o\i o (jleXiÇôjjlevoî xai p/r, Scaipouu,evoç, etc. '.
Mais dans l'ancien texte (IXe siècle) ces paroles sont
absentes 2. La liturgie de saint Jacques contient égale-
ment à la fraction et à la communion, cette formule :
"I8ou (Neale, Tetralogia, p. 179, donne I6è) 6 ànvbe toO
©soû (dans Neale, ibid. : 6 vib; toO Ilarpoç), 6 aî'pwv tyjv
àuaptîav toû xôa[j.ou, <T<pa-yia<T6eii; ûicep tïjç toû -xô<t|J.ou
Ç«oriî xat (TtoTTjpc'ai; 3.
L'acclamation de l\Agjit<s Dei à la fin du canon ro-
main diffère assez sensiblement de ces deux dernières
liturgies, mais il est la répétition à peu près exacte de
l'invocation du Gloiia. L'introduction de cette prière à
la messe porte sa date. Il est raconté au Liber ponlifi-
calis que Sergius Ier, pape en 687, établit que pendant
la fraction le clergé et le peuple chanteraient YAgnus
Dei : Hic staluit ut tempore confractionis dorninici
corporis Agnus Dei qui tollis peccata mundi miserere
nobis a clero et a populo decantareturk. Sa notice
porte trace de plusieurs autres règlements intéressants.
Si pour les premiers siècles ces renseignements litur-
giques du Liber pontificalis ne sont rien moins que
sûrs, il n'y a aucune raison ici de les mettre en doute.
M9r Duchesne fait remarquer, après Bona, qu'il est pos-
sible de voir dans ce décret de Sergius une protestation
contre le canon 82 du concile in Trullo qui détend de
représenter le Sauveur sous la forme symbolique de
l'Agneau B. Il ne faut pas oublier que la messe romaine,
à la différence de plusieurs autres liturgies, ne contient
plus de chant pour la fraction, probablement depuis les
modifications apportées par saint Grégoire à cette partie
du canon. L'Agnus Dei, sans être proprement une
prière de fraction, remplit bien cette place vide.
Il ne fut d'abord chanté ou récité qu'une fois, c'est
plus tard que s'établit la coutume des trois répétitions,
probablement pour remplir le temps de la fraction et
de [ la communion. Les plus anciens manuscrits qui
mentionnent cette prière, comme nous le dirons tout à
l'heure, n'ont qu'une invocation; "Walafride Strabon et
Ainalaire n'en connaissent qu'une également 8. Yves de
Chartres nous parle de trois invocations, et déjà, selon
Martène, on les trouverait dans des manuscrits de l'an
mille 1. On prit aussi l'habitude de remplacer à la troi-
sième invocation le miserere nobis par le doua nobis
pacem, et aux messes des morts par le dona eis re-
quiem. Le dona nobis pacem attribué à tort à Jean XXII
ou à une circonstance miraculeuse, est certainement
plus ancien, puisque déjà Beleth et Innocent III en
parlent au xne siècle. Ce dernier dit que cette addition
est une prière pour mettre fin à des luttes et à des dé-
Eordres qui menaçaient la paix de l'Église 8.
Mvr Duchesne remarque encore que ni le gélasien, ni
la messe romaine du missel de Bobbio. ni celle de
Stowe ne portent trace de YAgnus9. Noua ne le trou-
vons pas davantage dans le missel mozarabe, ni dans
l'ambrosien, sauf, nous Le dirons tout à l'heure, l'excep-
tion des messes des morts; ;iinsi il n'est pas dans les
anciens ordinaires ambrosiens publiés dans i'Auctarium
Solesmense 10 ; ni dans deux expositions anciennes de
la messe, l'une tirée d'un manuscrit du ix« siècle, pu-
4 Brightman, Liturgies eastern and western, Oxford, 1896,
p. 393. — 'Brigtman, Liturgies eastern and western, Oxtord,
1895, p. 341. — *Loc. cit., p. 02. — 'Liber pontificalis, éd. Du-
chesne, t. I, p. 381, note 42; cf. Bona, Rerum liturgicarum, éd.
Sala, in-lbl., Aug. Taurin., t. m, p. 347 sq. — * Loc. cit. —
«Walafride, De rébus ecclesiasticis. c. xxn, }'. I... l. cxrv,
col. 750; Amalaire, De ecclesiast. OffXc, 1. III. c. xxxui. /'. 1..-.
t. CV, col. 1153. — 1 Martène, De anliq. Eccles. rit.. 1. t. c iv.
a. 9, éd. Bassano, 1788, t. i, p. 151 sq. — «Cf. Lebrun, / xplica-
tion des cérémonies île lu messe, éd. Liège, 1777. ! n, p. ,'i7ti si).
— "Liber pontificalis, loc. eir. Cf. Muratori, Liturgia romana,
t. i, p. 098, t. ii, p. 780; Warrcn, The liturgy o\ the celtic
Churchj Oxford, 1881, p. 242. — '° Solesmis, 1900, p. 95. ci. aussi
bliées par Gerbert1*. En revanche d'autres expositions
dans des manuscrits du Xe siècle contiennent V Agnus
Dei, mais une seule fois12. Le missel de Jumièges le
contient aussi, une seule fois, après le Pax Domini, et
avant la prière : Hsec commixtio 13. Enfin il faut ajouter
qu'il n'est pas récité le vendredi saint, à la messe des
présanctiiiés, ni le samedi saint, ce qui semble bien in-
diquer que son introduction à la messe est postérieure
à la composition de celles-ci.
Les plus anciens manuscrits grégoriens publiés par
Ménard,Pamelius, Muratori, ont YAgnus une seule fois,
après le Pax Domini. Ils n'ont pas la prière Com-
mixtio, si bien que PAgnus Dei termine le canon. La
présence de cette prière dans ces documents a fait croire
à quelques liturgistes que V Agnus Dei de la messe re-
montait jusqu'à saint Grégoire et par suite était très
antérieur à Sergius1*; mais on sait aujourd'hui que si
ces livres peuvent être appelés grégoriens dans une
certaine mesure, aucun n'est pur de toute interpolation
postérieure. Cette preuve ne suffirait donc pas à faire
" rejeter la mention du Liber pontificalis. La messe
d'Illyricus n'a pas YAgnus Dei.
Si nous abordons la série des manuscrits très soi-
gneusement dépouillés par Ebner, nous en trouvons un
du xie siècle qui porte encore avant YAgnus Dei la men-
tion du Liber pontificalis : Sergius papa statuit ut tem-
pore confractionis, etc. 1S. L'Agnus Dei est encore dans
un manuscrit du IXe siècle, dans deux du xe-xi« siècle,
dans d'autres des XIe, XIIe et xine siècles16. Il est géné-
ralement dans ces manuscrits immédiatement après le
Pax Domini et avant la prière Hsec commixtio, tandis
qu'aujourd'hui il est après. Les exemples en sont si
nombreux. qu'Ebner a pu dire que l'on peut considérer
YAgnus Dei dans les manuscrits du moyen âge comme
la conclusion ordinaire du canon17. Il cite aussi toute
une classe de manuscrits qui après la prière ont une
représentation de l'Agneau de Dieu, sous des type^ di-
vers. Parfois il est accompagné de saint Jean-Baptiste
qui désigne du doigt le Messie, ce qui fait de L'image un
symbole parlant18.
Une autre série de documents de même genre a été
étudiée par Ehrensber<;er, mais outre que l'absence de
table des pièces rend les recherches difficiles, l'auteur
ne parait pas s'être préoccupé dans ses dépouillements
de marquer des particularités de ce genre 19.
Pour le chant de YAgnus Dei il en sera traité dans
un- article à part sur les chants communs de la n
Voir Messf. (Citant .
La liturgie ambrosienne, avons-nous dit, ne i'a que
pour les messes des morts, sous lorme de triple invo-
cation, comme dans la messe des morts romaine, mais
à la troisième invocation on dit : dona eis requiem sem-
piternam et ktcum indulgentite cum sanclis tuis in
gloria -°.
Signalons une forme amplifiée comme on en trouve-
rait beaucoup dans le bas moyen âge ; Agnus Dei qui
tollis peccata mundi crimina tollis, aspera mollis,
agnus honoris, miserere nobis. Agnus /'ri, q. t. p. m.,
ruinera sanas, ardua planas, agnus amorti, miserere
nobis. Ignus Dei, q. t. p. m., sordida munda, cuncta
fecundas, agnus odoris, dona nobis paceni -'.
P. Lejay, Bévue dhist. et de littér., 1S97, p. 184. — " Mo-
numtnta lit. Alem., t. I, p. 276, 337. — >* Loc. cit..
334. — '3 The missal of Jumièges, éd. by H. A. Wilson, in-8%
London, 1896, p. 47. — "Bona, loc. cit., p. 348 sq. Pellicia sem-
ble rapporter cette prière au iv siècle (!), The polity of the
Christian Church. . . \. ni. Londun, 1883. t. Il, p. 2'i7. — ,SA.
Ebner, Quellen u Forschungen turGesch. des Missale Kotna-
mon imMittelalter. in-s , Freib. imBrejsg.,1896, p. 273. — "Loc.
cit., p. 273, 278, 281 281 292,. 293, 295, 14, 317, 8M.
— " Loc. cit., p. *25. - " Loc. eu . p. W8. — '" l.ibri Hturgici
bibKothecsi apostolicte Vaticanse, in-V. Friburgi Brisg., 1890.
— J0 Voir Veditio typica publiée par Ceriani en 1902, Milan, au
canon. — " Bona, lie,-, liturg., loc. cit., p
9CD
AGNUS DEI
970
En se tournant vers le peuple pour porter la commu-
nion, le prêtre élevant l'hostie dit encore aujourd'hui :
Ecce agnus Dei, ecce qui tollit peccata mundi. Cette
prière, assez semblable à celle que nous avons relevée
dans la liturgie de saint Jacques, parait cependant d'in-
troduction récente. Dans l'antiquité on disait seulement
en donnant la communion ces paroles : Corpus Christi,
sanguis Christi, et les fidèles répondaient amen. Voir
Communion.
Enfin la triple invocation est devenue aujourd'hui la
finale obligée de toutes les litanies usitées dans la litur-
gie romaine, et même en général dans toutes les litur-
gies. Cette coutume n'est pas primitive; la plus ancienne
litanie est composée surtout du Kyrie eleison, Christe
eleison (Domine, miserere nobis) comme réponse à des
invocations. Voir Litanies. Même un grand nombre de
litanies plus récentes ne l'ont pas, telles les Litanies
carolinse du ixe siècle, les Litanise arelatenses i , telles
encore plusieurs des litanies de la sainte Vierge éditées
par le P. de Santi 2. Mais un grand nombre d'autres
la donnent, et peu à peu cela devint la coutume géné-
rale3. F. Cabrol.
gny cite le fait d'un Agnus Dei contemporain de saint
Grégoire, d'un autre du vne siècle dans le tombeau de
Flavius Clemens; Benoît XIV parle de la présence d'un
Agnus Dei dans le sacorphage de l'impératrice Marie
(ive siècle) 6. D'autres citent un texte du Liber pontifi-
calis qui ferait remonter ce rite au pape Zozyme (417-418).
Pour Hospinien il serait un emprunt à une cérémonie
païenne, et pour Baronius, une imitation des bulles d'or
que portaient les jeunes Romains. Mais toutes ces hypo-
thèses sont arbitraires et les exemples que l'on cite sont
ou apocryphes ou mal interprétés7.
Tout ce qu'on peut affirmer, c'est que l'origine en est
chrétienne et probablement romaine; mais on n'a trouvé
jusqu'ici aucun texte antérieur au IXe siècle. Un Ordo
romanus de ce temps en parle clairement; Amalaire à
la même époque et le pseudo-Alcuin y font aussi allu-
sion 8.
Actuellement, c'est-à-dire d'après un cérémonial qui
remonte au xvie siècle, la bénédiction de ces objets est
faite à Rome par le pape au commencement de son
pontificat, et ensuite tous les sept ans sous une forme
solennelle. Mais il y a aussi une bénédiction privée qui
2'i'i.
Agnus Dei de Grégoire XI. D'après une photographie.
II. L'AGNUS DEI PASCAL. — Définition, origine, rite.
Les Agnus Dei étant d'un usage postérieur à l'époque
dont nous nous occupons dans ce dictionnaire et leur
emploi n'étant pas de grande importance pour l'histoire
de la liturgie, nous n'en parlerons que très brièvement,
renvoyant aux travaux assez nombreux faits sur la ma-
tière et notamment à l'article récent de M. Mangenot
dans le Dictionnaire de théologie catholique1', qui, à
propos de ces sacramentaux, a traité la question archéo-
togique el liturgique.
En résumé on désigne sous ce nom certaines bulles
ou médaillons de cire représentant la figure de l'agneau
îm .-tique (en général l'agneau couché, ayant auprès de
lui la croix qui indique qu'il s'agit de l'agneau immolé).
Pour l'origine, il faut renoncer, semble-t-il, à celle que
quelques archéologues lui avaient donnée, telle par
< Minple qu'elle est énoncée dans l'article de Martigny.
Selon cet auteur qui se fait l'écho de plusieurs anciens,
V Agnus Dei aurait pour origine la coutume de quelques
fidèles qui prenaient au samedi saint des fragments de
cire tombés du cierge pascal, pour s'en servir comme de
préservatif contre le démon, et en ce sens Y Agnus Dei
serait contemporain du cierge pascal et remonterait au
moins au i\e siècle5 (voir Cierge pascal); sous la forme
de médaillons avec l'Agneau, il daterait du vie. Marti-
1 P. L., t. cxxxviii, col. 888, 891. — - Les litanies de la
sainte Vierge, étude historique et critique, traduction Boudinhon,
Paris, s. d. — 3Ct. de Santi, Les litanies, etc., loc. cit., et P. L.,
t. cxxxviii, col. 100; t. lxxx, col. 411; Gerbet, Monumenta li-
turgies Alemanicx, t. n, p. 34, 90, 122, etc. Les plus antiques
litanies paraissent ne donner qu'une invocation, cf. Book of Cerne,
p. 212, et les litanies données par Alcuin, P. L., t. ci, col. 524. —
a lieu par toute fête, ou toute circonstance solennelle
au gré du pape, lorsque le nombre des Agnus Dei est
épuisé. On emploie pour cette bénédiction diverses for-
mules, avec l'eau bénite, le saint-chrème et le baume.
Avant cette date le rite était un peu différent. Il avait
lieu au Latran le samedi saint, et il était réservé à l'ar-
chidiacre; les Agnus Dei étaient distribués le dimanche
in Albis ou le samedi avant Quasimodo. La cérémonie
ressemblait beaucoup alors à celle de la bénédiction des
cierges au 2 février. Les plus anciens Agnus Dei que
l'on connaisse remontent au temps de Jean XXII et de
Grégoire XI.
Cette dévotion donna lieu à des abus. On fabriqua de
faux Agnus Dei que l'on vendit. On connaîl plusieurs
bulles qui ont pour objet la condamnation sévère de
toutes ces pratiques et qui montrent le zèle des papes *
à proscrire le commerce des choses saintes.
Pour le symbolisme des Agnus Dei, leur distribution,
et leur efficacité, nous renvoyons aux travaux que nous
citons dans la bibliographie, notamment à l'article de
M. Mangenot.
La matière des Agnus Dei est la cire, mais leur gran-
deur varie de 3 à 20 centimètres, la forme et l'image
qu'ils représentent varient également. Nous en donnons
une appartenant au musée de la ville de Poitiers qui
*T. i, col. 605. — * Dictionnaire des antiquités chrétiennes,
2' éd., au mot Agnus Dei, p. 32. Cf. aussi Thomasi, Opéra, édit.
Vezzosi, t. vi, p. 70, note. — "Benoît XIV, De serv. Dei beatif.,
Opéra, éd. Venise, 1767, t. iv, p. 284. — 7 Mangenot, loc. cit.,
col. 606; Duchesne, Liber pontif., t. i, p. 87, cxxxm. — "Manil-
lon, Muséum Italicum, P. L, t. lxxviii, col. 960-961; Amalaire,
De eccl. offte, P. L., t. evi, col. 1033; t ci, col. 1215.
971
AGNUS DEI — AGOBARD
972
peut être considérée comme la plus ancienne que l'on
connaisse; c'est VAgnus Dei de Grégoire XI, en 1370
(fig. 244).
Outre l'article Agneau et les Dictionnaires Martigny
et Schmidt (au mot Lanib), Lichtenberger, l'Encyclo-
pédie des sciences religieuses, le Kirchenlexicon, l'En-
cyclopédie d'Herzog, etc., nous renvoyons surtout, avec
les réserves indiquées dans le présent article, aux ou-
vrages suivants : 0. Panvini, De baptismale paschali,
origine et ritu consecrandi Agnus Dei, in-8°, Rome,
1560; 2a éd., Rome, 1656 avec l'opuscule de Valerio, De
benedictione Agnorum Dei a Gregorio XIV summo
ponti/ice, anno salutis 1591 primo sui ponlificatus per-
acta; V. Bonardo, Discorso intorno ail' origine, anti-
data e virtu degli Agnus Dei di cera benedetli, in-4°,
Rome, 1586; J. Molanus, Oratio de Agnus Dei, in-8°,
Cologne, 1587, reproduit dans Migne, Theologiœ cursus
completus, Paris, 1843, t. xxvn, col. 423-454; Gretser et
T. Raynaud ont l'un et l'autre une dissertation sur ce
sujet dans leurs œuvres complètes ; enfin les deux études
les plus considérables dans ces derniers temps sont
celles de Mar Barbier de Montault, Traité liturgique,
canonique et symbolique des Agnus Dei, dans les Ana-
lecta juris ponti/icii, 1865, col. 1475-1523, et Martigny,
Dictionnaire des antiquités chrét., 2e éd., v° Agnus Dei,
et à part plus développé, Notice sur les Agnus Dei, à la
suite de l'Étude archéologique sur l'Agneau et le bon
Pasteur, Lyon, 1860; Barbier de Montault, Un Agnus
Dei de Grégoire XI, Poitiers, 1886. Cf. quelques autres
références dans Mangenot, art. cité, col. 613. Il y faut
ajouter un article de Cozza-Luzzi : Sopra un antico
stampo di Agnus Dei. Appunti storico-critici, dans
Rôm. Quartalschrift, 1893, p. 263 sq. La figure qu'il
donne de l'agneau porte les paroles Agne Dei mise-
rere mei qui crimina tollis.
La bénédiction d'un agneau le samedi saint à la messe
est une cérémonie encore usitée dans certaines églises.
On amène un agneau d'ans l'église au moment de l'offer-
toire et on le bénit avec une formule spéciale : dans la
liturgie romaine, la formule est au rituel. On trouve
cette bénédiction déjà usitée dans les églises wisigo-
thiques d'Espagne au vne siècle; la bénédiction de
l'Agneau pascal avait lieu le dimanche de Pâques, après
la messe et dans le preparatorium ou sacristie. Cette
dernière circonstance montre une fois de plus la gros-
sière erreur des Grecs, qui allaient jusqu'à accuser les
Occidentaux d'offrir cet agneau sur l'autel en même
temps que le corps et le sang du Seigneur. Plusieurs
formules de cette bénédiction nous ont été conservées
dans les livres de la liturgie mozarabe. Nous en connais-
sons trois: l'une imprimée dans la Missale mixtum,
P. L., t. lxxxv, col. 477, deux autres dans le Pontifical
manuscrit de Silos du xie siècle.
AV. Henry.
AGOBARD. — I. Biographie. II. Origine de ses
ouvrages liturgiques. III. Le livre De divma psalmodia.
• IV. Le livre De correctione antiphonarii. V. Le livre
Contra libros quatuor Amalarii abbatis. VI. Autres ou-
vrages. VIL Éditions. VIII. Bibliographie.
I. Biographie. — Agobard, né probablement en Espagne
vers 769 ou 779, élevé à Lyon à l'école fondée par les
archevêques Adon et Leidrade, fut choisi comme choré-
vêque par ce dernier en 808. Il lui succéda en 814, fut
très mêlé aux affaires de son temps, épousa fougueuse-
ment la cause des enfants de Louis le Débonnaire contre
leur père, ce qui lui valut deux années d'exil. Réconcilié
avec Louis, il revint à Lyon et mourut le 6 juin 840 en
Saintonge où il était à la suite de l'empereur. On trou-
vera de plus amples détails biographiques dans les ou-
vrages cités à la fin de cet article.
Agobard a été pendant quelque temps à Lyon l'objet
d'un culte religieux que l'Église n'a pas ratifié. Hensche-
nius lui a donné place dans les Acta sanctorum le
6 juin. De son temps saint Aguebaud, nom vulgaire d'Ago-
bard, était inscrit dans les martyrologes locaux, et le bré-
viaire de Lyon lui a consacré jadis un office à neuf leçons.
IL Origine de ses ouvrages. — Agobard n'est pas
sans intérêt au point de vue liturgique, bien que ses
ouvrages soient d'une médiocre richesse documentaire.
Il a eu l'avantage de vivre en un temps où la liturgie
était une question d'État, et de pouvoir, à propos d an-
tiennes et de répons, satisfaire des rancunes politiques.
Il nous permet de prendre sur le vif le traitement
appliqué par les évêques à la liturgie romaine, à l'époque
même de son introduction en Gaule; et, il faut bien
l'avouer, la méthode d'Agobard, qui n'était pas une ex-
ception, ne laisse guère d'espoir de retrouver l'antipho-
naire grégorien dans sa pureté primitive.
Jusqu'à Pépin le Bref, la Gaule avait possédé sa liturgie
propre comme les Églises mozarabe et milanaise. Les
fondateurs de la dynastie carolingienne crurent qu'ils
ne trouveraient nulle part autant de force que dans une
union étroite avec l'évêque de Borne, et, pour la resserrer,
voulurent que l'unité de dogme eût son expression dans
l'unité de culte. Etienne II vint en France en 754 pour
sacrer Pépin et son fils. Chrodegang évêque de Metz,
qui était allé au-devant de lui, tout en ramenant le
pontife, rapporta aussi les livres romains; ce fut l'ori-
gine de la célèbre école de chant de Metz.
On lira ailleurs l'historique des efforts de Pépin,
Charlemagne et Louis le Débonnaire pour le maintien
de leur œuvre. Voir Alclin, Amalaire, Charlemagne,
Gallicane (Liturgie). Il fallut plus d'une fois retourner
à Rome chercher des livres authentiques ; malgré cela, en
831, il n'y avait aucune unité entre les différentes Eglises
de Gaule, et Amalaire lui-même, chargé d'une revision
officielle par l'empereur, ne trouvait rien de mieux à
faire qu'une compilation des usages de Rome et de Metz,
en y ajoutant ses propres inventions; il avait soin, il est
vrai, de distinguer ses sources par différentes lettres.
C'est à cette époque qu'Agobard, pour la part prise à
la révolte des fils de Louis le Débonnaire, eut à subir
son exil en Italie. L'empereur trouva bon, pendant son
absence, de confier à Amalaire une mission dans l'Église
de Lyon. Celui-ci crut l'occasion favorable d'introduire
sa réforme de l'antiphonaire, mais il se heurta à des
résistances obstinées, en particulier celle du diacre
Florus qui commença la lutte. A son retour de l'exil
Agobard la poursuivit; ce fut l'origine de ses traités De
divina psalmodia et De correctione antiphonarii.
III. Le livre De divina PSALMODIA. — Le livre De
divina psalmodia est plutôt une lettre qu'un livre. On
peut le considérer comme la préface du De correciwtie
antiphonarii. Après quelques appellations pittoresques à
l'adresse d'un anonyme qui n'est autre qu'Amalaire,
Agobard annonce la nécessité où il se trouve de réfoi mer
l'antiphonaire, c'est-à-dire de revoir et améliorer la partie
de l'office divin exécutée par les chantres pendant tout
le cours de l'année, selon les listes de l'Eglise de Lyon.
Suivent les principes qui présideront à cette relonte :
rejet de ce qu'il appelle les psaumes du peuple : plebeios
psahtios; suppression des compositions poétiques, et
enfin exclusion de tout ce qui n'est pas pur extrait de
l'Écriture sainte, afin de rendre l'office aussi semblable
que possible à la messe : Sicut in dtebns ad ),iissas NOM
nisi divina generalitcr eloquia decantantur, ita et m
twctibus ad sacras Deo rigilias exhibendas eadem
proculdvbio lexdebeai observari '.
Le pape Grégoire a Rome a !;iit des retouches i la
liturgie, lui n'a qu'à suivre cet exemple. Agobard oublie
que son autorité n'est pas égale à celle du pape, et que
les principes de saint Grégoire étaient très diflérents des
>iens. Il a beau citer en sa faveur une série de
scripturaires qui parlent de tout autre chose, il n'en
1 De divina psalmodia, 1'. /.., t. < IV, c
973
AGOBARD
974
reste pas moins associé à une école peu recommandable.
Disons à la décharge d'Agobard qu'il ne pouvait pas
prévoir le parti que tirerait l'hérésie, surtout le protes-
tantisme et le jansénisme, de son grand principe de
l'usage exclusif de l'Écriture sainte dans la liturgie; des
conciles avaient opiné dans le même sens, et, comme il
le dira plus loin, de saints religieux pensaient comme
lui; il est regrettable cependant de se trouver, même
inconsciemment, parmi les précurseurs de Luther, Calvin
et Jansénius.
Ceci ne doit pas nous empêcher de noter une parole
qui jette quelque lumière sur la manière dont on traitait
alors les livres liturgiques. Quod si prsediclus calumnia-
tor humiliter et obedienter pensare studuisset, nequa-
quam ad tantam deveniret fatuilatem, ut verba quo-
rumlibel hominum, quorum nec nomina, nec sensum,
nec fidem novit, tanquam divinas Scripturas dejen-
deret *■...
Quels sont les compilateurs liturgiques dont il est ici
question? On aimerait à avoir plus de renseignements.
Agobard peut vouloir désigner tous les auteurs des tor-
mules non scripturaires; peut-être . ne vise-t-il que la
légion des correcteurs diocésains du temps, qui en
quelques années neutralisaient les efforts réunis du pape
et de l'empereur pour arriver à l'unité.
IV. Le livre De correctione antipbonarii. — Le livre
De correctione antiphonarii, quoique plus long que le
précédent, ne dépasse pas les limites d'une dissertation
de médiocre étendue. C'est un mandement pastoral
adressé par Agobard à ses diocésains, mais spécialement
dédié aux chantres de l'Église de Lyon. Au point de vue
liturgique c'est le plus intéressant des ouvrages de
l'archevêque. Pour critiquer, il lui laut citer, et ses cita-
. tions nous font connaître quelques-unes des pièces
usitées au ixe siècle. La thèse de l'emploi exclusif de
l'Écriture sainte est reprise et développée.
Agobard dit qu'il a retranché de l'antiphonaire des
superlluités, des légèretés et même des choses appro-
chant du mensonge et du blasphème. Donner quelques
exemples de ces blasphèmes, apporter ensuite un certain
nombre d'autorités pour justifier sa manière de penser,
c'est toute la matière du livre De correctione antipho-
narii dont nous allons noter les passages intéressants.
Ac primwm quale illud est quod in vigilia natalis
Domini in choro fidelium et fidelium erudilorum
cantabatur : « Dum ortus fuerit sol de cœlo, videbitis
Regera regum procedentem a Paire tanquam sponsum
de thalamo suo 2. » L'un des désirs d'Agobard eût été de
voir : procedentem a maire au lieu de paire; cette version
se trouve du reste dans l'antiphonaire de l'Église romaine
publié par Thomasi3; mais l'Église n'a pas jugé que
l'antienne fût si répréhensible, puisqu'elle la conserve
encore au bréviaire romain4 avec l'unique modification
de dum en cum. D'après la remarque d'Agobard, cette
antienne était chantée la veille de Noël ; Amalaire ajoute
à Benedictus ; et il nous dit en même temps qu'à Rome
elle occupait la même place le jour de la Nativité5.
Illud etiam responsorium quod in eisdem vigiliis can-
tabatur... « De Ma occulta habitatione sua egressus
est Filius Dei, descendit visitare et consolare omnes
qui eum de toto corde desiderabant 6. »
Ce répons a disparu de la liturgie actuelle, mais on
peut le lire dans les anciens responsoriaux grégoriens
publiés par les mauristes1 et par Thomasi8, à la place
même indiquée par Agobard, c'est-à-dire aux matines de
la vigile de Noël.
'De divina psalmodia, P. L., t. civ, col. 327. — 'De cor-
rect, antiph., c. iv, P. L., t. civ, col. 33t. — 3 Thomasi-Vezzosi,
Opéra, t. jv, p. 36. — *Ànt. ad Magn., 1 Vêpres de Noël. —
5 De ordine antiph., c. xv, P. L., t. cv, col. 1271. — * De cor-
rect, antiph., c. vi, loc. cit., col. 331. — ' Liber responsalis,
P. L.,t. Lxxvm, col. 733. —«Thomasi-Vezzosi, Opéra, t. iv, p. 183.
— 'De correct, antiph., c. vu, loc. cit., col. 331. — '" 1'. L.,
L'archevêque de Lyon cite un autre répons qui
semble avoir été chanté avec une pompe spéciale en la
fête même de Noël: Considerentur etiam verba alterius
responsorii, quod... contra morem noctumi of/icii ab
eminentiori loco pompatice concrepabat : « Descendit
de cselis missus ab arce Patris, introivit per aurem
Virginis inregionemnostram, indutus stola purpurea,
et exivit per auream portam lux et decus universee
fabriese mundi*. »
On aperçoit des traces de cette pièce dans le IV* ré-
pons du Ier nocturne de Noël, au bréviaire monastique.
Le bréviaire romain l'a perdue. Le responsorial de
saint Grégoire édité par les bénédictins de Saint-Maur 10
donne le même texte au i« nocturne de Noël. L'anti-
phonaire de l'Église romaine publié par Thomasi ' l en
présente une autre version au n« nocturne de Noël ; mais
la version d'Agobard se retrouve au Ier nocturne dans un
autre antiphonaire ' -, sauf la correction per uterum
Virginis. L'expression per aurem Virginis serait-elle
une erreur de transcription comme le pense Thomasi 13?
Son éditeur Vezzosi en doute l*. Il rapproche ce texte
d'un autre répons où on lisait : Ingressus est per spten-
didam regionem, aurem Virginis, visitare palatium
uterii&; et d'après des témoignages apportés par Alla-
tius16, il semblerait que cette expression était courante
chez les Pères grecs et latins.
Les critiques d'Agobard sur un autre répons sont plus
fondées : Aliud quoque responsorium de ver bis Evan-
gelii,sed non ordine evangelico... <.< Tenebrse factgs sunt
dum crucifixissent Jesum Judsei :et circa horam nonam
exclamavit Jésus voce magna : Deus, Deus, ut quid
me dereliquisti? Tune unus ex militibus lancea latus
ejus perforavit,et inchnato capite, emisit spiritum l1 . »
Ce répons est encore au bréviaire romain, au IIe noc-
turne du vendredi saint, mais sans l'inversion imposée
ici au texte évangélique. Le texte critiqué par Agobard
peut se lire dans le responsorial grégorien 18, mais l'in-
version a disparu des deux antiphonaires publiés par
Thomasi 19. Le manuscrit d'Agobard était probablement
fautif, comme celui dont use Thomasi au tome v de ses
œuvres : le même répons se trouve là parmi les irnpro-
pères du vendredi saint et Thomasi met en note :
Praeposuimus hœc verba : Et inclinato et... subsequen-
tibus, ex aliis mss. Cod D, cum mendose in Cod A. nar-
rationis apertionis lateris Christi postponantur -° .
On trouve au missel actuel, au XIXe dimanche après
la Pentecôte, un introït singulier qui se répète le jeudi
de la troisième semaine de Carême : Salus populi ego
sum, dicit Dominus : de quacumque tribulatione cla-
niaverint ad me exaudiam eos : et ero illorum Domi-
nus in perpetuum. On a beaucoup discuté pour savoir
d'où provient cette parole mise sur les lèvres du
Seigneur. Le missel s'abstient de donner une réiérence :
si l'on ouvre une concordance scripturaire pour suppléer
à son silence, c'est en vain qu'on cherche un texte sacré
qui semble pourtant bien annoncé par le dicit Dominus.
Cette curiosité liturgique presque unique aujourd'hui
semble avoir été moins rare autrefois; Agobard en re-
lève trois exemples qui excitent son indignation ; pour
lui c'est une supercherie sacrilège.
Jam vero quanta illa sunt vaticinia, ut ita dictum
sit, falsa in çesponsoriis et antiphonariis quse quasi
ex voce Domini pronuntiantur, cum in nullis divinis
Scripturis reperiantur. Ut est: « Octava décima die de-
cimi mensis jejunabitis, dicit Dominus, et miltam vo-
bis Salvatorem et propugnatorem pro vobis, qui vos
t. lxxviii, col. 734. — "Thomasi-Vezzosi, Opéra, t. iv, p. 38. —
>sIbid., p. 185. — ,3 Thomasi-Vezzosi, loc. cit., noie. — "Ibid.,
note de Vezzosi. — 15/n proxima hebdomada. R. Annuntiatum
est. Loc. cit., p. 181. — 10 Allatius, De ecclesiasticis Grxcorum
libris, diss. H, 1646, p. 300. — "De correct, antiph., c. VIII,
loc. cit., col. 332. — "P. L., t. lxxviii, col. 766. — '» Thomasi-
Vezzosi, Opéra, t. iv, p. 92, 233. — '-"Ibi,'., t. v, p. 87.
975
AGOBARD
976
prsecedat et introducat in terrant quavn juravi patri-
bus veslt'is. » Et iterum : a Coronam gloriat ponam su-
per caput ejus, dicit Dominus, et induam illum stolam
candidam, quia servavit mandata mea, et propter
nomen meum effusus est sanguis ejus in terra. » Et
iterum : m Sancti estis, dicit Dominus, multiplicabo
numerum vestrum ut oretis pro populo meo in loco
islo. » Et multa hujusmodi, ridiculosa et fantastica.
On chercherait en vain ces pièces dans la liturgie
actuelle. Thomasi 2 cite le premier répons : Octava décima,
le dimanche le plus près de Noël, mais avec une correc-
tion qui s'impose : Vigesima quarta die mensis. On
peut le lire aussi au quatrième dimanche d'avent dans
le responsorial de saint Grégoire 3. Une remarque
d'Amalaire explique l'erreur4 : Notandum quod iste
responsorius canebatur in Galliis octava décima die
decimi mensis. Pro quo inveni scriptum in Romano,
vicesima quarta die decimi mensis : nec non et de
ipsa interrogavi apostolicum Gregorium, qui respon-
dit : Non cantamus octava décima die decimi mensis
sed vicesima quarta die. On peut rapprocher du texte
de ce répons: Is., xix, 20; Ex., xxm, 20; Deut., xxxi, 7.
L'antienne Coronam glorise s'inspire de Ps. xx, 4;
Is., xxxiii, 5; lxh,3; Eccli., vi, 32; Marc.,xvi, 5; Prov.,
vu, 2.
L'antienne Sancli estis faisait partie du commun de
plusieurs martyrs. Elle est dans le responsorial de saint
Grégoire 5 et dans l'un de ceux que publie Thomasi 6 . On y
peut voir un souvenir de II Par., vi, 21 ; III Reg., vin, 30.
La suite du livre De correctione antiphonarii se com-
pose de citations destinées à justifier les idées particu-
lières d'Agobard sur le chant ecclésiastique et sur les
principes qui doivent présider à la constitution de la
liturgie. Ce qu'ont écrit saint Jérôme, saint Cyprien,
saint Augustin, saint Grégoire, vaut surtout pour leur
temps, mais la valeur documentaire de ces citations
pour le IXe siècle est nulle. Agobard s'en sert en guise
d'exemples, de prémisses, et comme les hommes à idées
fixes, il en tire des conclusions beaucoup plus larges
que ne le comportent les exigences de la logique.
On aura un spécimen de ses procédés dans la manière
dont il traite le décret bien connu de saint Grégoire
établissant qu'à Rome les diacres ne chanteraient plus
que l'Evangile, et que les psaumes et les leçons seraient
exécutés par des sous-diacres ou des clercs dans les
ordres mineurs. Il commence par une remarque qui a
plus de valeur que tout le reste, parce qu'elle nous
donne l'opinion qu'on avait au ix» siècle sur la pater-
nité de l'antiphonaire : Verum quia Gregorii prsesidis
nomen titulus prœfali libelii prmtendtt, et hinc opi-
nione sumpla patant eum quidam a beato Grego-
rio Pontifice et illustrissimo doctore compositum .'...
Suivent le décret et cette conclusion assez inatten-
due : puisque les sous-diacres ou les clercs inférieurs
sont chargés des psaumes et des lectures, il en ré-
sulte qu'au temps de saint Grégoire on chantait les
psaumes dans l'église, et qu'ils formaient comme main-
tenant encore (au temps d'Agobard) la plus grande par-
tie des offices divins : donc saint Grégoire ne peut être
l'auteur du reste. Quel dommage, pour la verve d'Ago-
bard, que le raisonnement ne soit pas d'Amalaire !
L'opinion n'en est pas moins intéressanteçour l'époque.
L'archevêque de Lyon n'était pas le seul de son temps,
parait-il, à réclamer l'usage exclusif de l'Écriture sainte
dans la liturgie. Quidam religiosi viri... subjectis sibi
fratribus prœceptum taie dederunt : Nullus prsesumat
responsoria aut anliphonas, quœ soient aliqui contpo-
' De correct, antiph., c. ix, toc. cit., col. 333. — «Thomasi-
Vezzosi, Opéra, t. IV, p. 179. — *P.L., t. i.xxvm, col. 730. —
'De otdine antiph.. c. xi, P. L., t. cv, col. 1264. — 'P. I...
t. î.xxvui, col. 823. — " Thomasi-Vezzosi, Opéra, t. IV, p. 284. —
'De correct, antipli.. c. xv, toc. cit., col. 336. — * De correct.
antiph., c. xvn, loc. cit., col. 337. — » Ibid., c. xviu. — "> De
sito sono pro suo libitu non ex canonica scriptura
assumpta canere in congregatione ista, vel meditari,
vel dicere 8.
Un peu plus loin9, il nous ouvre quelques horizons
sur la composition des maîtrises du temps. On y entrait
dès l'enfance; c'étaient de véritables écoles; l'étude du
chant en supposait bien d'autres, car un bon chantre
devait être au courant de l'Écriture sainte et de toutes
les sciences capables de l'éclairer. Agobard se plaint
justement qu'on oublie ce but élevé pour consacrer sa
vie entière à une vaine culture de la voix : Ex quibus
quamplurimi ab ineunte pueritia usque ad senectutis
canitiem omnes dies vitse suse in parando et confir-
mando cantu expendunt .... ignari fidei suse, inscii
Scriplurarum sanctarum et divines intelligent! se inanes
ac vacui, hoc solum sibi sufficere putant : et ob hoc
etiam venlosi et inflati incedunt, si sonum et vocem
decantationis utcumque addiscant, et in numéro can-
torum deputari videantur. Naturellement c'est le dé-
veloppement donné à la liturgie qui est cause du mal;
aussi notre réformateur désire-t-il qu'on revienne à ce
qu'il croit être la simplicité primitive : c'est-à-dire la .
répétition des mêmes formules.
L'ouvrage se termine par un petit aperçu sur les
livres liturgiques du temps : on y trouve le Livre des
mystères, appelé ailleurs Livre des sacrements 10, le
Livre des leçons, et enfin le Livre de l'office, c'est-à-dire
l'antiphonaire, contenant les sacrés offices pendant tout
le cours de l'année ".
V. Le livre Contra libros IV Amalarii abbatis. —
Un autre ouvrage d'Agobard : Contra libros quatuor
Amalarii abbatis, semblerait devoir être d'une certaine
importance liturgique, mais il témoigne surtout de l'ani-
mosité de l'archevêque de Lyon contre le prêtre de
Metz. C'est avant tout la censure des interprétations
mystiques d'Amalaire; les rares détails qu'il cite, il les
emprunte à son adversaire; naturellement, l'intérêt du
livre s'en ressent; on peut résumer en quelques lignes
les renseignements fournis par cet ouvrage, court d'ail-
leurs : on les retrouvera dans le De ecclesiasticiis offr-
ais d'Amalaire. Voir Amalaire.
Le vu des Calendes de Mai tombe la Litanie majeure.
Amalaire 12 remarque que ce jour est intitulé in Lilania
majore et non pas in jcjunio; qu'on pourrait prier Dieu
sans interrompre les joies pascales, que pourtant il est
mieux de suivre la coutume des anciens. Cette conces-
sion ne désarme pas Agobard qui pousse cette exclam.i-
tion : Dicit namque posse fieri litanias, id est, Roga-
tiones sine jejvnio et carnis abstinentia, quod nunqunm
dictum est neque a par uni sapientibus13. Ce qui esl
plus intéressant, c'est de retrouver dans la citation
d'Amalaire pour la messe de la Litanie majeure la col-
lecte, l'épitre et l'évangile de la messe que nous chantons
encore avec un offertoire différent : Adjura me Domine
Deus meus; salvum me fac propter misericordiam
l iiam. Qui insurgunt in me , confundantur.
Une autre citation d'Amalaire ' • nous fait entrer dans
les mœurs du temps : Solet quseriinter vulgares quanto
tempore debeant unctwnem chrismatis observare in
capile, ut non laventur, qui accipiunt manus i»,
tionem, absquo tempore baptisterii. Autant île temps,
répond-il, qu'on en mot à célébrer la descente du
Saint-Esprit sur les apôtres, c'est-à-dire sept jours; et la
citation s'achève par l'explication de l'onction, de l'huile,
et du baume.
Ailleurs l:> mention est faite d'un répons à quatre ver-
sets, dont l'un est : In medio duorum animaliuni
tmaginibits, c, \\x, loc. cit.. col. 224. — " De correct, antiph.,
c. xi\, toc. cit., col. 338. — ''Deecclcs. off.,\. I. c. xxxvn, P. L.,
i i \ . col. 1066. — >*Contra libros IV Amalarii. c. I, loc. cil.,
col. 339. — '» Amalaire, De ceci, of/iciis. 1. 1, c. xi.; Contra I
1 1 1 malarii, c. v. loc. cit.. col, 342. — "Amalaire. De ceci, off ,
1. I, c. un; Contra libros IV Anial., c. vin, loc. cit., o !
977
AGOBARD
078
cognosceris. Quod ita Hieronymus in Habacuc. On
reconnaît le premier trait chanté encore de nos jours
à l'office du vendredi saint après la leçon d'Osée. Dans
l'Antiphonaire édité par Thomasi au tome v de ses
œuvres, ce trait est intitulé : Responsorium gradale1,
et se présente avec ses quatre versets dont le premier
est bien : In medio duorum animalium, mais avec le
changement de cognosceris en innotesceris, version
actuelle.
Naturellement dans ces quatre versets Amalaire voit
un profond mystère qu'Agobard ne réussit pas à décou-
vrir. La réflexion d'Agobard a cela de bon qu'elle nous
fait sentir le besoin d'une congrégation des Rites pour
la protection de la liturgie, surtout si on se rappelle l'ina-
nité des efforts impériaux au IXe siècle : Homines qui
cantum composuertml ex verbis Scripturarum, arbitrio
suo prout illis congruum visum est fecerunt. Et per
diversas regiones diversis modis. Non Spiritu Dei
acti... Et ideo si homo uni responsoriô quatuor versus
adjungit, non est umbra alicujus œnigmatis, sicutiste
putat 2...
Le canon de la Messe est assez largement représenté
dans les œuvres d'Agobard, et dans ses citations d'Ama-
laire. Nous allons grouper ici tout ce qu'il en dit : Nunc
de Te Igitur dicendum est... Et in electorum tuorum
jubeas grege numerari3... Nobis quoque peccato-
ribus *...
Une autre remarque peut, être intéressante au point
de vue des paroles de la consécration 5 : Sic... apostolus
accepit a Domino et tradidit Ecclesim : quoniam
Dorninus noster Jésus Christus, in qua nocte trade-
batur, accepit panem et gratias agens, fregil et dixit :
Hoc est corpus meum quod pro vobis tradetur. Hoc
facile in meam commemorationem . Siniiliter et cali-
cern, postquam cœnavit dicens : Hic calix novum tesla-
mentum est in meo sanguine. Hoc facile quotiescumque
sumitis in meam commemorationem. Vnde et Eccle-
sia ex traditione apostulorum his verbis consecrans
nn/sterium sacri corporis et sanguinis Domini, dési-
gnante)' dicit Dominum dixisse apnstolis : « Accipite
et manducate ex hoc omnes. Hoc est enim corpus
meum. Simili modo et postea quam cœnalum est,
accipiens et hune prœclarum calicem. »
Le livre contre Amalaire se termine par une nouvelle
allusion au canon6 : Mtare, crux Christi est, ab eo
loco ubi scriptum est in canone : Vnde et memores
siiri)us,usque dum involvilur calix de sudario diaconi.
Nous disons maintenant : Vnde et memores nos,
servi tui; anciennement la version était un peu diffé-
rente comme l'indique le texte précédent qui est con-
forme au sacramentaire grégorien édité par D. H. Mé-
nard ' et se retrouve dans le Missale Francorum 8 et
dans le sacramentaire gélasien'J.
Le canon de la messe se trouve encore incidemment
mentionné dans un autre ouvrage d'Agobard1'1. Denique
beatus Pelagius papa, cum quosdam redarg ueret epi-
scopos, eo quod nomen ejus relicerent in actione sacri
myslerii, id est in snlcmniis missarum, in principio
scilicei, ubi dicere solemus, in primis quas tibi offeri-
mus pro Ecclesia tua sancla catholica, quam paci/i-
care, custodire, adunare et regere digneris loto orbe
terrarum, una cum famulo luô papa nostro... Voir
Actio, col. 446.
VI. Autres ouvrages. — Quelques courtes remarques
sur les autres ouvrages d'Agobard achèveront de mon-
'Tbomasi-Vezzosi, Opéra, t. v, p. 83. — * Contra librus l VAmal-,
c. ix, loc. cit., col. 344. — :iIbid., c. xi; Amalaire, De eccl. off.,
1. III, c. xxiii. — *Ibid., c. xi; Amalaire, De eccl. off., 1. IV,
c. xxiv. — 5 Contra libros IV AmaL, c. xm, loc. cit., col. 347. —
6 Ibid., c. xviii ; Amalaire, De eccl. off., 1. IV, c. dern. — '• P. L.,
t. lxxviii, col. 27. — 8 Tliomasi-Vezzosi, Opéra, t. VI, p. 366. —
"Ibid., p. 174. — 10 De comparatione regiminis ecclesiastici et
poKtici, c. h, loc. cit., col. 293. — «< Adversus legem Gundobadi,
trer sa valeur liturgique. On peut relever un petit
nombre d'extraits du Missel, Cum... intra sacra mis-
sarum solemnia fréquenter deprecemur Dominum,
ut tribuat nobis pro amore suo prospéra mundi despi-
cere, et nulla ejus adversa formidare ".La même cita-
tion se retrouve dans la lettre de Grégoire IV insérée
parmi les œuvres d'Agobard12. Quant à l'oraison elle-
même, le sacramentaire grégorien la donne à la fête de
saint Sébastien13. A Lyon on devait probablement la
repéter plus souvent; c'est ce qu'indique au moins le
mot fréquenter. Actuellement on la lit au Missel en la
fête de saint Hermès, 28 août, et à celle de saint Denys,
9 octobre.
La prière pour l'empereur, q'ui est encore au missel,
le vendredi saint, mais qu'on ne dit plus, était dès lors
en vigueur : Sic namque orat universalis Ecclesia in
solemnibus illis orationibus diebus passionis dominical
pro Imperatoribus : « lit Deus illis subjectas facial
barbaras nat/Lones... » Dicitur'in prœdictis orationibus
ubi sacerdos admonet dicens : « Oremus et pro christia-
nissimo Imperatore nostro, ut Deus et Dorninus no-
ster subditas illi facial omnes barbaras nationes, ad
nostram perpétuant pacem^K. »
Une citation du symbole de saint Athanase 1S; la men-
tion du Gloria patri à la lin des psaumes, des antiennes
et des répons 16; c'est à peu près toute la contribution
apportée par Agobard à l'identification des formules
liturgiques.
Par ailleurs on sait la part plutôt malheureuse qu'il
prit à la controverse des images. Il nous apprend en
passant que des tableaux représentant les conciles or-
naient les églises 17, qu'il appelle Domos basilicarum1* ,
et que quelques-uns poussaient le culte des images
jusqu'à s'en servir comme d'autels : lllud vero qua
prsesumptione fil, ut sine basilica, sine altari, absque
sanctorum reliquiis, super hujusmodi figmenta missae
celebrentur ",
Quant aux actions liturgiques, Agobard mentionne
pour le dimanche la messe solennelle, les prédications,
les offices du matin et du soir 20 ; l'onction d'huile pour
les malades : Melius facerent,si... ad presbyteros Eccle-
sise currerent, ungendi oleo secundumprseceptum evan-
gelicum et apostolicum-'. Il fournit enfin en témoin
oculaire d'une scène historique, une intéressante des-
cription de la pénitence au IXe siècle. Il s'agit de la
déposition de Louis le Débonnaire : Innotescitur ei lex
et ordo publiese pœnitnntise, quam non renuit, sed ad
omnia annuit ; ac demum pervenit in ecclesiam co-
ram cœtu fidelium, ante altare et sepulcra sanctorum.
El prostratus super cilicium, bis terque quaterque con-
fessusin omnibus clara voce cum abundanti effusione
lacrymarum, depositis armis manu propria, et ad cre-
pidinem allaris projectis, suscepit mente compuncta
pœnilentiam publicam, per manuinn episcopalium im-
positionem, cum psalmis et orationibus. Sicque depo-
sito habitu prislino et assumpto habitu pœnitentis 22...
De tout ce qui précède on peut conclure que l'impor-
tance liturgique d'Agobard est très secondaire et qu'on
ne saurait, à ce point de vue, le comparer à ses prédé-
cesseurs ou contemporains Alcuin, Amalaire, Rhaban
Maur. La réforme qu'il tenta d'introduire à Lyon lui
survécut peu, et il n'y a guère à tirer de ses ouvrages
pour la liturgie que ce que nous avons résumé dans cet
article.
Mentionnons à titre de curiosité un don fait par Ago-
n. ix, loc. cit., col. 119. — ''- J.uc. cit., col. 302. — <3P.L., t. lxxviii,
col. 42. — <* Liber pro filiis Ludovici PU. c. m, loc. cit., col. 312.
— 15Adv. Fel. Urg., c. m, loc. cit., col. 35. — ,6 De fldci veritate,
c. vin, loc. cit., col. 273. — " De imag., c. xxxn, loc. cit., col. 225.
— '» De dispens. Eccl. rerum, c. xvi, loc. cit., col. 237. — ,0 De
imag., c. xxxiv, loc. cit., col. 226. — !0 De insolentia Judxorum,
c. v, loc. cit., col. 75. -• ■' Ep. ad Bortholomieum, c. xii, loc.
cit., col. 184. — " Chartula cul Lotharium, loc. cit., col. 322.
979
AGOBARD
AGRAPHA
980
bard et qui est parvenu jusqu'à nous avec une mention
sur laquelle on reviendra ailleurs. Voir Autel. Le plus
ancien manuscrit de Tertullien est connu sous le nom
de Codex Agobardinus, il comprend 204 feuillets en
onciale minuscule très élégante. On lit sur le feuillet 2e
cette inscription en caractères romains : LIBER OBLA-
TVS AD_ALTARE SC"l STEPHANI EX VOTO AGO-
BARDI EPI '.
VII. Éditi'o^s. — La première est celle de Papire
Masson; acccss. 2 epp. Leidradi, in-8°, Paris, 1605. —
La plus importante est celle de Baluze, 2 vol. in-8°,
Paris, 1666. Toutes les autres grandes collections des
Pères parues depuis contiennent aussi les œuvres de
notre auteur : Gallandi? t. xui; Margarin de la Bigne,
t. ix ; P. L., t. crv; D. Bouquet, t. VI.
VIII. Bibliographie. — Henschenius, De S. Ago-
bardo ep. Lugdunensi dans Acta sanctorum, 6 jun.,
t. i, p. 748, 1695. — Histoire littéraire de la France,
t. IV, p. 67-83. — Dom Ceillier, Histoire générale des
auteurs sacrés ecclésiastiques, Paris, 1752, t. xvn,
p. 59-1-617; 2» édit., Paris, t. xn, p. 365-78, 1109-1110.
— Hundeshagen (Car. Bern.), De Agobardi archiep.
Lugdunensis vita et scriptis commenlalio perlinens ad
historiam ecclesiaticam sec. IX. Pars 1% Agobardi vv-
tam continens, in-8°, Giessae, 1831. —Ampère, Histoire
littéraire de la France, Paris, 1840, t. III, p. 175-186. —
Macé, De Agobardi arch. Lugd. vita et operibus disse-
ruit..., in-8°, Paris, 1846. — Bliigel, De Agobardi arch.
Lugd. vita et scriptis dissertalio, in-4°, Halse, 1865. —
Leist, Ueber die theol. Schriften des Bischof Agobard
von Lyon, Stendal, 1867. — P. Chevallard, L'Église et
l'Étal en France au IX" siècle, S. Agobard arch. de
Lyon, sa vie et ses écrits, in-8°, Lyon, 1869. — Nicolas,
Agobard et l'Église franque au IXe siècle, dans la Rev.
de l'histoire des religions, 1881, t. m, p. 54-71. Voir aussi
Wattenbach, Deutschlands Geschichtsquellen, 1873, 1. 1,
p. 159; t. il, p. 371, et Dùmmler, dans Neue Arclriv
der Gesellsch. fur ait. deutsch. Gesch., 1879, t. iv, p. 263-
264. — T. Fôrster, Drei Erzbischôfe vor tausend Jaliren,
Claudius von Turin, Agobard von Lyon. Hinkmar von
Reims. Exn Spiegelbild fur ihre Epigo?ien in unsern
Tagern, in-8», Gùtersloh, 1873. — S. F. Marcks, Die
politisch-kirchliche Wirksamkeit des Erzbischofs Ago-
bard von Lyon, mit besonderer Rùcksicht auf seine
schrifstellerische Thàtigkeit, in-4°, Viersen, 1888. —
Rob. Enge, De Agobardi archiep. Lugdunen. cum
Judseis contentione, dissert, inaug., 35 p., in-fol., Fri-
burgae, 1888. — Louis Rozier, Agobard de Lyon, sa vie
et ses écrits, in-8», 64 p., Montauban, 1891. — Dom
Guéranger, Institutions liturgiques, 2e éd., 1880, t. I,
p. 246 sq. — The Jewish Encyclopedia, 1901, 1. 1, p. 238.
— Kirchenlexikon, 1882, t. i, col. 346 et l'art. Agobard,
dans le Dictionnaire de théologie catholique, t. I,
col. 613. Pour plus de détails cf. Chevalier, Répert. des
sources historiques, et Pothast, Bibliotheca historica
medii sévi. — Varin, Des altérations de la liturgie gré-
gorienne en France, avant le XIIIe siècle, dans les Mém.
de l'Acad. des inscriptions et belles-lettres, Sav. étran-
gers, série I, t. n, in-4°. Molinier, Les sources de l'/iist.
de France, t. I, p. 235. E. Debroise.
AGRAPHA. — I. Définition. II. Les agrapha litur-
giques. III. Bibliographie.
I. Définition. — Cette expression est aujourd'hui bien
connue de tous ceux qui s'occupent des études scrip-
turaires ou de l'ancienne littérature chrétienne, encore
•Cf. Ad. Harnack, Geschichte der altchrislliche Litteratur,
iu-8°, Leipzig, 1893, t. I, p. 668. — ! A. Hesch, Agrapha, ausser-
canortische Evangelienfragmente, dans Texte u. Untersuclnn,-
gen, de Harnack, in-8' de xn-520 p., Leipzig, 1889, t. v, fasc. 4,
— $ Die Sprùche Jesu die in den kanonischen Evangelien
nicht ubeiliefert sind, dans la même collection, in-8' de vi-176.
Leipzig, 1896, t..xiv, 2' fasc. Cf. du même, The so-catled Agrapha,
qu'on ne trouve pas le mot dans plusieurs dictionnaires
de la Bible. Il est la transcription du grec "Aypaipjc,
non écrits, ou en dehors des Écritures. Strictement
parlant, il désigne des paroles ou des sentences qui, en
dehors des Évangiles, sont attribuées comme authen-
tiques à N.-S. Jésus-Christ. Nous disons comme authen-
tiques parce que d'un commun accord- on élimine du
nombre des agrapha, les paroles tirées des évangiles ou
autres écrits apocryphes qui n'ont aucune valeur. On
appelle aussi ces maximes des >.oyia, c'est-à-dire oracles
ou apophtegmes. Un exemple classique est celui des
Actes des Apôtres : Omnia ostendi vobis (dans un dis-
cours de saint Paul aux fidèles), quoniam sic labo-
rantes oportet suscipere infirmos ac meminisse verbi
Domini Jesu quoniam ipse dixit: « Beatws est M AGIS
dare quam accipere (Act., xx, 35). » Il y a un assez grand
nombre de ces sentences ou Àoyia attribuées à Jésus
dans les auteurs anciens et que les érudits ont collec-
tionnées. Le travail le plus considérable sur ce sujet
est celui de A. Resch, qui n'a pas recueilli moins de
cent soixante-dix-sept de ces maximes ; sur le nombre
il en considère cent trois comme douteuses et apo-
cryphes2. Cette collection a été soumise à un nouvel
examen critique par James Hardy Ropes, qui ne retient
comme authentiques que quatorze de ces sentences 3,
mais ses conclusions ne sont pas admises par tous et la
discussion reste ouverte. Le sujet, envisagé à ce point
de vue, appartient du reste plus à la science biblique
ou théologique qu'à nos études. Nous nous contenterons
de renvoyer aux auteurs qui ont spécialement traité ce
sujet (voir la Bibliographie) et à ajouter que depuis
les études de Resch et de Ropes, un document de pre-
mière valeur est venu enrichir la collection d'un cer-
tain nombre de sentences de Jésus qui se présentent
comme authentiques, ce sont les AOTIA IHCOY dé-
couvertes sur un papyrus et publiées par R. P. Gren-
fell et Arthur S. Hunt*.
IL Agrapha LITURGIQUES. — Le point qui nous inté-
resse, c'est que quelques-unes de ces maximes nous sont
aussi conservées dans les livres liturgiques; nous ne par-
lons pas de la Aiôay/,, des Constitutions apostoliqu
des autres documents qui ont un caractère semi-liturgi-
que, et que l'on trouvera du reste dépouillés à ce point de
vue dans Resch et Ropes, mais des livres liturgiques pro-
prement dits. Nous voudrions même, puisque aussi bien
c'est la première fois que le terme est introduit en litur-
gie, qu'on lui donnât une extension plus grande et que
l'on désignât souscetitre. d'une façon générale, toutes les
paroles qui, dans la liturgie, sont données comme scrip-
turaires, qu'elles semblent se rapporter à l'Ancien ou au
Nouveau Testament, comme ce fameux introït du XIX-
diinanche après la Pentecôte dans la liturgie romaine :
Salus populi ego sum, nicir DOUINOS: de quacumque
tribulatione clamaverint ad me exaudiam eus: ei
iUorum Dominus in perpétuant. Le même intiv
répété au jeudi de la troisième semaine de carême. Les
mots: dicit Domina*, semblent indiquer une citation de
l'Écriture. Or ces paroles ne se trouvent pas dans la
Bible. Agobard déjà de son temps avait relevé quelques
autres pièces liturgiques données aussi comme des
paroles du Seigneur, avec le dini Dominas; il n'hésite
pas à les condamner comme des supercheries, imaginées
tout simplement par des liturgistes peu scrupuleux pour
donner plus d'autorité à leurs compositions6. En effet,
il existait à cette époque toute une école qui proscrivait
dans le culte divin, contrairement du reste aux saines
dans The américain tournai of theology, 1897, i. 1, p. 75Î
— * AciT.a 'I>,<ro0, Sayings of our Lord, edited by B. P. Grenlell
a. A. S. Hunt, in-8' de 20 pages, London, 1897. Le fameux fra*-
ment des évangiles du Fayoum est aussi on M-jwv. O. Harnack,
Dos Evangelien fragment VOfi Fajjum, dans Texte u. Vl
chungen, t. V, fasc. 4, p. 483-497 Vg< bard, De corn
antiphonariifP. L., t. crv, col. 330 sq. Ct. Agobard.Siv, ool
981
AGRAPHA
982
traditions liturgiques, tout ce qui n'était pas tiré de
l'Écriture. La plupart de .ces pièces ont disparu de la
liturgie actuelle, mais le Salus populi y est resté, et les
liturgies anciennes possèdent aussi quelques-uns de ces
agrapha qui mériteraient une étude de détail, et qui
constituent une classe à part. En attendant, nous signa-
lons les suivants:
N° 1. — Un missel de Cologne (éd. 1847, f. xxi rect.) dans
une séquence pour l'Epiphanie, contient ces paroles:
Patris etiani insonuit vox pia, veteris oblita scrmonis :
Penilet me fecisse hominem : Vere Filius es tu meus
mihi placidus (1. placitus) in quo sum placatus, hodie
te, mi fili genui. Le texte scripturaire porte :
Matth., m, 17. Luc, m, 22. II Petr., i, 17.
Eleccevoxdecx- Et vox de cselo Hic est filius meus
lis dicens : Hic est facta est : Tu es fi- dilcctus, in quo
filius meus dilectus, lius meus dilcctus; mihi complacui ;
in quo mihi com- in te complacui ipsum audite.
placui. Cf. xvii, 5: mihi. Cf. IX, 35 : Hic
Hic est Filius meus est Filius meus di-
dilectus, in quo mi- lectus : ipsum au-
hi bene complacui : dite,
ipsum audite.
La séquence du missel de Cologne représente, on
le voit, une tradition étrangère au texte courant, et se
rattache à une famille très nombreuse qui contient
Yego hodie genui te, au lieu de Y in te complacui. En
voici quelques exemples: S. Justin: xai tpcovr).., ul<5; u.ov
et av,iyù> <r/j(j.spov yeysvv/jxâ «te.1.
Clément d'Alexandrie : parcTiSouivo) tû xupt'to... <p<i>vy| :
vlôç u.ov ei <ru ayaurjTô';, Èyà> o"7|U.îpov ysyÉvv/jxâ 0"£2.
Constit. Apost. : çwvïjv XÉytov uîô; u.ou Et <xû, Èyw arj jxîpov
yeyÉvvyjxâ es3.
Lactance: Tune vox audila de cselo est: Filius meus
es tu, ego hodie genui tei.
Saint Hilaire : Voce lestante de cselo : Filius meus es
tu, ego hodie genui te*.
Saint Augustin, saint Jérôme, saint Epiphane et plu-
sieurs autres sont les témoins de la même tradition.
Resch range de Xôytov parmi les apocryphes et l'étudié
en détail sous le n° 46.
N° 2. — Dans plusieurs liturgies orientales on trouve
ce ).ôy'.ov : ôaâxtç yàp av iah'.-cfiz TÔv apxov toûtov xai to
7toiï|p'.ov Toû-o it'!v/;te, tbv Èy.ôv Oâvatov xaTayyéXXets 7. La
liturgie dite de saint Marc porte les mêmes paroles avec
l'addition... xaTayyéXXETE, xa\ tyjv è^v àvâaraffiv xai
àviXrj'Jnv 6|xoXoy£tTe, cr/ptç où avÉ'Xôto8. La liturgie d'An-
tioche a la variante: xbv Oàvaxov toû uîoG to-j àvôpoi'Trou
xaTOtyyi).)>STc, xai t-^v avâoradiv auioû ô(Ao).oy£ÏtE, â'xP'î
ou e/Gï)9. La liturgie de saint Jacques: Quotiescumque
enim manducabitis paneni hune et calicem istum bi-
belis, mortem meani annuntiabitis et resurrectionem
meam confitebimini, donec veniami0. La liturgie moza-
rabe : Quotiescumque manducaveritis panem hune et
calicem istum biberilis, mortem Domini annuntiabitis,
donec veniet in claritatem de cselis11. L'ambrosienne
contient ces paroles d'un cachet si ancien : mandans
quoque et dicens ad eos : hsec quotiescumque /eceritis
in meam commemorationem facietis : mortem meam
prsedicabilis, resurrectionem meam annunciabitis, ad-
venlum meum sperabitis, donec iterum de cselis ve-
1 Dial. contra Tryph., c. lxxxvih, P. L., t. vi, col. 688. — * Clem .
Al. Pxdag., 1. I, c. vi, P. G., t. vin, col. 280. — 3L. II, c. xxxn,
P. G., t. I, col. 680. — * Instit. divin., 1. IV, c. XV, P. L., t. vi,
col. 491. — *De Trinit., 1. VIII, c. XXV; cf. 1. XI, c. xvm ;
Comm. in Ps., tit. h, vs. 7, c. xxix ; Comm. in Matth. (n, 6),
P. £., t. x, col. 254, 472 sq. — «Resch, loc. cit., p. 346-357. —
'Lit. de S. Basile, et. Bunsen, Anal, ante niesena, t. m, p. 222.
— »Ct. Bunsen, loc. cit., t. m, p. 117. — 9 Loc. cit., p. 185;
Fabricius, Cod. apocr. Nov. Test., t. m, p. 81. — "Q. Fabri-
cius, loc. cit., p. 127; Brightman, Liturgies eastern and wes-
tern, t. I, p. 52. — ' < Missale Mozar., P. L., t. lxxv, col. 117.
Cf. Probst, Die Liturgie der drei ersten Jahr., p. 288 sq. ;
niant ad vos. Unde et memores, etc. 12. Il est possible
que ces liturgies représentent la tradition des constitu-
tions apostoliques : ôo-àxtç yàp av iaQii)TZ xiv apxov xoOxov
xai xb TtOTrjpiov toûto itt'v'/)T£ tbv QâvaTov tôv èu.bv xaray-
yÉXÀETê, a/ptç av é'X8(.)13. On peut dire que, d'une façon
générale, les autres liturgies, dans leur anamnèse, lont
allusion à la résurrection, à l'ascension, parfois à la des-
cente aux enlers ou au dernier avènement. Voir Ana-
mnèse. Ce Xéytov, qui tient le 22e rang dans la collection
Resch, se rapporte à ces paroles de saint Paul, I Cor., xi,
26 : Quotiescumque enim manducabitis paneni hune,
et calicem bibelis, mortem Domini annuntiabitis donec
veniat11*; et il est considéré comme authentique par
l'auteur.
N° 3. — Ropes discute encore sous le numéro 139 ce
passage de saint Paul sur l'Eucharistie, qu'il semble
assez disposé à considérer comme un Xôytov distinct de
celui des synoptiques : toûto TrotstTE eî; xr|v èut,v àva;j.vr,-
o-tv. to'jto itoisÏTS ôo~âxt; èàv m'vïjTE Et; tï)v £u.7|V àvâ;xvr(<Ttv.
I Cor., xi, 24 13. Mais cette question n'intéresse plus que
de loin la liturgie de la messe et sera du reste traitée à
une autre place. Voir Consécration, Messe.
N° 4. — On lit aux 2es vêpres du Commun des Apôtres,
à l'antienne du Magnificat, ces paroles : Eslote fortes
in bello et pugnate cum anliquo serpente et accipielis
regnum œternum, dicit Dominus. Cette maxime, étudiée
par Ropes sous le n. 127 des Spriïc/te Jesu,r\ semble
inspirée de certaines paroles du Nouveau Testament :
fortes /acti sunt in bello, Hebr., xi, 34; serpens anti-
quus, angeli prseliabantur cum dracone (Apoc, xji, 9;
xx, 2; xii, xni, 4; œlemum regnum, II Petr., i, 11. Elles
ne constituent donc pas un '/.oyiov proprement dit, et il
faudrait les ranger dans la catégorie des antiennes atta-
quées par Agobard ,?. Le même texte se trouve dans un
vieux recueil anglais : Old English Homilies and Homi-
letic Treatises of the twelfth and thirteenth Centu-
ries 18.
N° 5. — On lit dans le Sacramentaire léonien une
préface ainsi conçue : Vere dignum... Nihil ergo juvat
(ras, jubat) eos qui dedecora sua notasque non cemunt
et quia ipsi se non vident œstimant nec ab aliis se
videri. Cum enim idem clamât apostolus quse secun-
dum faciem sunt videle (II Cor., x, 7), quemadmodum
se celare posse confidurd qui sicut scriptum (ms. scrib-
tum) est per dulces sermones suos seducentes corda
fallacia (Rom., xvi, 18) et sieur evangeuum ait xrum
(cnRiSTVM) in cvbile reqvireni es, palam manije-
steque déclarant quid et dictis exsequanlur et factis 19.
Selon M9r Duchesne cette prélace est, ainsi que quelques
autres pièces du Léonien (voyez notamment Feltoe, loc.
cit., p. 68), dirigée contre les laux ascètes, les mauvais
moines ou confesseurs; il en reporte la composition
vers la fin ive siècle et il traduit le texte : ils ont beau
tenir des discours doucereux... on sait que c'est surtout
dans le lit des autres qu'ils vont chercher le Christ -°.
Mais quoi qu'il en soit des intentions de l'auteur de ces
préldces assez étranges, ce qui nous intéresse dans
l'espèce, c'est l'opinion de Ms>' Batiffol qui attire notre
attention sur ces paroles de notre texte : Sicut Evange-
lium ait, Christum in cubile requirentes. Il se de-
mande, non sans quelque hésitation, s'il ne faudrait pas
Brenner, Geschichtliche Darstellung der Verrichtung nud
Ausspendung der Sakrameiite von Christus bis auf unsere
Zeiten, Bamberg, 1824, t. m, p. 6 sq. — l2 Cf. Missale Ambros.,
éd. typica, 1902, p. 177. — '3 Constit. Apost., 1. VIII, xn; ci.
1. Vn, xxv, P. G., t. i, col. 1103. — '* Resch, loc. cit., p. 105,
cf. p. 178-284, Ct. Bopes, loc. cit., p. 97. — ,iS Ropes, loc. cit.,
p. 135. — '" Loc. cit., p. 121. — ll De correctione antipho-
narii, P. L., t. Civ, col. 329-340. — 18 Ed. R. Morris, série I,
London, 1868 (Early english text Society, n. 34, p. 151). —
10 Sacramentarium Leonianum, éd. Feltoe, p. 56-57. Ci. P. L.,
t. v,. col. 65. — !0 Les origines du. culte chrétien, 2» éd.,
p. 136.
983
AGRAPHA — AGRICOLES (CLASSES)
034
y chercher un agraphon, « ne voyant rien qui autorise
à taire dépendre le Chrislum in cubile requirentes
d'aucun texte canonique '. » Nous serions assez disposé,
pour notre part, à n'y voir qu'une allusion à saint Mat-
thieu, xxiv, 23-26 : Si ergo dixerint vobis : Ecce hic est
Chris tus aut illic... ecce in deserto est, ecce IN pene-
tralibus ('ISoù àv to\ç TajAEÎoi;), nolite credere. Ce qui
donne un sens très acceptable, peu différent en somme
de celui de MsrDuchesne; comme le passage n'est qu'une
allusion au texte évangélique et non une traduction, on
comprend la substitution du cubile aux pêne tralibus.
N° 6. — Si l'on accepte, comme nous l'avons proposé,
de ranger en liturgie sous le nom d' agrapha, tous les
passages donnés comme Écriture sainte et qui cepen-
dant n'en sont pas, il faudrait signaler, par exemple, ce
passage du sacramentaire de Bobbio donné comme
épître à Tite, mais qui contient des fragments extra-
scripturaires :
Timor Domini custodit animamjusti, et spiritus sa-
pienlise erudivit illum . Tenens psalterium et cytharam,
Iselatus est ad voceni organi. Et quia didcis fuit in
ore ejus decantatio laudis; ideoque in die obitus sui
gavisus est, eo quod suscepit illum dexlera Dei~.
Ou la suivante sous le titre d'Epistola ad Colossenses :
Qui custodiunt prœcepta Domini, habent vilam eeter-
nam; et qui negant mandata ejus, adquirunt ruinam,
et in hoc secundam mortem. Prœceptum Domini hoc
est : Non perjuraberis, etc. Ut sciatis hoc quia opéra
nostra scriptum est in hoc libro, in commemoratione
erit in die judicii. Ibi nec testes, ibi nec pares, ibi nec
per munera judicabitur : quia non est melior quam
/ides, veritas, castilas,jejunium, et eleemosyna, etc.3.
Mais ces passages et d'autres de même nature, que
l'on trouve un peu dans toutes les liturgies, formeraient
dans tous les cas une classe à part; c'est une sorte de
combinaison de divers passages de l'Écriture, un pro-
cédé très usité en liturgie, et il faudrait ranger sous
cette rubrique les séries de répons centonisés et collec-
tionnés sous certains titres, comme De Abraham, De
Joseph, De Josue, De beato Job, De Tobia, De Es-
dra, etc.; mais cette question mérite d'être étudiée à
part. Voir Centonisatiox.
Parfois aussi les agraplia se présentent sous une
autre forme, ce sont des paroles, souvent des paroles
des prophètes, mises dans la bouche de N.-S. comme
les suivantes :
Insidiali sunt mfhi adversarii mei magis gratis, lu
Pater sancle, miserere et libéra me. Portatus sum ut
agnus innocens, ad victimam; captus ab inimicis,
ut avis in muscipola.
Aperuerunt omnes ora sua contra me : dentibus
fremuerunt, quserentes deglutire me, etc. 4.
Ou encore les suivantes sous forme d'impropères :
Popule meus quid tibi feci? Quia eduxi te de terra
^Egypli : parasti crucem salvat07-i luo, etc. 5.
Le sacramentaire de Bobbio contient des impropères
sous une autre forme :
Vide Domine humilitatem meam quia erectus est
inimicus. Miserere, Pater juste, et omnibus indulgen-
tiam dona. A Pâtre missus veni perditos requirere et
Itosle caplivatos sanguine redimere, etc. 6.
Nous avons d'autres discours du Seigneur dans des
livres liturgiques, mais ces pièces, comme le Descendus
ad inferos, appartiennent nettement à la littérature
apocryphe7.
Dans tous les cas, il y avait quelque utilité à signaler
ces passages qui nous renseignent sur les procédés de
la composition liturgique.
III. Bibliographie. — Le mot agrapha n'a pas encore
* Christum in cubile, question à M. le docteur Alf. Resch,
dans la Revue biblique, 3" an., 1894, p. 435 sq. — sCf. Mablllon,
Missa de uno confessore, dans Muséum ilalicum, t. i, p. 347. —
tout à fait conquis droit de cité parmi nous; on ne le
trouve ni dans le Dictionnaire des antiquités chré-
tinnes de Martigny, ni dans le Dictionnaire de la Bible,
de Vigouroux ou de Smith, ni dans Real-Encyclopâ-
die de Kraus, ni dans Dictionary of Christian antiqui-
ties, ni dans Jevoish Encyclopedia, ni dans Kirchen-
lexicon, ni même dans les deux récents dictionnaires
anglais de la Bible : Hastings, Dictionary of the Bible,
in-4°, Edimbourg, 1900; Gheyne, Encyclop. Biblica,
in-4°, Londres, 1899.
Mais le Dictionnaire de théologie catholique contient
sur le sujet un article de M. Mangenot. Resch et Ropes
que nous avons cités sont pour le moment les deux
ouvrages principaux sur la question ; Resch en particu-
lier a écrit, § 2, La littérature des agrapha 8. Cotelier pa-
rait le premier s'être occupé de la question dans ses Eccle-
sise Grascse Monumenta, t. i-m, 1677-1688. Plusieurs
érudits l'ont suivi. Voici la liste des principaux travaux :
S. E. Grabe, Spicilegium SS. Patrum ut et hsereti-
corum ssecidi 1, il, et m, 2 vol., Oxon., 1698; éd. 2,
1700; J. A. Fabricius, Codex apocryphus Novi Tesla-
menti, Hamb., 2e édit., 1719, t. ;i-m; Lardner, The are-
dibility of the Gospel-history, 2e éd., Londres, 1748;
Kôrner, De sermonibus Chrisli âypiçoiç, Lips., 1776;
M. S. Routh, Reliquise sacrse, 4 vol., Oxon., 2e éd., 1849;
Rud. Hofmann, Dos Leben Jesu nach den Apokryphen,
1851 ; Rud. Anger, Synopsis Evangeliorum Matthei,
Marci, Lucm, Leipzig. 1852 ; Bunsen, Analecta ante-
niernua, Londres, 1856, t. i, p. 29; Wescott, Introduction
to the study of the Gospels, 1881 ; Hilgenfeld, Novum
Testamenlum extra canonem receplum, 2* éd. Leipzig,
1884; Pick, The life of Jésus according extra-canoni-
cal sources, New-York, 1887; Jean Lataix, Une nouvelle
série d'Agrapha, dans la Revue d'hist. et de littér.,
1897, t. n, p. 432-438, cf. aussi p. 454, 455; Nestlé, Novi
Testamenti grseci supplemenlum, Leipzig, 1896, p. 89-
92, Dicta Salvaloris agrapha; Bardenhewer, Gesch.
(1er altchr. Literatur, Freib. i. Br., 1902, t. I, p. 391.
F. Cabrol.
AGUAMANILE. Voir Aquamanile.
AGRICOLES (CLASSES). — I. Du droit de pro-
priété. IL Le domaine rural. III. Le domaine rural en
Gaule. IV. La culture du domaine. V. Les « serfs casés ».
VI. Les affranchis. VIL Les fermiers. VIII. Les colons.
IX. Description de la villa. X. Les villages. XI. Le
manse. XII. Le dominium et les tenures. XIII. Les
tenanciers. XIV. Les manants. XV. Les colons. XVI. La
villa. XVII. La paroisse rurale. XVIII. La juridiction
domaniale. XIX. Condition d'assujettissement des
classes agricoles. XX. Le polyptyque de l'abbé Irminon.
XXI. Le capitulaire De villis. XXII. Monuments figurés.
Pour comprendre les institutions antiques du chris-
tianisme il est nécessaire d'accueillir tous les renseigne-
ments que les textes nous ont conservés. Afin de savoir
comment ces institutions se sont formées, comment
elles se sont développées, comment elles ont donné nais-
sance à un état de choses très vaste et très durable, il
est indispensable de tenir compte de toutes les condi-
tions dans lesquelles s'est opéré ce développement. En
tous temps et en tous pays, la manière dont le sol était
possédé a été l'un des principaux éléments de l'orga-
nisme social, du progrès moral ri de l'expansion reli-
gieuse. Le domaine rural et la vie agricole ont été, i
l'époque que nous étudions, l'organe le plus puissant et
le plus régulier de la vie sociaie. « Cest là, dit Fustel
de Coulanges, que s'exécutait presque tout le travail so-
cial; là s'élaboraient la richesse et la force; là tendaient
les convoitises, et de là venait la force. C'est dans l'in-
"Ibid., p. 363. — ' Ibid., p. 310. — » Missel romain, au vendredi
suint, d'après le IV Esd., I. — • Muséum Uni., loc. cit., p. 31'.' M{.
— ' 27i<.> Book of Cerne, éd. Kuypers, p. 196. — * Loc. cit., p, 3.
985
AGRICOLES (CLASSES)
986
térieur de ce domaine rural que se rencontraient les
diverses classes d'hommes. C'est pour la terre et à cause
d'elle que surgissaient les grandes inégalités. » Si l'on
veut s'en tenir à ce qui a trait aux choses ecclésias-
tiques, on reconnaîtra que les biens des Églises et des
monastères n'ont pas été régis par d'autres institutions
que les domaines des particuliers; dès lors il n'est pas
possible de ne pas accueillir les textes, d'où qu'ils vien-
nent, lorsqu'ils représentent une part d'explication des
problèmes que soulève l'étude des documents de prove-
nance ecclésiastique et monastique. Clercs et moines
n'ont pas fait usage d'un droit et d'un formulaire ré-
servés à eux seuls; malgré leurs privilèges nombreux
et exceptionnels ils relevaient du droit commun. Le
domaine ecclésiastique était un composé de domaines
particuliers venus presque tous par donation, quelques-
uns par acquisition et par échange; or ces modes d'ac-
croissement s'exerçaient sur des terres laïques en un
temps où la propriété laïque était légalement et forte-
ment constituée. L'Église ou le monastère étaient tenus à
respecter les dispositions générales du droit concernant
la condition des personnes. Il en résultait, à ce point de
vue, que la propriété ecclésiastique ne différait par
aucun caractère essentiel de la propriété laïque et la
population agricole qui l'occupait suivait la même con-
dition dans l'une et dans l'autre; ainsi les textes que
nous citerons comme ayant trait aux usages en vigueur
chez les particuliers s'appliqueront aux usages en vi-
gueur dans les terres des églises et des monastères.
Dans la présente dissertation, au lieu de disperser notre
attention sur la condition des classes agricoles dans
toute la société chrétienne, nous nous bornerons à la
Gaule toute seule, ainsi nous pourrons donner des faits
nombreux et précis, les seuls qui autorisent une con-
viction scientifique. Il est nécessaire de remarquer que
les conditions de la société rurale pendant la durée de
l'empire sont analogues à celles de la Gaule dans les
autres provinces; à partir de l'introduction des popula-
tions germaniques, ce que nous observerons en Gaule avec
une surabondance de documents authentiques diffère
assez peu de ce qu'on pourrait observer en Germanie et
dans l'île de Bretagne et même en Espagne. Il ne faut
pas parler de l'Afrique, qui à partir de l'invasion van-
dale vivra plutôt grâce à l'intarissable fécondité du sol
que par la sagesse des dispositions économiques; les
documents de ce pays appartiennent d'ailleurs à la po-
lémique religieuse plus qu'à l'économie sociale. Rome
et l'Halie conserveront plus longtemps le régime écono-
mique de l'empire, nous l'étudierons ailleurs, lorsque
nous aurons à parler des patrimoines de l'Église ro-
maine. Voir Liber censuum et Colonat. Quant au monde
oriental, les dissentiments profonds qui le séparèrent de
1 Gaius, Instit., II, vu : In provinciali solo dominium populi
romani est vel Cxsaris ; nos autem possessionem tantum vel
usumfructum habere videmur. Fustel de Coulanges, Hist. des
institutions polit, de l'anc. France, in-8% Paris, 1889, t. iv, p. 2,
fait observer que la phrase de Gaius est une explication théo-
rique, rien de plus. Le droit de posséder en pleine propriété était
le privilège du citoyen romain; mais quand ce droit fut étendu à
tous, la distinction entre le sol italique et le sol provincial n'en
subsista pas moins; des lois de 316 et de 530 mentionnent tantôt
les fundi italici, tantôt les fundi provinciales; il est vrai que
ces lois ont pour objet de supprimer toute distinction de fait
entre ces terres. Code Théod., 1. VIII, tit. xn, 2; Code Justin.,
1. V, tit. xni, 15; 1. VIII, tit. xxxi. - * Code Justin., 1. VIII,
tit. xiii, 9, loi de l'année 239; Code Justin., 1. III, tit. xu, 2, loi
de l'année 331, dans laquelle le propriétaire d'un prsedium in
provincia est qualifié dominus ; Code Théod-, 1. XII, tit. i, 33,
constitution de l'année 342 dans laquelle on parle de curiales qui
privato dominio possident. Le droit romain ne fournit aucun
texte que l'on puisse invoquer en faveur d'un domaine éminent
sur le sol réservé à l'État; en tous cas si ce domaine a existé, et
rien ne le démontre, il n'en était plus question à l'époque qui
nous occupe. Cette théorie du dominium suprême de l'État, sou-
tenue par Ch. Giraud, Recherche sur le droit de propriété citez
bonne heure, au point de vue religieux, de l'influence
de l'Église romaine, ne le disposaient pas à recevoir dans
féconomie sociale les inspirations qu'il contestait ou
repoussait dans l'ordre dogmatique et disciplinaire.
Nous croyons qu'on pourrait, plus qu'on ne l'a fait jus-
qu'ici, mettre à profit les règles monastiques afin d'étu-
dier les conditions matérielles de la vie rurale, conditions
qui différaient assez peu pour le tenancier et le moine,
attachés tous deux à la culture du sol, et soumis aux
mêmes fatigues et aux mêmes dangers, mais nous ré-
serverons cet aspect de la question pour le traiter en
étudiant les établissements monastiques. Voir Monas-
tères et Travail manuel.
I. Du droit de propriété. — Au iv« siècle, la distinc-
tion qui voulait que la pleine propriété, dominium, ap-
partint, par droit de conquête, à l'État romain et que
les particuliers ne pussent jouir que de « la possession
et l'usutruit » ', cette distinction, disons-nous, était aban-
donnée; les codes appliquent désormais le terme domi-
nium même à la propriété provinciale'2. Cette propriété
était rigoureusement délimitée par une clôture quelcon-
que, bornes, palissades, etc., parfois encore surmontées
de distance en distance de bustes d'Hermès, les her-
mulxz, qui rappelaient les anciens dieux Termes et le
caractère religieux de la propriété dans les vieux âges ;
ces limites étaient inviolables et la loi punissait leur
violation, quelle que fût l'espèce de sol dont il s'agit,
terres incultes ou terres cultivées, forêts ou pâquis4,
eaux courantes enfin5. Le droit de propriété atteignait
le sol dans ses dernières profondeurs, il s'exerçait sur
les richesses naturelles et sur les dépôts qui s'y trou-
vaient cachés6. Le propriétaire était tellement maître du
sol, que la construction d'une maison par un autre que
lui n'atteignait pas son droit, la maison devenait sienne;
par contre le propriétaire pouvait se dessaisir de l'usu-
truit et de la jouissance, il pouvait encore concéder à
un tiers la possession à perpétuité de la superficie, le
fonds lui demeurait. Après lui la propriété se transmet-
tait à son fils ou à son plus proche parent, elle se trans-
mettait même à tous ses enfants, fils et filles, sans
exception, à l'époque qui nous occupe. Cette transmis-
sion se faisait sans la participation de l'État, car, dit
Pline le Jeune, « les héritiers n'auraient pas toléré
qu'on entamât des biens auxquels les liens du sang et
du culte domestique leur donnaient un droit absolu,
des biens qui, même avant le décès du père, leur appar-
tenaient déjà et dont ils étaient comme en possession
dès leur entrée dans la vie7. » La terre pouvait se trans-
mettre par testament, elle pouvait encore s'aliéner du
vivant du propriétaire, soit par vente, soit par donation.
Toutes ces opérations avaient été beaucoup facilitées avec
le temps. La vente et la donation se faisaientpar la simple
les Romains, in-8«, Aix, 1838, p. 235, 237, 252 ; le même, His-
toire du droit français, in-8% Paris, 1846, 1. 1, p. 151, et par Acca-
rias, Précis du droit romain, in-8°, Paris, 1872, 3" édition, t. i,
p. 483, 494; 4' édit., p. 516, 527, a été réfutée par Fustel de Cou-
langes, op. cit., t. IV, p. 9 sq. — 3 Digeste, 1. XLII, tit. vin, 21;
1. XVIII, tit. i, 18; Code Théod., 1. II, tit. xxvi; Code Justin.,
1. III, tit. xxxix, 3. Sur les hermulx cf. De Rossi, Bull, di arch.
crist., 1876, p. 145, pi. vm. La loi permettait au propriétaire de con-
traindre son voisin au bornage, qui devait être fait par les agri
mensores. Cf. Digeste, 1. X, tit. i; Code Théod., 1. II, tit. xxvi,
Code Justin., 1. III, tit. xxxix. Sur les agrimensores, Digeste,
1. II, tit. VI, 1-3; Code Théod., 1. II, tit. xxvi, 1 ; Gromatici ve-
teres, édit. Ch. Lachmann, in-8% Berlin, 1848, p. 10, 24, etc. —
* Digeste, 1. XIII, tit. vu, 18; 1. L, tit. xv, 4; Code Théod., 1. IX,
tit. XLII, 7. — B Digeste, 1. XLIII, tit. xir, 1 ; Flumina quœdayn
publica sunt, qusedam non. — u Malgré la tendance de l'État à
s'emparer de toutes les mines, voir Ad metalla, col. 471, le
particulier n'était pas inhabile à en posséder. Digeste, 1. XXVII,
tit. IX, 3 ; l'usufruitier pouvait les exploiter comme le proprié-
taire lui-même. Digeste, 1. VII, tit. i, 13; 1. XXIV, tit. m, 7,
§ 13-14; Tacite, Annal., 1. VI, 19; Corp. inscr. lat., t. n,
n. 3280 a. — ''Pline, Panégyrique de Trajan, n. xxvu, édit.
Keil, p. 346.
987
AGRICOLES (CLASSES!
988
tradition, avec constatation de la volonté de livrer la
terre1. Pour le testament, il arrivait d'ordinaire qu'il
était présenté aux magistrats municipaux et inscrit sur
le registre de la curie, mais ce n'était autre chose qu'une
constatation plus solennelle et une garantie de l'exécu-
tion des clauses du testament2. Ces trois mutations de
la propriété pouvaient être exercées non seulement au
profit des particuliers, mais encore des corporations re-
connues aptes à posséder le sol. « Les temples étaient
propriétaires de terres nombreuses 3. Les villes avaient
chacune un domaine4. Il y avait enlin le domaine de
l'État ou du prince. Ce qu'il importe de noter, c'est
que, pour ces communautés ou pour ces puissances, le
droit de propriété ne différait pas essentiellement de ce
qu'il était pour les particuliers. L'État, les villes, les
temples, les corporations jouissaient ou disposaient de
leurs terres suivant toutes les règles qui régissaient la
propriété privée. La vente, la donation, la location
s'opéraient sur ces terres comme sur toutes les
autres5. » Telle était la réalisation pratique de Yager
privatus au ive siècle6; à la même époque, la langue
énonçait le droit de propriété par les mots dominium
et dominus1; dominatio se trouve dans le [Digeste
avec le sens de droit de propriété 8. Les termes pro-
prietas, proprietarius se rencontrent 9, de même que
possessio, possessor avec le sens de propriété et proprié-
taire10; enfin on l'ait aussi usage du mot potestas ll.
II. Le domaine rural. — « Après avoir constaté le
droit de propriété sur lu terre, il faut voir comment ce
droit s'exerçait. Il faut chercher ce qu'était le domaine
rural chez les Romains, en quoi il consistait, comment
il était cultivé, quelle population y vivait 12. »
Le domaine rural portait les noms de f'undus, prse-
dium, ager, mais ces mots n'ont pas tous exactement la
même signification. Les deux premiers expriment la
pleine propriété, le troisième s'applique de préférence à
l'exploitation rurale et n'a pas le sens restreint de
champ que nous lui donnons trop fréquemment. « Caton
appelle ager une propriété de 100, 200, 240 arpents13.
Varron et Columelle emploient le mot dans le même
sens. Pline appelle ses grands domaines des agri^.
'■ Fnstitutes, 1. II, tit. i, 40 : Nihil tam conveniens est naturali
sequitati quam voluntutem domini,volentis rem suam in alium
transferre, ratam liaberi, et ideo... prwdia qux in provinciis
sunt, itu alienantur. — ■ La terre pouvait encore être mise en
ange et hypothéquée pour garantir le paiement d'une dette. —
Digeste, 1. XXXII, tit. xxxvm, 6; 1. XXXIII, tit. i, 20; Code
Justin., 1. XI, tit. lxx : De pr&diis urbanis et rusticis templo-
riuii. — * I.e.r Malacitana, tit. lxiii, lxiv; Lex de controver-
sin inter Gennates et Viturios, dans Corp. iriser, lat., t. v,
n. 7740; Wilmanns, Exempt, inscript., in-8*, Berlin, 1873, n. 872;
Code Justin., 1. XI, lit. i.xxi : De lucatione prxdiorum civi-
(iinn; Code Theod., 1. X, tit. ni, 1; 1. XV, tit. I, 8; Ammien
Marcellin, Hist. rum., 1. XXV, c. iv; Gromatici veteres, édit.
Lachmann, in-8*, Berlin, 1S48, p. 35-36.— "Fustel de Coulanges,
Hist. des instit. polit, de l'anc. France, t. iv, p. 7-8. Il était fait
quelques réserves pour le droit d'aliéner. — ePour Vager com-
muais, communia, eommuniones, pro indiviso, compascua,
qui ne se rapporte que de loin au régime terrien des propriétés
ecclésiastiques, cf. Fustel de Coulanges, toc. cit., t. îv, p. 8. —
' Code Justin., 1. VII. tit. xxv : Nullam esse differentiam pati-
mur inter dominus... SU pli'nissunus et légitimas quisque
dominas. — a Digeste, 1. XXIX, tit. Il, 78 : Frater qui superest,
cavere débet ne qua in re plus sua parte dominationem in-
terponeret. — • Avec cette nuance, observe Fustel de Coulanges,
que proprietas s'opposait d'ordinaire à usus fructus; Digeste,
1. VII, tit, i, 25, 72; Gains, Instit., coinm. II, §30-33; Code Justin.,
1. IV, tit. xix, 4, loi de l'année 222. — "Digeste, 1. L, tit. xvi, 115.
Sur les mots possessio, possessor, cf. Fustel de Coulanges, toc.
cit.. t. iv, p. 3, note 5. — " Digeste, 1. L, tit. xvii, 58; Institut.,
1. II, tit. iv, 1,§4. — "Fustel de Coulanges, loc. cit., t. iv, p. 15. —
13 Caton, De rerustica, c. i, x. — •* Pline, Epist., 1. III, epist. xix;
1. X, epist. ix. De même Cicéron parle d'un ager qui est si étendu
qu'on l'a divisé en centuries ; pro Tullio, 3 : Est in eo agro cen-
mria qux Populonia nominatur. — "Paul, au Digeste, 1. XVIII,
tit. î, 40, emploie dans le même article les mots ager et fundus
Dans le langage du droit ager est un domaine13. Un
ager ne comprenait pas seulement des champs. Caton
parle iVagri qui sont en vignes, en oliviers, en herbages,
en forêts. Ulpien nous dit que sur les registres du ca-
dastre chaque ager était décrit, c'est-à-dire que l'on y
marquait ce qui était en vignes, ce qui était en céréales,
ce qui était en forêts ou en prairies 16. L'agellus d'Au-
sone, Vager de Sidoine comprennent des vignes, des
prairies, des forêts. Quant au terme villa, il ne s'appli-
qua d'abord qu'à la maison qui s'élevait sur le domaine
et où le maître habitait; mais d'assez bonne heure il
s'étendit au domaine tout entier17. Il en tut de même
du mot corlis, qui n'avait d'abord désigné qu'une cour
de lerme et qui au Ve siècle désigna un domaine. Nous
voyons un personnage de ce temps-là, qui possède « plu-
sieurs cortes très riches et de bon produit, contenant
bois, eaux et cours d'eau, moulins, pêcheries, chacune
cultivée par quelques centaines d'esclaves » 18. « hundus,
prsedium, ager, villa, cortis, ces termes étaient syno-
nymes, et c'est une chose que nous devons noter pour
la suite de nos études19. »
Chaque domaine rural avait un nom propre : Forma
censuali caret ur ut agri sic in censum referentur :
nomen fundi cujusque 20 ; dans les clatfses testamen-
taires on lit des mentions analogues à celle-ci : Fundum
7 rebatianum . . . Fundum Satrianum dari volo'2i; une
donation du temps de Domitien est ainsi conçue : ...
FVNDVM IVNIANVM ET LOLLIANVM ET PERCEN-
NIANVM ET STATVLEIANVM SVOS CVM SVISVIL-
LIS F1NIBVSQVE ATTRIBVIT (scil. Domitius)**.
Plusieurs documents épigraphiques, en Cisalpine23, en
Campanie'-* et ailleurs25 énumèrent des propriétés ru-
rales parmi lesquelles il s'en trouve d'une superficie
tout à fait médiocre et qui néanmoins portent chacune
un nom '-•>. Ces détails sont d'une grande importance
pour la reconstitution des anciennes propriétés, car ces
noms de terres paraissent avoir été immuables. Parmi
ceux que nous connaissons, aucun n'a été emprunté aux
accidents géographiques, ni à l'agriculture ; saut quelques
cas très rares où ces noms sont tirés de noms de peuples,
comme le Laurent ianus et le Tuscus de Pline, ils sont
pour désigner un même domaine. Au Digeste,]. L, tit. xvi, 211 : De
signifteatione verborum, il est dit expressément qu'on dt -
par le mot ager toutes les terres d'un domaine. Ager est syno-
nyme de fundus au Digeste, 1. XVIII, tit. i, 40, et de prsedium
au Code Justin., 1. VI, tit. xxiv, 3, loi de l'année 222. — ■■ Ulpien,
au Digeste, 1. L, tit. xv, 4 : Forma censuali cavetur ut agri sic
in censum referantur : arvum quot jugerum sit... vinea...
pratum... pascua... silvx. — " Villa est employé dans le sens
ancien par Caton, Varron, Columelle ; par Ulpien, Digeste. 1. VIII,
tit. iv, 8; Villa fundi accessio est, par Pline le Jeune, Epist.,
1. 111, epist xix. Maison le trouve aussi employé dans le sens plus
général de domaine. Tacite, Annales. 1. III, c. i.m : Villarutn
uifinila spatia; Pline, Hist. nat., 1. XXXII, e. xxv, (S : Villas
ac suburbana ; Digeste. 1. L, tit. xvi, 198 : l'rxdia qu.v sunt in
villis; Corp. inscr. lat., t. x, n. 1748: villa lvcvli.ana; Stace,
Silvx. t. II : Villa Surrentina ; Sidoine, Epist., 1. I, epist. vi :
Excolere villam, édit. Luetjohann, p. 9. — '» Aussi un certain
Tertullus possédait 18 cortes en Sicile. Mabillon, Acta sanct. O.
S. B., in-fol., Parisiis, 1668, t. I, p. 52-53 : Vita l'Iaculi, n. xvi-
xviii. L'écrivain nomme la cortis Mirazanus, la cortis Plaza-
nus, la cortis Calderaria. la cortis l'etrosa, etc. Ibidem : Os-
dit... coi tes bonas valde et magnas cum portubua suis, silns,
aquis. piseariis, tnolendinis, cum servis septem millibus. —
19 Fustel de Coulanges, Hist. des instit. polit, de Fane. France,
in-8', P;nis, lss'.), t. iv, n. 15 sq. — ï0 Digeste. 1. L, tit. xv. 4.
— « Digeste, 1. XXXII, tit. xxv. voyez tout le titre et les n. 38,
41,78, 91; 1. XXXIII. tit. 1,19, 32,38:1. XXXIII. tit. iv, 9, 18, 19,
27. — "G. Henzen, Inscr. latin, sélect., in-8*, Turici, 1856,
n. 6085. Voyez rémunération des domaines dans Corp. inscr.
latin., t. xi, n. 3003. — "G. Wilmanns. Exempta inscript, lat.,
in-8*, Berolini, 1873, n. 2845. — «* Mommsen, Inscr. regni uea-
politani, in-Iol., Lipsiae, 1850, n. 1354; Corp. inscr. latin., t. ix.
n. 1455; Wilmanns, op. cit.. n. 2844. — nCorp. inscr. Int., t. x.
n. 407. — "Parmi ces propriétés il en est dent la valeur ne
dépasse pas 15000 et même BO00 sesteii
989
AGRICOLES (CLASSES)
990
toujours formés par un nom d'homme qui fournit le
radical, auquel on ajoute une désinence d'adjectif qui
marque la possession; les domaines seront donc désignés
ainsi : Manlianus, Cornelianus, Terentianm, Sempro-
nxanus, Postumianensis, villa Surdiniana, villa Lucul-
lana, prxdium HercnnianitmK Ces noms n'étaient pas
ceux des propriétaires actuels puisque les inscriptions
nous apprennent que pour l'établissement d'un aqueduc,
Mummius Niger, propriétaire de la villa Calvisiana, a dû
faire traverser V Antonianus qui appartient à Varron, le
Balbianus qui appartient à Ulceus Commodus, le Volso-
nianus qui appartient à Herennius Polybius, etc.2. Ce
nom inamovible de la terre est sans aucun doute celui
de l'homme qui l'a constituée en domaine rural; il per-
siste après sa mort, après que ses héritiers ont laissé le
domaine sortir de leurs mains. Assurément le nouveau
propriétaire pourrait imposer un nom car le juriscon-
sulte Pomponius nous dit que le nom du domaine dé-
pend de la volonté du propriétaire : Nostra deslinatione
fundorum nomino, non natura, consliluantur3, mais
si le lait n'est pas sans exemple, les exemples sont
rares. Cet usage se conserva pendant toute la durée de
l'empire, nous en voyons la trace dans les lettres de Sym-
niaque, dans celles de saint Grégoire Ier, dans les chartes
de l'Église de Ravenne, dans le Liber pontificalis.
« Nous devons faire grande attention à cette habitude
qu'avait la société romaine d'attacher à chaque propriété
rurale un nom propre. Ce nom donna au domaine une
sorte de personnalité. Il en lit un corps bien complet en
soi, bien distinct de ce qui n'était pas lui, bien indivi-
duel. Sous ce nom persistant, l'unité du fundus se
maintenait à travers les générations. L'inscription de
Véléia jette une vive lumière sur ce côté des usages ru-
raux. Nous y voyons plusieurs propriétaires qui ont
groupé deux, trois, quatre et jusqu'à sept fundi; ces
propriétés ne se confondent pourtant pas en un seul
domaine : chacune d'elles conserve son nom distinct,
ses limites et pour ainsi dire sa vie propre *. » L'inté-
grité du domaine se trouvait maintenue même dans le
cas où il était partagé, car le droit romain n'imposait
jamais l'indivision; cependant l'usage s'était établi de
cette indivision dont les co-propriétaires recevaient cha-
cun une portia ; la portio se transmettait suivant les
mêmes conditions que la propriété totale. Cet usage, qui
se laisse entrevoir dans quelques inscriptions de l'époque
impériale 5, devient fréquent aux VIe et VIIe siècles 6. Le
fundus demeurait l'unité de propriété foncière et ses
1 Corp. inscr. lat., t. IX, n. 1455, 5845; t. x, n. 407, 444, 1748,
4734, c\r. — *Orelli-Henzen, lnscript. latin, sélect-, n. 6634. Cf.
Corp. inscr. lat., t. ix, n. 1455; G. Wilmanns, Exempta inscr.
latin., n. 95. — 3 Digeste, 1. XXX, tit. xxiv, 3. — *Fustel de Cou-
langes, op. cit., t. iv, p. 20. — 5 Wilmanns, op. cit., n. 696, 1845;
Code Justin., 1. IV, tit. m, 3. — 6Fantuzzi, Monumenli Raven-
nati, in-4°, Venezia, 1801, p. 2, 4, 44, 64. — 7 Cb. Lécrivain, Le
partage oncial du fundus romain, in-8*, Rome, 1885; Mommsen,
Die italische Bodentlieiiung, dans Hermès, 1884. h'uncia ne se
trouve pas dans les lois, mais elle paraît dans la plupart des cou-
tumes. Marini, I papiri diplomatici, in-fol., Roma, 1805, n. 89 :
Dono quatuor uncias trium fundorum. ; Fantuzzi, loc. cit., p. 4 :
De sex unciis fundi ; p. 5 : sex uncix fundi ; p. 64 : de duobus
unciis et scripulis quatuor in fundo Cassiano ;p. 78 : Donatis
quam fecit Valeria, id est sex uncias in domibus, mancipiis,
viontibus, silvis, pascuis, omnibusque qux ad prœdictas sex
vncias pertinent. — s Fustel de Coulanges, op. cit., t. iv,
p. 22 sq., rappelle ces textes de Columelle, de Pline, de Tacite et
de Sénèque et s'écarte de l'opinion générale qui ierait de l'em-
pire la propriété de quelques hommes. Ces textes, auxquels il op-
pose avec raison ceux des agrrmeKSores Siculus Flaccus, Frontin,
Hygin, sont trop éloignés du IV siècle pour que nous ayons à les
transcrire et à les étudier; notons cependant qu'en regard des
phrases sonoresdes grands littérateurs, les gens demétierque nous
venons de rappeler nous disent que l'Italie était couverte d'une
population serrée de petits propriétaires, densitas possessorum.
Gromatici vcteres, édit. Lachmann, p. 56, et sur les « parcelles »
en Italie, ibidem, p. 154, 155. Le cadastre gravé sur des plaques
de bronze et portant le plan, les dimensions et les limites de
divisions prirent en Italie le nom d'unciœ: elles repré-
sentaient le douzième du domaine et on les vendait
soit séparément soit plusieurs uncix ensemble 7.
Tous ces traits s'appliqueront à la propriété ecclésias-
tique, et si nous nous abstenons de le laire ici, c'est que
le détail nous entraînerait trop loin, mais il suffit d'avoir
pratiqué de près l'étude des anciens cartulaires pour
voir combien de questions doivent recevoir, des notions
rassemblées ici, un éclaircissement.
Ce que nous apprennent les chartes anciennes des
dotations laites aux Églises et aux monastères de leurs
vastes propriétés territoriales, a été trop souvent rema-
nié à de basses époques, en vue d'intérêts très humains,
pour qu'on doive prendre à la lettre ce qui est dit des
étendues immenses des biens d'Église. On a souvent
étudié les latifundia, et à l'aide de quelques textes,
toujours les mêmes, on s'est tait une idée d'une exacti-
tude très relative sur les propriétés des anciens8.
Le domaine rural paraît généralement peu étendu.
Caton et Varron donnent des chiffres, ils parlent de
100, 200, 300 arpents ; les inscriptions de Véléia et des
Balbiani supposent des propriétés de 150 à 200 arpents;
une autre inscription trouvée sur le territoire de Viterbe
laisse entrevoir des domaines dont la superficie serait,
l'une dans l'autre, de soixante hectares. Ces chiffres s'ac-
cordent assez bien avec ce que nous savons du nombre
d'esclaves requis pour l'entretien d'une propriété de
moyenne, étendue; suivant Caton et Varron il faut de
douze à dix-huit esclaves9, et l'agelius d'Horace récla-
mait un villicus, cinq métayers et huit esclaves10. A ces
modestes domaines on oppose les latifundia. Pline le
Jeune écrit qu'il va acheter un seul domaine 3 millions
de sesterces11, ce qui représenterait, d'après des calculs
approximatifs, une superficie de 1500 arpents. Il semble
cependant que la petite propriété avait une tendance à
être englobée; l'inscription de Véléia nous montre
300 propriétés possédées par 51 propriétaires, tel d'entre
eux en a 10 ou 12 à lui seul. En effet, la spéculation
effrénée qui se faisait sur les terres éliminait de plus
en plus les colons; en un siècle les cinq sixièmes des
petits propriétaires disparurent. On observe aussi que
tout en respectant les anciennes dénominations, les nou-
veaux maîtres font évaluer tous leurs fundi en une seule
masse. C'est en effet le mot nouveau qu'un nouvel usage
a introduit : la masse, massa, signifie un groupe de do-
maines, une nouvelle unité rurale l2. Outre cet élément
dans la constitution de la grande propriété il faut noter
toutes les propriétés était conservé dans les archives des villes
et les bureaux du palais impérial; il n'en est rien resté. Gro-
matici veteres, p. 45-48, 51, 88, 111, 117, 121, 154; Digeste,
1. XLVIII, tit. xiii, 8. Quant aux registres du cens qui conte-
naient le nom de chaque domaine, avec le nombre d'arpents, la
nature du terrain, les variétés de culture et le nombre de culti-
vateurs employés, ils ont également disparu. Digeste, 1. L, tit. xv,
4 : Forma censuali cavetur ut agrisic in censum referantur ;
nomen fundi cujusque, et quos duos vicinos proximos habeat,
et arvum quot jugeritm sit, vinea quot vites habeat, oliva
quot jugerum. — » Caton, De re ruslica, c. t, x, xi ; Varron, De
re rustica, 1. 1, c. xix. — l0 Horace, Satires, H, 7, 118. — « Pline,
Epist., 1. III. epist. xix ; cf. 1. V, epist. vi, où il décrit son domaine
de Tusci qui renferme des forêts, des plaines, des collines, des
champs de blé, un vignoble, des prairies. — '- Corp. inscript, lat.,
t. x, n. 8076 : C.onductrix massse Trapeianx ; Novelles d'Anthe-
mius, tit. m, édit. Haenel, p. 349 : Cxsiana massa Domninxillu-
stri feminx restituatur ; Marini, / papiri diplomatici, in-fol.,
Roma, 1805, n. 82, diplôme de 489 : Certos fundos ex corpore
massae Pyramitanx; n. 86, diplôme de 553 : massa Firmidiana,
Symmaque, Epist., 1. X, epist. xli, édit. SeecU, p. 302 : massa
Cxsariana ; Cassiodore, Variarum, 1. V, epist. xn. Palentianatn
massam ; 1. XII, epist. v, conductores massarutn , P. L., t. lxix,
col. 653, 858 ; S. Grégoire le Grand, Epist., 1. I, xli ; 1. V, xliv ;
1. IX, xxx ; 1. XIV, xiv : massam qux Aquse Salvix nuncupatur,
cum omnibus fundis suis, id est, Cella Vinaria, Antoniano-
villa Pertusa, Cassiano, Corneliano, Thesselata, cum omni
jure suo et omnibus ad eam perîinenlibus, P. L., t. lxxvii,
col. 494, 498 sq., 774, 967, 1318.
991
AGRICOLES (CLASSES)
992
l'importance qu'eurent au début de l'empire les sallus,
immenses espaces boisés, d'une culture difficile, d'une va-
leur insignifiante, propriété de l'État qui y plaça des colons.
Certaines villes les affermèrent ainsi que des particuliers.
L'entreprise était grosse de risques, Varron la déconseil-
lait à ceux qui n'avaient pas amplement les ressources
indispensables ; JuliusFrontin, d'autre part, nous apprend
que l'on y laisait fortune lorsqu'il décrit un de ces saltus
mis en culture : « il appartient, dit-il, à un seul propriétaire,
il est pourtant aussi vaste que le territoire d'une ville '. »
III. Lç domaine rural en Gaule. — La conquête ro-
maine trouva très probablement établi en Gaule le sys-
tème du domaine rural ou fundus 2, et il parait vraisem-
blable que des institutions analogues développaient des
habitudes rurales peu différentes. La rapidité avec la-
quelle la Gaule adopta la civilisation des vainqueurs 3 a
laissé sa trace dans la propriété rurale. Suivant l'usage
romain la villa prit un nom propre, les domaines reçu-
rent un nom d'homme, du moins dans un grand nom-
bre de cas. Ausone cite la villa Pauliacus et la villa
Lucaniacus v, Sidoine en possède une qu'il nomme
villa Avitacus. La famille Syagria a un domaine qu'on
appelle Taionnacus, Consentius possède Yager Octavia-
nus, Apollinaris possède Yager Voroangus, Ferréolus
nomme le sien Prusianus '■>. Les chartes mentionnent en
Gaule les domaines d'Albiniacus, Solemniacensis, Flo-
riacus, Bertiniacus, Latiniacus, Victoriacus, Pauliacus,
Juliacus, Attimiacus, Cassiacus, Gaviniacus, Clipiacus;
il y en a eu plusieurs centaines de cette sorte. Dans leur
loyalisme, les Gaulois avaient vite abandonné leur an-
cienne langue pour y substituer celle de Rome6, plu-
sieurs latinisaient leur propre nom et on reconnaît
encore le radical gaulois primitif sous la forme latine
dans les appellations suivantes qui, passant du proprié-
taire à la propriété, ont subi une nouvelle, mais légère
déformation pour se transformer dans les noms de nos
villages actuels : Albinus = Aubigny, Solemnis = So-
lignac, Florus = Fleury, Bertimis = Bertignole, Lati-
nus ou Latinius = Lagny, Victorius = Vitry, Paulus
= Pouilly, Julius = Juilly, Allmius = Attigny, Cas-
sius = Chancy, Gabinius = Gagny, Clipius = Clichy,
Il y a ici une indication qui ne doit pas être négligée
pour la formation de la propriété territoriale ecclé-
siastique. Non qu'il faille appliquer partout aux listes
épiscopales et abbatiales les noms fournis par les char-
triers, mais on ne saurait se dispenser nulle part de
1 Grqmatici veteres, édit. Lachmann, p. 53. Rappelons que les
villes antiques étaient ordinairement peu étendues. — * Fustel de
Coulanges, dans la Revue des questions historiques, avril 1889;
Ch. Lécrivain, dans les Annales de la faculté des lettres de Bor-
deaux, 1889. Cf. d'Arbois de Jubainville, La propriété fotu
en Gaule, dans les Comptes rendus de l'Acad. des inscr., 1887,
p. 85-96 ; F. Viollet, Caractère collectif' des première* pi.
tés immobilières, dans la Dibl. de l'École des chartes, 1872,
p. 455-504. — 3 Fustel de Coulanges, Hist. des instit. polit, de
l'anc. France. in-8«, Paris, 1891, 1. 1, p. 96-191. — 'Ausone, Epiât.,
v, vs. 16, 36, édit. Schenkt, p. 163. — 5 Sidoine Apollinaire,
Kpisl., H, ix ; Vlll, iv, vm, P. L., t. LVin, col. 485, 592, 599. —
•Fustel de Coulanges, De la disparition de la langue fin-
ies Gaulois, dans l'Hist. des instit. pal. de l'une. France, in-8'.
Paris, 1891, t. i, p. 125. — 7 Ausone, Idtjllia, m : Agri lus centum
colo jugera; vinea centum jugerions eulitur, prataque dimi-
dium; silva supra duplum quam prata et vinea et arvum. —
•Sidoine Apollinaire, Epist., VIII, vm, P. I... t. i.viu, col. 599.
— 9 Ibid., 1. VIII, iv : Agris aquisque, rim-tis alque olii
vestibule, cawpo, colle amœnissimus, P. /.., t. i.vm, col
o Le mot vestibtilum désigne lespace qui, à partir de la voie pu-
blique, donne accès à la maison. » Fustel de Coulanges, op. cit..
t. îv, p. 36. — 10 Sid. Apollinaire, Epist., II, n : Ager ipse dil-
fusus m sylvis, pictus in prali&,.\ i ci ri tus in pascuis,
storibus peeuliosus. P. L., t. LVin, col. 473 sq. — "Ibid., II.
IX : Inter agros OMHBnissimos apud huniauissimos domi-
nos Ferreolum et Apollinarem, tempw volupluoeissimum
exegi. Prmdiorum us jura contermina, domicilia iricina,
quibus hiterjecta gestatio lassa! peditem nec suf/ieit equita-
turo. Colles xdibus superiores exarcentur vinilori et oKvitori,
l'essayer et d'user de ce nouveau moyen de contrôle
dans la confrontation des documents anciens. Cependant
il faut observer que dans la Narbonnaise et dans quel-
ques territoires voisins de la frontière du nord-est la
régime de la petite propriété était en vigueur ; dans le
reste de la Gaule, c'était au contraire la grande et la
moyenne propriété. Mais encore qu'entendaient les
hommes de ce temps par les mots de petite, moyenne
et grande propriété? Ausone décrit sa propriété patri-
moniale dans les environs de Bazas, il l'appelle villula,
herediolum : c'est donc assurément fort peu de chose
à ses yeux et il faut « toute la modestie de ses goûts »
pour être satisfait; or, cette propriété compte 200 ar-
pents de terre en labour, 100 arpents de vigne, 50 de
prés et 700 de bois "'. Le domaine contenait donc 1 050 ar-
pents et il passait pour fort peu de chose. Sidoine Apol-
linaire décrit lui aussi des domaines ruraux qui parais-
sent tous d'une assez grande étendue. Le Taionnacus
comprend « des prés, des vignobles, des terres de la-
bour »s; l'Octavianus renferme « des champs, des vi-
gnobles, des bois d'oliviers, une plaine, une colline
l'Avitacus « s'étend en bois et en prairies, et ses her-
bages nourrissent force troupeaux » 10; le Voroangus et le
Prusianus sont contigus, néanmoins l'espace qui sépare
les deux habitations est trop considérable pour être par-
couru à pied; «c'est une courte promenade à cheval '*; î
enfin, vers le même temps, la villa Sparnacus est vendue
pour la somme énorme de 5000 livres pesant d'argent, ce
qui suppose une terre très vaste12. Nous ne savons rien
de plus précis sur l'étendue des propriétés. Fustel de
Coulanges dit que son « impression générale, à défaut
d'affirmation, est que les grands domaines de l'époque
romaine ne dépassent guère l'étendue qu'occupe aujour-
d'hui le territoire d'un village. Beaucoup n'ont que celle
de nos petits hameaux. Et au-dessous de ceux-ci il exi-t<-
encore un bon nombre de propriétés plus petites » 13.
IV. La culture du domaine. — Nous trouvons dans
les dimensions du domaine rural la raison de l'exis-
tence d'une classe d'hommes appelés esclaves ou serfs,
sewi. Ceux-ci appartenaient au propriétaire (voir Lsi i \-
vi'.s). qui en tirait parti pour l'exploitation de son do-
maine. La troupe d'esclaves affectée à ce soin composait
ce qu'on nommait alors la familia rustiea ' '•. Les rustici
étaient les cultivateurs, et avec eux, à la campagne, se
trouvaient des urbani, c'est-à-dire des esclaves atta
au service personnel du maître ls. Les conditions géné-
/'. L., t. lviii, col. 4S3 sq. — " Testamentum Rentigii,
Pardessus, Diplomata, in-fol., Parisiis, 1842, t. i, p. BS
tel de Coulanges, loe. cit., t. IV, p. 37. Malgré la tendance que
nous avons notée chez les propriétaires à ajouter les domaines
contigus au leur et faire leur pré carré, il existait un découpe-
ment du sol par des domaines qu'ils ne pouvaient ajouter au leur:
en pareil cas, les grandes familles se résignaient à posséder leur
domaine entre vingt, trente, quarante lots épars. Ammien '
cellin parle de ces patrimonia Sparsa per orbem,el nous voyons
de très bonne heure, dans un document qui mériterait une étude
approfondie, que dès les premiers temps de l'ordre bénédictin, saint
Benoit fut mis en possession d'un domaine territorial de cette na-
ture. Un personnage nommé Tertullus aurait fait, dit-on, di nati>ji
à l'abbé du Mont-Cassin de M fundi ou villx situées en Apulie.
en Campanie, en Ligurie et près de l'Adriatique: en outre, il
donna 18 curtes en Sicile. Vita S. Placidi. n. 16-18, dans U
Ion, Acta sanct. O. S. B., in-fol., Parisiis, 1668, t. i. p. 52-53. —
"Il tant se garder de croire que la familia urhnna était, par
opposition à la familia rustiea. confinée à la ville : Urbana fa-
milia et rustiea. non locosed génère diflinguitiir. lison--
dans le Digeste, 1. L, tit. xvi. L66. — IS Digeste. I. XXXII. 9\> :
Servi, licet in prœdiis rusticis suit, tomen si opus rusticur
fadunt, urbani cidrntur. Ibid.. I. XXX111. i\. 'i. $6 : l'rbiea
miuisteria dicimus et qu<T extra urbem nobis mini^trare con-
,-unt. Paul, au Digeste. I. XXX III. vu. 18. S 13: Villa m i.
cum maticipiis qrne ibi deputabunlur urbanis et rusticis. I,Y\-
cessive division du travail entraînait la multitude des servi',
il y avait indécision à l'égard dos veneui
les miuisteria urhnna. et. Paul, Senti ntlst, 111. vi. Si 71, tantôt
dans la familia rustiea. Digeste, 1. XXXIII, vu. 12, S 1-
oc;
A.G1UC0LES (CLASSES)
994
l'aies du travail agricole changèrent peu. Les agronomes
tels que Caton, Saserna, avaient l';iit le calcul d'où il res-
sort que chaque esclave avait à cultiver, en moyenne,
(j arpents en vignes ou 8 arpents en labour. Au début de
la période impériale, l'organisation delà familîa rustica
présente certains traits que nous retrouvons quelques
siècles plus tard dans les règles monastiques réglant le
travail journalier, et il n'est pas impossible que les « dé-
curies » agricoles, décuries de labours, décuries de ber-
gers, décuries de vignerons, aient inspiré l'organisation
par « décanies » des moines du Cassin au VIe siècle. On
voit dans la règle de saint Benoit qu'une des peines en-
courues par le moine Trappe d'excommunication, sera
de travailler seul ' ; c'était en effet le vieil usage de ne
pas laisser de travailleurs isolés, nous dit Columelle2.
La décurie travaillait en commun, nous apprend-il
encore3, et il laut peut-être rapprocher cette disposition
de celle par laquelle saint Benoit prescrivait que les
frères trop éloignés du monastère par leur travail célé-
brassent l'office divin aux heures prescrites4; on peut
donc conclure de ce texte que le domaine était parfois
liés étendu et que des groupes de travailleurs y étaient
envoyés en nombre suffisant pour rendre possible la ré-
citation des heures canoniales. Ce ne sont là que des
conjectures, mais l'histoire de l'organisation agricole des
monastères est à faire et on ne peut alteindre la certi-
tude du premier coup. Chaque décurie est surveillée et
instruite au besoin par un monitor, c'est le decanus
monastique; mais parmi les ruslici on compte les argi-
culteurs et les gens de métier, meuniers, boulangers,
charrons, maçons, charpentiers, forgerons, foulons, bref
toutes les industries indispensables au fonctionnement
d'un organisme social qui doit vivre autant que possible
sans rien acheter au dehors ni recourir aux étrangers.
A mesure que la dépopulation des campagnes va gran-
dissant, que les ruines des diverses invasions isolent de
plus en plus les domaines comme des oasis de verdure
parmi une région dévastée, ces conditions deviennent
sans cesse plus essentielles à la vie rurale. Les villes
sont éloignées, les villages libres, rares ou absents3;
dès lors il ne faut compter que sur les seules ressources
du domaine rural. Les traits que nous relevons entre
l'organisation de celui-ci et l'organisation du monastère
reparaissent en partie dans les domaines dépendant des
Eglises. Sous le propriétaire et travaillant pour lui seul,
nous voyons des hommes que sa confiance distingue et
destine à des lonctions qui requièrent une intelligence
ou une gravité de mœurs éprouvées; tels sont le somme-
lier6 et l'économe7; au-dessus d'eux l'intendant8. Les
uns et les autres reparaîtront dans le domaine monas-
tique, parfois sous leur ancien nom : ccllarius, dispen-
1 S. Benoit, Régula, c. xxv. — s Columelle, De re rustica, I, IX :
A'e singuli neque bini saut, quoniam dispersi non facile cu-
stodiuntur. — a Ibid. : Classes non majores qunm denûm
Imiiiinum faciendx, quas decurias appellaverunt antiqui et
maxime probaver une quos is numeri modus in opère conrmo-
dissime custodiretur. — * S. Benoit, Régula, cl. — 5 Le village,
au sens où nous entendons ce mot, a existé, mais ce n'était pas
alors l'agglomération que nous voyons. Le pagtis était une région,
le vicus n impliquait aucune id;e rurale oîtut aussi tivu un
pâté de maisons, un carrefour, un faubourg. Le village, lorsqu'il
existait, n'avait d'abord aucune existence officielle ; en dehors de
la cité, du municipe, du domaine, il n'y avait nulle place. Ce qui
en fait tenait lieu de nos villages, ce qu'on désignait du nom va-
gue de vici, c'étaient les groupes d'habitations rurales que les
propriétaires avaient installés sur leurs terres. Outre ces vici ser-
viles, il y a eu des vici libres, c'est-à-dire des agglomérations de
petits propriétaires, vicaiti, sorte de variété descollegia. Cf. \VM-
manns, Exempta inscript, latin., in-8", Berolini, 1873, n. 2117,
2247, 2282; Corpus inscr. latin., t. x, n. 4830, 4831; t. v, n. 5504,
5505. Mais ce groupe ne jouissait pas, lui non plus, du caractère
officiel. « Si vous êtes né dans un vicus, dit Ulpien, au Digeste,
1. L, tit. I, 30, vous êtes réputé natif de la ville dont ce vicus
lait partie. » — «Ulpien, au Digeste, 1. XXXIII, tit. vu, 12, § 9 :
Cellarium qûoque, id est ideo prœpositum ut rutiones salvx
D1CT. u'arcii. CIir.LT.
saior; quant à l'intendant, villicits, il exerce une part
du pouvoir exécutif: Ne crudelius nul remissius agat
cum snbjectis, recommande Columelle9; malgré cela
il est esclave et n'a point de contrat, il peut ressentir de
nouveau l'humilité de la condition commune dont il n'est
pas sorti lu. Comparez ce personnage à celui qui porte
le nom de prior dans la règle du Mont-Cassin au
vie siècle : les différences sont peu sensibles et, s'il ne
faut pas pousser la comparaison sur tous les points, on
peut constater que Inorganisation hiérarchique du do-
maine rural se reflète dans la constitution de la hiérar-
chie monastique; l'une et l'autre offrent une régularité;
et une solidité remarquables; l'ordre s'y maintient grâce
à des mobiles différents, mais à une discipline identi-
que exercée ici par les officiers du domaine, là par les
officiers du monastère. Les premiers sont sévères jus-
qu'à la cruauté, aussi saint Benoît prévient que nul
n'aura le droit dans le monastère de réprimander par
des coups sans l'autorisation de l'abbé • • ; c'est bien là en
effel l'abus qu'on signale dans le domaine rural; «
esclaves tremblent de peur devant Yaclor et le silentia-
rins qui les accablent de punitions et de coups, nous dit
Salvien; ils sont terrifiés par ces surveillants, qui sont
pourtant des esclaves comme eux, et contre leur dureté
ils vont chercher un refuge auprès du maître 12. » Cepen-
dant le régime pénitentiaire s'est adouci. Au temps
de Columelle et de Pline nous voyons les servi vuicli
et le terrible ergaslulum ; à l'époque de Salvien ces
peines afilictives ont disparu, on ne trouvaaucune men-
tion d'esclaves ruraux mis aux fers, chez les auteurs du
ive et du Ve siècle; de même cette sévérité est absente
du code pénal de saint Benoit.
Le point essentiel sur lequel la gestion du domaine
rural différait de la gestion du domaine monastique,
c'est que l'une tirait un rendement13, l'autre utilisait des
aptitudes. Le chef du domaine s'occupait peu ou pas du
tout, à son gré, du développement de la vie morale et il
arrivait que, d'une manière générale, elle s'affaissait de
plus en plus. Bien ne la soutenait, ni l'intérêt, ni cette
sorte d'attachement que l'homme porte à l'œuvre qu'il
a entreprise. L'esclave rural n'avait pas de personnalité
et ce vice le poursuivait pendant sa vie entière. Il ni
pouvait pas cultiver un champ unique, il allait au gré
du décurion tantôt sur un point, tantôt sur un autre;
ce qu'il avait semé un autre le récollait. Son travail
s'en ressentait : à étendue égale, le propriétaire antique
était obligé d'entretenir un plus grand nombre d'ou-
vriers que le cultivateur moderne. Après une journée de
labeur craintif, mais indolent, le ruslicus rentrait dans
la demeure commune, car il n'en avait pas qui ne fût
qu'à lui seul, ce qui était encore la condition du moine.
sint; Columelle, XI : Ut cibus et potio sine fraude a celtarlis prte-
beantur. — 7 Digeste, 1. XI, tit. m, 10 ; Dominus servnin dis-
pensatorem manumisit, postea raliones ab eo accepit. Cf. Corp
inscr. Int.. t. v, n. 91, 1034, 2883; t. x, n. 1732, 1919, 1921, 45t)i,
8059. — "Le vitlicus, qu'on traduit souvent par fermier. —
!l De re rustica, xi, 1. — 10 Le villicus fait partie de i'iustrumen-
tum fundi, c'est-à-dire de la garniture humaine du domaine. Son
état servile n'est pas douteux. Cf. Fustel de Coulanges, Hist. des
instit. polit, de la Gaule, t. iv, p. 47, n. i. — " Régula, c. lxx. —
14 Salvien, De gubernatione Dei, 1. IV, c. III, édit. Hahn, in-8\ Be-
rolini, 1877, p. 38 : Pavent actores, pavent siientiarios, pavent
procuratores. .. ab omnibus csedantur, ab omnibus couterun-
tur... multi servorum ad dominos snos confugiunt, dum con-
servos timent. — l3 Citons deux textes qui témoignent en faveur
des sentiments que quelques propriétaires portaient aux rustici ;
mais il faut se garder d'en conclure que ces textes de deux théo-
riciens représentent la conduite pratique des hommes de leur
temps. Columelle, De re rustica, I, viii : In sei-vis lisec prmeepta
sunt quœ me custodisse nuit pœnitet, ut rusticos fatniliarus
alloquerer et cum comitute lemiri, perpetuum laborem eorum
inlelligerem, nonnunquam eliain jocarer et plus ipsis jocari
permitterem. Varron, De re rustica, 1. (, c. xvn : Servi... honore
aliquo habendi sutd... Minus se putent despici, atque aliquo
n umero haberi a domino studiosiores fteri liberalius tractando.
I. -32
9C5
AGRICOLES (CLASSES)
990
V. Les « serfs casés ». — A une époque qu'il n'est
pas possible de préciser, une légère modification se pro-
duisit dans les coutumes en vigueur dans le domaine
rural. On vit des propriétaires concéder à tel esclave la
culture de tel lopin de terre pendant la durée de sa vie;
à son corps défendant il est vrai, et c'est là ce qui
rendait grave cette modification légère en apparence
seulement. « Par là, cette parcelJe du domaine s'est
changée en une tenure et cet esclave s'est changé en un
serf de la glèbe1. » Cet usage de ifaire concession à un
esclave de son pécule - remontait peut-être jusqu'au
temps de la République. Les jurisconsultes du IIe et du
IIIe siècle mentionnent parlois un esclave qui cultive un
champ à son compte, en payant au propriétaire une re-
devance 3. Ulpien appelle cet esclave un quasi-fermier.
En elfet, on ne saurait dire plus, car il n'y a pas, il ne
peut pas y avoir de contrat entre son maître et lui ; il
n'a pas de personne morale, mais il a une situation
matérielle bien déterminée. « Le jurisconsulte Paul
signale aussi l'esclave qui travaille à la terre pour son
compte et qui paie au propriétaire une rente déterminée
à l'avance4. Cervidius Scaevola montre un esclave qui a
eu un champ à cultiver et qui, au moment de la mort
de son maître, est en retard pour le paiement de la re-
devance6. Un autre jurisconsulte signale ci ne une
chose assez ordinaire qu'un propriétaire loue à un es-
clave une terre à cultiver et lui donne eu même temps
des bœufs de labour 6. Il ne se peut agir visiblement d'un
louage régulier et formel ; le droit ne l'admettrait pas '' . »
Si on veut se rendre compte de la grandeur du résultat
obtenu par cette concession qui a pu paraître insigni-
fiante au début, il faut voir quel nom nouveau les ju-
risconsultes vont donner à celte catégorie d'hommes,
car ils ne sont pas encore une classe distincte; le Code
Théodosien les nommera-« serf- casés . </<<"/ sint ca-
sarii*, parce qu'ils ont maintenant un domicile indivi-
duel.
VI. Les affranchis. — Outre les serfs, le domaine
rural comportait une population nombreuse, dont la
condition peut être difficilement précisée, c'est celle des
affranchis ruraux qui paraissent avoir vécu sur le
domaine comme sujets du propriétaire du sol. On n'en
saurait dire plus à leur égard; ces affranchis, laboureurs
pour la plupart, travaillaient-ils en commun avec les
esclaves? Mais comment alors dégager leur part dans le
travail impersonnel? On peut supposer que le maître
donnait à l'affranchi avec sa liberté un petit lot de culture ;
rien ne nous permettra de l'affirmer, puisque tous les
documents ayant trait à la propriété foncière des anciens
ont péri, mais deux siècles après l'empire romain d'autres
documents, de la même nature que ceux qui ont péri,
nous font voir des affranchis qui sont tenanciers île père
en fils depuis plusieurs générations.
VIL Les fermiers. — Le domaine rural offrait les
• Fustel de Coulanges, Hist. des instit. polit, de Fane. France,
in-8\ Paris, 1H89, t. iv, p. 52. — «Le pécule d'esclave pouvait
comprendre de l'argent ou des meubles ou même des immeubles.
Cf. Ulpien, au Digeste, l. XXXIII, tit. viu, 6 : Si peculium legetur
et sit m corporibus, puta fundi vel xdes ; Varron, De re ruslico ,
I. I, c. xvu : Danda opéra ut habeant peculium... ut peculiarr
aliquid in fundo pascant; cf. ibid., 1. I, c. u : Peculium ser-
vis, quibus domini dant ut pascant. — a Ulpien, au Digeste.
1. XXXIII, tit. vu, 12, §3 : Qu&rilur an servus qui quasi colonus
in agro erat, instrumenta legato cuntineatur. — * Paul, au
Digeste, 1. XXXIII, tit. vu, 18, S 4 : Cum de villico quœreretur
an instrumenta inesset, et dubitaretur, Scxvola respondit, si
non pensionis certa quantitate, sed flde dotninica culeretur.
deberi. — "Scoevola, au Digeste, 1. XXXIII, tit. vu, 20 : Qutesi-
mm est an Stichus servus qui unum ex Ma fundis coluit et
reliquatus est amplam summam... legntario debeatur. —
•Alfenus, au Digeste, I. XV, tit. m, 16 : Quidam fundum colen-
dum servo suo locavit, et bnves ei dederat. — ' Fustel de
Coulanges, op. cit., t. IV, p. 53. — • Code Théodosien, 1. IX,
tit. xlii, 7. — ° Il semble que des lois aient obligé les proprié-
taires à taire appel aux cultivateurs libres. Varron, De re rustica.
moyens de gagner leur vie à une classe d'individus dont
nous n'avons pas encore parlé; c'était celle des fermiers,
hommes libres louant telle parcelle de terre du soi
d'autrui pour le mettre en culture 9. Le contrat qui inter-
venait, lex, lex localionis, lex conductionis 10, réglait
deux clauses essentielles, concession de la terre, paye-
ment d'une redevance annuelle " ; les baux étaient ordi-
nairement réglés pour cinq ans12, mais à partir du
IVe siècle on préféra les baux à long terme.
Le lermier portait le titre de conduclor dans les docu-
ments officiels, mais son nom usuel était colonus. Nous
en voyons établis un peu sur tous les domaines; Horace
a dans la propriété que lui donna Mécène huit esclaves
et cinq fermiers '3; Pline parle de ses fermiersvgens très
pauvres'*, et on peut l'en croire si l'on s'en rapporte au
Digeste qui cite cette clause habituelle des testaments :
on lègue tel domaine avec l'arriéré des fermiers. Cet
arriéré est devenu chose si régulière que pour dédom-
mager le propriétaire tout le bien du fermier pourra
être pris en gage I5. Néanmoins les jurisconsultes con-
seillent de se montrer indulgent et de lui accorder, a
l'occasion des mauvaises récoltes, un dégrèvement de
fermage16; mais on ne les écoute pas toujours. Pline
nous parle de fermiers réduits à l'impuissance par la
saisie de leurs animaux et des instruments aratoires ".
La situation des fermiers parait généralement assez
misérable et sert à faire comprendre le vœu d'esclaves
qui souhaitent n'être pas affranchis. Le contrat de louage
a subsisté jusqu'à l'époque dite des invasions; on le
trouve mentionné dans des lois des années 400 et 411 l8
et dans divers écrits ayant un caractère privé ,s; mais à
cette époque l'institution achevait de disparaître ou plutôt
de se fondre dans une institution dilférente : le colonat.
VIII. Les colons. — Nous ne pouvons omettre de dire
ici quelques mots du colonat, nous n'essaierons que
d'être exact et bref20. Le terme de colonus a été transféré
du fermier au colon dont la condition diffère cependant,
et cette translation d'un mot nous invite à penser qu'en
réalité ce ne fut pas le mot qui changea de sens, mais ce
fut l'individu qui changea progressivement sa condition ;
il était libre de quitter la terre, il cessa de l'être, mais
on ne s'avisa point du moment où le changement était
fait et on ne pouvait s'en aviser, car cette transformation
se fit lentement, insensiblement, individuellement. Le
colon était homme libre; il jouissait de ses droits civils,
il possédait et transmettait son bien par héritage ou
autrement. Sa tenure ne lui appartient pas, mais il peut
posséder ailleurs qu'en sa tenure21. Son infériorité, son
esclavage pourrait-on dire, consiste en ce point qu'il ne
doit ni quitter sa terre, ni cesser de la cultiver. Les lois
lui interdisent de s'en éloigner une journée : non ah
agris monientu amoveri îs ; le législateur a défini d'un
mot la condition du colon dans l'institution du colonat :
le colon.it est un lien, nexus colonarius 21. Lien à l'égard
1. 1, c. xvu : Omnes agri colun'ur hominibus servis aut Uberis
aut utrisque. — '"Digeste, 1 MX, tit. II, 9, -25, 20, 30, 61. —
"Le prix de location s'appelait inerces, chaque paiement ou
terme s'appelle pensio. — "On pouvait louer de nouveau, mais
alors d'année en année seulement, quoique indéfiniment. —
"Horace, Satyr.. II. 7 ; Epiât., 1, 14. — " Pline, Epiât., I. X, 8. —
,5Gaius, Institut. , comm,, iv, 147; Code Justinien, 1. IV, tit. i w ,
5; Institutes, 1. IV, tit. VI, 7. — '•Ulpien, au Digeste, 1. XIX. tit. u.
15. — "Pline, Epist.. 1. 111, 19. — '• Code Théodosien, 1. XI, tit. \ \.
3; 1. XVI, tit. v, 54 S 6, 6. — <» Paulin, Eueharistieon, n. 538;
Symmaque, Epist., 1. IV, î.xviu; 1. IX, LU. — "Le colonat a fait
l'objet de plusieurs monographies de mérite. Nous résumons ici
les idées du maître illustre auquel ci>s éludes doivent une c
et un charme qu'elles n'avaient pas connus jusqu'alors. Faste!
de Coulanges, Recherches sur quelques problèmes d'histoire,
in-8\ Paris, 1885, p. 1-82; Hist. des instit. polit, de lune. Frtmoe,
t. iv, p. 68 sq. — »' Code Théodosien, 1. V, tit. XI, 1 ; 1. XII. tit. i,
33. — "Code Justinien. 1. XI. tit. xi.vm, 15. — "Novelles de
Yalentinien. XX\. S 6, édit. Ilaiiel. p. 227 : I-'ilios eurum aut colo-
naris nomine autservos ita ut illusntAuscolunariusteiteat, hos
conditio sei «itutis.
997
AGRICOLES (CLASSES)
398
du colon et à l'égard du propriétaire qui ne peut évincer
pas plus que l'autre ne peut partir. Quelques cas excep-
tionnels, et qui réclament le consentement mutuel des
parties, pourront briser ce lien, c'est si le colon se fait
prêtre ou soldat; le maître s'y oppose-t-il, le colon de-
meurera '. Mais le maître vendra son domaine avec
les colons2 et le nouveau propriétaire ne pourra leur
substituer ses gens à luia. Jamais lien n'a été plus
étroit et c'est encore cet admirable langue juridique
qui l'exprimera le mieux en appelant le colon membrum
terrée. Le colon ne peut épouser une femme d'un autre
domaine, sinon deux tiers des enfants resteront au
domaine du père, un tiers au domaine de la mère. Ce
qui dill'érencie le colon de l'esclave c'est qu'il est culti-
vateur et cela seulement. Le propriétaire du domaine ne
peut l'obliger à aucun autre travail qu'à la culture du
sol*. « l'our son travail agricole, le colon ne feit pas
partie d'un groupe qui laboure ou qui moissonne sous
les ordres d'un monitor. Nous ne trouvons pas de
décuries de colons, comme nous trouvions des décuries
d'esclaves. Le colon est seul" au labour et seul à la
moisson. Il ne transporte pas non plus ses bras et son
travail sur telle ou telle partie du domaine qu'un chef
lui indique chaque jour. Il a son lot de terre et il le
cultive toute l'année. Il laboure, sème et récolte à la
même place. Pour la culture nous n'apercevons pas
qu'on lui donne des ordres, qu'on le dirige. Vraisem-
blaolement il cultive à sa guise et sous sa responsabilité.
Il jouit des fruits. Sans doute, il doit au maître une
part de sa récolle; mais le reste est pour lui. Une loi
nous montre cet homme vendant lui-même ses produits
au marché de la ville voisine 5. » Pouvait-on le transférer
d'une tenure à une autre tenure? c'est possible, mais
nous l'ignorons, il a pu exister sur ce point des usages
différents suivant les lieux, mais c'est le contraire qui
— saut les cas particuliers — parait probable. « Le
colon est un tenancier perpétuel6. » Quelles sont ses
redevances? Il est certain que les lois ne les ont pas
fixées, mais elles existaient et l'on peut croire que c'était
tantôt en argent, tantôt en nature, tantôt en journées
de corvée7. Gomment entreprendre une énumération
de ce qui n'avait eu ordinairement pour règle, dans
chaque tenure, que la convenance des parties? Ce qui
était général et immuable c'étaient les conditions. Elles
ne pouvaient être modifiées que sur le consentement
du propriétaire et du colon, l'un des deux n'ayant aucun
moyen d'amener l'autre par contrainte à son sentiment,
on s'en tenait donc aux conditions primitives qui fondè-
rent la coutume : consueludo prœdii*.
Rustici et coloni vivent sur la même terre, distingués
les uns des autres, mais entremêlés. Il faut malheureu-
sement renoncer à posséder cet inventaire cadastral de
l'empire irrémédiablement disparu et qui nous appren-
drait tant de choses, il faut donc conjecturer que la
part du maître et les tenures étaient enchevêtrées l'une
dans l'autre. «Je remarque chez un jurisconsulte, écrit
Fustel de Coulanges, que la troupe des esclaves chas-
seurs, venatores, était souvent comptée dans la familia
urbana, c'est-à-dire parmi les esclaves attachés au
service personnel du maître. On peut conclure de là
que les bois et les garennes étaient compris aussi dans
In terre réservée. Cela aura des conséquences dans
l'avenir9. »
IX. Description de la villa.. — L'indigence de docu-
ments que nous avons à déplorer en ce qui a trait à
l'inventaire cadastral est presque aussi grande par
1 Code Justinien, 1. I, tit. m, 1G, défond au colon d'entrer dons
les ordres invito agri domino, et ibid., 1. I, tit. III, 3B : conti «
voluntatem dominorum fundoru.ni. — * Code Justinien, 1. XI.
tit. XI.VIH, 7. — 3Ibid., 1. XI, tit. lxiii, 7. — */br'd., 1. I, tit. m,
16: Ruralibus obsequiis fungatur ; Code Théodosien, 1. V, tit. iv.
3 : Nulli liceat eos urbanis obsequiis addicere. — 'Fustel do
Coulanges, Hist. des instit. polit., t. IV, p. 74 sq. — c Ibid., t. IV.
rapport à la description du domaine rural. Quelques
mots tombés d'une plume distraite peuvent à peine être
mis à profit par l'historien pour reconstituer les traits
de la vie domestique du ruslica s et de la vie familiale
du fermier et du colon. Apulée signale d'un seul mot
les casulse10 d'un riche domaine, ce sont probablement
! les demeures des colons. Faut-il accorder aux descrip-
tions de la villa rustique par Varron, Columelle et
Vitruve une valeur historique? Si l'on a égard à l'intérêt
des maîtres et à la persistance des coutumes on pourra
croire que si tous les traits de cette description ne se
trouvent pas réunis dans chaque domaine rural, la
plupart d'entre eux s'appliquaient ordinairement à la
villa ruslica pendant les siècles de l'empire.
La villa devait contenir un nombre suffisant de cellm,
petites chambres à l'usage des esclaves situées, autant
que possible, au midi. Les esclaves paresseux ou indis-
ciplinés étaient relégués dans l'ergastule, c'est-à-dire
dans le sous-sol, qui n'était pas le local épouvantable
que les descriptions poétiques en ont fait. L'ergastule
devait être éclairé et aéré par des fenêtres assez nom-
breuses « pour que l'habitation fût saine », tout en étant
disposées de telle sorte qu'elles rendissent l'évasion
impossible. A quelques pas du logis se trouvaient les
étables auxquelles aliénaient les chambres des bouviers
et des bergers. Venaient alors les granges pour le blé et
le foin, les celliers au vin, les celliers à l'huile, les gre-
niers pour les fruits. La boulangerie était confiée aux
femmes, ainsi que le tissage des étoffes, celles qui
étaient employées à jeette dernière besogne travaillaient
en commun dans le gynseceum ; la cuisine devait être
vaste, elle occupait un bâtiment spécial, haut de pla-
fond et capable de « servir de lieu de réunion en tous
temps à la domesticité ». Non loin de là était le bain
des esclaves qui pouvaient en profiter aux jours fériés
seulement, il faut mentionner encore les services indis-
pensables, le moulin, le four, le pressoir pour le vin, le
pressoir pour l'huile, le colombier; enfin, dans un do-
maine bien complet, les officines des gens de métier :
forge, atelier de charronnage. Tous ces locaux étaient
distribués autour d'un vaste espace qu'on appelait chors,
la cour. Bien des traits de cette description s'appliquent
aux domaines ruraux occupés par les moines et il serait
profitable d'entreprendre l'étude des plus anciennes
régies et des plans ou ruines des monastères parallè-
ment à celle du domaine rural des particuliers. Un écri-
vain du IVe siècle, Palladius, recommande au proprié-
taire de bâtir la villa urbana à mi-côte et toujours plus
élevée que la villa ruslica. Celle-ci était donc en bas
de la colline et elle pouvait ressembler assez à un vil-
lage tel que nous sommes habitués à le voir de nos
jours.
Que l'on rapproche encore une fois ces indications
des traits épais dans les règles monastiques et l'on
verra combien la vie du moine ressemble, pour les
choses matérielles, à celle du ruslicus. Une étude minu-
tieuse fera l'objet d'une dissertation différente (voir
Travail manuel), mais il sera bon d'indiquer dès
maintenant quelque chose de cette ressemblance. Pre-
nons, par exemple, la règle de saint Benoit qui est une
des plus importantes par l'expansion qu'elle prit d'assez
bonne heure. Ce grave document et la vie de son au-
teur, écrite à un moment où l'on n'avait pu s'écarter
que bien peu de l'interprétation pratique de cette règle,
nous donnent une idée à pt'ine différente de celle que
les documents que nous avons utilisés jusqu'ici nous
p. 76. — ''Code Justinien, 1. Xt. tit. r.rn, i. — • Ibid., 1. XI,
tit. XLVirr, 5. Gomme on doit s'y attendre, l'oppression, quand elle
se produisait, allait du propriétaire au colon, aussi les lois ont-
elles prévu le cas de super exactio. Ibid., 1. XI, tit. i., 1, 2. —
"Fustel de Coulanges, op. cit., t. IV, p. 84. — ,0 Apulée, Meta-
morph., vin : Nec paucis pererratis casuliz, ad qvwtdam vil-
lam possessoris beati perveniunt.
999
AGM1C0LES (CLASSES)
1000
ont permis de prendre d'une exploitation rurale : Mo-
nasterium autem (si fierit potest) ila débet construi,
ut omnia necessaria, id est, aqua, molendinum, hor-
tus, pistrinum, vel artes diverse intra monasterium
exerceantur, ut non sit nécessitas monachis vagandi
foras '. Voilà bien les hommes attachés au domaine; il
est vrai que le motif donné est tout surnaturel : quia
omnino non expedi t animabus eorum ; mais c'est le
principe qu'on maintient quoique pour des raisons diffé-
rentes. Ce principe de l'appartenance de' l'individu est
dans le monastère comme dans le domaine rural, géné-
rateur de conséquences graves. Le moine qui a une
aptitude sera employé dans sa spécialité, à moins qu'il
plaise à l'abbé, pour des raisons spirituelles, de le chan-
ger de besogne et de lui interdire ses anciens travaux.
Artifices si sunt monasterio... faciant ipsas artes, si
lamem jusserit abbas. Quod si aliquis ex eis cxtollitur
pro scientia artis suse,... hic lalis evellatur ah ipsa
arle et di.nuoper eani non transeal'2. Nous ne pouvons
trouver nulle part un texte plus décisif réglant la situa-
tion que celui qui conclut rémunération des instru-
mente de l'art spirituel. Officina vero, ubi liwc omnia
diligenter operemur, claustra sunt monasterii et stabi-
litas in congregatione3. La situation de l'individu dans
le monastère est la même, au point de vue civil, que
dans le domaine rural celle du seri'us )~usticus ; on la
trouve énoncée en peu de mots tout à fait clairs : nec
corpora sua, nec voluntates licet habere in propria
potesta *. Encore une fois, nous n'essayons pas de com-
parer des institutions, nous rapprochons les applications
pratiques d'un même principe et nous voyons de quelle
nécessité est l'étude des documents et des situations en
apparence les moins faites pour contribuer à l'étude des
monuments ecclésiastiques. L'étude qu'on pourrait en-
treprendre des monuments figurés ne serait pas beau-
coup moins fructueuse, mais elle pourra être faite ail-
leurs. La villa romaine et la curtis méro\ indienne sont
les prototypes authentiques du cloître monastique, l'n
dernier trait emprunté à la vie de saint Benoit nous
montre quelle idée on se faisait de l'obligation de séjour
dans le domaine monastique. Un jeune religieux s'en-
fuit du monastère pour retourner chez ses parents, il y
meurt en arrivant et on raconte que sa tombe lut violée
jusqu'au moment où l'abbé eut pardonné à sa dépouille 5.
X. Les villages. — Même lorsqu'on adopte l'opinion
qui voit dans l'entrée des barbares en Gaule au v siè-
cle, non des invasions dans le sens des excès de tout
genre qu'éveille ce mol, mais une occupation presque
amicale, on ne peut manquer de reconnaître que l'in-
troduction de masses considérables et leur établisse-
ment provoqua une répartition nouvelle du sol. entraî-
nant avec elle des modifications plus ou inoins graves
dans la condition des classes attachées à la culture de la
terre.
* S. Benoit, Régula, c. lwi. — s Ibid., c. lvii. — *Ibid., c. iv.
— * Ibirl., c. xxxiii. — 5 Vita S. Bem-dicti. c. xxiv, édit. Cozza-
Luzzi, in-8", Tusculani, 1880, p. 127. — • On a cru pouvoir
donner dans ce document une valeur nouvelle au mol nlla.
rien ne justifie cette interprétation, qui a d'ailleurs été réduit* à
sa juste valeur par Fustel de Coulantes, Hist. des mstit. put. de
l'anc. France, in-8% Paris, 1889, t. iv, p. 202. — > C'est dans
une formule d'Auvergne, n. 6 : in vico Mo, in uilla Mu. C.f.
Fustel de Coulanges, op. cit., t. iv, p. 203. — 'Pardessus, 01-
plomata, chartee, aliaque instrumenta ad res galki-fvm
spectanlia, in-fol., Parisiis, 18'i2, n. 241 : Cliartu Tltcudetvudix :
... Dono..., villa qux vocalnr Mntrius..., Villa qum eoguo-
minatur Patriago..., ut tenendi, possidendi, vendendi, com-
mulandi, vel quidquid volueritis faeieudi liberum in aninihiis
habeatif: potestatem. — "La démonstrath n ■ été laite |>ar la réu-
nion d'un très grand nombre de cas isolés. Cf. Fustel de Cou-
langes, op. cit., t. iv, p. 206. — ,0 Neugart, Codex diploma-
ticus Alemannix et Burgundise transjuranx, in-V, San-Bla-
sii, 1791, n. 4, 10-13, 16, etc. ; Codex f.aio mttunwnnk ahh.t-
tUe diplomatictut, in-4% Mannlieimii, 17GS, n. 1, 6, 27, 'is. .">:),
A l'heure où les Germains pénètrent en Gaule, nous
avons reconnu qu'il n'existe qu'un petit nombre de vil-
lages et que ces vici sont souvent une dépendance du
domaine rural d'un particulier. Que va-t-il advenir de
cet état de choses? Si nous faisons appel aux textes,
nous voyons que la loi des Burgondes ne contient pas une
seule fois le mot qui signifie village, viens; plusieurs
fois, au contraire, nous y voyons mentionnée la villa en-
tendue dans le sens de domaine rural. Il en est de même
dans la loi Salique; viens y fait défaut, villa reparait à
diverses reprises avec le sens qu'a ce mot dans les au-
tres documents contemporains 6. Même constatation dans
la loi des Ripuaires, aucune mention du vicus, mais des
dispositions très claires concernant la villa. Les formu-
les ne sont pas moins probantes; elles le sont plus en-
core peut-être, puisqu'elles distinguent le vtcus de la
villa, mais surplus de cent formules relatives au trans-
fert des immeubles par donation, vente ou testament, on
trouve le mot viens une seule fois, tandis que villa le-
vient sans cesse1. Aucune charte ne mentionne le vil-
lage, toutes ont trait au domaine, et ces ventes ou do-
nations mentionnent en faveur du nouveau propriétaire
« le plein pouvoir de tenir, posséder, vendre, échanger,
faire tout ce qu'on voudra » 8. La villa que nous voyons
être l'unique objet des transactions est donc l'unité ru-
rale et cela, non seulement dans le centre et le midi de
la Gaule où l'invasion germanique a été moins com-
pacte, mais jusque dans les logions du nord et de l'est '
et même dans les pays germaniques 10. et cette villa pré-
sente les mêmes caractères que la villa gallo-romain ;
comme elle, nous disent les chartes, elle contient .
champs, des vignes, des prés, des forêts, des pâturages:
il semble même que les conditions des personn -
n'aient guère été modifiées, car le propriétaire vend non
seulement la terre, mais encore s les esclaves et les co-
lons qui y sont manants ». Les documents font mention
île la villa alors même qu'ils emploient pour la dési-
gner les termes de prsedium et fundus; on rencontre
aussi le mot ager qui avait perdu sa signification primi-
tive et dont on faisait usage peur marquer soit le terrain.
soit les constructions, soit l'un et l'autre à la fois, com-
posant le domaine ". Celui-ci est encore désigné sous le
nom de curtis qui est, on le sait, l'emplacement :i\
chéri, la cour dans la villa gallo-romaine ,2. l'n particu-
lier donne une partie de sa vu, -lis de Monhora. dan-
p.i\s de Trêves; on va voir que c'est bien la villa an-
cienne, celle partie Comprend « quatre cents journaux
de terre arable, le tiers d'une forêt, des prés, un trou-
peau de porcs avec deux porchers, un troupeau de
douze bœufs avec deux bouviers, enfin, sept habitation-
de colons avec les terres que chacun d'eux cultive
Le terme locus est employé' dans plusieurs chartes
comme synonyme de ri//a '*, de même le mot duniits '•.
Il laui n'accorder qu'une médiocre conséqawnce à l'em-
60, etc. ; Zeuss, Traditi sque Wizembwgei
in-V, Spirœ, 1842, n. 3:1. 54, 87, M. 55, 58, B5, etc.; Dronke,
Codas dipliiiiiativuH FutéenMa, in-V. Casael, 1850, n. 9. 14, M,
u>, etc. — " Pardessus, op. cit., n. 186 : fa villa seu
Mbinaco. Cl. Hrid., n. 361. Dans un acte de 663, ibul.. n
la terre d'Klaiiacos est tantôt aualiflée. villa, tantôt ager. i>n
trouve aussi sous le mot ager la description du domaine rural.
Pardessus, op. rit., n. 254; Cedo cesnumque esse m>U) ug
Solemniacensem, cum œdificiis, colonis, servis, dominiit
nets, praxis, eitvis, eqais aqaarunique decursibus, cum m
:no et Intègre situ statu. Cf. ibid., n. 1H0, 3ô8. — ' I
dessus, op. Cit., n. 103 : Dvno... . np tus Hvi,
iiroua, Caciisu. Rubregio, Communiaco... quidquid ad
villas aspicere vnletur. Cf. Ibid,, | OS I p
-us, op. cit.. n. (B8 : In cuite nvstra MonmWO donamus tdd
septem hobas et septem easetas e\ îOO diumales de terra ara-
turia et tertiam portent et silvn et prii'a. et jnocarios duos
cum pt'vcis et vacrarius duos eiim /;' vaccin. — '* Pardi -
up, vit., n. 300, 336, 461, 483. — ,5 Parle-sus. op. vit., t. î,
p. 138.
10O1
AGRICOLES (CLASSES;
1002
ploi des diminutifs que prodiguent les documents que
nous utilisons ici. « Le sens exact des mots, disait ex-
cellemment Fuslel de Coulanges, ne doit pas être jugé
sur de simples apparences. On rencontre souvent les
termes villula, villare, loccllus, agellus, et l'on est
d'abord tenté de croire qu'ils désignent une très petite
propriété. Cela est vrai quelquefois. Mais le plus sou-
vent, nous les trouvons appliqués à de grands domaines,
analogues et égaux à la villa. La langue de ce temps-là
ne se piquait pas de précision; elle visait plutôt à l'élé-
gance et même à l'afféterie. Loin qu'elle fût simple et
rude, comme on se l'imagine quelquefois, elle avait
horreur du naturel. Elle recherchait les périodes arron-
dies, les tours singuliers. Elle allongeait les mots poul-
ies rendre plus gracieux ; elle disait lemda, praediohmi,
campellus, vineola, possesciuncula, silrula, sans atta-
cher à ces mots un autre sens qu'à pr&dium, campus,
rinea ou situa. On disait de même servi/lus, mancipio-
lum, Dwnacliulus, nwitasleriulum. Bertramn dans son
testament désigne la même propriété par les mots villa
et villula l. Ce que Léobébode appelle sa terrula, Mari-
niacus, renterme « maisons, esclaves, champs, prés,
« torêts, vignes » 2. Vagellus Aucharianus, dont Césaire a
donné une partie à un couvent, comprend 130 arpents
de vigne, 145 arpents de terre en labour, sans compter
le reste3. Le tocellus de Fonlanido que lègue Bertramn
« en toute son intégrité, avec ses vignes, avec ses esclaves i>,
est un don royal qu'il tient de la générosité de Clotaire II ;
et ce domaine est aujourd'hui la commune de Fontenay
(Sarthe) dont la superlicie dépasse 1100 hectares4. Le
prsediolum appelé Novavilla :i est aujourd'hui le terri-
toire de Neuville (Indre-et-Loire) 6. »
On ne trouve pas moins d'un millier de fois la men-
tion de rillae dans les chartes, celle de vici ne se ren-
contre que dix-sept fois et une élude attentive du
texte montre que ces vici ne sont pas des aggloméra-
tions de propriétaires libres, mais les dépendances de
domaines particuliers7. Il est possible que le vicus soit
employé dans quelques auteurs pour désigner le village,
aiï^ens mwlerne de ce mot: mais rien dans ces passa-
ges ne permet de conclure à la condition des habitants
du vicus; tel est le cas du vicus Pocilenus, du vicus
Cabrias, du vicus Vcellus, du vicus Buisiacensis, du
vicus Curbrias. Parfois, chez Grégoire de Tours, vicus
a le sens de paroisse ecclésiastique. N'a-t-il donc existé
que quelques villages d'hommes libres? nous l'ignore-
rons probablement toujours, mais ce que nous savons
avec certitude, c'est que les vici que signalent les docu-
ments ne doivent pas être pris en règle générale pour
dr pareils villages. Il est possible que la distinction pro-
posée entre les vici portant un nom dérivé du nom des
propriétaires, par exemple : Silviacus, Celciacus, Gau-
diaeus, etc., et les vici portant des noms tels qu'Am-
basia', Brivate, Crovium, Iciodorum, Mantolomagus,
Nemptodorum, Bicomagus, Tornomagus, servent à dis-
tinguer les villages d'hommes libres des agglomérations
serviles; quoi qu'il en soit, « cette distinction laite, on
arrive à cette conclusion que les vrais villages d'hommes
libres sont fort peu nombreux dans nos textes. Je n'ai
réussi à en trouver qu'une cinquantaine au plus, contre
1 Pardessus, Diplomate/, t. i, p. 202. — - Ibicl., t. n, p. 143. —
» Ibid., t. i, p. 106. — * Ibid., t. i, p. 202. — 5 Translata S. Bé-
nédicte, édit. de Certain, in-8\ Paris, 1858, p. 10. — •> Fustel de
Coulanges, op. cit., t. iv, p. 212 sq. — 'Ibid., t. iv, p. 214 sq.
— * Ibid., t. iv, p. 219. On trouve dans un grand nombre de
cliartes, surtout à partir de la fin du vir siècle, l'emploi de la
proposition in devant le nom de la cilla, ce qui donne lieu de
en >ire que la concession ne vise qu'une partie de la villa. Il
nVn est rien, à moins que l'on ne trouve en même temps le
mot portio ou quelque autre de celte nature. Dans le cas le plus
ordinaire in s'est, par abus, ajouté comme préfixe au nom du
domaine. Ibid., t. iv, p. 234, note 11. — "Fustel de Coulanges
fournit de ce t'ait un supplément de démonstration dans le dé-
tail duquel nous ne pouvons entrer, mais qu'il y a lieu de si-
plus de douze cents villse. Telle était, semble-t-il, la pro-
portion entre les villages et les domaines8.» Ces villages
si peu nombreux semblent appartenir à peine à notre
recherche. Ceux qui les habitent ne nous semblent
guère des cultivateurs et tel est le prestige îles mots et
du milieu dans lequel nous vivons, que nous concevons
difficilement un village qui ne soit qu'un petit centre
d'industrie et de commerce. Il parait bien toutefois,
qu'en l'espèce, il en lut ainsi; nulle part le vicus n'appa-
raît comme un centre de culture. Ainsi donc l'introduc-
tion des populations germaniques, aura peu modifié 9, n
somme, la répartition du sol et la condition des classes
agricoles et nous trouvons dans la permanence sécu-
laire des noms de terre depuis l'époque romaine jus-
qu'à nos jours, sauf les modifications que la prononcia-
tion y apporta, nous trouvons là un indice qui ne doit
pas être négligé pour l'étude de l'ancien domaine rural.
Aux anciennes listes de domaines voisins les uns des
autres qui nous sont parvenues coïncident généralement
avec assez d'exactitude les noms des villages limitrophes
qui ont remplacé les domaines et occupent aujourd'hui
la même situation. Ce que nous avons dit de la condi-
tion de ceux qui étaient attachés à la culture de la villa
et du nombre restreint de villages libres nous montre
que le domaine rural a été, vu le peu d'importance des
villes de ce temps et leur petit nombre ,0, le séjour de la
majeure partie de la population et cela suffira à justi-
fier les développements que nous donnons à cette dis-
sertation. L'ancien domaine, à en juger par ce que nous
apprend la superposition des noms modernes sur les
noms anciens, était souvent considérable, rarement mi-
nime. Si nous en rencontrons un grand nombre qui ne
dépassent pas 200 hectares de superlicie, bien d'autres
vont au delà. Le testament de Bertramn mentionne six
villse qui étaient alors et qui sont demeurées :
Colonica = Coulaines
Dolus = Dolon
Campariacus = Chemiré
Monciacus = Moncé
Blaciacus — Blossac11
Floriacus = Floirac
: 381 hectares.
: 2000 -
: 1 100 -
: 358 —
: 953 -
En Bourgogne, Amalgaire et sa femme Aquiline pos-
sèdent vingt-huit propriétés; dix-neuf d'entre elles ont
une superficie variant entre 450 et 2600 hectares :
Besua
= Bèze
: 2230 hectares.
Tilerisc
= Til
2611
—
'Yetusvinese
— Viévigne
1342
—
Beria
= Beire
: 1925
—
Yendovera
— Véronnes
1532
—
Auxdiacus
= Oisilly
595
—
Blaniacus
= Blagny
756
—
Attiviacus
= Athée
: 943
—
Noviliacus
= Neuilly
: 457
—
Marcenniacut
= Marsannay
:1282
—
Cocheiacus
= Couchey
1269
—
Gibriacus
= Gevray
2400
—
Caciacus
= Cessey
1150 hectares, etc
gnaler. Hist. des it/stit. polit, de l'une. France, t. IV, p. 220 sq. :
1* Le nom de la Villa. En voici les conclusions : « Le nom du
domaine venait donc, le plus souvent, d'un nom de propriétaire.
On a vu plus haut que c'était l'usage romain (col. 989). L'usage
romain se continua durant l'époque mérovingienne. » En passant
d'une famille ou même d'une race à une autre, le domaine gar-
dait son nom. « Dans la vallée du Rhin, la plupart des noms sont
germaniques; mais il n'est nullement certain que ces noms ger-
maniques datent des invasions; peut-être sont -ils plus anciens. 1
2" La permanence du domaine. — '"Nous parlons par rapport à
ce qui se passe de nos jours, où les agglomérations urbaines
telles que Lyon et Marseille contiendraient plusieurs fois Athènes
et sa banlieue, Lutèce et ses faubourgs en leurs temps prospères.
— M Près de Blaye.
1003
AGRICOLES (CLASSES)
1004
Ces chiffres ne sont pas sans importance, car ils sont
le point de départ des grandes propriétés foncières
d'autrefois, principalement de celles des églises et des
monastères qui, n'étant pas sujettes au partage et peu
accessibles à l'extinction ou à la confiscation, se sont
développées sans cesse et ont possédé des régions en-
tières et des populations agricoles considérables.
XI. Le manse. — Nous devons encore mentionner
de petites enclaves qui représentent entre les grands
domaines et parfois dans le domaine rural lui-même
l'existence de la petite propriété. Il ne faut pas confon-
dre ces propriétés avec les portiones ; l'étude des for-
mules ne laisse aucun doute sur tous ces points et il
semble que ces petites propriétés ne fussent pas deve-
nues très rares, car le nombre des formules qui les con-
cernent est assez élevé. Des textes du VIe et du vne siècle
nous instruisent suffisamment. Aligarius possède un
champ dans la villa Saponaria ' ; Arédius donne par tes-
tament à un monastère cent arpents de terre à prendre
dans sa villa Sisciacus qu'il lègue à un autre monastère,
voilà donc une nouvelle petite propriété taillée dans le
grand domaine 2.Marculfe nous a conservé une lorniule qui
prévoit le cas où le propriétaire d'un domaine rural
donne à un de ses serviteurs un lopin de terre dans son
domaine en pleine propriété et à titre héréditaire3. Le
formulaire d'Anjou contient des mentions ainsi conçues :
c Je vends à telle personne cette vigne ou ce champ qui
est situé sur le territoire de tel ou tel saint4. » Ces
expressions indiquent l'existence d'enclaves dans les do-
maines des monastères, car la propriété appartenait
moralement au patron du monastère ; de menu- a celte
époque, « la terre d'une église » ne désigne pas un dio-
cèse, mais les villse de l'évêque5. Quant à la condition
de ces petits propriétaires ruraux, on peut aisément la
supposer misérable plutôt que prospère à partir de
l'entrée des Germains dans la Gaule. Dès le V siècle
en effet les provinces sont sillonnées par des bandes de
pillards dont les dégâts, facilement réparables pour un
riche propriétaire, entraînent la ruine irrémissible de
celui qui n'a que son champ et sa maisonnette. Que l'on
songe à la multitude de peuples et d'envahisseurs qui
sillonnèrent la Gaule en tous sens depuis le v* siècle
jusqu'au IXe, eton s'expliquera que le formulaire d'Anjou
ait enregistré une formule pour le cas suivanl : Une
famille de personnes libres possède un petit champ, ou
une petite vigne dans une villa, la misère les réduit à se
faire esclaves d'un homme riche auquel ils livrent à la
fois leur terre et leurs personnes6. Ces petites propriétés
paraissent avoir porté le nom de « manse », hobfe.
Chose curieuse, ces parcelles de terre n'étaient généra-
lement pas exploitées par le petit propriétaire. Le manse
peut être parfois un bien assez important; en ce cas on
le donne « avec les hommes qui y habitent ou qui y
sont attachés »7. Nous voyons trois manses dans une
'Pardessus, Diplumata, n. 49. — * Ibitl., t. i, p. 137, 141. —
J Marculfe, Formula;, 1. II, n. 30, (dit. C. Zeumer, Formulai me-
rovtngici et karolini srvi, in-4", Hannoverae, 1886, p. 96 sq. —
4 Formulai Andegavcnses, n. 4 : Ma viniola résidât in territu-
rium Sancti illius, in fundo illa villa; n. 8 : Canipo... et est
super territurio Sancti illius; n. 21 : Campellum... est super
territurio Sancti illius in villa illa ; n. 22 : Super territuriutn
Sancti illius in villa illa; n. 40 : In fundo illa villa super ter-
rilurium Sancti illius; n. 54 : Super territuriutn Sancti illius
in fundo illa villa, dans Zeumer, op. cit., p. 6, 7, 11, 17, 23.
Cf. Fustel de Coulanges, op. cit., t. iv, p. 255. — 'Pardessus,
Ihplomata, n. 238. — 'Formulai Andegavcnses, n. 25, dans
Zeumer, op. cit., p. 12. — ' Formula} Undenbrogianat, n. 1-3,
6, 7, dans Zeumer, op. cit., p. 266-268, 271. Pardessus, op. cit.,
n. 396, 469, 473. — «Pardessus, op. cit., n. 396. Cas analogues
aux n. 469 et 473. — 'Chronicon Besuenee, édit. Garnier, in-8-,
Paris, p. 244. — i0 Formula; Senonicx, n. 29, dans Zeumer, op.
cit.. p. 197. — "Pardessus, op. cit., n. 536. — '"Zeumer, op.
cit.. in-4*. Hannoverae, 1882, n. 364: Trado... unam hobam, m
tjun nie servait luibitct, cum omnibus fippendici&s suis, qniri-
villa et quatre dans une autre8, ces manses ont tous
de la terre de labour, des prés et des bois, des construc-
tions et des esclaves; on nous parle même « d'un
manse d'une grande valeur avec ses dépendances »9. Il
en est de moindres et de minuscules, si toutelois il faut
interpréter les lextes au sens d'un seul cultivateur. Deux
tréres se partagent une succession et chacun prend o un
manse que tel colon habite » ,0. Ce colon a-t-il des
esclaves? Rien ne l'indique, pas plus que dans les textes
suivants : Boronus donne « le manse entier que tient le
colon Bobo »". « Dans les environs de l'abbaye de
Saiut-Gall on voit souvent des propriétaires laire don à
cette abbaye « d'une hoba où habite tel serf portant tel
« nom, avec les terres qui dépendent de cette lioba > ' 2.
Tous les cartulaires de la vallée du Rhin sont remplis
de petites donations de cette sorte. Il en est de même
dans le bassin de l'Escaut et de la Meuse. Bertilende,
enToxandrie, donnecinq tenuresavec leurs cinq familles
d'esclaves13. Engelbert en donne trois avec trois familles
et, dans une autre villa, une seule tenure avec un
esclave et ses enfants 14. Quelquefois, au lieu de dire qu'on
donne une terre, on donne l'esclave ou le colon qui la
cultive. Charoinus écrit qu'il donne Sigimund avec sa
Itoba et sa femme, Wulchaire avec sa femme, ses enfants,
sa hoba et tout son avoir16. Ainsi font Erlninus. Ebroi-
nus16 et cent attires '". »
XII. Le QOMimcUM et j.es tenures. — Depuis la
conquête romaine jusar à l'entrée et l'établissement des
barbares sur son sol, la (laide a pratiqué les coutumes
romaines touchant l'administration du domaine rural.
Ce qui s'y est passé se reproduisait, théoriquement du
moins, dans le reste de l'empire, c'est-à-dire que l'an-
cienne agronomie, celle de Calon et de Colurnelle, per-
dait du terrain et que la culture du sol par lestiêcuries
d'esclaves tendait à l'aire place à une méthode nouvelle
suivant laquelle le propriétaire distribuait sa terre en
lots d'importance diverse et en confiait l'exploitation
soit à un esclave, soit à un affranchi, soit à un colon.
Les invasions favorisèrent cette théorie, partant dévelop-
pèrent son application qui s'accordait avec les usagi s
germanique^; l'avenir de la tenure individuelle était dés
lors assuré et le domaine nous apparaîtra désormais
nettement distingué en deu\ parts : la part du maître,
dominicum, celle qui entoure son habitation et qu'il
lait exploiter sous ses yeux par un villicusiS, et les te-
nures. Plusieurs textes nous font voir la distinction du
domaine devenue d'un usage général19; a l'extrême li-
mite des temps que nous étudions, le modèle qui semble
avoir été donné par Charlemagne pour la confection ifi -
polytypques indique qu'on enregistrera d'abord la casa
indonrinicata avec les terres qui s'y rattachent, ensuite
les manses qui sont aux mains des tenanciers 2°, et i ette
prescription semble avoir elé mise en pratique-'. La
maison du maître est appelée sala, les tenures, easoia --.
quidotl illam hobam excoli débet, n'diflciis,mancipiis,pascuis.
silvis... — "Pardessus, loc. cit., n. 476, cf. n. 483. — '» Ibid .
n. 485. — "ZeusB, Traditiont nesque Wizenbui
ses, in-4\ Spirse, 1842. n. 1. — " Pardessus, op. cit., n M"
— "Fustel de Coulanges, op. cit., t. IV, p. 261. **G
minicus, terra dominicata, terra indominicalis re\ lennenl sans
cesse dans le Polyptyque de l'abbc Irminon, edit. B Gui
in-4\ Paris. 1844, c xvn, l : casa dominica; c. si, 1 : culture
dominicata; c. xxv, 8: culturel dominica; c. xi, 2; xiîl, 1:
xxv, 3 : curtis daminica; c. VI, 51 : liortus dominicus; c. vu,
1 : mansus dotninicatus ; c. v, 1; xxxi, 1 : terra dominicata;
c. vi, 3,53 ; vinea dominicata. Les mots dominicatus et
minicutus sont synonymes sans aucun doute possible. Cf. Ibid.,
dominicains, c. u, 1; m. 1; vu. 1; vm, 1 ; x, 1 ; XVI, 1: r<ur
indominicatus, c. in. I. I58, 'J7S: xi, 1: xn,2. C'est un t
exemple des emplois bizarres du préfixe m icf, col. 1001, ■
— ">E. de Pozière, Recueil général <ics formules,
I859, n. 225, 281, cf. u. 140, ITT. 865, 'il'i. s"li. Gui
ptyqvc ctlrminon, p. 299. !1 Polyptyques de Saint-Rem de
s:il, m. .1,' s . . < v . Pardi --n-. /' '
1005
AGRICOLES (CLASSES^
1006
Cette distribution du domaine eu deux parts n'était pas
affaire momentanée, elle est au contraire durable, bien
que le propriétaire eût pu modifier la proportion entre
sa part et celle des gens attachés à son domaine à titre
de tenanciers. Nous pouvons citer quelques chifïres qui
nous aideront à connaître cette proportion entre le do-
minicum et les tenures.
autant de conditions qu'il y a de cas distincts. Tel pro-
priétaire introduit des clauses indulgentes à l'égard de
tel tenancier, d'autres clauses moins avantageuses pour
d'autres tenanciers; nulle autre raison à cela que celle
qu'il lui a plu de prendre en considération, il ne nous
en dit rien et nous ne connaissons les clauses elles-
mêmes que grâce à 9on testament. Arédius, grand pro-
ÎKJMAINES.
Verrières ' .
Villeneuve-Saint-Georsies .
DOMINICUM.
'257 bonniers de terre en labour.
95 arpents de vignes.
60 arpents de pré.
Une grande forêt.
172 bonniers de terre de labour.
91 arpents de vignes.
160 arpents de pré.
Une grande forêt.
' 287 bonniers de terre en labour.
Palaiseau ^ m arPents de v'gnes-
■ • ■ • ï loo arpents de pré.
\ Une forêt.
280 bonniers de terre en labour.
200 arpents de vignes.
1 17 arpents de pré.
375 bonniers de terre de labour.
255 arpents de vignes.
340 arpents de pré.
490 bonniers de terre en labour.
178 arpents de vignes.
100 arpents de pré.
Ailleurs cette proportion varie, car aucune coutume
générale n'a existé sur ce point. La villa Businiaca con-
tient un dominicum de 25 hectares et des tenures pou-
vant former 100 ou 150 hectares. Dans la villa Madria le
dominicum est au contraire plus étendu et les tenures
fort réduites2. Dans les documents la tenure est géné-
ralement désignée par le mot mamus servilis qui en-
globe l'habitation et la terre qui s'y rattache. Le manse
parait avoir été de peu d'étendue. Dans le domaine de
Palaiseau chaque manse est d'environ 5 hectares; dans
le domaine de Morsang environ 6 hectares, tandis que
sur le domaine de Verrières il ne dépasse pas, en
moyenne, 4 hectares. On trouve d'ailleurs des manses
de 10, 12, 15 et même de 30 hectares, mais ce sont là
cas exceptionnels. Rien ne prouve que dans chaque pays
il existât une contenance réglementaire. A Verrières,
tel manse, celui du colon Godalric, ne tient que 1 bon-
nier et demi, tandis que le manse du colon Theudold
en contient 6; et cette différence peut s'aggraver encore,
car on cite des manses de 1 et 2 bonniers contre d'autres
manses de 12 et 16 ou davantage. Le manse contenait
différentes cultures : terre de labour, prés, vignes, ainsi
l'existence matérielle du tenancier et des siens se trouve
plus assurée, mais son travail plus pénible, car il est
rare que ces cultures puissent être d'un seul tenant.
XIII. Les tenanciers. — Si nous voulons rechercher
dans le détail la situation de l'individu dans le domaine
rural à l'époque qui suit la domination romaine nous
voyons que sa condition a peu changé. Les servi ma-
nenles, mansuarii, casait, se retrouvent tels que nous
les avons vus et entraînent avec eux la même idéd a'at-
tache au sol que nous avons signalée. Tous cependant
n'en sont pas arrivés à celle stabilité. Un document de
l'année 806 distingue entre « les serfs casés » et « les
serfs non casés », mais ces derniers tendent à réduire
leur nombre de plus en plus, l'esclave de la décurie fait
pla.;e chaque jour au tenancier. Celui-ci ne subit pas
des redevances partout les mêmes, car aucune règle gé-
nérale n'a présidé à l'institution; ce qui s'est passéa été
tantôt condescendance, tantôt exaction. Il y a ici presque
' Verrières et Villeneuve-Saint-tieui'yes appartenaient à l'abbaye
de Saint-Germain dont le polyptyque, rédigé au IX' siècle, décrit un
état de choses plus ancien. Palaiseau avait tait partie du domaine
royal dès le vi* siècle, mais il ne semble pas qu'en l'acquérant
l'abbaye y ait modifié la proportion du dominicum et des tenures.
Nous voyons ici que le dominicum possède seul la forêt, cependant
il n'est pas sans exemple qu'un petit lot de bois ait lait partie d'une
tenure. Polyptyque de l'abbé Irminon, c. ix, 38, 47, 79, 83, 84; on
voit un colon consacrer un bonnier etdemi à planter un bois, silva
priétaire dans le midi de la Gaule, détermine comme il
suit les redevances : « Je lègue, à titre d'esclaves, Ursa-
cius avec sa femme et ses fils sous cette condition qu'ils
cultiveront quatre arpents de vigne (sur le dominicum).
Je lègue aux moines, en même temps que mon domaine
d'Ecideuil, Parininius avec sa femme et ses enfants.
I.éomer avec sa femme et ses enfants, Armédius, Rus-
licus, Claudius avec leurs femmes et leurs enfants: eux
aussi, je veux qu'ils cultivent sur la terre des moines
quatre arpents de vigne: leurs femmes paieront chaque
année dix deniers d'argent; on n'exigera d'eux rien de
plus en aucun temps... Valentinianus cultivera quatre
arpents pour les moines et rien de plus. Quant à leurs
biens particuliers, c'est-à-dire aux petits champs et aux
petites pièces de vigne qu'ils possèdent, je veux qu'ils
continuent à les posséder, sansque personne les trouble,
à cette condition toutefois qu'ils ne se permettent jamais
ni de les vendre ni de les aliéner. Je lègue encore au
monastère mes esclaves qu'on appelle esclaves colo-
naires et leur redevance annuelle sera d'un tiers de
sou3. » Ces conditions, remarque Fustel de Coulanges,
sont particulièrement douces; elles ont dû être peu
communes dans le reste de la Gaule, où il paraît probable
qu'on a combiné les deux pratiques, redevance de la
tenure et travail sur le dominicum. C'est du moins ce
que nous voyons clairement dans la loi des Alamans et
dans celle des Bavarois, écrites au vir siècle, qui, par
l'influence de l'Église, qui recommandait cette législa-
tion, fondèrent des règles qui s'établirent presque partout.
Les serfs d'Église, dit la loi des Alamans, doivent ren-
dre le tribut ordinaire de leurs tenures, 15 mesures de
bière, un porc valant un tiers de sou, 80 livres de pain,
5 poulets, 20 œufs. Ils laboureront la moitié des jours
sur leurs terres, l'autre moitié sur le dominicum. La
loi des Bavarois dit de son côté que le sert d'Église,
doit des redevances en proportion de la terre qu'il pos-
sède. Il travaille trois jours sur le dominicain, trois
jours pour lui. Si le propriétaire lui a donné des bœufs
ou quelque autre chose, il fera un service supplémentaire
dans la mesure <\\\ possible.
novella. Md., c. IX, 135, 136, 138; c. xm, 2, 5, 17-19, 27, 43, 46,
55, 87, 93, 94; on voit aussi des taillis, concidx en tenure. Ibid.,
c. IX, 88, 89, 91; c. XIII, 1, 9, 57, 76. Les tenanciers pouvaient
envoyer dans la forêt du propriétaire, contre le paiement d'un
droit de pastio, un certain nombre de porcs, 4 ou 8 ou davantage,
nombre toujours limité. Ci. Fustel de Coulanges, op. cit., t. IV,
p. 429. — ^Polyptyque de l'abbé Irminon, p. 925, 926. Ct. Par-
dessus, op. cit., n. 451, 461, 464. — 3 Testamentum Aredii, anno
| 572, dans Pardessus, Diplomata, n. 180.
îoo";
AGRICOLES (CLASSES)
L008
La condition dos tenures d'Église nous est assez bien
connue grâce à quelques polyptyques, celui de l'abbaye
de Saint-Germain particulièrement. Ce document, rédigé
au début du IXe siècle, représente non la fixation d'un
cens nouveau, mais la mise par écrit de conditions plus
anciennes, quelques-unes même tout à lait anciennes,
qui ont parfois été réglées par le propriétaire primitif.
De là leur grande diversité. Le serf Leutbaire n'a pour
son manse de 8 bcctares, avec une petite vigne et un
petit pré, qu'une redevance de 3 poulets et 15 œufs,
tandis qu'il doit la culture de quatre arpents de vigne
dans le dominicitm, des mains-d'œuvre, des charrois,
la coupe des arbres, en outre il donnera 2 muids de vin
en échange de la faculté qu'on lui concède d'envoyer
ses animaux dans la forêt. Le serf Maurus n'a que 2 à
3 hectares de terre arable, deux arpents et demi de
vigne et un pré et sa redevance s'élève à quatre muids
de vin, 3 poulets, 15 œufs, 2 setiers de graine de mou-
tarde, en outre il cultivera huit arpents de vigne et fera
des mains-d'œuvre, des labours, des charrois. Sous le
nom de main-d'œuvre on peut réclamer bien des choses
et, en général, tout travail à la main, battage de grain,
sarclage des jardins, fabrication du vin, de la bière, du
pain, réparation des bâtiments, clôture des cours ou des
prés. Ceux qui arrivent à l'aisance pourront parfois se
racheter des conditions de la lenure par une somme
d'argent. Huit serfs occupant huit manses se sont coti-
sés afin de payer, au lieu de charrois, deux sous huit
deniers et, au lieu de lin, quatre sous et demi. Un tra-
vail de statistique, qu'il n'y a pas lieu d'entreprendre
ici, ne laisserait pas d'être instructif, mais ces sortes de
recherches n'ont guère d'attrait à entreprendre et ce-
pendant aucune conclusion d'ensemble n'est pas possible
tant qu'elles nous font défaut.
La femme du servus casalits a échangé elle aussi les
devoirs de la servitude contre des redevances détermi-
nées, le plus souvent c'est le tissage d'une pièce d'étoffe,
toile ou laine, qui a d'ordinaire huit à douze aunes de
long sur deux de large1, encore peut-elle se racheter
moyennant 6, 8 ou 12 deniers2.
Les enfants ne doivent jamais aucun service; ils
aident le père et l'accroissement de la famille est un
gage de prospérité. L'un d'eux succédera au père dans la
tenure, car, bien qu'aucun document ne le dise formel-
lement, tous les textes laissent voir que de fait la tenure
est héréditaire, à tel point que le manse peut être tenu
par une veuve, par des filles à défaut d'héritier mâle3.
Un moment viendra où le manse du tenancier, don gra-
tuit et révocable à l'origine, portera les noms d'hereditas,
ttlotlium*, termes qui signifient patrimoine, mais le
principe subsiste et reparaît de temps à autre. On lit
dans le registre de Prum : Si quis obierit, optimum
tjuod habnit seniori datur, reliqua vero cu»i licëntia
seniorit diaponit in suos5. Le serf pourra vendre sa
terre pourvu que ce soit à un autre serf du même maître,
dit la loi des Wisigoths; au fond, aux yeux du maître, il
n'y a là qu'une mutation; quant à la vendre à un homme
libre il n'y fallait pas songer sans l'agrément du pro-
1 Polyptyque de l'ubbc Intuition, c. \iu, 19; c. \\, 38.
! Ibid-, c. xxiu, 27; c. XXV, 6; IScyistre de l'abbaye de Prum, dans
H. Bayer, VrUundenbuch zur GeseMchte der... viittclrheini-
sclten Territorien, in-8', Coblenz, 1860. n. 10, 21, 2:!. 82, 35. 41.
45, 62, 105; Codex Laureshametutis abbatim dtptomalicus,
in-V, Manheimii, 1768, n. 3671, 3681. — * Polyptyque d'Irminon.
c. i, 25; c. ix, 237; c. xn, 10, 11. - 'Voir .\i i i i Registre
de l'abbaye de Prum, dans Bayer, loc. cit., u. 55, - ' Hist. des
instit. polit, de fane. France, t. IV, p. 387, 392. — 'E. do Ro-
zière. Recueil général des formules du v au .y* siècle, in-s .
Taris, 1850, n. 128 : Volumus ni ingenui i/uos fecimus... supi i
ipsas tenas pro ingenuis commaneant, et atiubi comma-
ncudi multam habeant poteetatetn. ■ ■ * Formula; turonen-
ses, n. 26. 27, dans K. de Rosière, op. cit., a. 302, 'ili; For-
mulai Merkeliame, n. 9, dans de Rosière, op. cit., n. 271:
Pardessus, Diplomata, a. 163, 137. <X t. i, p. 70; t. n p. 185,
priétaire, et il semble que le cas n'ait pas été prévu.
« L'homme fut-il plus heureux comme serf qu'il n'avait
été comme esclave? se demande Fustel de Coulanges.
Cela me parait incontestable, quoique les documents ne
le disent pas ni ne puissent le dire. Se demande-t-on
seulement si ce serf eut à travailler moins ou davan-
tage? Je crois plutôt qu'il travailla plus que quand il
était esclave. Il eut à cultiver la terre du maitre et la
sienne. Il est possible que, pour beaucoup de ces
hommes, le travail ait été doublé. Mais toute une
moitié de ce travail fut pour eux; ils en eurent la jouis-
sance morale et les fruits matériels; ils y mirent leur
cœur et en reçurent leur récompense. Je croirais vo-
lontiers qu'aussi longtemps que ce serf se souvint de
la servitude antérieure il s'estima heureux0. »
XIV. Les manans. — Les servi rustici donnèrent nais-
sance à une classe d'hommes dont il est nécessaire de
dire quelques mots. Le maitre en affranchissant l'es-
clave rural lui avait imposé de demeurer dans son do-
inaine. On lit dans une formule : « Ceux que nous
avons affranchis devront, sous le nom d'hommes libres,
rester manans sur cette terre, et ils n'auront jamais le
droit de s'établir ailleurs7. » Cette condition explique
plusieurs cas dans lesquels nous voyons un propriétaire
vendre sa terre avec les serfs et les affranchis qu'elle
contient8; il y a plus, le travail de ces affranchis
appartenait au propriétaire ''.mais on peul présumer qu'il
s'agit ici d'un rendement prévu, tout ce que l'affranchi
pouvait tirer de plus lui appartenait, car la terre était
son bien, la garantie et « la confirmation » de sa liberté ,0
et il devait dépendre de lui d'y faire des récoltes plus
fréquentes, plus abondantes, plus rélributives. Ce bien
foncier qu'on leur a concédé n'est le plus souvent qu'un
usufruit1'; les cas de pleine propriété sont exception-
nels12. L'affranchi demeure assez voisin de l'esclave. Il
se trouve avoir changé de maitre sans s'en être douté,
et ce qui peut paraître plus périlleux au paysan c'e-t
que c'est sa personne et aussi son bien qu'on a transmis
au nouveau maitre. « Je veux que mes affranchis, les
fils de Vualane, avec leurs biens, appartiennent à l'église
que je fais mon héritière. Je donne à l'église mon affran-
chie Fredberge et ses petits-fils; ils sont manans dans
ma terre de Parelianus; eux et leurs biens d'affranchis
appartiendront à l'église1"'. » Le même document nous
apprend comment pouvait se faire le changement du serf
en affranchi, sans que la condition fût vraiment modi-
fiée : • Je veux que l'esclave Jocus, qui occupe une cul-
ture de colon, soi! affranchi en vertu du présent testa-
ment, et qu'il continue à tenir la même culture à titre
d'affranchi; mais qu'il obéisse au monastère que je i.n-
héritier du domaine14. » Comme le serf, l'affranchi
aura donc des redevances, mais elles sont fort insigni-
fiantes, du moins celles que nous connaissons par le
menu ' . el -on maii-e ingénuile constitue, semble-t-il.
une situation enviable somme toute, n'était l'obligation
de demeurer attaché à la terre à perpétuité ; obligation
qui. en certaines circonstances, était tyrannique, par
exemple lorsque, dan- un testament île Toi'. Abbon. pro-
,:,;. _ «Pardessus, op. cit., t. n. p. 185. '" lbi<< . i. n,
p. 325. Cf. E. de Rosière, op. cit., n. 128. — " K. de Rosière,
op. cit., n. 128 : Dum advivunî, /»»• teneant et post eorum
decessum adecclesium revert ère facian t.- "Grégoire de Tours.
Hist. Francorum. I III. C \\ . /' /.., t. i XXI, eol. 358 sq. — '*Te-
stamentiim Abbonis. dan- Pardessus, •■/.. cit., t. u, p. 378 : Voie
utlibcrti nostri,fUii Yualane,cwm nias resquas Ipti Vualanx
dedimus ad keredem meam ecclesiam nspicianL Dono liberta-
tan meam FYerfoerjam ... cum nepotibus... qui in ParUUmo
mature videntur, ut libertica eorum n ccefestam
aapiciat voloacjubeo. ■* Testamentum AbbonU, dans Par-
dessus, op. cit., t. n, p. 375 : CoUmicas terras... quas Joe
cessione... volo ttt ipse per testamentum nostrum libertus
fiât cl ii sas colonicas sub nomme libcrtiuitatis habeat et ml
lent meam sicut Uberti nostri ospieiunt, f ta et ipse lacère
■ i |. p. 372 - I ssus, op. cit.. I. i. p. S3. 139.
1CC0
AGRICOLES (CLASSES^
1P10
priélaire dans le sud-est de la Gaule, déclare que, pur
suite des invasions, un grand nombre de ses affranchis
ont pris la fuite, mais il donne à son héritier le droit de
les ramener par contrainte sur leurs terres ruinées1.
On voit qu'il s'agit d'un affranchissement conditionnel
et en effet, si l'affranchi refuse la redevance, le maître
pourra le ramener en servitude2. La loi des Lombards
précise bien cette situation qui lit règle en Occident :
« Si un homme a disposé de ses biens en faveur d'une
église, et s'il a affranchi des familles serves qui culti-
vant ces biens, ces affranchis doivent les redevances à
I --,'lise, à perpétuité, telles que les a réglées le maître,
et, après eux, leurs lils et les Mis de leurs lils'. »
XV. Les colons. — La situation du colon est demeurée
ce qu'elle était sous la <b m nation romaine et il en
résulte que le lien du coton a la terre s'est encore ren-
forcé, si c'est possible. Les familles des colons se sont
transmis la tenure en sorte que peu à peu celle-ci a pris
le nom d'héritage4. Kl le l'est même devenue et on ne
trouve pas trace dans les textes mérovingiens que le
propriétaire ait dû accorder son autorisation à la trans-
mission de l'héritage. La tenure, considérée au point de
vu.' de la redevance qu'elle entraîne, est une location
il fermage, rien autre cho<e, avec cette particularité que
la redevance consentie une t'ois est immuable. Nous
voyons un abbé cité en justice par les colons du domaine
pour avoir voulu augmenter les redevances, cependant
il obtient gain de cause parce qu'il peut prouver que les
redevances n'ont pas varié depuis un siècle s. L'incon-
vénient de ce système était grand, car les tenures pos-
sédées depuis peu étaient beaucoup plus onéreuses que
les tenures transmises depuis plusieurs générations,
la valeur du numéraire ayant changé; mais cet incon-
vénient était en partie compensé par la rareté persis-
tante du numéraire qui donnait aux transactions en
nature un cours assez ferme. Fustel de Coulanges a
étudié avec sa pénétration ordinaire les charges du
colon; nous allons le suivre de près à un moment où
va se dessiner un nouveau trait de la situation maté-
rielle des classes agricoles. Nous savons à quoi nous en
tenir pour les colons des domaines ecclésiastiques
d'après la loi des Bavarois : « Le colon d'église, y est-il
dit, doit d'abord Vagrarium, c'est-à-dire que s'il récolle
trente boisseaux, il en doit trois, ainsi que la dixième
partie de son lin et du miel de ses ruches. En outre, il
doit labourer, semer et moissonner sur le dominicum
l'étendue d'une ansange. c'est-à-dire une bande de
quarante pieds de large sur quatre cents pieds de long.
Il doit encore planter des vignes, les labourer, les pro-
vigner, les tailler et faire la vendange. Il doit enfin taire
les charrois nécessaires, fournil' au besoin un cheval et
contribuer à la réparation des granges et écuries du
propriétaire6. » Les dispositions prescrites par la loi
des Alamans sont moins détaillées, elles laissent entre-
voir des redevances, un travail du colon sur les terres
du maître et l'obéissance à tous ses ordres7. Les poly-
ptyques de Saint-Germain, de Saint-Remi et de l'abbaye
de Prum nous font voir, dans le détail du cas particulier,
la situation de 3000 lamilles de colons. Les manses
paraissent fort inégaux d'étendue, mais identiques
comme composition, un lot de terre arable, un peu de
1 Pardessus, op. cit. A. H, p. 378 : Vbicumque agentes tnona-
81 erii eos invenire potuerint, ut liceutium habeanl in contm
V'-uQcare àominalionem . — i Ibid., t. m, p. 375. — 3 Lex Lav-
■; tbardorum, Aistulph. III, 12 : Si quis res suas ordinaverit et
disoerit cas Itabere loca venerabilia, ut familias per quas res
ipstr eoccoluntur, libéras esse dïxerit, m i>, ipsis reljgiosis loris
redditutn faciant : secundum ipsius statuta reddant omni i»
t mporejuxta damnent sut prseeeptionem ipsi et filii flliorum
illorum. Ct. Fustel de Coulanges. op. cit., t. IV, p. 401. — *Jft°-
racula S. Benedicti, 1. I. c. xxxvn, édit. de Certain, in-8% Paris.
K"iS : Quidam homo eor f'amilia sancti Benedicti mansiuncu-
lai :t levé structura, vimine scilicet ac genesta, super liere-
vigne, un petit pré. Nous retrouvons ici les variations
considérables entre les conditions laites aux colons d'un
même domaine. Les uns paient en argent, d'autres
partie en argent, partie en travail et fournitures; le
premier cas est assez rare, parlois le colon donne une
part de sa récolte, le plus souvent il va travailler sur
la terre du maître. Il n'est pas possible d'entrer dans
le détail de ces obligations variées du colon à l'égard
du propriétaire. Nous retrouvons ici les usages que nous
avons relevés ailleurs. Tel colon acquitte sa redevance
en argent, tel autre' en nature, tel enfin en prestations
individuelles. Si l'on s'en tient aux renseignements
fournis par le polyptyque de l'abbaye de Saint-Germain
on constate des redevances extrêmement faibles dans
la plupart des cas, et très inégales. Un colon paie, pour
8 bonniers de terre, :i sous chaque année8, un autre
pour une tenure de .">0 ares environ, paie 1 sou9; un
autre, pour 1 hectare et demi, paie six deniers10; un
autre, pour moins d'un hectare, paie 4 sous ". Le colon
llildegaire a une tenure de 5 bonniers de terre labou-
rable, 1 arpent de vigne et 1 arpent de pré, il paie
annuellement ',' sous d'argent et cultive 0 perches '-' ; un
autre tient 11 bonniers pour lesquels il doit 4 deniers.
."> boisseaux d'avoine. 0 poulets, en outre 100 petites
voliges et 100 bardeaux pour la réparation des toitures,
enfin la façon de (i perches, des mains-d'œuvre et des
charrois11. Le colon doit souvent donner comme rede-
vance une part de sa propre récolte, vin, lin, ma't pour
faire la bière, houblon, inoutarde, miel, cire, etc.
Quant au service personnel sur la terre du propriétaire
il est tantôt fixé à l'avance, tantôt indéterminé, les
besoins du domaine en décideront. " Notons bien, fait
observer Fustel de Coulanges, que ces paysans ne sont
astreints à aucun service domestique. Ils ne doivent
rien à la personne du propriétaire. Ils doivent servir sa
terre, non seulement le lot qu'il en a en tenure, mais
aussi son dominicum, c'est-à-dire le labourer, le mois-
sonner, charrier les produits. S'ils font, des gardes,
icaclse, c'est sur le domaine et pour lui. Ils n'ont envers
le maître aucun devoir personnel. Ils servent le domaine
et non pas l'homme '*. »
On le voit, le colon et le serf étaient devenus, sauf
pour le nom, une seule catégorie d'hommes du domaine.
Si entre eux quelque rivalité, telle qu'il s'en rencontre
d'une classe de la société à une autre classe, a existé,
nous l'ignorons et il. semble qu'avec le temps le groupe
libre et le groupe servile tendirent à se compénétrer de
plus en plus jusqu'à se confondre. A un moment donné
il devint impossible d'interdire le mariage entre les
deux classes '■>, on vit même quelquefois un colon et un
serf associés, occupant le même manse 16. Il parait clair
que des idées nouvelles et une société rurale nouvelle
sortiront de là. Les textes nous montrent sur l'étendue
du domaine diverses catégories d'hommes libres qu'ils
nomment [ranci'1, ingenui 18, ainsi le nombre des
hommes libres augmente sans cesse, puisque de nouvelles
appellations sont devenues nécessaires pour désigner
ceux qui bénéficient d'un ordre nouveau. Nous voyons
encore un maître accorder la liberté absolue 1!l aux
enfants que leur naissance ferait serfs. La condition de
la tenure n'avait rien d'amoindrissant comme on s'est
ditatem constriuverat suam. — *Palypty que de l'abbé Irminon,
t-dit. Guérard, in-4", Paris, 1844, appendix IX, p. 344. — ° Lex
Tiajuwariorum, i, 19. — 'Lee Alamannorum, xxm, 2, 3, 4.
— » Polyptyque de t'abbé Irminon, in-4*, Paris, 1844, c. ix, 151.
— » Ibid., c. vu, 70. — '» Ibid., c. vu, 71. — " Ibid., c. i, 28. —
'* Ibid., c. vu, 76. — ,3Ibiil . c. vu. 7ï>. — '* Fustel de Coulanges,
op. cit., t.. iv, p. 412, note 8. — " Polyptyque de l'abbé Irminon,
c. i, 6; c. 111,47, ô'i; c. iv, 9; c. vu, 14, 15; e. vm, 28. — "> Ibid.,
c. vu, 20; c. ix, 42, 73, 80: c. XIII, 78 — ,; Capitulare de Villis,
c. îv, édit. de Boretius, in-4*, Hannovera?, 1877, p. 83. — "Par-
dessus, Diptomata, n. 417. — '"Sauf obligation de rester sur le
domaine en qualité de tenanciers. Marculfe, Formula>, 1. II, n. 29.
1011
AGRICOLES (CLASSES)
1012
avisé de l'imaginer beaucoup plus tard; elle était si
parlaitement honorable qu'un homme libre pouvait sans
déroger ni déchoir louer un manse en tenure aux mêmes
conditions de redevances que si le manse eût été occupé
par un serf ou par un colon '. L'abbaye de Saint-Germain
a eu parmi ses fermiers un nommé Radoinus, homme
lilire2, et un prêtre nommé Godin dont la redevance
consistait dans la culture de quatre arpents de vigne du
dominicain 3.
XVI. La villa. — Ce qui peut donner l'idée la plus
complète et la plus exacte de l'existence du groupe
rural qui habite le domaine c'est l'existence de ce groupe
à l'époque précédente, telle que nous l'avons décrit. Le
domaine continue à produire et à consommer sur place
tout ou presque tout ce dont ses habitants ont besoin,
la récolte des denrées et la fabrication s'y exécutent
dans des conditions presque identiques. La hiérarchie
est la même, le villicus a gardé son titre et ses attribu-
tions, de même Yactor ou agens auquel on tend à sub-
stituer le mot major, notre « maire » d'aujourd'hui.
L'ancienne répartition des esclaves par decurise a fait
place à une disposition analogue où se laisse entrevoir
finlluence de la règle monastique de saint Benoit,
puisque désormais, dans les grands domaines, le major
a sous ses ordres des decani. C'était dans ce personnel
que se trouvaient les hommes chargés de recueilljr les
redevances et d'en disposer au mieux des intérêts du
maître, soit par la consommation sur place à la table
du maître ou par son domestique, soit parla vonte.
Le domaine comprenait une population en nombre
variable, rarement inférieure à quelques centaines"
d'à mes, quelquelbis davantage. Il était nécessaire dès
lors d'assurer un double service, l'un qui regardait les
âmes, l'autre la discipline. Ce n'est pas un des aspects
les moins curieux de l'histoire dœ classes rurales que
le travail persévérant de l'Église en vue de transformer
l'esprit des campagnes. Voir Paroisses rurales.
Les observations que nous avons présentées à propos
de la situation des personnes dans le domaine rural et
dans le monastère sont demeurées sans modification
notable. Dans ce qui précède nous avons noté de préfé-
rence les traits qui ont rapport aux individus attachés
aux domaines d'église et il nous est apparu que leur
condition, sans être à proprement parler privilégiée de
ce fait, lui. doit une amélioration dont il y a lieu de
tenir compte. Ceci s'explique par l'esprit de désintéres-
sement imposé aux propriétaires soit par la charité du
christianisme, soit en vertu des règles monastiques. Nous
avons dit que dans un domaine bien administré on
s'efforçait de suffire aux besoins divers de tous les habi-
tants du domaine, or ceux-ci bénéficiaient avant tout
le monde d'une disposition économique que nous trou-
vons formulée dans la règle de saint Benoit : In ipsis
antem pretiis souper aliquantulum viliits detur,
cjitam a ssecularibus daturu. Ceci n'est pas un l'ait
isolé. Nous voyons Théodoric déclarer que le prix des
subsistances sera fixé d'un commun accord par l'évèque
et par le peuple 5. Cette ingérence n'a donc dans l'espèce
que des effets heureux pour les classes agricoles et il
faut se rappeler que ce sont de véritables multitudes
qui vivent dans les domaines d'église. Le dénombrement
des biens ecclésiastiques et monastiques témoigne d'une
extension considérable. L'Église de Milan a certains de
ses revenus assis sur des terres situées en Sicile, l'Église
de Ravenne y a un patrimoine, l'Église romaine possède
des biens considérables dans toutes les provinces de
'Polyptyque de l'abbé Irminon, c. xui, 0: c. \vi, 88. —
' Ibid., c. xiv, 7. — 3 Ibut., c. I, 10. Cette redevance pouvait tou-
jours etie satisfaite par un autre que le tenancier. — *S. Benoit,
Uegula, c. LVII. — BCode Justinien, De defensoribus eivitatum,
l. I, tit. lv. — • P. Fabre, De patrimoniis romanœ Ecctesix
usque ad setatem Carolinorum, in-8*, Lille, 1892; le même,
Étude sur le Liber censuum de t Église romaine, in-8', Paris,
l'Occident, on connait l'existence de ses patrimoines
dans la Sicile, l'Apulie, la Calabre, la Campanie, le pa\s
de Ravenne, l'Istrie, la Ligurie, les Alpes Cottiennes.
la Corse, la Sardaigne, la Dalmatie, les Gaules, l'Afrique '■.
Le caractère de stabilité et d'altération insensible des
institutions ecclésiastiques se retrouve ici. Il semble
bien que le régime des terres et l'état des personnes aient
très peu changé du vie siècle au IXe, et il nous faut
constater une fois encore l'étroite ressemblance qui
existe entre le gouvernement du domaine ecclésiastique
et le gouvernement du domaine rural en général. Le
pape Grégoire Ier veut qu'une lettre qu'il écrit au recteur
du patrimoine de Sicile soit lue de temps à autre aux
ruslici assemblés afin que ceux-ci connaissent leurs
droits et soient en état de se garder des exactions des
fermiers généraux et des fonctionnaires7. Or cette dis-
position ne diffère pas, dans la préoccupation qui l'ins-
pire et le mode qu'elle adopte, de ce que nous voyons en
Afrique, au IIe siècle, où les habitants du Saltus Burita-
nus font graver sur une stèle monumentale le resciit
que l'empereur Hadrien leur avait adressé en réponse à
leur pétition. Une partie des biens des Églises était
donnée en emphythéose, mode de tenure tout à fait favo-
rable au concessionnaire, mais tous ces sujets seront
traités plus loin, nous ne nous y arrêterons donc pas \
XVII. La paroisse rurale. — « L'érection des paroisses
est, en effet, un des éléments qui ont le plus contribué
à limiter l'association agricole, le village '•'. » Aussi ne
saurait-on omettre de l'étudier en cette qualité. Si nous
lisons les anciens documents qui ont servi jusqu'ici de
fondement à nos recherches nous sommes frappes
d'un l'ait indiscutable, à savoir que les hommes de ce
temps étaient fort préoccupés par la vie future. Un
grand nombre de dispositions ne sont prises qu'en vue
du salut éternel : pro rcmedio animae meœ, disent les
vieux textes. Cette anxiété se traduisait par des legs faits
à l'Église ou aux patrons des monastères et le dénom-
brement qui est fait de ces biens nous montre l'existence
d'oratoires destinés à la satisfaction des besoins religieux
de la population du domaine. Arédius lègue, en 573. sa
part du domaine de Sisciacus; cette part aom prend
<< des maisons, une chapelle, plusieurs terres en labour,
des prairies, des forêts, des terres incultes et des i
Ions » 10. Dans un diplôme de 636, un donateur men-
tionne l'existence de trois églises dans son domaine de
l'.itriagus1 '. Ces agglomérations pourvues d'une église ne
sont pas les seules que nous connaissions. Les villagi s
dont nous avons parlé, les (ici, sont autant de petits
centres religieux, des « paroisses ». Dans Grégoire «le
Tours il en est souvent ainsi : un évoque y bâtit une
église, y installe un prêtre et chaque dimanche la po-
pulation d'alentour se rend à la s. paroisse » comme au
chef-lieu ecclésiastique. Si nous possédions les fasti s
paroissiaux de la Gaule on y verrait sans doute une or-
ganisation d'abord embryonnaire tendant à se ramifier
de plus en plus. L'institution des paroisses rurales a dû
marcher de pair avec le développement du domaine;
l'extension des cultures amenant sur des points éloignes
du (loin ai ne un groupe de cultivateurs qu'on ne pouvait, vu
la distance, convoquer facilement à la réunion religieuse
des dimanches et des jouis île fête. Dans le diocèse rie
Tours, six églises ont été bâties par saint Martin, cinq
par Briccius, quatre par Eustochius, cinq par Perpv-
luiis. et leurs successeurs continuent à morceler de plus
en plus les districts à mesure des besoins. Remarquons
d'abord cpie jusqu'au ivc siècle aucun document ri
1892. - :S» Gregorii 1 . Epistolx, 1. XIII, 34, P. L., t. lx.wi:,
col. 1825. — »C1. .lanet. Les grandes époques de Vliistoire écono-
mique jusqu'à la fin du xvr siècle, in-12, Paris, s. d.. p. 1.
— » C. Daicsle de la Ctiavanne. Histoire des classes agricoles
en France. in-S\ Paris. 1868, p. 173. — ,0 Pardessus /
mata, char ta, aliaque instrumenta ad res gaUo-franet$*c*
spectantia, n. 180, t. i, p. 137. — " Ibid., t. n, p. 42.
1013
AGRICOLES (CLASSES]
1014
vable ne mentionne les communautés rurales ni même
l'existence d'un clergé distinct du presbyterium épisco-
pal1. Au début du ive siècle nous voyons apparaître le
clergé rural. Le concile d'Arles (314) mentionne des
dictâmes urbici, ce qui donne à penser qu'il en existait
d'autres : diàcones rustici 2; un autre canon impose aux
prêtres et aux diacres établis ailleurs que dans la ville
épiscopale la stabilité dans la localité à laquelle ils sont
attachés 3. Le reste de la Gaule n'a pas encore semble-
t-il, cette organisation qui ne serait en vigueur que dans
la Narbonnaise. Dans le diocèse de Tours, les premières
églises rurales datent de saint Martin4. Les troubles
religieux qui remplirent une grande partie du IVe siècle
s'opposaient à l'extension de l'organisation ecclésias-
tique; dès le Ve siècle apparaissent en Gaule les plus
anciennes églises rurales. Ces églises apparaissent fré-
quemment dans les propriétés des grands, à l'époque
carolingienne elles seront communes. T'n canon du
IVe concile d'Orléans (541) reconnaît à tout propriétaire
le droit d'avoir une paroisse dans son domaine5. En
642, le concile de Chàlons parle comme d'une chose
commune : oratorio, per villas potentum 6.
XVIII. La juridiction domaniale. — Celle présence
du clergé sur un grand nombre de poinls du pays,
parmi le peuple qu'un sentiment de justice et de misé-
ricorde chrétienne le portait à défendre contre la ri-
gueur des hommes qui représentaient l'autorité poli-
tique et l'autorité domestique, aide à comprendre l'in-
lluence croissante et la popularité de bon aloi qu'il
posséda dans les campagnes sous les deux premières
races 7. Les tenanciers ne communiquaient avec le pro-
priétaire que par le major et ses gens; ceux-ci sont ra-
rement des hommes libres, plus souvent des colons ou
des serfs, partant animés d'un zèle plus amer que dé-
sintéressé, soucieux de se faire valoir aux dépens des
tenanciers; âpres s, méticuleux, sévères. Si pour l'esclave
la seule autorité possible était celle du propriétaire, il
en était à peu près de même, en fait, pour l'affranchi
qui avait trop à perdre de soumettre à la justice pu-
blique son litige avec le maître du domaine. Le colon
n'était pas beaucoup mieux partagé. Une loi du code
Théodosien prononce que le maître peut mettre aux
fers le colon, dès qu'il le soupçonne de vouloir quitter
le domaine 9 ; une loi du code Justinien autorise le
maître qui a repris le colon fugitif à l'enchaîner et à le
punir à son gré dans les limites que les lois lui con-
cèdent10; une loi de 412 substitue le tribunal du maître à
celui de la justice publique lorsqu'il s'agit de connaître
le ciime d'un esclave ou d'un colon11. Les législations
des Germains se taisent dès qu'elles touchent le seuil
du domaine; elles ne prévoient rien, pas même le cas des
sévices du maître contre' son esclave ou son affranchi ;
elles ne connaissent que les crimes commis entre gens dé*
domaines différents. Le domaine est évidemment sou-
mis à la juridiction privée. Le maître lait encore la po-
lice du domaine, c'est à lui de livrer le coupable à la
1 Imbart de la Tour, Les paroisses rurales du iv au xi' siècle.
in-8', Paris, 1900, p. (i. — » Concil. Arelatense, can. 18 : De dia-
conibus urbicis ut non sibi tantum prsesumant, sed honorent
presbyteris reservent, dans Mansi, Conc. ampliss. coll., t. n,
col. 475. — *Concil. Arelatense, can. 21 : De presbyteris aut dia-
conibus qui soient dimittere loca sua in guibus ordinatisunt...
placuit ut eis locis minislrent, quibus pr.vfl.nci sunt, dans Mansi,
loc. cit., t. n, col. 475. — *Sulpice Sévère, Viia Martini, xm,
P. L., t. xx, col. 167 : Vere ante Martinum pauci admodum.
imino psene nulli in illis regionibus Christi nomen recepe-
rant. — *Conc. Aureliauense, can. 33, dans Mansi, Conc. am-
pliss. coll., t. IX, col. 119 : Si quis in agro suo postulat habere
diaecesim, primum terras ei deputet sufficienter. Le canon 7
du même concile s'exprimait ainsi : Ut domini prœdiorum in
oratoriis minime contra votum episcopi peregrinos clericos
intromittant. — ° Conc. Cabillonense, can. 14, dans Mansi,
toc, cit., t. x, col. 1192. Une charte de 636 : Villam Nigromuntem
û-tm ecclesia... villam Campaniacum cum ecclesia, dansPar-
jus'Jce lorsqu'il s'agil d'un crime extra-domanial, à lui
d'exécuter la sentence sous sa propre responsabilité.
Grégoire de Tours raconte qu'Arédius confia à sa mère
l'administration de ses domaines et le soin de juger ses
serviteurs afin de pouvoir vaquer tranquillement aux
pratiques religieuses '-'.
Les affranchis d'une Église n'avaient pas d'autre juri-
diction que celle de cette Église et cela par la volonté
expresse de la loi : Tabularius et procreatio ejus tabu-
lant persistant... et non aliubi quant ad ecclesiam
nbi rela.cati sunl mallum leneant 13. Une bulle (contes-
tée) de Grégoire Ier (593)pose en principe que tous les
« manans » d'une terre donnée à Saint-Médard, n'obéi-
ront désormais, libres ou esclaves, qu'à l'église Saint-
Médard ■*, Cette multitude de juridictions privées était-
elle favorable à la félicité des hommes du domaine, on
peut le croire pour les mêmes raisons qui ont toujours
contribué à rendre toute juridiction locale plus ckrir-
voyante, mieux instruite, partant plus indulgente que la
juridiction lointaine et centralisée manquant de délica-
tesse et d'information. Un mouvement lut tenté contre
la justice domaniale à l'époque mérovingienne par ceux
qui, en possession de bénéfices judiciaires, ne souhai-
taient que d'étendre le rayon de leur activité. Il n'est
pas douteux que des abus se produisirent, auxquels des
lettres royales remédièrent par la collation des « immu-
nités15. » Voir ce mot. L'err/astulum avait changé de
nom, on l'appelait cippus, du nom de la pièce de bois
où l'on enfermait les pieds des prisonniers; ce nom fut
étendu au focal, généralement souterrain, où on les en-
fermait. Rappelons ici d'un mot seulement le code dis-
ciplinaire de la règle de saint Benoit qui témoigne de
l'existence d'une juridiction domaniale véritable dans
l'enceinte du monastère. L'indiscipline et l'absence des
offices obligatoires y sont punies par des sévices corporels.
XIX. Condition d'assujettissement des classes agri-
coles. — L'attention que nous portons à écarter de nos
recherches toute tendance polémique et apologétique ne
doit pas nous interdire de remarquer que la condition
des hommes de ce temps était bien différente de celle
que nous imaginons. Au point de vue moral on n'a au-
cun texte qui montre que l'état social de l'époque où
ils vécurent leur parût injuste ni odieux. L'inégalité des
conditions n'avait, dans leurs idées, aucun rapport avec
l'état de dépendance où ils vivaient, car, selon les idées
du temps, cette dépendance étaif toute envers la terre et
non envers l'homme qui la possédait. En effet, que cet
homme vînt à vendre sa terre, il n'était pas libre de
traiter séparément du sort de ses colons et eux-mêmes
il ne pouvait les atteindre que par la terre qu'ils culti-
vaient; un nouvel acquéreur lui succédant il cessait
d'être désormais pour ses anciens tenanciers. Ceux-ci ne
se trompaient donc pas en estimant qu'ils dépendaient
de la terre et non de l'homme et cette dépendance de la
terre, c'était, en définitive, la dépendance à l'égard des
besoins matériels journaliers, ainsi le tenancier possé-
dessus, Diplomata, n. 276; Ecclesiam et villam de Argenteria(
ibid., n. 306; Charte de 680 : Donamus... curies nostras cum
ecclesiis, ibid., n. 393 ; Charte de 694 ; Dono mansum indomi-
fticatum et ipsam ecclesiam ad ipsum mansum pertinentem,
ibid., n. 432; Testament d'Abbon : Ecclesiam proprietatis no-
strse, ibid., t. Il, p. 371. Cl. Polyptyque de Vabbè lrminon, c. u,
1; c. m, 1; c. vi, 2; c. vu, 2. 83; c. vm, 2 ; c. ix, 4, 5; c. xiv,
2 ; c. xv, 2 ; c. xvi, 2, etc. — ' B. Guérard, Mémoire sur les causes
principales de la popularité du clergé en France sous les deux
premières races, in-4", Paris, 1835. — *B. Guérard, Prolégo-
mènes au Polyptyque de. l'abbé lrminon, p. 434, croit qu'ils re-
cevaient tant pour cent sur les produits du domaine. — "('ode
Théodosien, 1. V, tit. ix, 1. — 10 Code Justinien, 1. XI, tit. lui, 1.
— » Code Théodosien, I. XVI, tit. V, 52. — l2 Grégoire de Tours,
Hist. Francorum, 1. X, c. xxix, P. L., t. lxxi, cof. 560. — ,2Lex
Ripuaria, i.vm, 1. — "Pardessus, Diplomata, n. 201. — '"Fustel
deCoulanges, L'immunité mérovingienne, dans la Revue histori-
que, 1883, et Hist. des instit. polit. Je l'anc. France, t. IV, p. 45 isq.
10J5
AGRICOLES (CLASSES)
101G
tl.iil un état stable qui assurait son existence contre sa
propre mobilité, contre son incapacité.
Fustel de Coulanges. que nous nous sommes fait un
devoir de suivre pas à pas dans une question qu'il a,
selon nous, délinitivement traitée, conclut ses recherches
par des pages que nous ne pouvons omettre de citer :
« Les hommes de nos jours, dit-il, sont d'abord portés à
croire que les charges de ces colons et de ces serfs étaient
très lourdes, et telle a été aussi notre première impres-
sion. Une étude directe et attentive des documents tait
concevoir une autre idée. Nous allons prendre quelques
exemples dans les polyptyques, et essayer de voir, par
un calcul assez lacile, ce que représentaient ces deniers
dont il est parlé, ce que valaient tons ses travaux et ces
services de corps. Les 5000 ou 6 000 chiffres que nous
donnent les polyptyques de Saint-Germain, de Saint-
Rémi, de Sithiu, de Prum, de Saint-Victor de Marseille,
nous permettent de faire ce travail ; le premier est sur-
tout important, parce qu'il nous donne à la fois l'éten-
due de chaque tenure et la série de ses redevances.
« Mais d'abord il faut observer que, parmi les rede-
vances qui sont énumérées, il en est deux que nous
devons mettre à part. C'est en premier lieu celle que
les polyptyques appellent Itoslililium ; elle n'est pas une
redevance de la tenure, elle est la représentation de ce
que l'homme devait au roi pour le service militaire.
Peut-être ne date-t-elle que de Charlemagne ou de Pépin.
Au lieu qu'à chaque guerre tous les hommes du domaine
lussent mis en réquisition, les uns pour combattre, les
autres pour fournir des vivres ou les transporter, on
avait établi une sorte d'abonnement. Le tenancier payait
chaque année, qu'il y eût guerre ou non, à son pro-
priétaire une redevance relativement modérée; puis, si
la guerre venait, le propriétaire en supportait toutes les
charges. Cette redevance annuelle variait : elle était de
deux sous pour les uns, d'un sou pour les autres. Un
troisième devait fournir dix mesures de vin. Ailleurs le
colon devait, sur trois années, un bœuf la première, un
porc la seconde, un mouton la troisième1.
« Il faut déduire en second lieu, ou du moins mettre
la redevance appelée liyneritia et jiaslio. Le propriétaire
concédait à son tenancier, outre sa lenure en champs,
vigne et pré, la permission de couper du bois dans sa
forêt pour son chauffage ou pour ses constructions, et
île l'aire pailre quelques moulons ou quelques porcs sur
ses pascua et dans ses chênaies. En échange de celte
faculté, le tenancier devait une redevance qui consistait,
tantôt à lui payer deux ou quatre deniers, tantôt enfin
à fournir un certain nombre de mesures de vin -.
« Ces réserves faites, le reste des redevances était en
réalité le prix de la tenure. Essayons de l'évaluer en va-
leur actuelle. Le calcul est relativement facile dans les
cas où la redevance consiste en argent. Voici, par exem-
ple, un colon qui lient un bonnier de terre en tabouret
un arpent de vigne; il paye pour cela six deniers. Or
le bonnier, à l'époque et dans le pays où ce pohptyque
a été écrit, ('lait une mesure agraire de 1 hectare 28ares;
l'arpent de vigne ne contenait que 12 ou 13 ares. Les
six deniers formaient un poids d'argent d'environ
7 grammes et avaient la même valeur qu'auraient de
nos jours 17 bancs. Un fermage de 17 francs n'est pas
bien lourd pour une terre de I hectare et demi '.
' Polyptyque de l'abbe Irminon, ni, 2, :<, 4, ■".. 6, etc.; îv,
2, etc.; v, 3; vu. 2G; vin, 3; îx, 9, 10,11, 12, 1">. etc. La droit
s'élève parfois jusqu'à 'i sous, i\. 9; XVI, S; Polyptyque de Saint-
Rémi de Reims, in-V, Paris, 1853, xx, 16; xxn, 9; xxvui, 2,
69; dans le Polyptyque de Sniut-Maur, & la suite du Poly-
ptyque de l'abbé Irminon, cette sort* de redevance est appâtée
< imaticum. Guéxard considère Vlustilitium comme une charge
de nature privée; il l'est devenu, cela est incontestable ; mais
nmjs nous plaçons aux vr et vir siècles, et à cette époque, ou il
était une charge publique, ou il n'existait pas. — * Polyptyque
de labbé Irminon, II, 2; m, 2; IV, 2; V, 3, 28; vi, 3: IX, 9, 153,
« Voici un manse de 13 bonniers de champs, c'est-à-
dire de 16 hectares, 6 arpents de vigne et 6 arpents de
pré. Il paye 5 sous et 4 deniers, ce qui vaudrait approxi-
mativement 180 trancs d'aujourd'hui. Cela lait un fer-
mage à 10 francs l'hectare ■'■ .
« Le nombre des inanses qui payent leur redevance
en argent est assez grand 3. Notons cet avantage qu'ils
ont. L'argent diminuera de valeur; le sou et le denier
deviendront de très petites monnaies, et leur redevance
ira ainsi diminuant de siècle en siècle jusqu'à se réduire
à rien.
« L'évaluation est plus difficile lorsque la redevance
se paye en travaux. Le colon Godebold tient un manse
de 6 bonniers de champs, une petite vigne et un petit
pré. Il s'acquitte par la façon de 3 arpents de la vigne
du propriétaire 6. Si l'on songe que ces trois arpents
ne faisaient en tout que 38 ares, et si l'on observe qu'une
vigne de cette étendue exige environ 14 journées de
travail dans l'année, on calculera que Godebold, tenan-
cier de 8 hectares de terre, s'acquitte par 14 journées
de travail. 11 ajoute, chaque année. 3 poulets et 15 œufs.
D'autre part, le colon Ebrul', dont la tenure est plus
petite, doit la façon de 8 arpents, c'est-à-dire un travail
d'une trentaine de jours ".
« Il en est qui doivent une corvée par semaine, d'au-
tres deux et même trois. Nous pouvons traduire ces
journées en somme d'argent. Nous en avons d'autant
mieux le droit que le tenancier pouvait ordinairement
remplacer ses corvées par un prix déterminé en deniers;
ou bien encore il pouvait les laire faire par d'autres
hommes qu'il payait. Or le polyptyque de Saint-Remi
nous lournit l'indication des divers prix de journée,
suivant la nature du travail. Les prix variaient depuis
un tiers de denier jusqu'à un denier. La moyenne, qui
est de deux tiers de denier, peut être exprimée en lan-
gage d'aujourd'hui par le chiffre de 1 fr. 75*. Prenons
maintenant pour exemple le colon Bodo qui t^ent
Il hectares de terre arable. 2 arpents de vigne et 7 ar-
pents de pré. Ses conditions sont qu'il doit trois jouis
jouis de travail par semaine''. Notons que trois jours
par semaine, après qu'on a retranché les semaines de
Noël et de Pâques, les nombreuses fêtes, et surtout
quand on a déduit les semaines où aucun travail agri-
cole n'est possible, ne font pas plus de cent vingt jours
dans l'année, probablement moins. Si Bodo se tait rem-
placer et qu'il paye chaque journée en un prix équiva-
lent à 1 fr. 75 d'aujourd'hui, ses trois jours de corvée
par semaine se réduisent à environ 200 francs pour une
terre de 12 hectares; et si l'on ajoute quelques autres
obligations qu'il a encore, on calcule que le fermage de
sa tenure lui revient par hectare a 2ll Iran.-.
« Une difficulté surgit de ce que le polyptyque, au lieu
'd'indiquer un nombre fixe de journées, se sert souvent
de la formule « autant de travaux (pion lui en ordonne > ,
qtumtum ei injungitur*0. Il est visible que cette for-
mule donnait lieu à l'arbitraire. Il y aurait pourtant
quelque exagération à soutenir que cette clause fût par-
ticulièrement onéreuse et lyrannique. Je prends, par
exemple, un colon nommé Vultardus, du domaine de
Notent; il tient 11 bonniers de champs, 2 arpents de
vigne, 3 arpents et demi de pré. Sa redevance fixe con-
siste Béatement en un labour de !i perches, une leaai-
158; UU. 1,39; XV, 3; XVIII, 3, etc.; Polyptyque de Saint-
Maiir. 14, 16: Polyptyque de Saint-Remi de Reims, i, 2; ix, 2;
\\. 2, xix, 2; xx, 2, etc.; Cartuloir» &e Saint-X ictor de Mar-
seille, in-V, Paris, 1857. paaaim; Ueyistre de Prum, n. 25. 15.
— 3 Polyptyque ('> Takhé hnmion. c. vu, 7t. — * Ibid., c. vu,
g, — * polyptyque de Saint-Remi- de /.' », C Mil. — 'Poly-
ptyque de l'abbé Irminnn, C. I, I . cf. C. Il, (H, 62. — " Ibid., C II,
38. — » Polyptyque de Saint-R<u,i. 6. XV, 27; c. xxn, 35
46; c. xxvi, 2. — " Polyptyque de l'ablie Irminon, c. VII, 4.
— «>lbi(i., c. m. 2; c. îv, 3; C. V, 8, 28, 59; c. vi. 3; c. vm, :t;
c xiv, 3; c. xv. :<; c. xvt, 3, 53 : c xvn. :t; e. wiu. S,
1017
AGRICOLES (CLASSES'
1018
son de I arpent, la fourniture de 3 poulets, de lô œufs
et de 100 petites voliges; mais le registre ajoute qu'il
doit « corvées, coupes d'arbres, charrois et mains-d'œu-
« vre autant qu'il lui est prescrit » '. La même clause est
dite de 34 autres colons du même domaine et île 3 serfs;
en tout 38 tenanciers qui doivent les services sur la
terre du propriétaire. Mais si nous observons que, dans
ce domaine de Nogent, la terre du propriétaire ne
contient que 81 hectares, nous calculerons aisément
qu'il n'y a pas là pour chacun des 38 tenanciers plus
de douze à quatorze jours de travail par an. C'est à quoi
se réduit cette clause si menaçante d'aspect, de corvées
à volonté.
« Quelquefois nous voyons ces travaux rachetés, et ils
le sont à très bas prix. Un lite a racheté toutes ses
mains-d'œuvre pour un sou chaque année; huit esclaves
ont racheté tous leurs charrois pour quatre deniers
chacun. Beaucoup ont racheté les travaux de la moisson,
auguslaticum, pour un ou deux deniers 2.
« Benjamin Guérard, un des grands érudits de notre
siècle, a fait le calcul de ce que payaient tous les manses
de l'abbaye de Saint-Germain. 11 est arrivé à cette con-
clusion que le manse colonaire avait une étendue
moyenne de 10 hectares et demi et payait 183 francs, ce
qui mettait le prix du fermage du colon, par hectare,
à 17 francs de notre monnaie. Le manse servile avait une
étendue moyenne de 7 hectares et demi, et ses redevan-
ces et ses services peuvent, être évalués à 162 francs:
cela mettait le prix de fermage du serf, par hectare, à
environ 22 francs d'aujourd'hui 3.
« On voittoutdesuitp que le fermier d'aujourd'hui pave
un prix beaucoup plus élevé que le tenancierdu vme siècle.
Mais il ne faut faire aucun rapprochement entre les deux
situations. La grande différence est que le fermage de ce
tenancier, que nous avons évalué en argent, se payait
surtout en services. Celte manière de s'acquitter peut
être plus commode pour le paysan, qui aime mieux prêter
ses bras qu'ouvrir sa bourse; mais elle a de bien graves
conséquences, car elle implique forcément l'obéissance
au propriétaire. Cela saute aux yeux dans les nombreux
articles où il est dit que le paysan devra autant de jour-
nées qu'on lui en commandera. Cela n'est pas moins
visible dans les autres articles. Si le colon doit la façon
de trois arpents de vigne, il appartient au propriétaire
ou à son agent d'indiquer la vigne à faire. S'il doit
deux jours par semaine, c'est le propriétaire ou son
agent qui fixe les jours; et pour chaque service il y a
une surveillance et un contrôle. La volonté du maître
apparaît ainsi à tout moment. Il faut toujours obéir et
* Polypt. d'irminon, c. VIII, 3. « De même dans la villa Busi-
niaca du Polyptyque de Stiint-Amand, nous voyons que les te-
nanciers, qui sont au nombre de 19, doivent trois journées de tra-
vail par semaine, ce qui, pris à la lettre, ferait un total de 2 280 jour-
nées; or le dominicttm ne contient que 16 bonnicrs de terre
arable, dont um tiers reste en friche. La culture de 11 bannière ou
14 hectares n'exigea jamais 2280 journées. Ce chiffre est donc
fictif. Il signifie que le propriétaire est en droit d'exiger 3 jours;
il ne signifie pas que les 3 jours soient réellement imposés au
tenancier. » — * Polyptyque de l'abbé Irmitwn, c. IX, 6,
234, 236,206; c. XII, 2. — -'B. Guérard, Prolégomènes au Poly-
ptyque de l'ahhé Irminon, p. 8'J3, 897. « On ne peut pas évaluer
de même les redevances du Polyptyque de Saint-Itemi, parce
que l'étendue des manses n'est pas indiquée, mais l'impression
générale est que ces redevances ne sont pas tort élevées. Par
exemple, le colon Teudonus est soumis à des redevances et à
des services qui, convertis en monnaie actuelle, ne feraient pas
plus de 220 francs pour tout son manse. » C. xvm, 2; cf. c. H, 2;
c. vi, 2; c. ix, 2, etc. — *Fustel de Coulanges, Hist. des instit.
polit, de l'une. France, t. iv, p. 418 sq. — B Ulpien, au Digeste,
1. L, tit. xv, 4, | 5 : In servis deferendis observandum est, ut
et nationes eorum et xtates et officia et artifteia specialiter
deferaiHur. Voyez d'ailleurs loc. cit., § 1-10, pour la manière
de rédiger les livres de cadastre, et Code Théodosien, l. IX,
tit. xui, 7, loi de 369 sur la manière de procéder a l'inventaire
des biens des proscrits. — "Lactance, De morlib. persec,
recevoir des ordres. De sorte que la redevance, qui n'est
au fond que le prix très modéré de la jouissance d'une
tenure, prend presque toujours l'aspect d'une servitude.
La caractéristique du moyen âge, en ce qui concerne les
classes inférieures, ce n'est pas l'oppression, mais c'est
la sujétion '*. »
XX. Le polyptyque de l'abbé Irminon. — Nous
avons mis souvent à profit au cours de c tte disserta-
tion un document célèbre connu sous le nom de Poly-
ptyque de l'abbé Irminon. Il y a lieu d'entrer à son sujet
dans quelque détail. Les polyptyques ont été les registres
du cens sur lesquels se trouvaient les noms des citoyens,
l'état de leurs biens et le nombre de leurs esclaves. Dès
l'époque romaine5 on y apportait une remarquable exac-
titude : Agri glebatim ntetiebantur, viles et arbores
nunxerabanlur ; anirnalia uninis generis scribebaitlur,
honnnum capila nulabantur, in civitatibus urbanse ac
rusticœ plèbes adunatse, fora omnia gregibus familia-
rum referla, unusquisque cum liberis, cum servis ade-
rant; tormenta ac verbera personabunt 6. Ces registres
avaient une valeur officielle, ils servaient à établir l'as-
siette de l'impôt7 et la répartition des charges publiques s.
« Ils continuèrent d'exister et furent à peu près consa-
crés aux mêmes usages en Espagne sous les Visigoths ,J,
en Italie sous les Ostrogoths et sous les Lombards l0, et
en France sous la première race de nos rois ". Mais le
système des impositions romaines ayant été bientôt
alioli complètement, ils ne furent plus employés qu'à
décrire les domaines des rois, des églises, des monas-
tères, des grands seigneurs ou même des riches particu-
liers. Au lieu de contenir les noms des citoyens, ils ne
continrent souvent que ceux des gens de condition
plus ou moins servile, soumis à des redevances et à des
services de corps12; ou ceux d'hommes libres chargés
de cens11. Les livres de cette espèce ont été, du moins
en partie, les registres de l'état civil des colons et des
serfs jusqu'à la lin de la dynastie carolingienne. Ils
constituaient en outre des titres de propriété14. » Les
polyptyques n'ont pas tous disparu et leur nombre
a du être assez grand puisque la rédaction en avait
été prescrite par les lois, et il n'y a pas de raison
de penser qu'on leur ait généralement désobéi sur ce
point. Pépin et Charlemagne ne se contentèrent pas
d'ordres généraux, ils imposèrent à des églises et à des
monastères déterminés la composition de leurs poly-
ptyques. Ces inventaires furent fréquents à l'époque caro-
lingienne, nous savons qu'il a existé des polyptyques
des abbayes de Saint- Vandrille13, de Saint-Riquier 1C,
de Lobbes17; également ceux des abbayes de Saint-
c. xxiii, P. L.. t. vu, col. 231. — 7 Code Théodosien, 1. XL
tit. m, 5; 1. XIII, tit. X, 8; tit. XI, 4, 10, 12. — 8 Code Théo-
dosien, 1. XI. tit. xvi, 4; Digeste, 1. L, tit. iv. — "Lex Wisigo-
thorum, 1. XII, c. u, n. 13. — 10Cassiodore, Variarurn, 1. V,
epist. xiv. xxxix; I. VII, epist. xi.v, P. L., t. lxix, col 654,
671, 730; G. Marini, / papiri diplomatici, in-fol., Roma, 1805,
p. 130, 178; S. Grégoire I", Epist., 1. IX, epist. xl; 1. XIV.
epist. xiv, P. L., t. lxxvii, col. 974, 1318. — "Grégoire de Tour-,
Hist. Francorum, 1. IX, c. xxx, P. L., t. LXXI, col. 507; Mira-
cula s. Austreyisili, episc. Bituricensis, n. 1-3, dans Bouquet,
Recueil des hist. des Gaules, in-fol., Paris, 1738, t. ni, 483, 481.
— **- Baluze, Capitularia regum Francorum, in-fol., Parisiis,
1780, t. Il, col. 188. Edict. Pist. (an. 864) : Ut MU colora, tain
fiscales quarn et ecclesiastici, qui, sicut in polypticis nontine-
tur, et ipsi non deneyant, carropera et manopera, exantiqxn
consuetudine, debent, eto. — ,3Marculfe, Formulie, I. I, c. xix,
P. L., t. lxxxvii, col. 712 : Prœcipientes ergo jubemus, ut, si
memoratus ille de caput situm bene inyenuus esse videtur, et
in poleptico publico censitusnon est, licentiam habeat comarft
capitis sut tonsorare. — "B. Guérard, Polyptyque de l'abbé
Irminon, in-4°, Paris, 1844, t. i, p. 48. — '■ Chronicon Fonta-
nellense, c. xv, dans d'Achéry, Spicilegium, in-fol., Parisiis,
1723, t. il, p. 277. — "> Hariulf, Chronicon Centulense, III, S,
P. L., t. clxxiv, col. 1257 sq. — "Chronicon Lobiense, année
SG8, dans Martène, Thésaurus anecdot., in-fol., Parisiis, 1717,
t. in. c. il. l';.'i.
1019
AGRICOLES (CLASSES)
1020
Pierre, de Saint-.Tean, de Soint-Remi, au diocèse de
Sens1; de Sainte-Glossine de Metz2; de Saint-Martin
de Tours 3. Les Églises du Mans 4, de Verberie 5, de
Notre-Dame de Verdun* ont eu également leurs poly-
ptyques. Parmi les fragments conservés, nous citerons un
papyrus publié par Marini1 concernant des possessions
dans le territoire de Padoue et ses environs; le poly-
ptyque de Saint- Vandrille 8, rédigé en l'année 727; celui
d'Altaha9, rédigé en 800; relui de Saint-Riquier, 'rédigé
en 831; celui de l'abbaye de Saint-Vincent du Mans10,
rédigé vers l'an 840; le breviarium de l'abbaye de Saint-
Bertin1', composé vers 850; le polyptyque de Saint-
Remi de Reims12; celui de l'abbaye de Sainl-Amand13,
celui de l'abbaye de Saint-Maur u, celui de l'abbaye de
Prum15 qui parait avoir été rédigé au IXe ou au Xe siècle.
Nous ne prolongerons pas cette énumération qui est
loin d'être épuisée, mais dont les documents n'appar-
tiennent plus à l'époque que nous éludions. On peut
rapprocher des polyptyques quelques chartes anciennes
qui renferment des descriptions de biens; ce sont un
diplôme attribué au roi Clovis Ier, contenant le dénom-
brement des revenus du duc Razolus16, une charte
de 765 faite par l'évêque de Metz, Chrodegang, en
faveur de l'abbaye de Gorze 17 ; un acte de 855 contenant
description des biens entrés dans une donation faite à
l'abbaye de Werden18, plusieurs autres de date plus
récente. A la limite chronologique de nos recherches
nous rencontrons le plus étendu sans contredit et le
plus ancien des polyptyques existants19; c'est celui que
l'abbé de Saint-Germain-des-Prés, Irminon, fit rédiger
au début du ix8 siècle, des domaines possédés par son
monastère, de leur étendue, des individus qui y étaient
attachés et du rendement qu'en tirait l'administration
sous le règne de Charlemagne et de son successeur'-'".
c II constate les noms et l'étendue des domaines, la
contenance et la nature des différents fonds qui les
composent, et, en général, la culture, les produits, la
condition et l'administration des terres. Il nous révèle
le sort des colons et des serfs, en nous introduisant
dans leurs cabanes, ou en nous transportant au milieu
d'eux dans leurs travaux des champs. Il nous dit com-
bien de personnes composent une famille, comment
elles se nomment, à quelle classe elles appartiennent;
il nous informe des tenures qu'elles occupent; de-,
redevances et des services qui sont à leur charge; et
nous met en état d'apprécier l'aisance de chaque ménage,
la fortune et le sort de chaque individu. D'un autre
côté, les mesures agraires et celles de capacité sont don-
nées; le prix de l'argent et celui des choses nécessaires
à la vie sont évalués; la topographie ancienne de plu-
1 Bouquet, Recueil des historiens îles Gaules, in-fol., Paris,
1738, t. vin, p. 488. — * Historia translationis sanctse Glodes-
eindse, n. xxxv, dans Acta sanct., jul. t. VI, p. 216. — *Nou-
veau traité de diplomatique, in-4", Paris, 1750, t. I, p. 428. —
4 Pollegitica , dans Actus pontifiait» Cenontanensium, c. XII,
édit. Mabillon, Vêlera analeeta, in-fol., Parisiis, 172;i, p. 264,
col. 2; Bouquet, op. cit., t. VI, p. 585. — B Diplôme de Charles
le Simple, du 25 avril 921, cité par H. Guérard, op. cit., p. 21.
note 6 — 6 Boussel, Hist. ecclés. et civile de Verdun, in-8*, Ver-
dun, preuve II, p. 2. — 'Marini, / papiri diplomatici, in-fol..
Roma, 1805, p. 203, 204. Cf. B. Guérard, op. cit., t. H, p. 921,
• Guérard, op. cit., t. H, p. 922. — » Breviarius Urolfi, abbalis
de cœnobio Allaha, dans Monumcnta Boica, in-'i", Monachii.
1763 su-, t. XI, p. 14-16. Cette abbaye porta dans la suite le nom
de Nidiralleich, district de Straubing, à l'est de Ratisbonne. —
'"Gesta Ahlrici Cenoman. episc, c. lv, dans Baluze, Miscella-
nea, in-4\ Lucrc, 1761, t. MI, p. 144. Sur les Actes des Évoques du
Mans, voir .1. Havct dans la Biblioth. de l'École des chartes, 1893-
1894,1. i.iv, p. 645-692; t. LV, p. 5-60. — "Guérard, op. cit., t. m,
p. 396-406. — "lbid., t. III, 288-292; cf. t. II, p. 923 sq. — •« Ibid..
t. Il, p. 925. U ne reste de ce polyptyque qu'un seul feuillet. —
••Imprima en entier dans B. Guérard, op. cit , t. I, p. 283-288.
Il se trouve également, sous le titre -de Polyptychus Fossaten-
sis, dans Baluze, Capitula regum Francorwn, in-fol., Parisiis,
1780, II, col. 1387-1391. Ce polyptyque parait avoir été rédigé
sieurs pays de la France est éclaircie ; enfin les rensei-
gnements qui sont mis à notre disposition, combinés
avec ceux qui se rapportent à notre état actuel, peuvent
fournir les bases de la statislique comparée d'un même
pays, à plus de mille ans d'intervalle et à deux époques
opposées de barbarie et de civilisation21. » L'interpola-
teur des Annales d'Hincmar, le seul parmi les anciens
auteurs qui ait signalé l'existence du polyptyque, parait
admirer ce vaste et méthodique travail : « Le sage abbé
Irminon, dit-il, a renfermé dans un seul écrit l'État des
revenus de toutes les terres de Saint-Germain, jusqu'à
un œuf et un poulet, jusqu'à un bardeau, et il a réglé ia
part que les moines auraient pour leur propre usage et
celle que l'abbé devait se réserver en propre ou pour
l'armée du roi 22. » Le polyptyque parait avoir été rédigé
entre les années 806 et 814. Sans doute les historiens
doivent une vive reconnaissance aux hommes laborieux
qui ont compilé les mille détails dont se compose ce
recueil, mais c'est avant tout au génie eiract de Charle-
magne que nous devins les instructions qui aboutirent
à la rédaction des polyptyques. Un modèle avait été
composé ou adopté par lui pour la description uniforme
de ses fiscs et des fiscs ecclésiastiques23. On devait,
dans chaque terre, décrire: 1° l'église qui en dépendait,
les vases, les ornements sacrés, les livres liturgiques;
2° les bâtiments, les artisans, les terres, les plantes, les
meubles, le linge, les instruments, les provisions et les
animaux de la villa; 3° les terres de colons et des serfs,
avec les redevances et les services qui leur étaient im-
posés; 4° les précaires et les autres espèces de proprié-
tés; 5° les bénéfices. Ce qui donne à ces inventaires une
valeur bien dillérente de celle qu'ils pourraient avoir à
litre de documents domestiques, c'est que, dressés solen-
nellement et contradictoiri ment par les parties intéres-
sées, ils étaient obligatoires pour toutes et pouvait faire foi
enjustice. La rédaction d'un polyptyque représente une
série de procès-verbaux rédigés par des commissaires
enquêteurs opérant surplace, interrogeant les paysans,
écrivant leurs déclarations dont la vérité était attestée par
le serment des tenanciers les plus anciens et les plus
considérés. Une fois réunis, tous ces procès-verbaux,
brrris comme on les appelait, étaient transcrits dans un
registre qui prenait le nom de polyptyque. Le procédé
ne diffère pas de celui en usage chez les Romains pour
l'établissement du cens, ce que le Digeste nomme pro-
fessiones censuales 2*. On voit que c'est ici les campa-
gnards eux-mêmes qui nous renseigneront. Il est inté-
ressant de lire dans le polyptyque des formules telles
que celles-ci. A la lin du dénombrement du domaine
de Viilemeux, on lit : lsti jurati dwwuni25, suivent
au X' siècle. — "L'original est perdu, le texte subsiste dans une
copie de Céaaira d'Heisterbach. Cf. Leibnitz, Collectanea etymo-
logica iltustrationi linguarum veteris Celtiar, GermaniCSB,
Gallicx, aliarttmque inservientia, in-18, Virceburgii, 1717,
part. If, p. 409 sq. ; J. N. de Hontlieim, Hist. Trevirensiê, 3 vol.,
Weithem, 1750, t. I, p. 661 sq. — '"Ce diplôme, fait observer Gué-
rard, op. cit., t. i, p. 24, est faux, mais ancien. — " D. Calmet,
Histoire de Lorraine, in-fol., Nancy, 1728, t. I, col. 281-283. —
"Venantius Kindlinger, Miinsterische Beitriige, t. il, p. 19-25.
Cf. B. Guérard, op. cit., t. I, p. 24. — "Le Dotncs-day-llouk e-t
postérieur de trois siècles au polyptyque d'Irminon. — "Le poly-
ptyque peut être considéré comme le témoin d'un état bien
plus ancien. Car il relaie souvent des situations particulières
dont le point de départ date d'un testament, parfois peut-être
dune donation du vr ou du VII* siècle. — "B. Guérard,
Polyptyque d'Irminon. t. i. p. 25 sq. — "Ibid., p. 26. La con-
tribution pour l'armée du roi est désignée dans chaque cha-
pitre sous le nom de ad hostem ou de hostilio. B. Guérard croit
que le partage des revenus entre l'abbé et les moines ne date
que du successeur d'Irminon, Hilduin. — " J. G. Eckhard, Com-
ment, de rébus Franc, orient., in-fol., Wirceburgi, 1T'J7, t. n,
p. 902. 910; B. Guérard, op. cit., t. n, p. 296-304 : Spetftnen
breviari rervm flacalium Caroli magni. — ** Digeste, I. IV,
tit. xviii, 16. — "B. Guérard, op. cit., c. ix, n. 294, 295, l ii,
p. Il ;
1021
AGRICOLES (CLASSES)
10'22
43 noms; à la fin de celui de Koissy en Drouais : Isti sunt
qui juraverunt1, suivent 40 noms; à la fin de celui de
Thiais : Isti juraverunt -, suivent 13 noms ; à la fin de
celui de Chavannes : Isii dixerunt jurati*, suivent
11 noms; à la fin dp celui de Cerçay, Isti juraverunt
ornnia ita vera esse*, suivent 4 noms; tons ces signa-
taires sont de conditions inférieures, colons, lides ou
serfs. Le texte d'un jugement rendu par l'épin, roi
d'Aquitaine, le mardi 9 juin 828, nous apprend que l'on
n'avait pas procédé autrement pour la description de la
terre d'Antoigné, près Chàtellerault, en 801, sous l'abbé
Alcuin : sub tempus Alcuino abbale, ipsi colora et ipsa
villa qui ad pressente adslabat, unacuni eorum parcs
cuni juramento diclaverunt, quid per singula niansa
ex ipsacurte desolvere debebanl*. Cette description de
la terre d'Antoigné fait foi pour décider sur le différend
entre l'abbé de Cormeri et ses colons; de même un
diplôme de Louis le Débonnaire, daté de l'an 832, renvoie
les parties aux polyptyques de l'Église du Mans6. Les
polyptyques, une fois rédigés, étaient tenus au courant
des mutations de propriété ou des cbangements dans
les charges imposées à la terre, ainsi qu'on peut s'en
rendre compte par les suppressions et les surcharges,
ainsi que par les passages laissés en blanc à la lin des
chapitres, qui se remarquent dans le polyptyque d'irmi-
non. Ces trop succinctes indications permettent de si'
faire une idée de l'importance des polyptyques porr
l'histoire des classes agricoles, malheureusement on n
peut songer à entreprendre à l'aide de ces admirables
documents un travail d'ensemble que rendent impossi-
ble l'aspect fragmentaire de cette classe de documents
et les lacunes des manuscrits.
Nous pouvons essayer d'obtenir une idée un peu pré-
cise de l'état des classes agricoles en recherchant quels
étaient au IXe siècle, en Gaule, la densité de la population
rurale et le nombre moyen des enfants. Se basant sur
les données fournies par le polyptyque d'Irminon,
M. Levasseur a évalué la population du domaine de
i 210 kilomètres carrés, pour lequel le polyptyque nous
donne des renseignements précis. Cette population
serait, selon lui, de 18000 habitants environ, ce qui
fournit une densité moyenne de 8, 5 habitants par kilo-
mètre carré, chiffre extrêmement faible si on le compare
à celui de la densité actuelle, qui dépasse 72 habitants
pour un espace égal. Les forêts occupant 91 pour 100 du
domaine et se trouvant à peu près inhabitées", il suit
que la population se trouvait ramenée presque entière
sur les terres cultivées, et elle s'élevait là à 72 habitants
par kilomètre carré. Il n'est pas possible toutefois de
généraliser ce cas très restreint. Les possessions de
l'abbaye de Saint-Germain ne couvraient guère plus
d'un tiers environ d'un de nos départements actuels, il
serait excessif de conclure d'après 2 210 kilomètres
carrés à une superficie de 528400 kilomètres carrés; en
outre, les possessions de l'abbaye étaient presque toutes
situées dans la Beauce ou vers cette région qui, comme
on le sait, a encore de nos jours une densité de popula-
tion beaucoup moindre que le reste de la Fiance. L'ar-
gument tiré des noms de lieux habités dont la propor-
' Polypt. d'Irminon, c. xiu, n. lit, t. u, p. 150. — * Ibid.,
c xiv, n. 89, t. Il, p. 163. — 'Ibid.. c. xxiu, n. 28, t. il,
p. 244. — 'Ibid, c. Il, n. -12, t. il, p. 281. — 5 Placilum de.
colonis villa; Antoniaci, dans B. Guérard, op. cit., t. n,
p. 345. — " Dipl. Ludovici PU, ann. 832, dans D. Bouquet,
Recueil des hist. des Gaules, in-fol , Paris, 1738, t. VI, p. 585.
-1M. d'Arbois de JubainviUe, Comptes rendus de l'Acad. des
iiiscripl., 1&88, p. 411, fait observer que « la grande étendue des
buis, relativement aux terres cultivées, n'implique pas nécessai-
rement que le sol ne pût nourrir un grand nombre d'habitants.
Autrefois, en effet, à la différence de ce qui se fait maintenant,
■ m pâturait les bois. On y nourrissait des troupeaux de porcs et
même des troupeaux de bœufs. Les terres boisées n'étaient donc
pas des terres improductives pour l'alimentation des habitants».
Guérard, Essai sur les divisions territoriales de la Gaule, in-8%
tion est beaucoup plus élevée pour l'époque qui suit la
période carolingienne et qui semblerait insinuer que les
centres de population se sont beaucoup multipliés à
partir de cette époque n'a pas une valeur absolue, car les
noms de lieu de création moderne allectent généralement
des agglomérations peu importantes, écarts, hameaux,
fermes isolées, qui comptent pour peu de chose dans
l'ensemble de la population 8. En outre, ungrand nombre
de localités ont changé leur nom, d'autres ne peuvent
laisser étudier leur vocable avant la période féodale,
c'est-à-dire avant 1060. Il semble qu'on ne saurait tirer
parti de cet argument qu'après d'innombrables recher-
ches sur la toponymie et les documents anciens qui en
fournissent les éléments, recherches qui n'ont pas
été faites. Le polyptyque d'Irminon ne comprenait
d'ailleurs ni la population urbaine, ni les gens
employés dans la maison principale et dans ses suc-
cursales, ni les enfants absents du foyer paternel. Il
est de fait que le document invoqué est le seul qui
puisse l'être, puisque le polyptyque de Marseille ne fait
pas connaître l'étendue des domaines. Il faut se réduire
dès lors à tenter la statistique sur le domaine de Saint-
Germain, sans l'étendre à la Gaule entière, et ce calcul
trop restreint n'a pas la portée générale que seule nous
devrions rechercher dans celte étude.
Un autre élément d'appréciation pourrait nous être
fourni par le nombre moyen des enfants. D'après le
polyptyque d'Irminon, le nombre des enfants vivants ne
dépasse par une moyenne de deux par famille. Ce
chiffre, qui parait très bas, se trouve confirmé en appa-
rence par le polyptyque de Saint-Remi de Reims, rédigé
vers 850 et qui donne une moyenne à peine plus élevée
que celle de Saint-Germain, tandis que le polyptyque de
l'Eglise de Marseille a une moyenne bien supérieure IJ.
Voici d'ailleurs les chiffres :
Saint-Germain-des-1'rés. . 2,5 par ménage.
Saint-Remi de Reims. . . 2,698
Marseille 3,801 -
Or il faut remarquer que le polyptyque d'Irminon ne
mentionne pas les enfants morts en bas âge et ceux qui,
parvenus à l'âge adulte, sont mariés et chefs de ménage.
On peut citer vingt-sept passages du polyptyque dans
lesquels les enfants d'un tributaire ne sont pas dénom-
brés parce qu'ils n'appartiennent pas à l'abbaye. Ceci
nous laisse voir qu'on ne peut songer à établir sur le
document en question une base statislique recevable, «et
il y a, dans le passé, et surtout dans un passé aussi
lointain, bien des choses que l'historien et mémo le sta-
tisticien sont condamnés à toujours ignort r, des pro-
blèmes qu'ils doivent se résigner à nejamais résoudre 10. »
Un des moyens les plus sûrs d'apprécier le bien-être
ou les privations d'une société c'est desavoir exactement
les prix des objets indispensables à la vie quotidienne;
mais il n'est pas aisé d'y parvenir lorsqu'une longue
suite de siècles et des révolutions sont venues effacer les
traces d'un passé que les contemporains songent neu
généralement à noter au fur et à mesure des fluctua-
tions journalières de tant de milliers de circonstances et
Paris, 1831, p. 183-185, a constaté que dans le i finage de Palai-
seau » (1004 hectares) la suri.- ri' boisée était beaucoup moindre
qu'elle ne l'est aujourd'hui, suit 32 hect. 45 au lieu de 94 hect.
54 ares. Et pour ce même « finage », il constatait la présence
d'un habitant par 65 ares au lieu d'un habitant par 67 ares comme
de nos jours. Ibid., p. 185-186. — s Comptes rendus de l'Acad.
des inscript., 1888, p. 403, 406, 409. — "Cela tient à ce que le ré-
dacteur a compris tous les enfants, morne ceux qui étaient absents
du foyer paternel. Cf. B. Guérard, Cartulaire de Saint-Victor,
in-4% Paris, 1855, p. 637, 642, 6V7. — <° Observations de M. De-
loche sur la communication de M. Levasseur, relative à la
densité de la population et au nombre moyen des enfants
dans la Gaule au ix' siècle, d'après le polyptyque de l'abbé
Irminon, dans les Comptes rendus de l'Acad. des inscr., 1888,
p. 429-4't'i.
1023
AGRICOLES (CLASSES)
1024
de faits sur lesquels nous devons baser noire calcul. Kn
des temps aussi troublés que ceux que traversa la Gaule
depuis rétablissement des barbares sur son sol jusqu'au
IXe siècle, parmi tant d'enclaves territoriales soumises à
des régimes politiques distincts et à des conditions éco-
nomiques diverses et parfois opposées, il faut se garder
de l'espoir île rencontrer l'ordre et la régularité. Dans
les temps troublés et dans le gouvernement de princes
d'une probité rudimentaire. le système monétaire cons-
titue une tentation bien puissante et sans cesse pré-
sente à des agissements qui n'apportent qu'un secours
momentané suivi d'un trouble protond et durable. L'al-
tération des monnaies fut pratiquée sous les deux pre-
mières races et cette circonstance ajoute encore aux
difficultés que nous éprouvons à ressaisir les conditions
de vie de la classe agricole.
Sous les deux premières races et jusqu'au début du
IXe siècle, les conditions économiques n'ont subi que peu
de variations par le fait du numéraire: au contraire,
avec le ixe siècle commence un régime bien dilférent
qui se traduit dans les faits par la dépréciation des
métaux précieux. C'est que, au rapport d'Éginhard, les
Francs avaient rapporté de leurs guerres contre les
Huns et les Avares, terminées en 799, une telle quantité
d'or et d'argent, que de pauvres qu'ils étaient ils se
trouvèrent riches» Celte surabondance du numéraire
occasionna dans l'empire un renchérissement subit des
denrées; nous savons que le denier en 80b' ne valait
plus que deux tiers de sa valeur de 79i, c'est-à-dire
2 fr. 35 au lieu de 3 fr. 52. Ces brusques variations du
numéraire ne sont pas sans avoir des conséquences
souvent désastreuses pour la classe agricole, avec ses
engagements, ses rendements à longue échéance el à long
terme. On se fera une idée assez exacte et étendue de
sa condition économique d'après les prix des objets
réduits en prix actuels :
/. TEMPS ANTÉRIEURS .1 VAS 755. — La loi Salique
fixe à 2250 francs le prix d'un esclave exerçant l'office
d'intendant, d'écbanson, de maréchal ou de sergent, de
même pour l'ouvrier en fer, l'orfèvre, le charron, le
charpentier, le vigneron, le porcher; de même encore
pour la femme esclave ayant nue charge dan- la terre
ou la maison du martre.
La loi des Kipuaires lixe les prix suivants pour des
animaux en bon état et aptes au travail : un bœuf,
180 francs; une vache, 90 francs; un cheval, 540 francs;
unejument, 270 francs; un faucon non dressé, 270 francs;
un faucon pour chasser la gruse, 540 francs; un faucon
dressé qui a passe' la mue, 1080 francs.
La loi des Bourguignons fixe le prix du serf tantôt
à 27001'rancs, tantôt à 2250 francs seulement ; un excel-
lent cheval, 900 francs; un cheval ordinaire, 5i0 francs;
une jument, 270 francs: un boeuf, 180 lianes; une
vache, 90 francs; un porc, 90 lianes; une brebis ou
une ruche, 90 lianes; une chèvre. 30 francs.
La loi des Visigoths estime à -.50 francs l'opération
de la cataracte, lorsqu'elle réussit. Le médecin ne peut
exiger de Son élève, pour prix de ses leçons, plus de
1 080 francs. Le salaire d'un mei cenaire est de 270 liane- ;
la pension annuelle d'un entant au-dessou9 de 10 ans,
90 francs.
La loi des Alamans lixe les prix suivants : pour un
cheval étalon et pour un cheval marach, 1080 lianes:
pour un cheval ordinaire, 540 francs; pour une jument,
270 francs; pour une jument chef de troupeau,
1080 francs; pour une jument qui nourrit, 5'i0 lianes;
pour une pouliche, 270 Iraacs; pour un taureau,
270 francs; pour une vache de première qualité,
120 francs; pour une vache de seconde qualité, 90 francs;
pour un bœuf de première qualité, 150 francs ; pour un
bœut moyen, 120 francs; pour un chien chef de meute
la composition' sera de 540 francs; celle d'un chien
courant, 270 francs; celle d'un limier, 1080 lrancs;
celle d'un bon chien de porcher, 270 francs; de même
celle d'un lévrier ou d'un chien de berger; enfin celle
d'un chien de basse-cour sera de 90 francs. Ces prix
sont d'autant plus curieux qu'on peut les comparer au
prix d'un esclave qui, au temps de Grégoire de Tours, -t
de 1080 francs, le prix d'un étalon; à la même époque
un ecclésiastique mis en vente est acheté 1800 francs
par l'évêque Etherius. Deux siècles plus tard les prix
n'ont guère changé: en 725, un esclave mâle se vend
1080 francs; en 735, une femme esclave trouve acqué-
reur à 210 francs; en 750 environ, le comte Bosoa
achète sainl Serein pour 450 francs seulement2. En 585,
pendant une famine, le modius de blé ou le deini-
niodius de vin se vendent 30 francs.
Nous avons dit déjà que le polyptyque d'Irminon r. |
sentait un état territorial antérieur au IXe siècle; en ce
qui concerne l'état économique, il ne parait pas que l'ab-
baye de Saint-Germain-des-Prés eût une mesure difléi
decelle du reste de la Gaule. D'après ce que nous appren-
nent les documents, nous avons conclu que la populati i
agricole des domaines ruraux ecclésiastiques et monas-
tiques est en général favorisée de conditions assez avan-
tageuses; le bien-être doit se trouver d'autant plus sen-
sible que les prix étant ceux du reste du pays, les tenures
colonaires et ser viles se trouvent n'avoir à luire face qu'à
des exigences moindres avec des ressources égales à
celles des colons et affranchis des domaines privés.
II. PRIX W7 POLYPTYQUE t>E L'ABBÉ ir,MI.\ù:.. — l'n
bœuf vaut 10 sons on 280 francs, mais ce prix n'est p s
invariable : nous voyons estimer 3 bœufs 1/2, 24 sous: i t
i bœufs, 30 bous. Le prix moyen du bœuf est environ
8 sous, soit 227 francs, el ce prix n'est pas très diflérei t
de ceux qui sont courants aujourd'hui. Le prix du
mouton est de 28 francs, Sauf certains cas où noi
voyons déprécier jusqu'à 9 fr. W, mais Guérard peu-.'
qu'il s'agit alors d'un jeune bélier, learUi, c'est-a-
l'agneau devenu adulte et non coupé. L'évaluation
porcs varie entre 9 fr. 40 el 18 fr. 80; on en trouve menu .
sous le nom de soalcs, à 28 francs.
La façon dune pièce de serge, sarciUs, est estimée
28 francs: celle d'une pièce de toile de lin. cam>
mesurant 8 aunes, est de 9 ûr. il».
D'après cela, essayons de nous faire une idée des po-
pulations rurales. Au point où nous les avons lais-. -
- ii- la domination romaine elles n'avaient que peu île
chose à acquérir pour atteindre cette félicité rel
que les classes moyennes et inférieures peuvent
naître el dont elles jouissent périodiquement au i
des siècles. Au contraire, l'introduction des peup -
d'outre-Rhin sur le territoire de la Gaule amené un
ni troulilc et, en me temps que la disparition
des mœurs raffinées el dissolues, l'établissement d'un
régime brutal et, somme toute, un recul de la civilisa-
tion vers la barbarie. Si ou compare l'état de la Gaule
au ni1' siècle et an vnr, on se rend compte du chemin
parcouru. A une unité que ne corrotnpail pas un exe -
de centralisation, a fait place un émiettement général et
la confusion universelle qui en est le résultat. L'œuvre
de Charleinagne révèle, par les efforts qu'elle exigea. ! i
grandeur du désordre; son peu de durée, la facilité
avec laquelle elle disparut presque sans laisser de trac s,
démontrent la profondeur de ce désordre. C'est que
comme d'autres conquérants. Cbarlemagne lit ses I
lions pacifiques avec des instruments de destruction
que son génie avait fonde, il eut fallu son génie pour
le soutenir; aussi ses institutions n'expriment qu'in-
complètement la situation éconorhique et sociale à la-
quelle elles s'appliquent.
A côté du domaine ecclésiastique nous avons le do-
1 l.a ci imposition ou wergeld est l'indemnité due pour un tort
entraînant lu mise bon d usage. — « D. Bouquet, Recueil des hisl.
des Ouults, t. v, p. 482.
1025
AGRICOLES (CLASSES)
102G
maine royal, l'un et l'autre tiennent une bonne partie
du sol et les renseignements qu'ils fournissent se com-
plètent. C'est donc la majorité de la classe agricole qui
>iit sous le régime que nous font connaître les documents
décrivant le domaine ecclésiastique et le domaine royal.
Sa condition parait assez peu différente de celle du
paysan à des époques où la sécurité publique et les
garanties individuelles sont mal assurées. Ce qui carac-
térise son état, comme nous l'avons vu, ce n'est rien
d'extrême comme l'esclavage ou la liberté avec leurs
excès, c'est la sujétion. C'est là le point commun à tous
ceux qui travaillent le sol et qui en vivent dans l'éten-
due de l'empire. Nous ne pouvions faire plus que de
signaler ce trait essentiel dont les autres dérivent sui-
vant des liaisons qui varient d'après les provinces et les
du domaine de Charlemagne. Noire texte a donc une
portée restreinte, mais il énonce une situation presque
générale. Son importance ressort d'une simple lecture,
mais il s'en faut, que tout soit clair dans le texte, comme
on le verra par les quelques explications que nous
serons contraints de donner '.
Capitulaire des terres et cours impériales -. —
Art. 1. — Nous voulons que nos terres, dont nous
avons allecté les revenus à notre profit, servent intégra-
lement à notre usage, et non à celui d'autres personnes.
2 — Qu'on ait bien soin de tous ceux qui nous appar-
tiennent et qu'ils ne soient réduits à la pauvreté par
personne.
Cette sollicitude se retrouve dans d'autres documents.
En 805. pendant une disette, le capitulaire recommande.-
VI BAS-PO N
1NAFTERN0
245. — Scènes agricoles. D'après Perret, Les catacombes de Ruine, t. v, pi. XII, n. 3.
siècles. Nous aurons occasion de rappeler ce sujet et
d'y ajouter des éclaircissements à mesure que nous
traiterons les questions qui lui sont connexes. Voir
Alleu,' Bénéfice, Coi.onat, Esclavage, Redevances.
Servitudes et ce qui a été dit de I'Affranchissement.
col. 554 sq.
XXI. Le capitulaire de Villis. — A l'époque précise
où nos recherches prennent fin, nous rencontrons un
document d'une étendue et d'une importance considéra-
Ides dans lequel se résume la situation des classes agri-
coles en Gaule, au début du IXe siècle. Il s'agit du règle-
ment improprement appelé « Capitulaire de Villis ». Les
capitulaires étaient des ordonnances d'intérêt public,
élaborées, rédigées et promulguées d'ordinaire par les
assemblées nationales; le document que nous allons
étudier est un règlement à l'usage d'un domaine parti-
culier; il est vrai que ce domaine est le domaine royal
et que les domaines ecclésiastiques et monastiques ne
se trouvaient pas dans des conditions différentes de celles
1 B. Guérai'd, Explication du capitulaire de Villis, dans la
Bibliothèque de l'École des chartes, 1853, t. xiv, p. 201. 313,
546. Pour le texte, voir Pertz, dans les Monumenta Germanise
liistorica. Leges, in-fol., Hannoverae, 1883, t. I, p. 181-187. Ba-
luze reportait la rédaction avant le 4 juin 809, Pertz et Eckhar,
la reculent en 812, Guérard adopte le sentiment de Baluze. — 2Se
DICT. D'ARCH. CIIR1.T.
de s'entr'aider et de ne pas vendre le blé trop cher3; en
mars 806, même recommandation : unusquisque de
suu bene/icio sua familia nutricare faciat, et de sua
proprietate propria familia nulriat ■'• ; mêmes prescrip-
tions en 809 \ en 813 e.
3. — Que nos intendants se gardent de mettre [ceux
qui nous appartiennent] à leur service, et de les forcer
de faire pour eux des labours par corvées, des coupes
de bois, ou toute autre espèce de travail; et qu'ils n'ac-
ceptent d'eux aucun présent, ni cheval, ni bœuf, ni vache,
ni porc, grand ou petit, ni brebis, ni agneau, ni quoi que
ce soit, excepté quelques bouteilles de vin ou d'autre
boisson, du jardinage, des fruits, des poulets et des
œufs.
4. — Si nos hommes nous ont fait tort par des vols
ou par d'autres fautes, qu'ils réparent entièrement le
dommage, et que, pour le reste de la satisfaction légale,
ils subissent la peine du fouet, à l'exception des cas
d'homicide et d'incendie qui peuvent être punis d'amen-
rappeler ce qui a été dit de la curtis au cours de la dissertation.
— 3Capitulare Theodonis Villx, communia, C. iv, dans Pertz,
op. cit., p. 132, 133. — * Capitulare alternai ad Niumagam,
c. vin, ibid., p. 145. — ^ Capitulare Aquisgranense, c. xxiv,
ibid., p. 156. — * Capitulare altenon Aquisgranense, c. xi,
ibid., p. 189.
i. - ?a
1027
AGRICOLES (CLASSES)
1028
des1. Mais pour le préjudice causé par eux à d'autres
personnes, nos intendants auront soin de rendre aux
parties lésées la justice qui leur est due d'après la loi ;
car, pour les torts commis envers nous, les coupables
246. — Semeur.
D'après Perret, Les catacombes de Rome, y v, pi. i.ii. n. 38.
encourront seulement, au lieu d'amende, la peine du
fouet, comme nous l'avons dit. Quant aux hommes libres
qui habitent dans nos lises ou dans nos terres, qu'ils
éparent, selon leurs lois, le mal qu'ils auront fait, et
que les amendes encourues par eux soient payées à no-
ire profit, soit en bétail, soit en autres valeurs.
5. — Lorsque nos intendants doivent procéder aux
travaux de nos champs, aux semailles, aux labours, à la
moisson, à la fauebaison, à la vendange, que chacun
d'eux, au temps du travail et dans chaque lien, pré-
voie et règle de quelle manière on doit opérer pour que
tout soit mené à bien...
8. — Que nos intendants prennent la charge de nos
vignes qui sont de leur ressort, qu'ils les fassent bien
cultiver; qu'ils mettent le vin dans de bons vaisseaux
avec soin à ce qu'il n'y en ait pas de perdu. Quanta
l'autre vin dont ils ont à se pourvoir au dehors, qu'ils
en lassent acheter ce qu'il faut pour l'approvisionnement
des maisons royales.
9. — Nous voulons que chaque intendant ait, pour
mesures, dans son district, des muids, des setiers (la
situle étant de 8 setiers) et des corbvs de la même con-
tenance que ceux que nous avons dans nos palais.
10. — Que nos maires, forestiers, préposés aux haras,
cellériers, doyens, péagers et tous nos autres officiers,
fassent les labours réguliers et Fixes, et payent la rede-
vance des porcs pour leurs mansesj et que. pour la
main-d'œuvre qui leur est remise, ils aient à bien rem-
plir leurs offices. Que tout maire qui aura un bénéfice
en sa possession - fasse mettre quelqu'un à sa place, de
manière que sen remplaçant s'acquitte pour lui de la
main-d'œuvre et des autres services.
Les officiers du domaine avaient principalement a veiller
à ce que les colons ne vendissent pas les terres de leur
marne pour ne garder que le logis3. Ils avaient eux-mê-
mes des tenures et nous avons dit qu'ils paraissaient avoir
reçu des gratifications proportionnées à l'importance de
leurs offices. Le major, le cellerarius, le decanus n'exer-
çaient leur autorité que sur une seule villa; et encore,
si celle-ci était trop étendue on la partageait entre plus
sieurs « maires <■ et « doyens ». 11 semble que la sur-
' Pour la discussion du texte de ce passage, cf. B. Guérard, dans
la Biblioth. de l'École des chartes, 1853, t. xt\ , p. 207 sq. —
' Voir AlleU. — *Caruli Calvi edict. pist., année 8f>i, c xxx.
dans Pertz, op. cit., t. i, p. 405, 496. — 'Sur les devoirs îles »ia-
veillance exigée d'eux dût être très active. Cf. art. 26*»
13. — Que les intendants aient bien soin des étalons,
c'est-à-dire des waraniones, et qu'ils se gardent de les
laisser longtemps dans le même pâturage, de peur qu'ils
ne le détruisent...
17. — Que chaque intendant ait autant d'hommes
employés aux abeilles pour notre service, qu'il y a de
terres dans son ressort.
Le soin des abeilles réparait dans un grand nombre
de documents. Au ix» siècle, l'abbaye de Saint-Germain
récoltait huit hectolitres de miel pour la seule mense
conventuelle ■>. La lex Bajuwariorum nous apprend
que les colons .et les serfs payaient la dîme de leurs
ruches6. Un payrus publié per Marini détaille la rede-
vance de deux colons, on y compte soixante-dix livres
de miel", La récolte comprenait le miel des ruchers et
le miel sylvestre.
18. — Que les intendants aient dans nos moulins, des
poules et des oies en proportion de l'importance des
moulins et en aussi grand nombre qu'ils pourront.
19. — Qu'ils n'aient pas moins de 400 poules et de
30 oies dans les fenils de nos terres principales, et pas
moins de 50 poules et 12 oies dans nos ménils.
21. — Que chaque intendant ait des viviers dans nos
cours, où il y en a eu précédemment; qu'il les augmente
s'il est possible et qu'il en soit établi de nouveaux où il
n'y en a pas encore eu, et où il peut y en avoir aujour-
d'hui.
Il ne s'agit ici que de réservoirs à poissons au sens
exact de noire mol vivier.
22. — Que ceux qui possèdent des vignes n'aient pas
moins de trois quatre couronnes de raisins chez eux.
Ce capitulum a fort exercé la sagacité des commen-
tateurs. Le savant Guérard nous parait l'avoir très clai-
rement élucidé. « Rappelons-nous, dit-il, que les tenan-
ciers étaient chargés de redevances et de services au
profit des maîtres de leurs tenures, et que ces derniers,
lorsqu'ils passaient ou séjournaient dans leurs terres,
jouissaient, entre autres droits, de celui d'exiger de leurs
2'iT. — l'.istorale.
D'après Roller. Les catacombes de Home, t. i. pi. 42. a. i.
hommes des vivres et d'autres objets servant à leur
table ou à leur logement. Ainsi, le roi faisait prendre
chez les habitants de ses terres, qui tenaient de lui
leurs possessions, les fruits et les autres provisions, don)
il avait besoin pour lui OU pour ses envoyés. 11 pouvait.
par conséquent, demander des raisins, non seulement
dans la saison OÙ ils mûrissent, mais encore pendant
tout le temps qu'il était possible d'en conserver. Or, en
les conservait, comme on fait encore aujourd'hui dans
les campagnes surtout, en les attachant par le pédoncule
à des peVcbes ou à des cercles de tonneau suspendus
jorea, cf. Capitulait Aquisgranense, année 81 9, c. \i\
Op. cit., t. I, p. 189. — * Polyptyque de l'abbé Irminoii. t. i.
i " /. i Bajuwari orium, i. l'i,3. Deapicibus decit
vas. — : Marini. / papiri diplomatici. in-lol., Roma, IsifV. p. 903.
10-29
AGRICOLES (CLASSES)
1030
au plancher. Ces cercles de raisins formaient des espè-
ces de couronnes, semblables à celles qu'on suspendait
dans les églises pour supporter des lampes ou des cier-
ges. Les eoronse de racemis de notre texte ne sont pas,
je crois, autre chose1. »
23. — Dans chacune de nos terres, que nos intendants
aii ni des vacheries, des porcheries, des bergeries et des
étables de chèvres et de boucs, autant qu'ils pourront
en avoir, et qu'ils n'en soient jamais dépourvus. Qu'ils
aient de plus, pour faire leur service, des vaches four-
nies par nos serfs; de manière que les vacheries et les
charrues ne soient en rien amoindries par les travaux
exécutés pour notre domaine. Qu'ils aient aussi, quand
ils seront de service pour la fourniture des viandes, des
bœufs boiteux, mais sains, et des vaches et des chevaux
non galeux, ou d'autres bestiaux non malades; et qu'ils
ne dégarnissent pas pour cela, comme nous l'avons dit,
les vacheries ou les charrues.
32. — Que chaque intendant avise aux moyens d'avoir
toujours de la semence de première qualité, soit par
achat, soit autrement.
34. — Il faut absolument veiller avec la plus grande
attention à ce que le lard, les viandes fumées, les sa-
laisons, le petit salé, le vin, le vinaigre, le vin de mûres,
le vin cuit, le garus 4, la moutarde, les fromages, le
beurre, le malt, la bière, l'hydromel, le miel, la cire, la
farine, en un mot tout ce qui s'apprête ou se (ait avec
les mains, soit apprêté et fait avec la plus grande pro-
preté.
35. — Nous voulons que l'on fasse de la graisse avec
les brebis grasses comme avec les porcs. Nous voulons,
en outre, que nos intendants n'aient pas moins de deux
bœufs gras, dans chacune de nos terres, soit pour en
faire de la graisse sur les lieux, soit pour nous être en-
voyés.
36. — Que nos bois et nos forêts soient bien gardés.
Le Breviarium de Charlemagne 2 nous permet de
prendre une idée de la quantité de bétail d'une étable
au IXe siècle. En négligeant la cinquième terre décrite,
pour laquelle plusieurs nombres ont été omis, nous
trouvons dans les quatre vacheries : 86 bœufs, 100 vaches
avec leurs veaux qu'elles allaitaient, 43 veaux d'un an,
7 taureaux. 96 jeunes taureaux ou génisses ; dans les quatre
bergeries : 467 brebis avec leurs agneaux, 472 agneaux
d'un an, 210 moutons; dans les quatre étables à chè-
vres : 123 mères avec leurs petits, 64 chevreaux d'un an ;
dans les quatre étables à boucs, 31 boucs ; dans les quatre
étables à porcs, 540 grands porcs, 320 petits et 5 verrats.
On voit par cet article que l'usage de la viande de
cheval était admise, sinon pour la table royale, du moins
pour celle des serviteurs.
25. — Que les intendants fassent annoncer le 1" sep-
tembre, s'il y aura paisson 3 ou non.
26. — Que les « inaires » n'aient pas plus de terres
dans leurs districts qu'ils n'en peuvent parcourir et
administrer dans un jour.
29. — Que chaque intendant veille à ce que ceux de
nos hommes qui ont des procès, ne soient pas dans la
nécessite de venir les poursuivre devant nous, et qu'il
ne laisse pas perdre par sa négligence les jours de ser-
vi _e qu'ils nous doivent...
1 Guérard, dans la Biblioth. de l'École des chartes, 1853, t. XIV,
p. 233. — - Ce document manque dans Baluze, Capitula ria ré-
gion Francorum, et dom Bouquet, Recueil des historiens des
Caales, il a été publié par Eckhart, Co»i»i. de rebuts Francise
S'il y a des places à défricher, qu'ils les fassent défricher
et qu'ils ne laissent pas gagner les bois sur les champs.
Que, là où il doit y avoir des bois, ils ne souffrent pas
qu'on les coupe trop, ni qu'on les gâte. Qu'ils veillent
attentivement à la garde de notre gibier dans nos forêts.
Qu'ils veillent de même aux autours et aux éperviers
réservés pour notre service. Qu'ils perçoivent diligem-
ment les cens de nos bois. Et si nos intendants, ou nos
maires, ou leurs hommes, y mettent à engraisser leurs
porcs, qu'ils soient les premiers à en payer la dime,
pour donner le bon exemple, afin qu'ensuite les autres
hommes la payent exactement.
37. — Qu'ils tiennent nos champs et nos cultures en
bon état, et qu'ils fassent garder nos prés en temps
opportun.
Il s'agit probablement de faire élever une clôture.
40. — Que chaque intendant ait toujours dans nos
terres, pour servir à leur ornement, des oiseaux singu-
liers, tels que paons, faisans, canards, pigeons, perdrix,
tourterelles.
41. — Que les bâtiments, dans nos cours, et les haies
qui les environnent soient bien entretenus, et que les
étables et les cuisines, les boulangeries et les pressoirs
soient tenus en bon état...
42. — Que, dans chacune de nos terres, la chambre
orientalis et episcopatus Virceburyensis, in-fol., Virceburgi,
1727, t. n, p. 902. — 3Voir ce que nous avons dit de la pastio. —
* Boisson dont la recette est donnée dans le ms. de la Bibl. nat.,
suppl. lat.. n. i319, fol. 229.
1031
AGRICOLES (CLASSES)
1032
soil pourvue de courtes-pointes, de coussins, d'oreillers,
de draps de lit, de tapis de table et de banquettes ; de
vaisseaux d'airain, de plomb, de fer et de bois : de che-
nets, de chaînes, de crémaillères, de doloires, de co-
gnées, de tarières, de coutelas, et de toutes les autres-
espèces d'outils, de manière qu'on ne soit jamais dans
la nécessité d'en aller chercher ou d'en emprunter au
dehors. Que chaque intendant ait soin des instruments
de guerre, pour qu'ils soient en bon état, et lorsqu'ils
reviendront de l'armée, qu'ils soient replacés dans la
chambre.
Par chambre, caméra, il faut entendre cette partie
de la maison qui servait de magasin pour le mobilier,
le garde-meuble. Le lectarium, que Guérard traduit par
courte-pointe, servait aux moines d'Aniane qui s'en cou-
vraient en hiver dans leur église pendant l'office de vi-
giles '.
43. — Que nos intendants fassent donner en temps
convenable, à nos gynécées, selon l'usage établi, les
choses nécessaires pour le travail, c'est-à-dire du lin,
delà laine, de la guède, de la teinture en vermeil, de la
garance, des peignes à laine, des chardons, du savon,
de la graisse, des vaisseaux et les autres objets dont on
a besoin aux gynécées.
La guède, waisdxint ou waisda, c'est-à-dire le pastel.
Le capitulaire de l'an 789 nous apprend quelque chose
des occupations des femmes serves dans le gynécée,
lorsqu'il détaille les travaux défendus le dimanche :
Item feminse opéra lextitia non faciant, nec capulenl
vestitos, nec consuent [pour consuant], vel acupictile
faciant; nec lanam carpere, nec linum ballare, nec
in publico veslimenla lavare, nec berbices lundere
habeant Hcitum; ut omnimodis Itonor et requit'* dici
doniinicœ servetur2.
44. — Que les intendants nous envoient chaque année,
pour notre service, les deux tiers des aliments maigres,
tant en légumes, qu'en poisson, fromage, beurre, miel,
moutarde, vinaigre, millet, panic, herbes sèches et
vertes, radis et narets, et, de plus, les deux tiers de la
cire, du savon, et des autres denrées de cette espèce...
45. — Que chaque intendant ait dans son district de
bons ouvriers savoir : des ouvriers pour le fer, pour
l'or et pour l'argent; des cordonniers, des tourneurs,
des charpentiers, des fabricants d'écus, des pécheurs,
des oiseleurs, des fabricants de savon, des hommes qui
sachent fabriquer la bière, le cidre, le poiré et toutes
les autres espèces de boissons; des boulangers qui fas-
sent de la pâtisserie pour notre table ; des ouvriers qui
sachent bien faire les rets, tant pour la (liasse que
pour la pèche et pour prendre les oiseaux, et les autres
ouvriers qu'il serait trop long d'énumérer.
46. — Qu'ils fassent bien garder nos parcs, qu'on
appelle vulgairement des breuils.
47. — Que les pressoirs de nos terres soient en bon
état. El que nos intendants veillent à ce que notre ven-
dange ne soit pas foulée avec les pieds; mais que tout se
fasse avec propreté et convenance.
49. — Que nos gynécées soient bien ordonnés, c'est-
à-dire pourvus d'habitations, de chambres à poêles et
d'escrènes; qu'ils soient entourés de bonnes haies, el
que les portes en soient solides, atin qu'on y puisse bien
faire nos ouvrages.
Les gynécées occupaient un quartier séparé : l'escrène
est une chambre, une grange, une cave, où les femmes
se réunissent en hiver pour la veillée. Il ressort de cet
article que la clôture du quartier des femmes n'était
pas à l'abri des tentatives d'effraction.
50. — Que chaque intendant voie combien on doit
placer de poulains dans la même écurie, et combien
d'hommes on peut mettre avec eux pour les soigner.
Que ces hommes, s'ils sont libres et qu'ils possèdent
«les bénéfices dans le même district, vivent de leurs
bénéfices. De même, s'ils sont liscalins et qu'ils possè-
dent des manses, qu'ils vivent de leurs manses: mais
s'ils n'ont ni bénéfices, ni manses. qu'ils soient nourris
par le domaine.
54. — Que chaque intendant veille à ce que nos
hommes fassent bien le travail qu'il a droit d'exiger
d'eux, et n'aillent pas perdre leur temps à courir les
marchés et les foires.
56. — Que chaque intendant, dans son district, tienne
de fréquentes audiences; qu'il rende la justice et veille
à ce que tous les hommes qui nous appartiennent vivent
honnêtement.
60. — Que les « maires » ne soient jamais pris parmi
249. — Un pécheur.
D'après Roller, Les catacombes de Rome, t. n, pi. lv, h. 1.
les hommes les plus considérables, mais toujours parmi
les honnêtes gens d'un état moyen.
Le paragraphe suivant présente un précieux détail
du rendement du domaine et de son administration.
62. — Que nos intendants nous adressent tous les
ans, à Noël, sur les états séparés, des comptes clairs et
méthodiques de tous nos revenus ; afin que nous puis-
sions connaître ce que nous avons et combien nous
avons de chaque chose, à savoir : le compte de nos
terres labourées avec les bœufs que nos bouviers con-
duisent, et de nos terres labourées par les possesseurs
de manses qui nous doivent le labour; le compte des
pores, des cens, des obligations et des amendes; celui
du gibier pris dans nos bois sans notre permission, et
relui des diverses compositions; celui des moulins,
des forêts, des champs, des ponts, des navires; celui des
hommes libres et celui des centaines enj igi es envers
notre fisc; celui des marchés, celui des vignes et de
eerrx qui nous doivent du vin : le compte du foin, du
bois à brûler, des torches, des planches et des autres
sortes de liois d'oeuvre; celui <Us terres incultes; celui
deslégumes, du millel et du panic. de la laine, du lin, du
chanvre; celui des fruits des arbres, des noyers, des
noisetier-, des arbres grelTés de toutes les espèces, et
1 Yilu S. Benedicti, abb. Anian., n. 12. dans Acta M
0. S. B. saec. vcned. n; pars 1, p. 19". — ' Capitulare <
siast. Aquisgranenst, c. r.xxx. dans Pertz, toc. cit., t. t. |
1033
AGRICOLES (CLASSES;
1034
des jardins; celui des navets; celui des viviers, celui des
cuirs, des peaux et des cornes d'animaux; celui du miel,
de la cire, de la graisse, du suif et du savon ; du vin des
mûres, du vin cuit, de l'hydromel, du vinaigre, de la
bière, du vin nouveau et du vin vieux; du blé nouveau
et du blé ancien; celui des poules et des oeufs; celui
des oies: les comptes des pêcheurs, des ouvriers en
métaux, des fabricants d'écus et des cordonniers; celui
des huches et des boites; celui des tourneurs et des
selliers; celui des forges, celui des mines de fer, de
plomb et des autresmines; celui des lribulaires, et celui
des poulains et des pouliches.
(i.'i. — Que les poissons de nos viviers soient vendus,
et que d'autres soient mis à la place...
UT. — Si nos intendants manquent de tenanciers
les choux-raves, les choux, les oignons, les appétits, les
poireaux, les raves et radis, les échalotes, les ciboules,
les aulx, la garance, les chardons à bonnetier, les fèves
des marais, les pois, la coriandre, le cerfeuil, les épur-(
ges, l'orvale. Que le jardinier ait en sa maison de la
joubarbe '. Quant aux arbres, nous voulons que nos in-
tendants aient des pommiers de diverses espèces, des
poiriers de diverses espèces, des pruniers de diverses
espèces, des sorbiers, des néfliers, des châtaigniers, des
pêchers de diverses espèces, des coignassiers, des aveli-
niers, des amandiers, des mûriers, des lauriers, des
pins, des figuiers, des noyers, des cerisiers de diverses
espèces. Noms des pommes : gozmaringa- , geroldinga.
crevedella, spiranca, les unes douces, les autres aigres,
toutes de garde; et celles qu'on mange aussitôt cueillies,
250. — Travaux des champs- : les quatre saisons.
D'après Roller, Les catacombes de Rome, t. n, pi. lxxiv, n. C.
pour les manscs disponibles et de places pour les
serfs nouvellement achetés, qu'ils nous en donnent
avis.
68. — Nous voulons que tous nos intendants aient
toujours de bonnes barriques cerclées de fer, toutes
prêtes à être envoyées à l'armée et au palais. Quant
aux outres de cuir qu'ils n'en lassent pas fabriquer.
70. — Nous voulons qu'ils aient dans les jardins des
planU - de toutes espèces, savoir : le lis, les roses, le
fénu grec, la menthe-coq, la sauge, la rue, l'aurone, les
concombres, les citrouilles, les calebasses et artichauts
d'Espagne, le haricot, le cumin officinal, le romarin, le
carvi, le pois chiche, la scille, le glaïeul, la serpentaire,
l'anis, les coloquintes, l'héliotrope, le méum d'atha-
mante, le séseli de Marseille, les laitues, la patte d'arai-
gnée, la roquette, le cresson alénois, la bardane, le
pouliot, le maceron commun, le persil, le céleri, la
livëche, la sabine, l'anelh, le fenouil doux, les chicorées,
le dictame de Crèle, la moutarde, la sarriette, la menthe
aquatique, la menthe des jardins, la menthe à feuilles
rondes, la tanaisie, i'herbe-aux-chats, la petite centau-
rée, le pavot des jardins, les bettes, le cabaret, les gui-
mauves, les mauves en arbre, les mauves, les carottes,
les panais, l'arroche des jardins, les amarantes blettes,
4 On peut ajouter deux autres plantes mentionnées dans le Bre-
varium; l'aigremoine, la bétoine. — 2I1 est impossible de déter-
miner aujourd'hui cette espèce de poire ainsi que les trois sui-
vantes. — 3 L. Perret, Les catacombes de Rome, in-fol., Paris,
et qui sont hâtives. Poires de garde de trois ou quatre
espèces, douces, à cuire (?), ou tardives.
FIN DU CAPITULAIRE ROYAL
XXII. Monuments figurés. — Parmi les monuments
anciens du christianisme on ne trouve que peu de repré-
sentations de la vie et des occupations de l'agriculteur.
Cependant nous pouvons rappeler les graffites d'un
inarbre conservé au Musée épigraphique chrétien du
Latran, sur lequel on lit ces mots : VIBAS'PONTIA-IN-
AETERNO (classe xiv, n. 7). Aux deux extrémités de
cette plaque de marbre on voit le Bon Pasteur et Daniel
parmi les lions; au centre Adam et Eve. Aux côtés de ce
dernier groupe, on reconnaît deux scènes intéressantes;
dans l'une un homme travaille la terre, dans l'autre une
femme assise devant une maisonnette file du lin. Le
symbolisme est si clair qu'il est inutile de s'y arrêter, et
bien que l'intention de l'artiste n'ait aucunement été de
représenter des personnes de la campagne, mais seule-
ment la punition d'Adam et d'Eve après le péché, nous
pouvons voir ici une représentation aussi rare qu'an-
cienne de la vie rurale 3 (lig. 245).
Roller a cru pouvoir expliquer le sujet placé à côté du
Bon Pasteur d'une interprétation du songe de Pharaon,
1852, t. v, pi. xii, n. 3. Cf. Séroux d'Agincourt, Histoire de l'art
par les monuments, in-fol. , Paris, 1823; Sculpture, pi. vu, ûg. 5;
Mai, Scriptor. veterum nova collectio, in-4', Romae, 1831, U V
pi. 1, fig. 1, p. XXXII. *
1035
AGRICOLES (CLASSES) — AIGLE
1036
mais on ne connaît aucune autre représentation de ce
songe et la conjecture semble avoir dès lors trop de part
à cette explication1. Nous ne pouvons trouver dans les
monuments ligures que des types isolés, mais cette cir-
constance, si elle n'ajoute rien à leur intérêt artistique,
est le plus souvent la garantie d'une exactitude plus
rigoureuse. Un marbre des catacombes nous fait voir un
cultivateur occupé à jeter la semence (fig. 246). Cette
représentation est extrêmement fruste, mais on peut en
conclure, ainsi que de plusieurs autres que nous donnons
ici, à l'emploi de quelques détails d'habillement sur les-
quels nous aurons à revenir. Si minimes qu'ils soient, les
détails ne sont pas à négliger. C'est ainsi que les types les
mieux consacrés par le symbolisme peuvent nous valoir
des indications utiles. Un sarcophage ancien nous mon-
tre un Bon Pasteur portant sa brebis sur les épaules,
mais non à la manière ordinaire, cette brebis n'est
qu'un petit agneau et il l'a installé dans son cucullus,
ce qui peut nous donner une idée des dimensions de ce
vêtement conservé par les instituts monastiques, mais
généralement retaillé et réduit de ses anciennes dimen-
sions. Grâce aux très nombreux spécimens du Bon Pas-
teur qu'un art plus ou moins habile nous a conservés
dans presque tous les pays, il serait aisé de reconstituer
pendant une assez longue période, du ne siècle au
vie environ, l'accoutrement de la c'asse des bergers. Par-
fois nous assistons à une petite pastorale. Un sarcophage
nous montre un berger qui trait ses brebis, tandis que
son compagnon bàtonne le chien2 (fig. 2171.
Cette représentation du pasteur occupé à traire les
brebis n'est pas rare 3, elle est d'autant plus intéressante
que ce type du Christ, quoique en apparence si peu re-
connaissable, est néanmoins bien réellement voulu par
les artisans. Un sarcophage du Latran nous montre Jé-
sus Bon Pasteur parmi les apôtres : or, tandis que ceux-
ci portent solennellement la tunique, Jésus qu'ils accla-
ment et vers lequel ils se dirigent ne porte qu'un
simple vêtement de berger, le birrus ou la pœnula '• .
Les scènes champêtres occupent toute la partie anté-
rieure d'un sarcophage conservé au Latran et d'un tra-
vail médiocre, mais qui a dû appartenir à un défunt
riche, puisqu'il l'avait fait dorer (fig. 248).
On y voit des bœufs attelés à la charrue, des hommes
remuant le sol avec la pioche, un berger devant sa
maison, occupé à traire une brebis que tient son cama-
rade, des béliers jouent, des brebis paissent. Il semble
qu'il y ait un contraste voulu entre les scènes de labou-
rage et de travail pénible de la partie droite du sarco-
phage et les scènes de repos de la partie gauche. Peut-
être cette intention se rapporte-t-elle à la vie présente
et à ses labeurs que suivent la félicité de la vie future et le
rassasiement de l'âme en Dieu. Nous trouvons encore
l'image d'un pécheur •> (fig. 249) et une fresque qui, sous
prétexte de figurer les quatre saisons, nous montre des
ouvriers employés aux travaux des champs à différentes
saisons de l'année (fig. 250). Ils entourent le Mon Pas-
teur, mais l'intention symbolique n'altère pas la valeur
documentaire de la fresque6. Signalons encore une in-
scription mentionnant la profession d'agriculteur que
nous avons donnée dans nos Monumenta Ecclesise lilnr-
gica, t. i, u. 2853. Voir Métiers. H. LECLERCO..
1. AIGLE, às.xo;, image dessinée, au moyen âge, sur le
pavé des églises grecques, à l'endroit où avait lieu d'ordi-
naire l'ordination des évèques. On y voyait représentés
1 T. Roller, Les catacombes de Hume, in-lol., Paris, 1881.
t. I, pi. X, n. 7. - -liai., t. I, pi. XLII, n. 4. — 3 Ibid., t. 1,
pi. xlii, n. 3, 4, 7. — i Ibid., t. i, pi. xx.ni, n. 2. — s/bi</., t n,
pi. lv, n. 1. - " lbid., t. n, pi. i.xxiv, n. 6; Bosio, Roma soter-
ranea, in-fol., r.oina, 1632, p, 228. — 1 P. G., t. ci.v, col. 408. —
'Glussarium medix et infirme grxcitatis, p. 30. — 9 k;;
ti ntja, édit. Rome, 1873, p. il'; édit. Venise, -1851, p. 169
'• Dictionnaire grec-français des' noms liturgiques, p. 3. —
trois fleuves baignant une ville, ei;, planant au-dessus,
un aigle aux ailes illuminées des rayons du soleil. Les
fleuves, suivant Syméon de Thessalonique7, signifiaient
la science que doit posséder l'évèque; la ville lui rappelait
sa cité épiscopale sur laquelle il doit toujours avoir les
yeux; l'aigle aux ailes lumineuses symbolisait la grâce,
l'élévation de sentiments, la sublimité de la science theo-
logique qui doivent orner son âme.
Ce dessin était quelquefois gravé sur le pavé, mais le
plus souvent, il était seulement tracé à la chaux d'une
façon provisoire. Les serviteurs chargés du soin de l'église,
dit Bémétrius Gemistus, diacre de Sainte-Sophie, cité
par Du Cangg8, portaient, avant la messe d'ordination,
l'estrade qui soutient le siège du patriarche, au fond du
vaô;, devant les portes royales, ou même dans le narthex.
De chaque côté, ils disposaient les trônes des évêques qui
prenaient part à la solennité ; puis le maître des cérémo-
nies dessinait sur le pavé l'itérât; en ayant soin de tour-
ner la tête de l'aigle du côté du trône patriarcal. Il pla-
çait, avant de se retirer, des gardiens pour empêcher les
fidèles de fouler l'emblème sacré. Au moment de l'ordina-
tion, le nouvel élu, tenant en ses mains les libelles de la foi
orthodoxe, était conduit par son clergé jusqu'à la queue
de l'aigle; là il récitait le symbole de Nicée. Ses clercs le
faisaient ensuite avancer jusqu'au milieu de l'aigle où il
lisait une très longue exposition de foi sur les hypostases
de la Trinité. Enfin il était conduit jusqu'à la tète de
l'aigle et lisait le troisième libelle renfermant une pro-
fession de foi très détaillée sur le dogme de l'Incarnation 9.
Dans la suite, on trouva plus pratique d'exécuter tout
ce dessin d'une façon plus durable sur papier ou sur
bois; puis enfin l'aigle devint ce qu'il est aujourd'hui :
un petit tapis rond sur lequel sont représentés unt' ville
et un aigle aux ailes lumineuses. Les trois fleuves ont
cessé d'y figurer. Les Grecs s'en servent comme autrefois
aux ordinations épiscopales : mais au lieu de le placer près
des portes royales, ils le mettent devant les portes saintes.
En Russie, ce tapis est d'un usage beaucoup plus fréquent :
l'évèque l'a sous les pieds toutes les fois qu'il officie.
Suivant L. Clugnet10, on désigne aussi sous le nom
d'aigle une plaque de marine portant l'image d'un aigle
à deux tètes, Btxé<pceXoç. Fixée dans le pavé du chœur,
cette plaque servait à marquer l'endroit où devail s'élever
le trône de l'empereur". B. Menthov
2. AIGLE. Le roi des oiseaux avait, dans l'antiquité
classique, sa place marquée dans la mythologie et, en
conséquence, sur les monuments de l'art. Il était l'attri-
but de Jupiter; il apparaît dans la consécration et l'apo-
théose des empereurs défunts qu'il porteauciel. Déplus,
nous le rencontrons sur le revers de plusieurs mon-
naies antiques et il était, comme on sait, l'insigne de la
légion romaine. Les qualités et les attributions spéciales
de cet oiseau lui ont donné sa place dans le lan
allégorique de l'Écriture sainte, .i les Pères de 11 glise,
dans leurs commentaires sur ces passages, ont attribué à
l'aigle différentes significations symboliques. C'esl ainsi,
par exemple, que saint Maxime de Turin, se rappelant le
verset 5 du psaume en : renovabilur utaquiles iuvantui
Ina, cite l'aigle comme image du néophyte dont la rie » été
renouvelée dans le baptême '-. Saint Amlnoise s'exprime
delà même façon13. Se basant sur ces textes et d'autres
passages analogues, plusieurs archéologues ont voulu
attribuer une signification symbolique dans cet ordre
d'idées à quelques monuments de l'antiquité chrétienne14.
11 Cf. P. Bernardakle, Les ornements liturgiques chez les Grecs,
dans les Échos d'Orient, t. v rl890), p. 137. — '• Ifaximus Tam\,
Homil., i.ix, /'. /.., t. i.vn. col. 360. — " Arabros., De Jacob et
cita beata, I. 1, c. ni; De mysteriis, o. vm, P. /.., t. wi,
col. 420 "Garrucol, Storia deir arte cristiana, tn-l >'., l'rato,
ts7.;. i. i. p. 243-244; Uarttgny, Dictionnaire juUéa
ait. Aigle, 2" <?d., 1877, p. 33 ; Muni, dans Reâl-En-
cyclop&die der christl. Alterthitmer, art. Ailler, t. i. |
1037
AIGLE
AINOI
1038
Ils ont eu tort. Aucune îles images, rares d'ailleurs,
de l'aigle sur les différentes espèces de" monuments
chrétiens que nous connaissons jusqu'ici ne présente
un caractère symbolique1. Les oiseaux, dans lesquels
on veut reconnaître des aigles, représentés dans une
crypte de la catacombe de Saint-Calixtè à Rome - et
sur des mosaïques de Capoue et de Valence 3, n'ont
qu'un but purement décoratif. Sur une épitaphe du
musée lapidaire de Lyon, de Boissieu a voulu voir des
aigles, dont l'image contiendrait une allusion au nom
du défunt qu'il supplée (Ai/ni) L1VS4; tout ceci est
très douteux, car il est impossible de déterminer
d'une façon si précise le caractère des deux oiseaux
qui figurent au bas de celle épitaphe. La ligure, cette
fois incontestable, d'un aigle sur une pixide en ivoire
trouvée à Carthage n'a aucun cachet symbolique;
De Rossi n'y voit qu'un ornement indifférent3. Par
contre, le grand archéologue romain voudrait attribuer
une signification allégorique aux ligures d'aigles repré-
centés sur plusieurs sarcophages du midi de la Gaule6.
Nous trouvons le même sujet sur des sarcophages ro-
mains conservés au musée du Latran. On y voit le
monogramme du Christ )f^ entouré d'une couronne de
laurier, laquelle parait suspendue au bec d'un aigle
aux ailes déployées ; la couronne est posée sur une grande
croix accostée de deux soldats gardiens du sépulcre de
Notre-Seigneur. Toute la scène est une image symbo-
lique du triomphe du Christ et du christianisme. Cepen-
dant je doute que l'aigle ici encore représente une idée
allégorique". En effet, les sculpteurs chrétiens rempla-
çaient parfois les arcs qui réunissent les colonnes des
colonnades, dont ils ornaient si souvent les sarcophages,
par des conques ou par le corps d'un aigle aux ailes dé-
ployées. Le magnifique sarcophage de Junius Bassus
conservé dans les souterrains de Saint-Pierre à Rome
nous montre cette disposition 8. Nous voyons la même
décoration sur plusieurs mosaïques de Ravenne, au-
dessus de figures d'apôtres ou de saints9. Or, il devait
paraître bien naturel aux sculpteurs chrétiens de repré-
senter, dans la scène décrite plus haut, la couronne de
laurier suspendue à un objet; et, pour cela, la tête
d'aigle dont on faisait l'usage que nous venons de dire,
leur offrit la solution la plus facile. Nous y voyons donc
un motif purement artistique.
Une dernière catégorie de monuments sur lesquels
figure le roi des oiseaux est formée par plusieurs bulles
ou sceaux en plomb de fonctionnaires de l'Église ro-
maine. Le revers de plusieurs bulles de ce genre montre
en effet l'image d'un aigle, sans que l'on* puisse y atta-
cher une signification symbolique religieuse10. On peut
y voir plutôt une réminiscence de l'aigle comme symbole
de Rome.
La seule figure vraiment allégorique de l'aigle reste
donc le symbole de l'évangéliste saint Jean, dont il sera
question dans un autre article.
Les Barbares avaient adopté le symbole de l'aigle et
en ont fait grand usage dans les phalerœ pectorales,
sortes de plaques de métal ouvragé qui se portaient sur
la poitrine comme ornement, comme distinction mili-
1 Voir Wilpert, Zeitschrift fur kathol. Théologie, Innsbruck,
1888, p. "160. — s De Rossi, Roma sotterranea, t. i, pi. xvi. —
*Garrucci, Storia, t. iv, pi. cci.xxvu, p. 95. — *Le Blant, Ins-
criptions chrétiennes de la Gaule, t. i, p. 158. — BDe Rossi,
Bullettino, 1891, p. 47-54. — 6 Le Blant, Sarcophages chrétiens
de la Gaule, p. 86, 87, 109, 113, 151, 153. — ' De Rossi, Bullettino,
1891, p. 54; Kraus, Geschichte der christlichen Kunst, t. I, p. 110.
— *De Waal, Der Sarkophag des Jmiius Bassus, Rom, 1900,
pi. i-ii, partie inférieure. — " Kurth, Die Mosaiken der cliristl.
Aéra. 1. 1 : Die Wandmosaiken von Ravenna, Leipzig, 1902,
p. 48, 116 sq., 219, 231. — ,0 Kirsch. Altehristliche Bteisiegel,
dans Rômisclie Quartalschrift, 1892, p. 325, n. 17 du musée
de Naples. D'autres exemples dans Ficoroni, / piombi antichi,
pi. vi, 7; xiv, 5; xv, 4, 5; De Rossi, Fibula d'oru aquili/orme,
taire, parfois même comme harnais de luxe pour les
chevaux. Les Barbares empruntèrent les phalerœ aux
Byzantins. Outre les aigles trouvées à Cas tel prèsde Va-
lence d'Agcn et conservées au musée de Cluny (n. 3479),
il faut signaler l'aigle d'or du trésor trouvé à Petroja
(Petreosa), Valachie, et qu'on a cru avoir rait partie du
trésor d'Athanaric, roi des Visigoths. mort en 381. <<, Les
nations sorties de Germanie, écrit Ch. de Linas, à quel-
que race qu'elles appartinssent, semblent avoir eu pour
les oiseaux isolés ou accouplés une prédilection égale à
celle que les Celtes portaient au cheval. Deux têtes d'ai-
gles opposées ornaient le pommeau d'épée et la bourse
de Childéric, les fermoirs d'Euvermeu offrent la même
terminaison; enfin, parmi les nombreuses épingles et
fibules rassemblées par les soins de MM. Cochet et Bar-
dot, sur dix de ces bijoux sur lesquels figurent des ani-
maux, huit au moins présentent des aigles ou des cor-
beaux n. » J.-P. Kirsch.
AONOI, ATvot. On appelle aïvoi les trois psaumes
cxlviii, cxlxix, CL, qui se chantent vers la fin de l'office
de l'aurore, opOpoç, avant la doxologie 12. Le nom vient,
ditGoar18, du mot a'ivEîxe fréquemment répété dans ces
psaumes, ou encore de ce que le premier commence
par aïvEÏTS : c'est ainsi que les rubriques désignent sous
le nom de Kûpis, âxixpaËa, l'ensemble des quatre psaumes
cxl, CXLI, cxxix, cxvi, à vêpres, dont le premier seul
commence par ces mots.
Les trois derniers psaumes du psautier faisant égale-
ment partie des laudes malutinœ de l'Eglise romaine,
on peut en conclure que leur emploi à cette place remonte
à une haute antiquité. On les trouve en ellet signalés déjà
sous le nom d'aïvot dans un récit u qui est probablement
de Jean Mosch, c'esl-à-dire du VIIe siècle15.
Les dimanches et fêles, les alvot sont précédés de ces
versets : IIâ<ja ■revo)) a'r/eo-ixio xbv •/.jpcov aîveïxs xbv x-jptov
sx Ttôv oùpavûv, oÙvô'.te ocjxbv ê; xo;; ûiJ/(«TTOtq* go\ irpÉ7cei
ûp.voç tu 8îù). Les dimanches seulement, ils sont suivis
des deux versets : 'AvâoTïjÔt, •/.■jpic, 6 Qeo; jjlou, û^aiôr^a)
T) -/ecp (jou, (J.T) È7u).<x0y; xàJv ■Kivrfîuiv rsu-j s!ç xD.oç, cf. Ps. IX,
33; 'Eijo[Ao),oY7|<Tou.at trot, v.'jpis, Èv 8).ï] xapotï jaou,
6tïiYf,(io(;.ai nâvxa ?& 6a'ju.â<riâ <*ou. Ps. ix, 2. Le troisième
psaume est toujours suivi de la doxologie 16.
Dimanches et fêtes, on intercale entre les derniers
versets des scïvoi un certain nombre de tropaires, n-.'.yr^à.
T<ov aïvwv; l'usage est déjà signalé dans le récit de Jean
Mosch. Les dimanches, ces slichères sont au nombre de
huit, les quatre premiers sur la résurrection du Christ,
ou àvaa-xàTijj-a, les quatre autres appelés àvaro).txtz.
Voir ce mot. A la doxologie qui suit les alvoi, on dit
ri<o8ivbv du dimanche11 et le théotokion 'ï'nepEvÀoXri-
aÉvo dira pjr sic 18. Les autres jours de fêtes, il n'y a que
quatre stichères, six si on compte ceux de la doxolo-
gie. Si une fête coïncide avec le dimanche, le typikon
indique la manière dont doivent se combiner les deux
offices 19.
Pour abréger, les chantres se contentent souvent, au
moins à Constantinople, de chanter le Ilàira 7xvoy) et le
premier verset du Ps. cxlviii : de là ils passent immé-
dans Bull, délia commissione archeol. comunale di Roma, 1894,
p. 158-163; A. de Waal, Fibulœ in Adlerform aus der Zeit der
Volkerwanderung, dans Romische Quartalschrift, 1899. t. xui,
p. 324, pi. xi. — »• Ch. de Linas, Orfèvrerie mérovingienne. Les
œuvres de saint Éloi et la verroterie cloisonnée, in-8% Paris,
1864, p. 119 sq. — « 'apaJifyov, Rome, 1876, p. 55. — '3 Encliolo-
gium, Paris, 16V7, p. 57. Voir Sophocles, Greek le.cicon, Boston,
1870, au mot «-.o:, et Clugnet, Dictionnaire grec-français des
noms liturgiques, Paris, 1895. au mot ïf6po« (quelques inexacti-
tudes dans les deux). — " Pitra, Juris ecclesiast. Grmcorum
histor..et monum., Rome, 1864, t. I, p. 220. — <SE. Bouvy,
Poètes et mélodes, Nimes, 1880, p. 243. — '• 'fifoMfiov, p. 56. —
» Q«f«xii)-«xVi, Rome, 1885, p. 706 sq. — '• *Q(oMr'»v< P- 5& —
••Tuitaoy, Constantinople, 1888, p. 24-27.
1039
AINOI — AIX-LA-CHAPELLE
1040
diatement aux versets qui seront accompagnés de
sticlières.
En dehors des dimanches et fêtes, les alvot ne sont
plus chantés, mais simplement lus par le prêtre qui
préside au chœur. S. Pétridès.
AIX (manuscrits LITURGIQUES). La bibliothè-
que de la ville d'Aix ne possède pas de manuscrits
liturgiques anciens, mais elle possède le très intéressant
missel de l'église Saint-Sauveur d'Aix, connu sous le
nom de « missel de Murri » '. On y lit à la page 829 :
Explicit ordo missalis secundum cousue tudinem sancle
Aqucnsis ecclesie. Quod missale scriptum fuit per vie
Jacobum Murri, clericum beneficiatum, sub anno
Domini MCCCCXIII et die ultima niensis aprilis. Ce
livre est magnifiquement enluminé; il a été décrit d'une
manière étendue, au point de vue des particularités
liturgiques qu'il renferme, dans le Catalogue général
des manuscrits des bibliolltèques publiques de France,
t. XVI, Aix, par Albanès (1894), p. 6-11. L'époque tar-
dive de la rédaction de ce missel rend les formules
liturgiques qui s'y rencontrent étrangères à nos re-
cherches.
7. Evangeliarium, ms. du Xe siècle, sur vélin, de
286 pages et primitivement de 140 feuillets, mesurant
322 sur 230 millim. —P. 21. Table des évangiles qui se
lisent à la messe, à chaque jour et à chaque fête, avec
Vincipit et le desinit. — Dans les anciens feuillets de
ganle on lit : p. 3. un acte de consécration de l'< j
Saint-Sauveur, en 1103; une consécration de l'autel de
la Résurrection, en 1110; p. 282 : Oralio posl manda-
tum. H. ^ECl frcq.
AIX-LA-CHAPELLE. - Comme résidence deChar-
lemagne et capitale pendant un temps de l'empire caro-
lingien, celle ville (Aquis, Aquis-Granuni) jouit d'une
grande importance. Charlemagne y fit construire la
célèbre chapelle palatine, copiée sur l'église byzantine
de Saint-Vital de Ravenne. imitation maladroite, qui
n'avait même pas le mérite de la fidélité2 (fig. 251
et 252).
Il se tint à Aix-la-Chapelle sous Charlemagne et son
successeur plusieurs synodes. Nous laissons de côté les
questions canoniques ou purement théologiques qui y
furent traitées, ou lus questions de politique religieuse
qui ne sont pas non plus de notre domaine. Nous ne
parlerons pas davantage de quelques règlements ecclé-
siastiques qui n"ont pas grande valeur pour l'histoire de
la discipline on de la liturgie11. Enfin aux mois : Capi-
tulaires, Chanoines, Moines, Moniales, nous aurons
l'occasion de traiter dans leur ensemble les prescriptions
qui ont quelque importance pour notre sujet. Il nous
reste à parler dans cet article du fameux synode de
l'an 817 qui se tint sous Louis le Débonnaire in domo
Aquisgrani palatii qusc ad Lateranis dicitur, et qui,
sous l'impulsion de saint Benoit d'Aniane, inaugura
une législation monastique plus sévère el plus uni-
forme4.
Le concile décrète d'abord que lovs les moines de
l'empire suivront la règle et la liturgie bénédictine
(can. 3). Depuis sa promulgation au Mont-Cassin vers le
commencement de VIe siècle, la règle de saint Benoit
avait peu à peu gagné du terrain dans les monastères
occidentaux, en Italie, en Gaule, en Allemagne, en An-
■N. 11 du Catalogue général îles manuscrits, < If. de Rivières,
Un calendrier liturgique de l'hôtel de ville d'AIbi et un ca-
lendrier de Rabastens, dans le Huit, de la Soc. arch. du midi
de la France, 1898, p. 148-154 : le même, Deux calendriers
liturgiques de l'église cathédrale d'AIbi, dans le recueil cité,
1896, p. 70-82. — 'Enlart, Manuel d'archéologie française, in-8",
1902, t. i. Architecture religieuse, p. 153, 154, 164. Cf. Dehio et
Bezold, Die kirchl. BaukufUt des Abendlandes, in-8\ Stuttgart,
181)2, t. I, p. 15;> ; Palaat Kapelle zu Aaclien, et dans l'Atlas
gleterre, même en Espagne; elle s'était imposée de plus
en plus, rejetant au second plan les autres législations
monastiques.
Elle donnait à l'institution cénobitique son unité. Les
251. — Chapelle palatine d'Aix-la-Chapelle.
D'après Enlart, Manuel d'archéologie, t. i. p. 164.
Carolingiens, notamment Charlemagne, avaient aidé à ce
mouvement vers l'uniformité; saint Benoit d'Aniane et
le concile d'Aix-la-Chapelle inauguraient bien moins
un ordre de choses, qu'ils ne confirmaient ce qui exis-
tait déjà et, comme l'explique Mabillon, le canon avait
surtout pour but de faire observer toutes les prescriptions
d'une règle déjà universellement adoptée, et, au besoin,
de les compléter. A partir de ce moment jusque vers le
xi° siècle, on peut dire que le nom d se confond
avec celui de bénédictins, tous les moines d'Occident,
presque sans exception, suivant la règle de saint Benoit6.
Voir Bénédictins, Moines.
Un canon, Le 69°, ajoute à l'heure de prime l'office
qui suit au chapitre, avec lecture du matyrologe, de la
règle ou des homélies. L'heure déprime, au moins telle
qu'elle esl entendue en Occident, est d'origine toute
monastique. Après la psalmodie, on se rendait au cha-
pitre, on y donnait les avis, on y faisait parfois une ins-
truction; on plaça d'ordinaire à ce moment la lecture
de la règle, on lisait aussi le martyrologe, le nom des
bienfaiteurs dé< rologe), on distribuait le travail
manuel pour la journée. Cet appendice de prim.
impose ensuite aux chanoines et même à tout le clergé
séculier. Il porte dans la liturgie romaine la trace de sa
folio, pi. 40, p. 13; Ch. Hùbsch. Monuments de tare!
ture chrét. depuis Constantin jusqu'à Charlemagne. trad.
Gueiber, in-fol., Paris, 1866, pi. xi ix. 1-4. — 3 Hartzheim
cil. Germ., Cologne. 1759, t. I et il; Binterim, Deutsche Conci-
lien, t. Il, p. 359 sq. : Mansi. Concilia, t. \m et xiv. - » Mansi,
Concilia, t. xiv. p. 148 sq.; Hefele, Hist. des conciles, trad.
Delarr. t. \. p. 218 sq - 'Mabillon, Prsefation.es et dis-
sertntiones, in-i\ Tridenti. 1724. p. 25 sq.. 2<>9, 216, sur-
tout 220.
4041
AIX-LA-CHAPELLE
AKHMÎN
1042
destination primitive, prière du travail manuel, opéra
manuum nostrarum dirige super nos, verset de
lecture martyrologique, Pretiosa in conspectu Do-
mini, etc. '.
L'usage n'étant pas encore établi de conférer le sacer-
doce à tous les moines, les canons 48e et 62e règlent
certaines questions au sujet des bénédictions. Celle qui
suit complies est réservée au prêtre; l'abbé, le prieur ou
le doyen, même s'ils ne sont pas prêtres, peuvent donner
à l'office toutes les autres bénédictions.
Les prêtres (du monastère) peuvent seuls aussi donner
les eulogies aux frères au réfectoire (can. 68). Ce terme,
l'office des défunts, canon 50". On suporime l'invita-
toire et le gloria à cet office. Ces allusions à l'office
des morts ont aussi leur importance. Voir Office des
morts.
Tous ces règlements liturgiques nous indiquent une
étape dans l'histoire des heures canoniales et de la for-
mation du bréviaire.
Le canon 33e maintient la vieille coutume liturgique
du lavement des pieds pour le carême et pour le jeudi
saint.
Enfin le 45" canon, qui concerne les écoles monastiques,
prescrit la création d'une seule école dans le monastère
252. — Chapelle palatine d'Aix-ta-Ghapelle, Coupe longitudinale. D'après Enlart, Manuel d'archéologie, t. I, p. 153.
qui a été employé avec des sens différents dans l'anti-
quité (voir Eulogies), désigne ici les pains ou les
gâteaux bénits durant la messe.
On voit par ce règlement et le précédent, qu'on
avait été obligé sur quelques points de préciser les.
dispositions que saint lienoit avait prises dans sa règle
au sujet des prêtres et de la place qu'ils devaient
tenir dans le monastère (Régula Sancti Benedicti,
C L1V] '-'.
L'addition du temps de la septuagésime au carême
qui était assez récente préoccupait les esprits, comme
on le voit par la correspondance de Charlemagne et
d'Alcuin. Voir Alcuin, col. 1089. Le canon 30e ordonne
de suspendre le chant de l' Alléluia dès la septuagésime,
ce qui rattachait plus étroitement ce temps au carême
et lui donnait une même couleur liturgique. Voir Sep-
II M.: MME.
On prescrit des psaumes spéciaux à réciter pour les
défunts et pour les bienfaiteurs, ce qui est l'origine de
' Cf. dom S. Baiimer, Gesch. des Breviers, p. 253, 261 sq. —
-Matiillon, Pr&fatio in sseculum m beiœdictinum, toc. cit.,
p. 121,122.
pour les oblali. Il y avait eu souvent auparavant deux
écoles, la schola interna pour les moines et la scliola
externa pour les gens de l'extérieur. Voyez Écoles
MONASTIQUES, ÛBLATS. W. HENRY.
AKHiVISN. — I. La nécropole. II. Les tapisseries.
III. Les menus objets.
I. La nécropole. — Akhmîn, ville de la Haute-Egypte,
située sur les bords du Nil, a fourni dans les dernières
années du xix« siècle des documents et des monuments
dont il y a lieu de parler ici.
« Jamais cimetière antique, écrit M. Maspero, ne
mérita mieux que celui d Akhmîn le nom de nécropole :
c'est vraiment une ville dont les habitants se comptent'
par milliers, et se lèvent tour à tour à notre appel sans
que le nombre paraisse en diminuer depuis quinze mois.
J'ai exploré la colline sur une longueur de trois kilomètres
au moins, et partout je l'ai trouvée remplie de restes
humains. Non seulement elle est percée de puits et de
chambres, mais toutes les fissures naturelles, toutes les
failles du calcaire ont été utilisées pour y déposer les
cadavres. Les puits sont d'ordinaire assez protonds.
Quelques-uns descendent à quinze ou vingt mètres et
1043
AKlIMiN
lo44
ont plusieurs étages: tel d'entre eux a huit ou dix petites
chambres superposées et dans chaque chambre une
douzaine de cercueils. On est tenté de croire au premier
abord que sont là des sépultures de famille, mais il
n'en est rien. Les noms, les titres, les généalogies ins-
crites sur les couvercles indiquent presque autant de
familles diverses qu'il y a de momies, et les générations
successives d'une même race sonl disséminées à travers
de plus en plus anciennes, une de la vi« dynastie, plu-
sieurs de la xvmc et même du règne des rois hérétiques,
celles-ci violées dès l'antiquité et changées en véritables
charniers. Les habitants d'Akhmîn, comme ceux de
258. - Tapisserie co|jte.
D'après Gerspach, Les tapisseries cuptes, pi. i.
les quartiers différents. Les grottes surtout ont l'aspect
de fosses communes. Les simples momies, emmaillotées
mais sans cercueil, sont empilées sur le sol par lits ré-
guliers, comme le bois dans les chantiers. Par-dessus,
on a entassé jusqu'au plafond les momies à cartonnage
et à gaine de bois : tous les objets qui leur apparte-
naient sont jetés au hasard dans 1 épaisseurdes conclu is,
tabourets, chevets, souliers, boites à parfum, vases à
collyre, et, pour ne rien perdre de l'espace, on a enfoncé
de force les derniers cercueils entre le plafond et la
masse accumulée, sans s'inquiéter de savoir si on les
endommageait ou non. Les premières momies décou-
vertes en face d'Kl-Hawawish étaient d'époque grecque,
et je pensai d'abord que la nécropole entière était des
bas temps. Mais au fur el à mesure que le champ des
fouilles s'élargissait nous avons rencontré des tombes
254. — Tapisserie copte, Colombe?
D'après Gerspach, Les tapisseries captes, n. 62.
Thèbes, ne se faisaient aucun scrupule de déposséder les
momies d'autrefois et les familles éteintes pour s'empa-
rer de leurs tombeaux. La plupart des chambres ont dû
changer dix fois de maître avant de recevoir ceux que
nous y trouvons aujourd'hui. En résumé, la partie que
nous avons explorée aujourd'hui était plutôt un cime-
tière de petites gens, bourgeois aisés, prêtres de rang
pte.
D'après ! ■" tber-und Texiilfunde
Achmim-Panopolis, pi. VI, n. 8.
secondaire, gens de métier. L'entassement des corps et
le peu de soin avec lequel ils ont été traités ne s'expli-
queraient pas aisément si les documents contemporains
ne nous fournissaient pas les renseignements les plus
précis sur la manière dont l'entretien et le culte des
morts étaient réglés. Les riches seuls avaient le prit
d'occuper une chambre isolée el de s'assurer par des
fondations pieuses les prières d'un prêtre spécial; le»
1045
AKHMÎN
10 iG
gens de fortune et de classe moyennes confiaient les
momies de leurs parents à des entrepreneurs, aftiliés au
sacerdoce, qui les logeaient dans les magasins, et
moyennant une rente annuelle, ou une somme payée
une fois pour toutes, se chargeaient de veiller à leur
conservation et de c lébrer pour elles les cérémonies
canoniques aux jours fixés par la loi religieuse. Ces
magasins constituaient une propriété qu'on pouvait
acheter ou vendre comme la propriété ordinaire : il
fallait seulement joindre à l'acte de vente la liste nomi-
native des momies actuellement présentes et dont cha-
cune représentait pour les parties une valeur plus ou
moins bonne, selon le rang, les conditions du contrat
passé avec les familles, la position de ces familles même.
Celles-ci en effet finissaient par changer de résidence ou
par s'éteindre, ou se iaiiguaient de payer une rente
qui, à partir du Ve siècle, devint la croyance de la
presque totalité de la nation copte. Quoi qu'il eu soit de
l'orthodoxie des individus, les nombreux débris qui
nous sont parvenus de leur civilisation offrent un sujet
d'étude dont nous ne ferons que signaler ici les prin-
cipaux aspects 2.
II. Les tapisseries. — Le» Coptes ont été probable-
ment les premiers chrétiens de la vallée du Nil, ils for-
maient un groupe ethnique sur l'origine duquel on
n'est pas absolument fixé, mais on doit constater leur
activité et leur habileté. Strabon les a signalés pour
leur adresse comme tisserands, ils ne nous paraissent
pas aussi remarquables dans les autres industries dont
les produits sont arrivés jusqu'à nous; rien n'empêche
de croire cependant qu'à une époque où les arts perdaient
partout de leur ancienne perfection, les Coptes aient pu
257. — Tapisserie copte. D'après Gerspach, Les tapisseries coptes, n. 108.
pouf des ancêtres qu'elles n'avaient jamais connus ; les
magasins s'encombraient sans cesse de corps nouveaux,
les vieilles momies étaient reléguées à l'arrière-plan,
puis devenaient gênantes. On les emportait alors, pour
les enterrer définitivement dans quelque coin, et là
encore le plus ou moins d'égards qu'on leur témoignait
était proportionné à leur fortune. Les riches descen-
daient dans les puits et avaient une place à elles dans
une chambre particulière; les pauvres allaient à la
tombe commune, et comme le terrain était aussi pré-
cieux dans ces cimetières qu'il l'est dans lès nôtres, on
les empilait les uns sur les autres sans crainte de les
briser * . »
Païens et chrétiens sont les uns sur les autres et il
n'est pas possible de dire avec certitude, pour un grand
nombre d'objets dont le symbolisme ou la destination
ne révèle pas clairement l'origine, à qui ils ont appar-
tenu. En outre, parmi ces momies, un grand nombre
nous représentent des hommes qui appartinrent aux
sectes hérétiques, particulièrement à l'eutychianisme
1 G. Maspero, Report on his latest Excavations in Egijpt,
dans The Academy, 1885, n. 693, p. 109. — ! L'attitude des
squelettes trouvés à Akhmîn et dans quelques autres localités de
la Haute-Egypte, ainsi que plusieurs pièces du mobilier funéraire
ont été décrites et comparées avec les plus anciennes sépultures
trouvées en Europe. Cf. R. Fdrrer, Uber Stciuzeit-Hockergrdber
tu Achmim, Naqada, etc., in Ober Aegypten und ïtber curo-
se trouver à la tète de la civilisation en Egypte jusque
vers le xi« siècle de notre ère.
Les hypogées d'Akhmin nous ont apporté des monu-
ments entièrement nouveaux pour l'histoire de la tapis-
serie. Jusqu'à leur exploration, l'archéologie assignait à
l'ancienne tapisserie connue et conservée par frag-
ments dans quelques musées, la date du xie siècle3.
Cependant M. Stephani trouva en Crimée une série de
tissus dont quelques-uns parurent remonter au IVe siècle
avant notre ère. Beaucoup plus avant dans le passé on
pouvait montrer sur les peintures de l'hypogée de Beni-
Ilassan-el-Gadim, environ 3000 ans avant notre ère, un
métier à tisser dont les organes essentiels étaient sem-
blables à ceux du métier actuel des Gobelins; mais la
nécropole d'Akhmin permet d'étudier les origines de la
tapisserie avec une profusion de monuments que l'on ne
pouvait espérer. « Les plus anciens et les plus nombreux
tombeaux renfermant des tapisseries sont du IIe ou du
IIIe siècle après Jésus-Christ; les plus récents paraissent
être du vine ou du IXe; le musée des Gobelins possède
pdische parallelfunde , in-S\ Strasburg, 1901. Pour les noms
des momies : Wilh. Spiegelberg, Aegyptische und griechische
Eigennamen aus Mumieneliketten der romiachen Kaiser-
zeit ; auf Grund von grossenteils unverrôffentlichen Mate-
rial gesammett und erlâutert, in-8\ Leipzig, 1901. — 3 C'est
la tapisserie provenant de l'église de Saint-Géréon, de Co-
logne.
1047
AKIIMÎN
4048
une pièce dont la trame est en soie sans mélange. Ce
morceau est postérieur au vme siècle, époque où la soie
apparaît pour la première tois clans les tapisseries
égyptiennes. On peut donc admettre que les tapisseries
coptes recueillies jusqu'à ce jour sont du IIe au ixG siècle
de notre ère; rien dans la comparaison des styles et les
rapprochements ne s'oppose à ces limites ». » La décou-
verte des tapisseries d'Akhmîn doit modifier l'opinion que
l'on s'était faite d'après les textes sur la nature des
tissus employés par la cour d'Orient. On s'accordait
258. :
P'après Forrer, Die frùhchrisllichen AlterthiXmer,
pi. in, n. 5.
généralement à interpréter ces textes dans le sens d'él
brochées ou brodées. Nous savions que Constantin
portait en cérémonie une tunique de tissu d'or avec des
Heurs tissées. L'empereur t lia tien fit don à Ausone d'une
tunique dans laquelle était M^sé le portrait de Constan-
tin. Enfin nous lisons dans un sermon de saint Astère
d'Amasée : « Dès qu'on eut inventé l'art aussi vain
qu'inutile du tissage qui, rivalisant avec la peinture, sait
'M. Gerspach, Les ta) in-4*, Paris, '1890, p. 2.
Cet ouvrage contient lê:f reproductions. Ni>hs croyons utile de
donner in quelques détails techniques, t. os huisseries coptes pré-
sentent nombre d'analogies avec les tapisseries des Gobelins. Elles
ont été fabriquées sur des métiers placés dans le sens vertical, mais
dont le cadre était assez étroit; certains indices feraient croire
que l'ouvrier était installé devant la chaîne et non derrière, ce
qui est le cas du tapissier an Pour la chaîne, on em-
ployait le lit le lin écru; cependant on trouve, mais exceptionnelle-
ment, la chaîne en laine teintée. La trame est en laine, rarement
en laine et en lin ; dans un cas elle est en soie. La finesse du tissu
diffère suivant l'écartement donné aux fils de la chaîne. Aux Go-
belins on travaille avec 9 et 10 lils au centimètre, dans les tapisse-
ries coptes les chaînes sont de 18, 12, 11, 9, 8 ou 6 fils au centi-
mètre. Les tapisseries faisaient partie du tissu même. On remarque
divers artifices d'un usage constant dans la fabrication moderne
tels que relais, o est-à-dire des solutions de continuité, et Hures,
c'est-à-dire croisement de fils de trame. L'une des caractéristiques
consiste en des dessins très fins tracés en lin écru sur des fonds
de couleur brune uu pourpre. Ces dessins sont produits au moyen
d'une broche volante que le tapissier faisait sauter d'un point à
■n autre, dans le sens de la chaîne ; aujourd'hui on n'emploie
rendre dans les étoffes, par la combinaison de la chaîne
et de la trame, les figures de tous les animaux, ils ache-
tèrent avec empressement, tant pour eux que pour leurs
femmes et leurs enfants, des habillements couverts de
fleurs et offrant des images d'une variété infinie... On y
voit des lions, des panthères, des ours, des taureaux,
des chiens, des forêts, des rochers, des chasses, en un
mot tout ce que le travail du peintre peut produire
-- Pyxide en l"is.
D'après Forrer, Die frûhchristlichen Allerlhùmer,
pi. xi, n. 6.
pour imiter la nature... Les pî n3 pi< us de ces hommes
opulents empruntent les objets aux évangiles -. »
Le style est quelquefois original; mais il se rattache
souvent à la décoration romaine et à l'art oriental.
Ouelques morceaux sont d'une facture excellente et
montrent l'influence de l'antiquité. Le fragment que
nous donnons ici n'est malheureusement pas assez dé-
veloppé pour permettre de ressaisir l'ensemble de la
plus les ressauts. « Les tapisseries égyptiennes et celles des
Gobelins, écrit M. Gerspach, résultent d'un travail tellement
identique, sauf pour quelques détails secondaires, que j'ai pu,
sans difficulté, faire reproduire des copies par les élèves de notre
école de tapisserie [aux Gobelins], » Ibid., p. 8. Pour la tech-
nique, voir R. Forrer, Die Gràber-und Texiilfunde von Achmtn
Panopolis, in-V, Strassburg, 1891, pi. xi. xii. La planche xi
cuntient des reproductions très instructives pour mentrerla pf -
lection à laquelle les tapissiers d'Akhmîn de l'époque romaii i
étaient parvenus. Cf. Fr. Bock, Wegweiser durch die levantint
che Ausstellung, in-8°, Kôtn, 1885; \ Essenwein, Mittheilung.
des germon. Nat.-Museum, in-V. Munich, 1892, t. il, p. £ ;
A. Ricgl. Die agi,, Mfande des k. bsterr. UuseutA,
in-8\ W'ien, 1889; R. Forrer, Versitch einer Classification der
anlik-koptischen Texiilfunde, in-ï\ Strassburg, 1889; Kr. Bock,
Die textilcn Byssus-Reliquien des chrisllichen Abcndlandes,
aufbewahrt in den Kirchen tu K6ln, Aachen, CornelimUnster,
Main: mal Prag.. in-8% Aad -a. R. Forrer, Ma
Textilien von Achmim und ihr \ tu den Kata
benmalereien, dans Die fruhehristlichen Attertfcumer aus
dent Gr&berfelde von Achmim-Panopotis, in-4', Strassburg,
1893, p. 21.
Dict. d' Archéologie.
LETOUZEY et ANE, Editeurs.
TAPISSERIE D'AKHMIN,(IVE SIÈCLE)
d'après K.I,'()KRKI\,Die Graeber-und Textilfunde von Achmim, pi. XVI.
1049
AKHMiN
1050
composition tel qu'il est, on peut toutefois le rapprocher
de la fresque du plafond de la capella greca dans les
catacombes1 (lig. 253). L'attitude n'est pas sans analogie
et les enroulements de pampre sont un des motifs les
plus appréciés de la symbolique chrétienne primitive.
La tapisserie "est à deux couleurs, les clairs sont en
jaune pâle, les parties foncées en brun. Nous ne pré-
tendons pas sur un si faible indice attribuer à l'art des
chrétiens ce beau fragment, mais il n'en a pas moins
d'intérêt à nos yeux, car il est possible que le carton
emprunté à quelque vase ou à une mosaïque soit d'in-
spiration chrétienne. Le recueil de M, Gerspach contient
des sujets tels que ceux-ci : Centaure jouant de la ci-
thare (pi. 2), Persée délivrant Andromède (pi. 3), que
nous ne voyons pas de raison d'attribuer à un atelier
chrétien. Les tapisseries polychromes forment une sé-
rie de date postérieure, mais ici encore il semble que
l'art de la tapisserie à Akhmin soit en relation avec
des pièces fabriquées à une époque moins reculée
peut-être, mais d'origine différent^ par exemple, une
figure de femme représentée en buste (pi. 83) semble
du IVe siècle par comparaison avec le style des tapisse-
ries de Dionysios et d'Ariande de la collection Graf, à
Vienne.
Dans cette série le dessin est assez médiocre, le motif
ornemental est bien supérieur au modèle vivant, qui
témoigne d'une inhabileté déplorable. Les animaux sont
dans des postures d'une ignorance inouïe, l'idée de
l'équilibre a disparu, quant à l'anatomie il n'en est plus
question. Le seul objet qui présente un dessin satisfai-
sant et témoigne d'une observation attentive de la na-
ture est un oiseau grapillant quelques graines. Est-ce
un sujet chrétien, une colombe? Peut-être (fig. 253).
D'autres sujets confirment ce que nous observons gé-
néralement partout au Ve siècle. L'unique manière de
représenter le modèle vivant devient le profil, dût-il en
résulter la dislocation du personnage (pi. 75, 76).
Nous ne voudrions pas cependant enlever aux tapis-
siers d'Akhmin quelque chose de la réputation légitime
due à leur talent. Un recueil tiré à petit nombre d'exem-
plaires et qui n'a pas été mis dans le commerce1 nous
permet de porter sur les artistes qui composèrent cer-
taines pièces à l'époque romaine le jugement le plus
favorable. Des gladiateurs 2, une amazone3, un génie4,
sont d'excellents morceaux ; une frise composée de bustes
isolés chacun dans une volute rappelle certains plafonds
en mosaïque du baptistère de Sainte-Constance, à
Rome5.
Un fragment nous offre un dessin intéressant pour
l'histoire du symbolisme. Deux agneaux broutent les
basses branches d'un arbre dans lequel sont perchées
des colombes (fig. 255).
Un portrait entouré d'une auréole et qui, au jugement
de R. Forrer6, pourrait être celui de Constantin est du
plus grand intérêt (fig. 256). Il appartient à la première
période de l'art byzantin et nous donne la meilleure idée
de l'art du portraitiste chez les tapissiers d'Akhmin. On
peut rapprocher de ce portrait la mention de celui que
l'empereur Gratien offrit à Ausone 7.
La période suivante marque un rapide progrès vers
la décadence. « Jusqu'ici le dessin est clair et lisible ,
maintenant nous arrivons à une suite inférieure, les
lignes se compliquent et les formes deviennent épaisses ;
c'est Dieu le Père, ce sont des saints nimbés, disposés
en compartiments ou en médaillons comme dans les mo-
1 R. Forrer, Die Gràber-und Textilfunde von Achmim-
Panopolis, in-4% Strassburg, 1891. — - Ibid., pi. Il, n. 2. —
3Ibid., pi. Il, n. 3. — * Ibid-, pi. II, n. 1. — 5 Ibid., pi. u, n. 5.
— ° Ibid., pi. xvi, p. 8 ; le même, Ueber antike Portraits aus
der rômischen Kaiserzeit, dans Antiquitàten Zeitschrift,
Strassburg, n. 30-31. — 'R. Foirer, Die Grâber, p. 24 : Die
Farben weisen in Verbindung mit der noch vorzùglichen Mo-
dellirung auf die frithbyzaiitinische Zeit, und dùrflen wir
saïques de Ravenne du vi« siècle 8. » La ligure humaine
devient difforme, les yeux envahissent la face, cepen-
dant quelques gestes (pi.- 111), le dessin des mains
(pi. 109, 110) montrent un souci d'observation. A me-
sure qu'on avance, il semble que le corps se décom-
pose, les animaux aboutissent très vite au grotesque
(pi. 113), puis au fantastique (pi. 152) dans lequel l'œil
semble subsister comme le dernier vestige ; la flore
est devenue conventionnelle, seul l'ornement garde
quelque intérêt. « Il y a lieu de signaler le soin que les
Coptes mettent dans les bordures et les entourages.
Postes courantes, rinceaux, torsades, fleurons, entrelacs,
dentelures, boucles, ondes, pampres, cellules, fers de
200.
Momie de Lazare.
D'après Forrer, Die frûhchristlichen A Uerthumer,
pi. xin, fig. 19.
lance, créneaux, chevrons, pierres précieuses, spirales,
enroulements, etc., sont partout très justement appro-
priés, comme dessin, couleur et importance, au sujet
qu'ils doivent accompagner; on remarque la préoccupa-
tion presque constante de produire un effet, en posant
la frise extérieure dans un sens opposé à celui du motif
principal (pi. 68, 121, 123). Cette habile disposition
donne à l'objet un aspect solide, détaché et élégant; on
remarque aussi que pour rester dans le parti adopté,
en longueur par exemple, les Coptes, n'hésitent pas à
renverser un sujet, alors que le sujet voisin est figuré
debout9. » La presque totalité des tapisseries que nous
possédons appartient à des costumes civils ou religieux.
Les vêtements en'usage pour le culte étaient extrêmement
somptueux, mais leur art se ressent de l'époque plus ou
moins tardive de la fabrication. On peut donner cette
destination au fragment dans lequel l'artisan a repré-
senté Dieu nimbé de l'auréole crucifère et accosté de A
et 00 que par suite d'une erreur l'on avait transformé
en A A (fig. 257).
•
kaurn fehl gehen, indem wir das wunderbare Gobelinbild
dem v. Iahrhundert zuweisen. Bemerkenswerth ist die Ueber-
einstimmung, welche sich zwischen diesem gewobenen anti-
ken Portrait und den gemalden Grafschen Mumienbilduissen
derselben Zeit beobachten lâsst. Hier wie dort sehen wir das
Portrait en face und die Augen mit derselben, fur dièse Dilder
so cliaracteristischen dunkeln Gluth dargeslellt. — • M. Gers-
pach, op. cit., p. 4. — » Ibid-, p. 5.
4051
AKHMÎN
1052
III. Les menus objets. — L'époque qui se trouve re-
présentée parle plus grand nombre de monuments dans
la nécropole d'Akhmîn comprend les IVe, Ve, VIe et
vir siècles. Nous mentionnerons rapidement plusieurs
classes d'objets qui font le sujet de dissertations spéciales
dans le dictionnaire. Des ampoules dites de Saint-Ménas,
261. — Tapisserie co] te.
D'après Ferrer, Die frùhclvristlichen Alterthi'imer,
]>1. xiv, n. 9.
des lampes offrant une grande quantité de types fami-
liers à la symbolique chrétienne; : le poisson, le chan-
delier à sept branches, le navire, l'ancre, la colombe.
Nous serions tenté de voir un aigle i dans la lampe repro-
duite ici (fig. 25$). On rencontre aussi la croix nionogram-
ma tique couverte de gemmes et la colombe, cette fois
dans des lampes en bronze affectant la forme même de
l'animal. Parmi les bulles de bronze l'une représentant
les apôtres, une autre saint Georges, le monogramme
et les inscriptions sont fréquents. Lin des objets les plus
modestes est une pyxide en bois, petit cylindre sur
lequel on a fait apparaître en relief une croix Qanquée
des lettres A et CO. Il nous semble tout à fait improba-
ble qu un récipient si humble de matière et si médio-
cre de travail ait servi à enfermer l'eucharistie, mais
nous croyons que l'on a pu y déposer des relie "pie*. 1 fig, 259 ,
Quoiqu'il en soit de l'attribution de ce petit objet, son
antiquité peut le faire remonter au v et même au
iv" siècle, il est possible que sa destination soi! mieux
connue par suite de nouvelles touilles. Deux peignes li-
turgiques, dont l'un est curieux par son symbolisme. Un
Me-, côtés représenté Daniel entre deux lions, au revers
une réplique du sujet précèdent montre Suzanne entre
i\i'u\ animaux. Ce paigne peut remonter au iv« ou au
Ve siècle. 11 faudrait peut-être ranger, parmi les amu-
lettes un symbole funéraire d'une signification très
claire, c'est la momie de Lazare (li^. 260). On comprend
aisément que l'idée d'ensevelir les fidèles avec ce petit
simulacre soit venue en Egypte et la pensée qui inspi-
rait celte démarche était assurément inspirée par la foi
à la parole de Jésus-Christ : Resurget frater tuus. Dans
le même ordre de préoccupations on avait adopté l'an-
cre-', la palme, le navire, le poisson.» saint Georges
1 R. Ferrer, Die frùhclirisilichrn AUerthUmer nus de>» d'à-
berfeldc von Achmtn-Panopolis, in-'r, Strassburg, 1893, pi. m,
n. 5. Un type analogue se trouve pi. xm, n. 13, et pi. xvm, n. 1, un
aigle perché sur lo dos d'un loup. — t Ibid., p. 17. — 3R. Fôrrer,
Rmiiischc und byzantinisehe Seideintextitien duc <ic»i Gràber-
felde von Achrnim, p. 23, pi. v. Bg. 8-9; cf. le même, Die fri<i>-
christHchen AUsrthwner, p. 20 sq., lig. 16. — 'M. Gerspacli,
combattant le dragon 3 que nous retrouvons sur les
étoiles ''. ■ ■
On remarquera d'ailleurs que la symbolique offre peu
de nouveautés à Akhmîn. Le poisson se montre sur les
étoiles et sur divers petits objets, mais son type n'ollre
rien de remarquable, on le rencontre isolé ou bien
allfronté à un symbole, monogramme, croix, etc., au
IVe siècle il alterne avec la colombe 5 et nous le voyons
se transformer insensiblement en une large feuille
ovoïde dont le pédoncule garde encore quelque trace
des nageoires largement fendues de la queue0. Les
colombes nous sont montrées affrontées devant un
vase, probablement eucharistique :, ailleurs avec des
disques crucifères qui peuvent rappeler les pains de
cette forme8. L'agneau de Dieu se trouve sur un tissu du
ive siècle. Il est accompagné de la petite oriflamme
(fig. 261)9.
Une représentation beaucoup plus tardive et presque
informe, mais qui précisément à cause de sa date
prend de l'intérêt, nous montre le Christ en croix, der-
rière lui, l'agneau et le poisson formant bordure10. Une
figure très rare dans la symbolique est celle du cerf
passant avec un monogramme dans la ramure (fig. 262).
262. — Ta| isseric copte.
D'après Fôrrer, Die fruhchristlichen Alterth&mer,
Ce tissu, qui remonte au nr-iv siècle, esl unepremi
pensée du symbole illustré beaucoup plus tard par
l'iconographie de saint Hubert. Ce monogramme est
lui-même digne d'attention, c'est un monogramme anse,
non pas à la façon du monogramme ordinaire pourvu
d'une bonde à son sommet, mais c'est i * - i le type bien
égyptien de la croix an- v. La croix ans,'e <e reti
elle aussi à Aklimin comme a Antinoé. Le lièvre aux
longues oreilles s.' montre sur la plupart des n,
d'ornements, c'esl la faune du pays qui explique cette
multitude d'emplois. Enfin, signalons encore l'aigle
dans une attitude triomphante. Son symbolisiw
peut faire ici l'objet d'aucun doute. 11 esl debout sur
le do- ,1 un loup et dans le registre suivant de la même
étoile le Christ piétine le crocodile qu'il pêne île sa
lance.
Las tapisseries coptes, in-4*, Paris, 1890, pi. 76. — "R. Fonvr,
Die frûhchriatlichen AUerthumer, pi. xv. n. :i. — *IbUt.,
pi. xv, n. 3. 7, S. - ■■ Ibid.. pi. XIV, n. 16; pi. XVII, n. 7: pi. xvm.
n. 12, - »lhi,i.. pi. xv, n. 8. - »R. Fflrrer, Die Grùber-w '
lextilfund* von Achimia-Pcmopolis, pi. x. n. 1; le nu
Die fruhchristlichen AUerthiimer, pi. xiv, n. 9. - -Ibid.,
pl. xvm, n. 8.
1053
AKIIMÎN
ALBANO (CATACOMBE D'1
1054
Nous avons dit que le monogramme esl fréquent
ainsi que la croix, mais leur emploi n'apporte guère de
contribution appréciable à nos études. On rencontre le
monogramme accosté de a <o et dans deux tissus a a.
Une croix ansée porte ces mots • :
TA
MIN
N600
T£PÀ
7a;j.;v<x vscotepa (?), Tamina, la plus jeune.
Les personnages bibliques sont connus et pour la
plupart d'entre eux l'exécution est des plus défec-
tueuses, mais nous aurons à revenir sur ces types en
traitant de chacun d'eux en particulier : le sacrifice
d'Abraham sur des tissus du ne et du me siècle'2, Élie
montant au ciel 3, le patriarche Joseph4, de nombreuses
scènes de la vie de la Vierge, de la vie et de la passion
du Christ5 et les types symboliques de celui-ci; enfin
des oranles, les martyrs saint Menas et saint Georges,
quelques autres encore, un vêtement liturgique, étole
ou manipule6, un pallium 7.
Les papyrus trouvés à Akhmin, et principalement le
« livre d'Hénoch » et « l'Évangile et l'Apocalypse de
Pierre », appartiennent moins à l'archéologie qu'à la
littérature chrétienne, nous n'en ferons donc pas une
description et une étude développées dans ce diction-
naire. H. Leclercq.
ALBANO (CATACOMBE D'). La ville d'Albano
s'élève au quinzième mille de la Via Appia, en pleine
campagne, ainsi qu'en témoignent les tombeaux cons-
truits de chaque côté de la voie8. Le pays s'appelait Alba-
num, en mémoire d'Albe la longue, qui fut le berceau
de Rome; on désignait la ville sous le nom de civitas Al-
bana pour la distinguer de la villa impériale qui, dès le
temps d'Auguste, s'étendait dans la direction de Castel
'Forrer, Die frùhchristl. Alterth., pi. xiv, n. 1. — 2Ibid.,
pi. IX, n. 8. — 3 Ibid., pi. xvi n. 20. — i Ibid., pi. XVI, n. 14. —
*lbid..<p. 26, 27. — "Ibid.. pi. vin, n. 1. — Ubid., pi. xvi, n. 1-9,
21. — 8 Les plus anciens documents géographiques, y compris la
table de Peutinger, cf. E. Desjardins, La table de Peutinger
d'après l'original conservé à Vienne, in-4% Paris, 1870, omettent
Albano entre les deux stations postales situées, la première, au pied
des montagnes au lieu appelé Boville, ad Bobellas, la seconde à
l'Ariccia. Ce n'est que dans l'Itinéraire de Jérusalem de l'an 333
que 1 on voit mentionnée Albano pour la première lois, et encore
on ne la sépare pas d'Ariccia. Le ms. de Paris porte ces mots :
civitas Aritia et Albona, le ms. de Vérone : civitas Aritia et
Albuna; cf. Revue archéol., 1864, p. 107. Il n'est pas douteux
qu'il taille corriger : civitas Aricia et Albana. Pour ce qui a
trait à Albano et aux localités environnantes, cf. De Rossi,
Appendice intorno ai monument! cristiani di Boville, Ariccia
ed Anzio, dans Bull, di arch. crist., 1869, p. 79 sq. ; 1873,
p. 101. 11 existait un autre cimetière chrétien antique qui a pu
servir aux fidèles d'Albano, il était situé près de Castel Gandolto;
Boldetti dit l'avoir visité en 1712; mais il a disparu depuis. Osser-
vazioni suprai cimeteri, in-fol., Roma, 1720, p. 558. — " Nibby,
Analisi dei dintorni di Roma, in-8% Roma, 1848, t. i, p. 79, a
pensé à tort que cette station était un camp de prétoriens depuis
l'époque de Domitien jusqu'à celle de Constantin ; mais Bosa et
principalement G. Henzen ont démontré que les soldats stationnés
à Albano appartenaient à la legio II' Parthica créée par Septime
Sévère dès le début du in* siècle. Aimali dell' Istituto, 1854,
p. 98 sq. ; 1867, p. 73-88; Bull, dell' Istituto, 1853, p. 3 sq. ;
1869, p. 134-136, l'établissement du castrum peut dater du
I" siècle de l'empire — '"Quelques logements militaires se voient
parmi les ruines de la villa de Domitien, on a relevé également des
traces d'une partie de l'enceinte, des réservoirs, des temples et
de l'amphithéâtre près de l'église actuelle des Saints-Pierre-et-
Paul. Le temple du castrum avait été transformé en église dite
la Rotonda. — "Saint Paul à son arrivée à Rome vit venir les
fidèles à .sa rencontre jusqu'au Forum Appii (dans les Marais
Pontius) et aux 7'res Tabernae. Act., xxvm, 1445. Or, aux Très
Tabernae on ne se trouvait qu'à huit milles de distance d'Albano;
cf. Nibby, op. cit., t. m, p. 283 sq. ; De Rossi, Bull, di arch.
crist., 1873, p.. 106. Le Forum Appii était à 43 milles de Rome,
Gandolfo et portait le nom de Albanum Cœsaris. Il y
eut à Albano une station militaire 9 dont on voit encore
les ruines 10 et dans laquelle on peut, sans trop se hasar-
der, supposer d'assez bonne heure la présence de sol-
dats chrétiens11. On doit rapporter à l'amphithéâtre
d'Albano un épisode du règne de Domitien dont les his-
toriens nous ont gardé le souvenir. En l'année même
de son consulat, Acilius Glabrion lut contraint par l'em-
pereur à combattre sans armes, dans l'amphithéâtre
d'Albano, des ours de Numidie, selon Juvénal, un lion
énorme, suivant Dion 12. Cet Acilius Glabrion fut englobé
plus tard dans le groupe chrétien des Flaviens comme
coupable des mêmes crimes que ceux-ci 13. Le double
fait de l'existence d'une villa impériale de Domitien à
Albano et d'une persécution de la religion chrétienne
sous ce prince peut donner lieu de penser que dès cette
époque la ville d'Albano eut ses martyrs, mais ceci n'est
qu'une conjecture. Au début du IV siècle le camp avait
été abandonné ainsi qu'une partie de la ville qui n'avait
de raison d'être que pendant le séjour des légionnaires
et de leurs familles. Nous lisons en effet dans le Liber
pontificalis que Constantin donna à l'Église élevée par
lui in civitate albanensi omnia sceneca déserta vel
rfomos civitatis intra urbem albanensem**. Du Cange
interprète ce mot sceneca par loca lusibus publias
addicla1*. Vignoli écrit : scheneca, quasi loca incnlia
el silvestria, lentiscis aliisque, id gevus arboribus
referla : 16. Nibby a fixé le véritable sens ; « Barache,
dit-il, derivando la voce barbara sceneca dalla parola
greca <r/.<)vr\ tubernacuhau, tenda; poichè è chiaro che
ivi s'intende délie baracche dei pretoriani di récente
abbandonate11. » Il est possible que la légion ait quitté
Albano pour prendre ses quartiers en Mésopotamie18,
où nous la voyons établie sous le règne de l'empereur
Julien. Nous ne pouvons juger de l'importance de la
communauté d'Albano que par son cimetière. Ce cime-
tière se trouvait à proximité de la ville, cependant
sur la voie Appienne, Très Tabernse, à dix milles de là (aujour-
d'hui Cisterna); restaient dix ou douze lieues, en traversant Aricie
et Albano, pour atteindre la porte Capène. — "Stace, Silv., 1. IV,
11, 18 sq. ; Suétone, Domit., 4. 19; Dion, Hist. rom., lxvi, 3;
lxvii, 13, 14; Juvénal, Salir., I. IV, vs. 99-101. — "Suétone,
Domit., 10 : quasi molitores rerum novarum.Sixv le christia-
nisme de Glabrion, cf. De Rossi, Bull, di arch. crist., 1888, p. 7-
65, 103-134; 1890, p. 69-80, 97-146, et même 1863 p. 29; 1869,
p. 78. — "Liber pontificalis, Silvestre, § 30, édit. Duchesne,
in-4*, Paris, 1886, t. I, p. 185. La notice de ce même pape nous
apprend ceci : fecit basilicam Augustus Constantinus in civi-
tate Albanensi videlicet S. Joannis Baptiste. Cette basilique
constantinienne fut incendiée vers la fin du vin* siècle ou le com-
mencement du siècle suivant. Liber pontificalis, Léon III, édit.
Duchesne, t. II, p. 32. F. Franconi, La catacomba e la basilica
Costantiniana di Albano Laziale, in-8% Roma, 1877, a établi
l'identité de cette basilique avec la cathédrale actuelle qui con-
serve quelques restes de l'édifice dédié par le pape Léon III à
saint Pancrace, titre qu'elle portait peut-être antérieurement. Cf.
Liber pontif., t. Il, p. 25. Du travail de M. Franconi il résulte
qu'il existait sous la basilique une crypte ou confession d'où les
reliques furent transférées dans le cimetière situé à peu de dis-
tance. L'établissement d un siège épiscopal à Albano est assez
probablement contemporain de l'érection de la basilique Constan-
tinienne. La liste épiscopale commence avec Dionisius mort
en 355. Gams, Séries episcoporum, in-4', Ratisbonnae, 1873,
p. xxn. Il faut ensuite venir en 463 pour trouver un évèque du
nom de Rumanus. A ces noms on peut joindre celui qu'a révélé
une inscription du cimetière de Domitille, mentionnant Ursinus.
Une date consulaire, malheureusement douteuse, laisse hésiter
entre les années 345 ou 395. Ct. O. Marucchi, Di alcune iscri-
zioni recentemente trovata e ricomposte nel cimitero dt Du-
mitilla, dans Nuovo huit, di arch. crist., 1899, p. 24, 26. —
<:i Glossar. med. et t'ii/î-iî. latinitatis, au mot Sceneca. —
19 Liber pontif., édit. Vignoli, in-4% Romae, 1724, t. i, p. 104 sq.
— "Nibby, Analisi délia carta dei dintorni di Roma, in-8%
Roma, 1848, t. I, p. 82. Nous avons déjà fait remarquer qu'il faut
remplacer les prétoriens par la legio II' Parthica. Cf. De Rossi,
Bull, di arch. crist., 1869, p. 78. — '"• Notitia imp. Orient., édit.
Bocking, p. 93, 415.
1055
ALBANO (CATACOMBE D*)
10:6
Bosio l'a ignoré, c'est Boldetti qui l'a reconnu avec
Marangoni, en 1720, au lieu dit alla Stella, et il en a
donné un plan peu exact comme presque tous ses
autres travaux. Il a été étudié depuis par Rkcy, d'Agin-
court, ,I.-B. De Rossi, Giorni, Franconi, 0. Marucchi ] ;
la cardinal Monaco la Valetta, évêque d'Albano, y a fait
les reliques furent transportées à Rome, ainsi qu'il
arriva pour les autres cimetières suburbains. C'est en
effet au ixe siècle que la décoration des parois cesse tout
à coup.
Le cimetière d'Albano est situé dans un relief de ter-
rain assez peu accusé situé à droite de la Via Ajijùa
LEGENDE
î.
Entrée de la catacombê,
2.
Lucernaire .
3.4-
Parois décorés de peintures .
5.
Chapelle décorée de peintures
6.
Puits.
7.
Arcosclia.
8.
Formas creusées dans le sol
9.
Galeries avec loculi.
10.
Chapelle.
vT-ff
Plan do la catacombê d'Albano. D'après le Nuovo bullettino di arch. cristiana, 1902. pi. I.
faire de nouvelles fouilles et l'a rendu au culle en 1&S7 -.
11 est probable que la catacombê d'Albano était aban-
donnée depuis le ix« siècle environ, époque à laquelle
1 Voir la bibliographie de cette dissertation. Le plan de Bol-
detti a été reproduit par Franconi, celui que nous donnoo
emprunté au Nuovo bull. di arch. crist., 1902, pi. 1. - • K.n 1824
des fouilles furent entreprises qui amenèrent la découverte de
lorsqu'on m' pend d'Albano à Ariccia, sous l'église de
Sunia Maria délia Stella Bg. -,;'; , L'entrée se trouve à
droite et à peu de distance du célèbre monument de
deux sépultures anonymes, on y trouva une ampoule de Terre,
Pe Kossi. Bull, di ttreh. criât., 1889, p. 67. M. (). MarUO
signale une autre trouvée lors des dernières fouilles, Nuuto
bull. di arch. crist., 1902, p. I
1057
ALBANO (CATACOMBE D']
1058
style étrusque connu sous le nom de tombeau de Por-
senna. L'aspect général de la catacombe est peu différent
de celui des catacombes romaines, néanmoins il offre
quelques particularités1.' L'entrée actuelle est certaine-
ment antique, bien que l'escalier date des dernières res-
taurations (1887); auparavant on s'introduisait au moyen
d'une échelle (n. 8 du plan). Le plan de la catacombe
est situé à 3 mètres environ du niveau de la voie Ap-
pienne. La situation topographique de cette catacombe
est nettement marquée par VEpitome de locis SS. Mar-
lyruni g use sunt foris civitatis Rom se, que Rossi con-
sidère comme un abrégé d'une ancienne description des
catacombes qu'on ne saurait faire descendre au-dessous
du vie siècle. Voici en quels termes s'exprime ce docu-
ment : Per eandem vere viam (Appiam) pervenilur ad
Albanam civitatem et per eandem civitalem ad eccle-
siatn sancli Senatoris ubi et Perpétua jacet corpore et
innumeri sanctiet i^iagna mirabilia ibidem geruntur 2.
Les saints ici nommés sont inconnus. Saint Sénateur
est inscrit sans autre explication dans le martyrologe
à la date du 26 septembre : El in Albano Senatoris3,
d'où il a passé, au même jour; dans le martyrologe
romain4. Sainte Perpétue n'est mentionnée nulle part
ailleurs. L'église dédiée aux saints Sénateur et Perpétue
et à un grand nombre d'autres s'élevait sans doute sur
un cimetière souterrain, et il ne semble pas que les
reliques qui reposaient en ce lieu aient été toutes trans-
férées à Rome, puisque VEpitome désigne le sanctuaire
d'Albano comme un lieu de pèlerinage, tandis que
d'autre part les peintures quatre ou cinq fois renouve-
lées indiquent la persistance d'un culte qui a dû tirer
de la présence des corps saints et de leur vertu
miraculeuse son principal attrait, magna mirabilia
ibidem geruntur. La basilique de Saint-Sénateur devait
s'élever sur la catacombe, elle a dû être importante,
mais il n'en reste aucune trace, peut-être l'église mo-
derne de Santa Maria délia Stella l'aura-t-elle rem-
placée.
La plus ancienne mention relative aux martyrs d'Al-
bano se lit dans le férial6 Philocalien au 8 d'août :
VI. Idus Augusti — Secundi — Carpophori
Victorini et Severiani Albano 6.
La notice entière du férial est ainsi conçue : VI idus
ait g. Secundi, Carpophori, Victorini et Severiani
' Un examen attentif de l'excavation a permis de conclure que,
contrairement à ce qui a lieu dans les catacombes romaines, le
cimetière d'Albano a été primitivement un arénaire auquel on a
donné une disposition sépulcrale. Les arcosolia et les loculi se
rapprochent beaucoup plus de ceux des catacombes de Naples
et de Syracuse que de ceux des catacombes de Rome. — * De
Rossi, Roma sotterranea, t. I, p. 141. — 3 De Rossi-Duchesne,
Martyrologi um hieronymianum, in-fol., Bruxelles, 1894, p. 125.
— * Acla sanct., sept. t. vm, p. 263. Les bollandistes avouent
ignorer tout de ce saint, sauf son existence et son nom ; c'est éga-
lement ce que dit Fiorentini, Vêtus martyrolog. occidentale,
in-4°, Lucae, 1668, p. 874. La lecture d'un ms. portant Caballono
au lieu de in Albano a exercé l'ingéniosité des critiques. A. Du
Saussay, Martyrologium gallicanum, in-fol., Parisiis, 1638, au
26 sept., propose Alba Hclvrtiorum, aujourd'hui Alps dans la
Gaule narbonnaise ; Castellan, cf. Acta sanct., sept. t. vm,
p. 264-265, songe à une localité prope Dunbritonium in Scotia;
on a songé aussi à Chalon-sur-Saône et à Cavaillon, en Provence.
Fiorentini, op. cit., p, 876, s'en tient à Albano dans le Latium. —
5 Ce document, qui remonte au iv" siècle, est appelé indifférem-
ment « calendrier » et « férial ». Ce dernier nom lui convient
mieux puisque tous les martyrs ne s'y trouvent pas indistincte-
ment mentionnés, mais ceux-là seuls qui étaient l'objet d'une
solennité liturgique dans l'Église de Rome. — 6Mommsen, dans
Abhandlungen der philologischen hist., Klasse der sdchs.
Gescllschaft der Wissenscliaftcn, t. i, p. 632. Bucherius, De
doctrina temporurn, in-tol., Antuerpiae, 1664, p. 268, a imprimé
par erreur septimo idus au lieu de sexto idus; cette dernière
date n'est pas douteuse, mais Bucherius avait pris seplimo pour
une date et non pour une distance; voir la note suivante. — 'Au
vu' mille de la voie d'Ostie furent transportés les corps des mar-
DICT. D'ARCH. CHRÉT.
Albano, el Ostense septimo ballistaria Cyriaci, Largi,
Crescenliani, Memmise, Julianse et Smaragdi1. Voilà
deux groupes de martyrs dont le second est bien distinct
du premier, le seul qui doive nous occuper. Le manus-
crit de Berne, n. 280, contenant le marlyrologe hiérony-
mien et qui témoigne de quelque souci de la topo-
graphie, contient la notice suivante 8 :
VI ID. AGS
ROME. UIA AP
pia miliario
ab urbe XU.
Sco Secundini.
Severiani. Carpo
fort. Victurine
Le ms. d'Epternach, aujourd'hui à Paris, Ribl. natio-
nale, fonds latin, n. i0831, est un peu différent : VI. ld.
Ag. Rom. Secundi Severiani Carpofori et in Albano
Victorini 9. Ces textes rapprochés et les variantes des
mss. consultées, on peut tenir pour certaine l'existence
d'un groupe de quatre martyrs vénérés à Albano dans
la catacombe reconnue par Boldetti. Ces martyrs ont
une personnalité bien nettement distincte de celle des
célèbres « Quatre couronnés » avec lesquels on les a
confondus10 et leur sépulture ne peut être identifiée avec
celle des « couronnés » sur la via Labicana. Le texte
du ms. de Berne que nous venons de citer est d'ailleurs
tout à fait clair et l'indication topographique qu'il donne
coïncide exactement avec les découvertes archéologiques;
en effet, le quinzième mille de la voie Appienne se
trouve au lieu même de la catacombe alla Stella.
Le noyau de la catacombe forme une crypte assez
spacieuse éclairée par un lucernaire de grandes pro-
portions (n. 2 du plan). Cet aménagement ainsi que les
peintures (n. 3 et 4) des parois donnent tout lieu de
croire que cette crypte servait aux réunions liturgiques.
Cette partie contenait un ensemble important de pein-
tures sur enduit. Les plus anciennes parmi ces pein-
tures (n. 3 du plan) se trouvent sur une muraille sur
laquelle on voit encore les traces de trois enduits super-
posés. Les ligures restées visibles ne paraissent pas pos-
térieures au V° siècle ", ce qui implique une assez haute
antiquité pour la décoration qui recouvrait le premier
enduit. La scène représente le Christ barbu, la tète
entourée du nimbe crucifère, assis et bénissant de la
tyrs Cyriaque, Large, Crescentien, Memmie, Julienne et Sma-
ragde qui reposaient sur la via Salaria, car c'est probablement
une lecture corrompue que nous avons dans le mot bullistaria, à
moins que ce ne soit plus simplement le titre de quelque enseigne
comme les Très tabernse et VUrsus pileatus. Tillemont a lu pré-
cipitamment le férial donné par Bucherius et il a écrit, commet-
tant une double erreur, puisqu'il confondait les martyrs d'Albano
avec les « Quatre couronnés » : « On faisoit leur feste à Albane
sur le chemin d'Ostie. i Mém. pour servir à l'hist. eccl., in-4°,
Bruxelles, 1732, t. v, p. 53. On ne s'en est pas tenu là ; les quatre
martyrs d'Albano ont été mêlés à ceux des compagnons de
Cyriaque, et même il se trouve des manuscrits qui, prenant le
Pirée pour un homme, ont fait d'Albano un martyr sous le nom
d'Albini et Albani. Cf. Fiorentini, Vêtus martyrol. occident.,
in-4°, Lucae, 1668, p. 739, 740; Acta sanct., jun. t. vi, part. 2,
p. 20, 27; De Rossi-Duchesne, Martyrol. hieronym., p. 102. —
8 Ibid., p. 102. Cf. De Rossi, Roma sottei-ranea, t. Il, p. xn sq. ;
le même, Bull., di arch. crist., 1869, p. 70. — » Ibul., p. 102. —
'"Actasanct., aug. t. n, p. 328, et Tillemont, op. cit., t. v, p. 53,
ont accrédité cette identification erronée; de même Georgi, Mar-
tyrologium Adonis, in-fol., Romae, 1745, p. 568 sq. Les quatre
anonymes reçurent au v siècle les noms de Sévère, Sévérien,
Carpophore et Victorin. Sur ces quatre noms il s'en trouve trois,
qui turent portés par les martyrs d'Albano. Est-ce une ren-
contre fortuite ou un dessein arrêté? Nous laissons cette ques-
tion étrangère à l'archéologie monumentale. Cf. De Rossi,
Bull, di arch. crist., 1879, p. 45 sq. — "De Rossi, Bull, di
arch. crist., 1869, p. 73, croit pouvoir assigner la peinture vers
le temps du pontificat de Sixte III (432-440), l'absence de nimbe
pour les saints et d'inscriptions onomastiques favorise cette opi-
nion.
I. -34
1059
ALBANO (CATACOMBE D')
1060
main droite, tandis que la main gauche tient grand
ouvert le livre de l'Évangile placé sur le genou gauche:
on y pouvait déchiffrer encore quelques lettres : IOA
qui doivent être complétées aie >i: Joa(nnis evavgelium).
De chaque côté du Sauveur sont représentées six figures
viriles, dehout, dont les quatre plus rapprochées du
Christ sont vêtues de blanc, tandis que les deux figures
des extrémités portent un vêtement rougeâtre et tien-
nent dans la main un objet qui parait être un volumen.
Il est assez vraisemblable que les quatre figures vêtuek
de blanc sont les saints martyrs d'Albano, Secundus,
Carpoforus, Victorinus, Severianus, les deux figures
extrêmes seraient d'autres saints dont le type iconogra-
La figure qui lui fait pendant est celle d'un personnage
portant la tonsure cléricale, l'habit ecclésiastique et
tenant le livre des Évangiles. La légende qui se lit
au-dessus de son nimbe nous apprend que c'est saint
Smaragde, de la présence duquel on ne voit pas d'autre
raison ici que le rapprochement fait par les marty-
rologes du groupe des martyrs d'Albano et de celui de
la voie d'Ostie dont saint Smaragde faisait partie-1.
Sous cette peinture court une bande de couleur rouge
sur laquelle se lisent quelques caractères tracés en
blanc. Rossi a noté les lettres : «ANI EGO Wiïl et se
basant sur un exemple analogue du cimetière de Pon-
tien, il propose de lire : De donis Dei et sanclurum
phique paratt se rapprocher de celui des saints apôtres
Pierre et Paul *.
Une autre peinture de la même crypte (n. 4 du plan)
est d'une époque bien postérieure, le ixe siècle2. Elle se
trouve au-dessus d'une sépulture qui semble avoir servi
d'autel et représente le Sauveur en buste accompagné
de sa mère et de saint Smaragde également en buste. La
reproduction que nous donnons de cette peinture nous
dispensera d'entrer à son égard dans une longue des-
cription (lig. 264). Les ligures les plus intéressantes sont
celles de la Vierge et de saint Smaragde. La Vierge montre
son fils, son identification n'est pas douteuse, puisqu'on
lit au-dessus de son nimbe une légende grecque en
lettres latines : MITCR THCV, c'est-à-dire : Mater Dei.
* D'Agincourt, Histoire de l'art par les monuments, ln-fol.,
Pari9, 1823, t. VI, p. 7, croyait voir ici six ayiôlres. De Rossi,
Bull, di arch. crist., 18G9, p. 73, fait des deux personnages des
extrémités les donateurs; nous suivons l'interprétation de O. Ma-
rucchi, Nuuvo bail, di arch. cri.tt., 1902, p. 99, qui nous semble
plus tondée. Pour la figure elle-même, cf. O. Marucchi. op. cil.,
1902, pi. III. — * C'est à raison de cette date tardive que R. Gar-
Secundi Carpophori Victorini et SereriANI EGO...
feci*. Cet ensemble décoratif et la présence d'une sorte
d'autel, ainsi que la découverte de débris pouvant pro-
venir d'une feneslella'-, ne laissent que peu de doutes
sur la destination liturgique de cette crjpte. Ceci devient
presque une certitude depuis que l'on a découvert au-
dessus de la peinture dont nous venons de parler les
traces d'une ancienne décoration en mosaïque et au-
dessous de la peinture quelques traces d'une autre
peinture plus ancienne représentant ces rideaux qui
dans le symbolisme antique figuraient les tabernacles
éternels, demeures des saints. A droite était creusée une
niche destinée à recevoir les lampes. Sur la |>. roi a
droite de la peinture représentant le Christ, sa mère et
rucci ne l'a pas admise dans son recueil, Storia dell' arfa cHs~
tiana, 6 vol. in-lol., Pr;ito, 187:4. — 3C.ette raison n. us puait
bien peu convaincante, ne faudrait-il pas chercher ( lutot ici une
allusion à quelque patron soit d'un évêque local, soit du donateur
de la fresque? — * De Rossi, Hullelliuo di archeulugia criê-
liana, 18ti9, p. 72. — 80. Marucclii, Nuovo bull. di aicluulo-
gia cristiana, 1902, p. 102.
10C1 ALBANO (CATACOMBE D*) — ALBI (MANUSCRITS LITURGIQUES D') 1062
saint Smaragde on a pu découvrir, malgré l'état dans
lequel elle se trouve aujourd'hui, une autre peinture
qui aura pu être une réplique plus ou moins fidèle du
sujet représenté sur la paroi ollrant le Christ et les
six saints. Enfin sur une paroi proche du lucernaire on
relève les traces de deux nimbes peints disposés de telle
sorte qu'on serait tenté de croire qu'il y a eu en cet
endroit une représentation du Sauveur enfant et de sa
mère. Il nous reste à parlerd'une dernière peinture (n. 5
du plan) qui décorait un cubicule de forme rectangu-
laire pourvu de cinq loculi latéraux et d'un arcosolium.
Cette niche a été recouverte successivement de quatre
enduits dont le dernier, en fort mauvais état, est seul
en état de laisser apercevoir quelque chose de la déco-
ration qui le recouvrait '. Au centre se voyait le Sauveur
entouré des princes des apôtres dont les types sont suf-
fisamment reconnaissables, mais que l'artiste a néan-
moins désignés par leurs noms PETRVS, PAVLVS,
suivant l'usage de l'époque. A droite de saint Pierre on
voit le diacre saint Laurent, avec le nimbe circulaire,
le livre des Évangiles et la croix diaconale, LAVREN-
TIVS. Ici encore, le personnage de saint Laurent, comme
celui de saint Smaragde, ne parait avoir aucune relation
avec les martyrs d'Albano, la célébrité dont il jouissait à
Rome est-elle une explication satisfaisante de sa pré-
sence dans la catacombe d'Albano, nous n'osons pas l'af-
firmer. Formant pendant à saint Laurent, on voyait
jadis une figure dont il ne reste rien. De Rossi a pu lire
les lettres IONIS, aujourd'hui effacées, qui devaient faire
partie du nom de ce personnage qui a pu s'appeler
.D|IONIS[ms. Est-ce l'évèque Dionysius, mort en 355?
Mais d'après De Rossi ce Dyonisiiis, que Ughelli a inscrit
comme premier évêque d'Albano, serait Dionysius
d'Alba Pompeia en Piémont2. Quoi qu'il en soit, cette
peinture ne parait pas antérieure au VIe siècle.
Le cimetière d'Albano est creusé dans le tuf3. Lorsque
Boldetti etMarangoni le visitèrent pour la première fois
il avait eu déjà beaucoup à souffrir, les galeries avaient
subi des éboulements, les loculi étaient plus ou moins
maltraités, cependant quelques sépultures étaient en-
core intactes, malheureusement elles étaient anonymes.
Une de celles-ci était fermée au moyen de trois tuiles
portant toutes trois le sceau de la même officine4 :
OP DOL EX PR M AVRELI ANTO
NINI AVG N PORT LIC
Op(us) dol(iare) ex pr(œdiis) M. Aureli Antonini
Aug(usli) n(ostri) port(us) Lic(ini).
La présence de ces briques permet de reporter l'exis-
tence du cimetière au règne de Marc-Aurèle, observons
toutefois que la nécropole des légionnaires était située
de l'autre côté de la voie Appienne 5.
L'épigraphie de la catacombe offre un médiocre inté-
rêt6 et aucune indication nouvelle ne vient renforcer
l'opinion qui voit dans la catacombe un ouvrage du
n* siècle.
Une des parties les plus intéressantes est le cubicu-
lum (n. 6 du plan) pourvu d'un puits dont la construc-
tion est certainement antérieure à l'installation de
l'arénaire en catacombe ; il fut conservé et placé dans
une chambre sépulcrale dont les parois furent revêtues
d'un enduit et ornées de filets de couleur rouge d'un
aspect décoratif. On peut supposer que ce local a servi
de baptistère.
Outre les cryptes et arcosolia que nous avons décrits,
la catacombe contenait des loculi et des arcosolia dans
*De Rossi, Bull, di arch. crist., 1869, p. 74; 0. Marucchi,
Nuovo bail, di arch. crist., 1902, pi. v. — «Ughelli, Italia sacra,
in-lol., Romae, 1644, t. I, p. 250; De Rossi, op. cit., p. 75, note 2.
— 'Quelques sépultures païennes creusées à très peu de distance
du cimetière sont également dans le tut. La catacombe établie
dans une carrière reliait toutes les issues marquées n. 9 sur le
plan et dont une seule est demeurée accessible. — *La lecture
les parois (n. 7 du plan) et des formée ou fosses creusées
dans le sol (n. 8 du plan).
Bibliographie. — M. Armellini, Gli anlicln cimiteri
crisliani di Roma e d'Italia, in-8", Roma, 1893, p. 584;
— Boldetti, Osservazioni sopra i cimiteri de' santi
marliri ed antichi crisliani di Roma, in-fol., Roma,
1720, p. 558-561 ; — G. Rohault de Fleury, La Sainte
Vierge, Etudes archéologiques et iconographiques,
in-4°, Paris, 1878, t. Il, p. 8; — F. Franconi, La cala-
comba e la basilica Coslantiniana di Albano Laziale,
in-8°, Roma, 1877; — Gioni, Storia di Albano, in-8°,
Roma, 1842, p. 114-117; — J. Liell, Die Darstelhmgen
der allerseligsten Jungfrau und Gottesgebârerin
Maria, in-8°, Freiburg, 1887, p. 170; — Lucidi, Mémo-
rie sloriche deW anlichissimo municipio dell' Aric-
cia, in-4°, Roma, 1796, p. 212 sq. ; — O. Marucchi, Le
catacombe di Albano, dans Nuovo bull. di arclt. crist.,
1902, t. vin, p. 89 si].; — L. Perret, Les catacombes de
Rome, in-lol., Paris, 1855, t. i, pi. lxxxiv; — Riccy,
Memorie storiche dell' anlichissinm cilla di Alba
longa e dell' Albano moderno, in-4°, Rome, 1787, p. 172
sq.; Dell' Albano moilerne o sia dell' Albano crisliano;
— J.-D. De Rossi, La catacombe di Albuno, Appendice
inlorno ai monumenti crisliani di Boritle, Ariccia ed
Anzio, dans Bull, di arch. crist., 1809, p. 65 sq.; —
Carta topograjica degli anlichi monumenti ciisiiani
nei lerrilorii Albano e Tusculano, dans Bull <li arch.
crist., 1873, p. 83 sq.; — Séroux d'Agincourt, Histoire
de l'art par les monuments, in-fol., Paris, 1823. t. VI,
p. 7, pi. x, n. 12-15; — Vol pi, Lalium velus prufanum
et sacrum, in-4°, Romœ, 1726, t. vin, p. 141 sq.
IL Lecllucq.
ALBASPDNEUS. Voir L'Aubépine.
ALBATI. Voir Néophytes.
ALB/E, ALB9S (ON). Voir Aube.
ALBI (Manuscrits liturgiques d'). La biblio-
thèque publique contient un petit nombre de manuscrits
liturgiques parmi lesquels nous citerons :
N. 4. Sacramenlaire, à l'usage de l'Église d'AIbi, ainsi
que donne lieu de le croire l'insertion d'une longue pré-
face dans la messe de la fête de sainte Cécile. Ms. de
la fin du Xe ou du commencement du xie siècle, com-
prenant 128 feuillets y compris le feuillet du commen-
cement non coté, et mesurant 273 millimètres de haut
sur 138 millimètres de large.
Au verso du feuillet préliminaire on lit le titre disposé
sur six lignes : INCII'IT || LIBERSA || CRAMEN || TO-
RVM || PERCIRCU || LVM ANNi ||
Les lettres sont alternativement en or, en noir et en
rouge. Dans le corps du ms. les titres sont en lettres
rouges et vertes. Les initiales sont de grandes capitales
tracées en or. — Fol. 2 : Préface commune suivie du
canon de la messe. Le mémento des défunts se trouve
en marge et d'une écriture postérieure. La liste des
saints du Nobis quoque renferme après Pelro : llario,
Martino. Le canon finit avec le premier Agnus Dei, et
on lit immédiatement vim klën || ianvar uratio i| in
vigilia dni. La messe de minuit pour le jour de Noël
est intitulée In nocte ad Scâ Maria; dans la messe de
l'aurore, la collecte, la secrète et la post-communion de
sainte Anastasie précèdent les pièces parallèles de la fête
du jour. Cette messe de l'aurore comporte deux préfaces,
la messe du jour a cinq post-communions. Le carême
donnée par Boldetti est fautive. Sur le portus TAcM, cf. L. Prel-
ler, Die Regiunen der Sladt Rom, in-8% Jena, 1840. p. 103. —
"O. Marucchi, Le catacombe di Albano, dans Nuuvo bull. di
arch. crist., 1902, p. 97, note 2. — " O. Marucchi, dans le Nuovo
bull. di arch. crist., 1902, p. 105 sq. Parmi ces débris on a re
trouvé un quatrième exemplaire de l'oliicine doliaire du portus
Lucini. Ibid., p. 106. n. 10.
1063
ALBI (MANUSCRITS LITURGIQUES D')
1064
n'a pas de messes fériales. Le jour des palmes, la Bene-
diclio ramis palmarum sive flôr, consiste en une seule
collecte : Onmipotens Deus Christe mundi creator et
redemptor, etc. VExidtet est emprunté à la formule
gélasienne : Deus rnundi condilor. Dans ce sacramen-
taire, il s'est introduit au début de la préface après le mot
eterne. Alcuin donne cela comme une forme parfois
grégorienne. Suivent quatre collectes : quse dicentes ad
Lêc; ce sont : 1° Deus qui mirabiliter creasti, etc.;
2° Deus cujus antiqua, etc. ; 3° Deus qui nos ad cele-
brandum, etc.; 4° Deus qui ecclesiam tuam, etc. Le
jour de Pâques offre des collectes propres à vêpres :
ad fontem et ad S. And., cette dernière devant être
récitée devant l'autel ou la chapelle de Saint-André. Au
samedi, vigile de la Pentecôte, les prières qui suivent
les quatre leçons sont respectivement : 1. Deus qui in
Abrahe, etc. ; 2. Deus qui nobis per prophetarum, etc. ;
3. Deus qui nos ad celebrandum, etc. ; 4. Deus incom-
mutabilis virtus, etc. Les leçons manquent dans le m s.
aussi bien d'ailleurs que le samedi saint. Le premier
dimanche après la Pentecôte est désigné ainsi : Dom
Vacat., mais il a la préface De trinitate et la collecte :
Deprecationem nos tram quesumus Domine benignus
exaudi, etc. On trouve les messes de vingt-sept diman-
ches après la Pentecôte, suivies par cinq dimanches
ante nativitatem domini. Les fêles sont intercalées
parmi les dimanches, par ex. : Fête de saint Jean-Bap-
tiste (qui a deux messes) se place après le cinquième
dimanche qui suit la Pentecôte; fête de saint Benoît
après le huitième dimanche. La fête de saint Sixte, outre
sa préface propre, a une préface pour la bénédiction des
raisins : Ben Uuve, au canon de la messe, après le No-
bis quoque. La fête de sainte Lucie a deux messes. Les
messes du commun des saints commencent après celle
' de saint Thomas l'apôtre, ensuite viennent les messes
votives et les prières ad capilla tundenda, et ad barbas
tonend. Les post-communions sont intitulées Ad Commû ;
Post Col; Ad Copl; fol. 113-124 : Épitres et évangiles
des messes du commun. Aucune rubrique.
N. 6. Sacramentaire, à l'usage de l'Église d'Albi,
ainsi qu'en témoigne ce distique (fol. 3, ancien frontis-
pice du ms.) :
Oui fleri servum me laudo Sicardus in evum.
Hune tibi describo librum Cecilia virgo.
Ms. du commencement du xne siècle, comprenant
164 feuillets, et mesurant 0n'273 sur 0™ 170 : — fol. 3.
lncipit liber sacramentorum per anni circulum ; —
fol. 3 v» : Te igitur; Dans le Libéra nos on lit : et inter-
cedente beata et gloriose virgine Maria et sancto ar-
changelo tuo Michaele st beatis apostolis. Le propre
du temps commence la veille de Noël. Les rubriques
concernant le Vendredi saint sont trop tardives pour
avoir de la portée. A la suite de YAgnus Dei, on lit les
prières suivantes : 1. Hec sacro sancta commixlio cor-
poris et sanguinis dni-nostri ihesu xpi fiât omnibus
su,mentibus salus mentis et corporis et ad vitam ca-
pescendam eternam preparatio salutaris. Te prestari te
rex regum qui in trinitate perfecta vivis et régnas. —
2. Ante Comunion. Domine sancte paler onmipotens
seterne Deus. da mic/ii hoc corpus et sanguinem dni
nri iliu xpi filii tui.ila sumcre.ut merear per hoc rc-
missionem omnium peccalorum meorum accipere.et
tuo sancto spiritu repleri.et seterne vite hereditatem
percipere sine fine, qida tu es deus et prêter te non est
alius. — 3. Post-communionem. Perceplio corporis et
sanguinis lui domine ihu xpe quam ego indignus et
infelix sumere presumpti.non michi proveniat ad ju-
ditium, ncque ad condcmpnalionem. sed prosit michi
ad remissionem omnium peccatorum meorum. sitque
ad percipiendam vitam seternam preparatio salutaris.
te preslante deus noster qui cum pâtre et spiritu sco
vivis et régnas in secula seculorum. — 4. Post missam.
Placeat tibi, etc. Te prsestante, etc.; — fol. 8 sq. Orai-
sons et préfaces; la post-communion est intitulée Ad
complendum; — fol. 87 v° lncipiunt misse sanctorum
ab oclabis Pentecostes usque in natale Domini; —
fol. 157 v°-166. Becueil de bénédictions. Écrit par l'ar-
chidiacre Sicard.
En tète du volume le sacristain B. Le Gros (B. Grossi)
a transcrit un* ordonnance : Hsec sunt festa solempnia
et dies, du 14 décembre 1248, réglant le droit de l'évo-
que de prendre ses repas dans le réfectoire des cha-
noines, à certains jours de l'année.
N. 5. Sacramentaire, à l'usage de l'Église d'Albi, du
XIIe siècle, comprenant 165 feuillets de parchemin me-
surant 0m268 sur 0m188; c'est l'ouvrage du copiste
nommé Sicard (fol. 9 et 154 v), dillérent probablement
du Sicard, auteur du ms. précédent; il existe une copie
partielle de ce ms. à la Bibliothèque nationale, à Paris,
fonds latin, n. i6803. — fol. 7 : In nomine Domini
nostri Jhesu Christi. Tncipit liber sacrementorum per
circulum anni, a beato Gregorio, papa urbis Rome,
editus.
Les post-communions sont intitulées Ad complen-
dum; — fol. 74 v° : lncipiunt misse sanctorum a Pas-
c/ia usque ad nativitatem Domini;— fol. 155-165. Deux
péricopes, pour l'évangile de Matines le jour de Noël.
Matth., i, 1-16; Luc, m, 21-38, noté en neumes sans clef
ni portée; — fol. 10. Le TE décoré avec une grande
élégance, et pour les initiales, l'enlumineur semble
s'être inspiré du ms. n. 6. "Voir col. 162.
N. 3. Rituel d'Albi, xie-xn« siècle. Fol. 2 : Prenotat
liic calamus quod continet iste libellus... Usibus eccle-
sie satis utilis est || liber iste : \\ Scriptoris libri lector ||
memor esto Sicardi. — Le jour des palmes il est prescrit
au clergé et aux fidèles de s'assembler à la troisième
heure du jour dans l'église ou sur l'emplacement où
doit se faire la cérémonie. On récite tierce après avoir
formé le cercle, facta corona, ensuite on dit l'évangile
Cum appropinquasset, à la fin duquel les chantres en-
tonnent les antiennes Collcgerunt et Cum appropin-
quaret; quand arrive l'évêque accompagné de douze
prêtres, on chante l'antienne Ave rex noster.
Le rite du baptême comprend deux exorcismes, l'un
pour les hommes, l'autre pour les femmes. Il com-
mence par la bénédiction des cadeaux faits par l'époux.
La tradilio sponsse se fait par le prêtre qui dit à l'époux :
Accipe eam in nomine Patris, etc. 1 te in pace. Suit
un office pour la première visite des nouveaux mariés
dans leur maison, la bénédiction du lit nuptial qui est
encensé et on donne aux époux la benedictioS. 'I /ionise
apostoli.
Le rituel finit par la pièce suivante : O Maria, Virgo
perpétua, placca nobis Deutn, quia pro nobis Dei ma-
ter facta es. Surge O pia mater nostra. Surge ample-
ctere filium pro filiis. Ostende mamillas sacros quai
ipse dulciter suxit. Ostende manus immaculatus ante
faciem redemptoris nostri. Alléluia. — Mater patrum
et nati filia palrem ora jubc natum pia ut nos ducat
ad polorum gaudia.
N. 7. Martyrologe, xi" siècle; à la fin, une hymne
avec neumes.
N. 9. Diurnal et rituel, xii<=-xiiie siècle (xiv«-xve s., R.
Twigge).
N. 13. Evangéliaire, xie-xn» siècle (xiie-xm» s., R.
Twigge).
N. 15. Lectionnaire, xie siècle; contient des proses et
des répons en plain-chant noté sans clef ni portée.
N. 34. Pontifical et rituel, ixe-x° siècle; contient deux
messes contra demoniaco et une formule de bénédic-
tion pour l'épreuve judiciaire par l'eau bouillante qui
dill'ére de celle qu'a donnée D. Martène. De antiquisjecd.
ritibus, in-fol., Bassani, 1788, t. il, p. 338 sq.; voici
celle du ms. d'Albi :
SUPER AQUA FERVEKTJS. — Deus judex justus, for-
1065
ALBI (MANUSCRITS LITURGIQUES D';
ALCHIMIE
10GG
tis et patiens, qui auctor es pacis et judicas equitatem.
tu judica quod justum est, domine, et rectum da judi-
cium. qui respicis terrant et facis eam tremere. tu es
deus omnipotens. qui per adventum filii tui domini
nostri ihu xpi mundum salvasti. et sanctissima pas-
sione ejus humanum genus redemisti. tu hanc aquam
igné ferventem sanctifica. qui très pueros id est Sidrac
Misac et Abdenago in camino ignis ardentis accensa
fornace salvasti. illesosque per angelum tuum eduxisti.
tu démens sanclissime dominator presta. ut si quis
innocens de hoc furto in hanc aquam igné ferventem
manum misent, sicut très pueros supradictos in ca-
mino ignis salvasti. et Susannam de falso crimine
liberasti : ita et qui innocens de hoc furto in liane
aquam igné ferventem manum misent salvam et ille-
sam educat. Ita deus omnipotens si quis est culpabilis
in crassante diabolo cor induratum habens manum
miltere presumpserit. tua justissima severitas hoc de-
claret huic in corpore suo. ut cerla veritas sit mani-
festa, et anima per penitentiam salvelur. et si quis
culpabilis est et per aliqua male/icia aut per herbas
peccata sua regere voluit. tua dextera hoc evacuere
dignetur. Per eundum...
N. 36. Recueil, ixe siècle; Le premier morceau est
ainsi désigné dans le catalogue Kalendarium quod vi-
detur exaratum ad usum ecclesiise Buturicensis, desi-
nens anno dcccliv.
N. 38 bis. Recueil, IXe siècle; le n. 9 : Kalendarium,
semble avoir été à l'usage de l'Eglise de Bourges, il
s'arrête en 85i.
N. 42. Recueil, IXe siècle; De signo crucis, benedi-
ctiones aquse, salis, cineris et vini, de ecclesia conse-
cranda. A été écrit entre 950 et 1025.
N. 44. Antiphonse et Responsoria, ix° siècle.
N. 45. Recueil, xi» siècle. Apocalyse, Psaumes, Can-
tiques, Symboles des apôtres, de Nicée, de pseudo-Atha-
nase, Litanies, Prières de l'Église d'Albi.
N. 46. Livre d'hymnes et prières, x\e siècle, avec
neumes1. H. Leclercq.
ALCHIMIE. - I. Histoire. II. Documents. III. Bi-
bliographie.
I. Histoire. — La pratique des sciences occultes a
été assez sévèrement traitée dans le monde gréco-ro-
main. L'organisation du culte officiel et l'existence des
sacerdoces domestiques avaient paru devoir suffire aux
aspirations religieuses de tous; ce qui ne rentrait pas
dans ce cadre était tenu pour oeuvre malsaine et mal-
faisante; or l'État était intraitable à l'égard de tout ce
qui lui paraissait le menacer en quelque manière. La
présence- des affiliés à la classe odieuse à laquelle on
imposait tour à tour les noms de mages, astrologues,
mathématiciens, éveillait bientôt le soupçon et il était
rare que les noms de quelques-uns d'entre eux ne lus-
sent pas prononcés dés qu'un malheur inexpliqué, une
mort soudaine venait terrifier la société. Il faut lire dans
Tacite le récit des derniers jours de Germanicus - pour
comprendre l'horreur et la cruauté que les anciens té-
moignaient à l'égard de ces individus qu'ils tenaient
1 G. Libri et F. Ravaisson, Catalogue général des manuscrits
des biblioth. publ. des départements. in-4°, Paris, 1849, t. I, p. 481
sq. ; L. Delisle, Mémoires sur d'anciens sacramentaires, in-4°,
Paris, 1886, n. lxxxvi-lxxxviii ; R. Tvvigge, The médiéval ser-
vice Books of Aquitaine. I. Albi, dans la Dublin Review, 1894,
t. cxvi, p. 279-295; du Mège, Notice sur quelques manuscrits
de la bibliothèque d'Albi, dans les Mém. de l'Acad. des sciences
de Toulouse, 1834, t. m, part. 2, p. 271-287; F. Maassen, dans
Sitzungsberichte d. Akad. Wissensch., W'ien, 1866, t. liv,
p. 157-167; Lettres ornées d'un manuscrit (n' 6) de la biblio-
thèque d'Albi, dans la Revue historique du Tarn, 1891, t. vm,
p. 284-285, pi. - ! Tacite, Annales, 1. II, n. lxix, sq. —
* Ibid., 1. II, xxxii. — * lbid., 1. XII, lu; Historix. 1. II,
c. lxii. — *Ibid., 1. X, xxil — ° Paul, au Digeste, 1. V, tit. xxiu :
Ad legem Corneliam de sicariis et veneficiis. Ct. Tit. de
pour néfastes entre tous. Périodiquement on les bannis-
sait, mais sans cesse il fallait renouveler les édits. Sous
le règne de Tibère, on rendit un édit qui chassait
d'Italie les magiciens et les mathématiciens; l'un d'eux
fut même mis à mort et précipité du haut d'un rocher3;
sous Claude et sous Vitellius, nouveaux sénatus-con-
sultes4, mais en même temps qu'on les bannissait on
s'adressait à eux pour en apprendre les chances de durée
d'un régime de violence ; il n'est presque pas d'empereur
qui n'eût consulté ces devins pour savoir de leur bouche
si le trône lui appartiendrait un jour. Ainsi cette classe
d'hommes qui excite des espérances trompeuses était
sans cesse bannie et sans cesse recherchée : Genus ho-
minum potentibus infidum, sperantibus fallax, quod
in civitate nostra et vetabilur semper et retinebitur s.
Tout ce qui confinait à la connaissance et à la pratique
des sciences occultes était réputé criminel et prohibé à
Rome, ainsi que nous l'apprend le jurisconsulte Paul :
Libros magiese artis apud se neminem habere licet, et
si pênes quoscumque reperd sint, bonis ademptis am-
bustisque his publiée, in insulam deportantur ; hunti-
liores capite puniuntur6. Sous le nom de magie un
autre jurisconsulte, Q. Septimius Tertullianus, nous
dit ce qu'il faut entendre. Cet écrivain eut à s'occuper
dans ses ouvrages de polémique du récit de la Genèse
qui dit que les fils de Dieu voyant la beauté des filles
des hommes, les prirent pour femmes. Ce récit, dont
l'interprétation a exercé la sagacité des premiers chré-
tiens, trouvait son commentaire dans un livre apocry-
phe fort répandu alors, le Livre d'Hénoch 7, d'après le-
quel ces fils de Dieu étaient les anges rebelles qui habi-
tèrent avec les femmes et leur enseignèrent la sorcel-
lerie, les enchantements, les propriétés des racines et
des arbres, les signes magiques, l'art d'observer les
étoiles, l'un d'eux leur apprit même l'usage des brace-
lets et des ornements, l'usage de la peinture, l'art de
se peindre les sourcils, d'employer les pierres précieuses
et toutes sortes de teintures, d'où résulta une extrême
corruption. Cette opinion était reçue au IIe siècle de
notre ère et c'est d'après elle que Tertullien décrit les
œuvres réprouvées dont ils instruisirent l'humanité :
« Ils trahirent, dit-il, le secret des plaisirs mondains ;
ils livrèrent l'or, l'argent et leurs œuvres; ils ensei-
gnèrent l'art de teindre les toisons8. Ils découvrirent
les charmes mondains, ceux de l'or, des pierres bril-
lantes et de leurs œuvres". Ils mirent à nu les secrets
des métaux: ils firent connaître la vertu des plantes et
la force des incantations magiques et ils décrivirent ces
doctrines singulières qui s'étendent jusqu'à la science
des astres 10. »
« On voit, dit justement M. Berthelot, combien l'au-
teur est préoccupé du mystère des métaux, c'est-à-dire
de l'alchimie, et comment il l'associe avec l'art de la
teinture et avec la fabrication de pierres précieuses,
association qui forme la base même des vieux traités
alchimiques contemporains, retrouvés dans les papyrus
et les manuscrits ". » Ces anges qui enseignèrent l'al-
chimie, Tertullien les assimile en un autre passage à ces
mathématiciens qu'on expulsait de Rome, comme leurs
maleficiis et manichxis, § 6: Jubemus namque auctores qui-
dem ac principes cum abominandis scripturis eorum severiori
pœnx subjici, ita ut flammeis ignibus exurantur. — 7 Dillmann,
Das Buch Henoch, in-8% Lipsiae, 1851. — «Tertullien, De idola-
tria, ix, P. L., t. i, col. 671 : Angeli peccatores illecebras de-
texerunt, aurum, argentum et opéra eorum tradiderunt...
velleruntque tincturas inter csetera docuerunt. — "Tertullien,
De cultu feminarum, 1. II, c. x, P. L., 1. 1, col. 1328 : Qui siqui-
dem angeli qui et materias ejusmodi et auri dico et lapidum
illustrium et opéra eorum tradiderunt. — ,0 Tertullien, ibid.,
I, II, P. L., t. I, col. 1306 : Si quidem et metallorum operta ti«-
daverunt et herbarum ingénia traduxerunt et incanlationum
vires pruvulgaverunt et omnem curiositatem usque ad stella-
rum interpretationem designaverunt. — " M. Berthelot, Les
origines de l'alchimie, in-8\ Paris. 1885, p. 12.
1067
ALCHIMIE
1068
diaboliques ancêtres avaient été chassés des cieux.
Astrologos et aruspices et augures etmagos... quorum
artes ab angelis desertoribus proditasi. Expelluntur
malhemalici sicul angeli. Urbs et Jtalia interdicuntur
matliematicis, sicut cœlum angelis eoi'um, eadem
pœna est discipulis et magistris l. Nous retrouverons
dans les papyrus de Leyde des recettes magiques asso-
ciées aux recettes alchimiques, et il y a lieu de croire
que l'usage en était assez général, car ces papyrus, que
l'on croit provenir des environs de Thèbes, présentent
des caractères analogues à ceux de certains manuscrits
dans lesquels la doctrine, fût-elle d'origine égyptienne,
n'a été fixée qu'après un séjour prolongé en terre asia-
tique et dans la civilisation grecque3. Cette intention
d'entremêler ou de ne pas distinguer l'alchimie, l'astro-
logie et la magie apparaît clairement dans les plus an-
ciens textes qui nous sont parvenus4. On s'explique
dès lors la confusion volontairement établie par Tertul-
lien entre les enchanteurs, les magiciens et ceux qui
s'adonnaient à l'extraction et au travail des métaux. Il
semble que le néo-platonicien Jamblique ait également
associé la magie à l'art de composer les pierres pré-
cieuses : 'II 66oypYtxr| te/vï)... crju.7rXéxEi uoXXdtxiç XîOou;5.
Malheureusement le désastre que nous avons si souvent
à déplorer de l'incinération des archives des Églises
sous Dioclétien a été partagé par la classe de documents
dont nous parlons ici. C'est probablement en conformité
aux dispositions rappelées par Paul le jurisconsulte que
nous avons cité, que Dioclétien ordonna la destruction
des livres d'alchimie en Egypte. Le fait nous est attesté
par Jean d'Antioche, qui vivait sous Héraclius (vne siècle),
mais qui semble avoir copié le chronographe égyptien
Panodorus, contemporain d'Arcadius et placé encore
assez près des événements : AioxXï)Tiavôç rà irepi Xr,u.iaç
àp-ppov xai xpu<r°S T<>lî TtaXatoCç ajitov YeYP1*"-".^* ?'o^'a
8i£peuvT)<rdt(i£voi; ïxa-jat, irpôçrà u.r)x£Ti tcXo-jtov AÎ^vutioi;
èx tt)ç Toiaûtr); itiptywivba.i tiyyi)q, |J.r)TS xPYl!JI-(*taïV «utouç
Gappoûvraç icepio-jifa to-j Xot7ro0 Pcoitacotç àvraipsiv 6.
« Dioclétien fit brûler vers l'an 190, les anciens livres
de chimie des Égyptiens relatifs à l'or et à l'argent, afin
qu'ils ne pussent s'enrichir par cet art et en tirer la
source de richesses qui leur permissent de se révolter
contre les Romains. » On trouve une affirmation iden-
tique dans les Actes de saint Procope, dont la rédac-
tion très tardive (xe siècle), peut garder néanmoins des
passages anciens : xoù tôç (iiëXou;, oaai irepi /jjasi'a;
àpyûpoy xe xai xpvxroû toïç naXaiotlpoi; to>v AÎYUitTÎcov
xatà (tttouStiv âYpâçTjaav, àvâX<ou.a 7rupô; aura; e8r)xev,
e"pYWv Aiyvtcti'ou; 7ropi<ju.oG )(pr)U.âT<i)V, ûore (jlt| èx TÎ,<i8e
Tri? Té/vrjç E-JxoTnSîata ypv|u.aTi(Touivouç '• « Tout ce qui
existait de livres écrits avec grand soin et provenant des
anciens Égyptiens touchant l'art de fondre l'argent,
l'or, fut brûlé. Il voulait réduire les Égyptiens par la
misère, dans la crainte que, instruits dans l'art de la
fusion des métaux et le mettant en pratique, ils ne
fussent en état de reprendre les hostilités. «
Peut-être les papyrus de I.cyde ont-ils échappé à cette
'Tertullien, Apologeticus, xxxv, P. L.. t. i, col. 450. — Md.,
De idolatria, ix, P. L., t i, col. 671. — «Par exemple dans le
ms. grec 24Î90, de la Bibliothèque nationale. — 4C. Reuvens,
Lettres à M. Letronne, in-4% Leide, 1830, Première lettre, p. -10,
50. — "Jamblique, De mysteriis, sect. V, c. xxni. Les manus-
crits alchimiques lui attribuent mi'rne deux procédés de trans-
mutation. Cf. Biblioth. nationale, fonds grec, n. SSS7, fol. 266,
267. — * Jean d'Antioche, dans les Excerpta de Legationibus de
Constantin Porphyrogénète, publiés par H. Valois, in-fol., Paris,
16'i8, p. 834. — ' Passio S. Procopix, 4, dans Acla sanct-, jul.
t. n, p. 557. — * Julius Firmicus, III, 15. — » Code Théodosien,
1. IX, tit. xvi, 12. — ">M. Berlhelot, op. cit., p. 77. — " C. Reu-
vens, Lettres à M. Letronne sur les papyrus bilingues et gtccs
et sur quelques autres monuments gréco-égyptiens, in-4',
Leide, 1830, Troisième lettre, art. XI, papyrus 66, p. 65-67. —
11 C. Leemuns, PapyH grœci musxi antiqui ptiblici Lugduni-
Batavi, in-4% Lugd.-Batav., 1885. t. Il, 199. — «» M. Berthelot,
destruction. C est dans Julius Firmicus que le nom
d'alchimie se trouve pour la première fois, il est vrai
que le préfixe al est suspect8. Le premier alchimiste
désigné sous une dénomination véritable est un charla-
tan nommé Johannes Isthmeos qui escroquait les orfèvres
de son temps. Il se présenta à l'empereur Anastase à
qui il offrit un mors de cheval en or massif : « Tu ne
me tromperas pas comme les autres, » dit l'empereur, et
il le relégua, l'an 50i, clans la forteresse de Petra où
Johannes mourut. C'est à cette époque que le code
Théodosien prescrivit de brûler les livres des alchi-
mistes sous les yeux des évêques 9.
Ce n'est, semble-t-il, qu'au vn« siècle, dans les écrits
de Jean d'Antioche, que l'alchimie est mentionnée pour
la première fois comme formant un corps de doctrines
scientifiques 10. Au vme siècle, Georges le Syncelle utilise
des documents plus anciens et fait de larges extraits de
Zosime et de Synesius d'après des ouvrages que nous
possédons dans les manuscrits. C'est vers ce temps que
les Byzantins recueillent les textes et les traditions que
nous ont transmis les manuscrits dont le plus ancien,
celui de Saint-Marc à Venise, date du xie siècle.
IL Documents. — Le manuscrit le plus ancien aujour-
d'hui connu où il soit question d'alchimie, est un papy-
rus du musée de Leyde, qui, d'après Reuvens11 et Lee-
mans 12 remonte au ni" siècle de notre ère. Ce papyrus a
été trouvé à Thèbes dans une momie. Deux autres, con-
servés dans la même collection, sont surtout magiques
et gnostiques, nous en avons cité des passages dans nos
dissertations sur les Anges et sur les Anneaux. « Ces
trois papyrus, écrit M. Berthelot qui en a fait une étude
approfondie, sont associés entre eux étroitement, par le
lieu où ils ont été trouvés et même par certains renvois
du papyrus X, purement alchimique, au papyrus V, spé-
cialement magique. L'histoire de la magie et du gnosti-
cisme est étroitement liée à celle des origines de l'alchi-
mie : les textes actuels fournissent à cet égard de nouvelles
preuves à l'appui de ce que nous savions déjà ,3. »
1° Le papyrus V*. — Papyrus bilingue, grec et dé-
motique. Le texte démotique remplit 22 colonnes de 30 à
35 lignes chacune : le texte grec, 17 colonnes seulement;
il est long de 3m 60 et haut de 24 centimètres 1S. Ce papy-
rus est incomplet du commencement et de la fin. Il a
été écrit au me siècle. Le texte est assez incorrect et
peu soigné, il présente un grand nombre de fautes d'or-
tographe attribuables à la prononciation locale. Son
contenu nous intéresse surtout parce qu'il présente
plusieurs analogies avec la doctrine gnostique des Mar-
cosiens qui compta des adeptes jusque dans la Lyon-
naise 1G. On y lit un assez grand nombre de formules
magiques qui ont pu être en usage dans la secte : re-
cette pour fabriquer des philtres, pour incantations et
divinations, et pour procurer des songes n ; on y trouve
aussi des formules d'alchimie, par exemple : 11* section.
Itoii;18 -/putro'j. Recette pour faire naître de la rouille
sur l'or (?) au moyen de vinaigre, de sel commun, de
lithargyre, d'huile de vitriol (y_a).xav8ov) et d'autres in-
Collection des anciens alchimistes grecs, in-4*, Paris, 1887,
t. i, Introduction, p. 6 sq. — *» Ce papyrus porte les numéros
/. 38U dans le catalogue du musée de Leyde et A.MS. 75 dans
le catalogue du chevalier d'Anastasi. - "Voyez une description
complète dans C. Leemans, op. cit., t. n, p. 1-6 ; C. Reuvens,
op. cit., Lettre première, p. 8-27 ; Appendice, p. 145-151. —
'"> D. Massuet, De Valentini discipulis, 87, P. G., t. vu. col. 112.
— «' C. Reuvens, op. cit.. Première lettre, p. 8 sq., décrit toute*
ces formules. — '• W<; est obscur; on trouve chez les alchi-
mistes Uîoo-tç, que Du Cange a accueilli dans son glossaire grec;
ce mot est employé dans la xr section, par Synesius et par U
manuscrit alchimique de Leyde qui contient à la fin de la der-
nière page : Mqtfld "uai;, ôr.'.rta^, àvâcrafftç, «ai \iîwfftç. Il 8'aglt
peut-être de l'affinage de l'or. D'après Leemans, op. cit., t n,
p. 59, ce mot est formé de !d<, rouille, I», couvrir de rouille, cornm*
£fùou««, aurifier, qui vient de ;pù<ro.o; il propose donc la traduction:
auri obdttctionem rubiaine ou encore rubiginaiionem auri.
1009
ALCHIMIE
4070
grédients; 12° section dépourvue d'épigraphe, offre à
peu près le même contenu ; 13e section, contient la
recette pour la confection d'un anneau gnostique porte-
bonheur (voir Anneau) ' ; on retrouve un peu plus loin
une recette analogue2; puis viennent une table pour
pronostiquer la vie ou la mort d'un malade, une for-
mule pour amener la séparation entre époux; une autre
pour causer des insomnies jusqu'à ce que mort s'en-
suive, une autre pour avoir des amis à toujours et être
aimable. Reuvens a très bien vu que « quant à la
nature générale du papyrus, à la secte qu'il rappelle, et
à son âge, il est assez clair que le texte a été composé
sous l'inlluence de la doctrine de Mardis »3. Dans les
toutes choses naissent. Le cours du soleil est célébré
jour et nuit, par l'air, la terre, l'eau et le feu. »
La mention de l'anneau portant gravé le serpent qui
se mord la queue 7 nous ramène tout à la fois à l'alchi-
mie, dans laquelle ce serpent joue un rôle fondamental8,
et au gnosticisme. Voir Abrasax, col. 127. Un catalogue
d'explications des noms mystiques des plantes donne
lieu à des rapprochements avec la nomenclature de
Dioscoride 9. La recette d'encre et celle d'affinage de
l'or, les seules notions de chimie du papyrus V, ont été
étudiées par M. Berthelot10; un dernier passage nous
intéresse plus spécialement, parce qu'il touche plus spé-
cialement au gnosticisme et à son rituel liturgique n "
m
'E7i[t]x[a]Xoijp.s crat xbv Èv ttj xaXïj xoi'ty), x[ov] èv xà 7to... tv<3 oi'xw, 2iax6vr)(TÔv iiot,
x|a]i à[7r]iyYEiXov, àe\ ô'xt av o-ot eïtko, xa't 07ro[u âv] à[/7r]oo-xéXX[a>], roxpopLoioiifjiEvoç ©eâ>
r\ [0[cï, o't'to àv o-sêcovxat oc avSpe; xat ot yuva|ïx]s;. XÉytov Tiâvxa xà ÛTroypatpÔLi.Eva,
î| XEyop.sva, xa't 7xapaxt9éiis[v]â cor xa-/u. ["Eçjôao's xb 7tvip ïtn xà si'StoXa xà p-éyio-xa,
xa't x[a]xE7tsiExa> oùpavbç, xoù x'jxXov ijl[t) y]£tvti<7x<i>v xoù àyEtau xavÔâpou, Xé-
[yo]p.È[v]ou "twoEr xâvôapo; ô irrspoçvYi;, p.so-oupavàiv xûpavvoç aTtExeça-
X(cr6ï) r\ tieXto-Oï), xb p.Eyio-xov xoù svôoljov [a-j]xo0 xafxjs^pTJaaxo, xa'i6e<Jitdxr)v xou ou
oùpavoû (TuvxaxaxXe'co-avxe; r,XXa|av, <î>ç au 8taxovrço-st; [iio't ixpàç ou; 6eXo)
avop[a]<; xat yuvaïxaç- r|XE p.ot 6 Ô£0"7t<Sxa xoù oùpavoO, £7CtXà|x7t(ov x/j o'txou-
ii£vï),8iaxôvï](TÔv ptoi irpbç xÈ àvopa; xai yj[v]aïxa;, p.5txpo\jc; xe xat luyàXovc, xa\
ÈTuavayxâarïiç isl aùxoù; 7toieïv ixâvxa xà [yElypap-uiva ûix' Èixou. x. x. X-
recettes de tout genre qu'il donne pour les opérations
magiques « le grand nom » n'intervient que d'une ma-
nière accidentelle. Pour lui, le « grand nom », c'est le
« premier être », ô ■Kponj.-(opi, expression bien marco-
sienne et qui se trouve dans les fragments de cette secte
que les Pères nous ont conservés 5. Les colonnes 7e
et 8e du papyrus 6 adressent à ce « premier être » une
quinzaine de vers hexamètres dans le genre des hymnes
orphiques et qui sont comparables aux pièces les plus
excellentes de l'ancienne poésie chrétienne :
Ttç [xop;pàç Çtocov STrXayE; xt; 6'E-JpE xeaeuOouç;
Ti"; xapuoiv y£v£xr;<; ; xîç 6'oupEa Cupôcr' ÈysîpEt;
Tfç S'avifAouç ëxéXeucev ej^eiv Evtauata £pya;
Tiç S'aicôva, "va xpÉçtov attociv àvâo'O'et;
Eeç 0ïb;, aÔâvaxo;, itâvxtov yEvéxiop <ru néçuxaç,
Ka\ rcàTtv '.J'usai; <rù véiiec; xat ixâvxa xpax'jvEiç,
Atà)vuv f5a<jiX£Ù xa\xupiE
xa't xpojj.Éouo"tv
Oupsa, o-ùv itatôt'oiç Trrjywv, 7ioxap.à3v xs ta pEÎÔpa
Kat puuo"o't yatT); xa't itvEÛu.axa Txivxa xà <puvxa.
Oùpavbç û'J/içaT!; ce xpÉtut xa't 7iào-x 0àXao-o-a,
KûptE uavxoxpâxtop, âyis, xat oÉa-7ioxa itàvxtov.
Erj Suvâtiei o-xoty.Eta tiêXei xa't çiisxat ^àvxa,
'HeXiou û|/.vso-xat Cip6[i.oç vuxxéç xs xa't f|0-jç,
'Alpt, xa\ yatï, xat ûSaxt, xat Tiupbç àytitii.
« [Tu es le Seigneur, qui crée et qui nourrit, et qui fait
croître toutes choses.] Qui a fait les formes vivantes?
Qui a découvert les voies, qui a produit les fruits ? Qui
a bâti en hauteur les montagnes ? Qui a ordonné aux
vents d'avoir des retours périodiques? Qui donc com-
mande au temps? Dieu unique, immortel, qui a tout
engendré, qui donne des âmes à tous et qui affermit
tout, roi des temps et seigneurs. Les montagnes trem-
blent avec les petits fleuves et le cours des ileuves et les
profondeurs de la terre et tous les esprits qui sont. Le
ciel supérieur et la terre te rendent hommage, Sei-
gneur maître de l'univers, saint et seigneur de tout.
C'est par ta puissance que les éléments existent et que
' Sur la disposition matérielle du papyrus ù cet endroit, cf.
C. Reuvens, op. cit. : Avertissement, non paginé, avant la page
1, et Appendice, p. 148. — *C. Leemans, Papyri grxci musxi
antiqui Lugdini-Batavi, t. H, p. 23, ligne 27 sq. ; p. 29, ligne
28 sq. — 3 C. Reuvens, op. cit., Appendice, p. 150. — *C. Lee-
mans, op. cit., t. [i, p. 27, ligne 26. — 5S. Irénée, Adv. hxres.,
1. I, c. xm, P. G., t. vu. oui. 577 sq. ; S. Épiphane, Hseres.,
xxxiv, 5, 7, 18. P. G., t. xu, col. 5'J3. — « C. Leemans, op.
« Je t'invoque, toi qui (reposes) sur la belle couche,
toi qui (résides) dans la maison..., sers-moi; et va tou-
jours annoncer ce que je te communique, et dans tou9
les lieux où je t'envoie, sous la forme d'un dieu ou
d'une déesse, tels que les hommes et les femmes révè-
rent, en disant tout ce qui est écrit ci-dessous ou ce qui
t'est dit et recommandé : promptement. Le feu a atteint
les plus grandes idoles et le ciel a été englouti, ne con-
naissant point le cercle du saint scarabée, appelé pho-
rei : le scarabée, muni d'ailes, le Seigneur qui réside
au milieu du ciel, a eu la tête arrachée, ou a été mis en
pièces; ce qu'il y a de plus grand et de plus glorieux a
été détruit, et après avoir enfermé le maître du ciel, on
l'a fait périr : afin que tu me serves chez les hommes et
les femmes suivant mes désirs. Viens à moi, maître du
ciel, éclairant la terre; sers-moi auprès des hommes et
les femmes, petits et grands, et force-les toujours de
faire tout ce qui est écrit par moi. » Cette invocation à
l'amour mystique se prolonge, elle est suivie de deux
autres. Ces formules adoptées par les gnostiques, par
certaines fractions gnostiques du moins, se rapprochent
de celles de la théurgie égyptienne. Le dieu assis sur
une belle couche est probablement le même queJam-
blique qualifie de dieu assis sur le lotus : 6 Èitl Xwxoû
xa9»]p.Évoi;, et que les pierres gnostiques représentent si
fréquemment dans cette posture.
Le papyrus V présente une dernière particularité
bien caractéristique. Son texte est souvent interrompu
par des mots qui n'appartiennent pas à la langue grec-
que, sont d'une prononciation parfois malaisée et pa-
raissent suspendre le sens de la phrase ou même la
rendre inintelligible au lecteur, tandis que le rédacteur
des formules a du attribuer à ces assemblages de lettres
un sens aujourd'hui ignoré. Tous ces mots sont distin-
gués dans le corps du texte par un tiret placé au-dessus
et que l'on retrouve sur un grand nombre de pierres
gnostiques. Ces noms sont, entre plusieurs autres, ceux
de Jao, Adonai, Ablanathanalba, Sabaoth, Abrasas, etc.,
dont l'appartenance au gnosticisme n'est pas douteuse;
cit., t. n, p. 27 sq. Nous donnerons ces vers, non d'après la cou-
pure du texte, mais dans une restitution métrique. — ' C. Lee-
mans, op. cit., t. n, p. 29. — ê M. Berthelot, Collect. des anc.
alch. grecs, t. i, p. 9. — 9 Ibid., t. n, p. 10 sq.; C. Reuvens,
op. cit., Appendice, p. 151. Les expressions de cette section lui
font juger que l'âge du papyrus peut être relevé jusque dans 1*
première moitié du m' siècle. — *° Op. cit., t. I, p. 12 eq. —
" G. Leemans, op. cit., t. il, p. 13.
1071
ALCHIMIE — ALCUIN
1072
ce qui fait question, c'est de savoir à quelle secle particu-
lière l'on pourrait attribuer le rituel liturgico-alchi-
mique que nous étudions. Le papyrus ne contient pas
la mention du démiurge Ialdabaoth qui semble avoir
été particulier aux ophites '. Ce qui est dit du serpent
au sujet de l'anneau peut s'appliquer à un grand nombre
de sectes gnostiques ; enfin, on n'y a pas de traces bien
claires de la croyance aux génies malfaisants, croyance
que Matter attribue presque exclusivement aux ophi-
tes. Par contre, certaines transpositions des nomsJao et
Jehova et surtout l'emploi des voyelles â, ë, ïj, i, o, u, u,
invitent à chercher des éclaircissements dans ce que nous
savons de la secte marcosienne qui iaisait grand usage
de la symbolique des nombres représentés par les
voyelles de l'alphabet. Cet indice est le plus clair de ceux
qu'on peut invoquer en faveur de l'attribution du rituel
à telle secte particulière, mais on ne saurait sur ce point
dépasser l'hypothèse; ce qui parait incontestable, c'est
que le rituel a été à l'usage d'une secte gnostique profon-
dément engagée dans le système mythologique égyptien.
2» Le papyrus IV. — Ce papyrus est formé de 7 feuil-
lets et demi, il est haut de 0m27 et large de 0m32. Il ren-
ferme 25 pages de texte, comptant entre 31 et 52 lignes,
parfois moins, l'écriture est tantôt l'onciale, tantôt lacur-
sive2. Le papyrus est intitulé : « Le saint livre, appelé
la huitième monade de Moïse ; » son contenu importe
plus à l'étude de l'astrologie qu'à celle de l'alchimie et
il est curieux pour l'existence des relations entre la
magie et le gnosticisme juif. M. Berthelot n'y relève
que quelques mots chimiques pris dans un sens inac-
coutumé, nous ne nous y attarderons donc pas.
3» Le papyrus X. — Ce papyrus provient de Thèbes, il
se compose de 10 feuillets de 0m30 en hauteur, sur 0m34
en largeur, jadis cousus par trois filets de papyrus. 11
renferme 16 pages qui comptent de 41 à 47 lignes, la
dernière page n'en compte que 28. Le texte est con-
sacré tout entier à la science; « il témoigne, écrit
M. Berthelot, d'une science des alliages et des colora-
tions métalliques fort subtile et fort avancée, science
qui avait pour but la fabrication et la falsification des
matières d'or et d'argent : à cet égard, il ouvre des
jours nouveaux sur l'origine de l'idée de la transmu-
tation des métaux 3. » Ce papyrus, entièrement rempli
de formules techniques, appartient à nos études par sa
relation avec le papyrus V que nous avons longuement
décrit. En effet, la recette 15e se réfère au procédé
d'affinage de l'or cité dans le papyrus V et mentionné
plus haut; ellenous permet de supposer que le papyrusX
renferme des notions alchimiques qui n'ont pas été in-
eonnues des sectes gnostiques.
Les manuscritsalcliimiques sont nombreux en Europe,
mais ils ne nous offrent pas l'intérêt du papyrus V
nous n'entrerons donc pas à leur sujet dans le détail.
Ces manuscrits ont été décrits d'une manière complète
et tout à fait satisfaisante par M. Berthelot, Renseigne-
ments et notices sur quelques manuscrits alchimiques,
dans la Collection des alchimistes grecs, 1. 1, p. 173-219.
III. BiBLiopRAPHiE. — L. Allatius, De Psellis, dans
A. Fabricius, Bibliolh. greeca, t.. v; cf. lbid., t. xn, col. 749.
— J. St. Bernard, Palladius, de febribus; accedunt
glossae chemiese et excerpta e poêtis chemicis, in-8»,
Lugd.-Batav., 1745. — A. Berthelot, dans les Archives
des fuissions scientifiques, série III, t. xni, p. 819 854.
— M. Berthelot, Les origines de l'alchimie, in-8°, Paris,
1885. — M. Berthelot et Ch.-E. Ruelle, Collection des
anciens alchimistes grecs, 3 in-4», Paris, 1880. — Biblio-
thèque des philosophes alchimiques, in-8°, Paris, 1754.
* Tel est du moins l'avis de J. Neander, Genetischc-Ent-
wiekelung âer gnost. Système, in-8\ Bciïin, 1818, p. 233, et de
i. Matter, Histoire du gnosticisme, in-8', Paris, 1828, t. n, p. 105,
note; cf. p. 196. J. J. Bellerniann, Ueber die Abraxas-Gemmc.
est d'une opinion contraire, in-8% Berlin, 1820, t. i, p. 51; t. ri,
p. 10; t. m, p. 30. — * C. Rcuvens, op. cit., Appendice.
— A. Fabricius, Biblio theca.gr seca,m-ii,'l{amburç>i, 1718,
t. vi, p*. 790; Heliodori, Carmen de Chrysopoeia, t. vin,
p. 233; Synesius, De arle magnâ, t. xn, p. 760; cf.
p. 694sq., 708 sq. — H. Kopp, Beitrâge zur Geschichte
der Chemie, in-8», Braunschweig, 1869, p. 256-315. —
C. Leemans, Description raisonnée des monuments
égyptiens du musée d'antiquités des Pays-Bas, in-8°,
Leide, 1840. — C. Leemans, Papy ri grseci musei anti-
quarii publici Lugduni-Balavi régis Augustissimi
jussu edidit, interpretationem latinam, adnotatio-
nem, indices et tabulas addidit C. Leemans, in-4°,
Lugduni-Batavorum, 1885, t. il. — .1. J. Manget, Biblio-
theca chemica curiosa seu rerum ad alchemiam per-
tinentium thésaurus, in-fol., Colonise Allobrogum, 1702.
— B. de Montfaucon, Palœograpliia grœca, in-fol, Pari-
siis, 1708, p. 5. — D. Pizimentius, Democritus, de arte
magnâ, cum Sijnesii, Pelagii, Stephani Alexandrini,
et Mich. Pselli Scholiis, in-8°, Patavii, 1573. — Reine-
sius, dans A. Fabricius, Bibliotheca grseca, in-4°, Ham-
burgi, 1718, t. xn, p. 747. — C.-J.-C. Reuvens, Lettres
à M. Lelronne sur les papyrus bilingues et grecs et
sur quelques autres monuments gréco-égyptiens du
musée d'antiquités de l'Université de Leide, in-4»,
Leide, 1830, Troisième lettre, p. 65-75. — Ruland.
Lexicon alchemiœ sive Dictionarium alchemislicum,
in-4°, [Francfort-sur-le-Mein,l 1612. — K. C. Schmieder,
Geschichte der Alchemie, in-8°, Hallœ, 1832. — L. Stern,
Fragment eines koptischen Tractâtes ùber Alchimie,
dans Zeitschrift fur œgyplische Sprache und Alter-
tumkunde, 1885, t. xxm, p. 102-116. — P. Tannery,
Études sur les alchimistes grecs. Synesius à Bioscore,
dans la Revue des études grecques, 1890, p. 282-288. —
On trouvera au cours de l'ouvrage de H. C. Schmieder,
une bibliographie très étendue qu'il était impossible et
superflu de reproduire. H. Leclercq.
ALCUIN. — I. Biographie et travaux littéraires.
IL Le Lectionnaire d'Alcuin. III. Le Cornes sancti
Hieronymi, l'Homéliaire et les Capitulaires, les Livres
carolins. IV. L'Homéliaire retrouvé d'Alcuin. V. Le Sa-
cramentaire d'Alcuin. VI. Livres de dévotion privée:
le De psalmorum usu et les Officia per ferias. VIL Le
Sacramentaire grégorien. VIII. La Confessio fidei.
IX. Opinions sur la liturgie mozarabe, le baptême, la
septuagésime, etc. X. Le Liber de divinis officiis. XL
Conclusion. XII. Portrait d'Alcuin. XIII. Bibliographie.
I. Biographie et travaux littéraires. — Nous
n'avons pas à nous occuper ici de la biographie d'Alcuin
ni de son activité littéraire, si ce n'est dans la mesure
où l'une et l'autre peuvent éclairer son œuvre litur-
gique. Les notices qui lui sont consacrées dans la plu-
part des dictionnaires biographiques ou des encyclo-
pédies sont généralement insuffisantes, y compris les
histoires littéraires de Cave, Oudin, Dupin. Nous faisons
exception pour l'article d'Hauréau dans \& Nouvelle Bio-
graphie générale de Didot, pour relui du Diclionary of
Christian Biography et celui du Dictionnaire de théo-
logie, t. i, col. 687 sq. Les meilleurs travaux sur Alcuin
restent la notice de l'Histoire littéraire de la France,
t. iv, p. 8, 295-3-17, et l'édition des œuvres complètes par
Froben, abbé des bénédictins de Saint-Emmeran de
Ratisbonne (reproduite dans la Patrologie latine de
Aligne) *.Jaffé, Wattenbach et Duemmler pour la Biblio-
theca rerum Germanicarum et pour les Monumenta
Germanise historien, ont édité, inutile d'ajouter avec un
texte plus correct, les lettres et ouvrages historiques et
les poésies d'Alcuin '■■ . On trouvera dans la bibliographie
p. 151-157; C. Leemans, op. cit., t. il, p. 77 sq. ; M. Berthelot,
op. cit.. t. i, p. 16 sq. — 'lbid., t. I, p. 19-51. — » P. L., t. c
et ci. — 'Monumenta Alcuiniana, in-8*. Berlin. 1S7.;, de 912
p. (Bibliotheca rerum Germanicarum, t. vi). Cf. Duemmlerl
Monumenta Germanise historica. Epistoktrum, t. iv. Karolin,
oevi //. Berlin, 1895.
1073
ALCUIN
1074
que nous plaçons à la fin le renvoi à ces divers travaux.
Quant à la question liturgique, le rôle si important et
si peu connu d'Alcuin n'a jamais été, croyons-nous,
traité que par accident. Froben lui-même, assez complet
en général, a si peu su définir cette œuvre qu'il ne fait
même pas allusion à son Lectionnaire, ni à son œuvre
de revision grégorienne. Une bonne édition de ses
œuvres liturgiques est du reste encore à l'aire.
Alcuin changea son nom saxon d'Alcuin en celui de
Flaccus Albinus, mais le nom d'Alcuin a finalement
prévalu. Né en 735, dans la province d'York, il l'ut élevé
dans le monastère attenant à la cathédrale, et grâce à
son activité et à son intelligence, il y acquit toute la
science que l'on pouvait posséder à cette époque. Son
savoir comme celui du vénérable Bède, d'Isidore et de
quelques autres hommes de l'époque a des préten-
tions encyclopédiques. En 780, Charlemagne, qui dès
lors songeait à une restauration scientifique et littéraire
dans ses États, l'appela auprès de lui et il le garda jus-
qu'au moment où Alcuin, à force d'insistances, obtint
de retourner dans la retraite d'un monastère. Il avait
eu déjà plusieurs abbayes à réformer; c'est à Saint-
Martin de Tours qu'il se retira, vers 79(>, et il y continua
ses travaux jusqu'à sa mort en 804.
Ses œuvres nombreuses sont décrites avec détail et
selon les règles d'une saine critique dans YHistoire lit-
téraire de la France et dans l'édition de Froben ; elles
consistent en traités sur les arts libéraux, grammaire,
orthographe, dialectique, etc. ; en commentaires sur les
livres saints, sur les Psaumes, sur saint Paul, sur les
Proverbes, sur saint Jean, où il s'inspire des anciens
Pères, surtout de saint Augustin ; en ouvrages de théo-
logie et de controverse, surtout sur la question de
l'adoptianisme; en des poésies; en des vies de saints
et des lettres qui ont un grand intérêt historique. La
partie théologique n'a pas une haute valeur et manque
d'originalité. Les autres œuvres concernent la liturgie
et nous allons en parler plus en détail. Il passa, non
sans raison, pour le plus savant homme de son époque.
Ses ouvrages, il est vrai, sont empruntés en grande
partie à ses devanciers. Mais il fut un des maîtres de
son siècle et travailla à conserver à travers le moyen
âge les traditions anciennes. Il n'usa de sa grande in-
fluence sur Charlemagne que pour répandre la science,
réformer les mœurs du clergé, et fortifier l'Eglise. Un
chapitre important a été ajouté à l'histoire littéraire
d'Alcuin par Léopold Delisle dans son Mémoire sur
l'école calligraphique de Tours1 sur laquelle Alcuin
exerça une si grande influence, et par Samuel Berger
qui s'est efforcé de définir la part d'Alcuin dans la
revision de la Bible -.
On verra que son rôle liturgique, assez mal défini
d'ordinaire, lui assure le premier rang parmi les
hommes de son temps.
II. Le Lectionnaire. — La bibliothèque de Chartres
contient un manuscrit du Xe siècle, qui porte ce titre :
Cornes ab Albino ex Caroli imperatoris preeceplo
etnendatus, n. 32, ancien 24 de Saint-Père. Il fut édité
par Thomasi3. Une note placée à la fin du Lectionnaire
nous apprend qu'il est l'œuvre d'Alcuin, qui le corrigea,
distingua les mots selon les lois de la grammaire, y mit
l'orthographe, atin qu'il fût plus facile à lire. Cette note
précieuse nous apprend encore que l'auteur a fait soi-
1 In-4% Paris, 1885, extrait des Mémoires de l'Académie des
inscriptions et bettes, lettres, t. xxxn, 1" partie. — -Histoire
de la Vulgate pendant les premiers siècles du moyen âge,
Paris, in-8\ 1873; cf. notamment p. XV sq., 185 sq., 225 sq.,
24*2, etc. Cf. Mangenot, dans le Dict. de la Bible, t. i, Paris, 1892,
col. 341, 442. — s bans les Opéra, éd. Vezzosi, t. v, p. 297-313. Sur
ce manuscrit, cf. aussi Catal. général des manuscrits des biblio-
thèques publiques, Paris, 1889, t. XI, Chartres, p. 11, etPamelius,
Liturgica latinor., Cologne, 1571, t. H, p. 1-63. D'après dom
G. Morin ce manuscrit serait le n. 9452 actuel du fonds latin. Bi-
gneusement sa copie sur l'exemplaire même d'Alcuin,
et y a ajouté un supplément4. Charlemagne, frappé des
erreurs de transcription et des autres incohérences qui
s'étaient glissées dans les livres liturgiques, comme dans
les livres saints, avait entrepris un vaste plan de ré-
forme et Alcuin, dans son Cornes, commença l'exécution
de ce dessein. D'après diverses considérations fondées
sur des particularités chronologico-liturgiques, Varin
dans un mémoire aujourd'hui oublié, mais d'une grande
importance, établit qu'Alcuin fit ce travail avant la revi-
sion du Sacramentaire, car ces épitres ne répondent qu'à
une partie de cette revision3. La partie complémen-
taire ajoutée au manuscrit de Chartres n'aurait d'autre
but que de combler cette lacune.
Les termes de lectionnaire ou cornes, quelquefois
épistolier ou apostolicus, sans être absolument syno-
nymes (voyez ces mots), désignent un recueil des lec-
tures faites à la messe et que nous appelons aujourd'hui
l'épitre. Le travail d'Alcuin consista à écrire ces leçons
d'une façon correcte, en distinguant les mots. Les ma-
nuscrits de cette époque étaient écrits, comme les an-
ciens manuscrits en onciales,sans aucunes distinctions
ni séparations, ce qui rendait la lecture et l'audition
pénibles, ainsi que l'indique la note que nous avons
citée; enfin il corrigea toutes les fautes qui, par suite de
l'ignorance des copistes, étaient très nombreuses à cette
époque. Une bonne et authentique copie d'un livre
liturgique était déjà un grand mérite. De plus il fallut
faire concorder ces lectures avec le système liturgique
du temps, et c'est la partie la plus intéressante du
travail.
Son Lectionnaire compte 242 titres ou lectures. L'ap-
pendice dont nous avons'parlé en a 65. Ce qui est im-
portant à noter, c'est que le système de ces lectures est
mis en relation avec le système grégorien alors en
usage, et non pas avec le système gélasien qui plaçait à
part les saints. Ici ils sont incorporés à l'année litur-
gique. Voici, en abrégé, la synthèse de ce travail qui
nous donne l'état liturgique de la fin du vme siècle.
Le Cornes débute à Noël; les lectures pour l'avent
sont rejetées à la fin de l'année liturgique.
Natalis Dom ini.
Dom. 1 post Natale,
Dom. 11 post Natale.
Theop/iania.
Dom. 1 post Theoph.
Dom. Il post Theoph.
Dom. III post Theoph.
Dom. IV post Theoph.
Dom. V post Theoph.
L'octave de Noël contient les fêtes de saint Etienne,
de saint Jean, des saints Innocents, de saint Sylvestre.
Les fêtes insérées depuis la théophanie jusqu'à la
septuagésime sont celles de saint Félix, saint Marcel,
saint Sébastien, sainte Agnès, sainte Agathe, saint Valcn-
tin, Annonciation. Le 2 février est marqué : In die
qua Virgo offerebat Chrislum in templo.
In sepiuag. 6.
In sexag.
In quinqiiag.
Feria 4.
Feria 6.
Quadrag.
bliothèque nationale de Paris. Cf. Revue bénédictine, 1892, p. 497,
note. Dans une lettre du 16 juin 1903 à l'auteur du présent ar-
ticle, dom Morin justifie son attribution par de sérieux arguments.
— * Thomasi, toc. cit., p. 314. Le supplément va de la p. 314 à
318 ; cf. p. XXII. — 'Des altérations de la liturgie grégorienne en
France avant le xtu' siècle, Mém. présentés à l'Acad. des inscr.
et belles-lettres, I" série, t. n, p. 661 sq. — ' La présence de
ces trois dimanches de septuagésime, sexagésime, quinquagésime,
prouve qu'Alcuin ne s'inspire pas d un manuscrit grégorien pur
(ces offices étant postérieurs), mais qu'il admet des additions.
1075
ALCUIN
1076
Feria 2 et 3.
Feria 4 mensis I (avec 2 leçons).
Feria 5 et 6.
Sabb. in i"2 Leci. (six leçons).
Dom. I mensis 1 • (feria 2, 3, 4, 5, 6, sabbato).
Dont, in tricesima (avec toutes les fériés)2.
Dont, in vicesima (toutes les fériés).
Dont. V in quadrag. (toutes les fériés).
Dom. indvlgentia (sic) 3.
Feria 2, 3,4.
Feria 5, quando C/nislus conficilur^.
Feria 6.
Sabb. expliciunt lectiones de quadragesimo. Inci-
piunl lectiones de Vig. paschx.
Dominica scda (sic, Thomasi donne la variante sancta)
(avec toutes les fériés).
Dominica in oct. paschx.
De pascha annolina.
7» Dom. post oct. paschx.
7/a Dom.
7/7a Dom.
Fêtes de saint Philippe et saint Jacques, de saint Pan-
crace, et in natale sanctorum plurimorum.
7Fa Dom.
Vigil. Ascensionis.
In Ascensione.
Sabb. Penlec
Dom. Penlec. (avec toutes les fériés).
Dom. Octava Pentec. (2« férié seulement).
lncipivnt lectiones mensis quarti (avec les 3 fériés).
Dom. 11 post Pent. 3.
Dom. III post Pent.
Dom. IV post Pent.
Fêtes des saints Gervais et Protais, saint Jean et Paul,
vigile et fête de la Nativité de saint Jean-Baptiste; vigile
et fête de saint Pierre, vigile et fête de saint Paul, et
octave des saints apôtres.
Dom. 1 post Natal. Apost.
Dom. Il post Natal. Aposl.
Dom. 111 post Natal. Aposl.
Dom. 1 V post Natal. Apost.
Dom. V post Natal. Apost.
Vigile et fête de saint Laurent. Puis plusieurs lec-
tures de rechange pour la fête des saints. Fêtes des
saints Corneille et Cyprien, une lecture pour la fête des
évangélistes, décollation de saint Jean-Baptiste.
Hebd. /a post S. Laurentii (sic).
Hebd. 7ia post S. Laurentii.
Held. III* post S. Laurentii.
Hebd. JVa post S. Laurentii.
Hebd. Va post S. Laurentii.
Hebd. VI* mensis septimi.
Incipiunt lectiones mensis septimi (ferie 4, 6, et
saLbato 12 lectionum).
Dom. mensis septimi.
In feslivilale setœ Mariée (8 sept. Nativité).
Dedicatio basilicx S. Angeli.
Hebd. I*post S. Angelum.
Hebd. Il* post S. Angelum.
Hebd. 111* post S. Angelum.
Hebd. IV* post S. Angelum.
• La présence d'une lecture a la feria 5 est une nouvelle preuve
des additions qu'admet Alcuin. Celle-ci est due à Grégoire II
(715-731) qui composa un office pour ces jours. — « Même remarque
que dans les deux notes précédentes; les grégoriens pure, au di-
manche qui suit les quatre temps, devaient avoir un Dominica
vacat, à cause des ordinations. — 3Ceci indiquait une cérémonie
spéciale à Rome. Cette mention et celle des stations romaines suf-
firaient à prouver que nous avons bien ici une œuvre dépendante
de la liturgie romaine. — 411 me semble qu'il faudrait lire quando
CHRisMA confleitur, car Charlemagne, précisément dans une lettre
à Alcuin, dit du jeudi sainl, in ea... sanclum Cluisma confleitur.
P. L., t. C, col. 259 sc|. — 5Pas d'oflice pour la fête de la Trinité,
Hebd. V» post S. Angelum.
Hebd. 77» post S. Angelum.
Vigile et fête de tous les saints 6. Vigile et fête de
saint Martin, fêtes de sainte Cécile, de saint Clément,
vigile et fête de saint André.
/ V Dom. anle Natal. Domini.
777 Dom. anle Natal. Domini.
Il Dom. anle Natal. Domini.
Lectiones mensis decimi (feria 4, 6, sabb.).
Hebd. I an te Nat.
In vig. Domini ad Nonam '.
Suivent les leçons pour les ordinations, pour la dédi-
cace, in nalali Papx, pour les époux, pour le temps
de guerre, le temps de stérilité, contre les tempêtes,
dans la tribulation, à l'arrivée des juges, pour le jour
anniversaire d'un prêtre, la fête d'un saint, d'un mar-
tyr, in agenda mortuorum, enlin neuf leçons in quo-
tidianis diebus, pour les jours où aucune lecture n'est
assignée.
Dans son ensemble et malgré les quelques additions
post-grégoriennes que nous avons signalées, le Lection-
naire ainsi constitué présente, avec les caractères d'anti-
quité et de pureté liturgique, un vieux rite romain des
lectures. Ce qu'il faut bien noter, c'est qu'il est en con-
cordance avec la première partie d'une revision grégo-
rienne du missel qu'il faut attribuer à Alcuin, comme
nous le verrons au § VII. Certains souvenirs gallicans
maintenus dans l'homéliaire (voyez § IV) ont ici disparu.
Alcuin, sous l'influence de Charlemagne, se rapproche
encore de la liturgie romaine pure. La partie ajoutée au
Lectionnaire de Chartres ou appendice, eut pour objet
de le mettre au courant d'un état liturgique plus avancé
et de donner des lectures à des jours où il n'y avait pas
de service auparavant, par exemple, les fériés de la se-
maine de la Nativité, le mercredi de la Théophanie, le
jeudi de la quinquagésime, les veilles de Pâques et de
la Pentecôte, les mercredis des semaines après Pâques,
l'invention de la Croix, la messe du commun d'un apôtre,
la messe pour le roi, rege prsesente, la messe pour les
voyageurs et pour les malades, et la dédicace 8.
Quant au fond même des leçons et au choix des
passages scripturaires, il est purement grégorien.
Alcuin n'a fait que reproduire cette œuvre, comme le
dit Thomasi, imitando ac sequendo libelluni Papx
Gregorii Sacramentorum °. Son grand mérite fut de
chercher à donner dans ce livre liturgique, comme il l'a
fait dans sa revision des livres saints, un texte pur, dé-
barrassé de toutes les fautes et de toutes les altérations
qui le déparaient 10.
Thomasi a édité le manuscrit de Chartres qui parait
de beaucoup le plus pur, et Ranke l'a reproduit11. Plu-
sieurs critiques confondent ce lectionnaire avec celui
qu'ont édité Pamelius et Baluze, et qui est une œuvre
différente, comme nous le verrons au paragraphe sui-
vant •'-.
III. LE COMES SANCTl HlEllOXÏMl, L'HOMÉLIAIRE, LES
Livres carolins et les Capitulaires. — 11 existe un
autre Liber comitis qui réunit, non plus les seules épi-
tres de la messe comme le précédent, mais les épitres
et les évangiles, c'est, à parler strictement, un composé
d'un cornes et d'un capitulaire. Voir ces mots, i.'est le
dont l'institution est postérieure à cette époque. — "Cette fête est
importante à noter comme date chronologique, car Alcuin s'en fit le
propagateur. Cf. sa lettre 134' à son frère Ai non. Jaffé, Monumenta
Alcuiniana, p. 526. La fête ne lut cependant définitivement éta-
blie qu'en 835. Sa présence ici est un nouvel indice que nous n'avons
pas affaire à un grégorien pur. Cf. aussi Varin, Mémoire cité,
p. 614. — 'Voir la note de Thomasi, loc. cit., p. 311, 358. —
«Thomasi, foc. cit., p. 314-318. — » Ibid., p. 314. — '"Cf. S. Ber-
ger, loc. cit., p. 187-189. — "Thomasi, Opéra, t. v, p. 297-318,
rianke, Dus kircltliche Pericopensystem. — '* Liturgtca tatino-
rutn, t. il, p. 1-62; Baluze. Cuinluiartum reg. trancurum,
in-fol., Paris, 1677, L n, p. 13U9-1351.
1077
ALGUIN
1078
plus célèbre des livres de ce genre. Il fut attribué long-
temps à saint Jérôme, on ne sait trop pourquoi. Mais
Pamelius l, Du Cange 2, Thomasi 3, Bona *, etc., ont bien
montré qu'il n'en est pas l'auteur. Selon Varin 5, et les
auteurs de ['Histoire littéraire de la France semblaient
déjà de cet avis6, très vraisemblablement c'est Alcuin
qui l'aurait composé ou, du moins, il serait l'auteur d'un
recueil tout semblable. Le rôle liturgique d'Alcuin acquer-
rait de ce tait une nouvelle importance, car l'influence
du Contes Hieronymi a été grande. Mais cette hypo-
thèse est fondée sur une étude superficielle du Cornes.
Une critique plus pénétrante a conduit de nos jours à
d'autres résultats; plusieurs particularités liturgiques
rendent cette attribution inadmissible1.
D'après Varin encore, il faudrait aussi lui attribuer
YHoniéliaire, ou choix de morceaux des Pères sur l'évan-
gile qu'on lit à l'office. Cet homéliaire porte, il est vrai,
le nom de Paul Warnefride ou Paul Diacre, qui fut
changé par Charlemagne de sa rédaction. Ce nouvel ou-
vrage entrait dans l'ensemble des travaux de revision et
de codilication que ce grand réformateur et organisateur
avait entrepris sur la liturgie. Le recueil de Paul Diacre
aurait cependant, d'après certains critiques, été revisé
et retouché par Alcuin 8. Cependant Mabillon, qui d'abord
avait adopté cette opinion, et, d'autre part, Werner et
dom G. Morin sont d'un avis différent. Dans tous les
cas, le biographe d'Alcuin, qui écrit peu après sa mort,
lui attribue un homéliaire en deux volumes 9. Le second
de ces deux volumes est, d'après M. Delisle, qui en a
publié la table, aujourd'hui encore à la Bibliothèque na-
tionale10.
On le regarde comme l'auteur des Livres carolins
(voir ces mots) et il est vraisemblable qu'il y eut au
moins une grande part. Il eut sans doute aussi une
influence considérable sur la rédaction des Capitulaires
du grand empereur, qui touchent par plusieurs côtés à
la liturgie.
IV. L'Homéliaire d'Alcuin retrouvé. — Un manus-
crit latin du xne siècle, le n. i4302 de la Bibliothèque
nationale de Paris, provenant du fonds de Saint-Victor,
où il figurait sous le n. 189, contient un recueil d'homé-
lies qu'il faut, d'après dom G. Morin11, attribuer encore
à Alcuin, et qui ne serait autre que l'homéliaire reven-
diqué pour lui par l'auteur de sa Vie, et par un cata-
logue de Fulda 12. Cette attribution parait des plus vrai-
semblables; une note marginale, postérieure il est vrai,
désigne pertinemment Alcuin comme l'auteur; le sys-
tème liturgique correspond à celui du temps d'Alcuin,
et cadre aussi avec l'ordonnance du Cornes. Il ne sera
pas inutile de le donner ici :
7r« Partie :
Quatre dimanches de l'Avent.
Vigile et trois messes de Noël.
Saint Etienne, saint Jean, saints Innocents.
Circoncision et dimanche suivant.
Epiphanie et jour octave, avec quatre dimanche après
l'Epiphanie.
Fête de la Depositio Mariée13.
lLiturgica latin., t. n, praef., p. xi. — 'Du Cange, Glossar.
médise et inf. latin., v*, Cornes. — 3Opera, loc. cit., t. v, p. xxii,
— *Bona, De rébus liturg., 1. II, c. vi. —'Mémoire cité, p. 663,
664. — • Hist. litt. de la France, t. iv, p. 335. Nous avons cité
au § n, les éditions de Pamelius et de Baluze. — ' Cf. dom
G. Morin, Bévue bénédictine, t. xv (1898), p. 241. Cf. aussi
Fr. Wiegand, Dos Homiliarium Karls des Grossen auf seine
nrsprùngliche Gestalt hinuntersucht, Leipzig, 1897. — «Varin,
Mémoire cité, p. 665. Ct. Hist. littêr. de la France, t. IV, p. 337,
dom G. Morin, Hev. bénéd., nov. 1892, p. 491, 492; Mabillon, Vet.
analect., éd. in-fol., p. 18; K. Werner, Alcuin u. sein Jahr., Pa-
derborn, 1876, p. 38. — • Mabillon, Acta sanct., ssec. iv, part. I,
c. xxn, p. 158, et Anal., t. H, p. 329. — '"Delisle, Manuscrits
latins et français ajoutés au fonds des nouvelles acquisitions
pendant les armées 1815-1801, Paris, 1891, t. I, p. 353, et Notice
Purification.
Septuagésime, sexagésime, quinquagésime.
Cinq dimanches de carême, rien pour le dimanche
des Rameaux.
Pâques et les trois jours suivants.
Cinq dimanches après Pâques.
Ascension.
IIe Partie :
Dimanche après l'Ascension.
Pentecôte.
Cinq dimanches après la Pentecôte.
Saint Jean-Baptiste, saint Pierre, saint Paul.
Sept dimanches.
Saint Laurent.
Douze dimanches (en tout, vingt-quatre après la Pente-
côte).
Saint André.
Homélie sur Haec mando vobis.
Il faut remarquer en outre que ce recueil est destiné
non aux lectures de l'office divin, comme les homéliaire?
de ce temps, et notamment celui dit de Paul Warnefride,
mais à l'usage des prédicateurs. Il ne comprend pour
chaque jour désigné, surtout pour Ife dimanche et les
fêtes, qu'une seule pièce en forme d'homélie sur l'évan-
gile. La plupart de ces homélies sont tirées des Pères,
saint Augustin, saint Jérôme, saint Grégoire, mais sur-
tout du vénérable Bède. Le système liturgique quoique
ressemblant beaucoup à celui du Cornes, est pourtant
antérieur par quelques traits gallicans que nous avons
signalés, tandis que le Cornes a fait un pas en avant
pour l'adoption plus entière du cycle romain lv. Cf.
le § II.
V. Le Sacramentaire d'Alcuin. — Il existe dans les
œuvres d'Alcuin un Liber sacramcntorum 15. L'auteur du
Micrologue nous parle de ce livre et nous dit qu'il aurait
été fait à la demande de saint Boniface, afin que les
prêtres récemment convertis et encore peu instruits et
ne pouvant se servir de livres liturgiques compliqués,
eussent sous la main un exemplaire simplifié et facile16.
Ce témoignage est évidemment erroné, au moins en
ce qui concerne saint Boniface, car, chronologique-
ment, il ne peut pas y avoir eu de relations de ce genre
entre lui et Alcuin. Varin, tout en rejetant l'anecdote,
pense qu'il n'est pas interdit de croire que le fond est
vrai et que ce manuel liturgique fut écrit dans des cir-
constances et pour un but analogue à ceux qui nous
sont indiqués par le Micrologue. Dans ce cas il faudrait
en placer la composition entre 780 et 785, époque où
Charlemagne redoubla d'efforts pour la conversion des
Saxons. De plus, comme c'est vers 785 qu'il fit adopter
le missel grégorien dans ses États, il serait plus vrai-
semblable qu'Alcuin eût écrit le sien avant cette époque il.
Mais nous ne saurions admettre cette assertion. Litur-
giquement, le Liber sacramentorum n'a pas ce carac-
tère d'abrégé, et n'aurait pas rempli le but qu'on se
proposait; il suffit d'en examiner le contenu pour le
comprendre. Mais en dehors de toute considération
intrinsèque, nous avons deux passages des lettres d'Al-
sur les manuscrits disparus de la Bibliothèque de Tours, dans
Notices et Extraits des manuscrits de la Bibl. nation., t. xxxi,
1" part., Paris, 1884, p. 194. — '* Bévue bénédictine, novembre
1892, p. 491-497. — '* VH.a Alcuini, c. XII, n. 24, P. L., t. c,
col. 103; G. Becker, Catalogi Bibliothecarum antiqui, Bonnav.
in-8', 1885, p. 30 et 37, n. 13 et 17. — « Cette fête est tout à fait
caractéristique. C'est la fête gallicane de la Dormitio, placée en
janvier, comme dans les livres antérieurs à Charlemagne, et avant
la Purification. Il faut remarquer, en outre, qu'en dehors de ces
deux fêtes de la sainte Vierge, l'homéliaire ne contient pas d'autre
fête de Marie, ni l'Annonciation, ni la Nativité, ni l'Assomption.
— " Dom G. Morin, loc. cit., p. 495. — "P. L., t. ci, col 445-466.
— ,9 Microlog., c. lx, dans Bibliotheca Patrum, t. xvm, p. 489.
— "Mémoire cité, p. 624. Voir à la p. 637, note 1, un témoignage
du ix° siècle qui attribue aussi ces messes de la semaine à Alcuin.
1079
ALCUIN
1080
cuin qui nous disent avec beaucoup de précision que les
messes de ce sacramentaire ont été composées pour la
dévotion privée : Missas quoque alignas de nostro tali
missali, ad quotidiana et ecclesiasticee consuetudinis.
Primo in honorent summee Trinitatis, etc., etiam et an-
gelorum suffragia postulanda, quse multum necessaria
sunt in hac peregrinatione laborantibus : postea
sanctm Dei genitricis semperque virginis Maries missam
superaddidimus per dies aliquot, si cui placuerit, decan-
tandam, etc.1. Misi chartulam missalem vobis (ad
Fuldenses)... ut habealis singulis diebus, quibus preces
Deo dirigere cuilibet placeat... vel etiam sanctissimi
Palris vestri Bonifacii cantare (missam) quis velit, et
prsesenliam illius piissimam advocare precibus 2.
Il est clair, d'après ces témoignagnes et d'après
l'examen même de son livre, que c'est un recueil sans
aucun caractère officiel et qui doit rentrer dans la
même catégorie que son Liber de psalmorum usu et ses
Officia per ferias dont nous parlerons tout à l'heure.
Comme les fériés de la semaine n'avaient que rarement
une messe spéciale, comme d'autre part les livres an-
ciens répondent à un état liturgique où il n'y avait que
des services publics, Alcuin fait un sacramentaire privé
pour chaque jour de la semaine.
Il semble aussi, d'après l'usage qu'il fait de la liturgie
mozarabe, comme nous le dirons plus loin, que la date
de cet ouvrage est postérieure à l'époque fixée par
Varin. car à l'origine de la controverse adoptianiste
Alcuin ne paraît pas bien connaître cette liturgie.
Voyez § VI.
On pourrait appeler ce livre un Missel pour la se-
maine, car il ne tient aucun compte du cycle litur-
gique. En voici le schéma :
Dimanche : Missa de Sancla Trinitate.
Missa de gratia Sancti Spiritus postu-
landa.
Lundi : Missa pro peccatis.
Missa pro pelitione lacrymarum.
Mardi : Missa ad postulanda angelica suffragia.
Alia pro teijtationibus cogitationum.
Mercredi : Missa de sancla sapientia.
Missa ad postulandam humilitatem.
Jeudi : De charitale.
Alia contra lentationes carnis.
Vendredi : Missa de sancla cruce.
Missa de tribulatione et necessitate.
Samedi : Missa de sancla Maria.
Missa in commemoratione sanctm Mariée.
Suivent des messes communes et votives :
In veneralione unius apostoli.
In veneratione plurimorum apostolorum.
In veneralione xinius martyris3.
Missa unius apostoli sive martyris vel confessoris.
Missa plurimorum martyrum.
Missa in ecclesia sanctorum martyrum.
In natal, sanctorum quorum reliquiee in una domo
tunt.
Missa quotidiana sanctorum.
Missa pro inimicis.
Missa pro con fi tente peccata sua.
Missa pro salute vivorum et rcquie mortuorum.
Puis quelques oraisons et bénédictions.
>elon la forme des sacramentaires alors usitée, chaque
messe contient une collecte, une secrète, une postcom-
munion. souvent une préface, parfois l'épttre cl l'évan-
1 Epist., i.i, ad monachos vedastinos (écrite 796-S0'i), Muuu-
inenta Alcuiniana, p. 729. — * Epist., cxlii, ad Fuldenses (écrite
de 801-802), ibid., p. 658. — 3 C'est probablement celle qu'il in-
dique aux moines de Fulde, dans le témoignage précédemment
gile, une oraison super oblata, une oraison ad complen-
dum, une oraison super populum. D'après le texte cité
tout à l'heure de nostro tali Missali, Alcuin aurait tiré
ces messes d'un sacramentaire de son abbaye de Saint-
Martin de Tours qui paraît perdu aujourd'hui. Ce n'est
pas d'ailleurs le moindre mérite d'Alcuin de nous avoir
conservé ces anciens et vénérables fragments de litur-
gies disparues. Les deux messes les plus remarquables
sont celle de la sainte Trinité, adoptée plus tard à la fête
de ce nom dont l'institution est postérieure, et la messe
de la sainte Vierge. Il y aurait du reste profit à étudier
cette œuvre en détail, comme toutes les œuvres litur-
giques d'Alcuin, et à faire le départ entre ce qui lui ap-
partient en propre et ce qu'il a emprunté à d'autres
liturgies.
Œuvre de dévotion privée, la composition d'Alcuin n'en
a pas moins exercé une influence sur la liturgie officielle.
La consécration du dirrfanche à la Trinité, du vendredi
à la croix, du samedi à la sainte Vierge, a bientôt passé
en usage, et le souvenir en demeure aujourd'hui dans la
piété catholique; la plupart de ces messes communes
et votives sont aussi restées.
Ce qui doit attirer encore l'attention dans son recueil,
ce sont, pour chacun des jours de la semaine, les misses
sancti Augustini. Toutes ces messes ont le même carac-
tère, ce sont des messes de pénitence; elles ont aussi le
même cadre liturgique et le même style très personnel.
Quelques-unes de ces prières ont un cachet très ancien,
telles ces formules litaniques dans deux collectes :pro-
fero ad te, si audire digneris, Domine, captivorum
gemitus, tribulationes plebium, pericula populorum,
nécessitâtes peregrinorum, inopiam debilium, despe-
rationes languenlium, defectus senum, suspiria juve-
num, vota virginum, lamenta viduarum^. Tuum est,
Domine, sanare contritos corde, tuum est consolari
mœrenles. Placeat jam tuée pielati eripere oppressos,
revocare captivos, lectificare in angustiis constitutos*.
Notez surtout une prière super oblata qui a tous les
caractères d'une anamnèse ou d'une épiclèse et qui est,
à ce titre, des plus curieuses : Memores sumus, œterne
Deus Pater omnipotens, gloriosissimee passionis filii
tui, resurrectionis etiam, asrensionisque in ceelum.
Pelimus ergo majestatem Deus, ut ascendant preces
kumilitatis nostrx in conspectum tuée clementim et
descendat super hune panem, et super hune calicem
plenitudo tuée divinilatis. Descendat etiam Domine,
illa Sancti Spiritus tui incoin prehensibilis invisibi-
lisque majestas, sicut quondam in Patrum hostias
descendebat. Per eumdern Dominum 6. Voir aussi
le § VI et le mot Augustin (Missse sancli Augustini).
A remarquer encore la prière pour l'épreuve de l'eau
bouillante et du fer 7. L'œuvre se termine par des orai-
sons ad horas canonicas, curieuses aussi. La première
;'i prime est l'oraison romaine, Deus qui ad principium
lui jus d'ici.
Deux autres, d'après un renseignement que nous
devons à M. A. Gastoué, s'inspirent visiblement de la
liturgie mozarabe que ses controverses contre Félix et
Klipand firent connaître à Alcuin :
ALCUIN.
Oratio ad sextam.
Domine Deus J.-C. quihora
sexta pro redemptwne mundi
crucis lignum ascendisti...
te supplices deprecinnur ut...
ad vitam xternam pervenire
mereamur*.
bréviaire mozarabe.
Capitula ad sbktam.
Deus gui... sextx hor.v car-
riculo pro mundi salvatione
triumplmsti in crucis pati-
but.)...
rogamus ut...
ad te coronandi mereamur
venin- post transitum'.
cité, pour Être chantée à la fête de saint Boniface. — ' /'. L., t. ci,
col. 440. — » Loc. cit., col. 456. — ° Loc. cit., col. 449. — T Loc.
cit.. col. 462. — *P. t., t. et, col. 463. - *P. L., t iwxm,
col. 955.
1081
ALCUIN
1082
Ad nonam.
Domine Deus Cliriste J-
qui hora nona de crucis pati-
bulo... ad gloriam paradisi
transite fecisti...
te supplices deprecamur, ut
post obitum nostrum in para-
disi portas nos facias introire
gaudentes'.
Capitula ad nonam.
Deus qui... nonx horœ cur-
riculo in crucis stigmate glo-
rioso trumphasti miraculo...
quœsumus ut... illicpost tran-
siturn properemus quo tu
nostra prxcessisli vera re-
demptio !.
VI. Livres de dévotion privée : le De Psalmomjm usv
LIBER CUil VARIIS FOBMULIS AD RES QUOTIDIANAS ACCOM-
MODATISET LES OFFICIA PER FERIAS. — Nous réunissons
dans le même paragraphe deux autres œuvres d'Alcuin
qui sont, comme le précédent ouvrage, des livres de
dévotion privée. Ils ont des traits communs et leur titre
assez vague n'indique pas bien ce qu'ils sont. Ces litres
eux-mêmes varient du reste dans les manuscrits. Ce
sont en somme de ces livres qu'on appelait des Libelli
precum. Ils rentrent dans la catégorie du libellus pre-
cum de Fleury, du livre fameux de Charles le Chauve,
du Book of Cerne, récemment mis au jour. L'édition
qu'en a donnée Froben est très délectueuse et il serait
à souhaiter qu'on les éditât de nouveau avec tout le soin
que demandent de telles œuvres. Car en dehors de leur
intérêt pour l'histoire de la dévotion privée au moyen
âge, ils se rattachent à celle de la liturgie générale, et
nous ont conservé certainement des fragments pré-
cieux des liturgies antiques, comme nous le verrons
par quelques exemples.
Le Liber de Psalmorum usu est divisé en deux par-
ties3. Dans la première l'auteur nous indique quel usage
nous devons taire des psaumes, quels psaumes on peut
réciter quand l'âme est dans l'épreuve, quels sont ceux
qui conviennent quand on est dans la joie, ou dans la
tentation, etc.
Il y a ensuite dix-sept prières spéciales pour différen-
tes circonstances : dans la tentation dans la tribulation,
dans la joie, le matin, ou le soir, etc. ;. Toutes sont cou-
lées dans le même moule : d'abord des considérations
générales sur l'état de l'âme dans telle ou telle situation,
puis une prière après l'oraison dominicale, en forme de
versets tirés des Psaumes, enfin l'oraison proprement dite.
Nous ne pouvons étudier en détail toutes ces prières,
on le comprend, mais nous attirons l'attention sur cer-
taines confessions de foi plus remarquables, par exemple
le chapitre w.Confessio PalrisetFiliietSpirilus Sancti$;
elle contient ce curieux passage : sine quantitate mag-
num, sine qualitate bonum, sine tempore sempiternum,
sine morte vitam, sine infirmitate fortem, etc. Or ce
texte liturgique a une bien curieuse histoire. Ce n'est
autre chose que celui des dix catégories d'Aristote, en-
castré dans un passage liturgique et un peu modi-
fié. Dom Cagin, dans sa note érudite sur le Sacramen-
taire de Gellone 6, a découvert un passage analogue qu'il
retrouve dans un fragment de Conlestalio gallicane
publié par Mai 7, dans un écrit de Jean de Fécamp et
dans le Liber niedilationum attribué à tort à saint
Augustin. Mais il y a mieux, car dans nos Monumenta
liturgica, dom Leclercq a démontré que saint Irénée
cite déjà le Sine qualitate bonum, et c'est sans doute
par lui que le texte est entré dans les liturgies galli-
canes8. Dom Cagin ne doute pas qu'Alcuin n'ait connu
la Contestatio, et il renvoie au passage de la Confessio
fidei, pars I, n. xx, dont nous parlerons tout à l'heure 9,
et où on lit en effet Sine quanlilate magnum, sine qua-
litate bonum, sine tempore sempiternum, sine morte
vitam, etc. L'authenticité de la Confessio fidei a été
' P. L., t. ci, col 463. — 4 P. L., lxxx, t. vi, col. 959. — a P. L.,
t. ci, col. 465 sq. — 'P. L., loc. cit. — BP. L., loc. cit., col. 775.
— " Mélanges de littérat, et d'hist. relig. (Mélanges Cabrières),
Paris, 1899, t. i, Le Sacramentaire de Gellone, p. 231, 265 sq. —
' Scriptorum veterum nova collectio. t. m, 2' partie, p. 247. —
• Dom Cabrol et dom Leclercq, Monumenta Ecclesiœ liturgica,
assez vivement attaquée comme nous le dirons, mais le
texte tiré du De Psalmorum usu que nous citons est
inattaquable; il est curieux aussi de rapprocher au
point de vue des variantes l'un et l'autre passage.
Le livre d'Alcuin contient d'autres confessions de foi
qui méritent aussi d'attirer l'attention, notamment celle
de la seconde partie, n. x l0. Nous goûtons moins les
Confessiones peccatorum, qui contiennent l'ènuméra-
tion parfois choquante, et bien prolixe de toutes les ca-
tégories de péché ". Ces passages sont à comparer aux
pénitentiels nombreux alors, et dont on s'inspirait vo-
lontiers. Ces longues confessions sont bien dans le
goût de l'époque, comme on le voit dans le Libellus
precum de Fleury, dans celui de Charles le Chauve et
dans les livres de même genre. La seconde partie con-
tient une collection très remarquable d'oraisons, de
confessions des péchés, de confessions de foi qui méri-
teraient aussi une étude à part.
Dans leur ensemble, ces ouvrages, comme tous ceux
d'Alcuin, témoignent de beaucoup de soin, d'une piété
sérieuse, d'un goût assez judicieux pour le temps, et
dans tous les cas très supérieur à celui de ses contem-
porains. Sa doctrine est élevée et sûre, et il s'inspire si
bien de la. liturgie, que tout en étant des livres de dé-
votion privée, ces livres servent pour l'histoire de la
liturgie générale.
On voit que bien qu'il s'adonnât avec zèle à la revision
de la liturgie romaine, Alcuin conservait, encore une
grande prédilection pour les autres liturgies. Nous au-
rons à revenir sur ses citations de la liturgie mozarabe.
Dans les deux ouvrages dont nous nous occupons, on
reconnaît l'influence des liturgies celtiques. Ces longues
et minutieuses confessions des péchés, ces litanies pro-
lixes, sont, d'après Edmond Bishop qui en a fait une étude
spéciale, des manifestations de la piété celtique. Il ne
faut pas oublier qu'Alcuin est Anglo-Saxon et qu'il a été
élevé dans l'école d'York. Il semble évident qu'il a
connu le livre d'Aethelwald et qu'il s'en est plus d'une
fois inspiré 12.
Le livre des Officia per ferias est, comme le De
Psalmorum usu, une œuvre composite distribuée selon
les fériés de la semaine. A chaque jour est attribué un
certain nombre de psaumes suivis de prières, de versets,
de litanies et d'hymnes. Chaque psaume est accompa-
gné d'une oraison, selon un antique système de psalmo-
die. On y retrouve, comme dans le De Psalmorum
usu, des litanies de forme diverse, des confessions des
péchés, des hymnes de différents auteurs, de Sédulius,
de Fortunat, de Prudence. D'autres prières portent les
noms de saint Augustin, de saint Eugène, de saint Am-
broise, de saint Grégoire, de saint Hilaire, de saint Be-
noît, de saint Isidore, de Gélase (la fameuse prière lita-
nique du Dicamus omnes),de saint Cyprien martyr, etc.
Les hymnes, notamment celles de Sédulius, de Fortu-
nat, etc., sont authentiquas. Quant aux prières, elles
ne se retrouvent pas en général dans les œuvres des
auteurs à qui elles sont ici attribuées, mais elles sont
recueillies dans plusieurs livres liturgiques du moyen
âge. On a émis l'hypothèse de l'existence d'un recueil
euchologique dont on suit un peu partout la trace, mais
qu'il n'est pas possible, pour le moment du moins,
d'identifier et d'authentiquer. Peut-être aussi n'y faut-il
voir qu'un nouvel indice de ce système d'emprunts ou,
comme on l'a dit, de défloraisons, et encore de cento-
nisaiion, dont le moyen âge a tant usé dans tous les
genres littéraires.
Nous ferons remarquer pour la Feria secunda, la
t. I, p. xliv-xlv. Cf. S. Irenée, Adv. hseres., II, xix, 2.
P. G., t. vu, col. 772. — 9 P.L., t. ci, col. 1041. — ">P. L„
loc. cit., col. 501. — f,P- L., loc. cit., col. 478, 498-500. —
,s The Book of Cerne, édités par dom A. B. Kuyper et Edm.
Bishop, in-4°, Cambridge, 1902. Voir notamment p. XXV, XXX,
174, 232. 233. 277.
1083
ALCUIN
1084
collection des sept psaumes pénitentiels déjà en usage
dans l'Église1, puis une longue litanie qui n'est qu'un
abrégé du martyrologe hiéronymien 2, la collection du
psalterium Bedse au vendredi 3, sorte d'abrégé des cent
cinquante psaumes, ou choix dans chacun des psaumes
des versets les plus remarquables. Quelques-unes de ces
prières portent les traces d'une haute antiquité, par
exemple le Libéra Domine, animant servi tui... sicut
liberasti Abraham de Ur Chaldaeurum, etc., qui est
aujourd'hui encore conservée au rituel pour le service
des agonisants 4. Cette prière que l'on peut suivre à la
piste dans la plupart des liturgies et qui, comme nous
l'avons dit ailleurs, parait déjà usitée aux catacombes,
se présente ici sous trois formes :
Oratio
ad psalm. xxxrx».
Libéra, Domine,
animant servi tui
iicut liberasti
Abraham de Ur
Chalrieorum... si-
cut liberasti, très
puervs de camino
ignis ardenlis... si-
eut liberasti Susan-
ncm de manu prin-
cipum... sicut libe-
rasti Daniel de lacu
teunum... sicut li-
berasti Jotiam de
Ventre cseti, etc.
La source première nous semble être le IIIe livre (apo-
cryphe) des Machabées qui, comme le IV" livre d'Lsdras,
a laissé des traces dans la liturgie. Cf. c. VI, vs. 5 sq.
Dans plusieurs de ces prières dont le caractère nette-
ment li la nique est toujours un signe d'antiquité, on
sent aussi l'inlluence mozarabe. Il parait probable
qu'Alcuin, dans le courant de la discussion adoplianiste,
a'est procuré les livres de cette liturgie et y puisa sans
scrupules. En voici quelques exemples :
Breviarium Gothicum ».
Oratio
sancti Martini •.
Deus glorise..,
exaudi me oran-
tem sicut exaudisti
très pueras de ca-
mino ignis arden-
tis... sicut exa udisti
Junam de ventre
OPti... sicut exau-
disti Susannam et
liberasti eam de
manu iniquorum
testium, etc.
Oratio
sancti cypriani '.
Exaudi me ro-
ganlem sicut exau-
disti Jonam de
ventre ceti... sicut
exaudisti très pue-
ras de camino
ignis... sicut exau-
disti Danielem de
lacu leonum... si-
cut exaudisti Su-
sannam et liberasti
eam de manibus
senior um... ut libe-
rasti Theclam, etc.
Alcuin.
Oratio Isidori'.
Pie exaudibilis Domine,
Deus nuster J.-C, clemen-
tiam tuam cum omni sup-
plicatione depuscimus, ut per nem S. M. V,
interventum et meritum bea-
ts M. V.
Oremus...
Cum omni supplications
rogetnus ut per... intercessio-
Infirmis salutem, lapais re-
paraliunem , aerum commodi-
talem, naviguntibus atque
itinerantibus fidelibus prospe-
rum iler... oppressis, captivis,
vinctis, et peregrinis... de-
functts fidelibus requiem.
Oratio(super psalm. xxxii)".
Fiat misericordia tua, Do-
mine, super nos... et qui sin-
gillatim corda hominum fin-
gis, spe tua sanctifiées et quia
oculi tui super eos sunt qui
te (lacune dans le manuscrit du
texte d'Alcuin, mais il n'est pas
douteux qu'il taille restituer
metuunt) timoris tui da nobis
plenitudinem, etc.
InfirmU, oppressis, captima,
itinerantibus, navigantibus,
tribulanlibus... et de/unctis
fidelibus... Miserere infirmis,
miserere oppressis, miserere
captivis, miserere peregrinis...
et requiem omnibus fidelibus
defunctis ,0.
Oratio (a Matines) '*.
Fiat misericordia tua, Do-
mine, super nos, ut qui singil-
latim corda hominum flngis,
speciulius ea sanctifiées, et
quia sunt oculi tui super eos
qui te metuunt, timoris tui
da nobis plenitudinem, etc.
* P. L., t. ci, col. 526. — » Loc. cit., col. 502 sq. — *Loc. cit.,
eol. 669. — 'Loc. cit.. col. 552. — » P. L., L. ci, col. 552. — • Loc.
Cit., col. 604. — ' Loc. cit., col. 567. Cf. Le livre de la prière an-
tique, p. 426, et Tliomasl, Opéra, L n. p. 559. On peut comparer
une antienne du codex SS9 de Saint-Gall, reproduite dans la Paléo-
graphie musicale, Solesmes, 1883, t. I, p. 138, de la reproduction
poototyplque. — «Donnée deux lois, t ci, col. 487, 556. — *P. L.,
Alcuin.
Oratio (super psalm.xxxiii)13.
Inquirentes te, Domine, di-
gnante'r exaudi... atque ut in
te laudetur anima nostra,
Breviarium Gothicum.
Oratio (a Matines) '*.
Inquirentes te Domine, di-
gnanter exaudi; alque ut in
te gaudeat anima nostra pro-
propitius indultor imperti. Et pitius indultor imper ti ; et qui
quia ju.vta es his qui tribulato juxta es his qui tribulato
sunt corde, aurem tiuim ad
contritionem nostri spiritus
pande; et ad pacem tuam
qux exuberat (sic) omnem
sensum, corpora nostra et
corda converte. Amen.
sunt corde, aurem tuam ad
contritionis nostrse spiritus
aperi; et pacem tuam qux
exsuperat omnem sensum,
[l'éditeur supplée ici, à tort
Concède vel simile, la compa-
raison avec la mozarabe dunne
la vraie lecture] et corpora
nostra et corda purifiée t. Per.
On en pourrait trouver bien d'autres. Nous devons à
l'obligeance et à l'érudition de M. A. Gastoué les sui-
vantes :
Alcuin.
Impie, Domine, petitiones'*.
Servientes tibi ob metum ".
Domine... cujus sedes in
sseculum sxculi '*.
Breviarium gothicum.
Impie, Domine, petitionrs '*.
Servientes tibi in timoré'*.
Deus, cujus sedrs manet in
sxculum sxculi'0.
La formule intitulée par Alcuin Fides apud Nirœnm a
trecentis décent et oclo episcopis édita, est curieuse parce
qu'elle présente des variantes notables avec le texte reeu 2*.
Les oraisons : Per sanrtorum, ungelorum, archangelo-
ruwi,etc.,et: Deus omnium condttor et creator*-, dirent
un grand rapport avec les post sanclus gallicans.
De ce chef donc, les livres d'Alcuin acquièrent la
plus grande valeur, au point de vue liturgique, à cause
des fragments d'anciennes œuvres qu'ils renferment.
A un autre point de vue, ces collections sont fort in-
téressantes pour l'histoire de la dévotion privée. I.lles
démontrent, comme les autres livres similaires de cette
époque, que cette dévotion s'alimentait d'ordinaire aux
sources liturgiques, elles se recommandent par leur ca-
ractère théologique, et si l'on met à part les délauts du
temps, on peut dire que ces livres sont bien supé-
rieurs par leur côté liturgique à la plupart des livres de
piété modernes. Il y aurait avantage à les étudier et
même à les utiliser dans ce but.
C'est à l'un ou l'autre de ces livres ou à une copie peu
différente, qu'il fait allusion dans le passage d'une de
ses lettres : Direxi dileclioni vestrse, per Fredegisum
filium meum manualem Libellant multa continentem
de diversis rébus, id est : brèves rxposiliones in pml-
mos septem pœnitenliœ, in psalmum quoque CXVIII,
simililer et in psalmos xv graduum. Esl quoque in eo
Libello Psalterium parvum, quod dicitttr lirait liedse
presbyteri Psalterium. Quent ille collcgit per verrai
dulces in laude Dei et orationibus per singulus psal-
mos juxta hebraïcam verilatem. Est quoque hyninut
pulclierrimus de sex dierum opère, et de sex wlahbus
mundi : est et in eo epi^tola de confessione quant fe-
cimus ad infantes et pueras : est et in eo hymnus vê-
tus de xv psalmis graduum. Habet et alias orationet;
et Itymnum quoque nobilissiniuni elegiaco métro com-
posilum de quadam regina Fdildryde nomine; queni
libellum posui in manus Fredegisi /ilii met - '■'.
VII. Le Sacramentaire grégorien. — Tous les livres
dont nous venons de parler indiquent une grande acti-
vité liturgique et constituent à l'actif de l'abbé de Saint-
Martin de Tours un dossier qui suffirait déjà à le mettre
à la tète des liturgisles de son temps. Mais si, comme
tout tend aujourd'hui à le faire croire, il fut l'auteur de
t. lxxxvi, col. 99t. — "P. L.. t i.xxxvi, col. 94'">: rf aussi
col. 970 et alibi. — "P. L., t. ci, col. 588. —'«P. /... t. LXXXVI,
col. 230. — "P. L., t. Cl, col. 554. — <»P. I.., t LXXXVI, cl J70.
— ,SP. L., t. CI, col. 558. — <»P. /.., t. LXXXVI, col. 255. — " />. L.,
t. ci, col. 564. — <»P. L. L lxxxvi, col. 331. — "P. L.. t. ci,
col. 587. — «P. L., t. lxxxvi, col. 1031. — *' P. L., t. ci. cnl. 598.
— ** Loc. cit., col. 596-597. — " Ep., clvi, P. L., t c. col. 407.
1085
ALCUIN
1086
la revision grégorienne pour les Gaules, il faudrait con-
sidérer son influence comme ayant été sans contredit
de premier ordre dans l'histoire de la liturgie romaine et
des livres liturgiques.
Exposons d'abord cette thèse historique. L'auteur du
Micrologue nous dit au sujet d'Alcuin : « Le même
Alcuin a fait un autre ouvrage qui n'est point à dédaigner
pour notre sainte Église; car on assure qu'il a recueilli
dans le sacramentaire, les prières de saint Grégoire,
auxquelles il en a ajouté de nouvelles, mais en petite
quantité, et qu'il a eu soin de désigner par des obèles ;
puis à ces prières il en a réuni d'autres qui, sans venir
de saint Grégoire, étaient nécessaires pour la célébra-
tion des offices divins. C'est ce qu'atteste le prologue
que lui-même a placé au milieu de son recueil, immé-
diatement après les prières grégoriennes '. »
Le Micrologue, il est vrai, n'est que du XIe siècle, et
quoique son témoignage, comme nous l'avons dit, au
sujet du Sacramentaire de semaine d'Alcuin, ne soit
pas recevable,cela n'infirme pas ce qu'il dit d'une façon
si précise de l'œuvre de revision du grégorien2. Un ca-
talogue dressé en 831, de l'abbaye de Centule, ou Saint-
Riquier, vient corroborer du reste son témoignage en
indiquant « un Missel grégorien et gélasien tel que ré-
cemment Alcuin l'a mis en ordre »3. Or, le sacramen-
taire publié par Pamélius, surtout d'après un manus-
crit de Cologne, répond exactement à la description du
Micrologue. Il est divisé en deux parties séparées par
une préface dans laquelle l'auteur dit que tout ce qui
précède provient de saint Grégoire, sauf les parties qui
sont marquées d'un signe, et qui sont des additions
comme la fête de la Nativité et celle de l'Assomption de
la sainte Vierge, la plupart des offices du carême et la
messe en l'honneur de saint Grégoire. L'auteur s'est
appliqué surtout à corriger les fautes des copistes. La
partie qui suit la préface est consacrée à des offices que
saint Grégoire n'avait pas mis dans son sacramentaire,
qui ont été composés par d'autres et spécialement par
saint Gélase. Le compilateur a écrit cette préface entre
les deux pour bien distinguer l'œuvre de saint Grégoire
de celle qui ne lui appartient pas, mais il affirme que
tout ce qui est dans ce recueil est emprunté à des
hommes d'une doctrine sûre4. Il semblerait donc d'après
ces faits que, d'une part, nous aurions l'œuvre de saint
Grégoire dans le sacramentaire édité par Pamélius, et
d'autre part, que nous devrions cette œuvre à Alcuin,
quoi qu'en dise Pamélius qui incline plutôt à l'attribuer
à Grinrbald. Mais Varin dans le savant mémoire déjà
cité, démontre fort bien l'erreur de Pamélius5. Ce qui
parait certain, c'est que Grimoald et Rodrad, deux
clercs de cette époque, travaillaient aussi de leur côté à
la revision du grégorien et leur œuvre a été éditée. Mu-
ratori prétend lui aussi rééditer le travail d'Alcuin
d'après deux manuscrits différents de celui de Pamélius 6.
Mais les renseignements de Muratori sur ces manus-
crits ne sont pas très exacts et sur ce point, comme sur
son édition même, défigurée par une erreur de folio-
1 Bibl. P. t., t. xvni, col. 489; Micrologue, c. lx. — «Le témoi-
gnage du Micrologue étant vraiment important dans cette ques-
tion, il ne sera pas inutile de dire que cet ouvrage, un des plus
remarquables traités liturgiques du moyen âge, longtemps attri-
bué par les meilleurs critiques à Ives de Chartres (xi" siècle)
(cf. Hist. littér. de la France, nouvelle éd., Paris, 1868, t. vin,
p. 320 sq. ; t. x, p. 144 sq. ; Varin, Mémoire cité, et surtout dom
S. Bànmer, L'auteur du Micrologue, dans la Ilevue bénédictine,
mai 1891, p. 193-201), a été restitué à son véritable auteur,
Bernold de Constance (xr siècle), par dom G. Morin, Que l'au-
teur du Micrologue est B. de Constance, dans la Rev. bénédictine-
septembre 1891, p. 385-395. Dom S. Bàumer, qui s'était d'abord
déclaré pour Ives de Chartres, est revenu à B. de Constance, tai-
sant sien3 les arguments de dom Morin et de dom Cagin, qui
rendent l'attribution indubitable. Ct. Ncues Arch., t. xvni,
p. 432 sq. — 3D'Achéry, Spicilegium, t. n, p. 311. Cf. Delisle,
mémoire sur d'anciens sacramentaires, p. 92, 117, 157, 247, 286.
tage (les colonnes 139-170 ont été numérotées 241-272,
et 171-272, portent 139-240, il faudrait numéroter 1-138,
241-272, et 139-240; les pages 1-138, 241-272, et 357-361
formeraient le sacramentaire grégorien), ils demandent
à être rectifiés par les remarques de Varin 7, et surtout
par celles d'Edmond Bishop 8. Cependant son édition
peut servir à compléter celle de Pamélius 9.
Le mémoire de Varin, qui a si bien étudié le prohlème
de la question grégorienne, est tombé dans un tel oubli
que ni Edmond Bishop, ni Bàumer, liturgistes cepen-
dant si bien informés, ni les autres qui ont écrit après
eux, ne paraissaient se douter de son existence. Mais le
témoignage des deux premiers liturgistes n'en est que
plus important quand ils arrivent par une voie diffé-
rente aux mêmes conclusions que Varin, à savoir que le
sacramentaire édité par Pamélius est bien l'œuvre revi-
sée et complétée par Alcuin10.
On sait qu'au vm° et au ixe siècle, d'après les recher-
ches récentes de dom Bàumer, les exemplaires du géla-
sien étaient très répandus en Gaule. Mais on peut se
demander pourquoi Alcuin voulut combiner ainsi les
deux rites grégorien et gélasien. Si l'on répond que le
sacramentaire grégorien était incomplet et qu'il fallait
le compléter par le gélasien, on demandera alors pour-
quoi l'œuvre de saint Grégoire était incomplète, et
comment il pouvait avoir, par exemple, laissé trente-sept
dimanches sur cinquante-deux sans office? Varin, avec
lequel Mor Duchesne s'est rencontré sans le savoir,
n'hésite pas à dire que le missel grégorien était un
recueil à l'usage du pape, et conséquemment ne conte-
nait que les offices où il pontifiait11. Mais cette opinion
n'est pas sans soulever de grosses difficultés12. Nous
n'avons pas à entrer pour le moment dans cette discus-
sion qui nous entraînerait bien au delà des bornes de
notre sujet. Voir Grégoire Ier (Saint); Liturgies galli-
canes; Liturgie romaine.
A défaut d'une certitude absolue que nous donnerait
seule une édition soignée de l'œuvre liturgique d'Alcuin,
les conclusions auxquelles nous sommes arrivé nous
paraissent très solides.
L'édition grégorienne fut sans doute ordonnée, comme
celle de la revision du lectionnaire, par Charlemagne,
dont on sent partout à cette époque, notamment dans
la domaine littéraire, la main puissante. Et c'est à son
conseiller le plus écouté que revient l'honneur d'avoir
donné aux Églises carolingiennes leur missel. Plus tard,
ce scrupule qu'Alcuin avait apporté à distinguer l'œuvre
grégorienne des additions et des compléments, disparut,
et fit place, comme il arrive toujours en ces matières,
au besoin de simplification ; on adopta un ordre plus
logique, on mit chaque office en sa place et si l'exacti-
tude historique et critique y perdit, on ne s'en préoccupa
guère. Et ceci explique aussi pourquoi des liturgistes
comme Thomasi et Mabillon, auxquels on peut ajouter
Muratori, préfèrent au sacramentaire de Mesnard, et
même à tous les sacramentaires, celui de Pamélius13.
Quant au manuscrit de Centule qui porte le titre :
— * Pamélius, Liturgica latinorum, t. if, p. 209, et prolog., p. vi.
— B Varin, Mémoire cité, p. 625, 626. — 6 Muratori, Liturg. roin.,
1. 1, col. 72, 77 sq., t. Il, col. 5. — 1 Mémoire cité, p. 629. — *Book
of Cerne, p. 237, 238. Cf. aussi les remarques de Lejay, Bévue
d'hist. et de littér., nov.-déc. 1902, t. vu, p. 562 sq. — "Cf. Va-
rin, loc. cit., p. 657. — ,0Dom Suitbert Bàumer, Ueber das
sogenannte Sacramentarium gelasianum, dans Hisiorische
Jahrbuch, t. XIV (1893), p. 241-301 ; E. Bishop, The earliesl ro-
man Mass-book, dans Dublin Review, 1894, p. 2'i5 sq. Cf. The
Book of Cerne, p. 247, 277, et Journal of thcological studies,
avril 1903, p. 411 sq. : On some early Manuscripts of the Gre-
gorian. — " Mémoire cité, p. 660. Cf. Duchesne, Les origines
du culte chrétien, 2' éd., p. 117. — ,sCf. notamment Bishop,
The earliest roman Mass-book, dans Dublin Beview, 1894,
t. cxvh, p. 252, 254. — ,3 Thomasi, Opéra, t. VI, prsef., p. v et
xxxi; t. vu, p. 187; Mwatori, Liturgia romand vêtus, VeneliU,
1748, t. I, coL 65.
1087
ALCUIN
1088
Missalis Gregorianus et Gelasianus modernis tempori-
bus ab Albino ordinatus, les auteurs de YHistoire litté-
raire de la France nous disent qu'il fut retrouvé par
dom Luc d'Achéry, communiqué « à M. de Voisin qui en
tira plusieurs choses pour perfectionner son ouvrage sur
la tradition de la messe. Depuis, on ne sçait point qu'est
devenu le manuscrit » '.
Dans une de ses lettres, Alcuin parle de la coexistence
de deux rites, en quelque sorte combinés et fondus, le
rite romain et d'autres rites probablement gallicans dont
les livres subsistent à son époque : De ordine st dispo-
sitione missalis libelli nescio cur demandasti. Numquid
non habes romano more ordinatos libellos sacrato-
rios abundantes ? Habes quoque et veteris consuetu-
dinis sufficientes sacramentaria majora; quid opus est
nova condere, dum vêlera suf/iciunt"? Aliquid voluis-
sem tuam incepisse auctoritatem romani ordinis in
clero tuo, ut exempta a te sumantur, et ecclesiastica
officia venerabiliter et landabiliter vobiscum agantur--
II y faut ajouter ces autres expressions de sa lettre li
déjà citée où il explique la composition du sacramen-
taire privé : arbitror vos melius hsec omnia (c'est-à-
dire les prières qu'il a composées), vel in sacramentis
vestris conscripla, vel in consuetudine quotidiana
habere3.
VIII. La Confessio fidei. — Quoique cet ouvrage pu-
blié par Chifflet, ne soit pas une œuvre liturgique dans
toute sa teneur, elle contient cependant bien des formules
de prières et il ne sera pas inutile d'en dire un mot.
On la met d'ordinaire parmi les œuvres douteuses d'Al-
cuin, mais Mabillon, dans sa dissertation De confessione
fidei id est de ejus antiquitate et auctore^, donne de
très bonnes raisons qui rendent au moins vraisemblable
l'attribution à Alcuin. Elle est très étendue, d'un style
ferme et parfois éloquent, et pourrait compter parmi
les œuvres les meilleures du savant abbé de Saint-Mar-
tin. Elle est du reste, comme la plupart des ouvrages
d'Alcuin, plutôt une compilation qu'une œuvre originale
et l'on y reconnaît des passages de saint Augustin, de
saint Grégoire, de saint Isidore, etc. Mais elle a surtout
l'avantage de donner un résumé très complet de l'en-
seignement catholique au IXe siècle. La première partie
est consacrée à Dieu, De Deo uno et trino, la seconde
au Verbe incarné, et la troisième est intitulée : Iterum
de Deo trino et uno, de Christo, ac de aliis plerisque
ecclesiasticis dogmalibus ; la quatrième, De corpore et
sanguine Domini ac de propriis delictis, est celle qui a
fait surtout élever des objections contre son authenti-
cité, à cause des témoignages si précis sur l'eucharistie,
mais il n'est rien qui ne soit d'accord avec l'enseigne-
ment ordinaire de ce temps et notamment avec celui
d'Alcuin dans sa lettre à Paulin d'Aquilée5. Pour la
formule aristotélicienne des catégories employée par
Alcuin, voir plus haut, col. 1081.
IX. Opinions sur la liturgie mozaraw: ; le bap-
tême; la septvagésime. — En dehors de ces OUVT
qui traitent de la liturgie ex professo, il ne sera pas
inutile de recueillir quelques renseignements épars
dans ses autres écrits. Dans la célèbre controverse sur
l'adoptianisme, il attaque à plusieurs reprises la litur-
gie mozarabe et lui oppose les oraisons qu'il attri-
bue à saint Grégoire et où le Fils est nommé Unigeni-
tus : sed sciendum est vobis, quod longe aliter Bealus
Gregorius venerabilis et probatissimus in fide cat/wlica
* Hist. littér. de la France, t. iv, p. 338. — » £;>.. i.xv, P. L.,
t. c, col. 234. — 3P. L.. t. C, col. '210. — » Rééditée dans .Migne,
P. L., t. ci, col. 1003 sq. — s P. L., t. c, col. 203, 289. —
*Adv. Elipandum, 1. 11, n. ix, P. L., t. ci, col 2Gti. 207. — '
i Adv. Felicem, 1. VII, n. xm, P. L., t ci, col. 227. — * Ibid.
— BP. L., t. xevi, col. 874 sq. ; t. ci, col. 227. Il est presque
incroyable de voir l'éditeur des Monumenta Alcuiniana omettre
ici quatre ou cinq précieuses pages avec cette simple note : Ipsa
qux sequunlur lestimonia omisil Monumenta Alcuiniana,
doctor, oraliones in celebralione et oraculis missarum
ad deprecandum Dei nobis clemenliam, plurimis com-
posuit in locis atcjue eum per cujus adoptionem veslri
sacerdotes suas preces offerunt Deo, semper unigeni-
tuni sancto ac singulari nomine perpetuaque venera-
tione appellare non dubitavit. Il cite d'abord l'oraison
de la messe des Rameaux : Da, quœsumus, omnipotens
Deus, ut qui in tôt adversis... intercedente unigeniti
Filii tui passione respiremus (aujourd'hui au lundi saint);
puis celle du mercredi saint : Prœsla, quœsumus. om-
nipotens Deus, ut qui nostris excessibus... per Unige-
niti tui passionem liberemur ; celle de l'Ascension :
Concède, quœsumus, omnipotens Deus, ut qui hodierna
die Unigenitum tuum, etc.; celle de Velevatio Crucis,
qu'il donne sous une forme un peu différente de celle
du missel : Deus qui Unigeniti tui prelioso sanguine
vivificatse crucis vexillum sanctificare voluisti6; celles
de Noël : Prœstaut Unigenitum tuum, quem redem-
ptorem lœli suscepimus, venientem quoque judiceni
securi videamus (celle-ci n'est pas au missel pour cette
fête); et cette autre : Concède, quœsumus,... ut nos
Unigeniti tui nova per carnem nativitas liberet '■ . Ces
citations sont intéressantes en dehors de leur valeur
liturgique, car elles prouvent l'importance dogma-
tique qu'Alcuin attache à la liturgie romaine, Romana
tgitur Ecclesia, dit-il, quee a ratholicis et recte creden-
libus sequenda esse probatur, etc. ?. A ces oraisons ro-
maines, ses deux adversaires opposent des oraisons de
leur rite mozarabe : Iterum testimonia sanctorum Pa-
trum vencrabilium Toleto deservientium in missa-
rum oraculis édita sic dicunt. Ils citent d'abord celle
du jeudi saint : Qui per adoptivi hominis passionem,
dum suo non indulget corpori, nostro demum, id est,
iterum, non pepercit; et celles-ci : Respice, Domine,
fidelium tuorum multitudinem, quam per adoptionis
gratiam Filio tuo facere dignatus es cohxredem'1...
Prœcessit in adoptione donum, sed adhuc restât in
conversalione judicium... et cette préface : Et Jesu
Christo Filio tuo, Domino nostro, qui pielati tux per
adoptivi Iwminis passionem... Radie Salvator noster
post adoptionem carnis sedem repeliit Deitalis... Hune
exaltans in cœlum quem humiliaveral in inférais...
Dans la messe de saint Spératus martyr : Adoptivi ho-
minis non horruisti vestimentum sumere carnis. Ht
dans la messe des moit; : Domine Jesu Christe. qui
vera es vita credentium, tibi pro defunctis /idelibn*
crificium istud offerimun, obsecrantes ut régénérât
fonte purgatos , et tentationibus mundi exemptes,
bealorum numéro digneris inserere, et quos fecisti
adoptionis participes, jubeas hœreditatis tu.r esse
sortes 10. Ce n'est pas le lieu d'exposer de quelle façon
Alcuin explique dogmatiquement ces passages, mais il
était utile de les citer, car ils sont une attestation très
ancienne pour une liturgie que l'on ne peut apprécii r
encore que sur des documents de date très récente;
du reste ces passages diffèrent des documents édités 'le
cette liturgie, car elle parait avoir subi une révision :
dans tous les cas, la dernière oraison que nous avons
citée sur les morts ne se retrouve plus dans les textes
mozarabes ", mais par contre des fragments s'en ren-
contrent au gélasien et au missel de Stowe ,'-.
Alcuin parait moins heureux quand il s'élève comme
il le lait contre l'usage de l'unique immersion pratiquée
au baptême dans la liturgie mozarabe 13. Ce rite avait été
p. 498, note b. — '"Adv. Elipand., 1. II. n. vu, loc. cit., co!
265, et dans les lettres d'Élipand, Eptst., iv a, P. L.. t. xi vi.
col. 875. — "I. s v. P. L.. t. xxxv, cl. 41 sq., et dom I
lin, Apringius im Béja, Commenta Paris,
1900, p. 4, nient que l'erreur adoptianiste ait existe dans
liturgie, mais Kdmond Bislicp n'admet pas cette opinion, cf. The
Buok of Cerne, Cambridge. 1902, p. 270. — IJ Ibid. — " Ej
ad fratres Lugd., et oxm, ad Paulinutn, P. L., t. c. col. 290,
342; ci. t. ci, col. 611-014.
1089
ALCUIN
1090
approuvé par les papes mêmes et du reste, un peu plus
tard, le concile de Worms (868) donna tort à noire litur-
giste en décrétant que les trois immersions ne sont pas
nécessaires. Une connaissance plus approfondie des rites
du baptême dans l'antiquité lui eût fait éviter cette
erreur ' .
D'ailleurs cette lettre xc est fort intéressante, car
elle nous donne toute la cérémonie du baptême en dé-
tail 2.
Ses poèmes, surtout ses Inscriptiones variée eccle-
siarum, altarium, sepiderorum, etc., contiennent quel-
ques renseignements sur le culte des saints les plus
populaires à cette époque. De Rossi, qui a fait une étude
spéciale de ces Carmina et de ces Jnscriptiones, en a
reconnu à plusieurs reprises la valeur épigraphique et
historique3.
Il y eut échange de lettres entre Alcuin et Charlemagne
au sujel del'addition faite aux quarante jours du carême
des trois semaines de la septuagésinie, de la sexagé-
sime et de la quinquagésime ; il n'en est pas donné une
explication aussi rationnelle et aussi claire qu'on l'aurait
désiré; le côté historique de la question est trop laissé
dans l'ombre; il est probable cependant que les deux
correspondants ne s'éloignent pas de la vraie solution
quand ils proposent d'y voir une compensation aux
jours de jeûne supprimés pendant la quarantaine sacrée,
a l'exemple des grecs. Voir SeptuaGÉSIME.
Ils nous y apprennent dans tous les cas qu'en Orient
on jeûnait neuf semaines, et chez les grecs huit, chez
les latins sept, et que le jeudi, y compris le jeudi saint,
on ne jeûnait pas et cela, dit l'empereur, propter
magna mysteria, quee in ea conlinentur. In ea namque
sanctum chrisma conficitur, ad abluendas totius
rnundi primée originis culpas, in ipsa reconciliatio fit
pœnitentium; in ipsa redemptor omnium csenando
cum discipulis panent fregH, et calicem pariter dédit
cis in figurant corporis et sanguinis sui, nobisque pro-
fulurum magnum exhibuil sacramentum1*.
Dans quelques autres passages Alcuin parle des vête-
ments sacerdotaux ou épiscopaux, notamment du pal-
lium, des vases sacrés et de l'ordination épiseopale •>.
Ailleurs il condamne une coutume contraire à celle des
azymes : audivimus quoque aliijuos in Mis parlibus
af/irmare, salem esse, in sacri/icium corporis Chris ti
mitlendum. Quant consuetudinem nec universalis ob-
servât ecclesia, nec Rnmana custodit auctoritas... et
vanis qui in corpus Chrisli consecralur, absque fer-
menta ullius alterius infeclionis, débet esse mundissi-
mus, etc. c.
X. Liber de divinis officiis. — On a attribué à tort
à notre liturgiste un livre sous ce titre édité d'abord par
llittorp, puis par André Duchesne. C'est, dit Hauréau,
un fouillis de pièces disparates empruntées à des auteurs
différents par un copiste qui vécut assez longtemps
après Alcuin7. Le livre n'est certainement pas d'Alcuin,
mais le jugement d'Hauréau est trop sévère; rien
n'oblige non plus à le placer au XIe siècle, comme on
l'a fait. Talhofer croit que, d'après l'état liturgique qu'il
suppose, on pourrait tout au plus le l'aire descendre au
xc siècle 8. Un manuscrit de Trêves cité par Bàumer
l'attribue à Amalarius Fortunatus, évêque de Trêves9.
Son auteur est un compilateur comme la plupart de
ceux de ce temps, il copie des passages de saint Augus-
tin, de saint Léon, de saint Isidore, de Bède, d'Ama-
laire, mais il ne manque pas de certaines qualités; il y
1 Lahbe et Cossart, Sacrosnnta concilia, Paris, 167-1, t. vin,
col. 946. — * P. L., t. c, col. 289 sq. Cf. aussi sur le baptême,
d'après Alcuin, les passages suivants : col. 189, 192 sq., 261. —
3 P. L., t. ci, col. 738 sq. Et surtout Duemmler, Neties Archiv,
Hanovre. 1879, t. iv, p. 118-139, 574-576; Monumenta Germanise.
Poetarum lalinorum rnedii sévi, Beriin, 18S1, t. i. p. 160-351;
De Rossi, Inscript, urbis R., Rome, 1888, t. II, part. 1, p. lvi,
123, 281-287, 410, etc. — * Epist., i.xxx et LXX.xt, P. L., t. c,
DICT. D'ARCH. CliRÉT.
traite de la messe, de l'office divin, de l'année ecclésias-
tique, des vêtements liturgiques.
XL Conclusion. — Par sa correction du lectionnaire
et du sacramentaire grégorien, et par ses ouvrages de
liturgie privée dans lesquels il a conservé et transmis à
la postérité d'importants fragments des liturgies an-
ciennes, par les autres œuvres liturgiques que l'on peut
revendiquer à son actif, Alcuin doit être considéré, selon
nous, comme le premier liturgiste de son temps. Si son
œuvre manque d'originalité, elle est celle d'un compi-
lateur éclairé, d'un reviseur zélé et attentif, et il a l'ait
preuve d'un jugement assez sûr dans le choix de ses
matériaux. A défaut de qualités brillantes, il a eu la
qualité la plus nécessaire peut-être à l'époque où il
vivait, le soin de la correction dans la copie des manus-
crits. Son école calligraphique de Saint-Martin de Tours,
à ce point de vue mérite la première place; nous lui
devons quelques-uns des plus beaux et des plus puis
manuscrits des livres saints et do la liturgie. C'esl lui
sans doute qui sut inspirer à Charlemagne ce souci de
la pureté grammaticale et le désir de créer partout des
écoles et de restaurer l'étude de la grammaire, de I or-
thographe, de l'écriture, de la calligraphie10.
Dans ses ouvrages de dévotion privée, ceux où il se
montre plus personnel, il s'est tenu dans le grand courant
liturgique et nous a conservé bien des fragments de la
liturgie celtique, et des liturgies mozarabe et galli-
cane. Que n'a-t-il fait davantage dans ce sens! et après
avoir codifié les livres de la liturgie romaine, que n'a-
t-il songé à recueillir les reliques des liturgies gallica-
nes encore subsistantes ! Il aurait rendu a nos études un
service inappréciable.
Les critiques modernes dont nous avons cité les tra-
vaux, Varin, Delisle, Berger, Bàumer, Morin, le jugenl
très favorablement comme un esprit sain et droit, un
critique zélé et laborieux; ils le considèrent comme un
des principaux fondateurs de la liturgie romano-fran-
çaise. M. Aug. Molinier, à un autre point de vue donne
aussi un jugement très favorable : « Alcuin appor-
tait en Gaule les méthodes excellentes en usage dans
les écoles épiscopales et monastiques de la grande
île, etc. ". »
Mais c'est surtout l'éminent liturgiste Edmond Bishop
qui porte sur son œuvre, en particulier sur la revision du
grégorien, une appréciation flatteuse et qui lui accorde
la place la plus importante dans l'évolution liturgique
du IXe siècle. A côté des qualités que nous avons déjà
mentionnées, il lui reconnaît l'esprit d'initiative, une
certaine originalité de vues, la mesure, le tact et l'habi-
leté d'un diplomate, et même des qualités philologiques
sérieuses 12. Sa compilation gélasiano-grégorienne a fait
loi. La liturgie romaine pure, aussi bien queles gallicanes,
disparut complètement, supplantée parce missel compo-
site ; l'ambrosienne et la mozarabe elles-mêmes se virent
presque partout évincées. Ainsi dans l'œuvre d'unifor-
mité liturgique rêvée par Charlemagne, Alcuin fut l'ins-
trument et trouva la formule sur laquelle se fit l'unité
et qu'adopta l'Église de Borne elle-même; et par une
sorte de jus postliminii, sa liturgie lui revint des
Gaules, combinée et arrangée.
XII. Portrait d'Alcuin. — Dans la Bible conservée à
la Bibliothèque royale de Bamberg {A. I. 5), « un des
plus beaux types de l'art carolingien, » selon S. Berger,
et dont l'écriture est celle de l'école de Tours, au folio .">
verso dans un cadre rouge et brun, orné en haut de
col. 259 sq. — * P. L., t. c. col. 224, 228, 253, 307 327; t. cr,
col. 698, 699. — 6 Epist., xc, P. L., t. c, col. 289 — ' Notices et ex-
traits de quelques manuscrits, Paris, 1891, t. II, p. 09. — 8 Hand-
buch der kathol. Liturgie, 1894. t. i, p. 73 sq. — 9 Zeitsch. fur
kathol. Theol., 1*89, t. xm, p. 355. — l0 Berger, toc. cit., p. 185-
186. — "A. Molinier, Les sources de l'hist. de France, Paris,
1902, t. I : La Renaissance carol., p. 185 sq. — '- The eaiiicst
roman Mass-book, dans Dublin Heview, 1891, p. 259 sq.
I. - 35
1091 ALCl'JN — ALEXANDRE CIMETIÈRE ET BASILIQUE DE SAINT-
1092
deux lampes suspendues et en Lus de deux chandeliers,
on lit les vers d'Alcuin : In hoc quinque libri... écrits en
capitale alternativement rouge, noire, argent et or, sur
deux colonnes, chacune de treize handes alternativement
de pourpre et vertes; entre les deux colonnes, on voit
un médaillon d'or, encadré d'argent, sur lequel est tracé
en rouge le portrait d'un saint tonsuré, avec l'inscrip-
tion ALCVINVS ABBA'. Nous avions l'intention de
donner ce portrait, mais le bibliothécaire M. Fischer
nous écrit (23 sept. 1903) que ce prétendu portrait « est
tout simplement esquissé en quelques lignes rouges sur
fond d'or dans le genre des portraits antiques, mais
sans valeur comme portrait ».
XIII. Bibliographie. — Outre les travaux cités dans
le cours de l'article, voyez pour les lettres, Sickel,
Sitzungsberichte d. !;. Académie der Wissensch., Vienne,
1875, t. i.xxix, p. 461-550; Monumenta Germanise histo-
ricu, Epistolarum, t. iv, Karolini sévi, t. il, Berlin,
1895, p. 1-493 et 615; sur les éditions et travaux,
F. Monnier, Alcuin et son influence littéraire, reli-
gieuse et politique chez les Franks, Paris, 1853;
K. "Werner, Alcuin u. sein Jahr., Paderborn, 1865;
Ebert, llïsl. générale de la lillér. du moyen âge trad.
Aymeric et Condamin, t. n, Paris, 1884, p. 8-14, 17-43,
377-389. et autres travaux dont on trouvera la mention
dans Potlhast, Bibliollteca hislorica medii sévi, '2e éd.,
Berlin, 1897, t. i, p. 33-35. Pour les renvois à Cave,
1 lupin, dom Ceillier et autres notices littéraires, voir
Chevalier, Répertoire des sources historiques, Bio-
bibliographie, col. 64-65, et Supplément, p. 2393, et l'ar-
ticle de F. Vernet déjà cité, Dictionnaire de théologie
catholique, t. i, col. 687-692. Ajouter aux auteurs indi-
qués dans ces listes, surtout pour la liturgie : P. Martin,
S. Etienne de Hardmg et les premiers recenseurs de
la Vnlgate latine, Théodulfe et Alcuin, in-8°, Amiens,
1887; l.lmer, Quellen u. Forschungen lur Gcsch. u.
Kunstgesch. des Missale Botnanum in Miltelalter, in-8°,
l'ivib. i. Br., 1896, notamment p. 386,387; Ranke. 7VW-
kopensylem, p. 70-76, et Appendice, p. xxi; Bâumer,
Gesch. des Breviers, in-8°, Freib. i. Br.. 1895, p. 298
331 (ce dernier assez incomplet); Hugo Ehrensberger,
Libri liturgici Bibl. Vaticanse,gv. in-8°, Frib. i. Iîr.,1897,
et surtout F. Probst, Die alteslen rôniischen Sacra-
mentarien u. Urdines, Munster in-8", 1892, p. 302, 303,
31'iii. 381; I.. Delisle. Mémoires sur d'anciens sacra-
mentaires, Extrait des Mémoires de l'Acad. des ins-
criptions el belles-lettres, Paris, t. xxxn. I' partie
iu-'i". Imprimerie nationale, p. 117,247,286; V. Thalho-
fer, Handbuch der kathol. Liturgie 2« éd., 1894), t. i.
p. 72. 7i; Alkuins Leben u. Bedeutung fur den rcli-
giôsen Unterricht. Wisench. Beilage zuin Jahrebesrichl
<lcr Kaiserin Augusta-Gymnasium zu Coblenz, in-8°. Co-
blenz; 1902, Aug. Mobilier, Les sources de l'histoire de
France. I. Époque primitive, Mérovingiens et Carolin-
giens. in-8", l'aris, 1902, à la p. 91, donne une notice
bibliographique sur Alcuin.
Nous ajouterons qu'une société liturgique (anglicane)
'S. Berger, toc. cit., p. 206. — 2Pie IX portait intérêt à cette
découverte et aida à la restauration de l'édifice. Au retour de la
cérémonie d'inauguration, 12 avril 1855, eut lieu le céli on
dent de Sainte-Agnès auquel le pape échappa connue pai miracle
lloldetti, l)ss,-ri'ii:i(nii sopra i cimiteri cristiani, in-fol., Roma,
•1207, p. 569, mentionne ce cimetière d'où l'on avait, dit-il, extrait
des martyrs; Aringhi, Huma subterranea, in-fol., Parisiis,
t. it, ]). 148. Il a existé un autre cimetière de Saint-Alexandre,
du nom d'un évèque de Baccanas, aujourd'hui Baccano. Ce cime-
tière < ■ t ;ii t situé an \v mille 'le la via Cassia. il n'offre d'inté-
ressant que ileux piliers d'autel. Voir Autel, cf. De Rossi, Sco-
perta del citnitero di s. Alessandro vescouo e martire con
parte del suo anticu altare, dans Bull, di arch. crist., 1875,
p. -142-152, pi. ix. — 'Découverte en 1827, près de la ferme de
la Cesarina, par Nibby, Analisi delta caria dei dintorni di
Rama, in-8-. Roma, 1848, i. n. p. 43 sq. «Mentana Cf.
S. Innocent 1 ', Epist., xl, ail Florentinum, P. /... t. \\, col. COC.
s'est fondée récemment à Londres sous le patronage
d'Alcuin, Alcuin Club; elle vient de commencer la
publication d'une magnifique série liturgique : Alcuin
Club Collections, Pontifical Séries, by W. Howard Frère
Londres, 1901, in-fol. F. Cabrol.
ALEXANDRE (Cimetière et basilique de
Saint-). — Au 10e kilomètre, vu» mille de la voie No-
mentane et en dehors de la zone des cimetières ro-
mains, était situé le cimetière de Saint-Alexandre qui
privé des reliques dont la présence attirait les fidèles,
tomba rapidement en oubli et, rempli de décombres et
d'immondices, disparut depuis le IXe siècle jusqu'en
l'hiver de l'année 1855, où l'antiquaire Fortunati le dé-
couvrit2.
Le cimetière est peu important et sa construction
dénote plus d'inhabileté qu'on n'est accoutumé à en ren-
contrer parmi les cimetières romains, mais l'intérêt de
celui-ci est d'être précisément un cimetière de campagne.
Il dépendait de l'ancienne ville épiscopale de Ficulea i,
à laquelle fut réuni, au Ve siècle, l'évêché de Nomen-
tum4. Ce détail indique une région où la population
se faisait de plus en plus clairsemée; le cimetière aura
servi aux deux agglomérations et sans doute encore
aux petits villages voisins de Ficulea5. La Notifia por-
tarum, viarnm, ecclesiarum circa urbem Boniam
e Willelnio Malmesburiensi nous apprend à propos
de la voie Nomentane : In septimo milliario eiusdem
vise s. papa Alexander cum Evenlio et Theodulo pau-
sa ni '• .
Les Actes du pape Alexandre Ier, mort dans le premier
quart du IIe siècle, ne sont pas antérieurs au VU" siècle1,
Saint Irénée le donne pour le cinquième évèque de
Rome mais ne dit rien de son martyre dont on n'a pas
d'autre attestation que l'insertion du nom de ce saint
au canon de la messe, ce qui n'est pas décisif. Par ail-
leurs on ne saurait recevoir absolument aucun détail
historique de ses Actes pour l'époque à laquelle ils
prétendent se référer, il faut donc reconnaître que le
nom d'Alexandre étant tout à fait commun vers ce temps,
rien n'aura été plus facile qu'une confusion entre deux
personnages dont le tombeau de l'un aura bénéficié de
l'illustration qui s'attachait au nom de l'autre; mais jus-
qu'à ce jour, tonte identification du pape Alexandre [•»
avec le cimetière qui porte son nom serait prématurée.
Les Actes que nous avons mentionnés placent il est
vrai le tombeau du pape au vir mille de la voie Nomen-
tane; or c'est précisément cette affirmation qui est en
question, car les Actes ont pu ne faire qu'enregistrer
purement el simplement ce qui se racontait, en admet-
tant qu'on ne doive pas faire remonter l'invention au
rédacteur île ces Actes. Un n'a aucun indice qu'un pape
ail éle enterré si loin de Rome et en dehors des gri
de sépultures papales; de plus, le férial romain, au ,">ilo~
nones de mai. ne donne pas à Alexandre son titre
d'évéque, ni de pape, et le cite après Kventius. I
n'esl pas accidentel, puisqu'une inscription de la cata-
Cette réunion était un fait accompli dès l'année 405. Jaffé, Re-
tjesta pontifieum romanorum, in-4*, Berolini, 1851, n. 317 :
Nomenlanx seu Ficulensis Ecclesix episcopus. —
■Nibby, op. cit., t. n, p. 45 : régions ficvlensi tago vi •
ET TRANSVLMANO PELECIANO VSQVE AD MARTIS ET VLTBA.
— "Pc Rossi, Roma sotterr., in-fol., Rome, 1864, t. i. p. 17'.'.
— 'Tillemont. Mèm. pour servir à l'hift. ceci., in-4', Paris, ici
t. il, p. 238-241, 590-592; in-4-. Bru elles, L782, t. it. p. 109-110,
281-282 : « Que les Actes de saint Alexandre sont sans autorité et
que son martyre est au moins très incertain. » Cf. Atti del
martirio di S. Alessandro I pontef. emari., c memorie del
suo sepolcro al settimo miglio délia via Nomtntana, in-8*.
Roma, 1858; M. Armellini, Gli antielii cimiteri cristiani di
Roma et d'Italia. in-8*. Roma, 1898, ] i Maïucchl,
itacombes romaines, in-8*, Paris, 1900, p. 286 : A. Duiourcq,
Études sur les Gesta martyrum romains, In-8*, Taris, 1900,
p. 210.
1003
ALEXANDRE (CIMETIÈRE ET BASILIQUE DE SAINT-)
109-i
combe même cite également Alexandre en second lieu1
•'(fig.265 :
265. — Transenna cl si.
D'après Armellini, Gli antichi cimiteri cristicuu, p. 548.
(Sanctis martynbus Eventio) et Alexandro, Delica-
tus roto posait; dedicante œpiscopo Urso.
delà du cimetière de Saint-Alexandre, se trouvait le
tombeau d'un nommé Ursus3 :
SANCTO HISPIRITV VRSO
IN PACE
L'omission du titre épiscopal donne lieu de penser
que ce personnage est différent de celui qui consacra
l'autel de Saint-Alexandre. Quoi qu'il en soit des conclu-
sions auxquelles doive s'arrêter l'hagiographie, le cime-
tière que nous étudions et qui porte le vocable de Saint-
Alexandre parait remonter au IIIe siècle environ ; il
n'offre qu'une médiocre étendue et son plan est assez
compliqué. Quand on construisit en ce lieu une basili-
que, à l'époque constantinienne, on respecta les tombeaux
auxquels s'adressait le culte des lidèles, ce qui lit qu'ils
prirent une position oblique par rapport à l'axe de la
basilique. Il y eut dès lors en réalité deux basiliques
(fig.266).
1. Entrée. — 2. Basilique primitive contenant la me~
moria des martyrs et l'autel. — 3. Autel entoure'' d'une
balustrade en marbre ajourée sur laquelle était gravée
2GC. — Plan du cimetière et de la basilique de baint-Alexan'Jro.
Un ne saurait arriver à une précision plus grande, en
admettant que les documents s'y prêtent, que par des
recherches qui sont du ressort de l'hagiographie2. Au
•M. Armellini, op. cit., p. 548. Cette inscription se lit sur un
fragment d'une transenna d'autel. Ct. Visconti, duns Giornale di
Borna, 1854, p. 1223; De Rossi, Inscript, christ, urb. liomœ,
in-fol., Romœ, 1861, t. 1, p. vu ; 0. Marucchi, op. cit., p. 287. —
s Le calendrier au 17 mars ne fait mention à Home que d'Alexandre,
évêque, et Théodule, diacre. Le Codex monucensis iôôi, fol. 54
ivui'-ix' siècle), place Alexandre sous l'empereur Aurélien, fait de
l'inscription que nous avons citée en premier lieu.
L'autel comportait un ciborium qui fut offert par une
clarissime nommée Junia Sabina. Deux des inscriptions
Théodule un laïc et ne mentionne pas Eventius. L'itinéraire Sali-
buraensis mentionne un Alexandre sur la Via Salaria, un autre
sur la Via Nomentana. De Rossi, llorna sott-, t. i. p. 176-178.
Cf. Liber pontiflealis, édit. Duchesne, in-4°, Paris, 1886, t. i,
p. 263; De Rossi, Bull, di arch. crist., 1875, p. 146; 1884, p. 85.
— 3Giornale arcadico, t. xxxn, n. 96, 98; M. Armellini,
op. cit.. p. 548 ; U. Marucchi, op. cit., p. 408.
1095
ALEXANDRE (CIMETIÈRE ET RASILIQUE DE SAINT-;
1096
gravées sur les bases des colonnes de ce ciborium ont
été retrouvées :
1VNIA • SABINA
C . F . EIVS
FECERVNT
SANCTORVM
ORNAVIT
Devant l'autel était la schola cantorum. — 4. Chaire
épiscopale. — 5-6. Chapelle dédiée à saint Théodule. —
7. Seconde basilique, du Ve siècle, orientée dans un sens
opposé à la précédente L — 8. Autel. — 9. Chaire
épiscopale. — 10. A droite de l'autel un petit portique
soutenu par deux colonnes et incorporé à la basilique
en manière de chapelle.
l.e cimetière de Saint-Alexandre a fourni, malgré son
exiguïté, une contribution honorable a la science épi-
graphique.
l'inscription du sous-diacre Appianus 3, et à peu de dis-
tance celle du diacre Jobinus6 :
IOBINVS
BIXIT ANNOS XXXV •
M ■
II
ET-D-N-V
■IACONVS FVIT ANNOS
V-M
•Il
DEPOSITVS POSTERTIV
1DVS
FEB VXOR FECIT B E N E M E R E N Tl
CVMQVE
FECIT ANNOS Xllll
■ M •
II
Nous ne trouvons pas d'épitaphe de prêtre, mais par
contre nous pouvons citer deux épitaphes d'évéques.
C'est d'abord Adéodat, dont le siège n'est pas connu,
mais qui ne l'occupa que peu de temps, vers la fin du
Ve siècle ou le commencement du siècle suivant" :
+
HIC REQVIESCITINPACE ADEODATVSEPISC- £5 QVI VIXtT
[ANN
PLM-LXVH.ET SED-ANN.II ETIVI Vllll DEP SVB D PRID KAL.
[DECEM P
nun^
in diaconalu
[ssshhebtseï:
anno\
rsLljj
insip&îwx^^ fctompïEiM:
S&* iNfo IJN^nVffTTN (3pp.aug.anno iv.indictione se%YH
267, — Èpitapbe d'un évêque.
D'après De Ri bsî, Inn i ,/ tii nés cluistianx urbis liomx, t. i. p. 510, n. 1119.
C'est' d'abord deux graffiti sur la chaux des sépul
turcs2 :
ZHCHC IN A£0 XPICTO YAH IN TTAKE
TEC
YC
PGTC
PRO
CIABINNC PCTC YAH TE AAE2ANAPOC
Zï]ff*)î ni Aeo Xpioro Iet'j; /»',<■ pro Y\r\ | Hyla?
m rcaxe. — SiXStvvE pelé, Y//; [pe)te AXeçccvÊpo;.
L'autre graffito rappelle une acclamation fréquente
dans les cimetières romains3 :
domin]E ALExlandcr habeas in nxenle <"'
Nous rencontrons sur une inscription peinte en rouge
la formule ai;aso spibitvs TWS in bunu que nous re-
trouvons sur la belle épitaphe de Sabinianus reproduite
et commentée ailleurs * Voir Ami-:.
Sur le seuil de la chapelle de Saint Théodule. s,, lit
'Mémo l'ait, à Saint-Laurent-hors-les-Murs et à Sainte-Sym-
phorose. — 8Armcllini, op. cil., p. 551. - :,D. Cabrol et n. Le-
clercq, Monum. Ecel. liturg., in-4*, Parisiis, 1902, t. r,"to. 3487-
8489, 3491, 8509, — »Armellini, op. '"■■ p. 551; Martigny, Dic-
tionn. des antiquités chrétiennes, in-8», Paris, 1877, p. 326,
57ti. i.ctto épitaphe a été, nous n'osons dire reproduite, mais in-
terprétée dans t). Marucchi, Les catacombes romaines, in-8",
Paris. 1900, avec une fantaisie qui rappelle les plus marnais
jours de l'épigraphie el sans un mol qui prévienne les lecteurs de
la liberté prise avec le titulus original. - - 'De Rossi, Insr.ript.
christ, urb. ïiorrus, in-fol., Romœ, 1861, t. i, n. 743. tel i
Un peu postérieure est une autre épitaphe dont il ne
subsiste que deux fragments, l'un est conservé dan~ la
basilique île la voie Momentané et l'autre dans le cabi-
net du chevalier Meroli, qui lui a donné comme pi
nance sa propriété située sur la même voie, non loin
île la basilique. L'évéque mentionné par cette épitaphe
et dont le nom nous est inconnu mourut en 569.
trouvons sur son titulus une sorte de cursus vitas du dé-
funt. Ce personnage fut évéque pendant 10 années; son
siège no nous est pas connu, mais il est assez probable
qu'il fut un des successeurs d'Adéodat. On ne voit pas
ru effet l'attrait que pouvait offrir la sépulture dans un
cimetière de campagne, peu connu, à d'autres évéques
que ceux de Ficulea-Nonu iilum. Avant d'être el
cette dignité la ligne 3*, malheureusement bris,-,'
apprend que l'évéque avait passé par les ordres mie
il v a lieu d'adopter le supplément proposé par De I'.
(fig.267):
...ET ANTE [l'piscopatum] VST(iaritis atmo)S X'_V
Apres avoir été portier, l'évéque avait été diacre pen-
dant21 ans. L'inscription nous apprend qu'il mourut
de 60 ans, si nous défalquons de ce nombre 10 an
d'épiscopat et 21 années de diaconat, nous voyons que le
criptioD est datée de l'année 148. — "Armellini, op. cit., ]
— 'Burgon, Letters from Home to friends in Èngland. in-8 ,
London, 1862, p. 154, a invoqué cette inscription pour ntei
thenticité des listes épiscopales romaines du vu- siècle, s'appuyant
mii la durée île son épiscopat, 2 ans 0 mois au lieu de 4 an>.
2 mois, 5 jours que donnent Us listes cim. de plus, le font enterrer
au Vatican. Mois I Vdéodat du cimetière d'Alexandre n'a r:
commun avec le pape du même nom. cf. De Rossi. Huit. tii
arch. crist., 18('/i. p. 54. - 'De Rossi, Inscript, christ
Romx, t. i. p. "du. n. Il!'.<: Bulleltino <ti arch. crist., 1864,
D.51.
1097 ALEXANDRE (CIM. ET BAS. DE S.-) — ALEXANDRIE (ARCHÉOL.
1098
défunt fut ordonné diacre vers l'âge de 23 ans1 et reçut
l'épiscopat à 44 ans environ, c'est ce que nous appren-
nent les mots annos Ai, (auxquels, en ajoutant 16 années
(commencées, mais non révolues), on obtient le total de
60 années et ...'? mois. Le début de l'épitaphe nous offre
un renseignement qui a son intérêt au point de vue des
éludes liturgiques. Il est dit, en manière d'éloge du dé-
funt, nunquam detulit Deum sua voce laudare, il ne
s'interdit jamais de chanter les louanges de Dieu. Cette
parole peut paraître surprenante quand il s'agit d'un
évéque; mais il faut se rappeler que la discipline litur-
gique de ce temps faisait du chant de certaines pièces
le privilège des diacres. Le graduel en particulier était
toujours exécuté à l'ainbon par un soliste et jusqu'au
pontificat de saint Grégoire I" il fut de règle que le gra-
duel et ses appendices fussent chantés par les diacres
seuls. Il arriva que des diacres durent à leur talent mu-
sical leur élévation à l'épiscopat2 :
•
PSALLERE ET IN POPVLIS VOLVI M[odutante]
[<PROFE[ta]
SIC MERVI PLEBEM CHRISTI RETIN[e]RE SACER
[DOS
il semble que plusieurs diacres ne furent pas sans tirer
vanité de ce talent", aussi l'abus s'introduisit-il et on fit
parfois plus d'état de cette qualité que de beaucoup
d'autres plus essentielles à un diacre. Saint Grégoire
supprima le privilège des diacres par rapport au chant
des psaumes4, mais son décret est postérieur à notre
épitaphe qui nous montre un évêque élevé à cette dignité
et ne pouvant se résoudre à abandonner au diacre de
son église le chant des psaumes et des hymnes dont il
s'était acquitté devant les fidèles pendant plus de 20 ans.
Il ne jugeait cette fonction incompatible ni avec son nou-
veau caractère, ni avec le cérémonial.
Une troisième épitaphe de ce groupe parait beaucoup
plus ancienne, elle peut remonter à la fin du me siècle5 :
PETRVS EPISCOPVS IN PACE XIII KL MAIA
XIII KAL MAIAS
Quelques autres inscriptions fragmentaires ou sans
importance particulière ne nous paraissent pas devoir
être transcrites ici6. H. Leclercq.
1 II faut bien laisser un peu de jeu pour le nombre de jours qui
n'est indiqué nulle part. — «De Rossi, Bull, di arch. erist.,
1864. p. 55. — 3 De Rossi. Roma sotterr., t. m, p. 239, 242;
Bull, di arch. crist., 1864, p. 33. — » Mansi, Conc. ampliss.
coll., t. IX, col. 1226. Coucil. Bomanurn, anno 595, can. 1.
— 5Dt Gabrol et D. Leclercq. Monum. Eccl. liturg., in-4°, Pari-
siis, 1902, t. I, n. 2916. - «Cf. M. Armellini. op. cit., p. 555 sq. ;
O. Marucchi, op. cit., p. 290 sq. Nous ne revenons pas sur la
pierre alphabétique. Voir col. 54. Nesbitt a donné une restitution
architectonique de l'autel de la basilique Saint-Alexandre. Ou the
churches at Borne earlier thun tlic year 1150, dans The Ar-
chaei logict, 1866, t. XL, pi. VIH, n. 5. — 7T. D. Néroutzos bey,
L'ancienne Alexandrie, Étude archéologique et topographique,
in-S°, Paris, 1888, p. 1 ; G. Botti, Fouilles dans le Céramique
d'Alexandrie en i898, dans le Bulletin de la Société archéolo-
gique d'Alexandrie, 1898, n. 1, p. 7, fait re monter à l'année 1858
la découverte de la catacombe que nous décrivons plus loin ; il
ajoute : « La chapelle était déjà détruite en 1888, il n'en reste plus
aucune trace. « On trouvera dans le recueil que nous venons de
mentionner des traits disséminés (par exemple, p. 8, n. vu) qui
montrent à quelle situation déplorable se heurtent les archéologues
et les désastres qui en résultent chaque année. P. Richter écri-
vait en 1876 : Quando visitai la Catacumba Wescher, avevo
con me il Bulletlino dell' lstituto Egiziano, e guidato da questo,
ho potuto ritrovare le traccie délie pitture e fore anche diverse
correzzioni nella loro descrizione. Ilciclo di queste pitture è
assai intéressante e molto più largo di quel che si pué indovi-
nare secondo la descrizione data nell Bull, di arch. cristiana.
Lettre à G. Lumbroso. du 22 février, dans Atti délia r. Accade-
mta dei Lincei, 1879, t. ut, p. 553, note 2. Mais ces dégradations
ne sont pas d'hier. Cf. Taco Raorda, Abul Abbasi Ahmedis Tu-
lonidarum primi (sa?c. x°) vita et res gestx, in-8", Lugduni Ba-
ALEXANDRIE. Cel arlicle comprendra trois grandes
divisions : I. Archéologie. II. Liturgie. III. Élection du
patriarche.
I. ALEXANDRIE, ARCHÉOLOGIE. — I. Généralités :
1. Origines chrétiennes. 2. Les Alexandrins. — IL Topo-
graphie : 1. Aspect général; 2. Édifices : o) Saint-Mi-
chel, 6) la Cathédrale, c) le Dominicum Dionysu,
d) l'église Saint-Athanase, e) l'église deThéonas, /') l'église
Saint-Marc, g) le sanctuaire des Saints-Cyr-et-Jean, h) te
sanctuaire de Saint-Menas; i) le Martyrium de Saint-
Marc, j) édifices non identifiés; 3. Catacombes: a) de
Karmouz, 6) de Abou el Achem, c) d'Agnew, d) de Mus-
tapha, e) de Rulini. f) de Quabbâry; 4. Hypogées : a) de
Quabbàry, b) de ivômel-Chougafa, c) de la Nécropole
orientale, d) des localités voisines; 5. Momies; 6. Col-
line aux tessons. 7. Quartier juif. — III. Epigraphié*. —
IV. Concile de 36*2 . — V '. École catéchis tique. — VI. Bi—
bliothèque. — VIL Bibliographie.
I. GÉNÉRALITÉS. — i. origines chrétiennes. —
Les antiquités gréco-romaines d'Alexandrie ont été
traitées avec tant de négligence qu'on ne sait trop s'il
est meilleur pour elles de demeurer enfouies ou d'être
mises au jour pour être mutilées ou même détruites.
« Les catacombes de la grande nécropole macédonienne
de l'ouest, écrivait Néroutzos bey, en 1888, sont déjà
en grande partie détruites, et le reste est comblé; les
catacombes chrétiennes situées au delà du Sérapéum,
avec la chapelle funéraire et les cubicula y attachés,
ont eu le même sort, comme aussi les sépultures juives,
chrétiennes et païennes de l'autre nécropole grecque et
romaine à l'est de la ville sur le rivage de la mer7. »
L'antiquité classique n'a pas été mieux traitée, ce n'est
donc que des vestiges qu'il s'agit désormais de rappro-
cher et non une ville antique qu'on puisse reconstituer.
Grâce à la notice de Néroutzos, aux travaux de M. Mah-
moud-Bey et de M. Botti et à plusieurs dissertations dis-
persées dans divers recueils, nous essayerons de grouper
quelques détails sur ceux des édifices d'Alexandrie dont
l'histoire intéresse celle du christianisme 8 (lig. 268).
Lorsque l'Église d'Alexandrie eut, coup sur coup,
pendant deux siècles, une suite d'hommes éminents entre
tous, Clément, Origène, Denys, Athanase, Arius, Cyrille,
il lui sembla que rien ne manquait plus à sa gloire
tavorum, 1825, p. 10 : E.vplorata planitie, qux palet ad radicem
usque montis Mocattami, et ab ortu Fostato et Ascari adja-
cet, christianorum judxorumque sepulcra, quse illic plurima
erant, demoliri jubet, arcem et hippodromum xdificari. Le vé-
ritable motif de la destruction de ces nombreux édifices d'Alexan-
drie et du Delta a été bien exposé par M. Michel Jullien, Le
culte chrétien d'après les temples de l'antique Egypte, dans
les Études, 20 juillet 1902, p. 238 : « La destruction générale des
temples en Basse-Egypte eut un motif tout à fait étranger à la
question religieuse et des plus vulgaires. Le plus grand nombre
fut démoli peu à peu par des bâtisseurs en quête de matériaux à
bon marché. La pierre a bâtir est rare dans le Delta égyptien ; la
roche calcaire propre à faire la chaux ne s'y rencontre pas. Seuls
les temples abandonnés offraient ces matériaux sur place... Si
quelques grands temples de la Haute-Egypte ont échappé à ce
vandalisme de la cupidité, c'est qu'ils sont construits en grès sili-
ceux incapable d'être converti en chaux, et aussi qu'ils sont éloi-
gnés des grands centres de population et d'industrie, toujours
avides de pierre à bâtir.» — "Mahmoud bey, Mémoire sur l'an-
tique Alexandrie, ses faubourgs et environs, découverts par les
fouilles, sondages, nivellements et autres recherches, in-8",
Copenhague, 1872; Néroutzos, op. cit. Tous les travaux topogra-
phiques sur l'ancienne ville ont été utilisés par G. Botti pour ses
Plan du quartier Bhacotis dans l'Alexandrie romaine, Alexan-
drie, 1897; Plan de la ville d'Alexandrie à l'époque ptolé-
maique. Monuments et localités de l'ancienne Alexandrie,
Alexandrie, 1898. Le travail le plus récent el le plus érudit est celui
de G. Lumbroso, L'Egitto dei Greci edei Romani, in-18, Roma,
1895, p. 154 sq. : Topografta di Alessandriu nella tradizione
locale. Il faut en outre tenir compte des « corrections » au plan
d'Alexandrie que publie G. Botti dans le Bull, de la Société d'ar~
chéologie d'A lexundrie, 1898 sq.
1090
A LEXA N DR 1 E (A R CH ÉOLOGIE)
1100
que d'avoir été fondée dés le temps des apôtres. C'est un
éouc\ que bien d'autres connurent, les Alexandrins lui
donnèrent satisfaction d'une manière très sage. Loin de
réclamer un apôtre, de bouleverser la chronologie, de
chicaner les traditions d'autrui, ils firent choix d'un per-
sonnage que personne ne réclamait, l'adoptèrent et, grâce
à leur modération, jouirent sans conteste d'une réputa-
tion d'antiquité que d'autres, pour avoir voulu trop
avoir, ne purent jamais obtenir ou conserver. Cette am-
bition à l'apostolicité fut probablement assez tardive et
maladroite. L'auteur du fragment de Muratori nous dit
été cette fois, c'est un « on dit » qu'il consigne, sjt:-;;
il note ce qui se raconte sans prendre parti. Il semble-
rai^ cependant que sa conviction dût être formée par
l'existence d'une liste épiscopale qui permettait de re-
monter depuis l'évêque Démétrius, qui vécut en pleine
histoire, jusqu'à l'évangéliste; il a transcrit la liste, mais
il a réservé son assentiment; nous pouvons faire plus
que lui. Voici le nom des évoques : Annianus, Abilius,
Cerdon, Primus, Justus, Eumènes, Marcus. Céladion,
Agrippinus. .Tulianus qui mourut vers l'année 189 et au-
quel succéda Démétrius, contemporain d'Oiiyène 3. Si
1 Eçhse FAtAanase
- . — S'Miûiel il£x,r,'
3 — . — S* Marc
- de Tetrapylon
sTJsis * ' '
: £tÂûn
y Temple dJsis àeJÎAbondance
S ft/ais t~~~
2G8. — Pkm d'Alexandrie. I) .■] ros Néroutzoo le.., /. . nciemu Alexandrie.
que l'on connaissait de son temps une fausse épitre de
saint Paul aux Alexandrins :
fertur etiani ad
laudecenses, alia ad atexandrinos pauli no-
mine finetc '.
Ainsi, dès le ine siècle, la légende était lancée et la
supercherie découverte.
N'y avait-il rien de plus qu'une imagination'.' Si on dé-
barrasse le fait primitif de tout ce qu'on y a greffé, si
on écarte définitivement les prétendus Thérapeutes du
pseudo-Philon et certains détails gardés par les apo-
cryphes, pseudo-Linus et autres, il reste qu'au début du
iv siècle on pouvait lire dans des sources d'une médiocre
autorité la mention d'un voyage de saint .Marc en Egypte,
des missions faites par lui dans différentes directions
enlin de la fondation du siège d'Alexandrie. On ne sait
rien déplus que ce qu'a dit Kusèbe et voici ses paroles
ToOtov es Màpxov 7tpo)TÔv çaoïv Itz\ rîj{ A!y\J7tTOU cxiùi-
u.evov, to EiJayyéXiov o Sy) xa'i c'jvîypi'l/ati, Xï)p\SI;at,
è'/y./.r,TtaçT£ npÛTOV iit' aùrîiç 'AXsHavôpei'a: (TuuT^aiôai '-.
« On raconte que Marc prêcha en Egypte cei évangile qu'il
avail écrit et fonda des Églises dans Alexandrie. » Eusèbe,
qui n'est pas toujours en garde contre ses sources, l'a
'G. Kriiger, Kûrzere Texte zur Geschichte der altcn Kirclie
and îles Kanons, in-8", Freiburg, 1893, p. 133; 0. Bardenhewer,
Gesohisched. altchr. Literatur, in-8% Freiburg. 1902, t. i, p. 462,
— «Eusèbe, Hist. eccl., 1. Il, c. xvi, P. G., t. w. col. 178.
— 3J. Flamion, Les anciennes listes épiscopales des quatre
grands sièges, dans la Revue d'histoire ecclésiastique, 1900,
t. i, p. 643-678. — * L. Duchcsne, Les origines cl,
ces noms appartiennent à des personnages réels, c'est
tout ce qui nous en est resté. Il est remarquable que
cette ville si puissante, dotée d'une synagogue dont l'im-
portance ne le cédait qu'au temple de Jérusalem, n ait
pas attiré saint Paul. La période apostolique n'offre rien
qui appartienne à Alexandrie, sauf peut-être l'épitre aux
Hébreux et cet Apollo qui apparaît un instant dans les
Actes. Si une Église a existé des le temps des ap
il faut qu'elle ait été bien insignifiante el ses chefs bien
médiocres pour n'avoir laissé aucune trace, ni une
épitre. ni un monument, ni un martyr. Nous avons dit
que faute de mieux on avait forgé une prétendue épitre
de saint Paul, mais il n'y a pas a s'\ arrêter; il est pos-
sible qu'il faille attribuer une origine alexandrine à la
lettre du pseudo-Barnabe parce que, i avant le n
cle, ce! écril n'esl connu que des auteurs alexandrins,
Clément, Origène, l'auteur du Dux Via ou Judicium
Pétri, circonstance qui, avec l'allégorisme effréné qui
règne dans l'épitre, sonl les seuls arguments que l'on
puisse faire valoir en faveur d'une origine ou d'une des-
tination alexandrine*. » La Beule antiquité monumen-
tale de l'Église d'Alexandrie serait celle que nous si-
gnalent les tates de saint Pierre, le dernier martyr :
.-1/ illi [carnifices] tollentes eum duxerunt in locum gui
dicitur Bucolia, ubi et sanctus Marcus niartyriiuu pro
in-81, Paris, s. d.. p. 344. note 2; ,1. M. Neale, A history of
thr lioly eastern Church. The Patriarchate of .4'
dria. in-K-, London, 1847. Cet auteur ne met pas en doulo
l'évangciisation de saint Marc, il suit la clirom
du Sollier et découvre dans o lu qu'on nomme
dition constante » une foule de détails qu'il est bien superflu da
rappeler.
1101
A LEX A X DR I E ( A RC 11 KO LOG I E
1102
Cltrisio suscepit'. Ce martyrium était situé à l'est de la
ville, à proximité du « Grand Port ». Nous venons plus
loin que cet édilice a réellement existé, mais la question
est précisément de savoir s'il commémorait Marc l'évan-
géliste ou un martyr du nom de Marc; les Actes cités
disent simplement sanctus niarcus.
En définitive la période héroïque de l'Église d'Alexan-
drie peut être timidement indiquée, réduite aux propor-
tions que nous avons dit : 1° fondation apostolique rien
moins que douteuse, 2° lastes épiscopaux sans contrôle
et sans garantie2, 3° antiquités monumentales sans
ombre de certitude aussi longtemps que la fondation
apostolique ne sera pas prouvée. Une source incontes-
table mais très uagmentée et peu claire qu'on ne peut
manquer d'utiliser dans la recherche des origines du
christianisme alexandrin, c'est les écrits des gnostiques.
Cette expression si belle de gnose, -yvtoo'iç, connaissance,
a servi de qualification à la doctrine des sectes héré-
tiques qui, soit prudence, soit aberration d'esprit, ont
adopté quelques-uns des systèmes et des formules phi-
losophiques les plus ridicules qui aient déshonoré l'esprit
humain. Il faut bien se garder cependant de n'accorder
aux gnostiques qu'un dédain égal au inépris que leur
morale soulève. Nous avons montré à propos des abra-
sax, et nous confirmerons cette vue en parlant des notes-
voyelles (voir Alphabet) que toute cette incohérence
n'est parfois qu'apparente. Certaines conceptions de la
gnose ne sont pas moins dignes d'admiration que celles
île la philosophie grecque à sa période la plus brillante.
C'est à Alexandrie que nous voyons la gnose se produire
et atteindre l'apogée de s» fortune. Nous n'avons pas à
déterminer dans cette étude les emprunts qu'elle a faits
et les influences qu'elle a subies. Le milieu dans lequel
elle se développa comme naturellement était probable-
ment celui d'où elle naquit. Entre le musée et la grande
synagogue du Diapleuston 3, dans l'effervescence de
tous les courants doctrinaux de l'antiquité, il se forma
du mélange de toutes les théologies et de toutes les cos-
mogonies une composition désordonnée, indigeste et
souvent malsaine. L'initié à cette doctrine s'appelait
gnusticos, « savant accompli, » et croyait de bonne loi
* Acta sincera sancti Pétri Alex., dans Mai, Spicilegium ro-
mamtm, in-4\ Romse, 1840, t. m, p. 073; P. G., t. xvm, col. 451 sq.
11 laut se garder de confondre cette pièce avec les deux légendes
depuis longtemps connues. Tillemont, Mèm. pour servir à l'hist.
eccl-, in-4", Bruxelles, 1732, t. v, p. 337, en a parlé fort sévère-
ment et fort bien. Il intitule la critique qu'il en fait de cette ma-
nière : « Qu'on ne peut avoir aucun égard à tous les actes que nous
en avons (de S. Pierre). » Ils sont en elfet tout remplis d'inadver-
tances et d'erreurs grossières, telles qu'on les savait faire au
moyen âge. Toutefois, ces pièces qui ne méritent pas l'attention
ne doivent pas rejaillir sur celle que citait Jnstinien, qui est par
conséquent fort ancienne. Comme on y lisait qu'Origène avait
causé beaucoup de peine à Héraclas et à Démétrius, Tillemont
présume qu'ils ne devaient pas être antérieurs au patriarche
Théophile, le premier qui compta Héraclas parmi les ennemis d'Ori-
gène, bien qu'au contraire ils paraissent avoir toujours été fort
unis. Ce passage se retrouve dans les actes publiés par Mai : Nec
vus prœteream sanctissinii Patres ac divinse legis antistes,
Heracli atque Demetrii, quibus fabricator ,>erversi dog>»atis
Origenes multifarias tenlationes incussit. P. G., t. xvm,
col. 460. Nous serons moins rigoureux que Tillemont car, pour que .
la phrase en question fournit une contradiction formelle avec l'his-
toire de l'amitié d'Origène et d'Héraclas, il faudrait que toutes les
phases de cette amitié nous lussent parfaitement connues, et il
n'en est pas ainsi. Nous tiendrons donc ce texte latin, traduit sur
un original grec, pour une pièce digne de croyance sur un grand
nombre de points. Toutes les erreurs contenues dans les légendes
publiées par Surius et par Combefis en sont absentes et le rédac-
teur se dit quasi contemporain du martyr, ce qui signifierait peu
de chose si le récit n'offrait par ailleurs bien des marques d'au-
thenticité. « Ad ogni modo, dit à leur sujet De Rossi, l'autorità di
quegli atti non è leggera. » Bull, di arch. crist., 1865, p. 61. On
voit que nous avons en somme la version latine publiée par Surius,
Vitx sa/tclorum, 25 novembre, la version grecque dont une re-
cension a été publiée par Combefis, Illustrium Christi martyrum
fiire partie d'une humanité supérieure. Ce que le gnos-
t cisme avait de bon, il le tenait un peu de toutes mains,
cir, à la différence du bouddhisme, il était un dogme et
non pas une morale. Sans doute il avait emprunté
quelques maximes et ce qu'il eut de plus sage et de
plus pur au christianisme, mais il est difficile de rien
déterminer avec précision; cependant, et ceci suffit à
notre dessein, il était en rapport avec la communauté
chrétienne et dans un rapport en apparence si étroit
qu'un esprit peu attentif prenait l'un pour l'autre et
nous a laissé le plus ancien témoignage historique de la
présence d'une communauté chrétienne à Alexandrie.
A son passage en Egypte, Hadrien décrit ainsi l'attitude
religieuse des Alexandrins '■ :
« Hadrien Auguste à Servianus, consul. L'Egypte dont
tu me faisais un si bel éloge, mon cher Servianus, je la
connais maintenant, avec sa légèreté, sa mobilité, sa
facilité à s'émouvoir à la moindre rumeur. Ici les ado-
rateurs de Sérapis sont chrétiens et ceux qui se disent
les évèques du Christ sont dévots à Sérapis; les chefs
de synagogues, les samaritains, les prêtres chrétiens sont
tous des astrologues, des aruspices, des devins. Même
le grand patriarche :;, quand il vient en Egypte, est
contraint par les uns de se prosterner devant Sérapis,
par les autres d'adorer le Christ... En somme, le grand
Dieu c'est l'argent; chrétiens, juifs, gens de toute race,
tous le tiennent en vénération. » L'Etat romain avait
longtemps et volontairement confondu le christianisme
avec le judaïsme, maintenant il s'abstenait de le distin-
guer des sectes dissidentes qui, suivant la forte pensée de
saint Justin, le diffamaient en se réclamant de lui appar-
tenir.
L'origine chrétienne de trois sectes gnostiques est
assurée, celles de Basilide, de Valentin et de Carpo-
crate6. Nous sommes assez mal renseignés sur elles,
car outre le mystère dont elles prirent soin de s'entou-
rer, elles ne paraissent pas avoir songé à défendre leurs
concepts au prix de leur sang, ce qui est encore le meil-
leur moyen démarquer quelques dates et quelques laits
certains dans l'histoire. Les basilidiens avaient pour
principe de renier la foi en temps de persécution, c'est
lecti triumphi, in-fol., Parisiis, 1660. et une autre recension par
Viteau, Passions de saints Ecatérine, Pierre d'Alexandrie,
Barbara et Anysia, in-8% Paris, 1897, une version syriaque
publiée par Bedjan, Acta martyrum el sanctorum, in-8% Leip-
zig, 1895, t. V, p. 543-561, d'après le ms. de Berlin, Sachau
321 et les mss. du British Muséum, add. '146550 et 14641, enfin
le texte de Mai. Cf. F. Nau, Les martyres de S. Léonce de Tri-
poli et de S. Pierre d'A lexandrie d'après les sources syriaques,
dans Analecla bollandiana, 1900, t. xix, p. 12 sq. — -•< Cette
succession alexandrine est parvenue à Eusèbe accompagnée de
chiffres d'années. Il n'est pas possible de la contrôler par des
documents plus anciens, comme cela se fait pour la succession
romaine; mais l'exactitude de celle-ci, telle qu'Eusèbe la produit,
garantit jusqu'à un certain point celle d'Alexandrie. » L. Du-
chesne, op. cit., p. 44. — 3Talmud de Jérusalem, TV. Sukka,
v, 1 ; Talmud de Babylone, Tr. Sukka, 51 b. Les Juit-; avaient
été terriblement éprouvés par suite de la répression de la révolte
sous Hadrien. La révolte de l'an 116 eut à Alexandrie un contre-
coup mortel pour leur influence. Les Juifs, pour se fortifier, dé-
ruisirent le temple de Némésis. Appien, Bell, civ., 1. II, c. xc; cf.
tDion Cassius, Hist. rom., 1. LXIX, c. xi; Spartien, Hadr., xiv.
Les Grecs reprirent l'avantage, on tua tout ce qu'on ne fit pas
prisonnier; quand Lucova arriva avec les Juifs cyrénéens, le
préfet d'Egypte, Lupus, était maître de la ville transformée en
camp retranché. Màrcius Turbo acheva ceux qui restaient. Tj atavfcv
eêoVaÙ'/t». -;, h, At^û-imo 'IouSaûi» fivo;, dit Appien, Bell, civ., 1. II,
c. xc. La juiverie d'Alexandrie, jadis la première du monde,
tomba très bas, le quartier juif, situé près du Lochias, ne se dis-
tingua plus guère des Coprise. — * Vopiscus, Vita Saturnini, 8.
Cf. G. Kriiger, Kùrzere Texte zur Geschichte der alten Kirche
und des Kanons, in-8°, Freiburg, 1893, p. 19. — 5Le patriarche
juif de Jabné. — » L. Duchesne, Les origines chrétiennes, in-8",
Paris, s. d., p. 146 sq., et Renan, L'Église chrétienne, in-8°, Paris,
1879, p. 157, ont décrit le système gnostique alexandrin avec une
clarté et une lucidité que ne possédèrent jamais ses inventeurs.
1103
ALEXANDRIE (ARCHÉOLOGIE)
1104
du moins ce qu'ont dit leurs ad versaires. Ils accordaient
qu'on pouvait se prêter aux actes, indifférents par eux-
mêmes, que la loi civile exigeait, qu'on pouvait maudire
le Christ àsCondition de distinguer dans son esprit entre
l'éon Nou; et l'homme Jésus. On hésite en vérité à
donner le nom de chrétiens à des sectes semblables,
mais on voit que la loi civile en les atteignant les consi-
dérait comme chrétiens puisque l'épreuve à laquelle elle
les soumettait était celle qu'elle imposait à tous les dis-
ciples du Christ; c'est par ce biais qu'ils se rattachent
d'une certaine manière à l'Église d'Alexandrie, mais ce
n'étaient là, comme l'a justement dit Renan, que des
demi-chrétiens. Valentin et Carpocrate sont Alexandrins
eux aussi. Valentin fut surtout un rêveur intarissable et
assez débraillé, une sorte de père Enfantin accommodé
de quiétisme. Il parait n'avoir eu guère d'inlluence sur
la direction et les destinées de l'Église d'Alexandrie. Il
n'en fut pas ainsi de Carpocrate qui inventa la gnose
unitaire, [xovaêiy.r, yvûxn;. Celui-ci porta au christia-
nisme un des coups les plus sensibles qu'il put recevoir,
en proclamant des principes de morale d'une corruption
sans bornes, dont l'odieux devait rejaillir sur le chris-
tianisme tout entier, auquel la secte paraissait d'autant
mieux appartenir qu'elle expliquait d'une façon très
claire toutes les obscurités de la doctrine chrétienne,
loin de les compliquer et de les rendre, comme Valen-
tin, rebutantes à plaisir. La réputation fâcheuse d'im-
moralité dont les sectes alexandrines jouissaient s'ex-
pliquait par les pratiques des basilidiens et la doctrine
de Valentin qui autorisait la débauche. Avec Capo-
crate on alla plus loin; l'immoralité devint la condition
du salut. Les âmes, disait-il, ne peuvent atteindre la
béatitude qu'aprèsavoir parcouru tout le cycle des actes
possibles. Telle sera la matière de leur jugement : «Toute
Aine à qui il reste encore un crime à commettre doit
transmigrer dans un autre corps jusqu'à ce qu'elle ait
épuisé la série des iniquités accessibles à la nature de
l'homme1.» Que l'on juge du discrédit qu'un pareil en-
seignement jetait sur ceux qui y conformaient leur vie
et ce Ilot de honte ne s'arrêtait pas aux impudents qui
dogmatisaient sur leur avilissement, il remontait jusqu'à
d'autres fractions plus discrètes, mais non moins abjectes,
pensait-on, puisqu'elles adoraient toutes le même .Icmis-
Christ. Il est remarquable que les accusations de dé-
bauche infâme portées contre les chrétiens paraissent
à peu près contemporaines de l'apparition des sectes,
valentinienne et carpocratienne 2. Il est à croire que
l'Lgnso naissante d'Alexandrie n'échappa pas au senti-
• L. Duchesne, op. cit., p. 100. — « Voir Accusations contre
i ES chrétiens, col. 274. Cf. .1. D. Baer, De Judseorum in chri-
Slianos hostilitate, in-4% Lipsiae, 1740; C. F. Borner, De hot
rel. christ, internis atque domesticis, in-4", Lipsiae, 1734;
J. Bûcher, Cur christianorum conventus paganis adeo fue-
runt iuvisi, in-4*, Viteburgi, 1767; J. F. Buddaeus, De l/ei
religionis christianx philosophorum gentilium obtrectatio-
nibus conftrmata, in-4\ lenae, 1711; réimprime dans ses Mis-
cellanea sacra, in-4% s. 1. n. d., t. i, p. 328-380; Z. Grape, De
calu/niia on«-ct chorolatri;r , judxis et christiania otim
adversa, in-4', Lipsiae, 1696; J. F. Gruner, De odio generis
iiiinmiii christianis qtitn a Remania objecte-, in-4% Goburgi,
1755; G. F. Gude, De causis odii paganorum in christianos,
dans Paganus christianorum laudator et fautor, in-4-, Lipsiae,
1741, praef., p. m-xx; T. Hasaeus, De onolatria, a gentiHbus
olim JudsHs et christiania impacta, in-4", EiTurti, 1716; ,l..l. Rul-
dricus, De calumniis a geutilibus in primsevos christianos
si>arsis, dans son Gentilis obtrectator, in-4", Tiguiii. 1744; C. N.
Koch, De philosophas gentibus christianam religionem impu-
gnantibus, in-4', Ienae, 1746; G. Kortholt, De calumniis pagano-
rum In veteres christianos sparsis, in-4% Kiloni, 1668; le môme,
De origine et natura christianismi ex mente gentilium. In-4%
Kiloni, 1672; le même, De vita et moribus christiania ;
vis per gentilium malitiam adfwtis, in-4% Kiloni, 1683; le
même, De norninibus, quibus per ludibriutn ehristiani olim a
profanissunt appettati, in-4% Kiloni, 1603; le même, De phi-
losophia orientait primis post Chr. seculis Ecclcsiam cltrist.
ment de dégoût et d'horreur que soulevait le récit des
pratiques abominables dont une déplorable méprise
rendait solidaires ceux qui les réprouvaient plus éner-
giquement que personne. Dans ce milieu interlope nous
connaissons quelques personnages. Basilide et son fils
Isidore, Valentin, Carpocrate, sa femme Alexandrie et
son fils Épiphane, mort à dix-sept ans; une femme
nommée Marcelline, t octoresse de la secte carpocra-
tienne, qui s'en fut prêcher la doctrine à Rome au
temps du pape Anicet et obtint un grand succès; enfin
Apelle s'y réfugia après son aventure et c'est de là
peut-être qu'il ramena la Philomène et son livre des
Phaneroseis.
C'est sous le règne de Septime-Sévère, La^tus étant
préfet d'Egypte et Démétrius évêque d'Alexandrie, que
l'Église de cette ville apparaît en pleine histoire. Son
développement est dès lors très rapide, ses documents
précis et nombreux, mais par cela même cette période
cesse d'appartenir à l'archéologie volontairement confi-
née parmi les ruines.
Les documents relatifs à la province ecclésiastique
d'Alexandrie ou d'Egypte sont peu nombreux et peu
explicites. Le plus important d'entre eux porte le titre
de « Canons ecclésiastiques des saints Apôtres » 3 mis à
jour depuis quelques années. Ce recueil semble avoir
été rédigé vers le milieu du IIIe siècle, mais l'origine des
dispositions qu'il codifie remonte beaucoup plus haut;
peut-être sont-elles assez peu éloignées chronologique-
ment de la Didachù i. Dans l'énumération que nous
donnerons plus loin des principales églises d'Alexandrie
nous ne ferons aucune allusion au régime paroissial qui
sera étudié ailleurs. Voir Paroissi—. Ce régime était
établi à Alexandrie dès les premières années du iv siècle.
Telle est du moins l'assertion de saint Epiphane, au dire
duquel, au temps où s'éleva l'hérésie d'Arius, Alexandrie
comptait un grand nombre d'églises administrées par
des prêtres :i. Dans un autre passage.il en énumère neuf
en ajoutant : « et d'autres encore6. » Tout ceci se trouve
bien précisé par un passage de l'Apologie adressée pas
Athanase en 356, à l'empereur Constance, cl visant dé-
faits récents. Dans cet écrit, le patriarche d'Alexandrie
explique comment il s'est vu contraint à célébrer le ser-
vice divin dans une église non consacrée parce que. dit-
il, la foule était considérable et « qu'il n'y avait dans la
ville qu'un petit nombre d'églises fort étroites » '• . En
définitive, pendant la première moitié du îv siècle, la
Communauté Chrétienne à Alexandrie se trouvait être
assez nombreuse et pourvue seulement de quelques ora-
turbante, in-4% Lipsiae, 1733: J. G. Lindner, De 'mlarfûf
chrtttianis objecta eaxurs. ad Minucium Peticem,
Langensalza, 1760, p. 314 sq. ; C. Loscher, De objecta
christianis décrues et cructfkeo ab etlmicis factis. in-4
burgi, 1696; S. Morinus. De calitninia gentilium eaput asini-
esse christianorum Deutn, dans ses Dissertationes octo.
in-8% Genovae, 1683, p. 282 sq. ; J. L. Mosheim, De turbata
per recentiores Platonicos Ecclesia. in-4% Helmstadii, 1 7J.% ;
J. A. Munnich, De norninibus quibusdam contitmcliosis. qu.r
christianis olim a gentilibus imposita surit, in-4*, 1j
1690; J. W. de Neve, De epicitreorum et stoicorum christia-
nismo mtentatis connius. in-4% Franchirti, 1708; A. Qnasiua,
, Causai calumniantm qttas paganis in christianos coniec'--
ruut. in-4% Viteburgi. 1703; C. Wormius, De reris causis cur
delectalos humanis carnibus et prou. ubttU chri-
stianos calumniati suut ethnici, in-4% Hamiœ, 1605; H. A. Zei-
bich, De christianis Serapim colenlibus, in-4% Gero, 1766-1767.
3F. X. l'uiik, Doctrina duodecim apostolorum, oanonst
stolorum ecclesiastici ac reltquse doctrm.vde duubus viis
sitiones veteres, edidit, adnotationtbus et prolcgomenis tllu-
stravit, versionem latin/un addidit, in-8% Tiibingen, 1887. —
«Ch.de Sniedt, L'organisation des Églises chrétiennes jus j
miliru du nr siècle, dans la Revue des quest. hist.
i. xi.iv, p. 361 sq. — SS. Épiphane, / Wlll, c. iv. 1'. (.' .
i \in, col. 189. — " lbid.. LXIX, c. u, /'. 0.. t. xi.n C I 741
s Athanase, Apologia ad Constatation imver.. i \i\-w.
/'. (.'., t. xxv. col..612.
1105
ALEXANDRIE (ARCHÉOLOGIE)
1106
toires insuffisants. Avant le milieu du Ve siècle, la popu-
lation chrétienne d'Alexandrie était devenue si nombreuse
que le pape Léon Ier dut autoriser le patriarche Dios-
core à laisser célébrer une seconde messe dans la cathé-
drale, basilica Csesarea, aux jours de fêtes plus solen-
nelles, en faveur de ceux qui n'auraient pu assister à la
première messe faute d'espace1.
il. les alexandrins. — La population d'Alexandrie
était assez mal notée parles anciens. Polybe la comparait
à celle de Carthage 2, Lampride disait qu'elle était à
l'Egypte ce « qu'Antioche était à l'Asie » 3. Vopiscus ne
connaissait que les Gaulois qui pussent être comparés
pour la versatilité et l'inquiétude d'esprit ' : Sunt enini
Aegyptii, viri ventqsi, furibundi jactantes, injuriosi
atque adeo vani liberi novarum rerum usque ad can-
lilenas publicas cupienles versificalores epigramma-
tarii mathematici haruspices medici. Nani [sunt]
christiani samaritae et quibus prsesentia semper tem-
pora cum enormi libertate displiceant. Lumbroso B
propose de modifier ainsi la phrase afin de rétablir la
pensée de l'auteur : Nani (sunt) mathematici, harus-
pices, medici, \judaei,] christiani, samaritse, etc. C'est
exactement la pensée et presque l'expression de la cé-
lèbre lettre de l'empereur Hadrien à son beau-frère
Servianus que nous avons déjà rappelée ° : Aegyplum
quam mihi laudabas, Serviane carissime, totam
didici lèvent, pendidam et ad omnia fanise nwmenta
volitantem. Illic qui Serapim colunt, christiani sunt
et devoti sunt Serapi, qui se Christi episcopos dicunt.
Nemo illic archisynagogus Judseorum, nemo Saniari-
tes, nemo christianorum presbyter non mathematicus,
non haruspex, non aliptes. Ipse ille palriarcha cum
Aegyptum venerit, ab aliis Serapideni adorare ab
aliis cogitur Christum. Gcnus hominum sediliosissi-
nuim, vanissimum, injuriosissimum, civitas opulenta,
dires, fecunda, in qua nemo rivât otiosus. Alii vitrum
confiant, ab aliis charla conficiiur, alii linyphiones,
omnis certe cujnscumque artis et videntur et haben-
tur. Podagrosi, quod aganl, habent; habent [cœci
quod aganl habent] cseci, quod faciunt; ne chirurgici
quidem apud eos otiosi vivunt. Unus Mis deus num-
mus est.
Le caractère primitif et ineffaçable d'Alexandrie,
c'était le syncrétisme, et, par conséquent, l'ironie, le
scepticisme, le sarcasme. « Grecs, Italiens, Syriens,
Libyens, Ciliciens, Éthiopiens, Arabes, Bactriens, Scythes,
Indiens, Persans, dit saint Chrysostome, affluaient dans
une ville » qui, selon Eustathe, ne le cédait qu'à Rome
seule; « réservoir universel, » comme parle Strabon ;
« plusieurs villes dans une ville, » selon le Juif Philon;
« le point culminant des cités, » selon Ainmien Marcel-
lin : < la grande école, » où s'empressaient d'accourir, dit
Grégoire de Nysse, tous les amateurs de la philosophie;
«P. L., t. liv, col. 62G-627. — * Polybe, Hist., 1. XV, c. xxx, 10 :
Oj yàç ÊXâTTw ROieTxà zat^âpia t<ôv &v5çùvi:eçi tfcç Totaû-a; Tapa///; n-i
tf, Kap/ï)8<mo)v T.iXn xa'i xa-ui t?;-, 'AAEÎavSp =iav ; Giacomo Lumbroso,
L'Egitto dei Greci e dei Romani, in-12, Borna, 1895; p. 88 sq. :
Alessandria neW antichità, p. 99 sq. : Carattere degli Alessan-
drini. — 3 Alexander Severus, c. xxvm : Suffi pudebat Syrum
dici, maxime quod quodam tempore festo, ut soient, Antio-
chenses Aegyptii Ale.vandrini laeessiverant conviciolis, et sy-
rum archisynayog um eum vacantes et archiereum. — * Vopis
eus, Saturninus, dans Script, histur. Auguste, edit. Peter,
in-12, Lipsiae, 1865, t. H, p. 208. — s G. Lumbroso, Osservazioni
antiche e moderne sul carattere degli Alessandrini, dans Atti
delta R. Accademia dei Lincei, série III, t. ni, 1879, p. 354. —
•Vopiscus, Saturninus, c. VIII ; J. Diirr, Die Reisan des Kaisers
Hadrian, in-8\ Wien, 1881, p. 88-90 : Ueber dent Brief Ha-
drians bei Vopiscus; A. Wiedemann, l.a lettre d'Adrien à
Servianus, dans Le Muséon. 1880, n. 4; H. Dessau, lettre à
G. Lumbroso, L'Egitto dei Greci e Romani, p. 104. — ''Revue
britannique, série V, t. m, 1841, p. 5-21. Alexandrie se souvint
toujours de ce qu'elle avait été sous les Ptolémées. A propos de
la présence de saint Marc, les Actes de la translation disent :
enfin, la ville que l'empereur Hadrien dépeignait d'un
seul mot : « personne n'y est oisif. »
La douceur du climat d'Alexandrie lui avait valu une
population de valétudinaires telle qu'on la rencontre
aujourd'hui encore dans certaines villes exceptionnelle-
ment abritées du littoral de la Méditerranée. Le traite-
ment de la phtisie amenait annuellement à Alexandrie
une colonie élégante 8 qui ne venait, semble-t-il, dans cette
cité que pour en faire le véritable rendez-vous de toutes
les préoccupations et de tous les intérêts de l'humanité.
Nous traiterons ailleurs avec détail d'une peine qui ne
fut pas épargnée aux chrétiens : l'exil. Voir ce mot.
Nous en connaissons plusieurs témoignages parmi
lesquels un des plus curieux est, contenu dans un papyrus
récemment publié 9. Il s'agit d'une femme déportée dans
une oasis. Grenfell et Hunt avaient lu 7to),iTixïjv comme
un nom commun et traduisaient (ille publique, Deiss-
mann voit dans IloXt-rixvï un nom propre. Lumbroso a
repris cette question, et sa compétence bien connue sur
tout ce qui a trait à l'Egypte l'a mis sur la voie de
l'explication définitive ,0. Un papyrus nous fait lire
7io).!Ttxoi en opposition avec vo|uxoî, et ce dernier mot
équivaut à ces mots oi ànb r/jç ASyjTrrou; en outre nous
lisons dans Sozomène ce qui suit au sujet des deux
Macaire : ô \xïv AlyjTmo;, o S£ izoliv.yi.6c, ô>ç àTTÔ;
(ôvorj.àÇeio • ïjv yàp tw ysvEt 'A/EËavopî'J; ". Il résulte
donc que le mot tzo1i-i-/.6ç s'appliquait en Egypte aux
citoyens d'Alexandrie, de même que dans l'Attique,àor<5;
était réservé aux Athéniens. Nous voyons ainsi l'impor-
tance que les hommes de ce temps accordaient à
Alexandrie à laquelle ils attribuaient ce nom de 7TÔXtç,
ainsi qu'on appelait Rome du nom de Urbs et Athènes
du nom de à'rrcu.
II. TOPOGRAPHIE. — i. aspect général a l'époque
chrétienne. — Suivant le goût antique que nous retrou-
vons à Antioche, à Palmyre et dans d'autres villes
riches, Alexandrie était ornée de portiques s'étendant
sur un espace considérable. A l'époque chrétienne la
ville avait gardé quelque chose de sa splendeur, si tou-
tefois le roman d'Achille Tatius, écrit au commencement
du ve siècle, n'a pas voulu représenter un état plus
ancien de la ville que celui qui était sous ses yeux. En
ce cas il aurait décrit non la rue du Sôma, mais la rue
transversale principale appelée to y.aià tyjv -k61vi arâôtov.
Quoi qu'il en soit, voici les paroles qu'il fait prononcer
par Clitophon et qui nous donnent une idée de ce
qu'était Alexandrie au Ve siècle, vers l'époque du patriar-
che saint Cyrille : « Après un voyage de trois jours nous
arrivâmes à Alexandrie. La première chose qu'on re-
marquait en entrant par la porte dite du Soleil l2, était
la beauté resplendissante de la ville dont la vue rem-
plissait mes yeux de plaisir. Une rangée de colonnes en
ligne droite se dressait de part et d'autre, depuis la
propter eum (patronum) toto in orbe (civitas) prœclara est,
dans Molini, De vita et lipsanis S. Marci, in-8", Roma, 1806,
p. 263. Le patriarche portait le titre de pape assolutamente e
quasi per antonomasia. De Rossi, Bullet. di arch. crist., 1876,
p. 20. Cf. G. Boissier, Promenades archéologiqu. i,in-12, Paris,
1895, p. 139; Gregorovius, Storia délia cittù di Roma, in-8",
Venezia, 1865, t. il, p. 17; J. Draper, Les conflits de la science et
de la religion, in-8", Paris, 1876, p. 35; Epiphanii monachi
opéra, édit. Dressel, in-8°, Leipzig, 1843, p. 11 ; Michaud et
Poujoulat, Corresp. d'Orient, in-8 , Paris, 1855, t. VII, p. 257. —
8 Celse, De re medica, 1. III, c. xxii ; Pline, Epist., 1. V, xix. —
" British Muséum, n. 713 ; Greniell, Greek Papyri, in-8\ Oxford,
1897, t. il, p. 115, n. 73; A. Deissmann, Ein original Dokument
aus der Diocletia nischen Christenverfolgung , in-8", Tùbingen,
1902 ; P. .louguet, Chronique des papyrus, dans la Revue des
études anciennes, avril-juin 1903, t. v, p. 21-23. — ,0G. Lum-
broso, dans Rendiconti délia renie Accademia dei Lincei,
séance du 21 décembre 1902, p. 586 ; P. Franchi de' Cavalieri, Un'
ultima parola sulla lettera di Psenosiris, dans Nuovo bull. di
arch. crist., 1902, t. VIII, p. 264. — "Sozomène, Hist. eccl., 1. III,
c. xiv, P. G., t. lxvii, col. 1068. — ''- Porte orientale ou de Canope.
no:
A L E X A N D Kl E ( A H C 1 1 K 0 L 0 G I E '
1108
porte du Soleil jusqu'à celle de la Lune ' : c'est ainsi
qu'on les appelle, du nom des divinités qui veillent à
ces deux entrées. Au milieu de ces colonnades était la
place publique, et la marche, sur cette place, était
longue, semblable à un voyage à travers la ville. En
m'avançant ainsi à quelques stades dans l'intérieur de
la ville, je suis arrivé à l'endroit qui porte le nom
d'Alexandre, et de là j'ai pu voir l'autre moitié de la
ville, dont la beauté égalait celle de la partie parcourue
jusque-là. Car, de même que les colonnades se prolon-
geaient en ligne droite devant moi, d'autres colonnades
semblables se faisaient voir également des deux côtés
qui leur étaient perpendiculaires 2. »
Les fouilles de l'année 1874 ont révélé l'existence
d'une rue transversale à colonnades partant du port
fluvial (<l>iâ>.if)) du temps de Justinien, et conduisant en
ligne droite au port maritime devant l'Emporium et le
Césaréum. Cette voie était bordée par le Musée, le
Sonia (totio; 'AXegavSpou), le temple d'Isis de l'Abon-
dance, le palais du gouvernement sous les empereurs
depuis Hadrien, jusqu'à Licinius et au ive siècle.
Une inscription de l'époque chrétienne nous montre
qu'on continuait alors à s'occuper de l'embellissement
de la ville.
€IMIM€NAAKHENTOC
AA€ZANAPOY T€PAC ÊPTCO
MAPTYPIH nOTAMOlO
TON €2€KA0HP£ MOTHCAC
5 [PJHIAJCOC INA NHCC
TTHMONA cpOPTON ATOI [sv] ;)
Cette inscription trouvée à Hagar-Nawatieh en 1897,
à l'embouchure de l'ancien canal d'Alexandrie en face
de Ramleh, est métrique :
EipA (j.kv ixaxt.svto; 'A).e;iivopo-j yépa; è'pyo)
[iapTupt'r) 7tordcu.oio, xbv èEexàôripe ao-fr^a;
p/jïSîw; fva vf)£ç notjiova çôprov avoiev
« Je suis le prix du travail du vaillant Alexandre. Je
rends témoignage du canal qu'il a fait curer au prix de
tant de peines, ainsi les vaisseaux déposent plus facile-
ment leur riche cargaison. »
11 s'agit ici d'un prœfectus Augnstalis nommé
Alexandre. On en connaît deux de ce nom à Alexandrie,
l'un en .'190, l'autre en 467; il s'agit plus probablement
du second.
II. ÉDIFICES. — a)RAlST-MlCHEL, OU 1.' ÉGLISE !>' ALEXAN-
DRIE. — Au sommet du plateau rocailleux situé entre le
Césaréum et le quartier juif, sur la partie sud, en lace
du Paneum s'élevait le sanctuaire de Saturne trans-
formé en église à l'époque chrétienne sous le patriarcat
de l'évêque Alexandre (313-326). Au dire de l'historien
arabe Macrizy, le patriarche vint à bout de persuader au
peuple de changer la fête de Saturne qui se célébrait le
' Porte occidentale. On ne saurait objecter ce que dit Tatius des
divinités qui veillent aux portes de la ville. Ces usages ne dispa-
rurent qu'après l'avènement officiel du christianisme, il suffit de
se rappeler tout ce que l'enlèvement de ta statue de la Victoire
au sénat romain souleva de dilficultés. Cf. P. Allard, Le christia-
nisme et l'empire romain, in-12, Paris, 1897, p. 253; E. Le Blant,
Nouveau recueil dès inscriptions chrétiennes de la Gaule {in-
térieures au vur siècle, in-4% Paris, p. 24 sq., n. 20. — 'Achille
Tatius, Leucippe et Clitophon, 1. V, c. i-iv. Cl. Néroutzos bey,
L'ancienne Alexandrie, p. 8. On trouvera dans Mahmoud bey,
Mémoire sur l'antique Alexandrie, in-8% Copenhague, 1S72, une
description minutieuse de la ville à laquelle nous nous faisons un
devoir de renvoyer. Toute l'histoire topographiflue et monumen-
tale y est traitée avec une grande exactitude, mais elle a plus de
12 du mois d'Athyr(8 novembre) en fête de saint Mi
tout m conservant l'ancien cérémonial. Le temple fut
dédié à l'archange dont le personnage était depuis
temps connu des Alexandrins, grâce aux écrits
gnostiques; cependant l'église prit le nom d'èxxXtjtria
'A/EÏàvôpou. La proximité de cette église avec le quar-
tier juif devait parfois rendre cette partie de la ville
assez dangereuse. En l'année 415, les juifs du quartier du
Délia organisèrent une conspiration contre les chrétiens
dont ils voulaient faire un massacre général au moyen
d'un guet-apens. « Ils prirent avec eux des hommes et
les postèrent pendant la nuit dans toutes les rues de la
ville, tandis que certains d'entre euxeriaient : « L'église
« d'Alexandre4 l'Apostolique est en leu ! Chrétiens, au
« secours! » Les chrétiens, ne se doutant point du piège,
sortirent à leur appel, et aussitôt les juifs tombèrent sur
eux, les massacrèrent et firent un grand nombre de
victimes. Au matin, les autres chrétiens, en apprenant
le crime commis par les juifs, se vendirent auprès du
patriarche et tous les lideles réunis se portèrent, pleins
de colère, vers les synagogues îles juifs, s'en emparèrent,
les sanctifièrent et les transformèrent en églises, l'une
d'elles reçut le vocable de Saint-Georges. Quant aux
assassins juifs, ils les chassèrent de la ville, pillèrent
leurs propriétés et les firent partir dans le plus grand
dénuement, sans que le préfet Orestepùt les protéger '. »
L'église de Saint-Michel fut détruite en 969 par les sol-
dats de Djohar. En 1876, Néroutzos bey a cru pouvoir
identifier les substructions d'un édifice mis à jour lors
des déblais nécessités par les fondations d'une maison
avec les restes de l'église Saint-Michel ; on trouva sur les
lieux des fragments d'ornementation chrétienne cruci-
fère et des hypogées portant des inscriptions presque
effacées, les unes en grec les autres en copte.
h) la CATBÉDRALS. — Le Ka'.càpîiw ou templum Cee-
saris, commencé pendant les dernières années du t
de Cléopàtre et achevé sous Auguste au culte duquel il
fut consacré, portait également le nom de ^EÔxTTe.ov ou
templum Augusti, Philon l'a décrit rapidement : Il
n'y a, dit-il, de sanctuaire au monde comme celui qu'on
appelle Sébastéum, temple de César, patron des navi-
gateurs (Èiuêxrr,p:o-j KaiTocpo; vsiiv). Ce temple très
grand et très apparent, et dont il n'existe pas son pareil,
s'élève majestueusement en face des ports les plus sûrs,
il est rempli d'ornements votifs consistant en tableaux,
en statues et en objets d'argent et d'or; il est entouré
d'un enclos très large et pourvu de portiques, de biblio-
thèques, d'appartements d'hommes, de bois sacrés, de
propylées, de lieux vastes et de salles à ciel ouvert, en
un mot de tous les embellissements les plus somptueux.
Il est l'espoir du salut, et pour ceux qui s'embarqu nt
ici et pour ceux qui arrivent de retour de leur voyage ». »
Lors des travaux occasionnés en 1874 par les fonda-
tions d'une maison, on mit à jour une construction de
grand appareil représentant un mur longitudinal d'en-
viron 3m50 d'épaisseur et un mur transversal de •2ni.">tl
d'épaisseur. C'était l'angle ouest du Césaréum dont
l'axe était dirigée du nord-nord-ouest an sud-sud-est et
dont la lai ade elail dans la direction ouesl-sud-ouest. à
est-nord-est, c'est-à-dire en parfaite concordance avec la
rapport à l'Alexandrie païenne et profane qu'à l'Alexandrie
tienne, la seule qui doit nous retenir. '('.. Botti, /
anedi Alessandria d'Egitlo, dan- Bessarione, 1"
n. 16; le même, h jues et latines trouve
t89!7-1898, d;in~ le Bull, de la Soc. arch. d'Aï
drie. 1898, I. i. p. 48, n. 96. Sur la tranche droite on a tracé à la
pointe du couteau -f Il ll'HTX || g xi\ i:. — ».lean de
Nikiou écrit l'église de Salnt-Athanase, c'est une erreur évidente
que e ate, Hist. eeel., 1. VU, c. xiii. P. G., t i.x\u,
cl. "Ci : ..,; ( Ir.ùr, j-l:-. 'AXig&vSfou l*»Xr,<r.'«. — 5 Chroniqu-- de
Jeun, evéque de Nikiou, c. ixxxiv, trad. H. Zotenberg
lee Notices et extraits des manus. de la Bibliot. nat., in-.
1883, i \xn. p, 166 sq.; Socrate, Hist. ee<l.. 1. VII. C xiii,
P. G., t. i xvil, col. 764. " Pbilon, lie légat, ad Caium, c \\u.
1109
A L E X A N 1) H I E ( A II C H E 0 L 0 G I E '
1110
direction îles rues longitudinales de l'ancienne ville '.
« Les blocs des fondements du Césaréum, écrit l'ar-
chéologue dont l'activité et le dévouement nous ont valu
ces détails, étaient les uns en calcaire d'un grain homo-
gène et blanc et les autres en grès et en marbre. Tra-
vaillés diversement, ils conservaient des restes d'orne-
mentation en style grec et en style romain, voire même
en style ecclésiastique byzantin ; circonstance qui
confirme la transformation du temple de César en église
chrétienne, sa destruction répétée et sa reconstruction
sur le même plan avec les pierres du temple ruiné2. >>
Après la paix de l'Eglise le Césaréum fut désaffecté de
son ancien culte et transformé en église cathédrale,
mais les noms de |x£yà).v) £xxÀri<jt'a, de Kuptaxôv, de
Dominicum qu'on lui donna ne purent prévaloir contre
l'ancienne appellation, Césaréum ou Sébastéum 3. En
l'année 356, le comte Héraclius, opérant pour le compte
de l'empereur arien Constance et des païens ralliés aux
hérétiques par opposition aux catholiques, saccagea et
brûla une partie du temple; en 365, les chrétiens y ren-
trèrent et le restaurèrent, mais l'année suivante, le
21 juillet 366, il fut repris de nouveau par les païens qui
le brûlèrent et le détruisirent de fond en comble.
Le patriarche Athanase commença la reconstruction
dès l'année 368, sous la protection active du dux Tra-
janus, commandant les troupes de l'empereur en Egypte.
La cathédrale demeura entre les mains des patriarches
orthodoxes jusqu'à l'entrée des Arabes à Alexandrie,
l'an 641 de notre ère. A cette date, elle passa aux jaco-
bites, fut restituée aux orthodoxes en l'année 727, mais
elle disparut en 912 dans un incendie et ses ruines ne
furent plus relevées.
c) le dominicum DWNYSii. — Georges, patriarche
intrus d'Alexandrie, fit sa résidence, dp l'année 357 à
l'année 368, à l'église do Dyonisius (Dominicum Diony-
sii); après son retour dans la ville, saint Athanase y ré-
sida également jusqu'en l'année 370. Celui-ci eut à
remédier pendant son épiscopat à l'insuffisance des édi-
fices du culte trop rares et trop petits : Ttôv toivjv
Êxx},r,<Ttà)v àXryeov k<x\ Spa/uiâxtov o0<t(7)v. C'était au point
qu'il arriva une année que la population chrétienne
menaça l'évèque d'aller célébrer la solennité pascale en
pleine campagne, s'il ne remédiait à cet inconvénient4.
d) église saint-atbànase. — Au mois d'août de
l'année 370, saint Athanase consacra l'église construite
par ses soins au quartier du BevStôeiov ou Mendidium
et y transporta sa résidence. Cette église, qui porta en-
suite le nom du fondateur, parait avoir été élevée sur
l'emplacement de l'ancienne 'Ayopâ, Forum, derrière
YEmporium, les Apostases et les Navalia. Cette église
prenait rang immédiatement après celle de Théonas
quant à l'importance et à la grandeur; elle en subit le
sort sous la domination arabe et fut convertie en mos-
quée dite du Soùq-el-Altarin, « du marché des épi-
ciers. » Elle renfermait un grand nombre de colonnes
antiques, la plupart en marbre cipollin, quelques-unes
en granit rose, de forme et de proportions différentes,
avec des chapiteaux de style byzantin.
* Néroutzos-bey, op. cit., p. 10 sq. Pline, Hist. nat., 1. XXXVI,
Xiv, 8, nous dit que l'on voyait à Alexandrie, près du port, dans
le temple de César, deux obélisques de quarante-deux coudées.
Ces obélisques se dressaient devant le pylône ou pronos, de
chaque côté de l'entrée ; l'un d'eux a été transporté à Londres et
dressé sur le bord de la Tamise, l'autre au Central-Park, à New-
York. Cf. Néroutzos-bey, op. cit., p. 15-20. — ! Néroutzos-bey,
op. cit., p. 13. — 3Socrate, Hist. eccl., 1. VII, c. xv, P. G.,
t. LXVII, col. 770; Evagre, Hist. eccl., 1. II, c. VIII, P. G., t. lxxxvi,
COl. 2521 : TIpoç tv li"(â).ïiv kyayô-rtiï ÈxxXïitrt'av r, Katiraooç Kpoffayo-
çEÙEToc.Cefut dans l'église du Césaréum qu'eurent lieu les violences
contre llypathie et son assassinat. Socrate a justement flétri ce
Crime : To3xo où ntxoôv jj.iofAov KuocX^w xcù r>i 'A^Eçavo'ç.iujv Ex-xA^aïa
EÏpYaffaT0' 'AXXÔTOiov yàp VflcvTBXwÇ Twv çoovojvtuv -cà Xû'.rTTOJ, çôvo: xcè.
luttai, xui -■/. ToÛTorçKapattX^ata. « Cette action jeta un lourd oppro-
bre sur Cyrille et l'Église d'Alexandrie. Les meurtres et les vio-
Saint-Genis * dit que cette mosquée contient un grand
nombre de matériaux antiques et notamment une cuve
monolithe, « qui est, dit-il, le plus beau monument
connu parmi les antiquités égyptiennes3. » Cette cuve
occupait une position centrale par rapport à l'édifice qui
parait lui avoir été coordonné tout entier, et il incline à
penser que ce fut bien l'emplacement de c • baptistère
dès le temps de la construction de l'église. La mosquée
a la forme et la distribution de cette sorte d'édifices,
quoiqu'elle ait été élevée sur des fondations appropriées
à un plan différent. On trouva, lors de l'expédition fran-
çaise, une tablette fragmentaire de marbre gris encas-
trée dans le pavé de la mosquée, portant une inscription
grecque écrite en caractères romains :
CONSTANTINON
La cuve dont nous venons de parler mesure 3m 126 de
longueur, lm626 de largeur à la tête, lm281 aux pieds,
et lm150 de hauteur. « Elle est prise dans un bloc de
brècha d'Egypte de la plus grande beauté et d'un poli
parfait. Elle est d'une couleur brune ou vert très foncé,
parsemée de fragments verts, jaunes, blancs, noirs ou
rougeâtres, qui forment un mélange du plus bel effet6. »
e) l'église de théonas. — Entre tous les édifices
chrétiens d'Alexandrie celui qui porte le nom de Théonas
est un des plus célèbres. L'église dite de Théonas, du
nom du patriarche qui la bâtit entre les années 282 et
300, et que l'on désignait dans le langage courant sous le
nom de « la Théonas », fut la première église proprement
dite construite à Alexandrie, car auparavant on s'était
borné à célébrer le culte dans les cryptes et dans les
cimetières qui furent même interdits par Émilien, préfet
d'Egypte sous les empereurs Valérien et Gallien (253-
260) 7; peut-être y eut-il pendant les périodes de vérita-
ble tolérance des assemblées plus ou moins clandestines
dans le martyrium de Saint-Marc, en face du port.
L'oratoire bâti par Théonas fut reconstruit et agrandi par
le patriarche Alexandre (313-326). Il servit dès lors de
cathédrale dédiée à « Sainte Marie »; c'est là que, pendant
un siècle environ, depuis Théonas jusqu'à Pierre II, les
patriarches firent leur résidence. Une anecdote dont
l'authenticité est à peine défendable nous montre le pa-
triarche attendant devant l'église ceux qu'il avait invités
à partager son repas de midi ; de là il avait la vue de. la
mer devant lui et pouvait distinguer ce qui se passait
sur le rivage8. Le 9 février 356, le commandant des
troupes impériales, Syriauus, lit irruption avec des
soldats et le rebut de la populace dans le cloitre de la
Théonas; les portes furent enfoncées, les fidèles maltrai-
tés, ou massacrés, les femmes outragées, mais le pa-
triarche Athanase, que l'on cherchait pour s'en défaire,
eut le temps de prendre la fuite 9. Moins de 20 ans après,
le préfet Pallade cerna et envahit le cloitre ; il était
suivi des païens et des juifs et cherchait le patriarche
Pierre II pour l'expulser de son siège. Peu après,
Magnus, cornes largitionum comitatensium, escorté
d'une partie de l'armée et du peuple, pénétra dans
l'église, fit arrêter le chapitre entier des prêtres et des
lences sont absolument étrangères à la morale chrétienne, et de
même tout ce qui y ressemble. » Socrate, Hist. eccl., 1. VII, c. xvi,
P. G., t. lxvii, col. 769. Sur cette femme illustre on peut consul-
ter une étude de G. Bigoni, Ipazia Alessandrina ; studio sto-
rico, dans Atti dell' Istituto veneto, série VI, 1886-1887, p. 397-
437, 495-526, 681-710. — * S. Athanase, Apoloyia ad Coustan-
tium, n. 14, P. G., t. xxv, col. 612. L'incident que nous rappelons
et qui souleva des persécutions nouvelles de la part de Constance
se passait pendant la construction du Dominicum. Ibid., n. 16,
P. G., t. xxv, col. 613. — * Antiquités d'Alexandrie et de ses
environs, dans la Description de l'Êijijpte, in-S", Paris, 1829,
t. v, p. 369; Atlas, t. v, A, pi. 40-41. — ' Saint-Genis, up. cit.,
p. 374. — 'Eusèbe, Hist. eccl., 1. VII, c. xi, P. G., t. xx,
col. 664. — 8 Sozomène, Hist. eccl., 1. II, c. xvn, P. G.,
t. lxvii, col. 221. — «S. Athanase, De furja sua, n. vi, P. G.,
t. xxv, col. 652.
1111
ALEXANDRIE (ARCHÉOLOGIE;
1112
diacres et les lit embarquer séance tenante pour la
Syrie. Le récit qui nous a gardé les circonstances de
cette violence contient un détail topographique qui
concorde avec ce que nous savions. Magnus, y est-il
dit„ donnait ses ordres debout, en iace du port, et à
côté d'un bain public ' : "O toû eôvou: Y)Ysf-ovs^tov n*'-
yàfiioç... tôv ÈXXrjvixbv xoù louSaïxov Ôu,tXXev (juvaôpotVa;
toùç tri; sxxXïjTt'a; âx'jxXwcE irepcêdXovç, È^iÉvai iû> etuc-
xdicu Ilérpio ~apsyy'j<ôv,xaiyàp axovTaÉEsXdcaEiv ï):rsiXei,...
Iv yàp tï) xa/.o-jpivr) EXxXïjffc'a 0sa>và2... Kai ô tcôv xo-
U.T)TaTio*f«>v xai Xapyrriôviov xôp/rj.; [Mâyvo?] crpaTi<i)TÛ>v
iitayd|XEvci; a7TEipov 7t).ï]8uv... osCto; è<rcï)xi>; Èm toû
Xtflévoç, nXi)fffov yàp èv 8/)[xo(ïca) Xo'Jtptô Tiqv xaTaxptaiv
vat'a-jrwv [tûv xX^pixâv] <i5pi<rs.
Au v« siècle, la Théonas portait le nom de TAMAY0A,
discussion des récits qui racontent le voyage et l'apos-
tolat de l'évangéliste saint Marc à Alexandrie, nous pou-
vons mentionner, d'après les Actes de saint Pierre,
évêque et martyr (300-311). l'existence d'un oratoire
situé dans un quartier anciennement appelé BovxôXi»,
près de la mer, sur le port oriental. Les Actes de saint
Pierre d'Alexandrie ne laissent entrevoir en aucune façon
un édifice important, mais une simple memoria où
étaient enterrés l'évangéliste et d'autres évêques. A proxi-
mité se trouvait une maisonnette habitée par une vierge
consacrée à Dieu : qusedam virgo Deo dicala, quœ asce-
terioluni hujus evangelistse cœmeterio conterminum
habebat3.
L'année qui suivit la mort de l'évêque Pierre, sous le
patriarcat d'Achilîas,. l'oratoire de Saint-Marc prit sou-
-< i — Ampoule dp Saint-Ménaa»
D'après une photographie du lî I'. Itoddaert, directeur de l'Observatoire de Moncalieri.
en langue égyptienne, et tri; ©Eop^topo: en grec; mais
elle était complètement déchue de son ancienne impor-
tance que lui avait ravie le Césaréum, devenu depuis la
fin du IVe siècle la « cathédrale ». Sous la domination
musulmane elle fut transformée en mosquée et les
Arabes lui donnèrent le nom de « mosquée occidentale »,
Djamat-el-Gharbiet, ou des Mille colonnes '-'. Cette
mosquée renfermait dans son pourtour intérieur un
cloître ou portique à double rang de colonnes, en
marbre et en porphyre, de style grec et byzantin. A l'ar-
rivée des Français à Alexandrie en 1798 on voyait encore
quelques rares vestiges de la Théonas.
f) BOUSE SAtxr-M tac. — Sans nous engager dans la
'Théodoret. Hist. •■•■cl., I. IV, c. xix, P. G., t. i.xxxii,
col. 1168 sq. — 'Saint-dénis, Antiquités d'Alexandrie et de ses
environs, dans la Description de VÈgypte, in-8", Paris, 1829, t. v,
p. 352, donne à cette basilique le titre de « basilique dos Septante i>,
ce qui n'a aucun fondement : « Ce qu'il y a de très remarquable
dans cet édifice, dit-il, c'est cette quantité prodigieuse de colonnes
en granit, porphyre ou marbre précieux qui lui a fait donner son
nom vulgaire. Elles étaient encore debout à notre arrivée à
Alexandrie (1798); les événements de la guerre et les dispositions
dain un grand développement et devint église parois-
siale: on l'appelait fSouxoXf; èxxXtifffa ou bien encore èv
-roi; BojxoXoj. Arius. encore chrétien, y exerça la
charge de curé.
Lors de l'occupation de !a ville d'Alexandrie par les
Arabes, l'église Saint-Marc Fut brûlée, l'an 6i0 de notre
ère. Le patriarche jacobite, .lean III de Sebennytus (677-
686), entreprit sa reconstruction : il l'acheva en 680 et
mourut dans l'église pendant la célébration d'une messe
pontificale, en 686.
Kn 828, deux marchands vénitiens enlevèrent le coi ps
que l'on tenait pour celui de suint Marc et l'empor-
tèrent.
faites pour notre établissement dans le pays en ont fait détruire
une grande partie. <>n y avait établi I - de l'artillerie, le
reste de la mosquée D'existé plus aujourd'hui (1829). » On trouva
un plan de cette basilique dans V Allas, t. v. A, pi. 37. Outi
églises il faut mentionner l'église Saint-Jean-Baptiste dans laquelle
fut enterré le oorpe de saint Antoine, /'. (ï.. t. xwi. c. I, 971 sq.
Cf. N. Nllles, Kaiendarium manuale, in-8-, Œniponte, 1898,
t. i, p. ":(. — 'Acta sincera S. Pétri Alexandrin», dans /'. G.,
i. wiii. col. 462.
1113
ALEXANDRIE (ARCHÉOLOGIE)
1114
g) LE SANCTUAIRE DES SAINTS-C YR-ET-JEAN. — A Une
distance d'environ dix-huit kilomètres d'Alexandrie, au
lieu appelé Menuti, entre Canope et Héraclée, s'élevait
un temple dédié à Isis medica ' . Le triomphe du chris-
tianisme ne put entamer'la grande réputation du sanc-
tuaire auquel la foule continuait à se rendre. Suivant
une tactique dont nous avons déjà relevé plusieurs
exemples et que nous reverrons employer souvent,
saint Cyrille d'Alexandrie tenta de substituer au culte
idolâtrique une dévotion chrétienne, et, à cet effet, il fit
transférer les corps du martyr saint Cyr et de saint
Jean, son compagnon, de la basilique de Saint-Marc
dans l'église des Saints-Évangélistes à Menuti, que des
guérisons miraculeuses signalèrent bientôt-, au point
que le concours des pèlerins venant d'Alexandrie, de
l'Egypte, de la Libye et du monde entier balança en peu
de temps la célébrité du temple d'Isis3. Sopbrone de
Damas, patriarche de Jérusalem, y vint entre les années
610 et 620, fut guéri d'une ophtalmie et sa reconnais-
sance le porta à écrire un recueil de soixante miracles
opérés en ce lieu de son temps4.
Le sanctuaire était situé entre le littoral à l'est et une
colline de sable à l'ouest. Les navigateurs le découvraient
de la haute mer. Il était entouré d'un enclos avec entrée
du côté de la mer; en dehors de l'enclos, à droite de la
porte, s'élevait une fontaine portant les noms des pa-
trons de l'église. A l'intérieur de l'enclos s'élevait
l'église avec son portique; la maison du diacre et de sa
famille attenait à la basilique. Les chambres en bas il à
l'étage destinées aux malades, étaient organisées pour
recevoir une ou deux personnes, elles étaient souvent
toutes occupées; le bain des saints avec les étuves envi-
ronnantes l'étaient aussi. L'économe, le diacre, le sous-
diacre, le mnemalita ou gardien de la confession, les
portiers, les filoponi, convalescents capables de donner
un coup de main à l'occasion, les malades indigents, les
malades riches qu'on transportait sur des couchettes,
les gens valides venus pour leurs dévotions, les pèlerins,
formaient avec quelques pécheurs la population fixe et
la population flottante8. On conservait les corps des
deux martyrs ainsi que la sonde de chirurgien de saint
Cyr, qui avait exercé cette profession, on distribuait
l'huile de la lampe qui brûlait devant la tombe, on
voyait des ex-voto rappelant les guérisons les plus si-
gnalées. Un ancien préfet, nommé Némésion, avait fait
recouvrir de marbre les murs qui étaient proches de la
confession, on pouvait y voir le Christ, saint Jean-Bap-
tiste et saint Cyr devant qui le donateur célébrait la
grâce reçue6. Sophrone mentionne Vanxbo", le gazopliy-
lacion*, le hierateion'3, où séjournaient les pèlerins qui
voulaient emporter une eulogie, le photisterioni(\ le
thysiasterion11 où se préparaient le pain et le vin12.
On invoquait les saints Cyr et Jean pour les maladies,
'Etienne de Byzance, Lexicon, au mot Mîvou9t;; S. Épiphane,
In Ancoratum, § 106, P. G., t. XXIII, col. 209; le même, Brevis
uc vera exposilio fidei catlioliex et apostolicx Ecclesix, n. xu,
P. G., t. xlii, col. 8(Vi ; Sophrone, dans Mai, Spicileg. roma-
num, in-8% Romœ, 1840, t. m, p. 28, 190, 229, 434, 470, 474 ;
t. IV, p. 240 ; G. Lumbroso, Santuario dei scmti Ciro e Gio-
vanni pressa Alessandria, dans Atti délia R. Accademia dei
Lincei, 1879, t. m, p. 356 sq. — 2 Voyez par exemple ce qui
concerne l'église t5v «y;*,., tpirâv itatSuv élevée sur l'emplacement
de la clinique de saint Cyr, Sophrone, op. cit.. p. 284; Acta
sanct., 31 janvier, p. 1084. — 3 Sophrone, op. cit., t. m, p. 17,
36, 66, 74, 78, 642, etc. — * Sophrone, S.S'. MM. Cyri et Jo-
hannis laudes et miracula, dans Mai, Spicil. roman., in-8%
Romaî, 1840, p. 48, 129,647. — » lbid., p. 82, 83, 387; 314,
315; 196, 219, 361, 363; 109, 111, 186, 191, 228, 246, 271; 655, C56,
163; 417, 621, 658; 148; 127, 141, 152, 324, 335, 374, 445, 625;
142, 161, 392; 382, 444, 445; 622, 624; 376; 252; 417, 418; 353,
374. — c Ibtd., p. 104, 126, 225, 240, 285, 464, 507; 393, 397,
398; 285; 576; 103, 107, 113, 126, 240, 408, 522, 612, 655;39'i;
104. 507; 225, 226; 287. Cf. De Rossi, Bull, di arch. crist., 186b,
p. 72; 1867, p. 14; 1879, p. 33. — 'Sophrone, op. cit., p. 418. —
les naufrages, les moissons, les sorts, la stérilité des
femmes, etc., etc. Dans la grande église de Tetrapylon
à Alexandrie on voyait ce qu'on appelait 1' « Image», qui
représentait le Christ entouré de la Vierge et des saints
apôtres, prophètes et martyrs, recevant les prières des
saints Cyr et Jean prosternés devant lui.
h) LE SANCTUAIRE DE SAINT-MÉNAS. — Il existe sur
le célèbre sanctuaire consacré à saint Menas à Alexandrie,
270. — Le sanctuaire de Saint-Ménas. Ivoire
du Musée archéologique de .Milan. D'après une photographie.
un recueil analogue à celui de Sophrone sur le sanc-
tuaire des saints Cyr et Jean; malheureusement, le ma-
nuscrit est encore inédit; c'est l'ouvrage du patriarche
Timothée13 d'Élure, dont les années d'épiscopat virent
le grand développement du culte de saint Menas. Le
corps du martyr avait été déposé près du lac Maréotis,
on y éleva une église magnifique. On peut se faire une
idée de la popularité du pèlerinage à Saint-Ménas parle
nombre d'ampoules que les musées d'Europe possèdent
et qui proviennent du sanctuaire d'Alexandrie. Voir Am-
poules. Le récit de saint Sophrone est pleinement
d'accord avec les faits lorsqu'il nous dit que le pèlerinage
de Saint-Ménas était célèbre dans le monde entier et
» lbid., p. 450. — o lbid.,. p. 417-418. — "lbid., p. 393. —"lbid.,
p. 398. — 12De la Motraye, Voyages, in-12, La Haye, 1727,
t. I, p. 100-102. — 13De Rossi, Bull, di arch. crist., 1869, p. 31,
46; 1872, p. 25 ; le même, Ronia sotterranea, in-fol., Roma,
1877, t. m, p. 486 sq. ; Surius, Vitx sanctorum, au 10 no-
vembre, en a traduit cinq chapitres en latin. Il existe des ma-
nuscrits grecs de cet écrit à Florence, à Turin et à Paris. Cf.
J. A. Fabricius, Biblioth. grxca, in-4°, Hamburgi, 1790, t. vi,
p. 720; Bandini, Catal. Medic. Laurent, biblioth., in-fol., Floren-
tiae, 1774, t. i, p. 503; Pasini, Codices manuscripti bibliothecse
regii Taurinertsis Athenœi, in-fol., Taurini, 1749, t. I, p. 230 : Tt-
u.o06ou &pyttlEiffWKoy Wïç«v5çetceç ci; tv. 0«J;A«Ta toy vl^îo-j jxàpT'jçûç Mr.và
■toû AijfuxTi'ou, etc.; Tillemont, Mém. pour servir à l'hist. eccl.t
in-4\ Bruxelles, 1732, t. v, p. 339 : « Nous avons dans Surius une
histoire attribuée à Timothée, d'autres disent à Théophile. Elle
ne contient que cinq miracles de saint Menne faits à Alexandrie
dont le premier est tout à fait étrange, le second un peu moins
le troisième et le quatrième ne sont pas mauvais et le cinquième
scandaleux au dernier point. Aussi, M. Le Maître juge qu'elle pa-
roist apocryphe. File pourrait être de Timothée Élure, et ne mé-
rite aucune créance. »
1115
ALEX AN DR IE (A RC H ÉOLOGIE)
1116
principalement dans l'Egypte et dans la Libye1. Les habi-
tants d'Alexandrie s'y rendaient par le lac Maréotis 2, et
le moine Épiphane, qui écrivait au xie siècle, affirme
que le sanctuaire était situé à treize kilomètres environ
de la ville : Koù uo'n: Bûo-iv Tri? 'AXsÇavSpEsa;, ùç àitô
p.tXîaiv èvvÉa, y.eêrai <> à'yto; Miqvâ; 3. C'était encore la
banlieue lorsqu'il s'agissait d'une ville aussi importante,
on s'explique ainsi que le martyrologe hiéronymien at-
tribue Saint-Ménas à la ville même d'Alexandrie :
Alexandria metropoli. Sci Minatis''. Florentini a dis-
tingué avec raison les deux martyrs du nom de Menas 5
et celui que le martyroge nomme Minatis est bien Me-
nas l'Égyptien dont la fête se célèbre le 11 du mois de
novembre. Les Menées disent que son corps fut transféré
à Constantinople vers l'an 625, ceci est inconciliable
avec le témoignage du moine Épiphane que nous ve-
nons de citer. Cette translation supposée s'explique par
la confusion établie entre deux martyrs du même nom
et du même temps qui souffrirent l'un en Libye, l'au-
sainl Menas aussitôt après celui de saint Pierre d'Alexan-
drie : n ayio; IH-rpo; tq téàoç tûv p.apT-jpor/ y.a'i Trp'o; Sôaej
Tr; 'À).eÇavSpe!aç, wç auô u.t).îtov Èwéa "/.eîTai 6 ayco;
Mi]vâ;s. Un ivoire du British Muséum auquel nous avons
déjà fait plusieurs emprunts (fig. 71, 72) nous fait voir
diverses scènes concernant le martyre et le culte de saint
Menas. Ce petit monument doit être rapproché d'une
tablette d'ivoire conservée au musée archéologique de
Milan (fig. 270), représentant saint Menas, et probablement
inspiré par la statue- du saint que l'on voyait dans son
sanctuaire en Egypte. Un géographe arabe en parle en
ces termes : « A l'extrémité de l'édifice on voit un grand
tombeau et deux chameaux de marbre, sur lesquels un
homme est debout, les pieds appuyés sur les deux ani-
maux. Cette figure, qui est également de marbre, repré-
sente, dit-on, saint Mina'1. » La pyxide d'ivoire du Bri-
tish Muséum (fig. 271) nous le montre dans la même atti-
tude, et accompagné des deux chameaux accroupis devant
le portique de son sanctuaire. On savait assez quel per-
271. — Pyxide d'Ivoire représentant saint Menas. British Muséum. D'après une photographie.
Ire à Colyée, en Phrygie. Tillemont a, suivant sa cou-
tume, parlé fort clairement de cette confusion qui n'était
pas encore tout à fait éclaircie de sou temps8. Il n'est
pas douteux que la fête du martyr égyptien eu! lieu le
Il novembre. Une ampoule alexandrine est curieuse m
doublé titre, puisqu'elle porte sur une de ses laees l'image
supposée de saint Menas et sur l'autre face h' mono-
gra e de l'archevêque Pierre d'Alexandrie (fig. 269) 7.
Peut-être la fiole contenait-elle de l'huile des deux sanc-
tuaires, niais il esta remarquer que la rencontre d
deux noms n'est pas fortuite, car le moine Épiphane
mentionne, dans la description de son pèlerinage aux
marlyria les plus illustres d'Alexandrie, le tombeau de
iActa sanct., 31 janvier, p. 1094. La Vie de S. Apollinaire men-
tionne le pèlerinage à Saint-Ménas. Ibid., 5 janvier, p. 259. —'Su-
rins, Vitx sanct., 11 novembre, p. 243. Pour les Actes du Meta,
phraste, cf. P. G., t. cxvi, col. 367-416; il s'agit la de saint Menas
de Cotyée. — 3 Epiphauii monachi etpresbyteri alita et i,
édit. Dressai, in-8", Lipsiœ, 1843, p. G. — 'De K.issi et Dur)
Martijrulogium hieronymianum, ln-fol., Bruxellis, 1894, p. 141.
— 'Florentini, Vetustius occidentalis Ecclesiat martyrologium,
in-4% Lucas, 1768, p. 968. - 'Tillemont, Mémoire» pour ser-
vir li l'histoire ecclésiastique, in-4°, Bruxelles, 17;>2. t. v.
p. 338, note 3 : S'il laut mettre deux suints Menne, l'un à I
et l'autre en Libye. — 'De Rossi, BuUettino di archeologia
cristia»a, 1872, pi. u, n. V 5. Ceiie am] le est conservée dans
le cabinet des religieux Barnabites, à Moncalieri. — ' Epiphanii
monachi et presbyteri édita et inedila, édit. Dressai, p. 5-6.
Nous ne pouvons omettre de mentionner l'ampoule timbrée au
nom de saint Théodore, à propos de laquelle on devra consulti i
les suggestives observations de H. r.. Micbon, touchant le mi nie
sonnage rappelaien toutes les scènes de la pyxide pour
que la présence de quatre pèlerins indiquât clairement
qu'il s'agissait du sanctuaire. L'origine égyptienne île ce
précieux coffret et sa haute antiquité (vi« siècle) seraient
des raisons nouvelles de penser qu'on a représenté ici
une scène telle qu'elle se voyait chaque jour : des
groupes de fidèles, séparés suivant le sexe, oll'rant leurs
prières devant la statue qui se dressait à l'entrée du
sanctuaire, ou peut-être de l'édifice, La pyxide nous
offre un nouveau détail qui parait être partaitement
d'accord avec quelques paroles de saint Sophrone au
vne siècle et que Garrucci a bien mis en lumière. Du
côté par où les femmes accèdent au martyriwn nous
du British Muséum, sur lequel se trouvent accoléç les noms de
il iore et de Pierre d'Alexandrie, M* moires delà Sue des
antiq. de France, 1897, t. i.\ m. p. 308-311. — »E. Quatremère,
Mémoires géographiques et historiques sur V Egypte, in-8*,
Paris, 1810, t. i. p. M8. Le texte mérite d'être transcrit en entier :
« On arrive à Mina, qui comprend, dit le géographe, trois villes
abandonnées Bituées au milieu d'un désert de sable, mai
les édifices sont encore debout. Los Arabes viennent souvent s v
re en embuscade pour surprendre les voyageurs. On y \,>it
SI bien bâtis renfermés dans une même enceinte;
quelques-uns sont habités par des moines. De là on arrive à
de Saint-Mina, qui est un vaste batimei le sta-
tueaet de peintures de la plus grande beauté. D • brû-
lent jour et nuit sans aucune interruption. » On pèlerin latin du
vi' siècle parle de la basilique de Saint-Ménas et des miracles
nombreux qui s'y accomplissaient, limera hierosolymit i a, dans
la Société de l'Orient latin, t 31 Cl K. Le Blanl
Actes des marturs. in-i , Paris. 1882, p. 217 s q.
1117
ALEXANDRIE (ARCHÉOLOGIE)
1118
voyons se dessiner le cadre d'une porte n'ayant rien de
monumental; c'est la porte, semble-t-il, d'une habita-
tion privée ; or, voici ce que nous lisons dans le récit
de saint Sophrone : Tb Mrjvâ roS (lâp-ruso? Téu-evo:;, -/.où
272. — Stèle chrétienne au Musée d'Alexandrie.
D'après Bessarione, 1900, t. IV, p. 429, fig. 3.
TÔ ~po toO t£U.svo; 601J.7.TIOV, Tii.orfi A'.ô-jï;; v.oSMrsirf.e.
çpjayixa ï] otxr,Ta>p o àrio; y.a\ oviXocë, y. ai 7rpb tïjç ÛTrèp
Xpiaroû ixxpxupia; âT-jy-/*VEV '■ " L'église de saint Menas,
et ce qui est aujourd'hui son église étail jadis sa propre
maison, est l'orgueil de la Libye tout entière, dont le
saint était au nombre dos habitants avant qu'il n'eût à
confesser le Christ. » Le martyrium était donc contigu à
l'ancienne demeure du martyr, plus probablement encore
il l'avait en partie transformée ou même englobée d'une
manière analogue à ce qui a eu lieu à Rome pour l'église
des Sainls-Jean-et-Paul, fondée dans leur propre maison.
i) le MARTYRIUM DE SAINT-MARC. — La relation de
saint Sophrone que nous venons de mettre à profit, con-
tient un trait qu'il est utile de noter au passage, concer-
nant la topographie des cimetières alexandrins. Llle
nous dit qu'un grand nombre de martyrs se trouvaient
enterrés dans le voisinage de Saint-Marc : a/nul quem
fidelium calerca marlyritm recondidit corpora, non
communiler agnos et agnas oonsepelientes, ncquc simul
sponsas Chrisli et paranympfios humo ab&coridentes,
sed privatis utrosque tumidis reçondenles : nam trilnim
iribum seorsum, et mulieres eorum seorsum dicidere
f itérant erudili'. Akcrblad3 et Larsow'' sont d'accord
'S. Sophrone, SS. Cyri et Johannis miracula, c. xlvi, P. G.,
t. Lxxxvn, 3e part., col. 3596. 11 ajoute ce fait, que le marty-
rium était la maison paternelle du saint, qui y était né et y
avait vécu jusqu'à l'âge d'homme, "Osoi yoùv t'o to3 |).i?vjj>o; ÎVte ^aç-
TÛÇtOV, ÏCtt Tb TEf'l TOtJTO 7.TT; |A(/.TlOV, rttVTEÇ fl^Viôir/ÊTc , °^£V ° T.O.ÇiT/ TfH-
€o3voç cîç St-^ïiTtv, .'»p;jLr,To, èxeuts Yevv/jlhï; xat Tpa-jEiç xaï si; avSpa TcXetov
&=i»;,|;uvo;. Cf. A. Nesbitt, On a box of carved ivory of the sixth
century, by A. A'., together tuith a letter on the same subject
by padre Raffaele Garrttcci, dans Archseologia, t. xliv, 1873,
p. 25. — 2 Sophrone, SS. MM. Cyri et Joltaunis laudes et mira-
pour placer le cimetière de Saint-Marc au faubourg sud-
ouest, dit de Nécropolis. Quatremère s et Lumbroso *
sont d'un avis contraire et le placent au faubourg nord-
est. Le mieux est de citer les traits topographiques que
nous relevons dans la Passion latine de saint Pierre
d'Alexandrie : Tribuni tollenles eum e carccre duxerttnt
in locum qui dicitttr Bucoija, ubi et S. Marcus marty-
rium pro Christo suscepil. Cum eum ducerunt, roga-
bat martyr ut sinerent eum ad S. Marci E\ ANGELl-
STjE memoriam ire : cupiebal enim se patrociniis conx-
mendare... Compléta oratione deosculans lumbam beati
evangelistss et reliquorum ponli/icum qui inibi tumu-
lali eranl, exivit ad tribunos... Ecce quidam senex et
quœdam virgo velula venientes ex oppidis properabant
in civilatem... Ipsi autem tribuni Vttlerunl eum e re-
gione sancluarii Erangelistse IN vallem juxla sepul-
cra... Convol(at) interea ex populosa urbe promiscui
sexus innumerabile vulgus... Orta est non parva con-
tentio; quidam enim sacratissimos arlus in eccle-
siam quam ipse xdi/icaverat ubi et nunc requiescit
adveclare satagebant ; alii autem ad SANCtuarium
evangelistm ubi et martvrii metam complevit dé-
ferre nitebantur... Quorumdam interea senalorum
annnosa pkalanx, videntes quse atcidcrant, nam SEcus
mare erant, paraveritnt scapham, subitoque arripien-
tes sanclas reliquias, imposuerunt navtculae et ASCEN-
DENTES RETRO PBARUM PER LOCUM CUI LEUCADO V0C.A-
uulum EST venerunt in ecclesiam beatissimœ De> geni-
tricis SEMPERQUE virginis Marine quam ipse OB MAR-
TVRUM CŒMETER1A AD OCCIDENTALEM PARTEM IN QUO-
dam proastio construxerat. Tune populorum agniina
insequuntur... Deinde sepelieritnl reliquias in cœmete-
rio quod dudum ab eo fuerat constructum1 . L'anti-
thèse entre le lieu du martyr et le lieu de la sépulture,
le trajet exécuté, le passage devant l'île Faron qui marque
la séparation des parties de la ville, à l'est et à l'ouest,
l'ensevelissement ad orientaient partent, tout concourt
à démontrer que si l'église bâtie par l'évèque Pierre était
au faubourg de Necropolis, aujourd'hui Gabbari pour
les Arabes, le cimetière de Saint-Marc était dans le
faubourg et sur le littoral est de la ville d'Alexandrie.
j) édifices non identifiés. — Une inscription trou
vée près du fort Kom-el-Guilleh était gravée sur une
tablette haute de 0,n50 sur 0m85 de large. Elle rappelait
la restauration d'un édifice, très probablement d'une
église, qu'il est impossible de déterminer, car il se peut
que cette pierre provienne d'un transport de matériaux;
on sait en effet que les textes épigraphiques, principa-
lement ceux qui sont gravés sur des pierres pouvant
entrer dans une construction de grand ou de moyen ap-
pareil, n'ont pas toujours d'attaches locales avec la
région dans laquelle ils ont été trouvés. Celui que nous
donnons a assez souffert, les deux premières lignes et la
dernière, qui portait une date, sont douteuses ou illi-
sibles 8.
fporjSciOvTOÇ toO]
0GOY ETTI TOY
KYPOY eni<bAN[£*Ta
5 TOY KAI AIAT£KT00[v(.)v(?)] ©GO
AOPOY KAI CeP[a7rtu>vo.-l
ANENEG0OH + NIKA O OÊ[b;]
HMGÙN • L mUCCIIII
cula lxx, dans Mai, Spicil. roman., in-8", Romas, 18V>, t. in,
p. 64. — 3 Akerblad, Sur les noms coptes de quelques villes et
villages d'Egypte, dans le Journal asiatique, 1834, t. xui,
p. 394. — * Larsow, Die Fest-Briefe des heiligen Athanasias,
in-8% Leipzig, 1852, carte. — r,E. Quatremère, Mémoire géogr.
et hist. sur l'Egypte et sur quelques contrées voisines, in-8*,
Paris, 1811, t. i, p. 270. — "G. Lumbroso, L'Egitto dei Greci e
dei Romani, in-12, Roma, 1895, p. 209. — 7 Mai, Spicil. roman.,
in-4", Romae, 1840, t. m, p. 073. — 'G. Botti, Le iscrizioni cristiane
di Alessandriu d'Eg'itto, dans Bessarione, l'JOO, t. iv, p. 271, n. 1.
•H19
ALEXAxNDRIE (ARCHÉOLOGIE)
1120
« Avec l'aide de Dieu, sous l'illustrissime Cyr, avec le
concours des architectes Théodore et Serapion (cette
église?) fut réédifiée + Notre Dieu est vainqueur. En
l'année... »
La lacune de la dernière ligne ne nous parait pas pou-
sez probable que ce fragment provient d'une inscription
dédicatoire '.
SBEYXKf
AOTSXINAI
TCOATK
27.1. - Bas-relief en ivoire. Grandeur nature. D'après l'original du Musée du Louvre.
voir être suppléée, car il n'y a pas que les lettres numé- I G. Botti croit que cette inscription provient de Péglise
raies, C, CC, qui ont pu être employées, des lors, le érigée parle patriarche d'Alexandrie, avanl fanm
champ des conjectures est bien vaste et sans conclusion
possible.
Un autre fragment d'inscription a été trouvé en 1808
sur le terrain de VOspedale Governalivo ; on peut y
lire les noms de 6[eo;]... Xoyou... toi ayuo... Il esl as-
en l'honneur d'un saint qui notait certainement p
saint Michel.
Nous n'avons fait jusqu'ici qu'énumérer des noms , t
1 Ibul., p. 271, n. 2.
1121
ALEXANDRIE (ARCHÉOLOGIE)
1122.
parfois des ruines, mais tellement défigurées (|u'on ne
peut y prendre une idée de ce qu'a été l'art des chré-
tiens en Egypte. M. G. Maspero a signalé une source
d'informations qu'il y aurait lieu d'épuiser afin de sup-
pléer un peu par ce moyen à tant de choses que nous
ignorons; il s'agit des stèles d'époque byzantine qui ont
conservé dans leur ornementation un grand nombre de
«létails architectoniques dont le rapprochement mettrait
sur la voie de ce que fut l'architecture byzantine en
27i. — Saint Marc guérit Anianus à son arrivée à Alexandrie.
Ivoire du Musée archéologique de Milan.
D'après une photographie.
Egypte1. Une stèle publiée par G. Dot li est la démons-
tration la plus convaincante de cette idée2. D'autres
stèles3 nous montrent que les motifs favoris de cet art
dans la décoration des arcs monumentaux était la co-
quille et les enroulements de pampres; on trouve aussi
le fronton1; le paon, les colombes, les rosaces, sont
employés dans la décoration, mais ces sujets n'ont rien
de remarquable comme adaptation, sinon comme tech-
nique 3 ; une de ces stèles nous montre le poisson et
■G. Maspéro, Guide du visiteur au musée de Boulaq, in-8%
Paris, 1883, p. 366. — *G. Botti, Steli cristiane di epoca bizan-
tina esistenti nel tnuseo di Alessundria (Egitlo), dans Bessa-
rione, 1900, t. IV, p. 429, fig. 3, et surtout W. E. Crum, Coptic
monuments, in-fol., Le Caire, 1902, pi. passim. — 3 Ibid., p. 428,
n. 2: p. 430, n. 4; p. 432, n. 6; p. 433, n. 7 ; p. 434, n. 8, 9. —
*Ibid., p. 432, n. 0; p. 433, n. 7; p. 43ï, n. 9. — 5 Ibid., p. 434,
DICT. DARCII. CIIRET.
l'épi de blé réunis, c'est, une allusion claire à la foi en la
présence réelle dans l'eucharistie (fig. 272). Sans sortir de
cet ordre de documents qui tiennent un peu de la con-
jecture, nous signalerons un magnifique bas-relief en
ivoire ayant dû faire partie d'un ensemble décoratif,
mais sur l'origine et le sens duquel on est réduit à des
rapprochements peu probants. Cet ivoire, appartenant
ù la collection du Louvre, a été publié pour la première
270. — Saint Marcibaptise Anianus et les siens.
Ivoire du Musée archéologique de Milan.
D'après une photographie.
fois par M. G. Schlumberger qui y voit la prédication de
saint Paul6. Il représente un personnage assis autour
duquel sont groupés debout trente-cinq hommes barbus,
les cheveux longs, coupés sur le front, vêtus du costume
byzantin. M. E. Molinier a adopté l'explication du pre-
mier éditeur", mais tout récemment M. J. Strzygowski
a cru devoir interpréter le groupe en question de saint
Marc et ses trente-cinq premiers successeurs, le trente-
sixième est Anastase, qui occupa le siège de C07 à 609;
n. 8, témoigne d'une sérieuse observation de la nature. — 6G.
Schlumberger, Un ivoire chrétien inédit, dans fondation Eu-
gène Piot. Monuments et mémoires, in-4% Paris, 1894, t. i,
p. 165 sq., pi. xxiii, réimprimé dans Mélanges d'archéologie
byzantine, in-8°, Paris. 1895, t. i, p. 193. — 7 E. Molinier, Cata-
logue des ivoires du Musée national du Louvre, in-8% Paris,
1896, p. 7-11.
I. -36
1123
ALEXANDRIE (ARCHEOLOGIE"
1124
l'ivoire sentit donc du début du vif siècle '. Cette
question serait, faute d'inscription, probablement inso-
luble, si à l'arrière-plan ne se dressait une ville qui «se
présente au centre sous la forme d'une large muraille,
surmontée d'une architecture décorée d'un rang d'orne-
ments de forme ovale (des oves?), de denticules et de
moulures supportant des créneaux taillés en échelons, les
merlons étant percés en leur centre d'ouvertures circu-
laires. A droite et à gauche, deux façades d'éditices
contruits à la romaine, surmontés de frontons percés
il'oculits. A toutes les baies de ces édifices sont figurés
des personnages. Au-dessus de la partie centrale, un
édifice construit sur un plan semi-circulaire, accompa-
gné d'autres édifices disposés à droite et à gauche de
façon à donner l'illusion d'une série des constructions
tout à l'ait monumentales; à toutes les ouvertures de ces
notre ivoire et celles d'une sculpture sur bois trouvée
dans la Haute-Egypte4 et conservée aujourd'hui au mu-
sée de Berlin. Nous ne saurions, quant a nous, prendre
parti, et si nous donnons ici la vue de la cité représen-
tée sur l'ivoire, c'est a titre de document sur la portée
historique et topographique duquel nous restons indécis
Toutefois il y a lieu de ne pas négliger ces monuments.
Une autre plaque d'ivoire sculpté conservée au musée
archéologique de Milan et faisant partie d'une série ayant
décoré la cathedra de Saint-Marc, à Grado3, nous pré-
sente plusieurs nouveaux aspects d'une ville qu'on donne
comme étant Alexandrie. Quelques-unes des plaques
n'ollrent rien d'assez saillant pour qu'on puisse espérer
être mis, par leur moyen, sur la voie d'une identifica-
tion certaine. Remarquons toutefois sur trois d'entre
elles6 des portiques et des colonnades qui pourraient
276. — Système d'aération d'un caveau funéraire.
D'après Renan, Mission de Phénicie, p. 197.
édifices ou aux balcons qui font saillie sur leurs façades
on aperçoit de nombreux personnages (fig. '273).
Adoptant l'identification du personnage principal avec
saint Paul, Mt"- Duchesne verrai! dans la ville représen-
tée, Troade. Le personnage qui se penche à la fenêtre du
pavillon di! gauche sérail cel adllescenl qui s'endormit
pendant un sermon de l'apôtre et tomba dans la rue8;
le pavillon de droite représenterait sainte Thècle et sa
mère; cette dernière, nous disent ses Actes, ne pouvait
plus détacher sa Bile de ce poste où elle écoutait avide-
menl le prédicateur, mais ce deuxième épisode nous
transporterait à Iconium3. Ces ingénieuses conjectures
paraissent moins convaincantes qu'un rapprochement
établi par M. .1. Strzygowski entre les constructions de
1 .1. Strzygowski, Orient Oder rom. Beitràge lur Geechichte
der spàtantiken und friihchristttchen Kunei, c. m, in-4*. Leip-
zig. 1901. Cf. Iievue archéologique, 1903, p 103-104. — -Art.,
XX, ~ sq. Cf. Chronique des arts. 1893, n. 12; .V. Frotingham,
dans American journal of archeology, 1894, t. i\, p. 128.
— 3II. Leclercq, Les martyre, in-12, Paris, 1902, t. i, p. H 6.
— *K. Saglio, dans le llulletin de In Société des antiquaires
de France, 1893, p. 127, se fondait sur les vêtements des
personnages pour voir dans cet ivoire une pièce de tabrication
italienne. — 'Le musée archéologique do Milan possède sept
pièces de cette série; celui de South-Kensington, à Londres, en
avoir quelque rapport avec les propylées qui avaient
rendu célèbres les deux rues principales d'Alexandrie
(col; 1106). Deux sujets ayant trait à la guérisonel au bap-
tême d'Anianus par saint Marc lors de son arrivée à
Alexandrie ont une portée documentaire qui nous parait
incontestable; quant à dire qu'ils nous donnent un
aspect d'Alexandrie, nous devons nous en remettre i
l'artisan auteur de cette petite sculpture. -Nous donnons
d'ailleurs ces deux ivoires afin de ne soustraire aucun
document à notre recherche et de faciliter, en les pla-
çant sous les veux des lecteurs, une identification1
-71 ot -27.7 . '
Signalons un dernier objet pouvant nous fournir une
indication sur Alexandrie monumentale. C'est un frag-
possède une. Cf. A. Venturi, Stoi ia dell' orte italiana, in-S-,
Milano, 1902, t. n, p. 618. Bg. 451-457; il. Grœven, Der /.
Marins in Rom nnd in der Pentapotis, dans Rûmieche Quar-
talschrift, ls'.io. t. xm, p. 109-126. — "A. Venturi, op. cit., t. n,
p. tjj" .. 155. — 'On remarquera dans la
scène du baptême d'Anianus, il. ne la partie gauche de coite scène,
parmi tous i os surmontés de coupoles, un véritable
minaret. Cette Indication, qui ne » 1 ■ ■ î t pas être négligée, non-
trait peut-être sur la voie de la candrie après les rema-
niements subis par -■ -~ nu numents a l'époque qui suivit la con-
quête arabe.
14!
ALEXANDRIE ( ARCH KO M )G IE
H 26
ment d'eulogie en terre cuite trouvé dans la ville (dia-
mètre 0m22G). Il représente un vieillard debout, nimbé,
revêtu du pallium, tenant dans la main gauche un volume
dont la couverture est ornée d'une croix. A gauche du
personnage, on voit, parmi les dattiers, un édifice dont
la coupole est surmontée d'une croix. La légende porte
ces mots : + ATIC AGHNOrii»; saint Athénogènes.
Peut-être une église ou un oratoire lui était-il dédié à
Alexandrie '.
III. CATACOMBES. — /. I.A CATACOMBE CHRÉTIENNE DE
kabmouz. — Le plateau rocailleux qui se trouve entre
les villages de Karmoûz et de Minet-el-Bassal derrière le
Sérapéum a été jadis occupé par des catacombes chré-
tiennes dont le réseau s'étendait profondément dans le
roc et offrait un grand nombre de ramifications. Ces cou-
loirs ont été saccagés pour permettre l'exploitation des
pierres ; une chapelle que nous décrirons a eu le même
sort, on ne pourrait en retrouver la trace qu'à grand'-
parfôis, au lieu d'un puits, on rencontre un couloir à
plan incliné. Le puits était le plus souvent circulaire,
niais quelquefois carré et bâti en briques ou en pierres
avec des échancrures ménagées en guise d'échelons
par le moyen desquels les fossoyeurs descendaient pour
opérer les sépultures. Quand l'urne contenant le cadavre
ou ses cendres était introduite dans la chambre funéraire
creusée horizontalement dans la masse du rocher, le
fossoyeur remontait et comblait le puits avec de la terre,
des éclats de pierre, du sable ou des tessons de poteries.
Les chambres funéraires étaient le plus souvent uni-
ques, quelquefois cependant elles pouvaient recevoir
plusieurs cadavres. Elles avaient ordinairement trois
mètres de longueur sur deux de largeur, elles étaient
décorées avec une grande simplicité. Dans un coin de la
voûte et du côté opposé à l'entrée, on pratiquait une
ouverture circulaire, un soupirail communiquant avec
la surface du sol et donnant à l'air atmosphérique un
277. — Coupe de la catacombe de Karmoûz.
D'après Bullettino di archeol. crist., 1865, pi., fig. 2.
peine. L'origine chrétienne de ces catacombes ne fait
pas de doute; on y trouve des lampes en terre cuite or-
nées de la croix ansée qui, malgré cette particularité ca-
ractéristique du rite égyptien, offrait un type cruciforme
encore assez reconnaissable pour avoir été adapté par les
fidèles à la commémoraison du Christ; les fioles et fla-
cons en terre cuite fine et en verre qu'on rencontre dans
les sépultures païennes sont remplacées ici par des am-
poules à l'effigie de saint Menas (voir Ampoules), on y a
relevé en outre quelques monnaies de bronze à l'effigie de
Constantin et représentant l'apothéose de l'empereur qui
monte au ciel dans un quadrige. Rien dans l'architec-
ture des catacombes chrétiennes ne diffère des procédés
suivis dans les sépultures païennes. Nous y rencontrons
une disposition ancienne et qui parait avoir été répan-
due dans les pays de sol lithique, principalement en
Orient. Ce sont des puits creusés verticalement et qui
aboutissent à une ou plusieurs chambres funéraires;
1 G. Botti, Steli cristiane d'epoea bizantina esistenli nel
museo di Alcssandria (Eyitto), dans Bessarione, 1900, t. iv,
p. 243, n. 4; le même, Fouilles dans le Céramique d'Alexan-
drie, dans le Bull, de la Soc. archéol. d'Alexandrie, 1902,
fasc. 4, p. 100, n. 77. Nous ne pouvons omettre de mentionner une
terre cuite blanchâtre ayant formé la partie supérieure d'une
lampe. Au centre, on voit quatre croix d'un travail très médiocre
et en lit la légende circulaire ainsi conçue : TOY ATIOY
ICIAG0POC. La technique porte tous les caractères des pro-
doits sortis des officines dohair^s d Alexandrie . on peut, .1 aprds
libre accès dans le caveau. La figure ci-contre a été
donnée par Renan pour représenter le même système
d'aération employé en Phénicie, à Gébeil; elle ne repré-
sente aucun caveau en particulier, mais elle en offre en
quelque sorte l'idéal (fig. 276).
Les chambres funéraires ainsi obtenues étaient pour-
vues de loculi, sortes de baies oblongues, entaillées dans
la profondeur du roc, destinées à recevoir les cadavres.
Nous donnons ici tous les plans et coupes qui ont été
publiés sur la chapelle catacombale d'Alexandrie, puisque
de cette relique archéologique « si belle et si remar-
quable pour l'histoire de l'art chrétien en Egypte, il ne
reste plus rien aujourd'hui. Tout a disparu, peintures
et inscriptions; même le double et, quelque part, le
triple enduit du revêtement des parois a été gratté et les
moulures ont été martelées pour faire place aux grif-
fonnages et aux noms des visiteurs » - (fig. 277;.
On descend à l'intérieur par un escalier à voûte cin-
ce débris, pressentir du culte d'un saint Isidore et d'un édilice
consacré à ce saint. G. Botti, op. cit., 1902, p. 102, n. 89. —
-T. D. Néroutzos bey, op. cit., p. 41 ; Bull, de l'Institut égyp-
tien, 1874-1875, t. xill, p. 211 sq. Une description assez peu exacte
de la catacombe a été faite par Th. Dalfi, Descrizione d'Alessan-
driaantica e moderna, et publiée par G. Lumbroso, Atti délia
B. Accademia dei Lincei, 1879, t. m, p. 553 sq. ; ('.. Wescher,
dans les Archives des mission* scientifiques et littéraires,
série II, 1. 1, p. 190; V.Schultze, Die Kutakomben. Die ait christ-
lichen Grabstatten, in-8% Leipzig, 1882, p. 282.
1127
ALEXANDRIE (ARCHEOLOGIE:
1128
trée, comptant vingt-quatre degrés. On pénètre dans la
catacornbe par la direction du sud au nord et on est
introduit en quittant l'escalier dans l'angle sud-est1 de
la chambre centrale de la catacornbe. Cette chambre est
de plain-pied avec les autres parties, qui sont une salle
carrée pourvue de trois niches creusées dans le roc,
formant trois chapelles distinctes, et une longue galerie
voûtée dans laquelle trente-deux loculi sont entaillés
sur deux rangs superposés (Cg. 278).
278. — Plan de la catacornbe de Karmoûz.
D'après Bullet. di arch. crist., 1865. pi.
1» Le vestibule. — C'est ici à proprement parler la cclla
mémorise, le lieu de réunion des confrères associés ou
des membres de la famille aux jours de la célébration
des repas funéraires. Les dimensions ne permettaient
pas la présence d'une assemblée bien nombreuse. La
chambre mesure six mètres de longueur, de l'ouest à
l'est, et quatre mètres de largeur, du sud au nord.
L'abside G fait face à la galerie des tombeaux; cette
abside, creusée dans la partie ouest, est d'une ordon-
nance simple et élégante. L'hémicycle est taillé de façon
à offrir un exèdre ou banc semi-circulaire destiné à
servir de siège. Tout autour, à moitié de la hauteur se
développe une Irise peinte; la concha modelée en plâ-
tre présente des ornements en relief et une rosace épa-
nouie en forme de coquillage, contrairement à ce qui se
lit à l'époque postérieure2.
2° La frise de l'abside. — La frise de l'abside esl un
des plus précieux débris de l'art primitif des chrétiens.
Les peintures datent peut-être du m1 siècle, elles com-
portent plusieurs scènes que nous allons décrire (lig. 279).
* Dans l'angle sud-est du vestibule se trouve un autre couloir
désigné par N sur notre plan (fig. 278). Celui-ci ne compte que
douze degrés et se dirige en un sens opposé à celui du couloir
d'enU'ée, c'est-à-dire du nord au sud, ensuite il se tourne à
droite et se perd dans des souterrains plus profonds et inaccessi-
bles. C. Wescher dit que cet escalier « aboutit à une porte mu-
rée qu'il ne m'a pas été donné de pouvoir faire démolir ». Bull.
di arch. crist., -1865, p. 59. M. Bayet écrit à ce propos : a II me
parait presque certain que, le jour où elle sera renversée (la mu-
raille), on pénétrera dans d'aatres galeries. Je n'ai jamais pensé
sans envie au trésor de documents de toute sorte qui se cachent
peut-être derrière ce pan de mur. » Recherches sur P histoire de
la peinture et de la sculpture ohrétiennes en Orient avant la
a. Scène de gauche. — Trois inscriptions désignent
le sujet d'une façon qui_exclut toute erreur. Le Christ
debout, avec le sigle IC ; cette figure est une des plus
détériorées. Jésus faisait probablement le geste de la bé-
nédiction, mais malgré le soin, ou bien à cause de ce soin,
que l'on prit de repeindre cette ligure à une époque
postérieure, elle a presque complètement disparu. A
côté du Christ on voit les traces de deux autres figures
devenues indistinctes, l'une d'elles porte la légende :
H ATIA || MAPIA3; à l'extrémité opposée de la scène on
lit au-dessus d'une seule figure subsistante : TTAIAIA,
« les serviteurs4. » Les figures les mieux conservées
composent un groupe d'hommes et de temmes assis sur
le sol et faisant un repas. Deux femmes étendent la
main vers un plat; elles portent un vêtement blanc in-
diqué par de légers traits qui témoignent d'une sorte
d'élégance. Une tète seule subsiste, d'une facture déli-
cate, offrant des traits réguliers et un visage agréable.
Une troisième lemme esl vue de dos, et paraît à demi
nue, elle se tourne vers les convives et le dessin du
torse est d'un bon modelé, la partie inférieure du
corps est enveloppée d'une draperie rouge. Les autres
convives sont trop indistincts pour être comptés. Il est
certain que nous avons ici une représentation des noces
de Cana.
p. Scène centrale. — Un arbre sépare cette scène de
la précédente. Celle-ci représente la multiplication des
pains et des poissons. Le Christ occupe le milieu, il est
assis sur un siège recouvert d'un coussin, toutefois nous
ne serions pas éloigné de penser que ce n'est là qu'un
repeint de l'époque byzantine; le personnage peut aussi
facilement être cru debout qu'assis et il est même
probable que le peintre primitif, encore voisin îles ar-
tistes de l'école d'Alexandrie, aurait assis la ligure d'une
manière autrement savante au lieu de lui donner une
posture malaisée à concevoir, ce qui est bien le tait d'un
byzantin. Si. par la pensée, on supprime le trône et le
coussin, le Christ devrait, s'il s'assoit, se trouver sans
équilibre, or il n'en est rien. Cette figure a été encore
défigurée de son type primitif par l'addition d'un nimbe
crucifère, altération du VIe ou du vne siècle. Aux pieds
du Christ sont les douze corbeilles qui recueilleront
les restes du pain miraculeux. A l'orifice de chaque cor-
beille on voit un ponts decussatus. Deux apôtres s'ap-
prochent de .lésus avec empressement. Celui de droite
est désigne TT£TPOC, celui de gauche ANAPG [ AC.
La figure du premier a beaucoup souffert; l'apôtre était
imberbe, son geste devait être la réplique de celui de la
figure qui fait vis-à-vis; sans doute il présentait les
pains, puisque saint André présente deux poissons sur
un plat. Saint André est vêtu d'une longue tunique
blanche et d'un manteau qui flotte derrière lui. La tête
esl entourée du nimbe carré, si toutefois il faut donner
celle interprétation à des traits de teinte grisâtre d'une
explication malaisée. Cette ligure de l'apôtre André a du
mouvement et semble pouvoir être comparée avec les
meilleurs morceaux des catacombes romaines, l'n arbre
tei-mine la scène, il est d'un bon dessin, rapide et net.
Son mouvement parait s'accorder avec la direction du
vont ipi i soulève le manteau de l'apôtre.
querelle dex Iconoclastes, in-8\ Paris, 1870, p. 18;Gerrucct,
Storia dell' aile cristiana, in-fol., Prato, 1873, pi. 105 b. —
tC. Bayet, op. cit.. p. 19 : On rencontre des exemples de ce
système de décoration à une place analogue dans les cry| >ti
inaines; Bosio, Roma sotterranea. in-iol., Roma, 16
M. Armellini, Scoperta délia cripta <ii sauta Emerenaian*,
1877, p. 38, 40. 41. » — SC. Wescher et T. D. Néroutzos donnent
la transcription. MAPIA. »:. Bayet denne MAPA. Kn regar-
dant de très près la planche en couleurs du Bullettino di ai-
cheol. cristiana, 1886, on croit reconnaître que la première
leçon est mieux fondée, — * Dans cette scène les inscriptions
sont en couleur noire, dans les scènes suivantes en couleur
rouge.
4129
ALEXANDRIE (ARCHEOLOGIE
1130
y. Scène de droite. —Trois personnages sont couchés,
ils mangent à la manière antique. La scène est toute
champêtre, elle est ombragée d'arbres. Les figures ont
beaucoup souffert; au-dessus de la scène on lit :
TAC CYAOriAC TOY XY"
eceioNTec
Ta; EÛXoyfa; tov Xp;<TToû èt8(ovte;, « mangeant leseu-
logies du Christ. »
Nous avons ici l'image complète du dogme eucharis-
d'une inspiration identique à Rome et à Alexandrie. Les
rapports politiques entre la capitale de l'Egypte et la
capitale de l'Empire étaient loin d'être uniformément
amicaux. Une révolte, un massacre, un déni de justice
criant, un préjudice notable venaient périodiquement
tendre les relations ; malgré cet état d'hostilité fréquente
et d'antagonisme latent, malgré les prétentions intel-
lectuelles de supériorité, très justifiées de la part des
Alexandrins, nous voyons que la communauté chrétienne
se trouvait en union de foi et d'interprétation de sa foi
'- - " " «U-e" '■" " " ,",,^,-a.^-Wt*-'""1"1 " -"^JJ-'.'M-:
279. — Frise de l'abside. D'après Bullet. di archeul. cnst., 1805, pi., fig. 5.
tijue. Il est remarquable que ces trois scènes, dont le
sens figuratif du sacrement a été 'reconnu de bonne
heure, n'aient pas été réservées pour la chapelle de la
catacombe, mais qu'on les ait représentées dans la salle
d'agape. On peut y voir une confirmation de l'étroite
connexion que nous avons pensé reconnaître entre le
repas eucharistique et le banquet funèbre tel qu'il a été
pratiqué par les fidèles. Trois figures de l'eucharistie
semblaient ainsi placées auprès des convives pour les
faire souvenir de la haute dignité de l'agape et de son
sy ubolisme. Ceux qui participaient à l'agape commu-
avec la communauté de Home. Un aspect très intéres-
sant de cette interprétation symbolique c'est la rencontre
à Alexandrie de deux scènes destinées à représenter, sous
une forme très vive, la transsubstantiation de l'élément
solide et de l'élément liquide qui entrent dans la com-
position de l'eucharistie. La scène qui nous montre le
miracle de Cana est, dans la pensée de certains Pères, une
figure du changement du vin au sang de Jésus-Christ1,
comme le miracle de la multiplication des pains au dé-
sert était une figure de l'inépuisable changement du
pain au corps du Sauveur. Les sarcophages chrétiens.
niaient invisiblement au repas de l'âme à son entrée
dans le paradis. Ils s'associaient à sa joie par la pra-
tique d'une. action semblable; mais ce repas de l'âme
n'était que la réalisation partaite du repas eucharistique :
« Celui qui mange ma chair et qui boit mon sang, vivra
éternellement. » On voit combien toutes ces pensées pré-
occupaient les chrétiens. Il n'est pas possible aujour-
d'hui de reconstituer le détail de leurs pieux rapproche-
ments, mais les monuments nous laissent pressentir la
direction générale de leurs pensées.
Ce qui est très important pour l'histoire de la symbo-
lique primitive, c'est de la voir faire usage de types
' S. Cyrille de Jérusalem, Catecliesis xxn, n. 2, P. G., t. xxxm,
col. 1097. Cf. S. Augustin, Tract. inJohamiem. tr. VIII, 1, 3,
P. L., t. xxxv, col. 1450, où l'on nous dit que l'époux de Cana
était la figure du Christ en ce sens que les noces étaient la figure
témoins d'un art figé et immuable , nous offrent
un certain nombre de ces représentations symbo-
liques également rapprochées l'une de l'autre ou mises
en parallèle, avec une intention symbolique évidente2
(fig 280).
La fresque d'Alexandrie serait un des très rares exem-
ples d'une interprétation symbolique rapprochée de son
type. La succession du miracle de Cana, du miracle de
la multiplication et des fidèles attablés mangeant « les
eulogies du Christ » ne laisse aucun doute sur ce sym-
bole. On pourra se demander si cette troisième scène,
représentant ceux qui se rassasient des eulogies du
de l'eucharistie, festin que le Christ donne à ses amis. — a E. La
Blant, Étude sur les sarcophages chrétiens antiqves de la ville
d'Arles, in-fol., Paris, 1878, p. 9, n. vu, pi. v; p. 10, n. vui,
pi. vt : d. 41. n. xxxn, pi. xxv.
1131
ALEXANDRIE (ARCHÉOLOGIE)
1132
Christ vise immédiatement le repas de la multitude au
déserl ou bien les réunions eucharistiques des fidèles et,
sous ce nom, nous comprenons l'agape avec les réserves
et distinctions que nous avons formulées en traitant ce
sujet I.
Rien dans la fresque ne nous porte, semble-t-il, à
r.dopter un sentiment plutôt que l'autre. Si nous nous
reportons au texte historique, il est dit que lors de la
m implication des pains Jésus fit asseoir la foule sur
l'herbe, sîri toû y_°PTOu2> rjv 8È /ôpToç tto).vç èv x(ii tôtko 3,
ceci rappellerait plutôt la mise en scène de la fresque
que la célébration de l'eucharistie ou de l'agape qui, dès
le début, s'est faite dans les maisons, x).fi>vre; xoct'oîxov
âpTov *, ou du moins dans des lieux fermés, car on n'a
aucun témoignage d'une pratique contraire. Si, d'une
part, la scène champêtre invite à voir une allusion im-
médiate au repas de la foule dans le désert, l'inscription
qui explique la scène parait plutôt désigner une réu-
nion eucharistique. Dans la terminologie du Nouveau
Testament EÙXpyta a une signification précise; il marque
la bénédiction, l'action de grâce, enfin le bienfait de
Dieu qui provoque ces démonstrations. Dans les Evan-
giles eù/.oyeTv et vjya.piaxtTv sont employés clans le récit
de la multiplication des pains et de l'institution de l'eu-
charistie5. Saint Paul désigne le calice du sang du Sei-
gneur sous le nom tb itor^ptov tïjç eOXoyia;6. A Alexan-
drie particulièrement, nous voyons par les écrits de
6aint Cyrille que le terme sùXoyta était employé pour
désigner les espèces eucharistiques". Mais ce même mot
s'appliquait aussi aux pains bénits qui étaient en quel-
que sorte l'image de l'eucharistie et qui pouvaient se
consommer en dehors de toute participation à une assem-
blée liturgique. Dès lors, on n'a aucune raison d'appli-
quer la scène ni l'inscription à un repas eucharistique
ou à une agape, mais il ne fait pas l'ombre d'un doute
que l'application d'un terme passé dans l'usage pour
designer le repas sacramentel ou 1' « eulogie », à la dis-
tribution des pains donnés au peuple par Jésus établisse
un symbolisme voulu entre la scène représentée et celle
qu'elle signifiait.
L'idée d'une compénétration du symbole et de sa réa-
lisation a dirigé celui qui a conçu la décoration de l'ab-
side de la catacombe, nous en avons un nouveau témi i-
gnage dans le groupe central. Si l'on s'en tient au texte
évangélique, c'est André et Philippe qui interviennent
dans le miracle de la multiplication des pains >; or dans
la fresque on a écarté le nom de Philippe pour lui sub-
stituer celui de Pierre. Manifestement, il y a ici la pensée
de rendre hommage au prince des apôtres; peut-être
même a-l-on voulu rappeler sa primauté doctrinale et
hiérarchique et son rôle de chef de la foi des autres
apôtres et du peuple chrétien suivant la parole de
Jésus: xa't erJ tiote ETrcarpÉ'J/ai; <rrr,pi<Tov to'j; àîeXipo'j;
ffov9, « pour toi. quand tu seras converti, confirme tes
frères dans la foi. » On s'explique alors que le chef du
sacerdoce chrétien ait été choisi de préférence à tout
autre. Cette licence prise avec le texte est d'autant plus
significative que l'évangéliste saint Marc o'apparalt pas
dans ce groupe où on aurait pu s'attendre à le rencon-
trer s'il ne s'était agi pour l'artiste que de satisfaire la
piété ou les légendes locales. C'est donc ici un com-
mentaire du texte évangélique qui offre une réelle
importance, bien qu'aucun exégéte, à notre connais-
sance, n'en ait encore tiré parti, tant l'étude des
•Col. 775 sq. — « Matth., xiv. 18. — 3 Joa., VI, 10. - »Act., n.
46. - "Matth.. xiv, 19; xv, 36; XXVI, 26, 27 ; Marc, VI, 41; XIV,
22, 23; Luc, ix, 16; xxn, 19; Joa., VI, 11. — "I Cor., X, 16. —
' Suicer, Thés, eccl., in-fol., Amstelaedami, 1728, t. i, p. 1248, au
mot lùXnyin. En Egypte particulièrement, ce terme eulogia servait
à désigner l'eucharistie par antonomase. Cf. A. Giorgi, Fiagnien-
tum evanaelii S. Johannis grseco-copto-tlieliuic u m seculi rr,
in-V, Rompe, !789, p. 845-346. — Moa., vi, 5, 7. 8 - • Luc. x\n,
32. Cf. S. Léon, Sernw, tu, 2, P. I. , t. i.i\ . cul Mo : Cum (Petrus)
sources monumentales est encore généralement négligée.
Peut-être est-il possible d'aller plus loin. La substitu-
tion de Pierre à Philippe montre que dans la pensée de
l'artiste il s'agissait beaucoup moins de la multiplication
des pains que du sacrement qu'elle figurait ; dès lors,
l'apôtre est censé présenter au Christ les oblats eucha-
ristiques, et c'est en effet la doctrine des Pères du
IVe siècle que le ministère exercé par les apôtres était le
type de celui des prêtres dans l'administration de l'eu-
charistie aux fidèles. Il est curieux de rapprocher les
textes, ne fusse que pour voir combien ils sont clairs :
Ka'i ['Iïjitoûç] xXâaaç. èStoxsv toi; p.a6r(-:aï; to'j; ap-ro-j;,
o't ôÈ {ia6r)ioù toÏç 6'yXoi;10. « Jésus rompit les pains, et
les donna à ses disciples, et ses disciples les distribuè-
rent au peuple. » Dans les Actes, nous passons du sym-
bole à la réalité : IIpçxa).£o-â|j.£vo; 5È oi 8o>Ô£xa tb à'/rfio^
Tûv (j.a9r)xù)V eiTTïv oùx àpE<TTOv in-'.'/ r;ai: xa?aXec<|javTa$
TbvXôyovxoû ©joO SiaxovEîvTpoméÇat;1'. t Les douze apô-
tres ayant assemblé tous les disciples leur dirent : Il
n'est pas juste que nous laissions la parole de Dieu pour
servir aux tables, » tellement ce ministère était devenu
absorbant et spécial aux apôtres. Et saint llilaire de
Poitiers dit très exactement, on le voit, en parlant du
ministère exercé par les apôtres lors de la multiplica-
tion des pains : Nomtum enim concessum (Mis) erat
ad vitse œternx cilium cxlestem paneni perficere ac
minïstrare1*; saint Ambroise ditde même : In apostolo-
rum ministerio futura divisio Dominiei corporis sa>i>-
guimsqiir p> œrnissa13.
On sait que les Évangiles nous ont conservé le récit
de deux scènes différentes de la multiplication des
pains1». Les artistes chrétiens dont les ouvrages nous
sont parvenus ont agi assez librement, suivant leur
habitude, avec le texte : tantôt ils représentent huit cor-
beilles15, tantôt sept, tantôt douze. La fresque d'Alexan-
drie montre les douze corbeilles et ce point doit être
rapproché d'un poème sybillin, d'origine alexandrine,
qui nous invite à penser que la scène où il est question
des douze corbeilles était plus généralement adoptée
par les fidèles d'Alexandrie pour le symbolisme eucha-
ristique.
AiiSexa TrXr.po'io-ei xospé/o'j; el; TtapBîvov à-fv^v l6.
Au point de vue de la composition, la fresque est
pleine d'intérêt. L'art y est plus naturel et plus libre qu'à
Rome. L'anatomie de la femme à demi nue laisse fort
loin en arrière les Jonas des catacombes; la scène otfre
un nombre assez considérable de personnages, celle des
noces de Cana n'a rien omis de ce que le texte récla-
mait ; ce qui montre un artiste assez à l'aise dans son
talent pour remplir le cadre suivant un programme in-
terprété librement, mais sans éliminations. Les deux
scènes de droite et de gauche donnent l'impression, si
rare parmi les fresques romaines, d'un sujet réaliste
traité avec le goût et le sentiment de la nature. Les
figures, les attitudes, les mouvements, sont bons, ils
témoignent, autant qu'on en peut juger, d'une certaine
science. La symétrie de la composition dans son en-
semble et celle de la scène centrale prise en particulier
n'ont rien de guindé; il est évident que le choix des
sujets et leur interprétation sont voulus, parce que
l'habileté de l'auteur lui eût permis une autre disposi-
tion. « 11 est difficile de prétendre juger une école
d'après une œuvre isolée et dégradée' cependant la
multa sotus acceperit, nihil foi quemquam si>ie illius partici-
pation? transita. — ,0 Matth., xrv, 18. Cf. Luc, i\. 16. — «AcL,
vi, 2. — '* Comment, in Matth., w, 10,11, P. L.,tix, col. 1000.
— '» Comment foi Lucam, >.. 80-88, P. /... t. xv. ooL 1776
'» L'une d'elles est rapportée seulement par suint Matthieu, w,
36 sq., l'autre par tous ics évangélistes, Matth.. xiv. 40; Marc, vin,
1; Luc i\. L4; Jean, vi, 10. — '"Pitra, Spicil. Si ln-4»,
Taris. 1855, t. iu.pl. u. a. 1. 2.— " Carmina sybillina, 1. 1. vs.339.
Cf. Garrueci, Mélanges dtépigraphie, in-4 Paris, 1856, ;
1133
ALEXANDRIE (ARCHÉOLOGIE)
1134
fresque que nous venons d'étudier donne une idée très
favorable de la peinture chrétienne à Alexandrie '. »
3° Les peintures des parois. — Le vestibule pré-
sente d'autres ligures peintes. La paroi /(, entre les deux
couloirs, présente l'ombre d'une ligure plus grande que
nature, nimbée d'une auréole jaunâtre; on dislingue la
légende : O ATI OC KWB WWBC, peut-être : ô àyio;
KovoTavTivo;. Des deux côtés de l'abside sont peints deux
apôtres nimbés avec auréole jaunâtre, on lit les noms :
BAPOOAOMAIOC du côté gauche et IAKCÛBOC du
côté droit. Au-dessus de la figure de gauche on voit une
autre figure mal conservée, avec ces mots : O ATIOC
ICOANNHC; au-dessus de la figure de droite la réplique
avec inscription O ATIOC MAPKOC. Sur la face des
deux .pilastres qui donnent accès de la cella dans la
chapelle on voit deux figures de grandeur naturelle
(lig. 278, c, d). L'une d'elles est une figure d'ange avec
le nimbe et les ailes, on y distingue encore la légende
suivante :
C0 4)IA IC XC
L'autre représente un personnage appuyé sur un bâ-
281. — Personnage debout.
D'après Dullet. di archeol. crist., 1865, pi., fig. 6.
ton; au-dessous on ne peut lire que quelques lettrée
très effacées (fig. 281) :
PANOIC
IBOCKC
Sur les deux jambages intérieurs de l'arcade, et en
face l'une de l'autre, on voit deux autres ligures du
même type nimbées de jaune. Celle de gauche porte
l'inscription ATIOCA-AKEP... -, celle de droite : O
TTPO[|ct>HTHC||iePeMIAC. Toutes ces figures isolées
sont du VF ou du vme siècle.
Dans l'angle nord-est on voit, creusé dans le sol, un
puits quadrangulaire qui mène au sous-sol et conduit
dans deux petites chambres funéraires écroulées et
comblées. Le puits présente des échancrures en forme
d'échelons et est recouvert d'un enduit double de plâtre
et de ciment. Des tuyaux en terre cuite, encastrés avec
du ciment dans une goulotte creusée elle-même dans le
roc, servaient autrefois de soupirail pour la ventilation
de ces souterrains.
La salle carrée (fig. 278, H) prend accès sur la salle
centrale par une baie de forme carrée dont les angles
sont arrondis; cette chambre mesure quatre mètres de
longueur de l'ouest à l'est, sur trois mètres et demi de
largeur du sud au nord. Elle présente, au fond et sur
1 T. D. Néroutzos bey, op. cit., p. 43. — 2 C. Wescher propo-
sait de lire [l] &•,',„; £[*]« KI?[Suv]. Cerdon est le nom d'un pa-
les deux parois latérales, des niches creusées dans le roc
(lig. 278 I, h,L) et voûtées en arc de cercle, ce sont des
arcosolia d'une forme moins usitée que la voûte en
demi-circonférence (fig. 282).
282. — Arcosolium de la salle H.
D'après Bullet. di arch. crist., 1865, p. 50.
Chaque niche est ornée de quelques moulures très
simples ; les peintures sont, pour la plupart, très en-
dommagées et on ne peut s'en faire idée qu'à l'aide de
ce qui est resté visible des légendes. Dans les endroits
où le stuc qui porte les peintures est tombé on retrouve
les restes d'une ornementation architecturale qui rap-
pelle le genre préféré par les anciens à l'époque classique
et dont il existe des traces bien conservées à Rome,
dans le cubiculum d'Ampliatus. Dans Y arcosolium de
283. — Pilastre corinthien.
D'après Ballet, di arch. crist., 1865, fig. 4.
gauche (fig. 283), le stuc en se détachant a mis à nu
deux pilastres corinthiens d'un beau travail.
C. Wescher a constaté que le stuc se compose de
deux couches distinctes, superposées l'une à l'autre, d'où
il résulte que les peintures ainsi que les inscriptions
sont d'époques différentes. C. Bayet attribue au Ve siècle
la partie de la décoration qui représente, entre autres
sujets, la résurrection du Christ. Dans l'angle delà salle
on voit d'abord une figure de saint avec une légende
presque effacée :
mun B.X
C XOC
Probablement [6 a]Y">[ç] B[â]x/oç, nom d'un martyr
connu, ensuite on distingue une croix bien byzantine
(fig. 284).
L'arcosoliiim I présente à gauche une fignre debout
avec cette légende : 06OMAC||AnOCTO||.. C ; entre cette
ligure et la suivante, on lit un reste d'inscription :
eieZOKI||HAI«||THCIIi3. La peinture laisse voir des
soldats accroupis, deux femmes avec cette légende :
£IC^^||1I^14; une figure ailée et assise avec cette ins-
cription : ArreAOC||KY[p:oj]; plus loin une figure
presque effacée avec l'inscription Cl M 00 N O KAI
tiiarclie d'Alexandrie. — 3Peut-être: FZiyir,'/.. — 4T. D. Néroutzos
bey parle de trois temmes et lit sans hésitation pvsuuf.
1135
ALEXANDRIE (ARCHÉOLOGIE;
1136
TT6TPO[ç]. Il est certain que nous avons ici la scène
des saintes femmes au tombeau, mais plusieurs mo-
ments chronologiquement distincts sont réunis, le som-
meil des soldats est antérieure la résurrection, tandis
IC \
K
A
V
1
NI
./
KA
284. — Croix d'époque byzantine.
D'après Bull, di arch. crist., 1865, p. 59.
que la visite des sr.intes femmes et celle de Pierre lui
sont postérieures. On a ajouté postérieurement, proba-
blement au vie ou au vne siècle, Isaïe avec cette lé-
gende : HCAeiAC||rTPO<t>H [t»|ç]j à droite, deux figures,
l'une debout, l'autre couchée avec ce mot : AANIHA.
L'arcosolium K présente une décoration plus impor-
tante. A droite et à gauche, les figures de saints avec
leurs légendes : HHAIAC KO ' et : O A[| Tl OC[| AAM I A |
NOC. Le panneau central dans lequel on avait cru voir
la Vierge représente bien plus certainement Jésus-Christ
Cette peinture nous montre dans la partie supérieure
Dieu le Père, nimbé d'une auréole triangulaire bleuâtre;
au-dessous Jésus-Christ représenté dans un appareil
dont l'interprétation, grâce à la légende, ne souffre pas
de difficulté. On lit :
eni AcniAA kai ba
CIAICKON eniBHCH
êtii à<7~t'Sa xx\ [3a<T'./;V/.ov stuS^ctti, qu'il faut évidem-
ment compléter ainsi : xa'i xaTa7raTY)<i£t; ),eovra y.ot\
Spàxovra. « Tu marcheras sur l'aspic et le basilic et tu
fouleras aux pieds le lion et le dragon. » C'est le verset
13 du psaume xc. Néroutzos bey a donné un dessin
sur l'exactitude scrupuleuse duquel on peut former
quelques objections, mais qui doit être fidèle, quoique
un peu trop restitué peut-être. Nous le mettrons en face
d'une autre représentation inspirée par une pensée
analogue. On ne peut manquer de reconnaître le paral-
lélisme ('vident des deux compositions2. Les monuments
anciens représentent Horus, (ils d'Osiris et d'Isis, tenant
à pleines mains les animaux malfaisants dont il est vain-
queur, serpents, scorpions, lézard, gazelle, lion. Au-des-
sus du jeune dieu se voit le masque de Bcss à la face
ridée, à la barbe ondo jante. Les légendes qui accompa-
gnent ces représentations sont conçues dans le sens
de celle-ci, que nous traduisons : « Salut à toi, dieu (ils
de dieu... Salut à toi, Horus issu d'Osiris, enfanté par
Isis la divine... Ce que tu as demandé, ton père a voulu
que cela te fût accordé. La sainteté du dieu de Sokhèm
a fait ta sauvegarde. Toi qui as eu soin de clore la
bouche de tous les reptiles afin de faire vivre les hu-
mains, de tranquilliser les dieux et de faire triompher
' T. D. Néroutzos bey donne : O ATIOC KOCMAC.
•Cette représentation a été donnée d'une manière satisfaisante
par Maspero, Histoire ancionie des peuples de l'Orient clas-
sique, t. i, p. 215. — 'Nous hésitons à attribuer à un des person-
nages en particulier la légende [X?iRi]av£v IXitis qui surmonte une
figure. Cf. Gayet, L'art copte. in-8\ Paris, 1902, passim ,H
ven, Ein ùhristustypus m Buddhaflguren, dans Oriens chri-
Stianus, 1901, t. I, p. 159-167. — * E. Révillout, Apocryphes
le soleil par tes invocations... viens à moi promptement,
en ce jour: repousse loin de moi les lions venant de la
terre, les crocodiles sortant du fleuve, la bouche de tous
les reptiles sortant de leur trou ; rends-les, pour moi,
comme de petites pierres sur la terre, comme des dé-
bris de vases près des habitations » (fig. 285 et 286).
Si on rapproche ce texte de celui du psaume XC, on
s'explique aisément comment un artiste égyptien hanté
par le milieu artistique de son pays a pu concevoir
de Jésus-Christ vainqueur de l'aspic et du basilic un
type si peu différent de celui que l'image d'Horus lui
avait fait concevoir d'un personnage vainqueur des
animaux malfaisants. Ce n'est pas la première fois que
nous notons cette pensée de substituer des types
chrétiens aux types païens avec une minutie de dé-
tails qui semble être comme un décalque de l'un sur
l'autre.
Les artistes chargés de l'iconographie théosophique
en Egypte avaient en outre introduit dans la représenta-
tion d'Horus des personnages tels que Thôth et Néïth,
ou Isis et Phthà qui escortent le jeune dieu pour lui
prêter assistance au besoin ; le peintre chrétien d'Alexan-
drie a peut-être suivi ici encore son programme en
introduisant de chaque côté du Sauveur des figures
aujourd'hui méconnaissables remplaçant les divinités
égyptiennes que l'on voit d'ordinaire à côté d'Horus 3.
La représentation du Christ sous les traits d'Orphée
est bien connue, mais celle d'Horus est plus rare et ne
devait pas être passée sous silence.
Un apocryphe copte, dont la rédaction est certaine-
ment égyptienne et gnostique *, nous fait entendre le
récit donné par Jésus de la mort de saint Joseph.
M. E. Révillout, avec sa vaste connaissance de la litté-
rature égyptienne, n'a pas manqué d'être frappé du rôle
que joue le Christ par rapport aux éons de ténèbres,
« rôle fort analogue, dit-il, à celui d'Horus dans les
traditions égyptiennes "?. » Voici un passage de ce do-
cument qui gagne à être rapproché de la fresque de
notre catacombe. « Ayant tourné mes regards vers la
partie méridionale de la porte, dit Jésus à ses apôtres,
j'aperçus l'Amenthès qui était accouru de ce côté,
c'est-à-dire le Diable instigateur et artificieux de tous
les temps. Je vis aussi une multitude de décans,
monstres aux formes variées, revêtus d'une armure de
feu, si nombreux qu'il eût été impossible de les comp-
ter et vomissant du soufre et de la fumée par la bouche.
Dès que mon père Joseph eut jeté les yeux sur ces êtres
épouvantables qui étaient venus auprès de lui. il 1rs
aperçut terribles, comme lorsque la colère et la fureur
les anime contre une âme qui vient de quitter son
corps, surtout si c'est celle d'un pécheur dans laquelle
ils ont trouvé la marque qui caractérise leur sceau.
Mon père, à la vieillesse vénérable, en apercevant ces
monstres autour de lui, fut saisi d'épouvante et ses yeux
laissèrent couler des larmes. Son âme voulut se réfugier
dans des ténèbres épaisses, et chercher un lieu pour
se cacher, elle ne le trouva point. Dès que je vis le
trouble qui s'était emparé de l'âme île mon père et que
ses regards ne tombaient que sur des spectres aux
formes les plus diverses et d'un aspect hideux, je
m'avançai pour gourmander celui qui était l'organe du
Diable, ainsi que les légions infernales qui étaient accou-
rues avec lui : elles s'enfuirent aussitôt à ma voix dans
le plus grand désordre; mais aucun de ceux qui étaient
rassemblés autour de mon père n'eut connaissance de
coptes, in-'e. Paris, 1873, p. 28-42, a trouvé un texte théhain en
Italie, texte qui lui parait eue l'original ; le même, tes <i//
f. dans la Kevue égyptologique, 1881, t. il. )> 84. Cet ori-
ginal aura été modifié graduellement dans un sens orthodoxe,
d'abord par la version memphitique. Les apocryphes coptes,
p. 43 sq , et plus tard par la version arabe, Thilo, Codsx apo-
cryphus Ni '' Testamenti, in-8*, Lipsiœ, 1832, p. xv sq. —
■•!■:. Révillout, dans la Revue égyptologique, 1881, t. il, p. 65.
1137
ALEXANDRIE (ARCHEOLOGIE1
1138
ce qui venait de se passer, non plus que ma mère
Marie '. » Cette transposition des attributs d'Horus se
retrouve dans une curieuse sculpture du musée du Lou-
vre, où Horus combat le crocodile, mais il est à cheval
et manie la lance2; cette fois le héros de la théosophie
égyptienne répond au type iconographique de saint
Georges chez les Byzantins, c'est un nouveau trait qui
ajoute à l'intérêt et à la certitude du rapprochement
qu'offrait la catacombe d'Alexandrie.
L'arcosolium L diffère des deux autres en ce que, au
centre de la paroi principale du fond, une petite niche a
été entaillée; elle forme un autel, mensa, au-dessus du
tombeau double creusé dans le sous-sol. Au fond est peinte
une croix avec deux oiseaux. A côté sont deux figures de
285. — Le
dieu Horus. Stèle d'Alexandrie au musée de Uhizeh.
D'après une photographie.
saints également peintes. Sur une couche de stuc infé-
rieure on distingue quelques traces d'une inscription
qui a eu plusieurs lignes :
T O N A M A P [™X6v(?)l
C • K O C M O
« Dans la paroi latérale, à gauche de l'autel et à droite
du visiteur, est creusée une petite niche, ara propositio-
nis, Tipoôeacç, où l'on déposait le pain et le vin, et les
vases sacrés, qui devaient servir au rite de l'eucharistie.
Au-dessus de l'autel, mensa, tpairsÇa, on voit la croix
grecque figurée au milieu d'une rosace, et sur les parois
latérales de Y arcosolium sont peints les onze apôtres
nimbés d'auréoles jaunes3. » Sur la paroi latérale, à
' Zoëga, Catalogua codicum copticorum, in-fol., Roma, 1810,
p. 226; E. Dulaurier, Fragment des révélations apocryphes de
saint Barthélémy et de l'histoire des communautés religieuses
fondées par saint Packhorne, in-8% Paris, 1835, p. 25. — *Ch.
Clermont-Ganneau, Horus et saint Georges, d'après un bas-
droite on voit quelques figures de saints, l'identification
de l'une d'elles est certaine, c'est saint Jean-Baptiste;
il tient en main un volume déroulé sur lequel on lit :
BOC0NTO
£NTH€PH
MCO€TOI
MACAT£
THNOAO
KYCYOI
ACTTOie
"^[(ovy)] |3o(J5vto[ç] àv T/j èpr^b)'
K[up]o;'j, e'J8[e]''aç nou['.-s... i.
T0'.[J.2TaT£ TTjV
Mô{>[
286. — Jésus-Christ. Peinture de la catacombe de Kaimoui.
D'après Néroutzos bey, L'ancienne Alexandrie, p. 46.
« Voix de celui qui crie au désert ; préparez la voie
du Seigneur; faites droits [ses sentiers]. » La voûte de
cette salle carrée est ornée d'une peinture représentant
des personnages ailés le front ceint d'un bandeau, à la
manière byzantine; ils se prosternent devant le Christ;
il est possible qu'on ait voulu représenter l'Ascension.
4° La galerie funéraire. — Cette galerie est établie sui-
vant l'axe CD de la figure... Nous donnons la coupe de ce
xoiu.v)Trjpiov qui va del'ouestà l'est (fig. -287). Sa longueur
est de 8m50 et sa largeur de 2 mètres et quelques centi-
mètres seulement. La voûte est cintrée et les parois sont
percées de deux rangs superposés de baies quadrangu-
laires et oblongues taillées parallèlement. En tout trente-
deux loculi. Nous avons ici un cas très caractéristique
de superposition de cadavres, car ce sont vraiment des
relief inédit du Louvre. Notes d'archéologie oriental,- et de
mythologie sémitique, in-8°, Paris, 1877. On peut rapprocher du
sujet que nous venons d'indiquer, H. Graeven, FÂn Christustypu*
in Buddhafiguren, dans Orieus cliristianus, 1901, t. I, p. 159-167.
— 3T. D. Néroutzos, op. cit., p. 51. — *Matth., m, 3; Marc,l,3.
-1139
ALEXANDRIE (ARCHÉOLOGIE!
1140
loculi bisomi. Les deux couchettes n'étaient séparées
que par une pierre plate servant de couvercle à l'un et
de support à l'autre. Les ouvertures ont 0"'86 de hau-
teur sur 0m70 de largeur. Files ont du être lermées ja-
dis, mais il ne reste pas trace de feuillures, on n'aper-
çoit non plus ni peintures, ni inscriptions.
Si l'on compare la catacombe d'Alexandrie à celles de
Rome on est frappé tout d'abord de la différence de
leurs dimensions respectives. La plus ancienne area du
cimetière de Sainte-Agnès (col. 943), malgré sa destina-
tion privée, offre des dimensions bien plus considérables,
linsi qu'ont peut s'en convaincre par les chiffres sui-
vants, Le développement des ambulacres est de 208m40,
le nombre des loculi 9061. Il semble donc que nous
avons alfaire ici moins à une catacombe ou à un cime-
tière proprement dit qu'à un lieu consacré au culte. Il faut
en effet remarquer que le souterrain a été fréquenté
pendant un temps considérable — plusieurs siècles au
moins — par les fidèles, ainsi que le prouve le soin pris
pour sa décoration à deux époques très éloignées l'une
en rapprochant la salle F de la salle d'agapes du cime-
tière de Domitille (fig. 174). En ce cas, la galerie voû-
tée M aura pu être très commodément utilisée pour un
usage analogue à celui auquel sert la nef dans nos égli-
ses. Cette disposition n'exclut pas la présence des tombes.
La communauté chrétienne d'Alexandrie fut, dès le début
du ine siècle, assez nombreuse et il n'y a pas de raison
de penser qu'elle éprouvât des sentiments différents de
ceux des fidèles de Rome, de Carthage, de Naples, sur la
séparation des cimetières chrétiens avec les païens. Or,
rien ne nous permet de croire que cette population chré-
tienne ait possédé de vastes catacombes, aucun texte ne
nous les signale, aucune fouille ne nous les a rêvé!
au contraire, il semble que la pratique alexandrine ait
été d'avoir un grand nombre de cimetières, probablement
de peu d'étendue. Les tombes des martyrs avaient ici,
comme presque partout ailleurs, servi de noyau aux
agglomérations funéraires. Alexandrie étant une des
villes où les fidèles souffrirent en plus grand nombre,
les martyria avaient dû s'y multiplier et c'est ce que
287. — Coupe de la catacombe de Karmoùz. D'après Bullet. Ai unlieol. crist., iSKj. pi., flg. 3.
de l'autre. Cette décoration est elle-même l'indice d'un
lieu consacré au culte, car si les peintures les plus an-
ciennes, celles de l'abside, sont étroitement apparentées
par le sujet à celles des cycles décoratifs des catacombes
romaines au ni" siècle, les peintures de la seconde épo-
que, par leur préoccupation visible de former une déco-
ration hagiographique, montrent que le souterrain avait
alors une destination de sanctuaire qui détermina le
choix de ces représentations consacrées par le style by-
zantin pour l'ornementation des murailles des églises.
Il y a donc tout lieu de penser que nous avons plutôt un
sanctuaire qu'une catacombe et très probablement le
souterrain se sera, suivant les époques et les circons-
tances, prêté à des usages un peu différents. Nous avons
dit que la salle F avait pu servir de salle d'agapes, elle
a pu aussi servir aux réunions liturgiques. De Hossi croit
que lexcavation qui se voit dans l'angle e est plutôt un
baptistère qu'un puits comme on pourrait le supposer
•Une faut pas oublier l'escalier (en N, sur la lit: 278) qui
conduit à un plan Inférieur, mais nous ne savons rien sur cette
area et il n'est pas possible de faire autre chose que de la rappe-
ler. — * Acta s. Pétri Alexandrini, dans Mai, Spicilegium lio-
manum, in-8-, Rom», 1840, t. ni, p. 673 sq., P. t., t. xvm.
col. 453 sq. Cf. De Rossi. /»'»//. Ai arch. criât., 1 xt">r.. p. 61. —
*P. G., t. xvm. col, 156. '/'.G'., t. xvm, col. 461. - »G. Bottl,
Cimetière chrétien à l'Ibrahinueh, dans Bull, de lu Société
archéol. d'Alexandrie, 1898, n. i, p. 53. Les Actes de la transla-
tion de saint Marc que Molino, De vita et iipsa»is S. Marci
evangelistar, in-8", Roma, lHti'i, place au ix' siècle, mais que Ba-
ronius et TiUemont fent descendre avec raison jusqu'au xr et
même jusqu'au xnr siècle, nous fournissent quelques détails qu'il
semble dire un texte marlyrologique qui n'est pas sans
valeur*. On y lit que pendant une accalmie de la persé-
cution de Dioctétien, cœperunt fidèles ad martyrum
memorias catervatim currere et ad Christi laudem
eœhtiu congregare •'■ Une de ces mémorise était élevée
en souvenir du supplice de saint Marc : in locum qui
diriiiir Bucolïa, ubi et sanctus Marcus martyrium pro
Christo suscepiti. Une inscription nous indique un
autre cimetière, à l'Ibrahimieh 5.
O © MNHC
OH THC KOI
MHCeCOC K£ A
NATTAYCeGOC
MAKAPAC THC
TAYKYTATHC O A
NAnrNOûCKGÙN ÏÏ?
eYxecTco j0^
est utile de recueillir. La basilique de Saint-Marc était voisine
du port assigné aux chrétiens, qui était le Port-Neuf, c'est ce que
confirment les pèlerins qui di-ent que Saint-Marc était à gauche
du Port-Neut et à droite de la porte dite de Rosette. Cf. Za>
Pagenl, Viaggio di Domenico Trevisan al Caire neW atmo
i:,Ï-j in-8*, Venexia, 1875, p. 15; Tobler, Descriptio Terrm
SOrtCt», 1874. p. 88; Molino, op. cit.. p. 231, 238, -
Thetmaro, dans les Uém, de r.\cn,i. de Bruxelles, 1851, Lxxvi,
p. 53; Radzivil, Jerosol. peregr. 15S3. in-4-, Antwerpia
p. 203; Lazzaro Papi, Lettere suir Indie orientali, h
1829, t. n, p. 267. L'auteur anonyme du Voyage à Alexai driê
qu'on lit à la suite du cosmographe Plolémée (mss. ' Wn de la
bfbl Vaticane, ».. 877), la place pies du promontoire de Lochia.
H41
ALEXANDRIE (A RCHEOLOGIE'
1142
Il semblerait même qu'une sorte d'encombrement ait
été le résultat de cette multiplication des cimetières,
puisque l'évêque Pierre d'Alexandrie, voulant construire
un oratoire dédié à la Vierge, fut obligé d'aller jusque
dans la banlieue. C'est du moins ce qu'on peut conclure
de ce teste : ob martyrum cœmeteria in quodam pro-
astio conslruxerat ecclesiam beatissimse Dei genitricis
semperque virginis Marise '. Ce lut en ce lieu que
l'évêque Pierre lut enterré et sa fondation devint ainsi
un nouveau martyrium *, et même un des plus signa-
lés, puisque, au dire de saint Athanase, on le désignait
couramment sous ce seul nom « le cimetière » 3. Ce mot
de xot(/.7)Tï:jpiov ne doit pas d'ailleurs nous induire en
erreur et nous faire songer à de véritables nécropoles
telles que nous les voyons dans les catacombes ro-
maines4; il ne désigne souvent qu'une seule tombe 5 ;
ainsi il pourrait se faire que ob martyrum cœmeteria
désignât une agglomération de tombes et un seul cime-
tière au sens que nous donnons à ce mot. Il semble ce-
pendant qu'à Alexandrie on pratiquât le mode sémitique,
d'inhumation à liane de coteau par groupes assez res-
treints. C'est du moins ce que l'on peut conclure de
divers hypogées païens. D'Agincourt a donné quelques
plans des catacombes d'Alexandrie plus exacts que ceux
de Pococke et de Norden 6 et qui montrent bien la diffé-
rence essentielle qui existe entre ces souterrains et les
' 'êZMïï'MZW
'■- m^ - — ^
Wmm
jfl Jf
m Sais sÉÉ Élb
âe
\ ■ 288. — Catacombe païenne d'Alexandrie.
D'après d'Agincourt, Histoire de l'art, sculpture, pi. IX, n. 3.
réseaux inextricables des catacombes romaines 1 (fîg. 288
et 289).
Ces catacombes étaient situées dans la même direc-
tion que celle que nous étudions, à l'occident de la
ville, au-dessus du canal de Canope. Dans la figure 2,
qui offre tant d'analogies avec la catacombe chrétienne,
il y a trois rangs de cavités superposées. Une catacombe
de l'époque gréco-romaine découverte récemment à
* Baronius, Annales, an. 310, n. 10, in-8% Barri-Ducis, 1864,
t. III, p. 505. Cf. Tillemont, Mémoires pour servir à l'hist. eccl.,
in-4% Bruxelles, 1732, t. v, p. 186 ; De Rossi, Bull, di arch. crist.,
1865, p. 61. — 2Surius, Vitse sanctorum, in-lol., Coloniœ, 1572,
t. n, p. 25. — 3 S. Athanase, Apologia de fuga sua, 27, P. G.,
t. xxv, col. 629. Cf. Boldetti, Osservazioni sopra i cimiteri cris-
tiani, in-fol., Roma, 1720, p. 621. — 'Nous renvoyons à l'étude
de ce mot que nous avons faite ailleurs avec détail. D. Cabrol et
D. Leclercq, Monum. Eccl. liturg., in-4°, Parisiis, 1902, t. i,
p. c sq. — BDe Rossi, Roma sotterranea, in-tol., Roma, 1867,
t. I, p. 85, 352 ; Lenormant, dans la Revue archéologique, 1865,
t. I, p. 438; C. Bayet, De titulis atticis christ tanis antiquissi-
mis, in-8", Parisiis, 1878, n. 2-4, 7, 8, 10, 11, 15-19, 21, 22, 24, 25,
27, 28. 31, 36, 37, 39, 40, 44, 46, 47, 49-51, 55-59, 61, 65, 73, 77,
83, 85-87, 89-91, 93, 95, 97, 98, 101, 103, 104, 106, 108-110, 112-117,
Kom-el-Chougafa offre également des dispositions appa-
rentées à celles que nous avons relevées R. Les cata-
combes païennes étaient généralement situées le long
du littoral; dès le temps de Strabon on désignait ce
quartier sous le nom de Necropolis 9, et à ce propos
l'ancien géographe écrit ce nom de Ttpoao-xetov, banlieue
ou faubourg10, qu'emploie également l'auteur des Actes de
saint Pierre d'Alexandrie pour désigner l'emplacement
extra mttros où l'évêque éleva un oratoire ob marty-
rum cœmeteria ad occidentalem partem. Sa fondation
se trouvait donc non loin du faubourg Necropolis, préci-
sément vers le point où le midi incline vers l'ouest, non
plus « au bord de la mer, mais dans l'intérieur des
iiu- "
289. — Catacombe païenne d'Alexandrie.
D'après d'Agincourt, Histoire de l'art, sculpture, pi. ix, n. 7.
terres, à une petite distance du monument vulgaire-
ment désigné sous le nom de « Colonne de Pompée »,
vers l'extrémité sud-ouest de l'ancienne cité » ".
Les rares indices sur lesquels C. Wescher s'appuie
pour faire remonter la catacombe décrite par lui à une
époque très reculée et qui ne serait pas postérieure au
mesiècle sont difficilementcontestables, puisque le monu-
ment a entièrement disparu ; mais rien ne s'oppose à ce
121, 122, 125. — • Richard Pococke, Description of the Eust and
some other countries, in-fol., London, 1743, t. I, p. 9, pi. V. —
7 D'Agincourt, Histoire de l'art par les monuments, in-lol., Pa-
ris, 1823, sculpture, pi. IX, n. i à 7. — 8 F. W. von Bissing, La
catacombe nouvellement découverte de Kom-el-Chougafa,
in-8°, Munich, 1901, et atlas, in-fol. ; Strzygowski, Die Prachtka-
takombe von Alexandria, dans Zeitschrift fur bildend. Kunst,
1902, n. 5, p. 112-115. — "Strabon, Geogr., 1. XVII, c. i. C'est
le quartier aujourd'hui dénommé « Bains de Cléopâlre ». — ,0 Sur
ce mot, cf. H. Fournel, Étude sur la conquête de l'Afrique par
les Arabes, in-4«, Paris, 1875, t. I, p. 98, note 2. — " C. Wescher,
Notice sur une catacombe chrétienne à Alexandrie, dans De
Rossi, Bull, di arch. crist., 1865, p. 57 ; G. Botti, dans le Bull, de
la Soc. arch. d'Alexandrie, 1898, n. i, p. 7 : Entre Abou-el-Achem
et l'usine de la Compagnie du gaz.
4143
ALEXANDRIE ( ARCHÉOLOGIE^
1144
que, de très bonne heure, une riche famille d'Alexan-
drie ait fait creuser une catacombe et l'ait décorée sui-
vant le symbolisme alors en faveur. Cette hypothèse est
en somme plus vraisemblable que celle qui ajoute une
désaffectation de la catacombe primitivement païenne;
rien ne nous invite à la supposer. La catacombe aura
été creusée à une époque où les traditions artistiques
La haute antiquité de la catacombe recevrait une écla-
tante confirmation d'une peinture située en m sur notre
plan et représentant un personnage vêtu à la manière
antique. Malheureusement les restes de l'inscription qui
l'accompagnait ne nous apprennent rien; on lisait
ATIOC A. ..A KCP... C.Wescher proposait de lire 6 afto;
ctTta Kép8<ov; De Rossi conjecturait o ocY'.o;Tra-a; KépSuv.
'290. — Plan de la catacombe d'Abou-el-Achera.
D'après le Bulletin de la Société archéologique d'Alexandrie, 1898, n. 1, pi. A.
étaient encore florissantes; peut-être aura-t-elle servi
dès l'origine de catacombe et de lieu de prières, la dis-
position de la galerie en face de l'abside porte à le pen-
ser avec une grande probabilité. Cette abside, son
exèdre, la décoration évidemment retouchée, les brèves
légendes épigraphiques supprimant o àyi'o; devant les
noni~ des apôtres Pierre et André, sont autant de raisons
qui peuvent militer en faveur d'un ouvrage du me siècle.
Quant aux images des saints placées sur le plan en o, b,
< . O , c, f et que nous avons décrites, elles sont de basse
époque, leur facture byzantine n'est pas contestable.
On se serait donc trouvé suivant eux devant la sépulture
de l'évéque Cerdon, troisième successeur de saint Marc
sur le siège d'Alexandrie, contemporain de Tiajan.
mais rien n'est moins assuré que cette identification.
La fondation de l'Église d'Alexandrie et les fastes épis-
copaux de cette Église sont autant de questions sur les-
quelles nous ne voulons pas préjuger ici. Klle ne devra
d'ailleurs aucun éclaircissement à cette peinture, car
une étude plus attentive du sujet a conduit De Rossi à la
restitution suivante : [o] ATIOC A[7i3<T]AKePfêo<
culte de sainl Sacerdos a joui en Egypte d'un grand
1145
ALEXANDRIE (ARCHÊOLOCxIE)
1146
développement. Une lampe déterre cuite en argile blan-
châtre, conservée au musée Kircher, porte cette inscrip-
tion tracée à l'encre : + O AfHOC CAKÊPAOC ». Cette
lampe ollre toutes les apparences de celles dont la pro-
venance d'une officine doliaire égyptienne est hors de
doute.
Nous avons donc, en résumé, dans la chapelle funé-
raire d'Alexandrie les œuvres accumulées ou superpo-
sées de plusieurs époques d'art. Le vestibule F, le cu-
bicule H et la galerie M ainsi que les peintures de
l'abside G- sont probablement ce qu'il y a de plus ancien.
Peut-être est-il possible de rattacher à la décoration
basilique de Saint-Clément, à Rome. La construction
est en effet de plusieurs époques différentes qui ont cha-
cune ajouté ou superposé ce qui leur paraissait utile
pour adapter le bâtiment entier à la destination nou-
velle qu'elles lui donnaient.
Le premier étage serait formé d'une section du
mœnianum du Stade. Là s'ouvre un escalier de qua-
rante degrés, creusé dans le rocher et aboutissant à un
vestibule à demi écroulé (fig. 290).
A gauche de l'escalier, après trois marches, s'ouvre
un couloir ayant 2m70 de long sur lm60 de large, mais
partagé en deux sections dans le sens de la largeur. A
291. — Coupe delà catacombe d'Abou-el-Achem suivant AB.
D'après le Bullet. de la Soc. arch. d'Alexandrie, 1898, n. 1, pi. B.
primitive les détails architectoniques et les chapiteaux
dont nous avons parlé. Une deuxième série de décora-
tions représentant des scènes de la vie du Christ, sa
résurrection, etc., marque une réfection du petit sanc-
tuaire. Cette réfection fut suivie d'une autre dans la-
quelle la décoration est toute byzantine et ne comporte
plus que des personnages isolés : anges, saints, pro-
phètes. Avec cette dernière série nous arrivons aux
mauvais jours de l'art byzantin, au VIe et au VIIe siècle.
//. LA CATACOMBE DE ABOU-EL-ACBEM. — Le savant
et infatigable Dr G. Botti a découvert en 1897, enseveli
sous des monceaux de décombres, un memorium,
(ivê|i(ôvetov, que nous allons décrire. Il s'agit d'un édi-
fice qui rappelle par ses conditions générales la célèbre
1 J. Brunati, Musœi Kirkerianiinscriptiones, in-8\Mediolani,
1837, p. 101. — s La coupe suivant C D se trouve dans G. Botti,
op. cit., pi. c.
gauche, le podium destiné au gardien du tombeau et
des oll'randes, à droite un escalier très bien conservé
dont les marches ont 0ra28 de hauteur, conduisant au
tombeau d'époque pharaonique creusé dans le rocher
et soutenu par deux piliers rectangulaires, irréguliers.
Cette partie ne rentre pas dans nos recherches'2.
Descendant le grand escalier, on trouve à gauche une
communication avec un deuxième étage formé d'une
rampe et de deux chambres munies de fenêtres don-
nant sur une cour ouverte. Une de ces chambres est
pourvue d'une banquette à droite et elle a la forme d'un
couloir à l'extrémité duquel une large excavation mesu
rant trois mètres sur deux s'enfonce jusqu'à la pro-
fondeur de 9m70. De ce couloir on peut voir ce qui se
passe beaucoup plus bas, dans le baptistère.
Après avoir achevé la descente des quarante degrés
on se trouve dans un couloir qui tourne à angle droit
et introduit dans un vestibule sur lequel s'ouvrent cinq
1147
ALEXANDRIE (ARCHEOLOGIE)
1148
baies. Ce vestibule était obstrué par des débris qui
s'étaient écroulés du haut de la colline.
Jadis on descendait les défunts dans la chapelle funé-
raire par un puits rectangulaire pratiqué dans un coin
du plafond. On voit encore sur les parois de ce puits les
échancrures qui servaient d'échelons aux fossoyeurs. Ce
puits funéraire continuait et devait aboutir à un étage
inférieur dans lequel il n'a pas été encore possible de
pénétrer. Ce puits funéraire a une forme rectangulaire
qui permettait de descendre le cadavre horizontalement.
Au point d'arrêt s'ouvrent quatre portes, une sur chaque
paroi, donnant chacune sur un escalier; ce sont donc
quatre chambres funéraires, aujourd'hui inondées et
dont on ne peut rien dire sinon qu'elles étaient décorées
de marbre et de granit. Le pilier de maçonnerie qui
soutient le plafond est d'une époque postérieure (fig. 291).
La paroi nord-ouest de la chapelle est creusée et
forme une abside dépourvue d'exèdre. Un sarcophage a
été taillé dans le roc; quatre squelettes y ont été dépo-
sés l'un sur l'autre, la tète à l'est, les pieds à l'ouest.
Nous savons la répugnance des anciens pour cette su-
perposition des cadavres, elle fut très vive même parmi
les chrétiens, mais dans l'ensemble ceux-ci ne s'at-
tachaient à cette superstition qu'exceptionnellement,
tandis que parmi les païens c'était une préoccupation
presque universelle d'éviter cette posture à son cadavre.
Cette considération peut aider à voir dans la chapelle
funéraire un lieu de réunion liturgique pour les chré-
tiens. L'excavation de cette partie semble d'ailleurs un
peu postérieure à celle du vestibule, dont le niveau est
plus élevé. Un tronc de colonne en granit à gauche de
l'autel aura pu recevoir les c-JXoYcat. La paroi de droite
est creusée de loculi ayant lm90 de prolondeur, sur
trois rangs superposés; ils sont fermés avec des
dalles en calcaire ou bien avec de petits blocs et de
la chaux. Les eaux de pluies amenées par le luminaire
ei les éboulements de terre que le puits funéraire dé-
terminait dans l'intérieur de la chapelle ont détruit les
peintures, dont il ne reste que des traces très faibles.
Sur le sol et devant chaque loculus on a trouvé des
lampes et de petites Moles en verre, une monnaie de Gai-
lien. Ceci invite à faire remonter assez haut chronologi-
quement cette petite catacombe qui aura peut-être été
délaissée au début du iv siècle. L'absence de toute am-
poule de saint Menas porte à le croire, et. d'autre part,
l'existence d'une communauté chrétienne au m' siècle
n'a rien d'invraisemblable à Alexandrie. Néroutzos bey
a publié une inscription sur tablette en calcaire, trouvée
à Heur de terre à l'ouest de (Juabban, du côté de la
nier, dont la paléographie doit être attribuée, selon lui,
à l'époque de Gordien le .leune ('238-244) '.
Sur la paroi est du vestibule s'ouvre une petite porte
qui donne accès à un escalier de dix-sept marches con-
duisant a un étage inférieur. A la quinzième marche,
l'eau sort d'un petit aqueduc et vienl alimenter un bas-
sin rectangulaire creusé dans le rocher el éclairé seule-
ment par la grande excavation de 9m70. La destination
du bassin ainsi formé parait devoir être un baptistère.
Nous nous trouvons donc en présence d'un ensemble
qu'on peut attribuer à l'âge des persécutions et qui
parait indiquer l'utilisation d'un souterrain pour les
besoins (rime communauté chrétienne qui y avait un
baptistère, un oratoire et une salle de réunion. M. Botti
voit dans le tombeau d'époque pharaonique un local
utilisé i r les agapes, mais le vestibule y pouvait suf-
lire et rien n'autorise cette attribution.
///. LA CATACOMBE D'AGSEW. — Agnew a décrit une
• T. D. Néroutzos, op. cit.. p. 93. — Ml. C. Agnew, Remarks
on sonie remains of ancient greek writings, on the walls of
a family catacomb at Alexandrie, dans Archseologia, t. xxviu,
p. 152 sq. ;G. Lumbroso, dans Bull >ii conispond. archeol.,
1870, p. UO-0'.i; FieM, ilans Juurii.d v[ pliilology. 1S77, p. 8S-90;
petite catacombe découverte à Alexandrie, en 18382; elle
est située à vingt minutes de la porte ouest de la ville,
entre le grand canal de Mahmudieh à l'est, le lac Maréo-
tide au sud, le nouveau palais et les jardins d'Ibrahim
à l'ouest et un petit canal au nord. Rien ne permet d'attri-
buer avec certitude cette catacombe aux chrétiens, et
nous serions plutôt inclinés à la donner aux païens, si
ce n'était la présence d'une inscription d'un type chrétien
assez probablement du ve siècle (fig. 292) 3 :
292. — Inscription de la catacombe d'Agnew.
D'après Arcltxologia, 1840, t. xxvm, pL mv, n. F.
Mvqe0Y)Ti, Kûpie, tti; xoiu.tJ7£<o; rîjç Boi5Xt)ç iroû NetXacv-
[8iVj. T'jrK x«
Si nous nous arrêtons néanmoins à cette catacombe,
c'est qu'elle contient une formule d'acclamation Itiné-
raire toute spontanée qui rappelle les naenies funèbres
les plus belles par le sentiment et l'allure. Rien ne
nous interdit de penser que de pareilles improvisations
ont été en usage parmi les chrétiens d'Alexandrie, el à
ce titre il y a lieu de recueillir cette belle pièce* :
c y r* NOTTi ÀTÀcyN BofAb
ArAoecyNAAexecxe a
KArhcornreoAoKÀÂe
AvT(i)Vïtvî trvvEXO...£ T'jvxo-'.ïTa avvoovXs oryaÔs cuvaSs-
'/■i'y/i x%»~i\y6pf\'S oXoxaXs EinJ>vxi qu'il faut lire 'Avtw-
vive, 0"-v£[£o'J0"i]î, (TJYto-iïTa <xvp.6ovXE àyaôî, av'ta&i-
>£yy_£, i/.ï-r,- op^ïî, OXoxaXs i'-ri^/j;. — A.vxâ6a; >.î, (j.t,v
p, guipât y.;.
Lue série d'inscriptions disséminées sur la muraille
ramené la pensée vers cet Antoninus qui y est déclaré:
|5Ùi]v0pa>ii£ 6, y.3tXô[v ô]-/o;j.a ', y.jpté u.ou". yX'JX'JtaTt *|
itâvtuv x-îXo-jaa; [sic), r, T\*y_ï) ;j.o-j '•', oOi.t~i.-poi ,0.
V. Scbull . Die Katakomben. Die altchristlichen Grabst
n.-s-. i . _. 1882, p. 280. 'H. C. Agnew, op. cit., pi. \iv.
p. 170, n. I'. — */(.«/.. pi. x, n. 1. — *lbid., pi. x,n. 4. - - ;
pi. x, n. 5 - > lbui..\\. x. n. 6. — • Ibid., pi. xi. n. 11. - » Ibid.,
pi. xii. u 10. — "> Ibul.. pi. xii. n. 19.
1149
ALEXANDRIE (ARCHÉOLOGIE)
1150
IV. catacomue de MOUSTAPHA. — Un cimetière chré-
tien a été découvert en 1887 à moitié chemin entre les
gares d'Alexandrie et de Moustapha-Pacha, sur la ligne
d'Alexandrie à Kamlèh. « En arrivant au premier mur
parallèle au chemin de 1er, qui avait à peu près 4 pieds
de hauteur, on trouva un puits près d'un portail. Plus
loin et en entrant dans ce qui doit avoir été une salle,
qui devait être recouverte autrefois, on vit les restes de
deux murailles hien construites, d'environ 30 pieds de
hauteur. rJn dedans de la muraille, sur la droite, se
trouvaient quinze tombes taillées dans le roc. A gauche
il y en avait vingt-trois autres semblables. Dans chacune
de ces tombes, on a découvert dix crânes [et des osse-
ments]. Un de ces crânes fut mesuré; il avait 24 pouces
de circonférence et toutes les dents étaient saines et
fermement lixées. Les os des ditférents squelettes étaient
tort grands. Les portes de ces tombes étaient fermées
par de grandes dalles solidement cimentées; quelques-
unes portaient des inscriptions grecques •; elles étaient
sur plâtre, à l'encre ou à la couleur rouge; plusieurs
des inscriptions étaient indéchiffrables. La profondeur
des tombes est d'environ 9 pieds; la longueur de
quelques-unes est de 4 pieds et d'autres de 6 pieds. A
partir du mur de séparation, à droite, il y a un passage
conduisant vers la gauche; les tombes sont disposées
par trois superposées, et, autant qu'on a pu le constater,
les corps appartenaient à des hommes. On croit que
derrière ces sépultures il y a une autre série de tombes.
car il se trouve un grand seuil fermé de dalles cimentées
qui n'a pas été ouvert. Il parait probable [que cette cata-
combe] était destinée à des personnes de distinction, si
l'on en juge par les soins, le travail et la dépense que sa
construction a dû nécessiter 2. » On a trouvé dans cette
catacombe des lampes en terre cuite, ainsi que quelques
squelettes dont plusieurs portaient l'empreinte d'une
croix à huit pointes; d'autres avec une ligure représentant
un prêtre dans l'attitude de la bénédiction, d'autres
enfin avec le sigle I. H. S. Sur une niche avait été peinte
une palme; d'autres symboles chrétiens, malheureuse
ment à demi effacés, se voient encore çà et là sur le
plafond de la galerie.
v. CATACOMBE ues nVFINI. — A l'est de la chapelle
et plus près du village de Karmoùz on découvrit en
187K une « chapelle funéraire en forme d'édicule, dans
un style hybride, mêlé d'égyptien et de grec. Par les
inscriptions et les soins de Néroutzos on apprit que ce
monument funéraire appartenait à des citoyens romains,
à des Ruflni de l'époque antonine, censés chrétiens. On
ne tarda pas à détruire ce monument » 3. « L'entrée de
la chapelle, écrit Néroutzos bey, présentait la forme
d'un édicule grec, ou romain, avec ornementation en
style égyptien. Les piliers, de chaque côté, portaient des
chapiteaux à Heurs de lotus, et sur le fronton se voyait
le disque solaire ailé et flanqué des serpents, urxus.
Sur le pilier, à droite, on lisait, écrit sur trois lignes
avec de l'ocre rouge : POYYEINE EYYYXEI. L. "RI,
MKA (jxaxapta; X-f|Eewç) *. Sur le pilier, à gauche, on
lisait encore, écrit en ocre rouge, mais cette fois sur
deux lignes et d'une au tre main moins correcte PO Y <b H N A
E YYYXI, au lieu de 'Pouqpîva e-j'l/j/st 5. Le cubiculum, ou
xoi[A7]Trjpiov conligu, se prolongeait sur le même axe que
'A. L. Frotingham Jr., Archxological news, dans American
journal o] archxology, 1887, t. m, p. 146 : « The only inscrip-
tion lound is too fragmentary for translation. » — 2 Moniteur orien-
tal, 25 mars 1887. Cf. S. Reinach, Chroniques d'Orient. Docu-
ments sur les fouilles et découvertes dans l'Orient hellénique
de 1883 à 1890, 1" série, in-8% Paris, 1891, p. 382; A. L. Froting-
ham, loc. cit., p. 145 sq., 411 sq.; Erjyptian gazette, 17 mars;
Times, 4 niai; E. Stove, A letter on tins cemetery, dans A thenxum,
2 juillet 1887, et réimprimée dans American journal of archseo-
logy, 1887, t. m, p. 411 sq. — 3G. Botti, Fouilles dans le Céra-
mique d'Alexandrie, dans le Bull, de la Soc. arch. d'Alexan-
drie, 1898, n. 1, p. 7. — * « Rufine, que ton âme repose dans le
la chapelle, à huit mètres à peu près de profondeur, sur
quatre mètres et demi de largeur et quatre mètres de
hauteur. Les deux côtés, à droite et à gauche, avaient
trois rangs superposés de sept loculi chacun, et au fond
se trouvaient aussi trois rangs de quatre loculi : en tout
cinquante-quatre loculi onverts et vides6. »
vr. catacombe de QABBARY. — Au delà du canal
d'Alexandrie, et dans la direction du sud-ouest, il ne
restait plus dès le temps de Strabon qu'une petite
portion de la ville; ensuite venait le faubourg nommé
Nécropolis tout rempli par les jardins, les tombeaux et
les maisons dans lesquelles tout se trouve disposé pour
l'embaumement des corps. Ce faubourg, tô irpodcirTEtov t)
Nsxp<$7to)aç, s'étendait entre le lac Maréotis et la mer; il
était un peu délaissé vers la fin du m° siècle, ce fut
sans doute ce qui y porta les chrétiens pendant la dernière
persécution et depuis lors jusqu'à la conquête des Arabes
il ne cessa de recevoir les restes des fidèles. Les Arabes
donnèrent à ce quartier le nom de Qabbàry, « lieu
d'enterrement. » Néroutzos bey a signalé, sans entrer
dans une description cependant bien utile, des cata-
combes chrétiennes sur lesquelles nous ne pouvons
mieux faire que de citer la brève notice qu'il leur a
consacrée : « Derrière la Bourse de Minet-el-Bassal, sur
l'emplacement du mur d'enceinte arabe et après la
porte occidentale ou de Qabbàry d'autrefois, entre celle-
ci et la mer, on a trouvé des sépultures chrétiennes
souterraines, tout un quartier de catacombes creusées
dans le roc, avec des loculi et des inscriptions écrites
en ocre rouge sur les parois extérieures, indiquant les
noms de personnes d'ordre religieux. On trouva même
quelques tablettes en marbre ayant servi à fermer les
ouvertures d'autres loculi qui portaient des inscriptions
de l'époque constantinienne 7. » L'une d'elles appartient
pas sa paléographie à la première moitié du IVe siècle,
c'est celle du patriarche Achillas successeur de saint
Pierre le Martyr, et qui n'occupa le siège d'Alexandrie
que six mois. 11 fut consacré patriarche le 25 juillet 312
et son épitaphe nous apprend qu'il mourut le 21 Tybi
(= 16 janvier) 8 :
TYBI KÂ
eKOlMHeH
_AXIAAAC
Tuêi xa èxoiu.v",8ï) 'A^t).).â;
Une autre épitaphe remonterait par sa paléographie à
l'époque d'Antonin le Pieux, et la formule n'y contredit
pas9 :
CYYYXI
TAAATIANe
LKE
AOICOI
ôôceiPic
TO YYXPON
YA00P P
c-J'J/u/Ei PoO.aTtavl. L xe. Atôr) aot 6 "Oastptç tô <\i\>yphv
'J0(J)p.
<< Galatiane, que le dieu Osiris te donne l'eau, »
formule dont le paganisme n'est pas douteux, mais
qu'il est utile de rapprocher des souhaits chrétiens pour
le refrigerium.
bien : âgée de 22 ans; elle a eu une fin bienheureuse. » —
5 « Rufine, que ton âme repose. » D'après Néroutzos, la paléo-
graphie de ces inscriptions les fait dater de l'époque d'Antonin le
Pieux. Nous sommes moins assuré que lui de l'origine chrétienne
de ces formules épigraphiques, mais nous mentionnons la cata-
combe afin de ne rien omettre qui pût appartenir à notre sujet. —
» Néroutzos bey, op. cit., p. 53 sq. — ' Néroutzos bey, L'ancienne
Alexandrie, p. 61. — 8 Ibid., p. 95, n. 6; G. Botti, dans Bessa-
rione, 1900, p. 273, n. 6, s'est inscrit en faux contre cette attri-
bution, mais il n'en donne aucune raison. Nous ne voyons,
avouons-le, rien qui justifie l'une et l'autre opinion. — 'Ibid.,
p. 94, n. 5
1151
ALEXANDRIE (ARCHEOLOGIE^
1152
IV. HYPOGÉES. — /. HYPOGÉE DE QAnBABY. — Au
nord-ouest de Qabbàry. du coté de la mer, on décou-
vrit au mois d'août 1876 un hypogée creusé dans le roc,
qui parait rcimontcr au ive siècle. Cet hypogée consistait
en une seule pièce carrée et voûtée, mesurant 3m 24
de longueur sur 3n,24 de largeur et 4m46 de hauteur.
Au milieu de la chambre se trouvait un socle, ou peut-
être un autel en marbre bleuâtre, à base circulaire, bordé
de dentelures inégales à la tranche supérieure (fig. 293).
La paroi à gauche du visiteur était lisse, la paroi
droite portait un écusson énorme en profil, couleur
verdàtre (fig. 294).
Cette composition est d'une date trop tardive pour
nous arrêter. Au bas de la paroi, se trouvait creusé
dans la profondeur du roc un loculus unique, au-dessus
duquel on lisait : ATTPATOC, « pas encore acheté, »
c'est-à-dire « à vendre. >> La paroi du fond de l'hypogée,
faisant face à l'entrée. 8 était creusée en abside, flanquée
de deux pilastres en plâtre colorié, avec des chapiteaux
d'ordre égyptien, ornés d'un faisceau de serpents uraeus
au lieu d'autres ornements; la partie inférieure de l'abside
formait un hémicycle peint et représentant, en son
milieu, un bucrâne et deux festons de fleurs et de fruits
suspendus de chaque côté. Sur le fronton de l'abside, on
lisait : XC. IHC. ©. U. CGùTHPil» XpiTrô; 'ItjctoOs
&to\> v'ioç o(i>TYip. Les deux chapiteaux des pilastres
latéraux servaient de base à deux branches énormes de
feuillages à feuilles coloriées en vert et en rouge alter-
nativement. Les branches se pliaient à leur sommet
l'une contre l'autre pour former un arc ou une couronne
et à leur point de rapprochement se trouvait une croix
grêle et ensil'orme de couleur noire, touchant presque
la voûte de la chambre. Au milieu de la couronne et
comme encadrée par les deux branches ascendantes,
était peinte, en rouge, une grande et large croix équila-
térale et pattée, de forme élégante, accostée à sa partie
inférieure de deux autres petites croix noires au milieu
de symboles de la sainte Kucharistie, c'est-à-dire deux
poissons, trois pains, deux pains, dont un incisé en
croix, et un bras humain levé au ciel en acte d'adora-
tion. Dans le voisinage de cette crypte et à fleur de terre,
on a découvert une tablette portant cette inscription :
KYPIOC MNHC0IH
THC KOlMHCeOC
OeOAOTHC
KAI ANAnAYCCCOC
5 MAAMMCONOC
A ^ 00
Kûpioç itvrjiTÔtr) t/,; xoihtjcteo; ©eoSôrr,; xoù àvanavtreco;
[(i(axap!a;) "/(•(•lEea)ç)](?)"A|ji[icovo;
« Seigneur, ayez souvenance de la sépulture de Théo-
doteetdu repos de Ma-Ammon (d'heureuse mémoire?). »
L'écriture était de l'époque de Gordien le Jeune (238-
244) '. Néroutzos lisait au début de la cinquième ligne
MA AMM /..t.) .. qu'il interprétait ainsi : fiaxotp(a; Xt|Çeo>ç
"A(iu.o>voç. G. Botti remarque que le marbre porte bien
MA, or Ma-Ammon est une forme égyptienne qui veut
dire le dévot d'Ammon,
//. HYPOGÉE DE KOM-EL-CBOUGAFA — Les fouilles de
1892 à Kom-el-Chougafa remirent au jour l'hypogée
connu sous le nom de « hypogée du sarcophage aux
têtes de lion »; en 1893, parmi d'autres découvertes, on
parvint à déterminer l'emplacement du Stade et le site
du Céramique; en outre, on s'assura qu'il avait existé à
Kôm-el-Chougâfa des tombes chrétiennes et un grand
nombre de païennes. « On trouve par centaines les
squelettes, là où Néroutzos ne voyait que des locuii
vidés, des locuii de martyrs dont les ossements auraient
été exhumés au profit des églises de l'Orient, après ledit
de Milan. Des hypogées d'un grand intérêt sont creusés
>-H
0,â9
2?3. — Piédestal ou autel. 294. — Peinture.
D'après Néroutzos bey, L'ancienne Alexandrie, p. 7'
dans la funda du Stade et par eux on doit ajouter une
page à l'histoire des sérapiastes et des chrétiens
///. HYPOGÉE DE LA NÉCROPOLE ORIENTALE. — A lextré-
mité orientale de la ville se trouvait une autre Necropoli»
que celle dont nous avons parlé. Elle s'étendait sur les
bords de la mer depuis les murs d'enceinte à l'est du
cap Lochias et du quartier Délia jusqu'au trcpatôicsSov
ou camp romain. Tout ce terrain est criblé de sépultures,
dont un grand nombre d'origine juive, ce qu'explique la
proximité du quartier sémite; on ne cessa d'enterrer
dans ce terrain depuis l'époque macédonienne jusqu'à
l'époque byzantine. Outre les habitants d'Alexandrie, on
y portait ceux des oppida voisins d'Eleusis et de Nicopolis ;
on y rencontre un grand nombre de tombes chrétiennes,
de beaux sarcophages en marbre, grecs et romains. Dans
la nécropole de l'est, on découvrit, en 1S71, l'hypogée d'une
famille chrétienne ; on y trouva l'épi taphe d'une ch rétienne
ayant nom Zonéine, qui mourut le 19 mars de l'an 409.
Sa tombe était creusée dans la masse du rocher et
fermée par une dalle en calcaire portant l'inscription
suivante :
+ + +
O 0EOC O TUNTOKPATOOP
O CON TTPOG0N KAI MEAACON
IHCOYC OXPICTOC OYIOCTOY
5 0EOY TOYZÙÙNTOCMNHC0HTI
THC KOIMHCEG0C KAIANAT7AYCEGÙL
THC AOYAHCCOYZCONEHNHC
THC EYCEBECTATHC KAI Jë^
cplAENTOAOY KAITAYTHN
10 KATAZIGÙCONKATACKHNG0CE
AIA TOY ATIOY COY KAI tpCOTATCOrOY
APXANTEAOYMIXAHA
EIC KOATTOYC TCON ATICON TTATEPGÙN
ABPAAM ICAKIAKOÙB OTICOYECTIN
15 H AOZA KAI TO KPATOC EXCTOYC AIGONAC
T00N AICONGON AMHN EZHCENAE
MAKAPICOC ETH Ô~Z ECTINAE
HMNHMHAYTHC cpAMENCOO KT
META THN YITATIAN BALLOY KAI (plAITTrTOY
'O 0eô; ô -îc.xoxpâTwp
0 (ov, itpowv xaù (j.é>.).o)v ,
'Iï)ffo0; ô Xpi<rrô;, 6 ulbç xc.0
t>;où toû swvto;, |1vy)o6ïjti
«Néroutzos bey, L'ancienne Alexandrie, p. 77 sq., 03, n. 3;
D. O.abrol et D. Leclercq, Monum. Eccl. liturg., in-4", Parisiis,
1902, 1. 1, n. 4352; G. Botti, Le iscrizione cristiani (TAlexandria,
•ians Bessarione, 1900, p. 272, n. 5. — »G. B..tti. Fouilles J.ius
le Céramique d'Alexandrie, dans le Bull, de la Soc. arch.
dAlexatut, te, 1898, n. 1, p. 7.
1153
ALEXANDRIE (ARCHÉOLOGIE)
1154
5 -r,i xoiu.r|(rea>ç xai ava^a-JTcO);
tt,c 6oÛXy]( uou Za>veTJV7]ç
tti; eO(reëEcrtà-:ï)ç xaî
çiXevto'Xov, xai TaÙTï)v
xocTai;ûi)(7ov xaTaaxrjVoxTE
10 oià toO àyt'ou xai cpMiaYwYoû
àp/avyiXov Mi^aYjX
e:; xo'Xtcou; t£>v ayî<i>v TtaTÉpwv
'Aëpocàu., 'Icrà/., 'Iaxù>ê, 5n «rou èfîtlv
»l ooEa xai tô xpâtoç ei; toO; aïoiva;
15 tû)v aiciviDv. 'Ajx^v. "EÇr)<j£v 8è
(j.axaptto; ïtr\ o£- ecttiv Se
ï] u.viqu.Y| auTï|Ç <î,a[j.Evà)6 xy'
[isià ttjv ÛTcaTiav Bâsaou xaî 4>i),;7iTtou
« Dion le tout-puissant qui est toujours, qui était avant
et qui sera (dans les siècles) à venir, Jésus-Christ, le Fils
du Dieu vivant, conserve la mémoire du sommeil et du
repos de ta servante Zonéine, la très pieuse et qui
aimait à obéir à tes commandements, et à celle-ci accorde,
qu'elle serait digne d'être placée par ton saint, et qui
est chargé de conduire à la lumière, l'archange Michel,
dans le sein des saints Pères, Abraham, Isaac et Jacob,
car à toi est la gloire et la puissance dans les siècles
des siècles. Amen. — Elle a vécu heureusement
lxxxvii l ans, et sa commémoration est le xxm du
(mois) Phaménôt, après le consulat de Basse et de
Philippe 2. »
La belle épitaphe que nous venons de transcrire est
un de ces témoignages datés et localisés auxquels les
lilurgistes ont accordé si peu d'attention jusqu'à ce jour.
Satisiaits des formules aussi vagues que vides, sapit
anliquitatem, vetustissimus, remolissimus, ils ne
semblent pas se douter que la liturgie ne- sera une
science digne de ce nom qu'à part ir du moment où chacune
de ses formules offrira une base ferme à la critique et
à l'histoire par une détermination de son lieu d'origine
el de ses migrations, de sa date de naissance et de la
chronologie de ses altérations. Le résultat est assuré,
mais le labeur ingrat et de plus infructueux s'il n'est
méthodique. Nous y revenons sans cesse, moins souvent
cependant que nous le pourrions et le voudrions, au
risque de surprendre le lecteur; mais toute science doit
débuter par une période empirique; ce n'est pas la plus
divertissante, mais c'est la plus solide et, à tout prendre,
peut-être, la plus instructive et la plus durable. L'épi-
graphie des périodes gréco-romaine et byzantine n'a
malheureusement rendu jusqu'ici qu'un très petit nombre
de témoins à Alexandrie, une centaine d'inscriptions
en tout, parmi lesquelles celle de Zonéine est la plus
longue et la plus importante au point de vue qui nous
intéresse. La rencontre de la formule : xararâlat aùtbv
(xOrri) etç xôX7iou; 'Aëpaàu., xai Iaaàx, xat Iaxa>o à
Alexandrie est un point de repère qui a sa valeur pour
ce type si fréquent et si répandu que l'on hésite à ratta-
cher, laute d'une attestation ferme, à un des centres
liturgiques du IVe siècle. La liturgie dite de saint Marc
ne possède pas cette formule dans sa forme la plus
■ n faut lxxii, autrement il y aurait itï' et non o'Ç'. E. Miller,
Inscriptions grecques découvertes en Egypte, dans la Revue
archéolog., 1874, t. i, p. 45 sq. ; E. Le Blant, Étude sur les sar-
cophages chrétiens antiques de la ville d'Arles, in-fol., Paris,,
1878, p. xxm; E. Miller, Mélanges de philologie et d'épigraphie,
1" partie, in-8% Paris, 1876, p. 70; G. Botti, /> iscrizione cristiani
dei Alessandria, dans Bessarione, 1900, p. 278, n. 15 —
2 Néroutzos bey, op. cit., p. 82; le même, dans 'AttixV/ "Rw,-
V.ofiov, janvier 1872, et dans le Bulletin de l'Institut égyptien,
1873, p. 112-116; M. I'. Aqiircro, 'Ioropîot tf;; 'AîuÇavSpemç, in-8%
Athènes, 1886, p. 759, n. 6. — 3J. Goar, Euchologion, in-tol.,
Venetiis, 1730, p. 434. — *E. Renaudot, Liturgiarum orienta-
lium collectio, in-4% Francofurti, 1847, p. i, 121, 124, etc. —
6 Missale romanum Missa pro defunctis. Offertorium. — 6 Mu-
ratori, Liturgia romana vêtus, in-iol., Venetiis, 1748, t. i,
p. 752. — ' Ibid-, t. I, p. 750. — 8 G. Botti, Le iscrizione cris-
D1CT. D'ARCII. CIIRIÏT.
ancienne; elle apparaît dans une des additions à cette
liturgie que contient le manuscrit Barherini cité par
Goar3 et ce signe d'une moindre antiquité est confirmé
par la doxologie finale oti ao-j i<rrcv -r\ fjt\a. -/.ai tb xpito;
eU to-j; al™ va; ttov àiûvwv àu.r,v que nous retrouvons
plus développée, mais identique pour les termes, dans
la liturgie d'Alexandrie*. Voilà un point d'attache et
une date à retenir. Mais il y a plus. La mention de
l'archange Michel rappelle immédiatement l'offertoire
de la messe des défunts au rite romain : Signifer sanctus
Michael reprsesentet eas fsc. animas] in lucem sanctam,
qwtm olim Abraliœ promisisti et semini ejus">. Dans
le sacramentaire gélasien nous lisons dans la Commen-
datio animée : Te supplices deprecanwr, iit suscipi ju-
béas ammam fa/muli lui per manus sanclorum ange-
lorum deducendam in sinum amici lui patriarches
Abrahse6. Dans Yoratio ad sepulchrum nous trouvons;
Adsit ei (se. animée) angélus testamenti lui Michasl1.
On voit par cet exemple ce que des liturgies occiden-
tales et de rédaction exclusivement latine peuvent
gagner à une enquête portant sur des monuments
qu'on ne s'était pas donné la peine de lire et qui nous
fournissent les jalons de ces migrations et de ces allé-
rations de formules liturgiques dont nous venons de
parler.
IV. localités voisines. — Les nécropoles des habi-
tants d'Eleusis, de Nicopolis, de Taposiris et de Menulhi
n'ont laissé que bien peu de souvenirs chrétiens. A Hâdra
on signale un chapiteau crucifère. M. G. Botti signale
un oratoire chrétien orné de peintures dans la vallis ad
sepidera, mais il ne l'a ni vu ni décrit8.
v. les momies CHRÉTIENNES. — Les catacombes
chrétiennes d'Alexandrie et de quelques autres localités
de l'Egypte offrent une particularité que l'archéologie
ne saurait trop déplorer. Tandis que les columbaria et
les sépultures païennes du plateau de l'est de la ville
ancienne et de la nécropole située entre Eleusis et Nico-
polis ont conservé un grand nombre de cadavres intacts,
les catacombes chrétiennes n'ont oll'ert que des loculi
violés et dépouillés depuis longtemps. Nous savons
cependant par les découvertes d'Akhmin et d'Antinoé
(voir ces mots) que les chrétiens ne répugnaient pas à
se faire embaumer, l'usage antique était encore général
parmi eux à la fin du IVe siècle, malgré les objurgations
de saint Antoine, et la coutume se retrouve en diverses
localités jusque sous la domination arabe, pendant le
vme siècle. Il est évident que les tombes chrétiennes
ont été victimes d'une exploitation méthodique. Or nous
savons que sous le règne d'Arcadius, à la fin du IVe siècle
et au commencement du Ve, on procéda dans la Basse-
Egypte et principalement à Alexandrie à une exhumation
générale des momies des anciens chrétiens. Ces momies
furent exportées en gros dans toutes les villes impor-
tantes de la chrétienté, principalement à Conslanti-
nople9.
vi. la colline aux tessons. — L'ancien stade
d'Alexandrie fut creusé dans la gorge qui sépare la col-
line de Hamoud-el-Saouari du plateau d'Abou-el-Achem,
tiani di Alessandria, dans Bessarione, 1900, t. iv, p. 277. —
6 II faut tenir compte d'une autre chance de destruction que cou-
rurent les momies qui avaient été épargnées, mais ici elles
n'avaient aucun privilège sur les momies païennes : « Au siècle
dernier, un ou plusieurs apothicaires de Marseille avaient adressé
au représentant de la France à Alexandrie une singulière récla-
mation. Ces messieurs se plaignaient de la mauvaise qualité de
la poudre provenant des momies, qu'on leur envoyait d'Alexandrie.
La poudre des momies qui, dit-on, est encore aujourd'hui
employée dans la composition des couleurs et très recherchée des
peintres, entrait de plus à cette époque, pour une part assez
sérieuse, dans la pharmaceutique. La réponse du correspondant
fut que les momies étant devenues introuvables à Alexandrie,
les Arabes, pour ne pas perdre les bénéfices de leur trafic, se
rabattaient sur les cadavres ordinaires. » Néroutzos bey, L'an-
cienne Alexandrie, p. 53.
I. -37
1155
ALEXANDRIE (ARCHÉOLOGIE;
1156
à Karmoûz. Sur ce point se trouvent entremêlés des
tombeaux et des tessons de poteries en quantité consi-
dérable. Ces tessons forment des lits épais de débris de
toutes formes et de toutes couleurs; parmi les couches
inférieures, les plus voisines du roc, se trouvent des
squelettes humains, des urnes, des amphores, des
cruches, dont la forme se rapproche de celle de l'ala-
bastron, ayant contenu les cendres de cadavres incinérés,
puis viennent des cercueils en terre cuite ou plus exac-
tement des jarres en forme de cônes tronqués, rap-
prochées et maintenues par une couche de plâtre
étendue sur la jointure; l'un de ses cônes était toujours
muni d'un échappement pour les gaz cadavériques. On
trouva encore des cercueils rectangulaires contenant des
squelettes entiers inhumés avec de petites fioles et des
flacons en argile. Ces sépultures avaient dû être à l'usage
des personnes aisées de l'époque des Ptolémées et de celle
des empereurs. Les anses desamphores mélangées à ces
tombes et à celles des pauvres gens qui n'avaient eu qu'une
jarre pour y être ensevelis, portent les timbres et sceaux
de maîtres potiers et de magistrats éponymes1. Ces
timbres sont intéressants au point de vue de l'histoire
éconoiniqueetcommercialeetnousfontconnaître quelque
chose du trafic des denrées alimentaires dans l'antiquité.
Outre les poteries ayant contenu des denrées d'importa-
tion, il s'en trouve un grand nombre parmi les débris
qui témoignent d'une fabrication indigène. On est en
droit de se demander la raison de cette pratique qui nous
parait très irrévérencieuse, d'ensevelir les morts parmi
les pots cassés. Serait-ce que ces récipients de l'huile,
du vin, du lait, du miel étaient ceux qui avaient contenu
les aliments dont on avait fait usage pour le banquet
funèbre, pour les libations et les fumigations? C'est
presque impossible et d'ailleurs aucun texte ne nous en
donne la preuve. « La coexistence dans un même lieu
d'éclats de poteries éparses à fleur de sol ou en amas
considérables, conjointement avec des sépultures an-
ciennes, est, à Alexandrie, un fait constant et indéniable.
Choisissait-on les monticules aux tessons comme lieux
d'ensevelissement? où bien les lieux de sépulture
étaient-ils choisis de préférence pour y jeter les rebuts
de fabrication d'objets fictiles et les débris des xEpxu-ia
du commerce d'importation? Toujours est-il que, par-
tout où il y a des fragments de poteries, on est sûr de
trouver enfouis au-dessous des ossements de morts, des
cendres humaines dans des cruches ou des urnes funé-
raires, des squelettes entiers dans des cercueils d'argile
et même des sarcophages en marbre et des hypogées
bâtis eu pierre-. » Cet usage n'est pas particulier à
Alexandrie, on en signale des exemples à Tarse en Cili-
cie, dans la Cyrénaïque, la Grèce, la péninsule Chalci-
que, la Crimée et même en Italie3. « Les papyrus
d'Egypte; même d'époque ptolémaïque, mentionnent les
y.-pi|xia conjointement avec les u.vsu.<«'>vEia, toujours à
l'ouest des villes. Le nom de Kôm-el-Chougafa, que les
Alexandrins donnent au quartier le plus occidental de
la ville actuelle, n'est que la traduction de l'ancien nom
'T. D. Néroutzos, L'ancienne Alexandrie, p. 28; G. I
dans le Hall, de In Soc. arch. d'Alexandrie, 1898, p. 10 sq. Cf.
à. Dumont, Inscriptions céramiques de la Grèce, in-8% Parie
-1872. Sur Nécropolis et les anciens cimetières, cl. G. Lumbroso,
L'Egitlu dei Greci e dei Romani, in-12, Roma, 1895, p. 200 sq.;
Minutoli, Abhandlungen verm. Inhalts, in-8\ Berlin, 1831,
p. s-is; Brocchi, dans Giornale di viagge, 1822, t. i, p. 64, 65;
H. Agnew, Remarks on some remains of ancient greek torit-
ings, on the walls <>/ a family catacomb at Alexandria,
dans Archceologia, t. xxvin, p. 152-170. — «T. D. Néroutzos,
L'ancienne Alexandrie, p. 28, 33. G. Lumbroso, op. cit.,
p. 216 sq., discute les textes invoqués par Néroutzos au sujet des
«•pànta. — slbid., p. 29. Cf. G. Lumbroso, op. Cit., p. 219. —
* G. Bolti, loc. cit., p. ."> sq. — "Voir AMPOULES. - "On signale
un partage analogue à Rome, à Cartilage. Cl. col. 645. — • Philon,
Ali FlaCCUm : 11. .7. potçat Tîîç rtô).£t; iîiwv, CTTwvjfioi ïurt r:^. ..-:,„■,
grec À6?o; y.epau.ôt/.ôç, nions tcslaceus, la butte aux tes-
sons4. » Ces buttes ou collines situées entre le canal et
l'enceinte actuelle, depuis le village de Moharrem-Bey
jusqu'à Karmoûz. et à Kôm-el-Chougafa contiennent des
sépultures chrétiennes et des païennes, mais encore des
tessons chrétiens, éclats de poteries brisées, sont re-
cueillis dans les couches supérieures ; ils appartien-
nent à la catégorie des lampes et des petites ampoules
en terre cuite ayant contenu de l'huile bénite puisée-i la
lampe qui brûlait au tombeau de saint Menas 5.
vil. le quartier juif. — Philon nous apprend que
de son temps la ville d'Alexandrie était divisée en cinq
régions » que l'on désignait par les cinq premières lettres
d-e l'alphabet grec A,B,r,A,E7, et Flavius Josèphe écrit
que les Juifs occupaient tout le quartier Delta*. Ce
quartier était situé au delà du Bruchium, sur le bord de
la mer, à l'est 9. Mais il paraît que leur nombre était tel,
que vers le premier siècle de notre ère ils s'étaient ré-
pandus jusque dans la ville Macédonienne, d'où ils
furent chassés par les Grecs . et par le préfet Avilius
Flàccùs, sous le règne de CaiusGaligula (37). Ne pouvant
trouver place dans le quartier Delta, ils campèrent sur
le littoral dans un terrain désigné sous le nom de y.07:p:'a'.,
sous lequel étaient creusées des sépultures10. Après la
grande révolte sous Hadrien, à laquelle la juiverie
alexandrine avait pris part, la colonie juive fut en partie
massacrée, en partie dispersée ; la célèbre synagogue du
Diaplenslon, qui passait aux yeux des Juifs pour la mer-
veille du monde, fut détruite; le quartier Delta, situé
près du Lochias, devint un champ de ruines et de tom-
beaux.
III. LPIGRAPHIE. — L'épigraphie funéraire n'offre
pas de formules bien remarquables. Les textes sont en
général fort brefs. L'âge du défunt y est le plus souvent
indiqué ' ', la date de la mort 12, souvent la profession 13 ;
la mention de la filiation est plus rare14, celle de la
patrie plus encore ls. Voici deux exemples qui suffiront
pour toute la catégorie :
CTHA (r,)
TOY MAKAP
ATTA MINA
[a|NÀXiiieBICO[,ï£v]
5 [jt]C0N Më ETEAE
MO) OAMEN <c
« Stèle du bienheureux Apa Mena, anachorète. Il a vécu
45 ans (il est mort) au mois de Phamenot... •
ArTA YAI APXITTPeCBlig
CKOIMH 0H TYBI KS
THC ZUt INAIKiH»
£T00N P J_ il
« L'archiprêtre Apa Psai a été inhumé le '26 (du mois)
de Tybi, de la ra* indiction, âgé de cent ans. i
Un bon nombre de ces stèles provient d'Aklnnin '*.
mais nous ne les avons pas distinguées des autres avec
Josèphe, Bellum judaicum, 1. II, c. vin : T<> xot)« l^.-.ov A
ffwiixiTTo -op ixir -.': 'loufanAv. — 'Néroutzos bey. L'ancienne
Alexandrie, in-8% Paris, 1888, p. 6. — '«Philon. Ad Ftaccutn :
*F;r9/o-.TO Slà to r.'/.r/l',; il; aîviaXo'J; xaï xonçîa; x'ù ;i.vr,;*tïa. —
11 G. Bolti, Steli cristiane di epoca bizantina esistenti nel
museo di Alessandria (Fgitio). dans / 1900, t. rv,
», d. 1; p. 437, n. 3; p. 439, n. 6, 7, 8; p. 440, n. 11 ; p 441,
u. 12, 13, 14;p. 442, n. 15, 16, I7;p. 443, n. 18, 20; |>. 444, n.21.
•22; p. 446, n. 25, 26, 27. p. 447, n. £9j p. 448, n. U, 32, etc. —
» toi*., p. 496, n. 1 ; p. 437, n. ;i; p. 438, n. 4. 5; p. 439, n. 6,
7,8; p. 440, n. 9; p. 441, n. 12. 13, 14; p. 442. n. 15; p
n. 20; p, 444, n. 21, 22; p. 445, n. 23, 24; p. 446, D. 25, 26, 27;
p. 447, n. 30, etc "Ihi.i.. p. 136, n. 1; p. 438, n. ô; p. 4'm.
n. il; p. 441, n. 13; p. 444. n. 21 : p. 446, n.28. — l«JWd.,p. 437,
n. :*; p. M7, n. 30. — <*lbid., p. 447, n. 30. — '« Ibid., |
n. 11. — "Ibid., p. 446, ". 26. — '» llnd.. n. 6-10, 12-ls. 90, 21.
24-29, 31-38, W, 54, 55. 57. 64. 66, 67, 71- 3 - .
115
ALEXANDRIE (ARCHEOLOGIE)
1458
lesquelles on les a réunies à Alexandrie, parce qu'elles
nous paraissent appartenir à la même famille épigra-
phique. On remarque qu'un grand nombre des défunts
iaisaient partie delà hiérarchie ecclésiastique, moines1,
abbés -', anachorètes 3, diacres 4, prêtres 5, archiprêtres 6,
nonnes', vierges8. Parmi les professions nous voyons
un géomètre : TOY KAAOKOIMHTOY ICAKIOY1» et
peut-être an soldat : CTHAH || TOY MAKA || PIOY
AOYKK || CON CTP... »<>.
Les symboles sont rares, le plus fréquent est AGO flan-
quant la croix équilatérale ", ou bien isolé 12, la croix 13,
la croix laurée1*, les palmes15, le monogramme
accosté ou non de a et u>, inscrit dans un cercle 16,
ou non inscrit17, la croix ansée18, le sigle K M T 19.
Une seule inscription lait un bref éloge de la délunte20;
eic oeoc o bohogo
H ÊKOIMH0H H Al"l
A COYCANNA nAP
OENOC KO THC IS^
5 INAIKIM £ 2 € T€ AH
C£N ÏÏACAN nOAl
TIAN GKOIMHOH
£N ONOMATI KY
KAI TO 0£ A OMA
10 _AYTO
OAM£N00O KP--
« Dieu est son seul défenseur (ou bien : Dieu un est
ton défenseur, ou : Qu'un Dieu lui vienne en aide). La
sainte Suzanne la vierge s'endormit le 28 de la 17e in-
diction. Elle s'acquitta de tous les devoirs d'urbanité.
Elle s'endormit dans le nom du Seigneur et sa fin eut
lieu au mois de Phamenoth... »
Quelques-unes de ces inscriptions sont intéressantes
et offrent des variantes inconnues dans le formulaire
épigraphique chrétien; celle-ci en particulier parle d'un
défunt dont l'âme se nourrissait du bois de la vie, for-
mule que nous ne rencontrons nulle part ailleurs21 :
KËO0C TCON TTAT£P00N
HMCON £A£HCON THN YY
XHN TOY AOYAOY COY +AI
ANA KAINON AYTHN £
5 IC K O A n O Y C TCON A HO)
N TTATEPGON HMCO
N ABPAAM KAI ICAAK
KAI IAKGOB +G0MICON A
YTHC AFTO TOY 2YAOC THC
10 CZGOHC £KOIMHOH £N
KGO ICOANNHC AIAI
mhni §b,®wmMmmm
« Seigneur Dieu de nos pères, aie pitié de l'âme de ton
serviteur et fais-la reposer dans le sein de nos pères
saints Abraham, Isaac et Jacob, nourrie du bois de la
1 G. Botti, dans Bessarione, 1900, n. 1, 23, 39, 56 (?). — * Ibid.,
n. 5. — 3Ibid., n. 11. — *Ibid., n. 3, 4, 52. — 5 Ibid., n. 13, 21. —
BIbid., n. 26. — ''Ibid., n.43;73, répétition du n. 43; 74. — *lbid.,
n. 51, 69, répétition du n. 51. — » Ibid., n. 55. — ,0 Ibid., n. 60. —
1 1 Ibid., n. 45, 90. — ' i Ibid., n. 88. — " Ibid., n. 2, 3, 8, 13, 14,
18, 20, 21, 26, 28, 29, 33, 39, 43, etc. — >*Ibid., n. 3, 22, 45. —
"Ibid.,*. 39,55, 70, appendix.n. 3. — 1«Jbid.,n.46,53. — 'Ubid.,
n. 52, 53, 60, 78. — l8 Ibid., n. 89. — taIbid., appendix, n. 3. G. Botti
traduit à tort Christus Maria Gabriel, cf. Amphores. — !0 G.
Botti, op. cit., n. 51. — -' G. Botti, op. cit., p. 438, n. 4. — «De
Rossi, Bull, di arch. crist., 1886, p. 139, n. 220. — «Gruter, Cor-
pus inscr iptionum, in-fol., Amstselodemi, 1707, p. 752, n. 2;
p. 933, n. 11; Amico, Catana illustrata, in-fol., Catana, 1741,
pars III, p. 275; Boldetti, Osservazioni sopra i cimiteri cristiani,
in-tol., Borna 1720, p. 382, 390; Buonarotti, Vasi antichi di vetro
ornati di figure trovati in Roma, in-4°, Firenze, 1716, p. 169;
Doni, Inscriptiones antiqux curn notis, in-tol., Florentiae, 1731,
p. 525, n. 8; Marini. Iscrizioni antiche délie ville e de' palazzi
vie. Le diacre Jean a été enterré au mois de Phamenoth
lie ]. »
Voici une épitaphe qui offre deux formules fréquentes
dans l'épigraphie d'Alexandrie: Et; @eo; por,6si. Cette
formule est ici suivie de Amen, ce qui est rare et lui
donne très heureusement sa valeur liturgique, car
Amen est une réponse, elle indique partout où on la
rencontre un diafogue liturgique : « Que telle ou telle
chose soit. » — Rj. « Qu'il en soit ainsi. » Dans la cata-
combe de Priscille nous rencontrons une lormule
apparentée à celle d'Alexandrie, la voici : Et; 8sov
SwpT)[xa çpépei; 22. L'autre formule, oùSsi; àôâvatoç, est
très ordinaire à Alexandrie et il y a lieu de noter ce
point car cette même formule se retrouve en plusieurs
localités très éloignées. C'est surtout en Orient qu'on la
rencontre, en Syrie, dans la Cyrénaïque, dans les îles de
l'Archipel, en Sicile, à Rome et même en Gaule. D'ordi-
naire on la trouve jointe aux acclamations OAPCI,
£YYYXI,£YMYPI.£Y9YMI, MH AYTTOY; païens, juifs
et chrétiens en faisaient usage23. Ces derniers, croyons-
nous, n'en ont usé nulle part d'une manière plus lré-
quente qu'en Egypte 21 :
A 00
£ic eeoc o Bovueco amhn meadicia
£KVMH9H M£T OV MET OV MErtOC TTAM£fï
009 HMEPAC KG THC B<5 KAIJMH
5 A£TTIC£ OVT1C A9ANAT0C £
IC TQV KOCMCON TOVTO IPH[vv)]25
« Que Dieu seul nous soit en aide. Ainsi soit-il. La
déposition de Melpisia a eu lieu au mois de Phamenoth,
le 29e jour, indiction... Ne t'afflige pas, personne n'est
immortel ici-bas. Paix. »
L'emploi de l'acclamation liturgique que nous venons
de noter se retrouve dans une autre inscription : £IC
OÊOC || 00 BOH9G0 || ff AMHft Z || C0H MÊrtOC ||
eneicb ai©2*;.
Mentionnons une autre acclamation empruntée à la
liturgie funéraire :
£N HPHNH TH YY
XH TH ANATTAYC
AM£NH £ KârAMHN
A M A P A £ I CI«§1II« »
Cette formule reparait moins complète dans un
autre titulus : €N IPHNH TO || Y ANAT7AYCA || M6NOY
£N KCO || «PIAOZeNOY MEXIP Z 28. Quelques autres
formules méritent d'être notées : men£M<pOH ||
TTMA TCO O£C0 ™ ; + O 0£OC || ANATTA || YCI THN
Y || HXHN TOY || »... 3"; au début d'une épitaphe
l'exclamation : IC XC31. A plusieurs reprises nous
rencontrons cette formule fréquente dans l'épigraphie
chrétienne : £IC 0£OC A BOHO00H, mais dans une
stèle nous lui trouvons sa valeur liturgique dans le
Albani, in-12, Pisa, 1772, p. 129; le même, Atti et monumenti
de fratelli Arvali, in-4", Borna, 1795, p. 342; Osann, Sylloge
inscr. antiquarum grœc. et latinarum, Lipsiae, 1834, p. 421,
585; Le Bas, Inscriptions grecques et latines recueillies en
Grèce, in-8°, Paris, 1836-1837, cahiers 1-3, p. 190; de Saulcy,
Voyage en Syrie in-8*, Paris, 1865, pi. n ; Corp. inscr. grœc, t. ut,
n. 5200 o; Renan, Mission de Phénicie, in-fol., Paris, 18G4, p. 184,
368, 523; Vettori, De septem dormientibus historia, in-4°, Roma,
1741, p. 47. Une lois on trouve cette lormule paraphrasée en vers,
Corp. inscr. grxc, t. m, n. 6288. — -lK. Le Blant, Tables égyp-
tiennes à inscriptions grecques, dans la Revue archéologique,
1875, 1. 1, p. 241 sq. ; E. Benan, Mission de Phénicie, p. 369. —
25 G. Botti, op. cit., p. 445, n. 23. La formule oCSiî; àGàva-ro; revient
dans n. 1, 3, 22, 44-46, 60. — ™Ibid., n. 81. — " G. Botti, op.
cit., n. 91. Cf. n. 80, moins complète et incorrecte. — *• Ibid.,
n. 2. — *° Ibid., n. 30. — 30 Ibid., n.65, lire ij^i' au tieude i-r>xiv>
même titulus que te n. 15. Cette formule se lit sur la stèle d'Irais,
Ibid., p. 428, fig. 2, n. 49.. 92. — 3' Ibid.. n. 79, a. Jésus-Christ, i
1159
ALEXANDRIE (ARCHEOLOGIE)
1160
rituel funéraire grâce à la réponse Amen dont elle est
suivie.
eic eeoc
O BOHOCO
H ÀMHN Z
OÙH MÊNOC
5 enei<t> Â ina'
Une au Ire prière empruntée à ce même rituel ne se
rencontre qu'à un seul exemplaire :
HHIIIOAHN THN HMÊ
[pav]TITON £K TIP +
[Ky]PieÀMÀPTIÀC N£0
)Y MH MNHCOHC2
« ... tout le jour... 0 Seigneur, ne te souviens pas de
mes iniquités. »
La belle acclamation suivante offre sur l'original, à
droite de l'inscription, la représentation d'un pain cruci-
fère qui est si fréquente à Rome 3 :
+ O0C HMOÙ
BOH0I Ml
eic Tort e
OfïA ®
5 AMH +
« Que notre Dieu me soit en aide pendant les siècles.
Amen. »
Enfin une inscription fait appel à la prière du passant
pour l'âme de la défunte4 :
O 0 MNHC
0IH THC KOI
MHCGGûC K£'A
NAfTAYCEGùC
5 MAKAPAC THC
TAYKYTATHC OA
NAnrNGÛIKGON fTP[oo-l
£yx€ctgù
« Que le Seigneur se souvienne de la dormition et du
repos de Makara, la très douce; que le lecteur prie
(pour elle). »
G. Botti a signalé une inscription relevée par lui en
1894 au village de Mafrousa sur un hypogée :
AIONYCI
ON ffP £Y
YYXei
L ÏB ANTCO
6 NINOY TOY
KYPIOY
MHNI
fTAGÙcpl
Aiovuctiov irpÛTOv e-JJ/v/Et...
Suivant l'archéologue alexandrin l'inscription daterait
de 148-149, mois de Paophi, sous le règne d'Antonin le
Pieux. Il «ajoute : « L'acclamation, ej^jyei, Spiritus
tum in bono, peut être païenne aussi bien que chré-
tienne. Mais j'ai mes motifs pour affirmer que celle
1 G. Botti, op. cit., n. 50, même formule avec l'amen, n. 23. —
*lbid., n. 77. — a/birf., p. 275, n. 11. — * Ihiti.. p. 277. n, 14;
S. Bénay, Quelques inscriptions chrétiennes, dans 1rs Échos
d'Orient, 1900, t. iv, p. 93. — 5G. Botti, Inscriptions grecques
et latines trouvées en Egypte en J897-1898, dans le Bull, de
(» Soc. arch. d'Alexandrie, 1899, n. n,p. 39. G. Botti, Notice des
monuments exposés au musée gréco-romain d'Alexandrie,
in-12, Alexandrie, 1893, a publié sous les numéros 2523, 2569, 257 1.
2580, 2582, des inscriptions qui pourraient Intéresser DOS études,
mais dont il ne donne pas le texte. — 'G. Botti, Bulletin épi-
graphique, dans le Bull, de la Soc. arch. d'Alexandrie, 1902,
n. iv. p. 09. n 75. — 7 Ibid., p. 101, n. 83. — « E. Bévillout, Le
Concile de Nicée, in-8", Paris, 1881, t. I, p. 3. — 9C. Zoëga, Cala-
lotias codicum copticarum, in-fol., Romse, 1810, n. eux, compre-
nant quatre fragments; C. Lcnormant, Études sur les fragments
tombe appartenait à la haute époque chrétienne ;i. »
Parmi les inscriptions d'Alexandrie découvertes depuis
peu et publiées en 1902 par G. Botti, nous en relevons
quelques-unes qui offrent de l'intérêt pour la liturgie.
Sur des plâtres on lit :
a) DEVS NOS ADIVVET
b) ADAIVTORIVM6
formules qui paraissent apparentées à l'adjutoriiim
nostrum in nomine Domini.
Quelques graffites lus sur des tombes à Qabbàry
offrent des formules connues, mais qu'il y â toujours
intérêt à noter ' :
(H)P0ON EYY(uXi)
KAI EY[-/ou.ai auv aoi Eivai (?)]
(O 6ç) MNHCOfEei, t.-,; xoOMH(<re«oç)
n Héron que ton âme soit dans le Bien! Et (moi aus-i
je souhaite (d'être avec toi). Que (Dieu se souvienne de
la déposition de...). »
IV. LE CONCILE DE 3(32. - « Le concile tenu à
Alexandrie en 362, décida le retour du monde à l'ortho-
doxie8. » Les Actes de ce concile ont été conservés dans
des manuscrits coptes de Borgia, aujourd'hui dispersés
entre la Congrégation de la Propagande et la Biblio-
thèque nationale de Naples, et dans les papyrus de Turin.
C. Zoëga et M. E. Révillout ont retrouvé et rapproché
ces textes fragmentaires 9 ; grâce aux travaux de ce der-
nier savant, le concile d'Alexandrie est aujourd'hui docu-
menté avec une abondance et une critique qui lont sou-
haiter une semblable fortune à d'autres conciles qui ne
seraient pas indignes qu'on leur consacrât une érudition
aussi étendue.
Le concile d'Alexandrie fut comme une réédition des
actes du concile de Nicée en un moment où la doctrine
de ce concile et les monuments qui la renfermaient
étaient menacés de la disparition. Ce fut grâce aux
canons des Pères d'Alexandrie que les canons de Nicée
furent conservés et transmis, il semble même que ce
soit aux premiers que les collections canonique- t
conciliaires aient emprunté ce qu'elles savent des
seconds. Ce fait matériel, s'il pouvait être démontré
avec certitude, nous donnerait une idée plus exacte de
la situation faile à la foi de Nicée vers la moitié du
IVe siècle que des paroles qui ne peuvent engager que
l'écrivain qui les a écrites, les sources dont il a fait
usage et le milieu dans lequel il a vécu l0. Quoi qu'il en
soit, il paraîtrait qu'à certains égards la situation ressem-
blait, depuis qu'on délaissait les formules de Nie ■■
celle que Bossuet a décrite dans son Histoire des varia-
lions. C'était la même accumulation <le symboles, de
définitions, que déterminaient d'autres symboles el
d'autres définitions. A ce point de vue. on peut compa-
rer le réeil que saint Atbanasea tracé de cette confusion
dans son traité De synodis avec celui de Bossuel Sans
l'ouvrage que nous venons de rappeler. Ce qui différa
ce fut l'issue de ces épisodes; tandis que les Eglises
protestantes, ballottées â tout vent, aboutissaient à
î'émiettement doctrinal, les Églises du iv siècle, subrs-
coptes des conciles de Nicée et d'Éphèse, in-4', Paris, 1852; le
même. Fragmenta versionis copticm Kbri Synodid de prime
concilio œcumonico Nicxno, dans Pitra, Spicilegium S
mente, in-4*, Paris, 1852, t. i, p. 513; E. Révillout, op. cit., p. 1-S.
— ,0«Hilaire de Poitiers, adversaire déterminé de 1'arianisn
depuis longtemps évêque, n'en avait pas même entendu parler [du
concile] avant son exil. S'il faut en croire les historiens
tiques, notamment Socrateet Sozomène, cet oubli universel »
allé si loin, que les ariens auraient songé à le mettre à profit en
faisant confondre la profession de foi d'un concile tenu par eux
à Nice, en Thrace, avec celle du grand concile un
en Bithynie. » E. Révillout. op. oit., t. î. p. 6. Le même, op ■>'..
t. il, p. 265, a traité la question des « éléments nicéens empri
par les collections canoniques au Synodique de saint AU
oad' Alexandrie a, et il l'a fort avancée.
4161
ALEXANDRIE (ARCHEOLOGIE'
4162
sant une épreuve semblable, mais non en vertu de leurs
principes, purent se rapprocher, mettre en commun
leurs croyances et reformer une masse compacte hié-
rarchique et doctrinale. Cette fusion se fit sur les bases
posées par le concile de Nicée et l'homme désigné pour
atteindre ce résultat était celui sur lequel, on peut le
dire sans exagération, le monde gréco-romain avait les
yeux et la pensée sans cesse attachés, l'évêque Athanase
d'Alexandrie. Il professait en effet qu' « il suffit de ce
qui a été confessé à Nicée, et qu'il n'y manque rien,
tant pour la ruine de toute hérésie que pour la défense
et sauvegarde des intérêts de l'Église » '.
La mesure prise par l'empereur Julien de rappeler sur
leurs sièges tous les évêques exilés sous le règne de Cons-
tance2 permit au patriarche d'Alexandrie de rentrer en
possession de son Eglise. Rejoint par Eusèbe de Verceil,
par le légat de Lucifer de Cagliari, par Asterius de Petra
et plusieurs autres évêques, ce grand homme put donner
suite à son dessein de rétablir la foi et les formules
propres de Nicée. Cet événement se passa en l'année 362.
Les premiers historiens de ces faits sont très proches
des temps qu'ils racontent et, nous voyons que pour
rapporter ce qui a trait au concile de Nicée ils n'avaient
d'autres renseignements que ceux que leur fournissait
le Synodique de 362 : J>v sic TtXïjpeç xa èvéu-ara xeîrac èv
■cm SuvcoSixtô 'A6ava<ri7rj tov 'AÀe^àvopsta; èTuirxéTtoii 3.
C'est en elfet par ce nom de Synodique que les contem-
porains désignèrent la collection des actes du concile
d'Alexandrie : 3ei'|ouo-c Se Ttavtw; r\ 6cà to'j/.o-j <xuvo8txo'j
r\ Si' £7it>7ToX(ôv xocvtovixôjv4. Jusqu'à la découverte du
manuscrit Borgia par Zoëga on ne connaissait le Syno-
dique que de nom. Les travaux des Pères avaient con-
sisté à rétablir les Actes de Nicée, à en commenter le
texte doctrinal. La lettre de communion adressée par le
concile aux Eglises nous est parvenue dans l'exemplaire
destiné aux Antiochiens3; si on rapproche ce document
des récits de Socrate, Sozomène, Rufin et du biographe
d'Eusèbe de Verceil on voit que ce qu'ils s'accordent à
nous apprendre est pleinement confirmé par les Actes
coptes. Toute cette partie dogmatique des décisions
d'Alexandrie n'appartient pas à nos études, nous nous
arrêterons aux canons disciplinaires rédigés par les
évêques égyptiens groupés autour du patriarche après le
départ des membres du concile appartenant à des
contrées éloignées6.
Les décrets disciplinaires étaient une réaction marquée
sur des concessions trop étendues accordées dans l'en-
thousiame qui avait accompagné l'avènement d'une
dynastie chrétienne et la paix de l'Église. Les conciles
d'Arles et d'Elvire avaient toléré ou permis certaines
professions jusqu'alors réprouvées telles que le service
militaire, les magistratures municipales. Au moment où
l'empereur Julien, âgé de trente ans, vigoureux, sobre,
s'emparait de l'empire, on était en droit de craindre que
son règne fut bien long et ses sentiments comme ses
actes et ses paroles ne laissaient guère de doute sur ce
que l'Église pouvait redouter de sa part. Dans cette
occurrence, il semble bien que le patriarche d'Alexandrie
ait songé à ramener les fidèles de son patriarcat aux
conditions austères de l'ancienne discipline, à les re-
placer, pour ainsi parler, en état de siège. « C'est ainsi
que, dit M. E. Révillout, dont on ne peut guère s'écarter
sur cette question, pour séparer autant que possible les
chrétiens des païens, il proscrit les jeux du cirque, les
grandes chasses, les théâtres, la participation aux ré-
jouissances publiques et aux fêtes des gentils. Il défend
aux voyageurs et surtout aux clercs d'entrer dans les
1 S. Athanase, Epistoht ad Afros episcopos, P. G., t. xxvi,
col. 1029 sq. — -Ibid. — 3 Socrate, Hist. eccl., 1. I, c. un, P. G.,
t. lxvii, col. 108. — * S. Grégoire de Nazianze, Epistola ad Che-
lidonivm I, P. G., t. xxxvn, col. 177. — 5E. Révillout, dans la
Revue des quest. hist., 1" avril 1874, p. 376. — « Outre les for-
mules et leur commentaire qui forment en quelque sorte les deux
auberges ouvertes à tout le monde, mais les invite à
participer dans les églises où ils passent aux agapes ou
repas communs. Enfin, il blâmele grand commerce, qui
exige des relations étendues et variées, et interdit d'une
façon absolue toute espèce de serment 7. Cette discipline
était celle des Pères, ainsi que celle de l'Évangile;
mais comme les serments en justice étaient exigés par
le droit romain, elle cessa toujours d'être appliquée
pendant la paix de l'Église et sous les empereurs chré-
tiens. Le rétablissement de cette ancienne règle était
donc, en 362, un acte direct d'hostilité contre un gou-
vernement que l'on considérait comme profane et persé-
cuteur. Saint Athanase ne se contente pas de cela; mais
il revient encore sur les dispositions d'Arles et d'Elvire,
et semble considérer de nouveau comme excommuniés
par le fait tous ceux qui servent l'État dans la magistra-
ture ou dans l'armée. Voici en effet comment il nous
donne la liste de ceux avec lesquels on ne doit avoir
aucun rapport, pas même pour recevoir des offrandes
ou des oblations pieuses :
eilie nenpoc4>opd 2.e iyuje dnoTHHft ûnno'rre e<yione
■;qnH^>e eiUTpeqceujq nequniujpnuice ei&e ototoiu gt
cud ûneqzi r<ip niooTq noTu&Toi eqnogi cnoq e&oA m
)Td çqd ?\i.6.T eoce h niooTq noTgHrejuujn h rriooioj
no'fnpAruATeTTHC :qa>p k nnorz ei&e oTgHY n <y^oq m
.c-rpATHroc ctzik&a ùuoq gnn neTqiiA^e (sic) ûuooT
n orpuue.o eqzi ftneqgugtA nô"bnc neqio&aj ûuoq tpooT
gn Tegpe un elica» h fiTOOTq noTcjjoneTC riOTZiore un*
TqueiAnoei h fioT . ,.„ untTq ujdn fineTorany es
ftTOOiq M goine eriyiuiyeeiàuAon h gen 4><!.pu<5.roc n
neifim; enui nneq\s.pu&roc h genpequone h neTÔMii
egeucrne&pion gn gencujgu h gen^u>rpAcJ>oc ercgii
fing.^ujn neikuMon. h gen çtkoctathc npeqpgiA h ûue-
ta&o?ioc h ùJueeTCTHC h K<tnHÂoc h peqM.oTnoT nOT
thh& fce (me nnoTie) eq (ujzn xi n| looiq ùX^at
nnerm.nx.ooT. h equ)4iiKAeici<i noTuniiuine p,n npeqpno&e
egorn enepne ûnno'rre
Ici se trouve une lacune de quelques lignes dans le
texte de Turin. L'abrégé grec donne en ces termes tout
ce passage : Ilep'i oh tcov Ttpocicpopcôv oçsiXet vyj<psiv 6 iepsyç.
Èàv vàp Xdtëï) Ttapà crîpaTîuo|xlvou êx^sovroç atp.a, r, ôia-
aeto-avxoç, r) xXÉiJ/avto;, r\ Ttpa-j'p.aTEUToO, r\ èmôpxou, ïj
Ttapà TtXouaiou àiioo-TepY]ToO, r\ Ttapà teXu>vov èTtiTtpàfrovToç,
r( Toxoy),-j«pou, r] Tiu.ldXxoU e-TÙ (titou, ïj Ttapà Ttavtb; àii.ap-
TtoXoû- ô toioOto; tepEÙç aTtô toio'JTojv êàv Xâëï), ■/ojXûv
xa\ -tu:pX<ov TtpoTçipec, é| aùrcôv ttô 8eù
« Quant aux oblations, il faut que le prêtre de Dieu
prenne bien garde de ne pas préférer (comme Ésaii) à
son droit d'aînesse une vile nourriture. Qu'il ne reçoive
rien, ni d'un soldat sanguinaire et violent, ni d'un
prœses, ni d'un trafiquant mentant à tout moment pour
nu gain honteux, ni d'un magistrat maudit par ses vic-
times, ni d'un riche violentant ses serviteurs et oubliant
de les nourrir et de les vêtir, ni d'un homicide, ni
d'un voleur, à moins qu'ils ne se repentent..., ni d'un
homme pratiquant l'usure à l'égard de ses débiteurs, ni
des idolâtres, ni des magiciens, ni des incantateurs, ni
de ceux qui vont à des assemblées» (profanes)..., ni des
efféminés, ni des peintres qui peignent les images des
idoles, ni des rusés et trompeurs vérificateurs des me-
sures, ni des changeurs, ni des ivrognes, ni des caba-
retiers, ni des faux prêtres. Si le prêtre de Dieu reçoit
des oblations d'aucun d'eux ou laisse pénétrer dans le
sanctuaire de Dieu des pécheurs [ce qu'il offre à Dieu
est boiteux et aveugle] 8. »
Après avoir lu ces dispositions dont l'opportunité
sessions du concile, le manuscrit Borgia et les divers fragments
découverts par M. E. Révillout nous donnent la troisième session
contenant la partie disciplinaire, enfin une série de lettres d'adhé-
sion : celles de saint Paulin, de saint Épiphane, de l'archevêque
Rufinien, enfin le traité des gnomes. — 7E. Révillout, op. cit.,
t. n, p. 438. — 8 E. Révillout, op. cit., t. n, p. 424 sq.
1163
ALEXANDRIE (ARCHÉOLOGIE)
1164
n'était peut-être pas prouvée alors plus qu'elle ne nous
le paraît aujourd'hui on s'explique mieux les interdic-
tions portées par Julien contre l'admission des chrétiens
dans la magistrature, l'administration, les écoles; c'était
la réponse -tyrannique à une démarche peu mesurée. La
discipline à laquelle on revenait pouvait être imposée
par un sentiment très juste des périls prochains que la
persécution ferait courir aux fidèles dégénérés de leur
ancienne vigueur, mais la forme hautaine dans laquelle
elle était promulguée, l'assimilation blessante du ser-
vice militaire, qualifié de sanguinaire et violent, et
des magistratures municipales avec les situations dé-
lictueuses de droit commun, étaient plutôt inspirées
par le zèle que par la sagesse. D'autres prescriptions
concernent la mortification des fidèles et la vie sacer-
dotale, elles marquent simplement une tendance vers les
anciennes observances en ce qui concerne la rigueur à
l'égard des plaisirs des sens et prescrivent aux prêtres
d'éviter le commerce des femmes.
Les dispositions concernant la discipline monastique
sont importantes, nous croyons toutefois avec M'Jr Ba-
tifi'ol qu'il est assez improbable, comme le voudrait
M. Révillout, qu'à la date de 362 saint Athanase n'eût
aucune connaissance des fondations pakhômiennes et
visât exclusivement les institutions monastiques de Ni-
trie. La cité monastique de Nitrie n'était pas seule
visée par le concile, qui réglait également le type le
plus ancien, et encore embryonnaire, du monachisme
consistant simplement en une vie de réserve et de régu-
larité au milieu des hommes. Voici ce que le concile
décide touchant la propriété individuelle du moine :
« Avant toutes choses, prends un métier pour ne pus
manger ton pain en paresseux; mais travaille des
mains, afin d'avoir de quoi donner aux indigents, aux
frères, aux étrangers, et pour pouvoir le souvenir des
veuves et des orphelins. Si tu habites au milieu des
hommes et que tu aies un champ de les pères, tu le tra-
vailles, tu en recueilles les fruits en toute honnêteté,
sans faire tort à personne. Et d'abord tu en donnes les
prémices à l'Église; ensuite tu as pitié des veines, des
orphelins et des autres en leur donnant le fruit de Ion
travail et non celui de l'usure, de l'avarice ou d'un
sordide négoce. Si tu habites dans une nuon (sorte de
village monastique) et que tu y possèdes un champ, tu
es seul et tu ne l'es pas, et si tu le moques d'autres se
moqueront de toi. Si tu habites dans une uomh, ne
sois pas paresseux, de sorte que les autres soient obligés
de te nourrir du fruit de leur travail; mais travaille di-
tes mains, afin de trouver chaque jour la nourriture que
tu dois manger. Et s'il y a des jeunes, prends-les près de
toi, sois humble devant eux... enseigne aux jeunes à
rester en méditation chacun chez eux et à ne se réunir
que pour la table et la synaxis des psaumes '. » L'ar-
dente rivalité qui divisa bientôt les groupes de Nitrie et
d'Antinoopolis ne parait pas avoir eu raison bien vite
de la cité de Nitrie, malgré les*dédains et les anathèmes
prodigués à ses habitants, qu'on qualifiait de remoboth
ou de sarabaïtes ( peu-^fion , et tyHpe-f.&ui) 2.
' E. Révillout, Le concile de Nirce, d'après le texte copte et
les diverses coll.canoniques, p. 461 sq. — * Les latins prirent parti
contre les sarabaïtes. S. Jérôme, Epist., xxu. ad Euslochium,
34, P. L., t. xxu, col. 419 sq., copié presque littéralement pu
S. Benoit, Régula, c. i, /'. 7... t. ixvi, col. 845 el Cassien, CoU
latin xvi», /'. L., t. xlix, col. 1904, se montrent fort ai
contre les sarabaïtes. On nous permettra de citer ici les textes
de saint Jérôme et de saint Benoit, qui aideront à comprendre
le procédé de décalque de ce dernier dans les canons du concile
de 362; nous avons déjà signalé un autre emprunt égyptien de
saint Benoit. Cf. Revue bénédictine, 1901, t. XXVII, p. 77. Voici
les textes dont nous venons de parler : Tertium genus est [mn-
nachorinn] quod Remoboth. dicunt, deterrimum atque negle-
ctum. Hi bini vel terni nec multe plures simul habitant, suo
arbitratu ac ditxone viventes, voilà maintenant comment s'ex-
prime saint Benoit sur ces moines égyptiens : Tertium cero mo-
Nous ne pouvons citer ici la discipline monastique
exposée par le concile, bien qu'elle présente l'intérêt le
plus vif3. On y trouve un nombre considérable de textes
qui sont passés mot pour mot dans les règles occiden-
tales et dans la plus célèbre de toutes, celle de saint
Benoit.
Synodique d'Alexandrie (362).
Révillout, op. cit.,
t. Il, p.475sq.
Avant toute chose, tu aimeras
Règle de saint Benoit.
P. L., t. i.xvi,
col. 295.
In primis, Dominion Deum
le Seigneur Dieu de tout ton diligere ex toto corde. Deinde
cœur, et tu aimeras ton pro- proximum tanquani teipsuru,
chain comme toi-même (p. 475). c. IV.
Tu ne tueras pas. Deinde non ocei
Tu ne seras pas adultère *, Non adulterari.
Tu ne voleras point. Non facere furti
Tu ne feras point de faux té- Non falsum testimonium
moignages. dicere.
Ne point dire de parole Yerba vana aut risui apta
mauvaise (p. 476). non loqui.
Mais là ne s'arrête pas le rapprochement. Le concile
d'Alexandrie n'a fait que renouveler des prescriptions
plus anciennes qu'il s'est contenté de reproduire mot
pour mot d'après un écrit que nous possédons encore,
le Syntagma cloclrinse dit de saint Athanase, dont le
titre complet est celui-ci : ToC èv àyîoi; iratpbç r,nw
'AÔavacnVj àpj('E7t'<r/.Ô7:o'j 'AieÇavSpetotç oûvraYUA BiSao"
xa).!a; irpô; [loviÇovra; -/.aï Trivra: ypta-iavo-j; xXiiptxoue.
tî xaî Xaïxo-j; :'. Mont faucon avait jugé ce traité de basse
époque, mais les raisons philologiques qu'il donne pour
établir son opinion doivent être écartées. L'étude critique
approfondie à laquelle M9^ Batilïol s'est livré sur ce texte
lui a permis de s'arrêter aux conclusions suivantes.
Il existe deux remaniements du Syntagma, l'un grec,
l'autre copte, plus étroitement apparentes entre eux que
chacun d'eux avec l'original. Dans les deux remaniements,
l'attribution à saint Athanase a été remplacée par 1 attri-
bution aux 318 Pères du concile de Nicée qui sont censés
avoir édicté ce petit manuel de morale. Du rapprochement
de plusieurs passages des deux remaniements, on croit
légitime de conclure que leur prototype à tous deux Y
ne dépend pas du texte du Syntagnia pas plu- que le
Syntagma ne dépend de lui, mais tous deux dépondent
d'un même archétype X. Soit le schéma suivant :
x
I
Syntagma.
Remaniement
copte.
Remaniement
grec.
La date du protolxpe Y. d'après l'étude de 1 =
TTisTEfo; qu'il a dû contenir, serait antérieure < '■'<'■
postérieure à 375. Il faut pousser plus avant el essayer
de dater l'archétype X. Si l'on rapproche le texte du
Syntagma des chapitres xxi-xxv de l'épilogue du traité
de saint Épiphane Contre les hérésies, épilogue intitulé :
TIep'i Ttcoreto; xotOo/.ixr,; xaî à^oo-roXixiïç ÊxxXr.aiaî *, on
s'aperçoit que saint Épiphane dépend du Syntagma.
nachorum deterrimum genus est SarabaUartim... qui l>ini
aut terni aut cette Singuti sine pastore... pro lege eis est
deriorum voluptas, etc. — ' K. Révillout, op. cit., t. i. p. 33 ~q ,
pour le texte copte; t. n, p. 47 'i sq., pour la traduction. — 'Ces
deux dernières prescriptions s'expliquent mieux a regard des
Nitriens qu'à l'égard des moines de sainl Benoit entérinés par la
clôture; il est à remarquer que le paragraphe suivant concernant
la sodomie a au contraire été pmis par saint Benoit, peut-êtr
i Ces omissions certainement »ntri-
bueraient à di ntrer, croyons-nous. ;jue saint Benoît a utilisé le
Synodique ou une source presque identique, il taut remarquer
d'ailleurs que le début du Sj aodique suit dans ses prescriptions le
moine ordre qu'a suivi saint Benoit. — «Nous renvoyons à l'édition
et a la bibliographie du traité d< nnées par P. Batiûbl, Le -
tagma doctrinte, dit de saint Athanase, dans les Sttidia patri-
st'ica, in-8". Paris. I8R9. i>, 119-160. - « P. <'•■. t. \i.u.
1165
ALEXANDRIE (ARCHÉOLOGIE;
1166
Voici donc un nouveau point de repère : saint Épiphane,
en 374-377, avait sous les yeux un texte substantielle-
ment identique à celui du Syntagma doctrines. Or les
SYNTAGMA.
Document chrétien.
Document ascétique.
Kupiovtbv©î6v (70vayarur|-
oetç ÈÇ o>?)ç xapSia; <70u xcù
ï\ ôX-rj; r/jç i>v-/Yii o"0'J, y.cù tov
7t).r)(r£ov aou toç <;ea*jTbv.
O'J <pOVS'J(J61Ç.
7ip(5-ov, a-faTr^cTccç tov
0sbv tôv icoiTJffavrâ os- 8sû-
TEpOV, TÔV KAY)(?ÎOV 0"OV (OÇ
ceauTov. l, 2.
ou (povevaei;. il, 2.
où u.oi-/eùo-£iç.
où Traiôocp8opr|0-£i<;.
0'j iropveùo~Et?.
où xXé<J/ec;.
où ptayeûirôi;.
où tpap(j.ax£'Jo-etç.
où <bzv\i.a.p-'jç>rla&iç. 3.
où xaxci>.0Yiîa£iç.
oÉj (Aoi'/suffet;.
où rax'.6otp9opr,crsi;.
.où 7copvïùo-eiç-
ou cpapu.axe\j<jEiç.
ne connaît pas de version latine, ce qui insinuerait que
saint Benoit l'aurait connu en grec), ^oit le Synodique
d'Alexandrie.
SYNODIQUE.
Avant loute chose, tu ai-
meras le Seigneur Dieu de
tout ton cœur et tu aime-
ras ton prochain comme
toi-même.
Tu ne tueras point.
Tu ne seraspoint adultère.
Tu ne feras point de faux
témoignage.
Ne point dire de parole
mauvaise.
RÈGLE DE S. BENOIT.
In primis, Donnnum
Deumdiligere ex totu corde.
Deinde proximum tan-
guant teipsum.
Non occidere.
Non adulterari.
Non fais. lest.
Verba vana...
règles de discipline que le Syntagma donne aux u.ovâ-
Çovte; répondent très exactement à la discipline ecclé-
siastique de l'époque immédiatement post-constanti-
nienne, tellement qu'on petit avancer que le troisième
quart du IVe siècle est la période historique où le
Syntagma a dû prendre forme; il est donc contemporain
de saint Athanase. Toutefois l'analyse des sources de
notre traité témoigne qu'il est une simple adaptation
d'un texte plus ancien et plus court qui avait pour noyau
la Didaché XII Apostolorum. En effet, il y a lieu de
faire un départ dans le texte du Syntagma entre les
règles de vie qui s'adressent à tous les chrétiens et
celles qui sont réservées aux seuls monazontes. Or ces
règles sont visiblement juxtaposées, elles emportent
même quelques contradictions dans les prescriptions
d'ordre positif et pratique; le style prête à une remarque
analogue et on entrevoit dans le Sijntagma deux parts
différant et d'adresse et de rédaction, et de fond et de
forme. Avec une ingéniosité très heureuse Msr Batiffol a
tenté de renouveler sur le texte un procédé pareil à
celui d'après lequel on a retrouvé dans la Didaché
XII Apostolorum le texte juif des Duse vise. Isolant le
texte simplement chrétien du texte ascétique, il a obtenu
un court écrit fort bien venu sur lequel on pourrait
proposer quelques observations, mais qui n'en donne pas
moins dans son ensemble une première tentative de
démarcation générale des deux textes. Le document
issu de cette opération lui parait pouvoir être une œuvre
alexandrine des dernières années du IIIe siècle.
Ce n'est pas tout.
Des études indépendantes faites sur le Syntagma ' y
ont laissé reconnaître des emprunts à la Didaché, en
sorte que le Syntagma ne serait qu' « une adaptation
de la morale de la Didaché à une époque et à des
circonstances nouvelles, exactement comme l'est le
VIIe livre des Constitutions apostoliques ». Mais l'iso-
lement du document chrétien va nous permettre d'y
reconnaître l'inspiration directe ou, si l'on le veut, sa
dépendance directe de la Didaché et non d'un des
remaniements connus de ce dernier écrit, tels que sont
le livre VIIe des Constitutions apostoliques, ou la
Constitution apostolique égyptienne.
Nous pouvons maintenant présenter quelques rappro-
chements qui rattachent, à travers quatre siècles
d'histoire littéraire, la Règle de saint Benoît à la Didaché
par des intermédiaires que nous inclinons à penser
avoir été soit le Syntagma (dont, soit- dit en passant, on
» a. P. Batilfol, toc. cit.,' p. 156, et notes 2, 3.
Nous ne pousserons pas plus loin pour le moment
celte recherche pour laquelle nous voulions simplement
prendre date; nous y reviendrons. Voir Ascèse. Nous
continuons à donner quelques prescriptions du concile
de 362.
Ni de parole à double en-
tente.
Ni de mensonge.
Ni de médisance.
Ne point marcher avec effron-
terie.
Ni d'un air évaporé, ni avec
impudence, ni avec orgueil.
Ne maudissez jamais de votre
bouche.
Ne jurez non plus par aucun
serment.
Ne te mets pas à nu dans un
Veritatem ex corde et ore
proferre.
Os suum a inulo, vel pravo
eloquio custoclire.
Non [esse] detractorem.
Non esse superbum.
Elationem fugere.
Maledicentes se non reniai*
dicere.
Non jurare ne forte perju-
ret.
Balneorum usus oifirmis,
bain (public) ni devant aucun quoties e.rpedit, offeratur. Sa-
homme, sans nécessité, comme
par exemple dans une maladie
ou dans un grand besoin, dans
l'eau.
Que le carême saint de l'Église
soit pour toi une grande obser-
vance (p. 477).
Romps un jeûne quand un
frère est ton hôte. Nous ne par-
lons pas des jeûnes qui te sont forte prsecipuus sit ille dies
prescrits, mais nous parlons de jejunii, qui non possit vio-
ceux que tu t'es imposés à toi- tari, c. LUI.
même (p. 478).
Ne néglige pas de laver les Pedes hospitibus omnibus
pieds des frères qui viennent tam abbas quam cuncta con-
vers toi (p. 479). gregatio lavet, c, lui.
Ne reçois rien en dehors du Siquidveroex operibus ar-
nis autem et maxime juve-
nibus, tardius concedatur,
c. xxxvi.
Cf. c. xlix. De quadrage-
simse observatione.
Jejunium a priore franga-
tur propter hospitem; nisi
prix (p. 480).
tificum venumdandum est vi-
deant... ne aliquam fraudera
prsesumant inferre, c. lvii.
Cellerarius... non injurio-
sus, c. xxxi.
Infantibus usque ad quin-
tum decimum annum xta-
tis, disciplinx diligentia sit,
et custodia adhibeatur ab
omnibus : sed et hoc cum
Ne sois pas querelleur (p. 481).
Ne frappe personne, excepté
un petit tien pour sou instruc-
tion. Et encore en cela surveille-
toi toi-même de peur qu'une
mort n'arrive par ta main; car
il y a beaucoup de causes pour omni mensura et raliune.
la mort. Nam in fortiori xtate qui
prxsumpserit aliquatenus
sine prxcepto abbatis, vel in
ipsis infantibus sine discre-
tione exarserit disciplinx re-
gulari subjaceut, c. i.xx ; cf.
c. xxx.
11G7
ALEXANDRIE (ARCHEOLOGIE^
1168
S'il y a nécessité que tu> ailles Balneorum usas vnfbrmis,
au bain pour t'y laver dans une quoties expedit, offeratur. Nu-
maladie, que ce soit jusqu'à une nis aittem, et maxime jiwe-
ou deux fois seulement; car nibus, tardius concedatur,
(bien portant) tu n'as pas besoin c. xxxvi.
de bain, toi moine, ou toi prêtre
(p. 483).
Tu prieras souvent pendant Referamus laudes Creatori
le jour et aussi pendant la nuit, noslro... matutinis, prima,
sans t'attarder pourtant dans ta tertia, sexta, nona, vespera,
prière en récitant à haute voix completorio etnocte surgannis
et en faisant beaucoup de pa- ad confttendum ei, c. xvi.
rôles, mais selon une limite Brevis débet esse et pura
prescrite, de peur que les autres oratio , c. xx. In conventu
n'en souffrent (p. 485). omnino brevietur oratio et
facto signo a priore omnes
pariter surgant, c. xx. Si
aller vult sibi forte secretius
orare, simpliciter intret (dans
l'oratoire) et oret : non in cla-
mosa voce... ne alius impedi-
mentum patiatur, c. lu.
V. L'ÉCOLE CATÉCHÉTIQUE D'ALEXANDRIE. -
Pendant cet extraordinaire Ie' siècle du christianisme au
cours duquel la foi nouvelle s'introduit en Syrie, dans
l'Asie Mineure, à Alexandrie, en Achaïe, en Italie sans
qu'on puisse dire avec assurance les lieux où elle occupe
la situation la plus forte et attire le plus l'attention, il
semble que la communauté établie à Rome apparaisse
comme signalée entre toutes 'H •reiatiç [tcov P(ou.a«3v]
xaTay-fÉMsTat èv 8).<;> t<;> xéo-u.u '. Au IIe siècle, l'Asie
Mineure parait avoir été, suivant la forte expression de
Lightfoot, « le centre spirituel du christianisme 2. » C'est
là que l'épiscopat joue le rôle le plus actif et le plus
brillant avec Polycarpe, Ignace d'Antioche, Méliton de
Sardes, Apollinaire d'Hiérapolis, Théophile d'Antioche
et plusieurs autres. Là aussi surgissent les hérésies en
assez grand nombre qui témoignent dune efferves-
cence intellectuelle très vive. Ce n'est qu'au début du
me siècle que l'Église de Rome semble reprendre son
grand prestige, mais ses vues sont surtout dirigées vers
le gouvernement, la centralisation, l'établissement
d'une autorité dogmatique incontestée et universelle. La
spéculation proprement dite tient peu de place dans les
rares écrits romains de ce temps qui nous sont parve-
nus, l'argumentation y est moins en honneur que la
définition brève et concise de ce qu'il faut croire et de
ce qu'il faut rejeter. Dans le même temps, l'Église
d'Alexandrie entre en pleine lumière historique et avec
elle surgissent «les grandes initiatives dans le domaine
des idées »3. Nous avons dit quelles ressources, uniques
en leur genre, la communauté chrétienne de cette ville
tirail de sa situation centrale dans le commerce du
monde et de sa riche bibliothèque. Pendant le IIe siècle
une sorte de tradition enseignante s'était établie que se
transmettaient et développaient les npeeSûrepoi ipyaioi
dont Clément d'Alexandrie rapporte quelques >ôyia*-.
Ces vieux docteurs sont restés inconnus, le premier
* Rom., i, 8. — M. B. Lightfoot, Ignatius and Polycarp.,
in-8% Loudon, 1885, t. I, p. 424. — 3E. de Faye, Clément
d'Alexandrie. Etude sur les rapports du christianisme et de
la philosophie grecque au tr siècle, dans la Bibliolh. de F École
des hautes études, in-8°, Paris, 1898, t. XII, p. 10. — «A. Mar-
nack, GescMchte der altchristl. l.iticr., in-8-, Leipzig, 1893, t. i,
p. 1, 292. — «Eusèbe, Hist. ceci., 1. V, c. x, /'. (7.. t. xx,
col. 453; S. Jérôme, De scriptoribus ecclesiasticis, <■. x.vwi,
édit. Richardson, in-8% Leipzig, 1896, p. 26. — • Ibid., 'I • 4?jc«.'ou
efloj; otoftvxa^Etou Twv uçùiv /.oyuv t.olç' «JToTç (TuveffTioTo;, d xaî i\-
^nàî itafcrnivi-cat. On a songé à donner l'évangéliste ^ïirit Marc
comme fondateur et premier docteur du Didascalée : c'est affaire
d'imagination. On peut prendre une idée de l'inutilité île traiter
cette question en se reportant à la note que Ini a consacrée
F.Lehmann.DiV Katechetenschule tu Alexandria, in-S\ Leipzig,
1896, p. 11, note 2; p. 13 : I Von Mariais, als dem Griinder der
Schule, sprielit Keiner, auch Philipp von sida nicht. > Ajoutons que
pour les faits de cette antiquité l'autorité de Philippe de Side n'en '
d'entre eux dont le nom ait été conservé, vivait vers l'an
180 de notre ère. Eusèbe parle de lui en ces termes :
« Pantène, homme d'une culture remarquable, dirigeait
les études des fidèles3. » Il ne faut pas songer à décou-
vrir une date à la fondation de l'école d'Alexandrie.
C'est parce que la communauté chrétienne existait dans
la ville la plus littéraire du monde antique que l'insti-
tution d'une école s'imposait et pour cette raison même
on ne songea point à noter le temps de sa création
comme on le fait pour les événements qui excitent la
surprise des contemporains. Ce fut de bonne heure, i\
àpyaiou k'Oou;, nous apprend Eusèbe 6, que cette école
exista, et il ajoute qu'on sait par tradition qu'elle était
composée de gens doués pour la science et capables de
se livrer à l'étude des choses divines. Nous ne savons
rien non plus des débuts de l'institution et du temps où
elle reçut son titre d'école des catéchumènes, -r,-
y.aTr,/rl'7i(.); SiSao-xaXeïov 7, mais le Didascalée n'était pas
une création spontanée, du moins sous la forme bril-
lante qu'il prit au ine siècle. Le ratio studiorum s'y
était développé depuis le temps où on ne s'y occupait
que de l'étude des Saintes Écritures : i% àpyzlcrj s'6o*î
ôVJaT/.a),eîoi> tûv '.epoiv Àôywv itap' ocùtoÎ; (rvivcoràiTO; 8,
quant à l'histoire elle-même de ce développement on
l'ignorait. Eusèbe, si ami du document écrit contempo-
rain, avoue que sur ce point il faut se contenter de ra-
contars, de traditions, napeiÀ'r.çau.Ev. Peut-être Clément
a-t-il puisé à ces mêmes sources et il faut n'accepter les
renseignements qu'il apporte qu'avec la plus grande
circonspection. Parlant des maîtres divers sous lesquels
il avait étudié, il nous dit avoir « rencontré le dernier,
qui était le premier pour le mérite, caché en Egypte, et
n'en avoir plus désormais cherché d'autre que lui » 9.
On y croit voir la désignation de Pantène, c'est ce qu'on
ne saurait affirmer ou nier. Par suite de la tendance an-
cienne de composer une biographie à ceux qui n'en ont
pas, on a fait gratuitement de Pantène un stoïcien
converti, un prédicateur de l'Évangile dans l'Inde10.
Philippe de Side lui donnait pour maître l'apologiste
Athénagore. mais ce sont là de pures rêveries. L'incon-
testable dans la vie du vieux catéchiste, c'est qu'il avait
nom Pantène et précéda Clément dans la direction du
Didascalée. On n'a aucune bonne raison de croire qu'il
ail enseigné avant l'année 180", mais, à quelque- a m
de là, il fut suppléé, ou supplanté, dans une certaine
mesure par Clément; néanmoins Pantène continua son
enseignement jusque dans les dernières années du
siècle '-'. Clément était doué pour renouveler l'enseigne-
ment, mais avant de rechercher ce que l'école lui dut,
nous devons lui laisser rapporter l'état dans lequel il la
trouva. Ses voyages l'avaient amené au pied de bien des
chaires et il déclare n'avoir d'autre but que de perpé-
tuer l'enseignement des hommes bienheureux qu'il a eu
le privilège d'entendre. « De ceux-là. dit-il, l'un était en
Grèce, C'est l'Ionien, un autre dans la Grau
Celui-là était originaire de la Cœlésyrie; l'autre' venait
est guère une lorsqu'il affirme, car il copie toujours et ses sources
paraissent assez troubles ; son silence au contraire prouve qu'il
n'a rien ranci Qtré et c'est surtout par ce qu'il ne dit pas qu'il
peut nous apprendre. C'est le cas de la plupart de ces chroniqueurs
de basse époque. Pour les dénominations données à cette •
cl. H. E.J.Guerike, De schola qux Alexandria floruit, part. 1,
in-8, Halis, 1824, p s sq. — » Ibid., I. VI, c. ni, P. G., t. xx,
col. 528 sq. — » Ibid.. 1. V, c. X, P. G., t. XX, col. 453. —
Clément d'Alex., Hypotyposes, dans Eusèbe, Hist. ceci.. 1. VI,
C. \iu. /'. G., t XX, col. 548. et Stromata, 1. I, c. i. /' '.'..
t. vin. col 700. Hist. eccl-, 1. V. c. x, /' <■ I u,
col. 4Ô3. — " Ibid. Voici les paroles de Philippe de Side
StSasmliu'o» toB l» "AlnE«vSpii« 'Adivjtybja; rj».to; ■ ..- - Il Pod-
well, Dissert. in Irenmum, in-8-, Oxonia:, 1689, p. 488. — ,! n
cessa peut-être vers J an 200, car il a eu Origéne et Alexandre
pour élèves, ainsi que l'a démontré T Zahn, Forschungen rur
■ - ti. i . /e ns, p. m, Supplementum Clemen-
liiium, in-s-. Eriangen, iss'i. p. 156-176.
1169
ALEXANDRIE (ARCHÉOLOGIE)
1170
d'Egypte. Il y en avait d'autres en Orient dont l'un était
natif de la Syrie ; un autre habitait la Palestine; il avait
d'abord été juit. Il en est un dernier (Pantène ?) — celui-
là surpassait les autres en puissance — que je finis par
découvrir en Egypte où il se cachait; je m'arrêtai alors
auprès de lui. Celui-ci, je l'appellerai l'abeille de Sicile :
des fleurs qu'il a cueillies chez les prophètes et les
apôtres, il a composé ce pur suc de vraie science qu'il
inoculait dans l'âme de ses auditeurs. Ces maîtres ont
gardé fidèlement la tradition de la doctrine excellente
qu'ils ont successivement reçue, comme un héritage
transmis de père en fils depuis Pierre et Jacques, Jean
et Paul, les saints apôtres. Grâce à Dieu, leur lignée est
parvenuejusqu'à nous pour déposer en nous la semence
de nos ancêtres, les apôtres1. » Les cinq hommes si
vénérables dont parle ici Clément, quoique vivant en
des lieux fort éloignés les uns des autres, avaient tous
cette coutume de transmettre la doctrine de vive voix.
« Les anciens n'ont rien écrit, » dit Clément, et il a
tenté de recueillir leur enseignement conformément aux
désirs des contemporains 2; ceux-ci s'étaient sans doute
rendu compte que des altérations plus ou moins graves se
produisaient et c'est pour conserver intact ce qui restait
de l'enseignement primitif qu'ils réclamaient cettedéro-
gation aux usages. Celui qui recevait ainsi mission de
codifier les enseignements oraux y apportait une qua-
lité incontestable. 11 était sorti du paganisme :1 et il
avait visite la Grande-Grèce, l'Orient, la Palestine. Parti
de la Grèce il aboutit en Egypte où il se fixe et apporte
un esprit libre de toute appartenance à un type de chris-
tianisme en particulier; la manière dont il parle des
maîtres qu'il a suivis le montre solidement imbu du
principe d'autorité, c'est en effet à titre de dépositaires
de la tradition qu'il vénère ces « anciens » et c'est en-
core plus la tradition que ses dépositaires qui lui paraît
vénérable, car ils ne sont que les anneaux de la chaîne
qui, sans interruption, remonte jusqu'aux apôtres et
transmet leur enseignement.
Clément a-t-il fait usage de ses souvenirs personnels
ou bien a-t-il mis à contribution les souvenirs de ceux
qui avaient entendu les « anciens » V Nous ne savons,
mais il y a lieu de dire quelque chose de l'érudition du
célèbre catéchète et des sources qu'on lui reconnaît. Ce
fut d'abord d'une manière timide qu'on parla des « dé-
marquages » de Clément. Son pîUs célèbre éditeur, Pot-
ter (1715), fit observer que l'Alexandrin avait puisé une
partie de son érudition dans Philon et quelques autres
écrivains. V. Rose* et J. Bernays '■> défalquèrent de son
oeuvre ce qui était emprunté sans contrôle à Aristote.
Depuis, M. Diels 6 insinua l'emploi de manuels dont
on rencontrerait la trace chez d'autres auteurs; par
exemple, la liste des philosophes qui se lit dans le Pro-
treplicus (lxiv-i.xvi) concorde trop exactement avec
celle que l'on trouve dans le De nalura deorum (1. I,
c. x-xn) de Cicéron ; ailleurs (Strom., 1. I, c. LXil) on
rencontre un nouveau catalogue de noms qui parait
détaché d'un manuel. MM. Maas 7 et Hiller8 ont adopté
et fortifié cette opinion qu'on a fini, comme c'est l'usage,
par porter à un degré d'exagération où elle cesse d'être
recevable, comme dans la thèse de M. Schek9. L'in-
contestable, semble-t-il, c'est que Clément a fait usage
1 Clém. d'Alex., Stromata, 1. I, c. i, P. G., t. vin, col. 700, —
* HlSt. eCCl., 1. VI, C. XIII, U; ï-j/i caçù tràv iç/aîuv itftffêimfuv
àxT.xoS; xaçuSdis.-. — • Clém. d'Alex., Psedagog., 1. I, c. i, 1 :
ta; raWàç &1CQ|l.vû|UV0t SdEaç v-«'i;<iv, P. G., t. VIII, Col. 249 Sq. —
*V. Rose, Aristoteles pseudepigraphus, in-8", Leipzig, 1863.
— 5 J. Bernays, Symbola plrilologorum Bomiens. in honor.
Ritschlelii, 1864, réimprimé dans Gesammelte Abhandlhungen,
in-8", Berlin, 1885, 1. 1. — 6 Diels, Doxographi grœci, in-8", Berlin,
1879. — 7 Maas, De biographis grxcis qussliones selectse, dans
Philolog. Untersuchungen de Kiessling et Willamowitz, Ber-
lin, 1880, 3' fascicule. — «Hiller, Zur Quellenkritik des Clem.
Alex., dans Hermès, 1886, t. XXI, p. 126-133. - »E. de Faye,
de manuels ou de compilations dans une mesure qui
reste à déterminer. « Ces sortes de manuels abondaient
à Alexandrie. Il y en avait sur les sujets les plus variés.
Comme la notion de la propriété littéraire n'existait
guère à cette époque, c'est sans malice que l'excellent
Clément utilise les trésors de l'érudition d'autrui. En
somme, il parait bien qu'une bonne partie de la science
du catéchète chrétien est de seconde main. Il ne faut
pas cependant exagérer. A côté de l'indigesla moles
qu'il tire de ses manuels, Clément possédait sûrement
une très vaste lecture 10. » Il semble tout d'abord qu'il
faille abandonner ces catalogues donnés dans le livre Ier
des Stromates (lxxiv-lxxvi, lxxviii-lxxx) qui repa-
raissent presque semblables dans les récits de Pline
l'Ancien, de Tatien, de Grégoire de Nazianze ll. La chro-
nologie du chapitre xxi du livre Ie' du même ouvrage
est-elle un travail personnel? On a de fortes raisons d'en
douter12. Ce qui est plus grave et atteint l'intelligence
de Clément dans ses œuvres vives c'est la présence dans
les livres IIe et IIIe du Pédagogue d'un écrit stoïcien
dont il semble que le catéchète ait transcrit mot pour
mot des chapitres entiers. Cet écrit formerait un tout
facilement reconnaissable, dont l'âge et l'auteur seraient
aisés à préciser, il serait l'ouvrage de Musonius, le
maître d'Épictète, dont Stobée a conservé des Xôyot qui
reproduisent dans les termes mêmes l'écrit de Clément;
en outre Êpictète, ou du moins Arrien qui rédigea ses
leçons, en a utilisé, semble-t-il. quelques pages 1J.
Cette enquête, qui semble abaisser la valeur person-
nelle de Clément, ajoute beaucoup au contraire à l'inté-
rêt de ses écrits. Ce docteur à l'érudition intarissable
prend son bien où il le trouve et, sans trop de manipu-
lations, insère dans ses écrits d'autres écrits plus anciens,
partant, d'après son tour d'esprit, plus autorisés que les
siens. Il n'est pas impossible que des recherches nou-
velles dans le texte de T'Alexandrin fassent effleurer et
dégager peu â peu des fragments ou des blocs encore
engagés aujourd'hui dans sa compilation mais apparte-
nant aux couches primitives de la littérature. Il n'est
pas impossible non plus que pour ces lointains débuts
il faille rappeler, sans essayer toutefois de rien préciser
au delà du texte, la célèbre lettre envoyée d'Alexandrie
par l'empereur Hadrien à son beau-frère Servianus,
d'après laquelle il semble qu'aux yeux d'un observateur
dédaigneux, mais perspicace, le christianisme se soit
difficilement distingué parmi les sectes religieuses qui
pullulaient dans la ville ,* cependant nous persistons à
soupçonner une confusion faite par Hadrien entre les
chrétiens et les partisans de la gnose dont le nombre
était grand et la ferveur religieuse bien faible.
La vie de Clément n'offre pas de cadre chronolo-
gique un peu sur. II est probable qu'il ne connut Pan-
tène que dans le temps où celui-ci enseignait déjà, ce
qui parait remonter à l'année 180 environ. Après avoir
été élève pendant un temps indéterminé, Clément devint
l'auxiliaire de Pantène au Didascalée, où ils enseignèrent
ensemble peut-être jusqu'à l'année 202 ou 203, date du
départ de Clément qui ne devait plus reparaître à
Alexandrie. A partir de ce moment on perd ses traces,
mais on sait que vers l'an 211 il était en rapports avec
Alexandre, un de ses anciens auditeurs ll. Celui-ci recoin-
Clément d'Alexandrie, in-8", Paris, 1898, p. 313. — ,0 Scheck, De
fontibus Clem. Alex., in-8", Berlin, 1889. — " M. Kremmer, De
catalogis heurematum, in-8% Leipzig, 1890; A. Wendling, De
peplo aristotelico quœstiotics selectx, in-8", Strasbourg, 1891. —
'* A. Schlatter, Zur Topographie und Geschichte Palàstinas,
in-8", Leiden, 1893 \-Der Chronograph aus dem zehnten Jahre
Antonin, dans Texte und Untersuchungen, in-8", Leipzig, 1894,
t. xii. Cf. Hozakowski, De c.hronographia Clem. Alex., Mona-
sterii Guestl'., 1896. — ,3P. Wendland, Qusestiones musonianse,
dissertatio, in-8", Berlin, 1886; C.Merk, Clem. Alex., in seiner
Abhàngiglceit von der griech. Philosophie, in-8", Leipzig, 1879.
— "Eusèbe, Hist. eccl., 1. VI, c. xi, P. G., t. xx, col. 514 sq.
4171
ALEXANDRIE (ARCHEOLOGIE)
1172
mande à l'Église d'Antioche l'ancien catéchète qui ren-
dit jadis d'importants senices à l'Église d'Alexandrie.
Quelques années plus tard, en 216, le même Alexandre
parle de nouveau de son maître, mais en des termes qui
ne laissent pas supposer qu'il fût encore en vie '. Il
n'est pas malaisé, semble-t-il, de se figurer l'enseigne-
ment donné à Alexandrie sous la direction de Clément,
si on recourt à ses écrits dont les principaux nous ont
été conservés. Cette œuvre est complexe et nous n'avons
pas à l'apprécier, mais elle est également instructive en
ce qu'elle nous fait connaître la préparation intellec-
tuelle de l'auditoire destiné à progresser sous la direc-
tion d'un docteur dont l'exégèse, la polémique, l'apolo-
gétique et la théologie sont soumises aux combinaisons
d'un allégorisme effréné. Il semble que l'activité caté-
chétique de Clément se soit exercée à la fois au Didas-
calée et dans l'Église d'Alexandrie. Ses ouvrages éten-
dus, tels que les Strornates, les Hypolyposes ont dû
.appartenir à l'enseignement du Didascalée; les homé-
lies « sur le jeûne », « sur la médisance. » « sur la pa-
tience » qui sont perdues et celle qui est intitulée : Quis
dives salvetur que nous possédons encore, ne diffèrent
pas des sermons que prêchera quelques années plus
tard Origène aux simples fidèles. Si les Hypotyposes et
les Strornates renferment, ainsi qu'on peut le soutenir,
la matière de l'enseignement au Didascalée vers l'an
200, nous voyons que le type pédagogique n'a pas été
modifié gravement, c'est toujours l'Écriture qui fournit
la trame aux commentaires du docteur, mais ce qu'il y
introduit peut paraître d'une audace singulière. Eusèbe,
qui avait vu entier l'ouvrage dont il ne nous reste que
de rares fragments, remarque que Clément introduisait
dans son canon scripturaire les livres alors contestés,
tels que l'Épitre de Jude, celle de Barnabe, l'Apoca-
lypse de Pierre 2. Photius ajoute à ces indications que
l'alexandrin avait fait, non un commentaire perpétuel
des livres saints, mais un choix des passages dont
l'explication était le plus difficile 3; c'est ainsi que dans
l'Ancien Testament il n'aurait expliqué à son auditoire
que les livres de la Genèse, de l'Éxode, des Psaumes et
de l'Ecclésiastique 4. Les trop rares passages qui nous
permettent de juger des Hypolyposes montrent avec
quelle liberté le chef du Didascalée exposait à son audi-
toire des récils, des traditions, des légendes dont le
conglomérat devait encombrer un jour de la manière la
plus déplorable l'histoire certaine. Les références de
Clément aux « anciens », sans plus d'explication, ré-
vèlent d'une autorité mal définie des récits qu'on peut
rapporter, mais dont on ne doit tenir compte qu'à la
condition de les trouver appuyés par des témoignages
moins vagues. Clément assurait avoir entendu dire que
le Céphas qui fut si vertement repris par saint Paul
n'était pas le prince des apôtres, mais son homonyme,
un des soixante-dix disciples du Sauveur. Il disait en-
core que Pierre, Jacques et Jean, témoins de la transfi-
guration de Jésus, avaient reçu de la bouche du Maître
un enseignement secret que ceux-ci auraient transmis
plus tard aux autres apôtres. Clément rapportait aussi
des détails circonstanciés sur la mort de Jacques, « le
frère du Seigneur. » Tout cela, on le voit sans peine,
ouvrait le porte à de graves abus, à ce que l'on pourrait
appeler « la manière vague » qui était appelée à un si
long et si regrettable succès. La préoccupation soutenue
de tourner les faits à l'instruction des fidèles au moyen
de l'interprétation allégorique devait conduire à cet
autre abus de faire glisser dans le l'ail historique ser-
1 Eusèbe, Hist. eccl., 1. VI, c. xiv, P. G., t. xx, col. 548 sq. —
* Ibid., t. VI, c. xiv, P. G., t. xx, col. uV.i sq. — 'Photius, Bi-
blioth., cod. cix, P. G., t. cm, col. 382 sq. — * Ibid. : S S. fto< mcorb;
(iffaveï ippuivù'eu Tuyv&vouflft ■:*,: Tiviatuç, tïjç 'EÇôSo'j, t3v xFcu;aiùv, to3
©nVj n«ùAoy twv EirurroXiïv *cr. 7'*>v xaOoAix'ùv, xa-. toj Exx^tjcimtimB.
Voyez les fragments des Hypotyposes ou Esquisses, dans
Th. Zahn, Forschuugen zur Geschxchte tl<x neutestamentli- i
vaut de thème des circonstances supplémentaires ou
trop précises que suggérait le parallélisme de l'allégo-
rie. Ce fut là le côté regrettable de cet enseignement,
mais il est juste de reconnaître qu'il eut ses avantages
incontestables. En secouant la rigidité d'une interpréta-
tion trop littérale il ouvrait à la pensée chrétienne un
champ et des horizons spéculatifs dont elle allait, gui-
dés par Origène, parcourir bientôt les extrêmes limites;
dans ces chevauchées hardies parfois jusqu'à la témé-
rité, on ne suivra que trop le conseil de Clément lors-
qu'il avertissait ses auditeurs de ne pas entendre les
paroles de l'Écriture o-apxi'vtoç, mais qu'il fallait tôv èv
a-JTotç x£xpu|iaévov voûv èpsuvïv 3. Nous ne trouvons rien
parmi les anciens historiens et parmi les Pères qui au-
torise à dire que l'enseignement était distribué au Di-
dascalée sous le contrôle de l'évêque d'Alexandrie : il
serait intéressant d'être fixé sur ce point, mais il serait
prématuré d'en rien dire. Ce qui reste possible, c'est
que l'enseignement du Didascalée étant donné par des
hommes pieux, et portant sur des matières tout ecclé-
siastiques, il soit intervenu un accord dont nous igno-
rons tout, mais qui pourrait être analogue par certains
côtés au choix que fait l'archevêque de Paris du confé-
rencier de Notre-Dame, lequel demeure libre de choisir
son sujet et maître de l'exposer comme il le comprend,
suivant l'orthodoxie. Peut-être la persécution qui pro-
voqua l'éloignement de Clément contribua-t-elle, en
désorganisant pour quelque temps l'école chrétienne
d'Alexandrie, à y faire sentir plus que par le passé
l'influence épiscopale. Le départ de Clément amena une
interruption de l'enseignement et sa reprise comme
sans dessein et par rencontre. Il ne semble pas que la
tentative soit due à l'initiative de quelque groupe de
l'ancien auditoire dispersé; ce sont des païens qui,
s'adressant spontanément à un jeune homme plein de
promesses, Origène, fils de Léonide, provoquèrent la
restauration de l'école : 7ipo<rr,eaav »iixû> -.:-n; àwô :ûv
àôvûv àxo-jTojxs/o'. tôv X<5yov toO 0soù 6. Ce début res-
semble moins toutefois à une restauration d'une école
célèbre qu'à ce qu'il est en réalité, un catéchisme fait
à des païens pour les convertir, et ce qui survient le
démontre assez. Parmi ces auditeurs plusieurs se con-
vertissent; ils tombent alors sous les dispositions de
l'édit de Septime Sévère interdisant le prosélytisme et
toute conversion au christianisme ou au judaïsme '■ . Très
rapidement l'ancien auditoire se retrouve autour du
nouveau maître dont le génie pourrait soutenir la si-
tuation nouvelle, mais dont la jeunesse a pu servir de
prétexte à une certaine surveillance de la part de
l'Église. Il semble bien, en effet, que la situation
d'Origène soit moins indépendante que celle de son
prédécesseur. Il n'entre en fonctions qu'à la suite d'une
sorte d'installation consentie par l'évêque Démétrius et
pendant plusieurs années le docteur est manifestement
sous la dépendance de l'évêque. Si ses absences ne dé-
pendent que de lui, son retour dans la chaire lui est
imposé et il est à peine douteux que la doctrine ait été
soumise à un contrôle, lorsque la personne dépendait si
visiblement de la hiérarchie ecclésiastique quY était
au pouvoir de celle-ci de lui retirer sa chaire et d'y pla-
cer un successeur.
Si grands que lussent les pas que faisaient l'école
d'Alexandrie de Pantène à Clément, de Clément à Ori-
_< n ". on ne déviait pas de la préoccupation dominante
qui était de se maintenir dans la tradition. « J'ai p-
dit Origène, devoir examiner à fond les doctrines des
chen Kanons und der altchriatlichen Literatur, t. m : Suy-
•iium Clementinum, in-8-, Erlangen, 1884. Un tiagment
mus est parvenu dans une version latine, toc. cit.. t. m, p.t34sq.
— 'Clément d'Alex.. Quis dives salvetur, S ô. P. G., t. ix. cvl
— •Eusèbe, Bist. eccle»., I, V, c. x; I. VI, c. m. vi. xvni. ;
t. xx. col. -153 sq., 6SS sq., 536, 560. — 'C'est le cas de sainte
Perpétue et de ses compagnons arrêtés à dire de catéchumènes.
1173
ALEXANDRIE (ARCHÉOLOGIE)
1171
hérétiques et ce que les philosophes professaient tou-
chant la vérité. En cela, je n'ai fait qu'imiter Pantène,
qui, pour avoir amassé de grandes connaissances sur
ces matières, a pu se rendre utile à tant d'autres1. »
Cette connaissance étendue de la philosophie pythago-
ricienne et stoïcienne que Porphyre parait avoir exa-
gérée était très réelle et approfondie. Après une période
de ferveur inconsidérée pendant laquelle le jeune homme
avait déprécié sans mesure la littérature profane au
prolit de l'Ecriture sainte, vendu sa bibliothèque d'au-
teurs classiques, il lui avait fallu reconnaître que son
auditoire cosmopolite, véritable confluent de la pensée
humaine dans ce temps-là, ne s'accommoderait pas d'un
programme rétréci à plaisir. Pendant les débuts de son
enseignement, Origène semble s'être borné à l'explication
de l'Ecriture sainte par de brèves maximes, bientôt il
élargit son horizon et communique sa soudaine ardeur
à son auditoire qu'il engage à sa suite dans une voie
nouvelle. « Il nous exhortait, raconte Grégoire le Thau-
maturge, à philosopher et à recueillir tout ce qu'avaient
écrit là-dessus (sur la cause première), les anciens,
soit philosophes, soit poètes, sans rien négliger ni reje-
ter d'avance... Une faisait exception que pour les athées...
Quant aux autres, il nous engageait à parcourir leurs
écrits et à les étudier tous l'un après l'autre... 11 se
gardait bien de nous appliquer à l'élude d'un seul sys-
tème, mais il les passait tous en revue, ne voulant pas
nous laisser ignorer une partie quelconque de la science
hellénique. Quant à lui, il nous précédait, nous tenant
par la main, dans la voie où nous marchions à sa suite.
Lorsque nous touchions à un endroit difficile, où le
sophisme se cachait sous des apparences perfides, il
nous avertissait en homme exercé par une longue expé-
rience et une habitude constante des matières philo-
sophiques. Il recueillait pour notre instruction tout ce
que chaque philosophe a enseigné de vrai et d'utile, et
retranchait ce qui est faux, pour s'attacher particuliè-
rement aux choses qui peuvent développer la piété
parmi les hommes. » Écrivant plus tard à ce disciple
qui devait nous instruire si fidèlement sur l'école, Ori-
gène se montrait plus ferme que jamais dans ses idées.
« Je voudrais, disait-il à Grégoire, que le christianisme
devint le terme final d'un esprit aussi bien l'ait que le
tien. Mais pour atteindre plus sûrement ce but, je désire
en même temps que tu empruntes à la philosophie
grecque le cercle entier des sciences préparatoires au
christianisme, cherchant ainsi dans la géométrie et dans
l'astronomie un secours pour l'interprétation des saintes
Ecritures. Ce que les philosophes affirment des arts libé-
raux, nous le disons de la philosophie elle-même. Ils
regardent comme autant d'auxiliaires la géométrie, la
musique, la grammaire, la rhétorique et l'astronomie;
nous, nous assignons le même rôle à la philosophie, par
rapport au christianisme ». Toute cette connaissance
ne tendait aucunement à un but scientifique, l'unique
préoccupation était de faire servir les sciences non à la
recherche de la vérité, mais à l'éclat de son exposition
oratoire d'un système déjà l'ait, complet et immuable :
« Il demandait aux sciences naturelles, dit Grégoire, le
moyen de redresser et de corriger cette partie inférieure
de notre être où domine la sensation, ne voulant pas
que le magnifique spectacle de cet univers, si bien réglé
dans ses parties, n'excitât en nous qu'une satisfaction
aveugle et une terreur irréfléchie, comme chez les ani-
maux privés de raison... Quant à l'astronomie, il s'en
'Origène, Epist. ad Greg. Thaurnaturgum, P. G., t. xi,
col. 88 sq. — sNous sommes loin d'accorder, comme bien on
pense, la même valeur aux trois personnages que nous allons ci-
ter, mais ils témoignent en tous cas de la haute culture intellec-
tuelle de la partie féminine de la population : la pseudo-Catherine,
dont la réalité n'est rien moins que certaine ; la célèbre Hypatia, qui
était païenne, et une chrétienne nommée Johanna. fille d'Arnmo-
servait comme d'une échelle pour nous élever au-dessus
de la terre et nous introduire dans les profondeurs des
cieux. » A ce point de vue, on peut dire que la déviation
du Didascalée était achevée et irrémédiable. Il cessait
même d'être une école, puisque la pensée d'une re-
cherche vraiment libre et désintéressée n'y inspirait
plus la méthode du maitre et l'effort des disciples. Qu'on
se rappelle l'aspect timoré de l'enseignement de Pantène,
tout préoccupé de tenir le fil traditionnel et de ne
s'écarter en rien des ).ôyta des « anciens »; ici, désor-
mais, il n'est plus question de ces anciens auxquels
Clément s'attachait encore avec tant d'obstination. C'est
que, entre Clément et son successeur, l'esprit allé-
gorique a porté tous ses fruits, l'exactitude, la précision
ont fait place à la forme oratoire amenant avec elle une
intrépidité d'affirmations n'ayant d'égale que l'inanité
de preuves positives. Origène n'en était pas venu du
premier coup à cet excès; son ouvrage perdu des Sti'o-
mates était, dit-on, étroitement inspiré de celui de Clé-
ment, après lequel il comparait entre eux les sentiments
des chrétiens et ceux des philosophes, en confirmant
tous les dogmes de notre religion par des extraits de
Platon, d'Aristote, de Cornutus et de Numénius. C'était
en effet la méthode de Clément farcie de textes, de cita-
tions prises de toutes parts, probantes ou non, entassées
sans goût et en désordre, mais elle ne fut pas longtemps
la méthode d'Origène. Avec celui-ci les profanes dispa-
raissent, leurs noms jadis révérés ne sont plus guère
prononcés, la Bible tient toute la place que les poètes
et les philosophes obtenaient chez son maitre; manifes-
tement la grammaire et la philosophie sont écartée-.
Origène d'ailleurs ne les a guère étudiées que par sur-
croit, comme moyen de vivre en des jours de misère;
son siège est fait et tout son effort va tendre à produire
des ouvrages d'une érudition patiente, irréprochable tel*
que les Hexaples et les Octaples, mais purement empi-
rique, et des théories allégoriques d'une fantaisie désor-
donnée. En 231, son enseignement prit fin et son ami
Iléraclas lui succéda.
Nous n'avons pas à suivre Origène dans sa vie privée,
cependant une circonstance connue de sa ferveur reli-
gieuse, la mutilation qu'il opéra sur lui-même, a pu
être inspirée par le désir de soustraire sa réputation à la
calomnie qui ne pouvait manquer de s'attaquer à un
docteur dont l'auditoire comptait des admirateurs et des
contradicteurs des deux sexes2. Après son retour de
Rome, son école était devenue si nombreuse qu'il se
décida à la scinder et à remettre l'instruction d'une par-
tie de ses disciples à Héraclas 3. Ceci lui rendait quelque
liberté pour l'étude, il l'employa à apprendre la langue
hébraïque et à diriger une édition du texte biblique,
besogne qui lui était rendue facile par les secours pécu-
niaires que mettait à sa disposition un converti nommé
Ambroise. La disgrâce d'Origène fit placer à la tête du
Didascalée son ancien ami Héraclas, qui fut peu de temps
après remplacé dans sa charge par Denys qui devait
monter plus tard dans la chaire épiscopale d'Alexan-
drie. Le gouvernement d'IIéraclas n'a pas laissé de trace,
la littérature chrétienne ne conserve aucune pièce sous
son nom, les Pères ne le mentionnent nulle part.
Denys avait été disciple d'Origène : ui vtaï oûto; rà>v
'iipryévovç Yevôjjtevoi; çbityjtcdv * ; il commença la série
d'esprits distingués qui, avec Pierius et Didyme5,
allaient présider à quelques exercices littéraires sans
grande portée. Ce ne sont presque plus les œuvres d'une
nios, native d'Hermopolis et dont l'épitaphe nous l'ait un pompeux
éloge de la qualité de son esprit. Cf. G. Botti, Steli cristiane di
epoca bizantina esistenti nel museo d'Alessandiïa (Egitto), dan;,
Bessarione, 1900, n. 82. — 3Eusèbe, Hist. eccl., 1. VI, c. XV,
P. G., t. XX, col. 553. — *Eusèbe, Hist. eccl., 1. VI, c. xxix, P. G.,
t. xx, col. 588. — sCf. Th. Schermann, Lateinische Paratlelen
zu Didym-M, dans Ruinische Quartalschrift, 1902, p. 232-242.
1175
ALEXANDRIE (ARCHÉOLOGIE^
1176
école, mais seulement les produits d'un groupe qui ache-
vait lentement de disparaître.
D1RKCTEIJRS DU DIDASCAMCË
ANNÉES.
NOMS CERTAINS.
NOMS POUTHJX.
179
189-213
203-230
215-232
232-265
»
»
»
265-282
282-292
290-295
295-300
300-311
330-340
340-395
390-405
Pantène.
Clément.
Origène.
Héraclas.
Denys.
»
»
»
•
»
»
Didymus.
»
»
(Athénagore.)
»
»
»
»
(Athénodore,
Malchion,
Maxime.)
Pierius
(Achillas.)
Théognoste.
Sérapion.
Pierre le Martyr.
Arius.
Macarius Politicus.
(Athanasius.)
Rhodon.
VI. LA BIBLIOTHÈQUE D'ALEXANDRIE. - La bi-
bliothèque célèbre d'Alexandrie a été l'objet de tant de
travaux qu'il ne semble pas qu'aucune question soit plus
intéressante et plus obscure, puisqu'il faut y revenir sans
cesse. En ce qui touche à ses destinées pendant l'époque
chrétienne, elles n'offrent matière qu'à quelques faits
bien connus. La véritable bibliothèque d'Alexandrie était
celle de l'école païenne. Il ne semble pas que le Didas-
calée ait jamais possédé un fonds de livres bien irupor-
t;ml ; probablement que, en dehors des ouvrages tels
que la Bible et les écrits des Pires, on allait étudier au
Musée; aucun texte ne nous apprend que le Didascalée
ait jamais connu une prospérité matérielle bien considé-
rable, qui seule lui eût donné les moyens de former un
dépôt de livres digne d'attention. Cependant la biblio-
thèque du Sérapéum appartient, par un côté, à l'anti-
quité chrétienne, nous en parlerons donc rapidement.
L'importance de la bibliothèque d'Alexandrie, fondée
par les Ptolémées sur le conseil de Démétrius de Pha-
lère, était considérable. Un premier dépôt de livn
trouvait dans le Bruchium à proximité du port. Un
second dépôt, succursale du premier, fui établi dans une
dépendance du temple de Sérapia qui dominait le quar-
tier de Rakotis1. Du temps de Philadelphe, Démétrius
évaluait, selon r.piphane. le nombre de livres à 54800,
et, selon .losèphe, à 200000; il se faisait fort de le porter
à 500 000 Ce chiffre fut atteint en effet, puisque nous
voyons un jour la bibliothèque du Bruchium posséder
490 ooo volumes tandis que celle du Sérapéum n'en avait
que 42000, Aulu-Gelle et, après] lui, Ammien Marcellin
donnent pour les deux bibliothèques un total de
700000 volumes -' : dans ce nombre on comptait les dou-
1 Epiphane, De mensurib. et ponderis, i\. P. G., t. xi.m,
col. 249; Ammien Marcellin, Hist. rom., 1. XXII. - «F. Ritechl,
Opusc. philologica, in-8-, Lipsiae, 1867, t. i, p. 19, 28-29 'Plu-
tarque, Vie de César, c. i.xvi. — ' E. Renaudot, Hiatoria patriar-
charum Alexandrinorum, in-4", Perisiis, 1718, p. 70. Ce point
de topographie a été abandonné par X"', Lettres de M. le docteur
Léon Le Fort, in-8% Paris, 1875, p. 43, qui préfère placer ce nou-
veau dépôt de livres au Sébastéum, mais ceci exige une transla-
tion des 200 000 volumes, car le Sébastéum est postérieur, du
moins comme installation capable de recevoir une telle biblio-
thèque, à la mort d'Antoine ; dès lors nous avons une opération
fort compliquée dont aucun texte ne fait mention expresse, car si
Philon, dans sa description du Sébastéum, fait mention de bi-
blets et les copies, ce qui réduisait le dépôt du Bruchium
à 400000oî<wagres, mais la paléographie avait dû s'y per-
mettre quelque licence, puisque les œuvres de Didyme
auraient compté à elles seules pour 3000, d'autres disent
pour 6000 volumes. La bibliothèque du Bruchium périt
dans l'incendie communiqué par le désastre qui anéan-
tit la Hotte dans le port au temps de César 3, mais la perte
fut en partie compensée lorsque, quelques années après,
Octave offrit à Cléopâtre les 200 000 volumes écrits sur
peau qu'il avait enlevé à la prise de Pergame et qu'on
transporta au Sérapéum qui avait gardé sa collection
intacte lors de l'incendie du Bruchium4. Un pareil
moyen de travail permit au Musée de reprendre ses tra-
ditions studieuses; mais, à partir de la paix de l'Église,
il se fit l'allié du paganisme et attira sur tout l'édifice
du Sérapéum les colères des chrétiens dont les habitués
du Musée raillaient la doctrine, s'efforçant de la réduire
au niveau des fables ridicules qu'ils expliquaient et re-
commandaient. Rufin a raconté comment se dénoua
cette situation. Le patriarche Théophile sollicitait ins-
tamment de l'empereur Théodose un édit général pour
la destruction des temples. La gravité de cette mesure
obligeant à la retarder un peu, on lui donna, pour
prendre patience, un vieux temple de Bacchus ou de
Mithra à transformer en église. En prenant possession
du temple, les chrétiens y trouvèrent des simulacres
obscènes qu'ils exposèrent à la risée publique. Les païens
indignés se jetèrent sur les profanateurs, on les re-
poussa, ils se retranchèrent dans le temple de Sérapis,
d'où ils tentèrent quelques vigoureuses sorties5. Ce dé-
sordre précipita l'événement, Théodose donna ordre île
détruire les temples (391); la populace se rua sur le Sé-
rapéum, pilla, brisa, détruisit le sanctuaire et la statue
de Sérapis, finalement l'édifice fut rasé partout où la
solidité des matériaux n'opposa pas une résistance vic-
torieuse6.
Dans ce désastre, que devint la Bibliothèque'.'
Orose, qui écrivait en 416. au retour d'un voyage à
Alexandrie, nous l'apprend en ces termes. Après avoir
rapporté L'incendie de La Hotte égyptienne qui entraîna
sous .Iules César, celui de la bibliothèque du Bruchium,
il ajoute : Ea /lamina, cum partent quoque urbis inva-
sisset, quadringenta millia librorum proximis forte
sedibus concilia exussit; siugulare profecto monirnen-
itim studii curœque majorum, gui tôt tantaque illu-
sirium ingeniorum opéra congesserant. Unde, qaam-
tibel hodieque in templis exstent qum et nos vidimtu
armaria librorum, quibus direptis exinanita ea a no-
stris hominibus, nostris tentporibus memorent, qvoà
quidem verutn est; tamen honestius créditai- alios
lilnos fuisse quœsitos qui pristinorum curas semula-
rrnliir, quant aliam ullam fuisse bibliolliecam, qum
extra quadrigenta millia librorum fuisse, ac per hoc
evasissecredalur". Ce texte a prètéà des traductions assex
différentes, nous allons donc en donner la version qui
nous parait la véritable :« Le feu de la Hotte, s'étant com-
muniqué à une partie de la ville, consuma '400 000 livres
qui se trouvaient dans les édifices voisins, monument
remarquable du lèle des anciens qui \ avaient rassem-
blé les œuvres de tant d'illustres génies. De là vient
bliothèques(Ad Caium; in-fol., 1691, p. 1013), rien ne nous autorise
a voir celle du Sérapéum dans une indication qui doit se re-
trouver dans toute description d'un temple. — 'Rufin, Hist
I. 11. c. xxii. P. L., t. xxi. col. 530. — *Eunape, Vita .Edesii,
édit. Boissonnade, in-fol., Paris, p. 14, 274. nousdit que le temple.
sauf te pavé, fut détruit et qu'on bouleversa tout le reste; or,
dans ces bâtiments, aùn$e|tf,|URat, que se trouvait la bibliothèque ;
il semblerait que par la suite, postérieurement a Orose qui vit
les ruines de la bibliothèque, l'emplacement du Sérapéum fut
nivelé et réduit en esplanade ; c'est la que se réfugièrent, sous Mar-
cien. les soldats poursuivis par les monophysites révoltés, à>à rt
'ufbv -rb R&Xt i . Hist. eccl., I. U. c. V. — "Orose,
Hist. udv. paganos, L VI, c. XV.
1177
ALEXANDRIE (ARCHEOLOGIE)
1178
que, quoique aujourd'hui il existe dans les temples des
cases de livres que nous avons vues, et qui, par le pil-
lage de ces livres, furent, à ce qu'on rapporte, vidées de
notre temps par nos coreligionnaires, ce qui est vrai en
effet, cependant il est plus raisonnable de croire que,
pour rivaliser avec le zèle des anciens, on fit l'acquisi-
tion d'autres livres, que de croire qu'indépendamment
de ces MO 000 volumes, il y eût alors une autre biblio-
thèque qui échappa au désastre. » Tout ce qui est com-
pris depuis tamen honestiits ne paraît pas tout à fait
clair dans l'esprit d'Orose, mais l'écrivain a été peut-être
induit dans cette obscurité par l'ignorance où il se trou-
vait des circonstances historiques que nous avons rap-
portées plus haut et qu'il ne semble pas soupçonner. Sa
préoccupation se tourne à expliquer comment 400000 vo-
lumes ayant été brûlés du temps de César, il a pu
s'en trouver un si grand nombre à piller du temps de
Théodose. Il n'a pas entendu prononcer le nom ni relevé
aucune trace de la bibliothèque du Bruchium, puis-
qu'il conjecture son existence en ces termes : « Il fau-
drait admettre qu'il existait à Alexandrie une seconde
bibliothèque qui échappa au désastre ; » mais cela lui
parait invraisemblable et il préfère penser que l'on rem-
plit au moyen d'acquisitions les casiers vidés une pre-
mière fois par l'incendie '. Il ressort du texte que lors
de la visite de Paul Orose à Alexandrie, un quart de
siècle après la dévastation du Sérapéunt, on n'y parlait
plus que d'une seule bibliothèque, et nous avons dit que
cette bibliothèque était logée au Sérapéum. La destruc-
tion du Sérapéum est un fait constaté par les histo-
riens 2. Le pillage de la bibliothèque par la foule con-
duite par le préfet de la ville, le général de l'empereur
et le triste patriarche Théophile l'est également.
On ne peut faire plus que de signaler du ve au
vne siècle une tentative de reconstitution d'une biblio-
thèque, mais cette dernière n'offre rien qui la signale à
l'attention3. On ne sait quand, ni comment elle fut dis-
persée; la destruction par ordre du khalife Omar
n'offre d'autre garantie qu'un récit postérieur de six
siècles à l'événement'»; peut-être la prise d'Alexandrie
en 641, par les Sarrasins, et en 868 par les Turcs ont-
elles été les deux étapes principales d'une dévastation
dont il n'est pas possible de rapporter le détail.
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18" fasc, p. 18-21, 43, 58-59; - C. Blanc, Coup d'œil
sur Alexandrie ; restes d'antiquité, dans le Voyage de
la Haute-Egypte, in-8°, Paris, 1876, p. 11-25; — Blom-
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dell' epoca greco-romano-cristiana del Museo Britan-
nica, dans Conferenze di archeol. crist., Roma, 1888,
p. 27; — G. Dellepiane, Antichità eristiane in provin-
' Bonamy et Chastel ont ainsi interprété la pensée d'Orose, nous
croyons qu'ils en ont donné le meilleur commentaire. — *Rufin,
Hist. eccl., 1. II, c. xxii, P. L., t. xxi, col. 530; Socrate, Hist.
eccl., 1. V, c. xvi, P. G., t. lxvh, col. 604 sq. ; Théodoret, Hist.
eccl., 1. V, c. XXII, P. G., t. lxxxii, col. 1245. — 3Renaudot, Hi-
storia patriarch. Alexandrinorum , p. 170. — *Albufarage, His-
cia di Alessandria, in-8», Alessandria, 1899; — G. B. De
Bossi, Le ampolle alessandrine di eidogie dei martiri,
dans Bulletlino di archeol. crist., 1872, p. 25-30; Un
ipogeo cristiano antichissimo di Alessandria in Egitlo,
ibid., 1865, p. 57; Commenlo nelta précédente rela-
zione del ch. sig. Wescher, ibid., p. 61; I simboli
dell' Eucharislia nelle pitture dell' ipogeo scoperlo in
Alessandria d'Egilto, ibid., p. 73; Nuove osservazioni
sul nome d'una délie immagini dipinte nella cala-
comba d'Alessandria scoperta dall' Wescher ossia le
lucerne isto riche délia chiesa alessandrina, ibid., 1866,
p. 72; Iscrizione greche d'un sepolcreto alessandrino,
dans Bulletlino dell' Istituto di corrispondenza ar-
cheologica, 1876, p. 116; Lucerne eristiane scrilte dell'
Egitto. Ampolle di S. Menna, dans Beseconto délie
conferenze dei cultori di archeol. crist. in Roma dal
1875 al 1887, Roma, 1888, p. 82-84, 93, 94; - E. De
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antichità romane, p. 276-289, 398-402; — A. de Zogheb,
L'ancienne Alexandrie au point de vue topographique,
dans Rivista quindicinale, 1891, p. m, n» 4; L'Église
d'Alexandrie, dans le Bull, de l'Inst. égyptien, in-8°,
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Eavcpsia; oerco TÎ); xti'oewç [J-SXP' **K Ta)v 'Apaë<i>v naiâ-
xT7;<je<oi; aurr,; (xeià Toitoypaçixou xip-rov, in-8°, Athènes,
1885, p. 694-726 : 'Exy.Xïîaiaorixï) latopia èv TtîpcXï]-
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Lucerne alessandrine da attribidrse al santuario del
famoso vescovo di Alessandria, Atanasin, dans Bese-
conto délie conferenze dei cultori di archeol. crist. in
Borna dal 1875 al 1887, Roma, 1888, p. 258; - A. Du-
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Magasin encyclopédique, 51 année, t. IV, p. 438. En ce qui con-
cerne la riche bibliothèque de Georges de Cappadoce, patriarche
d'Alexandrie, massacré le 25 décembre 361, elle fut confisquée par
l'empereur Julien et n'augmenta certainement pas le fonds du Sé-
rapéum. Cf. Julien, Epist., ix, xxxvi, édit Hertlein, p. 487, 531.
1179
ALEXANDRIE (ARCHÉOLOGIE)
1180
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d'Alexandrie, dans la Bev. des études juiv. ,1902, t. xlv,
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mites alexandrins d'après un nouveau papyrus, même
revue, 1895, p. 161 ; — E. Révillout, Le concile de Nicée
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ALEXANDRIE (LITURGIE)
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inter christianos viguere, mutationibus, in-4°, Vinaria>
Lipsiae, 1729; — G. C. Roth, De instilutione catechelica
concionibus prœstantiore, in-4°, Soltwed, 1731 ; —
J. A. Schmid, De catechizatione, in-4°, Helmstadii,
1699; De instilutione catechetica, in-4", Helmstadii,
1701; 2e édit., 1716; — L. Schurnann, De seminariis
catecheticis veterum et recentiorum , in-4°, Lipsise,
1718; — J. Simon, Histoire de l'école d'Alexandrie,
2 in-8°, Paris, 1844-1845; — C. C. Titlmann, De theo-
logis veterum, in-4°, Viteburgi, 1775; — E. Vacherot,
Histoire critique de l'école d'Alexandrie, 3 vol.
in-8», Paris, 1846-1851 ; — C. E. G. Wagner, Quxdam
ad historiam catecheseos veterum, in-8°, Mariœ-
burgi, 1802; — C. W. F. Walch, Commendatur et
illustratur Origenis de diebus Christianorum festis
disputatio, in-4», Gœttingaj, 1777; — J. G. "Walch, De
apostolorum institutione catechetica, in-4°, lense, 1728;
— M. "Walther, De catechizatione veterum, maxime
ex antiquitate ecclesiasiica, in-4°, Viteburgi, 1688;
2e édit., 1742; — J. S. Weickhmann, De schola Orige-
nis sacra ex Gregor. Thaum. informata, commentatio
hislorico-theologica, in-40, Vitembergae, 1744; —
J. F. Werther. De schola Origenis sacra, in-4", Witten-
berga?, 1744; — C. F. Wilisch, Delineatio historiée, cate-
cheticx, in-4°, Altenburgi, 1718; Syllabus auclorum
catedielicorum, in-4°, Altenburgi, 1717 ; — G. Tr. Za-
chariœ, De methodo catechetica veterum christiano-
rum, in-4°, Gœttingre, 1765; — Th. Zahn, Forscliungen
zur Geschichte des neutestamentlichen Kanons,
in-8°, Erlangen, 1884; — J. J. Zentgrav, De catechesi
Pauli apostoli, in-4", Argentorati, 1699.
m. bibliothèque. — Burning of libraryof the Alexan-
dria, dans Frazer's Magazine, 1844, t. xxix, p. 465; Li-
braryof Alexandria, dans Eclect. Magazine, 1844-1872,
t. il, p. 214; t. lxxii, p. 496; — Alglave, dans la Revue
scientifique, 19 juin 1875; — J. Ampère, Voyages et
recherches en Egypte et en Nubie, dans la Revue des
Deux Mondes, 1er sept. 1846, p. 737; — P. H. Anguis,
Examen critique du récit des historiens qui ont avancé
que la bibliotiièque d' Alexandrie avait été brûléepar le
khalyfe Omar, dans les Mém. de la Soc. des antiq. de
France, 1823, t. iv, p. 305-322; — C. D. Beck, Spéci-
men historiée bihliothecarum alexandrinarum , in-4°,
Lipsice, 1779; cf. Serapeum, 1852, t. xm, p. 41-45, 49-53,
57-61, 65-69, 73-76; — Th. Bitt, Die Papyrusstànda. Die
alexandrinische Bibliolhek. Das antike Buchwesen,
in-8°, Berlin, 1882; — P. Bonamy, Dissertation liistorique
sur la bibl. d'Alexandrie, dans les Mém. de l'Acad. des
inscript., t. ix, p. 397 sq.; t. xm, p. 615-643; — J. Bruc-
ker, Destruction de la bibl. d'Alex., dans les Etudes re-
ligieuses, 1875, t. vin, p. 116-127; — P. A. Budik, Die
Bibliothek zu Alexandria, dans Serapeum, 1850, t. xi,
p. 369-377; — W. Busch, De bibliothecariis alexandrinis
qux feruntur primis, in-8°, Leipzig, 1884. Cf. Philolog.
Anzeiger, t. xvi, p. 194-197; Wochenschrift fur klass.
Philologie, t. il, p. 997-1002; — C. Castellani, Le biblio-
teche nelV antichità dei tempi più remoti alla fine
dell' imperoromanod'Occidente,ricerchesloriche,\\\-Yl,
Bologna, 1884; — E. Chastel, Destinées de la biblio-
thèque d'Alexandrie, dans la Revue historique, 1876,
t. i, p. 484-496; — J. Cheetham, Destruction of the
Serapeum at Alexandria, dans The Academy, 14 sept.
1895, p. 207, col. 1. — .1. Clerico, Délie biblioteche pu-
blichepresso gli antic/ii,dans Giornale délie biblioteche,
t. iv, n. 8; — W. E. Coleman, dans Kansas city review,*
1882, t. v, p. 626; — K. Cumpfe, Beitràge zu einigen
das Muséum und die Bibliotheken zu Alexandria be-
treffenden Fragen, dans Listy filologicke, 1885, t. xn,
p. 63-71; — J. Dedel, Historia critica bibliothecarum
alexandrinarum, in-8°, Lugduni Batavorum, 1824; —
0. Delepierre, Le canard de la bibliothèque d'Alexan-
drie, dans Philobiblon Soc., 1860, sér. VI, t. m, p. 13;
dans S. James's Magazine, 1865, t. XII, p. 432; — Dra-
peyron, L'empereur Héraclius, in-8°, Paris, 1869, p. 405-
409; — F. Garbelli, Le biblioteche romane ail' epoca
romana, con un' Appendice sidle antiche biblioteche
di Ninive edi Alessandria, in-8°, Milano, 1894; — J. Ge-
lenius, Programma de bibliotheca alexandrina, in-4",
Dresdoe, 1710; — ,1. Gorini, Défense de l'Église, in-8°,
Paris, 1853, t. i, p. 47-73; in-12, Paris, 1866, t. i, p. 64-
102; — J. Greiner, Bihliothecx veterum deperditse :
1. Alexandrina, in-8°, Vienn», 1729; — E. Hannak, Das
Muséum und die Bibliotheken in Alexandria, in-8°,
Wien, 1867; — Intermédiaire des chercheurs et des
curieux, 1866-1867, t. m, p. 707; t. iv, p. 25-29,
268 sq.; — Jacob de Saint-Charles, Traité des plus
belles bibliothèques publiques et particulières qui ont
esté et qui sont dans le monde, 2 vol. in-8°, Paris,
1644; — Krehl, Ueber die Sage von der Verbren-
nung der alexandrinischen Bibliothek durch die
Araben, dans Atli del IV congresso internazionale
degli Orienlalisti, 1880, t. i, p. 433; — L. Langlès,
dans le Magasin encyclopédique, 1799, t. xxvn, p. 380-
389; — L. Le Fort, La bibliothèque d'Alexandrie et sa
destruction, dans, la Gazette hebdomadaire de médecine
et de chirurgie, n. 26, in-8°, Paris, 1875. Cf. Ch. Graux,
dans la Revue critique, 1876, p. 261-263; et X*", Lettres
à M. le docteur Léon Le Fort, en réponse à quelques-
unes de ses assertions touchant l'influence antiscienti-
fique du christianisme et l'incendie de la bibliothèque
d' Alexandrie par les chrétiens au ivsiècle, in-8°, Paris,
1875; — G. Libri, Histoire des sciences mathématiques
en Italie, in-8», Paris, 1188, t. i, p. 106, 211-213; —
D.Liron, Singularités historiques et littéraires, in-16,
Paris, 1738, t. i, p. 159-161; — J. Matter, Histoire de
l'école d'Alexandrie comparée aux principales écoles
contemporaines, in-8°, Paris, 1840, t. i; — N. Michaut,
Pauca de bibliotliecis apud veteres cum publicis tum
privatis, in-8°, Nancy, 1876; — G. Parthey, Das alexan-
drinische Musmum, in-8°, Berlin, 1838; — Ch.-Fr. Petit-
Radel, Recherches sur les bibliotlièques anciennes et
modernes, in-8°, Paris, 1819; — C. Reinhart, Ueber die
jûngsten Schicksale der alexandrinische)' Bibliotheken
in-8J, Gollingen, 1792; — E. Renaudot, Historia pa-
triarcharutn alexandrinorum..., 1713, p. 70, 170; —
Fr. Ritsclil, Die alexandrinischen Bibliotheken unter
den ersten Ptolemaein, in-8°, Bonn, 1840, réimprimé
dans ses Opuscula philologica, in-8°, Lipsia;, 1867, t. i;
— S[ainte]-C[roix], Remarques sur les anciennes biblio-
thèques d'Alexandrie, dans le Magasin encyclop.,
1799, t. xxvni, p. 433-437; — Seemann, De primis sex
bibliotheese alexandrinœ custodibus, in-4°, s. 1., 1859; —
C. W. Super, Libraries of Alexandria, dans Nation,
'quarlerly review, 1876, t. xxxu, p. 37; Muséum of
Alexandria, ibid-, 1878, t. xxxvi, p. 264; — L. Weni-
ger, Das alexandrinische Muséum; eine Skizze aus
dem gelehrlcn Leben des Alterlhums, in-8°, Berlin,
1875. Cf. Cli. Graux, dans la Revue critique, 1875,
p. 261-263. H. Leclercq.
II. ALEXANDRIE. — liturgie. — Église et patriarcat.
I. Des origines à la paix de L'Église. II. De la paix de
1183
ALEXANDRIE (LITURGIE1
1184
l'Église au schisme. III. Du concile de Chalcédoine à
nos jours.
I. Des origines a la paix de l'Église. — L'illustre
église d'Alexandrie, née dans un intéressant milieu phi-
losophique, religieux, liturgique, aussi bien du côté païen
que du côté judaïque, a dû, de bonne heure, organiser
son culte public.
Là, comme ailleurs, — au temps même de l'apôtre
Marc, d'après sa tradition, — la première communauté
chrétienne sortit vraisemblablement de la puissante
communauté juive, avec l'aide des nombreux prosélytes
de la région : elle a dû en continuer la tradition rituelle,
en y adjoignant des éléments chrétiens.
C'est à cette époque primitive, qu'il faut sans doute
faire remonter la forme de la litanie et de l'antique
«action de grâces» de l'anaphore, déjà décrites par Philon,
à ce qu'il semble : « 'O t<ôv 'Iovoai'tov àp/iepeJ; où p.ôvov
•jitkp ânavToç av6p(Ô7ttov yévout, aX),à xoù 'j7tÈp t<5v .tt|ç
ç\jo-£o>ç (xepwv, ûôaroç, àépoç, xoù ifjpôç, tâç te eJ"/à; xat
tàç eùxaptortàç Tioietrai. — Le grand-prêtre (àpx'îp^î
est resté couramment employé dans les liturgies grecques),
non seulement pour tout le genre humain, mais aussi
pour les diverses parties de la création, l'eau, l'air, le
leu, fait des prières et des actions de grâces1. » Fait
curieux, Origène emploie à peu près les mêmes expres-
sions 2, en racontant comment les chrétiens ne disent
d'hymnes qu'à Dieu et à son Unique3.
Mais quelles sont ces hymnes ?
Faut-il y voir des compositions comme celles de Clé-
ment; sont-elles celles de certains évoques, qu"il fallut
interdire4? Ou bien doit-on l'entendre dans le sens
général de carmen, ou encore rappliquer à la psalmo-
die antiphonique des thérapeutes5? Ceci est au moins
obscur.
Pour l'ordre des fêtes et quelques cérémonies. Clément,
vers l'an 200, nous renseigne sur la prière traditionnelle
de tierce, de sexte, de none, l'office matutinal, celui
des vêpres, avec la mention du psaume cxi. 6 ; sur la
célébration de l'Epiphanie, le jeûne accompagné des
stations le mercredi et le vendredi, le baiser de paix
pendant l'assemblée des fidèles, la bénédiction et l'im-
position des mains du prêtre, la prière du côté de
l'Orient1, par opposition à l'Occident, vers lequel se
trouvent les idolâtres. Quelque temps plus tard, Origène,
dans ses homélies, ajoute aux traits rapportés par Clé-
ment, la mention du jeûne de 40 jours avant Pâques,
avec célébration solennelle de la 4e et de la 6' semaine;
l'habitude de iléchir les genoux en tendant les bras,
pour la prière; et pour le baptême, la formule de renon-
ciation « au diable, à ses pompes, à ses œuvres, à son
service » qui sera donnée tout au long plus tard par
saint Cyrille : cette formule est prononcée tournée vers
l'Occident 8.
Dans le Contra Cclsum, I, 6, Origène montre le3
exorcistes chassant le démon par l'invocation du nom
de Jésus et la récitation des Evangiles.
Saint Denys d'Alexandrie nous offre peu de choses
neuves à récolter, mais elles sont intéressantes : sa lettre
au prêtre Basilide pour la réglementation du jeûne de
la giande semaine, des allusions à la coutume de Rome;
1 />> monarchia, 1. Il, c. vi. Cf. Liglitfoot. Hur.v hebraù
talmudicse, Leipzig, 1684, passim. —'Contra Celsum, \m, t.T .
P. G., t xi, col. 1618; cf. col. 1551 sq. — 3On pourra voir les textes
ici mentionnés de Clément, Origène, Denys d'Alexandrie, soit dans
Brightman, Liturgies eastern, 1. 1, p. 304, ou doni Cabrol, Monix-
menta Ecclesite liturgica, t. i. — * Philon, De vita contempla-
tiva, 1640, p. 102. — » Eusèbe, Hist. eccl., 1. VII, 24, P. G., t. w,
ml. 692-694. Cf. Origène. PhUosoph., I. V, c. vi, P. G., t. xvi,
col. 3125. — 'Stromata, v, vi, vu P. G., t. IX, col. 456 c, 462 o,
463, 504, etc. — i Peedag., m, P. G., t. vm, 638 b, 660 b, etc.
J'ai cru un certain temps, sur l'affirmation soutenue de Fétis et
de Félix Clément, à l'existence d'un texte du docteur alexandrin,
qui serait fort curieux, si ces auteurs le donnaient ; malheureuse-
ment ils n'y font, chaque fois qu'ils en parlent, que des allusions
il mentionne l'usage de répondre Amen à la prière
eucharistique et montre le prêtre debout devant la
table sainte, tendant la main pour y prendre la nourri-
ture consacrée ; c'est le même qui rapporte le tait si
fréquemment cité, du prêtre ne pouvant bouger, confiant
le pain à un jeune enfant pour l'administrer à un mou-
rant sous une seule espèce9.
Tels sont les traits épars recueillis sur les coutumes
de l'église alexandrine, aux ne et IIIe siècles. Ils sont re-
marquables en ce sens qu'ils se rattachent plus ou
moins aux Canons d'Hippolyte (voir ce nom ; cf. col. 805-
806) et en même temps, les coutumes qu'ils mention-
nent ont été plus ou moins conservées dans les li-
turgies postérieures apparentées aussi aux mêmes ca-
nons.
II. De la paix tu; l'Église au schisme. — /. les
grandes s l'A' axes et la messe. — En dehors des diman-
ches et des l'êtes, certains jours, nous l'avons vu, avaient
leurs synaxes solennelles. Mais, le mercredi et le ven-
dredi des jeûnes, le samedi, vigile du dimanche, tandis
que le reste des églises d'Egypte célébrait (au début du
Ve siècle) le service eucharistique, Alexandrie conser-
vait l'usage de Rome, dont la liturgie, primitivement, se
terminait ces jours-là avant l'offertoire 10.
A cette époque, on célébrait déjà à Alexandrie le jeûne
de la semaine après la Pentecôte; saint Augustin le
mentionne pour son église trois quarts de siècle âpre- ' '.
il est encore suivi dans le rit romain.
Nous avons vu que le carême devait être à peu pies
organisé au milieu du me siècle : cent ans plus tard,
saint Athanase y fait de fréquentes allusions dan- - -
encycliques pour la fête de Pâques, surtout dans celle
de l'an 341, adresséeà Sérapion, èvèque deThmuisidont
on a retrouvé récemment le formulaire liturgique), et
qui avait à ce moment la charge des églises dépendant
du patriarcat pendant l'exil d'Athanase.
Aussi l'eucologe de cet évèque nous est-il des plus
précieux (il lera l'objet d'un article à part! en nous don-
nant une intéressante liturgie qui concorde à peu pies
avec les descriptions du pseudo-Denys l'Aréopagite,
plus récent cependant. Voir aussi ce nom.
Voici donc l'ordre général de la messe déduit di
deux auteurs.
Après les lectures et la psalmodie alternées, on pro-
nonce l'homélie, puis a lieu la bénédiction et le renvoi
dis catéchumènes, des malades et énergumènes, 'les
pénitents; la suite des prières générales (xaôoXixrJ apr.s
qu'on a apporté les dons; le calice reste ensuite couvert
sur l'autel. L'évéque dit une prière Sur le peuple,
annonce la paix; on fait la récitation des diptyques sui-
vie d'une oraison qui s'y rattache; l'évéque «lit: encore
une prière sur le peuple, se lave les mains, ou du moins
l'extrémité des doigts, en même temps que les prêtres.
Suit la préface avec le Sanctus, un Vere sanctus très
court, la consécration, 1 osiension des dons consacrés,
la fraction (probablement le Pater), les bénédictions
avant la communion, la communion pour laquelle le
pseudo-Denys fait allusion au verset Gustate du psaume
xxxiit, et l'action de grâces.
Ces liturgies ont une grande importance, car elles
sans références. Il paraîtrait donc que Clément d'Alexandrie
mentionne que les chrétiens île -mi temps suivaient, pour les
nés, la même façon de chanter que les Juils: mais que ceux-
ci auraient modifié lcxVs mélodies pour ne pas suivre les mêmes
usages. On ne trouve nulle pari >le texte correspondant dans Clé-
ment d'Alexandrie, si précis cependant dans les choses musicales
" llnniil., in Exod.. îv : iti Levit., x: in A'ion.. v. xttt, etc.,
P. G., t. XII, col. 316 ci, 528 b. 603 c. 665 c, etc. Ces homélies
lurent prononcées précisément pendant les stations quadra
maies. S. Cyrille. In psahn, xxvu; In ysalni. xuv, V
t. i xxix, cet. 854(1, s.'.è. 1044 b. — • Eusèbe, VI, xi.i. xi.m, xuv.
Cf. P. G., t. xx, col. 6(15 sq. : P I... t. v, col. 92-93. — ,0Cf. Du-
cliesne. Origines, 2'édit ,p. 290, <>u sont recueillis les texte-
uioignages sur cette qviestion. — " /'. L.. t. xxvm-xxix, col
1185
ALEXANDRIE (LITURGIE)
1186
contiennent de.5 rapprochements avec des choses plus
anciennes, et, en même temps, elles se sont conservées
à peu près intactes dans les liturgies que nous étudie-
rons succinctement tout à l'heure.
On le sait, ce fut à l'occasion d'Anus, que l'évêque se
réserva la prédication, tandis qu'auparavant, les prêtres
et les ministres inférieurs expliquaient à tour de rôle
les lectures saintes, suivant l'usage primitif1. Saint Eu-
sèbe, qui gouverna plus tard l'église d'Alexandrie, avait
soin de prêcher tous les dimanches2. La coutume avait
prévalu au ve siècle, que l'évêque restait assis sur son
trône lorsque l'archidiacre — à l'exclusion des autres
diacres — lisait l'Évangile, ne se levant que pour la pré-
dication.
Un lisait aussi les lettres et les encycliques des pa-
triarches et des papes, comme on le voit dans la lettre
de saint Léon à Proterios3. Le même pape écrivant à
Dioscore, le rappelle constamment à l'unité disciplinaire
avec Rome, l'invite à réitérer le sacrifice les jours de
fête à cause de l'afiluence des fidèles qui n'ont pu tous
assister à la même messe4.
Saint Athanase fait de fréquentes allusions à la néces-
sité pour le fidèle d'apporter à l'église son oblation, qu'il
s'expose à voir rejeter par le célébrant s'il en est in-
digne : cependant, plus lard, dans les pays infertiles de
la Libye occidentale, les empereurs chrétiens autorisent
les évèques à prendre sur la réserve de blé ce qui est
nécessaire à l'oblation. Au concile de Chalcédoine, une
des plaintes contre Dioscore est d'avoir laissé ses bandes
armées arrêter les convois de blé, de sorte que pendant
un certain temps on ne put célébrer dans les églises
de Libye3.
On voit, par différents passages de saint Athanase, que,
de son temps, la semaine sainte et celle de Pâques
étaient solennellement célébrées6 : c'est précisément
pendant ces jours que les bandes à la solde des parti-
sans d'Arius pillent l'église, emportent l'huile, arrachent
les lampes, et vont brûler les cierges devant les idoles.
Le détail du pillage fait par les Ariens montre que
l'église est riche et ornée, et on avait fait à saint Atha-
nase le grief d'y avoir présidé une cérémonie avant
qu'elle fût achevée et dédiée ".
Nous savons aussi par la même relation que les pil-
lards, ayant amené au dehors pour la frapper publique-
ment, une jeune religieuse, celle-ci n'avait point lâché
le psautier dans lequel elle chantait l'office.
//. l'office diurne et nocturne. — Nous n'avons
de renseignement sur l'office en dehors de la messe, à
l'époque d'Athanase, que la mention qu'il fait, dans le
récit de sa fuite (toc. cit.}, de la fin de l'office nocturne.
Étant au trône, il ordonne au diacre de chanter le
psaume auquel le peuple répond par l'uTtaxor] :quoniam
in seternuni misericordia ejus. Ce psaume ne peut être
que le cxvn ou le cxxxv, qui sont encore chantés avant
les laudes en carême, soit dans le rit romain, soit dans
le rit milanais.
Dans le livre Sur la virginité, attribué au même
évéque, mais certainement postérieur d'au moins un
demi-siècle, l'office à l'usage des religieuses — un petit
office ad libitum — est ainsi constitué :
Matines : le verset Media nocte surgebam , etc., avec
le ps. l; autant de psaumes qu'on en peut dire debout;
à chaque psaume fléchissement des genoux et oraison;
le troisième est alléluiatique. A la fin: le ps. lxii, Deus
Deus meus, le cantique Benedicite (très probablement
les Laudes, ps. cxlviii, cxlix, cl), et l'hymne Gloria in
1 Mansi, Concilia, t. vi, col. 1013, libellus Ischyrionis. Ci.
Fourneret, Les biens d'église après les édils de pacification, Pa-
ris, 1902. — «Socrate, Hist. eccl., 1. V, P. G., t. lxvii, col. 634;
Sozomène, 1. VII, c. xix, ibid., col. 476. — 3Mai, S}iicil. rom.,
t. ix, p. 703. P. G., t. lxxxvi, col. 301. — * P. L., t. liv,
col. 1075. — * Ibid., col. 626. — "Encycliq. de 341 (à Sérapion);
apolog. sur sa fuite, n. 6, n. 24. P. G., t. xxv, col. 229 c, 651 (/,
DICT. DAP.C1I. CHRÉT.
excelsis (le texte alexandrin le donne avec les versets
Dignare Domine die isto, etc.). Tierce et sexte : psaume
et oraison; None : hymne et doxologie, sans doute le
<i>(o; îXapbv avec les versets du soir Dignare Domine,
nocte ista, etc., ou bien le texte des Constitutions apos-
toliques, 1. VII, in fine.
Après None, le repas, précédé et suivi d'une prière
donnée tout au long par l'auteur; avant, trois si^nis
de croix et l'oraison déjà donnée dans les Constitutions
apostoliques; après, celle qui est prescrite par la Dida-
ché pour l'action de grâces, mais modifiée ici (cl. plus
haut, col. 463-4C4) et suivie du Pater et du Gloria*.
Mais ceci n'est qu'un office particulier. Dans les égli-
ses, l'ordre général devait être, sauf le psautier quoti-
dien, celui que les solitaires conservèrent longtemps
encore. Au temps de Cassien (voir ce nom), dont sont à
peu près contemporains le repovTtxov de l'abbé Pambo9,
et l'anecdote sur l'abbé Paul rapportée par dom Pitra ,0,
c'est-à-dire vers la fin du rve siècle et le commencement
du Ve siècle, il y avait pour les moines éioptiens un
règlement liturgique d'où les tropaires (c'est-à-dire des
antiennes de style ecclésiastique) étaient exclus. A Alexan-
drie, au contraire, on utilisait ces tropaires, à com-
mencer par la « grande église Saint-Marc >>. repovTtxôv,
loc. cit. Le même texte nous montre que les vigiles
étaient organisées et le chant orné utilisé. Voici du
reste les passages les plus saillants :
« 'O aoêàç nageai a7tSTT£i).e tov u.a9 tfî-'rp a-JToO Èv
'AXs!;av8psfa... xàç vjxxa; ÈxâÔEUvsv èv rai vâpOvy/.c rX,;
Èy.y.Xr)(riaç Èv tû vaà> to0 i-;io\> Mipy.o-j- xa\ tooov tt)v àxo-
Xovôfav Tr,ç âyta; êxxXrja-fa;... EjxaBe... TpoTrâpta... XÉyst ô
àôsX<pbç fêpovTr... ovts y.avova?, ouïe Tponâpix i^âXXofisv...
XÉyEt ovv a.\rzû> ô yipwv... ïçôanav at ^pipat, èv ai;...
(jovayo'i... èE:cxo>.0'j8r]!TOU<Tiv ao-fiata xai r'you;*... o-jy.
âE?i>.6ov oî u.ovayo\ èv Ttj Èp^pito Ta'JTv-,, i'va... p.sXtoSoûciv
àap.otTa xai py8p.t'ïo,jffiv r^ov; xai <je!o'j<ti "/e'P2* v'-a'
p.ETaêaîvouoi TtoSa;-... cpOeipovuiv o\ yptaiiavoi -à; (ît-
êXouç... "ifpâcpovTe; rpojiâpia... Sià toCto xoi o\ TrarËpe;
7][ji<iiv Etpyy/.xiTiv, "va v:'r\ fpâiofjiv... »
« L'abbé Pambo avait envoyé son disciple à Alexan-
drie... celui-ci passait ses nuits dans le vestibule de
l'église Saint-Marc; et voyant l'ordre liturgique de la
grande église... il apprit... des tropaires... [Étant re-
venu) le frère dit à l'abbé : ... Nous ne chantons ni tro-
paires, ni canons... le vieillard lui dit: ... Il viendra des
jours corrompus, où... les moines... organiseront leur
office avec des vocalises et des tons musicaux; ... ils ne
sont pas venus dans ce désert, pour chanter des mélo-
dies ornées et rythmer des chants en secouant la rnain
et en levant le pied; ... les chrétiens corrompent les
Livres saints... en écrivant des tropaires... c'est pour-
quoi nos pères nous ont défendu de rien écrire. »
Au VIe siècle, les moines du Sinaï observaient encore
la même règle, tandis que toutes les Églises séculières
et monastiques avaient adopté les- nouveautés litur-
giques ".
Les papyrus de l'archiduc Rainer, si intéressants pour
l'histoire de la musique antique, nous ont conservé le
texte de deux de ces tropaires égyptiens dont ne voulait
pas l'abbé Pambo.
Comme ils sont peu connus, nous les reproduisons
ici 12 :
Pour l'Epiphanie :
'O yevvr;Gciç âv Br,QXeèp.
xat àvarpaçeiç Èv NaÇapÈT,
674-675. — ''Apolog., n. 14, ibid., col. 611-014, 617 c— "P. G.,
t. xxvni, col. 266-268. — 9 Gerbert, Scriptores ecclesiastici de
musica sacra, San Blasiis, 1784, t. I, p. 2. — l0 Hymnoyrapltin
de l'Église gr., p. 43. — " Pitra, Juris eccles. grec, histor. et
monum., t. H, p. 220. — '2 D'après Bickell, Milteilungen aus der
Sammlung der Pap. Rainer, 1887, et Wagner, Ursprung und
Entwicklung der liturgtschen Gesangsformen, Fribourg, 1901.
1.-38
4187
ALEXANDRIE (LITURGIE!
1188
xatoi/./'j'jaç èv raXtXat'a
eî'SojjLEv Tr,jj.EÎov è? o-jpavoû.
(t(ô) 'AorÉpoç çavÉvro;,
WOI(JI£ve; àypauXciOvTE; ÊOaûp.aTav.
(o-j) r0VU7tciTÔvTE; É'XeYOV
AôÇa rà> Ilaipt, àXXïjXo'jîa, 3ô£a T<j> Viû y.où t<o âyid)
[IIvs j[xotT!. àXXriXouïa, àXXrjXojïa, àXXïjXo/îa-
Voici la traduction :
« Toi qui naquis à Bethléhem et fus nourri à Nazareth,
qui reposas on Galilée, nous voyons ton signe dans les
cieux. A l'apparition de l'étoile, les pâtres émerveillés
jouent de la flûte. Disons en fléchissant les genoux :
Gloire au Père, alléluia, Gloire au Fils et au Saint-
Esprit, alieluia, alléluia, alléluia1. »
Pour la fête du Précurseur :
Tuo\ E' : 'E/.Xî/.To; h Sy'OÇ-'I'oâwijç ° PawTiOTÎjÇi
ô xr,pj:aç uerâvotav ev 6X10 ™ xô<7u».>
ec; acpîCTiv Ttbv àtxapx'.wv r,[j.<]5v-
« Le 5 Tubi (janvier) : Élu est saint Jean-Baptiste
annonçant la pénitence au monde entier pour le rachat
de nos péchés. »
Au point de vue de la forme de composition, il faut
remarquer que, conçues suivant les lois du rythme syn-
tonique, quatre cadences sont construites sur le rythme
binaire et les autres sur des rythmes correspondant à ce
qu'on a plus tard nommé chez les latins cursus; pure-
ment basé sur l'accent dans les pièces alexandrines il est
à la même époque encore métrique chez les Romains.
L'ordre ordinaire des offices ne nous est pas connu.
Le célèbre psautier du British Muséum, Codex Alexan-
drinus, donne, à la suite des psaumes, treize cantiques
de l'Écriture et la Grande Doxologie avec le texte ortho-
doxe-, pour l'office du matin. Il est intéressant de noter
que ces cantiques sont : les deux cantiques de Moyse
(Exode et Deutér.), cantiques d'Anne, de Jonas, d'Haba-
cuc, d'Ézéchias, l'oraison île Manassé, le double cantique
des trois entants [Henedictus es et Benedicile), et les
cantiques évangéfiques. Cf. plus haut, col. 342 et 639.
11 est extrêmement remarquable que le nombre et la
forme des accents musicaux de ce manuscrit, étudiés par
Burney '•''. concordent avec ceux ajoutés de seconde main
au non moins célèbre Codex Ephrxmi de la Bibl. na-
tionale de Paris, grec i)'\ de la même époque. Une étude
attentive d'un très grand nombre de lectionnaires grecs.
du vu0 siècle au xne, nous a assuré que cet évangé-
liaire reste en dehors de la tradition constantinopoli-
taine, taudis qu'il se rattache étonnamment au manib-
crit de Londres. Il n'a jamais été étudié au point de vue
liturgiqueel le dépouillement des titres de fêtes ajoutées
en marge pourrait être de grande utilité, quant à la fixa-
tion de l'église à laquelle il servait, et de l'époque de
son adaptation rituelle.
Quant à la célébration des fêtes, on pourra consulter I
Mor Duchesne, loc. cit., en y ajoutant un texte. Dans
une des questions si curieuses recueillies à la suite des
œuvres de saint Albanase5 mais qui sont fort posté-
rieures à ce docteur, on trouve; la suivante :
« Pourquoi les Romains fétent-ils l'Incarnation du
Christ le ■£) mars? « L'église d'Alexandrie, à cette époque
indéterminée, ne célébrait donc pas encore celte fête.'
Enfin, il faut ajouter que la plupart des manuscrits
liturgiques font honneur à saint Cyrille de l'organisa-
tion des tropaires pour les heures du vendredi-saint.
III. DU CONCILE DE CliALCÉDOlNE A M>> JOURS. — /. LBS
ORTHODOXES. — La condamnation de Dioseore et de
•Cette manière de dire la doxologie se rattache à un tropaire de
l'office yrec des nocturnes du dimanche, attribué a Sophrone de Jé-
rusalem d'après plusieurs manuscrits (Bibl. nationale, Paris, grec
262, fol, 240, rie i 'Celui qui a prévalu dans le rit romain et le
byzantin. — 3A gênerai history ofmusic, ln-4', London, 1T«2, t. n,
l'hérésie monophysite au concile de Chalcédoine fut la
cause d'une scission des Églises égyptiennes qui influa
grandement sur la liturgie.
Les orthodoxes se rattachant désormais à Byzance,
continuèrent pendant un temps de célébrer la liturgie
alexandrine dite de saint Marc qui parait, d'après la
tradition copte, avoir été fixée par saint Cyrille; peut-
être la liturgie de saint Jacques, et sans doute aussi
les anaphores de saint Grégoire de Nazianze et de saint
Basile, conservés par les Coptes. Voir plus bas. Mais les
Byzantins firent tous leurs efforts pour amener la sup-
pression de cette manière de célébrer, et y arrivèrent
vers la fin du xne siècle, au temps de Manuel Comnène,
quand les coutumes des diverses églises grecques se fon-
dirent dans l'office byzantin qui a prévalu 6.
La dernière mention de la liberté liturgique des
Grecs d'Alexandrie est dans Théodore Balsamon7.
Marc, patriarche d'Alexandrie, étant venu à Constan-
tinople, célébrait d'après sa liturgie, et demanda pour-
quoi on ne suivait pas dans cette ville les liturgies de
saint Jacques et de saint Marc; on lui répondit que
l'Église catholique du « très saint et œcuménique trône »
les ignorait complètement ; que toutes les églises devaient
suivre l'usage de la nouvelle Rome; que telles étaient
les prescriptions portées par les empereurs. Le patriar-
che s'excusa en arguant de son ignorance de cette légis-
lation canonique, et l'Église d'Alexandrie dut désormais
célébrer suivant le rit de Byzance.
Pour l'office, il devait y avoir une inoins grande dif-
férence. L'ordre des solitaires du Sinaï, au VIe siècle, np
différait guère que par des détails de l'office général des
Églises grecques. Le calendrier général du rit byzantin
à la fin du moyen âge, tel qu'il peut se déduire de l'en
semble des livres d'église, renferme un bon tiers de
saints d'Egypte et de la presqu'île du Sinaï. Il est fort
probable que les manuscrits et fragments liturgiques
qui, jusque vers le xme siècle, ne se rattachent ni pour
l'ordre des tropaires, ni par la notation musicale à
l'usage de Byzance, ou à celui de Syrie, représentent la
coutume alexandrine.
Citons à tout hasard parmi les manuscrits de ce genre
(qui renferment de nombreux tropaires et hirmi inédits)
].' Stichéraire, grec 356 de la Bibl. nationale, Paris
(xne siècle); peut-être VHirmologe, 220 Coislin de la
même bibliothèque ; et surtout le Î754 de celle de Char-
tres, fol. 61 à 66 (Xe siècle). Villoteau s a vu. parait-il. dans
un « couvent près du Caire » un tropologion écrit en
onciale de l'an 825 (?) contenant l'office des relises
d'Egypte. Voir les articles Stichéraire, etc.
//. LES SÉPARAS. — Les caractéristiques liturgiques
des églises monophysites dépendant d'Alexandrie ont été
de s'attacher à la conservation des anciennes coutumes
(avec, il est vrai, des modifications de temps et de lieu),
et la place de plus en plus grande donnée à la langue
vulgaire. Aussi l'Église égyptienne prit-elle d'abord
l'usage de la langue copte, puis celui de la bu
arabe, dans l'office divin, en conservant cependant beau-
coup de parties en ytvr ^verseis du prêtre, du diacre, a
l'Évangile, la Préface, etc.), mais écrites en caractères
coptes. Dans l'Église éthiopienne, qui s'organisa entre le
temps de saint Athanase et la séparation, le dialecte
gheez prévalut.
Le fond de la liturgie des Coptes est la messe alexan-
drine (dite de saint Marc, chez les grecs), et à laquelle
ils donnent le nom de saint Cyrille, et les autres plu<
haut signalées; la liturgie ordinaire des Éthiopiens —
Canon des douze apôtres — est à peu près la même; ils
p. 47. — 'Tiscbendorf, Codex Ephraemi Syri rescriptus, I.
1843; Gregori, .Y. Test, grsece... ; .-. Lipaias, 18','i. —
/• Q . i. iaw . col, 6S2. — "Pitre, Hymnographie, p. 68 sq. —
/' G.,\ cxxxvut, col. 964. — * Mémoire sur {a musique, etc.,
dans la Description Je l'Egypte, Paris, ls-jo, t. \iv, p. 364 sq.
1180
ALEXANDRIE (LITURGIE;
1190
y ajoutant un certiin nombre d'anaphores en partie
empruntées aux jacobites de Syrie '.
Les uns et les autres rites cependant, tout en usant
souvent des mêmes prières, ont tantôt conservé, tantôt
rejeté l'un quelconque des anciens usages, et en ont
ajouté d'autres2 .
Malgré cela, de l'ensemble des liturgies ordinaires
grecque, copte, éthiopienne, il est très aisé de restituer
l'ordre ancien; tout ce qu'elles ont de commun s'accorde
avec celle de Sérapion et la description du pseudo-Aréo-
pagite, aussi bien pour la messe que pour le baptême,
dans l'ordre duquel on retrouve encore, de nos jours 3,
les formules et les cérémonies mentionnées par Ori-
gène.
///. LA vesse ALEXANDRINS. '— 1. Description gé-
nérale. — Les divers rits des Églises égyptiennes ont
petit à petit, depuis le xme siècle environ, emprunté à
d'autres rits la préparation solennelle*, mais avec des
détails différents qu'il est oiseux ici d'étudier. Nous
passons donc sur ce point.
Arrivé à l'autel, le célébrant le baise, et, tandis qu'on
répète neuf fois Kyrie eleison, trois par trois, il donne
l'absolution aux assistants et dit trois oraisons qu'il
conclut à haute voix après chacune des trois parties du
Kyrie. Ensuite, excepté chez les Ethiopiens, la petite
entrée accompagnée du Trisagion, trois fois répété.
Ces trois répétitions d'un triple Kyrie ont trop de
ressemblance avec la coutume de Rome pour ne pas le
signaler; il faut remarquer aussi qu'il se dit avant la
doxologie de r"Ayto; à 0sb;, tandis qu'à Milan et en
Gaule, c'est après le même chant ou le Gloria ineœcelsis
qu'on disait le Kyrie&.
Après TÉpitre, au moins dans une de ces liturgies,
c'est encore le président du chœur qui règle le nombre
des versets ornés de psaume dits par les chantres;
avant l'Évangile, les Éthiopiens disent le Trisagion sous
une forme spéciale, qui concorde avec la coutume pari-
sienne du VIe siècle, décrite dans VExpositio misses de
saint Germain ; après l'Évangile, comme aussi dans les
Gaules et à Rome autrefois, le livre saint est baisé par
tous les assistants.
La conformité avec les anciennes liturgies des Gaules
se continue : homélie, prières litaniques générales ter-
minées par une collecte, prière pour les catéchumènes6
suivie de leur renvoi; comme dans la liturgie mozarabe,
les Éthiopiens disent déjà ici le Sanctvs, sans YHosanna;
apport des offrandes accompagné d'un chant solennel
et de l'oraison du voile : cette oraison a le même sens
qu'un certain nombre de super sindoneni milanais et
la seconde oraison des liturgies gallicanes (mais non
pas de la mozarabe). Cf. col. 476. C'est à cette place, sui-
vant la coutume de Jérusalem, que les Éthiopiens chan-
tent le Symbole. Suivent le baiser de paix avec son
oraison, et l'on commence les grandes commémoraisons
et la récitation des noms ; le formulaire diaconal et les
oraisons du célébrant pour cette fonction se prolongent
mêlés à l'ordre ordinaire du sacrifice, jusqu'à la consé-
cration, nous en étudierons plus loin le fonctionne-
ment; à cette place, d'après l'ordre byzantin, les mel-
chites et les coptes ont introduit le Symbole.
La Préface est très longue (sauf dans la liturgie de
Sérapion, la plus ancienne), le Sanctus est encore dit
par le célébrant, mais répété par le peuple, et, au lieu
* Le texte grec, quand on le possède, la traduction latine des
autres, et quelques fragments dans la langue copte ou l'éthiopienne,
ont été donnés par Renaudot, Collectio liturg. orient., 1. 1 ; Swain-
son, The greek liturgies, Oxford, 1884; Brigktman, Liturgies
eastern, Oxford, 1896. — 'Ainsi le ms. du Vatican ajoute une
partie des rits et prières de Constantinople ; celui de Rossano
donne le l Movoyivi^ que les autres passent sous silence, etc. — 3On
pourra aussi se référer à la publication Coptic Ostraca, par Crum
et Brightman, in-4", Londres, 1902, pour les textes de prières et
d'invocations populaires recueillis dans les touilles laites par VEgypt
de nous rapprocher de l'Orient, c'est aux anciennes cou-
tumes romaines ou gallicanes que nous ramène le Vere
sanctus; il se borne uniquement au texte gallican ordi-
naire, et s'enchaîne avec une bénédiction des dons ana-
logue au Fac... hanc oblalionem du De sacramentis,
transformé en Quam oblalionem dans le canon romain
gélasien. Voici ce texte, il est sous une forme un peu
différente dans Sérapion :
a) nXnipeoaov, ô 9sbç, xai TauTT)v rr)v O-jufav rr,; uapà
<to0 sùXoytaç, Sia rfi<; iiu<poitr\<TZioç toù IlavaY'ou <rou
IIve'jjxaTo; 7 (les melchites qui ont adopté l'épiclèse de
Constantinople, passent de suite au récit de la Cène,
tandis que les coptes ont gardé la suite, dont voici la
traduction d'après Renaudot) :
b) Un signe de croix sur les oblats -j- R|. Amen; Et be-
nediclione benedica, f r]. Amen; Et purificatione puri-
fica; -j- r). Amen; Hsec dona tua veneranda proposila
coram te, hune panem et hune calicem, etc.
Il est à peine besoin d'indiquer le rapprochement
d'idées et de gestes avec Rome, et, comme développe-
ment, avec un certain nombre d'oraisons mozarabes.
Cela est unique dans les liturgies grecques.
Le P. Lebrun a, de plus, fait remarquer s, au sujet des
Amen du canon consécratoire, que la liturgie alexan-
drine copte n'a, pas plus que la romaine, ces réponses
au récit de la Cène. Les melchites les ont évidemment
introduites par l'effet de la Novelle 137, c. VI.
Par contre, le récit même débute par la mention de
la nuit sainte où il fut livré, ce qui est commun à
toutes les liturgies grecques et d'Orient, tandis que les
latines ont eu la mémoire de la passion 9, Qui pridie
quam pateretur.
L'épiclèse se déroule aussi à la manière hellénique et
orientale, mais est suivie, chez les Coptes et les Éthio-
piens, de l'oraison ad fraclionem, de l'ostension, de la
fraction et du premier mélange des espèces consacrées,
ce qui leur est encore commun avec la liturgie romaine
d'avant saint Grégoire le Grand, et avec les autres litur-
gies occidentales: les melchites ont adopté la forme
byzantine, dès au moins le IXe siècle, et placent l'osten-
sion, la fraction et le mélange avant la communion, en
supprimant l'oraison.
Après le Pater, précédé et suivi comme partout de sa
petite formule d'introduction et de l'embolisnie du
Libéra, ont lieu les solennelles bénédictions de l'évêque,
d'essence primitive dans toutes les liturgies (cf. col. 475),
puis les prières avant et après la communion.
Pendant la distribution des saintes espèces, on chante
le psaume xui, Quemadmodum cervus, et, à la fin,
l'antienne Replelum est gaudio os nostrum, etc.,
ps. cxxv comme dans la liturgie d'Espagne en carême.
L'action de grâces est formée de deux oraisons, ce qui
est la forme originelle de cette fonction. Voir ad com-
plendum.
Puis ont lieu les dernières formules de renvoi qui
diffèrent partout.
2. Les formules et prières des diptyques. — Mais le
grand intérêt de toutes ces liturgies est la place des
prières des diptyques, disposées de telle façon que,
selon nous, la manière dont elles s'y présentent donne
la clef de tous les problèmes soulevés par les liturgistes
au sujet de cette question embrouillée.
En effet, à nous en rapporter à la teneur rigoureuse
exploration fund. — *La prothèse (v. ce mot). — 'Dans la litur-
gie de Jérusalem (ou de saint Jacques) on dit aussi trois fois Kyrie
eleison, avec une oraison, au début de la messe. — ° L'craison
pour les catéchumènes est à peu près partout celle qui se dit le ven-
dredi-saint aux preces solennelles, dans le rit romain, ou tout au
moins est formée des mêmes idées ou d'expressions analogues. —
' La traduction latine de cette oraison donnerait : Fac (ou adimple),
Deus,hanc oblalionem benedictam a te (ou apud te), opérante
Spiritu sancto tuo. — 'Explication littérale... de la messe, Pa-
ris, 1716, t. il, p. 575. — 9Cf. Lib. ponttf. : Alexander, t. i, p. 127.
1191
ALEXANDRIE (LITURGIE)
1192
des descriptions primitives, de sainl Justin, îles des-,
criptions ou des formulaires de Sérapion et du pseudo-
Denys, des liturgies gallicanes et espagnoles, etc., les
mémoires, les oraisons qui accompagnent la récitation
des noms, sont placées avant la Préface, dans le voisi-
nage du baiser de paix.
Au contraire, à envisager les deux grandes liturgies
actuelles, romaine et byzantine, lesdites mémoires ont
lieu après la Préface; soit avant, soit après, soit avant
et après le récit de la Cène.
Or, ces deux ordres se rattachent à des réformes litur-
giques du v siècle : l'ordre byzantin est intitulé « liturgie
de saint Jean Chrysostome », présenté comme mis au
point par Proclus et considéré comme l'abréviation et la
modification des coutumes plus anciennes; à Rome, le
canon Te igitur ligure en sa forme actuelle dans les sa-
cramenlaires qui procèdent directement ou indirecte-
ment du gélasien, c'est-à-dire des réformes promulguées
ou répandues au Ve siècle et aux suivants sous le nom
du pape saint Gélase,
On considère comme inconciliable la double disposi-
tion des diptyques, et cependant, pendant trois siècles au
moins, bien des Églises d Occident ont gardé à la fois
leurs oraisons ad nomina, c'est-à-dire les mémoires
avant la Préface, et le canon romain, c'est-à-dire les
mêmes mémoires après '.
.Mais, ce qu'on n'a point remarqué, c'est que les for-
mulaires les plus anciens que nous possédons donnent
seulement les prières particulières du célébrant : or,
elles étaient aussi accompagnées de formules dites par-
le diacre à haute voix, avec réponses du chœur. A sup-
poser donc que le célébrant et le diacre aient commencé
ensemble leurs formules, l'un continuant ses oraisons
seciètes, l'autre les invocations allongées indéfiniment
par la récitation des noms, sans s'occuper l'un de
l'autre, ou pour gagner du temps, il sera arrivé ceci : le
prélre sera déjà parvenu à la consécration et au delà,
si les diaconica sont longues, quand le diacre n'aura
pas encore terminé « les noms », interrompu seule-
ment par les ekpbonèses du célébrant. Au moment de
la fixation des liturgies romaine et byzantine, la clôture
des diaconales a amené les prières correspondantes du
piètre aux environs de la consécration, et l'usage des
diaconales traditionnelles étant tombé, la liturgie écrite
ne conserva que les formules presbvtérales.
Or, le régime des liturgies égyptiennes fixées déjà,
sernble-t-il, à l'époque de la séparation, c'est-à-dire au
ve siècle, est exactement cet étal intermédiaire dans
lequel le prêtre et le diacre commençant ensemble l'of-
Irande, l'anapbore, celui-ci arrive à la lin des mémoires
lorsque le prêtre est déjà à la consécration, ainsi qu'on
pourra s'en convaincre en se reportant aux publications
signalées plus haut. Voici du reste de quelle façon se
présente un passage important de la préface, par suite
de cet état de choses, dans la liturgie copte (Trad. Re-
naudot, p. 42), et nous montrant à quelle antiquité
doivent remonter certaines formules de prières.
Le prêtre : Le diacre :
Dignum et justum est,
quia, etc., siniul cum hoc
sacrificio et hac oblalione. Domine miserere, etc.
(prières litaniales). Mé-
mento, Domine, pacis
unius, itnicx, sanctœ, ca-
tliolicxei apostoliese Eccle-
siœ, etc. (Après les dipty-
ques :) Kl illnriiiii, (mi-
niumque Domine, quorum
Le prêtre de son coté nomina recitaninr, etc.
' Voir 1rs Sacramentaires gallicans, à la plupart des messes ;
cf. l'envoi du canon romain à Profuturus, adopté ] ai les lues du
continue : Suscipe ea su-
per allare tuum spirituale,
cœlesle, cum adore tliuris,
ad majestatem tuam csele-
stem, per ministerium an-
gelorum et archangelorum
tuorum sanctorum, sicut
■ ad te suscepisti mimera
justi Abel, et sacrificium
patris noslri Abralix, etc.
Tu es Deus excelsus super
tînmes principaliis et pole-
states... dicentes : Sanctus,
Sanctus, Sanctus, etc.
Domine miserere, etc.
(continuation des litanies).
Solve captivas, salva eos
qui necessitate patiun-
tur,... esta, Domine, nobis,
custos et proleclor in om-
nibus. (Au peuple :) Ad
orientent aspicite.
Encore une fois, nous voici d'accord avec Rome,
sinon sur la place, du moins sur le texte d'une prière,
car Suscipe ea et la suite jusqu'à Abeahœ ront à quel-
ques mots près la lonne la plus ancienne de l'oraison
du canon (romain ?) qui suit ta consécration dans le
De sacramentis déjà nommé. La ressemblance est
encore plus sensible avec le texte grçc, que voici avec la
suite salve captivas, etc.
llpooSî^ai 6 0sbç ci; tô ay.ov xcù ûîtEpoupâvtoM xat
voepbv aou 8u<rta<mf)piov, t'.ç xà (j.îYÉ9r) tû>v ôupavûrv, ô:a
-.y,: if/av-j-e/i/T,; so-j XecTOUpvfoc — (o; -poraZili; tï
otopa. toO Bcxaiàv oou "A6e),, tïjv 6ua\av -oO Harpe;
r,(/.<ôv 'Aëpaia... Aùtpuxj-a'. ôeajxiouç, e|e).oO toO; èv
àviv/.oiç iCECV&VTaç -/ripTotdOv, oXi-j'cl/j'/oCvra; Itapttxi-
).eo*ov. 7teTtXavr,y.£vovc ElttOTpettov , èo.OTi'Tuivovç çajta-
yôyt)Gov, 7r£7tTuv/.0Ta; k'ytipov, ffaXsvotilvouc o-rrip'.Sjov,
yEvoOT.xdTOî i'auai, -ivtaç àyaye Et; tt,v 6£bv tt|; ikott,-
ptaç, aûva^ov y.a: btotovc tt, &fl(f oou t;o!u.vy)-... àvr.'tr-
TTTWp -/.OCTa XÏVTa •'SVOUSVO;.
Pour plus de netteté, voici cote à cote la traduction
latine la plus exacte de la première partie de ce teste,
et la version (on pourrait dire la traduction) du /'■• sa-
cramentis (comparez avec la version de Renaudot faite
sur la traduction copte '.
Traduction. De sacramentis.
Suscipe(ou mieux, d'après ... ut hauc oblatiotiem
ce qui précède) ut suscipias suscipias in sublimiatlario
in sanvtn. cœleeti, et spiri- tue per maints angelorum
tuali allari tua, m subli- tuarum. nient suscipere ./i-
milnte eielorum, per mi- gnatus es munerapueri tui
nisterium arckangelieum justi Abel, et sacrificium
tuum (ou archangelorum patriarches noslri Abrahse,
tuarum) ... sieut suscepisti etc.
mimera justi tui Abel, sa-
eri/icium patris noslri
Abraluv,etc.
Il tant remarquer que ràpyaf|'s)c/.?,; aou >EiTo-jpy:'a;
peut aussi bien s'entendre par » ministère des an.
(texte De sacramentis^ que • des archanges l : le texte
copte a les deux ; de plus, on peut le traduire encore par
u ministère du chef des auges ». àpyaYYEAtxr,; étant un
adjectif susceptible de ces divers sen>. et nous voilà en
présence du manus sancti Angeli tui du canon romain
gélasien ; or, dan-; la langue liturgique romaine du v*
et du vi* siècle, Sanctus ingelus, d'une laçon absolue,
c est l archange saint Michel.
Rapprochés de la formule tntroductive à la consécra-
de Braga, dans un rit espagnol. Voir col. GOG, et les mois
DYKA61 KJUES et DYK (Mil .
1193
ALEXANDRIE (LITURGIE)
1194
tion, ces détails sont bien suggestifs et tendent à nous
faire toucher du doigt une source primitive — évidem-
ment grecque, à en juger par les traductions légèrement
divergentes — commune à une haute époque entre
Rome et Alexandrie : il y a encore autre chose.
Si le passage Xûrpcoo-at 8e<7[xt'o-jç (solve captivos) ne
se retrouve plus dans la liturgie romaine, il est presque
mot pour mot dans un fragment du pape saint Clément
depuis longtemps déjà mentionné à cause de sa forme
liturgique, à l'exception d'une phrase, tq-j; âv 6H4»ei
TifjLtôv (jûsov, disparue du texte alexandrin grec, mais
conservée dans le texte copte (le salva eos de la tra-
duction Renaudot).
Comment ne pas être frappé des expressions àvriÀriTi-
■ztûÇi xarà irâvra yevdjxevoç (canon alexandrin), [iorfiov
fevéo-Sai xa\ av-rO/ÔTTcopa ï][/.ô>v (saint Clément) et l'if»
omnibus protectionis tuse muniamur auxilio du canon
romain? Cela d'autant plus que les autres liturgies
n'offrent rien de semblable, et qu'on les retrouve ici,
de part et d'autre, à la fin de la commémoraison des
vivants.
Dans ces commémoraisons mêmes, il est intéressant
de voir comment se lait celle de la Vierge Marie. Dans
les textes alexandrins non grecs, son nom est mentionné
avec ses titres dans la liste des mémoires, comme au
canon romain et aux formulaires mozarabe et celtique;
dans les diverses liturgies grecques, on a, dès après le
concile d'Ephèse, introduit une plus solennelle commé-
moraison. Mais tandis que la liturgie byzantine nous
offre le long tropaire "A?;ov éorîv, l'alexandrine s'est
arrêtée simplement à l'invocation Xatps Mapta, etc.,
avec la finale ordinaire des liturgies grecques, on sxexsç
TOV 2o>TT|pa YlfUdV.
C'est également la caractéristique des liturgies de
Jérusalem (de saint Jacques) et de saint Basile, dont la
dernière prière de l'offertoire contient aussi ai; upoo-s-
Séçsç rà ocôpa 'A6sX (sicut suscepisti munera Abel) i ;
sans qu'on puisse rien en conclure de précis sur le
sujet qui nous a plus haut occupé, il est remarquable
cependant que ce passage avoisine l'oblationde l'encens
comme dans la liturgie alexandrine, et toujours avant
la consécration, quand les mémoires sont terminées.
On voit donc comment l'étude comparée des liturgies
peut jeter le jour sur les questions en apparence les plus
obscures. La clef générale, c'est la séparation des prières
du prêtre et des formules du diacre, leur juxtaposition,
leur restitution dans la liturgie qui a perdu l'un quel-
conque de ces éléments. Par là même, on peut fixer la
date respective d'un certain nombre de parties des li-
turgies anciennes.
Cette comparaison, quant aux coutumes des églises
d'Egypte, tend à nous montrer que l'état intermédiaire
dont témoignent la disposition des diptyques et la
manière dont ils sont entourés, correspond à un moment
légèrement antérieur ou peut-être contemporain à celui
de la formation des liturgies byzantine et romaine, et
postérieur cependant au formulaire de Sérapion, c'est-
à-dire environ vers l'an 400, quelques années avant les
troubles qui divisent sur le terrain théologique les
églises dépendant d'Alexandrie, tandis que par les pra-
tiques liturgiques elles restent unies de longs siècles
encore avec de vieilles et grandes Églises.
Amédée Gastoué.
IV. Bibliographie. — La liturgie dite de saint Marc
représente l'usage de l'Église d'Alexandrie. Il convient
de ne pas accorder à ce texte ancien une valeur plus
grande que celle qu'il possède, ce qui arriverait si on
prenait pour une indication d'origine le titre sous lequel
il est connu.
A la suite du concile de Chalcédoine (451) et de la
1 La prière en question a été en partie adoptée par un grand
nombre de formulaires d'églises occidentales au moyen âge pour
condamnation du patriarche d'Alexandrie Dioscore, il
se lorma en Egypte deux partis comprenant le pays
entier. Après un siècle de résistance, le gouvernement de
Constantinople fut contraint à reconnaître l'existence
de deux fractions religieuses, l'une orthodoxe, s'ap-
puyant sur le gouvernement et faisant usage de l'ancienne
liturgie en langue grecque, l'autre hérétique, s'appuyant
sur la population indigène et, tout en conservant l'ancien
usage liturgique, le transportant dans la langue copte,
idiome national de l'Egypte. Cette liturgie d'Alexandrie
ne se conserva pas sans altérations chez les orthodoxes
qui, après y avoir introduit plusieurs usages empruntés
à la liturgie de Constantinople, lui substituèrent cette
dernière et ne gardèrent rien de l'ancien usage local.
La liturgie en question est désignée sous le nom de
saint Marc pour des raisons qui n'ont rien de commun
avec l'histoire, et ne remonte guère au delà du Ve siècle.
Elle nous a été transmise par cinq manuscrits, dont les
plus anciens ne sont pas antérieurs au xnc siècle.
/. LA LITURGIE GRECQUE DITE DE SAINT MARC. —
1. Manuscrits. — a. Bibliothèque de l'Université de
Messine, ms. grec. n. 111 . Rouleau de parchemin en
deux pièces de la fin du XIe ou du commencement du
XIIe siècle ; anciennement au monastère basilien de
San Salvador, à Messine. Le verso offre un passage con-
sidérable de la liturgie de S. Marc qui a été reproduit
par Swainson (voir § 2. Éditions, n. c) dans lequel il oc-
cupe la 3e colonne, p. 3-69, et par F. E. Brightman
(voir § 2. Éditions, n. d) dans lequel il correspond aux
passages suivants : p. 113, lign. 2-14; p. 130, lign. 28;
p. 140, lign. 15 b. Le texte de ce rouleau est du même
type que le textus receptus (voir § 2. Éditions, n. a).
{i. Ms. Vaticanus grmc. 1910, xnie siècle, ancienne-
mentllasilianuscryptoferralensis /xparchemin. Le texte
est reproduit par Swainson (lre colonne), p. 2-72, sous le
titre : Codex rossanensis; cf. P. Batiffol, L'abbaye de
Rossano, in-8°, Paris, 1891, p. 51, 75, 84. Ce texte est
reproduit par F. E. Brightman avec des additions que
nous décrirons plus loin. Ce manuscrit est la source du
textus receptus.
y. Ms. Vaticanus grsec. 2281. Rouleau de parchemin,
daté de l'année 1207, avec notes marginales en caractè-
res arabes. Le rouleau a été décrit par Swainson, p. xixsq.,
et le texte forme la 2e colonne intitulée : rotulus vatica-
nus, p. 2-73 de l'édition de ce dernier. Ce texte a subi
l'influence de la liturgie dite de saint Jacques et de
l'usage de Constantinople, principalement de cède nier
par l'insertion du Siaxovr/.â et de l'âxçwvTJffeiç.
S. Monastère de Sainte-Catherine, du Mont-Sinaï.
Rouleau de parchemin, xne ou xme siècle, version arabe
en marge. Ce fragment est inédit. Le texte est substan-
tiellement identique au précédent. Swainson en a fait
usage dans sa 2" colonne, p. 26, depuis le mot Msya-
À-jvats, jusque p. 56; et F. E. Brightman depuis p. 124,
lign. 6, jusque p. 134, lign. 17.
e. Bibliothèque du patriarcat orthodoxe, au Caire.
Une note de la main de l'évêque de Peluse, datée de
1870, attribue ce manuscrit sur papier au patriarche
Meletius Pegas, qu'il l'aurait écrit en 1585-1586. Le texte
est substantiellement celui de y, sauf en ce que les addi-
tions sont plus importantes.
2. éditions. — a) H fc)EIA AEITOYPriA- TOT
ATIOY AnOffTÔXou y.ai sùayyîXto-TOÛ Mâpy.ou jj.aôr,Toû
toù àycou LHxpou..., omnia nunc primum grxce et la-
tine in lucem édita; in-8°, Parisiis, 1583. Cette édition
princeps est en même temps le textus receptus, elle
fut donnée par Jean de Saint-André, chanoine de Paris,
d'après une copie faite pour le cardinal Sirleto sur le
manuscrit décrit ci-dessus, [i. Cf. A. Zaccaria, Biblio-
theca ritualis, in-4°, Roma?, 1776, t. I, p. 11 et note 4;
l'encensement à l'offertoire. Cf. mes Origines du chant lituryiqut
à Paris, dans la Revue du chant grégorien, Grenoble, 1003.
1195
ALEXANDRIE (LITURGIE^
1196
H- llurter, Nomenclator literarius, in-8», Œniponte,
1892, t. i, p. 61.
b) Ce texte a été reproduit par Fronlo Ducaeus, Bi-
bliotheca veterum patrum, in-fol., Parisiis, 1624, t. H, et
par Renaudot, Liturgiarum orientalium collectio, in-4°,
Parisiis, 1716, t. I, p. 127; in-4°, Francofurti ad Mœnum,
1847, t. i, p. 120-148; par J. A. Fabricius, Codex apo-
eryphusNovi Testamenti, in-8°, Hamburgi, 1719, t. in;
J. A. Assemani. Codex liturgicus Ecclesise universalis,
in-4», Romse, 1754, t. vu, p. 1 ; J. M. Neale, Tetralogia
liturgica: sive S. Chrysostomi, S.Jacobi, S. Marci di-
v'mse missse, guibus acceditordo mozarabicus, recensuit,
parallelo ordine digessit, notasgue addidit, in-8°, Lon-
dini, 1849; C. C. J. Bunsen, Analecta antenicsena, in-8°,
Londini, 1854, t. m, p. 103; H. A. Daniel, Codex liturgi-
cus Ecclesise universse, in-8°, Lipsiae, 1853, t. iv, p. 134;
Neale and Littledale, The greek liturgies, in-16, Lon-
don, 1859, p. 1.
c) C. A. Swainson, The greek liturgies chie/ly fruni
original authorities, in-8°, Cambridge, 1884, p. 2-73.
Le te:> te est donné d'après les manuscrits (3, y, a, avec
une collation du lexlus receptus et les corrections des
anciens éditeurs en marge.
cl) F. E. Brightman, Liturgies eastern and western,
in-8", Oxford, 1896, t. I, p. lxiii sq., 112 sq. Cette édition
reproduit théoriquement celle de C. E. Hammond, Litur-
gies eastern and western, in-12, Oxford, 1878, p. 41, 171,
mais elle dispense en réalité de tenir compte désormais
de cet ouvrage dont elle serait la 2e édition. Elle prend
pour base le textus receptus (voir a) d'après la revision
de Swainson faite sur le manuscrit fi. Les additions sui-
vantes ont encore amélioré ce texte : * Les passages grecs
du texte copte, d'après Assemani, op. cit., t. vu, p. 157;
** Giorgi, 1 ■ ragmentum evangelii S. Johannis grseco-
coplo-thebaicum, in-4°, Romae, 1789, p. 353; *** Le
xgvtocxiov de la liturgie de saint Jacques dans le rouleau
de Messine a, cf. Swainson, op. cit., p. 310-314, col. 1;
**** Les colonnes 2e et 3e des p. 66-69 de l'édition
Swainson, c'est-à-dire le manuscrit y et le revers du
rouleau de Messine a ; ***** Les liturgies de S. Basile
et de S. Grégoire, texte grec, d'après Renaudot, op. cit.,
2' édit., 1847, t. i, p. 80, 113.
3. Traductions. — L'édition princeps décrite plus
haut (voir a) était accompagnée d'une traduction latine
reproduite par Renaudot, Fabricius, Assemani et par
les cinq Bibliolliecse qui ont donné le document qui
nous occupe : Margarin de la Bigne : Sacrez bibliothecse
sanctorum Patrum, in-fol., Parisiis, 1589, t. vi; in-tol.,
Parisiis, 1610 (3e édition contenant un Auctarium en
2 volumes), t. n; Magna bibliotheca veterum Patrum,
in-fol., Colonise Agrippinae, 1618, 1. 1; Maxima bibliotheca
veterum Patrum, in-fol. , Lugduni, 1677, t. u. I.a traduc-
tion anglaise de Yanaphora dans T. Brett, A collection
of the principal liturgies, in-8°, London, 1720, p. 29-
41; .1. M. Neale, History of the holy eastern Church :
Introduction, in-8», London, 1850, p. 532-702. La tra-
duction complète dans .1. M. Neale, The liturgies of
Si. Mark, St. James, St. Clément, St. Chrysostom,
Si. Basil and of the christians of Malabar, in-16,
London, 1859; 2e édition, in-8°, London, 1868, avec pré-
face parle D* Littledale; Atttenicene Christian library,
in-8' , Edinburgh, 1872, t. xxiv. La traduction allemande
dans F. Probst, Liturgie der drei ersten cltristlichen
Jalirhunderte, in-8°, Tùbingen, 1870, p. 318-334,
4. Dissertations. — C. C. J. Bunsen, op. cil., t. ni.
p. 21 sq., 103 sq., a reproduit, avec des dispositions
assez compliquées, divers documents dont l'ensemble lui
semble justifier le titre qu'il leur donne : Liturgia, quse
àicitur divi Marci, ut Origenis temporibus legebatur.
On trouve là des conjectures élevées a la dignité de
certitudes. L'auteur découvre même dans sa reconsti-
tution : the apostolic beauty and simplicity of the an-
cien! primitive form. Nous ignorons sur quel texte
authentique il a pu se former une idée du style litur-
gique à l'époque apostolique; cette remarque et cette
citation nous dispenseront d'entrer dans plus de détails.
Les dissertations les plus utiles à consulter sont :
W. Palmer, Origines liturgicœ, in-8°, Oxford. 1839, t i,
p. 82-105: The Alexandrine liturgy; F. Probst, op. cit.,
part. II, c. iv, p. 334-341 : Liturgie des Marcus; le
même, Liturgie des vierten Jahrhunderts und deren
Beform, in-8», Munster, 1893, p. 106-195 : Die alexan-
drinische Liturgie nach den Sc/triften des h. Athana-
sius; L. Duchesne, Origines du culte chrétien. in-8°,
Paris, 1898, p. 73-77 : La liturgie alexandrine ; F. Ma-
gani, L'antica liturgia romana, in-8°, Milano, 1897, 1. 1,
p. 96-99 : Liturgia alessandrina o di S. Marco ; A. Da-
niel, Codex liturgicus universalis, in-8°, Lipsiae. 1855,
t. iv, p. 134-136, 137-170; Renaudot, Liturg. orient.
coll., in-4°, Francofurti ad Mœnum, t. i, p. lxxxui sq.,
116 sq., 313-342.
5. Additions. — Au texte grec de la liturgie de saint
Marc doivent se rattacher deux anaphorse dites de saint
Basile et de saint Grégoire. L'original manuscrit est à
l'aris, Biblioth. nationale, Grsec. 325, manuscrit sur
papier du xive siècle, version arabe en marge. Il manque
deux ou trois feuillets au début et un feuillet dan* le
corps du texte. Cf. Monlfaucon. Palseograp/ya 'ineca,
in-fol. , Parisiis, 1708, p. 314; Renaudot, op. cit.. 2e .dit.,
1847, t. I, p. xcn; H. Omont, Inventaire sommaire des
mss. grecs de la Biblioth. nationale, in-8°, Paris. 1888,
t. 1, p. 33. Ces deux auaphores ont été éditées : Aec-rovip-
y;a to0 àyiou BatriÀeîou, dans Renaudot, op. cit.,
t. I, p. 57-85; 'H 6e;a Xei-coupyfa toC èv àyioiç
7raTpè>ç ^ixoiv rpYiyopt'ov, dans Renaudot. op. cit.,
t. I, p. 85-115, avec traduction latine. Texte et traduction
sont reproduits par ,1. A. Assemani, op. cit.. t. vu,
p. 45-133 et l'anaphore de saint Basile est reproduite
dans une traduction anglaise dans T. Brett. op. cit.,
p. 71-80.
6. Sowces diverses. — 1° Nous avons publié : D. Ca-
brol etD. Lec\ercq,Monumenta Ecclesise lit urgica,in-i*,
Parisiis, 1902, t. I, n. 971-1607, les Relliquise dispersée»
dans les écrits de Pères et ayant trait à l'usage litur-
gique anténicéen de l'Eglise d'Alexandrie. A ces texte*
on joindra, ibid., t. i, n. 41034161, contenant les relli-
quise tirées d'écrits dont la provenance alexandrine ou
égyptienne est probable. — 2° F. Probst a utilisé un
grand nombre de textes liturgiques des écrits de -tint
Athanase, Liturgie der vierten Jahrhunderts und de-
ren Reform, in-8°, Munster. 1893, p. 106-124. -
3° F. E. Brightman, op. cit., t. i, p. 504 sq.. The liturgy
front the writings of the egyptian Fathers, reconsti-
tue en partie la liturgie avec les écriN dé- Pères,
principalement Athanase, Macaire, Didyme, Tiiuothée
d'Alexandrie, Théophilacte, Synésius, Isidore de Péluse,
Cyrille d'Alexandrie, Sozomène, Socrate, Evagre. —
4° 11 donne ensuite le schéma de la liturgie égyptienne,
p. 510 : The egyptian liturgy of the arabic Dniascalia,
c. xxxvin, d'après le manuscrit de la Bodléienn >. llun-
tington,n.31,(o\A2l. Sur cette Didascalia, voir ce mot.
— 5° La Liturgie des présanctitiés de saint Marc, ri
itpo*)Yiaa,|iivot toî à-octoÀo'j Mipxoy, mentionne.' dans
une rubrique de la liturgie gréco-égyptienne ■! -tint
Basile. Cf. Renaudot. op. cit., t. i. p. 76 et note p. 321.
La prière est identique dans le grec et le copte, cf.
Ibid., t. I, p. 21, et elle se rapporte évidemment a la
formule by/antine:r,vj<7Tai xa'i TETÉ/earai. Cl. F. E. Brulit-
man, op. cit., t. i. p. 344. Mi.
On peut consulter, quoique les renseignent ints de
cette époque tardive renferment peu d'éclaircissements,
ce qui a traita la liturgie grecque de saint Mare dans
la correspondance entre Maie d'Alexandrie et Théodore
Balsamon, cf. P. G., t. cxxxvin, col. 953, et dai
mentaire de Balsamon sur le 32- canon du concile in
Trullo. Cf. P. C, t. i:xxxvn. col. 621. F. E. Brightman,
1197
ALEXANDRIE (LITURGIE'
1198
op. cit., t. i, p. lxvi, fait observer que l'auteur du
vif siècle cité par Palmer, Origines liturgicx, in-8°,
Oxford, 1845, t. i, p. 88, d'après Spelmann, Concilia,
in-fol., London, 1639, t. I, p. 177, traite de l'office divin
en général plutôt que de la liturgie proprement dite.
Son récit et l'allusion de Nicolas de Méthone, De cor-
pore et sanguine Domini, P. G., t. cxxxv, col. 513,
paraissent dépendre de cette croyance que les apôtres
auraient porté eux-mêmes les usages liturgiques dans
les principales Églises, et non d'une iormule empruntée
à la liturgie dite de saint Marc.
//. les liturgies copies. — Les liturgies coptes con-
tenant l'ancien usage d'Alexandrie sont au nombre de
trois : celles de saint Cyrille d'Alexandrie, de saint Gré-
goire de Nazianze et de saint Basile. Ces liturgies ne
diffèrent que pour Vanaphora, les deux anaphorx de
saint Grégoire et de saint Basile existent aussi en grec.
Voir § 5 Additions. Vanaphora de saint Cyrille, appelée
aussi de saint Marc, est la plus ancienne. « Ceci résuite
d'abord de ce que, seule des trois, elle présente certains
traits caractéristiques de la liturgie alexandrine, ensuite
de ce qu'elle reproduit souvent, et mot à mot, le texte
de la liturgie de saint Marc. En joignant à Vanaphora
de saint Cyrille l'ordinaire de la messe copte, on obtient
une liturgie copte qui lorme le pendant exact de la
liturgie grecque de saint Marc '. »
Les livres indispensables à la liturgie sont : — 1° le
Khiilâji (e-J'/oXô-ctov), livre du prêtre; — 2° le Kutmàrus
(copt. kataniéros = xaià ij.époç ou y.a9?](iépio;), lection-
naire, contenant les quatre leçons et le psaume avant
l'évangile; — 3° le Synaxàr (cruvaljâpiov), légendaire,
dont les récits sont quelquefois substitués à la lecture
des Actes des Apôtres; — 4° le manuel du diacre et
du chœur, contenant les Siaxovixa, les répons et les
hymnes, tant ceux qui sont fixes que ceux qui varient.
Ces livres, tant manuscrits qu'imprimés, portent généra-
lement en marge une traduction arabe du texte des prières,
les rubriques des manuscrits sont en un langage mélangé
de grec et de copte. Nous allons décrire successivement
les manuscrits et les imprimés.
1. Manuscrits. — a, contenant les anaphorx des
saints Basile, Grégoire et Cyrille : Mss. Vatic, copt. xvn
(1288); copt. xxiv (xiv siècle); copt. xxv (1491); copt.
xxvi (1616); British Muséum, Supplem. arab. 18
(xiie siècle); Additional 11125 (1811); Bodléienne,
Huntington 360 (xme siècle), ce texte est traduit dans
F. E. Brightman, op. cit., t. i, p. 144-188), Marshall 5
(xive siècle); Marshall 93 (xvme siècle); Paris, copt.
xxvi, xxviii, xxxi ; — p, contenant les anaphorx. de
saint Basile et de saint Grégoire : Paris, copt. xxix,
xxxix; — y, contenant les anaphorx de saint Basile et
de saint Cyrille : Bodléienne, Huntington 512 (xme ou
xive siècle); — 8, contenant Vanaphora de saint Basile :
ms. Vatic, copt. xvui (antérieur à l'année 1318); copt.
Xix (1715); copt. Lxxviu (1722); Suppl. copt. lxxxi
(1723); Suppl. copt. lxxxv (xviii0 siècle); Suppl. copt.
lxxxvi (1713), Paris, copt. xxiv, xxv, xxvu, xxx; —
e, contenant les anaphorx de saint Grégoire et de
saint Cyrille : ms. Vatic, copt. xx (1315); copt. li
(sans date); Bodléienne, Huntington 403 (xn ie ou
XIVe siècle); — Ç, contenant Vanaphora de saint Grégoire :
Paris, copt. xl; — v), contenant Vanaphora de saint
Cyrille : ms. Vatic, copt. xxi (1333); copt. xxu (anté-
rieur à l'année 1580); Paris, copt. ai/; — 0, messe
pontificale pour la consécration du chrême : ms. Vatic,
copt. xli v (xine siècle); — c, Diaconale, contenu dans
les mss. Vatic, copt. xxvu (xme siècle); copt. xxviu
' L. Duchesne, Origines du culte chrétien, in-8% Paris, 1898,
p. 75. — * Cf. Grégory, dans Tischendorl, Novum Testam. grœce,
in-8-, Leipzig, 1894, p. 853 sq.; Scrivener, Introduct. tu the
criticism of the New Testament, in-8°, Londres, 1894, t. Il,
p. 110 sq. — 'Mai, Scriptor. vêler, nova collectio, in-4% Roms,
(1307); — /., Lectionnaire, dans les mss. Vatic, arab.
xv (1338) contenant les évangiles pour toute l'année;
arab. LIX (xvne siècle); copt. xxix (1712]; copt. XXXII
(1723); Bodléienne, Huntington 18 (1295); Hunting-
ton 218 (1349?); Huntington 80 contenant toute
les leçons de septembre à février; Huntington 26
(1265) et Paris, copt. xix, copt. xx. pour le carême;
Vatic, arab. lx (1673); cupt. xxxi (1711); copt. XXXIV
(vers 1700); Bodléienne Huntington 5, pour la semaine
sainte; Huntington 3, pour le temps pascal; Hunting-
ton 47; Paris, copt. xxi ('.'(pour les dimanches du temps
pascal et ceux du mois de mai au mois d'août; Bod-
léienne, Huntington 254, pour les fêtes principales
Vatic, copt. xxx (1714): capl. xxxm (1719) pour les
dimanches depuis le carême jusqu'à la lin de l'année;
Vatic, arab. XXXIX (xvie siècle) pour les dimanches et
letes. Dans les manuscrits coptes du Nouveau Testament
les divisions et l'ordre des livres correspondent au système
des lectures. Les évangiles composent généralement un
volume à pari, de même les épitres de saint Paul. Si ce
dernier est joint aux autres écrits du Nouveau Testament
on le fait suivre des épitres catholiques et des Actes -'.
>.. Les fragments sahidiques du ms. Or. 3580 du
British Muséum sont une collection de fragments litur-
giques comprenant : a) un passage d'une table des
lectures; b) des invocations (l'une d'entre elles est une
compilation tirée de saint Cyrille et de saint Grégoire ;
c) quatre collections de prières ; d) deux fragments de
diaconica dont l'un contient l'institution el i'intercession.
On rencontre des collections semblables à Leyde et
ailleurs 3.
2. Éditions. — a. Ordo communis. — 1° B. Tuki, Mis-
sale coptice et arabicc, in-4°, Romae, 1736. Les noms
monophysites ont disparu et celui de Chalcédoine y a
été introduit dans les cominémoraisons, en outre on y
trouve le Fiiioque. Les rubriques supplémentaires sont
en arabe seulement. Ce missel a été réimprimé avec les
rubriques en latin seulement dans J. A. Assemani, Codex
liturg., 1. IV, part. 4, in-4», Roms, 1754, t. vu, p. 1 sq.,
sous ce titre : Missale Alexandrinurn s. Marci, in quo
eucharistix liturgix omnes antiqux ac récentes eccle-
siarum JEgypti, grxce, coptice, arabice et syriace
exhibenlur. Une édition anglaise sous le titre : The
Coptic morning service for the Lord's day, translated
inlo english by John, niarquess of Bute, in-8°, London,
1882. Quelques additions et aes modifications sont
indiquées pour mettre le texte au courant de l'usage
actuel. Les seules parties qu'on puisse entendre sont
données dans l'original, le reste ainsi que les rubriques
est en anglais. On a ajouté ce qui concerne l'encen-
sement du matin et un appendice sur l'office divin. —
2° Euchologion (en arabe). in-8°, Cairo, 1887; — 3° Le
livre de ce qui concerne les diacres au sujet des
lectures et du chant (en arabe), in-8°, Cairo, s. d. — Le
premier de ces deux livres contient les prières que récite
le célébrant, le deuxième contient les répons cl les
hymnes, en copte et en arabe, avec rubriques en arabe.
— 4° Traductions : Latines : Victor Scialach, Liturgix
Basitii magni, Gregorii theologi, Cyrilli ale.i andrini
ex arabico conversx, in-12, Augustœ Vindelicorum,
1604, réimprimée dans la Magna biblioth.patr., in-fol.,
Parisiis, 1654, t. vi; dans Renaudot, op. cit., t. i, et
Assemani, op. cit., t. vu. — Anglaises : S. C. .\lalan,
Original documents of l/te coptic Church, in-8", London,
1875; Marquis de Liute, op. cit.: Xeale, History of the
holy eastern Church, in-8°, London, 1850, p. 881 sq.;
.1. M. Rodwell, The liturgies of S. Basil, S. Gregory
183-1, t. iv : Cudices arabici bibliotli. vatic. ; t. v : Codices coptici
bibl. Vatic.; W. Cureton, Catal. cod. mss. orient. Mus. Brit.
arab., in-4% London, 184G ; Rien, Supplem. to catal. of arab.
mss. in Brit. Mus. in-4', London, 1894; Uri, Bibl. Bold. codicet
mes. orient catal., in-4% Oxonii, 1787, t. i.
1199
ALEXANDRIE (LITURGIE)
1200
and S. Cyril from a coptic manuscrit of the thirteenth
century, in-8°, London, 1870, p. 25 sq.
p. Les anapliorse. — 1° Les anaphorat de saint Basile,
saint Grégoire et saint Cyrille se trouvent dans R. Tuki,
op. cit.; les traductions latines et anglaises dans les
ouvrages qui viennent être énumérés (voir, § 4 a). —
2° Uanaphora de saint Basile se trouve dans Assemani,
op. cit. ; t. vu, p. 47-90, avec rubriques en latin ; Marquis
de Bute, op. cit., p. 77-117; ^y^-Y^»., in-8», Cairo,
1887, p. 78-116; traduction latine dans Assemani, op. cit.;
traduction anglaise dans Neale, op. cit., p. 532-702 (sur
le latin de Renaudot) et dans Marquis de Bute. —
3° L'anap/iora de saint Grégoire se trouve dans ^yS^Vj.^.,
in-8°, Cairo, 1887, p. 167-176; dans Mittheilungen aus
d. Sammlung d. Papyrus Erzlierzog Rainer, \Yien,1887,
p. 71; ce dernier texte est un fragment sahidique; tra-
duction latine dans Assemani, op. cit., p. 134-156 (d'après,
le texte établi par R. Tuki), traduction latine d'un frag-
ment sahidique par H. Hyvernat, Fragmente der allkop-
tisc/ien Liturgie, in-8°, Rom, 1888. -j- 4° Vanaphora de
saint Cyrille. 11 n'en existe aucun texte publié séparé-
ment; traduction latine dans Assemani, op. cit. (d'après
R. Tuki), p. 157-184; traduction latine d'un fragment
sahidique correspondant au passage inclus entre p. 168,
lign. 34, et p. 173, lign. 19 de l'édition F. E. Brightman,
est donnée par H. Hyvernat, op. cit., p. 11-13 d'après le
ms. Borgia décrit par C. Zoëga, Catal. codicum copti-
torum, in-fol., Romœ, 1810, n. c. — 5° Autres anapliorse
dans a. A. A. Giorgi, Fragmentum evangelii S. Joannis
grxcocoptolhebaicum : additameittum...divinse missse,
cod. diaconici reHquise et liturgica alia fragmenta...
in-4". Romae, 1789, p. 304,-315; c'est un texte sahidique
accompagné d'une version latine d'un fragment d'ana-
phora inconnu par ailleurs, d'après le ms. Borgia qui
vient d'être mentionné. H. Hyvernat, op. cit., p. 15-19,
en a donné une version latine. Le ms. diaconicus, n. CI,
du Catal. codd. coptil. de Zoéga, p. 353-366, contient une
collection de diakonika. F. E. Brightman lui a emprunté
le texte désigné par le chiffre 2 à la page 139-141 de
son recueil. Cf. Ilammond, The liturgy of Anlioch,
in-8°, Oxford. 1879, p. 27. — 7° H. Hyvernat. Fragmenteder
allkoptiscken Liturgie, in-8°, Rom, 1888, dans Rômisclie
<Juarlalscfirifl,iS&l, 1. 1, p. 330-345. Ces fragments appar-
tiennent à cinq messes différentes; une partie de l'une
d'entre elles avait déjà été publiée par Giorgi. Les
manuscrits d'où ces textes sont tirés doivent prendre
date entre le vni° et le xnc siècle. Cf. C. Zoëga, op. cit.,
n. c. CX. l.a formule : Grattas agimus tibi, p. 23, peut
être rapprochée de la formule de la liturgie des Abyssins
Jacobkes : Pilot of the soûl, dans F. E. Brightman,
op. cit., t. i, p. 243. lign. 9. Cf. Renaudot, op. cit., t. i.
p. 'lOi Ludolf, Ad suant /tisloriam selhiopicam Commen-
tatio, in-fol., Francofurti, 1691, p. 345.
y. Le factionnaire. — 1° A. Mai. Scriptorum veterum
nova collée tio,e Vaticanis codicibus édita, in-4°, Romae,
1831, t. iv, part. 2 : Codices arabict bibliothecœ Vati-
canse, vel a Cltristianis scripti vel ad religioneni chri-
stianant spectanles, p. 15-34. Mai donne la table des
évangiles pour les jours de fête, les jours de jeûne, les
samedis, dimanches, mercredis et vendredis pendant
toute i année d'après le ms. Vatic. arab., xv, réimprimé
d'après Assemani, Biblioth. apostol. Vatic. cod. mss.
catalogus, t. m, part. 2. p. 16-41. — 2» S. C. Malan, The
holy Gospel and versifies for every sunday and other
feast day in tlie year; as tiseil in the coptic Church,
in-8°, London, 1874. Malan donne les évangiles du
dimanche et les versets pour vêpres, matines, et la
liturgie pendant toute l'année d'après un manuscrit
copto-arabe. Cf. ces versets dans F. V.. Brightman,
p. 159, lig. 30 sq.. et le chant du baiser de paix, ibid.,
p. 163. lig. 35. l.a table des évangiles est réimprimée
dans le Dictionary of Christian antiquities, in-8°,
London, 1875, p. 659-661. — 3° Lagarde, dans Abhand-
lungen d. historisch-philologischen Classe d. kônigl.
Gesellschaft der Wissenschaflen zu Gôttingen, Gottin-
gen, 1879, t. xxiv. C'est une table de toutes les lectures
et des psaumes pendant les mois de novembre à février
et juin à août, pour le carême, le jeûne des Ninivites,
les dimanches du temps pascal et les principales fêtes,
d'après le ms. de Gôttingen, Orient. 125, loi. 7-9, 12-15.
— 4° Maspéro, dans le Recueil de travaux relatifs à la
philologie et à l'archéologie égyptiennes et assyriennes,
Paris, 1886, t. vu, p. 144. Fragment d'une table des
lectures en dialecte sahidique.
3. Sources diverses. — Parmi les documents hagio-
graphiques et autres qui n'ont encore été l'objet d'aucun
dépouillement total et méthodique on trouverait de très
nombreuses indications liturgiques. Ce groupe de textes
sera compris parmi ceux de la série des Relliqute ktur-
gicte dans D. Cabrol et D. Leclercq, Monumenta Eccles.
liturg., in-4», Paris, 1902. Il faut, en attendant, recourir
surtout aux documents suivants, tous inédits, mais cités
largement par Renaudot, op. cit., t. i, p. 152 sq.; ce
sont : le patriarche Christodule (1047-1078), cf. Renau-
dot, Historia patriarch. alexandr. jacobit., in-4°, Paris,
1713, p. 420-424; J. M. Neale, Palriarchate of Alexan-
dria, in-8°, London, 1847, t. il, p. 213: le patriarche
Gabriel (f 1146). cf. Renaudot, op. cit., p. 511 ; J. M. Neale,
op. cit., p. 248; le patriarche Cyrille III (f 1235-1243),
cf Renaudot, op. cit., p. 582; auteurs de « Constitu-
tions » ; en outre Canons impériaux », cf. Renaudot,
op. cit., p. 213: I' o Lpitome des sentences des Pères »,
les collections canoniques de Farâj Allah of Akhmin
(xue siècle) et de Sati'l Fadi' il ibn al Assâl (xme siècle),
cf. Renaudot. op. cit., p. 586; F. E. Brightman. op.
cit., t. i, p. LXXI. Pour les manuscrits de ces deux collec-
tions, cf. Paris. Biblioth. nat.. Ane. fonds, n. 1-20; col-
lection de Farâj Allah: Biblioth. nat., Ane. fonds,
n. 12i-12S : collection de Ibn al 'Assâl. et Supplém.
arabe, ». 84, 85; enfin Biblioth. nat., Supplém. arabe,
n. 18, 83 : collection de Maqâra contenant les « Canons
impériaux ». Parmi les commentaires liturgiques d'au-
teurs arabes que Renaudot a mis à profit, mais qui par
ailleurs sont encore inédits : Abu Çabâ, Traité de la
science ecclésiastique; Abu'] Rircat, Une lumière dans
les ténèbres et une exposition de l'office (xive siècle),
cet écrit se trouve au Vatican, ms. arab. ncxilll (a 19 :
à Upsal, ms. Orient. 480, cf. Tornberg Codices arab.
pers. et turc. bibl. reg. unir. I -. in-8°, Upsala,
1849, p. 306; Gabriel V, Rituale sacramentorum i 141 1),
cf. Paria, Biblioth. nat.. Ane. fonds, r. '/-. Abu Dakn
ou .1. Abudacnus ou Barbatus, Historia Jacobitarum
seu Coptorum m .Fgypto, Lybia, Nubia, .Ktliiopia
totaet parte Cypri insulte liabilantiuni [edid. Th. M
challusj, in-4". Oxonii, 1675; édit. J. H. a Seelen, in-8»,
Luhocse, 1733; édit. Si.. Havescampus, in-8°, Lugduni,
1740; in-12. Oxonii. 1765; tiad. allemande par Karl
Heinrich Tromler. Abbildung der Jakobistichen., in-8»,
lena, 1749; traduct. anglaise par Ldw. Sadleir, The l rue
hisiory of the .lacobites, in-4°. London. 1692; 2e édit.,
in-4°, London. 1693; iiituale Ecclesise .Egypliacm sire
Cophtitarum quod... ex lingua copia cl arabica in laii-
num transtulit, Athan. Kircherius, anno 1647, dans
L. Allatius. SJjHMxta, in-8'. 1653. t. i. p. 236-267.
4. Dissertations. — .1. M. Vansleb, Histoire de I Eglise
d'Alexandrie, fondée par S. Marc, appelée l'Eglise des
jacobiles-coptes, in-12. Paris, 1677. cf. A. .1. Butler,
dans Academy, 1888. t. x.wiv. p. 3Ô5; Renaudot, op. cil.,
1' édit., t. I. p. iaxvi sq.. 152-302; F. Le Brun. Expli-
cation ne la messe, in-8", Paris. 1788, t. îv. p. 469-518 :
VU'- dissertation; Liturgies du patriarchat d'Alexandrie
conservées principalement par les coptes jacobites
Du Bernât. Lettre sur la religion des cophtes et sur
leurs rites ecclésiastiques, dans les Lettres édifiantes,
1838. t. i, p. 574-594; T. E. Makriri, HiMoria Coptorum
1201
ALEXANDRIE (LITURGIE;
1202
christianorum in Aigypto, arabice édita et in linguam
lalinam translata ab H. .!. Wetzer, in-8», Sqlisbaci,
1828; .T. M. Neale, History of the holy eastern Church,
in-8", London, 1850, p. 323 sq.; A. Butler, The ancien t
coplic Churches of Egypt, 2 vol. in-8°, Oxford, 1884;
Ewetts and Butler, The Churches and Monasteries of
Egypt, in-8», Oxford, 1895; B. T. A. Ewetts, Biles of
the coptic Church, in-18, London. 1888.
///. les liturgies ABYSSINES. — La liturgie normale
des Abyssins porte le nom de liturgie des Douze Apô-
tres. Cette liturgie est, pour le fond, identique à la litur-
gie copte de saint Cyrille. Les Abyssins ont quinze
anaphorse que nous énumérerons plus loin; les livres
liturgiques dont ils font usage sont : 1° le Keddàse,
contenant le texte complet de la liturgie ; 2° le Sher'àta
geçâwë (= ordo synopseos), le lectionnaire.
1. Manuscrits. — a.) Ordo communis avec anaphorse,
m--. Britisb Muséum, Orient. 545 ( XVIIe siècle); Paris,
Ethiop. 69; Berlin, Diez A d 11 (xvne siècle); Brit.
Mus.. Orient, n. 546, 547 (xvme siècle) ; Paris, Ethiop. 61,
68 (xvme siècle); Berlin, Pet. Il, n. 36 (XVIIIe siècle);
Brit. Mus., Orient, n. 548 (xixe siècle); Berlin, Orient,
quart, n. 414 (xixe siècle). — '^Anaphorse sans Y ordo
communis, mss. Bibl. Soc. Ethiop. G. (xve siècle);
cf. Rodvvell, The liturgies of S. Basil, S. Gregory and
S. Cyril from a coplic manuscript of the thirteenth
century, in-8°, London, 1870, p. 45; Paris, Bibl. nat,
Ethiop. 77* (xvie siècle); Paris, Ethiop. n. 70, 116
(xvne siècle); Brit. Mus., Add. 16202 (x\me siècle); Paris,
Et/{iop. n. 54, 60 (xvme siècle); Brit. Mus., Orient. 80
(xixp siècle) ; Paris, Ethiop. n. 132 (xixe siècle). Le ms. de
la Bodléienne, Pococke n. 6, dont le ms. Paris,
Ethiop. 136 est une copie, n'a pas de date assignée avec
précision. Voiraussi les mss. Vatican, Ethiop. XIII, xvix,
xxn, xxvin, xxix, xxxiv, xxxix, i.xvi, lxix. — y) Ana-
phorse: — 1° de saint Jean l'évangéliste; 2° de saint.Iac-
ques, frère du Seigneur, 3° de saint Grégoire l'Arménien :
4° des 318 Pères; 5° de saint Athanase; 6° de saint Ba-
sile (traduction de l'anaphore copte de sainl Basile);
7° de saint Grégoire de Nazianze; 8° de saint Kpiphane;
9° de saint Cyrille Ier; 10° de saint Cyrille II; 11° de
saint .lacques de Saroug. Cette dernière anap/iora, qui
est évidemment dérivée du syriaque, et celle de saint
Cyrille II ne se trouvent que dans le seul manuscrit Paris,
Bibl. nat., Ethiop. 69. — S) Lectionnaires; pour toute
l'année :Brit. Mus., Orient. 543 (xve siècle) ;Addit. 16249
(xixc siècle); pour les fêtes : Addil. 18993 (xvc-xvie siè-
cle); pour les dimanches: Orient. 544 (xviif siècle).
Cf. A. Dillmann, Calai, codd. mss. Musei Britann.,
in-8°, London, 1847, t. in; Calai, codd. mss. bibl. Badl.,
in-8°, Oxonii, 1848, t. vu ; Verzeichniss d. abessin.
Handschr. d. kônigl. Bibliolhek zu Berlin, in-8°, Ber-
lin, 1878; Wrigbt, Calai, ethiop. mss. in the Brit. Mus.,
in-8», London, 1877; Zotenberg, Catal. des mss. ethiop.
de la Bibl. nationale, in-4°, Paris, 1877; A. Mai, Scri-
ptorum vet. nova collectio, in-4°, Romœ, 1831 , t. v,
part. 2. p. 95-100.
2. Éditions. — a.) La pré-anapliora. C. A. Swainson,
The greek liturgies... with an appendix contaimng
the coplic ordinary Canon of the Mass... eililed and
translated by. Dr. C. Bezold, in-8°, Cambridge, 1884,
p. 349-395. Ce document, dit F. E. Brightman, est la
pré-anaphora éthiopienne d'après le ms. du Britisb
Muséum, Orient. 545, avec des variantes marginales
d'après le ms. Orient. 546 et une traduction anglaise
peu satisfaisante. Le folio suivant le fol. 43, marqué
comme disparu (p. 392) est relié comme fol. 52 dans le
manuscrit. Swainson a fait erreur en disant (préf.,
p. xi.iv) que les manuscrits que nous venons de men-
tionner ne contiennent pas Yanaphora. — (3) Ordo com-
munis avec anaphora des xn Apôtres, |Tasfâ Sion] Te-
stante» lum novum... Missale cum benedictione incensi,
cerse, etc. quse omnia Fr. Petrus Ethyops auxilio
piorum sedenle Paulo 111 pont. max. et Claudio illius
regni imperatore imprimis curavit, [Roinne] anno sal.
mdxi/viii, fol. 158-167; réimprimé dans le Bullarium
palronalus Portugalliee regum in ecclesiis Africse,
in-4°, Olissipone, 1879, t. m, p. 201-220. — Traduc-
tions : 1° latines, Modus baptizandi... item Missa
qua communilcr utioitur quse etiam Canon universalis
appellalur nunc primum ex lingua chaldsea sive
eethiopica in latinum conversse, in-4°, Roma\ muxux;
Lovanii, 1550; cette version est reproduite dans G. Witzel,
Exercitamenta syncerse pietatis, in-8°, Moguntioe, 1555,
et dans les diverses Bibliothecse Patrum, in-fol., Pari-
siis, 1575, t. iv ; 1589, t. vi; 1654, t. vi ; Coloniae Agrip-
pinœ, 1622, t. xv; Lugdini, 1677, t. xxvu; .1. A. Fabricius,
Codex apocryphus Novi Testamenti, pars, 3, in-12,
Hamburgi, 1719, p. 211-252; P. G., t. cxxxvni, col. 907-
928; G. Cassander, Lilurgica, in-lol., Parisiis, 1616,
p. 27, donne un abrégé de cette version. Une traduction
latine revisée fut donnée par Renaudot, op. cit., t. I,
p. 472-495, et réimprimée dans le Bullarium palronatus
Portugalliee, in-8°, Olissipone, 1879, t. n, p. 239-257;
2° traduction anglaise faite sur le latin, T. Brett, A col-
lection of the principal liturgies, in-8°, London, 1720,
p. 81-90; autre édition d'après le ms. de 1548 et le ms.
Brit. Mus., Addil. 16202, dans Rodvvell, Ethiopie litur-
gies and hynins, in-8°, London, 1864, p. 1-26. Ce der-
nier auteur donne une anaphora pour les funérailles
(p. 43 sq.), qui n'est qu'une forme de Yanaphora des
apôtres. — y) Autres anaphoree. Nous avons déjà inven-
torié onze anaphorse manuscrites; il y a lieu d'y ajouter
les quatre suivantes, auxquelles nous donnons un numéro
de série à la suite des pièces manuscrites : 12° Anaphora
de Notre-Seigneur Jésus-Christ, éditée dans le Testamai-
tum novum, etc., Romae, 1548; p. 168 sq. .1. Ludolf, Ad,
suam historiam sethiopicam commentarius, in-fol.,
Francofurti ad Meenum, 1691, p. 341-345; Bullarium
patronatus Portugalliee, p. 221-224 ; traduction latine
dans Ludolf, loc. cit., et traduction anglaise dans
Rodwell, op. cit., p. 27-31. d'après l'édition de 1548 de
Ludolf, op. cit., 13° Anaphora de Notre-Dame compo-
sée par Cyriaque de Rehnsa, éditée dans Testamentum
novum, p. 170 sq., et Bullarium, p. 225-233; traduct.
angl. dans Rodwell, op. cit., p. 31-40, d'après le ms.
Brit. Mus., Addil. 16201 ; 14° Anaphora de saint Dios-
core, éditée par Vansleb dans Ludolf, Lexicon mthiopi-
cum, in-4°, London, 1661, appendice, d'après le ms.
Bodléienne, Pococke 6 ; cette version est reproduite dans
Bullarium, p. 260-262; traduction latine par Vansleb,
loc. cit., reproduite par P. Le Brun, op. cit., t. iv,
p. 564-579, et Bullarium , p. 261-263; traduct. angl. dans
Rodwell, op. cit., p. 46 sq. D'après le ms. Brit. Mus..
Addil. 16202; 15° Anaphora de saint Jean Chryso-
stome, dans A. Dillmann, Chrestomathia œthiopica,
in-8u, Lipsiae, 1866, p. 51-56, d'après le ms. Bodléienne,
Pococke 6.
S. Sources diverses. — Les « Canons ecclésiastiques
des Éthiopiens » qui font partie du Sïnôdôs ou code de
l'Église d'Abyssinie, sont une transformation des « Ca-
nons ecclésiastiques » en dialecte sahidique, et les
canons 31-62 correspondent aux divisions 21-71 qui
portent le nom de « Statuts des apôtres » dans le docu-
ment éthiopien. C'est donc une version étbiopienne des
Kavoveç •:•?,<; èv 'Ac-furcTov àx/.).r,<jta; de Lagarde, dans
C. C. J. Bunsen, Analecta anteniesena, in-8°, Londini,
1854, t. n, p. 451 sq. Le texte éthiopien des 23 premiers
« statuts » a été donné par J. Ludolf. op. cit., p. 314-328,
la traduction latine dans D. Cabrol et D. Leclercq,
Monum. Ecoles, liturg., in-4°, Paris, 1902. I. i. p. 149',
n. 4148-4158. Pour les manuscrits, cf. Fell, Canones
apostolorum mthiopice, in-8», Lipsiae, 1871, p. 8-11 ; F. X.
Funk. Die apostolischen Konslilutionen, eine literar-
historische Untersuchung, in-8°, RottenDurg, 1891,
p. 245 sq. L'anaphora a été donnée par F. E. Bright-
1203
ALEXANDRIE (ÉLECTION DU PATRIARCHE]
1204
mari, op. cit., t. I, p. 189 : The anaphora of the ethi-
opic C hure h ordinances. La version éthiopienne se dis-
tingue de la sahidique par la présence des prières
employées pour l'ordination de l'évêque et du prêtre,
mais moins prolixes que dans le texte grec; nous avons
ici un texte dépendant de celui qui a dû être la source
commune de l'éthiopien, du sahidique et du livre VIIIe des
Constitulions apostoliques. Le « statut » xxi corres-
pond au canon sahidique 31 et aux ch. iv-xv de ce
livre VIII. Cf. Monum. £>-/"<•. liturgica, t, i, n. 4156.
La formule Recordantes igilur mortis ejus, etc., est
dans une étroite relation avec le livre VIII, c. xn:
Mep.vvjjiévo'. tocv'jv toO TtotOoyç aùxou •/.. t. ).. P. G.,
t. i, col. 1104. Il y a là l'indice d'une source com-
mune.
L'anaphora emprunte aux « Canons d'Hippolyte » l'of-
fertoire et le dialogue, F. E. Brightman, op. cit., t. i,
p. 189, lign. 2-16, et l'oblation de l'huile après l'invoca-
tion. Ibid., p. 190, lign. 25-27. Cf, H. Achelis, Die Cano-
nes Hippolyli, in-8°, Lipsiae, 1891, p. 48-51, 56; pour
les relations avec la liturgie Clémentine, cf. F. E. Bright-
man, op. cit., t. i, p. xxvi, xxx, xxxn, i.xxv; pour les
emprunts à l'anaphora éthiopienne des Apôtres qui est
prise des « Canons ecclésiastiques éthiopiens » par l'ad-
dition de quelques traits empruntés à l'anaphore égyp-
tienne, cf. F. E. Brightman, op. cit., t. I, p. 228.
lign. 31-21; p. 231, lign. 6 sq.,11 sq.; p. 232, lign. 1-35
p. 233, lign. 5-9, 26-29; p. 234, lign. 15; p. 235, lign. 23
p. 237, lign. 14-25; p. 243, lign. 14-17.
La date de cette anaphora n'a pu encore être fixée.
Parmi les écrits dont on peut faire usage pour éclai-
rer la liturgie abyssine, citons d'abord le « Testament
du Seigneur » n'ayant que des liens assez lâches avec
celte liturgie, cf. P. de Lagarde, Reliquise jaris eccl.
antiq. syror., in-8", Yindobonae, 1856; le même érudit a
donné une traduction grecque dans Reliquise juris eccl.
anliquiss. g rsece, in-8°, Vindobonœ, 1856; M. R. James,
Apocrypha anecdota, in-8°, Cambrigde, 1893, p. 151 sq.;
IgnaiiusEphraemlI Rahmani, Testamentum D. N.J.-C,
in-4», Moguntiae, 1899. Les derniers manuscrits de la
collection canonique Sinôdôs contiennent une série de
prières liturgiques, cf. les mss. Brit. Mus., Orient. 793,
7.95, 790, tous du xvine siècle; le ms. Orient 794
(xve siècle) n'a pas ces prières. Le cérémonial du prêtre
contient quelques indications : cf. les mss. Brit. Mus.,
Orient. 549, 550, 788, 799 (xvme siècle), et Addit. 10205.
Un traité sur l'office du prêtre, cl. les mss. Brit. Mus.,
Orient 829' (xvin* siècle), le Fatcha nagasht (= la Loi
des Rois), »st une version de la collection arabe d'ibn al
'Assâl.
Les principales dissertations à consulter sont : f'ran-
cisco Alvarez, Verdadera informaçam dus terras do
Preste Joam, in-fol., [Coimbra,] 1540; traduction an-
glaise de lord Stanley of Alerley, Narrative of the Por-
tuguese embassy to Abyssinia during the years 1520-
1527, in-8°, London, 1881; J. Ludolf, Historia mthio-
jnca, in-fol., Francofurti ad Mœnum, 1681; le même,
Ad suam historiam ethiopicam anlehac éditant com-
mentarius, in-fol., Francofurti, 1691 ; E. Renaudot,
Liturg. orient, coll., t. i, p. 496-518; P. Le Brun, Expli-
cation de la messe, t. îv, p. 519-579, VIIIe dissertation :
Sur le christianisme et les liturgies des Éthiopiens ;
Bruce, Travels, in-8», Edinburgh, 1805; J. M. N'eale.
The patriarchate of Alexandria, in-8°, London, 1817;
Gobât, Journal of a three years' résidence in Abyssi-
nia, in-8°, London, 1847; Harris, The Uightands of
Ethiopia, in-8", London, 1844, t. m; Bent, The sacred
cily of the Ethiopians, in-8°, London, 1893; Evetts et
Butler, The churches and monasteries of Egypt, in-8°,
Oxtord, 1895, p. 284-291. Une excellente bibliographie
dans U. Chevalier, Répertoire des sources historiques,
Topo-bibliographie, in-4°, Montbûliard, 1895, col. 1050-
1051.
Notre bibliographie nous a amené à reconnaître l'exis-
tence de trois groupes ecclésiastiques de rit alexandrin;
chacun d'eux lait usage de textes différents : liturgie
grecque de saint Marc, la liturgie copte de saint Cyrille,
la liturgie abyssinienne des Douze Apôtres. Ces textes ne
diffèrent entre eux que par des variantes postérieures;
ils offrent, à travers ces altérations accidentelles, un
fond identique dans leurs parties communes, qui est
l'antique liturgie alexandrine. « Le trait le plus caracté-
ristique de la liturgie alexandrine. écrit Msr Duchesne,
c'est que la grande supplication, au lieu de venir après
la consécration, s'intercale dans la préface. De cette
façon, le Sanctus, les paroles de l'institution, l'épiclèse,
se rencontrent beaucoup plus tard que dans la liturgie
syrienne. Cette disposition de l'anaphora est déjà signa-
lée par Jacques d'Edesse à la fin du VIIe siècle. Il re-
marque aussi que le salut avant la préface est bien
moins compliqué qu'en Syrie; le célébrant se borne à
dire : Dominus vobiscum omnibus; de même l'accla-
mation du peuple, en réponse au Scinda Sanctis, pré-
sente certaines particularités de formule '. »
H. LECLERCQ.
III. ALEXANDRIE. — ÉLECTION DU PATRIARCHE. —
L'élection ou l'ordination du patriarche d'Alexandrie
est une question qui a donné lieu à de longues discus-
sions grâce au texte fameux de saint Jérôme. Dans sa
lettre 46e à Évangélus, en combattant l'erreur de quel-
ques-uns qui prétendaient que le diacre a une dignité
égale à celle du prêtre, il s'exprime ainsi : Alexandrise
a Marco evangelista usque ad Heraclam et Dionysium
episcopos, Presbyteri semper unum ex se electum in
excelsiori grad.u collocatum, Episcopum nominabant :
quomodo si exercitus imperatorem faciat, aut diaconi
eliganl de se, quem industrium noverint, et archidia-
conum vocent 2.
Ainsi, d'après saint Jérôme, jusqu'au milieu du
ni1 siècle environ, c'était le collège des prêtres qui éli-
sait et nommait l'évêque.
Ce témoignage donné isolément, comme on fait en
général, perd une partie de sa valeur, et parfois on
s'en est débarrassé assez lestement en disant que saint
Jérôme étant le seul à nous en parler a pu. après
tout, se tromper. Mais il y a d'autres témoins à en-
tendre.
Le texte d'un certain patriarche melcliite d'Alexandrie
Eutychès que l'on a rapproché du précédent, s'exprime
ainsi :
Fuitque is (Hananias, baptisé pur sainl Marc)pa/i iar-
charum qui Alexandrie prxfecti sunl prunus. Con-
stituit autem evangelisla Marcus, iota cum Hanania
palriarcha, duodecim presbyleros, qui nempe cum
patriarcha manerent, adeo ut cum vacaret patriar-
chatus, untcni e duodecim presbyteris si ujus
capili reliqui undecim manus imponentes ipsi bene-
dicerent et patriarcham crearent; deinde virum ali-
queni insignem eligerent quem secum presbyterum
constituèrent loco ejus qui foetus est patriarcha, ut
ita semper extarent duodecim. Neque desiil Alexan-
drie institut uni hoc de presbyteris. ut scilicet patriar-
chas crearent ex presbyteris duodecim, usque ad tem-
pora Alexandri patriarchie Alexandrini, qui fuit ex
numéro Mo trecentorum cl oclodecim. 1s aule»' vetuit
ne deinceps patriarcham presbyteri crearent. Et de-
crevit ut mortuo patriarclia convemrent episcopi qui
patriarcham ordinarent. Decrevit item ut, vacante
patriarchatu, eligerent ex quacumque tandem reg
sive ex duodecim iltis presbyteris. sine aliis. WWW
aliquem eximium, perspectm probitalis, eun/ ne pa-
triarcham crearent. Atque ita evanuit institution
illud anliquius, quo creari solitus a presbyteris patruir-
' L. Duchesne, Origines du culte chrétien, in-8', Paris, l^i*.
p. 76 sq. — ■ P. L., t. xxn. col. 1194.
-1205
ALEXANDRIE (ELECTION DU PATRIARCHE
1-206
cha, et successit in locum ejus decrelum de patriar-
cha ab episcopis creando '.
Ce texte, plus précis et plus détaillé en un sens que
celui de saint Jérôme, fut mis au jour, au plus fort des
controverses protestantes sur les origines de l'épiscopat,
par Jean Selden qui s'en fit une arme contre les théolo-
giens catholiques2. Abraham Echellensis, dans son
Eutychius vindicatus 3 , s'efforça de lui répondre
Même en laissant de côté les arguments théologiques
d'Abraham, on ne peut s'empêcher de remarquer, avec
un critique moderne, que le texte d'Eutychius est
d'époque bien récente (xe siècle), qu'il offre avec celui
de saint. Jérôme des divergences considérables, que
d'une façon générale Eutychius est peu au courant de
l'histoire d'Alexandrie, que ce patriarche arabe semble
•voir ignoré le grec, enfin que Sévère, évêque d'Eshmu-
aain, qui est presque son contemporain, et qui lui est
supérieur par l'érudition, raconte les origines de l'Église
d'Alexandrie d'une façon toute différente i. Ce témoi-
gnage ne suffirait donc pas à donner à l'assertion de
saint Jérôme une grande autorité.
Mais on vient tout récemment de jeter dans la dis-
cussion deux nouveaux textes. Le premier, cité par
dom Butler dans sa Lausiac history of Palladius°, est
tiré des apophtegmes du moine égyptien Pœmen :
TH).6ov itozi tiveç aîpETixot îrpb; toù Hoi|j.éva y.ai ^pÇavro
xaraÀaXeîv toO apjçtsTita^oiro'j 'AXe^avSpecaç go; otÎ uapà
7rpecrëuT£pa)v iyot. x/jv ^eipotoviav, 6 cï yÉptûv attoTiricTaç
âçwvY)<re xbv àSsXçov aùtoû xat eItte" IïapâOEç tï)v tpâ7teÇav
xac irot'ï)(jov a-Jxo'j; ipayEiv xa\ Tteaiov avxoijç (/.et'
Etp7,VY)Ç 6.
Il ressort de ce texte qu'à l'époque de Pœmen l'arche-
vêque d'Alexandrie reçoit encore l'ordination de la main
des prêtres, du moins au dire des interlocuteurs de
Pœmen, qui à la vérité sont hérétiques, mais auxquels
le saint moine ne trouve rien à répondre. Il faut remar-
quer de plus que, tandis que pour saint Jérôme cette
coutume prend fin au temps d'Héraclas ou deDenys, les
contemporains de Pœmen en parlent comme d'un rite
encore en vigueur. Or Pœmen d'après le Dictionary of
Christian Biography, vivait de 390 à 460. Cependant
cette date est discutée par Ch. Gore, qui rappelle fort à
propos que Rufin visita Pœmen en 375 7. Si cette diver-
gence prouve clairement que les deux témoignages sont
indépendants l'un de l'autre, elle ne contribue certes
pas à éclaircir la question.
L'archevêque d'Alexandrie dont il est question ici est
donc très probablement saint Athanase, mort en 373.
Mais saint Athanase, nous le savons par ailleurs, ne fut
pas ordonné à la façon suggérée par les hérétiques,
mais bien par des évêques, sous les yeux et au milieu
des acclamations de la loule, comme le disent les
évêques d'Egypte réunis à Alexandrie au synode de 339.
Ce texte ne serait donc qu'un spécimen des nombreuses
calomnies inventées par les hérétiques contre saint
Athanase.
A ce témoignage il faut ajouter celui que vient de
mettre récemment au jour l'Anglais E. W. Brooks et
dont voici la traduction du syriaque :
« La coutume était aussi que l'évêque de la ville re-
nommée pour sa loi orthodoxe, la ville des Alexandrins,
fût autrefois nommé par les prêtres; mais plus tard et
d'accord avec le canon qui a prévalu partout, l'institu-
* Eutychi, Alexandrini patriarchx Annales, P. G., t. CXI,
col. 982. Cette version faite sur le texte arabe est de Seldenus; la
version d'Abraham Echellensis du même passage, ne s'éloigne
pas beaucoup de la précédente. Voir P. G., t. exi, col. 903 sq.
— 2 Contextio gemmarum sive Eutychii patriarchse Alexan-
drini Annales, Illustr. Joanne Seldeno, chorago ; interprète
Edw. Pocockio, Oxoni 1658. Cf. aussi Lightfoot, The Christian
mtnistry, p. 230 sq., dans l'appendice de son livre The Epistles
to the Philippians, 1868. — ^Romae, 1661. typis de Propag.
fide. — 'Charles Gore, On the ordination of the early Bishops of
tion solennelle de leur évêque a été accomplie par le
mains des évêques, et personne ne méprise les règles
plus sévères qui ont prévalu dans les saintes églises, et
n'a recours aux pratiques anciennes, qui ont fait place
à d'autres ordonnances plus claires, plus strictes,
approuvées et spirituelles. »
Ce passage est tiré d'une collection de lettres de
Sévère d'Antioche, traduites en syriaque par Athanase
de Nisibe, et qui est contenue dans deux manuscrits du
British Muséum, Add. 12, 181, et Add. 14, 600. C'est
dans la 3e lettre de la seconde section adressée aux or-
thodoxes d'Emése, que l'auteur discute la prétention
d'un certain Isaïe qui avait été ordonné par un seul
évêque et qui alléguait en faveur de la légitimité de son
ordination un ancien canon. Sévère lui répond que les
anciennes règles n'ont plus de valeur quand elles ont
été remplacées par de nouvelles, et à ce pçopos il cite
le fait de la nomination des évêques d'Alexandrie 8.
Son témoignage a une toute autre autorité que celle
d'Eutychius, car il lui est antérieur de 400 ans, et l'au-
teur écrit en Egypte durant son exil, de 518 à 538.
Néanmoins il ne sera pas inutile de remarquer avec
Brooks que Sévère est encore de 200 ans postérieur à
Alexandre, de 250 ans postérieur à l'épiscopat de Héra-
clas et de Denys (233-265), sous lequel il semble, d'après
saint Jérôme, que soit survenu le changement de disci-
pline. Mais pour divergents que soient ces textes, et
par cela même qu'ils paraissent indépendants les uns
des autres, il ne semble pas possible de les rejeter en
bloc. Il reste, dans tous les cas, qu'une tradition, fondée
ou non, nous l'examinerons plus loin, eut cours en
Egypte et même au delà, depuis le IVe siècle jusqu'au
Xe au moins, enseignant que la nomination ou l'ordina-
tion de l'archevêque d'Alexandrie était, contrairement à
la discipline ordinaire, remise aux mains du collège des
prêtres. Des auteurs orthodoxes de l'Église latine au
IXe siècle, et, au Xe, Amalaire, et le pseudo-Alcuin, qui
est un auteur d'une certaine valeur9, admettent pure-
ment et simplement le fait que les évêques d'Alexandrie
étaient élus par leurs collègues dans le sacerdoce, et ne
recevaient pas une nouvelle ordination. C'était, pour ces
auteurs, un souvenir d'une certaine identité primitive
entre les prêtres et les évêques.
Le texte de saint Jérôme- étant ainsi placé en bonne
lumière par ces autres témoignages, il s'agit de l'étudier
de plus près et d'en discuter les termes.
Il y a deux choses dans ce passage : l'opinion de saint
Jérôme sur l'origine de l'épiscopat en général, et le fait
même d'Alexandrie.
1° Sur le premier point nous serons brefs parce que
la question ne se rapporte qu'indirectement au sujet
que nous traitons; néanmoins il en faut dire un mot.
Dans plusieurs passages de ses écrits, saint Jérôme
semble dire qu'à l'origine il n'y avait pas de dillérenee
entre les prêtres et les évêques. Chaque Eglise était
gouvernée par un conseil de presbytres égaux entre
eux; cet état dura jusqu'au jour où, pour éviter les
schismes ou les divisions dans ce conseil, on dut choisir
l'un d'eux, comme évêque, pour les régir et rétablir
l'unité. Sur ce point, nous ne citerons, en dehors du
témoignage déjà produit sur Alexandrie, qu'un texte
qui nous parait suffisamment clair. On en trouvera
d'autres ayant la même signification, dans l'ouvrage du
Alcxandria, Journal of theological studies, 1902, t. m, p. 279.
La Chronique de Sévère va être publiée par M. Evetts. Cf.
Egypt exploration fund, archasological report. 1900-1901, p. 79.
— * Text a. studies, t. vi a, p. 213. — * P. G., t. lxv, col. 341.
— 7 Ch. Gore, dans Journal of theological studies, t. m, p. 280.
— 8 E. W. Brooks, The ordination of the early Bishops of
Alexandria, dans Journal of theological studies, 1901, t. Il,
p. 612, 613. — 9 Amalaire, De eccles. offte, 1. II, c. xui, P. L.,
t. cv, col. 1090; Ps. Alcuin, De div. offic, 1. XXVII, P. L.,
t. ci, col. 1237.
1207
ALEXANDRIE (ÉLECTION DU PATRIARCHE)
1208
P. Sanders qui a repris dernièrement sur ce point et
avec beaucoup de soin, l'étude des ouvrages de saint
Jérôme1. Idem est ergo prcsbyler qui et episcopus,
dit-il dans son commentaire de l'Epitre à Tite, i, 5, et
antequam diaboli instinctu studia in religione fierint,
et diceretur in populis : ego sum Pauli, ego Apollo,
ego autem Cepliœ, communi presby terorum concilio,
Ecclesise gubernabanlur. Postquam vero unusquisque
eos quos baplizaverat suos putabat esse, non Christi,
in tolo orbe decretum est, nt unus de presbyteris ele-
ctus superponeretur rœleris, ad queni omnis Ecclesise
cura pertineret, et schismaluni semina tollerentur2.
Il explique ensuite son sentiment : Putet aliquis non
scripturarum , sed nostram esse sententiam, episcopum
et presbyterum unum est, et aliud setatis, aliud esse
nomen of/icii. Mais il s'appuie sur l'épitre aux Phi-
lippiens; dans cette ville il ne pouvait, dit-il, y avoir
plusieurs évêques : Pliilippi una est urbs Macedonise,
et certe in una civitale plures, ut nuncupantur, epi-
scopi esse non poterant. Sed quia eosdem episcopos illo
tempore quos et presbyteros appellabant : propterea
indifférente)' de episcopis quasi de presbyteris est lo-
cutus*.
A ces textes on en oppose d'autres dans lesquels saint
Jérôme semble d'une façon très formelle admettre au
contraire une distinction fondamentale, dès l'origine,
entre évêques et prêtres 4, par exemple celui-ci : prxdi-
catin evangelii dari debuit nummulariis et trapezitis,
id est... cseteris doctoribus, quod fecerunt et apostoli,
per singulas provincias presbyteros et episcopos ordi-
nanles"=>. Il reconnaît donc ici que les apôtres insti-
tuèrent à la fois des évêques et des prêtres ; du reste,
dans plusieurs autres Églises. Rome, Antiocbe. Jérusa-
lem, même Alexandrie, il admet qu'il n'y eut dés l'ori-
gine qu'un seul évoque c.
Ainsi d'après ces textes, il semble nécessaire de con-
clure ou bien que saint Jérôme se contredil, ou bien,
comme l'explique Sanders, qu'il a toujours admis une
exception pour certaines Églises à l'origine, et que cette
révolution qui, à un collège de presbytres égaux entre
eux, a substitué un évèque président, s'est accomplie du
vivant même des apôtres, ce qui. pour le dire en pas-
sant, enlève à peu près toute difficulté tbéologique.
Saint Jérôme n'appuie du reste cette opinion sur aucun
fait, sur aucun texte, sauf le fait de l'Église d'Alexandrie
qui est en question. Nous reviendrons, à propos du mot
Évèque, sur ce sujet, mais desmaintenani il fallait dire
un mot des sentiments de saint Jérôme, afin d'apprécier
la valeur de son témoignage sur la question d'Alexan-
drie.
2° Venons-en maintenant plus directement à ce fait
d'Alexandrie. Saint Jérôme reconnaît bien que cette
Église a été fondée par saint Marc, mais après lui les
prêtres élisaient un des leurs et le nommaient évèque.
Il ne dit pas qu'ils lui donnaient la consécration épis-
copale. Le fait d'un évèque élu et nommé par ses co-
presbytres constituerait une dérogation à la discipline
ordinaire, mais nous ne voyons pas pourquoi les théolo-
giens même les plus rigoureux ne l'accepteraient pas.
Car la discipline de I élection épiscopale a été soumise
à bien des variations. S'il s'agissait non plus d'une
simple nomination ou élection, mais d'une consécration
dont saint Jérôme ne parle pas en termes formels,
mais que l'on pourrait déduire de Bes expressions et
surtout de celles des autres témoins que nous avons
cités, la difficulté serait, au point de vue théologique,
beaucoup plus considérable. Admettre une irrégularité
de cette nature, qui pendant des siècles aurait entaché
1 Dom Léon Sanders, Études sur saint Jérôme (notamment
tur La distinction entre l'épiscopat et te presbytérat), in-8',
Bruxelles et Paris, 1903, p. 296 sq. - 'P. I... t. \xvi, col. 561 sq.
— » Loc. cit. — * Ces textes sont réunis soigneusement dans Mi-
d'invalidité l'ordination de ces patriarches, est hors
de question. L'évêque possède la plénitude du sacerdoce,
le prêtre possède le même sacerdoce, mais à un degré
moindre. Il n'y a pas entre eux différence substantielle.
Ne pourrait-on pas admettre que, dans l'espèce, les
presbytres d'Alexandrie jouissaient tous de la plénitude
du sacerdoce? L'un d'eux, désigné par l'élection, devenait
donc comme naturellement évèque, fans être soumis
à une nouvelle ordination. On a proposé la même
hypothèse à l'origine pour résoudre les difficultés qui
proviennent de la confusion entre les termes presbytres
ou épiscopes, et la même solution s'appliquerait en
particulier aux textes de saint Jérôme qui semblent
bien, nous l'avons dit, impliquer à l'origine une sorte
d'identité entre les deux degrés de la hiérarchie. Malgré
les difficultés que cette opinion présenterait encore, c'est
la seule qui reste, selon nous, si l'on admet la réalité
du fait de l'élection et de la consécration du patriarche
par les prêtres d'Alexandrie.
Mais ce fait est-il réel? En dehors de toute considé-
ration théologique, il laisse encore place à bien des
doutes. Sans parler des autres témoins très sujets à
caution, nous l'avons dit, saint Jérôme lui-même n'est
guère mieux renseigné que ses contemporains sur les
origines. Tout en admirant son érudition, sa perspica-
cité, et ses grandes qualités d'exégète, il faut bien
admettre que dans plusieurs questions il manque du
sens historique, et on pourrait relever chez lui d'assez
nombreuses erreurs à ce point de vue, surtout pour la
période des trois premiers siècles.
M. Charles Gore, que nous avons déjà cité, a fait en
outre valoir une très sérieuse objection à laquelle on
n'avait pas songé et qui tend à infirmer le témoignage
de saint Jérôme et des autres écrivains cités. Elle est
tirée d'Origène. Origène vécut et enseigna à Alexandrie
jusqu'en 231, étant alors âgé de quarante-cinq ans. Tout
le monde sait qu'il eut des différends avec l'évêque
de cette ville, son propre évèque, et ceux de la contrée;
un synode d'évêques le bannit, un autre l'interdit, injus-
tement, dirent Origène et ses amis. En 231 il quitte
Alexandrie; deux ans après Héraclas prit la place de
Démétrius; c'est sous ce nouvel évèque qu'eut lieu,
d'après saint Jérôme, le grave changement de discipline
qui enleva aux prêtres d'Alexandrie la nomination et
l'ordination de l'évêque, et probablement cette discipline
aurait été appliquée pour l'ordination de Denys, succes-
seur d'Héraclas en 249. Ce temps est celui de l'acti-
vité littéraire d'Origène. Ce dernier ne manque pas,
quand l'occasion se présente, de dire ses griefs contre
les évêques. Il y a dans ses ouvrages plusieurs allusions
aux évêques et aux prêtres et à la constitution de l'Église.
Or jamais rien qui laisse soupçonner un état de choses
aussi particulier que celui qui nous est dépeint par le3
auteurs cités. Il nous montre les évêques tout à fait
distincts des prêtres, nulle part il ne les accuse de s'éle-
ver aux dépens de ces derniers; bien plus, en un passage
de ses ouvrages il fait allusion à l'élection des évoques
à l'occasion de Moïse qui, au moment de mourir, choisit,
non pas un de ses fils pour lui succéder, mais un étranger.
Et il s'exprime ainsi : discant ecclesÙMmr» principes
successores sibi non eos, qui consanguinitata gpneri»
juncti sunt, nec qui camis propinquitate soàantta;
testamenlo signare, neque hsereditariwm traders
Ecclesiœ principatum. sed referre adjudiciwn Dei, ri
non eligere ïllum,quen\ humains commendataffeçtus,
sed Dei judieio totuni de successoris electione permit-
terè... Si ergo tantus Ule ac toits liovtet non per-
mittit judieio suo de eligendo principe popuii, de
chiels, De origine episcopatus, in-8-. Lovanii, 1900, p. W) Uto,
et discutés à nouveau dans Sanders, loc. cit qui
diflère sur quelques points du précédent. -'Comment, in ilatth.,
xxv, 26, iS. — ■ Sanders. loc. cit.. p. 324.
1209
ALEXANDRIE (ÉLECTION DU PATRIARCHE]
1210
stituendo successore, quis erit qui audeat, vel ex plèbe
qute ssepe clam or i bus ad gratiam, aut pretio forlassis
excitata moveri solet, vel ex ipsis etiam sacerdotibus
quis erit qui se idoneum ad hoc judicet, nisi si eux
oranti, et petenti a Domino reveletur? etc. '.
C'était l'occasion ou jamais de parler de cette singu-
larité disciplinaire; mais les expressions d'Origène,
comme le fait remarquer Gore, ne permettent pas de
supposer que le mode d'élection et d'ordination
d'Alexandrie fût différent de celui des autres Églises ou
qu'un changement ait été introduit sur ce point de son
temps 2. A ce texte rappelé par cet auteur, nous pouvons
en ajouter quelques autres tirés de nos Monumenta Li-
turgica et qui tendent à la même conclusion. Ego
non subjiciar episcopo, qui mihi a Deo ordinatus
est Pater? Non subjiciar presbytero qui mihi Domini
diynatione prsepositus est3? L'ordination de l'évêque
est ici nettement distinguée de celle du presbytre.
Et ailleurs : Xoù el xaXwç ap-/ou<7ov ot ap-/ovTE; iv ttj
'Ev.y.Xï)<7ta, TÎjv xarà 6ebv jtarpîSoç, Xêyw Sï tt|Ç 'ExxX-rj-
o:a; XsyôfJLSVoi TipooraTai. Quod si (/ni in Ecclesia prae-
sunl, hoc est Ecclesia; vocati antisliles, illi ([use. secun-
dum Deum est patries recte prsesunl 4. Requiritur enim
in ordinando sacerdote et prsesentia populi, ut sciant
omnes et certi sint\ Plus loin l'onction est requise
pour tous les prêtres : Omnes enim quicunque un-
guento sacri chrismatis delibuli sunt, sacerdotes efjecti
SUllI ''.
Toujours les évêques sont distingués et séparés des
prêtres avec le même soin que ceux-ci le sont des
diacres : r^Kdjjuvoi; 'ev rr, 'ExxXï)iria È7it<Txo7ra-j ôpôvou,
r} TrpEirëuTEpiov) tiixtiç, r, ô:axovt'a; eî; tôv Xabv toû 0eoO ".
Il parle dans plusieurs autres textes et dans les mêmes
termes que les auteurs du temps, des trois degrés de
la hiérarchie, en distinguant soigneusement les trois
ordres, sans jamais laisser place à l'hypothèse d'une
sorte d'égalité originelle entre prêtres et évêques, ou
d'une différence dans l'Église d'Alexandrie avec la dis-
cipline courante 8.
Clément, son prédécesseur, suppose toujours aussi
la même distance entre prêtres et évêques qu'entre
diacres et prêtres : èizù xoù èvrotiJÔa xarâ tt|v 'ExxXr)<Hav
itpoxoTtai ÈTndxÔTtiov, irpea-êoTspajv, Staxovwv, in ecclesia,
progressiones episcoporum, presbyterorum, diaco-
narum sunt9.
Ajoutons deux textes, le premier tiré des Actes de
Pierre d'Alexandrie qui ont été contestés autrefois
mais qui aujourd'hui paraissent reprendre de la
valeur. On y voit qu'Achillas, successeur de saint Pierre
et prédécesseur d'Alexandre, fut intronisé par les évêques
après qu'ils l'eurent revêtu du pallium de son prédé-
cesseur et qu'ils eurent fait pour son ordination, -/stpo-
Tovîa, toutes les choses ordonnées par les canons 10. Ce
passage répond sinon au texte de saint Jérôme, au
moins à celui d'Eutychius, et à l'assertion des ariens
devant Pœmen. L'autre texte tiré de saint Épiphane,
contemporain de saint Jérôme, vivant non loin de
l'Egypte et assez au courant de son histoire religieuse,
suppose que le peuple prend part à l'élection des évêques
1 In A'imt., homil. xxu, 4, P. G., t. xn, col. 744, 745. — 2 The
mmtstry of the Church, Londres, 1889, p. 134 sq., et l'article On
Ihe ordination of the early Bishops of Alexandria, dans Jour-
nal of theological studies, t. H (1902). p. 281. — 3 Homilix in
Lucam, xx, dans Monumenta Ecclesix liturgica, 1. 1, n. 1407. —
* Contra Celsum, vin, 75, P. L., t. xi, col. 1629; cf. Monumenta,
n. 1457. — 5 Homil. in Levit., VI, 3, Monumenta, n. 1183. — " Ho-
mil. in Levit., ix, 9, Monumenta, n. 1197. — "■ Libri in Malth.,
t. xv, n. 26; Monumenta Ecclesix liturgica, 1. 1, n. 1056. — 8 Cf.
Monumenta Ecclesix liturgica, t. i, n. 997, 1016, 1057, 1059; à
propos de ce dernier, voir P. G., t. XIII, col. 1451, la note de Huet;
puisn. 1073, 1074, 1289, 1310, 1334, 1383, 1406. — 9 Strom., 1. VI,
c. xm. — ,0 Acta sincera, dans Mal, Spicilegium , t. m, p. 671 ;
cl. P. G., t. xvin, col. 455 sq. Une monographie sur le martyre
de saint Pierre d'Alexandrie est préparée par Achelis, cf. Journal
d'Alexandrie, car dès qu'un évêque d'Alexandrie était
mort, la coutume était qu'on lui en substituât promp-
tement un autre pour empêcher les divisions des peuples
qui eussent voulu dillérentes personnes. Il soutient
ailleurs comme un point de foi contre les ariens, que
les prêtres peuvent bien donner des enfants à l'Église
(par le baptême), mais non des pères (par l'ordination)
c'est-à-dire des prêtres ou des évêques n.
En somme il nous semble qu'on fera bien de ne pas
s'engager trop à fond et à la légère sur le texte de saint
Jérôme et des autres. Tout ce qu'on peut dire avec cer-
titude, c'est qu'au IVe siècle et dans la suite une tradition
s'est établie qui a pris une certaine consistance, d'après
laquelle on crut qu'à l'origine les évêques d'Alexandrie
étaient élus ou sacrés par le collège des prêtres. Cette
tradition fut-elle mise en cours par les ariens au sujet
d'Athanase, ou bien a-t-elle un fondement plus sérieux
dans les laits, c'est ce qu'on ne saurait affirmer avec
certitude. Les textes de Clément et d'Origène aussi
bien que leur silence, inclineraient à penser le con-
traire.
Bibliographie. — Sur la succession épiscopale voir
une bibliographie très étendue dans dom L. Sanders,
Études sur saint Jérôme, in-8°, Paris et Bruxelles, 1903,
p. 335 sq.; à cette bibliographie, il faut ajouter Douais,
Les origines de l'épiscopat dans Mélanges Cabrière,
t. i, p. 25, notamment § m, Le passage à l'épiscopat
unitaire. — Réville, Les origines de l'épiscopat, Paris,
1894. — Michiels, De origine episcopalus, Lovanii,
1900. — Pearson, Vindicix Ignatianse, c. n, p. 1, traite
longuement la question de la succession des patriarches.
— Tillemont, Mémoires pour servit1 à l'histoire ecclé-
siastique, 1701, t. n, p. 509. Notes sur saint Marc,
note 10, si l'évesque d'Alexandrie a été ordonné par des
prêtres et seul évesque en Egypte. — John Mason Neale,
A history of the holy eastern Church, the Patriarchale
of Alexandria, [Londres, 1847,] 1. 1, p. 9 sq. — Renaudot,
De patriarcha Alexandrino dans Liturgiarum orien-
taliun collectio, 1847, t. i, p. 356 sq. — Du Sollier
Séries chronologica palriarch. Alexandrinorum. Acta
sanct., jun. t. v (dans l'éd. de Paris, 1867, au t. vu),
p. 8', 9", 10', 11', parergon I, De anliquo ritu electionis
et ordinationis patriarch. Alexandr. — Le Quien, De
patriarchalu Alexandrino, dans Oriens chrislianus,
t. n, p. 329-368. — P. Rohrbach, Die Alexandrinischen
Patriarchen als Grossmacht in der kirchen- polilischen
Enlwickelung des Orients, dans Preussische Jahrb'à-
cher, Berlin, 1891, t. lxix; à part, Berlin, 1891, 36 p. —
Morini, Dissert, de patriarcltarum, origine, dans
Exercilat. eccl., Paris, 1669. — Vansleb, Hist. de
V Eglise d'Alexandrie, Paris, 1677. — Charles Gore,
Theminislry of the Christian Church, 2e éd., Londres,
1889, p. 134 sq.; The supposed exceptional Constitution
of the Alexandrian Church, et ses articles du Journal
of theological studies, cités au cours de l'article, et
tout récemment l'excursus de M3r Batiffol : Un vestige
de la hiérarchie primitive à Alexandrie, dans la
2° édition de ses Eludes d'histoire et de théologie
positive. F. Cabrol.
of theological studies, avril 1903, p. 387 sq. — " Cf. Pearson,
loc. cit., 1. 1, p. 164, et Tillemont, Mémoires, etc., 1701, t. Il, p. 510.
Note 10 sur saint Marc. Une version latine en a été publiée par
Surius au 25 novembre, une version grecque par Combefis, lllu-
strium Christi martyrum lecti triumphi, Parisiis, 1660; une
autre par M. Viteau, Passions des saints Ecaterine, Pierre
d'Alexandrie, Barbara et Anysia, Paris, 1897; enfin le
P. Bedjan vient d'en donner une version syriaque d'après les
manuscrits de Londres et de Berlin, Acta martyrum et sancto-
rum, t. v, p. 543-561. Cf. aussi F. Nau, Les martyres d^ S. Léonce
de Tripoli et de S. Pierre d'Alexandrie d'après les sources
syj'iaques, Analecta Bollandiana, 1900, t. xix, p. 9 sq. On peut
voir aussi au sujet de l'Église d'Alexandrie ce que dit le P. de
Smedt, Organisation des églises chrétiennes, dans la Revue
des questions historiques, 1888, t. xliv, p. 361 sq.
4211
ALISCAMPS
1212
ALISCAMPS. — I. Légendes. II. Inscription de
l'année 530. III. Épigraphie. IV. Aspect du cimetière.
I. Légendes. — Nous avons parlé avec détail de la pra-
tique ancienne de rechercher pour la sépulture le voisi-
nage tutélaire du tombeau des saints. Voir Ad sanctos,
col. 479. Outre l'attrait local qu'inspirait telle ou telle
tombe sainte il existait des lieux privilégiés, connus bien
au delà de la contrée qui les possédait et objets d'une
célébrité universelle. De tous les points de l'Angleterre
— et l'usage s'est perpétué jusqu'à nos jours — on
enviait la possession d'une sépulture dans le cimetière
qui environne l'église de Saini-Maitin, à Cantorbéry,
HICINP/kCERE
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V c
294. — Inscription chrétienne du Musée d'Arles.
D'après liulleltino di archeulogia ciïstiana, 1874, pi. xn, n. 3.
véritable point initial de la propagation de l'Évangile
dans l'île entière. La Gaule possédait un cimetière plus
célèbre encore, le plus célèbre de tous peut-être, celui
des Aliscamps, Elysii campi, près d'Arles1. La multi-
tude de ceux qui avaient pu y obtenir le repos avivait
le désir des générations suivantes de partager les privi-
lèges que cette terre procurait à ceux qui y étaient ense-
velis. « De toutes les contrées baignées par le Rhône,
on envoyait ensevelir les corps en cet endroit. Le courant
du fleuve portait aux Aliscamps les bateaux funèbres qui
' E. Le Blant, Inscript, chrét. des Aliscamps, dans Bull. arch.
du Comité des trav. hist., 1882-1883, p. 291 sq. ; De Rossi, Impor-
tant iscrizioni scoperte nel célèbre cimilero degli Aliscamps,
presso Arles, dans Bull, di arch.. crist., 1874, p. 144-149; L. Pa-
lustre, Le cimetière des A liscamps et sa basilique de Saint-Pierre,
dans le Bulletin monumental, 1875, p. 170-176; M. P. Tompson,
The Aliscamps in Arles, dans Catholic World, 1879, t. xxvm,
p. 43; J.-M. Trichaud, Les Champs-Elysées d'Arles, in-8»,
Arles, 1853. On trouvera les fantaisies légendaires du moyen âge
sur le cimetière des Aliscamps dans Gcrvais de Tilbury, Otia
imperalia, 1. ÎII, c. xo, publiés par Lcibnitz, Scriptores rerum
BrunsuHcensium, S vol. in-fol., Ilannoveraj, 1707-1711, t. i, p. 990.
-'De Rossi, dans Bull, monum., 1875, p. 170. — 3 J.-M. Tri-
chaud, Itinéraire du visiteur des principaux monuments
d'Arles, in-18, Arles, 1859, p. 113. Sur l'origine de cette tradi-
tion cf. J.-J. Estrangin, Promenades historiques et littérai-
res à Arles, in-8°, Aix, 1834. — *J.-M. Trichaud, op. cit..
p. 114 sq. Cf. L. Jacquemin. Guide du voyageur dans Arles,
in-8% Arles, 1835 p. 393 sq. ; G. Duport, Hist. de V Église d'Arles,
renfermaient, à côté du cadavre, l'argent destiné aux
frais de la sépulture, et nul n'eût osé toucher au dépôt
sacré, ni arrêter la nacelle que l'on croyait conduite par
l'ange gardien du défunt2. » Les Ehjsii campi, situés à
l'est et en dehors des murs de la ville, avaient servi
longtemps avant l'introduction du christianisme, et le
souci d'y substituer le christianisme dès les premières
années de son existence a engendré une littérature
qui laisse loin derrière elle beaucoup des produc-
tions apocryphes les plus renommées. Arles ne pou-
vait échapper au souci de l'apostolicité, mais il faut re-
connaître qu'elle trancha la question avec une clarté
qui ne laissait rien à désirer. Un personnage du nom
de Trophime y venait de la part des apôtres et après
quelques prédications couronnées de succès décidait
la désaffectation des Aliscamps et leur bénédiction
en nécropole chrétienne. Ayant convoqué les évèques
d'Aix, d'Orange, de Toulouse, de Limoges, de Nar-
bonne, il les conduit dans l'église qu'il a bâtie aux
Aliscamps et au-dessus de l'autel duquel on lit cette
inscription :
HOC SACELLVM DEDICATVM FVIT
DEIPARAE ADHVC VIVENTI 3
Pendant la cérémonie Jésus-Christ descend du ciel,
« les assistants se prosternent avec un respectueux
étonnement, et le Sauveur, remontant dans les cieux,
laisse sur le sol l'empreinte sacrée de ses pieds adora-
bles. On construisit une chapelle qui a transmis jusqu'à
nous, par son nom étymologique de « Genouillade ». le
souvenir de ce miraculeux prodige4. » A partir de ce
jour les Aliscamps auraient eu un regain de vogue, saint
Trophime s'y fit enterrer et son épitaphe était un pré-
cieux appoint aux revendications de l'Église d'Arles à la
primatie sur toutes les Églises des Gaules. Voici ce docu-
ment de basse époque :
EPITAPHIVM
DIVI TROPHIMI [AVITVS
TROPHIMVS HIC COLITVR ARELATIS PRAESVL
GALLIAQVEM PRIMVM SENSIT APOSTOLICVM
5 IN HVNC AMBROSIVM PROCERES FVDERE
[NITOREM
CLAVIGER IPSE PETRVS PAVLVS ET EGREGIVS
OMNIS DE CVIVS SVSCEPIT GALLIA FONTE
CLARA SALVTIFERAE DOGMATA TVNC FIDEI
HINC CONSTANTEROVANSCERVICEM GALLIA
[FLECTIT
10 ET MATRI DIGNVM PRAEBVIT OBSEQVIVM
INSIGNISQVE CLVENS INGENS CVI GLORIA
[SEMPER
GAVDET APOSTOLICAS SE MERVISSE VICES «
Pseudo-Denys profita de son séjour sur le siège
d'Arles pour bâtir sur le plateau de Mouleyrès. sur
l'emplacement du temple de Mars0, une église dédiée à
in-12, Paris, 1691, p. 409. — » De Noble-Lalauzière, Abrégé chro-
nologique de l'histoire d'Arles, fn-4-, Arles, 1808, p. 87-88;
J. Spon, Voyage d'Italie, de Grèce et du Levant, in-8\ Lyon,
1678, t. i, p. 28 sq. Sur les prétentions du siège d'Arles, L. Du-
chesne, La primatie d'Arles, dans les Menu de la Soc. des antiq.
de France, 1891-1892, p. 155-238; W. Gundlach, Der Streit der
Bisthïtmer Arles und Vienne util den Primatus Galliarum,
dans Neues Archiv Gesells. ait. deutsch. Gesclu, 1888-1890,
t. xiv, p, 251-342; t. xv, p. 9-102, 233-292. — • De nombreux ora-
toires ont été successivement élevés dans le périmètre des Alis-
camps, il y eut un temps où l'on en comptait jusqu'à trente.
G. Puport, Histoire de l'Église d'Arles, où l'on parle du célèbre
différent entre les archevêques de cette ville et ceux de Vienne
touchant la primatie des Ga ' S, C \i vi. in-12, Paris. 1691;
J.-J. Estrangin, Description de la ville d'Arles antique et moi
de ses Chanti><-1 tpidaire, in-18. Ail, 18*6,
p.'163 sq. ; L. Jacquemin, Guide des voyageurs dans A ries, in-8",
Arles, 1835, p. 252 sq. SurSaint-Honorat-des-Aliscamps, et. 1
quemin, Guide du voyageur dans A ries, in-8*, Arles. 1335, ;
1213
ALISCAMPS
1214
saint Pierre. C'est précisément cet édifice qui va nous
tirer des légendes du premier siècle et nous amener en
pleine histoire, au vie siècle.
II. Inscription de l'année 530. — Une inscription de
l'année 530, trouvée aux Aliscamps en 1868 près de la
chapelle Saint-Pierre, est ainsi libellée ' (Gg. 294) :
Hic in pace requiescit bon(a)e mémorise Petrus filius
\qu\onda(m) Ascl[i]pi(i) qui f(u)nda(vi)t hanc bas(i)li-
ca(m) sancli Pétri et Pauli qui vixit plus m{i)nus
ann(o)s XLII1 et obiil sub die X11I1 Kal. Febr(u)arias
indict(io)ne VIII pos(t) co(nsu)l(atum Deciti junior(i)s
v(iri) c(larissimi).
On ne saurait objecter à cette inscription l'absence
des éponymes Lampadius et Oreste ; l'inscription étant
<lu mois de janvier on remarquera qu'à cette époque les
noms des deux consuls n'étaient pas proclamés, ainsi
on a pris la date à l'aide du post consulatum de l'année
précédente. Le Decitius mentionné ici est Decius auquel
on ajoutait l'épithète de junior pour le distinguer de
son homonyme de l'année 486.
Cette inscription nous donne la date approximative
de la fondation de l'église Saint-Pierre, aux Aliscamps,
puisque, en admettant que le Pierre mentionné sur
'épitaphe soit un iils posthume, il reste qu'Asclépius
HICINPACE
RESVIESCIT
BONEAEMORI
AH BENIN ATA
WAEVLX1TAN
NVJM1ETQI XxxVlll
OBI TCTSANCTO
RY/A f KLACV<f
TA?
295. — Inscription chrétienne du Musée d'Arles.
D'après Bullettino ili archeologia cristiana, 1874, pi. XIII, n. 2.
•son père, fondateur de l'église, vivait en 487, limite mi-
nimum de sa vie. L'inscription nous apprend que
l'église bâtie par Asclépius portait primitivement le
vocable des apôtres Pierre et Paul, suivant en cela une
pratique ancienne dont on retrouve dans l'Europe
monumentale un grand nombre d'exemples 2. Cependant,
faisait observer De Rossi, on peut tirer une difficulté de
ce fait (jue dans l'antiquité on ne dédiait pas de basi-
liques ni d'oratoires aux saints dont on ne possédait pas
les reliques, or les reliques des saints apôtres avaient
* M. Revoil, dans la Revue des sociétés savantes, 1869, série IV,
t. x, p. 506; Fassin, dans Le Musée, 1873-1874, p. 194; Huard,
dans le Bulletin monumental, 1875, p. 128 et pi. lxviii; Véran,
dans les Congrès archéologiques, t. xlviii, 1876, p. 290, notel;
De Rossi, Bull, di arch. crist., 1874, p. 145; L. Palustre, dans
Bull, monum., 1875, p. 172; Corp. inscr. lat., t. xii, n. 936; E. Le
Blant, Nouveau recueil des inscript, de la Gaule, in-4', Paris,
1892, n. 182. « Lequel de Petrus ou A' Asclépius est le fondateur
•du sanctuaire? L inscription ne le dit pas clairement. Mais
quel que soit celui auquel on doive attribuer cette œuvre pie, une
difficulté se présente, car la règle de saint Aurélien dit que le
monastère fondé par cet évèque d'Arles l'a été la cinquième
année après le consulat de Basile le Jeune, ainsi que l'église con-
: sacrée, aux saints Apôtres. Or cette date nous reporte à l'année
heureusement échappé à la dissémination dont les
corps saints commençaient à être victimes, il faut penser
dès lors que les ossements étaient suppléés dans ce cas
particulier par la limaille des chaînes de saint Pierre.
On a d'autres exemples de cet usage3; en ce qui con-
cerne l'église des Aliscamps, une épitaphe semble enlever
les derniers doutes, elle est gravée sur une tablette de
marbre grisâtre veiné de vert, et mesure 0m32 sur 0m29*
(«g. 295).
Le croisillon placé entre les mots sanctorum et kalen-
"das ne peut s'interpréter pour le sigle numérique 10;
en outre le dixième jour des calendes du mois d'août
n'a joui nulle part en France d'une célébrité qui per-
mette de le désigner dans le sanctoral par ces seuls
mots : dies sanctorum. Il faut donc lire l'épitaphe :
Hic in pace requiescit bon(a)e mémorise
Benenata quse vixit ann(o)s II et di{es)
XXXVI II obi(it) d(ie) sanctorum f K{a)l[end[i\s)
A(u)gust[i]s.
L'attribution du jour de la mort au jour des calendes
d'août, le premier du mois, rend compte du croisillon
d'une manière satisfaisante. Le premier jour du mois
d'août était attribué à la fête des martyrs Macchabées
que l'on célébrait dans un grand nombre d'églises avec
une grande solennité =. Dans les Gaules, cet anniver-
saire était plus célébré qu'ailleurs s'il est possible, à
raison de sa mention dans le calendrier de Polcmus
Silvius composé en Gaule, en l'année 448-449.
KALENDAE. Natalis Perlinacis et martyrium Mac-
cabeorum^.
A cette époque Sixte III (432-440) ayant fait une nou-
velle dédicace de l'église de S. Pétri in vincida le
premier jour d'août, décida que la mémoire de cette
dédicace fût désormais conjointe à celle des Maccha-
bées. Ce jour prit donc aux Aliscamps une célébrité
particulière, puisque le titre de l'église était fondé sur
les mêmes reliques qu'on honorait en ce jour et il ne
parait pas douteux que le premier jour d'août y devint
le dies sanctorum par excellence. Quel est donc dès
lors le sens du croisillon? il n'est peut-être qu'une allu-
sion au genre de martyre que souffrit saint Pierre, peut-
être vise-t-il les deux apôtres et les Macchabées, tous
martyrs et, à ce titre, associés à la passion du Christ.
La mention de la dédicace de l'église des Aliscamps
aux deux apôtres que nous a conservée l'épitaphe du fils
d'Asclépius ne peut surprendre si l'on songe que la
limaille des chaînes pouvait tenir lieu des reliques de
saint Pierre mais non de saint Paul. L'habitude que
l'on avait contractée dès lors de ne plus séparer les
deux apôtres se retrouve jusque dans l'église de Saint-
Pierre-aux-liens dont les chaines de saint Pierre étaient
cependant le principal trésor, et qui fut dédiée par le
pape Sixte III aux deux apôtres7 :
[SIGNO
HAEC PETRI PAVLIQVE SIMVL NVNC NOMINE
XYSTVS APOSTOLICAE SEDIS'HONORE FRVENS
VNVM QVAESO PARES VNVM DVO SVMITE MVNVS
VNVSHONORCELEBRATQVOSHABET VN A FI DES
546, tandis que le Petrus nommé dans notre inscription était
mort dès l'an 530 après avoir survécu à son père. » — -G. Ro-
hault de Fleury, Les saints de la Messe. Saint Pierre et
saint Paul, in-4% Paris, 1899. — 3 A Spolète, cf. De Rossi, Bull,
di arch. crist., 1871, p. 88, 89, 94-120, 123-127, 131-148. —
1 Huard, Becueil d'inscriptions inédites du musée d'Arles,
dans le Bulletin monumental, 1875, p. 130, n. 73 et pi. en regard
de la page 132 ; Corp. inscr. lat., t. XII, n. 941 ; De Rossi, Bull.
di arch. crist., 1874, p. 148 ; E. Le Blant, Nouveau recueil,
n. 167. — 5L. Duchesne, Les origines du culte chrétien, in-8*.
Paris, 1898, p. 265; Acta sanct., august. t. I, p. 5 sq. —
u Momms'en, Curp. inscr. lat., t. I, p. 349. -'M. A. Monsacrati,
De catenis S. Pétri, dissertatio ad Benedictum XIV, in-4\
Romae, 1750; Gruter, dans Corp. inscr., p. 1174, n. 7.
4215
ALISGAMPS
1246
III. Épigkaphie. — Arles, grâce au cimetière des
Aliscamps, est une des villes des Gaules les plus riches
en inscriptions chrétiennes. La plus ancienne de ses ins-
criptions datées y a été trouvée en 1844, elle peut remon-
ter à l'année 450 ou hien aux années 501 et 502 ' ; nous
avons parlé longuement de celle du fils d'Asclépius
datée de 530 2, celle de l'abbé Florentinus est de 543 :l.
Parmi les inscriptions non datées, la plus ancienne se
lit sur un sarcophage trouvé près de la chapelle Saint-
Honorat; la paléographie est de la fin du me siècle et la
formule est digne d'attention au point de vue de l'ex-
pansion du christianisme à l'époque des persécutions.
Les symboles sculptés cur le sarcophage, Adam et Eve,
Daniel parmi les lions, .Tonas et la baleine ne pouvaient
pas avertir les païens de la présence d'une tombe chré-
tienne dont la formule ne révélait rien i de la foi de la
défunte- (fig. 291 ) :
cotte inscription au IVe siècle, car son emploi à Rome est
constaté dès le me siècle11. Nous le retrouvons avec le
symbole du Bon Pasteur sur une inscription qui témoi-
gne que de très bonne heure c'est le voisinage des saints
qu'ont recherché les chrétiens enterrés aux Aliscamps .
PAX i ECVM
INTER SANCTIS
QVI BISIT MIN III!
(Don Pasteur)
Un litulus métrique, dont il ne reste malheureuse-
ment qu'un fragment, doit se rapportera un personnage
engagé par des vœux de religion ; la première pensée se
porte vers le monastère des vierges fondé par l'évèque
Césaire et la paléographie, qui est du VIe siècle environ.
29C. — Sarcophage d'Optatina Reticia. Musée d'Arles, d'après une photographie.
La plupart des inscriptions d'Arles olVïent les variantes
communes d'un formulaire unique :
HIC IN PACE REQVIESCIT BONAE MEMORIA.... 6
HIC REQVIESCIT IN PACE BONAE MEMORIAE.... ■
HIC DORMIT IN PACE....*
Trois inscriptions, dont la première provient certai-
nement des Aliscamps et nous ollre un des plus antiques
symboles, portent une formule qui disparait avec elles:
i
PAX TECVM • SIT • VIBIA
FROMENE • SIMPLICIVS
CONIVGI • INCOMPARA
BILI-CMVQVA- VIXI -AN
NOS-III-MEMORIAE-CAV
SA • FECIT9
i
La présence du chrisme ne peut imposer le renvoi de
» Curp. inscr. lat., t. xn, n. 930. — iCorp. inser. lot., t. xn,
n. 936. — 3 Corp. inscr. lat., t. xn, n. 944. — 'Ligne 2 et 4 : sive
indique peut-être le baptême, mais cela devait passer inaperçu ou
rester inexplicable pour les païens. — 'Lancelot, dans Hist. de
l'Acad. des inser., t. vu, p. 249; Dumont, Description des anciens
monuments d'Arles, en appendice dans de Noble-Lalauziére,
Abrégé chronologique de l'histoire d'Arles, in-4°, Arles, 1808,
n. 108; A.-L. Millin, Vtrjage dans 1rs département» du midi de
la France, in-8\ Paris, 1807, t. m, p. 532; J.-J. Estrangin, Des-
cription de la ville d'Arles, in-18. Aix, 18ïr>, p. 211 : K. Le niant,
Inscr. chrét. de la Gaule, in-4', Paris, 1865, t. Il, p. 302, i
pi. 69, n. 418; E. Le Blant. Étude sur les sarcoph. chrét. de lu
vMe d'Arles, in-fol.. Paris, 1878, p. 34, n. JCXVII, pi. xxt n. 2;
Corp. inscr. lat., t. UI, n. 956. — 'Corp. inscr. lat., t. XII,
s'y prêterait assez; la ligne 4e semble cependant une
réminiscence de la règle de saint Benoit:
A REGVLAE SUBDEDIT COLLA IVGO **
On a retiré des Aliscamps les sarcophages de deux
évèques d'Arles. L'un d'eux a appartenu à l'évèque Con-
cordius qui siégea parmi le~ Pères du concile de Valeç-
tine, en 374. Son épitaphe ollre plusieurs réminiscences
anciennes adaptées au dogme chrétien, ce qui est digne
de remarque en un temps où l'on ne prenait guère cette
peine l3 :
INTEGER ADQVE PIVS VITA ET CORPORE PVRVS
AETERNO HIC POSITVS VIVIT CONCORDIVS AEVO
QVI TENERIS PRIMVM MINISTRVM FVLSIT IN
[ANNIS
POST ETIAM LECTVS CAELESTI LEGE SACERDOS-
TRIGINTA ET GEMINOS DECIM VIX REDDIDIT
[ANNOS
HVNC CITO SIDEREAM RAPTVM OMNIPOTENTIS
[IN AVLAM
ET MATER BLANDA ET FRATER SINE FVNERE
[QVAERVNT
I
00
1. épitaphe de saint Ililaiiv d'Arles mort le 5 mai de
l'année 449 :
n. 930. 931. 933-936, 938, 940, 911. 943, 945, 9i*.
957, 969, 974, 976a. — ' Corp. inscr. lat.. t. xu. n. 962, 966 :
bene nenorius: n. 967. — "Corp. inscr. lat., t. xn. n. 960. —
"E. Le Blant, Inscr. chrét. de la Gaule, t. n. p. 968, n. 533;
Corp. inscr. lai., t. xu, n. 96 4 : D. Cabrol et D. Lecleiv.j
Hum. Eccles. litura., in-4', Parisiis. 1903, t. i, n. 9830. - "M-' Le
niant, ep cit., p. 264. n. 526. pi. 71, n. 430; Corp. I I
t. xn, n. 958. — " L. Jacquemin, Guide du iigageur dans Arles,
in-8-, Arles. 1835. p. 2BS; K Le niant, op. cit.. t. n. |
n. .Vil ; E. Le Blant. Étude sur lis sarcoph, d Arles, in-fol.,
Paris, 1878, p. 13: Corp. inser. latin., I. xu. n. 971. — '*l
lat., t. xn, n. 975. — "E. Le Blant, fnscr. chrét
Gaule, t. n. p. 841, n. 609, pi. 68, n. H5; l W ■ t \n..
D. 943,
1217
ALISCAMPS — ALITURGIQUES (JOURS]
1218
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HIC CARNIS SPOLIVM LIQVIT A[d] ASTRA VO-
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IV. Aspect du cimetière. — Nous possédons sur les
Aliscamps un dessin de l'acteur Beauméni1, dont les
productions sont toujours sujettes à caution. Les tombes
s'étaient accumulées d'une manière étrange, ainsi qu'on
peut le voir par la superposition de cinq rangs d'augeg
de pierre servant de cercueils (fig. 94) 2. A la surface
du sol, la nécropole offrait le même aspect que celle de
Julia Concordia (fig. 297).
297. — Vue du cimetière de Concordia. D'après Bulleltino di archeologia cristiana, 187j, pi. ix.
SPREVIT OPES DVMQVAE RIT OPES MORTALIA
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SVBIECTASQVE VIDET NVBES ET SIDERA "%,
(CAELI ^
1 E. Le Blant, foc. cit., t. h, p. 252, 253, n. 515, 516; pi. 69, n. 416,
413; Corp, irtscr. lai., t. xn, n. 949. — s Sur Beauméni, cf.
P. Mérimée, Notes d'un voyage en Auvergne, in-8% Paris, 1838,
p. 100 sq. ; E. Le Blant, Inscript, chrét. de la Gaule, in-4", Paris,
1856-1865, t. i, p. 24; L. Renier, dans la Bévue des sociétés sa-
vantes, série II, t. Mij'p. 38, note. — 3 E. Le Blant, Étude sur les
sarcophages chrétiens antiques de la ville d'Arles, in-lol., Pa-
ris, 1878, p. 45, pi. xxviii : « Les ruines que l'on aperçoit au-
D1CT. D'ARCH. CURÉT.
Il reste peu de chose aujourd'hui des Aliscamps :
deux rangées de cuves sépulcrales réunies sur les bas-
côtés d'une allée conduisant à Saint-Honorat 3.
H. Leci.ercq.
ALITURGIQUES (JOURS). — On appelle ainsi les
jours non consacrés par la célébration delà liturgie pro-
prement dite, c'est-à-dire du sacrifice eucharistique.
Les seuls jours universellement liturgiques dès l'ori-
gine furent les dimanches, auxquels vinrent successi-
vement s'ajouter les fêtes principales du christianisme
et les anniversaires des martyrs. Il y avait aussi les
jours de stations, ou jeûnes du mercredi et du vendredi,
mentionnés déjà par l'auteur de la Didaché et par Her-
mas. En certains endroits, on célébrait ces jours-là le
sacrifice : par exemple, en Afrique, du temps de Ter-
tullien, et à Jérusalem dans la seconde moitié du
IVe siècle. Tertullien 4 toutefois nous apprend qu'il
existait dès lors un courant d'opinion tendant à faire
passer le rite eucharistique comme incompatible avec
l'austérité du jeûne. De fait, nous savons par Socrate,
que, dans l'Église d'Alexandrie, on faisait «es jours-là
tout ce qui se pratiquait dans les synaxes « à l'exception
de la célébration des mystères » 5. On a supposé qu'il en
dessus de l'entassement des sarcophages provenaient sans doute
d'une basilique semblable à celles que les anciens élevaient, à
Rome, sur les cimetières chrétiens. » Cf. De Hossi, Borna sotter-
ranea, t. I, p. 296; t. m, p. 465, pi. xxxix, n. 1. 11 existe des
calques des dessins de Beauméni dans un recueil manuscrit de
l'abbé de Tersan, Bibl. nationale, fonds . français, n. 6954,
pièces cotées 50, 52, 53 et 55. — * De orat., c. XIX, P. L., t. I,
col. 1287. — '■H. E., v, 22, P. G., t. LXVH, col. 625 sq.
I. - 39
1219
ALITURGIQUES (JOURS) — ALLATIUS
1220
était de même à Rome, en se fondant principalement
sur la célèbre épitre du pape Innocent Ier à Recentius
d'Eugubium, c. iv; mais le sens de son langage n'est pas
suftisamment clair, et dom Constant, le cardinal Bona,
avec raison peut-être, y ont vu tout autre cbose. Un
passage de saint Ambroise * insinue clairement qu'à
Milan de son temps il y avait synaxe liturgique les jours
de jeûnes.
C'est également au IVe siècle que le samedi nous appa-
raît d'abord comme solennisé en Orient par la célébra-
tion de l'eucharistie '-. La ville même d'Alexandrie fai-
sait pourtant exception 3, de même que celle de Rome,
d'après Sozomène4. Le canon 26 du concile d'Elvire
semble attester pour l'Espagne pleine conformité en ce
point avec l'usage romain, antérieurement à l'année 305 :
c'est-à-dire qu'il y avait jeûne continu du jeudi soir au
dimanche matin, et la liturgie commençait sur le soir
du samedi pour ne se terminer qu'à l'aube du dimanche.
Nous avons encore un reste de cette ancienne coutume
dans les messes des samedis des Quatre-Temps et sur-
tout du samedi saint.
La liturgie quadragésimale, telle que nous la connais-
sons d'après les documents postérieurs au îvsiècle, nous
permet d'observer là encore une grande diversité d'usa-
ges suivant les dilférents pays. A Capoue, au vie siècle,
et dans le midi de l'Espagne, les vieux jours de sta-
tions, le mercredi et le vendredi, sont encore les seules
fériés liturgiques. A Naples, au siècle suivant, durant
les premières semaines, il n'y a de liturgiques que le
lundi, le mercredi et le vendredi; le samedi le de-
vient dès la troisième semaine, puis le mardi aussi à
partir de la cinquième : les jeudis seuls restent alitur-
giques, à l'exception du dernier, celui de la cène du
Seigneur. On constate la même marche progressive
dans la liturgie de Tolède à laquelle appartient le Liber
comicus de Silos, à cela près que tous les samedis la
messe se célèbre dès l'heure de tierce, preuve qu'il n'y
avait pas jeûne ce jour-là. Cette situation spécial! des sa-
medis de carême se trouve également attestée dans 1rs
livres milanais. Il faut voir en cela probablement l'in-
fluence de l'Orient, oii le concile in Trullo. can. .">.">, sanc-
tionna la prohibition de jeûner le samedi en carême, el
condamna la pratique contraire, tout en constatant que
c'était celle de Rome. Dans son canon 52, la même
assemblée régla que tous les jours de carême, excepté
les samedis, les dimanches et la fête de l'Annonciation,
on se contenterait de célébrer la messe des présancli-
ties.
Qaunt à l'Église romaine, pour les temps plus an-
ciens, les renseignements font défaut touchant les fériés
liturgiques el àliturgiques de son carême. L. Dnchesne '
conclut d'un passage de saint Léon que la multiplication
des synaxes eucharistiques pendant la Bemainedoit avoir
été introduite postérieurement à ce pape. I l'autre part,
dom Cagin, dans son opuscule Un mot sur l'Antipho-
iialr Missarum, a établi, à la suite du cardinal Tom-
masi. que l'ordonnance des communions de carême est
sûrement antérieure à Grégoire II, très probablement
aussi à Grégoire Ier. A l'époque où cette ordonnance
fut instituée, tons les jeudis étaient encore àliturgiques,
et ils le furent jusqu'à Grégoire II (710-731), qui les
pourvut de messes spéciales. Point de synaxe non plus
le samedi avant les Rameaux-; le pape, ce jour-la, se
préparait par le repos et des distributions d'aumônes
aux fonctions de la grande semaine. Le vendredi et le
samedi saint ont été de tout temps àliturgiques. Enfin,
le dimanche après les Quatre-Temps fut considéré de
même, tant que subsista l'ancien usagé de célébrer l'eu-
' In ps.cxvnr, serai, vm, n. 48. P. L., t. xv, col. I 83
cil. Laodic., can. lti et 4'.»; Conflit. Apost., h, 59; v, 20; vu,
27;vm,33;S. Épi] hane, Expos. fld., 24, P.G., t.xi li,col.829sq. ;
S. Basile, Eplst., 289, P. <;.. t. \x\n, col. 1025 sq 'Si crate, toc.
charistie dans la nuit qui mettait fin au jeûne de c'iaque
saison.
Aujourd'hui le vendredi saint est le seul jour qui soit
strictement aliturgique dans les églises du rite romain,
bien qu'on puisse lui assimiler le samedi saint, la fonc-
tion célébrée maintenant le matin de ce jour étant en
réalité celle de la nuit pascale. A Milan, la règle est de
s'abstenir de l'oblation du saint sacrifice tous les ven-
dredis de carême; mais beaucoup de prêtres l'éludent,
en allant célébrer à la romaine dans les églises et cha-
pelles des couvents. Pour l'Orient, il est demeuré fidèle
à la règle du concile in Trullo : on y consacre chaque
dimanche, outre l'oblation du jour, les pains qui doivent
servir à la messe des présanctifiés durant les cinq
jours suivants jusqu'au samedi.
Bibliographie. — J. Bingham, Origines s. a. eccle-
siasticx, Halae, 1727, t. v, p. 280 sq. ; L. A. Bocquillot,
Traité historique de la liturgie sacrée, Paris, 1701,
p. 315-332; Martigny. Diction, des antiquités chrétiennes,
Paris, 1877, p. 464; J. Bona, Rerum liturgicarum,
lib. I, c. xvm, 2, Taurin., 1749, t. il, p. 3-10 ; L. Duchesne,
Origines du culte chrétien, Paris, 1898, p. 219 sq.
G. Morin.
ALLATIUS (Léon), savant grec, né à Chio, en 1586,
du mariage de Nicolas Allatius avec Sébaste Neuridis.
Emmené en Italie, jeune encore, par son oncle mater-
nel, Michel Neuridis, il passe deux ans en Calabre, à
Saola, auprès de Mario Spinelli, qui l'envoie ensuite à
Xaples, pour y apprendre le latin. De là, il s'en va à
Rome, ou il est admis, le 1er novembre 1599, au collège
grec de Saint-Athanase, créé en 1577 par le pape Gré-
groire XIII. Le 9 mars ItilO, Allatius soutient avec éclat
ses thèses de philosophie et de théologie. Au sortir du
collège et sans être dans les ordres, il est nommé
vicaire général de Bernard Giustiniani,évêqued'Anglona,
en Calabre. Au bout de trois ou quatre ans, il retourne
à Chio, sa patrie, et y remplit des fonctions analogues
auprès de Marc Giustiniani, évéque latin de l'île. De
-raves affaires appelant ce dernier à Rome, Allatius l'y
accompagne, suit à la Sapience les leçons du fameux
Jules-César Lagalla et obtient, en octobre 1616. le di-
plôme de docteur en médecine.
Alors commence pour Allatius comme une nouvelle
carrière. La passion' de l'étude l'emporte chez lui sur
l'amour du pays natal, et, au lieu de repartir pour Chio,
il se fixe définitivement à Rome. Attaché d'abord comme
scriptor à la bibliothèque Vaticane, il est nommé, peu
après, professeur de rhétorique au collège grec de
Saint-Athanase; la rivalité de Matthieu Caryophyllis, un
autre Grec, le force, au bout de deux ans, de quitter
cet établissement. Sur «'es entrefaites, grâce à la protec-
tion de Nicolas Alemanni, il est chargé par le pape
Grégoire XV daller prendre livraison, à Heidelberg
la célèbre bibliothèque Palatine offerte au Saint--"
par Maximilien de Bavière6. De retour à Rome le
28 juin 1623, Allatius perd, quelques jours après, un
protecteur puissant dans la personne de Grégoire XV.
Aussi, en dehors de ses livres, n'a-t-il des lors plus
guère d'histoire. Travailleur acharné, il partage ses
journées entre ses études et ses amis, et ouvre ave
meilleurs savants de l'époque une correspondance, dont
le dépouillement définitif pourrait seul nous re-
toute l'étendue et la richesse. Grâce à lui, les lettres
grecques font à nouveau la conquête du inonde romain;
ce sont, il est vrai, des monuments de la Grèce médié-
vale et moderne qu'il importe de préférence, mais
combien beaux encore, et surtout combien utiles
grande œuvre du retour à l'unité des Eglises dissidentes
cit. — 'Il !■:.. vu, 19..P. G., t. 1 xxvii. col. 1452 sq. — 'Origine»
du culte rhrrnrii, p. 324 236. — "Voir sur ce transti>rt de la
Palatine le travail déflnUil de Cunio lia . Leone Allacci e la
-i <h Heidelberg, in-S*, Bolognla, 1893.
1221
ALLATIUS
1222
non moins qu'à la réfutation des prétentions protes-
tantes. Nommé en 1661 custode de la Vaticane, Allatius
meurt à ce poste le 18 janvier 1669 '.
Les ouvrages d'Allatius ne rentrent point tous dans
le domaine de l'archéologie chrétienne ou de la liturgie,
mais il n'en est pour ainsi dire aucun, où l'abondant
écrivain n'ait touché par quelque point à ce double do-
maine. Aussi a-t-il paru bon d'indiquer ici la liste com-
plète de ses œuvres, quitte à insister davantage sur
celles qui appartiennent en propre à notre province.
1° Iulii Csesaris Lagallee.de cselo animato disputatio,
in-4°, Romae, 1622; 2° In Ieremiam prophetam com-
mentant, 3 vol. in-fol., Lugd., 1623; l'éditeur de cette
compilation est Michel Ghisleri, dont le nom est seul
à figurer sur le titre, mais la part prise par Léon Alla-
tius et Jean-Matthieu Caryophyllis y est considérable 2;
3° Libanii sophistse operum tomus H, in-fol., Paris.,
1627; une grande partie de ce second volume du Liba-
nius de Frédéric Morel est due à l'érudition d'Allatius,
qui avait fourni à l'éditeur parisien texte et traduc-
tion3; 4° S. P. N. Eustathii archiepiscopi Antiocheni
et martyris, in \Hexameron commentarius : ac de
Engastrimutho dissertatio adversus Origenem. Item
Origenis de eadem Engastrimutho. An videlicet anima
ipsa Samuelis fuerit vere evocala incantationibus Py-
thonissœ, de quai Reg. cap. xxxvm, in-4», Lugd,, 16294;
5° DeJoannapapissa fabula commentatio, in-4°, Romae,
1630; dissertation imprimée d'abord dans A. Ciaconius,
Vitse et res gestse Pontificum Romanorum, in-fol.,
Romce, 1630, col. 1981 sq., et souvent reproduite, d'abord
par Bartoldus Nihusius avec prologue et épilogue, in-8°,
Colonise, 1645, puis dans les Symmicta, in-8°, Colo-
nise, 1653, 1. II, p. 414, et dans les deux rééditions
de ces Mélanges (voir plus loin); 6° Plolemsei Ever-
getœ 111, JEgypt. régis moaumentum Adulitanum,
in-4°, Romae, 1631 ; 7° Apcs Urbanse sive de viris illustri-
bus, qui ab anno MDCXXX per totum MDCXXXIII
Rom se adfuerunt, ac typis aliquid evulgarunt, in-8°,
Rom;e, 1633; 8° latro-Laurea Gabrielis Naudsei Parisini,
a Leone Allatio inaugurata grseco carminé, in-8°,
Rom», 1633; 9° De Psellis, et eorum scriptis diatriba,
in-8°, Romae, 1634, reproduit dans A. Fabricius, Biblio-
theca grseca, in-4°, lre édit., t. v, en appendice; éd.
Harlès, t. x, p. 41-97; P. G., t. cxxh, col. 477-538;
10° Procli Diadochi paraphrasis in Ptolemsei libros IV
de siderum effectinnibus, in-8°, Lugd. Bat., 1635; 2e édi-
tion, 1654; 11° De erroribus magnorum virorum in
dicendo dissertatio rlielorica, in-8°, Romoe, 1635;
12° Eridanus, in-8°, Romae, 1635; 13° Socralis, Anti-
sthenis, eta liorum Socraticorum epistolm, in-4", Paris.,
1637; 14° Acta sacri œcumenici concilii Florentini,
in-fol., Romae, 1638; cette édition, qui porte le nom
d'Horace Giusliniani, avait été préparée par Allatius5;
15° Salhistii philosophi de diis etmundo, in-12, Romae,
1638, réimprimé l'année suivante à Leyde ; 16° De setate,
et interstitiis in collatione ordinum etiam apud Grsecos
servandis, in-8°, Romae, 1638; 17° Philo Byzantius de
septem orbis spectaculis, in-8», Romœ, 1640 6; 18° Ani-
madversiones in antiquitatum etruscarum fragmenta
ab Inghiramio édita, in-4°, Paris., 1640; 2e édit., in-12,
Romae, 1642 ; 19° De patria Homeri, in-8°, Lugd., 1640 7 ;
20° Oôpëavo'j toû TpiT[Aey£<7Tou à'y.pou àpx.iôpé(i>; àvopcaç,
in-4°, Romœ, 1640; 21° Excerpta varia Grsecorum
sophistarum, ac rhetorum, in-8°, Romae, 1641 ; 22° Lice-
tus carminé expressus, in-4°, Romae, 1641 ; 23° Benno-
nis D urkhundurkhi slavi in Spenti academici sepulti
epistolam,PRO antiquitatibus etruscjs inghiramiis :
1 Sur la vie proprement dite d'Allatius, voir Et. Gradi, Leonis
Allatii vita (restée incomplète), publiée par A. Mai, Nova biblio-
theca Patrum, t. VI, 2* partie, p. 5-28; E. Legrand, Bibliogra-
vhie hellénique du xvir siècle, Paris, "1895, t. m, p. 435-471, et
mon article Allatius, dans le Dictionnaire de théologie catho-
dique, 1. 1, col. 830. — *E. Legrand, op. cit., t. i, p. 177. — * Ibid.,
adversus Leonis Allatii, contra easdem animadversio-
nes, examen, in-12, Colonise, 1642; ce livre a pour
auteur Léon Allatius; 24° Hellas, in natales Delp/dni
Gallici, in-4°, Romae, 1642; 25° Romanse sedificationes,
in-8°, Patav., 1644; 26° Iulii Csesaris Lagallse philoso-
phi romani vita, in-8°, Paris., 1644, publiée par Gabriel
Naudé; 27° De libris ecclesiasticis Grsecorum, disser-
tationes duse : quarum una, divinorum officiorum po-
tiores et usitatiores libri percensentur : altéra, trio-
dium, pentecostarium, et paracletice examinantur,
in-4°, Paris., 1645. Ce volume a deux parties : la première
comprend les deux traités dont on vient de lire le titre;
la seconde, qui ne possède qu'un faux-titre, comprend
les traités De narthece veteris ecclesiseetDe recentiorum
Grsecorum ternplis. L'année suivante, 1646, l'éditeur
parisien, Sébastien Cramoisy, mit l'ouvrage en vente
avec ce nouveau titre : De libris et rébus eficlesiasticis
Grsecorum , dissertaliones et observationes varias, Les
deux traités sur les Livres liturgiques ont été repro-
duits par Fabricius dans lalre édition de sa Bibliotheca
grseca, 1. V, Hamburgi, 1722, t. v, en appendice; de-
puis l'époque déjà reculée de leur apparition, ils n'ont
pas vieilli ; le premier surtout est resté un excellent
guide en la matière. L'auteur y donne une notice parfois
trop succincte, mais toujours exacte, de vingt-trois
livres en usage dans les oflices grecs. Il serait facile
aujourd'hui de grossir considérablement cette liste et
surtout d'indiquer, mieux que ne l'a fait Allatius, l'état
primitif et le développement de chaque livre; 28° De
ternplis Grsecorum recentioribus, ad Joannem Mori-
num; de narthece Ecclesise veteris, ad Gasparem de
Simeonibus ; nec non de Grsecorum hodie quorundam
opinationibus , ad Paullum Zaccldam, in-8°, Colonise,
1645. Ces trois lettres, ou mieux ces trois traités, sont
encore très utiles à consulter. Dans la première (p. 1-36),
Allatius décrit en vingt-quatre articles, une église
grecque avec tous ses accessoires; sans faire de l'ar-
chéologie, il cite pourtant un grand nombre de textes
que l'on trouve rarement réunis môme dans les plus
récents travaux. Dans une seconde lettre sur le même
sujet (p. 36-53), également adressée à Jean Morin, il
insiste particulièrement sur la forme extérieure des
églises et leurs grandes divisions : portique, solea, pa-
rabema, parecclesion, chœur, synthronos. Cette lettre
est datée de Rome, le 5 des calendes d'octobre 1643. La
lettre sur le narthex (p. 54-112) roule presque entière-
ment sur la place occupée par les catéchumènes dans
l'antiquité et sur leurs catégories diverses. La dernière
lettre (p. 113-184) s'occupe de certaines pratiques super-
stitieuses des Grecs, de celles surtout relatives aux
esprits malins et à l'effet de l'excommunication sur les
cadavres des défunts; 29° De mensura temporum, et
prsecipue Grsecorum, exercitatio, in-8°, Colonise, 1015;
30° De Ecclesise occidenlalis alque orientalis perpétua
consensione, libri 1res. Ejusdem dissertaliones, de
dominicis et hebdomadibus Grsecorum, et de missa
prsesanctificatorum, cum Bartholdi Nihusii ad hanc
annotationibus, de Communione Urientalium sub specie
unica, in-4°, Coloniae, 1648. Ouvrage d'une importance
exceptionnelle par l'histoire du schisme grec; un grand
nombre de textes et de documents officiels y ont paru
pour la première fois. La dissertation additionnelle sur
le cycle dominical des Grecs occupe les col. 1401-1526;
l'exactitude en est telle que les plus récents liturgistes se
sont généralement contentés de la rajeunir en l'abré-
geant. La dissertation sur la messe des présanciijios
(col. 1529-1608) est précédée d'un extrait des Livres li-
p. 252. — 'Le syntagma de Engastrimutho a été inséré par
J. Pearson dans ses Critici sacri sive doctissimorum virorum ia
ss. biblia annolationes tractatus, in-fol., Londini,, 1G60, t. vm,
p. 332 sq. — 5E. Legrand, op. cit., t. i, p. 390-391. — ° Reproduit
par Gronovius, Thésaurus grsecarum antiquitatum, in-fol.,
Lugd. Bat., 1697, t. VIII, p. 2642 sq. — 7 Ibid., t. X, p. 1553 sq.
4223
ALLAT1US
12-24
turgiques sur la même question (col. 1531-1540); la dis-
sertation proprement dite soumet à un nouvel examen,
en les ampliliant, les raisons pour et contre l'usage de
cette messe apportées, au xie siècle, par Nicétas Ste-
thatos et le cardinal Humbert dans leur célèbre contro-
verse. Le volume se termine (col. 1609-1690) par trois
notes étendues de l'éditeur, Nihusius, touchant la com-
munion sous une seule espèce chez les Orientaux. On y
trouve (col. 1651-1654) une lettre d'Allatius à ce sujet,
datée de Rome, le 27 des calendes de février 1645, et
une seconde (col. 1655-1659), en date du mois de no-
vembre de la même année; 31° le Testimonium adver-
sus Gersenistas triplex, édité par Gabriel Naudé, in-8»,
Paris., 1651, contient en second lieu le Testimonium
Leonis Allatii ;32° Georgii Acropolilse magni logothetse
historia,Joelischronographiacompendiaria,et Joannis
Canani narralio de bello C. P. Accessit diati'iba de
Georgiorum sciiptis, in-fol., Paris., 1651. Ce volume de
la Byzantine du Louvre a pour éditeur Allatius, qui y a
joint en appendice son précieux De Georgiis. On trouve
également cet appendice dans la réimpression vénitienne
de Georges Acropolite, in-fol., 1729, p. 61-167, et dans
Fabricius, Bibliot/ieca Grœca, Hamburgi, 1737, t. x,
p. 549-824; éd. Harles, t. xii, p. 85-102; 33° Grseciee
orthodoxes tomus primus, in-4°, Rornae, 1652; tomus
secundus, ibid., 1659. Morceaux tirés de divers écrivains
grecs favorables à l'union romaine ; il y est surtout ques-
tion de la procession du Saint-Esprit. Un troisième vo-
lume, préparé par Allatius, allait être mis au jour, en 1780.
par son compatriote Raphaël Vernazza, quand la mort
emporta ce dernier; Augustin Mariotti, héritier des
papiers de Vernazza et de son projet, ne tint jamais
sa promesse de publier enfin ce volume '. L'édi-
tion de H. Làmmer, in-8", Friburgi Brisgoviae. 1864,
est une simple réimpression des deux premiers volumes;
34° Symnncta, sive opusculorum, grsecorum et latino-
runi, vetustiorum ac recentiorvm, libri duo, in-8°,
Colonise, 1653, reproduit dans la Byzantine de Venise à
la suife du Malalas, in-fol., Pasquali. 1733. Les divers
opuscules contenus dans ce volume sont indiqués par
l'auteur lui-même dans l'index des dix livres de Syrn-
micta, publié par lui en 1668 (voir plus loini et repro-
duit par Fabricius - et E. Legrand-. Nous devons pour-
tant signaler comme intéressant particulièrement nos
études, les traités suivants : De solea veteris ecclesise, dis-
sertation en quinze articles, semée de textes, sur- cette
partie de l'église; De liturgia sancti Jacobi, défense en
vingt articles de l'authenticité de la messe attribuée à
saint Jacques; Pro Grsecorum communione sub specie
unica, examen approfondi, à propos d'une note de Goar
sur l'office des présanctifiés, de l'opinion de ceux qui
soutiennent l'existence chez les Grecs de la communion
sous les deux espèces à la messe des présanctiliés. parce
que les espèces du pain que l'on y emploie ont été
préalablement trempées dans les espèces du vin; De
Kgnis sanctee crucis, courte lettre, datée de Rome.
9 juillet 1647, sur les légendes relatives à l'invention du
bois de la croix; 35° Melissolyra de laudibus Dionysii
Petaini socielalis Jesu presbyteri, in-8°. Romae, 1653;
34° Del viaggio délia signora D. Lucretia Barberina
ducltessa di Modena da Borna a Modcna, in-4°. Genova.
1654; 37° De perpétua consensione Icttinm et greecee
Ecclesise, epislola ad d. Joannem Chris tianumL. B. de
Boineburg. [Subjungitur] Joannes Veccus palriarcha
Constanlinopolitanus, De processione Spiritus sancti,
ad Sugdeœ episcopum Theodorum, ouvrage d'Allatius
occupant les pages 91-252 du volume suivant : Concordia
nationum christianaruoi per Asiani, Africain, et
Europam, in fidei catholicsc dogmatibus, in-8 »,
Mogount., 1655, publié par les soins de BartoldusNihu-
1 Cf. J. C. Amaduzzi, Demetrii Pepani opéra qute reperiuntur.
to-4% Romae, 1781, t. I, p. xxxvm, note 6;E. Legrand, op. cit.,
sius; 38° De ulriusque Ecclesise occidentales <xt<)ue
orientalis perpétua in dogmate de Purgalorio consen-
sione, in-8°, Rorna?, 1655. Outre la dissertation touchant
l'accord entre les deux Eglises sur la question du Pur-
gatoire, ce volume contient sous les n. 2 et 5 la lettre
à de Boineburg et le traité de Veccos déjà publié dans
le volume précédent, sous le n. 3 la lettre sur la Com-
munion des Grecs sous une seule espèce, sous le n. 4 le
traité d'Eustrate sur l'Etat des âmes après la mort.
Migne a réimprimé le traité du Purgatoire avec l'ap-
pendice 4, mais sans les textes grecs, dans son Theo-
logise cursus conipletus, in-4°, Paris., 1841, t. xviif,
p. 365 sq. On trouve dans cet ouvrage à peu près tous
les textes liturgiques grecs relatifs à la vie future;
39° Variarum lectionum libellus en appendice au Cons-
tantin Manasses de la Byzantine du Louvre, in-fol.,
1655, et de Venetiis, in-fol., Javarina, 1729; 40° Vita
délia venerabile serra di Dio Maria Raggi da Scio,
del terzo ordine di S. Domenico, in-4°, Romae, 1655 ;
41° Idylle grecque en l'honneur de Christine de Suède
en tête de cette plaquette : Chris tinte Suecorum, Go-
thorum Yandalorumque Beginse, pise, felici, augustse,
sacrée congregalionis de fide propaganda Collegium
perhumane invisenti collegii eucliaristicon , in-4'. Rome,
1656 ; 42° S. P. N. Methodii episcopi et martyris con-
viviuni decem virginum, in-8°, Romae, 1656: à cette
édition princeps du Banquet, publiée par ses soins,
Allatius joignit en appendice sa Diatriba de il
rum scriptis; 43° Vita e morte del p. f. Alessandro
Baldrati da Lugo fatto morire neila cilla di Scio -ni'
Turchi per la fede cattolica li 10 difebraro 1645, in-12,
Roma, 1657; 44° De cryptographia Grsecorum re
tiorum epistola, in-4", Vindob., 1657, opuscule imprimé
par les soins du savant jésuite Simon Vangnereck. ami
d'Allatius; 45° De processione Spiritus sancti enchiridion
(en grec vulgaire), in-12, Roma?, 1658; 46° S-JuôoXov roû
[Liyàl'jv 'A6ava<7iov [«Ta tt|ç à7ro<rr,ji£ia>(7£(o; (en grec
vulgaire), in-12, Romae, 1659; 47° Librorum editorum
elencltus, in-8°, Romae, 1659; 48° Syntagmahiston
seu vêlera Grseciee monumenta, de tribus sanctorum
anài •!'{, orwm CosmœetDamiani nomme parïbvx, in-l°,
Vindob., 1660. ouvrage collectif de Simon 'Wangnereck et
de Léon Allatius: i'.l" Joannes Henrichus Botting
fraudis, cl impostures manifestée convictus, i\
Romae, 1661, volume de très violente polémique, mais où
la communauté doctrinale entre grecs et protestants,
échafaudée par Hollinger, est entièrement renvei
50° Poeti antichi raccolti da codici niss. délia bU
theca Vaticana, e Barberina, in-8°, Neapoli, 1661;
51° Vindictes synodi Ephesinee et S. Cyrilti de proces-
sione ex Pâtre et Filio spiritus Sancti, in-8°, Romae,
1681; 52° De octava synodo Photiana, in-8°, Romae,
1663, traité suivi d'une nouvelle réfutation d'Hottinger
et de l'ouvrage d'Èlie Veielius, d'Ulm, sur l l
li, i que moderne; 53* De Symeonum scriptis diatriba,
publiée conjointement avec l'ouvrage de Kr. Combefis,
Origiuuni rerumque Constanlinopolitanarum mani-
pulas, in-i". Paris., 1664; le De Sytneonibus est résumé
dans Fabricius, Bibliotlteca Grseca, t. x, Hambuivi, 17H7,
p. 296-330. et reproduit en grande partie dans P. G.,
t. exiv, col. 19 sq.; 54° In Robert i Creiffhtoni app
tuni, versionem et notas ad historiam concilii H<
Uni scriptam a Silvestro Syropulo, in-4\ Romse, 1665;
55° Drammaturgia divisa in seltr imliti, in-12. ft
1666; 56° 6'. P. N. Nili ascette discipuli S. Joannis
C/irijsosloiui cpistularum libri 1 V, in-fol., Rom»'. 1668;
on trouve en appendice la Diatriba de Silis et eorum
scriptis, laquelle a été reproduite intégralement pu
Fabricius, op. cit., t. v, Hamburgi, 1722; 55* Sym-
micla site opusadurum grsecorum, et latinorum
t. n, p. 56. — '-Oy. cit., t. xiv, p. 1-21. — 3 Op. cit., t. n. p. 220-
23<5.
1225
ALLATIUS — ALLELUIA (CHANT)
1226
stiorum, ac recenHorum Ubri X, in-4°, Rornue, 1668,
opuscule d'une importance capitale pour l'histoire litté-
raire d'Allatius; aussi a-t-il été réimprimé en entier
par Fabricius1 et E. Legrand2.
Cette dernière publication fut comme le testament
littéraire de notre auteur; la mort l'emporta avant
qu'il ait pu mettre au jour d'autres ouvrages, qu'il avait
pourtant achevés. Tels sont les trois suivants, publiés
avec quelques additions par A. Mai dans sa Nova Pa-
trum bibliotheca, in-4°, Romae, 1853, t. vi, 2e partie :
p. 1-39, De Nicetarum scriptis; p. 40-71, De Philoni-
btis; p. 72-202, De Theodoris et eorum scriptis. Les
autres anecdota du célèbre savant sont conservés dans
diverses bibliothèques de Rome, en particulier à la Val-
licellane, où, mêlés à d'autres papiers de Raph. Ver-
nazza et d'Aug. Mariotti, ils ne forment pas moins de
236 volumes, dont le dépouillement, tenté successive-
ment par Hugo Làmmer 3 et le P. Falzacappa4, vient
d'être achevé, au moins pour les pièces grecques, par
E. Martini 5. Il reste à publier l'index des documents
latins ou italiens. Il reste surtout à réunir en un travail
d'ensemble la volumineuse correspondance d'Allatius;
la majeure partie est encore inédite, et le reste dispersé
en cent publications diverses. Les lettres à Antoine
Magliabecchi sont comme enfouies dans Angelo Calo-
giera, Raccolta d'opusculi scientifici e (ilologici, Venezia,
1744. t. xxx, p. 265-290. Il faut mentionner comme
rentrant tout à fait dans notre domaine la lettre à Jean
Morin sur la forme des églises, la messe et la confession
chez les Grecs, publiée par Richard Simon dans son
ouvrage : Fides Ecclesise orientalis seu Gabrielis metro-
politse Philadelphie h sis opuscida6 et reproduite dans
le recueil anonyme, mais émanant encore de Richard
Simon, qui a pour titre : Anliqvitates Ecclesise orientalis1 .
D'autres lettres au même destinataire sont publiées dans
les Miscellanea* de Baluze. D^ix lettres à Fortunius
Licetus ont été imprimées par ce dernier dans son re-
cueil : De quœsitis per epistolas a claris viris res-
powsa9. Une autre à Bernard Biscia a été insérée par
Alph. Ciaconius dans l'édition valicane des Vitœ et res
geslx Pontificum Romanorum 10 .
Les notices qui précèdent disent assez toute la fécon-
dité littéraire de Léon Allatius. De ses multiples publi-
cations, beaucoup sont aujourd'hui oubliées, mais le
plus grand nombre méritent de passera la postérité, celles
surtout qui ont trait aux questions religieuses des grecs.
Très bien informé, Allatius a raconté l'histoire des re-
lations entre les deux Eglises d'une façon nouvelle,
mettant au jour une foule de documents inconnus avant
lui. Toujours, il est vrai, il a cherché à atténuer les
dissidences, et cette tendance, excessive parfois, a pu çà
et là influencer et même fausser son jugement. Mais sa
bonne k>L injustement mise en cause par les controver-
sistes protestants, est hors de doute. Si la correction
des textes publiés par lui laisse souvent à désirer, la
faute en est moins à l'auteur qu'aux circonstances elles-
mêmes, qui l'obligèrent à imprimer loin de lui et sans
qu'il pût en avoir les épreuves bon nombre de ses
livres. Ceux dont il a surveillé lui-même l'impression
sont beaucoup moins fautifs. Du reste, ses copies auto-
graphes sont encore là, et ceux qui ont eu à les consulter
n'ont cessé de rendre témoignage à sa probité scienti-
fique. La méthode chez lui n'est rien moins que rigou-
reuse ; il converse plus qu'il ne compose : c'est que bon
nombre de ses ouvrages sont moins des livres que des
lettres, écrites à la demande d'un ami ou pour répondre
à quelque attaque. En ce dernier cas, Allatius franchit
1 Op. cit., Hamburgi, 1728, t. xiv, p. 1-21. — *Op. cit., t. Il,
p. -20-237. — 3De Leonis Allutii codiribus qui in Bibliotheca
Vallicellana asservantur, Friburgi Brisgoviae, 1864. — * Cf.
A. Berthelot, Archives des missions scientifiques et littéraires,
111° série, Paris, 1887, t. xm, p. 850-854. — *Catalogo di mano-
scriltl greci esistenti nelle biblioteche italiane, Milano, 1902, t. n,
souvent les bornes d'une juste modération, mais ses
adversaires, il faut le dire, avaient commencé par être
bien peu tendres pour lui. Les Grecs ne lui ont jamais
pardonné son catholicisme, mais bien à tort; nul n'a
plus aimé sa patrie ni plus travaillé pour elle qu' Alla-
tius. Quand il nous parle des usages liturgiques de ses
compatriotes, il nous confie ce qu'il a vu de ses yeux
dans les îles de l'Archipel ou chez les Italo-Grecs ; son té-
moignage, il le déclare lui-même quelque part ", n'atteint
ni Constantinople ni les grands centres monastiques de
l'Orient, qu'il n'avait jamais visités. La restriction vaut
la peine d'être faite, étant données les nombreuses va-
riations rituelles encore existantes suivant les régions
du monde grec Même avec ses défauts, communs
d'ailleurs à beaucoup de savants de son époque, Léon
Allatius, philosophe, théologien, médecin, archéologue,
philologue même, doit être regardé commç l'un des
plus grands hommes du xvne siècle, si iécond en grands
hommes. L. Petit.
1. ALLELUIA Chant. — I. Le chant de Y Alléluia
chez les Juifs. IL Chez les chrétiens de l'Orient. III.
Dans l'Église latine. Son origine historique et l'usage qui
en fut fait, seront étudiés dans l'article Alléluia. Ac-
clamation.
I. Le chant de l'Alléluia chez les Juifs. — Il est
très vraisemblable que le mot Alléluia était, dès l'origine,
non pas seulement récité, mais chanté. Des termes de
cette sorte, où se trouve comme condensé tout un monde
de sentiments religieux, réclament impérieusement l'in-
terprétation musicale. Ce fut le cas pour V Alléluia déjà
dans le Temple et la Synagogue. Mais comme les chants
du Temple ou de la Synagogue ne nous sont pas par-
venus, il faudrait, avant d'oser émettre ene hypothèse
sur la forme musicale de V Alléluia antérieurement à
l'ère chrétienne, être exactement renseigné sur la place
de cet Alléluia dans les fonctions liturgiques. Il était
dans tous les cas employé aussi bien comme acclamation
de la foule entière que comme chant du soliste, du chef
de chœur, du cantor. On a dû en tenir compte en y adap-
tant la musique. Sur les lèvres du soliste, Y Alléluia était
sans doute un chant qui exprimait sous une forme ar-
tistique et intéressante la joie complète du peuple choisi,
un chant d'une assez grande étendue et orné de vocalises,
tels que les Orientaux les ont toujours aimés. Comme
acclamation du peuple, il devait être plus simple, ainsi
qu'il convient à un chant destiné à une masse de voix,
et comme du reste cela s'est toujours pratiqué. Cette der-
nière manière doit s'entendre des psaumes alléluiatiques
dans lesquels Y Alléluia était répété comme refrain par
tous les assistants après chaque verset.
II. Chez les chrétiens de l'Orient. — On admet gé-
néralement qu'en adoptant de nombreuses traditions li-
turgiques du judaïsme, les chrétiens lui empruntèrent
aussi des chants. Sans aucun doute, parmi ces derniers
se trouvait Y Alléluia, auquel toutes les liturgies chré-
tiennes d'Orient et d'Occident accordent une place d'hon-
neur. Et même elles connaissent Y Alléluia chanté sous
les deux formes qui vraisemblablement étaient usitées
dans le judaïsme. Chez les Coptes, Y Alléluia est souvent
accompagné d'une mélodie mélismatique si riche que
son exécution exige un temps passablement long. Il n'en
allait pas autrement dans les diftérentes Églises d'Orient.
Les Grecs du moyen âge avaient même des livres spé-
ciaux pour les chants de Y Alléluia, les Alleluiaria. ■
III. Dans l'Église latine. — L'histoire du chant de
Y Alléluia dans les Églises latines est particulièrement
p. 201-233. — °In-4\ Paris., 1671, p. 274-27G. — 'In-8°, Londini,
1082, p. 335-339. — s Paris., 1678, t. i, p. 487. — "Bononise, 1640,
p. 38, 308. — 10 In-fol., 1630, col. 1989. — » De aliis Grsecix
partibus mihi non liquet, dit-il, après avoir parlé de Chio et de»
autres îles. Lettre à Jean Morin dans Richard Simon, Fides Ec-
clesise orientalis, in-4", Paris., 1671, p. 27Ô.
1227
ALLELUIA (CHANT)
1228
intéressante. Ici il eut dès les débuts droit de cité dans
les deux formes principales du chant liturgique : dans
le chant antiphonique (chœur) et dans le chant respon-
sorial (solo).
1° Dans le chant antiphonique, il revêt les formes
mélodiques propres au style antiphonique. Il est par
suite simple, plus ou moins syllabique, lorsqu'il est
joint aux antiennes de l'office, déjà plus riche lorsqu'il
termine les antiennes de l'introït ou de la communion.
De même lorsqu'un seul Alléluia ou un Alléluia répété
deux fois forme le texte de l'antienne, comme cela arrive
souvent durant le temps pascal.
A ce genre se rattache l'usage que l'on avait au temps
pascal de changer en antiennes alléluiatiques des mélo-
dies favorites, dont on remplaçait le texte primitif par
YAlleluia répété autant de fois que l'étendue de la mé-
lodie l'exigeait. Amalaire parle de ces antiennes, per con-
venientiam soni in Alleluja conversas, Deord. Anlipho-
narii 78*; mais cet usage n'était pas particulier à la
Gaule, on le rencontrait aussi à Rome; YOrdo Roma-
nus XI (première partie du XIIe siècle), c. xxvm 2, pres-
crit par exemple, pour les laudes du deuxième dimanche
après la Pentecôte l'antienne « Alleluja » in tono lux
orla est super nos3. On en trouve un exemple dans le
Cocl. lat. 12044 de la Bibliothèque nationale de Paris,
fol. 101 et 100 v.
Al-le-lu-ja, al-le-lu-ja, al-le- lu- ja, al-le-lu-ja, al-le-
Po- «lu-la- vi, pa-trem meum, al- le- lu- ja, de— dit nnlii
lu- ja, al-le-lu-ja, al-le-lu-ja, al- le- lui a
gentes al-le-lu-ja, in heredi-ta-tem, al-le-lui a.
L'Allcluja reçoit une mélodie analogue, lorsque, par
exemple, il termine les séquences qui, comme la plupart
des antiennes, appartiennent au genre syllabique.
2° Dans le chant responsorial, V Alleluja était destiné
à être revêtu des créations mélodiques les plus intéres-
santes que le moyen âge (ou peut-être même l'antiquité)
nous ait léguées. Il s'agit du chant de la messe qui, dans
la liturgie ambrosienne comme dans la liturgie romano-
grégorienne, se chantait avant l'évangile. Tout prouve
que cet Alleluja de la messe n'était, jusqu'à saint Gré-
goire, qu'un jubilus richement développé auquel aucun
mot n'était joint. Les nombreux passages que nous pos-
sédons de saint Augustin sur les jubili liturgiques
nous font constater l'absence de tout autre mot 4. Ce
n'est que depuis saint Grégoire que cette exubérance a
été é mondée; on ajouta à Y Alleluja un ou plusieurs
versets destinés à des solistes. L'Église ambrosienne
imite l'Église romaine et ses livres ont pareillement
leur y. in Alleluja. Mais l'admission de ce verset n'en-
leva pas à Y Alleluja la forme mélodique qui lui était
propre, il demeura après comme avant le principal re-
présentant du chant mélisinatique. Il y a pourtant une
grande divergence entre les mélismes ambrosiens et
les grégoriens; les premiers ont conservé avec une
richesse orientale, une structure désordonnée; ce sou!
des séries de notes, des vocalises dans lesquelles on
découvre rarement l'ordre et la symétrie qui président
à une disposition artistique. Il en va autrement dans le
chant grégorien. On est ici frappé par l'application des
lois les plus belles de la symétrie musicale. Nul doute,
un artiste a passé par là et a introduit dans des mélo-
«P. L., t. CV, cul. 1314. — «P. /.., t. Lxxvm, col. 1036. —
•Sur celte pratique, cf. Gerbert, De eu ut u, 1,339; Revue du chaut
grégorien, Grenoble, mars 1900, p. 123; Processionale mona-
dies presque sans règle de l'ordre, une structure régu-
lière et une logique musicale.
On pourrait faire des remarques très instructives sur
cette structure des jubili alléluiatiques grégoriens. Il
suffira d'un exemple pour prouver avec quelle intelli-
gence les compositeurs grégoriens savaient ordonner
les séries les plus longues dé notes.
Aile- h'i-ia. ji.
rk^i
3
s
^
K^a
6=£
fl-B.
y. Tu es sacér-dos in ae-térnum,
■ \ . ».
-*^«-
-"
secûndum ôr-di-nem Mel-chi- sedech.
♦ -'♦i — »->
Chacun s'apercevra tout de suite que la partie du
début qui précède le verset est reproduite à partir du
dernier mot du y. (Melchisedecli). Tout le morceau met
en évidence le dessin mélodique A B A. (A = Alleluja
+ Jubilus, B = Versus, A = le reste à partir de Mel-
chisedech). Personne ne méconnaîtra la clarté et la net-
teté de cette construction. Le jubilus est construit d'une
façon analogue : a, a', b. Ici encore le développement
de la mélodie suit la ^>lus belle ordonnance. Nous ne
dirons rien de la beauté remarquable de cette mélodie;
il suffit de la chanter pour en être ravi et charmé.
Le très grand nombre des chants alléluiatiques grégo-
riens sont construits de cette façon. Quand ils échap-
pent à cette ordonnance, l'effort du compositeur pour
mettre de l'ordre et de la logique dans les figures mul-
tiformes se trahit d'autre façon. Le génie grégorien fut
particulièrement fertile en ce genre.
On a voulu voir dans ces répétitions des jubili dt*
YAlleluia un écho. Nous ne partageons pas cette opinion.
Nous sommes au contraire d'avis que nous avons allaire
ici à une loi fondamentale de tout art : toute œuwe artis-
tique doit se développer logiquement et avec suite; il en
va de même pour la mélodie liturgique. Dans les chants
plus ou moins syllabiques où la mélodie n'enveloppe que
légèrement le texte, la logique du texte court légèrement
sur les lignes mélodiques, et l'ensemble nous donne
l'impression d'une œuvre une et suivie. Hais dans les
chants mélisma tiques, surtout dans ceux île Y Alleluja,
où les notes seules nous parlent, il n'y a aucune logique
du texte; ici, pour former des lignes intelligentes et ar-
tistiques, la musique doit observer les lois du déve-
loppement logique. < ne sont p:is différentes de
celles qui régissent les autres arts; ce sont les lois de la
symétrie, de la clarté, de la proportion. Ainsi donc les
chants de Y Alleluja avec leur construction A B A ne sont
rien autre chose que la forme ordinaire et naturelle du
plan d'après lequel sont construit trois
nefs : deux nefs semblables flanquent la nef princi]
Et le plus grand de tous les chefs-d'œuvre, 1 corps
humain, est construit d'après le même plan A B A. La
structure claire et nette des jubili alléluiatiqtl - n'est
donc pas le fruit du hasard; elle n'est que la consé-
sticin. il 217, 218, 224 sq. - * Cf. P. \\
Einfuhrung m die grégorien Melodien, 2" (dit., t. I, p
94 sq.
1229
ALLELUIA (ACCLAMATION LITURGIQUE)
12H0
quence d'une nécessité esthétique. Sans elle cette forme
ou une forme analogue, et il en existe un grand nombre,
une série de notes n'est qu'un remplissage dans une
portée '.
De bonne heure, les liturgistes cherchèrent à donner
une explication mystique des jM&iHalléluiatiques. Ama-
laire pense que ces jubili amènent notre âme à cet (Hat
où non erit necessaria locutio verborum, sed sola cogi-
tatione mens menti monstrabit quod retinet in se 2.
Avec le graduel l'Alleluja appartient au chant respon-
sorial. Voici comment on l'exécutait : le soliste commen-
çait par l'Alleluja, le chœur le répétait, le soliste chan-
tait le ou les versets, après chacun desquels le chœur
reprenait l'Alleluja. Au contraire de ce qui s'est iait
pour le graduel, la répétition de l'Alleluja après le
verset s'est conservée jusqu'aujourd'hui, de sorte que le
chant de l'Alleluja de la messe est demeuré un véritable
chant responsorial. Il n'y a que de rares dérogations à
cette règle : aux jours ordinaire, d'après le 1er Ordo ro-
manus, la répétition pouvait être supprimée; de même
on ne repétait rien après le ji. dans l'Alleluja V. Confite-
mini du samedi saint et du samedi avant la Pentecôte.
Mais à l'origine la règle était aussi de répéter.
Dans les manuscrits grégoriens l'Alleluja n'a ordi-
nairement qu'un verset; ou deux seulement par excep-
tion. Le plus ancien livre graduel, Cod. Rheinau du
vme siècle de la Bibliothèque cantonale de Zurich, n'a
dans l'Alleluja i. Pascha nostrum, qu'un deuxième f.
Erulemur; dans le Cod. S. G ail. 339 du Xe siècle, il y
quatre allelujas qui ont deux versets; dans le Cod. i2i
d'Einselden, il y en a quatre autres de plus. Les pre-
miers graduels imprimés ont conservé quelques allelu-
jas avec plusieurs versets, ainsi les graduels de Stras-
bourg, 1510, de Bàle, 1511. Le missel du concile de
Trente, a supprimé tous les seconds versets.
Les chants de l'Alleluja grecs que les musiciens de
Byzance, qui séjournèrent dans les pays francs au temps
des Carolingiens, firent connaître à leurs collègues
francs, lavorisèrent la création d'une forme nouvelle de
poésie et de musique, des séquences. A Saint-Gall, il y
avait aussi des moines byzantins, comme l'atteste Notker
Balbulus lui-même dans sa lettre à Lantport (hellenici
fratres). Les chants de l'Alleluja byzantin qui enthou-
siasmèrent Notker et l'amenèrent à composer ses sé-
quences, se sont conservés dans le Cod. S. G ail. 484,
qui, dans la partie qui nous regarde ici, n'est rien au-
tre chose qu'un alléluiaire grec transcrit en neumes
latins. Ces mélodies extrêmement longues, dépassant en
tout cas de beaucoup les chants de l'Alleluja latin, n'ont
pas de versets; mais sur la dernière syllabe de l'Alle-
luja se déroulent les vocalises les plus riches. C'est à peu
près ainsi que nous devons nous représenter les chants
de l'Alleluja latin, avant qu'on leur eût adjoint des
versets. C'est de ces mélodies que Notker a tiré ses sé-
quences, ce qui est facile à constater par une comparai-
son des plus anciens séquentaires avec la col. 484 de
Saint-Gall. De même les hymnes liturgiques byzantins
ont servi de types pour la composition du texte, au point
de vue de la structure et de la métrique. Les séquences
de Notker les copient ainsi que nous l'avons montré dans
notre Einfùhrung, 2e édit., t. i, p. 253 sq.
Dr P. Wagner.
II. ALLELUIA. ACCLAMATION LITURGIQUE. —
I. L' Alléluia dans l'Ancien et le Nouveau Testament,
origine et signification. IL h' Alléluia chez les chrétiens
jusqu'au vie siècle. III. L'Alleluia dans les diverses
'Cf. Einfùhrung in die greg. Melodien, 1" édit., p. 218 sq.,
où est traité, avec détails la construction des mélismes. —
'P. L., t. cv, col. 1123. Voir d'autres interprétations dans Ein-
fùhrung, 2- édit., t. I, p. 97. — "Cf. W. Gesenius-Bulli, Haad-
wôrterbuch ùber das Alte Testament, 13e éd., Leipzig, 1899,
p. 200. — *Flament, Les psaumes, 1898, p. 160. — 5FiUion, Les
psaumes commentés, Paris; 1893, p. 485. — 6 Missale ambro-
familles liturgiques. IV. Particularités. V. Bibliographie.
I. L'Allelma dans l'Ancien et le Nouveau Testa-
ment, origine et signification. — Le mot Alléluia est
un composé de deux mots hébreux >V-n, Halehî,« louez, »
deuxième personne plurielle de l'impératif du verbe
Hillêl, et de n>, Yâh , abréviation du nom sacré de
Jéhovah, un des noms de Dieu. Dans un seul cas en
hébreu (ps. cxxxv, vs. 3) il se trouve écrit en deux mots;
partout ailleurs il est écrit en un seul, et lorme une sorte
d'acclamation liturgique3. Le sens est : « louez le Sei-
gneur. » En grec les Septante, au lieu de le traduire, lui
ont, avec raison, laissé sa (orme hiératique et l'ont
transcrit, sans grand scrupule des tonnes hébraïques,
'AXXr)).oj't'a. Le papyrus du Fayoum que nous citerons
toute l'heure porte ctXfjlov^a ; les latins ont à leur tour
adopté le mot grec Alléluia. Il a sous cette forme passé
dans la liturgie chrétienne, où il a pris une grande im-
portance, comme on le verra. Il a gardé sa forme hé-
braïque dans toutes les langues européennes. Partois on
l'écrit Alleluja, parfois hallelujah ou Halleluja pour se
rapprocher de l'étymologie hébraïque, qui en réalité
réclamerait Halelou-Yahx ou Hal'lu-Yah5. En français,
Littré et les autres lexiques donnent en général la forme
Alléluia, simple adaptation du latin, qui s'écarte aussi
de la véritable étymologie en retranchant l'aspiration de
l'a, en introduisant le son u qui n'existe pas en hébreu,
et en mettant un i simple à la place de i double (j ou y).
Le latin liturgique garde aussi généralement la forme
Allelùia, et le chant grégorien le traite dans la notation
comme un pur mot latin en faisant porter le poids du
mot, en général, sur la syllabe accentuée û. Cependant le
savant éditeur du récent missel ambrosien orthographie
Hallelujah, suivant en cela la tradition milanaise 6.
Le mot est assez fréquemment employé dans les
Psaumes, par exemple civ, 36; cv, 45; evi, 1, 48; exi, 1 ;
exu, 1-9; cxin, 4 ; cxv, 18, etc. En dehors de là, il ne se
rencontre qu'une fois dans l'Ancien Testament, au livre
de Tobie, sous cette forme : Ex lapide candido et mundo,
omnes plalese ejus stementur : et per vicos ejus allé-
luia cantabitur. xm, 22. Il se trouve aussi au IIIe livre
des Machabées, c. vu, v. 11. Mais ce livre, dont la cano-
nicité a été longtemps discutée, est maintenant rejeté;
comme il a eu cours dans certaines Églises, surtout en
Orient, il n'est pas inutile de citer le passage : Tune
bene precantes ei (les Juifs acclament le roi Ptolémée)
sicut par erat, qui ex lus erant sacerdotes, et omnis mul-
litudo acclamantes alléluia, cum gaudio abierunt.
Dans tous ces passages, nous ferons remarquer que ce
terme est employé comme une sorte d'acclamation litur-
gique officielle, d'un caractère triomphant et joyeux.
C'est donc avec raison que les traducteurs de la Bible,
au lieu de le traduire par laudate Dominwm, lui ont,
en général, laissé sa couleur primitive, comme au mot
Amen. Il était nécessaire de conslater cet accent joyeux
de X Alléluia, car nous verrons que les grecs lui don-
nèrent à tort dans leur liturgie un sens de pénitince et
de deuil, et reprochèrent aux latins de l'employer
comme un chant de jubilation.
On peut faire remarquer aussi que les psaumes qui
ont ï Alléluia appartiennent au Ve et dernier livre de la
collection, qui semblent -particulièrement destinés au
service liturgique du temple. Le mot Alléluia, dans ces
psaumes, est d'ordinaire à part, au commencement ou à
la lin; il ne fait pas partie intégrante du cantique, et se
chantait probablement comme une sorte d'antienne 7.
sianum, editio typica, Mediolani, mdcccii. Pour les formes
dérivées, Alleluiare, Alleluiarium, Alleluiatica, etc., voir
Ducange, Glossarium medix et infimse latinitatis, v" Alléluia.
— 'Bona, De divma psalmodia, c. xvi, S vu. C'est ce que remar-
que déjà Eusèbe : Les chantres répondaient ensemble au prince
des chantres, en disant : Alleluiu. Eus., Proœm. in psalm.,
P. G., t. xxm, col. 74.
1231
ALLELUIA (ACCLAMATION LITURGIQUE)
1232
Dans la liturgie des Juifs, un groupe de ces psaumes
(cxiii-cxvm) formait ce qu'on appelle les psaumes du
hallel ou de la louange, et on les chantait aux grandes
fêtes de Pâques, de la Pentecôte et des Tabernacles, pour
la fête de la Dédicace, aux Néoménies et au premier
jour du mois '. Il faut distinguer du précédent le grand
hallel (ps. cxx-cxxxvi). On pense assez généralement
qu'à la dernière cène le Christ employa les psaumes de
la 2e partie du hallel (ps. cxv-cxvi), et c'est ce qu'il faut
entendre par ces termes de saint Mathieu /n/mno dicto2.
Voir Eucharistie. Toutes ces remarques ont leur im-
portance, car elles marquent exactement pour un cas
particulier l'influence de la liturgie des Juifs sur celle
des chrétiens.
Dans le passage suivant de l'Apocalypse, le seul du
Nouveau Testament où l'on trouve cette acclamation, on
constate déjà cet emploi liturgique : Post hsec audivi
quasi vocem lurbarum multarum in cselo dicentium :
âllelvia : salus et gloria, et virtus Deo nostro est... et
iterum dixerunt alléluia... Et ceciderunt seniores
viginli quatuor et quatuor animalia, et adoraverunt
Deum sedentem super thronum, dicentes : amen :
alllluia. Et vox de throno exivit dicens : Laudem
dicite Deo nostro omnes servi ejus... Et audivi quasi
vocem tubse magnseet sicut vocem aquarum multarum
et sicut vocem tonitruorum magnorum dicentium :
alléluia ; quoniam regnavit Deus noster omnipotens,
gaudeamus et exsultemus et demus gloriam ei, quia
venerunl nuplise agni, etc. Apoc, xix, 1-7. Ici YAlle-
luia est encore employé exactement dans le sens hébreu,
comme acclamation triomphante et comme un chant. Il
faut remarquer encore qu'il est rattaché aux noces et au
repas de l'Agneau, de même que chez les Juifs il était
en relation avec la Pàque. Il perdit do lionne heure sa
signification exclusive chez les chrétiens; mais en sou-
venir de son origine, il restera toujours plus intimement
rattaché à la fête pascale.
La signification originelle de V Alléluia se perdit par-
fois chez les chrétiens ; Théodotion et d'autres après lui,
traduisirent: otîveÎTe to Sv ; pseudo Justin \>y\pri\avK u.£tà
uiXcuc tô ov ; Suicer donne quelques autres exemples de
ces fausses traductions 3. Le pseudo Alcuin le traduit
par laus Dei ; saint Anselme le donne comme un mot
angéUque qui, pour les hommes, est intraduisible ;
Etienne Durand croit que le mot est grec4. Cependant
Or i gène et saint Jérôme ne s'y trompèrent pas; à ceux
qui demandaient à ce dernier pourquoi il ne l'avait pas
traduit de l'hébreu, le saintdocteur répond, en s'appuyant
sur l'avis d'Oii^éno : ad quod breviter respondendum,
site LXX interprètes, sive apostolos id curasse ut quo-
niam primitiva Erclesia ex judœis fucrat congregala,
nihil ad credenliurn scandalum innovarent, sed ita ut
a parvo imbiberant, traderent 5.
IL l.'A 1. LE LUI ,1 CHEZ LES CHRÉTIENS JUSQU'AU VIe SIÈCLE.
— L'épigraphie chrétienne primitive, à ma connaissance
au moins, ne contient que rarement V Alléluia. Si on le
trouve dans quelque inscription, on fera donc bion de le
recueillir. En voici deux exemples curieux aux environs
d'Antioche sur des linteaux de porte d'une maison
antiqu
1» IX0YC 2» AAHAOYIA
AAHAOYIA
U Alléluia est fort rare dans les auteurs anténicéens ;
tandis que VAmen est très fréquent et revient notam-
ment à la fin de toutes les prières et surtout des doxo-
logies (voir Amen); c'est à peine si, en dehors du texte
' Dictionnaire de la Bible, au mot Hallel, t. n, col. 404. —
' Lac. rit., et aussi le mot Alléluia, t. i, col. 369-370, et le mot
Cène, loc. cit.. t. n, col. 414. :i Thésaurus ecclesiasticus.
t i fl728), o. 194. — 'Cf. Bona, t. m, p. 136. — *Epist., xwi,
ad Matcellam. P. L , t. xxn. col. 430. — » Ph. Le Bas, Inacript.
qrecq. et lot. recueillies en Grèce et en Asie Mineure, Paris,
de l'Apocalypse que nous avons cité, nous trouvons une
allusion à l'Alleluia dans le seul Tertullien. Mais du
reste cette indication est précieuse : Subjvngere inoratio-
nibus alléluia soient, dit-il, et hoc genus psalmos, quo-
rum clausulis respondeant qui simul sunt1. D'après ce
texte, l'Alleluia est employé à la manière hébraïque,
avec certains psaumes, comme une acclamation dite
(probablement même chantée) par toute l'assemblée;
c'est en réalité ce qu'on appelle dans l'ancienne liturgie
une antienne, ou plus proprement un répons, encore
qu'il soit assez difficile de spécifier dans l'espèce. Il
semble aussi, d'après ce texte, que V Alléluia est détaché
des psaumes et employé avec l'Amen dans d'autres
prières.
Nul doute que dans les termes cantica, hymni, cantus
spirituales, qui se trouvent plusieurs fois chez les Pères
anténicéens comme un terme général pour désigner tous
les chants liturgiques, il ne faille comprendre le chant
de l'Alleluia.
Les Actes des saints Félix, Fortunat et Achillée, de
Valence, dont le martyre aurait eu lieu au IIe siècle,
nous disent qu'au milieu des supplices les martyrs
chantentee verset du psaume lxv : Omnis terra adorette
Deus, et psallat tibi, psalmum dicat nomini luo allé-
luia. Malheureusement ces Actes ne sont pas authen-
tiques et l'on ne peut attacher grande valeur à ce témoi-
gnage 8.
Un autre document des plus intéressants, la fameuse
antienne sur un papyrus du Fayoum, nous a conservé
aussi VAlleluia. 11 est trop précieux à tout point de vue,
pour que nous ne le donnions pas ici. Il date probable-
ment du commencement du IVe siècle : 'O fevi)8i)4 êi iv)
Bt)6).eî(x xai àv st^xçîc; èvNaÇapST xaTï)vy)0"aç (xaTocxr|7a;?
xaTTixiqffa;?) êv toi (t?) Kaliïsj (Ta),'.).*: a) ■rfzt^.t fc'.5o[i.5v)
a'.jjuujv (crriLUîov) i\ oùoavou tu (tou) àaTEpu>; (à?TSpoç)
çavevTco; (çavsvTOç) 7t/;jj.6vai; (rcoiu.évs<;) àxxpavpojTï;
(àypa'jXoOvTE;) iOa-ja.aa-av O'J YOvr^zGO'ivzzç (yovv-ETO '::;)
âXsvav 8a!ja to (tû) naTpt àX?)Xovi'/;a SoÇa to (tû) 'j«o /.a1.
to (tô) àyto> itvevitan àXr,Xouy]a àXijXov^a iXï]Xouy)a. Au
verso on lit d'une autre main : Tuêi e 'ExXexto; ô ày:o;
'Icoocwr); ô fia-Tio-Tr,; o> (o) v.riptïa; (xïjpuEa;) usTavoia
((ISTavofav) vj '<>.;.) -i.i xOT|jf.> =:; i;£T'.v twv àiiscpT'.tov
•, <i Celui qui est né à Bethléhem, qui a été élevé
à Nazareth, et qui a habité la Galilée; nous avons vu un
signe dans le ciel ; les bergers qui veillaient admirèrent
l'astre brillant. Agenouillés ils dirent : Gloire au Peie,
alléluia, gloire au Fils, alléluia, gloire au Saint-Esprit,
alléluia, alléluia, alléluia. » « Le 5 Tybi